Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Des Racines, des Ailes… et des Vignes

Ce soir, sur France 3, l’émission Des Racines & des Ailes est consacrée à quatre vignobles français inscrits au patrimoine de l’Unesco. Avec des reportages tournés à Saint-Emilion, en Bourgogne, en Val de Loire et en Champagne…

Qu’on se le dise!

En espérant que Mme Buzyn et ses acolytes plus ou moins anonymes ne fassent pas un jour de ce patrimoine une sorte de zoo, un musée en plein air où les vignes ne seraient plus que de la décoration…

Hervé


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La viticulture sud-africaine sous la menace d’expropriations massives?

Un vote du parlement sud-africain, ce mardi, fait peser une sérieuse hypothèque sur le développement futur de l’agriculture, et en particulier de la viticulture de la «Nation Arc-en-Ciel».

Ce vote prévoit d’amender la Constitution pour autoriser l’expropriation des terres sans compensation financière.
Il vise à accélérer la redistribution des terres à la population noire – un programme entamé depuis plusieurs années mais qui peine à donner des résultats, la majorité des fermes redistribuées jusqu’ici ne s’avérant pas viables financièrement.
Pour ses partisans, sous la houlette du parti marxiste Economic Freedom Fighters, il s’agit de mettre fin à l’accaparement des terres par les blancs: « Le temps de la réconciliation est terminé. Le temps de la justice est venu », a déclaré son président Julius Malema. « Nous devons faire en sorte de restaurer la dignité de notre peuple, sans donner de compensation aux criminels qui nous ont volé nos terres ». 
Par delà les options politiques, la crainte des économistes est de voir une chute de l’investissement dans les exploitations pour cause d’insécurité juridique: les propriétaires actuels hésiteraient à renouveler leur matériel, ou même à continuer à cultiver leurs terres si celles-ci peuvent être confisquées par l’Etat.
Se pose également le problème des prêts octroyés par les banques aux exploitations en activité: comment les fermiers rembourseront-ils ces prêts s’ils ne sont plus propriétaires, ni du fonds, ni des récoltes? Et qu’adviendra-t-il de leurs employés?
A qui seront données, louées ou vendues les terres confisquées et selon quelle clé de répartition? L’Etat compte-t-il en collectiviser et les mettre en valeur lui-même? Que vaudront les nouveaux titres de propriété? Comment s’assurer que les nouveaux propriétaires auront les moyens financiers pour assurer le développement des exploitations et la formation pour les diriger?  Autant de questions qui effraient la communauté agricole, et qui pourraient faire chuter la production et le prix des vignobles.
Les adversaires du projet agitent déjà le spectre d’une crise agraire à la façon du Zimbabwe voisin, où l’expropriation massive et violente des fermiers blancs par le régime Mugabe avait abouti à des famines.

Hervé Lalau


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Luberon rouge: du bon et du moins bon

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On dit parfois qu’à la différence des trains, les vins dont on doit parler sont ceux qui arrivent à l’heure: autrement dit, ceux qui nous donnent entière satisfaction. Et en général, j’ai tendance à adopter ce principe en passant sous une voile pudique les vins qui ne me plaisent pas pour différentes raisons. J’ai tourné ma récente dégustation de vins rouges de l’appellation Luberon (ex Côtes de Luberon) plusieurs fois dans mon esprit avant de me résoudre à en faire le sujet d’un article car j’étais un peu déçu par cette série: pas de véritable coup de cœur parmi les 13 vins que j’ai dégusté, mais quand-même une demi-douzaine de bons vins. Est-ce suffisant ? Certains diront oui, mais je suis peut-être trop exigeant. Après tout, quand j’ai commencé à travailler dans le vin, il y a plus de 30 ans, seulement 10% des vins d’une appellation me semblaient être acceptables ou mieux que cela. Aujourd’hui on est plus près de 50 ou de 60%. C’est un sacré progrès et il faut en être conscient et aussi reconnaissant aux producteurs pour leur efforts. Et, si je peux me permettre un bref item pro-domo, on peut également remercier l’ensemble des prescripteurs, journalistes ou pas, pour leurs niveaux d’exigence qui ont aussi poussé les producteurs à relever leur niveau de jeu.

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Avant de voir le cas de cette dégustation en détail et de tenter de donner les raisons de ma (petite) déception, voici quelques faits sur cette appellation situé à l’extrémité sud des appelations du Rhône et la beauté physique, très provençale, de ces paysages fait partie, très certainement, de sa capacité à séduire.

