Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Hervé Lalau


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Non, la culture du vin ne favorise pas l’alcoolisation

Pour votre édification de buveurs raisonnables, je vous livre ci-après le résumé publié sur le site du Figaro, à propos du débat qui va suivre, ce soir, la diffusion sur France 2 du téléfilm La Soif de Vivre.

Je n’ai pas changé une ligne:

« Alcool : un tabou français ?

Chaque année, en France, 49 000 personnes meurent à cause de l’alcool. C’est la deuxième cause évitable de mortalité après le tabac. Nous consommons 12 litres d’alcool par habitant et par an, soit 30% de plus que la moyenne européenne. Associé à la convivialité et à la culture française, on estime à près de 9 millions le nombre de consommateurs réguliers. Une question se pose : Français, serions-nous victimes de notre «culture du vin» ? Selon la cour des comptes, qui a publié un rapport sur la question en juin dernier, les politiques publiques de lutte contre les consommations nocives d’alcool en France sont peu efficaces en raison de la «tolérance» générale vis-à-vis de ce produit. »

Pas d’amalgame!

Une fois encore, je m’inscris en faux par rapport à l’allusion que le Figaro fait à la « culture du vin ». Il est amusant/curieux/intrigant que ce terme précis soit utilisé ces temps-ci, alors que l’on sait le dépit que les anti-alcool ont ressenti lorsqu’il a été évoqué, et défendu, par un certain Emmanuel Macron.

Mme Perrin (si c’est bien elle qui écrit ce résumé, comme l’article qui lui fait face) fait-elle de l’anti-macronisme? A-t-elle une opinion autorisée sur le sujet, en qualité de Journaliste People/TV (c’est son titre sur Twitter), basée sur des travaux personnels? Ou bien s’est-elle juste contentée de reproduire les éléments de langage du communiqué de France 2?

Qu’on me permette donc de préciser – à nouveau – quelques points importants ; il ne s’agit pas d’une opinion, mais de faits.

La consommation de vin est en baisse constante en France, sur 50 ans. Plusieurs générations de Français qui consomment régulièrement de l’alcool ne sont jamais passés par le vin, qui a depuis longtemps perdu le statut de boisson d’alcoolisation des masses.
Il suffit de lire les tableaux publiés par L’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies pour s’en convaincre. Et non seulement cela: pour constater que dans le même temps où la consommation de vin chutait de plus de moitié en termes d’équivalent d’alcool pur, celle de la bière et des spiritueux, elle, restait stable. On remerciera donc cet Institut pour la mise à disposition de ces solides arguments pour le découplage du vin et des autres boissons alcoolisées. Tout en regrettant que le vin – boisson de moins en moins addictive, cqfd, soit quand même associé aux drogues et toxicomanies.

Sans vouloir manier le paradoxe, on peut même avancer que la consommation de vin, aujourd’hui, est dans bien des cas un frein à l’alcoolisation, en ce qu’elle associe effectivement un pan de culture à la consommation; qu’elle permet une véritable éducation à une consommation consciente et non subie de l’alcool. En outre, le vin est trop cher et pas assez « efficace » si l’effet escompté est une ébriété rapide. C’est la raison pour laquelle le vin ne doit pas être considéré, à mon sens, comme tous les autres produits alcoolisés.

Ceci, je ne l’écris pas pour défendre mon bout de gras, ma chapelle ou mon vice. Je l’écris parce que c’est vrai. Parce que la France n’a jamais aussi peu consommé de vin, alors qu’elle n’en a jamais produit autant de bon. Et que l’avenir du vin en France est à une consommation modérée, consciente, de vins de qualité.
Je me permets aussi de faire remarquer que le vin n’est pas la boisson de choix du personnage joué par Claire Keim dans le téléfilm qui introduit le débat.

Bonjour le pluralisme!

