Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

WP_2016


2 Commentaires

Barcelone andalouse : l’ange, le Jésus et le fino (2)

Résumé de l’épisode précédent : ce jour-là, nous avions deux anniversaires à célébrer : le mien et celui de Vincent Pousson, un copain expatrié en Catalogne ; il faisait beau et pour l’occasion nous nous étions donnés rendez-vous à Barcelone, histoire de vérifier ce que le sieur Pousson tenait pour info majeure, à savoir l’andalousiation de la capitale catalane et son ouverture au monde mystérieux du roi des vins, le Jerez et sa suite. Pour en savoir plus, commencez donc par lire ICI.

street--v1772787-26

C’est ainsi que le taxi jaune et noir nous jette fissa Passeig de Gracia, au beau milieu de la foule bigarrée, à quelques encablures de Catalunya, pile devant l’entrée du Mandarin (prononcez « mandarine ») Oriental. Passons sur le design quelque peu criard, mélange moderniste de bling bling et de kitsch, qui plaît à certains, mais pas à d’autres, un peu comme le décorum de son petit frère parisien où officie un chef fort bien médiatisé.

barcelona-2015-fine-dining-bistreau-03

Vincent nous conduit sans plus attendre dans une vaste et haute pièce lumineuse aux allures de cathédrale privée qui aurait été édifiée pour un président mégalo ou quelques nouveaux riches. Pourquoi les fauteuils doivent-ils ressembler à des trônes blancs pour mieux s’asseoir à la table du déjeuner ? Je ne trouve pas de réponse à cela, même si à l’usage, l’assise se révèlera hyper confortable. À dire vrai, le temps d’un bref instant, je ne me sens pas très rassuré jusqu’à l’arrivée heureuse d’un personnel en partie francophone qui nous installe avec force de gentillesse dans un angle de la pièce. À ce moment-là, je commence à avoir la sensation que je vais vivre un moment unique, assister à un spectacle étrange, peut-être, mais très particulier.

WP_20160406_026

Avant d’attaquer l’apéro, autant par nécessité que par curiosité, j’en profite pour faire une visite classique aux petits coins. Dans le domaine de l’avant-gardisme, et depuis le temps qu’elle concourt, Barcelone est à mes yeux en passe de décrocher le pompon de la ville offrant le plus de lieux d’aisances au futurisme outrancier ! Une fois de plus, je suis ébahi par cet endroit d’où je ne sais ni comment je suis entré, encore moins dans quoi j’ai pu pisser, ni par quel miracle j’ai eu la sensation fugace de me laver les mains. Je ne sais comment, mais toujours est-il que j’ai pu m’en sortir pour rejoindre enfin la tablée. En jurant bien que, même en cas d’envie pressante, j’éviterais ces lieux avec l’espoir d’en trouver d’autres… disons plus conventionnels.

WP_20160406_037

Nous sommes ici au Bistreau (bistro et bureau à la fois ?), le temple barcelonais de la cuisine andalouse. Un territoire géré avec maestria par « le chef de la mer », j’ai nommé Angel León et sa brillante équipe. Profitons-en pour présenter l’élément-clé, le major d’hommes de cette équipe, le très distingué manager Jesús Gomez.

WP_20160406_043 (1)

C’est lui qui, parfois à la manière d’un toréador, va nous orchestrer un joli menuet à caractère forcément andalou faisant de ce lieu inattendu un restaurant capable d’impressionner un auditoire exigeant qui demande tour à tour de la surprise, de la découverte et de l’extase, tout cela pour une somme assez raisonnable. Certes, j’ose avouer que je m’étais laissé inviter par ma compagne, mais j’ai pu par la suite lui arracher un secret : ce déjeuner de rêve lui avait coûté 250 € pour trois personnes. Et je peux ajouter que nous n’avons jamais manqué de quoi que ce soit dans le verre comme dans l’assiette !

WP_2016

Le Bistreau est sans aucun doute le seul restaurant au monde à proposer à sa clientèle un menu découverte accompagné du début à la fin de vins de Jerez. Oui, je le confirme, ce Jesús-là en tout cas (avec son accent tonique sur le « u »), agit en véritable sauveur, je dirais même en libérateur. Disons le tout de go, alors que je ne suis pas très chaud pour ce genre de jeu très difficile à orchestrer, le gars est arrivé à m’éblouir avec son audacieux plan de mariages sur le mode un plat-un vin. En tout cas, à lui seul, il contribue largement à faire de Barcelone la dernière capitale andalouse à la mode. Je sais que je vais me faire houspiller par une foule d’aficionados, mais Cordoba, Sevilla, Jerez, Ronda, Cadiz peuvent toutes aller se rhabiller ! Car aucune de ces cités, jusqu’à plus ample informé, n’est capable de rivaliser avec Barcelone lorsqu’il s’agit d’aligner des flacons de Jerez de styles et de marques différentes sur des mets qui souvent relèvent de l’audace la plus osée.

WP_20160406_030 (1)

WP_20160406_032

Je ne vais pas récapituler ni narrer les plats qui ont défilé devant nous. En outre, il faut savoir, je le pense, garder un peu de surprise pour ceux de mes éventuels lecteurs qui seront tentés de faire l’expérience du Bistreau. Mais, à titre d’exemple, celui qui m’a le plus charmé est cette tortillita proposée en entrée avec un premier fino en rama. Les saveurs marines accrochées à une dentelle à la fois fine, croustillante et craquante, elle-même délicatement posée sur du papier avec son ornement de bébés crevettes – on dirait des biquettes du côté de Royan – comme à jamais coincées (et figées) dans les mailles d’un épervier que l’on imagine jeté au petit matin d’une barque de pêcheur sur les eaux scintillantes du Guadalquivir rejoignant la mer en son estuaire.

WP_20160406_053

Oui, c’est bel et bien un voyage auquel nous participons. L’autre plat marquant mis au point par Angel est devenu mythique : il s’agit de son magistral et très photogénique riz au plancton d’un vert profond et éclatant qui, lui aussi, semble avoir été étudié pour épouser la fougue du Jerez. Tenez, regardez les photos et régalez-vous… A quoi bon en rajouter ? Jusqu’à l’après-dessert nous n’avions nulle envie de bouger tant nous étions sur notre nuage. En réalité, nous ne sommes sortis à l’air libre que par la volonté du cigare que de telles agapes nous avaient donné envie de savourer.