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Le vignoble du Luberon AOC couvre quelques 3,300 hectares et s’inscrit entièrement à l’intérieur du Parc naturel régional éponyme, touchant 36 communes. Il produit actuellement, selon les chiffres d’Inter Rhône, 53% de vin rosé, 27% de rouge et 21% de blanc. Si la montée de la part de vin rosé suit la triste tendance nationale, la part des blancs dans un vignoble sudiste me semble intéressante et souligne peut-être une aptitude climatique de cette zone. Effectivement, une rapide étude des températures moyennes, maximales et minimales pendant la phase végétative de la vigne indique que le température moyenne entre avril et septembre est de 17,6°C, tandis que l’amplitude thermique moyenne pour les 3 mois de juin, juillet et août est proche de 14 degrés. Les altitudes varient entre 200 et 500 mètres. Je ne sais pas si ces facteurs climatologiques sont inhabituels dans la zone sud, mais cela semble fournir un terrain favorable aux vins blancs dont une bonne partie est commercialisée sous l’étiquette La Vieille Ferme de la famille Perrin. Mais je n’arrive pas à m’expliquer, en tout cas par des facteurs liés au climat, le fait que beaucoup des vins rouges que j’ai dégusté manquaient de fraîcheur et avaient parfois des tanins amers.

Les cépages autorisés en rouge sont :  syrahgrenache noir, mourvèdrecarignan et cinsault, mais on autorise aussi, en cépages secondaires, picpoul noircounoise noiregamay et pinot noir

Ma dégustation en générale

Il s’agissait d’un envoi fait par l’appellation et qui s’est constitué uniquement de vins rouges. Les vins étaient de différents millésimes, entre 2011 et 2015.

Difficile dans ce cas de comparer réellement les productions de chaque domaine, mais l’idée était d’avoir une idée globale de ce qu’on peut trouver dans le commerce sous le nom Luberon.

Beaucoup de ces vins semblait rechercher un peu trop d’extraction et, du coup, ont produit des tanins un peu sévères et, parfois, des amertumes excessifs. Des acidités m’ont semblé aussi un peu déficientes dans certains vins. Bon nombre sont en agriculture biologique, mais sans que cela ait un lien évident avec la qualité des vins. Il y avait aussi une tendance vers la bouteille très lourde dans les cuvées les plus chères. Je pense que cela devrait passer de mode.

Sur le plan positif, la qualité du fruit et de la maturité est excellente dans l’ensemble des vins. On serait étonné à moins dans un climat sudiste, mais quand-même.

Le Lubéron est une région à la mode sur le plan touristique, et cela se reflète aussi dans les prix de ces vins, qui, sans être déraisonnables (sauf pour un vin), n’est pas non plus très bas, avec un prix moyen autour de 12 euros.

Les meilleurs de la série

Château La Verrerie, Grand Deffand 2013

Syrah 95%, 5% Grenache

(prix 35 euros)

Ce vin, issu d’une parcelle spécifique, a la robe dense et le nez mur et puissant qui évoque des fruits noirs, la terre et les feuilles mortes. En bouche il est structuré autour de tanins fermes qui assèchent un peu la finale. C’est un bon jus assez intense, dans un style qui frise un peu trop la violence à mon goût. Aura besoin de quelques années en cave. Vin ambitieux, certes, mais prix élevé pour cette qualité.

 

Les Terres de Mas Lauris 2015

Grenache 60%, Syrah 40%

(prix 9 euros)

Joli fruité de type fruit noir. Des tanins bien présents et une amertume agréable donnent un vin de caractère, un peu raide pour l’instant. A attendre deux ou trois ans. Prix très raisonnable : on constate, entre ce vin et le précédent, que l’écart de prix entre deux vins de cette appellation peut être conséquent sans que le plaisir gustatif ne suit le même écart !

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Domaine des Peyre, Le Méridional 2014

Grenache Noir 50%, Syrah 35%, Carignan 15%

(prix 12,50 euros)

La robe rubis est plus claire que la plupart des vins de cette série. J’ai aimé le côté accessible et souple de ce vin qui a soigneusement évité tout excès en matière d’extraction. Un fruité fin, assez discret mais avec une bonne persistance. Il a de l’intensité en bouche avec des saveurs précises et des tanins fermes mais bien intégrés. Bonne longueur.

 

La Cavale 2014, Vignobles Paul Dubrule

Grenache, Syrah, Carignan

(prix 20 euros)

Robe d’un rubis de moyenne intensité. Nez fin, équilibré entre fruité discret et notes boisés qui tendent vers le sous-bois. Ce raffinement d’ensemble se confirme en bouche par un toucher fin, une relative allégresse, des tanins discrets et un fruité suffisant. Joli vin.

 

Château Val Joanis, Les Griottes 2015

90% syrah, 10% Grenache

(Prix 13/14 euros)

Issu d’un vignoble situés à près de 500 mètres d’altitude, ce vin a une robe rubis sombre aux bords pourpres. Nez intense qui mêle fruits aux épices. Ce fruité semble acidulé et vif en bouche, dans une structure souple, fine et peu tannique. La fiche technique annonce un élevage en barriques dont 30% sont neuves, mais ce bois est totalement intégré et je ne l’ai pas remarqué (toujours déguster avant le lire une fiche technique !). Très agréable par sa fraîcheur et la qualité de son fruité.

