Les 5 du Vin

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Réflexions sur les vins de Centre Loire

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Un trop bref séjour récent à Sancerre pour animer une table ronde organisée par le CNAOC et portant sur des sujets de fond (le réchauffement climatique, les maladies de la vigne et la réduction des intrants, avec leurs conséquences sur l’encépagement et d’autres règles des appellations) m’a donné l’occasion de demander aux responsables de cette région de m’organiser une dégustation de quelques vins du Centre Loire. Le préavis que j’ai pu donner étant court, je les remercie d’avoir su bien organiser cette dégustation qui a réuni 68 échantillons de l’ensemble des appellations de la région. Je rajoute que cette inter-profession, bien conduite par Benoit Roumet, a l’intelligence de produire un dossier de presse factuel et riche, entièrement libre du bla-bla polluant qui sévit trop souvent dans ce genre de document.

300px-008_Sancerre_sur_sa_butteC’est l’époque, c’est bien Sancerre, mais cette photo je l’ai pioché sur Wikipedia mais je ne sais pas qui en est l’auteur

Voici les appellations de la région Centre Loire, par ordre alphabétique : Chateaumeillant (90 hectares : vins rouges et rosés avec gamay et pinot noir), Coteaux du Giennois (200 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir et gamay), Menetou Salon (550 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir), Pouilly Fumé (1320 hectares : blancs de sauvignon), Quincy (280 hectares : blancs de sauvignon), Reuilly (235 hectares : blancs de sauvignon, rouges et rosés de pinot noir, ainsi que « gris » de pinot gris), et enfin la plus grande et la plus connue, Sancerre (près de 3000 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir). Je sais bien que techniquement les 30 hectares de Pouilly-sur-Loire en font partie aussi mais il semble que le marché et les producteurs ont décidé d’un commun accord de laisser le chasselas aux suisses et il n’y avait aucun échantillon de cette appellation en voie probable de disparition.

carte Loire

La partie orientale du Val de Loire, là où le fleuve amorce son virage vers l’ouest, touche presque à la Bourgogne, ce qu’on voit à peu près sur la plus petite carte

Le premier constat est que cette région représente sur le plan géographique un point de rencontre entre la vallée de la Loire et la Bourgogne. Cela se confirme à la fois par son climat, plus nettement continental que les parties en aval sur la Loire, mais aussi par l’encépagement qui emprunte le gamay et pinot noir (et aussi, un tout petit peu, le pinot gris) de la bourgogne, et le sauvignon blanc, de la Loire. Il faut rappeler que le sauvignon blanc a su aussi traverser les frontières administratives faites par l’homme pour exister en Bourgogne, pas très loin de là dans l’appellation Saint Bris près de Chablis. Le cépage ne reconnaît pas les frontières que quelques imbéciles tentent de lui imposer par pur esprit de protectionnisme !

SANCERRE photo Bookinejpg autre image, plus estivale, du vignoble sancerrois où pentes et orientations varient pas mal (photo Bookine)

Le deuxième est que ces sept appellations connaissent des fortunes assez diverses, comme reflètent leur tailles relatives. Sancerre mène clairement la danse régionale, avec plus que le double de la surface de sa suivante, Pouilly Fumé. Si, historiquement, la proximité avec le fleuve aurait pu expliquer certains écarts de fortune, je pense qu’aujourd’hui c’est surtout la facilité avec laquelle on prononce les mots qui joue un rôle prépondérant, sans parler de la qualité perçue des vins (vrai ou faux : j’ai bien dit « perçue »). Si on regarde les pourcentages des ventes réalisées à l’export, appellation par appellation il est claire que la taille, ainsi que pour partie l’antériorité de l’appellation, jouent un rôle comme l’indique ce tableau :

 

appellation date création Superficie/ha % export
Sancerre 1936 3000 57%
Pouilly Fumé 1937 1320 53%
Menetou Salon 1959 550 13%
Quincy 1936 300 14%
Reuilly 1937 235 15%
Giennois 1998 200 17%
Chateaumeillant 2010 90 2%

 

Il me semble est assez évident que la taille et l’antériorité sont bien liées à la renommée d’une appellation. Les deux plus grosses sont, et de loin celles qui exportent le plus. Menetou-Salon, qui les suit de loin, a un nom plus difficile à prononcer et une date de création plus récente. Je ne m’explique pas bien pourquoi Quincy est resté si petite et peu connue, mais il y a surement d’autres facteurs que entrent en compte.

logo centre Loire

Maintenant, parlons de cette dégustation, qui donnera lieu à d’autres commentaires plus ou moins généraux. Je remercie les vignerons ayant accepté d’envoyer des échantillons avec si peu de préavis. Je sais bien que le résultat d’une telle dégustation ne peut pas donner une vision complète, et encore moins établir une sorte d’hiérarchie dans la qualité, vu le nombre de vins qui représentaient chaque appellation et couleur (j’en donne les chiffres ci-dessous). Mais, avec 68 vins dégustés, il me sera permis de faire quelques observations et de souligner mes vins préférés aussi.

 

Les vins étaient jeunes, et parfois trop jeunes. Je m’explique : ils devaient tous être en vente actuellement : la majorité provenait des millésimes 2012 et 2013, mais avec pas mal de 2014 aussi, dont une forte proportion de Sancerre et de Quincy. La plupart de ces blancs de 2014 méritaient au moins 6 mois de plus d’élevage. La pression des marchés explique probablement une telle précipitation à mettre en vente des vins trop jeunes, car encore fermés et manquant d’affinage dans leurs textures comme dans leurs saveurs. Les millésimes 2012 et 2014 (avec un jugement de potentiel pour ce dernier à cause de sa jeunesse) m’ont parus au-dessus du 2013, dont la méteo à rendu l’exercice difficile je crois.

