Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


1 commentaire

# Carignan Story # 258 : tendre Monolithe

Ils sont du village de Villespy, sur le territoire de La Livinière, l’un des plus en vue du Minervois. Julien, le jeune fils, et Henri Deveyer, le père, ne possèdent qu’une dizaine d’hectares et sont à la tête d’un domaine au nom délicieusement romantique, Les Jeanneterres. Malheureusement pour leur appellation qui en aurait bien besoin, les vignerons qui osent vinifier à part leurs vieux Carignans plutôt que de les mettre dans la soupe communale ou domaniale, laquelle peut au demeurant être fort goûteuse, sont obligés de passer outre l’appellation et de se rabattre sur la mention passe-partout, Vin de France. Bizarrement, le Cinsault qu’ils vinifient aussi, a lui droit de cité et peut même se revendiquer Pays d’Oc ! C’est fou ce que les choses sont bien faîtes en ce bas monde…

Photo©MichelSmith

La cour de l’Hôtel d’Alibert. Photo©MichelSmith

C’est l’espiègle Frédéric Guiraud, patron du délicieux hôtel (et restaurant) d’Alibert, à Caunes-Minervois, qui me l’a fait découvrir un jour où nous étions chez lui à digresser autour d’un bon plat sur le cépage-maudit du Sud avec Didier Viguier qui, au sein de la Chambre d’Agriculture de l’Aude, passe pour un protecteur du Carignan. Ce Vin de France, vinifié seulement quand il en vaut la peine car il est « capricieux » selon ses auteurs, s’appelle donc « Monolithe ». Il est du millésime 2011, provient d’une petite parcelle centenaire au-dessus de La Livinière et il est commercialisé modestement au prix de 9 € départ cave ce qui, à mes yeux, constitue une affaire vue la taille de cette propriété.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

De ce coin-là, on connaissait déjà le Boulevard Napoléon déjà décrit ici. Contrairement à ce que son nom laisse penser, le vin de ce jour, du moins à mes yeux, n’a rien de monolithique. C’est un rouge avenant, bien dans son jus, souple mais équilibré malgré l’alcool affiché (15°), doté d’une certaine finesse et d’un fruité tendre et délicat en dépit d’une très légère amertume en finale. Perso, je le vois servi frais (14°) sur un cassoulet, mais je sens qu’il irait bien sur un chaud plat de tripes avec de belles pommes de terre et carottes. Je n’ai pas de conseils à donner, mais je pense que si les Deveyer se donnaient la peine d’en vinifier tous les ans, sans forcément attendre d’hasardeuses sur-maturités, ils auraient un rouge encore plus frais et subtil qui ne manquerait pas d’intérêt.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour joindre Julien Deveyer, envoyez un mail à cette adresse : julien.deveyer11@laposte.net

Michel Smith


2 Commentaires

#Carignan Story # 257 : le mystère du trio des Fabre

Non, je ne chercherai pas à vous entraîner dans un roman à clefs. Mon titre est fait pour attirer votre attention sur un vin, un vrai ! Un vin bien habillé qui plus est. Honnêtement, je ne sais pas au juste ce qui a poussé le Château Fabre-Cordon à m’adresser un jour trois bouteilles numérotées d’un même Carignan Vin de France dit de « vieilles vignes ». Pour ce qui est du millésime, c’est un autre mystère, même si un numéro de lot (08/13) laisse penser qu’il s’agit d’un 2013. Mais peu importe, car finalement ce détail ne revêt pas ici un caractère capital. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il s’agit d’un millésime récent. Voilà.

Revenons à la question initiale. Cet envoi a-t-il été effectué dans un désir de pédagogie ? Une quelconque mais légitime volonté d’expliquer, de démontrer ? Un souhait de simple partage d’expérience ? Un souci de faire participer le modeste défenseur de Carignan que je suis à je ne sais quelle prise de décision ? Il me semble qu’Olivier Zavattin, mon sommelier ami de Carcassonne, y soit pour quelque chose. Quoiqu’il en soit, les trois échantillons sont là depuis quelques mois et, comme d’habitude, ils se languissent d’attendre mon bon vouloir…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Fabre-Cordon est le nom d’un domaine des Corbières. La vigne y est cultivée en agro biologie depuis 2008 en compagnie de vergers d’abricotiers. Le siège est situé au sein du Parc de la Narbonnaise, non loin des étangs, à Peyriac-de-Mer, sur une zone plutôt plate, à distance, bien qu’ à portée de vue quand même, du massif des CorbièresMonique et Henri Fabre, les propriétaires à l’origine du domaine, sont aujourd’hui rejoints par leur fille, la jeune et jolie Amandine que l’on sent très motivée et qui figure, en compagnie de ses parents, dans ce petit clip que l’on peut visionner ici.

