Les 5 du Vin

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Où l’on reparle de Voltaire… et de Ventenac

Ce que c’est que le hasard ! La semaine dernière, ici même, je vous parlais de Voltaire. Et voici que m’arrive par la poste cette bouteille sobrement intitulée… Candide !

Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance, comme moi, de lire cette œuvre, et même, de la disséquer, comme on le faisait naguère en cours de français (gloire au Lagarde & Michard !), Candide est un conte philosophique de Voltaire. C’est aussi le nom de son personnage principal, un jeune homme modeste «au jugement droit mais à l’esprit simple». Un naïf mais qui se déniaise au fil de l’œuvre. Et nous déniaise avec lui. Car non, au temps de Voltaire comme au temps de Zuckerberg, tout n’est jamais vraiment «pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles».

Le rapport avec le vin ?

D’abord, sur l’étiquette, on trouve cette citation : «Il faut cultiver son jardin», une des phrases clé de l’oeuvre. Avec en dessous, ce mot du vigneron: «Ca tombe bien, le mien est grand».

Et dans la bouteille? Un vin de France – peut-on faire plus modeste ? Un 100% chenin – peut-on faire plus droit ? Je précise cependant que j’ai dégusté le vin avant de jeter un œil sur la contre-étiquette.

Mais intéressons-nous à ses arômes. Cela débute par des senteurs tropicales, si exubérantes qu’on les croirait sorties de L’Eldorado de Candide ; ananas, citron, papaye (mais vous pouvez allonger la liste).

Et la bouche n’a rien à lui envier ; exubérante, elle l’est aussi, comme si tout, dans ce vin, était un peu exacerbé : l’acidité, le gras, et la structure, quasi-tannique. Et pourtant, de tout ceci se dégage une forme d’harmonie. D’autant qu’au zeste d’agrume, en finale, s’ajoute une superbe salinité.

 

Cette cuvée fait partie d’une nouvelle gamme de 4 vins judicieusement intitulée «Les Dissidents». A savoir: «Paul» (100% Cabernet Franc élevé en jarres et en foudres),«Puritaine» (100% Syrah élevée en jarres) et «Patience» (100% Cabernet Franc élevé en foudres) et le Candide que nous évoquons aujourd’hui.

Mais laissons ses créateurs en parler : « Résolument militante, un peu anarchiste, « Les Dissidents » expriment sans contrainte ce que nous estimons être l’âme de la Maison Ventenac. Choisir nos meilleures parcelles conduites de la manière la plus naturelle qui soit, hiérarchiser nos sols pour mieux les définir, sélectionner et élaborer les vins comme bon nous semble. Ici, pas de maquillage : des élevages délicats effectués en jarres ou en foudres. Ces jus sont sans concession, pointus, précis, directs. Un uppercut …mais celui qui fait du bien ! Celui qui réveille. Celui qui vous dit que tout n’est pas standardisé, que tout n’est pas uniforme mais bien unique. »

Eh bien, pour ce qui est de ce Candide, en tout cas, c’est réussi !

Et puis, je trouve l’idée des plus sympathiques. J’avais déjà eu l’occasion de vanter ici une des cuvées du Château Ventenac – un grand domaine qui prouve que parfois, big is beautiful. Un nom qui fait honneur au Cabardès. Mais là, avec ces petites cuvées – petites par le volume, pas par la qualité – Olivier et Stéphanie Ramé ont pris le risque de sortir de leur zone de confort : plus d’appellation, plus d’assemblage…

Paradoxe: pour produire ces cuvées qui ne revendiquent aucun terroir, ce sont justement les meilleures parcelles qui sont utilisées…

Voltaire serait fier de cette audace, lui qui, justement, dans son Catilina, écrivait ceci : «Le succès a toujours été un enfant de l’audace».

Hervé Lalau


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Frileuse Bourgogne

Et je ne fais pas référence au climat…

Le brouillard bourguignon (Photo (c) H. Lalau)

Le Président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB), Jean-Michel Aubinel, se dit inquiet des projets visant à la production de Vin de France dans la région; pour lui, il y a là un risque de détournement de notoriété.

Pourtant, comme c’est la règle pour la catégorie des Vins de France, pas question de mentionner sur l’étiquette une quelconque origine, de citer un seul village ou appellation de Bourgogne. Seuls les cépages peuvent apparaître en clair.

A se demander si les membres de l’association de M. Aubinel ne craignent pas plutôt que des cotisations leur échappent !

Par ailleurs, ne vaudrait-il pas mieux que la région élargisse la palette de ses productions (et de ses tarifs, actuellement situés dans le haut de la fourchette), plutôt que de voir ses producteurs chercher d’autres cieux pour produire du chardonnay ou du pinot noir? Citons les exemples de Patriarche, de Latour, de Boisset ou de Bouchard Aîné et Fils, partis chercher dans le Pays d’Oc ou en Ardèche la croissance et les petits prix…

Les AOC ne sont ni un droit acquis, ni une obligation régionale !

Elles sont censées être la pointe de la pyramide des mentions dans une région de production. Mais faut-il rappeler à ceux qui ont choisi cette voie qu’il n’y a pas de pyramide sans base ?

Que les ODG veuillent protéger leurs droits et leurs avantages, c’est compréhensible et très humain. Mais quand elles veulent empêcher des vignerons de suivre d’autres voies, elles sortent de leur rôle.

Il n’y a pas qu’une seule façon de faire du vin, et même du bon.