 

Marennon, Versant Nord

Syrah 80% Grenache 20%

Prix : 8,50 euros

J’ai perdu mes notes sur ce vin mais je me souviens de l’avoir trouvé bien équilibré entre fruité et structure. Il représente aussi un excellent rapport qualité/prix.

 

Les moins bien ou mal aimés

 

Fontenille 2014

Grenache 70% Syrah 30%

(prix inconnu)

Robe intense, pourpre. Nez intense et complexe, aux fruits noirs mais avec un accent animal qui me fait craindre une contamination de type brettanomyces. Belle qualité de fruits et structure en adéquation. La finale est ferme mais assez équilibré. A l’aération le côté animal semble se renforcer, et ma crainte aussi.

 

Château Clapier, cuvée Soprano 2014

Syrah 55% Grenache 25% Pinot Noir 20%

(Prix 13 euros)

Nez réduit, puis des arômes peu nets, à l’expression fruité brouillonne. Amertume et raideur en finale.

 

Château La Dorgonne 2011

Syrah 95% Grenache 5%

(Prix 13 euros)

Semble fatigué, oxydé et manquant de fruit mais conservant encore un boisé excessif.

Le bio n’est pas une panacée !

 

Château Les Eydins, cuvées des Consuls 2011

Grenache 70% Carignan 20% Syrah 10%

(Prix 14 euros)

Etiquette horrible, arômes médicinaux et tannins secs. Mais c’est bio alors certains vont adorer !

 

Bastide du Claux, Le Claux 2014

Syrah 65% Grenache 25% Mourvèdre 10%

(Prix 14 euros)

Dur et asséchant, à la finale amère. Bouteille d’une lourdeur inutile.

 

Domaine Théric, Les Luberonnes, Le Puy des Arts 2011

Grenache 60% Syrah 40%

(Prix 12 euros)

Robe évoluée, aux bords pâles. Une amertume sensible en bouche qui masque le fruit. Vin solide mais trop rustique et à la finale dure.

 

Domaine Le Novi, Amo Roujo

Grenache 85%, Syrah/Cinsault/Marselan 15%

(Prix introuvable)

Bouteille lourde et présentation soignée mais j’ai trouvé ce vin trop extrait et alcooleux. Il peut plaire à certains palais par sa puissance. Et c’est du bio.

 

David


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Les vins de Jean-Louis Chave, le restaurant Taillevent et un repas aux truffes

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Mais qu’est-ce qui a bien pu frapper l’auteur de ces lignes, lui qui pourfend régulièrement l’élitisme et les vins chers ? Aurait-il succombé aux tentations de la décadence, se serait-il vendu ? Il y a peut-être un peu de cela, mais surtout, plaiderai-je, une forme d’admiration pour une tel niveau de qualité, et si durable. Certes, je n’ai pas les moyens de me payer ces vins, sauf très exceptionnellement, ni de fréquenter souvent ce genre d’établissement, mais quand j’en ai l’opportunité, grâce à une invitation, je vais quand-même aller voir et déguster car côtoyer des grands vins dans un établissement qui les met en avant avec un service impeccable depuis plus de 50 ans est une chance qu’il serait stupide de refuser.

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Une des attractions de ce déjeuner/dégustation du 16 janvier dernier (et pour moi la principale) était la possibilité de déguster des vins de Jean-Louis Chave, blancs et rouges, à pleine maturité. La capacité de vieillir de ces vins-là n’est peut-être plus à prouver, mais les occasions de le vérifier et de les apprécier ne sont pas bien courantes. Les deux Hermitages blancs de J-L Chave venaient des millésimes 2001 et 2007, et les rouges de 2000 et 2012 (ce dernier étant là pour voir si un Hermitage peut aussi se boire dans sa jeunesse). Comme cerise sur le gâteau, nous avions aussi eu droit au très rare Vin de Paille de 1996, vin inoubliable mais qui est si rare qu’il ne figurera pas sur le menu qui sera proposé aux clients. Nous avons eu de la chance !

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L’occasion était provoqué par un programme de menus récemment mis en place par Taillevent et qui consiste à créer des menus de saison autour de vins et de vignerons qui font partie de leur cave inestimable depuis longtemps et de les proposer à sa clientèle pendant un certains temps.. Car il ne faut pas oublier que Taillevent, depuis les années 1940 (nous sommes nés la même année, en 1946!), a été un pionnier dans la constitution d’une très belle carte de vins basé sur la qualité des vins et pas seulement sur la réputation ancienne des producteurs ou de leurs appellations. On ne compte plus les vignerons qui ont été lancés par l’établissement fondé par la famille Vrinat et repris par la famille Gardinier dans le même esprit. Pierre Bérot, l’homme du vin de Taillevent, assure la continuité de cette démarche louable.

