Les 5 du Vin

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Comment survivre à un concours de vin ?

 

Beaucoup de gens dénigrent, un peu facilement, les concours de vins, mais sans nécessairement comprendre leur utilité dans un marché de plus en plus encombré d’une production qui s’élargit et se diversifie chaque année, tant au niveau des origines géographiques que par d’autres désignations. J’ai déjà évoqué mes sentiments sur les concours ici. A condition qu’il s’agisse de concours sérieusement menés, dans de bonnes conditions et avec des dégustateurs expérimentés (ce qui n’est pas toujours le cas, on le sait bien), je dirais que leur utilité tient à trois facteurs. D’abord à guider, puis à accélérer la vente de vins médaillés dans des lieux ou le consommateur doit choisir par lui-même, ce qui constitue, malheureusement, la grande majorité de cas dans presque tous les marchés du monde. Puis à faire connaître des vins de producteurs, régions ou pays qui ne sont pas ou peu connus. Enfin à créer une forme d’émulation parmi des producteurs susceptibles à soumettre leurs vins à ces concours. Mais tout cela est évidemment conditionné à une parfaite organisation, avec températures de service des vins, environnement et verrerie adaptés, règles claires de silence et d’anonymat, contrôle des résultats par une système statistique fiable, et, enfin, une charge de travail raisonnable pour les dégustateurs.

CMB

J’écris ces lignes du lieu ou vient de s’achever un de ces concours, le 22ème édition du Concours Mondial de Bruxelles qui, comme son titre ne l’indique pas, ne s’est produit que deux fois à Bruxelles. L’édition 2015 a eu lieu dans la ville balnéaire italienne de Jesolo, qui se trouve sur la côte adriatique près de Venise. Avec environ 300 dégustateurs, plus de 8000 vins à tester sur trois jours (on ne déguste que le matin et avec un maximum de 50 vins par séance, subdivisés en séries homogènes qui peuvent comporter entre 7 et 16 vins), le choix d’un lieu pose quelques problèmes aux organisateurs. Le parti-pris de ce concours est de se tenir toujours, sauf exception, dans une région viticole, ce qui limite encore les options. Il faut transporter, loger et nourrir tout ce beau monde, assurer un lieu adéquat pour les séances et le stockage, préparation et mise à température des vins, puis organiser des excursions dans les vignobles aux alentours les trois après-midis.

 testata-home-jesoloDes vacances à Jesolo ? Pas exactement ma tasse de thé

J’avoue que, bien que je comprenne parfaitement les contraintes mentionnées, Jesolo n’est pas un lieu que j’aurai choisi personnellement. Si vous ne le connaissez pas, et si vous n’aimez ni Deauville ni Palavas-les-Flots, je vous le déconseille formellement. Il y a de beaux endroits dans le Veneto, mais Jesolo n’en fait pas partie. Palavas-les-Flots x 5 ou 6, avec une dose de Deauville pour la frime et le clinquant dans certaines parties de ce long ruban de béton triste, hôtels et appartements confondus. Des milliers de boutiques vendent des tonnes de choses inutiles, la plupart moche. La plage, longue d’une bonne dizaine de kilomètres, est l’atout principal qui attire des foules d’hommes et de femmes sardines, avec le fait d’être justement en foule. Elle est propre mais souvent encombrée par des rangs serrés de chaises-longues et parasols, sans parler des crottes de toutous que les italiens rechignent à ramasser. Oui, il vaut mieux mettre ses aspirations esthétiques dans un sac bien ficelé pendant son séjour, mais, après tout, on est là pour travailler pour la cause du vin, à sa modeste manière. Et un après-midi à Venise, et deux sorties dans les vignobles de Prosecco et de Soave étaient là aussi pour ceux qui voulaient ou pouvaient y participer.

 

Revenons à ce concours, à son modèle économique et à la question des médailles. Je ne connais pas les détails du bilan de ce concours. Il s’agit évidemment d’une entreprise qui ne peut survivre qu’en gagnant suffisamment d’argent pour payer ses salariés et les frais conséquents d’une telle organisation annuelle. Les sources de revenus sont connus dans les grandes lignes : les sponsors, locaux ou internationaux, permanents ou ponctuels ; les sommes cumulées de ce qui est payé par les producteurs des échantillons soumis ; enfin la vente de médailles autocollants pour les vins ayant obtenus cette récompense. Les dégustateurs ne sont pas payés au Concours Mondial de Bruxelles, et je le regrette. Très peu de concours semblent être assez bien doté pour rémunérer les professionnels qui y dégustent. Les grands concours anglais, Decanter ou IWSC, font partie de ceux-là. Les montants versés ne sont pas énormes (de l’ordre de 100 ou 150 d’euros par jour je crois), mais cette somme symbolique me semble une forme de justice pour le travail rendu, car il est ardu de rester concentré et de tenter d’être juste dans ses jugements pendant 4 heures par jour. Et on donne largement 4 jours de son temps pour y participer, déplacements compris.

 

Les concours reconnus internationalement n’ont pas le droit d’attribuer des médailles à plus d’un tiers des échantillons soumis. Ensuite, les bons concours doivent œuvrer toute l’année pour tenter de contrôler les vins mis en marché avec leurs médailles affichés afin de s’assurer qu’il s’agit bien de la même cuvée. Ce n’est pas si évident quand on connait la dispersion géographique des marchés. Pour revenir à mon cas personnel et à ce concours en particulier, je constate que j’étais, sur les trois jours, un peu plus généreux que cela en attribuant des notes qui pouvaient, prises seules, donner des médailles à 36% des 150 vins dégustés. Mais il n’y a aucune chance que le résultat final pour ces séries de vins coïncide avec mes jugements personnels. D’abord parce que je faisais partie d’un jury de 6 membres et que j’ignore quelles étaient leurs notations, sauf de temps en temps pour voir à quel point nous étions d’accord (ou pas) sur un vin. Puis parce que l’organisation prévoit des contrôles, à la fois par analyse statistique sur des notations parfois aberrantes (une fatigue momentanée arrive à tous), et aussi en présentant, parfois, la même série de vins à deux jurés différents sans que ceux-ci ne soient au courant.