La diversité au sein même de la large palette des appellations que prétend représenter la CAVB en est la meilleure preuve, et j’en citerai quelques-unes pour l’exemple : ODG Bourgogne, ODG Gevrey-Chambertin, ODG Grands Crus Clos Vougeot, ODG IGP Yonne… Au total, plus d’une cinquantaine d’ODG dont on peine à percevoir le véritable dénominateur commun, au sens de «terroir» : à ma droite, chaussettes rouges et short blanc, l’ODG Bourgogne, 4 départements ; à ma gauche, Clos-Vougeot, short rouge et chaussettes rouges, une seule commune, 49,8 hectares tout mouillé sur la balance.

Trente ans de dégustations en Bourgogne me prouvent que l’AOC ne garantit pas la qualité. Ni même la typicité. L’émergence du Vin de France dans la région pourrait paradoxalement améliorer cet état de fait, en poussant les producteurs qui recherchent un rendement supérieur pour améliorer leur compétitivité à sortir des AOP, quitte à mettre l’accent sur leurs marques. Faut-il laisser le Chardonnay ou le Pinot Noir d’entrée de gamme aux seuls Chiliens, Australiens, Sud-Africains, Néo-Zélandais… ou Languedociens ?

Ce n’est pas en discutant le droit des vignerons de Bourgogne de produire du Pinot Noir hors AOC que l’on se fera disparaître la concurrence. Au fait, ce vin-ci est produit par un groupe français… (Photo (c) H. Lalau)

 

On manque aujourd’hui de vin en Bourgogne. Etendre les aires d’appellation n’est pas la solution : elles englobent déjà trop de zones trop peu qualitatives.

Alors, le Vin de France, pourquoi pas ?

Hervé Lalau

 


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Voyage dans l’espace et dans le temps

Lors d’un apéritif et du repas qui a suivi, avec des amis, nous avons eu la chance de voyager beaucoup, aussi bien dans l’espace que dans le temps. Grâce à un outil techno miraculeux ? Non, grâce au vin. Je trouve que le vin a cette capacité formidable de vous faire voyager dans au moins trois dimensions : l’espace, celui de son lieu origine ; le temps, celui de sa date de naissance et du parcours qui nous en sépare ; enfin la dimension intérieure de nos sensations éprouvées en le dégustant. On peut évidemment rajouter la dimension des échanges que le vin ne manque pas de stimuler.

Nous avons dégusté, successivement, 4 vins, tous excellents dans leurs types et styles respectives. D’abord deux vins effervescents, un français et un californien, puis un Pinot Noir d’Afrique du Sud, et enfin un Gewurztraminer d’Alsace. Voilà pour l’espace. Question de temps, la première « bulle », la française, était certainement jeune mais ne portait pas de millésime. La bulle californienne était de 2006 et le Pinot Noir sud africain était de 2005. Pour finir, le Gewurztraminer était de 2008. Un peu plus qu’une décennie et trois continents visités pendant ce repas donc.

Les détail des vins et quelques commentaires de mémoire

Gaudou Exception est un blanc de noir brut produit par le Château Gaudou (Cahors) avec le cépage Malbec et sous la désignation Vin de France. Je n’ai pas le souvenir d’avoir souvent dégusté un effervescent élaboré avec du Malbec. J’étais très agréablement surpris par la finesse de ce vin, qui se vend pour le prix modeste de 7 euros. C’était fruité juste ce qu’il faut, avec de la matière mais sans aucune lourdeur. Merci à mon ami Florent d’avoir apporté ce flacon : une belle découverte ! Nous avons eu aucun mal à terminer la bouteille et à entamer la suivante à l’apéritif.

Schramsberg Blanc de Noirs Brut 2006 vient d’une des zones viticoles fraîches de la Californie et qui s’appelle North Coast. J’avais ce flacon dans ma cave depuis quelques années et elle s’est révélée excellente, d’une grande finesse de structure, profond et avec juste ce qu’il faut de patine apportée par le temps. Ce vin avait la force pour continuer avec l’entrée du repas.

Bouchard Finlayson Galpin Peak Pinot Noir 2005 vient de la région de Walker Bay en Afrique du Sud.  Zone fraîche aussi, par le double influence des montagnes derrière et de l’océan devant. J’ai le souvenir d’avoir vu des baleines au large de la côté à Walker Bay lors d’un voyage il y a quelques années. Je servi ce vin un peu frais et il a fallu attendre une dizaine de minutes pour que toute la finesse du cépage se révèle dans le verre. Vin parfaitement à point maintenant, délicieusement suave de texture, fin mais sans la moindre maigreur. Il m’en reste deux ou trois flacons qui tiendront (si je décide de les laisser) quelques années de plus sans problème. Nous avons parlé d’Hannibal car Peter Finlayson adore ce pachyderme et fait aussi un vin qui porte le nom du célèbre général carthaginois et qui mêle cépages français et italiens en souvenir de sa traversée des Alpes. Le vin allait très bien avec un sauté de veau.

Jean Becker, Gewurztraminer 2008 (Alsace). Pas issu de vendanges tardives et avec juste un soupçon de sucre résiduel. Il s’agit d’un Gewurz très fin, presque délicat par ses arômes qui sont pourtant bien typés mais sans vulgarité. Tout le contraire du style souvent lourd que certains obtiennent avec ce cépage. Le temps ne semblait pas avoir eu d’emprise sur lui. De quoi finir la soirée en beauté, et sans vider le flacon cette fois (nous n’étions que 4).

