Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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La politique et le vin en France : peut-on enfin espérer ?

(photo RVF)

Nous avons enfin en France un Président de la République qui aime le vin, qui le respecte pour le produit culturel qu’il peut être, et qui sait aussi le déguster (avec modération, cela va sans dire). Pour vérifier cette dernière affirmation, regardez le reportage video réalisé par le magazine Terre de Vins avant l’élection d’Emmanuel Macron.

Au cours des dernières 20 années, nous avons eu un Président qui préférait la bière au vin, puis un autre qui ne buvait pas du tout, puis un troisième dont j’ignore les goûts mais qui ne me semble pas avoir défendu le vin avec beaucoup d’ardeur, malgré les efforts louables de son ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius. A présent, nous avons comme Président un homme qui non seulement aime réellement le vin, mais qui sait aussi reconnaître son importance symbolique, culturelle et économique. Cela est attesté par le fait que, lorsque le sujet est évoqué, M. Macron ne joue pas au chat et à la souris avec des détours de langage pour éviter de choquer le redoutable lobby anti-alcool (mais quoi, vivons-nous en Iran ?!). Bien avant son élection, il a déclaré à nos collègues de Terre de Vins : «La France déçoit quand elle ne met pas les petits plats dans les grands. J’y tenais beaucoup quand j’étais à Bercy. Quand je recevais nos hôtes étrangers, ils s’attendaient à boire du bon vin, un bon champagne, un digestif. Le vin est un ambassadeur.» Et la loi qui porte son nom a aussi permis un certain assouplissement de la stupide loi Evin en facilitant la communication autour de l’oenotourisme, autre secteur très utile pour le bilan commercial du pays (10 millions de touristes et 5,2 milliards de dépenses en France en 2016). Pour lui, le vin est «un formidable atout pour le rayonnement de la France». Le candidat Macron n’éludait pas non plus les questions sensibles : «la réponse aux pesticides ne passe pas uniquement par le bio mais aussi par l’innovation […] Il ne faut pas opposer les techniques conventionnelles au bio».

Pour accompagner le nouveau Président dans ce domaine, une femme, Audrey Bourolleau, est devenu sa conseillère pour les sujets agricoles au sens large. Certains d’entre nous la connaissent pour l’avoir croisée en tant que Délégué Générale de Vin et Société, poste qu’elle a quitté pour suivre M. Macron dans sa campagne et où elle a milité avec succès pour une vraie politique de consommation raisonnable tout en faisant de la promotion de l’oenotourisme une autre priorité.

Mais cela n’a pas manqué de réveiller le sinistre lobby hygiéniste (voir aussi un récent article dans Vitisphere) qui voit en elle un danger pour leur politique de santé publique que je qualifierai plutôt de « politique de l’airbag ». Comme le dit mon copain et collègue Yves Legrand (triathlonien et « iron man » de près de 70 ans et aussi marchand de vin de son état), « après tout, la vie est une maladie mortelle sexuellement transmise » (je crois que c’est de Pierre Desproges en réalité). De cette politique de zéro risque, qui s’accompagne aussi de zéro plaisir très probablement, je dirai qu’elle ne va pas assez loin : ces zélotes devraient simplement estampiller sur chaque être humain à sa naissance « respirer tue ». Nous saurons alors que tout le reste est a relativiser.

La malhonnêteté intellectuelle ne semble pas connaître des limites dans certain propos des prohibitionnistes. Lutter contre l’alcoolisme est nécessaire. Mais il serait stupide de détruire la forêt parce qu’un arbre bloque votre chemin. Et mener des procès d’intention à l’encontre de quelqu’un qui vient d’être nommé à un poste, sans être en mesure de la juger sur des actes, me semble suspect, voire à tendance totalitaire.

David Cobbold

PS. A l’heure ou j’écris ces lignes, la finale du TOP 14 n’a pas encore commencé. Bien que supporter de longue date du Stade Français, je dis « allez Clermont », tant leurs dernières saisons, et celle-ci en particulier, ont régalé tout amateur d’un rugby de mouvement. Regardez le replay de la demi-finale entre Clermont et le Racing et vous verrez.


