Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Roots 66

Cela se passait le 28 février dernier, à Montpellier. C’était mon premier contact avec Roots 66, une association qui s’est créée en 2000 dans le nord des Pyrénées-Orientales;  elle regroupe donc beaucoup de vignerons du Roussillon, et, c’est d’ailleurs ce qui m’a attiré dans leur salon. C’est le sixième « off » qu’ils organisent, il est réservé aux  professionnels. Ils étaient une cinquantaine, ils ont en commun de faire du vin « 100 % raisin, en bio, en biodynamie, en nature »…Une sorte de «secte» (sympathique) comme dirait notre ami David ! Voyons le côté positif, le grand mérite de Roots 66 est de nous faire découvrir de nombreux jeunes vignerons qui se sont lancés  dans l’élaboration de vins nature, et, il y en a de plus en plus dans le Roussillon qui est en train de devenir la Terre Promise du vin en France. En outre, je pense aux vacanciers et ils sont nombreux, qui auront ainsi des adresses pour cet été.

J’ai posé mon verre chez:

Bota Nostra, (littéralement « notre tonneau »)  Raymond Manchon 2016

J’avais déjà gouté les vins à Trilla, et, ils m’avaient plu. Toutes les cuvées de Raymond et Sandrine Manchon (6ème génération de vignerons dans les Corbières et le Fenouillèdes), sont issues de vignes de Carignan Noir centenaire de la Vallée de l’Agly ou de Grenache Blanc très jeune. Raymond exploite une vingtaine d’hectares pour la coopérative des Côtes d’Agly mais réserve quelques parcelles de carignans centenaires pour sa cuvée en bio :

Bota Nostra 100% Carinyana Etiquette Mauve, Vin de France

Une cuvée ni filtrée, ni collée, sans rajout de levures et, pas ou peu de sulfites. Elle est élevée plusieurs mois en fûts de chêne. Ça donne un vin au un nez, très gourmand dominé par des fruits noirs bien mûrs et une pointe empyreumatique, c’est à peine si l’on perçoit un léger boisé. C’est fruité, mur, plein, équilibré. Un vin de caractère sans rusticité. Vendu directement chez le vigneron, autour de 15 € !

L’autre vin, Jeff  2016, une parcelle rachetée à son voisin Jeff. Toujours non filtré, je l’ai trouvé un peu ferme.

Son blanc Cabrils, issu de grenache blanc, dans un style frais, vif et juteux au palais manque légèrement d’équilibre. Mais je crois que c’est son premier ou deuxième millésime, à suivre donc.

 

Domaine de l’Immortelle, Yann et Delphine Bouvier 

Ce domaine de 7,5 ha créé en 2015,  sur les coteaux de schistes, situé dans la vallée de l’Agly à Montner, est une découverte pour moi. Ce jeune couple anciennement dans le papier, arrive de la Martinique et s’est reconverti dans le vin. Les vignes, 3 ilots de schiste principalement, situés à Montner, Latour de France et Calce, dont une partie en vieilles vignes (plantées en 1944), ne reçoivent pas d’engrais chimiques, ni de pesticides, ni de désherbants. Vinification naturelle avec égrappage et foulage léger.

Grand Macabou (plage de la Martinique) 2017, IGP Côtes Catalanes

Un blanc sec 100% Macabeu, aux parfums de fleurs banches et de citron, un bel équilibre entre gras et acidité. 14€

Le P’tit grain 2017

100% Muscat petit grain, sec très muscat au nez mais avec finesse et une bouche  très vive et longue! 12€

Le Madinina 2016 IGP Côtes Catalanes

Madinina est l’autre nom donné à la Martinique, qui signifie l’île aux fleurs ou l’île aux femmes. C’est un rouge issu de Carignan 60% Grenache 40% vieilles vignes de 70 ans, élevé en partie en fût de chêne (barrique de 500 litres) pendant 12 mois. Il est puissant et à la fois frais et  fruité avec des notes de griottes, et de garrigue. C’est gourmand, épicé,  un bon vin de copains.10€

 Début 2016, Côtes du Roussillon Village

Syrah 70% Carignan 15% Grenache 15%. C’est leur premier « grand » vin et le début d’une nouvelle vie pour eux. Une belle syrah, généreuse et gourmande, élevée 11 mois en barriques de 500l, ça donne un vin assez puissant, aux tannins encore un peu accrocheurs, à la finale poivrée et vanillée, un joli début, plein de promesse. 15€

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Face B, Géraldine et Séverin Barioz

Encore un nouveau domaine à Calce, qui attire de plus en plus de jeunes passionnés, animés par un même objectif : produire des vins de grande qualité…

Originaires de Lyon, et, après un passage en Bourgogne, Géraldine et Séverin ont crée ce petit domaine (3,5 ha), composé de vignes de Macabeu, de Grenache blanc et gris, et de Muscat à petits grains. Ils ont opté pour le travail des vignes et des vins en agriculture biologique et en biodynamie; car, disent-ils, “Toujours le vin sent son terroir.”

ENGRENACHES 2016 – BLANC IGP Côtes Catalanes

Issu de grenache blanc, grenache gris, et d’un  peu de chardonnay, le tout élevé 6 mois en fûts de chêne anciens. J’ai aimé la fraicheur et l’équilibre de ce blanc, il se montre à la fois plein, fruité et savoureux.  14,50€

PEAUX ROUGES 2016 – ROUGE IGP Côtes Catalanes

« Peaux Rouges, l’âme sauvage des terres du Roussillon » est issu d’un assemblage de syrah 85%, et de grenache noir 15% élevé 6 mois en demi-muids de chêne ancien de 600l. Un rouge au fruité dominant et très pur, une jolie matière, assez dense, des tanins finement boisés mais soyeux. Vous pouvez vous faire plaisir sans vous ruiner. 15€50

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Domaine l’Encantade, Antonin Moisan

Un autre domaine que je découvre, celui de Laure et Antonin Moisan; ils l’ont créé en 2012, en pleine garrigue, ce qui répondait à leurs aspirations: autonomie énergétique, cave en matériaux naturels. Le vignoble, sur environ 8 ha, est composé de vieilles vignes en coteaux, pour certaines centenaires, et qui étaient destinées à l’arrachage. Ils y pratiquent une viticulture naturerelle. Les rendements sont très faibles, autour de 15 hl/ha. Traction animale. Elles sont plantées de carignan, grenache, syrah, lladonner pelut, macabeu, muscat d’Alexandrie et sauvignon. Partisans d’une certaine polyculture, gage d’autonomie, ils veulent vivre de leurs produits (vins, miel, fruits et légumes transformés) !  Les vendanges sont manuelles,  certaines cuvées sont égrappées, d’autres non et sont rentrées en gravitaire. En cave,  un minimum d’intrant: pas de levurage, pas d’enzymage, pas de filtration (ou très lâche), pas d’acidification, pas de collage pour les rouges, un sulfitage rigoureusement minimal. Toutes les cuvées sont mentions nature et progrès donc <10mg/l de SO2 libre. Beaucoup de cuvées pour traduire les différentes parcelles, avec diverses profondeurs de sols, d’expositions, d’encépagements, d’âges de plantations, d’altitudes…