 

Les vins dégustés

Vins rouges : 1 Châteaumeillant, 1 Coteaux du Giennois, 3 Menetou-Salon, 5 Sancerre

Vins rosés : 2 Reuilly, 1 Menetou-Salon, 2 Sancerre (et un vin de table dont je parlerai)

Vins blancs : 4 Coteaux du Giennois, 4 Reuilly, 14 Quincy, 4 Menetou-Salon, 8 Pouilly-Fumé, 17 Sancerre

 

Mes vins préférés

Vins rouges

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, Première Cuvée 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, l’Ecrit 2012

Sancerre, M et E Roblin, l’Origine 2013

Sancerre, Domaine Henri Bourgeois, La Bourgeoise 2012

Vins rosés

Reuilly, Jean Tatin, Demoiselle Tatin 2014

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, 2014

Vins blancs

Quincy, Jean Tatin, Succulus 2013

Quincy, Domaine Portier, Quincyte 2013

Quincy, Domaine de la Commanderie, Siam 2013

Quincy, Domaine Villalain, Grandes Vignes 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Le Carroir 2013

Menetou-Salon, Domaine Jean Teillier, Mademoiselle T 2013

Pouilly-Fumé, Château de Tracy, HD 2012

Pouilly-Fumé, Domaine Jaudrat Guyolot, Gemme Feu 2012

Pouilly-Fumé, Serge Dagueneau et Fille, Tradition 2014

Sancerre, Domaine Laporte, Le Grand Pachois 2012

Sancerre, Vincent Grall, 2014

Sancerre, Jean Reverdy et fils, La Reine Blanche 2014

 

Remarques sur ces résultats

D’abord le caveat habituel sur une dégustation, même à l’aveugle comme ici. Ce n’est jamais qu’une photo instantanée, et forcément une photo qui ne montre qu’un fragment du paysage vu la représentativité relative de cet échantillonnage. Seule une minorité des producteurs avaient proposé des échantillons. Mais on peut aussi constater que des producteurs dont j’ai déjà très bien dégusté des vins sont au rendez-vous. Je pense à Jean Tatin et au Domaine Portier à Reuilly et Quincy ; aux Domaines Pellé et Jean Teillier à Menetou-Salon ; au Château de Tracy à Pouilly et à Henri Bourgeois, au Domaine Laporte et à Vincent Grall à Sancerre.

Deux vins à part

J’ai mentionné un vin (rosé) produit sous la désignation « vin de table ». Il s’agit d’un cépage récemment sauvé de disparition et qui a été autorisé en plantation à titre expérimental, je crois (ou bien au titre de la sauvegarde de la bio-diversité, je ne sais plus !). Ce cultivar s’appelle le genouillet et le Domaine Villalain, de Quincy et de Reilly, a envoyé un échantillon de son millésime 2014. Je ne fus pas surpris d’apprendre qu’un des ses ancêtres est le gouais blanc, cette variété à la multiple descendance mais dont les vins peuvent aisément ressembler à de l’acide de batterie. Ce n’était pas franchement le cas pour ce vin, aux odeurs inhabituelles de paille et de sciure, avec une belle vivacité mais peu de fruit. Une curiosité, du moins pour l’instant.

Le pinot gris peut produire , sous l’appellation Reuilly, des vins qualifiés de rosé, mais dits « gris de gris » et en réalité blancs. J’ai beaucoup aimé celui de Jean Tatin, même si je dois le considérer comme un vin blanc. Le nez est très aromatique et la texture suave. Equilibre et longueur sont excellents, avec juste un pointe de tannicité à la fin qui trahit un travail de macération, peut-être.

Les défauts de certains vins

Un vin bouchonné, quelques vins trop soufrés et un bon nombre de blancs mis en bouteille trop jeunes. En mettant ces vins blancs sur le marché si rapidement, on a tendance à les simplifier. Et, du moins dans le cas des sancerres, il n’y a pas d’excuse du côté de la rentabilité. Après il y a des questions de style. En ce qui concerne les vins de sauvignon blanc, je n’aime pas les odeurs agressifs de buis ou, pire, de pipi de chat. Je crois que les deux proviennent d’une forte présence de molécules de la famille des thiols. On rencontre cela plus facilement lorsque les raisins ne sont pas assez murs. Peut-être aussi quand l’élevage n’a pas encore calmé ce type d’odeur primaire (un avis d’expert sera le bienvenue sur ce sujet technique).

J’ai aussi l’impression que Sancerre vit un peu sur sa renommée. Cela semble être les cas si on regarde la proportion de vins que j’ai apprécié par rapport au nombre d’échantillons dégustés : cela n’est surement pas très fiable sur le plan des statistiques, mais enfin…

Je n’ai pas les prix de ces vins, mais le rapport qualité/prix d’un Menetou-Salon, par exemple, est sans doute plus favorable en moyenne, que celui d’un Sancerre.

David Cobbold


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#Carignan Story # 271 : Le loup farceur de Berlou

Autant vous l’avouer : entre la Toscane et la Catalogne, la route est buissonnière car assez longue, et j’avoue franchement ne pas avoir pris le temps de vous préparer un nouveau Carignan Story. Résultat, juste avant de partir de Siena, je viens de sortir du placard à archives le quatrième épisode de ma rubrique dominicale : il a un peu plus de 5 ans et si j’ai un peu modifié le début, ajouter des prix et corrigé certaines horreurs, j’ai laissé le reste tel quel, dans le même tonneau, si j’ose dire ainsi.

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Ce Carignan-là, on le trouve sur les coteaux de schistes, à l’ombre du massif du Caroux, pile au nord de Béziers et plus précisément dans un village cul-de-sac d’à peine 200 et quelques âmes nommé Berlou, le tout au cœur du Parc Régional du Haut-Languedoc, dans la vallée du Rieu Berlou, à moins de 10 km de Saint-Chinian responsable du nom de l’appellation locale. Un peu plus haut vers le nord, il fait plus frais et l’on peut dire ciao à l’influence méditerranéenne ! Sur le blason de la commune, j’ai vu un chêne d’un côté et de l’autre un loup tenant une grappe de raisin rouge dans sa patte. Se prendrait-il pour un sanglier ?  S’agit-il d’une grappe de Carignan, cépage qui se plaît si bien dans cette contrée ? Est-ce la véritable origine du nom de Berlou ? Le mystère demeure que ne manquera pas d’éclaircir notre vigneron lors d’une prochaine rencontre.

