Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


10 Commentaires

Un verre de blanc des Marches, ça vous dit?

A ceux qui n’aiment que les petites cuvées de vignerons dont on se refile le nom comme un tuyau aux courses, je dis : ceci n’est vraiment pas pour vous.

Car le vin dont je vais vous parler aujourd’hui est un des blancs d’Italie les plus vendus dans le monde – vous avez même des chances d’en trouver en France, c’est vous dire! C’est aussi un des habillages les plus insolites de la Botte – une bouteille en forme d’amphore – souvent imitée, jamais égalée! – des lettrages greco-romains et un petit titre de propriété à dérouler (le titulus). De quoi compenser le handicap du nom de son appellation, presque aussi difficile à mémoriser qu’un numéro de sécurité sociale…

Ce vin ne vient ni de Toscane, ni de Sicile, ni de Vénétie, mais des Marches: c’est le Verdicchio dei Castelli di Jesi Classico Titulus de Fazi Battaglia (notez bien tout !), dans son millésime 2016.

En avant Marches !

Le verdicchio (à ne pas confondre avec la vernacchia) est le cépage principal des Marches. On l’y utilise aussi bien pour élaborer des blancs secs que des spumanti; il est apparenté au trebbiano di Lugana. Selon certains ampélographes, ce seraient d’ailleurs des vignerons du Veneto qui l’auraient apporté dans les Marches à la suite d’une épidémie de peste, au 15ème siècle, qui les avait conduits à se réfugier dans la région d’Ancône.

Dans les Marches, il bénéficie de deux appellations distinctes: Verdicchio dei Castelli di Jesi (la plus proche de la mer, plutôt sur sols sableux), et Verdicchio de la Matelica, un peu plus vers l’intérieur des terres. Avec cinq sous mentions: Classico (pour les vins issus du coeur de la zone historique), Classico Superiore (avec un degré d’alcool minimum de 12° au lieu de 11,5 et un extrait sec de 16 g par litre au lieu de 15), Riserva (avec 18 mois d’élevage minium), Passito et Spumante. Seuls les vin de qualité Riserva bénéficient de la DOCG, qui, comme chacun le sait, est une appellation non seulement contrôlée, mais aussi garantie (à croire qu’en DOC, le contrôle n’est pas garanti!). Se non è vero, è bene trovato…

On compare parfois le verdicchio au muscadet – il est vrai que ce sont deux blancs secs, et qui aiment les fruits de mer… Et en ce qui concerne certaines cuvées d’entrée de gamme, il y en sans doute un air de famille: celui que présentent à peu près tous les vins dilués de raisins récoltés en sous-maturité, et à fort rendement.

Pour ceux qui aiment le vin, il y a aussi d’autres cuvées plus ambitieuses, heureusement, et malgré les quantités produites, et son côté très marketté, le Titulus de Fazi Battaglia en fait partie. Miracolo!

Paysage des Marches (Photo H. Lalau)

Vous avez dit « peu aromatique »?

Ce 2016 est marqué au nez par des notes de fruits tropicaux, de pomme verte et de citron vert. En bouche, on part plutôt vers le litchi, la mandarine, les fruits secs et les épices. C’est sec de chez sec, vif et espiègle. Et en prime, la maison vous offre une belle finale de zeste d’agrumes, délicieusement amère. Pas mal, tout ça, pour un cépage réputé peu aromatique.  Grazie a Lei, Signor enologo! 

Respect!

Fondée en 1953 par Francesco Angelini, la maison Fazi Battaglia est toujours dans les mains de la famille – en l’occurrence Maria Luisa, Luca, Barbara et Chiara. A elle seule, elle représente près de 20% de la production de verdicchio. A ceux qui s’étonnent toujours que de gros faiseurs proposent des vins de qualité, en voici l’exemple parfait. Chaque client n’est pas censé savoir si le vin qu’il boit est produit ou nom à des millions d’exemplaires, mais dans tous les cas, il a droit au respect – je parle du client, bien sûr. Pour information, le prix de ce vin est assez variable selon l’importateur – en Belgique, hors promotions, il tourne autour de 11 euros.

De la même cave, et de la même appellation (mais en qualité Superiore) on recommandera la cuvée Massaccio, dans le millésime 2014 – la preuve que le cépage vieillit bien et qu’il y gagne même du gras. Et dans un style assez différent, le San Sisto, un Riserva passé en bois – pas forcément ma tasse de thé (ou alors, un thé fumé), mais c’est bien fait.

Arrivederci!