Promenons-nous dans les bois 2015, IGP Côtes Catalanes

Un pur carignan issu de vignes de 50 ans, en  macération carbonique. Un rouge au nez de fruits noirs, et d’épices. Sa légèreté en bouche est étonnante, c’est souple et frais. C’est réussi ! 12 €

Raisin d’être 2014, Côtes du Roussillon rouge

Issu de grenache (2/3) et de carignan (1/3). Vignes de 50 ans en majorité, entre 400 et 500m d’altitude. Eraflé, non foulé. Elevage sur lies fines pendant 9 mois, en cuve. Vin fruité, avec de jolies notes de garrigue, gouleyant et juteux. Une finesse inattendue, une pointe de gaz carbonique qui n’est pas dérangeante le rend très vivant. Un rouge gourmand, frais et digeste….11, 00 €

Sirius 2014, IGP Côtes Catalanes

100% syrah, cuvée parcellaire, sur une arène granitique d’altitude (500m).  Eraflée, macération pré fermentaire à froid, cuvaison longue mais douce. Elevage en vieux fût de chêne pendant 10 mois. Il offre une belle complexité aromatique avec des notes de fruits noirs, d’épices et des touches florales. Structuré et intense, avec une fraicheur réelle,  ce vin aux tanins soyeux m’a paru sincère et équilibré. 14 €

Roc d’en Manas 2013, Côtes du Roussillon rouge

Issu d’un assemblage plus vieilles et plus hautes parcelles de carignans centenaire(60%), de grenaches de soixante ans,  (20%) et de syrah d’altitude (20%)  de quarante ans en gobelet). Egrappé, macération pré fermentaire à froid, cuvaison longue. Elevage en vieux fût de chêne pendant 10 mois. Le nez exhale des saveurs de fruits noirs et d’épices, là encore je suis frappée par la qualité des  tanins mûrs, riches et soyeux la fois. Termine sur de fines notes éicées17, 50 €.

Songe d’Altaïr blanc 2015

Issu de maccabeu, de grenache (blanc, gris), et, de sauvignon.  Petite macération pelliculaire de quelques heures puis pressage pneumatique doux. Pas de débourbage.  Vin très vif, surprenant,  salin et long. On ne se croirait pas dans le Sud. 15,00 €

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Domaine La Bancale, Roussillon – St Paul de Fenouillet  

Bastien Baillet exploite 2 hectares dans le Fenouillèdes. Installé depuis 2014, il fait déjà beaucoup parler de lui. Pas de chimie ni à la vigne ni à la cave. Je ne le connais pas plus que ça, et, je ne sais pas grand chose de lui, mais j’ai aimé les 2 cuvées qu’il a présentées.

Le Fleuve blanc 2016 Vin de France

Assemblage de 40% de carignan blanc, 30% de grenache gris et 30% de macabeu, élevé 10 mois en barriques bourguignonnes. Soleil, matière et fraicheur sont au rendez-vous !

Le Fleuve rouge 2016 Vin de France

Assemblage de 50% de syrah, le reste grenache et carignan, élevé 10 mois en demi-muids d’occasion. Un rouge au fruit intense, juteux et glissant grâce à la finesse de ses tanins, et, qui offre une finale épicée et fraiche. Un vin qui met de bonne humeur !

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Domaine Léonine, Stéphane Morin

Encore un domaine 100% Nature du Roussillon, mais celui-ci n’est pas nouveau, c’est en 2005 que le Stéphane Morin a créé le domaine de 13 ha situé sur le piémont des  Albères à Saint –André. Les parcelles sont sur les communes de, St-André, Argelès sur mer, St-Génis-Des -Fontaines et Port-Vendres. Il travaille en agriculture biologique, l’encépagement est à dominante grenache noir, gris, blanc.  Coté vinification, les fermentations sont spontanées, avec des levures indigènes, sans collage ni filtration. L’élevage en barriques bourguignonne concerne tous les rouges et le blanc de macération.  Toutes les manipulations de vin sont effectuées par gravité. Le domaine est….. « pompophobe ». Stéphane n’est pas anti soufre, mais contre l’abus de soufre. La plupart de ses cuvées dépassent rarement les 12° car il préfère vendanger ses vins tôt. Pour lui, la macération carbonique est une base essentielle, elle consiste à recueillir les grappes dans une cuve et à les laisser tremper en remplaçant l’air par du gaz carbonique. Une première fermentation va alors s’établir à l’intérieur de chaque grain. Il fait cela principalement sur le grenache. Il cherche à faire des vins proches du terroir, avec  le moins d’intervention possible. Tous ses vins sont en Vin de France, peu alcoolisés, ils sont digestes, amicaux et vite accessibles. Musicien à ses heures, ses vins portent tous un nom en lien avec la musique, son autre passion.

Barrick White 2017 Vin de France

Élevage en cuve inox 5 mois sur lies fines. Frais et droit, ce vin est déjà un régal inattendu. Mi macabeu (vignes 40 ans), mi chardonnay (vignes de 10 ans) avec un faible degré d’alcool, c’est un très joli blanc sec, tout en finesse et en tension. La complexité aromatique n’est pas de reste, plein de fruits et tout en fraicheur, c’est délicieux. «Il a le charme et l’ampleur de la voix de Barry White !!! » 14€

 Chuck Barrick 2017 Vin de France

60% syrah, 40% grenache noir issus de vignes 10 ans d’âge. Macération carbonique pendant 10 jours, pressurage puis élevage en barrique de 500l pendant 4 mois. Le nez de belle intensité, dégage des notes fruitées intenses accompagnées de touches d’épices et de violette. La bouche est ronde, gourmande, gouleyante avec de la fraîcheur. Un vin fin et agréable. Degrés alcoolique 12º, 14€

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Bottle Neck 2017 Vin de France

50% Syrah, 50% Grenache noir issus de vignes 30 et 25 ans d’âge. Macération carbonique de 15 jours. Elevage en barriques pendant 6 mois. (le bottleneck est le tube de verre ou de métal que les guitaristes placent au bout d’un de leur doigt). Sa chair suave aux arômes de fruits rouges et de garrigue offre un jus très fruité laissant en bouche une belle fraîcheur. Bel équilibre, finale épicée, un rouge très gourmand, et très facile à boire, du fruit et de la rondeur, un maximum de plaisir !