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Bain vs INAO

Alexandre Bain
Alexandre Bain (Photo (c) Jim Budd)

Je n’ai pas le plaisir de connaître Alexandre Bain, vigneron de Tracy, ni ses vins. Et peut-être que c’est mieux ainsi, si je veux tenter d’émettre un avis impartial.

D’après Corinne Caillaud, du Figaro, qui semble bien le connaître, bien qu’elle traite rarement de vin, il s’agit d’un bon vigneron. Il appartient à la mouvance nature, et selon ses propres termes « il cherche une autre voie ». C’est, je cite toujours, « un homme dont la passion est de réaliser un pur vin de terroir ».
Rien de mal à cela, mais pas non plus de quoi lui valoir une notoriété nationale, ni les honneurs de la rubrique économie/entreprise du Figaro; sauf qu’en septembre 2015, M. Bain s’est vu retirer l’appellation Pouilly-Fumé pour ne pas s’être soumis à un contrôle obligatoire.
Un peu moins de deux ans plus tard, le tribunal administratif de Dijon a jugé que la sanction était abusive, car disproportionnée, et vient donc de lui rendre l’appellation. Et avec elle, selon les termes de ma consœur, « sa fierté ».

Dont acte. La dignité de M. Bain et ses choix en matière culturale n’ont d’ailleurs jamais été mis en cause. Pour tout dire, je ne vois même pas ce qu’ils viennent faire dans un article censé faire la lumière sur une décision de justice. Les déclarations de M. Bain ne m’y aident pas vraiment non plus: « J’espère avoir ouvert une voie, parce qu’une autre viticulture est possible », souligne-t-il. Parle-t-il d’une viticulture sans intrants? Ou d’une viticulture sans contrôles?

Joker

Moi qui ne suis a priori ni pour ni contre le naturisme, la biodynamie, le bio, ou toute autre forme de conduite de la vigne, et qui ai plutôt tendance à me ranger du côté du vigneron sincère que de la machine administrative et des règlements superflus, je reste sur ma faim. Quel était donc l’objet du contrôle? Pourquoi M. Bain n’a-t-il pas pu s’y soumettre? Enfin, et surtout, quel sens faut-il donner à la décision du tribunal?
Si elle fait jurisprudence, quels seront donc à présent les moyens de contrôle d’une appellation sur les vignerons qui s’en réclament?
À quels contrôles peut-on se soustraire? À quels contrôles ne peut-on pas se soustraire? Et à quelle fréquence?
Si la perte de l’AOC est une sanction disproportionnée en cas d’impossibilité de contrôle, quelle sanction plus proportionnée peut-elle être appliquée, tout en défendant les intérêts du consommateur censé faire confiance à la mention?
Question subsidiaire, qui me semble découler du joli story telling de ma consœur du Figaro, les vignerons « qui cherchent une autre voie » devraient-ils bénéficier ils d’un joker face aux contrôles, au motif qu’ils seraient plus sympathiques, plus tendance ou parce qu’ils vendent bien leurs vins?
L’avocat de M. Bain, Maître Éric Morain, semble bien argumenter en ce sens: pour lui, « il est temps d’ouvrir le chantier des réformes des contrôles et la reconnaissance des pratiques de vinification naturelle». J’ai du mal à comprendre: si la vinification est naturelle, quel problème il y a-t-il à la contrôler?

Obligation de moyens, ou de résultat?

