Les 5 du Vin

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La mode des rosés pâles s’est emparée de l’Espagne

Je rebondis sur le papier de David du 19 septembre dernier, car la pâleur dans les vins rosés a gagné l’Espagne et apparemment, ici aussi, ils plaisent à tout le monde. La réussite des rosés de Provence fait envie, c’est donc allègrement que beaucoup de bodegas s’y sont essayées, et ça marche. Voici trois exemples de rosés pâles récemment sortis sur le marché:

Chivite Las Fincas 2015, un rosado para Arzak, IGP Vino de la Tierra 3 Riberas

C’est le deuxième millésime, et, c’est le résultat d’une collaboration entre les Navarrais de Chivite et le fameux cuisinier Arzak, connu pour être un grand amateur de rosés. Une chose est sûre, Chivite a mis sur le marché un rosé très différent de ceux auxquels il nous avait habitués. D’abord le packaging, la bouteille interpelle, et ensuite la couleur : il a revêtu un habit tendance couleur rose pâle. Issu de Grenache et de Tempranillo,  il offre un nez élégant aux aromes discrets de fruits rouges, la bouche est bien structurée, fruitée, savoureuse et équilibrée. Certes c’est un rosé nouvelle génération, mais qui garde un certain caractère, j’aime sa discrétion, pas d’exubérance, mais, persistant en bouche, plus que ce que nous laissait espérer sa robe si délicate. Il se présente sur le marché sous une appellation récente et peu connue, Vino de la Tierra 3 Riberas, il a été élevé sur lies, en cuves inox pendant 6 mois, il titre 13,5% et je trouve son prix imbattable: 9,50 €   

C’est un rosé intéressant.

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Rioja R. Bilbao, Lalomba Rosado 2015

Un rosé parcellaire, élaborés à partir de 90% de grenache et 10% de viura issus de la vigne Lalomba, plantée en 1976,  le premier vin de la gamme, annoncée comme  vins de Terroir de Ramón Bilbao. Un vin qui se veut très exclusif, présenté dans une bouteille transparente luxueuse, étiquette petite et sobre, bouchon de verre… le site de la bodega, n’a pas peur de le décrire comme « un diamant extrait de la terre… un vin rosé pâle, de style provençal, délicat, élégant et sophistiqué». Le marché national et international l’a très bien accueilli, les critiques sont très positives : moins cher qu’un rosé de Provence, et au moins aussi complexe. En Espagne, il fait l’unanimité.

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Qu’ajouter?  Au delà de sa teinte diaphane (« encore un rosé transparent à la mode »), ce rosé étonne à la dégustation; loin d’être insipide, il est à la fois sérieux et allègre, le nez est frais, subtil, à la fois fruité et floral, la bouche offre un fruit mur, une savoureuse crèmosité, et une finale vive. Un parfait équilibre entre les fruits, les fleurs et l’acidité.

Pour beaucoup, un grand rosé. Oserai-je écrire (pied de nez à ceux qui ne jurent que par le pâle), qu’avec davantage de couleur…  je l’aurais vraiment aimé!

ALC 12,5º

La production est «limitée» à 10 000 bouteilles; 17,50€

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Rioja Marqués de Murrieta Primer Rosé 2015

Depuis 1987, la bodega n’avait plus élaboré de rosé, l’esprit de ce Primer Rosé est complètement différent de ceux jusqu’ici produits; un changement radical vers un style plus tendance !

C’est un rosé 100% Mazuelo, issu des vignes Finca Ygay. Vinification traditionnelle, après une lente fermentation en cuve inox, le vin repose pendant 40 jours sur ses lies fines. On s’étonne qu’une bodega comme Marqués de Murrieta ait cédé à l’appel du marché, mais l’œnologue Maria Vargas nous explique, que pendant 5 ans, ils ont fait des essais avec différents cépages et élaborations pour arriver à présenter un rosé qui vaille la peine. Le résultat n’est pas mal, j’aime sa personnalité.

Il est rose,  limpide, le nez est assez intense, offrant les notes de fruits rouges où  dominent la cerise et la fraise  ainsi que des notes florales et balsamiques. La bouche est pleine, fraiche, structurée, longue. Un rosé qui plaît.