Entre Cœur 2015 Vin de France

100% grenache, Vignes âgées de 30 ans. Macération carbonique de 15 jours. Sans pigeage, ni remontage. Élevage 9 mois en barriques de 300l et 400l. Degrés alcoolique 12.5° . Le nez plein de fruits noirs très généreux offre aussi des notes d’épices. La bouche est, profonde et délicate et pleine de fruit.  Ample, puissant, gorgé de soleil, porté par des tanins de velours, il est dynamisé par une finale fraîche qui laisse une impression d’élégance et d’harmonie. C’est un magnifique grenache, onctueux et charmeur,  puissant et complexe, et, à la fois désaltérant.  26€

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Les Petites Mains 2016

Un carignan pur issu de vignes 25 et 115 ans d’âge. Macération égrappée pendant 3 semaines, dans une cuve tronconique. Pressurage puis élevage pendant 10 mois dans une cuve tronconique  en bois de 20hl. Un nez puissant avec des parfums de fruits rouges murs. La bouche est ample et  structurée, gourmande avec des arômes fruités et épicés. Les tanins sont soyeux, la finale est longue. Le tout offre une belle fraicheur, plein de fruits, c’est un vin dense, fin, velouté qui affiche un très bel équilibre.   18€

Les vins de Stéphane Morin sont vraiment surprenants, frais, équilibrés et pleins de fruits. Se sont des vins nature précis et très plaisants, j’ai compris en les goutant pourquoi, il fait tellement parlé de lui.

Conclusion

Il y avait bien d’autres domaines intéressants, des bulles amusantes aussi, c’est devenu très tendance, beaucoup de domaines en présentent aujourd’hui. Je n’ai pas eu assez de temps…Coup de coeur pour les Jura de Philippe Châtillon…

 

P.S. Je vous confirme que Vinexpo a en effet, choisi d’avancer les dates du salon de Bordeaux, il passera de juin à mai (13 au 16 mai 2019), et non pas mars que les acheteurs se rassurent, un peu ; J’en profite pour partager avec vous les dates du premier Vinexpo Paris qui se tiendra quant à lui du 13 au 15 janvier 2020 à la Porte de Versailles.

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols


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Retour sur image, mais sans images

C’est grâce à Michel Smith et à son article du 8 octobre, sur notre site que j’ai pris connaissance du discours délirant d’un jeune homme qui étale, dans une vidéo sur le site du magazine l’Obs, toute une série d’imprécisions, d’amalgames et d’absurdités qui font que je me demande comment un titre supposé « sérieux » puisse laisser champ libre à cela. Est-ce l’ignorance de ce journal au sujet du vin ? Est-ce le sacro-saint principe de liberté de penser et de dire ce qu’on veut, y compris n’importe quoi ? En tout cas, ce n’est pas du journalisme, même « d’opinion » ; c’est de la propagande méprisante et, comme toujours dans ce cas, c’est assez révoltant.

Plusieurs personnes plus avisées que moi de la technique du vin, comme André Fuster, se sont donné la peine de réfuter quelques unes des affirmations absurdes contenu dans le discours de cette personne. Michel, dans son article, a eu la bonne idée de proposer des liens vers ces textes que je vous encourage de suivre.

Mais quelqu’un d’autre à porté à mon attention une autre réponse que je trouve aussi brillante que pertinente. Vu qu’il n’est pas signé (ou uniquement avec un pseudo), nous ne voulons pas le publier in extenso sur ce site car nous avons pour principe de demander aux commentateurs de signer avec leur nom, alors comment ne pas l’exiger pour les articles ? Mais je ne peux pas résister au plaisir de vous livrer quelques extraits.

« Antonin, tu nous les brises. Ces chroniques de punk à chien que, j’ose dire, pour le malheur de tous ceux que tu désinformes, tu nous livres à intervalle régulier depuis quelques années afin de défendre et le « nature » et le « naturel » et « l’éthique » et « bla-bla-bla » face au grand méchant « conventionnel » – chimique et sournois, va sans dire – sont à œnophilie sincère, je te le dis comme je le pense, mon pauvre ami, ce que la pornographie de caniveau la plus déplorable est à l’authentique plaisir de l’étreinte : un mensonge aussi grossier que cynique, un outrage impardonnable. »

« Alors évidemment, tu me diras, je le sais, que tu t’adresses à un public de néophytes, à un public ignorant des choses du vin, un public jeune et citadin, connecté, complotiste et friand de tes diatribes, et qu’il convient, pour faire du clic, de le nourrir de raccourcis manichéens, de caricatures sectaires et de « fake news » à vocation pédagogique ; tu me diras que tu vulgarises, que tu défriches, que tu ouvres la voie ; tu me diras que tu inities et que si, touchée par la grâce miraculeuse d’une « punchline » bien brutale, une seule de tes ouailles se détourne de la grande distribution pour s’en aller, docile, sucer un irréprochable artisan moustachu, le pari est gagné. »

« Je sais aussi, et probablement mieux que toi, crois-moi, le dangereux virage de la chimie pris au champ plus qu’au chai dans le courant des années soixante, je sais le caractère grotesque de la multiplication des traitements, et pire, des traitements préventifs, devenus au fil du temps aussi automatiques que la prescription d’antibiotiques à la première toux ; je sais, puisqu’à juste titre, on en parle beaucoup ces jours derniers, le glyphosate et bien d’autres encore, car, oui, je connais les matières actives et leurs adjuvants ; j’ai étudié par simple comptage, je te rassure, la progression des populations de quelques parasites communs en vue de les contenir et je maîtrise, grands dieux, l’effrayant concept de pression cryptogamique, tu vois ? J’en ai vu des vertes et des pas mûres… Et je n’ai pas plus que toi de sympathie pour les pesticides, les insecticides, herbicides et fongicides, qui filent, dit-on, de méchants cancers aux pauvres diables chargés par une hiérarchie, assurément national-socialiste, de pulvériser en douce, à la scélérate, d’innommables poisons à proximité des écoles maternelles. »