WP_20160406_062 (1)

Alors, que vous ayez quelqu’argent de côté au Luxembourg, à Trifouilly-les-Oies ou à Panama, ou tout simplement si votre tirelire déborde de petits billets, offrez-vous une fois dans votre existence le vol low cost jusqu’à Barcelone, réservez une très économique chambre d’hôtes en plein cœur de la ville, usez des transports en commun à volonté et offrez-vous ce traitement de faveur. Il est si particulier qu’il ne germe même pas dans le crâne des PDG de nos grosses entreprises dotés de salaires pourtant mirobolants. Envisagent-ils seulement la richesse et la beauté d’un tel moment tant ils sont submergés par leurs affaires? Alors oui, offrez vous un déjeuner andalou tout au Jerez dans l’un des hôtels les plus chics de Catalogne. Ce sera à n’en pas douter l’un des moments clés de votre vie !

WP_20160406_058

Michel Smith

PS Merci Brigitte pour cette délicieuse initiative…

 

 


9 Commentaires

« L’avenir de la viticulture, c’est le sol »

« L’avenir de la viticulture, c’est le sol », clame Rémy Fort, le dynamique président de la Cave Anne de Joyeuse (Limoux), chez nos confrères de Terre de Vins.

Qu’il me soit permis de mettre un bémol à la clef… de sol.

bémol

 

Non que je souhaite redémarrer une n-ième polémique sur le terroir, la minéralité, l’influence des roches sur le goût du vin…

Ni que je trouve déplacée l’idée de mieux adapter la viticulture et la vinification à la connaissance qu’on a de ses sols; et de les préserver face à la chimie, face au mitage, face à la spéculation. En ce sens, je rejoins tout à fait Rémy Fort.

Non, c’est juste que j’aimerais que les vignerons – coopérateurs, caves particulières ou négociants, fassent preuve d’un peu moins de modestie, quitte à s’exposer un peu plus.

Si 25 ans de dégustations m’ont apporté une seule petite certitude, c’est que l’apport humain dans la qualité des vins est déterminant.

J’en veux pour preuve les écarts que je constate régulièrement entre les vins d’une même appellation, parfois entre des vins de parcelles voisines.

Les choix opérés par le vignerons – taille, moment de récolte, temps de macération et de fermentation, levurage, élevage – sans oublier, pour les plus « modernes », l’irrigation, la cryo-extraction, la thermo, l’osmose inverse…, voire le choix du consultant, pour ceux qui peuvent s’en payer un, tout cela influence tellement le produit final qu’on ne peut décemment réduire un vin à son milieu physique.

D’autre part, les cuvées assemblant plusieurs parcelles complémentaires, voire plusieurs terroirs ou appellations complémentaires prouvent qu’il est possible de faire de bons vins, non pas hors sol, mais au-delà de l’aspect strictement pédologique.

Je ne dis pas que c’est mieux, je ne dis pas que c’est moins bien, je dis que c’est une autre voie. Digne d’intérêt.

Je pense aussi que si les vignerons, leurs représentants et leurs élus mettent tellement l’accent sur leur sol, ce n’est pas toujours pour les bonnes raisons. J’en vois au moins trois:

  • Primo, parce que c’est une rente de situation – au moins potentielle.

« Ici, c’est Saint Chinian, et là, c’est Faugères ». Au journaliste de passage, on montre les frontières, on délimite. On vante la supériorité de l’endroit d’où l’on vient. Quelque chose que personne ne peut nous disputer. Vérité en deçà des Corbières ou de la Montagne Noire, erreur au delà… Et si ça marche, si le nom est porteur, on s’en sert pour vendre un peu plus cher. Sinon, on vivote dans un glorieux anonymat. En termes de notoriété, entre Côtes de Toul et Châteauneuf du Pape, il n’y a pas photo. Et pourtant, les deux sont des appellations d’origine contrôlées…

  • Secundo, parce que ça fédère les vignerons.

« Eux c’est eux et nous c’est nous. Chez nous, nos vins sont comme ça, c’est notre schiste brun qui parle (schiste brun ou bleu, ou rouge, cochez la case correspondante). Chez nous, on peut mettre 60% de mourvèdre et pas plus de 20% de Carignan… » Le journaliste prend des notes. Il n’a aucun moyen de vérifier la proportion des vins issus de schistes bruns, ou rouges, ou bleus, ni des argiles, ni des calcaires dans la bouteille; ni celle du carignan; il n’a qu’à recopier. Et si l’échantillon A est très différent de l’échantillon B, si le boisé prend le dessus sur tout autre considération, par exemple, au point que ce petit grenache finit par ressembler à un gros pinot, ou cette syrah à un cabernet, pas question de mettre en doute la fameuse typicité – elle est gravée dans le marbre, ou plutôt ici, dans le schiste. Je caricature, bien sûr. Mais pas tant que ça.

Or, fédérer ou non les vignerons, ce qui est la responsabilité des syndicats, ODG et interpros, ne regarde en rien le consommateur; à la limite, la cohésion d’une appellation peut même être contreproductive pour le consommateur, si elle aboutit à excuser le mauvais vigneron, à justifier qu’on lui attribue un label qu’il ne mérite pas – car cela déprécie le label dans son ensemble.

  • Tertio, parce que c’est la logique du système.

Appellation d’Origine Contrôlée. Un nom. Une provenance. Une garantie.

