Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


Poster un commentaire

Les viticulteurs audois se trompent de cible

Ce samedi, à Narbonne, des viticulteurs audois s’en sont pris à nouveau à la concurrence des vins espagnols, qualifiée de déloyale. Et exigent la fin des importations.

Voici les arguments entendus:

-Les caves de l’Aude sont pleines.

-Des marques comme Leclerc vendent des vins espagnols et font croire qu’ils sont français en mettant un clocher et un béret sur l’étiquette.

-Les Espagnols et les Italiens sont exonérés de taxe foncière sur les terres agricoles

-Leurs charges sont moins importantes sur leurs salariés.

Olé!

Deux commentaires.

-Le premier, persifleur: l’Espagne possède également des églises; et pas mal d’Espagnols portent des bérets (basques, notamment).

-Le second, plus sérieux. Si les vignerons français paient trop de taxes sur le foncier et sur le travail (même sur la main d’oeuvre importée), n’est-ce pas plutôt au gouvernement français, à Bercy, qu’il faut s’en prendre, plutôt qu’aux Espagnols? Aux candidats à la présidence, c’est un allégement fiscal qu’il faut demander; et non une interdiction des importations qui, les viticulteurs audois le savent bien, est impossible dans le cadre européen, avec le principe de la libre circulation des marchandises.

Et au fait, comment se fait-il que le consommateur français ne détecte pas la supercherie que les viticulteurs audois dénoncent? Comment se peut-que le vin espagnol premier prix lui plaise tout autant que celui proposé par les viticulteurs audois?

Et si, en attendant que le fisc français lâche son étreinte sur les viticulteurs audois (ce qui pourrait prendre un peu de temps), ceux-ci se focalisaient plutôt sur une production à valeur ajoutée? Une production qui leur permette de vivre de leur travail sans être en concurrence frontale avec les entrées de gamme, qu’ils viennent d’Espagne ou d’ailleurs? S’ils faisaient en sorte que leurs caves soient un peu moins pleines, mais que les vins dans les cuves aient une véritable raison d’exister? Des chances de plaire, en France et ailleurs?
Comme les vins dont je vous parle, assez souvent, ici; parce que l’Aude possède effectivement de beaux terroirs et de bons vignerons.

Je sais, c’est plus facile de commenter que de tailler la vigne, et de vendre le vin. L’Aude a toute ma sympathie. Mais la voie du protectionnisme franco-français est un cul-de-sac, d’autant que le marché hexagonal est en perte de vitesse.

Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de citer un commentaire de soutien aux manifestants, déposé sur le site du Figaro, et signé « Haralde 37 »

« Soutien aux vignerons qui font rayonner la France à l’international. »

Donc, si je comprends bien, il est normal que la France exporte des vins pour rayonner à l’international, mais il n’est pas normal qu’elle en importe?

Les vignerons espagnols n’ont pas le droit de rayonner à l’international?

Hervé


1 commentaire

Le Prié Blanc sublime les neiges du Mont Blanc

Autochtone et extrême, le Prié Blanc pousse uniquement en Vallée d’Aoste. Plus précisément encore, dans la première partie de la région autonome en venant du Mont Blanc, la Valdigne, qui va de Courmayeur à La Salle en passant par Morgex. L’altitude de culture oscille entre 1.050 et 1.200 mètres, ce qui en fait l’un des cépages les plus hauts d’Europe.

 

Un montagnard valdôtain

Plant vigoureux, il offre la particularité d’avoir un cycle végétatif très court. Tardif, il échappe aux gels de printemps qui sévissent encore en avril, parfois jusqu’en mai. Cependant, sa récolte se fait en première époque, vers la fin août.

Ses feuilles sont petites et ses grappes de taille moyenne aux grains relativement serrés. Ces derniers, de forme sphérique, ont la peau couverte de pruine. Elle se teinte de jaune doré en atteignant la maturité. La pulpe juteuse donne un jus très peu coloré.

Le Prié Blanc est franc de pied, l’altitude rendant le phylloxéra inoffensif. Le cépage se reproduit encore par provignage; une nouvelle pousse  est enterrée au printemps sans la détacher du plant mère. En automne, quand la partie enfouie a pris racines, on coupe le cordon, rendant ainsi la bouture indépendante. L’altitude installe aussi un gradient thermique important, même au milieu de l’été, ce qui évite nombre de parasites, tout autant que l’air sec élude les maladies cryptogamiques.