À défaut de mettre les points sur tous ces i-là, je crains fort que le message ne soit brouillé, chez les vignerons en appellation. Rappelons que jusqu’à présent, ces vignerons choisissent volontairement de revendiquer une mention et de se soumettre à ses contraintes. Il s’agit d’un patrimoine partagé.
Il convient d’être plus précis. Essayons donc de mettre de côté tout affect pour ne retenir que les faits. Une des cuvées de M. Bain a bel et bien fait l’objet d’un contrôle d’agrément (ou plutôt, comme il faut dire depuis 2008, d’habilitation). Dommage que ce ne soit pas précisé dans l’article du Figaro. Elle a été refusée au motif qu’elle était oxydée. Un défaut que M. Bain a contesté. Pour lui, « c’est une affaire de goût ». Dans ce cas, un recours est possible et une deuxième dégustation doit avoir lieu. Plusieurs rendez-vous pour ce faire ont été annulés entre mars et septembre 2015, dont un, en raison des vendanges. Cependant, M. Bain nie s’être soustrait aux contrôles; et déclare avoir fait appel de sa rétrogradation « pour une question de principe » (car ses vins, même sans appellation, ont apparemment continué à bien se vendre).
Il y a cependant une autre question de principe, pour moi: au fond, M. Bain reconnaît-il à ses pairs le droit de juger ses vins?
Il faudrait à présent ouvrir un deuxième procès: celui de la typicité. A quel point peut-on s’écarter du type moyen d’une appellation sans la perdre? Et que faut-il faire d’un vin qui respecterait l’obligation de moyens (le cahier des charges), mais qui présenterait un défaut à l’arrivée, ou au moins une déviance par rapport au type supposé de l’appellation, lors de la dégustation d’agrément (pardon, d’habilitation)? Même si dans sa décision, le Tribunal administratif de Dijon ne s’est pas attaché à la qualité du produit, mais s’est plutôt intéressé au déséquilibre qu’il pouvait y avoir entre la faute de M. Bain, jugée peu grave, et sa sanction, cette décision a tout de même pour effet qu’un Pouilly-Fumé jugé oxydé par la commission d’agrément retrouve sa place dans l’appellation. Ce qui n’est pas tout à fait anodin.
On pourrait bien sûr supprimer les dégustations d’habilitation. Ce serait le plus simple. D’autant que le pourcentage de refus est assez faible. Mais les AOC y perdraient sans doute en cohésion (ne parlons pas de crédibilité, elle varie trop d’une appellation à l’autre).
Une autre piste serait d’en dispenser les vins nature, moyennant un avertissement au consommateur, du genre: « Ce vin nature peut présenter de sensibles différences par rapport au type de son appellation ».
Le seul hic – très justement soulevé par l’avocat de M. Bain: les pratiques de la vinification dite naturelle ne sont pas reconnues légalement. Le mot même de nature ou de naturel prête à confusion; pensons aux Vins Doux Naturels (pourtant bien soufrés); et plus globalement, à tous les producteurs honnêtes qui soufrent leurs vins, mais qui n’auraient pas trop envie que le législateur réserve le mot  « nature » aux vins sans soufre.
Cette affaire nous promet de jolis développements.

Hervé Lalau


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Pour qui voter en France si l’on aime le vin ?

Ce blog s’écarte généralement des sujets politiques, mais l’échéance qui nous attend en France est proche et j’estime que je dois en dire quelques mots.

Le sujet a été effleuré par Hervé il y a quelques semaines, sur un ton humoristique; celui-ci déclarant, non pas son adhésion au programme de Jean-Luc Mélenchon, le grand démagogue de gauche, mais laissant entendre que c’était le candidat qui s’intéressait le plus au vin. Je demande à voir !

A ce sujet, je viens de lire un article éclairant dans le supplément Science et Médecine du journal Le Monde, daté du 12 avril (mercredi de la semaine dernière). Cet article est le compte-rendu des réponses à une série de questions posées à l’ensemble des 11 candidats sur des sujets de santé publique (au fait, quelle farce d’avoir 11 candidats censés être crédibles pour gouverner un pays !)

Nous savons que ce vaste sujet est presque totalement entre les mains des « anti-tout », de ceux qui entendent nous protéger contre qui tout est potentiellement dangereux pour la longue vie pacifique et tranquille d’un être humain, y compris le fait de respirer;  car il est statistiquement prouvé que chaque personne qui respire meurt. Parmi les figures de proue de cet « airbag-lobby » se trouvent le tristement célèbre Professeur Got et une autre prosélyte de l’abstémisme, Catherine Hill.

Le dernier crédo des abstèmes

Demain, on rase gratis… mais on ne boit plus?