Après un menu autour des vins piémontais de Roberto Voerzio et la truffe blanche, la lumière revient en France pour associer truffe noir et vins d’Hermitage de Jean-Louis Chave, qui a succédé à son père Gérard et à 14 autres générations de cette famille qui est installé dans la région depuis 1481 et qui a constitué son domaine sur la colline de l’Hermitage au 19ème siècle. Longévité aussi remarquable que rarissime ! Les accords de ce menu, qui sera proposé à la clientèle du restaurant jusqu’au début mars, associe les vins d’Hermitage de Chave à un menu au fort accent de melanosprum concocté par le chef, le languedocien Alain Solivérès. J’aime bien les truffes, même si je trouve leur prix exagéré, et je dois dire que les accords de ce menu fonctionnaient très bien. Mais j’étais là avant tout pour les vins, et là, aucune déception à l’horizon : il s’agit de très grands vins qui gagnent en complexité avec le temps (ce qui peut-être la définition même d’un grand vin).

img_7948Jean-Louis Chave en train de tester ses flacons avant le déjeuner

 

Pour le déjeuner auquel j’ai eu la chance d’assister, il fallait deux bouteilles par vin, ou bien, dans le cas du rouge 2012, un magnum. Ce qui est spécifique aux bouteilles issues de millésimes anciens est la disparité entre flacons causés par l’étanchéité variable entre un morceau de liège et un autre. J’ai pu participer à la dégustation préalable des flacons et, dans le cas des trois vins ayant un peu d’âge et servis en bouteille, il y avait des différences sensibles entre les deux bouteilles de chaque vin concerné.

Le domaine Chave possède 14 hectares d’Hermitage et à peu près autant de Saint Joseph depuis le rachat du Domaine de l’Arbalestrier. Jean-Louis est à plein temps sur le domaine depuis 1992 et en est la responsable actuel. Ce domaine a historiquement favorisé les assemblages entre les vins issus de leurs différentes parcelles qui se situent dans sept lieu-dits différents de l’appellation Hermitage. Les approches viticoles varient en fonction des natures des sols, allant des porte-greffes aux détails de culture. Les traitements et la gestion foliaire sont adaptés à chaque parcelle pour optimiser la maturité des raisins. Pareil pour la vinification car certaines parcelles nécessitent plus ou moins d’extraction par exemple, mais aussi un temps d’élevage qui peut varier de 18 à 24 mois. Il est intéressant de noter que, depuis 25 ans, Chave importe depuis l’Australie des plantes de syrah/shiraz car c’est ce pays qui en possède les plus anciens exemples au monde, souvent non-greffés. Le paramètre de l’âge des vignes est un ingrédient important pour Chave. Pour Jean-Louis, une vieille vigne a 80 ans, et une vigne commence à produire un vin intéressant à partir de 20 ans.

Quand je l’ai interrogé sur l’âge idéal pour consommer un de ses vins, Jean-Louis estime que ses Hermitages se dégustent bien jeunes, avant 5 ou 6 ans, pour ensuite se refermer jusqu’à atteindre 10 à 15 ans. Les Saint-Joseph sont accessibles plus jeunes. Les restaurants qui servent ses vins depuis longtemps, comme Taillevent, méritent, selon lui, qu’il garde une part des ses vieux millésimes en cave chez lui afin de les servir une fois les vins arrivés à maturité, car la charge financière pour une restaurant devient prohibitif autrement. Quant à sa sensibilité aux vins de autres, elle penche nettement vers la Bourgogne, à cause de son accent sur le rôle du terroir et ses nuances, même si c’est l’assemblage entre parcelles qui prévaut chez lui.

Taillevent vend des vins de Chave depuis les années 1960. Belle fidelité ! Pierre Bérot est arrivé plus tard mais, avec le soutient des propriétaires, a maintenu cette politique de garde des vins afin de proposer des vins ayant de l’âge à sa clientèle. Pour vous donner une idée de la profondeur de cette carte admirable (sans parler de sa largeur), j’ai compté 8 millésimes de l’Hermitage blanc de Chave en bouteilles et 4 en magnums. Pour le rouge il y en a 6 en bouteilles et 3 en magnums. Les prix ne sont pas délirants pour de telles raretés, même si je n’en ai pas les moyens à titre personnel. Ils démarrent à 250 euros pour les bouteilles de blanc et 290 euros pour les rouges pour des vins ayant plus de 10 ans.

