Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Contre étiquette, l’envers du décor

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L’Envers du Décor est le nom d’un célèbre et excellent bistrot à vin, situé à Saint Emilion et propriété de François de Ligneris, pour qui j’ai beaucoup d’affection. Mais cela n’est pas du tout le sujet de ma chronique d’aujourd’hui !

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La contre-étiquette est de plus en plus utilisée sur des bouteilles de vin, et contient de plus en plus de mots et de signes. C’est un outil de communication et d’information qui peut être très utile, voire nécessaire. Pour une bonne partie, comme dans l’exemple ci-dessus, venu des USA, il est fortement chargé de mentions légales. Mais est-il toujours bien utilisé par les producteurs ?

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Je veux d’abord souligner l’écart, parfois frappant et redoutable, entre la vérité telle que nous le percevons et le discours des producteurs de vin et leurs diverses antennes « communicantes ». Ce qui a déclenché mon envie d’évoquer cette distorsion entre réalité et discours a été notre dégustation d’un vin d’Ardèche, mis en parallèle avec le texte imprimé sur son contre-étiquette. Un collègue a perçu exactement la même chose dans cette instance, alors il s’agit peut-être d’autre chose qu’une simple lubie personnelle. Cela aurait très bien pu arriver avec un vin d’ailleurs : là n’est pas la question, car je n’ai rien contre les vins d’Ardèche en particulier.

Commençons par les commentaires de dégustation tels qu’ils apparaissent sur la contre-étiquette de ce vin, nommé Chatus, Monnaie d’Or 2012. Le chatus est une variété rouge, rare et plutôt tannique, ancienne car mentionnée par Olivier de Serres et qu’on trouve dans l’Ardèche, mais aussi dans le Piémont sous le nom de Neiret.  Je prends encore mes précautions en soulignant que  ceci n’est pas une critique de cette variété, mais juste du lien défectueux entre ce vin (honnête, par ailleurs) et sa contre-étiquette.

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Le commentaire imprimé sur la contre-étiquette :

« arômes de cassis, de pâte de coing, de figues sèches et de réglisse » Et c’est tout, car rien n’est dit sur les impressions tactiles ou gustatives en bouche du vin : tout semble se passer au pif ou bien en rétro-olfaction.

Mon commentaire sur le même vin (uniquement olfactif) :

« arômes de terre humide et de sous-bois, notes de fruits rouges frais et cuits avec un léger accent boisé et animal. »

Je sais bien que l’appréciation des arômes est une affaire individuelle, mais quand-même !

Mieux encore, cette même contre-étiquette conseille de servir le vin à 20° et d’ouvrir la bouteille 6 heures avant le service ! Servir n’importe quel vin rouge à une telle température me semble une aberration qui a pour résultats principaux de déséquilibrer les sensations vers l’alcool et de détruire la finesse des saveurs. Conseiller au consommateurs d’ouvrir un vin 6 heures avant le service, surtout pour un vin qui ne sera jamais (je pense) mis sur une table en grande cérémonie, ne relève pas d’un sens aigu du réalisme. Ce vin est vendu autour de 8 euros, donc je doute que beaucoup de consommateurs aillent le préparer à la dégustation 6 heures avant. Il faut être plus terre à terre dans les usages !

Quand aux conseils d’accompagnement pour ce vin, la contre-étiquette brasse large : « ce vin charpenté accompagne à merveille daube de sanglier, cuisine provençale et fromages typés ». Pas facile à trouver, le sanglier, dans nos villes ou la plupart des habitants de ce pays vivent ! La cuisine provençale est assez diversifiée, faisant un usage important de légumes et, proche de la méditerranée, elle est souvent très poissonneuse. De quels mets parle-t-on exactement ? Quant aux fromages « typés », je ne sais pas trop ce que cela voudrait dire. Supposons qu’il s’agit de fromages aux goûts forts. Dans ce cas, le consommateur curieux pourra courir chez son fromager chercher un camembert, un époisses, un roquefort ou un banon, par exemple. Avec chacun des ces fromages, l’accord avec le vin en question, qui est plutôt tannique, serait catastrophique !

Quittons ce mauvais exemple pour regarder d’autres options. Il y a plusieurs catégories parmi les contre-étiquettes. D’abord la minimaliste. Dans celle-ci on trouve bon nombre de vins dépourvus de tout contre-étiquette.  Cette option est surtout réservée aux producteurs qui s’en foutent parce qu’ils vendent leurs vins à des gens qui les achètent pour leur étiquette faciale, ou bien qui ne savent pas lire.