Sa conduite reste traditionnelle, cultivé en pergolas montées sur des étais en bois ou des piliers de pierre, constructions robustes résistantes au vent parfois violent et aux gelées hivernales.

Le Prié porte aussi le nom de Blanc de Morgex ou de Valdigne.

Ses origines

Incertaines comme bien souvent, la tradition populaire parle de la présence d’une viticulture à grains blancs dès le huitième siècle, qui aurait prolongé une implantation romaine. Une autre tradition évoque une origine valaisanne, lorsque des colons seraient venus de Suisse en 1630 pour repeupler la vallée décimée par la peste. Enfin, quelques recherches évoquent pour une hypothèse autochtone.

Piagne 2015 DOC Vallée d’Aoste Cave Mont Blanc

 La robe blanche nous trouble par sa transparence qu’illumine un peu d’or teinté de vert.

Le nez oscille entre des impressions de fruits blancs acidulés et des éclats minéraux de silex frotté. Viennent s’y ajouter des fragrances de prairies montagnardes riches de fleurs et de plantes aromatiques. La bouche ne dément pas les émotions nasales et c’est avec le tranchant d’un éclat de glace qu’elle franchit les lèvres béates. Le premier coup de givre passé, agrumes, pommes et poires libèrent leur jus et installent un réel confort buccal. Celui-ci a le goût du miel, la chaleur d’un soleil d’automne, la douceur d’une peau de pêche. Sur la fin, une légère note d’encaustique augure l’évolution lente vers un minéral plus prononcé.

La cuvée Piagne est un 100% Prié Blanc dont la vinification comme l’élevage se fait en cuves inox. Levures indigènes. Prix sur place : 18,25€ (ndlr: le vin, pas la levure)

Montagnard et Valdotain, on voit d’emblée le Prié avec la Fontina, autre spécialité locale. Mais avant d’arriver au fromage, les poissons de rivière aiment sa fraîcheur et sa structure minérale qui fonctionnent agréablement avec leur chair délicate. Entre les deux, les viandes blanches lui siéent avec bonheur, surtout relevées de quelques herbes aromatiques.

La Piagne

 

Cet ancien et unique clos valdôtain a été racheté en 2007 par la société coopérative Mont Blanc, sise à Morgex. La cave en a entrepris la restauration, le remontage des murs des terrasses, le réaménagement des pergolas. Il lui reste la réhabilitation de l’antique petite cave attenante creusée dans la roche. Tout cela avec l’intention d’une reconversion biologique.

La Cave Mont Blanc de Morgex et de La Salle

 

Jadis, chaque vigneron s’occupait de sa production et de la commercialisation de ses vins. Des  productions modestes qui n’assuraient guère d’image, ni même un approvisionnement constant du marché. L’idée d’une association naquit au début des années 70. Collaboration qui se transforma en Cave Coopérative en 1981. Elle compte aujourd’hui une centaine d’adhérents pour une production de 140.000 bouteilles annuelles. Avec son vignoble compris entre 1.050 et 1.200 mètres d’altitude, ce doit la coopérative la plus haute d’Europe.

Nicola del Negro, enologo e responsabile commerciale, controlla la vigna « Piagne » di uva Prié Blanc

www.cavemontblanc.com

Ciao

 

 

 

Marco

 


9 Commentaires

Où en est le Mourvèdre en Roussillon?

 

Le Mourvèdre est un cépage typique des bords de la Méditerranée. On dit que pour exprimer toutes ses qualités, il doit regarder la mer et être à l’abri du vent. Ça ne se vérifie pas à Jumilla, où sans voir la côte, il donne pourtant de très jolis vins !

Cépage historique de la Catalogne, le Mourvèdre ou « Mataro » serait originaire de la côte catalane. Son nom lui viendrait d’ailleurs des villes de Mataro, près de Barcelone ou de Murviedro dans la province de Valencia. Il avait presque disparu du paysage viticole français après l’invasion phylloxérique, accusé de plusieurs maux et non des moindres : irrégularité, dégénérescence, manque de production… il a été délaissé lors de la reconstitution du vignoble pour sa production capricieuse et ses faibles rendements.

image001

Après la crise des Vins Doux Naturels, le Roussillon s’est tourné vers la production de vins secs et « d’aucuns » ont pensé que ce vignoble avait besoin de cépages dits « améliorateurs » : ils ont alors fortement recommandé la plantation de syrah et de mourvèdre. Ce dernier a été considéré comme très intéressant pour les vins d’assemblage dans une optique d’apport de structure, afin qu’il apporte au  vin puissance et charpente . Il était amené à être le partenaire idéal du grenache et du carignan, peu reconnus dans ces années-là.

