Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le jour où JPC est parti, je découvre la premiumisation !

Pas possible ! Ils l’on fait ! Ils ont osé !

Évidemment, ils ne pouvaient savoir.

Alors, comment leur en vouloir ? Et pourquoi les accabler ?

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Leur truc – car ce n’est autre qu’un vulgaire truc de marketing  que l’on doit apprendre dans les écoles de commerce -, leur dossier de presse qui n’en est pas un, est probablement parti quelques heures avant que l’on apprenne la triste nouvelle. Et si j’ai choisi d’en parler, ce n’est pas parce que j’en veux aux viticulteurs dont le travail consiste à s’occuper de leurs vignes, mais parce que les stratèges de leur agence de pub (ou de markétinge) font une fois de plus dans tout ce que je déteste. En outre, je reçois ça à travers la gueule le jour où j’apprends la mort d’un homme bon, un gueulard, un comique, mais un bon gars, un gentil, un généreux. Je sais, leur entreprise, plutôt leur démarche, est symbolique d’une époque. Époque où la com de mauvais goût, celle des années 80, continue de nous saouler avec du n’importe quoi revu à la sauce 2016 : du vin placé dans des cases, des icônes, des premiums (oui, avec un « s »), des authentiques, des incontournables, des étiquettes à la fois drôles, classiques, fleuries, bio, innovantes, j’en passe et des pires.

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Fallait juste que je vous le dise : le jour où Jean-Pierre est mort, cette communication d’arrière-boutique et de marchand de tapis, cette réclame même pas digne d’un Marcel Bleustein-Blanchet, cette pub d’un autre temps colle toujours à la peau des agences dites spécialisées. Faut dire que le pépère JPC que j’ai fréquenté peu de fois, mais que je respectais et que j’aimais pour son rôle fétiche de trublion de la bouffe, de la bonne bouffe, ce gars qui me faisait sourire à chacune de nos rencontres, faut dire qu’il en a fait des tonnes de son côté en s’alliant pour le pognon avec des gros tiroirs-caisses de la grande distribution. Mais voilà, je savais que le fric récolté était réemployé pour faire du bien autour de lui, et aussi pour faire travailler des jardiniers ou des artisans, alors je ne lui en voulais pas. D’ailleurs, comment en vouloir à un homme libre ?

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Oui, on peut dire qu’ils ont choisi le jour ! Je n’avais pourtant rien demandé. Le matin où j’apprends que ce gourmand-partageur-marchand-de-bonheur est parti rejoindre son pote Jean, le gars de Bourgueil, voilà que le colis débarque alors que je m’apprête à célébrer dignement le grand voyage. Un coffret du plus mauvais goût arrive à ma porte, imitation Gucci ou Vuitton, le skaï luisant en remplacement du cuir fin, un coffret renfermant deux premiums (toujours avec un « s ») prétentieux. Dedans, deux bouteilles et une bougie sensée reproduire durant ma dégustation les parfums qui embaument les chais de Buzet. Bref, tout pour me plaire… Certes, je ne sais plus quand au juste le grand pourfendeur de la malbouffe nous a quitté – ce devait être durant le week-end précédent dans sa grande maison proche de son marché favori, celui de Châteaudun – mais choisir ce jour où j’apprends la nouvelle, ils manquent pas d’air les gars de Buzet !

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J’ai ouvert le rouge par la suite pour le taster (du bout des lèvres) : c’est un vin de 2012 taillé dans la barrique, parfait pour arroser les marchés où l’on se soucie plus du bois que du vin. J’ai donc compris une fois goûté que le mot premium désignait une qualité de vin fortement boisé, ce qui pour moi revient à dire qu’il est imbuvable. Je sais, il ne s’agit là que de mon goût de vieux con. Reste que la montée en gamme à laquelle nous assistons, la conquête des parts de marché tous azimuts, le haut de gamme, le relèvement des prix, tout cela m’inquiète. La premiumisation est en mouvement et cela n’entraîne que la surenchère. De quoi faire travailler toute une nouvelle génération de communiquants.

Alors vive les vins premium !

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Et puis est venu un autre élément : la lecture d’un article usant dans son titre d’un nouveau mot hideux, la premiumisation. Non, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, mais Michel Chapoutier en personne, à moins que ce ne soit quelqu’un d’autre. Si vous voulez prendre une leçon de marketing, lisez donc l’article de Vitisphère. À mon sens, il en dit long sur ce que sera la segmentation du vin en France. Cette époque qui me révulse a commencé à semer ses graines bassement mercantiles au début du millénaire et si vous voulez mon avis, on n’est pas sorti de l’auberge !

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Heureusement, il me reste des vins de vignerons, des vins que l’on boit à la régalade, des vins de sourires et de baisers, des vins d’amitié. Comme ce Côtes du Frontonnais 2002, du Château de Plaisance, cuvée depuis devenue Fronton tout court. Un vin du Sud-Ouest (comme Buzet) que JPC n’aurait pas renié.

Michel Smith

PS À propos du camarade Jean-Pierre Coffe, je vous conseille de lire ce que Hervé Bizeul a ressenti en apprenant sa mort. C’est ici et je n’ai rien à ajouter.