Enfin, et peut-être surtout, je suis très dubitatif quant à la représentativité du panel des invités qui, toujours d’après l’article de Mme Perrin, seront présents sur le plateau; je cite, là encore: « Julian Bugier recevra la ministre de la Santé Agnès Buzyn, Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre spécialisée en alcoologie, William Lowenstein, addictologue, des présidents d’association et d’anciennes alcooliques, dont Nathalie, qui a réussi à s’en sortir après dix-huit cures et presque autant de rechutes… »
N’y aura-t-il personne ce soir sur France 2, face à des prohibitionnistes et à des buveurs repentis pour défendre la cause de la modération, la cause du vin, la cause d’un produit qui a accompagné plus de 20 siècles d’histoire française? Pour avancer des arguments chiffrés, concrets, qui infirment les thèses qui sont habituellement défendues par les invités cités plus haut? Pour contester les extrapolations, les amalgames, jusque dans le chiffre cité de 49.000 morts? Pour mémoire, ce chiffre est tiré d’une étude fantaisiste entérinée par Mme Buzyn, et selon laquelle, si on la lit bien, le nombre des cancers augmente à mesure que la consommation d’alcool baisse (belle démonstration par l’absurde).
N’y-aura-t-il personne pour faire la part des choses, entre des abus qu’on ne doit pas nier – les alcooliques existent, et parmi eux, une petite minorité d’alcoolisés au vin – et une consommation raisonnable?
Et bien si! Olivier Poels, mon confrère de la Revue du Vin de France, sera présent. Mme Perrin n’a pas jugé utile de le préciser (à moins qu’il n’ait fait partie des points de suspension dans l’article). Quoi qu’il en soit, le brave Olivier sera bien seul face à 7 contradicteurs, dont une ministre un tantinet abuzyve pour qui la première goutte d’alcool est une goutte de trop. Et si le temps de parole est divisé équitablement, pourra-t-on parler de débat équilibré?
Les organisateurs n’auraient-ils pas dû inviter des experts de la filière – Vin & Société, par exemple? Mais aussi des vignerons et des fabricants d’alcool?

Je ne sais pas si l’alcoolisme a 1000 visages, comme titre Le Figaro. Mais combien de visages aura le pluralisme, ce soir?

Je profite donc de cette petite tribune pour demander à mes confrères de France 2, ainsi qu’au Figaro, de faire preuve d’un peu plus  d’objectivité à l’avenir.

Et comme je ne suis pas persuadé d’être écouté, amis lecteurs, je vous saurais gré de vous manifester par vos commentaires, non seulement ici, ce qui me fera très plaisir, mais aussi et surtout sur le site du Figaro de France 2.

Vous consommez du vin, mais vous ne sombrez pas dans l’alcoolisme? Vous appréciez le breuvage de Bacchus pour tout autre chose que le degré imprimé sur l’étiquette? Vous êtes donc les plus qualifiés pour parler de ce qui ne relève pas d’une addiction – quelque chose qui vous domine, à laquelle on ne peut résister – mais d’un plaisir culturel, associé au repas gastronomique français. Un repas classé, rappelons-le. De même que les climats bourguignons, les villages de Champagne ou le finage de Saint-Emilion.
Devra-t-on demain, ne plus mettre de vin sur la table? Ne plus récolter les vignes, qu’elles soient classées ou pas? Fermer la Cité du Vin?
Faut-il écouter les Cassandre, qu’ils aient rang d’addictologue, de ministre ou de copy-writer? Tourner le bouton du poste? Ou bien ruer dans les brancards, protester, se faire entendre!?

Hervé Lalau


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2018, année de la gastronomie italienne dans le monde – et des vins?

Le saviez-vous? 2018 a été déclarée « Année nationale de la gastronomie italienne dans le monde » par les ministères italiens du Tourisme et de l’Agriculture. Des actions communes ont été mises sur pied, qui verront mettront en avant la cuisine jusque dans les musées.

Pour Dario Franceschini, ministre italien de la Culture et du Tourisme, « La gastronomie italienne fait partie de notre ADN. Dans ma ville, Ferrare, la Salama di Sugo est aussi important que le Château d’Este, et vice versa. Et des cappelletti aux tortellini, nos pâtes sont autant d’illustrations des identités culturelles locales. Avec l’année nationale de la gastronomie, c’est tout cela que nous voulons promouvoir». 

L’eurodéputé italien Paolo De Castro, lui, insiste sur l’importance des labels d’origine et de qualité pour l’exportation: « La légitimité culturelle des AOP et des IGP nous donne la force de gagner une bataille d’identité qui est aussi économique, même dans des zones où nos produits sont moins connus». 

L’Italie est un des rares pays à pouvoir rivaliser avec la France en termes de nombre d’AOP de vins – ici, à titre d’exemple, la situation au Piémont.