La catégorie qui est sûrement la plus remplie est celle du « bla-bla enflé », dite aussi « pompe-à-vélo ». Ce type de texte va chanter les louages de la « noblesse du terroir », du « grand raffinement » ou de la « finale magistrale » du vin en question (tous ces exemples sont réels).

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Mais quelques producteurs honnêtes, et j’espère qu’ils seront de plus en plus nombreux, adoptent une approche purement factuelle et informative. Je trouve l’étiquette ci-dessus d’un vin de Loire (Château de Fesles, Bonnezeaux) exemplaire. J’en ai aussi rencontré plusieurs lors de mon récent voyage en Champagne. Ceux-ci se contentent d’indiquer sur leurs contre-étiquettes les origines parcellaires ou communales des raisins, de mentionner éventuellement l’approche culturelle dans leur vignoble, de nommer le ou les cépages et leur proportions, de préciser la durée de mise en cave ou la date du tirage et de dégorgement du vin, etc. La seule critique qu’on pourrait émettre à ce méthode « carte de visite » est qu’il s’adresse exclusivement à des professionnels ou à des amateurs avertis qui savent déduire de ces informations techniques ce qu’il convient de déduire, sans préjuger de leur avis sur le vin en question. Il s’agit de l’information pure et précise.

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J’aime bien aussi une dernière catégorie, rare mais avec de beaux exemples que je montre ci-dessus, qui relève de l’humour ou de la dérision. Elle existe souvent dans un contexte particulier, et souvent en réaction à des législations perçues comme excessives, ou bien à des excès de la catégorie « bla-bla enflé » déjà mentionnée.

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Donc il faut se battre, non seulement contre les cougars (autre nom du mountain lion, ou puma), mais aussi contre une mauvaise communication sur les contre-étiquettes.

 

David


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#Carignan Story # 299 : Nature, c’est aussi bon !

Alors que je me trouvais en milieu de semaine aux pieds des Albères, grâce à mon ami André Dominé qui m’avait attiré dans un guet-apens du côté de Saint-André, je ne savais vraiment pas que j’allais consacrer une de mes dernières chroniques sur le Carignan (oui, je sais, rectifiez ce « C » majuscule que l’on ne saurait voir…) en m’attardant sur un sujet quelque peu explosif, du moins chez les gens du vin, ceux qui s’érigent en spécialistes. D’ailleurs, s’il y en a qui pensent à ce stade que je vais ferrailler, ils peuvent changer de chaîne. Je n’ai nulle envie de polémiquer, juste l’impérieuse nécessité de remettre les pendules à l’heure. Avouons-le, j’ai toujours été intrigué par les tenants du vin nature sans comprendre réellement ce qui les motivait. Leur mode de vie n’était-il pas plus philosophique que pragmatique ? J’ai tenté d’y répondre et même il n’y a pas si longtemps, sans que cela déclenche les foudres de Zeus.

Photo©MichelSmith

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Enfin, nous y voilà ! Je suis sur le point de tout comprendre. Du moins je pense que je suis sur la bonne voie, sachant que j’y voyais déjà quelque chose depuis un bout de temps – je ne suis pas un rapide, vous savez, mais peut-être aussi avais-je peur de la réaction de mes camarades en plus de celle de personnes qui se disent «vignerons en vins natures» mais dont les vins sont tout juste bons à abreuver les caniveaux lesquels, comme chacun sait, meurent de soif ! Même dans les bistrots à vins dits spécialisés en vins nus de tous poils, le discours des naturistes convaincus est en train de changer: de jeunes vignerons sérieux et talentueux comprennent enfin le vrai sens de la tendance qui va vers des vins dits naturels. Je me suis donc exprimé sur ces vins-là il y a quelques jours après ma brève rencontre avec le sieur Antonin (voir le lien plus haut), mais une autre entrevue a fait de moi un journaliste un peu moins con sur le sujet. Sujet qui, n’en déplaise aux sceptiques, attire de plus en plus de jeunes dans les filets du vin. Alors je dis «Halte au feu !» et cessons de diaboliser ceux de nos vignerons qui cherchent d’autres voies, ceux qui ne veulent pas suivre les routes rassurantes de l’œnologie moderne.

Photo©MichelSmith

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Je sais, je m’attends à ce que certains m’érigent en traître officiel de la cause du vin. J’en connais qui se foutront de moi et de ma naïveté. Ou qui me reprocheront de tourner ma veste un peu vite. D’autres vont soutenir que je suis foutu, définitivement apte à l’enfermement pour un long séjour à l’asile des vieillards de mon choix. Mais je reste serein car réaliste, ayant conscience du peu de notoriété dont je dispose et, de ce fait, du peu de lecteurs aptes à se pencher, un dimanche, sur cet article et surtout en allant jusqu’au bout.