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Valses-hésitations… en bouteilles

J’hésitais entre plusieurs titres. Un très vin correct : « La Pape est mort ! » à propos du décès récent d’Henri Bonneau, l’un des papes de Chatô9, ou encore « Je n’ai jamais aussi bien prononcé Molenbeek que depuis quelques jours», en référence au nom de la ville belge que certains voient comme un sanctuaire de terroristes. J’en avais d’autres comme ça. Mais a-t-on vraiment, en ce début de printemps, le cœur à sourire ? Voire même à être trop sérieux ? Pourtant, comme mon Pépé disait lorsqu’un drame survenait, « la vie continue ». Ce qui ne m’empêche pas d’invoquer de nouveau ces fameuses valses-hésitations. Que dire face à l’événement qui enflamme quotidiennement notre cerveau ? Détourner la face devant les reportages amateurs filmés au portable ? Que faire face à l’actualité ? Que penser des corps déchiquetés que l’on ne connaissait pas et qui jonchent le macadam de nos rues ?

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Franchement, je n’ai jamais d’opinion franche lorsque survient la dégueulasserie, sinon le goût de sortir des conneries, des immondices parfois, des invectives bêtes à pleurer. Alors je m’éclipse et me recroqueville. Puis comme d’habitude, j’en appelle au vin. Lui seul peut trancher dans une telle situation. Lui seul peut me ramener à la réalité. À l’instar de cette Manzanilla de Barbadillo achetée pour des clopinettes de l’autre côté de la frontière où, heureusement, tout le monde peut encore se faufiler sans avoir l’impression de passer d’un pays à l’autre tant l’idée d’Europe – une Europe si fragile – fait son chemin vaille que vaille et quoiqu’en coûte le sang. Bon dieu que j’aime ! Ça se boit avec une telle facilité qu’à quatre personnes, tandis que la conversation monte, la bouteille se vide avec tout et rien à grignoter : olives, fricandeaux, tapenades, chorizo, etc. Frais et délicat, plutôt léger en plus, juste ce qu’il nous faut par les temps qui courent. La conversation se libère.

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Est-ce vraiment le moment pour un grand classique en bouteille ? Pas vraiment. Alors, j’hésite, je tergiverse, je saute du coq à l’âne et je me souviens d’un Gigondas (de négoce, si mes souvenirs sont bons) qui, sans m’émerveiller, avait le don de m’esbaudir. Frais et volontaire, il m’avait frappé au coin du bon sens par son allure espiègle et quelque peu fraîche dans un millésime aussi chaud que 2009. Frappé au point d’en piquer un exemplaire au Syndicat du cru afin de mieux le revoir plus tard. J’explique tout de suite aux mauvais coucheurs que la pratique est courante chez moi et qu’elle me permet (de moins en moins maintenant) au fil des ans de me conforter dans l’idée que je me faisais d’un vin, qu’il soit bon ou mauvais d’ailleurs.

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Celui-là, visiblement vendangé à bonne maturité, c’est-à-dire pas trop tard, est toujours frais et dispos, s’exprimant avec brio, équilibre et légèreté, non sans structure et matière. Au point qu’il paraît même un peu trop « light » pour certains buveurs. Pensez-vous ! Pour ma part, il est dans le ton de ce que j’aime, puisque je le bois sans retenue et avec plaisir. Un autre rouge s’impose, histoire de marquer le coup, histoire de penser encore un peu plus à nos amis belges. Ce sera le très grenache Collioure d’un certain Pierrot Gaillard, vigneron à Malleval (Côte-Rôtie) « et autres pentes », comme il le précise lui-même puisqu’il aime les vignes de schistes cultivant quelques parcelles à Faugères et Banyuls-sur-Mer.

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Le 2007 que je viens d’ouvrir, cuvée « Serral », est un des premiers millésimes d’un domaine assemblé en 2002 par Pierre, et c’est probablement le plus abouti, sous réserve de goûter d’ici quelques années les autres millésimes de cette cuvée. D’ailleurs, au passage, Pierre, si tu nous lis, une verticale (mon sport favori) serait la bienvenue ! J’ouvre grandes mes papilles et je sens que le vin a du mal, qu’il aimerait bien mais qu’il ne peut point. Alors, je lui laisse un peu de temps tout en touillant le verre pour le goûter finalement sur le tard, bien après les premiers commentaires. Et il est sacrément bon, s’ouvrant qui plus est magnifiquement dans le verre, chaleureux et velouté, parfaitement à l’aise dans sa température imposée (15°), aimable, gracieux et ouvert. Un vin qui sent bon l’amitié.

Aucune conclusion à apporter après ces expériences quasi quotidiennes et d’une grande banalité pour le Lecteur. Si ce n’est que le vin est libre. Libre comme nous le sommes. Libre de s’exprimer sans tabous, libre de se déshabiller, de se montrer, de parader, de manifester, de se moquer. Comme nous, libre comme l’air. Alors, respirons-le et, par les temps qui courent, buvons-le jusqu’à la lie ! Continuons de vivre.

