Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Découvertes en Vallée du Rhône 2017, un moment de détente très active

Comme tous les deux ans DVR (comme aiment à l’appeler les coutumiers de l’évènement) se tenait du 10 au 13 avril. Je ne sais pas pourquoi, cette année, j’ai eu l’impression d’une édition beaucoup plus détendue que d’habitude. Certes le temps au beau fixe (sauf petit intermède Mistral le mardi) y était pour beaucoup, mais plus incontestablement la nouvelle organisation. Elle présentait la moitié des appellations sudistes le lundi et l’autre moitié le mardi, cela nous a donné le sentiment de pouvoir en faire plus.

                                                                                                                       Thomas O’Brien © http://www.thomasobrien.fr »

 

Ce qui a fait qu’on était cool

Pour ne pas commencer au saut du lit par le marathon des dégustations, nous nous sommes rendus, en ce beau matin du lundi 13 avril, à la Maison des vins, où officiait l’impétueux et non moins célèbre Sommelier du Monde Andreas Larsson.

Marie-Lou nous en avait parlé, nous n’avons pas été déçus. Il nous a présenté quelques jolis flacons à la fois prestigieux et anciens, du moins pour les rouges, dont un remarquable 2003 et un non moins splendide 2007. De quoi entraîner nos papilles avant le grand challenge des quatre jours.

C’est tout guillerets que nous sommes, après cet avant-goût, allés d’un pas décidé vers le Palais des Papes.

Je parlerai des dégustations sud puis nord prochainement.

                                                                                                                         Thomas O’Brien © http://www.thomasobrien.fr »

Au Palais des Papes, seules deux salles ouvraient leurs portes à la dégustation, la Grande Audience et la Grande Chapelle. Pas plus. Ce qui nous a vraiment conforté dans l’idée qu’on allait pouvoir tout déguster, tout en sachant que c’est impossible, vu le nombre d’exposants, pas moins de 600.

À midi, quel bonheur, déjeuner au soleil, il faisait facilement 28°C. Et puis, une très agréable surprise, Inter Rhône avait misé sur les artisans et les produits régionaux pour satisfaire nos faims d’ogre après une matinée tannisée. Il y avait même au sein du buffet sud notre vieil ami Serge de Carpentras et sa fameuse brouillade aux truffes (gâté, gâté). Variétés de pains, d’huile d’olive, d’olives, de fromages, c’était vraiment top d’y bronzer un verre de blanc à la main, une assiette délicieuse devant soi.

Pareil au nord, le dernier jour barbecue local aux saucisses légèrement fumées. On a envie de gras quand on déguste, sans oublier les légumes…

La veille, le jeudi, nous nous sommes fait plaisir en pique-niquant à la Chapelle de l’Hermitage. Pique-nique proposé par Fabien Louis, du bar à vins Les Terrasses du Rhône à Tain http://www.ausommelier.com. Très sympa, temps superbe, et vins en accord avec l’ambiance et l’atmosphère, une belle détente avant d’aller à Mauve déguster les St Jo, les Cornas et les St-Péray.

Et certains soir, on s’est même payé le luxe de se faire une dégustation exotique de vins étrangers chez Alain Graillot qui en importe avant de rejoindre une soirée plus locale pour savourer par exemple du cochon de lait. Plat qui ne nous éloignait toutefois pas trop du cochinillo ibérique. C’était au restaurant les Tournesols, le chef, Cyril Jamet, nous l’avait passé au four avec amour.

Déguster à longueur de journée est un exercice assez fastidieux, avant tout pour les jambes et le dos, on reste debout aux mêmes endroits, c’est ce qui est fatiguant. Les papilles encaissent aussi, mais une bonne bière et c’est reparti.

Alors, avoir le bonheur de se détendre comme cette fois, merci pour la bonne surprise!

À dans deux ans!