C’est pour cela que le sujet des vins dits natures (ou dits naturels) est en réalité un faux sujet, un vrai piège à cons dans ce sens où il expose des gars et des filles qui, sous l’étendard « nature » font tout et n’importe quoi. En gros, comme je le subodorais déjà, il y a parmi eux des bons et des mauvais, les bons vins et les autres comme disait un camarade journaliste bien avant moi.

Photo©MichelSmith

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Avant d’en venir à celui qui, mieux encore qu’Antonin, m’a présenté sa conception du vin nature tout en me servant de son Carignan, voilà ce que j’ai compris. Un vigneron nature n’est pas (ou peut être) un rigolo, un fainéant ou un illuminé. Ce peut être aussi aussi un gars ou une fille qui a fait des études viticoles, qui a voyagé et rencontré d’autres vignerons, même dits conventionnels, qui ne rechigne pas au travail de la vigne et accepte de tout faire, à commencer par la taille par temps de Tramontane réfrigérée. Ce peut être un type qui bichonne sa vigne et qui raisonne selon un cahier des charges en culture biologique certifiée, se recommandant ou pas des préceptes de la biodynamie, un vigneron qui laboure sa terre et nourrit bien sa plante, lui apportant tous les oligoéléments et les préparations destinés à l’aider dans son cycle végétatif, à la protéger, à la fortifier. Bref, un artisan honnête qui ose et qui n’a pas peur de sauver son vin en lui apportant un minimum de soufre si le besoin s’en fait sentir. Un paysan au vrai sens du terme, un type qui ne triche pas en ajoutant dans son moût tous les produits industriels préconisés par la plupart des œnologues. Un pro qui prend des risques, mais de manière calculée, pour ne pas mettre son vignoble et sa famille en péril.

En fait, si j’osais, je dirais que le vigneron qui travaille le plus naturellement possible doit pouvoir se passer de l’œnologue, un peu comme un gars qui gère sa vie au grand air, se nourrit sainement et fait un exercice physique quotidien n’aura pas besoin de voir son médecin traitant aussi souvent que d’autres. Il est vrai que le débat a été faussé dès le départ : dans l’esprit des journalistes du vin, moi le premier jusque ces dernières années, un vin nature devait être exempt de sulfites, point final. Eh bien non ! N’en déplaise aux pinailleurs de service, le soufre, en quantité raisonnée, est utilisé plus souvent qu’on ne le croit. Sauf, dans certains cas où les conditions sont réunies pour vinifier sur le fil, pour explorer le vin de manière différente afin de mettre à jour d’autres facettes, d’autres traits de son caractère en gardant à l’esprit que le vin est toujours dépendant de l’homme et qu’avec de beaux raisins beaucoup de choses sont possibles.

Photo©MichelSmith

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Et c’est ce que fait Stéphane Morin que je viens de rencontrer. Guère besoin d’aller plus loin dans l’explication car le credo de mon personnage de la semaine, à moins de l’avoir mal interprété, ressemble à l’essentiel de ce qui vient d’être écrit. Je dois toutefois préciser à ce stade que je n’avais pas été complètement emballé par une de ses cuvées Malophet il y a deux ans. Force est de croire que sa vision du Carignan s’est arrangée depuis avec cette dernière cuvée Les Petites Mains.

Photo©MichelSmith

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Encore jeune, après un certain succès comme professionnel de la photographie, Stéphane Morin, musicien à ses heures, ne se voyait plus passer sa vie derrière un écran : il lui fallait le grand air et un travail d’artisan. Et c’est ainsi, en 2005, qu’après de nombreux stages formateurs chez les uns et les autres, y compris dans des domaines conventionnels, qu’il s’est décidé à monter son domaine de 12 ha dans une région qu’il connaît comme sa poche, à proximité de vignerons qu’il estime, comme Jean-François Nicq. Résumer ses vins n’est guère compliqué : tous en Vin de France, ils sont bons et peu alcoolisés ; ils s’appréhendent facilement et sont digestes de par leur acidité naturelle ; ils sont amicaux et vite accessibles. Stéphane n’est pas anti soufre, mais contre l’abus de soufre. Il est surtout adepte des levures indigènes et du travail du vin par gravité. Il ne filtre pas ses vins et il apporte des soins particuliers à sa terre.