« Et pour autant, tu me les brises, Antonin. Tu me les brises menu avec ta suffisance de petit blogueur, qui, entre deux dégustations à la Maroquinerie, propage la peur et l’ignorance – et l’ignorance surtout, dont découle la peur. J’en ai marre que tu fasses le « buzz » sur les réseaux sociaux en assénant avec toute l’assurance que te confère ton inqualifiable cuistrerie, les contre-vérités et les amalgames qui font le sel et le piment de tes interventions mesquines. »

« …..Sérieusement, tu crois toi-même aux conneries que tu racontes ? Tu t’entends ? Tu t’écoutes ? Tu devrais, je crois. Ça t’éviterait de raconter n’importe quoi. Ça t’éviterait notamment d’estimer qu’il suffit à quiconque de jeter un coup d’œil rapide et distrait à ce fameux Codex, qui fixe les limites du possible et que tu sembles avoir pris en grippe, pour affirmer que les vins que boivent communément l’essentiel de nos congénères, les tiens, les miens, toi, moi nous, contiennent jusqu’à soixante-dix intrants. Ça t’éviterait ce genre d’énormité, tu vois ? Parce que je te le dis sans animosité : aucune vinification, aucune, je vais même te l’écrire en majuscule, AUCUNE vinification ne requiert l’usage de soixante-dix additifs….. ce serait un contresens œnologique, ce serait un contresens économique, dans la mesure où chaque manipulation exige un achat, une compétence et de la manutention et ce serait donc, pour le dire en peu de mots comme en trop, une insulte lancée à la plus rustique des intelligences. »

« Et enfin, parlons goût.  Puisque dès lors qu’il s’agit de pinard, la question du goût se pose fatalement. Et mettons les pieds dans le plat : « nature » ou « naturel » n’est pas synonyme de qualité, d’intégrité et garantie d’enchantement, ou pas plus en tout cas que « conventionnel » n’est synonyme de platitude, d’artifice et promesse d’un abyssal ennui. Présenter les choses de cette manière, au mieux, dénote une ignorance crasse et coupable et au pire, révèle une indicible malhonnêteté, qu’à vue de nez, je situerais à onze ou douze-mille années-lumière du simple parti-pris. »

L’auteur de ces lignes, dont j’admire le talent et qui manifestement connaît bien son sujet, dit aussi qu’il aime les vins « natures », entre autres. Et il fournit, en guise de signature, un mail de contact : oenorage@gmail.com

Si vous voulez le texte en entier, voici le lien: Je suis grognon

J’aurai bien voulu signer ce papier, si j’avais les connaissances techniques, l’expérience et le talent d’auteur. J’aurai bien voulu lui demander la permission de publier ces extraits, mais je ne le connais pas. J’espère qu’il (ou elle) ne m’en voudra pas.

David


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Lettre morte

En faisant un peu de rangement, je retrouve cette lettre que j’avais adressée il y a 7 ans au Chef de Rédaction de l’Info Quotidienne de la Radio Télévision Belge francophone; elle faisait suite à une émission sur les vin nature qui pour moi, souffrait (avec deux f) à la fois d’un manque d’objectivité et d’un manque de fond.

Cette lettre me semble avoir gardé toute son actualité; les approximations colportées par l’émission aussi, hélas.

 

A l’époque, j’espérais naïvement une réaction pratique. Je n’ai eu droit qu’à un petit message me signalant qu’on allait s’informer. Aucune justification, aucun regret, aucune mesure concrète n’est jamais venue.

Au nom du droit à l’information, je me sens donc libre de diffuser cette lettre. Je n’en attends plus rien, si ce n’est de vous prendre à témoin, chers amis lecteurs. Vos réactions m’intéressent.

 

 

A Monsieur Marc Bouvier
Chef de Rédaction de l’Info Quotidienne
RTBF Télévision

Cher Monsieur le Chef de Rédaction, cher Confrère,

Le reportage diffusé ce samedi 26 décembre lors du journal de 13 heures de la RTBF, au sujet des vins nature, a retenu toute mon attention.

Il met l’accent sur une voie nouvelle dans le monde du vin, ce qui est positif.Il contient cependant trop d’inexactitudes et d’amalgames pour ne pas exiger une réaction.

A entendre les personnes que vos journalistes ont interviewées (sans doute de bonne foi), et à lire les textes mis en surimpression, et qui se veulent explicatifs, un consommateur moyen conclut que seuls les vignerons « nature» n’utilisent ni soufre, ni sucre, ni levures. Ce qui est inexact. Rétablissons les faits:

– L’ajout de sucre (que l’on appelle chaptalisation) se pratique pour augmenter le degré d’alcool. Un grand nombre de vignerons qui ne se revendiquent pas du vin nature ne recourent pas à cette chaptalisation. A terme, compte tenu du réchauffement climatique, qui aboutit à des vins «naturellement» forts en alcool, la chaptalisation est d’ailleurs appelée à perdre de l’importance.

– Le refus de l’ajout de levures sélectionnées en laboratoire n’est pas plus l’apanage des vins nature. Beaucoup de grands vignerons préfèrent utiliser les levures naturelles de leur cave, quitte à voir leurs fermentations démarrer plus lentement, et à devoir les contrôler de plus près, car ils sont conscients des risques de standardisation  du goût que présentent  les levures de laboratoire.

– En ce qui concerne plus spécifiquement l’absence d’ajout de soufre, il est à noter que les vignerons «nature» acceptent un faible ajout de soufre, dont ils se passent cependant lorsque les conditions de la récolte sont optimales. Et rappelons que contrairement à ce qui est soutenu par un de vos interviewés, le soufrage des barriques n’est pas un héritage du tout chimique et du productivisme des années 1960-70: il a été inventé au 17ème siècle par les marchands hollandais, et a toujours été pratiqué depuis, pour éviter que les vins ne s’oxydent et ne prennent de faux goûts. Ce que l’on peut réprouver, œnologiquement, c’est l’excès de soufre, pas le soufrage en lui-même. Rappelons aussi que «nature» ou non, le vin contient toujours du soufre, à très faible dose, il est vrai: celui-ci est issu de la fermentation naturelle du raisin.

Enfin, dans le reportage, un de vos intervenants émet l’avis (discutable) selon lequel les vins naturels sont les plus proches du terroir.

C’est parfois vrai, parfois pas. Dégustateur professionnel, j’ai pu observer à plusieurs reprises que certains vins naturels, faute d’hygiène dans la cave, ou de maîtrise de la vinification, présentent les mêmes notes de pomme blette qu’ils viennent d’Alsace ou de Loire, du Jura ou de Provence ; au point qu’on ne reconnaît plus ni le terroir, ni le cépage. On est donc en droit de se demander s’il ne s’agit pas là d’une nouvelle forme (involontaire) de standardisation par le défaut, par la déviation des arômes.