Michel Smith

(Photos©MichelSmith)

Gérard Gauby et ses Vieilles Vignes !


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Et si le vin est bon… le vigneron l’est aussi

J’avais prévu un bon kilomètre de prétentieuses réflexions et dégustations sur le grand Riesling. Les circonstances de la vie me font remettre cette chose à plus tard. En échange de votre patience – à moins qu’il n’y ait une sorte de « ouf ! » de soulagement de votre part -, je vais vous servir en titre une lapalissade.P9120025.JPG

En effet, je vais évoquer un problème maintes fois abordé (trop à mon goût) sur les réseaux sociaux. Sur Facebook comme ailleurs, il est de bon ton de déblatérer sur les méthodes culturales des vignerons. Parfois, cela ressemble même à un combat de coqs. En voilà un qui y va de son commentaire forcément pertinent sur tel ou tel maléfique produit de synthèse, tandis que d’autres batifolent sur les avantages et les inconvénients du soufre en poudre ou du cuivre qu’il serait logique d’appliquer avec une extrême modération. Quand ce ne sont pas des conseils distillés plus ou moins amicalement, on diabolise tel vigneron parce qu’une photo montre un sol dénudé ou, à l’inverse, un travail de labours trop prononcé. Un tracteur sur sa parcelle et c’est une cata écolo, une jument et sa charrue  devient nettement plus politiquement correcte.

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Sans compter bien entendu sur les éventuelles remarques désobligeantes concernant l’élevage, le vigneron est ainsi rhabillé pour toujours, accusé de telle ou telle déviance, voire de négligence. Il est constamment surveillé par les chiens de garde, exposé à la vindicte des pseudo critiques ou livré à la prétendue expertise de consommateurs débutants à peine capables de surveiller leur orthographe. Il se trouve que je commence à en avoir ras la casquette de ce flot de platitudes, de redites, de leçons passéistes ou de conseils péremptoires. Et si j’en ai l’occasion – ou le temps -, je ne me gène pas pour le dire.

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Depuis longtemps, j’ai un principe bien chevillé en moi, celui du respect. Tout vin qui à répétition se révèle être bon, voire excellent, quelque soit son millésime, ne peut être que l’œuvre d’un vigneron exemplaire. Qu’est-ce qu’un vigneron exemplaire, me direz-vous ? Pour moi, c’est un gars ou une fille qui cherche à comprendre mais qui en apprend chaque année sur le mystère du vin. Un gars ou une fille qui respecte sa terre et qui vit presque en osmose avec elle, qui fait corps avec ses parcelles, qui s’y promène régulièrement. C’est aussi un gars ou une fille qui doute mais qui n’a pas peur de travailler et qui sait ce qu’il y a à faire sur un domaine pour obtenir le meilleur des vins.

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Bien sûr qu’il y a des chances pour que je me pose des questions sur sa façon de traiter son vignoble, sa philosophie de travail. Évidemment que sa vision du pressurage, que sa conduite des vinifications et de l’élevage sont des éléments qui m’intéressent. Mais là n’est pas le principal dans un vin. On doit avant toute chose se poser la simple question de savoir si le vin que l’on goûte est bon ou pas. Évidemment que c’est son goût à soi et non celui de son voisin ou des propagateurs de ragots qui va déterminer la qualité du vin. Si le vin est bon, c’est que le vigneron est bon et que ce dernier a compris l’essentiel du rapport intime qu’il y a entre lui, l’homme, son environnement, sa terre, son cépage, son climat. Peu importe ce qu’il y a dans l’assiette : si c’est bon, c’est bon et je le mange. Avec le verre de vin c’est un peu pareil, non ?

Gérard Gauby et ses Vieilles Vignes !

Alors vous comprenez que les censeurs, les experts, les doctes commentateurs, les critiques patentés et les messieurs je-sais-tout-car-j’ai-tout-vu-et-compris, ces gens-là, je les renvois volontiers à leur chères études. Suffit de trouver que le vin est bon (ou mauvais), et c’est bien là l’essentiel !

Michel Smith

©Photos MichelSmith


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Contre étiquette, l’envers du décor

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L’Envers du Décor est le nom d’un célèbre et excellent bistrot à vin, situé à Saint Emilion et propriété de François de Ligneris, pour qui j’ai beaucoup d’affection. Mais cela n’est pas du tout le sujet de ma chronique d’aujourd’hui !

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La contre-étiquette est de plus en plus utilisée sur des bouteilles de vin, et contient de plus en plus de mots et de signes. C’est un outil de communication et d’information qui peut être très utile, voire nécessaire. Pour une bonne partie, comme dans l’exemple ci-dessus, venu des USA, il est fortement chargé de mentions légales. Mais est-il toujours bien utilisé par les producteurs ?

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Je veux d’abord souligner l’écart, parfois frappant et redoutable, entre la vérité telle que nous le percevons et le discours des producteurs de vin et leurs diverses antennes « communicantes ». Ce qui a déclenché mon envie d’évoquer cette distorsion entre réalité et discours a été notre dégustation d’un vin d’Ardèche, mis en parallèle avec le texte imprimé sur son contre-étiquette. Un collègue a perçu exactement la même chose dans cette instance, alors il s’agit peut-être d’autre chose qu’une simple lubie personnelle. Cela aurait très bien pu arriver avec un vin d’ailleurs : là n’est pas la question, car je n’ai rien contre les vins d’Ardèche en particulier.

