Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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# Carignan Story # 281 : quand l’été pointe son nez…

Vous souvenez-vous – je m’adresse là aux rares habitués, aux vieux de la vieille – du Ça se boit bien (piqûre de rappel, pour ceux que ça intéresse) de l’autre dimanche ? Le Carignan d’un Anglais égaré aux Clos Perdus était certes facile à boire mais ne manquait pas pour autant de complexité ni de finesse. Xavier Plégades, qui me l’avait fait découvrir dans son antre de Narbonne, Le Célestin, m’a conseillé aussi de goûter un autre Carignan, bien plus abordable puisqu’il ne m’a coûté 8 euros à emporter. Alors, puisque l’été est bien installé et que les températures pointent au plus élevé…

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C’est tendre, sans sulfites ajoutés, enjoué, souple, aimablement épicé, fruité, léger. Rien de plus ? Un peu plus quand même, car j’oubliais un petit grain accrocheur, un air de revenez-y. Et si ça se boit bien aussi, ce style de Carignan sans prétention est un parfait vin de saison, un vrai rouge d’été à boire, frais bien entendu, entouré d’une ribambelle de copains avec ce qu’il faut de petits légumes farcis, d’olives gentiment parfumées aux herbes, d’escargots de mer, de brochettes savoureuses et de poissons frits.

La Pointe, puisque c’est son nom, tout comme La Prairie (un pur Aramon), sont issus du Domaine de la Banjoulière, sur les terres de Corneilhan, dans l’Hérault. Si j’en crois ceux qui connaissent un peu le vigneron, Sébastien Benoit-Poujad, c’est lui qui dessine ses étiquettes de Vin de France. Seul hic, à moins qu’une contre-étiquette se soit envolée, notre vigneron ne semble pas savoir que l’on peut désormais indiquer le millésime sur le flacon. J’opte pour un 2014. Mais ce pourrait être du 2013… Allez savoir ! À méditer en tout cas pendant la sieste sous un pin parasol !

Michel Smith


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#Carignan Story # 275 : Retour sur trois, dont le plus grand !

Sans même me relire – promis, juré – pour voir ce que je pouvais écrire auparavant sur ces vins, je me suis amusé, grâce à une série de circonstances bienveillantes, à revoir quelques vins déjà décrits mais dans un millésime passé. À tout seigneur, tout honneur, j’ai d’abord mis la main sur « mon » Carignan du Puch, celui que nous réalisons à six individus pas toujours d’accord sur la méthode à suivre, mais faisant confiance finalement à l’un de nos associés que je ne citerai pas afin de ne pas le mettre mal à l’aise, un gars brillant qui a une grande expertise en matière de biodynamie, méthode de culture que nous ne revendiquons pas tout simplement parce nous ne la pratiquons pas vraiment. Et si nous le faisions, nous n’aurions pas de toute façon les moyens financiers nécessaires, sur un hectare, pour payer la certification.

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Notre étiquette est Puch, un nom bien à nous pour désigner le sommet, pech en occitan, puig en catalan. Il faut dire que le Serrat d’El Puig est le nom du lieu-dit où se trouve notre vigne. Notre IGP est Côtes Catalanes. Notre « pays » est Tresserre, village de l’Aspres, entre l’Espagne et Perpignan. Pour nous amuser et pour casser les codes, nous changeons de couleur d’habillage chaque année avec, de préférence, un petit texte de présentation de plus en plus court, à mon grand regret vous vous en doutez. 2010, étiquette verte, est notre second millésime et sa robe paraît quelque peu évoluée, sachant que l’échantillon n’a pas connu d’autre cave que mon bureau parfois très chaud en été. Le nez n’est pas évident, tandis qu’une fois installé en bouche le vin a gardé son caractère acide, une franche et belle acidité sur une matière équilibrée et un fruité tendre aux notes confites. Pour moi, c’est un vin facile qu’il est grand temps de le boire – et nous avons vidé la bouteille sans mal avec des amis ce midi -, même si je sais qu’il peut tenir encore sans que je puisse me persuader de l’intérêt de le faire. Seule réserve : suis-je vraiment objectif pour en parler ? Pas vraiment, alors passons…