Photo©MichelSmith

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Syrah et Grenache, surtout, le Canigou pour veilleur, un sol de granite en décomposition pour la plus grosse part du domaine, il n’a que peu de Carignan à sa disposition : à peine 70 ares. La plupart de ses cuvées dépassent rarement les 12° car il préfère vendanger ses vins tôt, misant plus sur un savant dosage de l’acidité pour éviter les lourdeurs souvent communes à cette région. Adepte de la vinification en semi-carbonique, son Carignan 2014 (environ 15 €), Les Petites Mains, a été vinifié en cuve bois avec une macération ne dépassant pas deux semaines. Fin au nez, touches de laurier, léger mais précis et dense, à l’image de ses autres vins, c’est un rouge qui commence à bien se goûter sur la franchise et la fraîcheur. Je le vois sur un cul de veau à l’angevine ou une côtes de porc fermière accompagnée de légumes craquants, à l’image de ce plat simplissime goûté il y a peu aux Indigènes, un bistrot très nature, à Perpignan, où le plat du jour ne dépasse jamais les 10 euros !

Michel Smith

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#Carignan Story # 295 : le patience des Pères

Ce que j’aime à Narbonne, chez Xavier Plégades, outre l’accent et la gouaille du personnage, c’est le malin plaisir qu’il éprouve à me sortir de ses casiers un Carignan inconnu, ce goût qu’il a pour le partage et cette cuisine d’instinct qui semble partir d’un coin de plaque de feu, cette simple disposition des produits sur l’ardoise, ce jaillissement d’idées à partir de quelques anchois ou de coquillages qu’il s’est procuré avec d’autres trouvailles aux Halles toutes proches. Pas de science ni d’école, encore moins de chichi. Même quand ce n’est pas son jour officiel d’ouverture, le bougre arrive à me délecter sur le pouce ne serait-ce qu’avec une salade ou de simples croquettes. Pour vous faire une idée, relisez ce que j’ai pu écrire sur Xavier par le passé en suivant ce lien.

Photo©MichelSmith

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Ne vous méprenez pas, mais le Célestin que je cite si souvent dans cette série de chroniques n’est en rien un restaurant branché ou un énième bar pour noctambules épris de boissons à la mode, de bières et d’artifices liés à la mixologie ambiante. Mis à part le fait que le gars se range sans ambiguïté dans le camp des naturistes, ce lieu particulier n’est qu’une enseigne gourmande de plus, une adresse de base à rajouter à la liste déjà bien fournie en bonnes tables qu’offre le registre gourmand de la sous-préfecture de l’Aude.

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Que l’on emporte le flacon ou qu’on le boive sur place, nous sommes ici dans un lieu dédié au vin dans un cadre presque minimaliste fait de murs blancs, de quelques affiches cinématographiques et de belles tables en bois blond. Mais surtout, si je reviens toujours et encore au Célestin, c’est parce que son patron, Xavier, est un suiveur de cépages rares et que son goût avéré pour le jus de la treille le pousse, comme en cuisine, à sortir des sentiers battus, à aiguiser sa curiosité, à fouiner dans sa région pour accueillir dans ses murs des vins peu habituels et si peu conventionnels.

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J’en ai eu l’exemple encore l’autre midi avec ce pur Carignan 2014 venu de La Livinière, en Minervois, mais estampillé Vin de France, Les Clos des Pères, une cuvée La Borio qu’il m’a conseillé de goûter pour une somme raisonnable, 14 € à emporter (départ propriété, la bouteille est à 9 €). Les raisins de cette vieille vigne sauvée par un tout jeune couple Anne-Laure et Julien Gieules sont cueillis à la main, puis rangés en cagettes avant d’être vidés et vinifiés dans une cuve en inox.

Photo©MichelSmith

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Ce qui séduit d’abord ici, c’est l’étiquette qui est du meilleur goût. Elle sied parfaitement au style du vin. Visiblement les raisins sont assez concentrés en maturité et l’extraction est bien poussée si l’on se fie à l’intensité pourpre de la robe. Et le vin a besoin d’un décantage en règle si j’en juge par la retenue du nez où l’on devine quand bien même toutes sortes de parfums d’épices, de laurier, de fruits noirs et de garrigue. Cette élégante concentration se ressent nettement en bouche avec des accents de fruits chocolatés et des notes de café. Pourtant, on ressent que ce vin n’est pas tout à fait prêt, qu’il a besoin de patience. D’ici deux ans, à mon avis, il sera parfaitement apte à servir une pintade aux champignons ou pour un petit gibier à plumes.

Michel Smith


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Sua Sponte, un petit coup de « Vin de Table Français » ?