En résumé, pour séduisant que puisse être le concept de vin nature (et certains vignerons qui s’en réclament élaborent effectivement des merveilles), on ne peut opposer, comme l’a fait votre reportage, les bons vins nature d’un côté, et tous les autres dans la même grande cuve. On comprend que les partisans des vins nature soient motivés et convaincus, il ne faudrait pas qu’ils en deviennent sectaires, et que leur force de conviction balaie toute critique journalistique.

Votre reportage manquait d’objectivité; il n’y avait pas de contrepoint aux affirmations  de vos interviewés. Un œnologue aurait pu, aurait dû  apporter cet éclairage.

Cette lacune est d’autant plus dommage que tous les amoureux du vin salueront l’intérêt qu’une grande chaine généraliste porte au vin, en lui consacrant un sujet à une heure de grande écoute.

Je ne doute pas que vous aurez à cœur de réparer cette lacune.

Dans cette attente, recevez, cher M. Bouvier, mes salutations confraternelles,

Hervé Lalau


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Bain vs INAO

Alexandre Bain
Alexandre Bain (Photo (c) Jim Budd)

Je n’ai pas le plaisir de connaître Alexandre Bain, vigneron de Tracy, ni ses vins. Et peut-être que c’est mieux ainsi, si je veux tenter d’émettre un avis impartial.

D’après Corinne Caillaud, du Figaro, qui semble bien le connaître, bien qu’elle traite rarement de vin, il s’agit d’un bon vigneron. Il appartient à la mouvance nature, et selon ses propres termes « il cherche une autre voie ». C’est, je cite toujours, « un homme dont la passion est de réaliser un pur vin de terroir ».
Rien de mal à cela, mais pas non plus de quoi lui valoir une notoriété nationale, ni les honneurs de la rubrique économie/entreprise du Figaro; sauf qu’en septembre 2015, M. Bain s’est vu retirer l’appellation Pouilly-Fumé pour ne pas s’être soumis à un contrôle obligatoire.
Un peu moins de deux ans plus tard, le tribunal administratif de Dijon a jugé que la sanction était abusive, car disproportionnée, et vient donc de lui rendre l’appellation. Et avec elle, selon les termes de ma consœur, « sa fierté ».

Dont acte. La dignité de M. Bain et ses choix en matière culturale n’ont d’ailleurs jamais été mis en cause. Pour tout dire, je ne vois même pas ce qu’ils viennent faire dans un article censé faire la lumière sur une décision de justice. Les déclarations de M. Bain ne m’y aident pas vraiment non plus: « J’espère avoir ouvert une voie, parce qu’une autre viticulture est possible », souligne-t-il. Parle-t-il d’une viticulture sans intrants? Ou d’une viticulture sans contrôles?

Joker

Moi qui ne suis a priori ni pour ni contre le naturisme, la biodynamie, le bio, ou toute autre forme de conduite de la vigne, et qui ai plutôt tendance à me ranger du côté du vigneron sincère que de la machine administrative et des règlements superflus, je reste sur ma faim. Quel était donc l’objet du contrôle? Pourquoi M. Bain n’a-t-il pas pu s’y soumettre? Enfin, et surtout, quel sens faut-il donner à la décision du tribunal?
Si elle fait jurisprudence, quels seront donc à présent les moyens de contrôle d’une appellation sur les vignerons qui s’en réclament?
À quels contrôles peut-on se soustraire? À quels contrôles ne peut-on pas se soustraire? Et à quelle fréquence?
Si la perte de l’AOC est une sanction disproportionnée en cas d’impossibilité de contrôle, quelle sanction plus proportionnée peut-elle être appliquée, tout en défendant les intérêts du consommateur censé faire confiance à la mention?
Question subsidiaire, qui me semble découler du joli story telling de ma consœur du Figaro, les vignerons « qui cherchent une autre voie » devraient-ils bénéficier ils d’un joker face aux contrôles, au motif qu’ils seraient plus sympathiques, plus tendance ou parce qu’ils vendent bien leurs vins?
L’avocat de M. Bain, Maître Éric Morain, semble bien argumenter en ce sens: pour lui, « il est temps d’ouvrir le chantier des réformes des contrôles et la reconnaissance des pratiques de vinification naturelle». J’ai du mal à comprendre: si la vinification est naturelle, quel problème il y a-t-il à la contrôler?

Obligation de moyens, ou de résultat?

À défaut de mettre les points sur tous ces i-là, je crains fort que le message ne soit brouillé, chez les vignerons en appellation. Rappelons que jusqu’à présent, ces vignerons choisissent volontairement de revendiquer une mention et de se soumettre à ses contraintes. Il s’agit d’un patrimoine partagé.
Il convient d’être plus précis. Essayons donc de mettre de côté tout affect pour ne retenir que les faits. Une des cuvées de M. Bain a bel et bien fait l’objet d’un contrôle d’agrément (ou plutôt, comme il faut dire depuis 2008, d’habilitation). Dommage que ce ne soit pas précisé dans l’article du Figaro. Elle a été refusée au motif qu’elle était oxydée. Un défaut que M. Bain a contesté. Pour lui, « c’est une affaire de goût ». Dans ce cas, un recours est possible et une deuxième dégustation doit avoir lieu. Plusieurs rendez-vous pour ce faire ont été annulés entre mars et septembre 2015, dont un, en raison des vendanges. Cependant, M. Bain nie s’être soustrait aux contrôles; et déclare avoir fait appel de sa rétrogradation « pour une question de principe » (car ses vins, même sans appellation, ont apparemment continué à bien se vendre).
Il y a cependant une autre question de principe, pour moi: au fond, M. Bain reconnaît-il à ses pairs le droit de juger ses vins?
Il faudrait à présent ouvrir un deuxième procès: celui de la typicité. A quel point peut-on s’écarter du type moyen d’une appellation sans la perdre? Et que faut-il faire d’un vin qui respecterait l’obligation de moyens (le cahier des charges), mais qui présenterait un défaut à l’arrivée, ou au moins une déviance par rapport au type supposé de l’appellation, lors de la dégustation d’agrément (pardon, d’habilitation)? Même si dans sa décision, le Tribunal administratif de Dijon ne s’est pas attaché à la qualité du produit, mais s’est plutôt intéressé au déséquilibre qu’il pouvait y avoir entre la faute de M. Bain, jugée peu grave, et sa sanction, cette décision a tout de même pour effet qu’un Pouilly-Fumé jugé oxydé par la commission d’agrément retrouve sa place dans l’appellation. Ce qui n’est pas tout à fait anodin.
On pourrait bien sûr supprimer les dégustations d’habilitation. Ce serait le plus simple. D’autant que le pourcentage de refus est assez faible. Mais les AOC y perdraient sans doute en cohésion (ne parlons pas de crédibilité, elle varie trop d’une appellation à l’autre).
Une autre piste serait d’en dispenser les vins nature, moyennant un avertissement au consommateur, du genre: « Ce vin nature peut présenter de sensibles différences par rapport au type de son appellation ».
Le seul hic – très justement soulevé par l’avocat de M. Bain: les pratiques de la vinification dite naturelle ne sont pas reconnues légalement. Le mot même de nature ou de naturel prête à confusion; pensons aux Vins Doux Naturels (pourtant bien soufrés); et plus globalement, à tous les producteurs honnêtes qui soufrent leurs vins, mais qui n’auraient pas trop envie que le législateur réserve le mot  « nature » aux vins sans soufre.
Cette affaire nous promet de jolis développements.