La production est limitée à 5000 bouteilles, et le prix public est de 29,50€

 

En guise de conclusion

Depuis 2013, date à laquelle Ramon Bilbao a mis sur le marché son rosé 2012, frais et transparent, de nombreux rosés sont apparus et ont rencontré un succès certain. La vogue du rosé a incité de grandes bodegas classiques à le prendre au sérieux, et ainsi à le valoriser.

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Le style rosé de Provence est le plus «copié».

De grands groupes espagnols ont aussi misé sur cette tendance, comme Codorniu Raventos, avec Viñas de Anna Flor de Rosa (le 2015 est le premier vin rosé dans l’histoire de la marque Codorniu), ou encore Bodegas Bilbainas (Viña Pomal Rosado 2015), Raimat (Vol d’Ànima rosé 2015, en DO Costers del Segre). On citera aussi le Rioja Izadi Larrosa 2015, Rita Habla 2015, des Bodegas Habla de Trujillo.

profesionalhoreca-rosado-rita-habla-2015Dans tous les cas la preuve est faite, que ça nous plaise ou non, que si l’on offre au public, jeune et moins jeune, un rosé plus frais, plus léger, plus transparent que le traditionnel, il remporte un vif succès.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

 


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Quoi de neuf en Roussillon?

Dans chaque vignoble, chaque année, il y a  de nouveaux vignerons qui démarrent; soit qu’ils reprennent le domaine de leurs parents, soit qu’ils en lancent un nouveau à la sortie du lycée agricole ou de la fac d’oeno, soit qu’ils investissent dans la vigne. C’est le cas dans le Roussillon, notamment, aussi faut-il régulièrement remettre ses compteurs à jour.

C’est ce que j’ai pu faire, mardi dernier, à Bruxelles, grâce au Centre d’Information des Vins du Roussillon, qui présentait aux importateurs et à la presse une trentaine de vins (principalement des 2015 et des 2014) dont la plupart ne sont pas encore importés en Belgique, et dont certains sont les premiers millésimes de leurs auteurs.

 Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Les Aspres, Côtes du Roussillon Villages, Maury, Collioure, Muscat de Rivesaltes, Rivesaltes, Banyuls, IGP Côtes Catalanes, la plupart des dénominations de la région étaient représentées.

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A l’arrivée, du bon, du très bon et du moins bon – la petite déception tient à des vins un peu trop faciles; j’ai été de ceux qui ont reproché, par le passé, aux Roussillon de vinifier des vins durs et rustiques; certains ont pris l’avertissement au pied de la lettre et produisent maintenant des vins qui manquent de personnalité, voire mous – un comble, pour un beau millésime comme 2015. Vous me direz que je ne suis jamais content. Mais tout est une question de mesure…

Ces vins en demi-tons représentaient environ un tiers des vins dégustés; si l’on enlève encore quelques vins à défaut (brett, oxydation prématurée, soufre), reste tout de même une belle brochette de bons vins, allant du plus fruité au plus corsé, mais pleins de caractère, ce qui augure bien de l’avenir du Roussillon.

Je vous livre mon quinté de tête:

Domaine Meunier-Centenac 2014, AOP Côtes du Roussillon (blanc)

Clos Saint Sébastien Cuvée Inspiration Minérale 2014, AOP Collioure (blanc) 

Cave de Maury Cuvée Nature de Schiste 2014, AOP Maury Sec

Domaine des Mariétas 2015, AOP Côtes du Roussillon (rouge)

La Coupe d’Ars, Château Planères 2013, AOP Côtes du Roussillon Les Aspres

Et pour faire bonne mesure, j’ajouterai un vin doux naturel plus ancien,

Le Rivesaltes Ambré 2004 de Lafforgue.

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Si je devais trouver un dénominateur commun pour ces vins, outre le fait qu’ils gagneraient à être mieux connus (qu’ils soient produits par de petits ou de grands domaines, des coopératives, des néo-vignerons ou pas),  je dirais que c’est la mise en avant de leur différence; la marque du lieu, sans doute, mais aussi  la patte du vigneron.