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

La dégustation n’étant pas à l’aveugle, je me réjouis par avance de venir à bout (facilement) du bouchon de verre qui coiffe ou décoiffe la haute bouteille de La Loute 2011, un Vin de France, enfanté sur les terres arides et sauvages des basses Fenouillèdes, là aussi à une vingtaine de kilomètres de Perpignan, dans ce que l’on peut qualifier l’arrière-pays. L’échantillon a été conservé (debout, c’est l’avantage) moins longtemps que le 2010 précédent, mais à l’abri de la lumière dans une pièce non climatisée. On change de registre car on a visiblement un vrai grand millésime estampillé de surcroît Cuvée du Jubilé. Le nez fonctionne à plein régime sur le registre de la garrigue, avec amplitude et finesse. La bouche est majestueuse, qui s’affirme sans hésitation. Le vin donne envie de s’incliner, de se recueillir, de s’isoler. Gelée de petits fruits noirs et rouges parfaitement murs en bouche, notes de ciste, laurier, thym, fenouil, matière fondue, tendre, pleine de sève, langoureuse, laissant apparaître des touches fumées, pierreuses, grillées. Grande longueur avec une pointe de fraîcheur délicatement parfumée (pinède) faisant de la finale un moment de contemplation, de ravissement, de bonheur. Tel un magistral Porto, c’est presque un vin religieux à boire seul dans un fauteuil en fermant les yeux et les oreilles pour se focaliser sur la musique du vent et les bruits de la nature. Je sais, ça doit vous fait marrer cette image, mais je vous assure avec force que c’est réellement ce que je ressens. Ou alors, choisissez un autre fond sonore, je ne sais pas moi, Mahler, par exemple !

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On peut difficilement faire mieux dans le registre du Carignan ! Pour info, il affiche une degré de 14,5°, contre 12,5° pour le vin précédent et le même degré d’alcool pour le troisième. Une seule question subsiste : faut-il le boire ? Pour ma part, c’est oui, on peut commencer. Mais uniquement sur des mets choisis (gigot d’agneau, par exemple) pour leur grande qualité et surtout, sans se précipiter car le vin, dans une bonne cave, peut à mon avis encore tenir bien au delà de 2020. Et c’est sans hésiter que je l’ai classé dans ma tête comme « Champion du monde des Carignans », toutes catégories !

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Arrivé la veille par voie postale, le vin suivant, lui aussi, est bâti pour aller jusqu’à 2020, au moins. Il s’agit d’un autre Vin de France, mais d’un 2013, provenant du Vaucluse et du secteur de Vaison-la-Romainele danois Rune Elkjaer tâte du Carignan depuis quelques années déjà. Bien que trop jeune et quelque peu bouleversé par le transport, j’aime son Carignan. Il affiche son nom de cépage de manière ostentatoire sur l’étiquette : nez épicé, riche en matière, épais, savoureux, plein de notes de fruits rouges très mûrs en bouche, la garrigue en plus, et il se goûte sans mal sur la fraîcheur. Facile, dans le bon sens du terme s’entend (il titre 12,5°), sa texture est assez veloutée et portée sans retenue sur la longueur pour nous conduire sur une finale quasi parfaite. Manque plus qu’une fricassée de champignons des bois, trompettes de la mort si possible, pour aller au paradis !

                                                                                                Michel Smith


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Réflexions sur les vins de Centre Loire

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Un trop bref séjour récent à Sancerre pour animer une table ronde organisée par le CNAOC et portant sur des sujets de fond (le réchauffement climatique, les maladies de la vigne et la réduction des intrants, avec leurs conséquences sur l’encépagement et d’autres règles des appellations) m’a donné l’occasion de demander aux responsables de cette région de m’organiser une dégustation de quelques vins du Centre Loire. Le préavis que j’ai pu donner étant court, je les remercie d’avoir su bien organiser cette dégustation qui a réuni 68 échantillons de l’ensemble des appellations de la région. Je rajoute que cette inter-profession, bien conduite par Benoit Roumet, a l’intelligence de produire un dossier de presse factuel et riche, entièrement libre du bla-bla polluant qui sévit trop souvent dans ce genre de document.

