Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


10 Commentaires

Très grande surface oblige…

Levez le doigt, ceux qui ne mettent jamais un pied (ou deux) dans l’infamante enceinte d’un hypermarché !?

Allez, faites donc un effort !

Ne vous drapez pas dans votre consumérisme puritain !

Bon, je ne vais pas faire les comptes, mais ils ne doivent pas être nombreux parmi mes lecteurs du jour ceux qui refusent aussi vertueusement qu’obstinément le chemin de croix qu’engendre quelques heures par an de déambulations dans les travées d’un Carrefour ou d’un Casino de compétition. Pour ma part, comme bien d’autres, je cède le moins souvent possible, carte de crédit à la main, à ce rituel obligé tout en grommelant et en maugréant. Depuis près de deux ans que je vis à Béziers, c’est le troisième fois que je sacrifie à la règle et que je m’octroie un parcours forcé et frénétique dans ce «monstre de la consommation» qu’est l’Auchan du Biterrois. Papier toilette XXL, mouchoirs blancs, sacs de congélation, sacs poubelle, lessive… je vous fais grâce des détails de mon shopping longue durée.

IMAG1727_1

Bêtement – naïvement, devrais-je dire, bien plus par curiosité professionnelle qu’autre chose, il m’arrive lors de ces échappées bassement matérielles de profiter d’un instant magique dans l’univers de la démesure de masse pour passer quelques minutes au calme au sein des rayons « boissons », rien que pour voir où en est mon monde pinardier. N’oubliant pas, au passage, que c’est en grandes surfaces que les trois quarts (au moins) de nos vins sont écoulés. Par rapport à ma dernière visite, je constate un accroissement significatif du rayon « bag in box » avec des boîtes d’IGP et de cépages de toutes sortes, de toutes couleurs et de tous contenants. En bout, ou en tête de rayon, je ne sais plus, je me rends compte qu’un certain nombre de bouteilles de Beaujolais sont plus que soldées. Ni une ni deux, j’ajoute à mon caddy un des derniers flacons qui, bien que bradé à 50 %, me rassure de par son origine. Heureusement que j’en connais un rayon sur les communes de nos appellations !

IMAG1723

Il s’agit d’un Beaujolais Nouveau (2017) de la Cave de Bel Air, à Saint-Jean-d’Ardières. Une référence pour moi. L’étiquette est sympa, la contre-étiquette pas si idiote que ça et je me dis qu’il serait urgent pour moi  de constater si ce vin-là a encore quelques mots à me dire. Il est vrai que la mention « à consommer rapidement » m’incite à ne pas tarder à l’ouvrir pour mieux l’engloutir. À moins que ce ne soit son prix de 3,90 € le flacon ! Que voulez-vous, on s’ennuie quelque peu lorsque l’on est à la retraite dans une ville de province… Faut bien s’occuper.

IMAG1720

Bref, sitôt arrivé à demeure, le vin est débouché par ma sommelière en chef, Brigitte. En général, elle n’aime pas trop le gamay et c’est bien pour cela que je la presse d’y goûter en premier m’attendant à la pire des remarques en patois montréalais. Eh bien non !

IMAG1716.jpg

Le vin lui plaît bien, tandis que je le trouve de mon côté parfaitement dans son jus et dans son rôle de convivialité : le fruit est bien là (framboise) sans être putassier, il a même une certaine finesse et la bouche se la coule douce sans oublier de nous rafraîchir tout en nous ouvrant un instant les portes d’un pays joyeux où les impôts locaux, la vitesse limitée à 80 km/h et l’augmentation salée des péages autoroutiers n’auraient, sur nos cuirs burinés de vieux bikers, que l’effet d’un doux vent fripon et printanier.