Et le goût des vins ? On y arrive ! Je vais tenter de les décrire dans l’ordre de service et vous noterez que nous avons alterné entre vins blancs et vins rouges en fonction du plat : autre signe de l’intelligence du travail de Taillevent. Après un verre de l’excellente cuvée Taillevent élaboré par Deutz, voici l’Hermitage blanc 2007, servi avec des langoustines croustillantes, céleri et truffes. Ce vin a une très grande suavité qui habille sa puissance naturelle ; vin très complexe qui s’ouvre progressivement sur des couches de saveurs que je ne vais même pas tenter de décrire et une grande longueur. J’ai trouvé ce vin splendide. Ensuite, pour accompagner l’épeautre comme un risotto à la truffe noir, l’Hermitage rouge 2012 en magnum. Vin jeune, au fruité ferme de petites baies et encore une touche d’herbes comme de l’estragon qui lui apporte une note de fraîcheur : un vin presque délicat. Servi avec un bar de ligne, artichauts, cébettes et truffe noire, je placerai l’Hermitage blanc 2001 au-dessus même du très beau 2007 pour sa finesse accrue. C’est riche sans excès mais aussi très alerte et possédant encore cette magnifique patine qui lui vient avec le temps. Un très grand vin blanc. Avec un suprême de pigeon en feuilleté de foie gras, chou vert et truffe noire, L’Hermitage rouge 2000 laisse se dérouler très progressivement sa finesse et sa complexité ; son fruité est totalement fondu dans ses tanins fins et la longueur est considérable.

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Pour finir, avec un dessert à base d’amandes, de noisettes et de crème brûlée au café, l’extraordinaire Vin de Paille 1996 qui j’ai mentionné ci-dessus. Sa fermentation fut si lente que le vin a passé 12 ans en fût. Enorme de complexité, riche mais finissant presque sec, grande finesse de texture autour de notes amères qui rappellent l’écorce d’orange, notes de sirop de figues et plein d’autres choses que je suis incapable de décrire. Un vin comme cela vous laisse sans voix !

Merci à Chave et merci à Taillevent pour un grand moment.

 

David

 

 

 


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Bandol fête son vin, qu’on aimerait davantage rouge

 

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Il est des fêtes du vin comme des saisons. Cela passe, chaque année, presque comme les marronniers de la presse. Mais ces fêtes ont d’autres pertinences. D’abord l’attachement à un passé lointain où après avoir vendangé et mis en tonneau, il fallait pouvoir proposer ses vins aux acheteurs avant l’arrivée des temps chauds, qui pouvaient poser des problèmes pour la conservation d’un produit périssable et bien fragile avant l’avènement du soufre et de la bouteille industrielle. Puis, bien plus actuel, pouvoir faire, d’une manière très conviviale et agréable, la promotion de ce produit si riche en efforts humains et si porteur d’histoire qui est le vin, malgré les formes de répression qui lui sont infligées quotidiennement dans ce pays par ces puritains obsessionnels qui ne réfléchissent pas plus loin que leur table de statistiques non-affinée.

blake-et-mortimerCette année la Fête du Vin de Bandol était placé sous le signe de la bande dessinée, et certains stands ont très bien joué le jeu, mettant aussi les plus jeunes à contribution  

J’ai parlé ici, il y a deux mois, de la belle fête des vendanges à Banyuls-sur-Mer du mois de septembre. Mais il y a une autre (cette fois-ci, «une fête du vin » et non pas « des vendanges ») qui a lieu tous les ans dans un autre port français de la Méditerranée et qui commence également par un « B » : celle de Bandol.

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J’affectionne particulièrement, depuis un bon moment, les vins de cette appellation qui ne vit pas sa vie comme une long fleuve tranquille, car elle est menacée par deux gros dangers selon moi : le mitage de son territoire par la spéculation foncière et la vogue des rosés. Je n’irai pas jusqu’à dire, comme certains, que le rosé n’est pas du vin. Il existe, et on pourrait même dire que c’est la plus ancienne des couleurs du vin, même si elle n’a pas du tout été « inventée » en Provence. Mais c’est bien la Provence qui récolte les fruits de ce style relativement uniformisant (car nécessairement très maîtrisé techniquement) et très rentable, car il récolte (notamment) les suffrages des buveurs qui ne cherchent pas trop à réfléchir sur le contenu de leur verre. Et Bandol, avec ses particularités, fait bien partie de la Provence. Bilan ? Près de 80% des vins de cette petite appellation sont maintenant de couleur rose pâle ! Je déplore cette situation, même si certains rosés de Bandol peuvent être de belle qualité, surtout après quelques années de garde, comme celui ci-dessous.

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Quand on connaît la capacité de Bandol, autour de son cépage vedette le mourvèdre, à produire de grands vins rouges de garde, on ne peut que se lamenter de ce dégât collatéral de la mode rose et qui risque fort, à terme, de faire perdre son identité à cette appellation. Quant au mitage du territoire, c’est une malheureuse rançon de la gloire pour toute région littorale qui semble obséder les retraités de ce pays et d’ailleurs. Je pense qu’une des solutions au dilemme posé par le premier point aux responsables de l’appellation est d’assouplir les règles assez rigides que règlementent la production des vins rouges. 18 mois d’élevage, de nos jours où les gens veulent des vins plus fruités et plus accessibles dans leur jeunesse, constitue une contrainte d’une autre époque. La culture de la vigne et la vinification ont fait, tous les deux, de tels progrès qu’il n’est plus nécessaire de garder des vins si longtemps sous bois pour les rendre buvables. Un vigneron doit être plus libre dans ce genre de choix, en fonction à la fois du style de vin qu’il souhaite produire et de la matière première dont il dispose. Cette rigidité qui frise la cadavérique dans les appellations a dans ce cas, une grande responsabilité dans la dérive vers le vin rosé, qui peut être vendu dans l’année, même si je pense que les meilleurs, là aussi, méritent parfois quelques années de garde.