300px-008_Sancerre_sur_sa_butteSancerre  vers cette époque : en tout cas cela ressemblait à ça vendredi dernier (photo Henri Moreau)

Voici les appellations de la région Centre Loire, par ordre alphabétique : Châteaumeillant (90 hectares : vins rouges et rosés de gamay ou pinot noir), Coteaux du Giennois (200 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir et gamay), Menetou Salon (550 hectares : blancs de sauvignon; rouges et rosés de pinot noir), Pouilly Fumé (1.320 hectares: blancs de sauvignon), Quincy (280 hectares: blancs de sauvignon), Reuilly (235 hectares: blancs de sauvignon, rouges et rosés de pinot noir, ainsi que «gris» de pinot gris), et enfin la plus grande et la plus connue, Sancerre (près de 3.000 hectares: blancs de sauvignon; rouges et rosés de pinot noir). Je sais bien que techniquement, les 30 hectares de Pouilly-sur-Loire en font partie aussi, mais il semble que le marché et les producteurs ont décidé d’un commun accord de laisser le chasselas aux Suisses ou aux Savoyards et il n’y avait aucun échantillon de cette appellation en voie (probable) de disparition.

carte Loire

La partie orientale du Val de Loire, là où le fleuve amorce son virage vers l’ouest, touche presque à la Bourgogne, ce qu’on voit à peu près sur la plus petite carte

Premier constat: cette région représente sur le plan géographique un point de rencontre entre vallée de la Loire et Bourgogne. Cela se confirme à la fois par son climat, plus nettement continental que les parties en aval sur la Loire, mais aussi par l’encépagement qui emprunte le gamay et pinot noir (et aussi, un tout petit peu, le pinot gris) à la Bourgogne, et le sauvignon blanc à la Loire. Rappelons que ce même sauvignon blanc existe aussi en Bourgogne, pas si loin de là, dans l’appellation Saint Bris, près de Chablis. Le cépage ne reconnaît pas les frontières que quelques imbéciles tentent de lui imposer par pur esprit de protectionnisme !

SANCERRE photo Bookinejpg autre image, plus estivale, du vignoble sancerrois où pentes et orientations varient pas mal (photo Bookine)

Deuxième constat: ces sept appellations connaissent des fortunes assez diverses, comme le reflètent leur tailles relatives. Sancerre mène clairement la danse régionale, avec plus du double de la surface de sa suivante, Pouilly Fumé. Si, historiquement, la proximité avec le fleuve a pu expliquer certains écarts de fortune, je pense qu’aujourd’hui, c’est surtout la facilité avec laquelle on prononce les mots qui joue un rôle prépondérant, sans parler de la qualité perçue des vins (vrai ou faux: j’ai bien dit «perçue»). Si on regarde les pourcentages des ventes réalisées à l’exportation, appellation par appellation il est clair que la taille et l’antériorité de l’appellation jouent un rôle, comme l’indique ce tableau :

 

appellation date création Superficie/ha % export
Sancerre 1936 3000 57%
Pouilly Fumé 1937 1320 53%
Menetou Salon 1959 550 13%
Quincy 1936 300 14%
Reuilly 1937 235 15%
Giennois 1998 200 17%
Châteaumeillant 2010 90 2%

 

Les deux plus grosses appellations sont, et de loin, celles qui exportent le plus. Menetou-Salon, qui les suit de loin, a un nom plus difficile à prononcer et une date de création plus récente. Je ne m’explique pas bien pourquoi Quincy est resté si petite et peu connue, mais il y a sûrement d’autres facteurs qui entrent en compte.

logo centre Loire

Maintenant, parlons de cette dégustation, qui donnera lieu à d’autres commentaires plus ou moins généraux. Je remercie les vignerons ayant accepté d’envoyer des échantillons avec si peu de préavis. Même si ce type de dégustation ne permet pas de donner une vision complète, et encore moins d’établir une quelconque hiérarchie dans la qualité, vu le nombre de vins représentant chaque appellation et chaque couleur (j’en donne les chiffres ci-dessous), avec 68 vins dégustés, je m’autoriserai quand même à faire quelques observations et à souligner mes vins préférés.