Voilà, un beau voyage comme seul le vin peut nous procurer

David

 

 


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Carnet de notes de Vinexpo 2017 (2/2)

Pour une fois j’ai de la suite dans les idées, à défaut d’avoir tout noté !

Cette semaine, un retour sur quelques vins dégustés à Vinexpo il y a 15 jours. Après l’Autriche la semaine dernière, nous allons passer par l’Australie, La Georgie, La Croatie, la Chine et la région de Muscadet cette semaine. Voilà ce qui fait une des attractions majeurs de salons comme Vinexpo : la possibilité, en une demie-journée, de déguster des vins de pays que je n’ai pas souvent l’occasion de visiter, comme de revisiter des producteurs et contrées plus familiers tout en faisant des découvertes.

Un mot d’abord sur les vins blancs de Penfolds, qui proviennent pour partie de South Australia, mais qui font appel aussi, pour certains vins, à des assemblages qui varient chaque année et dont les raisins proviennent parfois de plusieurs états, dont la Tasmanie, la Nouvelle Galles du Sud et le Victoria, en plus de leur base historique, l’Australie du Sud. Cette pratique d’assemblages issus de zones parfois très éloignées peut choquer des personnes qui semblent croire qu’il n’y a qu’une seule manière de faire des grands vins : se focaliser sur une seule parcelle, à la bourguignonne, ou du moins sur des parcelles dans la même zone de méso-climat comme à Bordeaux. Mais, si on réfléchit un peu, ce qui prime dans la qualité d’un vin c’est la qualité du fruit et l’équilibre, l’intensité, les saveurs et la longueur du vin fini. Dans ce cas, peu importe les origines précises, du moment où le vin est réussi. On met de côté le parti-pris issu d’une vision étroite et on juge uniquement le résultat. Après tout, on le fait bien pour le Champagne, alors pourquoi pas à une échelle plus grande ? Une dégustation à l’aveugle des blancs de Penfolds (et il en va de même pour les rouges), surtout ceux issus du Chardonnay, m’a convaincu pleinement de la pertinence de cette approche : ces vins peuvent se comparer aux plus grands blancs de Bourgogne.  Le vin ci-dessus en est un parfait exemple. Yattarna veut dire « petit-à-petit » dans une des nombreuses langues aborigènes de ce pays-continent. On remarque sur l’étiquette, en dessous de ce nom de cuvée, la mention Bin 144. Il a fallu dix ans et 144 essais à l’équipe de Penfolds pour faire aboutir leur volonté de produire un grand vin de Chardonnay issu de climats frais. Et c’est très réussi. A la sortie du premier millésime (1995) de ce vin en 1998, les critiques l’ont encensé en disant que ce vin constituait une sorte de révolution stylistique pour le Chardonnays du pays. En effet, sa vivacité, son intensité vibrante et sa longueur sans aucune lourdeur ni trace de sur-maturité m’a fait prendre les millésimes 2012 et 2014 pour des Puligny-Montrachet Premier Cru d’un très bon producteur. Et le prix de vente y est presque comparable : c’est même nettement moins cher qu’un Puligny-Montrachet Les Pucelles de Leflaive, par exemple. Les sources viticoles de Yattarna varient chaque millésime car seule la qualité du fruit et son adéquation stylistique avec le profil recherché compte. En ce qui concerne le millésime 2012 (l’étiquette ci-dessus), il s’agit de deux sites en Tasmanie (Derwent Valley et Coal Valley), une dans la zone côtière du sud de Victoria (Henty) et des vignobles de South Australia (Adeleide Hills). Moins de 50% des barriques (françaises) sont neuves. Mais on peut aussi explorer ce style moderne des Chardonnays d’Australie chez Penfolds avec des vins bien plus abordables : Le Bin 15A ou le Bin 311 par exemple, tous les deux très séduisants, à la texture admirable et doté d’une grande finesse.

Georgie : Tamada

Deuxième étape dans ce voyage éclair dans une partie de Vinexpo : La Géorgie. Ce fut l’occasion de déguster quelques vins récents des marques Tamada et Vismino produits par GWS à Telavi, à l’est de Tblissi, en incluant deux vins issus d’une vinification en qvevris (des jarres en terres cuites qui sont enterrés et dans lesquelles on opère fermentation et macération des blancs comme des rouges). J’ai parlé de cette tradition ici il y a quelques mois.

Je me méfie parfois de ces vins de qvevri qui peuvent partir dans tous les sens et être parfois carrément désagréables, mais rien de cela avec les deux vins de qvevri dégusté chez Tamada, qui portent le désignation Grand Reserve et une typo en rouge pour les distinguer des vins en vinification moderne. Passons sur les étiquettes qui sont, disons, d’un style tradimoche ! Le Tamada Grand Reserve blanc 2014 est fait avec les cépages Rkatsilteli, Mtsvane et un peu de Kisi. Le nez est étonnant, complexe et dense, avec des notes d’écorce d’orange et de pomme blette. Beaucoup de fraîcheur en bouche, et sans trace d’oxydation, mais évidemment ce côté tannique qui vient de la macération des peaux. Un vin blanc à part qui doit être intéressant à accorder avec des plats épicés ou avec de la viande.

Dans la gamme des vins classiques (c’est à dire des « non-qvervris ») de Tamada, j’ai beaucoup aimé le Kindzmarauli 2014 (photo ci-dessus). Kindmarauli est une des appellations sous-régionales de la Kakheti dédiée au très beau cépage Saperavi. Ce vin m’a plu par la qualité de son fruit, son éclat et sa longueur. J’espère le trouver prochainement en France !