Bien sûr, on fait des arrangements avec la réalité; l’origine, c’est rarement un seul terroir ni un seul sol: que dire des appellations régionales? Et même au niveau communal, on a souvent beaucoup de mal à lier l’appellation à un type de sol. Ajoutez-y les subtilités de la pédologie et de la géologie – deux sciences complémentaires mais pas forcément univoques, et vous obtenez un véritable mille-feuilles où le pauvre journaliste, sans parler du consommateur, a bien du mal à trouver ses marques.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit: je ne nie pas l’importance du lieu, des sols ni des conditions climatiques, dans l’expression d’un vin. J’en parle même souvent. Et je trouve louable que certains vignerons s’efforcent de les faire apparaître dans leurs cuvées. De faire en sorte que leur vigne transmute les qualités de l’endroit. Ni même, que certains luttent pour que leur vigne soit la moins traitée possible.

Ce que je regrette, c’est que le lieu prenne trop souvent le dessus dans la communication par rapport au travail de l’homme (ou de la femme).

Sans communauté vigneronne, pas de terroir – c’est l’Homme qui a défriché, qui a planté, qui a terrassé, qui a mis en valeur le terroir, qui en a révélé le potentiel. Le choix des cépages, des modes de vinification, du type de vin préconisé dans l’appellation, c’est lui aussi.

IMG_8327

Hélas, même dans les meilleurs terroirs, les piquets ne poussent pas tout seuls! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Tous ces choix ont été dictés par l’histoire locale, régionale ou nationale – le Porto a été développé par des Juifs espagnols chassés de Galice; le Marsala a été popularisé par la Marine anglaise qui cherchait un ersatz pour le sherry, dont Napoléon leur interdisait l’accès; le Châteauneuf n’existerait sans doute pas, sous sa forme actuelle, si les Papes n’étaient pas venus en Avignon; l’Alsace n’aurait sans doute pas pris l’habitude de vendre ses vins sous leurs noms de cépages si elle était restée française en 1870.

Parfois, aussi, les règles actuelles ne sont que le résultat de compromis plus ou moins sordides entre niveaux de pouvoir. Ou celui du positionnement des opérateurs, à un moment donné, par rapport à l’état du marché. Saviez-vous que dans les années 1930, les vignobles de Corbin auraient très bien pu être classés en Pomerol? Mais les Saint Emilion se vendaient plus cher… Et puis, il fallait bien mettre les bornes quelque part.

Sans vigneron, pas de vin. Tout ce qu’il décide influence, en mal ou en bien, le résultat dans la bouteille. Connaître le pourquoi de tel ou tel choix, la philosophie du décideur, m’en apprend au moins autant sur son produit que la composition des cailloux et le nombre de vers de terre dans ses sols.

Et moi, en définitive, ce n’est pas un Cabardès, un Faugères ou un Pays d’Oc que j’apprécie, ni un vin de calcaires ou de schistes, mais le vin de Claude Carayol ou de Catherine Roque.

Même quand Claude vinifie sa cuvée Vent d’Est, même quand il magnifie ses calcaires, ça reste son vin. S’il se plante, une année, ce ne sera pas la faute au vent ni au calcaire, mais celle de Claude. S’il fait un vin superbe, ce sera aussi sa réussite.

Et si demain il n’y a plus de vignerons à la Méjanelle parce que ça n’est plus rentable, ou parce que la pression de la ville est trop forte, le terroir historique nous fera une belle jambe!

Amis vignerons et vigneronnes, soyez donc fiers de ce que vous faites, n’hésitez pas à vous mettre en avant. Vos appellations, je les aime bien. Mais ce que je préfère, c’est vous!

Hervé Lalau

 

 

 

 


3 Commentaires

Sherries to the fore at the Big Fortifed Tasting

Jerez: 

The annual Big Fortified Tasting (BFT), held in London, is always a great opportunity to taste some really interesting fortified wines. However since the wines are high in alcohol, there is a limit to the number I can comfortably taste, even though I am careful to spit out. This year I chose to concentrate on some of the excellent range of sherries on show choosing to taste from those bodegas that I haven’t visited during the #winelover trip to Jerez in mid-February. I then finished with the Quevedo Ports that Oscar Quevedo was showing. 

Firstly – Bodegas Tradición

This is a small bodega, which has recently been revived, but that dates back to 1650. I tasted a lovely fresh, complex Fino, a good Amontillado and a very special Oloroso – see below. 

 

A series of great sherries from Viniberia, selected by Peter Dauthieu:

Attractive, fresh but characterful Fino from Sánchez Romate – just £8.50 a bottle from The Wine Society.

Excellent Amontillado from Sánchez Romate – lovely nutty, texture.

Palo Cortado – an attractive and striking blend of rich texture and an austere finish.

 

Very fine aged Oloroso – texture with a lovely blend of richness, power and austerity. £40 a bottle from The Wine Society.

Valdespino – one of my favourite Sherry producers:

 

The 2015 Manzanilla En Rama showing brilliantly at the moment. 

Palo Cortado Viejo: lovely balance of power and texture.

 

Two very special Sherries with concentration, texture and impressive length.

 

Ports from Quevedo: 

From Port producer Quevedo I particularly enjoyed the complex 30 Year Old White Port as well as the dense Crusted Port with its preserved cherry character. 


4 Commentaires

Les 110 de Taillevent : l’intelligence faite vin au restaurant

Si je devais nommer trois choses qui m’énervent le plus dans les pratiques des restaurants en France autour du vin je dirais, sans ordre particulier : une sélection souvent médiocre et peu aventureuse, un choix nettement insuffisant de vins servis au verre, et, last but not least, des marges exorbitantes.

110 extérieur

Les 110 Taillavent, ainsi nommés en référence au nombre de vins au verre servis, évite au moins deux de ces écueils; et, par le biais de service au verre de quantités pouvant, au choix, se limiter à des doses de 7cl, vous donne au moins la possibilité de tester plusieurs vins sans vous ruiner. Quant aux marges pratiquées, et tenant compte de la qualité et de la diversité de l’offre, ainsi que du fait que tout est proposé au verre, je vais laisser le soin à notre experte des vins de la péninsule ibérique, Marie-Louise, de commenter ce qui va suivre car je n’ai pas la connaissance nécessaire. Je ne suis pas loin de penser d’ailleurs que la même personne aurait pu être à l’origine d’une partie des découvertes qui figurent dans cet article.