Les vins étaient jeunes, et parfois trop jeunes. Je m’explique: ils devaient tous être en vente actuellement: la majorité provenait des millésimes 2012 et 2013, mais avec pas mal de 2014 aussi, dont une forte proportion de Sancerre et de Quincy. La plupart de ces blancs de 2014 méritaient au moins 6 mois de plus d’élevage. La pression des marchés explique probablement une telle précipitation à mettre en vente des vins trop jeunes, car encore fermés et manquant d’affinage dans leurs textures comme dans leurs saveurs. Les millésimes 2012 et 2014 (avec un jugement de potentiel pour ce dernier à cause de sa jeunesse) m’ont parus au-dessus du 2013, dont la météo à rendu l’exercice difficile, je crois.

 

Les vins dégustés

Vins rouges : 1 Châteaumeillant, 1 Coteaux du Giennois, 3 Menetou-Salon, 5 Sancerre

Vins rosés : 2 Reuilly, 1 Menetou-Salon, 2 Sancerre (et un vin de table dont je parlerai)

Vins blancs : 4 Coteaux du Giennois, 4 Reuilly, 14 Quincy, 4 Menetou-Salon, 8 Pouilly-Fumé, 17 Sancerre

 

Mes vins préférés

Vins rouges

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, Première Cuvée 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Les Cris 2012

Sancerre, M et E Roblin, Origine 2013

Sancerre, Domaine Henri Bourgeois, La Bourgeoise 2012

Vins rosés

Reuilly, Jean Tatin, Demoiselle Tatin 2014

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, 2014

Vins blancs

Quincy, Jean Tatin, Succellus 2013

Quincy, Domaine Portier, Quincyte 2013

Quincy, Domaine de la Commanderie, Siam 2013

Quincy, Domaine Villalain, Grandes Vignes 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Le Carroir 2013

Menetou-Salon, Domaine Jean Teiller, Mademoiselle T 2013

Pouilly-Fumé, Château de Tracy, HD 2012

Pouilly-Fumé, Domaine Landrat Guyollot, Gemme de Feu 2012

Pouilly-Fumé, Serge Dagueneau et Fille, Tradition 2014

Sancerre, Domaine Laporte, Le Grand Rochoy 2012

Sancerre, Vincent Grall, 2014

Sancerre, Jean Reverdy et fils, La Reine Blanche 2014

 

Remarques sur ces résultats

D’abord le caveat habituel sur une dégustation, même à l’aveugle comme ici: ce n’est jamais qu’une photo instantanée, et qui ne montre qu’un fragment du paysage, vu la représentativité relative de cet échantillonnage. Seule une minorité des producteurs avaient proposé des échantillons. Mais on peut aussi constater que des producteurs dont j’ai déjà très bien dégusté des vins sont au rendez-vous. Je pense à Jean Tatin et au Domaine Portier à Reuilly et Quincy ; aux Domaines Pellé et Jean Teillier à Menetou-Salon ; au Château de Tracy à Pouilly et à Henri Bourgeois, au Domaine Laporte et à Vincent Grall à Sancerre.

Deux vins à part

J’ai mentionné un vin (rosé) produit sous la désignation « vin de table ». Il s’agit d’un cépage récemment sauvé de disparition et qui a été autorisé en plantation à titre expérimental, je crois (ou bien au titre de la sauvegarde de la bio-diversité, je ne sais plus !). Ce cultivar s’appelle le genouillet et le Domaine Villalain, de Quincy et de Reilly, a envoyé un échantillon de son millésime 2014. Je ne fus pas surpris d’apprendre qu’un des ses ancêtres est le gouais blanc, cette variété à la multiple descendance mais dont les vins peuvent aisément ressembler à de l’acide de batterie. Ce n’était pas franchement le cas pour ce vin, aux odeurs inhabituelles de paille et de sciure, avec une belle vivacité mais peu de fruit. Une curiosité, du moins pour l’instant.

Le pinot gris peut produire , sous l’appellation Reuilly, des vins qualifiés de rosés, mais dits « gris de gris » et en réalité blancs à peine tachés. J’ai beaucoup aimé celui de Jean Tatin, même si je le considère plutôt comme un blanc. Le nez est très aromatique et la texture suave. Equilibre et longueur sont excellents, avec juste une pointe de tannicité à la fin qui trahit un travail de macération, peut-être.