Croatie : Côte Dalmate et Istrie

Visite rapide au petit stand dédié à plusieurs domaine Croates. J’y ai dégusté des vins de deux domaines. D’abord Stina, qui se situe sur l’île de Brac sur la côte Dalmate et qui porte une étiquette blanche faciale plus que minimaliste (photo ci-dessus, avec la contre-étiquette). J’ai particulièrement aime leur blanc du cépage Posip car il réussit à éviter la lourdeur alcoolique qui prend trop souvent le dessus avec cette variété, tout en étant suave et bien fruité. Je me souviens d’avoir visité, avec Mairie-Louise Banyuls et d’autres collègues, ce producteur il y a près de cinq ans.

Puis un domaine d’Istrie, proche de la frontière avec la Slovénie, Kabola Winery et de très bons Malvasia, le grand cépage blanc de la région. Je ne sais pas pourquoi les gens persistent à appeler leurs vins faits en jarres de terre cuite par la désignation « Amphora » car l’amphore a des anses et doit être portable par une personne, ce qui n’est pas du tout le cas des ces vaisseaux qu’on devrait probablement appeler « dolium » ou, au pluriel, « dolia ».

La Chine, dont on parle beaucoup mais ne goûte que rarement

Un collègue et ami m’a conseillé de faire un tour sur un stand (qui n’était pas celui qui regroupait la plupart de vins chinois) pour déguster un bon Chardonnay originaire, je crois, de la région de Shandong. Le producteur s’appelle Château Nine Peaks et j’ai dégusté deux versions, dont celle en photo, plus qu’honorable, puis une autre, plus haut de gamme mais dont l’élevage était encore en cours. Ce sont facilement les deux meilleurs blancs que j’ai dégusté de ce pays viticole en devenir, mais il fait aussi avouer que je manque singulièrement d’expérience dans ce domaine.

Pour finir, le Pays Nantais et de surprenants vins de cépages, dont la plupart viennent de bien plus loin.

Je connaissais les excellents Muscadets de Frères Couillaud et je les ai dégusté de nouveau avec plaisir à cette occasion. Mais il y avait aussi une très intéressante nouveauté sur leur stand : une gamme de vins de cépage vendue sous la désignation « Vin de France », dont un magnifique Petit Manseng doux, un Viognier plein de fraîcheur, et plusieurs autres. J’avais remarqué une partie de cette gamme quelques temps avant Vinexpo, lors de la dégustation de la sélection Auchan pour les Foires aux Vins, car cet enseigne bien renseigné en a sélectionné plusieurs.Les autres ci-dessus ? R pour Riesling, PG pour Pinot Gris et SG pour Sauvignon Gris. Une expérience plus que louable que je suis heureux de voir aboutir.

David

 


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La politique et le vin en France : peut-on enfin espérer ?

(photo RVF)

Nous avons enfin en France un Président de la République qui aime le vin, qui le respecte pour le produit culturel qu’il peut être, et qui sait aussi le déguster (avec modération, cela va sans dire). Pour vérifier cette dernière affirmation, regardez le reportage video réalisé par le magazine Terre de Vins avant l’élection d’Emmanuel Macron.

Au cours des dernières 20 années, nous avons eu un Président qui préférait la bière au vin, puis un autre qui ne buvait pas du tout, puis un troisième dont j’ignore les goûts mais qui ne me semble pas avoir défendu le vin avec beaucoup d’ardeur, malgré les efforts louables de son ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius. A présent, nous avons comme Président un homme qui non seulement aime réellement le vin, mais qui sait aussi reconnaître son importance symbolique, culturelle et économique. Cela est attesté par le fait que, lorsque le sujet est évoqué, M. Macron ne joue pas au chat et à la souris avec des détours de langage pour éviter de choquer le redoutable lobby anti-alcool (mais quoi, vivons-nous en Iran ?!). Bien avant son élection, il a déclaré à nos collègues de Terre de Vins : «La France déçoit quand elle ne met pas les petits plats dans les grands. J’y tenais beaucoup quand j’étais à Bercy. Quand je recevais nos hôtes étrangers, ils s’attendaient à boire du bon vin, un bon champagne, un digestif. Le vin est un ambassadeur.» Et la loi qui porte son nom a aussi permis un certain assouplissement de la stupide loi Evin en facilitant la communication autour de l’oenotourisme, autre secteur très utile pour le bilan commercial du pays (10 millions de touristes et 5,2 milliards de dépenses en France en 2016). Pour lui, le vin est «un formidable atout pour le rayonnement de la France». Le candidat Macron n’éludait pas non plus les questions sensibles : «la réponse aux pesticides ne passe pas uniquement par le bio mais aussi par l’innovation […] Il ne faut pas opposer les techniques conventionnelles au bio».

Pour accompagner le nouveau Président dans ce domaine, une femme, Audrey Bourolleau, est devenu sa conseillère pour les sujets agricoles au sens large. Certains d’entre nous la connaissent pour l’avoir croisée en tant que Délégué Générale de Vin et Société, poste qu’elle a quitté pour suivre M. Macron dans sa campagne et où elle a milité avec succès pour une vraie politique de consommation raisonnable tout en faisant de la promotion de l’oenotourisme une autre priorité.