 

Quels sont les vins que mon jury a du juger ? Parmi les provenances cette année étaient le Chili (sauvignon blanc), la vallée du Rhône (côte du rhône et côte du rhône villages) Champagne, Rioja, Chianti, Veneto,  Sicile (grillo) et Rueda (verdejo). On ne sait jamais l’origine (ni cépage, ni région/appellation, ni pays) des séries dégustés : juste le type (blanc sec, rouge sec, effervescent, etc. Evidemment les bouteilles sont masquées et identifié par des numéros de série qui doivent être vérifié par le responsable de chaque table, qui doit également contrôler que l’échantillon n’est pas bouchonné. J’avais cette charge cette année, comme depuis trois ans. J’ai tenu des statistiques sur la proportion de vins bouchonnés ou altérés par un bouchon ne remplissant pas sa fonction (oxydation prématurée d’un flacon) cette année et le chiffre frise 3%, un peu plus si je soustrait les vins fermés par une capsule à vis du total. Pour le TCA du au bouchon seul mon chiffre est de 1,7%. C’est toujours inacceptable selon moi. Je signale qu’Amorim est un des sponsors de ce concours.

Comment étaient les vins? Forcément très variables, comme dans n’importe presque quelle série. Il est bon de rappeler qu’une médaille d’argent doit, dans son esprit, correspondre à un vin libre de défauts, bien équilibré et agréable, tandis qu’un vin ne mérite une médaille d’or que s’il possède, en plus, finesse et une bonne intensité d’expression. Le catégorie suprême est celle de « Grand Gold » qui doit être réservé à des vins considérés comme exceptionnels. Je n’ai accordé ce niveau qu’à 2 vins sur les trois jours (sur un ensemble de 150 vins).

plovdiv-bulgarije-maartPlovdiv, en Bulgarie, sera le siège de la prochaine édition du CMB. Ouf !

Alors comment survivre dans tout cela ? J’avais du mal me première année à m’adapter aux grilles de notation que je trouvais trop rigides and limitants, étant habitué à étendre ma prose descriptive mais certainement trop personnelle et inapplicable dans une telle situation. Mais je m’y suis fait et, pour finir, je trouve que c’est assez bien fait. Cela permet bien de relativiser un vin par rapport à un autre du même type. Et la dernière ligne de notation, dotée d’une coefficient élevé, autorise l’injection d’une appréciation plus individuelle quant à la qualité globale du vin. Notre jury avait des écarts de notation que je peux qualifier de sains (entre 80 et 87/100 par exemple) sur un même vin lorsque j’en ai effectué des contrôles. Mais rien n’indique que ce fut toujours le cas et je suis contre une volonté de faire converger les avis de toute façon. Cela tombe bien car cela ne fait pas partie des consignes de ce concours. On survit en faisant simplement le travail demandé. C’est fatigant par moment, bien entendu. Mais il y a un bel état d’esprit, en tout cas dans les groupes que j’ai eu à conduire. Et on peut aussi éviter les longues sorties en car ou des promenades à Palavas-les-Flots et lire un bon livre dans sa chambre si on le veut les après-midi et soirs. Puis j’ai trouvé un bar à vins agréable aussi.

Enfin nous venons d’apprendre que l’édition 2016 de ce concours aura lieu dans la ville bulgare de Plovdiv, une vrai ville historique avec une architecture plein d’intérêt, entouré de montagnes et, je l’espère, de vignobles. L’espoir et l’anticipation fait vivre. La vie n’est pas si compliquée pour finir.

 

David 

 


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Mises fractionnées ? La plaie !

Voilà qu’en Bourgogne certains souhaitent rallonger la liste des grands crus et premiers crus, tandis qu’à la veille des vendanges dans le Languedoc-Roussillon et la Vallée du Rhône, la course au raisin – qui se fait de plus en plus rare – est enclenchée par les négociants. C’est clair que, confronté à ces nouvelles toutes fraîches, le sujet que je vais vous proposer va vous paraître quelque peu réchauffé. Pourtant, il y a longtemps que ça me turlupine cette affaire-là… Déjà, lorsque je démarrais dans le vin, certaines pratiques de cave me laissaient pantois. Cela m’est revenu l’autre jour alors que je discutais de choses et d’autres dans la cave d’un vigneron-ami à qui je venais de poser la question qui fâche après avoir goûté le vin d’une grosse cuve assez bien remplie. Je reproduis à peu près notre dialogue :

Moi – Et cette cuvée, tu vas la mettre en bouteilles quand ?

Lui – D’ici la fin du mois, je ferais une première mise de 4 à 5.000 bouteilles…

Moi – Et pourquoi pas tout d’un coup ? (soit environ 8.000 bouteilles, ndlr)

Lui – Ben parce que je n’ai pas la place de stocker les cartons… Et pour dire vrai, je ne suis pas certain de pouvoir tout vendre en quelques mois.

Moi – Tu pourrais trouver un coin pour empiler tes bouteilles nues en palettes et les habiller au fur et à mesure de tes commandes.

Lui – Non, c’est compliqué tout ça. Je préfère faire deux chantiers de mises dans l’année… parfois même trois en fonction des commandes.