En complément des 3 cépages rouges phares du Roussillon, le Mourvèdre a été planté sur un peu plus de 5% du vignoble. Il devait être ajouté dans les assemblages par petites touches pour renforcer la structure et la complexité aromatique (notes de poivre, de truffe et de fruits noirs) .On le recherchait:

-pour la finesse de ses arômes ; fruits murs (raisins, cerises) et fruits rouges, notes épicées, sous-bois et violette, peu de notes florales, fruits secs, grillé, tabac…plutôt torréfaction.

-pour ses qualités de bouche , tant au niveau de l’intensité et de la persistance aromatique, qu’au niveau de la qualité des tannins, veloutés et au grain très fin, devaient compenser la rusticité et le coté oxydatif des grenaches de l’époque.

Assemblé avec le Grenache, le Mourvèdre était censé compenser la tendance à l’oxydation de ce dernier. On a l’a donc tout naturellement introduit dans les encépagements des appellations.

  • Les Collioure ont le Mourvèdre à titre de cépage principal depuis leur passage en A.O.C en 1971,
  • Il a été rendu obligatoire avec la Syrah à concurrence de 10% en 1985 dans les Côtes du Roussillon et Côtes du Roussillon Villages.
  • C’est un cépage très accessoire (pour moins de 10% de l’encépagement, ou en complantation) pour les appellations Banyuls,Banyuls Grand Cru; et, comme cépage complémentaire, dans les Roussillon et les  Maury.

Pourquoi je vous parle du Mourvèdre aujourd’hui ? Tout simplement, parce que, récemment j’ai eu l’occasion de gouter 4 cuvées particulièrement réussies qui m’ont donné envie de regarder ce qu’il se faisait à partir de ce cépage à l’heure actuelle dans le Roussillon. Son encépagement est d’environ 500 ha., sous réserve, apparemment ça n’est donc pas un cépage qui a rencontré auprès des vignerons le succès escompté par les techniciens.

J’ai parlé avec plusieurs vignerons dont Jean Gardiès, Benoit Danjou et Serge baux : ils m’ont tous expliqué à peu près la même chose : en plein renouveau dans le Roussillon, ce cépage a souffert pendant longtemps d’une mauvaise réputation due à des implantations sur de mauvais porte-greffes, il y a avec le mourvèdre un vrai problème de matériel variétal, les clones ont été mal sélectionnés au départ, ils sont trop productifs, et la taille des grappes est bien trop grosse, certaines peuvent atteindre jusqu’à 800gr. Des sélections clonales ont permis d’élever sa production de 25-30 hl/ha jusqu’à 50-70 hl/ha mais il perd alors beaucoup de son caractère et sa qualité baisse rapidement.  En outre, elles donnent des jus denses mais avec un coté rêche. Avec les années, ça se calme, mais il faut beaucoup de temps. En plaine, à rendement élevé et sur des terroirs inadaptés, il perd toutes ses qualités et devient au mieux quelconque.

C’est un cépage qui aime les terroirs calcaires, et pour qu’il commence à bien s’exprimer, il faut que les vignes aient au moins 25 ans. La proportion des pépins est très développée, donc ça amène des tannins. En conséquence les résultats n’ont pas été ceux escomptés, et donc il n’a pas bénéficié de l’amour du vignoble et pourtant selon Jean Gardiès, c’est un cépage de vigneron.

C’est aussi un cépage réducteur, pour faire une cuvée non sulfitée.