Le fait d’attendre a parfois ses inconvénients. Ne pas se presser, offre aussi des avantages. Le temps de préparation et de mise en bouche à une dégustation de Cognac, l’autre matin, et ces bouteilles vinrent à point nommé puisque nous fûmes trois à les goûter afin de tenter de les disséquer, d’en percer les mystères. Trois dégustateurs, trois auteurs, trois échantillons. Une précision s’impose : je ne pense pas que les vins évoqués ici, du moins dans ce millésime, seront disponibles à la vente. Du moins, ils ne figurent pas sur le site du domaine. Et une question subsidiaire : s’ils sont commercialisés, faut-il les acheter par trois ou peut-on se les procurer à l’unité ? Chaque bouteille porte le numéro d’une barrique (de 1 à 3) ce qui laisse penser qu’il s’agit plus d’un essai sur différents bois et (ou) brûlages que d’autres choses. C’est sur cette hypothèse que nous partîmes nez en avant sur le contenu de ces bouteilles.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Nous fûmes tous d’accord pour décréter de concert que le flacon « Barrique n°3 » était de loin le plus intéressant, le plus élégant : le boisé stylé détecté sans outrance au nez laissait place à une belle et harmonieuse fraîcheur en bouche avec des tannins bien présents et une très honorable persistance. La « n° 1 », en toute logique la première goûtée, laissait paraître une certaine platitude en bouche, sur une texture douce, voire aimable, et une bonne longueur. La « n°2 » faisait ressortir un peu plus d’expression et d’enthousiasme, une forme de largesse aussi, permettant à la matière de conduire sur une finale réglisse. On espère donc que, si une cuvée spéciale est envisagée à partir de ces vieilles vignes de Carignan, le modèle « n° 3 » sera retenu !

Affaire à suivre, comme on dit en pareille situation !

Michel Smith


14 Commentaires

Lectures en vin

Quelles sont mes lectures, en matière de vin ?

Tout au long de l’année, les livres sur le vin que j’ai en main relèvent de trois catégories. D’abord les classiques, livres de référence ou autres, que je consulte ou relis régulièrement, par nécessité ou par plaisir. Peu de nouveautés dans ce domaine, excepté des nouvelles éditions de temps en temps qui méritent amplement que je rappelle aux lecteurs les qualités de ces ouvrages. Ces livres-là, que j’ai achetés, parfois il y a longtemps, sont marqués par l‘usure ou la disparition de leurs couvertures, ce qui est le signe d’un usage soutenu et donc de leur grande utilité. La deuxième catégorie est composée de nouvelles sorties que je reçois gratuitement en copie presse. Peu de ceux-là retiennent mon attention, mais je les regarde tous, qu’il s’agisse de livres généralistes ou de monographies. N’étant pas très porté sur la bande dessinée, cette sous-catégorie ne retient que rarement mon attention, avec parfois des exceptions, comme ici. La dernière catégorie est celle des périodiques : lettres d’information destinées aux professionnels, magazines plus ou moins spécialisées, blogs et autres choses de l’internet. Je n’en lis qu’un nombre limité pour m’informer, et une seule pour le plaisir en même temps que pour apprendre. Elle sera mentionné au début de cette liste.

Le meilleur magazine au monde consacré au vin : The World of Fine Wine

Fine Wine

finewine@servicehelpline.co.uk

139 euros pour un an (4 numéros), 250 euros pour 2 ans

Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de concurrence pour ce titre (certes un peu stupide), tant il dépasse de loin tout le reste en tout : étendu du champ et variété des sujets traités, qualité des textes et diversité des auteurs, rigueur et intérêt des dégustations, esthétique des illustrations et de la mise en page…..

TheWorldofFineWine18909123411

J’ai déjà parlé à quelques reprises de ce périodique sur ce blog, mais l’arrivée chaque trimestre de mon exemplaire de The World of Fine Wine est un moment que j’attends avec impatience chaque fois, car il y a toujours à lire, à étudier, à regarder et à comprendre là-dedans !