La présence de la restauration italienne sur les 5 continents, qui tire avec elle l’exportation des vins de la Botte, devrait aider à faire passer le message. Mais côté AOP, l’Italie viticole est peut-être même un peu trop bien pourvue. « Trop de mentions tue la mention », dit-on parfois. Or, ici, chaque village ou presque voudrait la sienne… Où s’arrête l’identité et où commence la dispersion?

Mais ce mal-là n’est pas qu’italien, n’est-ce pas?

Hervé Lalau

 


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Prohibition, un premier regard

Les sociétés anciennes ou modernes ont parfois tenté (et cela continue) de prohiber toutes sortes de choses, qu’il s’agisse de substances, de comportements ou d’opinions. Cette volonté de contrôle fait partie des tendances humaines, ou de certains humains, individus ou groupes. Mais, pour les besoins de cet article, je vais parler de quelques exemples historiques de la prohibition, totale ou partielle, de la production, de la vente ou de la consommation de boissons alcoolisées, et parfois de tous les trois. Un deuxième article parlera des tentations modernes de la prohibition de l’alcool, y compris en France.

Les premières traces d’une prohibition de l’alcool nous viennent de Chine. Cela s’est produit il y a 4.000 ans, pendant la dynastie Xia, sous le monarque Yu Le Grand. Ensuite, son fils Qi a de nouveau autorisé l’alcool. D’autres cas d’interdiction totale ou partielle existent dans l’histoire ancienne, mais ils sont généralement limités à des pays où la religion prend le dessus sur la politique en essayant de diriger l’ensemble des comportements des habitants.

Un cas un peu différent nous vient de Babylone (plus ou moins l’Irak actuel), sous le règne d’Hammurabi, sixième roi du Premier Empire de Mésopotamie entre 1792 et 1750 avant JC , célèbre pour son Code censé dicter les comportements des habitants de son empire. Un des article du Code stipulait que les vendeuses/serveuses de bière (seules les femmes pouvaient occuper cette fonction essentielle) n’avaient pas le droit d’échanger de la bière contre de l’argent. La seule monnaie d’échange permise était l’avoine et il fallait respecter les bonnes doses dans chaque cas. La punition pour la serveuse qui contrevenait à cette règle était de se faire jeter à l’eau !

Mais dans le monde occidental, au 19ème et début 20 siècles, des moralistes sociaux, essentiellement des piétistes protestants des pays nordiques en Europe et en Amérique du Nord ont formé des lobbies pour faire contrôler, voire interdire la vente et la consommation d’alcool. Les femmes des Temperance Leagues ont souvent joué un rôle important dans ces mouvements, mais on ne les a pas jetées à l’eau (sauf au figuré). Du coup, pendant la première moitié du 20ème siècle, il y a eu des périodes plus ou moins longues de prohibition dans plusieurs pays ou provinces. Elles ont été diversement respectées et n’ont jamais produit tous les résultats escomptés par leur partisans.

Voici quelques exemples :

Au Canada, entre 1907 et 1948, dans la province de l’Ile du Prince Edouard, mais aussi pendant des périodes plus courtes dans d’autres provinces de ce pays.

En Russie, puis en Union Soviétique, entre 1914 et 1925 (difficile d’imaginer cela ne nos jours en Russie !)

In Islande, entre 1916 et 1927 (et, pour la bière, jusqu’en 1989 !)

En Norvège, entre 1916 et 1927

En Finlande entre 1919 et 1932

Mais le cas le plus célèbre de prohibition de boissons alcoolisées est celui des Etats-Unis d’Amérique où cette interdiction est entrée dans la Constitution entre 1920 et 1933 par le biais du 18ème amendement.

Pourquoi ces tentatives ont-elle échoué ?

L’explication la plus simple est que la nature abhorre le vide ! Très vite, la demande pour des boissons alcoolisées a fait que le crime organisé a pris le contrôle de la production et de la distribution des boissons, d’une manière illicite mais très rentable pour lui, occasionnant par là même une perte totale pour l’Etat ! La fortune de gangsters comme Al Capone s’est faite de cette manière, parfois en association avec d’autres activités.

En parlant d’Al Capone, je ne résiste pas à la tentation de vous faire écouter un de mes morceaux préféré de Prince Buster, alias Cecil Bustamente Campbell, le génial musicien Blue Beat de Jamaïque.