Le Vin de Table (aujourd’hui, « Vin de France », ou « vin sans indication géographique ». Heureusement qu’il y a ça pour permettre aux vignerons de quitter les sentiers battus, d’avoir un espace de créativité. Comme dans tous les métiers, il est important de pouvoir s’amuser de temps en temps …
Voici une création déjà ancienne d’Élian Da Ros

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Sa jolie couleur cuivrée engage à le humer et le goûter sans attendre. Le nez évoque d’abord un mélange original de sucre candi, de feuille de noyer et de pomme reinette passée au four. La subtilité nasale ne s’arrête toutefois pas là, de la menthe, des Corinthe et de la camomille séchée complètent le tableau. Puis viennent encore de la gelée de coing, du céleri confit et un bouton de rose. La bouche s’équilibre parfaitement, mais pas en duo sucre acide, plutôt en douceur suave et minéral tactile, c’est ce dernier qui tend le Sua Sponte. Sur ce fil minéral bien tendu s’accrochent fruits, condiments et fleurs, puis le pôle doux prend le relais et déroule des arômes de pêche jaune, de cédrat confit, de beurre chaud, de cannelle, succession de notes légères, très séquentielles. Un cristal salin termine la bouche, retour du pôle minéral qui contrebalance en final l’onctuosité fruitée.

Sua Sponte ?

LE VIN AU FIL DE L EAU Elian Da Ros dans ses vignes à Cocumont
Sua Sponte veut dire « selon son gré, selon sa propre volonté »

Les 70% de Sémillon et 30% Sauvignon se cueillent à maturité optimale, et même un peu plus puisque 50% du Sémillon est botrytisé. Suivant le millésime, le vin peut être sec, demi-sec, voire moelleux. Le 2011 contient 100 g de sucre résiduel, le millésime précédent seulement 10 g. L’influence climatique joue sur l’état des raisins qui peuvent être pourris noble ou passerillés ou les deux à la fois.
Les argiles du sol mélangées de gravelles assurent le soutient minéral, les marnes bleues du sous-sol la rétention hydrique. La vendange se fait manuellement. Après un pressurage lent et un débourbage, la fermentation tout aussi lente se fait dans des œufs. Comme l’élevage qui dure 18 mois.
Ce vin moelleux titre 10,8° et affiche un taux de sucre résiduel de 100 g/l (je l’avais déjà écrit, mais c’est bon de répéter).

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Elian da Ros

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Les 22 hectares du domaine se trouvent au cœur des Côtes du Marmandais. Principalement plantés en rouge, Cabernet Franc, Merlot, Malbec, Syrah et Abouriou, seule une poignée d’hectares est réservée à la production de vins blancs de Sauvignon et de Sémillon. Élian a acquis le domaine fin des années 90 après avoir fait ses classes chez Olivier Humbrecht en Alsace. C’est en 1998 qu’il signa son premier millésime.

www.eliandaros.fr

Adishatz!

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Marco


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Rencontre de vigneron : Julien Ilbert, Domaine Combel-la-Serre, Cahors

Il est des choses que se font assez naturellement. D’autres qu’il faut construire avec une certaine patience. Ma rencontre avec Julien Ilbert fait partie décidemment de la première catégorie. Pour commencer, j’ai du bien déguster un ou deux de ses vins dans une récente dégustation à l’aveugle des vins de Cahors, dont j’ai parlé sur ce blog. Car je pense beaucoup de bien de la nouvelle génération des producteurs à Cahors, qu’ils soient connus ou pas, qu’ils soient « gros » ou « petits ». Car ni la renommé, ni la taille d’une unité de production de vin est en lien directe avec sa qualité.

IMG_6867souvenir de la rencontre à Vinexpo : Julien Ilbert est à droite, Philippe Fezas à gauche

 

Mais revenons à Julien Ilbert et aux vins qu’il élabore avec son père sur la propriété familiale dont la base se trouve dans le hameau de Cournou sur le plateau du causse, au sud du Lot et dans un triangle formé par Cahors, Luzech et Sauzet. J’ai fait l’écho récemment à une rencontre heureuse avec lui est ses vins à Vinexpo, où je l’ai trouvé par hasard sur un stand qu’il partageait avec Philippe Fezas, du Domaine Chiroulet en Gascogne. Ses vins m’ont tellement emballé que je me suis promis d’aller lui rendre visite à la prochaine occasion. Etant provisoirement gascon pour un mois et un peu, c’est maintenant chose faite.