Bon j’ai fini (pour le moment) de râler et je vais vous raconter des choses plus positives sur les vins rouges de Bandol, dont j’ai pu déguster un certain nombre, jeunes et moins jeunes, durant ce weekend.

bruno-scavo-copieLe sommelier Bruno Scavo au travail pour désigner les cuvées de Longue Garde à Bandol

Avant de participer avec des collègues (journaliste et sommeliers pour l’essentiel) au jury de la Trophée de Longue Garde qui récompense chaque année trois jeunes vins rouges du dernier millésime qui nous semblent aptes à un longue vieillissement, j’ai dégusté une sélection très extensive de millésimes plus anciennes, justement pour tenter de cerner cette capacité de garde des vins rouges de Bandol. Il s’est agi de 1998 et de 2011, l’un étant vraiment à maturité, l’autre franchement en devenir, mais tous les deux considérés, dans leur jeunesse, comme des millésimes de garde. Je sais bien que l’écart entre les deux ne permet pas franchement une comparaison directe, mais j’ai quand-même cru déceler une nette amélioration dans la qualité moyenne des vins dans les 14 ans qui séparent ces deux millésimes. Il y avait de vins magnifiques parmi les 1998, mais bien plus d’irrégularités de toutes sortes, tandis que la série des 2011 m’a semblé bien plus homogène bien que plus importante numériquement.

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Bandol rouge 1998 (22 vins dégustés)

A noter que 4 bouteilles étaient bouchonnés dans cette série. Près de 20%, sans parler des difficultés à extraire proprement ces affreux morceaux de liège des flacons ! A quand la capsule à vis obligatoire ? Imaginez la déception des clients finaux. Nous, on avait la chance de pouvoir appeler une autre bouteille, mais cela n’arrive pas toujours dans la vraie vie. Et ne parle pas du problème majeur du liège massif qui est l’oxydation variable d’un flacon à un autre. Combien de vins ai-je rejetés dans cette dégustation à l’aveugle parce que leurs arômes et saveurs étaient diminués ou altérés par des doses excessives d’oxygène qu’un bouchon non hermétique avait laissé passer?

Mes vins préférés dans ce millésime (dans leur ordre de dégustation)

Baguiers, cuvée Gaston Jourdan

La Bégude

Bastide Blanche, cuvée Fontaneou

Sainte Anne

Tempier, cuvée Cabassaou

Bastide Blanche, cuvé Estagnol

Terrebrune

Tempier, cuvée La Migoua

cedric-gravier-copieCédric Gravier, du Domaine de Suffrène, qui a choisi un thème cher à mon coeur pour son stand

Bandol rouge 2011 (39 vins dégustés)

Moins de problèmes de bouchon car seulement (et c’est déjà trop !) 2 étaient affectés par ce morceau de liège. Mais plus de 40% des vins notés à plus de 15/20 est un pourcentage qui dit long sur la qualité moyenne des vins de cette appellation, comme il témoigne de l’intérêt de ce millésime clairement taillé pour une longue garde.

Mes vins préférés dans ce millésime (dans leur ordre de dégustation)

Baguiers

Frégate

Pey Neuf

Sainte Anne

La Bégude

Bastide Blanche

Tempier, cuvée Cabassaou

Pibarnon

Terrebrune

Bastide Blanche, cuvée Fontaneou

Salettes

Guilhem

L’Olivette, cuvée Spéciale

Suffrène, Les Lauves

Bunan, cuvée Charriage

Castell-Reynouard, cuvée Tradition

Tempier

Autres remarques

La régularité de certains domaines entre ces deux millésimes est à souligner. Je citerai Baguier, La Bégude, Tempier, La Bastide Blanche, Terrebrune et Sainte Anne.

Enfin un mot sur la dégustation pour déterminer les trophées longue garde, qui est forcément un exercice périlleux car bon nombre de vins n’avaient pas terminé leur malos, sans parler de la période d’élevage. A mon avis, il serait bien plus pertinent pour ce type de vin de tenir une telle dégustation avec un décalage d’un an (avis aux responsables).

Parmi les échantillons que les différentes tables de jurés ont élus pour aller en finale, notre jury a voté d’une manière unanime pour deux vins sur les trois que nous devions désigner, même si je ne sais pas lesquels, l’anonymat lié aux numéros et aux lettres n’ayant pas été levé  au moment où j’écris ces lignes. Une telle unanimité dans un jury est assez rare. Voici les noms des lauréats pour ce millésime 2016 :

Bunan

L’Olivette

Château d’Azur

En conclusion, cherchez attentivement des Bandols rouges dans les bons millésimes et laissez-les reposer un peu dans vos caves. Ils sauront vous récompenser de votre patience. J’ai commencé cet été à boire mes 2001 et ils très bons.