Ciao

 

Marco


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« Comment, quand et pourquoi une femme achète-t-elle du champagne et quel champagne ? »

En mettant de l’ordre dans mes dossiers, j’ai retrouvé un rapport « amusant » que j’avais écrit quand j’étais en activité, à la demande d’un distributeur de champagnes. Il faut quand même préciser qu’il date d’au moins cinq ou six ans en arrière et que les choses ont certainement beaucoup changé depuis, du moins, je l’espère. La question à laquelle je devais répondre était : « Comment, quand et pourquoi une femme achète-t-elle du champagne et quel champagne ? »

Je dois reconnaitre que j’avais été assez « agacée » par cette demande. Je m’étais dit qu’il faudrait qu’il trouve quelqu’un d’autre pour y répondre, car je soupçonnais que le résultat de cette « enquête » ne me plairait pas. Puis, j’ai réfléchi et je me suis dit que je raisonnais en tant que française avec une culture du Champagne de longue date, or, j’étais en Espagne, et la question en réalité était ma foi assez pertinente. Il fallait la replacer dans son contexte. L’Espagne est un pays encore de nos jours profondément machiste, même s’il est vrai que les choses sont en train d’évoluer lentement. L’achat de vins de « qualité », traduisez par « d’un certain prix », était en général réservé aux hommes, c’était un acte social qui ne concernait que très peu la femme il y a à peine quelques années encore. Mais le champagne ayant un côté festif, il était admis que la femme pouvait s’en charger ! Après tout ça n’était pas si compliqué, le marché étant pratiquement monopolisé par une seule marque Moët et Chandon, le risque n’était pas bien grand. Je me suis dit que ça pouvait être intéressant pour moi en tant qu’acheteur de creuser la question de savoir si réellement les femmes étaient concernées par le champagne ? Mes réponses ont été le résultat de mon vécu professionnel. Evidemment ça n’est qu’une vision à la fois générale et restreinte, puisque mon expérience s’est limitée aux magasins LAVINIA. Toutes les femmes ne rentrent pas dans ce cadre. La réalité était assez triste, pas très valorisante pour les Femmes : force a été de constater, que la majorité d’entre elles n’attachaient pratiquement aucune importance à la qualité du contenu de la bouteille ! Pour elles, un champagne est un champagne, un vin avec des bulles, et tous les champagnes se ressemblent, même si certaines se sont quand même habituées à un gout. Il en est ressorti des lieux communs, comme la confirmation que le champagne est une icône du luxe, qui représente avant tout une atmosphère heureuse ! Parler de champagne, c’est évoquer, la fête, la joie, le plaisir, c’est donc durant les fêtes de fin d’année qu’il est le plus présent, la facturation de Noël représentait en Espagne, 40% des ventes annuelles. C’était la première opportunité d’achat pour les femmes, c’était très surprenant de constater que de façon générale elles se chargeaient de choisir et d’acheter le champagne pour cette occasion tandis que les hommes se réservaient la sélection des vins. Traduction : selon eux, le champagne ne demande aucune connaissance particulière, donc la femme pouvait s’en charger ! C’était une coutume bien établie qui ne paraissait gêner personne, pas même les femmes ! A moi, ça me hérissait les poils, je supportais mal cette attitude machiste, certains allaient même jusqu’à le dire directement « toi, occupes-toi du champagne, ça c’est facile, moi je me charge de la sélection des vins qui est plus délicate ». Cette façon de faire trahissait bien évidemment une méconnaissance totale du champagne de la part des hommes et, je considérais ça comme une insulte envers la femme, mais aussi envers le champagne. Bref, j’ai souvent accompagné les femmes au rayon champagne, où bien sur nous proposions toutes les marques reconnues mais aussi de nombreux petits vignerons excellents.Elles ne consacraient pas beaucoup de temps à cet achat, dans leur esprit, les choses étaient très claires, si c’était pour boire pendant les fêtes, selon elles, personne n’allait s’attarder sur la qualité du champagne, la seule chose qui importait était la marque ! Donc, priorité à la MARQUE et au prix. Moët, Clicquot ou Mumm, Perrier-Jouet, Laurent Perrier avaient leur préférence. Si c’était pour offrir à leur médecin, ou autre, c’était à peu près la même chose, elles savaient parfaitement ce qu’elles voulaient et c’était très compliqué, au contraire des hommes, de les détourner de leur objectif. A la marque et au prix, il fallait juste rajouter le packaging. J’essayais bien évidemment de les orienter vers d’autres champagnes de petits vignerons, mais invariablement j’avais la même réponse : « je veux un champagne connu de tout le monde ». Faire la différence, se montrer originale, faire preuve de personnalité, ne les séduisait pas du tout, car la personne qui recevrait le cadeau n’en connaitrait pas la valeur ! Et souvent, elles me ressortaient ce dicton : « más vale malo conocido que bueno por conocer” (il vaut mieux un mauvais connu qu’un meilleur à découvrir ». Il n’y avait pas grand-chose à ajouter. Les Femmes voulaient en achetant un cadeau très connu cher et élégant, montrer leur rang social. Les Marques l’ont bien compris, les emballages luxueux et volumineux sont étudiés pour leur plaire. Et, il faut malheureusement reconnaitre que c’est réussi, le packaging restait l’élément séducteur déterminant. Et, si elles n’avaient pas de problèmes de budget, elles choisissaient les cuvées de prestige comme Dom Pérignon ou Cristal Roederer, très rarement Krug ou Salon considérées comme trop élitistes, et l’important étant de paraitre, il fallait une bouteille très largement reconnue. Les revues féminines regorgeaint de publicité sur les deux premières marques.