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Ici, la garrigue est reine et c’est précisément dans ce maquis que la vigne tente de se frayer un chemin depuis plusieurs générations grâce au labeur des paysans-vignerons. Parmi les aventuriers ayant posé leurs sacs en ce coin reculé du Languedoc, Jean-Marie Rimbert est une sorte de figure héroïque. C’est simple : avant on avait entendu parlé du Loup de Wall Street, maintenant il faudra compter sur le Loup de Berlou ! Grand, pour ne pas dire immense, massif, la voix caverneuse et l’accent rocailleux gentiment teinté de provençal, le jeu de mots fréquent, la blague aussi, subtil et jovial, aussi allumé qu’illuminé, le bonhomme a débarqué de son Ventoux natal en 1996. Avec une devise bien à lui, puisque dès le départ, il se dit « croqueur de plaisir plus que buveur de temps ».

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Le Domaine Rimbert qu’il dirige avec Isabelle, couvre aujourd’hui près de 30 ha partagés en une quarantaine de parcelles ici appelées « travers ». Une grande diversité s’offre au vigneron qui peut ainsi s’en donner à cœur-joie en vinifiant plusieurs cuvées «typées», cuvées dans lesquelles le vieux Carignan a souvent son mot à dire. La grande fierté de Jean-Marie est de revendiquer haut et fort son estime pour le cépage qui nous vaut cette chronique à épisodes. Depuis ses débuts, il lui consacre au moins deux cuvées régulières issues de raisins bien mûrs qu’il égrappe (ou pas) et qui fermentent à l’aide de leurs propres levures avant macération en cuve et pigeages réguliers.

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Ses vins sont toujours sur la finesse, un rien charmeurs. Que ce soit dans la version Carignator (15 €) ou Le Chant de Marjolaine (9 €), qu’il appelle aussi volontiers sa Carignatora, car plus tendre que le premier. Les deux n’ont pas d’autre appellation que celle de Vin de Table et cette mention leur va comme un gant. Personnellement, j’avoue un faible pour le Carignator, un vin aussi sombre que costaud, un temps construit sur plusieurs vendanges (aujourd’hui, il vend du 2012) à partir du fruit des plus vieilles vignes en partie fermenté en fûts puis élevé en barriques. Pour en savoir plus, allez sur son site et éventuellement insistez auprès de lui pour qu’il change le lien conduisant au site de l’Association Carignan Renaissance dont il est un des membres fondateurs.

J’ai goûté le Carignator 3, hélas dans le désordre qui marquait la fin de Vinisud (en 2010, ndlr), ce qui fait que je n’étais pas assez concentré pour noter dignement ce vin. Mais je me rappelle à la fois de sa fermeté, de son bel équilibre et de sa finale langoureuse. El Carignator II, son prédécesseur, était de la même trempe, marqué par un velouté de bon aloi et teinté d’une sacrée minéralité. Ce sont des vins élégants, que l’on réserve aux grandes occasions. Ils se tiennent avec dignité sur des plats de gibier et ils étonnent plus d’un amateur si l’on prend la peine de les servir anonymement dans une carafe sans annoncer ni le cépage ni sa provenance. Content de ce piège, je l’ai ainsi fait goûter à un anti-carignanasse primaire qui en est resté sur le cul !

Michel Smith

PS Un autre article de mon cru sur le sieur Rimbert et ses Carignans. Et pour ne pas faire de jaloux, signalons tout de même le valeureux Carignan de la petite cave locale raconté ici même


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Les Château9 2005 s’ouvrent-ils ?

 

Aux Printemps de Châteauneuf-du-Pape (ce sera la seule fois écrit en entier !) de cette année, l’un des ateliers mettait en scène quelques millésimes 2005. Après le catastrophique 2002, suivi de l’imbuvable 2003 et de l’ingrat 2004 (ça s’est bien arrangé depuis), le millésime suivant fut immédiatement qualifié de millésime de la décennie. Place qu’il a plus ou moins bien gardée, vu qu’il s’est assez vite fermé, cachant en son sein toutes les promesses qu’on y avait décelées.

Rhône Ch9 printemps 2015 001
Voilà ce que j’en écrivais au printemps 2006 dans In Vino Veritas…

CHATEAUNEUF-DU-PAPE

Des entrées de gamme toutes aussi abouties que les hauts de gamme. Les tanins sont onctueux et les fruités très importants. De plus, la grande fraîcheur garantit un développement aromatique hors du commun. Fruits noirs et fruits rouges se bousculent, parfumés d’iris et de violette, pour l’élégance du port, et des épices pour encore augmenter la complexité. Parmi les entrées de gamme, quelques Châteauneuf de jolie soif, des vins de plaisir plus abordables, plus ‘faciles’, sans perte d’identité. Les cuvées particulières concentrent leurs arômes, affermissent leur structure, serrent leurs tanins, sans recherche d’extraction, l’élégance reste le dénominateur commun.
Les vins sont en général très colorés avec des tons plus violacés et une fraîcheur accrue vers Orange, partie nordique du vignoble.
Analytiquement comparable au millésime 1979, c à d un millésime de grande garde. Une vendange de petits grains bien mûrs et très sains, l’appellation compte un tiers de sa superficie en confusion sexuelle, soit 1.000 ha, c’est unique au monde ! Les rendements avoisinent les 31,5 hl/ha Philippe Cambie
L’année 2005 est une année record en matière de sécheresse, comme les deux années précédentes. La moyenne des T° pour juin, juillet et août est de 23,4°C pour 46 jours de forte chaleur (+ de 30°C) contre 92 en 2003, véraison 10 jours plus tard qu’en 2003. T° nocturne juillet et août de 17°C en moyenne, avec des nuits à 9°C. La grande amplitude thermique a favorisé la photosynthèse et préservé les acidités. Le Mistral a beaucoup soufflé !
Les vignerons de Châteauneuf affirment toujours qu’à grand millésime en rouge correspond un petit en blanc, l’adage ne sera pas démenti. Beaucoup de blancs sont simples ou végétaux, d’autres encore bizarrement dilués. Heureusement, quelques-uns sauvent la mise. Sans être très expressifs, ils emportent les suffrages grâce à leurs assises minérales, leur agréable fraîcheur, leur gras et leur longueur, on en reparlera dans 10 ans…

10 ans après

Les petites bombes dégustées en primeur il y a 10 ans n’ont toujours pas explosées. Mais on y goûte toutefois l’amorce d’une ouverture prochaine, peut-être dans 2 à 5 ans pour la plupart, pour d’autres peut-être jamais (non je rigole).