Les défauts de certains vins

Un vin bouchonné, quelques vins trop soufrés et un bon nombre de blancs mis en bouteille trop jeunes. En mettant ces vins blancs sur le marché si rapidement, on a tendance à les simplifier. Et, du moins dans le cas des Sancerre, il n’y a pas d’excuse du côté de la rentabilité. Après, il y a des questions de style. En ce qui concerne les vins de sauvignon blanc, je n’aime pas les odeurs agressives de buis ou, pire, de pipi de chat. Je crois que les deux proviennent d’une forte présence de molécules de la famille des thiols. On rencontre cela plus facilement lorsque les raisins ne sont pas assez mûrs. Peut-être aussi quand l’élevage n’a pas encore calmé ce type d’odeur primaire (un avis d’expert serait le bienvenue sur ce sujet technique).

J’ai aussi l’impression que Sancerre vit un peu sur sa renommée. Cela semble être les cas si on regarde la proportion de vins que j’ai appréciés par rapport au nombre d’échantillons dégustés (même si ça n’est pas très fiable statistiquement)…

Je n’ai pas les prix de ces vins, mais le rapport qualité/prix d’un Menetou-Salon, par exemple, est sans doute plus favorable en moyenne, que celui d’un Sancerre.

David Cobbold


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#Carignan Story # 270 : allez, encore un effort…

Quelques fois je suis pris de découragement. Je me dis que je pourrais mettre la clef sous la porte, que ce serait beaucoup plus simple pour moi de ne plus rien écrire, de ne rien faire, de profiter de mes vacances toscanes sous les regards protecteurs de mes saints voisins, Domenico et Caterina. Laisser les choses glisser sur mon cuir tanné par les ans et, tout simplement, vagabonder corps et âme. Faire comme mes confrères qui, lorsqu’ils sont en vacances, donnent parfois sur le registre du strict minimum syndical. Commencer par dresser une liste de choses à ne surtout pas négliger, comme siroter mon Campari-soda un peu plus à l’ombre que d’habitude, oublier le Carignan, penser à goûter les pici au ragoût de lièvre, dénicher un bon Sangiovese ne dépassant pas 10 €, passer boire une tasse de chocolat chaud chez Nannini (le roi du café), écouter les musiciens du Tubo, m’asseoir sur le marbre bien frais pour lire un chapitre de mon Livre de Poche en tirant sur mon mini Romeo y Julieta… En voilà des choses à faire en cette bonne ville de Siena, des choses faciles, belles, capitales et urgentes.

Siena, vue du Jardin botanique de l'Université. Photo©MichelSmith

Siena, vue du Jardin botanique de l’Université. La pluie menace… Photo©MichelSmith

Au lieu de ça, je rumine. Je pense à entretenir cette satanée rubrique que personne ne songe à lire. Tiens, par exemple, je me questionne encore sur le rôle parfois excessif que jouent certains œnologues dans la conception d’un vin. La chose n’est pas nouvelle et pourtant elle alimente encore les pensées du vieux critique en vins que je suis devenu. Sujet bateau, s’il en est, marronnier de toujours, débat insoluble mais pourtant capital.

Il y a quelques mois, je m’étais énervé ici même sur un Carignan que je trouvais mal fagoté, Les Jamelles, acheté à un prix très raisonnable dans un magasin des Corbières : le vin puait la noix de coco et cela avait eu le don de me mettre hors de moi d’autant plus que je savais que j’allais recevoir, à ma demande, des échantillons d’une autre cuvée de Carignan conçue par le même œnologue bourguignon, Laurent Delaunay, acclamé un peu partout, surtout dans les pays anglo-saxons, comme un talentueux créateur de vins. Pis, il m’avait été recommandé par un ami vigneron qui le savait « fou de Carignan ».

Mais avant d’aller plus loin, voici un petit avant-goût de ce qui m’attendait au travers du site d’une des maisons que l’oenologue sus mentionné a créé : « Convaincu par le formidable potentiel des terroirs du Languedoc, c’est en 2005 qu’il (Laurent Delaunay, ndlr) rachète la Maison Abbotts, créée en 1996 à Marseillette, près de Carcassonne par la jeune et talentueuse oenologue australienne, Nerida Abbott. Séduite par la région et la diversité de ses terroirs, animée par une grande rigueur et une infinie précision, elle a toujours travaillé à produire les meilleurs vins des appellations du Languedoc-Roussillon ».