En règle générale, elles connaissaient peu ou pas du tout les caractéristiques d’un bon champagne, la marque étant à elle seule synonyme de qualité. Parfois elles se risquaient à demander un Brut, ou un Extra-Brut ou encore un blanc de blancs de Ruinart bien entendu ! L’extra-brut était devenu tendance, donc il était de bon ton d’en vouloir, mais finalement, j’ai constaté que la plupart des consommatrices préféraient les bruts et doublaient leur achat d’une bouteille de brut qu’elles se réservaient pour elles. Il était paradoxal de constater que beaucoup de femmes s’intéressaient au monde du vin, mais qu’elles ne se risquaient pas dans le monde des Champagnes. Cette curiosité dont elles faisaient preuve pour les rouges, elles ne l’avaient pas pour le Champagne qu’elles ne considéraient pas comme un vin. Elles suivaient les conseils d’un sommelier et faisaient preuve de beaucoup d’intérêt pour l’achat des vins quand il leur arrivait d’en acheter, et même s’aventuraient dans des domaines inconnus, mais au moment d’acheter un champagne, c’était comme si elles perdaient leur curiosité !

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En dehors des Fêtes, j’ai quand même remarqué que le comportement de la Femme qui achetait du champagne était légèrement différent. Elles en achetaient davantage que les hommes, me laissant penser que s’il existe un vin de Femmes et pour les Femmes, c’est sans doute le Champagne. Une femme qui achète et offre du champagne parait toujours avoir plus de « Glamour » que les autres. Pourquoi elles l’achetaient ? Simplement, elles ne concevaient pas de fête, pas de célébration, pas de soirée romantique sans champagne : il reste synonyme de raffinement et de distinction. Elles l’associaient au luxe, à l’élégance, à la sensualité, à la sophistication, à la réussite, à la fête. Je pense que les femmes françaises ne sont pas très différentes sur ce point.

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Elles aimaient bien aussi l’acheter pour l’offrir, ce qui arrive rarement chez les hommes qui s’orientent plutôt vers des vins. Si c’était pour leur mari, c’était très rapide, elles ne prenaient aucun risque et se dirigeaient tout droit vers sa marque habituelle et, il était impossible de les faire changer d’idée. Si c’était pour fêter un évènement avec des amies, c’était aussi très clair dans leur tête, il fallait une marque, ces dernières sont bien aidées par les revues féminines qui répètent à longueur de colonnes que le champagne en plus d’être plus sain que d’autres boissons, contient moins de calories. C’est ainsi qu’une certaine catégorie de femmes s’est convertie en grande consommatrice de champagne. La plupart du temps elles ne demandaient pas autre chose au champagne que la magie de ses bulles, le luxe qu’il représente et il n’était pas nécessaire de chercher d’autres atouts. Elles le boivent joyeuses, sans se poser beaucoup de questions, elles n’imaginent même pas que c’est un vin. Boire du champagne, c’est sophistiqué, pétillant et chic et en plus c’est léger et « diététique » ! Parmi les boissons populaires c’est celle qui contient le moins de calories, 62 contre 360 pour un verre de whisky, je n’ai pas vérifié, mais c’est ce qu’elles me racontaient. Si, en plus elles étaient au régime, beaucoup de nutritionnistes leur conseillaient de boire une coupe de champagne extra-brut le soir, car c’est la boisson alcoolique qui contient le moins de sucre. On le voit les arguments en faveur du champagne sont nombreux. Si elles achetaient un champagne pour le partager avec leur fiancé ou amant, elles préféraient un rosé, de marque bien sûr, et avec un emballage le plus luxueux possible ! Elles le pensaient indispensable au succès de la rencontre, car selon la publicité, il contribue à exalter leur sensualité, à érotiser les rapports entre les deux sexes. J’étais toujours surprise de voir le temps qu’elles passaient à choisir la bouteille, sans se préocupper du contenu et sans écouter mes explications dont elles n’avaient que faire, alors que le champagne était censé participer à la Magie de la nuit !On aurait dit qu’elles comptaient sur les bulles pour doubler leur pouvoir de séduction ! Je n’ai toujours pas l’explication du pourquoi du rosé ???