Dans tous ces pays, il s’agissait essentiellement de spiritueux et de bière, mais l’interdiction a aussi nécessairement frappé la production et la vente de vin, car tous les produits alcoolisés étaient visés. En Californie, en 1919, il y avait 250 wineries en activité. En 1933, après l’abrogation de la loi de prohibition, il n’en restait plus que 2; mais les problèmes de santé liés à l’alcoolisme n’avaient pas diminué pour autant. Les brasseries et distilleries peuvent être facilement déplacées, mais pas les vignobles. Ainsi on brassait de la bière et distillait des spiritueux au Canada, au Mexique et dans les Caraïbes et on les importaient sous bonne garde des gangsters qui s’enrichissaient bien par ce trafic. Des zones frontalières profitaient aussi de ce trafic, comme Saint-Pierre et Miquelon. Et il n’y avait aucun contrôle sur la qualité des produits de contrebande, ce qui augmentait les risques liées à leur consommation.

Le contrôle de la vente des boissons alcoolisés subsiste de nos jours un peu partout et prend différentes formes. On peut citer bien évidemment la plupart des pays musulmans, même s’il y a des exceptions.

En France, nous connaissons bien des restrictions sur la communication, mais aussi sur la vente aux mineurs.

En Angleterre en en Australie, il y eu, pendant longtemps, des limitations sur les heures d’ouverture des pubs : pas certain que cela ait aidé dans l’éducation des citoyens de ces pays vers une consommation raisonnable !

Pour revenir aux USA, il reste de nombreux comtés (cantons) dits « secs » car il est possible pour les conseils des comtés, dans la majorité des Etats, de voter pour ou contre la vente de l’alcool, ou de limiter cette vente. A Philadelphie, par exemple, la vente de vins et spiritueux ne peut avoir lieu que dans des magasins d’Etat. Il en va de même au Canada dans les provinces du Québec et de l’Ontario, par exemple, ou bien encore en Suède.

Tout cela est aussi lié à des sources de revenu pour les gouvernements locaux ou nationaux, dès lors que les boissons alcoolisées supportent des taxes. Vous supprimez la vente de ces boissons et vous perdez une source de revenu conséquente. Cela explique aussi pas mal de choses !

A votre santé !

David


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La politique et le vin en France : peut-on enfin espérer ?

(photo RVF)

Nous avons enfin en France un Président de la République qui aime le vin, qui le respecte pour le produit culturel qu’il peut être, et qui sait aussi le déguster (avec modération, cela va sans dire). Pour vérifier cette dernière affirmation, regardez le reportage video réalisé par le magazine Terre de Vins avant l’élection d’Emmanuel Macron.

Au cours des dernières 20 années, nous avons eu un Président qui préférait la bière au vin, puis un autre qui ne buvait pas du tout, puis un troisième dont j’ignore les goûts mais qui ne me semble pas avoir défendu le vin avec beaucoup d’ardeur, malgré les efforts louables de son ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius. A présent, nous avons comme Président un homme qui non seulement aime réellement le vin, mais qui sait aussi reconnaître son importance symbolique, culturelle et économique. Cela est attesté par le fait que, lorsque le sujet est évoqué, M. Macron ne joue pas au chat et à la souris avec des détours de langage pour éviter de choquer le redoutable lobby anti-alcool (mais quoi, vivons-nous en Iran ?!). Bien avant son élection, il a déclaré à nos collègues de Terre de Vins : «La France déçoit quand elle ne met pas les petits plats dans les grands. J’y tenais beaucoup quand j’étais à Bercy. Quand je recevais nos hôtes étrangers, ils s’attendaient à boire du bon vin, un bon champagne, un digestif. Le vin est un ambassadeur.» Et la loi qui porte son nom a aussi permis un certain assouplissement de la stupide loi Evin en facilitant la communication autour de l’oenotourisme, autre secteur très utile pour le bilan commercial du pays (10 millions de touristes et 5,2 milliards de dépenses en France en 2016). Pour lui, le vin est «un formidable atout pour le rayonnement de la France». Le candidat Macron n’éludait pas non plus les questions sensibles : «la réponse aux pesticides ne passe pas uniquement par le bio mais aussi par l’innovation […] Il ne faut pas opposer les techniques conventionnelles au bio».