Commençons par les commentaires de dégustation tels qu’ils apparaissent sur la contre-étiquette de ce vin, nommé Chatus, Monnaie d’Or 2012. Le chatus est une variété rouge, rare et plutôt tannique, ancienne car mentionnée par Olivier de Serres et qu’on trouve dans l’Ardèche, mais aussi dans le Piémont sous le nom de Neiret.  Je prends encore mes précautions en soulignant que  ceci n’est pas une critique de cette variété, mais juste du lien défectueux entre ce vin (honnête, par ailleurs) et sa contre-étiquette.

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Le commentaire imprimé sur la contre-étiquette :

« arômes de cassis, de pâte de coing, de figues sèches et de réglisse » Et c’est tout, car rien n’est dit sur les impressions tactiles ou gustatives en bouche du vin : tout semble se passer au pif ou bien en rétro-olfaction.

Mon commentaire sur le même vin (uniquement olfactif) :

« arômes de terre humide et de sous-bois, notes de fruits rouges frais et cuits avec un léger accent boisé et animal. »

Je sais bien que l’appréciation des arômes est une affaire individuelle, mais quand-même !

Mieux encore, cette même contre-étiquette conseille de servir le vin à 20° et d’ouvrir la bouteille 6 heures avant le service ! Servir n’importe quel vin rouge à une telle température me semble une aberration qui a pour résultats principaux de déséquilibrer les sensations vers l’alcool et de détruire la finesse des saveurs. Conseiller au consommateurs d’ouvrir un vin 6 heures avant le service, surtout pour un vin qui ne sera jamais (je pense) mis sur une table en grande cérémonie, ne relève pas d’un sens aigu du réalisme. Ce vin est vendu autour de 8 euros, donc je doute que beaucoup de consommateurs aillent le préparer à la dégustation 6 heures avant. Il faut être plus terre à terre dans les usages !

Quand aux conseils d’accompagnement pour ce vin, la contre-étiquette brasse large : « ce vin charpenté accompagne à merveille daube de sanglier, cuisine provençale et fromages typés ». Pas facile à trouver, le sanglier, dans nos villes ou la plupart des habitants de ce pays vivent ! La cuisine provençale est assez diversifiée, faisant un usage important de légumes et, proche de la méditerranée, elle est souvent très poissonneuse. De quels mets parle-t-on exactement ? Quant aux fromages « typés », je ne sais pas trop ce que cela voudrait dire. Supposons qu’il s’agit de fromages aux goûts forts. Dans ce cas, le consommateur curieux pourra courir chez son fromager chercher un camembert, un époisses, un roquefort ou un banon, par exemple. Avec chacun des ces fromages, l’accord avec le vin en question, qui est plutôt tannique, serait catastrophique !

Quittons ce mauvais exemple pour regarder d’autres options. Il y a plusieurs catégories parmi les contre-étiquettes. D’abord la minimaliste. Dans celle-ci on trouve bon nombre de vins dépourvus de tout contre-étiquette.  Cette option est surtout réservée aux producteurs qui s’en foutent parce qu’ils vendent leurs vins à des gens qui les achètent pour leur étiquette faciale, ou bien qui ne savent pas lire.

La catégorie qui est sûrement la plus remplie est celle du « bla-bla enflé », dite aussi « pompe-à-vélo ». Ce type de texte va chanter les louages de la « noblesse du terroir », du « grand raffinement » ou de la « finale magistrale » du vin en question (tous ces exemples sont réels).

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Mais quelques producteurs honnêtes, et j’espère qu’ils seront de plus en plus nombreux, adoptent une approche purement factuelle et informative. Je trouve l’étiquette ci-dessus d’un vin de Loire (Château de Fesles, Bonnezeaux) exemplaire. J’en ai aussi rencontré plusieurs lors de mon récent voyage en Champagne. Ceux-ci se contentent d’indiquer sur leurs contre-étiquettes les origines parcellaires ou communales des raisins, de mentionner éventuellement l’approche culturelle dans leur vignoble, de nommer le ou les cépages et leur proportions, de préciser la durée de mise en cave ou la date du tirage et de dégorgement du vin, etc. La seule critique qu’on pourrait émettre à ce méthode « carte de visite » est qu’il s’adresse exclusivement à des professionnels ou à des amateurs avertis qui savent déduire de ces informations techniques ce qu’il convient de déduire, sans préjuger de leur avis sur le vin en question. Il s’agit de l’information pure et précise.

vin de merde


levrette

fine grapes

Boire tue

J’aime bien aussi une dernière catégorie, rare mais avec de beaux exemples que je montre ci-dessus, qui relève de l’humour ou de la dérision. Elle existe souvent dans un contexte particulier, et souvent en réaction à des législations perçues comme excessives, ou bien à des excès de la catégorie « bla-bla enflé » déjà mentionnée.