Les « experts » de notre santé publique ont donc posé leurs 20 questions à tous les candidats, en leur donnant un point pour une « bonne » réponse, et zéro pour une « mauvaise » ou une réponse jugée ambiguë à leurs yeux perspicaces. Quatre des candidats n’ont pas voulu répondre ou n’ont pu être joints: MM. Asselineau, Dupont-Aignan, Lasalle et Poutou. Les 7 autres ont joué le jeu. Les questions concernaient les domaines suivants : l’alcool, le tabac, l’alimentation, l’insécurité routière et, je cite, « certains agissements de l’industrie du médicament ». Même si on peut approuver le fond de la démarche, on voit bien aussi à quel point elle est biaisée. Si cela vous intéresse, vous pouvez lire les questions et les réponses des 7 candidats sur le site Securite-sanitaire.org

Alors quoi? Qui a gagné à ce jeu débile de qui gagne perd (ou qui joue perd)? Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci a obtenu le score formidable de 5/5 sur les questions alcool, et de 16/20 au total. Que cela signifie-t-il? Qu’il est habile et qu’il dit à son auditoire ce qu’ils ont envie d’entendre? Certainement, vu qu’aux vignerons, il dit son amour du vin; et aux prohibitionnistes, qu’il ne faut pas en boire. Qu’il est « populiste » au sens profond du terme? Certainement aussi. Qu’il est cynique et avide de pouvoir? Je le crains, malheureusement, surtout pour les gens qui vont voter pour lui.

Car Monsieur Mélenchon déclare tout bonnement qu’il souhaite qu’on impose d’imprimer sur tout les flacons de vins et autres boissons alcoolisées la mention « l’alcool est dangereux pour la santé »; qu’il n’est pas sensible à la notion d’une consommation modérée; qu’il souhaite taxer toutes les boisson alcooliques (vins compris) en fonction de leur degré d’alcool, etc, etc. Il est, in fine, le seul candidat à obtenir l’approbation de l’ANPAA.

Pour la petite histoire, dans ce piège à cons tendu par les prohibitionnistes, les plus nuancés semblent être les candidats Fillon, Le Pen et Macron.

Mon vote, si j’en avais un (car je n’ai pas encore obtenu ma naturalisation et j’attends le résultat de cette élection pour relancer ma demande), n’irait qu’à un seul des quatre candidats cités, et pas seulement pour des raisons liées au vin.

Mélenchon nous promet dans tous les domaines que « demain, on rase gratis ». Super, mais on n’est plus des enfants ni des naïfs!

Fillon n’est pas assez honnête et son programme, s’il était appliqué, mettrait la France dans la rue.

Celui de Le Pen est inacceptable sur plein de plans et aussi délirant que celui de Mélenchon. Il reste qui ?

David Cobbold


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Les viticulteurs audois se trompent de cible

Au cours d’une manifestation, ce samedi, à Narbonne, des viticulteurs audois s’en sont pris à nouveau à la concurrence des vins espagnols, qualifiée de « déloyale ». Et exigent la fin des importations.

Voici les arguments entendus:

-Les caves de l’Aude sont pleines.

-Des marques comme Leclerc vendent des vins espagnols et font croire qu’ils sont français en mettant un clocher et un béret sur l’étiquette.

-Les Espagnols et les Italiens sont exonérés de taxe foncière sur les terres agricoles

-Leurs charges sont moins importantes sur leurs salariés.

Olé!

Deux commentaires.

-Le premier, persifleur: l’Espagne possède également des églises; et pas mal d’Espagnols portent des bérets (les Basques, notamment).

-Le second, plus sérieux. Si les vignerons français paient trop de taxes sur le foncier et sur le travail (même sur la main d’oeuvre importée), n’est-ce pas plutôt au gouvernement français, à Bercy, qu’ils doivent s’en prendre, plutôt qu’aux Espagnols? Aux candidats à la présidence, c’est un allégement fiscal qu’ils doivent demander; et non une interdiction des importations qui, les viticulteurs audois le savent bien, est impossible dans le cadre européen, avec le principe de la libre circulation des marchandises.

Et au fait, comment se fait-il que le consommateur français ne détecte pas la supercherie que les viticulteurs audois dénoncent? Comment se peut-que le vin espagnol premier prix lui plaise tout autant que celui proposé par les viticulteurs audois?

Et si, en attendant que le fisc français lâche son étreinte sur les viticulteurs audois (ce qui pourrait prendre un peu de temps), ceux-ci se focalisaient plutôt sur une production à valeur ajoutée? Une production qui leur permette de vivre de leur travail sans être en concurrence frontale avec les entrées de gamme, qu’ils viennent d’Espagne ou d’ailleurs? S’ils faisaient en sorte que leurs caves soient un peu moins pleines, mais que les vins dans les cuves aient une véritable raison d’exister? Des chances de plaire, en France et ailleurs? De se différencier?