Mais cela n’a pas manqué de réveiller le sinistre lobby hygiéniste (voir aussi un récent article dans Vitisphere) qui voit en elle un danger pour leur politique de santé publique que je qualifierai plutôt de « politique de l’airbag ». Comme le dit mon copain et collègue Yves Legrand (triathlonien et « iron man » de près de 70 ans et aussi marchand de vin de son état), « après tout, la vie est une maladie mortelle sexuellement transmise » (je crois que c’est de Pierre Desproges en réalité). De cette politique de zéro risque, qui s’accompagne aussi de zéro plaisir très probablement, je dirai qu’elle ne va pas assez loin : ces zélotes devraient simplement estampiller sur chaque être humain à sa naissance « respirer tue ». Nous saurons alors que tout le reste est a relativiser.

La malhonnêteté intellectuelle ne semble pas connaître des limites dans certain propos des prohibitionnistes. Lutter contre l’alcoolisme est nécessaire. Mais il serait stupide de détruire la forêt parce qu’un arbre bloque votre chemin. Et mener des procès d’intention à l’encontre de quelqu’un qui vient d’être nommé à un poste, sans être en mesure de la juger sur des actes, me semble suspect, voire à tendance totalitaire.

David Cobbold

PS. A l’heure ou j’écris ces lignes, la finale du TOP 14 n’a pas encore commencé. Bien que supporter de longue date du Stade Français, je dis « allez Clermont », tant leurs dernières saisons, et celle-ci en particulier, ont régalé tout amateur d’un rugby de mouvement. Regardez le replay de la demi-finale entre Clermont et le Racing et vous verrez.


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VSIGP (4): Vin de France, ah la belle farce !

Volontairement provocateur, mon titre ? J’assume. Eh bien oui, quoi: pourquoi cacher l’origine d’un vin alors qu’il suffit de (bien) lire l’étiquette (ou la contre) dans ses détails les plus reclus pour tomber sur l’adresse quasi complète du vigneron metteur en bouteilles ? Pour peu que l’on ait quelques notions de géographie associées à une bonne connaissance de nos départements, et que l’on sache manipuler un instrument comme Google, on saura automatiquement la plupart du temps d’où vient le vin et l’on peut donc sans mal lui donner un semblant d’identité, voire même une origine réelle. Enfin, moi, c’est comme cela que je vois le problème Vin de France, si problème il y a.

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Dans l’exil de mon Midi, d’où j’exerce mes talents de dégustateur en herbe depuis pas mal d’années, les vignerons se servent de cette dénomination (non, ce n’est pas une appellation d’origine contrôlée ou protégée) pour deux raisons principales, même s’il y en a probablement d’autres comme ont su le souligner avec talent mes prédécesseurs qui se sont plus volontiers attardés sur les marques commerciales. Deux raisons donc. D’une part parce que ça permet à mes amis vignerons de faire ce qu’ils ont envie de faire, de s’éclater sans avoir – en dehors de l’État et de sa cohorte de fonctionnaires – de comptes à rendre à personne d’autre que le consommateur ; d’autre part parce que les initiateurs (viticulteurs) des IGP ou AOP qui sévissent sur leur territoire bien (ou pas trop mal) délimités sont trop cons ou trop absents pour avoir remarqué qu’un cépage, quand bien même fut-il local et de mauvaise réputation, pouvait avoir son mot à dire dans le territoire qui abrite les vignes. Qu’il pouvait aussi plaire à un certain public.

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Oui, je sais, je m’énerve inutilement. Et ce n’est pas bien à mon âge ! Vous savez que je ne pense pas une seconde ce que je couche sur écran. Tous les vignerons (ou viticulteurs) ne sont pas cons à ce point et j’en connais même qui, en coopérative, alimentent des cuvées Vin de France. Alors je vais enfoncer le clou de manière plus explicite. Pour aller plus encore dans le sens de la connerie ambiante, je vais vous sortir quelques vins de France, mais des vins bien chez moi, donc du Languedoc et du Roussillon réunis. Des vins qui, n’en déplaisent à certains, affichent leurs origines de manière discrète, mais des vins qui pourtant sentent bon leur pays.

Par ici, dans le Sud où l’on s’éclate en dehors des AOP, aucun problème pour  trouver un Vin de France : presque chaque vigneron digne de ce nom a le sien ! Par exemple, une appellation majeure est disponible près de chez moi, Côtes du Roussillon, idem à côté avec l’AOP Languedoc. Des ex Vin de Pays aussi comme les IGP Côtes Catalanes ou Pays d’Oc. Mais qu’à cela ne tienne, avec les mêmes cépages (ou presque) les vignerons autochtones ou expatriés qui ont quelque chose à démontrer préfèrent la liberté que leur offre la mention Vin de France. On peut rire, déconner ou faire dans le sérieux, mais beaucoup me disent qu’ils choisissent la facilité qu’offre cette mention. À l’instar de Stéphane Morin, ce vigneron nature découvert récemment pour alimenter ma défunte rubrique Carignan Story mais que vous pouvez retrouver ICI. Lui a choisi de ne vinifier qu’en Vin de France histoire de moins se compliquer la vie.

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Afin de jouer le jeu, je vous livre ci-dessous mes préférés de la catégorie Vin de France du moment. Il y en a des tonnes d’autres. Vous tombez bien, car je déménage ma cave dans laquelle je fais de belles trouvailles. C’est utile parfois de revoir après quelques années un vin que l’on a aimé. Rassurez-vous, je les ai goûtés récemment et je vous les restitue avec non seulement le nom du domaine, de sa cuvée, son prix de vente, son site internet (lorsqu’il y en a) et le pays d’où il vient. Ben oui, car si on la cherche bien, on trouve l’origine ! Pour certains, ça évitera d’avoir à lire l’étiquette !