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Pour la Sant-Valentin, c’était pareil ! …

J’ai connu quelques femmes qui admettaient acheter du champagne pour leur consommation personnelle, elles étaient peu nombreuses, mais il y en avait, et c’était le seul cas où elles se permettaient de choisir un champagne de vigneron. Ce genre de consommatrice régulière et décomplexée était très rare.

Il semblerait que depuis 2 ou 3 ans les champagnes de vignerons aient réussi une véritable percée et qu’ils connaissent un succès grandissant. Tant mieux, je m’en réjouis.

Dire qu’entre les Femmes est le champagne c’est une histoire d’Amour, n’est pas réel, mais ça n’est pas tout à fait faux non plus. Elles aiment l’offrir et le boire pour ce qu’il représente, savent s’en servir comme outil de séduction, et peuvent difficilement s’en passer. J’aimerais que ces femmes en arrivent à choisir un champagne pour sa complexité, la plupart du temps ces femmes peu concernées par la qualité du contenu de la bouteille, sont celles qui d’autre part connaissent une très belle réussite professionnelle, et qui font preuve de beaucoup d’exigences dans tout ce qu’elles font, mais pas avec le Champagne. C’est vraiment dommage !

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 


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Challex, ou quand le vin joue à saute-frontières

Comme les exceptions qui permettent de mieux comprendre la règle, les vignobles «à la marge» racontent souvent une histoire intéressante.  Prenez l’exemple de Challex, dans l’Ain…

Aux portes de la Suisse, c’est tout ce qu’il reste en France du vieux vignoble du pays de Gex – un vignoble dont la plus grande partie est devenue genevoise en 1815. D’ailleurs, l’encépagement à Challex traduit bien cette proximité: le Chasselas, cépage emblématique de la Suisse lémanique, y reste la variété la plus plantée, devant le Pinot Noir, le Gamaret et le Gamay.

Sommes-nous ici encore en France, ou déjà en Suisse?

«Zone franche»

Le vignoble de Challex compte une cinquantaine d’hectares, dont le plus gros de la production est vinifié… à Genève, par des Genevois. Magie des règlements internationaux, si les raisins récoltés à Challex sont vinifiés sur le territoire genevois, ils deviennent genevois – et peuvent prétendre à l’AOC Genève. Car Challex fait partie de la Zone Franche, un territoire sous régime douanier spécial depuis la fixation de la frontière, après Waterloo ; les productions qui y sont cultivées peuvent entrer en Suisse sans droits de douanes.
Longtemps, d’ailleurs, les ouvriers agricoles de Challex se rendaient à Genève, place du Molard, pour se faire engager – on les appelait les Molardiers.