La famille Ilbert est installé sur ces terres depuis le début du 20ème siècle et leur histoire viticole doit ressembler celle de milliers d’autres familles paysannes : agriculture mixte pendant longtemps et raisins portés à la cave coopérative jusqu’en 1998. C’est le moment où le père de Julien décide de quitter la cave et de vinifier ses propres vins. Cinq ans plus tard son fils le rejoint sur le domaine (le millésime 2003 ne devait pas constituer des débuts les plus aisés !). Le domaine est divisé en deux parties qui sont le résultat d’apports familiaux passés, et ils forment un ensemble d’une vingtaine d’hectares. S’il reste un peu de merlot que Julien vend en vrac et va arracher progressivement, l’essentiel du vignoble est planté de malbec. Mais il y a aussi une petite nouveauté, qui rentrera en production cette année pour la première fois, avec un hectare de vermentino dont les belles grappes saines laissent présager de beaux espoirs si le dieu de la pluie voudrait bien se donner une peu de peine prochainement. Oui, vous l’avez deviné, Julien n’est pas exactement un traditionaliste figé.

IMG_6959_2Il y a bien des grappes saines sur ses plants de malbec, mais Julien a besoin de pluie bientôt

 

La gamme de Combel la Serre et sa présentation sont le juste reflet de l’esprit curieux, chercheur et un brin provocateur de Julien. En cela il est ben servi par les étiquettes et textes conçues par Vincent Pousson qui relate avec justesse et humour des histoires vrais et des attributions utiles autour de chaque vin. Cette gamme d’ailleurs n’a pas fini d’évoluer, car le produit haut de gamme actuel, nommé un peu banalement Elite, va se subdiviser prochainement en deux cuvées parcellaires. C’est à la mode, et je n’en pense pas nécessairement du bien, mais voyons les résultats. Et tout cas la gamme est non seulement cohérente, elle est aussi pleine de ressources et possède des vins de fort caractère qui savent bien se différencier entre eux. Attention juste à ne pas trop les multiplier.

IMG_6864La gamme de Combel-la-Serre telle qu’elle apparaîtra bientôt, toute en flacons bourguignons, encore une originalité

 

L’arrivée à la propriété n’est pas faite pour vous impressionner : des bâtiments encore en parpaings ou en briques crus, sans enduit ni vieilles pierres, au bord de la route en sortie du hameau. C’est juste fonctionnel mais on attendra pour l’harmonie avec le paysage lotois ! Je me suis dis que l’essentiel doit se trouver dans la vigne et à l’intérieur. Et c’est vrai, car tout y est propre : dans les vignes par le truchement de beaucoup de travail (et que Julien justement fait visiter en premier lieu), aussi bien au sol que sur la végétation, puis dans le chai qui est équipé d’une manière simple mais fonctionnelle avec cuves en inox et en béton, puis un chai à barrique pour les cuvées nécessitant un élevage plus long et oxydatif. L’attention au détail dans ce chai passe par des contenants variables entre les barriques et les 500 litres, mais avec aussi des contenants du tonnelier autrichien Stockinger, connus pour leur impact faible et doux sur les vins. Dans les vignes, pas de trace de désherbant, Ilbert travaillant en mode biologique. Mais c’est propre, la nature est bien surveillée ici !

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Les parcelles se situent toutes à des altitudes proches sur cette causse (entre 250 et 300 mètres, au pif). Ils ont des expositions variables et des sols qui sont essentiellement très calcaires mais avec des parts plus ou mois importantes d’argile, de fer et même, à un endroit, de galets, comme si le Lot a fait un méga-cru une année il y a bien longtemps. Une parcelle proche de la maison, nommé « La Vigne derrière chez Carbo » (les voisins se nomment Carbo) produit un des vins les plus originaux de la gamme des Ilbert. Son malbec est vinifié en macération carbonique (technique qui me déçoit souvent mais pas ici), ce qui lui fait perdre l’appellation Cahors mais qui produit un délicieux vin de soif comme on aimerait en rencontrer plus souvent, surtout par ces temps chauds. Le Carbo 2014, Côtes du Lot (8,50 euros) est presque le vin rouge parfait d’un été, en tout cas j’ai déjà éclusé la moitié du carton que j’ai acheté et il va falloir y retourner ! Une délice de fruits frais, fin et léger avec ses 12° d’alcool, très gourmand et parfaitement digeste.

IMG_6973_2Image prise dans ma cuisine : cet été j’ai besoin de vins comme le « Carbo » de Julien Ilbert !

 

Le rosé est tout aussi original, même si je trouve son acidité un poil agressif en ce moment. Je crois que je vais le laisser 6 mois à un an pour voir. Ce pur malbec porte le nom aussi original que compliqué de « L’Epatant Antidote à la Chaleur de Causse ». Refusé à l’agrément des vins IGT pour motif de réduction sévère (que je n’ai pas trouvé sur les bouteilles dégustées) il est donc vendu en Vin de France à 5,80 euros. Nez de cerise, de kirsch et de framboise, très vif et bien fruité, sa couleur profonde et son élevage sur lie lui donnent beaucoup de caractère et le destine en priorité aux repas. On est (heureusement) très loin de ces rosés dites « de piscine », qui doivent être faits pour remplir des piscines et non des gosiers.