Mais les atouts de cet établissement, dont il existe une seconde version  récemment ouverte à Londres, sont bien plus conséquents que ce que j’esquisse ci-dessus. Pierre Bérot, qui dirige le département vin du groupe Taillevent, dont les propriétaires sont les frères Gardinier , prête une attention particulière à la sélection des vins et n’hésite pas a sortir des sentiers battus. J’y reviendrai. Un autre point fort de cet établissement, qui sert une cuisine de qualité et qui a des heures d’ouverture larges, est sa carte qui vous suggère quatre accords différents, servis au verre dans des doses de 7cl ou de 14cl pour chaque plat du menu. Ce menu se lit au centre du document, et les volets latéraux se composent chacun de deux colonnes de vins, allant du moins cher à gauche au plus cher à droite. On peut donc choisir un accord selon son budget comme selon son goût. Et ces accords sont souvent très créatifs, sans négliger l’axe du classicisme. C’est aussi l’avantage de cette offre pléthorique.

Une autre innovation du 110 Taillevent, saisonnière cette fois-ci, est de proposer, pendant les mois d’été, un menu et des vins issus d’un pays étranger. Cette initiative a commencé en 2013 avec l’Italie, puis les USA en 2014 et, l’année dernière, le Royaume-Uni plus le Commonwealth (il fallait bien trouver du rouge buvable !). Cette année, à partir du 9 juin, cela sera au tour de l’Espagne. Avec d’autres collègues de la presse, j’ai pu tester ce menu et goûter les vins proposés. Ils sont au nombre de 20 et viennent de toutes les régions d’Espagne. Le menu solide est assez classique : Croquetas en amuse-bouche, Paella del Mar en entrée, Pluma de Cochon avec patatas bravas en plat, et des formidables Manchegos en fromage. J’ai évité le dessert car je n’affectionne que peu les desserts et encore moins les churros ! Mais l’intérêt principal de cet exercice, du moins pour moi, réside dans les vins, et là nous étions gâtés (comme seront les clients en juin et juillet).

Les vins sont ordonnés, comme je le disais, par colonnes; avec en tête le prix maximum pour un verre de 14cl. On a donc une colonne avec des vins à <10 euros, une à <16 euros, une à <22 euros, et une dernière pour des vins plus chers, et qui, dans le cas de cet événement espagnol, inclura un verre de la cuvée Valbuena de Vega Sicilia à 90 euros pour 14 cl. Chacune des 4 colonnes comporte 5 références mises en face des 5 plats proposés, mais rien ne vous empêche de zapper les accords proposés et piocher parmi les 20 vins. Autre point important à mes yeux : l’information au consommateur. Chaque vin est clairement identifié non seulement par le nom de son producteur, de la cuvée éventuellement, du millésime et de l’appellation (c’est la moindre des choses !), mais aussi par la région de son origine, ce qui est très utile pour un consommateur qui manque de repères parmi les vins d’Espagne. On l’oublie trop souvent, mais le restaurateur peut jouer un rôle dans l’éducation, aussi.

Alors les vins ?

Pour l’apéritif, bulles ou fino ? Là j’émettrai une petite suggestion aux responsables de cette excellent établissement : il n’y a pas de proposition d’apéro à la carte. Ce ne serait pourtant pas bien compliqué de la faire, et il y a de quoi ! En fouillant plus bas sur cette carte on pourra se diriger vers le Cava Brut Nature « Terrers », du producteur Recaredo, ou bien vers le Fino Electrico de Toro Albala, qui vient de la DO Montilla Moriles (et non pas de Jerez). Mais, sur la carte, ces vins sont placés ailleurs : avec le manchego pour le fino, ce qui va bien et, curieusement, avec le dessert pour le cava. Ce dernier accord me semble plus qu’hasardeux, étant donné qu’il s’agit d’un vin sans aucun dosage.

Recaredo

Fino Electrico

Mais une mixité de types et styles de vins est proposé pour chaque plat afin de satisfaire aux goûts divers. Et cela passe par des options blancs ou rouges (des points en couleurs sur la carte distinguent la couleur du vin, comme son caractère éventuellement liquoreux), sans parler de régions et intensités variées. Par exemple, avec les croquetas, faits d’olives, tomates, jambon, fromage, champignons et pesto, voici les options proposées, allant du moins cher au plus cher, comme sur la carte :

Adega Algueira « Brandan » 2014, DO Ribeira Sacra, Galice (blanc) : 4/8euros (7cl/14cl)

Floral, vif et un peu métallique. Vibrant et serré (cépage godello)

Comando GL’équipe de Comando G. Cela a l’air joyeux mais les vins sont sérieusement faits. Ce n’est pas incompatible !

Comando G « La Bruja Averia » 2013, DO Madrid (rouge) : 6 /12 euros

Vin délicieux à la séduction immédiate. Très belle qualité de fruit (garnacha en altitude) et tannins légers mais présents. Un peu sévère pour l’accord peut-être. Je l’aurai mis ailleurs.

la-propiedad-remelluriLa beauté du domaine de Remelluri, dans la partie basque de la vaste aire de Riojà. J’en ai gardé un excellent souvenir d’une visite il y a quelques années.

Remelluri Reserva 2009, Rioja, Castille y Leon (rouge): 10,50/21 euros

Très beau vin d’une grande intensité. Le fruité est splendide et les tannins sont fondus. Mais c’est un vin très (trop) sérieux pour ce plat et à ce moment du repas, à mon avis.

Rafael Palacios « AS Sortes » 2014, Valdeorras, Galice (blanc): 14/28 euros

Vin riche et souple par ses arômes et saveurs mais qui contient néanmoins une belle acidité. Parfait accord avec le plat.

On voit par là qu’il n’est pas bien aisé de « caser » chaque vin lors d’un exercice de ce genre. L’intensité d’un vin doit être, en gros, proche du poids gustatif du met. Puis, en début du repas, je ne suis pas convaincu de l’intérêt de servir des grands vins rouges comme ce Rioja. J’aurai souhaité voir à la place, par exemple, un très beau Mencia avec davantage d’acidité. Mais je chipote car ces vins étaient tous bons ou très bons.