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-Vin de Table de France (du Roussillon) 2005, Syrah, Domaine Sarda-Malet. 40 € le magnum départ cave. 

À l’époque, l’annonce du millésime étant interdite dans cette catégorie de vin devenue Vin de France, Jérôme Malet s’était contenté d’un mystérieux chiffre « 5 » pour informer les suiveurs de ce domaine qu’il mettait dans la confidence. Sans filtration ni collage, jovial au possible, chaleureux et exubérant, j’avais complètement oublié que ce vin était le fruit d’une syrah de sélection massale (prélevée si mes souvenirs sont bons chez Gérard Chave) choisie par Max, le père de Jérôme. Tellement joyeux qu’au départ je partais allégrement sur une parcelle de vaillants vieux grenaches comme le domaine en possède encore, du moins je l’espère. Un vin d’autant plus éblouissant si on prend la peine de le boire frais (15°) sur un petit gibier, par exemple. Hélas, il n’est plus vinifié par le domaine qui, sagement, a conservé quelques flacons en format magnum dans les millésimes 2004, 2005 et 2007. Téléphoner le matin au 04 68 56 47 60 pour avoir la chance d’en obtenir.

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-Vin de France (des Corbières) 2014, Grenache gris, Domaine des 2 Ânes. 17 € départ cave.

À quoi ça sert un Vin de France ? À montrer par exemple qu’un cépage méprisé lors de mes premiers passages dans la région à la fin des années 80 a vraiment quelque chose à dire et qu’il est capable de revivre en beauté, notamment non loin du littoral. Et puisque à l’époque l’appellation n’en avait rien à cirer – ah, si elle avait pu mettre du Sauvignon ! – il reste un espoir aujourd’hui de montrer les capacités de ce cépage en le vinifiant pour lui-même en Vin de France (des Corbières). Immensément puissant, certes, dense aussi, et pourtant tout en structure avec une élégance non feinte, c’est un blanc de grande table. Cherchez vite des queues de lotte poêlées et quelques câpres pour l’accompagner !

Etiquette L'Aramon

-Vin de France (des Terrasses du Larzac) 2015, Aramon, Domaine de La Croix Chaptal. 5,50 €, départ cave.

De par sa robe claire et sa facilité à s’écluser (un flacon bu à deux en moins de 15 minutes !), voilà un vin qui ferait une forte concurrence au rosé, tant il fait des merveilles dans le registre de l’accessibilité. Peu cher, léger et fruité, désaltérant qui plus est tout en étant capable de tenir sur une entrée de légumes crus et de pâté de tête, cela n’a rien de déshonorant même si pour certains cela frise l’incongruité. Alors, foncez sans attendre ! On trouve encore de ces petits vins de récré dans le Midi (ici, bien au nord de Montpellier), parfois même vinifiés à partir d’un cépage emblématique de l’histoire du Languedoc tel que le sieur Aramon ici présent. Jadis occupant 150.00 ha et capable de production de masse, aujourd’hui honni et considéré comme roupie de sansonnet, il revient de temps en temps par la grâce de Charles-Walter Pacaud, un vigneron sage et avisé qui, appelant ses vieilles vignes à la rescousse (vendangées à la main), a compris tout l’intérêt de ce jus qui se boit sans soif. Bravo et merci Charles !

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-Vin de France (du Minervois) 2011, Pinot Noir, Domaine Pierre Cros.  12 € départ cave.

Pierre Cros, prononcez « crosse », n’est pas du genre à écouter les injonctions des uns et des autres : Piquepoul, Alicante, Aramon, Carignan, Cinsault, il n’a gardé que les meilleurs pieds de son Minervois natal ajoutant une collection d’autres cépages plantés par curiosité et par amour. C’est le cas du Pinot noir (un peu plus d’un demi hectare) bu ici à température plutôt fraîche (15°) sur une pintade qui exprimait une sorte de gourmandise contenue avec des tannins souples et doucereux. Pour les curieux, il y a aussi du Merlot, du Nebbiolo et même du Touriga Nacional ! Plus en vente, c’était juste pour la forme. .. mais il reste du 2015 vinifié différemment et embouteillé en flûte alsacienne ! On a le droit de s’amuser, non ?

Michel Smith


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VSIGP (3): 7 vins sans appellation d’origine, mais pas forcément sans intérêt

Mais quelle idée j’ai eu là!? Oui, j’avoue, c’est moi qui ai poussé mes chers collègues des 5 du Vin à déguster des VSIGP, cette semaine. Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je vois ce sigle, je pense à « vendu sans garantie du gouvernement ». Alors que chacun sait, bien sûr,  qu’il s’agit de Vins sans Indication Géographique de Provenance.

Drôle de définition, puisque, à écouter l’ami Maxime, j’avais crû comprendre qu’« on est tous nés quelque part »

Voila donc des vins qu’on définit, non pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils ne sont pas. En creux, en quelque sorte.