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Donc il faut se battre, non seulement contre les cougars (autre nom du mountain lion, ou puma), mais aussi contre une mauvaise communication sur les contre-étiquettes.

 

David


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Comment survivre à un concours de vin ?

Il y a des gens qui dénigrent, un peu trop facilement, les concours de vins, mais sans nécessairement comprendre leur utilité dans un marché de plus en plus encombré par une production qui s’élargit et se diversifie chaque année, tant au niveau des origines géographiques que par d’autres désignations. J’ai déjà évoqué ici mes sentiments sur les concours. A condition qu’il s’agisse de concours sérieusement menés, dans de bonnes conditions et avec des dégustateurs expérimentés (ce qui n’est pas toujours le cas, on le sait bien), je dirai que leur utilité tient à trois facteurs.

D’abord à guider, puis à accélérer la vente de vins médaillés dans des lieux ou le consommateur doit choisir par lui-même, ce qui constitue, malheureusement, la grande majorité de cas dans presque tous les marchés du monde. Puis, à faire connaître des vins de producteurs, régions ou pays qui ne sont pas ou peu connus. Enfin, à créer une forme d’émulation parmi des producteurs susceptibles à soumettre leurs vins à ces concours. Mais tout cela suppose évidemment une parfaite organisation, avec températures de service des vins, environnement et verrerie adaptés, règles claires de silence et d’anonymat, contrôle des résultats par une système statistique fiable, et, enfin, une charge de travail raisonnable pour les dégustateurs.

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J’écris ces lignes du lieu où vient de s’achever un de ces concours, le 22ème édition du Concours Mondial de Bruxelles qui, comme son titre ne l’indique pas, ne s’est produit que deux fois à Bruxelles depuis ses débuts. L’édition 2015 a eu lieu dans la ville balnéaire italienne de Jesolo, qui se trouve sur la côte adriatique, près de Venise. Avec environ 300 dégustateurs, plus de 8000 vins à tester sur trois jours (on ne déguste que le matin et avec un maximum de 50 vins par séance, subdivisés en séries homogènes qui peuvent comporter entre 7 et 16 vins), le choix d’un lieu pose quelques problèmes aux organisateurs. Le parti-pris de ce concours est de se tenir toujours, sauf exception, dans une région viticole, ce qui limite encore les options. Il faut transporter, loger et nourrir tout ce beau monde, assurer un lieu adéquat pour les séances et le stockage, préparation et mise à température des vins, puis organiser des excursions dans les vignobles aux alentours les trois après-midis.

 testata-home-jesoloDes vacances à Jesolo ? Pas exactement ma tasse de thé

J’avoue, bien que je comprenne parfaitement les contraintes mentionnées, que Jesolo n’est pas un lieu que j’aurai choisi personnellement. Si vous ne le connaissez pas, et si vous n’aimez ni Deauville ni Palavas-les-Flots, je vous le déconseille formellement. Il y a de beaux endroits dans le Veneto, mais Jesolo n’en fait pas partie. Imaginez Palavas-les-Flots  (par exemple) x 5 ou x 6, avec une dose de Deauville pour la frime et le clinquant dans certaines parties de ce long ruban de béton triste, hôtels et appartements confondus. Des milliers de boutiques vendent des tonnes de choses inutiles, la plupart moche. La plage, longue d’une bonne dizaine de kilomètres, est l’atout principal qui attire des foules d’hommes et de femmes sardines, ainsi que le fait d’être, justement, en foule. Elle est propre mais souvent encombrée par des rangs serrés de chaises-longues et de parasols, sans parler des crottes de toutous que les italiens rechignent à ramasser. Oui, il vaut mieux mettre ses aspirations esthétiques dans un sac bien ficelé pendant son séjour, mais, après tout, on est là pour travailler pour la cause du vin, à sa modeste manière. Et un après-midi à Venise, et deux sorties dans les vignobles de Prosecco et de Soave étaient là aussi pour ceux qui voulaient ou pouvaient y participer.

Revenons à ce concours, à son modèle économique et à la question des médailles. Je ne connais pas les détails du bilan de ce concours en particulier. Il s’agit évidemment d’une entreprise qui ne peut survivre qu’en gagnant suffisamment d’argent pour payer ses salariés et les frais conséquents d’une telle organisation annuelle. Rien de répréhensible là-dedans. Les sources de revenus sont connus dans les grandes lignes : les sponsors, locaux ou internationaux, permanents ou ponctuels ; les sommes cumulées de ce qui est payé par les producteurs des échantillons soumis ; enfin la vente de médailles autocollants pour les vins ayant obtenus cette récompense. Et quand on voit de près l’organisation impliqué par cette logistique, on peut dire que la somme par échantillon n’est pas déraisonnable. Les dégustateurs ne sont pas payés au Concours Mondial de Bruxelles, et cela je le regrette. Très peu de concours semblent être assez bien dotés pour rémunérer les professionnels qui y dégustent. Les grands concours anglais, Decanter ou IWSC, font partie de ceux-là. Les montants versés ne sont pas énormes (de l’ordre de 100 ou 150 d’euros par jour je crois), mais cette somme symbolique me semble une forme de justice pour le travail rendu, car il est ardu de rester concentré et de tenter d’être juste dans ses jugements pendant 4 heures par jour. Et on donne largement 4 jours de son temps pour y participer, déplacements compris.