Pour accompagner le nouveau Président dans ce domaine, une femme, Audrey Bourolleau, est devenu sa conseillère pour les sujets agricoles au sens large. Certains d’entre nous la connaissent pour l’avoir croisée en tant que Délégué Générale de Vin et Société, poste qu’elle a quitté pour suivre M. Macron dans sa campagne et où elle a milité avec succès pour une vraie politique de consommation raisonnable tout en faisant de la promotion de l’oenotourisme une autre priorité.

Mais cela n’a pas manqué de réveiller le sinistre lobby hygiéniste (voir aussi un récent article dans Vitisphere) qui voit en elle un danger pour leur politique de santé publique que je qualifierai plutôt de « politique de l’airbag ». Comme le dit mon copain et collègue Yves Legrand (triathlonien et « iron man » de près de 70 ans et aussi marchand de vin de son état), « après tout, la vie est une maladie mortelle sexuellement transmise » (je crois que c’est de Pierre Desproges en réalité). De cette politique de zéro risque, qui s’accompagne aussi de zéro plaisir très probablement, je dirai qu’elle ne va pas assez loin : ces zélotes devraient simplement estampiller sur chaque être humain à sa naissance « respirer tue ». Nous saurons alors que tout le reste est a relativiser.

La malhonnêteté intellectuelle ne semble pas connaître des limites dans certain propos des prohibitionnistes. Lutter contre l’alcoolisme est nécessaire. Mais il serait stupide de détruire la forêt parce qu’un arbre bloque votre chemin. Et mener des procès d’intention à l’encontre de quelqu’un qui vient d’être nommé à un poste, sans être en mesure de la juger sur des actes, me semble suspect, voire à tendance totalitaire.

David Cobbold

PS. A l’heure ou j’écris ces lignes, la finale du TOP 14 n’a pas encore commencé. Bien que supporter de longue date du Stade Français, je dis « allez Clermont », tant leurs dernières saisons, et celle-ci en particulier, ont régalé tout amateur d’un rugby de mouvement. Regardez le replay de la demi-finale entre Clermont et le Racing et vous verrez.


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Bain vs INAO

Alexandre Bain
Alexandre Bain (Photo (c) Jim Budd)

Je n’ai pas le plaisir de connaître Alexandre Bain, vigneron de Tracy, ni ses vins. Et peut-être que c’est mieux ainsi, si je veux tenter d’émettre un avis impartial.

D’après Corinne Caillaud, du Figaro, qui semble bien le connaître, bien qu’elle traite rarement de vin, il s’agit d’un bon vigneron. Il appartient à la mouvance nature, et selon ses propres termes « il cherche une autre voie ». C’est, je cite toujours, « un homme dont la passion est de réaliser un pur vin de terroir ».
Rien de mal à cela, mais pas non plus de quoi lui valoir une notoriété nationale, ni les honneurs de la rubrique économie/entreprise du Figaro; sauf qu’en septembre 2015, M. Bain s’est vu retirer l’appellation Pouilly-Fumé pour ne pas s’être soumis à un contrôle obligatoire.
Un peu moins de deux ans plus tard, le tribunal administratif de Dijon a jugé que la sanction était abusive, car disproportionnée, et vient donc de lui rendre l’appellation. Et avec elle, selon les termes de ma consœur, « sa fierté ».

Dont acte. La dignité de M. Bain et ses choix en matière culturale n’ont d’ailleurs jamais été mis en cause. Pour tout dire, je ne vois même pas ce qu’ils viennent faire dans un article censé faire la lumière sur une décision de justice. Les déclarations de M. Bain ne m’y aident pas vraiment non plus: « J’espère avoir ouvert une voie, parce qu’une autre viticulture est possible », souligne-t-il. Parle-t-il d’une viticulture sans intrants? Ou d’une viticulture sans contrôles?