Je me lance donc en compagnie de quelques amis, et les vins d’Abbotts & Delaulay sont placés au milieu d’une dégustation informelle où se trouvent quelques crus du Sud. Les trois échantillons de Carignan, en Vin de France, sont goûtés en tentant d’effacer de mon esprit les reproches passés. Cela commence par un 2012 où, rebelote, le goût de vanille teintée de noix de coco se met en avant, certes de manière un peu moins caricaturale que lors de ma dégustation des Jamelles, mais suffisamment pour me choquer.

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Qu’à cela ne tienne, je laisse passer l’orage. J’attaque le second échantillon, version 2011 du même vin : là, j’admets que la matière s’impose avec plus d’ambition. Mais la puissance arrive telle un tsunami et déroule son tapis de planches macérées à l’alcool. Un bon point tout de même puisque la fraîcheur semble faire surface… Las, avec le 2010, on tombe de nouveau dans les mêmes travers avec ce yukulélé exotique pour moi insupportable. Il y a bien du fruit en finale, mais aussi un paquet de bois carrément inhospitalier.

Mes camarades trouvent que j’exagère un peu. Ils me font remarquer que cette série est certes « commerciale », mais techniquement bien faite. Alors…

Alors, quelques semaines plus tard, avant d’aller boire mon café au bar Il Palio sur la fameuse place du Campo, je jette à nouveau un coup d’œil sur le site de la maison australo-languedo-bourguignonne Abbotts & Delaunay histoire d’en savoir un peu plus. Est-ce le même Carignan 2012 qui compose la cuvée Alto Stratus mise en avant sur le site ? Bien que n’ayant pas noté ce nom de cuvée sur mes petits papiers, je n’en doute pas. « La vendange est manuelle, et faite seulement avec des raisins mûrs. 40% de la vinification est faite traditionnellement, et 60% à partir de vendange entière. L’élevage est de 9 mois, 60% en fûts et 40% en cuve inox afin d’apporter de la fraîcheur. A la dégustation, on aperçoit une robe foncée et vive. L’Alto Stratus a un nez légèrement sauvage et végétal, avec des notes de rhubarbe, de réglisse, de pain d’épice et de poire. Son attaque est très ronde et gourmande. Ses notes crémeuses et fruitées rappellent le clafouti aux griottes acidulées de mon enfance ».

J’en déduis que je dois me faire trop vieux, qu’il est temps que j’arrête, que je laisse tomber le pinard et que je me mette à l’aquarelle une bonne fois pour toute. Cerise sur le clafoutis, ce vin fort nuageux est commercialisé sur le site maison à 19,50 € la bouteille ! On m’annonce que Bettane et Desseauve l’avaient (trop généreusement ?) noté 14,5/20. Je ne sais pas pourquoi, mais cette dernière précision me rassure… Ciao tutti !

Michel Smith


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#Carignan Story # 264 : Un sacré bon Plan !

J’ai connu Rémi Duchemin au Mas de Mortiès il y a près de dix ans alors qu’il était associé dans une aventure viticole en plein cœur du Pic Saint-Loup. D’emblée, j’avais été conquis par son sérieux, sa vision simple et pragmatique des choses de la vigne et de la vinification. Je l’ai retrouvé toujours aussi passionné et enthousiaste il y a peu lors d’une réunion de Carignan Renaissance, association qui regroupe plusieurs carignanistes vignerons en compagnie d’amateurs et d’observateurs. Réservé, quelque peu timide, ce grand gaillard s’est installé à son compte dans le secteur très prisé des Terrasses du Larzac où fourmille une foule de talents. Comme d’autres, il se réjouit d’avoir pu mettre la main sur quelques vieilles parcelles de Carignan dans le cadre de sa propriété du Plan de L’Homme (Plan de l’Om – l’orme – en Occitan), à une trentaine de kilomètres au nord de Montpellier.