IMAG1731

Tout le monde sait que c’est la presse qui (paraît-il, moi je dis que c’est la rue…) fait l’opinion. Or, en matière de vin, la presse spécialisée, lorsqu’elle ne survit pas grâce aux pages de pub du gros négoce et des groupements de coopératives, tous au passage serviteurs de la grande distribution, se fait un honneur de dénigrer l’univers des grandes surfaces. Comme si nous en étions encore à l’âge de pierre lorsque nous partions tous en week-end dans le Sancerrois afin de remplir nos coffres de caisses de vins achetées à prix d’or chez le producteur en personne…

IMAG1717

Chez nous, ici, aux 5duVin, pas de pub ! Hormis celle, indirecte, que nous faisons en chantant les louanges de vins autrichiens ou andalous. Je suis donc libre de dire sans craindre la flagellation publique que oui, rapport qualité-prix parlant, nos horribles grandes surfaces sont à même d’offrir de belles bouteilles. Comme cette jubilatoire Blanquette de Limoux, elle aussi à moins de 5 euros (4,99 €), mise en bouteilles pour Auchan par la très qualitative maison Antech, à Limoux, sous-préfecture de l’Aude, et signée Pierre Chanau.

Alors, que pète la blanquette ! Car c’est bien avec notre « Champagne du Sud » que je vais trinquer aujourd’hui afin de mettre un point final à cet article !

Michel Smith

 

 


26 Commentaires

Vins pas chers et vins «naturels» mais imbuvables

La semaine passée a été assez dense en idées et en expériences gustatives diverses. Du coup je me trouve avec plein de sujets à traiter. Je vais tenter d’en combiner deux dans cet article, repoussant à la semaine prochaine ma récente dégustation de Mondeuses de Savoie, qui constituera une autre forme de poursuite de ma quête pour de bons vins pas chers.

Parlant de bons vins pas chers, j’en ai dégusté plusieurs cette semaine, un peu au gré des arrivages et issus de différentes régions. Je vais vous en livrer une petite sélection. Maintenant, nous savons tous que le prix moyen d’une bouteille de vin vendu en France atteint à peine les trois euros. Est-ce bien raisonnable ? Mais étant, à l’autre extrême, assez révulsé par les prix astronomiques des vins vedettes sur le marché de la spéculation, d’où qu’ils viennent, je me suis fixé comme mission de trouver des bons vins autour de la marque des 5 euros, car j’estime que 3 euros est quand-même insuffisant pour faire vivre un producteur.

Je sais bien qu’il vaut mieux mettre une petite dizaine d’euros de plus pour trouver de très bons vins, comme pour assurer un revenu décent aux vignerons, mais ces vins-là (je veux dire les vins autour de 5 euros) existent, ils sont nombreux, et il faut en parler ! Bien sûr qu’il ne faut pas toujours leur demander une grande complexité ni un raffinement total. Mais ils peuvent être simplement bons, droits, issus de fruit mûr et bien faits, et c’est déjà plus qu’honorable. Les adeptes du goût de la roche x ou de la pierre z feront peut-être la fine bouche devant ces vins, mais moi j’ai éprouvé du plaisir à les déguster et j’estime qu’ils représentent bien leur régions et cépages respectifs. Ils ont aussi l’énorme mérite d’être accessibles à un très grand nombre d’amateurs de vins et pas seulement à une petite élite.

Cheval Noir, Bordeaux 2009 (vin de négoce de la maison Mahler Besse)

Un joli fruité en bouche, donnant une impression juteuse et dynamique. Pas mal pour une année souvent chaleureuse. Il a aussi de la structure et de l’équilibre. Cet excellent bordeaux moderne offre du plaisir et de l’allant sans renier ses origines. Bon il est un peu au-dessus de mon cible en prix, mais il les vaut. (8 euros)

Château Grand Renom, Bordeaux 2011 (Maison Antoine Moueix)

Joliment fruité, aux saveurs précises et avec une structure tannique encore présente mais sans écraser le palais, ce bordeaux rouge, très agréable et digeste, à la finale nette qui évite tout aspect végétale, représente un excellent rapport qualité/prix (5 euros)

Chinon 2011, Ackerman

Cette maison très connue pour ses vins pétillants de Saumur élabore aussi des vins tranquilles, et c’est plutôt réussi d’après les trois vins que j’ai dégusté la semaine dernière. Celui-ci est frais du nez sans verser trop dans le végétal trop courant dans la région. En bouche, le fruité est alerte, bien gourmand et assez mûr. Il est porté par une belle vivacité. Un vrai délice, surtout à ce prix-là (5,50 euros)

Sauvignon 2011, Vin de Pays du Val de Loire, Ackerman (capsule à vis)