Et je vais vous gâter en montrant deux des couvertures pour vous mettre le vin à la bouche.

 

 

 

 

 

6 livres classiques, indispensables, de référence

Histoire Mondiale du vin

L’Histoire Mondiale du Vin, de Hugh Johnston

(Hachette Pluriel, édition Poche, 13 euros)

Si vous devez ne lire qu’un seul livre sur le vin, choisissez celui-ci. Non seulement il donne une vision globale du monde du vin qui vous permettra de comprendre bien des choses sans propagande inutile ni technicité barbante. Il est très bien écrit (et traduit) et il vient de sortir en version de poche.

L’édition « normale », copieusement et bien illustrée, vaut 45 euros.

 

 

atlasmondialduvin

 

L’Atlas Mondial du Vin, de Johnson (le même) et Robinson

(Flammarion, 45 euros)

Le 7ème édition de ce livre de référence indispensable vient de sortir. Il vous permettra aussi d’avoir une vision mondiale du vin, mais dans le présent et avec un axe géographique plutôt qu’historique. Beaucoup de cartes, évidemment, et des exemples de vins « types » par zone qui figurent à travers leurs étiquettes.

Wine Grapes, par Robinson, Harding and Vouillamoz wine grapes

Allen Lane, £96 (aussi disponible en version Kindle, moins cher)

Ce livre, luxueusement édité (en anglais seulement), m’est devenu indispensable tant l’étendue de sa couverture et la qualité de ses textes impressionne.  1,368 cultivars sont traités, avec un degré de détail qui correspond, en gros, à leur importance dans le monde actuel. Pour certains il y a aussi de très intéressant tableaux qui démontrent les complexes lignes de parentés qui existent entre, par exemple, les membres de la famille pinot, qui, via le très prolifique gouais blanc, a des liens avec la syrah, le gamay, le savagnin et le cabernet franc, pour n’en citer que quelques-uns et uniquement liés à la France, car les cépages ne connaissent évidemment pas les frontières.

 

 Histoire de la Vigne et du Vin en France, par Roger Dion

Dion

(editions CNRS, 35 euros)

Même en limitant sa vision au cas particulier de la France, ce livre est tout aussi indispensable à ceux qui s’intéressent au vin. Plus universitaire dans son approche que les deux précédents, il a aussi pour lui une vision holistique de ce qui a fait le paysage viticole en France. Roger Dion va loin dans ses analyses de ce qui a construit la France viticole, et les défenseurs du «tout terroir» en seront pour leur frais, car c’est, en quelque sorte, le blé et le transport qui ont déterminé les implantations de la vigne partout dans ce pays. Ce grand classique, réédité récemment, est issu des cours de ce géographe au Collège de France et il explique, par le détail mais avec des conclusions universellement applicables, l’origine et le développement des vignobles de ce pays. D’une lecture parfois fastidieuse, il est néanmoins d’une grande limpidité et d’une richesse étonnante.

Je dois rajouter, dans la même veine, l’excellent étude historique de Marcel Lachiver, Vins, vignes et vignerons (Fayard, 25 euros)

 

Cocks et Féret, Bordeaux et ses Vins

Feret XIX

(editions Feret, 125 euros). 200 ans après la première édition, cette dernière et dix-neuvième version comporte un catalogue exhaustif et descriptif de tous les domaines du Bordelais, mais aussi des chapitres introductifs, chacun écrit par des spécialistes, et qui abordent une large gamme de sujets. Ce livre est une encyclopédie et non pas un guide d’achat, mais avec lui vous saurez à peu près tout sur les vins de Bordeaux. Livre de référence indispensable pour les professionnels.

 

Et quelques nouveautés recommendables

 

 CortonUne Année en Corton, textes François Perroy, photos Jon Wyand

(Glénat, 39 euros)

On pourrait mettre ce livre dans la catégorie vaguement méprisante de « beaux livres », mais celui-ci est bien plus que cela. Il s’agit d’une monographie sur le plus vaste grand cru de Bourgogne, et le seul qui produit vins rouges et vins blancs. En cela, c’est une sorte de condensé de toute la Bourgogne. Le photographe anglais Wyand a passé une année entière dans le vignoble de Corton et ses villages attenants, et j’ai rarement vu un livre sur le vin dont les images vous font vivre la vigne et ses hommes, par toutes les saisons, d’une manière aussi sensible et palpable. Le texte est bien aussi. C’est un livre magnifique et émouvant.