Hervé Lalau


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Vin nature: Charlotte, de Carrefour, me rassure

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Carrefour France me propose de devenir expert en vin avec Paolo Basso, meilleur sommelier du monde 2013 et meilleure égérie des Foires aux Vins Carrefour 2016.

En attendant, je peux  « chatter » avec des experts en vin Carrefour. Là, ce n’est pas toujours Paolo qui s’y colle (même le père Noël doit parfois recourir à ses aides).

Moi, jeudi, j’avais une question sur un vin nature en promotion, alors je l’ai posée, et c’est Charlotte, de Floirac, qui m’a répondu.

sans-soufre-carrefour

Ce fut court, mais je n’ai pas dû attendre. A croire que Charlotte est rivée à son ordi.

Autre point positif, me voici totalement rassuré sur le transport et la conservation du vin nature (normal, me direz-vous, pour une cuvée « Résistance »).

J’espère quand même que Carrefour ne sature pas ses magasins de SO2 pour compenser!

Hervé

PS. La Résistance du vigneron, je le constate, ne va pas jusqu’à s’interdire de vendre en GD. Mais c’est un autre débat.


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#Carignan Story # 288 : Le temps béni des Albères

Et me voilà encore obligé de regarder en arrière, contraint de me repasser le film de la nostalgie, du temps où de ma fenêtre je distinguais la masse sombre des Albères parfois si proche que j’avais l’impression de pouvoir la toucher. En ce temps-là, je filais à l’assaut des sentiers de cette montagne couverte de chênes lièges. Aux pieds de cette queue pyrénéenne qui sert si bien de frontière avant d’aller se fondre dans la Grande Bleue, certains domaines se distinguaient par l’équilibre de leurs vins. Je mettais cela sur le compte de l’exposition plutôt nord de leurs vignes et sur les éboulis de toutes sortes qui pouvaient s’amonceler en ce lieu offrant un coussin confortable aux plantes.

Les Albères, vers Argelès...Photo©MichelSmith

Les Albères, vers Argelès…Photo©MichelSmith

Une ou deux fois, je ne sais plus trop, j’y allais voir un bon docteur et son épouse coquette. Ernest, trop tôt disparu comme on dit en pareil cas, Ernest Pardineille, était vétérinaire et il trouvait le temps et l’argent pour bichonner sa vigne et ses vins dans un vieux mas cossu où il y avait de la place pour assouvir sa seconde passion, laquelle occupait une poignée d’hectares et une cave qui sentait bon le vieux rancio. Juliette, son épouse, pétillait non loin de la cave dans une boutique où les pots de miel du coin, les flacons de vins aussi – je me souviens d’un Rivesaltes 1982 tuilé de robe très porté sur le noyau de cerise qui se vendait à 28 Francs départ cave -, côtoyaient les meubles de campagne et les bibelots anciens. Parfums de cire et de rancio, le tout était charmant, délicieusement suranné, paisible, heureux. Ce lieu s’appelait, et s’appelle encore, le Mas Rancoure, à Laroque-des-Albères. Et il est aujourd’hui entre les mains de leur fille, Anne-Isabelle.

Antoine me présente

Antoine me présente « sa » bouteille… Photo©MichelSmitth

L’autre soir, je suis retourné aux pieds des Albères dans un autre lieu qui brille désormais dans les guides sans perdre pour autant de son charme. Ce Cabaret, restaurant déjanté où l’on se restaure sous un mûrier géant autour de plats simples et canailles préparés dans la légèreté, je vous en ai déjà parlé il y a 3 ans, mais mon ami Vincent Pousson l’a fait mille fois mieux que moi dans son blog que je vous invite à lire aussi régulièrement que le nôtre. Ça y est, vous avez bien lu ? Vous avez bien saisi la magie de l’endroit ? Imaginez donc l’Antoine qui de sa voix rauque, entre deux regards de braise posés sur des coquillages qu’il convient d’arroser d’un large filet d’huile d’olive, vous annonce fièrement « la » bouteille, celle qu’il tente de vous faire goûter depuis des lustres. Flatté, on pourrait croire qu’elle fut mise de côté spécialement pour moi, mais elle figure bel et bien au tarif à un prix raisonnable qui pourrait se situer entre 30 et 40 € si je me souviens bien de l’addition. Mais au diable les varices comme disait un vieux pote à moi !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Oui, pourquoi ne pas céder aux sirènes des vignes centenaires rencontrées lorsque je faisais mes premiers pas dans le Roussillon tandis qu’Antoine et sa compagne Émilie vivaient je ne sais quelle aventure loin de là ? Ce vin ne pouvait être qu’un pur Carignan ! Un Côtes Catalanes 2013 vinifié nature comme il est précisé sur l’étiquette, par un certain Michaël Georget. La robe, noire au possible, cachait suavité et tendresse qui se glissaient en bouche avec cet équilibre particulier que l’on ressent chez les bons vignerons du piémont des Albères. Du fruit il y avait aussi, mais rien d’exubérant, sans aucune putasserie, un fruit discret de petites merises bien mûres gentiment acidulées. Sur le coup, je ne lis pas l’étiquette dans le détail. Je comprends qu’il y a un élevage en fûts, que la vigne est en biodynamie, et je ne réalise que bien après : la très vieille vigne dont j’avais savouré le jus est la même que celle que je découvrais au Mas Rancoure à la toute fin des années 80.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Par l’entremise d’Antoine, je reçus plus tard confirmation d’Anne-Isabelle Pardineille, la fille de Juliette et Ernest : « Oui je suis leur fille et le carignan que vous aimez est issu de nos vignes que nous avons préservées après la mort de notre père en 93 et heureusement reprises par Michael Georget . Vous reviendrez nous voir ? » Michaël Georget a repris une partie des vignes du Mas Rancoure en 2012, dont les vieux Carignans centenaires qu’il travaille avec le concours d’un cheval de trait connu sous le nom de Goliath. On pourrait même dire qu’il les a sauvé ! Anne-Isabelle les lui a cédées tout en lui facilitant l’accès à la cave de son papa. Une belle histoire, ne trouvez-vous pas, pour ce vin baptisé Le temps retrouvé. Pour tout savoir des aventures de ce chinonais passé par l’Alsace, reportez-vous à ce reportage paru l’an dernier sur le blog La Pipette aux Quatre Vents.