Joker

Moi qui ne suis a priori ni pour ni contre le naturisme, la biodynamie, le bio, ou toute autre forme de conduite de la vigne, et qui ai plutôt tendance à me ranger du côté du vigneron sincère que de la machine administrative et des règlements superflus, je reste sur ma faim. Quel était donc l’objet du contrôle? Pourquoi M. Bain n’a-t-il pas pu s’y soumettre? Enfin, et surtout, quel sens faut-il donner à la décision du tribunal?
Si elle fait jurisprudence, quels seront donc à présent les moyens de contrôle d’une appellation sur les vignerons qui s’en réclament?
À quels contrôles peut-on se soustraire? À quels contrôles ne peut-on pas se soustraire? Et à quelle fréquence?
Si la perte de l’AOC est une sanction disproportionnée en cas d’impossibilité de contrôle, quelle sanction plus proportionnée peut-elle être appliquée, tout en défendant les intérêts du consommateur censé faire confiance à la mention?
Question subsidiaire, qui me semble découler du joli story telling de ma consœur du Figaro, les vignerons « qui cherchent une autre voie » devraient-ils bénéficier ils d’un joker face aux contrôles, au motif qu’ils seraient plus sympathiques, plus tendance ou parce qu’ils vendent bien leurs vins?
L’avocat de M. Bain, Maître Éric Morain, semble bien argumenter en ce sens: pour lui, « il est temps d’ouvrir le chantier des réformes des contrôles et la reconnaissance des pratiques de vinification naturelle». J’ai du mal à comprendre: si la vinification est naturelle, quel problème il y a-t-il à la contrôler?

Obligation de moyens, ou de résultat?

À défaut de mettre les points sur tous ces i-là, je crains fort que le message ne soit brouillé, chez les vignerons en appellation. Rappelons que jusqu’à présent, ces vignerons choisissent volontairement de revendiquer une mention et de se soumettre à ses contraintes. Il s’agit d’un patrimoine partagé.
Il convient d’être plus précis. Essayons donc de mettre de côté tout affect pour ne retenir que les faits. Une des cuvées de M. Bain a bel et bien fait l’objet d’un contrôle d’agrément (ou plutôt, comme il faut dire depuis 2008, d’habilitation). Dommage que ce ne soit pas précisé dans l’article du Figaro. Elle a été refusée au motif qu’elle était oxydée. Un défaut que M. Bain a contesté. Pour lui, « c’est une affaire de goût ». Dans ce cas, un recours est possible et une deuxième dégustation doit avoir lieu. Plusieurs rendez-vous pour ce faire ont été annulés entre mars et septembre 2015, dont un, en raison des vendanges. Cependant, M. Bain nie s’être soustrait aux contrôles; et déclare avoir fait appel de sa rétrogradation « pour une question de principe » (car ses vins, même sans appellation, ont apparemment continué à bien se vendre).
Il y a cependant une autre question de principe, pour moi: au fond, M. Bain reconnaît-il à ses pairs le droit de juger ses vins?
Il faudrait à présent ouvrir un deuxième procès: celui de la typicité. A quel point peut-on s’écarter du type moyen d’une appellation sans la perdre? Et que faut-il faire d’un vin qui respecterait l’obligation de moyens (le cahier des charges), mais qui présenterait un défaut à l’arrivée, ou au moins une déviance par rapport au type supposé de l’appellation, lors de la dégustation d’agrément (pardon, d’habilitation)? Même si dans sa décision, le Tribunal administratif de Dijon ne s’est pas attaché à la qualité du produit, mais s’est plutôt intéressé au déséquilibre qu’il pouvait y avoir entre la faute de M. Bain, jugée peu grave, et sa sanction, cette décision a tout de même pour effet qu’un Pouilly-Fumé jugé oxydé par la commission d’agrément retrouve sa place dans l’appellation. Ce qui n’est pas tout à fait anodin.
On pourrait bien sûr supprimer les dégustations d’habilitation. Ce serait le plus simple. D’autant que le pourcentage de refus est assez faible. Mais les AOC y perdraient sans doute en cohésion (ne parlons pas de crédibilité, elle varie trop d’une appellation à l’autre).
Une autre piste serait d’en dispenser les vins nature, moyennant un avertissement au consommateur, du genre: « Ce vin nature peut présenter de sensibles différences par rapport au type de son appellation ».
Le seul hic – très justement soulevé par l’avocat de M. Bain: les pratiques de la vinification dite naturelle ne sont pas reconnues légalement. Le mot même de nature ou de naturel prête à confusion; pensons aux Vins Doux Naturels (pourtant bien soufrés); et plus globalement, à tous les producteurs honnêtes qui soufrent leurs vins, mais qui n’auraient pas trop envie que le législateur réserve le mot  « nature » aux vins sans soufre.
Cette affaire nous promet de jolis développements.