Rémi Duchemin. Photo©MichelSmith

Rémi Duchemin. Photo©MichelSmith

Au passage, je relève un détail qui vous paraîtra anodin mais qui pour moi est riche de sens : Rémi est le deuxième mes amis vignerons – le premier étant Luc Lapeyre dans le Minervois – ayant la chance d’avoir un siège social dans une rue Marcellin Albert, du nom de ce cafetier-vigneron d’entre Corbières et Minervois qui, il y a un peu plus d’un siècle, prit la tête de la révolte des Vignerons du Midi lors d’une mémorable crise viticole qui ébranla le Sud de la France. Est-ce pour cette raison que Rémi a attribué à son Carignan la consonne grecque « X » (« khi »), histoire de nous poser la question de savoir « qui » se cache derrière (ou dans) ce vin ?

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Goûté récemment une première fois un peu à la va-vite, je le confesse, le 2012, un Vin de France, m’est apparu superbe de fraîcheur, éclatant en bouche, complet, bien en chair et fort élégant. Pas plus tard qu’hier, une autre bouteille du même millésime ouverte entre copains fut accueillie à bras ouverts et jugée magnifique à l’unanimité par une tablée toute entière. À vrai dire, j’étais assez fier de la servir car, parmi les convives se trouvait mon ami Étienne Montès du Domaine La Casenove, un des premiers vignerons rencontré peu de temps après mon arrivée en Roussillon à l’époque où le Carignan était encore mal vu, mal compris aussi. Nous avions dans nos verres l’illustration parfaite de ce que le Carignan peut livrer en émotions. Nous étions nombreux à ressentir des notes de café, de truffe pour certains, un vin harmonieux s’appuyant sur une belle rondeur en bouche, des accents de cerise cœur de pigeon, une structure épatante et des tannins fondus, tendres et grumeleux menant à une finale gracieuse.

Photo©MichelSmith

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J’estime que ce vin peut attendre 3 à 4 ans avant une ouverture et un service en carafe sur un pigeonneau cuit à la goutte de sang. Mais on peut aussi l’attendre pour aborder 2020 en beauté !

Michel Smith


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# Carignan Story # 258 : tendre Monolithe

Ils sont du village de Villespy, sur le territoire de La Livinière, l’un des plus en vue du Minervois. Julien, le jeune fils, et Henri Deveyer, le père, ne possèdent qu’une dizaine d’hectares et sont à la tête d’un domaine au nom délicieusement romantique, Les Jeanneterres. Malheureusement pour leur appellation qui en aurait bien besoin, les vignerons qui osent vinifier à part leurs vieux Carignans plutôt que de les mettre dans la soupe communale ou domaniale, laquelle peut au demeurant être fort goûteuse, sont obligés de passer outre l’appellation et de se rabattre sur la mention passe-partout, Vin de France. Bizarrement, le Cinsault qu’ils vinifient aussi, a lui droit de cité et peut même se revendiquer Pays d’Oc ! C’est fou ce que les choses sont bien faîtes en ce bas monde…

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La cour de l’Hôtel d’Alibert. Photo©MichelSmith

C’est l’espiègle Frédéric Guiraud, patron du délicieux hôtel (et restaurant) d’Alibert, à Caunes-Minervois, qui me l’a fait découvrir un jour où nous étions chez lui à digresser autour d’un bon plat sur le cépage-maudit du Sud avec Didier Viguier qui, au sein de la Chambre d’Agriculture de l’Aude, passe pour un protecteur du Carignan. Ce Vin de France, vinifié seulement quand il en vaut la peine car il est « capricieux » selon ses auteurs, s’appelle donc « Monolithe ». Il est du millésime 2011, provient d’une petite parcelle centenaire au-dessus de La Livinière et il est commercialisé modestement au prix de 9 € départ cave ce qui, à mes yeux, constitue une affaire vue la taille de cette propriété.

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De ce coin-là, on connaissait déjà le Boulevard Napoléon déjà décrit ici. Contrairement à ce que son nom laisse penser, le vin de ce jour, du moins à mes yeux, n’a rien de monolithique. C’est un rouge avenant, bien dans son jus, souple mais équilibré malgré l’alcool affiché (15°), doté d’une certaine finesse et d’un fruité tendre et délicat en dépit d’une très légère amertume en finale. Perso, je le vois servi frais (14°) sur un cassoulet, mais je sens qu’il irait bien sur un chaud plat de tripes avec de belles pommes de terre et carottes. Je n’ai pas de conseils à donner, mais je pense que si les Deveyer se donnaient la peine d’en vinifier tous les ans, sans forcément attendre d’hasardeuses sur-maturités, ils auraient un rouge encore plus frais et subtil qui ne manquerait pas d’intérêt.