Vif, direct et très fruité. C’est un très bon exemple du style qui a fait la renommée de la Nouvelle-Zélande, par exemple. Oui, la France peut aussi faire cela et pour des prix très compétitifs et bien moins cher que la plupart des sauvignons des Antipodes! (3,80 euros)

Cabernet d’Anjou 2011 (capsule à vis)

Un tendre demi-sec, frais, net et joliment fruité. Très plaisant dans son style et pourquoi pas sur certains plats un peu épicés. (3,95 euros)

Mas Fenouillet, Faugères 2009, Jeanjean

J’ai le souvenir d’avoir dégusté ce vin il y a un ou deux mois et avoir été fort surpris par la modestie de son prix. Assemblage de 4 cépages sudistes (grenache, syrah, mourvèdre et carignan), il sentait bien la garrique et avait ce charme un peu rocailleux, sans excès repoussant, des vins de cette région. Une excellente affaire qui a du caractère. (3,95 euros)

Maintenant mon deuxième sujet de la semaine. Décidément je me méfie de plus en plus des vins dits « nature ».

Je sais qu’il ne fait pas généraliser. Je sais qu’il doit y avoir de bons (et j’en ai même dégusté, assez rarement). Mais le nombre de mauvaises expériences que j’ai vécu avec ces vins que les gens appellent, assez stupidement, « nature » ne cesse de croître; la proportion de mauvais, voire de TRES mauvais produits que j’ai rencontrés dans cette catégorie floue dépasse assez nettement celle que je constate avec d’autres catégories de vins. Je vais quand-même vous parler de ma dernière mauvaise expérience dans le genre car cette série de 4 vins combine à peu près tous les défauts que j’ai déjà constatés avec d’autres vins «nature».

Le Domaine de Majas se trouve dans les Pyrénées Orientales. Je ne sais pas si l’honorable forgeron connaît sa production, mais je lui conseille de l’éviter!

Sur la petite carte qui accompagnait l’envoi des 4 échantillons, il est marqué, entre autres «Buvez Nature !». Et bien j’ai tenté l’expérience, mais je crois que je n’y reviendrai pas de sitôt car ces vins étaient repoussants par leur odeurs et déplaisants par leurs goûts. Ce petit document parle aussi de sols argilo-calcaires ou schisteux. Aucune trace de cela dans ces vins-ci, pas plus que de « leur fruité, leur fraîcheur et leur minéralité ». Tous étaient dévorés par d’abominables défauts qui les rendait, en ce qui me concerne, impropre à la consommation. Sont-ils les vins qui ont déclenché l’agacement de Michel Bettane voici quelques temps ? Si c’est le cas, je peux le comprendre. En tous cas ce n’est pas ce genre de vin qui fait avancer la cause. Plutôt il nous fait retourner 100 ans ou plus en arrière, au mauvais vieux temps!

Domaine de Majas blanc 2011, IGP Côtes Catalanes

Odeur de souris, de poussière, sans aucun fruité, sauf de la pomme blette. Du gaz, de l’acidité et une certaine amertume en bouche. Courte et rêche de texture.

Domaine de Majas blanc, grappes entières 2011, IGP Côtes Catalanes

Robe jaune profonde, clairement oxydative. Nez huileux, peu aromatique. Sans aucune expression de fruit en bouche, ce vin semble avoir 20 ans. Un peu de gaz et de l’amertume aussi.

Domaine de Majas Cabernet Franc 2011, IGP Côtes Catalanes

Nez de fumier : je ne suis pas spécialiste, mais on dirait du cheval. Pas de fruit et crayeux et rêche en bouche. Très court. Sans charme aucune, très probablement plein de bretts.

Domaine de Majas, Three Trees, Col de Ségas 2009, IGP Côtes Catalanes (assemblage de carignan (75%) et de grenache (25%), vigne de 130 ans)

Nez métallique et de souris morte en décomposition. Très déplaisant. Acidulé mais sans fruit en bouche. Acide, amer et végétale: une horreur !

Je ne sais pas exactement combien valent ces flacons en France. L’excellent Wine Searcher m’indique que la dernière cuvée mentionnée est en vente en Belgique autour de 8 euros la bouteille. Avouez que cela fait bien cher pour de telles horreurs. Je me demande même comment on peut boire cela! Est-ce que quelqu’un veut bien m’envoyer un échantillon d’un bon vin «nature» avant que j’y renonce complètement ?

David