Moi – Ok, mais dans ce cas, à chaque mise tu as un vin différent. Je veux dire que le second embouteillage n’aura pas le même goût qu’à la première mise.

Lui – Oui, et ça pose un problème ?

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l'on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour le nouveau que l’on attend avec impatience. Photo©MichelSmith

Bien sûr que cela pose problème. Oh rien de capital… Pourtant, moi je ne trouve pas ça bien du tout et je vous explique pourquoi, à mes yeux, cette pratique des mises fractionnées n’est pas très logique à l’égard du consommateur. Son client, admettons qu’il achète ce vin après avoir lu l’article qu’un critique émérite – on va citer Hervé Lalau – lui consacrait dans l’IVV, par exemple. Le journaliste, qui s’y prend toujours en avance pour collecter l’info, a goûté le vin en Janvier qui suit la récolte, directement à la cuve, comme je viens de le faire. Ce même vin sera (partiellement) mis en bouteilles deux ou trois mois plus tard après une filtration lâche, comme on dit. Déjà, après cette opération, il n’aura pas le même goût que lorsqu’il reposait tranquillement dans sa cuve. C’est pour cela, au passage, que je me fais un devoir de n’écrire sur un vin que lorsqu’il a été mis en bouteilles. Disons que c’est ma façon à moi d’être proche de mon lectorat (éventuel).

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser pour les cuves de tailles moyennes, comme ici au Domaine Les Aurelles. Photo©MichelSmith

Il faudra encore un, deux ou trois mois avant que le consommateur déniche ce vin chez son caviste et le lui achète en petite quantité car il n’est pas toujours très riche. Avec six bouteilles, il en aura assez pour tenir jusqu’à l’été. Cela tombe bien justement car, cet été, il prévoit de visiter les Gorges de l’Ardèche. Il a repéré le domaine sur Google Maps et il sait déjà qu’il passera à quelques lieues de l’endroit où ce Côtes du Vivarais est vinifié. Il en profitera pour faire, à moindre prix, le plein de la cuvée qu’il a aimé et visitera la cave par la même occasion. Sauf que la cuvée en question, qui entre-temps a obtenu un certain succès, a été mise en bouteilles en Juillet, juste avant les vacances de notre œnophile. Non seulement il n’aura pas la chance de boire le même vin que le critique passé en coup de vent l’automne dernier, mais il ne retrouvera pas non plus le vin qu’il avait acheté chez son caviste. Pour la bonne raison qu’entre temps le vin aura mûri dans sa cuve, nourri par ses lies fines. Et que les tannins qu’il aimait tant se seront assouplis.

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

La question ne devrait pas se poser non plus pour les vins vinifiés dans des oeufs, comme ici chez Jérémie Mourat en Vendée. Photo©MichelSmith

Pour certains amateurs, cette problématique de mises fractionnées étalées sur une année ou plus ne pose aucun problème. Ils n’y prêtent aucune attention, à moins qu’il ne trouvent le vin meilleur, plus fondu, et c’est l’essentiel. Et si par hasard ils étaient déçus, le vin restera tout de même appréciable sur un bon gigot. Pour d’autres râleurs comme moi, ou pour celui ou celle qui préfère son gamay ou son grenache en plein sur le fruit, emprisonné tôt dans sa bouteille, ce sera une autre histoire. À moins qu’on lui explique gentiment que pour des raisons pratiques d’organisation le vigneron fractionne sa mise, il s’attend à retrouver le même jus puisque l’étiquette, comme le millésime, eux, n’ont pas changé.

Et on espère qu'elle ne se pose moins à Cornas qu'ailleurs... Photo©MichelSmith

Et on espère qu’elle ne se pose moins à Cornas qu’ailleurs… Photo©MichelSmith

Je vois déjà certains lecteurs bien intentionnés prendre le clavier pour m’écrire que cette pratique est obsolète, qu’elle n’est plus le fait que de quelques vignerons paysans reculés dans leur misérable appellation. Eh bien détrompez-vous. Elle touche encore pas mal de vignerons, des grands comme des petits, des bons comme des médiocres. Ceux qui, par exemple, n’ont pas la trésorerie nécessaire à une mise globale. Ceux qui préfèrent stocker un peu en cuve au cas ou un négociant serait prêt à mettre le prix en payant sur le champ. Ceux, comme mon copain du début, qui n’ont pas de grand réseau commercial et qui vendent leur vin au coup par coup. Soit, mais que faire ? La solution est simple : informer le consommateur d’une manière ou d’une autre. Il suffirait d’écrire « Première mise » ou « Deuxième mise » ou encore « Troisième mise » sur l’étiquette ou sur la contre-étiquette. Ou bien il suffirait de mettre clairement une date de mise en bouteilles et non pas un chiffre codé placé dans un recoin. Simple, certes. Sauf que cela complique encore plus la vie du Vigneron qui a déjà tant à faire. Fort heureusement pour l’amateur, les vignerons éditent de plus en plus de petites cuvées… voire des micro cuvées.

Michel Smith


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Le vin n’est qu’un perpétuel grand marronnier.