 

Le Nouveau Guide des Vins de France, par Jacques OrhonLe-nouveau-guide-des-vins-de-France

(éditions de l’Homme, 20 euros)

Les guides des vins de tel ou tel pays sont nombreux mais j’ai trouvé celui-ci, écrit par un Français qui vit depuis longtemps au Québec (ce qui lui donne, utilement, de la distance), à la fois clair et assez complet. Orhon, qui est un ancien sommelier, connaît bien les vins de plusieurs pays et a beaucoup écrit sur l’Italie, par exemple. Je trouve que ce genre de vision plus large des choses est un atout quand il s’agit de décrire et non pas juste de plaider. Pour débuter dans la connaissance des vins de ce pays, ce livre est recommandable.

 

 

Chroniques de la VigneChroniques de la Vigne, par Fred Bernard

(Glénat, 19,50 euros)

Pas franchement une nouveauté, car ce livre, qui mêle dessins à l’aquarelle faussement naïfs et textes du même auteur, est sorti en 2013. Je ne suis pas fanatique des bandes dessinées, sauf de rares exceptions, mais ce livre est fascinant et touchant. Il nous écarte totalement des chemins du convenu, du gniangnian ou bien du snobisme qui gangrènent un peu ce secteur. Basé sur le propre parcours de l’auteur et des conversations avec son grand-père, producteur bourguignon, ce livre est un régal pour les yeux comme pour l’esprit.

 

 

Anthologie du Vin et de l’Ivresse en Islam, par Malek Chebel vin et islam

(Seuil, 23 euros : jolie édition pour ce prix)

C’est un paradoxe que les plus grand poètes du vin ont vécu en terres islamisées, bien que je ne pense pas qu’ils respectaient beaucoup les consignes de cette religion. Un autre paradoxe est le fait que le vin coule à flot au paradis des musulmans. En tout cas, cette anthologie nous enseigne beaucoup sur les rapports compliqués (et un peu schizophrènes) qu’entretient l’islam avec le vin. Voici un petit échantillon extrait d’un de poèmes du plus célèbre des poètes du vin issu du monde islamique. Il s’agit d’Omar Khayyam, également savant, astronome et algébriste (11ème et 12ème siècles). Je trouve qu’il résume bien le problème et l’origine de l’interdit :

Le vin est défendu, car tout dépend de qui le boit,

Et aussi de la qualité et de la compagnie du buveur.

Ces trois conditions réalisées, tu peux dire :

Qui donc boit du vin, si ce n’est le sage ?

 

 Bonne lecture, et bonne année à toutes et à tous

David


Poster un commentaire

#Carignan Story # 252 : La Fontude, ça existe bel et bien !

Je me suis procuré cette cuvée de La Fontude chez mes amis du Célestin, à Narbonne, bar à vin et caviste dont je vous avais touché un mot il y a de cela plusieurs semaines. Ce rouge, que m’a présenté Xavier Plégades comme un « vin nature », est vendu par lui au prix raisonnable de 10 € à emporter. Fallait en aligner 6 de plus pour l’avoir sur table en compagnie de délicieuses tapas. Son petit non, l’Amarèl, pourrait être celui de son lieu de naissance, à vrai dire peu importe car le résultat est là : le vin se laisse boire sans histoires et s’il ne fallait pas reprendre la route dans quelques heures, la seconde bouteille était fortement envisagée !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

C’est en optant pour la culture organique que François Aubry et sa compagne Sophie, vétérinaire de son état, se sont installés il y a dix ans avec un troupeau de brebis aux pieds du Larzac, dans ce lieu reculé du Salagou. François s’est alors fixé pour tâche de restaurer de vieilles vignes d’Aramon, Cinsault, Terret et autres Carignans toutes promises à l’arrachage et plantées sur des sols très composites : basalte, galet roulé, ruffe, grès… Aujourd’hui, on peut dire que son pari est réussi. Pour ne plus se compliquer la vie avec les instances qui les gouvernent, le gars fait partie de ces vignerons de plus en plus nombreux qui se déclarent en Vin de France s’ouvrant ainsi la liberté de choix pour la composition de leurs cuvées.