Ensuite la gamme des Cahors plus classiques se décline en trois volumes : Pur Fruit 2012 (7,20 euros), Château 2011 (10,20) et Elite 2011 (dont j’ai oublié le prix). Les millésimes suivants seront mis en bouteille le mois prochain. Le Pur Fruit porte bien son nom : une délice fruité, bien équilibré, prunelle et cerise amer. Jamais dans la passé on ne trouvait des cahors comme cela ! Le vin dit « Château » a autant de fraîcheur mais plus de tannins, qui restent parfaitement au service de l’ensemble sans le dominer. Une très belle structure affinée. La cuvée Elite est bien plus suave et intense. Son élevage est réussite et s’intègre bien dans la masse mais il aura encore besoin d’un an ou deux en bouteille.

 

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Une rencontre qui en appelle d’autres j’espère. Julien Ilbert fait partie de ces jeunes vignerons qui donnent de l’espoir et de l’envie autour d’eux. Ils ne roulent pas sur l’or et mettent toute leur énergie et leurs moyens dans l’essentiel : leur vigne et la vinification de leurs vins. Ils travaillent dur, n’ont pas la grosse tête ni vous servent un bla-bla inutile et prétentieux : leur abord est aussi facile que leurs vins parlent avec spontanéité et sincérité. Et, dans ce cas, avec une bonne dose de créativité aussi. Oui, c’est l’homme qui fait le vin, même si le terroir fournit inévitablement le cadre.

 

David Cobbold

Photo©MichelSmith


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# Carignan Story # 281 : quand l’été pointe son nez…

Vous souvenez-vous – je m’adresse là aux rares habitués, aux vieux de la vieille – du Ça se boit bien (piqûre de rappel, pour ceux que ça intéresse) de l’autre dimanche ? Le Carignan d’un Anglais égaré aux Clos Perdus était certes facile à boire mais ne manquait pas pour autant de complexité ni de finesse. Xavier Plégades, qui me l’avait fait découvrir dans son antre de Narbonne, Le Célestin, m’a conseillé aussi de goûter un autre Carignan, bien plus abordable puisqu’il ne m’a coûté 8 euros à emporter. Alors, puisque l’été est bien installé et que les températures pointent au plus élevé…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

C’est tendre, sans sulfites ajoutés, enjoué, souple, aimablement épicé, fruité, léger. Rien de plus ? Un peu plus quand même, car j’oubliais un petit grain accrocheur, un air de revenez-y. Et si ça se boit bien aussi, ce style de Carignan sans prétention est un parfait vin de saison, un vrai rouge d’été à boire, frais bien entendu, entouré d’une ribambelle de copains avec ce qu’il faut de petits légumes farcis, d’olives gentiment parfumées aux herbes, d’escargots de mer, de brochettes savoureuses et de poissons frits.

La Pointe, puisque c’est son nom, tout comme La Prairie (un pur Aramon), sont issus du Domaine de la Banjoulière, sur les terres de Corneilhan, dans l’Hérault. Si j’en crois ceux qui connaissent un peu le vigneron, Sébastien Benoit-Poujad, c’est lui qui dessine ses étiquettes de Vin de France. Seul hic, à moins qu’une contre-étiquette se soit envolée, notre vigneron ne semble pas savoir que l’on peut désormais indiquer le millésime sur le flacon. J’opte pour un 2014. Mais ce pourrait être du 2013… Allez savoir ! À méditer en tout cas pendant la sieste sous un pin parasol !

Michel Smith


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#Carignan Story # 275 : Retour sur trois, dont le plus grand !

Sans même me relire – promis, juré – pour voir ce que je pouvais écrire auparavant sur ces vins, je me suis amusé, grâce à une série de circonstances bienveillantes, à revoir quelques vins déjà décrits mais dans un millésime passé. À tout seigneur, tout honneur, j’ai d’abord mis la main sur « mon » Carignan du Puch, celui que nous réalisons à six individus pas toujours d’accord sur la méthode à suivre, mais faisant confiance finalement à l’un de nos associés que je ne citerai pas afin de ne pas le mettre mal à l’aise, un gars brillant qui a une grande expertise en matière de biodynamie, méthode de culture que nous ne revendiquons pas tout simplement parce nous ne la pratiquons pas vraiment. Et si nous le faisions, nous n’aurions pas de toute façon les moyens financiers nécessaires, sur un hectare, pour payer la certification.