La première cuvée que j’ai goutée est celle du domaine Gardiès, une exploitation familiale qui se trouve au cœur du terroir d’Espira de l’Agly, adossé aux contreforts des Corbières dans les Pyrénées et bénéficiant du climat Méditerranéen. Les 30 hectares de vignes sont en conversion biologique. Jean et son fils travaillent avec conviction, le mourvèdre depuis longtemps :

– Je cherche le ciel 2014 – Côtes du Roussillon Villages

En plus, je l’ai gouté chez lui dans la vigne, sous un ciel bleu magnifique, c’était presque magique. Quel joli nom pour un vin qui nous embarque dans les nuages. Jean m’a expliqué qu’il l’avait trouvé justement au milieu de ces vignes, alors qu’un matin de grisailles, il cherchait à percer le ciel pour voir si le temps allait se lever : « je cherche le ciel » dit-il à son fils », qui aussitôt lui répondait : » ce sera le nom de la cuvée. J’ai découvert en pleine nature, à cet endroit même ce vin qui m’a séduite d’emblée : il embaume les fruits rouges mûrs avec ses arômes de cerises noires et de prunes, il répand quelques senteurs florales, et quelques touches d’herbes fraiches. Je l’ai senti tout entière imprégné de la vigne qui l’a vu naitre. J’ai gouté une chair diserte croquante, et juteuse, aux tannins veloutés et, d’une belle intensité aromatique Un vin gouleyant, enjoué, équilibré au charme redoutable !Voilà un mourvèdre que l’on n’attend pas, presque atypique, à boire dans les 3 ans.. Ah, j’allais oublier de mentionner tellement on ne s’en aperçoit pas que c’est un vin sans soufre !

1381554_727909553890008_86592843_n

PVP :22€

La deuxième cuvée toujours de chez Gardiès est dans un tout autre esprit, plus classique avec ses 18 mois d’élevage, dont les rendements ne dépassent pas 25hl/ha :

La Torre 2013

Un vin complexe, élégant et bien équilibré !

Un nez très expressif révèle de généreuses nuances de fruits noirs murs(cassis), relevées de notes épicées et toastées. Avec de délicieuses sensations la bouche révèle une texture dense, soyeuse, sur des saveurs de fruits noirs, des notes fraîches balsamiques, accompagnées par des tanins murs et juteux. Le tout est parfaitement équilibré par une belle fraîcheur minérale et relevé par une élégante touche épicée. Ce vin est une réussite, la preuve que le mourvèdre bien conduit peut donner dans le Roussillon un vin racé.

1381541_738240756190221_895360558_n

PVP :34€

Peu de temps après, Au Vins de mes Amis, j’ai eu l’occasion de gouter chez les frères Danjou Banessy, la cuvée Roboul 2014, côtes du Roussillon Villages.

Le domaine est situé tout près de d’Espira de l’Agly à quelques kilomètres de Perpignan et possède une mosaïque de terroirs exceptionnels dont les Terres Noires qui sont des débris de schistes noirs déposés en couches plus ou moins profondes sur du calcaire.

C’est une cuvée d’assemblage mourvèdre/grenache, dans laquelle le mourvèdre est dominant. Les vignes sont assez jeunes entre 10 et 30 ans, plantées dans le lieu-dit « Roboul » dans la continuité du Crest avec un sols argilo-calcaires constitué de galets roulés et d’argile et les rendements ne dépassent pas les 25hl/ha là aussi.
Travail parcellaire en phases lunaires, sélection des bourgeons lors du travail en vert.

Levures indigènes. Elevage en fûts de 12 à 14 mois selon l’année.
Mise en bouteille par gravité. Vin non levuré, non acidifié, non chaptalisé, non collé, non filtré. Possibilité de dépôt naturel en bouteille.

Un rouge méditerranéen à l’état pur surprenant et captivant. L’association du mourvèdre/grenache lui confère une puissance agréable et une personnalité typée : une dominante fruitée intense petits fruits rouges (framboise, fraise), sur des notes florales : une gourmandise charnue et juteuse aux parfums épicés. Une belle fraicheur porte l’ensemble, une grosse surprise que ce rouge qui malgré sa vigueur passe en douceur. Il est totalement charmeur, fin et élégant, donnant une grâce incroyable au cépage Mourvèdre. A déguster dans sa jeunesse.

 

PVP :14 euros

MATARO BOY 2015

Cette cuvée nous vient du Mas Baux, à quelques pas de la mer entre Perpignan et Canet-en-Roussillon, le domaine s’étend sur 20 hectares, dont 12 hectares de vignes, bordées de garrigues, le tout cultivé en BIO. Sa parcelle de mourvèdre fait 3ha, une sélection massale qui lui donne des petites grappes et beaucoup de travail à la vigne.