Si, si, je vous le jure ! En trente ans, qu’est-ce qui a vraiment changé dans le discours sur le vin ? C’est bien simple, pas grand chose et je me le disais l’autre jour en lisant l’article d’un confrère, je ne sais plus lequel et de toute façon cela n’a que peu d’importance, qui se lamentait sur l’excès de bois que la dégustation d’un Bordeaux, je crois, faisait ressortir. Et c’est alors qu’après une de ces siestes au cours desquelles il m’arrive de réfléchir, je me suis dit que mille milliards de mille sabords, mais je tenais peu ou prou les mêmes propos il y a 30 ans sur tous ces « super pinards » boisés que l’on voyait fleurir et qu’on nous infligeait sous le nez. Conséquence : hormis la croisade des vins « nature », les discours n’ont guère évolués et les sujets non plus, soit-dit en passant. Il n’y a qu’à lire les blogs du vin pour s’en rendre compte…

Peter Fischer dans son chai à barriques. Photo©MichelSmith

Peter Fischer dans son chai à barriques. Photo©MichelSmith

À part le boisage du vin (au lieu de l’élevage), le sempiternel débat sur la machine à vendanger (bien ou mal ?), sur les vertus de la conduite sur fils (comparée au gobelet), ou sur les rendements (petits ou justes), la cryoextraction, la chaptalisation, la macération (carbo ou pas carbo ?), la décantation, les levures (industrielles ou indigènes), le goût de bouchon, des brettanomycès, la grande distribution, la dégustation, le prix du vin, la garde du vin, les livres sur le vin, la grande musique dans les chais, les œnologues starisés, les classements, les spéciaux vins, les guides, les salons, les primeurs, le millésime, le vin bio, le rosé, que sais-je encore, rares sont les sujets qui n’ont pas encore été abordés à maintes reprises dans la presse. Chez nous les journaleux, quand un sujet est ressassé, comme l’élection d’un pape ou la chasse aux œufs dans le jardin, la rentrée des classes et les vacances au ski, on le classe comme étant un « marronnier ». Et un marronnier, c’est chiant !

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Alors, hormis les vins « nature » et son corollaire sur les effets bons ou mauvais de l’anhydride sulfureux, quel discours nouveau a-t-on à nous offrir ? J’ai beau réfléchir, je ne vois rien de très convaincant : le vin considéré enfin comme bien patrimonial ? Oui, peut-être… La nouvelle législation sur les appellations ? hum… Les mariages des rosés et des blancs avec la cuisine asiatique ? Mouais… L’œnotourisme ? Ma foi, pourquoi pas ? Le vin diabolisé sur la route ? Ça commençait déjà. Les capsules à vis ? On en parlait aussi. Les bag in box© ? Vieux comme Hérode. Les cuves en forme d’œuf ? Probablement, mais on peu pas dire que l’ovoïde se soit répandu partout.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Non, c’est un fait, s’il n’y avait le net et l’avènement du Piquepoul de Pinet et des vins du Sud (mais là, je prêche pour ma paroisse !),  le rosé-pamplemousse et le pet’nat’, je ne vois rien de franchement nouveau à l’horizon. Faudrait peut-être qu’ils se bougent le cul nos vignerons, non ? Et vous ? Voyez-vous quelque chose de nouveau qui puisse faire débat ? Vous cassez pas trop le ciboulot, y’a rien à gagner !

Michel Smith


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Diviser par deux le nombre de régions françaises? Chiche!

Je suis très favorable à la réforme territoriale envisagée par M. Valls.

Diviser par deux le nombre de régions françaises? Chiche!

Et si on n’y arrive pas par la négociation, ou parce que tel président de région n’a pas envie de remettre son tablier, il faudra que le Parlement tranche (sur Mer).

CarteBalladur

Et si ça ne marche toujours pas? Alors vendons des régions!

La France a besoin d’argent. Pourquoi ne pas vendre le Nord-Pas de Calais à la Wallonie (avec le double avantage qu’en cas d’indépendance de la Flandre, elle constituerait alors une entité viable)?

Vendons aussi PACA à la Floride. Même taux de retraités élevé, même présence de bandes organisées, même culture d’entreprise. Je propose juste de garder le Vaucluse parce que quand même, vendre Châteauneuf, Gigondas et le Luberon aux Ricains, c’est non!

Vendons le Calvados au 12ème arrondissement de Paris. Fiscalement, ce sera avantageux pour les gens du Marais qui ont une villa à Deauville ou Cabourg.

Vendons la Loire Atlantique aux Atlantes, comme ça, on n’aura plus à se poser la question de la Bretagne à 4 ou 5 départements et du chef lieu de région.

Ne gardons que les régions de grands crus. Avec, éventuellement, des corridors de transit pour les assemblages.

Divisons aussi le nombre d’AOC par deux. Inspirons nous du modèle d’Air Parif. Ne seraient utilisables en année paire que les AOC dont les départements ont un numéro pair, et en année impaire que les AOC des départements à numéro impair.

Vive la France, une et fermentescible ! Liberté, égalité, buvabilité.

Hervé Lalau


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Aucune garantie pour le vin !

Je ne suis pas un génie de la consommation ni un roi de la défense (ou de la défonce…) du consommateur. Pas même un anti vin dit « nature » ou bio. Les risques ne me font pas (trop) peur. Je ne déteste pas Tarriquet et encore moins Georges Duboeuf ou Gérard Bertrand. Or, il m’est apparu dans un songe virant presqu’au cauchemar ce matin que, petit a) je n’avais toujours pas pondu mon article du Jeudi ; petit b) que le vin n’entrait pas (ou si peu) dans la gamme des produits de consommation courante offrant une garantie ; petit c) que ce sujet-là était si rarement abordé sur les blogs généralistes du vin que j’avais une chance d’intéresser le Lecteur brossé dans le sens du poil, comme toujours. Encore un sujet niais, me direz vous. Soit, je l’assume.