Plutôt que poursuivre mon analyse de cette manière systématique je vais simplement souligner les vins que j’ai préféré parmi les 16 autres dégustés, pour vous donner une idée de la richesse de la sélection et, j’espère, l’envie d’aller tester pour vous-même au 110 Taillevent à Paris entre le 9 juin et le 6 août 2016, ou bien à Londres si vous passez par là.

Voici donc les adresses :

Les 110 de Taillevent, 195 Rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris. Tel : 01 40 74 20 20/ mail : les110.paris@taillevent.col / web : http://www.taillevent.com

ou au 16 Cavendish Square, London W1

Mes autres vins blancs préférés

leirana 2014

Forjas del Salnès « Leirana » 2014, Rias Baixas, Galice : 7/14 euros

Vif et salin, ce vin incisif fait preuve d’une belle dynamique en bouche. Très bon.

Remondo Palacios « Placèt Valtomelloso » 2011, Rioja, Castille-Léon : 8,50/17 euros

Tendre, presque huileux en texture. Long et intéressant.

J’ai trouve le Priorat blanc du Clos Mogador (« Nelin » 2007) intense mais trop alcooleux, alors qu’à une autre occasion récente (et non pas chez Taillevent 110), son rouge 2012 était admirable de finesse et d’équilibre.

 el-maestro-sierra-amontillado-12-años-500x500

El Maestro Sierra, Xérès Amontillado 12 ans, Jerez, Andalucia : 7,50/15 euros

Un vin splendide, sec et d’une grande complexité avec une allonge remarquable. Saveurs de type noix et fruits secs prononcées.

MR Rodriguez 

Telmo Rodriguez, « MR » 2012, Malaga, Andalousie : 7,50/15 euros

Très beau vin aux saveurs riches et douces, bien « muscatés ». Grande finesse aussi car le palais n’est pas du tout alourdi.

Toro Albala « Grand Reserva » 1983, DO Montilla Moriles, Andalucia : 15,50/31 euros

Grandiose symphonie autour de la figue. Quelle richesse !

J’étais heureux de voir les grands vins oxydatifs et liquoreux de l’Andalousie ainsi mis à l’honneur. C’est tellement rare que cela mérite d’être souligné.

 

Mes autres vins rouges préférés

bodegas-casa-castillo-monastrell-2014

Casa Castillo 2014, DO Jumilla, Murcie : 3,50/7 euros

Le vin le moins cher de cette sélection est loin d’être le moins réussi, ce qui est une forme de preuve de la rigueur des choix. Ferme par son cépage unique, le monastrell, il est entouré d’une très beau fruité qui fait marcher chaire et muscles ensemble. Belle vivacité qui aide à faire un parfait accord avec le plat (cochon).
UVAS_DE_LA_IRA-6

Dani Landi « Las Uvas de la Ira » 2013, DO Mentrida, Madrid : 6,50/13 euros

Encore une preuve que le grenache bien cultivé en altitude peut produire des vins d’une étonnante finesse et conservant une qualité de fruit très intéressante. J’aime beaucoup ce vin-là.

Alvaro Palacios Finca Dolfi 2013, Priorat, Catalogne : 25/50 euros

Très bien dans un style serré mais très fin. Les tannins peuvent attendre un peu, mais c’est très bon. Cela devrait l’être à ce prix !

Vega Sicilia « Valbuena 5° »2009, Ribera del Duero, Castille-Léon : 45/90 euros

On dépasse le raisonnable en matière de prix, mais il faut avouer qu’il s’agit d’un grand vin, avec un nez absolument magnifique et tout en place.

Il est difficile de faire des choix parmi tant de bons et d’excellents vins. Je crois en avoir retenu 12/20, mais j’aurai pu en prendre plus et l’exercice était difficile, se déroulant à table et avec les mets. En tout cas la qualité de la sélection est remarquable et l’idée géniale. Intéressant aussi cette mixité entre des noms très connus, avec des vins assez chers, et vins de découverte et prix très abordables. Cela démontre un respect de la diversité de sa clientèle : tout le monde n’a pas les mêmes moyens, et nous ne sommes pas tous des buveurs d’étiquettes non plus. Bravo à Taillevent à et à son équipe qui met le vin, et ses découvertes et évolutions constantes, en lumière avec une telle intelligence.

David Cobbold


3 Commentaires

VSIGP (6) Vins espagnols sans DO

Il est difficile de trouver en Espagne l’équivalent en qualité de la catégorie Vins de France, du moins à des prix inférieurs à 5€ : les VINOS DE ESPAÑA, ou VINOS DE MESA répondant à ces deux critères sont  rares !

J’ai cherché dans mes dossiers, visité quelques supermarchés de ma zone, et je suis revenue bredouille ou presque. Il est vrai, que je n’ai pas de Carrefour, ni de Al Campo(Auchan) autour de chez moi, mais quand même un MERCADONA, (Métro)et des enseignes comme Esclat, Eroski… où je pensais pouvoir m’approvisionner.

Je n’ai pu récupérer qu’une seule bouteille!

Ceci dit, l’explication est simple : l’influence de la DO chez le consommateur espagnol, est telle qu’elle est devenue inséparable du vin.   La perception selon laquelle, si le vin n’en affiche pas, c’ est un bâtard, sans pédigrée  est très répandue. Et donc ,  il est de ce fait, considéré comme très peu qualitatif,  inférieur, et sans intérêt ! Résultat, les   vinos de la Tierra de…, se multiplient laissant peu de place au vin d’Espagne ou vin de table bon marché:  ils  ne sont pas vendeurs.  Sans compter que l’appellation étant si facile à obtenir, pourquoi s’en priver… A tel point que le moindre vin à partir de 1€ la bouteille bénéficie d’une DO, que se soit Rioja, Ribera, Navarra, Bierzo…

Aujourd’hui, cette façon de voir les choses n’a plus beaucoup de sens, certains vignerons ne veulent plus s’abriter sous l’aile d’une appellation qui offre tout et n’importe quoi! Ainsi, la très célèbre bodega Artadi a quitté fin 2015 la DOCa Rioja pour s’en différencier; tout près de chez moi, et elle est loin d’être la seule, Glòria Garriga, avec son vin si original «Els Jelipins», s’affiche comme Vi de Taula (vin de table, en catalan) et se vend quand même aux particuliers à plus de 65€, encore faut-il en trouver !