Il me reste à vous dire que je verrais bien ce vin se faufiler crânement sur la chair suintante et rôtie d’un lapin de garennes aux herbes. De là à en faire un vin de lapin, il ne faut pas exagérer. Puisque la chasse va bientôt reprendre, il serait intéressant aussi de le réserver pour un cuissot d’isard ou une palombe qui serait cuite à la goutte de sang.

Et si vous êtes végétariens, c’est votre affaire !

Michel Smith


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Il est gentil, mon vin nature!

Contrairement à ce que j’entends ou lis çà et là, il n’est pas si méchant que ça le vin dit nature… Il est gentil, ni plus ni moins. Gentil dans le sens qu’il ne casse pas trois pattes à un canard, fut-il en provenance directe de Challans. Mais en titrant ainsi, n’allez surtout pas croire que je me range béat du côté des bobos parisiens ou toulousains, la bedaine avancée, fraîchement convertis aux bienfaits du « zéro intrant » comme ils disent si poétiquement, satisfaits d’avoir, pensent-ils, découvert je ne sais quel graal du vin. Ni que je fustige les plus actifs des gladiateurs appartenant au clan de la réaction pinardière, critiques auxquels je pardonne d’être parfois par trop sectaires dans leurs arguments aussi conventionnels que traditionnels. Ou encore que je me transforme ici en adorateur du Gentil, ce vin blond alsacien tendre et facile jadis populaire dans les bistros haut et bas-rhinois, remis (gentiment) au goût du jour par la maison Hugel ou par mes amis les Klur. N’allez pas supputer non plus qu’avec le GV (rien à voir avec le Gévéor…), le Gentil Vin personnifié  par le vin nature, je cherche à me positionner en GO du vin histoire de célébrer les 65 ans du Club Méditerranée. Ne tirez pas de ces conclusions hâtives qui laisseraient croire, en mauvais français et en plagiant Jean Yanne, que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Non, tout cela serait trop injuste, tandis que je cherche simplement à remettre les pendules à l’heure. Et si j’essaie de vous attirer dans ma nasse, ce n’est pas dans le but de piéger qui que ce soit. Il se trouve que je reste observateur, toujours curieux, en alerte, et que je suis dans une période médiane, entre révolte et lassitude. C’est pourquoi, même si mon opinion est faite, j’attends la lecture d’un petit livre rouge que j’ai commandé, un ouvrage qui se veut « manifeste » commandé il y a plusieurs jours déjà aux Éditions de l’Épure, ouvrage (voir ci-dessous) signé Antonin Iommi-Amunategui, un brûlot (peut-être) que je meurs d’impatience de le lire puisque tout le monde se l’arrache chez quelques cavistes branchés que l’on dit désormais alternatifs, comme le courant qui passe.

Antonin, l'auteur du petit Manifeste rouge. Photod©DR

Antonin, l’auteur du petit Manifeste rouge. Photod©DR

En attendant l’ouvrage, je me suis autorisé, en une sorte de préambule, à vous faire partager ma modeste opinion sur le sujet. Un sujet ô combien capital qui gravite autour du vin dit nature ou encore libre, naturel, vivant, gai, voire nu que sais-je encore. Ce faisant, j’espère que je ne me ferais pas crêper le chignon (que je n’ai pas) et que dans le petit monde qui s’écharpe autour du vin sur les ondes d’internet on ne me cherchera pas plus de noises encore moins de poux. Car si je m’autorise à donner mon avis, c’est que celui-ci est non seulement autorisé, mais qu’il est quasiment définitif vu mon grand âge. 169_1Premièrement, contrairement à beaucoup de mes confrères, je n’ai rien contre les vins sans soufre. La planète œno offre de telles libertés de choix et de pensées qu’il me semble normal que toutes sortes de pratiques et de philosophies coexistent en la matière pour le meilleur, pour le moins bon aussi. Je l’ai déjà dit ici : ayant essuyé tant de débats allant du non dosé en Champagne et au non chaptalisé en Beaujolais, je suis curieux de goûter tous les vins qui se présentent à moi. Je suis ravi de pouvoir en aimer beaucoup et je n’ai nulle honte à en détester certains plus que de raison. Je tiens tellement à ma liberté de penser, de juger et d’écrire que j’en ai fait mon métier. Si cela ne plaît pas à certains ayatollahs qu’ils le disent et l’écrivent, cela ne me dérange nullement dès lors que cela ne vire pas trop à la chasse aux sorcières. Et puis, les choix en matière de vins sont tels qu’il doit y en avoir pour tous les goûts, y compris pour les plus étranges, pour les plus vinaigrés, les plus pourris, les plus boisés et, pourquoi pas pendant qu’on y est, les plus bouchonnés. –Deuxièmement, et c’est le privilège du vieux con que je suis (d’un naturel très nature, quand même), il me semble que, goûtant les vins dits natures depuis près de 30 ans, je suis en droit d’établir une sorte de bilan les concernant. Non pas un bilan définitif, mais une opinion modeste au bout d’années de dégustations diverses et variées pendant lesquelles, à de multiples occasions, ces vins se sont présentés à mon jugement. En effet, ce qu’ignorent les gringalets, mais aussi les grands penseurs d’un âge mûr qui se hasardent à me vendre l’aspect novateur de la chose, voire son côté révolutionnaire, c’est que la volonté de se passer du soufre qu’ont certains vignerons chercheurs dans l’âme et audacieux dans leurs conceptions du vin, remonte à l’époque des années 1980/1990 lorsque le vin de pépé laissait de plus en plus la place aux vins modernes que nous buvons et apprécions aujourd’hui, un vin issus d’une plante moins chargée en pesticides, d’un raisin plus sain et d’une terre moins dénaturée par les engrais chimiques. Tous les buveurs d’aujourd’hui ne le savent pas ou feignent de l’ignorer. Leur attitude est normale à leur âge : ils croient tout inventer, tout créer sous la baguette magique de leur enthousiasme, tout remettre en question. Je le croyais aussi à leur âge alors, comment leur en vouloir ? Or, lorsque du haut de leurs certitudes ils cherchent parfois – je dis bien, parfois – à nous endoctriner sur ce qu’il faudrait boire et ne pas boire, démarche qui m’insupporte, il est normal que je cherche aussi à mettre les points sur les « i ». Non, les gars, vous n’avez rien inventé : fut un temps où les Pierre Frick, Marcel Richaud, Pierre Overnoy, Marcel Lapierre, Olivier Cousin et autres Henry Marionnet, nous abreuvaient de leurs discours et de leurs expériences sur le sujet, n’hésitant pas parfois à mettre un certain bémol à leur enthousiasme et à répéter, par exemple, que l’aspect sanitaire du raisin ainsi que la propreté en cave étaient parties prenantes dans la réussite aléatoire de leurs rares cuvées élaborées sans soufre, cuvées que l’on était quelques fois tenté de qualifier de « sans souffle » tant elles avaient du plomb dans l’aile. L’un d’eux me disait en ce temps-là qu’il vinifiait sur un fil, tel un funambule. Et que le risque qu’il prenait l’excitait au plus haut point.