Photo©MS

Photo©MS

C’est vrai ça ! Quelles garanties avons-nous de boire un bon vin ? Nada ! Que dalle mes potos ! Pour nous consommateurs de vins, même « pros », c’est à nos risques et périls. Votre plaquette de beurre est défectueuse, elle présente une odeur de rance ou tout autre défaut, vous pouvez toujours la ramener à votre hyper. Cela prendra peut-être du temps, mais en y mettant les formes il y a de fortes chances pour qu’on vous la remplace illico. Idem avec vos chips à l’ancienne trop molles, votre calendos amoniaqué ou votre sauciflard qui frise la moisissure. Raison pour lesquelles nos industriels ne lésinent nullement sur les produits chimiques dits « conservateurs » et ne manquent pas d’imagination pour protéger leurs trésors de malbouffe dans des emballages de génie qui contribuent à la pollution de notre planète. D’ailleurs, ils ne se gênent pas non plus côté vins.

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Mais mettez-vous un instant dans la peau d’un consommateur qui rapporterait une bouteille de vin à son vendeur avec ce genre de complainte : « Mes invités trouvent qu’il a un goût bizarre, je vous retourne ce Beaujolais Nouveau pour le changer contre un autre. » Ou même : « Il y a un goût de bouchon dans ce Château Truc acheté ici même à la Foire au Vin d’Octobre dernier, remboursez-moi ! » Ou encore « Regardez l’étiquette de mon Clos Machin que vous auriez dû protéger dans un emballage plastique, elle est foutue parce que ma boîte de lait à 6 pour le prix de 5 s’est éclatée dans le Caddie© ». La preuve est là, flagrante : face au vin, à moins d’avoir appris par cœur le Bettane & Desseauve, ne sachant déjà pas vraiment ce qu’il achète, le consommateur lambda, vous et moi, est en plus totalement démuni de garantie ! On pourrait avancer que le vin est l’un des rares produits « vivants » que l’on achète en payant parfois fort cher sans aucune garantie de satisfaction. Même s’il s’agit de Château Petrus.

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Certes, pour les amoureux du vin il y a des solutions. Par exemple, prendre la peine de dénicher un bon caviste et de s’y attacher en suivant ses conseils d’achat, mais là encore, ce n’est pas évident. Combien sont-ils à nous inspirer une réelle confiance ? Quelles garanties offrent-t-ils réellement à leurs clients ? Quels services ? Un parking gratuit avec un porteur pour glisser avec soin le carton acheté dans le coffre de voiture ? Quelques bouteilles débouchées le Samedi matin pour faire déguster aux fidèles et ainsi faciliter leur choix ? Un remplacement plutôt agacé pour une bouteille que l’on croit « bouchonnée » alors qu’elle a le goût d’une planche mal repassée ? Un bouchon émietté ? Un dépôt ? Un trouble ? Un nez bizarre ? Un goût d’égout ? « Et alors ma bonne dame, je n’y peux rien. Ce n’est pas moi qui fait le vin. » Le caviste – le caviste sérieux s’entend – est pourtant le seul commerçant qui pourra vous offrir une garantie minimum en cas de pépin. Certes, bon gré mal gré il vous remplacera la bouteille, mais il aura un mal de chien à faire comprendre au vigneron que ce dernier devrait lui remplacer la bouteille jugée défectueuse par un type qui se dit « connaisseur »… à moins de tomber sur une grosse boîte, un négociant compréhensif ou un revendeur qui a les moyens de bien faire son métier. Reste la question qui tue et que j’ai oublié de poser : est-ce qu’un Michel Chapoutier, une Philippine de Rothschild ou un Guigal accepterait de remplacer une bouteille d’Ermitage, de Petit Mouton ou de Landonne ? Essayez voir…

Un vrai bon caviste, les Caves Maillol à Perpignan ! Photo©MS

Un vrai bon caviste, Guillaume, des Caves Maillol à Perpignan ! Photo©MS

Vous pensez qu’il vaut mieux dans ce cas opter pour un marchand de vins dits sans soufre ? Avez vous la certitude que son Morgon n’a pas traîné 10 mois exposé à la lumière ou à la chaleur du magasin ? Le brave homme ou l’avenante marchande seront-ils d’accord pour vous remplacer une bouteille au goût de cul de poule ? Tentez l’expérience et il y a fort à parier que vous serez catalogué de piètre amateur incapable de reconnaître dans ce vin « nature » la réelle noblesse du raisin foulé aux doigts de pieds (de fée ?)

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L’autre solution, celle de l’achat à la propriété, n’est jouable que dans le seul cas où l’on sait que l’on peut faire confiance au vigneron. On connaît le gars (ou la fille), son nom est dans tous les guides, on l’a même rencontré lors d’un salon et, avant tout, on est un inconditionnel de son vin. Pourtant, imaginez que vous receviez un jour une commande et que le vin qui va avec ne ressemble pas du tout à ce que vous attendiez de lui. Dans ce cas, à moins de palabrer au téléphone, de prendre un week-end en Bourgogne pour ramener la marchandise à son lieu de naissance afin d’implorer un changement, ou de la renvoyer à vos frais par un transporteur, il ne vous reste plus que vos yeux pour pleurer. Car là encore, il n’y a aucune garantie pour le consommateur. Et que dire de la vente en ligne et de certains sites qui ne sont même pas capables de rembourser des cartons de grands crus jamais livrés bien que payés d’avance ?

Boire du vin comporte des risques et c’est peut-être pour cela que nous l’aimons, notre cher pinard car il nous en fait voir de toutes les couleurs. Vous me direz que consommer des huîtres ou des fromages c’est aussi risqué. Cela dit, je suis étonné de constater que les compagnies d’assurances n’aient pas encore réfléchi à ces problèmes de la vie courante. À quand la garantie offerte pour 5 ou 10 euros de plus, selon la commande ? Les cavistes, s’ils veulent redorer leurs blasons, feraient bien d’étudier une assurance garantie idoine qui redonne confiance au consommateur. Sinon, il risque de se tourner de plus en plus vers les vins de cavalerie que l’on trouve dans les grandes surfaces… Sauf dans les quartiers chics à haut pouvoir d’achat, bien sûr.