3399057534 Els Jelipins

VI DE TAULA » els jelipins »

C’est une initiative très nouvelle en Espagne, elle est suivie par de plus en plus de vignerons qui veulent sortir du carcan  des DO ou de l’image négative que certaines reflètent. Ils se sont ainsi libérés des règles des DO, mais en contrepartie, ils sont obligés de proposer au marché un vin très personnel et de caractère pour justifier des prix souvent élevés. Pour retrouver une liberté ou une qualité qu’ils ne trouvent plus dans la DO, ils deviennent donc des VINOS DE MESA ou VINOS DE LA TIERRA …

Les VINOS SIN DO de « gros faiseurs »

Il reste quand même en dehors de ces vins de Liberté « chers » des vins sans DO originaires de Zones très productrices comme La Mancha…certains étant  moins médiocres ou pires que ce que j’ai pu en lire, si on regarde la relation qualité/prix. Les vins de J.Garcia Carrión, que l’on peut se procurer on line,  sont un bon exemple de vins plébiscités par un certain public. On les trouve dans les supermarchés ou sur leur site sous la rubrique : VINOS SIN DO.

  • Cappo Shiraz,

La bouteille n’a rien de prétentieux, bien au contraire, elle se veut drôle, et la capsule à vis est bien pour ce type de vin. Elle n’inspire cependant pas à mes yeux, une grande envie d’acheter, ni ne reflète une grande qualité! Le nez est simple, on y décèle même un peu de fruit,  la bouche est ronde, un peu structurée quand même, équilibrée. Un vin à peu près correct, sans plus,  mais limite vulgaire.

Pas de millésime, c’est normal. Vendu par 6: 16, 20€, soit 2,70€/bouteille .

cappo-shiraz-L

  • Don Simón Seleccion Tinto

L’étiquette  se veut « classique », ça me paraît raté !

Il s’agit d’un vin 100% tempranillo, la robe est rouge rubis, au nez quelques notes de garrigue, de fruits très murs, mais pas de grande intensité. L’attaque en bouche n’est pas désagréable, sans toutefois une grande présence de fruit, plutôt des notes végétales et une finale alcoolique et astringente. Si le vin n’affiche aucun défaut majeur, il ne présente pas non plus un grand intérêt et surtout ne procure aucun plaisir.

Pas de millésime non plus.

Prix d’achat: 1,45€.

donsimonseleccion_tinto_L 2

  • La Caperucita Tinta, Bodegas Torre Oria (Utiel, Valencia),

C’est celui-là, que j’ai trouvé à Mercadona, je dois dire qu’on le remarque de loin sur le rayonnage, son étiquette est tellement différente des autres vins, plutôt classiques, proposés par ce magasin ! La face nous montre le Petit Chaperon Rouge de dos, mais quand on tourne la bouteille, on se retrouve face au Loup!

L’histoire ne dit pas, s’il a avalé le petit chaperon rouge !

C’est un assemblage de tempranillo et syrah dont le prix de 1,60€ le met à la portée de toutes les bourses. On peut au moins le gouter, et nous verrons ensuite si nous avons envie de renouveler l’achat ! E bien, c’est un vin très acceptable pour son prix, qu’en dire de plus ? On peut lire « suave » sur l’étiquette, c’est à dire pas agressif, c’est exactement ça, rond, simple, neutre!

CAPERUCITA

La Caperucita Tinta

 

Simplement que je n’ai pas très envie d’ouvrir une autre bouteille d’aucun de ces 3 vins, le dernier serait encore le plus réussi.

Les vins de petits domaines

Et là, nous sommes quand même, sur un autre registre, la notion plaisir est présente:

  • Gratias Rosé 2014, Bodega Gratias: Sin DO

Un vin 100% Bobal,  moderne par son coté aromatique, et traditionnel à la fois : il a supporté un léger passage en barriques, assez pur, vif, aromatique et structuré.

Prix : 5,80 €, il me parait justifié, vu la vocation artisanale du Domaine et la production limitée, ce que pourtant, en règle générale je n’accepte pas comme étant une justification.

images 1

  •   A Dos Tiempos 2015 , d’Alfredo Maestro, Vino de España

Alfredo Maestro est un viticulteur talentueux, qui élabore des vins très personnels, dans les quatre coins de l’Espagne, en toute liberté, cherchant à exprimer les mystères du terroir qu’il a choisi, sans se préoccuper de la DO. Il faut préciser que c’est un adepte des vins naturels et que donc ses vins sont très peu protégés.

A Dos Tiempos 2015 est un vin d’assemblage: 50% Tinto Fino et 50% Grenache. Les raisins proviennent  de la zone  de Navalcarnero (Madrid) à  une altitude de 671 mètres.

A deux temps, car c’est aussi un assemblage de 2 vendanges, une précoce et l’autre à maturité. Après un élevage de 6 mois en barriques de 2 ans ça donne un vin très frais, sincère, direct et sans maquillage.

La production est de 5.000 bouteilles.

Prix : 10,50

A dos Tiempo Alfredo Maestro

A Dos Tiempos 2015

  • Celler La Salada Roig Boig Tranquil 2015, vin de table

Il nous vient du Penedes, c’est un vin de soif, issu d’une vigne complantée de Xarel·lo, Turbat, Monica, Mandó, Sumoll. Cannonao, non filtré, non stabilisé et non clarifié.

Couleur rouge grenade très attractive, le nez et la bouche offrent un festival de fruits rouges, une acidité à point, qui fait saliver, le tout est d’une grande gourmandise.

Un rouge léger, zéro soufre ajouté, un vin propre, suave, d’une grande finesse, vif et sincère.

Vol 10,5% vol. Un vin étonnant, que je n’attendais pas, merci à Toni Carbò, il a su faire revivre le vignoble hérité.