C’est généralement le cas des vins dont je vous parle ici; il n’y a pas si longtemps, j’évoquais ceux de Gayda, d’Anne de Joyeuse, de Mas, de Lorgeril et de Serrat de Goundy, en IGP Oc. Ou encore, le Fitou du Clos Padulis et le Corbières du Clos Canos. La cause est entendue: l’Aude possède de beaux terroirs; et de bons vignerons, qu’il s’agisse de caves particulières, de coopératives ou en négoces. Mais il y en a d’autres, moins bons.

Je sais, c’est plus facile de commenter que de tailler la vigne et de vendre le vin. L’Aude a toute ma sympathie. Mais la voie du protectionnisme franco-français est un cul-de-sac, d’autant que le marché hexagonal est en perte de vitesse.

Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de citer un commentaire de soutien aux manifestants, déposé sur le site du Figaro, et signé « Haralde 37 »

« Soutien aux vignerons qui font rayonner la France à l’international. »

Donc, si je comprends bien, il est normal que la France exporte des vins pour rayonner à l’international, mais il n’est pas normal qu’elle en importe?

Les vignerons espagnols n’ont pas le droit de rayonner à l’international?

Her Lalau


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Qui parle le mieux du vin dans la présidentielle? Mélenchon, bien sûr!

N’y voyez aucune propagande politique de ma part, mais celui qui parle le mieux du vin, dans cette campagne présidentielle, et avec le plus de passion, c’est certainement Jean-Luc Mélenchon.

La preuve ICI

 

Qu’on soit d’accord ou non avec les prises de position du tribun de la France Insoumise en matière de viticulture, qu’on partage ou non sa vision de la société et sa grille d’analyse, on doit se rendre à l’évidence: il s’intéresse au sujet, il mesure sa dimension historique, culturelle et sociale. Qui plus est, cet intérêt ne date pas de la dernière pluie, ni du dernier sondage. Alors pour tout ça, M. Mélenchon, chapeau!

Et après tout, rien n’empêche les autres candidats de faire preuve du même enthousiasme, quitte à se positionner différemment.

Hervé Lalau


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Un mois sans alcool

C’est ce que l’on appelle un défi – ou pour faire plus branché, un challenge. Il s’agit de ne pas boire une goutte d’alcool pendant tout le mois de février. C’est belge. Ca s’appelle « Tournée Minérale ». Et c’est organisé par la Fondation belge contre le Cancer. Ca fait envie!

un-mois-sans

Pour assurer un peu de buzz à l’opération, quelques personnalités de la télévision belge, et même des politiques s’y sont joints. Non, ça ne veut pas dire qu’ils vont fumer du cannabis à la place – en tout cas, je n’ai pas d’info à ce sujet.

Au fait, à quand une opération « un mois sans fumette », avec support télévisé?  Après tout, plusieurs études sérieuses ont révélé que la fumée du cannabis était encore beaucoup plus toxique que celle du tabac (Husset 2006), et présentait encore plus de risque de cancer (Mehra 2006, Sasco 2007) . Ce n’est pas moi qui le dit… c’est l’Institut National (français) du Cancer.

Moi, bien sûr, je réprouve toutes les addictions – tout ce que l’on ne peut plus contrôler, tout ce qui finit par vous contrôler. Y compris l’addiction aux médias, et l’addiction au pouvoir politique. Mais je continuerai à boire mon vin quotidien, en février aussi. Je rassure la Fondation, je n’ai jamais la gueule de bois; je dors du sommeil du juste; et mon poids est stable. Bref, je n’appelle pas ça de l’addiction. Ou alors, manger est aussi une addiction. La vie est une addiction.

De la modération à l’abstinence, et vice versa

En participant à cette opération, mes confrères belges pensent tous qu’ils participent à une bonne cause, qu’ils montrent le bon exemple; je pense qu’ils se trompent; l’abstinence, c’est pour moi comme un aveu d’échec: « j’arrête tout à fait de boire, parce que je ne sais plus dire non au troisième verre ». Parce que c’est devenu un esclavage. Moi, je pense qu’il vaut mieux apprendre à boire peu, mais du bon (je parle du vin). Pour moi, le vin est un plaisir maîtrisé;  il ne me domine pas. Si je pratique l’abstinence, c’est toujours avec modération.

baudouin

Alors, en levant mon verre d’Anjou blanc à votre santé (Patrick Baudouin, Cuvée Les Saulaies 2013, publicité gratuite), je ne cherche certainement pas à donner un quelconque exemple; mais je pense à cette vieille histoire:

Un médecin communique à un de ses patients les résultats de ses dernières analyses:

« Je serai direct avec vous, vous n’avez plus que quelques semaines à vivre ».