Cette curiosité (qui rappelle des cas semblables à la frontière franco-luxembourgeoise ou à la frontière italo-slovène) a bien failli disparaître, suite à un recours de vignerons helvétiques; le 5 avril 2011, un arrêt du Tribunal Fédéral Suisse a cependant confirmé que l’aire d’appellation Genève inclut bien les vignes françaises situées dans le prolongement du vignoble genevois. A savoir, la totalité des communes françaises de Challex et de Ferney-Voltaire (Ain), ainsi que certaines parties des communes françaises d’Ornex (Ain), Chens-sur-Léman,Veigy-Foncenex,Saint-Julien-en-Genevois, Viry (Haute-Savoie).
Dans toutes ces zones frontalières, la continuité du vignoble est manifeste, en termes pédologiques et en termes climatiques. Entre Challex et Dardagny, par exemple, la frontière coupe certaines parcelles en deux.

Mais comme les Suisses sont des gens précis, la réglementation stipule que si le contrôle des vinifications en Suisse relève de la compétence des autorités de la Confédération et du Canton de Genève, les contrôles physiques effectués sur le territoire français, eux, doivent êtres effectués par « un organisme agréé par les autorités françaises, mais mandaté par la tutelle suisse ».
Au total, 140 hectares sont concernés, dans l’Ain et en Savoie.

Renaissance

Quelques viticulteurs de Challex vinifient cependant leurs raisins sur place – en 1982, les difficultés de la coopérative (suisse) de Satigny, suite à une récolte pléthorique, les ont incités à se doter de chais et à commercialiser eux-mêmes leur vin.
C’est le cas de Frédéric Péricard, au Domaine de Mucelle.
Depuis quelque temps, il dispose de la mention IGP Coteaux de l’Ain.
Sur à peine 8 hectares, exploités en bio, il ne produit pas moins de 12 cuvées, qui témoignent de sa large palette de cépages (aux 5 ceux déjà cités, il faut ajouter l’altesse), et au fait qu’il élabore également des méthodes traditionnelles.
Cette diversité n’est pas sans faire penser à cette qui règne à un jet de pierre, mais de l’autre côté de la frontière, à Dardagny ; ainsi, au Domaine des Faunes, on ne produit pas moins de 9 blancs, 6 rouges, 2 rosés et 2 bulles – en AOC Genève.
Il serait amusant de comparer les Chasselas des deux domaines, des deux vignobles gessois. Compte tenu de la proximité des vignes, c’est sans doute plus la patte du vigneron qui fait la différence…

«Eux, c’est eux ; et nous, c’est nous…»

Revenons à Challex: pas évident, pour le plus genevois des vignobles français, de se construire une image: personne n’en parle jamais. Les vins suisses (même récoltés en territoire français) sont peu diffusés en France ; et puis le nom de Challex n’apparaît nulle part.
Voici deux siècles, un trait de plume sur un traité a divisé le vignoble, et bien que le même soleil brille sur tous les raisins du pays de Gex, français ou genevois, depuis, «eux, c’est eux ; et nous, c’est nous».
Ne dit-on pas, pourtant, que le vin est une boisson de partage ?

Domaine de Mucelle www.domainedemucelle.fr
Domaine des Faunes www.les-faunes.ch/fr

Article paru dans In Vino Veritas le 7 avril 2017

Hervé Lalau

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The first edition of Loire Millésime: 19th – 22nd April 2017

BU0A1365 (1)The restored Abbaye de Fontevraud 

I have just returned from the first edition of Loire Millésime organised by Interloire. It was based in the now magnificently restored Abbey of Fontevraud. We were lodged in the attached L’Hotel de Fontevraud, which has also been extensively renovated and greatly improved since I stayed there some 12 years ago.

 Enjoying the abbey’s current magnificence it is strange to reflect that from the time of the French Revolution when the monks were thrown out and 1804 when Napoleon signed the order to make Fontevraud a prison that it was a jail for over 150 years.  The last prisoners did not leave until 1985.

Loire Millésime was based on a similar event in Languedoc that has been running for a number of years. It was a mix of tastings, master classes in both French and English as well as visits to vineyards and evening events – at Fontevraud, the Ackerman cellars in Saint Florent Saint Hilaire and an evening of tasting very fine Chenin in all its guises at the Domaine de Rocheville in Parnay.

I attended two master classes – one on the different types of ripeness/maturity in red grapes and the other on looking at the different qualities of sweet Chenin Blanc. Both were excellent.  