David Cobbold

 

 


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Nyetimber, la reine des bulles anglaises

Ce ne sont pas mes origines qui me poussent aujourd’hui à vous parler des grandes qualités d’un vin anglais, ni même la volonté de fêter dignement le récent grand chelem du XV de la rose (amplement mérité, il faut le dire !). Non, ce vin est tout à fait digne de votre attention uniquement par ses propres qualités.

 

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Notre récente dégustation des bulles issus des pays belligérants à la bataille de Waterloo (https://les5duvin.wordpress.com/page/2/?s=Waterloo) a confirmé la position de Nyetimber au sommet des vins effervescents anglais. Leur cuvée Classic 2010 est arrivé premier parmi les 7 vins anglais présents à cette occasion, et ce vin est ensuite arrivé 4ème en finale, derrière deux champagnes (Charles Heidisieck et Henriot) et le Bardung Chardonnay 2006 du Rheingau.

 

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J’ai dégusté ce vin de nouveau quelques mois plus tard et il m’a encore impressionné par sa grande finesse et sa pureté. Nyetimber n’a pas la puissance des beaucoup de Champagnes, mais il est largement leur égal sur le registre de la délicatesse. Les saveurs sont nettes, ciselées et assez persistantes, avec une dominante de citron et de fruits blancs. Sa longueur est parfaite pour le style et rien ne semble déplacé dans son profil. Son acidité est ni trop, ni pas assez pour son corps tout en finesse. C’est un vin de grand raffinement qui tout le monde pourrait servir sans user du vague prétexte de l’exotisme. De plus, il a clairement sa propre personnalité dont le style serait un peu analogue à celui d’un Mozart dans le domaine musical.

000003cb6-nyetimberNyetimber Manor (photo Decanter)

Mais quel est l’histoire derrière ce vin remarquable ? Initialement planté  par un couple d’américains, à partir de 1988, le domaine est situé dans le sud de l’Angleterre, à la frontière entre le contés de Hampshire et de Sussex. Après un changement de propriétaire, ses 170 hectares de vignes actuelles sont formés d’au moins 8 parcelles différentes et constituent l’unique source de raisins pour les vins de Nyetimber. Ils sont plantés de pinot noir, pinot meunier et chardonnay. Le sous-sol crayeux est très proche de celui de la Champagne. La production est clairement ambitieuse, avec une gamme de 5 vins qui se vendent à peu près au même prix que des bouteilles d’une grande marque de Champagne. La cuvée Classic vaut généralement autour de 40 euros (30 euros en promotion chez Waitrose en ce moment), et le Rosé 2009, par exemple, vaut 56 euros. Ce positionnement ambitieux est soutenu par une politique de qualité sans compromis : aucun vin n’était produit par Nyetimber issu de la vendange 2012 à cause d’une mauvaise qualité de raisins.

Nyetimber-sheepNon, tous les consommateurs ne sont pas des moutons, mais il semble que la cohabitation se passe bien à Nyetimber

On pourrait penser que la variabilité du climat dans ce pays milite pour une production dominée par des cuvées non-millésimés et cela sera probablement le cas dans un avenir proche. Le Nyetimber Classic 2010 sera le dernier de sa lignée à porter un millésime, d’ailleurs. Ce qui manquait avant était un stock suffisant de vins de réserve dans ce qui reste une industrie très jeune, dans ce pays. Le climat dans le sud de l’Angleterre reste nettement plus frais que celui de la Champagne de nos jours. J’ai lu quelque part qu’il est l’équivalent de celui de la Champagne il y a 25 ans mais je n’ai pas vérifié les données. Ce qui est certain, c’est que la phase de mûrissement des raisins y est plus étendue, car les vendanges 2015 à Nyetimber ont commencé le 12 octobre, un mois plus tard que celles de la Champagne.

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La vinification se passe sous la responsabilité d’une jeune canadienne, Chérie Spriggs, qui a étudié en Australie et qui fait équipe avec son mari. Le propriétaire depuis 2006, Eric Heerema, est un Néerlandais. Il a manifestement une vision à long terme et perfectionniste pour sa marque. Cela vaut la peine d’ailleurs de regarder leur excellent site web, qui contient une série de vidéos qui me semblent aussi honnêtes que bien faites. C’est ici: http://nyetimber.com/

Et leur promotion sur le marché britannique est plutôt créative, comme le prouve l’usage de ce bus à deux étages qui incorpore un restaurant.

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A la différence de la plupart des bulles anglaises, et pas seulement du fait de son échelle de production (car le marché britannique doit pouvoir tout absorber), Nyetimber souhaite être présent à l’international et se lance aux USA cette année.