Le Collioure blanc du Clos Saint Sébastien, par exemple, joue bien la carte de son schiste brun, mais les choix d’assemblage et de vinification (un long passage en bois, qui pourtant ne gomme en rien le côté salin et pointu du vin, mais l’encadre) montrent bien à quel point l’apport humain peut être important. Dans un autre registre, le Côtes du Roussillon Les Aspres du Château Planères présente une texture particulière, un jeu étonnant entre le rond et l’épicé; et dans ce cas, le choix de la cuve était tout à fait adapté. Rien d’étonnant, quand on dévoile l’étiquette: ce vigneron est un de ceux qui ont porté le projet de la dénomination Côtes du Roussillon Les Aspres.

Bref, voila des vins qui se gravent dans la mémoire olfactive. De ceux qu’on a plaisir à donner le nom à des amis, comme on ferait d’une belle adresse de restaurant, d’un beau circuit de promenade, d’un bon concert…

Hervé Lalau

 


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Some great Ports and the rise of Dourism…..

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The small town of Pinhao

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The Douro busy with river craft on a Sunday

img_2395Looking down on the patchwork of
vineyards in the Upper Douro 

Soon after The Vintage House Hotel opened in Pinhao in 1998 I researched an article for Decanter on staying in the Douro. At this time there were not many places to stay in the Douro especially the upper part upstream from Regua unless you were a privileged member of the wine trade invited to stay in one of Port companies quintas. Even the tourist offer in Vila Nova de Gaia was fairly restricted.

Today there has been an explosion of tourism in Porto and Vila Nova de Gaia as well as up in the Douro. The streets of Porto are crowded with visitors with modern bars and shops where once there were shops selling old fashioned religious artefacts. At Regua there are several large excursion boats offering river trips and dining. On Sunday morning, while we waited in Regua for our coach to take us to one of the facilities of Quinta das Carvalhas high above and well to the north of Pinhão for a brief session of treading Port grapes, there were a whole procession of coaches setting down and picking up multiple groups of tourists.

However, passing through Pinhão which you might expect to be a centre of wine tourism in the Upper Douro, I had the impression of a rather faded small town with a good number of empty shops. Quite surprising given its position and the number of wealthy and significant quintas like Noval in the area. Slightly reminiscent of Pauillac town that does not share the wealthy of the Grand Cru châteaux residing in its commune.

We were in Porto and the Douro for the First #winelover Symposium. #winelover is a facebook group with just under 23,000 members. Of whom about 300 or so are active. It was founded in 2012 and grew out of the EWBC/DWCC conferences. Four years on it was felt to be time to develop a slightly more formal structure.

During our stay we were privileged to two remarkable Port tastings – one involving wines from the Sogevinus group (see here) and then a wonderful tutored tasting by Bento Amaral of a range of Ports at Niepoort’s Quinta de Nápoles (see here). 

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Bordeaux est-il supérieur en rapport prix/qualité ?

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Je ne vous parle évidemment pas des crus classés et consorts, souvent hors d’atteinte pour le commun des mortels depuis bon nombre d’années. Je vais plutôt évoquer les bons vins très abordables qui se vendent en ce moment sous l’appellation Bordeaux Supérieur. Les appellations de base du Bordelais, dites génériques, constituent 55% du vignoble girondin mais on en parle si peu quand on compare cela avec la couverture presse donnée à d’autres appellations moins significatives sur l’échiquier des vins français. Snobisme inversé, Bordeaux bashing, ras-le-bol des prix trop chers des « classés », ou simple ignorance ? Je ne le sais pas. Peut-être un peu de tout cela.

En tout cas, je trouve que les bons vins de l’appellation Bordeaux Supérieur font partie des meilleurs rapports qualité/prix parmi les vins rouges de France, aujourd’hui. Ils méritent amplement qu’on s’intéresse à eux car ils n’ont jamais été aussi nombreux à être bien faits. Quelques excès d’un passé récent, du genre boisage qui écrase tout, sont en bonne voie de disparition, même s’il en reste des traces. Je suis d’avis que la mention « supérieur » est à laisser tomber de la désignation de cette appellation, car peu de gens comprennent ce qui est impliqué par ce terme. Après, faut-il établir une hiérarchie théorique parmi les quelques 300 millions de bouteilles qui sont produits chaque année sous les deux appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur ? J’en doute.