Unfortunately it was decided that the major tastings during the day – dry whites, rosés and reds – should be with rare exceptions from the 2016 vintage. Although interesting for people like myself who are able to spend a considerable time in the Loire and tasting these wines, it is virtually useless for someone who is rarely in the Loire and who has been brought to Fontevraud at considerable expense. Interloire had flown in a number of journalists from North America – why get them to taste a mass of unfinished wines? Unlike Bordeaux the Loire does not sell en primeur.

Sadly there was a spectre at our Loire celebration – frost. 2016 was marked by a series of frosts at the end of April and 2017 is very worryingly following a similar pattern. There were frosts during the nights of 18th/19th, 19th/20th and 20th/21st.

There has been damage in various appellations from Muscadet through to Pouilly-Fumé. For the moment not as widespread as in 2016, although obviously it is very serious for any producer seriously affected by frost. This is partly because the ground is very dry and also that attempts to combat frost in the Loire are becoming more sophisticated and more widespread. This includes new wind turbines in Saint Nicolas de Bourgueil and the use of helicopters in Montlouis as well as at Château de l’Aulée in Azay-le-Rideau.

The threat of frost is not yet over. Further low temperatures are forecast for this week. With a series of small vintages since 2012 Loire producers are desperately hoping to reduce frost damage to a minimum.

Fingers crossed!

jim-vinho-verde


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David

 


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Les 5 du Vin, quelle audience?

« Les 5 du Vin, combien de divisions? » Ou plutôt, combien de billets, de lecteurs, de commentaires? On nous le demande assez souvent.

Une chance, notre hébergeur WordPress nous fournit quelques beaux tableaux à ce sujet, grâce à un compteur qui enregistre tout ça – ne me demandez pas comment.

A les lire, en tout cas, cette modeste coopérative d’écriture a le vent en poupe: voyez plutôt..

 

Notre nombre de « vues » est passé de 109.589 en 2013  à 369.476 en 2016. Et dans le même temps, le nombre de visiteurs est passé de 85.059 à 209.280.

Et 2017 s’annonce également très bien, avec plus de 110.000 vues en moins de 4 mois.

Vous le savez, cela ne nous rapporte absolument rien. Mais c’est tout de même sympa pour nous de voir que nos billets ont un écho dans le public. Pas que nous ayons pris le melon; ni que cela change quoi que ce soit au choix des sujets que nous abordons. Mais c’est tout de même un bel encouragement, surtout les jours où c’est plus dur d’y consacrer du temps – parce qu’il nous faut bien vivre d’autre chose, bien sûr.

Alors, à tous, merci de votre fidélité!

 

Les 5 du Vin

 


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Guénaël Revel, le « Pet Nat » et la « snobmellerie »

Notre invité de ce samedi nous vient du Québec, c’est Guénaël Revel, Monsieur Bulles en personne, qui nous parle du Pet Nat. Et il ne mâche pas ses mots…

Un pétillant naturel, un « Pet Nat », comme on dit désormais, est en fait un vin effervescent issu de la méthode ancestrale; c’est à dire, la méthode la plus ancienne pour élaborer du vin à bulles dans un flacon. Donc, rien de bien nouveau. Sauf que depuis une très courte décennie, 2 vins sont devenus à la mode au sein d’une minorité sommelière, plus suffisante qu’attrayante: le Pet Nat et le Vin Orange. Ce dernier pouvant être aussi élaboré comme le premier. Et j’en ai ras-le-bol!
Ras-le-bol d’entendre des inepties au sujet du Pet Nat: pas un seul salon des vins, ni un seul bar à vins qui ne présente actuellement un Pet Nat sans le hisser au firmament de la qualité vinique en matière de bulles !

Or, 80% des Pet Nat que j’ai dégustés depuis un an étaient tout simplement de mauvais vins, des vins qui apportaient ni plaisir, ni intérêt, sinon celui d’y déceler des arômes désagréables ou inappropriés. Inappropriés par rapport à ce qu’on est en droit d’attendre d’un vin, quel qu’il soit.

Plus qu’agacé, j’ai même répondu un jour à un sommelier que si vraiment il trouvait si excellent le Pet Nat qu’il m’avait servi, c’est qu’il n’avait jamais dû déguster un bon vin effervescent de sa vie, qu’il soit élaboré en méthode traditionnelle, Charmat ou ancestrale. Alors que la contagion des Extra-Brut se poursuit, la snobmellerie nous inflige à présent le Pet Nat !