Les concours reconnus internationalement n’ont pas le droit d’attribuer des médailles à plus d’un tiers des échantillons soumis. Ensuite, les bons concours doivent œuvrer toute l’année pour tenter de contrôler les vins mis en marché avec leurs médailles affichés afin de s’assurer qu’il s’agit bien de la même cuvée. Ce n’est pas si évident quand on connait la dispersion géographique des marchés. Pour revenir à mon cas personnel et à ce concours en particulier, je constate que j’étais, sur les trois jours, un peu plus généreux que cela en attribuant des notes qui pouvaient, prises seules, donner des médailles à 36% des 150 vins dégustés. Mais il n’y a aucune chance que le résultat final pour ces séries de vins coïncide avec mes jugements personnels. D’abord parce que je faisais partie d’un jury de 6 membres et que j’ignore quelles étaient leurs notations, sauf de temps en temps pour voir à quel point nous étions d’accord (ou pas) sur un vin. Puis parce que l’organisation prévoit des contrôles, à la fois par analyse statistique sur des notations parfois aberrantes (une fatigue momentanée arrive à tous), et aussi en présentant, parfois, la même série de vins à deux jurés différents sans que ceux-ci ne soient au courant. Il faut rajouter que la composition de chaque jury est pensé afin d’assurer une bonne diversité des origines, comme des métiers des dégustateurs. Dans le mien, on comptait une française (journaliste/formatrice), un brésilien (oenologue), un italien (oenologue), une bulgare (acheteuse), un suédois (journaliste) et votre serviteur (britannique). Cette diversité peut causer des visions différentes sur certains types de vins, mais je pense que c’est aussi une source de contrôle des excès de jugements personnels.

Quels sont les vins que mon jury a dû juger ? Parmi les provenances, cette année figuraient le Chili (sauvignon blanc), la vallée du Rhône, la Champagne, la Rioja, le Chianti, le Veneto,  la Sicile (grillo) et Rueda (verdejo). On ne sait jamais l’origine (ni cépage, ni région/appellation, ni pays) des séries dégustés : juste le type (blanc sec, rouge sec, effervescent, etc. Evidemment les bouteilles sont masquées et identifié par des numéros de série qui doivent être vérifié par le responsable de chaque table, qui doit également contrôler que l’échantillon n’est pas bouchonné. J’avais cette charge cette année, comme depuis trois ans. J’ai tenu des statistiques sur la proportion de vins bouchonnés ou altérés par un bouchon ne remplissant pas sa fonction (oxydation prématurée d’un flacon), cette année, et le chiffre frise 3%, un peu plus si je soustrais les vins fermés par une capsule à vis du total. Pour le TCA du au bouchon seul mon chiffre est de 1,7%. C’est toujours inacceptable selon moi. Je signale qu’Amorim est un des sponsors de ce concours.

Comment étaient les vins? Forcément très variables, comme dans n’importe presque quelle série. Il est bon de rappeler qu’une médaille d’argent doit, dans son esprit, correspondre à un vin libre de défauts, bien équilibré et agréable, tandis qu’un vin ne mérite une médaille d’or que s’il possède, en plus, finesse et une bonne intensité d’expression. Le catégorie suprême est celle de « Grand Gold » qui doit être réservée à des vins considérés comme exceptionnels. Je n’ai accordé ce niveau qu’à 2 vins sur les trois jours (sur un ensemble de 150 vins).

plovdiv-bulgarije-maartPlovdiv, en Bulgarie, sera le siège de la prochaine édition du CMB. Ouf !

Alors comment survivre dans tout cela ? J’avais du mal me première année à m’adapter aux grilles de notation que je trouvais trop rigides and limitants, étant habitué à étendre ma prose descriptive mais certainement trop personnelle et inapplicable dans une telle situation. Mais je m’y suis fait et, pour finir, je trouve que c’est assez bien fait. Cela permet bien de relativiser un vin par rapport à un autre du même type. Et la dernière ligne de notation, dotée d’un coefficient élevé, autorise l’injection d’une appréciation plus individuelle quant à la qualité globale du vin. Notre jury avait des écarts de notation que je peux qualifier de sains (entre 80 et 87/100 par exemple) sur un même vin lorsque j’en ai effectué des contrôles. Mais rien n’indique que ce fut toujours le cas et je suis contre une volonté de faire converger les avis de toute façon. Cela tombe bien, car cela ne fait pas partie des consignes de ce concours. On survit en faisant simplement le travail demandé. C’est fatigant par moment, bien entendu. Mais il y a un bel état d’esprit, en tout cas dans les groupes que j’ai eu à conduire. Et on peut aussi éviter les longues sorties en car ou des promenades à Palavas-les-Flots et lire un bon livre dans sa chambre ou travailler à d’autres projets si on le veut les après-midi et soirs. Puis j’ai trouvé un bar à vins agréable aussi.