etiquette

C’est le cas de cette cuvée que l’on devine libre comme l’air. On y respire l’environnement sauvage qu’évoque ce haut pays de l’Hérault : herbes sèches, sous bois, romarin, velours, cuir, mûre… La bouche est alerte, vive, veloutée, ponctuée d’une inimitable saveur de fraise des bois, presque à la manière d’un chaleureux pinot noir. On a de la texture, de la densité et, signes d’un bel équilibre, on a aussi une sensation de douceur, de bien-être et de légèreté bien que le vin affiche 13,5° au compteur. En le goûtant, je pense qu’il s’agit d’un 2013, ce que confirme par la suite la fiche technique qui évoque un assemblage de Carignan avec 30 % de Terret (noir je suppose ?) sans collage ni filtration.

Michel Smith


3 Commentaires

#Carignan Story # 251 : Merci pour le pied !

Merci à Guillaume, l’un de mes cavistes de Perpignan, de m’avoir autorisé à croquer ce Carignan tout droit venu de l’Hérault. Cela me change de ceux des PO et de l’Aude ! J’utilise le verbe croquer à bon escient tant il est vrai que l’on a tendance, vue son épaisseur, à croquer dans ce Vin de France 2013 « sans sulfites ajoutés » à propos duquel son auteur, visiblement frondeur, a eut la bonne idée d’ajouter cet avertissement « Peut contenir des traces de pieds » ! Moi, j’aime ces affirmations (informations) gratuites qui mettent de l’humour dans la dégustation non aveugle que je pratique de temps à autres. Car on ne sait jamais, dans ces vins-là, un parfum de pied est vite arrivé…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Navré pour vous, mais ce vin à l’étiquette-tableau ne pue pas. Il sent même bon la violette, la mûre aussi, se goûte sans anicroche sur la souplesse, avec un brin de légèreté et, osons le dire, de facilité même. C’est le propre du Carignan heureux dans sa terre que de se comporter de la sorte. Si j’ai bien compris, il provient de deux vignes assez âgées cédées par Nicole et John Bojanowski, que mes rares et chers Lecteurs connaissent bien (ils sont l’auteur d’un Carignan du tonnerre, Lo Vielh), sur le secteur de Saint-Jean-de-Minervois, l’une plantée sur des marnes gréseuses et l’autre sur du calcaire plutôt tendre comme c’est courant dans le secteur. Son prix ? Guère plus de 10 € chez un caviste.

Michel Smith

WP_20141213_005


3 Commentaires

#Carignan Story # 250 : Scrogneugneu, en voilà du boisé !

Tout excité que j’étais d’avoir découvert cette étiquette travaillée aux petits oignons, voilà que je m’apprêtais à dérouler le tapis de louanges. C’était au hasard d’une improbable halte, mais par ailleurs fort recommandable, en bordure d’ancienne nationale, à Lézignan-Corbières pour être précis, au Cdd Sud, sorte de vaste antre à souvenirs où le riz de Marseillette côtoie le cassoulet. En saisissant le flacon, je me faisais tout un cinoche dans ma tête : tiens, tiens… des négociants Bourguignons qui s’intéressent au Carignan et qui en plus le qualifient de « cépage rare » allant jusqu’à le commercialiser à un prix idéal (4,95 €) , semblable à ce Samso Catalan que je décrivais dans mon dernier article du Dimanche. Oui, j’avais vraiment hâte de goûter ça !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Au départ, tout m’a plu dans ce vin sorti d’une gamme étoffée sous la marque « Les Janelles » par des « Artisans des vins du sud de la France » comme le proclame fièrement leur site Internet. Bouteille haute et élégante, étiquetage précis et soigné, l’ensemble est presque endimanché avec la mise en avant, très nouveau monde, du nom du cépage. Impeccable bouchon synthétique facile à extraire, on était bien loin de l’idée d’un vin « low cost » qui, à cause du prix peut-être, tentait sournoisement de s’introduire dans mon esprit. J’étais tellement excité à l’idée que ce vin puisse me séduire que je suis allé voir sur la toile si son nom, « Jamelles » avait une quelconque signification. J’ai appris que, depuis 1946, sept filles en France, oui sept, avaient reçu le prénom de Jamelle. J’ai aussi appris que cette gamme de vins était l’œuvre d’un couple d’œnologues Bourguignons amoureux du Languedoc. Tout cela était de fort bonne augure…