Prix : 9/10€

images

  • Tánagan tinto 2013, Proyecto Envínate

Envinate est un projet vinicole qui regroupe 4 amis et œnologues qui se sont connus à l’université, Laura Ramos, José Martínez, Roberto Santana y Alfonso Torrente, animés par la même philosophie : donner la priorité au Terroir et aux cépages oubliés.

Táganan (“entouré de montagnes“), assemblage de cépages centenaires autochtones comme le Negramol,  le Listan Negro, le Moscatel Negra, le Listan Gacho, le Vijariego Negro entre autres…

Production: 4200 bouteilles

C’est un vin qui a besoin d’aération, après la fermentation malolactique, il est resté en barriques sur ses lies pendant 8 mois, sans soutirage ni ajout de soufre. Il a été mis en bouteille sans stabilisation ni filtration.

La robe n’est pas très profonde, le nez dégage des notes de fruits rouges, d’épices, et mentholées, mais manque un peu de franchise. La bouche est assez fluide, fruitée, mais un peu terreuse, une finale un peu saline. Il est frais et ne peut laisser indifférent:beaucoup de personnalité dans ce vin des Canaries !

Prix: 14,90€

Taganan-Tinto-2013

 

Conclusion

J’ai du mal à tirer des conclusions de cette dégustation, si ce n’est qu’elle confirme ce que je savais déjà : les vins très bons marché (en dessous de 3/4€) ne m’attirent pas vraiment, d’une part parce qu’ils m’apportent rarement un vrai plaisir, une vraie émotion, d’autre part quand je pense au prix auquel le raisin a été payé, ça m’attriste.

Mais, il reste la possibilité de penser que ma vie professionnelle ne m’a pas offert beaucoup d’occasions de gouter cette gamme de vins. Si j’avais travaillé comme responsable d’achat d’une chaîne de supermarchés, j’aurais très certainement une vision différente.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols


7 Commentaires

VSIGP (5) Vin de France, le grand écart

vins-de-france-sante-gaiete-esperance

Pourquoi le grand écart? Simplement parce qu’un Vin de France peut aussi bien être produit à plusieurs millions d’exemplaires par référence qu’à un petit millier. Je ne comparerai pas ici la qualité de ces deux catégories diamétralement opposées. Il est évident que quand on achète une bouteille qui a un très grand nombre de petites sœurs, on ne recherche pas la même émotion. Les deux familles peuvent offrir ce qu’on attend d’elles, soit un vin sympa, relativement bon marché et qu’on peut trouver facilement de la grande surface jusque chez le Pakistanais du coin. Ou une bouteille nettement plus rare, ramenée de chez le caviste pointu ou d’on ne sait plus très où, souvent relativement chère, et qu’on boira avec bien plus d’attention.

 

Les vins du Paki

 5371e6103570102383c6c729

À Bruxelles, quand je passe devant la vitrine de ce commerce ouvert presque tout le temps, et tenu par un Pakistanais qui ne compte pas ses heures, mon regard accroche souvent la rangée de bouteilles de vins bien mises en évidence. Presque systématiquement il y a du J.P. Chenet, l’un des plus gros succès du vin français dans le monde. On en trouve dans tous les pays. Cette cuvée existe depuis 1984 et est due à Joseph Helfrich, le fondateur des Grands Chais de France, basés en Alsace. Qu’est-ce qui en a fait le succès ? La forme de la bouteille, le prix, la qualité aromatique…

J’ai opté pour le blanc Colombard-Sauvignon qui est en Vin de France comme l’autre blanc Colombard-Chardonnay. Les autres couleurs, les deux rosés et les deux rouges sont des Pays d’Oc.

 

Colombard-Sauvignon Vin de France J.P. Chenet (2,67 €)

Vin de France 039

Robe blanc vert, un nez qui tout de go évoque le Sauvignon, mais pas de façon caricaturale, les senteurs oscillent entre l’écorce de pamplemousse et l’asperge, sans verser dans le thiol ou bonjour matou, quelques effluves floraux viennent embellir les impressions nasales. En bouche, le Colombard apporte sa fraîcheur et ses saveurs de pêche blanche, de chair de raisin. L’acidité est bien maîtrisée, il y a du gras, le vin est aromatique mais sans exubérance.

Il titre 11,5° et se compose de 80% de Colombard et 20% de Sauvignon

Le site JP Chenet nous apprend que les raisins sont récoltés à parfaite maturité (on l’espère!) et sont rapidement pressés à basse température. Le débourbage se déroule à basse température avec du SO2 et un ensemencement de levures. Puis la fermentation alcoolique, entre 16 et 20°C, dure une semaine. Le vin est ensuite clarifié et conservé sous gaz inerte à basse température.

Quant aux approvisionnements, les Grands Chais travaillent depuis longtemps avec des coopératives du sud de la France.

www.jpchenet.com

 

La ronde des Grands Chais

 Je ne me suis pas trop cassé la né être pour mes fournitures, Hervé avait proposé du Castel, moi je propose du Grand Chais.

Grand Sud Chardonnay 2015 Vin de France (3,90€ la bouteille de 1L)

Vin de France 043

Robe vert jaune encourageante, un nez sage qui émet quelques notes florales qui rappellent l’acacia et l’aubépine, des agrumes citron et mandarine, un rien de vétiver. La bouche acidulée a le goût du citron jaune et de la confiture de rhubarbe, il y a de la rondeur renforcée par une impression sucrée. À l’arrière de la bouteille il y a une graduation qui l’indique pourtant presque totalement DRY en anglais dans le texte. Ça devrait plaisir à David, pas l’anglais, la graduation DRY _* ­_ _ _ _ _SWEET.

Copie de Vin de France 044

Il titre 12,5°. Je ne vous remets pas le MO, c’est pile-poil le même que pour le JP Chenet. Le Chardonnay est le seul Vin de France dans cette gamme, les Merlot rosé et rouge et le Cabernet sont des Pays d’Oc.

www.grandsud-wines.com

 

 

 

Dans la gamme Les Vignerons

 Toujours des Grands Chais, voici le La Vocation

La Vocation Vermentino-Colombard 2015 Les Vignerons Vin de France (2,10€)

 Ce qui est drôle ou curieux, c’est que l’étiquette est rédigée en français et vous raconte l’histoire de Lucien et de Marcel, alors que la contre-étiquette est écrite en anglais et nous vante l’intérêt de l’assemblage des deux cépages.