Enfin nous venons d’apprendre que l’édition 2016 de ce concours aura lieu dans la ville bulgare de Plovdiv, une vrai ville historique avec une architecture plein d’intérêt, entouré de montagnes et, je l’espère, de vignobles. L’espoir et l’anticipation fait vivre. La vie n’est pas si compliquée pour finir.

 David 

 


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Mises fractionnées ? La plaie !

Voilà qu’en Bourgogne certains souhaitent rallonger la liste des grands crus et premiers crus, tandis qu’à la veille des vendanges dans le Languedoc-Roussillon et la Vallée du Rhône, la course au raisin – qui se fait de plus en plus rare – est enclenchée par les négociants. C’est clair que, confronté à ces nouvelles toutes fraîches, le sujet que je vais vous proposer va vous paraître quelque peu réchauffé. Pourtant, il y a longtemps que ça me turlupine cette affaire-là… Déjà, lorsque je démarrais dans le vin, certaines pratiques de cave me laissaient pantois. Cela m’est revenu l’autre jour alors que je discutais de choses et d’autres dans la cave d’un vigneron-ami à qui je venais de poser la question qui fâche après avoir goûté le vin d’une grosse cuve assez bien remplie. Je reproduis à peu près notre dialogue :

Moi – Et cette cuvée, tu vas la mettre en bouteilles quand ?

Lui – D’ici la fin du mois, je ferais une première mise de 4 à 5.000 bouteilles…

Moi – Et pourquoi pas tout d’un coup ? (soit environ 8.000 bouteilles, ndlr)

Lui – Ben parce que je n’ai pas la place de stocker les cartons… Et pour dire vrai, je ne suis pas certain de pouvoir tout vendre en quelques mois.

Moi – Tu pourrais trouver un coin pour empiler tes bouteilles nues en palettes et les habiller au fur et à mesure de tes commandes.

Lui – Non, c’est compliqué tout ça. Je préfère faire deux chantiers de mises dans l’année… parfois même trois en fonction des commandes.

Moi – Ok, mais dans ce cas, à chaque mise tu as un vin différent. Je veux dire que le second embouteillage n’aura pas le même goût qu’à la première mise.

Lui – Oui, et ça pose un problème ?

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l'on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l’on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

Bien sûr que cela pose problème. Oh rien de capital… Pourtant, moi je ne trouve pas ça bien du tout et je vous explique pourquoi, à mes yeux, cette pratique des mises fractionnées n’est pas très logique à l’égard du consommateur. Son client, admettons qu’il achète ce vin après avoir lu l’article qu’un critique émérite – on va citer Hervé Lalau – lui consacrait dans l’IVV, par exemple. Le journaliste, qui s’y prend toujours en avance pour collecter l’info, a goûté le vin en Janvier qui suit la récolte, directement à la cuve, comme je viens de le faire. Ce même vin sera (partiellement) mis en bouteilles deux ou trois mois plus tard après une filtration lâche, comme on dit. Déjà, après cette opération, il n’aura pas le même goût que lorsqu’il reposait tranquillement dans sa cuve. C’est pour cela, au passage, que je me fais un devoir de n’écrire sur un vin que lorsqu’il a été mis en bouteilles. Disons que c’est ma façon à moi d’être proche de mon lectorat (éventuel).

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

Il faudra encore un, deux ou trois mois avant que le consommateur déniche ce vin chez son caviste et le lui achète en petite quantité car il n’est pas toujours très riche. Avec six bouteilles, il en aura assez pour tenir jusqu’à l’été. Cela tombe bien justement car, cet été, il prévoit de visiter les Gorges de l’Ardèche. Il a repéré le domaine sur Google Maps et il sait déjà qu’il passera à quelques lieues de l’endroit où ce Côtes du Vivarais est vinifié. Il en profitera pour faire, à moindre prix, le plein de la cuvée qu’il a aimé et visitera la cave par la même occasion. Sauf que la cuvée en question, qui entre-temps a obtenu un certain succès, a été mise en bouteilles en Juillet, juste avant les vacances de notre œnophile. Non seulement il n’aura pas la chance de boire le même vin que le critique passé en coup de vent l’automne dernier, mais il ne retrouvera pas non plus le vin qu’il avait acheté chez son caviste. Pour la bonne raison qu’entre temps le vin aura mûri dans sa cuve, nourri par ses lies fines. Et que les tannins qu’il aimait tant se seront assouplis.

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

Pour certains amateurs, cette problématique de mises fractionnées étalées sur une année ou plus ne pose aucun problème. Ils n’y prêtent aucune attention, à moins qu’il ne trouvent le vin meilleur, plus fondu, et c’est l’essentiel. Et si par hasard ils étaient déçus, le vin restera tout de même appréciable sur un bon gigot. Pour d’autres râleurs comme moi, ou pour celui ou celle qui préfère son gamay ou son grenache en plein sur le fruit, emprisonné tôt dans sa bouteille, ce sera une autre histoire. À moins qu’on lui explique gentiment que pour des raisons pratiques d’organisation le vigneron fractionne sa mise, il s’attend à retrouver le même jus puisque l’étiquette, comme le millésime, eux, n’ont pas changé.