Photo©MichelSmith

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Notre étiquette est Puch, un nom bien à nous pour désigner le sommet, pech en occitan, puig en catalan. Il faut dire que le Serrat d’El Puig est le nom du lieu-dit où se trouve notre vigne. Notre IGP est Côtes Catalanes. Notre « pays » est Tresserre, village de l’Aspres, entre l’Espagne et Perpignan. Pour nous amuser et pour casser les codes, nous changeons de couleur d’habillage chaque année avec, de préférence, un petit texte de présentation de plus en plus court, à mon grand regret vous vous en doutez. 2010, étiquette verte, est notre second millésime et sa robe paraît quelque peu évoluée, sachant que l’échantillon n’a pas connu d’autre cave que mon bureau parfois très chaud en été. Le nez n’est pas évident, tandis qu’une fois installé en bouche le vin a gardé son caractère acide, une franche et belle acidité sur une matière équilibrée et un fruité tendre aux notes confites. Pour moi, c’est un vin facile qu’il est grand temps de le boire – et nous avons vidé la bouteille sans mal avec des amis ce midi -, même si je sais qu’il peut tenir encore sans que je puisse me persuader de l’intérêt de le faire. Seule réserve : suis-je vraiment objectif pour en parler ? Pas vraiment, alors passons…

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

La dégustation n’étant pas à l’aveugle, je me réjouis par avance de venir à bout (facilement) du bouchon de verre qui coiffe ou décoiffe la haute bouteille de La Loute 2011, un Vin de France, enfanté sur les terres arides et sauvages des basses Fenouillèdes, là aussi à une vingtaine de kilomètres de Perpignan, dans ce que l’on peut qualifier l’arrière-pays. L’échantillon a été conservé (debout, c’est l’avantage) moins longtemps que le 2010 précédent, mais à l’abri de la lumière dans une pièce non climatisée. On change de registre car on a visiblement un vrai grand millésime estampillé de surcroît Cuvée du Jubilé. Le nez fonctionne à plein régime sur le registre de la garrigue, avec amplitude et finesse. La bouche est majestueuse, qui s’affirme sans hésitation. Le vin donne envie de s’incliner, de se recueillir, de s’isoler. Gelée de petits fruits noirs et rouges parfaitement murs en bouche, notes de ciste, laurier, thym, fenouil, matière fondue, tendre, pleine de sève, langoureuse, laissant apparaître des touches fumées, pierreuses, grillées. Grande longueur avec une pointe de fraîcheur délicatement parfumée (pinède) faisant de la finale un moment de contemplation, de ravissement, de bonheur. Tel un magistral Porto, c’est presque un vin religieux à boire seul dans un fauteuil en fermant les yeux et les oreilles pour se focaliser sur la musique du vent et les bruits de la nature. Je sais, ça doit vous fait marrer cette image, mais je vous assure avec force que c’est réellement ce que je ressens. Ou alors, choisissez un autre fond sonore, je ne sais pas moi, Mahler, par exemple !

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On peut difficilement faire mieux dans le registre du Carignan ! Pour info, il affiche une degré de 14,5°, contre 12,5° pour le vin précédent et le même degré d’alcool pour le troisième. Une seule question subsiste : faut-il le boire ? Pour ma part, c’est oui, on peut commencer. Mais uniquement sur des mets choisis (gigot d’agneau, par exemple) pour leur grande qualité et surtout, sans se précipiter car le vin, dans une bonne cave, peut à mon avis encore tenir bien au delà de 2020. Et c’est sans hésiter que je l’ai classé dans ma tête comme « Champion du monde des Carignans », toutes catégories !

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Arrivé la veille par voie postale, le vin suivant, lui aussi, est bâti pour aller jusqu’à 2020, au moins. Il s’agit d’un autre Vin de France, mais d’un 2013, provenant du Vaucluse et du secteur de Vaison-la-Romainele danois Rune Elkjaer tâte du Carignan depuis quelques années déjà. Bien que trop jeune et quelque peu bouleversé par le transport, j’aime son Carignan. Il affiche son nom de cépage de manière ostentatoire sur l’étiquette : nez épicé, riche en matière, épais, savoureux, plein de notes de fruits rouges très mûrs en bouche, la garrigue en plus, et il se goûte sans mal sur la fraîcheur. Facile, dans le bon sens du terme s’entend (il titre 12,5°), sa texture est assez veloutée et portée sans retenue sur la longueur pour nous conduire sur une finale quasi parfaite. Manque plus qu’une fricassée de champignons des bois, trompettes de la mort si possible, pour aller au paradis !

                                                                                                Michel Smith

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