En cuve inox jusqu’à la mise en bouteille le 21 janvier 2016

Serge Baux a deux passions, le rugby et la vigne, sans compter un grand faible pour le mourvèdre : c’est son cépage préféré !

20170321_150137

Vous comprenez mieux maintenant le pourquoi de l’étiquette : c’est lui qui est en photo, il a voulu traduire toute la force, la virilité et l’élégance du vin ; pour lui, le rugby et le mourvèdre ne font qu’un, c’est une jolie histoire. Oui, je sais certains assimileront ce sport à la brutalité, pas moi, j’ai baigné dedans petite avec mon père et je comprends ce que ressens Serge, et je trouve que son vin l’exprime très bien. C’est un 100% mourvèdre, encore très jeune, il faut l’être pour jouer au rugby, un fruité éclatant émane du verre, il s’en échappe de beaux arômes de fruits de fruits noirs, avec une pincée de poivre blanc. Un très léger co2 en attaque, il a certes la carrure d’un rugbyman, mais l’étonnement vient de sa chair lisse et coulante, malgré sa vigueur, il glisse en douceur, c’est un vin rond, équilibré, les tanins sont très fins et murs. Il a marqué un essai transformé ! Voilà un rouge bio, élégant, digeste qui renferme les atouts majeurs d’une très pure expression méditerranéenne d’une totale fraicheur.

20170321_145906

Pour un prix plus que raisonnable, avec des rendements de 25hl/ha.

Production : environ 5000 bouteilles

PVP :14 euros

Je sais qu’il y a d’autres cuvées de mourvèdre, notamment le Clos du Moulin du domaine du Mas blanc qui était une vraie réussite il y a des années en arrière et que je n’ai pas eu le temps de gouter pour ce papier, ainsi que Domaine de l’Edre – Carrément Mourvèdre 2015 – Côtes Catalanes je les garde pour un autre papier, avec des cuvées catalanes du Sud.

Un constat quand même, par rapport à Bandol, les mourvèdres du Roussillon sont très fruités-

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

1374172_727285427285754_124695566_n


11 Commentaires

J’ai été Charlie

Comme la plupart d’entre vous, je suppose, j’ai été Charlie, j’ai été Paris, j’ai été Bardo, j’ai été Bruxelles, j’ai été Saint-Etienne-du-Rouvray, j’ai été Berlin, j’ai été Nice.

Et ce midi, en regardant les images des commémorations des attentats de Zaventem et du métro de Bruxelles, j’ai compati. J’ai écouté les messages de solidarité, ainsi que les reportages dans les écoles où les enfants disent leur horreur face à la violence, mais également, pour certains, leur peur face aux réactions islamophobes. J’ai aussi écouté  leurs professeurs, qui, après avoir rappelé à tous que ce n’est pas bien de tuer son prochain, j’espère (mais ce n’était pas dans le reportage), ont bien insisté sur la nécessité de ne pas faire d’amalgame avec la religion musulmane.

A la violence des terroristes répondrait la violence des amalgames, en quelque sorte. J’ai tiqué.

Et puis, voici, cet après-midi, qu’un nouvel attentat a eu lieu à Londres – incidemment, juste à l’endroit où je me trouvais voici trois semaines, simple touriste venu écouter Big Ben sonner. Aujourd’hui, plusieurs personnes sont gravement blessées, deux passants et un policier sont morts, ainsi que l’auteur des aggressions.

Une fois encore, le Conseil des Musulmans condamne le terrorisme, et c’est très bien. Mais si je compatis toujours, je commence à me demander si la compassion sert à quelque chose; si les commémorations servent à quelque chose. Si les condamnations servent à quelque chose. Je n’ai pas envie que le même scénario se reproduise éternellement.

De tendre l’autre joue, de faire preuve de retenue. 

Il semble que ma culture, mon modèle de société, qui respecte toutes les religions et ceux qui n’ont pas de religion, est inacceptable pour les extrémistes islamistes. La tolérance que nous prônons, même envers eux, eux ne la tiennent pas pour une valeur mais pour la faiblesse de mécréants.

Quels que soient leurs motivations, leurs affiliations, leur pauvre rhétorique, ils sont abjects.