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Pour joindre Julien Deveyer, envoyez un mail à cette adresse : julien.deveyer11@laposte.net

Michel Smith


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#Carignan Story # 257 : le mystère du trio des Fabre

Non, je ne chercherai pas à vous entraîner dans un roman à clefs. Mon titre est fait pour attirer votre attention sur un vin, un vrai ! Un vin bien habillé qui plus est. Honnêtement, je ne sais pas au juste ce qui a poussé le Château Fabre-Cordon à m’adresser un jour trois bouteilles numérotées d’un même Carignan Vin de France dit de « vieilles vignes ». Pour ce qui est du millésime, c’est un autre mystère, même si un numéro de lot (08/13) laisse penser qu’il s’agit d’un 2013. Mais peu importe, car finalement ce détail ne revêt pas ici un caractère capital. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il s’agit d’un millésime récent. Voilà.

Revenons à la question initiale. Cet envoi a-t-il été effectué dans un désir de pédagogie ? Une quelconque mais légitime volonté d’expliquer, de démontrer ? Un souhait de simple partage d’expérience ? Un souci de faire participer le modeste défenseur de Carignan que je suis à je ne sais quelle prise de décision ? Il me semble qu’Olivier Zavattin, mon sommelier ami de Carcassonne, y soit pour quelque chose. Quoiqu’il en soit, les trois échantillons sont là depuis quelques mois et, comme d’habitude, ils se languissent d’attendre mon bon vouloir…

Photo©MichelSmith

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Fabre-Cordon est le nom d’un domaine des Corbières. La vigne y est cultivée en agro biologie depuis 2008 en compagnie de vergers d’abricotiers. Le siège est situé au sein du Parc de la Narbonnaise, non loin des étangs, à Peyriac-de-Mer, sur une zone plutôt plate, à distance, bien qu’ à portée de vue quand même, du massif des CorbièresMonique et Henri Fabre, les propriétaires à l’origine du domaine, sont aujourd’hui rejoints par leur fille, la jeune et jolie Amandine que l’on sent très motivée et qui figure, en compagnie de ses parents, dans ce petit clip que l’on peut visionner ici.

Le fait d’attendre a parfois ses inconvénients. Ne pas se presser, offre aussi des avantages. Le temps de préparation et de mise en bouche à une dégustation de Cognac, l’autre matin, et ces bouteilles vinrent à point nommé puisque nous fûmes trois à les goûter afin de tenter de les disséquer, d’en percer les mystères. Trois dégustateurs, trois auteurs, trois échantillons. Une précision s’impose : je ne pense pas que les vins évoqués ici, du moins dans ce millésime, seront disponibles à la vente. Du moins, ils ne figurent pas sur le site du domaine. Et une question subsidiaire : s’ils sont commercialisés, faut-il les acheter par trois ou peut-on se les procurer à l’unité ? Chaque bouteille porte le numéro d’une barrique (de 1 à 3) ce qui laisse penser qu’il s’agit plus d’un essai sur différents bois et (ou) brûlages que d’autres choses. C’est sur cette hypothèse que nous partîmes nez en avant sur le contenu de ces bouteilles.

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Nous fûmes tous d’accord pour décréter de concert que le flacon « Barrique n°3 » était de loin le plus intéressant, le plus élégant : le boisé stylé détecté sans outrance au nez laissait place à une belle et harmonieuse fraîcheur en bouche avec des tannins bien présents et une très honorable persistance. La « n° 1 », en toute logique la première goûtée, laissait paraître une certaine platitude en bouche, sur une texture douce, voire aimable, et une bonne longueur. La « n°2 » faisait ressortir un peu plus d’expression et d’enthousiasme, une forme de largesse aussi, permettant à la matière de conduire sur une finale réglisse. On espère donc que, si une cuvée spéciale est envisagée à partir de ces vieilles vignes de Carignan, le modèle « n° 3 » sera retenu !

Affaire à suivre, comme on dit en pareille situation !

Michel Smith

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