Hervé Lalau


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Pour qui voter en France si l’on aime le vin ?

Ce blog s’écarte généralement des sujets politiques, mais l’échéance qui nous attend en France est proche et j’estime que je dois en dire quelques mots.

Le sujet a été effleuré par Hervé il y a quelques semaines, sur un ton humoristique; celui-ci déclarant, non pas son adhésion au programme de Jean-Luc Mélenchon, le grand démagogue de gauche, mais laissant entendre que c’était le candidat qui s’intéressait le plus au vin. Je demande à voir !

A ce sujet, je viens de lire un article éclairant dans le supplément Science et Médecine du journal Le Monde, daté du 12 avril (mercredi de la semaine dernière). Cet article est le compte-rendu des réponses à une série de questions posées à l’ensemble des 11 candidats sur des sujets de santé publique (au fait, quelle farce d’avoir 11 candidats censés être crédibles pour gouverner un pays !)

Nous savons que ce vaste sujet est presque totalement entre les mains des « anti-tout », de ceux qui entendent nous protéger contre qui tout est potentiellement dangereux pour la longue vie pacifique et tranquille d’un être humain, y compris le fait de respirer;  car il est statistiquement prouvé que chaque personne qui respire meurt. Parmi les figures de proue de cet « airbag-lobby » se trouvent le tristement célèbre Professeur Got et une autre prosélyte de l’abstémisme, Catherine Hill.

Le dernier crédo des abstèmes

Demain, on rase gratis… mais on ne boit plus?

Les « experts » de notre santé publique ont donc posé leurs 20 questions à tous les candidats, en leur donnant un point pour une « bonne » réponse, et zéro pour une « mauvaise » ou une réponse jugée ambiguë à leurs yeux perspicaces. Quatre des candidats n’ont pas voulu répondre ou n’ont pu être joints: MM. Asselineau, Dupont-Aignan, Lasalle et Poutou. Les 7 autres ont joué le jeu. Les questions concernaient les domaines suivants : l’alcool, le tabac, l’alimentation, l’insécurité routière et, je cite, « certains agissements de l’industrie du médicament ». Même si on peut approuver le fond de la démarche, on voit bien aussi à quel point elle est biaisée. Si cela vous intéresse, vous pouvez lire les questions et les réponses des 7 candidats sur le site Securite-sanitaire.org

Alors quoi? Qui a gagné à ce jeu débile de qui gagne perd (ou qui joue perd)? Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci a obtenu le score formidable de 5/5 sur les questions alcool, et de 16/20 au total. Que cela signifie-t-il? Qu’il est habile et qu’il dit à son auditoire ce qu’ils ont envie d’entendre? Certainement, vu qu’aux vignerons, il dit son amour du vin; et aux prohibitionnistes, qu’il ne faut pas en boire. Qu’il est « populiste » au sens profond du terme? Certainement aussi. Qu’il est cynique et avide de pouvoir? Je le crains, malheureusement, surtout pour les gens qui vont voter pour lui.

Car Monsieur Mélenchon déclare tout bonnement qu’il souhaite qu’on impose d’imprimer sur tout les flacons de vins et autres boissons alcoolisées la mention « l’alcool est dangereux pour la santé »; qu’il n’est pas sensible à la notion d’une consommation modérée; qu’il souhaite taxer toutes les boisson alcooliques (vins compris) en fonction de leur degré d’alcool, etc, etc. Il est, in fine, le seul candidat à obtenir l’approbation de l’ANPAA.

Pour la petite histoire, dans ce piège à cons tendu par les prohibitionnistes, les plus nuancés semblent être les candidats Fillon, Le Pen et Macron.

Mon vote, si j’en avais un (car je n’ai pas encore obtenu ma naturalisation et j’attends le résultat de cette élection pour relancer ma demande), n’irait qu’à un seul des quatre candidats cités, et pas seulement pour des raisons liées au vin.

Mélenchon nous promet dans tous les domaines que « demain, on rase gratis ». Super, mais on n’est plus des enfants ni des naïfs!

Fillon n’est pas assez honnête et son programme, s’il était appliqué, mettrait la France dans la rue.

Celui de Le Pen est inacceptable sur plein de plans et aussi délirant que celui de Mélenchon. Il reste qui ?

David Cobbold