Soyons lucides: ils nous ont déclaré la guerre. Et cette guerre, nous ne la gagnerons certainement pas avec de la mansuétude, de la compréhension, et cet amour de l’autre que je viens d’entendre vanter dans la cérémonie oecuménique qui se tenait à Bruxelles, cet après-midi. Le télescopage avec les événements de Londres était insupportable. D’un côté, les appels au pardon, même pour les tueurs; de l’autre, le lâche assassinat de victimes innocentes, par un exalté thanatophile, qui se fichait sans doute d’y rester. Jihad 3 – London 1. Aucune commune mesure.

Ceux qui sont fidèles à ce blog se rappellent peut-être que lors des attentats de Paris, Marc et moi étions à Beaune, pour la vente des Hospices. Nous avons bien ressenti alors toute la futilité de notre métier de journalistes en vin, face à l’horreur indicible, face à la terreur au coeur de nos villes. Puis, le lendemain même, parce qu’il faut toujours aller de l’avant, nous avons repris la plume. Nous nous sommes dit que ce serait une victoire pour les terroristes que de changer nos habitudes. Nous pensions que le vin, ce produit de partage, qui a traversé l’histoire et les cultures, était le symbole même de la communion. Pas seulement au sens de la religion chrétienne, qui ne regarde que ceux qui y croient, mais au sens humain: boire ensemble, partager le fruit de la terre et du travail des hommes, puis partager un beau moment de vie en parlant de ce vin, quoi de plus humain? A propos, un de mes plus beaux moments de dégustation et de partage, c’est en Tunisie, pays musulman, que je l’ai eu, dans le jardin du domaine de Shadrapa. Un nom qui rappelle que l’histoire du vin, au Maghreb, est plus que deux fois millénaire. Tout comme l’esprit de tolérance.

Mais d’autres attentats sont venus. Tout aussi abjects, tout aussi lâches. Et toujours les mêmes appels au pardon. Je ne les supporte plus.

Non, je ne suis plus Charlie, ni Bruxelles, ni Nice, si cela veut dire que tout le monde il est gentil, quel que soit votre prophète. Aucun dieu, avec ou sans majuscule, ne peut justifier l’assassinat de passants dans une ville en temps de paix; ou sinon, que ce dieu-là se crée un autre foutu univers pour y décérébrer ses fidèles!

J’ai juste envie que ça cesse. Que chacun pratique sa religion chez soi (ou n’en ait aucune) et pas dans la sphère publique; que personne ne puisse s’appuyer sur elle pour défendre des intérêts qui n’ont rien à voir, ou des conceptions bestiales. Que les prêtres, les pasteurs, les rabbins, les imams, les lamas fassent silence. Ma tolérance à l’abjection est au niveau zéro. Ma tolérance à l’angélisme s’en approche. Je veux des actes, un Etat qui nous protège, nous et notre tolérance, et ne serve aucun alibi d’aucune sorte aux terroristes ni à ceux qui les soutiennent ou les excusent. J’ai dans la bouche un goût amer, celui de m’être fait avoir. 

Et vous savez quoi? Il n’est pas vendangé, le vin qui m’enlèvera ce goût. D’ailleurs, ce soir, je n’ai pas le coeur à boire. Ni à regarder la soirée « Ensemble! », sur la RTBF, en commémoration du précédent 22 mars. J’ai eu ma dose de bons sentiments.

Hervé

PS. D’avance, merci de bien vouloir m’excuser de cette digression. Il fallait que cela sorte. Je ne vous demande pas de partager mes opinions. Dans une société pluraliste, c’est justement tout l’avantage: on a le droit de dire qu’on est pas d’accord.


2 Commentaires

En Transit (o) vers le ciel

Aux Valles Calchaquíes, tout au Nord de l’Argentine, poussent des vignes parmi les plus hautes du monde: plus de 1700 m au dessus du niveau de la mer !

C’est là que se niche la Bodega El Tránsito. Comme un clin d’œil au fameux «train des nuages», le plus haut d’Amérique, qui vous emmène à 4.200 mètres d’altitude, en transit vers le ciel…

Salta-VallesCalchaquies-P3140151.JPGValles Calchaquies (photo Mariano)

Sous le soleil exactement

Sortez les GPS : nous sommes dans la province de Salta, à 1.300 kilomètres au Nord-Ouest de Buenos Aires et à 1.250 au Nord de Mendoza. Cette latitude tropicale serait bien inhospitalière pour la vigne, si l’altitude ne tempérait pas la chaleur.