En piste, les 2005 dégustés aux Printemps de Ch9 cette fois

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Et quand Céline sert, le silence se fait, plus rien ne bouge, chacun regarde couler dans le verre le nectar, hypnotisé, j’exagère, comme si une bonne cinquantaine de personnes arrivaient à se taire !

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Collection Charles Giraud 2005 Domaine Saint Préfert

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Robe grenat nuancé de marron, très épicé avec une impression nasale de suavité, cela lui donne d’emblée un air coquin et gourmand, ce n’est pas antinomique… Au deuxième nez, l’impression se renforce et nous parle de réglisse arrondie de sucre, style cachou avec des notes de café. Certains diront que le nez ne sent ni le sucre, ni l’amer, ni ni ni… J’ai parlé d’impression.
Quand il coule en bouche, les tanins bien fondus, mais encore perceptibles, caressent de leur soie les papilles, contact des plus érotiques que cette étoffe succulente à l’amertume rafraîchissante (merci Isabelle), quelques gelées viennent épicées arrondir la fin de bouche.

60% de Grenache, 40% de Mourvèdre sur galets roulés, non éraflés, élevage 18 mois en demi-muids de 3 vins.

Le Vieux Donjon 2005

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Couleur aux tons grenat légèrement carminés, le vin respire les marmelades de fruits rouges. Il semble avoir gardé une certaine jeunesse, jeunesse qui nous parle de fraîcheur et qui se vérifie en bouche. Les groseilles et les fraises croquent encore et commencent à se confire. La gorgée suivante nous emmène un peu plus dans le temps et nous fait découvrir un sous-bois tapissé d’aiguilles de pin d’où quelques notes de truffe noire s’échappent.
La différence avec le précédent, le terroir plus froid.

75% de Grenache, 10% de Syrah et de Mourvèdre, 5% de Cinsault, sur 80% de galets et 20% de sable, éraflage à 50% et élevage en foudre.

Les Hautes Brusquières 2005 Domaine de la Charbonnière en magnum

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Grenat légèrement tuilé, on sent tout de suite que c’est un peu tôt et qu’on dérange… Salpêtre et odeur de vieille aimeraient nous décourager, c’est oublier notre détermination, récompensée d’ailleurs l’instant suivant. Enfin, à peine, quelques effluves délicats de gelées de fruits noirs s’en échappent, du poivre blanc, du cumin et de la réglisse, pour le reste revenez dans quelques années… Heureusement la bouche, sans être plus explicite, nous offre l’onctuosité de sa texture, l’élégance de son port. Le magnum joue bien son rôle de gardien.

60% de Grenache et 40% de Syrah, galets et argiles, élevage en barriques et foudres.

Les Deux Chênes 2005 Mas de Boislauzon

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Grenat aux nuances marrons, le nez épicé et grillé, minéral de calcaire chauffé au soleil matinal (ça c’est précis !). Bouche très amère, ce qui lui donne et on ne s’en serait pas douté, une élégance folle. Parce que ce bitter l’envoie dans les airs et du coup, aérien, il déploie sa dentelle minérale colorée de fruits secs et confits teintés de cardamome dans toute l’étendue de notre palais.

85% Grenache, 10% Mourvèdre, 5% Syrah, galets roulés et calcaire, élevage en foudre et cuve béton

Château Mont-Redon 2005

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Grenat teinté de carmin, nez de confiture de fruits rouges et d’autres couleurs qui se mélangent en un tourbillon parfumé. Il nous emporte, pas tout de suite, il faut bien l’agiter pour bien le rallumer, puis c’est l’étincelle et le déclenchement d’une suite, le tourbillon, séquentiel, il évolue en staccatos abricot, framboise, orange, prune, … perceptions olfactives qui s’étirent puis se condensent, bien dynamique. Très minéral, il tend la bouche avec grâce. Les tanins très fins n’offrent aucune résistance au jus qui s’en écoule.

60% Grenache, 30% Syrah, 8% Mourvèdre, 2% Cinsault, Counoise, Muscardin et Vaccarèse, galets sur argile, 100% éraflé, élevage 50% en pièces dont ¼ neuves, 50% en cuve pendant 18 mois.

Cuvée des Cadettes 2005 Château La Nerthe

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Grenat carminé, nez de pâtes de fruits rouges et noirs doté d’une élégance remarquable, celle d’un joli caractère qui évolue dans le raffinement avec un côté très droit presque austère, un autre généreux et pleins d’attentions gourmandes pour nos papilles. Le bouche suit le même propos, se rafraîchit de menthe, tisse sa soie tannique, la pare des fruits sentis, y ajoute du menthol et poursuit par quelques épices douces qui génèrent un confort buccal des plus agréables.

43% Grenache, 36% Syrah, 21% Mourvèdre, vieilles vignes de 90 à 110 ans, galets roulés à matrice d’argile sableuse, élevage de 12 mois en fûts neufs.
Quand ces bombes à très gros retardement exploseront, elles emporteront nos palais et nous feront entrevoir un petit morceau de nirvana.
Ce fut un plaisir

Ciao

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Marco


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Un aperçu de Siena

À peine suis-je sur le point de quitter la Toscane pour revenir à mon point de départ, vers les Pyrénées, que je sens déjà la nostalgie me gagner. C’est peut-être parce que je suis à Siena pour quelques jours encore que je revis ces moments de bonheur et d’émerveillement, cette empreinte sublime que peuvent laisser les ruelles d’une ville tant arpentée et pourtant si mystérieuse. La cité qui m’enchante à tous les points de vue dès que je franchis l’une de ses portes a su me saisir, me happer, me tenir en éveil. Victime d’un doux enlèvement, voilà que, pareil à un enfant libre et innocent, je m’extasie à l’issue d’un simple repas que j’ai pu savourer dans un restaurant. Quel est ce cadeau inattendu que la vie a choisi de mettre sur mon chemin, je me le demande encore. Et je me réjouis pour une fois d’avoir cédé à l’appel de cette cité moyenâgeuse trop vite parcourue par le passé.