Bon, allez, assez gueulé. J’vais m’recoucher…

Michel Smith


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Au moins, nos enfants sauront !

En ce moment, j’entends dire, je lis et je vois quantité de reproches et de textes furibards suite à l’inqualifiable déclaration du Directeur de l’ANPAA, rapportée lors d’un entretien au Wine Spectator, article que je vous livre ici dans sa version d’origine et non traduite, sous la signature de Suzanne Mustacich. Yes ! Il faut travailler son Anglais. Tout comme le sieur Pousson sur son blog, passablement irrité, notre Hervé national s’est fendu d’un texte beaucoup plus court, ironique et frappé au coin du bon sens comme à son habitude, dans son propre blog il y a quelques jours en y dénonçant le plus justement du monde ce climat hystérico-dictatorial-hygiéniste qui règne en France, surtout dans la sphère du vin.

J’avoue que j’en perds mon Latin en même temps que mon Grec, mon Provençal et mon Catalan aussi. Dire que je suis abasourdi serait un euphémisme. Que ce débat m’ennui et qu’il me laisse coi serait loin de la vérité. Je n’ai pas étudié le Droit, mais nous faire croire que Patrick Elineau, le Directeur de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie serait en mesure de nous interdire la parole du vin relève de la plus pure élucubration car, quand bien même le type aurait les moyens de menacer nos libertés fondamentales en faisant caviarder dans les blogs et autres réseaux sociaux nos débordements vineux, je pense qu’il n’arriverait pas à ses fins. On joue à se faire peur, comme des enfants dans une cour de récré. Dans ce cas, que répondre face à la connerie humaine ? Que faire ? Quels arguments publier ? Que dire de mon côté pour apporter une pierre à ce concert de critiques auquel j’adhère bien entendu plus que j’en ai l’air ? Rester coi dans mon coin, comme je le dis un peu plus haut ? Oui, j’émets des doutes sur la réelle efficacité et la portée de ces protestations tous azimuts. Pousser des cris d’orfraies, monter au créneau, foutre le bordel, franchement, à quoi cela sert-il ?

Pourtant, il m’est venu une idée juste avant de m’enfoncer dans mon sommeil l’autre soir. La meilleure initiative ne serait-elle pas de faire appel à nos enfants ? Non pour aller manifester devant les fenêtres de l’organisme financé par nos impôts, ce serait irresponsable et trop facile. Qui sait, nos chers chérubins pourraient être agressés en chemin par des pédophiles et sollicités par des trafiquants de drogue. Ils pourraient aussi être lacrimo-gazés par nos chers CRS qui pourtant n’ont plus envie de se faire traiter de SS. Non, il y a plus simple, plus efficace : l’éducation in situ. En les menant le plus souvent possible dans nos vignes, par exemple. En leur faisant expliquer la taille par un ami vigneron. En leur faisant sniffer le vin que l’on sert à la table et en leur demandant d’y trouver des effluves familières. En leur offrant le spectacle joyeux de la vendange à la main et de la grillade qui suit où une ribambelle de mômes s’égosillent tandis que les parents discutent sur les qualités de tel ou tel millésime. Les enfants, eux, ils adorent ça cueillir le raisin, fureter dans les vignes à la recherche des coccinelles, goûter les grains juteux et sucrés. Tout cela en attendant peut-être l’âge mûr où leurs parents leur feront goûter de plein gré un dé à coudre de Chinon, de Morgon ou de Mâcon. Et jusque dans les grandes villes où il y a encore tant de clos à visiter et des passionnés pour cultiver cette liane antique fondatrice de notre société.

Joseph et Amandine Parcé élèvent leurs enfants dans le vin. Normal, ils sont vignerons ! Photo©MichelSmith

Joseph et Amandine Parcé élèvent leurs enfants dans le vin… Normal, ils sont vignerons ! Photo©MichelSmith

Alors, par pure curiosité (malsaine ?), je me suis amusé à consulter ma bible électronique, mon cher Google, en y inscrivant ces quatre mots en guise de thèmes de recherche : « Les vendanges des enfants ». Résultat, plus de 9.000 articles émanant surtout de la PQR (presse quotidienne régionale), la plupart du temps. Midi Libre, Sud Ouest, La Dépêche, L’Est Républicain, La Charente Libre, Le Bien Public, n’en jetez plus ! Même L’Express, Le Journal du Jura, Le Petit Bleu du Lot-et-Garonne et L’Observateur de Beauvais s’y sont mis. Chez moi, dans l’Indépendant, ces temps-ci les enfants des écoles sont dans les vignes, le plus souvent conduits par leurs professeurs (responsables), accompagnés par des parents (responsables) et des vignerons (responsables) dont certains éditent des cuvées spéciales ornées de dessins d’enfants et destinées aux parents qui ne manqueront pas, comme le firent les miens, jadis, d’en faire goûter quelques goutes au moment du débouchage le Dimanche matin avant d’attaquer le gigot.

« Tiens, mon poussin, trempe ton doigt dans ce Chambertin et passe moi ton verre de grenadine que j’en fasse autant ! » Cela vous choque ? Ou préférez-vous les laisser boire du Coca Cola ? Pour ma part, il n’y a pas de lézard : ce sont nos enfants qui assureront la continuité du vin. Alors, aidons-les !