Quelques semaines de repos, arrive le jour de la dégustation. En ouvrant le flacon, un lancinant parfum de noix de coco semble envahir la pièce. Au nez, j’ai l’impression de sniffer du Malibu ! En bouche, j’ai la désagréable sensation d’être pris par une odeur tenace venue d’ailleurs. Bora Bora peut-être ? Je mâche le vin, je le fais tourbillonner dans mon palais, je le crache enfin et je ressens quoi donc ? Du bois tendre à pleine bouche, puis rien ou pas grand chose derrière pour signer la finale, enfin rien de bien intéressant, pas même un brin de fruits rouges. Mon impression ? Une piètre macération carbonique de jus achetés à bas coût dans des coopératives-usines qui subsistent tant bien que mal dans le Languedoc et le Roussillon. Le temps d’une mauvaise pensée, j’imagine. Pourtant, là c’est bien écrit « Carignan ». Pour une fois le nom du cépage n’est pas caché, comme je l’ai dit plus haut, on a même rajouté « Cépage rare » au cas où il faille convaincre les hésitants. C’est en le humant une nouvelle fois histoire de m’assurer que je n’écrivais pas de conneries, que me vint alors une drôle de vision : un mec en blouse blanche penché au dessus d’une cuve pour y verser le contenu d’un sac en plastique, une grosse quantité de copeaux de bois aromatisés coconut. Je me suis déjà farci des vins aromatisés aux copeaux de bois et je suis en mesure de vous assurer qu’ils étaient bien au-dessus de celui-ci ! Ceux qui ont concocté ce vin le boivent-ils seulement ?

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Désolé, mais cette chose me fait perdre la raison. Elle me fait sortir de mes gonds au point de me mettre un court instant dans la situation d’un de ces faiseurs de vins qui, du nord au sud et d’est en ouest, veulent notre bien c’est entendu. Ici, techniquement, on nous parle de « caractériser » un vin. Et pour cela, on a des techniciens qui proposent une palette d’artifices comme le bois, les essences de bois devrais-je dire. Tout une panoplie de saveurs boisées pour beaucoup étrangères au raisin qui laissent un goût de vanille, de fumé ou de clou de girofle, que sais-je encore. Problème, on veut donner une personnalité à un vin qui, dès le départ, n’en a peut-être aucune. Ben oui quoi, s’il en avait du caractère, de la personnalité, on ne ferait rien, n’est-ce pas ? Ou alors, ce serait pour le masquer parce qu’il en a trop ? Dans ce cas, pourquoi l’a-t-on acheté pour ensuite mieux le revendre ? Cela s’appelle du négoce et j’en connais, moi, des négociants formidables qui, sans chercher à faire des miracles, travaillent très bien dans le sens de la mise en valeur d’un vin au moyen d’assemblages, par exemple. Mais là, ce Carignan, comme on le sent frêle, acide et peu sexy, on va vous le maquiller, le remodeler, l’arranger. Normal, c’est aussi le boulot du négociant, quoiqu’on en dise. C’est vrai que vu le prix qu’on l’a payé au départ… et vu le prix de vente souhaité en magasin… Bref, l’habillage va arranger tout ça, le marketing bien pensé aussi, les fiches techniques données à la presse où l’on ne manquera pas de souligner cet élevage si particulier en barriques neuves, de préférence en chêne américain (Chut ! N’en dîtes rien ! Vous comprenez, c’est beaucoup moins onéreux que le chêne de l’Allier ou du Limousin) destiné à « complexifier » le vin. Pour aller plus vite, on pourra même mettre des copeaux en sachets, des morceaux de bois à infuser dans la cuve. Ce sera encore moins cher et cela réclamera moins de manipulations. Et c’est ainsi que ce goût étrange venu d’ailleurs devrait masquer celui du vin pour être au minimum vendable et buvable dans des boutiques peu regardantes. Voilà le travail tel que je me l’imagine. Bien sûr je peux me tromper. Rassurez-vous, je révise mon mea culpa.