Photo©MichelSmith

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Troisièmement, surtout à l’adresse des sceptiques qui ont toujours du mal à admettre qu’un vin dit nature puisse être buvable, il me paraît impératif d’affirmer que, les expériences aidant sur tous les sols, tous les cépages et dans toutes les régions, alors que ce millénaire est déjà bien entamé, les progrès en matière de vins natures ont été considérables ces dernières années. Les échecs sont moins nombreux, même s’il existe quelques zozos capables de vinifier des horreurs, chose également possible chez les vignerons dits conventionnels. Mais la technique, l’inventivité, la témérité et l’utilisation entre autre du dioxyde de carbone dans la protection des jus, ont permis des avancées considérables. Les grands vignerons et les négociants bien établis tels François Lurton et Gérard Bertrand, pour ne citer que ceux-là, prouvent que le sans soufre ajouté peut sortir de son ghetto et entrer de plain-pied dans la grande distribution qui, quoiqu’on en pense, est actuellement le nerf mondial de la guerre commerciale du vin. Récupération ? Sans doute. Conséquence, ce type de vin ne peut plus, à mon avis, être moqué, vilipendé, diabolisé comme il l’est trop souvent encore. Il faut savoir vivre avec notre époque et accepter les progrès œnologiques en même temps que l’évolution de la consommation. D’ailleurs, le vin nature s’écoule en Italie, au Portugal, en Suisse, en Espagne, en Australie… Et ce n’est pas cette expansion qui va empêcher nos vins d’avoir du goût et de séduire le consommateur. Le premier bénéifice que nous ait apporté cette mode qui pourrait n’être que passagère, c’est cette formidable prise de conscience qu’ont les plus talentueux vinificateurs du moment : on peut enfanter de grands vins en limitant très fortement les doses d’apports en soufre. Boire du vin, même en excès, devient alors beaucoup plus digeste, beaucoup plus confortable, plus moderne et plus agréable.

Photo©MichelSmith

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Quatrièmement, évoquons pendant qu’on y est ce qu’il y a de plus important, finalement, dans cette histoire où l’on ne cesse de se mordre la queue : le goût, le corps et la structure du vin. En m’excusant par avance sur le caractère un peu trop généralisateur de ce qui va suivre, je peux dire sans honte que j’adore les vins libres lorsque je les cueille dans leur prime jeunesse surtout, en plein sur leur fruit, plus rarement lorsqu’ils sont plus âgés, sauf à les prendre dans une cave, chez eux à priori, où ils n’ont pas subi les excès de variations de températures et encore moins les affres du transport. Par précaution, certains cavistes vont même jusqu’à les ranger au froid pour les stocker plus sûrement. Donc, je ne les repousse pas systématiquement, on l’aura compris. Mais je dois avouer qu’en dehors d’une dégustation récréative, ce type de vin qui, on le voit, mérite pleinement qu’on le qualifie de vin gentil, ne va rarement plus loin que ce que j’attends d’un vrai vin, un vin de table, par exemple. Où veux-je en venir ? Eh bien, après m’être rincé le gosier en bonne compagnie avec des vins de nature aimable, tels les vins sans soufre ajouté, pourvu qu’ils ne soient pas déviants et marqués par d’horribles saveurs (il y en a aussi dans les vins dits conventionnels), il me faut d’autres boissons autrement plus sérieuses pour m’accompagner à table et parfois jusqu’au bout de la nuit. J’ai eu la chance (pas qu’une fois) de comparer à l’aveugle le vin d’une même cuvée sans soufre ajouté d’un côté et avec un minimum de soufre de l’autre. C’est toujours la cuvée soufrée qui m’impressionnait le plus. N’ayant qu’une matière moyennement expressive et peu persistante, les vins sans soufre ajouté, les gentils, même ceux qui concèdent un trait de génie, manquent de profondeur, de longueur, de complexité. Une fois bus, ils vous tombent des bras et vous quittent sans même avoir la politesse de dire au revoir. Je n’ai pas le souvenir non plus d’avoir apprécié une bouteilles de vin nature laissée en vidange un jour ou deux. Pour ce qui me concerne en tout cas, ils n’ont pas cette allonge indispensable, cette prolongation miraculeuse qui vous marque l’esprit, vous pénètre le corps et vous fait apprécier les mariages les plus complexes, les plus subtils. En d’autres termes, ils n’ont pas grand-chose d’efficaces et de vibrant à me proposer vu, qu’en plus, ils ne s’épanouissent guère trop après une garde, même moyenne. Sauf exception, bien entendu.

Photo©MichelSmith

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En définitive, je ne les écarte de ma bouche que s’ils sont franchement mauvais, à l’instar de n’importe quel autre vin. Et je qualifierai volontiers ces vins d’aventureux tant il peut y avoir de différences d’une bouteille à l’autre sur le vin d’une même cuvée. Et puisque je ne crache jamais sur les aventures, que je suis ouvert d’esprit, je les goûte volontiers… tout en ne me privant pas de les critiquer comme je le ferais avec n’importe quel autre vin. Pour l’instant, je n’ai toujours pas bu de très grand vin qui se revendique du mouvement vin nature.

Michel Smith