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Chaque année, l’appellation effectue, en interne, une sélection de 25 ou 26 vins du dernier millésime mis en marché des Bordeaux Supérieur rouges (il existe aussi des blancs sous cette désignation, mais je n’en ai jamais vu), puis cette série est soumise à la presse afin que nous désignons six vins qui vont jouer le rôle d’ambassadeurs pour l’appellation pendant un an, étant mis en avant lors de diverses manifestations. La semaine dernière j’ai donc participé, comme presque tous les ans, à cette dégustation à l’aveugle et voici mes vins favoris. J’ajouterai en fin d’article la liste des vins que l’ensemble de mes collègues à élu. Le millésime présenté était 2014 et l’opération s’appelle Talents de Bordeaux.

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Château Féret Lambert 2014

J’ai souvent sélectionné ce vin par le passé, et donc sa régularité est remarquable.

Le boisé est fin et bien intégré au nez. Les saveurs fruitées sont délicates et précises. Il sera encore meilleur dans 6 mois car la finale est encore un poil sèche.

Prix 11 euros

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Château Moutte Blanc 2014

Un beau nez qui révèle une assimilation réussite entre fruit et structure. Cela est confirmé en bouche. Elevage parfaitement dosé qui cadre bien une matière généreuse.

Prix 10,20 euros

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Château Lamothe-Vincent, Héritage 2014

Manifestement un vin dominé par le merlot (la fiche révèle qu’il s’agit de 80% de ce cépage). Souple, charnu et chaleureux. Un bon vin très agréable.

Prix 8,20 euros

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Château l’Insoumise, Prestige 2014

Robe dense. Nez droit, très classique, avec un boisé bien intégré. Un très bon vin qui a de la puissance par sa matière mure, mais qui reste bien bordelais.

Prix 8 euros (une des meilleures affaires de la série à mon avis)

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Château Leroy-Beauval 2014

Je ne connaissais pas ce château auparavant. Fait avec 90% de merlot et 10% de cabernet franc, son nez est classique et il y a une belle précision des saveurs, accompagné par une bonne structure. Un très joli vin.

Prix 12 euros

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Château Lacombe Cadiot 2014

Autre château que je découvrais, et qui est fait, je crois, par l’équipe d’un excellent cru bourgeois : Haut Breton Larigaudière. Le nez est très franc et semble marqué par du cabernet (en réalité 60% merlot, 30% cabernet sauvignon et 10% petit verdot). Un bon fruité émerge après un début marqué par de la réduction.  Ensuite, c’est tendre, plein et assez élégant en bouche. Une vrai délice, aussi complexe que long.

Prix : 6,90 euros, ce qui en fait surement la meilleure affaire de cette série

 

La liste des Talents de Bordeaux 2014, élue par l’ensemble des dégustateurs.

On voit que je suis en accord parfait avec la moitié de cette liste. Je constate que mes collègues doivent aimer le boisé fort plus que moi car j’ai reproché un élevage un peu trop intrusif dans les cas de deux vins de cette sélection, et des tannins asséchants sur un autre.

Château Lajarre, Eléonore

Château Pierrail

Château Tuilerie du Puy, cuvée Grand Chêne

Château Moutte Blanc

Chaâteau l’Insoumise, Prestige

Château Lacombe Cadiot

En tout cas une belle série de vins avec des réussites pour ceux qui ont su attendre la maturité des raisins en évitant d’extraire trop fortement. Je pense que le marché devrait s’intéresser à ces Bordeaux 2014.

 

David Cobbold  bdx-sup


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A la rencontre des cépages modestes et oubliés

Notre ami André Deyrieux publie chez Dunod « A la rencontre des cépages modestes et oubliés – L’autre goût des vins ».
Un ouvrage qui se veut à la fois un guide pratique et un outil de découverte des vignerons et de leurs cuvées.

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Mais laissons parler l’auteur : « Nombreuses sont ces variétés de raisins délaissées et pourtant épatantes qui ont failli disparaître. Fort heureusement, des vignerons de valeur, partout en France, les remettent en culture et en bouteilles, non sans bataille mais avec un succès croissant. Quel tour de passe-passe ! Quel pied de nez à la mondialisation ! »

Voila un livre qui se lit comme on croque un beau raisin. Et un thème qui intéressera tous les amoureux du patrimoine et de la différence, au premier rang desquels, sans doute, notre ami Marc, qui défendait déjà les cépages oubliés il y a 20 ans, quand cela n’intéressait pas grand monde…

http://www.dunod.com/