Eh bien non, je ne suis pas d’accord ! Au risque de déplaire, de me répéter, de passer une fois de plus pour un malotru, pour un imbécile de journaliste donneur de leçons, comme tant d’autres cépages, le Carignan est capable de faire sans le bois pour s’exprimer. Nul besoin de grandes études pour le savoir. Il suffit de rencontrer quelques bons vignerons des Corbières ou du Minervois pour s’en rendre compte. Le Carignan, messieurs-dames, c’est pas un frimer. Il est à l’aise dans sa terre de garrigue caillouteuse, enraciné dans sa roche, coiffé comme un plumeau mais confié à de bonnes mains vigneronnes. Nul besoin de le maquiller. Et si son propriétaire le souhaite, en insistant un peu mon Carignan peut aussi parfois nous dire des choses encore plus intéressantes. Surtout lorsqu’il est élevé dans une belle pièce bourguignonne d’occasion aux douelles de bonne origine, séchées lentement à l’air libre et pas trop toastées s’il vous plaît. Non, je ne cherche pas à donner une leçon de Carignan. Ce n’est d’ailleurs pas mon rôle. Mais enfin, tout de même, messieurs et dames du négoce, donnez-vous la peine de regarder autour de vous, allez salir vos souliers de temps en temps en marchant entre les vieilles souches.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Je ne sais pas vous, mais moi ce que je viens de goûter, j’appellerais ça de la mauvaise cuisine. Honnêtement, je ne sais pas si les nombreux autres vins de cette marque (il y a également une gamme bio) jouent sur le même registre, mais si tel était le cas, en tant qu’amateur cela me foutrait une trouille bleue. Et la rage au sang. Bien sûr, la vanilline combinée au whisky lactone comme on dit chez les chimistes-parfumeurs pourrait bien s’estomper au bout de quelques heures dans le verre. Mon oeil ! Pour faire place à quelque chose qui ressemblerait à une bouillie de sciure fraîche ? Pour ma part, j’ai beau boire du thé Sencha Fukuyu pour tenter de m’en débarrasser, au bout de la troisième tasse j’ai encore le parfum Tahiti douche en bouche ! Oui, d’accord, j’entends vos remarques : « T’es plus dans le coup papy, tu charries. Tiens, j’ai l’adresse d’une bonne maison de retraite. T’as rien compris au commerce, c’est une façon d’attirer un public jeune, c’est tendance. Ma foi, tu dois être allergique à la pina colada ».

Fort bien. Moi, j’veux bien passer pour un has been aux yeux de vous tous. Sauf que mes enfants et petits enfants, je préfère les former au goût du vin pur et à celui de la délicatesse. Pas au goût de ces sottises que certains chauffeurs cachent sous le volant de leur caisse ou accrochent à leur rétroviseur intérieur pour parfumer leur « ambiance environnementale ». Pour avoir la conscience tranquille, j’ai entrepris de goûter ce vin une seconde fois, 24 heures après rebouchage. Mal m’en a pris : c’était moins envahissant, certes, moins dur en bouche, mais toujours là, bien présent. Non, non et non, le goût du Carignan n’a définitivement rien à voir avec celui de la noix de coco. Le chanvre indien à la rigueur, je veux bien, mais surtout pas ce goût là ! Au fait, il s’agit d’un Vin de France 2013. Tout le reste de la gamme (Grenache, Sauvignon, Merlot, etc), si j’ai bien saisi, est en Pays d’Oc, puisque le Carignan est refusé à l’état pur par les géniaux concepteurs de cette dénomination qui n’est rien d’autre qu’une vulgaire mais très efficace marque commerciale sur le terrain de la mondialisation et de l’uniformisation. Ce n’est pas pour rien que le Wine Spectator a accordé une note de 87 au Cinsault (rosé) Les Jamelles. Et puis, à l’export, ces vins semblent d’ailleurs bien fonctionner. Tant mieux, car nul n’est prophète en son pays. Et puis surtout, je n’oubliez pas que tous les goûts sont dans la nature… Fort heureusement.

Michel Smith

PS Je sais que cette colère passagère du vieux ronchonneur que je suis risque de faire de la peine aux auteurs de ce vin et je m’en excuse à l’avance auprès d’eux. Ceux-ci m’ont envoyé des échantillons d’une autre cuvée de Carignan, si j’ai bien compris quelque chose de plus « haut de gamme ». Qu’ils soient rassurés : pour ne pas être influencé, je goûterais ces vins à l’aveugle et avec des amis bons dégustateurs. Comme cela, je serai parfaitement objectif.