Mais d’où vient cette subite lubie du Pet Nat ?

Je m’adresse donc ici à celles et ceux qui sont diplômés en sommellerie, qui exercent en restauration ou en agences de représentation de vins. Et même si j’en entends certains crier à la ringardise face à ce ras-le-bol (qui n’est pas que le mien), une question me brûle: vous ennuyez-vous vraiment dans votre profession? Trouvez-vous vraiment qu’il y a un tel manque de diversité sur la planète-vin, qu’il vous faille vanter un vin blanc, souvent trouble, aux perles carboniques fugaces et au fruité collant ou occulté par des notes de levures ? Je ne peux pas y croire. C’est de l’hypocrisie. Ou de l’incompétence. D’ailleurs, quand j’interroge les vignerons qui élaborent ces Pet Nat, aucun d’entre eux ne se prend au sérieux.
Aucun d’entre eux n’érige son Pet Nat au sommet de sa gamme. Ils le conçoivent simplement.  C’est à dire dans l’amusement, dans un plaisir presque égoïste qu’ils reconnaissent. D’abord pour eux-même et leur entourage. Ensuite pour quelques acheteurs éclairés par eux, sans fanfaronnade…

Leur Pet Nat est un jeu, parfois superficiel et souvent éphémère, puisqu’ils ne le répètent pas à chaque millésime, d’ailleurs. Et le faible nombre de bouteilles élaborées indique justement leur humilité. N’est-ce donc pas cette vertu qui devrait être véhiculée, plutôt que les commentaires bavards que j’entends dans les dégustations où se loge un Pet Nat, voire dans la vente insistante en restaurant auprès du client naïf, étourdi par trois mots savants du sommelier.

Qu’on ne se méprenne pas. Je ne rejette pas les Pet Nat!

Il y en a d’excellents. Encore faut-il les positionner à leur place sur l’échiquier des vins de ce monde. Un Pet Nat n’est, après tout, qu’un embryon de vin qui poursuit sa gestation en bouteille grâce au sucre et aux levures retenues. Il se fait tout seul, il devient vin pétillant par lui-même; sans trop d’interventions du vigneron.

C’est peut-être pour cela qu’au moins 2/3 d’entre eux sont de mauvais vins, car curieusement, la méthode ancestrale est particulièrement difficile à contrôler, encore aujourd’hui. Parlez-en aux Limouxins, qui lui ont donnée quelques lettres de noblesse…

Observez la réaction du consommateur après qu’il ait testé pour la première fois un Pet Nat. Elle est souvent consternante. « Vous êtes sûr que ce vin n’a pas un défaut ? » est la remarque qui suit deux fois sur trois, s’il n’est pas intimidé – au point de rester coi –  par la présentation promotionnelle du sommelier.

Pourquoi suis-je aussi agacé, en outre ? A cause de leurs prix ! Toujours plus élevés que ceux des vins des appellation dont ils sont issus. C’est illogique.

J’en ai assez parce c’est à cause de ces attitudes et de ces pratiques que la sommellerie a cette image tenace de fatuité auprès des consommateurs, où que l’on soit dans le monde.
Une minorité l’exerce encore trop souvent le menton relevé et la langue pendue. Et depuis peu, elle pousse les Pet Nat dont bon nombre, finalement, sont comme les bananes: vendues vertes, avec une durée de vie sur le comptoir de 48 heures.

Il y en a malgré tout de très bons, comme celui-ci, dégusté dernièrement. Un Pet Nat qui réconcilie avec le Pet Nat !

Cuvée PMG – Dénomination « Pour Ma Gueule » de Julien Fouet –  Méthode ancestrale – VMQS

Un Chenin blanc aux bulles menues et persistantes qui habillent une texture suave à l’enveloppe juste assez mordante pour rappeler le cépage (pamplemousse, silex) et rafraîchir les papilles sans qu’aucune note de fermentation ne viennent les déranger. Le vin n’est absolument pas sucré, je le préconise donc à l’apéritif avec quelques huîtres ou avec un fromage assez crayeux.

 Guénaël Revel