Et on espère qu'elle ne se pose moins à Cornas qu'ailleurs... Photo©MichelSmith

Et on espère qu’elle ne se pose moins à Cornas qu’ailleurs… Photo©MichelSmith

Je vois déjà certains lecteurs bien intentionnés prendre le clavier pour m’écrire que cette pratique est obsolète, qu’elle n’est plus le fait que de quelques vignerons paysans reculés dans leur misérable appellation. Eh bien détrompez-vous. Elle touche encore pas mal de vignerons, des grands comme des petits, des bons comme des médiocres. Ceux qui, par exemple, n’ont pas la trésorerie nécessaire à une mise globale. Ceux qui préfèrent stocker un peu en cuve au cas ou un négociant serait prêt à mettre le prix en payant sur le champ. Ceux, comme mon copain du début, qui n’ont pas de grand réseau commercial et qui vendent leur vin au coup par coup. Soit, mais que faire ? La solution est simple : informer le consommateur d’une manière ou d’une autre. Il suffirait d’écrire « Première mise » ou « Deuxième mise » ou encore « Troisième mise » sur l’étiquette ou sur la contre-étiquette. Ou bien il suffirait de mettre clairement une date de mise en bouteilles et non pas un chiffre codé placé dans un recoin. Simple, certes. Sauf que cela complique encore plus la vie du Vigneron qui a déjà tant à faire. Fort heureusement pour l’amateur, les vignerons éditent de plus en plus de petites cuvées… voire des micro cuvées.

Michel Smith


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Le vin n’est qu’un perpétuel grand marronnier.

Si, si, je vous le jure ! En trente ans, qu’est-ce qui a vraiment changé dans le discours sur le vin ? C’est bien simple, pas grand chose et je me le disais l’autre jour en lisant l’article d’un confrère, je ne sais plus lequel et de toute façon cela n’a que peu d’importance, qui se lamentait sur l’excès de bois que la dégustation d’un Bordeaux, je crois, faisait ressortir. Et c’est alors qu’après une de ces siestes au cours desquelles il m’arrive de réfléchir, je me suis dit que mille milliards de mille sabords, mais je tenais peu ou prou les mêmes propos il y a 30 ans sur tous ces « super pinards » boisés que l’on voyait fleurir et qu’on nous infligeait sous le nez. Conséquence : hormis la croisade des vins « nature », les discours n’ont guère évolués et les sujets non plus, soit-dit en passant. Il n’y a qu’à lire les blogs du vin pour s’en rendre compte…

Peter Fischer dans son chai à barriques. Photo©MichelSmith

Peter Fischer dans son chai à barriques. Photo©MichelSmith

À part le boisage du vin (au lieu de l’élevage), le sempiternel débat sur la machine à vendanger (bien ou mal ?), sur les vertus de la conduite sur fils (comparée au gobelet), ou sur les rendements (petits ou justes), la cryoextraction, la chaptalisation, la macération (carbo ou pas carbo ?), la décantation, les levures (industrielles ou indigènes), le goût de bouchon, des brettanomycès, la grande distribution, la dégustation, le prix du vin, la garde du vin, les livres sur le vin, la grande musique dans les chais, les œnologues starisés, les classements, les spéciaux vins, les guides, les salons, les primeurs, le millésime, le vin bio, le rosé, que sais-je encore, rares sont les sujets qui n’ont pas encore été abordés à maintes reprises dans la presse. Chez nous les journaleux, quand un sujet est ressassé, comme l’élection d’un pape ou la chasse aux œufs dans le jardin, la rentrée des classes et les vacances au ski, on le classe comme étant un « marronnier ». Et un marronnier, c’est chiant !

gregoire-livre-sa-premiere-machine-a-vendanger-en-chine

Alors, hormis les vins « nature » et son corollaire sur les effets bons ou mauvais de l’anhydride sulfureux, quel discours nouveau a-t-on à nous offrir ? J’ai beau réfléchir, je ne vois rien de très convaincant : le vin considéré enfin comme bien patrimonial ? Oui, peut-être… La nouvelle législation sur les appellations ? hum… Les mariages des rosés et des blancs avec la cuisine asiatique ? Mouais… L’œnotourisme ? Ma foi, pourquoi pas ? Le vin diabolisé sur la route ? Ça commençait déjà. Les capsules à vis ? On en parlait aussi. Les bag in box© ? Vieux comme Hérode. Les cuves en forme d’œuf ? Probablement, mais on peu pas dire que l’ovoïde se soit répandu partout.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Non, c’est un fait, s’il n’y avait le net et l’avènement du Piquepoul de Pinet et des vins du Sud (mais là, je prêche pour ma paroisse !),  le rosé-pamplemousse et le pet’nat’, je ne vois rien de franchement nouveau à l’horizon. Faudrait peut-être qu’ils se bougent le cul nos vignerons, non ? Et vous ? Voyez-vous quelque chose de nouveau qui puisse faire débat ? Vous cassez pas trop le ciboulot, y’a rien à gagner !

Michel Smith