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Maintenant, si je me place ne serait-ce que le temps d’un mini paragraphe du côté des abstinents et des intégristes hygiénistes, j’ai un peu honte car j’ai bien l’impression que c’est chez moi, à Banyuls-sur-Mer, à deux pas de mes vignes d’alors, du temps où j’étais un buveur illégal, que tout a commencé. C’était un sombre jour d’Octobre de 1998 quand Monique Sapéras, la dynamique institutrice du village, elle même fille de vigneron, eut l’idée d’organiser « la vendange des enfants » le jour de la Fête des Vendanges dans un lopin de vignes cédées par la mairie. Quelle honte ! Un vrai scandale par les temps qui courent. Même la télé nationale, aux mains bien sûr des gauchistes, s’était déplacée, comme en témoignent ces images où l’on voit quelques papys tenter de soudoyer la jeunesse du pays. Quelle bande de pédophiles ! Et alcolos de surcroît !

Retour à la réalité, de Lombez à Roquelaure, d’Agen à Banyuls-sur-Mer, de Montoire-sur-le-Loir à Marseille, de Montfort-en-Chalosse à Avize, de Marsannay-la-Côte à Pamproux, de Lons-le-Saunier à Pommard, de Decazeville à Lédignan et dans toutes les régions où la vigne s’est faite insidieusement une place depuis des siècles, voire des millénaires, les enfants ont été de la fête du vin cette année. Comble de la provocation et de l’horreur, il arrive que nombre de nos chers chérubins viennent des classes maternelles pour cueillir du raisin et côtoyer les pinardiers ! Vous rendez-vous compte ? Mais, que fait la police,  je vous le demande ? Et pendant ce temps-là, que font nos braves hygiénistes pour dénoncer haut et fort de telles pratiques indignes de notre pays qui mettent en danger la santé de nos enfants ? Car quand bien même on leur fait boire du jus de raisin bio à ces mioches dont on abuse, intoxiqués qu’ils sont ils ne manqueront jamais de revenir à coup sûr dans les caves dès qu’ils auront un peu de poil au menton !

OLYMPUS DIGITAL CAMERALes parents boivent et les enfants trinquent, quelle honte ! Photo©MichelSmith

Tenez, à Paris aussi, où l’on fêtait la quatre vingtième édition de la fête des vendanges, à Montmartre pour être plus précis, en cet autre repaire de gredins soudards, on s’y met ! Regardez cette vidéo propagandiste (honteuse ?) où en compagnie des édiles parisiens et du chanteur Henri Dès (*) ce sont les enfants qui ouvrent la séance sous la pluie par de belles chansons d’amour, le tout suivi d’un bal popu. Mon dieu quelle horreur !

Alors, vous allez me dire qu’utiliser les enfants pour faire passer un message politique c’est scandaleux ! Peut-être, sauf qu’il ne s’agit pas de politique, mais d’une simple défense de notre civilisation, un fait sociétal, un rappel historique à nos origines. En effet, que deviendront nos enfants plus tard s’ils perdent l’habitude de boire un verre de vin (ou de bière, ou de cidre) de temps en temps, entre amis, histoire de célébrer un événement ou simplement pour le besoin de se réchauffer afin de mieux supporter les aléas de la vie, de mieux échanger, de mieux rire aussi… sur la connerie humaine, par exemple. Oui, que deviendront nos enfants si on les prive du vin ?

Michel Smith (Dangereux propagandiste, avec d’autres, du plaisir de boire en société)

  • (*) Comme un fait exprès, le dernier titre d’Henri Dès s’intitule « Casse pieds ». Il semble particulièrement destiné à ce cher directeur de l’ANPAAPatrick Elineau, qui me casse aussi les couilles. Paraît que les enfants adorent. Pour ceux qui n’auraient pu se brancher sur le lien conduisant au site du Wine Spectator mentionné au début de l’article, voici l’essentiel de ses propos scandaleux concernant la publicité du vin sur Internet et les discussions sur le vin en ligne (blogs et gazouillis inclus) :

« Speaking about the difficulty of policing the Internet, Elineau cited the Chinese government’s censorship of dissidents and Australia’s censorship of pornography and pedophilia as examples of ways the French could shut down discussion of wine in mediums such as Twitter and blogs. « When you see what happens with pro-Nazi websites, you see that there are ways of reacting ».

Et puisqu’en matière de vin, pour Mr Elineau, «le fin du fin c’est de ne jamais y toucher» (voir au centre de cette chronique de Jacques Berthomeau), rappelons lui cet élément de la propagande nazi : « Notre Führer, Adolf Hitler, ne boit aucun alcool et ne fume pas… Sa performance au travail est incroyable ! » (Auf der Wacht, 1937 : 18).


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La température monte, les crânes s’échauffent et les slogans fusent !

On le dit, on le croit  volontiers, on l’espère, même : la température remontera bientôt.

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Et ce sont surtout les têtes de nos penseurs d’AOP qui s’échauffent, voire qui surchauffent. Au frais de qui, d’ailleurs, j’aimerais bien le savoir ? Oui, si j’étais vigneron (quoique je le suis un peu, avec mes amis associés du Puch) et cotisant pour la cause commune des vins (là aussi, je paye, nous payons, modestement…), la noble cause d’une appellation en l’occurrence, je me dirais qu’il serait grand temps que je me pose des questions… et surtout, que j’obtienne des réponses.