Pas étonnant, après ça, qu’on ait du mal à les cerner! Entre les vins de terroir dont les vignerons ont choisi de ne pas revendiquer leur origine, les vins qui dépassent les rendements de l’appellation, les vins qui utilisent des cépages interdits dans leur appellation, les vins qui assemblent des raisins de différentes régions de France, ou d’un autre pays, les vins qui assemblent des vins de plusieurs pays de l’Union européenne, les vins d’auteur et les vins d’entrée de gamme, cette catégorie est un vrai fourre-tout.

Mais c’est ce qui la rend intéressante: elle est si diverse qu’on ne peut, d’emblée, avoir d’avis tranché.

Il faut tester.

Pour ce faire, et pour ne pas faire tout à fait la même chose que mes copains David et Jim, j’ai choisi de diversifier les origines.

4 VSIGP

Je vous propose donc 7 vins: un Français, deux Espagnols, un Tunisien, un Australien, un Italien et un Californien.  Tous achetés de mes propres deniers en grande distribution (Les 5 du Vin ne reculent décidément devant aucun sacrifice). Une sorte d’immersion dans le vin populaire.

Mais voyons ce que cela donne dans le verre!

Cambras Cabernet Sauvignon Merlot 2015

« Cépages sélectionnés », dit l’étiquette. Comprenez, en Espagne (mais pour ça, il faut aller voir sur la contre-étiquette). C’est que Cambras change assez régulièrement de fournisseurs. Pourquoi pas, du moment que ce n’est pas au détriment du contenu. Dans cette catégorie, il n’y a pas de promesse, ni de garantie par l’origine – c’est la marque qui tient lieu.

« Rond et fruité », dit encore l’étiquette. La rondeur ne me frappe pas comme une des plus grandes qualités du Cabernet, mais examinons déjà le nez: du fruit noir (un peu),  beaucoup de vanille, c’est plutôt suave, limite écoeurant; la bouche, elle, me semble végétale, les tannins verts et presque farineux. L’ensemble n’est pas bien fondu – c’est un peu jeune, sans doute. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas un vin que j’aurai envie de boire au quotidien – Cambras est pourtant une des marques les plus vendues en France.

Curieusement, je l’ai trouvé chez Carrefour au milieu des vins d’appellation du Sud de la France, et non avec les VSIG, ni avec les vins d’Espagne. Sans doute parce qu’il s’agissait naguère de vin français?

4,39 euros la bouteille de 75cl, bouchée liège.

Quarry Hill Shiraz Pinot Noir 2015 Australia

J’avoue que l’assemblage Syrah-Pinot  m’a intrigué. Je ne connais pas beaucoup de régions qui le pratiquent. Ne serait-ce que pour des raisons climatiques. Pour être précis, ce vin n’est pas un VSIPG au sens strict, puisqu’il mentionne quand même une origine sur la contre-étiquette: « South Eastern Australia ». Compte tenu que cela s’étend tout de même sur cinq Etats du pays (Victoria, Tasmanie, Nouvelles Galles du Sud et une partie de l’Australie du Sud et du Queensland), soit environ deux fois et demie la surface de la France, j’ai du mal à y voir une Indication Géographique au sens européen du terme (même si, c’est vrai, l’Union Européenne la reconnaît comme IG). C’est pourquoi j’ai décidé de l’inclure dans cette dégustation. L’étiquette principale ne mentionne d’ailleurs rien d’autre qu’« Australia ».

Je ne peux pas dire que j’en ai été récompensé – IG ou pas, ce vin manque sacrément d’élégance. Il présente un fruit cuit, des nuances animales et des notes d’alcool qui lui confèrent une certaine lourdeur; et quand à son acidité, on la croirait rajoutée. C’est assez rèche en finale. Not my cup of tea.

4,55 euros la bouteille de 75cl, capsule à vis.

Sidi Brahim Merlot Cabernet Sauvignon

« Vins des Terres de l’Atlas » dit l’étiquette frontale. Beaucoup, dans la communauté pied-noir ou maghrébine, pensent peut-être que ce vin est toujours fait en Algérie; et pourtant, ce n’est pas le cas: il vient de Tunisie (des rives de la Médjerda, pour être plus précis). Et son assemblage est plus bordelais que méditerranéen: pas de Grenache, de Cinsault ou de Carignan, mais du Merlot et du Cabernet-Sauvignon.

Qu’importe, puisqu’il ne s’en cache pas.

« Intense et fruité », dit l’étiquette. La promesse est tenue. Le vin est gorgé de cerise, de framboise, de cassis; la bouche est relativement volumineuse, avec un beau retour du fruit en finale. C’est assez long, et les arômes sont frais, très purs. Qui l’eut cru: c’est un coup de coeur!

5,95 euros la bouteille de 75 cl, bouchée liège

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Le Révérend Wine of Spain

Sans aucun doute la présentation la plus ringarde de tout mon échantillon – mais qui suis-je pour dire ce qu’apprécie le client à ce prix? On est pas loin de l’image du Cramoisay des années 50, à moins qu’il s’agisse du Champlure; c’est une sorte de capsule temporelle. Je me suis souvent demandé ce que goûtaient les vins de ces années là, les vins d’avant la révolution oenologique. Mais qui sait, peut-être que ça rassure le buveur nostalgique. Ou même, que ça va revenir à la mode, comme les tables en formica?

Mais passons sur le look et abordons franchement ce prêtre espagnol qui n’a pas l’air d’un Torquemada…

Et bien, c’est plutôt pas mal. J’appelle à la barre le dénommé Ferrer, Nino: « On dirait le Sud, le goût dure longtemps, et le fruit sûrement, fera plus d’un heureux, et pas seulement l’été ».