Surplombant Siena, la cathédrale, vue de San Domenico, dans le quartier de l'Oca. Photo©MichelSmith

Surplombant Siena, la cathédrale, vue de San Domenico, dans le quartier de l’Oca. Photo©MichelSmith

Des lieux où l’on se restaure, il y en a ici à tous les coins de rues et pour toutes les bourses. Dans la série des moins onéreux, des plus typiques aussi peut-être, je penche sans mal pour Dino, l’archétype de la trattoria où, à partir d’une cuisine nickel, petit chef d’œuvre de l’art culinaire moderne tout inox, une famille entière réunie me donne l’impression d’être un client-roi. Même si ce n’est que pour une entrée de capocollo (cou de porc, en principe de race cinta senese), charcuterie locale coupée en tranches très fines, suivie d’un classique mais rustique plat de salsiccole e fagioli (saucisses cuites et petits haricots), un verre de blanc della casa suivi d’un sangiovese, au verre également, on s’en sort avec une addition légère et la sensation d’avoir été traité avec les égards dus à son rang de touriste-client baragouinant l’italien tant mal que bien. Le bonheur !

Publicité ambulante... Photo©MichelSmith

Publicité ambulante… Photo©MichelSmith

Oui, ce doit être quelque chose comme ça un bon restaurant : un lieu simple et sincère, fait d’échanges et de plaisirs. J’en ai testé quelques uns à Siena, parfois suite à d’insistantes recommandations amicales, mais seuls deux d’entre eux m’ont vraiment comblé. Le premier, cité plus haut, où de la grand-mère impeccable de tenue dans sa blouse de travail bien repassée, à la mamma blonde permanentée toute en rondeurs, en passant par le fils grand gringalet scotché à son portable entre le service de deux tables, sans oublier le patron cuistot à la moustache façon Raimu années 30 (revoir Marius), chaque membre de la famille est à l’œuvre avec le sourire et le plaisir affichés en guise de publicité. Ici, pas de grimaces, pas de lamentations, pas de chichi. Et le second établissement, l’Osteria Le Logge, plus chic il est vrai, plus intello peut-être, mais parfaitement dans l’esprit de ce qui me convient en cette période printanière de mon existence.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Créé dans une ancienne pharmacie par Gianni Brunelli, personnage trapu et barbu aujourd’hui disparu mais dont la philosophie hante toujours les salles, cette loge amicale où il y a deux ou trois tables communes comme pour souligner l’importance que l’on attache à l’amitié, vous laisse l’image d’un lieu paisible, sûr, affectif, chaleureux. Vous y êtes venu une fois il y a quelques mois, qu’à peine installé sur une chaise non pas branlante mais bien « paysanne », en ce sens qu’elle semble bouger avec vous, on vous connaît sans pour autant donner l’impression de vous reconnaître, sans effusions, sans trémolos. Un seul sourire complice suffit à vous faire comprendre que, qui que vous soyez, l’on est heureux de vous recevoir « comme à la maison ». Tout pour me plaire puisque on s’attache à servir le vin à sa juste température en me précisant qu’il est pur jus de Sangiovese. Ultime politesse, on gardera pour la fin l’évocation presque nostalgique d’une mémorable descente en cave, un soir d’Octobre, pour repérer les flacons de toutes tailles et de tous âges amassés par Gianni et qui dorment, couchés dans leurs alcôves, sous d’épaisses couches de briques anciennes. Avec des copains fous de Toscane, à l’invitation du directeur, nous avions effectivement vidé quelques verres dans la boîte de jazz qui, à 20 mètres du restaurant, sert en quelque sorte de couvercle à ce trésor de grands crus.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Nul doute que ce doit être là que se trouve l’idée du vrai restaurant. Dans l’ambiance discrète d’une bande-son très cool jazz années soixante, le client oublie ses soucis et il joue le jeu. Il se sent bien, se tient droit, se conditionne, observe avec intérêt tout ce qui peut agrémenter le décor de cette salle : vitrines d’apothicaire remplies de flacons prestigieux vidés les soirs de folies, livres d’art, gravures anciennes… Il s’installe en se disant que l’on va être aux petits soins avec lui, et que c’est une sorte de faveur qu’il ne faut en aucun cas repousser. Instant de luxe, il convient de se laisser faire. Un personnel jeune et portant non sans grâce un élégant long tablier gris foncé vous sert l’essentiel de ce qu’il faut pour patienter : l’apéritif de votre choix – pour moi ce sera un Prosecco bien sec (facturé 4 € le verre) -, le panier contenant plusieurs pains, dont ces croustillantes feuilles ultra fines et rigides, semblables au papadum indien, ici agrémentées de graines de sésame. On me présente le livre consacré aux vins du monde entier (y compris un du Roussillon à 30 € la bouteille, moins chère que dans certains restaurants de chez moi !), mais où le Chianti Classico est à l’honneur (vins classés par communes), sans oublier bien entendu les Montalcino et Montepulciano. Et tandis que l’on me tend une carte répertoriant une douzaine de vins locaux servis au verre autour de 5 €, je m’attarde sur une autre carte, celle du jour, avec 5 antipasti, 5 primi et 6 secondi. Celle des desserts (et de leurs vins au verre) viendra plus tard me rassure-t-on. Le spectacle de l’assiette va pouvoir commencer.

L'entrée du restaurant. Photo©MichelSmith

L’entrée du restaurant avec vue sur la cuisine. Photo©MichelSmith

Il ne me faut pas plus que cette perspective pour qu’une impression bienfaisante me saisisse à la manière du frisson que procure en moi cette ville qui s’ouvre et se déguste à petites lampées depuis que j’ai décidé de me l’offrir pour un mois. En dépit de mes maladresses linguistiques – scusatemi, sono francese est devenue ma phrase passe-partout ! -, Siena, depuis mon arrivée en étranger, accepte sans broncher de me livrer chaque jour ses merveilles, ses cachettes, ses ruelles voûtées, ventées et envoûtantes, ses détours embusqués, ses vues saisissantes sur les collines, ses étranges quartiers où l’on se reconnaît grâce à un animal totémique, qui un dragon, un porc-épic, une panthère, une oie, une licorne, que sais-je encore. Signes d’un attachement sans faille aux rites de la tradition – les Contrade -, je les ai tous enregistrés, photographiés, mémorisés, savourés sans retenue tout en sachant qu’ils accompagnent le siennois dès sa naissance et jusqu’à la mort avec comme fils conducteurs ces étonnantes courses équestres qui, chaque année, sur la magistrale coquille que représente la Piazza del Campo, attirent le monde entier. Siena est belle à en pleurer, pas seulement à cause de la teinte plutôt pâle de ses murs, mais surtout grâce à l’incommensurable force qu’elle dégage pour qui tente, pas à pas, de la découvrir comme j’ai pu le faire.