Restent cependant deux problèmes; le premier, c’est la sécheresse (250mm de pluie par an, en moyenne), que seule l’irrigation permet de compenser – heureusement, l’eau des glaciers qui descend des Andes est assez abondante. Le second, plus insidieux, ce sont les ultra-violets, qui brûlent les raisins.

Le paysage est impressionnant, les premiers contreforts des Andes sont tout proches, la vigne est aussi joliment peignée qu’une coiffure de première communiante.

Si votre idée de l’Argentine se limite à Mendoza, changez de disque dur: de Cafayate à Lujan de Cuyo, il y a la même distance qu’entre l’Anjou et La Mancha, et à peu près deux fois le dénivelé.

D’ailleurs, alors que Mendoza a surtout misé sur les cépages rouges, et notamment le Malbec et la Bonarda, Cafayate est plutôt une région de blanc; son cépage de prédilection est le Torrontés – le blanc argentin par excellence, aussi résistant à l’ensoleillement qu’à la fraîcheur.

Pietro Marini Torrontés

Un très bon choix, si j’en crois le premier vin dégusté, signé Pietro Marini.

Ne vous fiez pas à sa couleur plutôt pâle, ce vin déborde de caractère. En bouche, le plus côté muscaté du cépage ressort bien, mais il s’allie à quelque chose de plus complexe, du pamplemousse confit et de la pâte d’amande, de la banane verte ; sa bouche est vive, très franche, avec un retour du pamplemousse, mais aussi des épices (poivre noir) et un zeste d’agrumes. Pourquoi donc est-ce que je m’imagine au pied des Andes, en costume de gaucho, une rondelle de citron entre les lèvres…?

IMG_2150.jpg

Pietro Marini Malbec 2010

Le second est un rouge d’assemblage, de la marque Pietro Marini également – son Malbec, pour être précis.  J’ai eu un coup de cœur pour ce vin. Il s’agit d’une série limitée (40.000 bouteilles, tout de même), issue à 100% de Malbec de 15 ans d’âge.

La robe est profonde, légèrement violacée ; le nez est très flatteur – prunes, pruneau, petits fruits noirs, très pur aussi. La bouche est fraîche et joyeuse, sur les fruits noirs, un peu de cuir, les tannins sont particulièrement raffinés.

Le malbec acquiert ici une autre dimension, il claque, cinglant comme un coup de fouet dans la pampa.

La bouche est aussi longue que la cordillère des Andes… Le genre de vin propre à réjouir le cœur de l’homme.

C’est tout le mal…bec que je vous souhaite.

Hervé Lalau


6 Commentaires

Qui parle le mieux du vin dans la présidentielle? Mélenchon, bien sûr!

N’y voyez aucune propagande politique de ma part, mais celui qui parle le mieux du vin, dans cette campagne présidentielle, et avec le plus de passion, c’est certainement Jean-Luc Mélenchon.

La preuve ICI

 

Qu’on soit d’accord ou non avec les prises de position du tribun de la France Insoumise en matière de viticulture, qu’on partage ou non sa vision de la société et sa grille d’analyse, on doit se rendre à l’évidence: il s’intéresse au sujet, il mesure toute sa dimension historique, culturelle et sociale. Qui plus est, cet intérêt ne date pas de la dernière pluie, ni du dernier sondage. Alors pour tout ça, M. Mélenchon, chapeau!

Et après tout, rien n’empêche les autres candidats de faire preuve du même enthousiasme, quitte à se positionner différemment.

Hervé Lalau


3 Commentaires

Mon Vin Officiel du Bonheur

Pour l’ONU, hier, lundi 20 mars, était la Journée Mondiale du Bonheur.

Et qu’est-ce qu’on boit pour fêter ça? Quel serait votre Vin du Bonheur, à vous?

Pour moi, le hasard a voulu que je débouche hier l’excellent Viognier 2015 du Domaine Gayda (IGP Pays d’Oc), alors, pourquoi pas lui?

Avec lui, mon bonheur a été riche, parfumé, fruité; mais aussi, légèrement acide, dynamique, et très long en bouche.

C’est bien le moins, car pour moi, autant la joie est une sensation fugace, le Bonheur est censé durer plus d’une journée, même officielle, même mondiale.

Hervé Lalau