« Mais Docteur, il n’y a rien qu’on puisse faire? Vous ne pouvez rien me prescrire? »

-« Si, si, je vais vous faire une ordonnance ».

Et le médecin d’écrire:

« Pas d’alcool. Pas de vin. Pas de sorties. Pas de restaurant. Pas de sexe. » 

-« Merci, Docteur. Et cela va améliorer mes chances de survie? »

-« Non, mais le temps va vous paraître beaucoup plus long ».

Un mois sans radio, plutôt

Tiens, je me demande si je ne vais pas plutôt me faire « un mois sans radio ».

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Patrick Cohen me lasse. Nicolas Poincaré m’escagasse. Charline Vanhoenacker m’exaspère. Thomas Sotto m’irrite. Laurent Ruquier me fatigue. Marc-Olivier Fogiel m’énerve.

Passe encore qu’ils me servent du Penelopegate, du One-Bad-Trump-Story-A-Day ou du Vivre Ensemble jusqu’à plus soif – moi aussi, à mes heures, je pratique le comique de répétition.

Passe encore que les slogans de leurs radios respectives (Inter Venez, Mieux Capter son Epoque, Première Radio de France) sonnent creux: l’époque est à l’euphémisme – les publi-reportages sont des communiqués, les aveugles sont des mal-voyants, les illégaux des migrants, il n’y a que les buveurs qui aient obtenu une promotion sémantique : pour l’ANPAA, ce sont tous des drogués.

Mais les incessantes leçons de morale orientée de mes chers confrères, le mélange constant entre faits et commentaires, entre indignation et raillerie, entre sondages et résultats, me donnent envie de fermer le poste. Je voudrais de l’info, ils me la pré-digèrent, et ça me gave. Allez, une soupe, et au lit!

Hervéno-sex


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Et si l’on traitait l’alcoolisme par le vin?

Et si l’on traitait l’alcoolisme par le vin?

D’après la BBC, qui consacre un article à la question, cela fonctionne. Mieux, en tout cas, que le prêche en faveur de l’abstinence totale – celle-là même que recommandait naguère le Professeur Houssin, en France – et pas seulement aux alcooliques, à la France entière!

Dans la banlieue Ouest d’Ottawa, aux Oaks, une structure d’accueil permanente pour des sans-abri au lourd passé d’alcooliques, on pratique ce qu’on appelle le Managed Alcohol Program;  concrètement, les résidents reçoivent du vin à intervalles réguliers. 

Toutes les heures, à partir de 7h30 du matin, leur est servi un verre de vin  – on appelle ça « The Pour ». La première prise du matin est de 20cl, les suivantes, au cours de la journée, d’environ 15 ml. 

Les résidents apprécient; comme le raconte l’un deux, un Inuit venu du Grand Nord, « Dans la rue, j’en étais venu à boire de la laque ou du bain de bouche. Ce n’était pas bon, mais tout ce que je recherchais, c’était l’effet. Ici, je bois beaucoup moins, et du meilleur ». 

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Bien entendu, les résidents qui présentent des signes d’ébriété ne sont pas servis.

Et puis, progressivement, on essaie de baisser les doses. Certains se sèvrent presque complètement en quelques semaines. D’autres passent à une consommation occasionnelle, choisie, assumée, un vraie consommation de plaisir, et peuvent reprendre une vie moins dangereuse. Pour d’autres, bien sûr, c’est plus difficile.

Le programme ne fait pas l’unanimité – au Canada aussi, certains hygiénistes ne jurent que par l’abstinence totale. Peu importe si elle provoque de fortes rechutes, pour eux, c’est une question de principe; leur combat est celui de la vertu contre le vice.

Pourtant, depuis la mise en place du Managed Alcool Program, les appels aux services d’urgence pour des cas d’alcoolisme grave ont fortement diminué dans le quartier.

Hervéalcool