L'arrivée sur le Palio... Photo©MichelSmith

L’arrivée sur le Palio… Photo©MichelSmith

Alors, vous pensez bien qu’un restaurant comme le Logge est une bénédiction pour Siena. Ici, ce qui frappe c’est la politesse de l’accueil, le culte du bien manger, l’évidence même de la bonne éducation, une façon toute naturelle de nous dire : « Je ne suis pas comme ces autres auberges en ville dont le menu ne change que rarement. Je vous fais plaisir avec ce que j’ai trouvé de meilleur ». Gianni, qui a laissé sa propriété viticole et oléicole de Montalcino à son épouse, a griffonné entre autres ce message d’une simplicité biblique qui résume la philosophie de son restaurant où l’on se sent d’emblée traité en ami : « Nous faisons une cuisine toscane allégée et réjouissante. Nous n’aimons pas la pesanteur et la redondance. Si un jour nous n’avons pas le plat que des clients désirent, c’est parce que ce jour là il n’est pas possible de le servir tout en respectant la qualité souhaitée ». Je goûte son huile d’olive posée sur la table dans sa bouteille d’origine, je réserve son vin pour une autre occasion et je me fais plaisir en commandant une rare et prometteuse bouteille de Monteccuco Sangiovese 2010 Le Grotte Rosse une des cuvées de Leonardo Salustri pour l’honnête somme de 44 €.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Que dire des plats ? Les gnocchetti petits pois frais et calamars me paraissaient enchanteurs comparés au plat archi cuit de même inspiration (sans les pois) baignant dans une sauce déplorable et envahissante goûté peu de temps avant dans un restaurant où se pressent les touristes, l’Antica Osteria da Divo. Ici, la pâte est ferme et délicate et un très discret jus aromatisé au gingembre frais apporte un indiscutable élément de finesse destiné à relever le plat. J’aurais certes pu m’arrêter là tant j’étais comblé. Mais c’était sans la curiosité d’aller plus loin pour voir quelle mouche artistique piquait le chef Nico Atrigna, originaire de Campanie, dont j’avais pu déjà apprécier le talent et son souci de rechercher la légèreté dans toutes ses compositions.

Les gnocchetti de Nico. Photo©MichelSmith

Les gnocchetti de Nico. Photo©MichelSmith

Alors, tout en sachant que j’aurais d’autres occasions de tester d’autres plats du jour au cours de mon séjour, je tente le coniglio sedana rapa all’arrancia, porro bruciato. L’assiette est magnifique de présentation et le lapin prend une saveur inattendue associé qu’il est au poireau brûlé et au céleri rave râpé comme une rémoulade, le tout discrètement parfumé à l’orange.

Le lapin et sa rémoulade parfumée à l'orange... Photo©MichelSmith

Le lapin et sa rémoulade parfumée à l’orange… Photo©MichelSmith

Comme sur le précédent plat, la fraîcheur se marie presque instantanément au vin qui lui même offre une vision riche et très mûre du Sangiovese cultivé sur le versant maritime de la Toscane. On lui trouve même des tannins denses, gras et copieux qui n’ont aucun effet néfaste sur l’ensemble, bien au contraire. En partant, comme dans toute bonne maison qui se respecte, on a rebouché la bouteille pour me la glisser dans un étui spécial afin que je puisse en profiter chez moi le lendemain. Et je ne l’ai pas regretté !

Michel Smith

Pour finir en beauté, le caffè servi sur la Piazza del Campo. Photo©Michel Smith

Pour finir en beauté, le caffè servi sur la Piazza del Campo. Photo©Michel Smith


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Petit duché, grand vigneron: Abi Duhr

Rejeton d’une grande famille vigneronne, Abi Duhr est un grand amateur de vins d’exception (et pas seulement du Luxembourg); il trace son sillon, original, comme un artiste qu’il est. C’est une rencontre rare. Abi mériterait un grand article à lui tout seul. Cet homme est un paradoxe ambulant, un passionné tranquille, un esthète abordable, un type profond qui ne se prend pas au sérieux. Il joue avec les cépages, les élevages, il expérimente. Il fait les vins qu’il aime, modestement, mais méticuleusement.

Tant mieux si certains les aiment aussi, tant pis pour les autres. Nul n’est prophète en son petit duché. Ce sont ses vins, sa patte. Bref, Abi est un grand vigneron. Voici quatre de ses vins pour vous faire saliver… Les commentaires sont de Marc, sauf ceux du deuxième et du dernier vin.

Abi © Lalau

Abi Duhr (Photo © H. Lalau)

Riesling Paradaïs 2008

Doré clair, un nez de citron confit avec de la confiture de rhubarbe. Bouche droite, avec une finale saline. Et l’amertume caractéristique de la pomme grenade qui apporte sa note particulière.
Abi Duhr : «Le millésime 2008 n’était pas facile, il ne fallait pas récolter trop tôt, j’ai vendangé les derniers Riesling quand les vignes n’avaient plus de feuilles. C’est-à-dire quand les raisins commençaient à flétrir. C’est le moment où ils sont les plus aromatiques.»

Riesling Paradaïs 2005

Le 2005 est tout aussi somptueux: Cédrat confit, pomelo, litchi, un poil de coing et de miel, le nez est complexe; la bouche accentue le côté miel; riche, grasse, opulente, elle nous entraine vers des paradis douillets; attention, c’est un vin qui marche sur deux pieds: d’une part, une sucrosité qui exalte le fruit (du sucre, mais aussi du glycérol) ; de l’autre, une belle acidité qui vivifie l’ensemble. Légère note d’oxydation, mais absolument pas dérangeante. Etonnante jeunesse pour un vin de 10 ans.

Paradaïs © Lalau

Bromelt 2007

Voici un Elbling issu de vieilles vignes, plantées en 1942.

Un joli minéral qui structure le vin et qui laisse échapper les parfums floraux, sorte de volatilité éthérée et délicate.
Vinifié en bois, fermenté pendant 7 mois et élevé pareil. Un vin qui dément la mauvaise réputation de ce cépage jadis réservé aux «Sekts» du Zollverein et souvent produit avec des rendements démesurés.