2 Commentaires

#Carignan Story # 248 : Vas-y Jeff !

Tandis que je sirotais mon 98 « Noblesse du Temps » du Domaine Cauhapé, un majestueux Jurançon aux notes d’abricot confit et de zeste de pamplemousse, je prenais soin de visionner de temps en temps mon second écran pour suivre l’époustouflant match Federer-Monfils (Roger plié en trois sets, pour ceux qui ne le sauraient pas) tout en pensant à ma chronique à venir, celle du Dimanche. Oui, les nouvelles cuvées de Carignan abondent en cette fin d’année… et j’ai de quoi, sans trop me vanter dépasser sans encombres le cap du quatre centième numéro ! Je sais, toutes ces confidences n’ont pas grand-chose à voir, mais c’était juste pour vous titiller, pour vous montrer que je ne bois pas QUE du Carignan, que je bosse réellement pour vous, que je me défonce même… Et pourtant…

Vincent aux fourneaux avec sa jeune assistante... Photo©MichelSmith

Vincent aux fourneaux avec sa jeune assistante… Photo©MichelSmith

L’autre soir, je me trouvais à Narbonne dans les murs du Célestin. Derrière les Halles, c’est un petit un bar-caviste très vins « natures » (désormais, il faut le préciser…) où l’on goûte des bouteilles parfois surprenantes, mais bonnes, notamment pas mal de vins issus de cépages « autochtones » comme l’on dit, dont quelques flacons de Carignan, plant aragonais, certes, mais implanté dans le coin depuis le Moyen-âge. Patrons du lieu, Hyacinte et Xavier Plégades, dont je loue avec force la gentillesse et le goût du risque (mélanger une musique assourdissante à une gastronomie audacieuse arrosée de vins sudistes n’est pas donné à tout le monde !), n’avaient rien trouvé de mieux que de prêter leurs fourneaux pour une nuit au plus frondeur des journalistes-blogueurs-culinaires, Vincent Pousson, fraîchement débarqué par le train de Barcelone pour préparer des plats courts mais bien mijotés, des sortes de tapes tendance Catalane. Résultat, ce fut un joyeux délire qu’il est prévu de remettre sur le tapis le 13 Décembre au même endroit. Voilà, si vous résidez dans les parages, vous êtes avisés.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

C’est dans cet indescriptible charivari (Vincent est aussi à l’initiative du Charivari dont je vous avais entretenu cet été) que j’ai pu goûter à la bonne température (merci Xavier) et photographier pour vous le vin de Jean-François, dit Jeff, Coutelou. L’homme dirige à Puimisson, charmant village proche de Béziers, le Mas Coutelou, domaine classé en agriculture biologique depuis 1987, d’où il vinifie toutes sortes de vins aux étiquettes joyeuses et décalées, des cuvées propres à séduire les bistrots tendance vins naturels. Chez lui, il y a de la Syrah et du Grenache en quantité, mais le Carignan a droit de cité. Non mais, manquerait plus que ça !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Ce soir-là, Jeff présentait plusieurs vins, dont un Carignan 2007 guère à sa place dans ce genre de soirée où l’on ne pouvait que se concentrer sur la gaudriole et le rythme afro-cubain. Le vin le plus facile d’approche, compte tenu des circonstances, a bien entendu retenu mon attention. Il s’agissait du « Flambadou », un mot très Languedocien qui désigne un instrument en métal avec un embout de forme de cône dans lequel on glisse du lard que l’on fait ensuite flamber dans la cheminée au dessus d’un lièvre à la broche, par exemple. Cela a pour effet de saisir les chairs de l’animal et de lui donner un goût inimitable. Servi froid dans sa gelée, en compagnie de quelques brins de cresson, le jarret de cochon de l’Ariège, pays natal de Vincent, faisait un effet bœuf (ça m’a échappé !)sur ce Vin de France 2013 proposé à 21 € sur table, ce qui me paraît honnête. Je l’ai juste trouvé un peu jeune, mais il était bien charnu, savoureux, pas trop acidulé, ni trop tannique, juste ce qu’il me fallait dans ce genre d’ambiance festive où les produits campagnards étaient bien mis à l’honneur. La bouteille a été vite vidée, ce qui est un bon signe… Ceux qui l’attendront s’en serviront pour accompagner un lapin de garennes, par exemple.

Michel Smith

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 12 173 autres abonnés