Sur un plan plus générale, Heerema se dit très satisfait de la décision récente de Taittinger d’acquérir 70 hectares de terres dans le Sussex (après des rumeurs persistantes concernant Roederer et Duval Leroy, notamment) dans le but d’y produire leur sparkling wine anglais, car il estime que cela va renforcer et l’image et le professionnalisme de ce vignoble anglais en pleine expansion (2500 hectares au dernières nouvelles). C’est d’ailleurs ce pays qui va accueillir au mois de mai l’édition 2016 du symposium sur la viticulture dans les climats frais (voir ici : http://www.iccws2016.com)

David Cobbold

PS. De retour d’un long weekend dans la belle ville de Lisbonne, que je découvrais, je voulais vous en toucher quelques mots, mais Marie-Louise à beaucoup parlé de vins portugais ces temps-ci, alors j’ai décidé que cela pouvait attendre un peu. Et puis je n’y étais pas pour le vin, alors mes expériences viniques sont bien plus anecdotiques; aussi, si je décide de les publier ici, mon article sera largement teinté d’autres sujets que le vin.


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Et si le vin est bon… le vigneron l’est aussi

J’avais prévu un bon kilomètre de prétentieuses réflexions et dégustations sur le grand Riesling. Les circonstances de la vie me font remettre cette chose à plus tard. En échange de votre patience – à moins qu’il n’y ait une sorte de « ouf ! » de soulagement de votre part -, je vais vous servir en titre une lapalissade.P9120025.JPG

En effet, je vais évoquer un problème maintes fois abordé (trop à mon goût) sur les réseaux sociaux. Sur Facebook comme ailleurs, il est de bon ton de déblatérer sur les méthodes culturales des vignerons. Parfois, cela ressemble même à un combat de coqs. En voilà un qui y va de son commentaire forcément pertinent sur tel ou tel maléfique produit de synthèse, tandis que d’autres batifolent sur les avantages et les inconvénients du soufre en poudre ou du cuivre qu’il serait logique d’appliquer avec une extrême modération. Quand ce ne sont pas des conseils distillés plus ou moins amicalement, on diabolise tel vigneron parce qu’une photo montre un sol dénudé ou, à l’inverse, un travail de labours trop prononcé. Un tracteur sur sa parcelle et c’est une cata écolo, une jument et sa charrue  devient nettement plus politiquement correcte.

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Sans compter bien entendu sur les éventuelles remarques désobligeantes concernant l’élevage, le vigneron est ainsi rhabillé pour toujours, accusé de telle ou telle déviance, voire de négligence. Il est constamment surveillé par les chiens de garde, exposé à la vindicte des pseudo critiques ou livré à la prétendue expertise de consommateurs débutants à peine capables de surveiller leur orthographe. Il se trouve que je commence à en avoir ras la casquette de ce flot de platitudes, de redites, de leçons passéistes ou de conseils péremptoires. Et si j’en ai l’occasion – ou le temps -, je ne me gène pas pour le dire.

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Depuis longtemps, j’ai un principe bien chevillé en moi, celui du respect. Tout vin qui à répétition se révèle être bon, voire excellent, quelque soit son millésime, ne peut être que l’œuvre d’un vigneron exemplaire. Qu’est-ce qu’un vigneron exemplaire, me direz-vous ? Pour moi, c’est un gars ou une fille qui cherche à comprendre mais qui en apprend chaque année sur le mystère du vin. Un gars ou une fille qui respecte sa terre et qui vit presque en osmose avec elle, qui fait corps avec ses parcelles, qui s’y promène régulièrement. C’est aussi un gars ou une fille qui doute mais qui n’a pas peur de travailler et qui sait ce qu’il y a à faire sur un domaine pour obtenir le meilleur des vins.

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Bien sûr qu’il y a des chances pour que je me pose des questions sur sa façon de traiter son vignoble, sa philosophie de travail. Évidemment que sa vision du pressurage, que sa conduite des vinifications et de l’élevage sont des éléments qui m’intéressent. Mais là n’est pas le principal dans un vin. On doit avant toute chose se poser la simple question de savoir si le vin que l’on goûte est bon ou pas. Évidemment que c’est son goût à soi et non celui de son voisin ou des propagateurs de ragots qui va déterminer la qualité du vin. Si le vin est bon, c’est que le vigneron est bon et que ce dernier a compris l’essentiel du rapport intime qu’il y a entre lui, l’homme, son environnement, sa terre, son cépage, son climat. Peu importe ce qu’il y a dans l’assiette : si c’est bon, c’est bon et je le mange. Avec le verre de vin c’est un peu pareil, non ?

Gérard Gauby et ses Vieilles Vignes !

Alors vous comprenez que les censeurs, les experts, les doctes commentateurs, les critiques patentés et les messieurs je-sais-tout-car-j’ai-tout-vu-et-compris, ces gens-là, je les renvois volontiers à leur chères études. Suffit de trouver que le vin est bon (ou mauvais), et c’est bien là l’essentiel !

Michel Smith

©Photos MichelSmith