Les levures sont-elles indigènes ou non? Abi: «Comme je suis paresseux, je préfère laisser le vin se débrouiller tout seul; cela porte parfois sur les nerfs; quand il se passe quelque chose, il faut parfois agir, parfois pas, le vin en fermentation change d’humeur comme nous, comme moi.»

Fossiles 2007

Doré intense, de la confiture de groseille, de la pâte d’amande, de l’iode. En bouche, une structure soft qui s’étale sur la langue et développe des arômes de fleur sèche et de poivre blanc. Le soubassement minéral tend d’une façon extrême le vin.
Dominante de Pinot blanc, Auxerrois et Chardonnay.

Chardonnay 2007

Au premier nez, un peu de bois, du grillé; à l’aération, c’est une toute autre histoire, on part vers les fleurs, la pierre à feu, un soupçon de melon; pas mal de gras en bouche, une bonne longueur, beaucoup de classe.
Les raisins ont été récoltés tard pour privilégier l’aromatique. Comme le souligne Abi: « Sinon, ils gardent un goût de végétal ». Sélection clonale.

Cuvée rédactionnelle assemblant Hervé Lalau et Marc Vanhellemont en proportions aléatoires
Contact: Château Pauqué, Abi Duhr
73, route de Trèves, L-6793 Grevenmacher
Tél: 00352-021-1960-37


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Two dinners and a lunch (part one)

2014 Sancerre Gérard Boulay

2014 Sancerre Gérard Boulay.

After spending three weeks in the Cher Valley, some 40 kilometres east of Tours, we headed for a three-night stay in Chavignol – an opportunity to eat well and enjoy some Sauvignon Blanc and Pinot Noir not forgetting to fit in a few tastings and a bike ride to mitigate some of the acquired calories.

We arrived early on Saturday evening and checked into our favoured hotel in the area – La Côte des Monts Damnés – run by Karine and Jean-Marc Bourgeois. That evening we ate just down the road at the Restaurant Au P’tit Goûter run by Gilles Dubois formerly of the famous Chavignol cheese company Dubois-Boulay until it was bought by the large diary company – Rians. There are some who maintain that the Crottins from Dubois-Boulay are not as good since the takeover. Happily I think this is wrong as the cheeses remain as good as they always were.

But back to Au P’tit Goûter, which is becoming more sophisticated with choice of couple of menus. A strong point remains the choice of local wines, sourced by Gilles from his many years of contact with local producers. We started with the 2014 Tradition from Gérard Boulay, who for me is one of the top producers in Sancerre. His 2014 Tradition was simply delicious to drink. The 2014s are being lauded in Sancerre and with some reason. They have great balance – balance that was evident from the very beginning not just here but throughout the Loire. There is a vibrant tension without the richness of a vintage like 2009, which I assume reflects the cool 2014 Summer. The Indian summer in September ripened the grapes but left the acidities present. Although there are crucial months, for example September here in the Loire, the whole of the growing season plays its part so the 2014 wines will still, in part, reflect the cool summer. The few 2014s in bottle that aI tasted are already showing well and should be wines to keep.

Not surprisingly Crottin plays an important role in the cooking here.

Not surprisingly Crottin plays an important role in the cooking here – a cocotte of melted Crottin.

2013 Sancerre Rouge Domaine Pierre Martin

2013 Sancerre Rouge Domaine Pierre Martin

Pierre Martin is one of the younger Sancerre growers, who has impressed me over the past seven or eight years. Although 2013 is not the greatest vintage for Sancerre Rouge, I was interested to see how Pierre had fared in 2013. Although lighter than vintages like 2009, 2010 and 2014, this still had a some fruit concentration and Pinot silky texture – enough to cope with our duck leg. This was the first of three reds that we drank over our stay – all three impressed underlining the progress that has been made with Pinot Noir in the Central Loire vineyards over the past two decades.

Heads up! Pascal, Nathalie and Rémy Joulin celebrate the 2014 vintage.

Heads up! Pascal, Nathalie and Rémy Joulin celebrate the 2014 vintage.

Sunday morning there was was time to spend just over an hour with Pascal Joulin (Domaine Michel Vattan) to taste the unbottled 2014s and a few previous vintages in bottle. Again the vibrant, clean and finely balanced 2014s impressed. From the bottled wines I enjoyed the texture and length of the 2013 Argile, Sancerre Blanc and the more concentrated and beginning to evolve 2012 Les L.O., which has an intriguing touch of bitterness in the long finish. Pascal releases L.O. only in good vintages – 2002, 2006, 2010, 2012 and most probably 2014.

Following our tasting we had a quick look at some of his vineyards high up on the steep slopes above the little village of Maimbray. We discussed the problem of erosion on these steep slopes and the role grassing over the vineyards and careful cultivation plays in reducing water runoff. Pascal explained that he leaves the prunings amongst the vines which further helps to slow down rainwater. Sancerre can be prone to severe storms. I remember a good 15 years or more ago a an early August storm with torrential rain that washed down lots of soil from the vineyards flooding out cellars and with a landslide cutting the road between Saint-Satur and Chavignol. This was in the days when the use of weedkiller was more widespread than it is now.

The practice of blitzing these steeply sloped vineyards with weedkiller is, however still unfortunately too common. Pascal showed me one of his neighbour’s vineyard which is entirely weed killered and every time it rains heavily the soil is washed down. This seems such a short-term approach and, given the price that Sancerre commands, not one that can be defended through economic necessity as can be argued in AC Touraine, especially those producers who are members of a coop or who supply négociants.

We left the Joulins in time to drive to Menetou-Salon for a traditional blow-out Sunday lunch at C’Heu l’Zib. If you have been there once then you will know what will be on the menu as it is virtually unchanging largely because the clientele goes for their terrines, the famous pike in beurre blanc and the slab of wickedly rich charlotte aux chocolate as a coup de grâce!. It is fun to do once every so often – always a good atmosphere of people, often in large family group, enjoying themselves. Just don’t arrange to do anything much, apart from take a substantial siesta, afterwards.

Details of what we drank – Menetou-Salon, of course – and the rest of our visit will be posted next week.

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J-Elvis1


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Terroir (retour) et quelques vins de Corbières

Climat (surtout), sol (un tout petit peu), bactéries et plantes (beaucoup), culture et transformation (énormément, tous les deux), législation (trop souvent).