Une fois de plus, j’aurais pu. Si j’étais un bon et consciencieux journaliste de droite, du centre, comme de gauche, j’aurais pu me lancer pour vous dans l’examen de cette nouvelle taxe sur le vin sur laquelle se pencheraient nos experts. Non, non et non ! D’abord parce que je n’exclue pas l’idée de mon cortex que la viticulture pourrait, même si elle le fait déjà en exportant un max, contribuer à l’effort national comme va devoir le faire le misérable retraité que je suis en train de devenir. Ensuite parce que les histoires d’économie et moi, ça fait deux : restons chacun de notre côté et les cochons seront mieux nourris. Résultat, je vais me venger sur un sujet bateau, un thème à la con. J’implore déjà le pardon auprès de mes rares suiveurs…

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Ce doit être cette foutue saison, mais je découvre avec étonnement (et retardement) que les appellations d’origine protégée – ou AOP pour les passéistes comme les Corbières qui se disent toujours AOC – ne jurent toujours que par un slogan;  une phrase qui,  lancée au hasard d’une conversation, devrait suffire à évoquer le nom, mais aussi les vins, les gens et les paysages d’une appellation ou d’une région viticole. Cela tient de la publicité pure, c’est un mal nécessaire, me direz-vous. Peut-être est-ce dans l’ordre des choses, en effet.

Après tout, les compagnies aériennes ont leurs slogans, les banques aussi, sans oublier les grandes surfaces, les assurances, les lunettiers et les fabricants de bagnoles. Mais quand la publicité consiste à distiller des conneries au nom des vignerons, alors là, je rouspète sec, pour ne pas changer. Et ce qui me tracasse le plus dans tout ça, c’est le coût d’une telle futilité. Oui, moi qui n’y connais que fifrelin en économie, moi qui fait une faute toutes les deux phrases, je m’autorise le plus humblement possible à demander à nos valeureux dirigeants d’appellations combien peut coûter une telle connerie? Oui, et plus précisément, combien il en coûte au contribuable, au vigneron, au consommateur ?

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Car on peut effectivement se demander à quoi cela peut il servir de payer une agence de pub ou de com, je ne sais plus – j’imagine quelques dizaines de millions d’euros – pour user du paperboard et pondre un putain de dossier qui se conclut, en prenant l’exemple de ce petit dernier annoncé à grand renfort de tralala dans la presse locale, par un slogan à la noix, que dis-je par un magistral : «Minervois, le Grand Vin millésimé par le vent» ! Magnifique ! Splendide trouvaille ! Du grand art digne de Marcel Bleustein-Blanchet !

Allons, allons, on se calme… Je suppose que nul, dans la vie actuelle, ne peut se passer d’un slogan. De l’humble entreprise de pompes funèbres à la grande pharmacie du coin, on a tous besoin de se positionner au travers d’une marque, d’un mot ou d’une phrase qui frappe et qui se retient, slogan que l’on associe au produit. Il faut cataloguer !

Ainsi, moi, je reste le «râleur de service». Il y a un an, j’étais «l’éternel insatisfait». Comme le savon ou le parfum, on doit se laisser résumer en une phrase courte et percutante. Parfois, cela a du bon ; parfois, cela relève du comique.

À une époque, lorsque l’on roulait sur la route côtière – la corniche si vous préférez, entre Argelès et Collioure – on avait le droit, au sortir d’un virage, à un immense panneau avec la bonne tronche dessinée d’un paysan-vigneron-rugbyman-forcément catalan, bien sûr coiffé d’un béret, qui tendait son bras musclé au bout duquel il tenait dans sa grosse main calleuse un verre plein. Et ce slogan fusait tel un ordre impérieux : «À ta santé, touriste !».

J’adorais cette pub à la gloire de Banyuls et des VDN (vins doux naturels, eh oui, le naturel était déjà à la mode…) d’un autre âge qui, sans complexes, invectivait le visiteur motorisé des années 80. Trente ans plus tard, la vogue des slogans autour du vin n’a pas baissé les voiles, loin s’en faut. Et d’ici à ce qu’on nous les trousse in English dans le texte, façon multinationale, il n’y qu’un pas qui sera bientôt franchi. «Care for a Rhône ? What else !»

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J’ai sorti quelques vieilles (ou moins vieilles) brochures l’autre jour, lors d’une crise de rangement et j’en ai tiré quelques perles. Jugez plutôt : «Terroirs de Passion Rouge et Or» pour les Premières Côtes de Bordeaux et Cadillac ; «Terre de blanc sec» pour l’Entre Deux Mers ; «Sacrée Nature !» pour les Côtes de Bourg qui se disaient aussi «L’enfant terrible de la famille Bordeaux» ; «Des personnalités à découvrir» pour les Bordeaux et Bordeaux Supérieur ; «Le Bordeaux créateur d’accords» pour Castillon Côtes de Bordeaux ; «Les grands blancs» pour les vins d’Alsace ; «Passion Jura» pour les vins du même nom ; «Les vins à découvrir» pour les vins du Sud Ouest ; «Un terroir fier d’afficher son caractère» pour Cahors; «La Provence par excellence» pour les Coteaux-d’Aix-en-Provence ; «Les grands vins qui chantent nos couleurs» pour la collective des vins du Roussillon…

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C’est drôle, non ? Mais quand on sait qu’un slogan ne doit guère durer plus de 2 ans avant que l’on ne décide d’en changer en même temps que l’on change de directeur ou de président, avec l’argent des vignerons, bien sûr, on sourit moins.

Alors Messieurs du Minervois (excusez-moi, mais je ne vois pas de dames sur la photo du journal local), puisque vous êtes les derniers à changer de slogan, dîtes-nous donc en toute amitié combien cela vous (nous) a-t-il coûté et qui a été le bénéficiaire de cette manne ? Cela ne devrait pas être un secret…

Car autant vous le dire, j’ai besoin d’un slogan pour le petit vin des Côtes Catalanes que je mets en bouteilles avec mes potes associés. Pour le moment, on a retenu «Puch, le vin qui a du punch ! » ou «Puch, le rouge qui cogne !»

Certes, je vous l’accorde, ce n’est pas génial. En revanche, ça ne nous a rien coûté.

Michel Smith

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