Vin de France 041

Robe blanc jaune, le nez bien Colombard un rien forcé vers les thiols, mais le pamplemousse garde son quant-à-soi et offre la suite à la pêche blanche, la groseille à maquereau et à la rhubarbe. Vu les senteurs nasales, la bouche s’attend à une vivacité qui déménage, mais elle reste sage et tendrement acidulée, elle met les fruits sentis en évidence.

Le vin titre 11,5°. Et je n’en sais pas plus, n’ayant pas trouvé de site correspondant à cette gamme.

Dans la même gamme, L’Entente 2015 Grenache Pinot Noir qui raconte en français la maîtrise de l’assemblage de Lucien et de Marcel sur l’étiquette et les qualités des cépages en anglais sur la contre-étiquette, au moins il y a une cohérence dans l’astuce commercial.

Vin de France 040

L’Entente Grenache Pinot Noir 2015 Les Vignerons Vin de France (6,99€)

 

 Robe sombre carmin violacé, le nez lactique qui évoque le clafouti aux cerises, puis il y a un peu d’épices, du poivre, du cumin, il est moyennement parfumé. La bouche démarre avec le Pinot, très cerise et acidulé, pour continuer en compagnie du Grenache dont l’ampleur est bienvenue. Le Pinot revient vif, puis le Grenache rond, et ainsi de suite, c’est assez dynamique.Il titre 13°.

Voilà une série de vins honnêtes, mais pour être honnête aussi, je ne me lèverais pas la nuit pour en boire.

 

Les petites productions

Le ton est totalement différent, ici, on gère des petits volumes, c’est du cousu-main, pas du prêt-à-porter. Comme les fringues, c’est une question de moyen (et pas seulement financiers) et de goût. Le styles ou plutôt les styles plaisent ou pas, rien n’est standard, tout est particulier. Pour résumer, les précédents sont un choix limité pour un grand nombre, les seconds sont multiples pour un petit nombre.

PUR 2014 Revelette Vin de France (17€)

Des PUR, il y en a deux en rouge, une cuvée de Carignan, une autre de Grenache. Pour les différencier, il y a la couleur de l’étiquette. Noire pour la première. Rouge pour celle dont on va parler. C’est très certainement une impression, mais le joyeux glouglou qui coule rubis dans le verre nous évoque un vin croquant délicatement fruité. Il nous fait tout de suite envie. Il a la couleur des fruits frais, des jus de cassis et de framboise, juste acidulés et un rien poivrés, le nez n’a aucune peine à les déceler. La bouche reproduit avec exactitude notre envie, celle engendrée par les senteurs. On veut de la fraîcheur, du goût, un peu de rondeur, une trame, il en faut une, et puis ce petit rab d’épices qui souligne le tout. Un tout fluide, avenant, qui se déguste, se boit, se torche. C’est ça un vin senza zolfo bien foutu !

PHOTO PUR GRENACHE

Et pour ceux qui ne sont convaincus que par les analyses, les quelques 5.000 bouteilles 100% Grenache titrent un degré alcoolique de 13,5° pour un pH de 3,55 et une acidité totale de 3,5 g en équivalent H2SO4, moins de 1 g de sucre résiduel. Élevage en barriques usagées durant 8 mois.  www.revelette.fr

Rosé à Rougir 2014 Vin de France Domaine Clavel (10€)

Teinté de rose sombre aux nuances améthyste, il me fait toujours autant craquer. Sa déclinaison fruitée enchante mes papilles, suscite en moi la gourmandise. La générosité est sa première qualité et on ne refuse par un pur plaisir si gracieusement offert. Garrigue aux senteurs de romarin et sauge deviennent notre environnement dès la première gorgée, sa deuxième qualité, et non des moindres, il nous fait décoller.

IMG_1835

Un 100% Grenache élevé en cuve béton sur lies fines (à l’ancienne). www.vins-clavel.fr

Carrément … Carígnan ! 2013 Vin de France Château de Calavon (25€)

Le Carignan se fait rare en Provence. Près de Lambesc, au cœur de l’appellation Coteaux d’Aix, il en reste 12 ha plantés en terrasses en 1958.

Calavon_CARIGNAN_2013

Violet pourpre, il respire la prunelle et l’arbouse parfumées élégamment de violette et de jasmin. La bouche offre cette petite accroche espiègle qui fait penser au crêpe de Chine. Un jus langoureux s’en écoule, frais et fruité, à la puissance retenue, juste concentré, au caractère à la fois charmeur et réservé. Élevé en cuve. www.chateaudecalavon.com

 

Et puis des bulles, aussi!

phil’en Bulle Vin de France Domaine Philippe Tessier (11,20€)

Une belle écume qui s’ambre très légèrement et libère pétillante des parfums de gentiane et de réglisse, d’écorce d’agrumes et de poivre rose. La bouche offre une impression tannique qui ajoute au relief délivré par les bulles aromatiques des accents de guimauve, de mélisse et de poire fondante.

phil'en bulles

Ce pétillant naturel assemble 90% de Romorantin et 10% de Menu-Pineau non dosé et sans ajout de SO2 reste un an sur lattes. www.philippetessier.fr

Déshabulle-moi Vin de France Hervé Bossé

Une bulle bien fournie qui met en effervescence ce brut nature qui fristouille comme l’indique Hervé Bossé. Il croque fruité sous la dent comme un Grolleau frais et fruité sait le faire. Un rien de sucre résiduel vient apporter sa note de suavité à la fraîcheur ambiante au goût de rhubarbe. Cerise et groseille poudrées de poivre en renforce la gourmandise.

Désabullez-moi

Le Grolleau se complète d’un peu de Cabernet Franc.

Alors, maxi ou mini?

 

Ciao

Marco

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 15 380 autres abonnés