Her Lalau

 

PS. JE DIS NON A L’ECRITURE INCLUSIVE


19 Commentaires

Souverains poncifs 

C’est fou le nombre de bêtises qui circulent dans le domaine du vin, transmises de génération en génération, de sommelier en sommelier, de critique en critique, de buveur en buveur. Légendes urbaines, on-dits, souverains poncifs, ou simples conneries, parfois teintées de snobisme. Et l’âge ne fait rien à l’affaire. Une vieille bêtise reste une bêtise. En voici quelques unes, avec, quand c’est possible, le contre-exemple, en guise d’antidote…

 

Le Champagne fait moins mal à la tête que les autres bulles

Contre-exemples: innombrables (de migraines, aussi bien du côté du Champagne que des autres bulles); et pourtant, c’est vrai, on lit toujours ce genre d’affirmations mal étayées sur des sites de référence et même dans des sondages. C’est la preuve que la Champagne entretient bien son image de produit de luxe… et peut, parfois, être de mauvaise foi (l’histamine a bon  dos, pourquoi les Chardonnay-Pinot de Loire, du Jura ou de Bourgogne en auraient-ils moins que ceux de Champagne?).

Les blancs du Sud sont lourds

Les vins d’Espagne sont alcooleux

Contre-exemples: les vins de Galice (et bien d’autres).

Le Porto est un vin d’apéritif

Contre-exemple: le mode de consommation anglais du Porto, qu’on qualifiera de diversifié – cela va du foie gras au fromage, en passant par le chocolat, sans oublier le cigare. Dans sa nouvelle « The Choice of Amyntas », Somerset Maugham a d’ailleurs écrit de fort belles choses sur la façon de boire entre un et quatre verres de Porto, selon l’effet recherché, et en dehors des repas.

Le Málaga est un vin cuit

Contre exemple: tous les Málagas; certains contiennent une réduction de vin, l’arrope, mais pas tous; et c’est loin d’être l’élément principal des vins.

Le Madère, c’est pour la cuisine

Contre-exemples: la plupart des Madères qui ne sont pas présentés dans des petites bouteilles moches en grande distribution.

Le rosé, ça se boit dans l’année

Contre-exemple: tout ce qui ne ressemble pas à du blanc taché, au goût de bonbon, de vernis ou de pamplemousse (et que vous aurez la patience d’attendre). Lancez notre ami Marc sur ce thème, il est intarissable. Et à propos de tari, voyez Guillaume, au Domaine de la Bégude.

Les vins allemands sont sucrés

Contre-exemples: innombrables. Mais quel est le pourcentage de Français qui dégustent régulièrement des vins allemands depuis la dernière mise à sac du Palatinat?

Le Prosecco, c’est pour faire un Spritz

Contre-exemple: voir ICI

Le vin Nature rend moins saoul

Contre-exemple: aucun – j’aurais trop peur de choquer les vrais croyants!

La Clairette de Die est issue principalement du cépage Clairette

Et bien non, même que la Clairette ne peut dépasser 25% des cuvées – c’est là un des grands mystères des AOC françaises; apparemment, cela ne choque personne, et pourtant, cela revient à vendre autre chose que ce qu’il y a sur l’étiquette. On se croirait dans la politique.

Les rosés de Loire sont sucrés

Contre-exemple: l’AOC Rosé de Loire, justement. Contrairement au Rosé d’Anjou ou au Cabernet d’Anjou, c’est un vin sec. Vous avez dit « confusing »?`

La capsule à vis, c’est bon pour les petits vins à boire jeunes, au pique-nique 

Erreur funeste! Plus vous payez cher un vin, plus vous avez envie de le garder, et moins vous avez envie de le voir se gâter du fait d’un mauvais bouchon. Et je ne parle pas seulement du goût de bouchon, mais du syndrome du vin fatigué, dont on ne sait plus trop si c’est l’obturation ou le vin qui en est responsable. Rien de plus désagréable que de se demander si c’est le vigneron qui est en faute, ou le bouchonnier… Faites « pop » avec la bouche, si le bruit du bouchon vous manque à ce point!

Les fromages s’accompagnent de préférence de vin rouge

Contre-exemples: la majorité des pâtes dures, type Comté, Gruyère, Appenzell, qui supportent mal les tannins. Mais il y a tellement de sortes de fromages, et tellement de sortes de rouges, plus ou moins tanniques, qu’on ne peut pas généraliser.
D’ailleurs, que ce soit dans le domaine du vin, de l’art, de la science… ou de la politique, la généralisation abusive n’est-elle pas la plus belle définition de la connerie?
J’arrêterai là pour cette fois. Si vous voulez une suite, vous pouvez me fournir d’autres exemples, je me ferai un plaisir de dégonfler d’autres baudruches…

Hervé