Ce sous-titre un peu long résume à peu près les principaux éléments qui font qu’un vin ne ressemblera jamais tout à fait à un autre. Et j’ai rajouté des qualificatifs personnels sur le poids relatif de ces éléments, ce qui ne manquera pas d’énerver certains. Tant pis, je tiens à ma proposition ! Bien entendu, les choix du producteur agissent sur une partie des ces éléments et modèrent ou exaltent leur importance. Il peut être déterminant dans beaucoup de cas. Ce n’est pas pour autant que j’inclus l’homme dans mon acception du mot terroir.

Prenons quelques exemples: le choix de planter à 3.000 ou à 10.000 pieds à l’hectare (si la pluviométrie du secteur autorise cette dernière option) va modifier le rendement au pied et donc l’intensité des saveurs dans les raisins, et cela relève de la culture, parfois aussi de la législation ; celui de désherber chimiquement ou d’enherber (avec ou sans griffages périodiques) va affecter la vie organique et microbienne du sol et affecter la composition des raisins, ce qui, encore une fois relève du choix viticulturel du vigneron ; des options prises en matière de températures de fermentation, durées de cuvaison, et contenants pour le processus de fermentation et de maturation peuvent aussi modifier considérablement les saveurs d’un vin, et c’est encore une fois le vigneron qui décide, quand la législateur veut bien le laisser tranquille. Je dirais en conséquence que l’homme est plus important que le terroir (c’est à dire le milieu naturel). Bien sur il doit faire avec ce que la nature et le législateur (en Europe) lui donne ou lui laisse faire, mais, dans une fourchette donnée, ce sont ses choix qui décideront des la qualité relative de son vins par rapport à ceux des ses voisins.

Et pour simplifier une donne déjà complexe, je ne parle même pas d’altitude ou d’orientation du vignoble, ni de choix de cépages, de clones, de porte-greffes, de techniques ni de dates de vendanges, etc, etc. C’est pour toutes ces raisons que je continue d’avoir beaucoup de mal à gober le discours dominant sur le sens du mot terroir qui met en avant la nature géologique des sols comme étant le principal, voire le seul élément affectant le goût d’un vin, ce qui n’est pas du tout crédible ! Lisez ou écoutez les discours de 95% des producteurs et vous comprendrez. Pour moi, cela n’a aucun sens et sert uniquement à faire deux choses: minimiser le rôle de l’homme et faire croire que chaque vigneron (ou village ou appellation) a dans son sol un ingrédient magique que personne ne peut lui « prendre ». Passons sur ce qui ne sont, après tout, que des astuces de marketing déguisé en langage de la terre : vous savez, celle qui ne ment jamais, selon le triste et déplorable maréchal .

Je viens à une récente dégustation, en deux temps, de quelques vins de Corbières et de Corbières Boutenac. Je ne suis pas du tout favorable à la multiplication des appellations, mais je dois avouer que les 6 vins de Boutenac dégustés étaient dans une catégorie supérieure à une plus grande série d’une vingtaine de vins rouges de l’appellation « simple » Corbières dégustée quelques jours auparavant. Ils sont aussi plus chers, ce qui peut fournir une partie de l’explication, car une vision cynique du sens de ce mot « terroir » est de dire que le terroir c’est une histoire d’argent avant tout. C’est excessif, mais il y a aussi du vrai là-dedans aussi.

Deux vins rouges de Corbières m’ont plu dans la série présentée récemment par cette appellation à la presse à Paris. Les vins étaient divisés en deux groupes qui devaient correspondre, je pense, aux cuvées non-boisées et boisées. C’est peut être une coïncidence, mais les deux vins qui m’ont séduit arrivaient vers le tout début de chaque série, c’est à dire parmi les moins concentrés, je pense.

Le Château Amandières Grande Cuvée 2012 est produit par les Maîtres Vignerons de Cascatel. Il vaut 5,50 euros prix public. Cet argent serait très bien dépensé par quiconque tomberait sur un flacon de ce vin au joli nez de fruit ayant une certaine profondeur et sans fausse note. Cette qualité de fruit se poursuit en bouche, sur un fond de tanins souples et sans aucun poids excessif. Un vin qu’on pourrait qualifier de facile, et pourquoi pas, car c’est délicieux, parfaitement équilibré et pas cher du tout pour une telle qualité. L’assemblage inclut carignan, syrah et grenache dans des proportions que j’ignore (et je m’en fous, disons suffisantes).

Le cuvée plus ambitieuse venaient du Domaine Auriol, et s’appelle Intense 2013 de Claude Vialade. Les cépages annoncés sur l’étiquette faciale sont syrah, carignan et grenache, et la zone d’origine est les Coteaux d’Alaric. Ce vin, intense en couleur comme au nez, sent le sous-bois, comme le mur, le pruneau et la prune avec des touches discrètes de réglisse. Cela fait pas mal. Aussi juteux que structuré il est sérieux et vibrant, grâce au dialogue entre acidité et tanins. C’est long et frais, également d’un rapport qualité/prix excellent à 7,50 euros.

Des 6 vins dégustés à une autre occasion de l’appellation Corbières-Boutenac, tous était nettement plus chers (entre 12 et 19 euros). Peut-être est-ce pour justifier cette appellation dans l’appellation ? Trois ne m’ont pas semblé très intéressants, en tout cas pas plus que le deux vins cités ci-dessus. La cuvée Belle Dame 20100 de Sainte Lucie d’Aussou, par son fruité intense un peu « fruit bomb » a des atouts incontestables (12 euros). Mes deux vins préférés de cette coutre série étaient un des moins chers, le Château Fabre Gasparrets 2011 (13,75 euros), un vin splendide et délicieux que je recommanderai à tous ceux que n’ont jamais goûté un très bon vin de cette région, et le plus cher, l’Atal Sia 2011 d’Ollieux Romanis (19 euros), un vin plus austère et dense, mais qui va faire ses preuves avec du temps.

Tout ça pour dire quoi ? Que le prix ne dit pas tout et l’appellation non plus. Que ce sont toujours le hommes qui font les vins, et pas le terroir, qui ne fournit qu’un cadre, plus ou moins serré, surtout si on y rajoute le ou les cépages. Qu’il y a des vins délicieux en Corbières, et d’autres un peu moins. Des banalités, probablement.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

 

 

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