Le Beaujolais Nouveau au Québec: une histoire d’amour-haine

Notre confrère et ami Marc André Gagnon (Vin Québec) retrace pour nous l’évolution du vin nouveau dans la Belle Province.

Au Québec, le beaujolais nouveau a fait une arrivée modeste: c’était en 1975, et il s’en est vendu seulement 200 caisses, cette année là. Notre monopole d’État du commerce des vins, la SAQ, était prudente et le distribuait au compte-goutte.

Puis, petit à petit, marketing aidant, le troisième jeudi de novembre a fini par connaître ce que l’on a appelé la «folie du Beaujolais». Les foules se pressaient tôt le matin pour acheter les bouteilles de ce nectar nouveau.

2000, année du bogue et du Beaujolais

Le point culminant fut atteint en 2000: cette année-là, la SAQ a mis en vente 14 vins primeurs pour un total de 48 500 caisses. Un succès: 26 000 caisses ont été écoulées en la seule journée du 16 novembre 2000.

«Des files d’attente à toutes les succursales SAQ, tôt le matin, témoignaient de la forte popularité de cet évènement auprès des Québécois», se rappelle la porte-parole de la SAQ, Linda Bouchard. 

Il n’y avait pas que du beaujolais nouveau, mais aussi du gamay nouveau et beaucoup de vino novello – ce vin nouveau d’Italie était même le plus gros vendeur. Il faut dire qu’au Québec, le beaujolais nouveau est de loin le plus cher, car les bouteilles font le voyage en avion, alors que les autres vins nouveaux prennent le bateau et sont donc beaucoup moins chers.

La lente descente aux enfers

Puis, la folie fit place à un peu de sagesse. Cinq ans plus tard, en 2005, le Québec n’importait plus que 11 500 caisses de vins de primeurs de France et 10 000 caisses de vino novello. Le vin nouveau s’écoulait maintenant plus lentement, à tel point que l’année suivante, la Société des Alcools du Québec (SAQ) n’en importa que 14.000 caisses; puis la moitié, soit 7.000 caisses en 2007, puis 4.100 en 2008. 

L’engouement des Québécois pour le vin nouveau semblait avoir disparu en quelques années. Que s’était-il passé? Son étoile avait beaucoup pâli: on le trouvait maigre et aigrelet; et surtout on disait qu’il donnait mal à la tête et parfois même à l’estomac. Il était aussi trop cher.

On entendait alors (et on entend encore) des phrases du genre: «pourquoi acheter du beaujolais nouveau quand on peut acheter du bon vin?» 

Notre cher monopole importait du vin nouveau de grosses compagnies françaises et italiennes: Georges Duboeuf, Mommessin et Botter. On disait que c’était du beaujolais nouveau industriel. 

Le monopole diversifia alors son offre en proposant de la Syrah Primeur et même du Muscadet Nouveau. L’année dernière, elle a ajouté du Care Nouveau, un vin primeur d’Espagne. Tout cela sans grand succès, on en est toujours à 4100 caisses.

Finalement, notre gros monopole s’est décidé il y a quelques années d’importer aussi du beaujolais de plus petits producteurs, dont Jean-Paul Brun et Pierre-Marie Chermette, qui, pour moi, sont les deux meilleurs vins nouveaux parmi les 8 proposés cette année par la SAQ.

Le point en 2018

Cette année, pour la 43e année de présence du vin nouveau au Québec, 4.110 caisses ont été mises en vente. Et il n’y a pas de vino novello. «Notre fournisseur n’a pas été en mesure de livrer les stocks dans les temps en raison de problèmes d’embouteillage et de délais de production», nous dit la SAQ.

Le beaujolais nouveau reste cher Québec – entre 15,75 $ à 19,95 $; soit de 10,50 € à 13,30 €, cette année; alors que le vin nouveau d’Ardèche et d’Espagne se vend entre 11,85 et 12,95 $ (7,90 à 8,65 € ). Ceci, dans une contexte de forte concurrence, car la SAQ propose près de 800 vins à moins de 15 $ (ceci, sans compter les vins proposés dans les 8.000 épiceries).

Cette année, il y a donc 8 vins nouveaux sur le marché québécois; je vous en donne la liste ci-dessous, avec mon commentaire entre parenthèses:

– 1.190 caisses de Gamay Nouveau de l’Ardèche de Georges Duboeuf 12,95 $ (Bon)

-1.000 caisses de Care Nouveau, Espagne 11,85 $ (Correct)

-616 caisses de Beaujolais Nouveau Mommessin 15,75 $ (Bon)

-352 caisses de Beaujolais Nouveau de Georges Duboeuf 16,95 $ (Correct)

-336 caisses P.M. Chermette Vin Nouveau 18,40 $ (Bien bon)

-336 caisses Jean-Paul Brun Beaujolais Nouveau 18,65 $ (Bien bon)

-300 caisses Laurence et Rémi Dufaitre, Vin de France Nouveau 19,95 $ (Pas bon)

-280 caisses de Trenel, Beaujolais Nouveau 17,50 $. (Correct).

Comme la SAQ a 409 succursales, certaines n’offriront pas tout ce choix. Par ailleurs, aucun de ces vins ne sont présents dans les 8.000 épiceries du Québec, qui ne sont autorisées qu’à ne vendre que du vin embouteillé ici. Alors, aura-t-on un jour du vin nouveau importé en vrac? Notons aussi que nous ne produisons pas de vin québécois nouveau; du moins pas encore.

Pour résumer, oui, l’arrivée du beaujolais nouveau reste une occasion de fêter, mais on peut fêter avec du bon vin ! 

Alors, bon beaujolais et surtout, bonne fin de semaine, comme on dit au Québec!

Marc André Gagnon

3 réflexions sur “Le Beaujolais Nouveau au Québec: une histoire d’amour-haine

  1. jean-marie PAUL

    Merci pour cet inventaire détaillé . J’en retiens que le vin le plus cher est le moins contrôlé ( VDF) et surtout le moins bon . Ce paradoxe est si fréquent dans le monde du vin que l’on ne s’en étonne plus !

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  2. Adrien Deshayes

    Trouver un avis directement négatif sur un vin me surprend à chaque fois fois : « Laurence et Rémi Dufaitre, Vin de France Nouveau 19,95 $ (Pas bon) ».
    Franchement, cela fait du bien de lire cela, car des vins avec des défauts, même pour un amateur averti, on en croise tout de même assez fréquemment. Et, du moins en France, on ne les voit pas souvent relevés nommément, que ce soit dans la presse traditionnelle, les nouveaux médias ou les forums.
    On en comprend souvent les raisons de la part des journalistes : cas isolé d’une bouteille déviante, temps passé à relever les meilleures bouteilles vs temps passé à relever les pires, politiquement correcto-commercial, etc.
    De la part des amateurs, cela me pose plus de questions toutefois.
    En tout cas, merci Marc André Gagnon pour votre franchise.

    Aimé par 2 personnes

  3. Marc-André Gagnon

    Votre commentaire est très intéressant, M. Deshayes.
    En effet, si tous nos avis sont positifs, ce n’est plus de la critique, mais des louages.
    Oui, cacher une partie de la réalité, ne pas dire toute la vérité, n’est-ce pas un peu mentir?

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