A  l’aveugle, on croirait un joli Côtes-du-Rhône. Je ne sais pas si c’est du Grenache (aucune indication de cépage, ni millésime, d’ailleurs), mais c’est juteux, souple, enjôleur, avec juste ce qu’il faiut de peps en finale pour ne pas s’enfoncer dans le velours… de l’estomac. Et c’est le deuxième vin le moins cher de notre échantillon. 3 euros 19 de bonheur… simple et décontracté. Un deuxième coup de coeur, donc.

Pour voir, après dégustation, j’ai amené le digne Révérend chez In Vino Veritas, pour le faire déguster à l’aveugle par notre jury de journalistes et de sommeliers: il a passé l’épreuve haut la main, mes collègues l’ont préféré à plusieurs vins d’appellation du Sud de la France.

Si j’étais marketteer, je ne changerais rien au vin, mais je le rhabillerais, et je le vendrais 2 euros plus cher, sous une marque un peu ronflante. Il ferait un tabac. Et moi je serais riche, peut-être. Mais je ne suis que journaliste.

3,19 euros la bouteille de 75cl bouchée liège

Cuvée de Grandgousier Vin de France Rouge

La cuvée la moins chère de mon petit échantillon. Un assemblage plutôt méditerranéen (Cinsault-Grenache-Carignan).

Mise belge – Grandgousier est une marque historique de Delhaize, une marque dont on notera que la présentation s’est bien améliorée ces dernières années.

Voici un vin qui commence bien, avec des jolis arômes de cerise mûre et de violette; l’avant-bouche confirme, dommage que le milieu de bouche, lui, manque un peu de concentration; on ne peut pas parler de vins dilué, non, mais je reste un peu sur ma soif – dommage, même si, à ce tarif, je l’avoue, c’est loin d’être une déception.

3,19 euros la bouteille à capsule à vis d’un litre, soit 2,39 les 75cl

Beringer Cabernet Sauvignon California Wine of USA

La Californie, c’est grand. Beringer est implanté dans la Napa, mais rien n’indique que c’est de là que proviennent les raisins. Il entre donc bien dans le cadre de ce comparatif.

Je n’ai rien contre les vins puissants, ni un peu d’exotisme; mais là, c’est vraiment « too much ». Je ne suis même pas sûr que les djeunns apprécient. Le fruit est très mûr, un peu cuit; c’est saucé, fumé -j’ai pensé à de la sauce pour barbecue. Est-ce l’effet des copeaux? Un concept à étudier, peut-être: faire une promo avec le charbon de bois, juste avant l’été.

6,39 euros la bouteille de 75 cl, capsule à vis 

Berselli & Olivieri Signature Collection Merlot Vino d’Italia  2013

C’est le plus cher des vins de la dégustation; un assemblage signé Alma, un négociant-éleveur, et fier de l’être. Pourquoi pas?

Cette maison propose d’ailleurs toute une gamme de « vini varietali d’Italia », se fournissant dans pas moins de 7 régions de la Botte; dans le cas qui nous intéresse, le Merlot, les raisins sont issus de Lombardie, des Pouilles et du Piémont.La vinification est traditionnelle, avec une longue macération et 12 mois d’élevage en barriques (non, pas de copeaux, apparemment).

La dégustation confirme le soin apporté à cette cuvée; les nez est complexe, avec des notes de fruit rouge bien mûr et un peu d’humus, quelques nuances lardées, la bouche plutôt méridionale, épicée (poivre noir, romarin, réglisse), et le bois plutôt bien fondu (un peu de cacao, mais pas de vanille soulante). En résumé, un joli vin qui, à l’aveugle, pourrait en remontrer à pas mal de Merlots d’appellation. Notons d’ailleurs qu’on trouve au Chili, par exemple, des Merlots étiquetés « Valle Central » dont les raisins proviennent de régions au moins aussi éloignées que les Pouilles le sont du Piémont – c’est là le paradoxe de la viticulture actuelle: de plus en plus de pays se battent sur un marché de plus en plus ouvert, mais les règles sont loin d’être les mêmes pour tout le monde…

Quoi qu’il en soit, une belle bouteille, un troisième coup de coeur, dans un style un peu plus travaillé.

12,69 euros la bouteille de 75 cl bouchée liège.

En résumé

Cette catégorie des VSIPG est certainement une des plus hétérogènes qui soit; on y trouve pourtant des choses plus qu’honnêtes, et même de belles choses, indépendamment du prix. Rien qui ne soit indécent, rien qui n’accrédite l’idée que ce sont là des sous-vins pour des sous-buveurs. Manifestement, il n’y a pas qu’une seule façon d’obtenir un produit honnête.

D’un autre côté, la plupart des AOC aussi sont hétérogènes, leur fameuse typicité n’étant souvent -mais pas toujours- qu’un argument marketing. Au moins, avec les VSIPG, pas d’embrouille: on n’est pas censé savoir d’où ils viennent ni à quoi il doivent ressembler. La plupart de ces produits ne nous font peut-être pas rêver, pour reprendre la formule chère à l’ami Philippe de Cantenac. Mais ils font mieux que tenir leur rang; ils surprennent, en bien.

Comprenez-moi bien: je ne vais pas arrêter de parcourir la planète-appellations, qui nous fournit, dans les meilleurs cas, des produits à valeur émotionnelle ajoutée; mais je n’aurai plus aucune condescendance pour ceux qui font du vin autrement.

Hervé LalauRévérend