Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Mais d’ou viennent ces arômes de pétrole dans le Riesling ?

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Ce sujet fait débat, mais mon but n’est pas de créer de la polémique. Il est, au contraire, d’écouter les avis et les expertises des intéressés et d’essayer d’obtenir une explication pour la famille d’arômes qu’on peut qualifier de « type hydrocarbure » et qui se trouve dans certains rieslings, mais pas dans tous. Que ce genre d’arôme soit désirable ou pas est une simple question de goût et je défendrai le droit de quiconque d’aimer cela : après tout, c’est la diversité des vins qui est le fondement de l’intérêt de cette boisson. Même si, à titre personnel je déteste ces arômes – car je n’ai pas envie de penser au remplissage d’un réservoir d’essence ou d’une lampe de pétrole lorsque je mets mon nez au-dessus d’un verre de Riesling, qui est par ailleurs un de mes cépages préférés.

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Pas de pétrole sur cette roue des arômes. Le véhicule doit marcher à l’electricité

 

J’ai entendu toute sortes d’explications pour la présence de ces arômes, dont l’intensité peut évidemment varier pas mal, comme pour d’autres arômes qui clivent les avis : ceux provoqués par les brettanomyces par exemple J’ai interrogé pas mal de vignerons alsaciens sur ce sujet et voici un petite liste des explications qui m’ont été donné par les uns et les autres pour la production d’une molécule nommée 1,1,6-trimethyl-1,2-dihydronaphthalene (TDN pour faire court) et qui serait à l’origine de ce type d’arôme. En voici la liste, avec quelques commentaires de ma part en italiques :

Le terroir (terme bateau, donc pas une explication)

Des sols schisteux (déjà plus précis)

Des sols calcaires (explication fourni par Trimbach, mais n’est ce pas en contradiction avec la précédente ?)

Des sols trop riches (peut-être contradictoire avec les deux précédentes ?)

La chaleur et/ou le soleil, donc des vins issus des pays ou régions plus chauds et/ou des années chaudes (je constate qu’effectivement ces arômes sont plus souvent présents dans des rieslings d’Alsace ou d’Australie que dans ceux de Mosel ou du Rheinhessen allemand, par exemple)

Une effeuillage excessif des vignes, donnant trop d’exposition au soleil (ce qui rejoint un peu l’explication précédente)

Des raisins bien mûrs, issus de rendements faibles et/ou de vendanges tardives

Un excès d’acidité (en contraction avec les trois précédentes explications, il me semble)

Le résultat de stress hydrique sur la vigne

Une trituration excessive de la récolte, comme lors d’une vendange mécanique

Un pressurage trop fort

Le résultat d’un vieillissement prolongé en bouteille (dans ce cas, s’agit-il plutôt d’une forme de réduction soufrée ?)

 

Il me semble évident que toutes ces explications ne peuvent pas être valables. L’enquête reste donc ouverte. Le célèbre producteur de la Vallée du Rhône (et aussi d’Australie et d’Alsace), Michel Chapoutier, a récemment jeté son pavé dans la mare de Riesling en déclarant que l’arôme de pétrole constitue un défaut dans un vin de ce cépage. Des producteurs très réputés comme Trimbach ou Hugel, dont les vins sont assez marqués par les arômes d’hydrocarbures, ont dû apprécier !

La semaine dernière, j’ai dégusté, côte à côte, deux Rieslings d’Alsace dont les caractères étaient radicalement différents, du moins quant à leur caractère aromatique.

 

1). Riesling Réserve 2014, Maurice Griss

Fin, délicatement floral et fruité (pomme verte, citron, poire), texture suave, très belle acidité parfaitement intégrée dans le corps du vin. Vin très désaltérant et d’une bonne longueur pour un vin si délicat en apparence, et prix très doux (7,50 euros). J’ai tellement aimé ce vin que j’ai appelé sa productrice, Josiane Griss, pour lui en parler et je vais aussi en commander car c’est une bonne affaire et cela correspond à ce que je recherche dans les vins de ce cépage. Le domaine se trouve à Ammerschwir et totalise 8,5 hectares. La fiche technique de ce vin donne ceci : 5,5 gr/litre de sucre, 12,5 % d’alcool totale et 5,7 d’acidité.

2). Riesling Grand Cru Frankstein 2012, Charles Frey

Les arômes de la famille pétrole sautent au nez d’une manière presque agressive au début. Un jour plus tard, ce phénomène s’est estompé, ce qui me laisse penser qu’un phénomène de réduction est en jeu ici, du moins partiellement. Le vin est décrit sur son contre-étiquette comme étant « minéral-complexe-persistant ». Je crois que c’est une erreur de tenter de décrire le goût d’un vin sur une contre-étiquette. Je l’ai trouvé plutôt « pétrolé-puissant-pas très long » et sa texture ferme et un peu herbacée. Sur le site officiel des vins d’Alsace, le sol du Grand Cru Frankstein, avec ses 56 hectares sur la commune de Dambach-la-Ville est décrit comme granitique. Tant pis pour le lien « indéfectible » entre des sols schisteux (ou calcaires) et les arômes de pétrole dans le Riesling !

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Il y a quelques mois, me trouvant dans le bar de mon hôtel à Adelaïde, en Australie du Sud, j’ai demandé un verre d’un Riesling de la Clare Valley qui était à la carte. Mes expériences récentes avec les Rieslings d’Australie, essentiellement d’Eden Valley, me laissaient à penser que je risquais de trouver une bonne dose de TDN dans mon verre. Il n’en a rien été ! Le vin m’a semble fin, suffisamment fruité et sans excès aucun, avec une très belle acidité, très fine. Du coup, j’ai bu un deuxième verre de cet excellent Riesling 2015 de Knappstein.

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Plus récemment, à Vienne, en Autriche, j’ai pris un verre de Riesling de la région de Wachau, d’un producteur nomme Johan Donabaum (Riesling Bergterrassen Federspiel 2015). Idem: nulle trace de pétrole et cette belle acidité longiligne qui porte les arômes subtiles sur la palais pendant longtemps, comme un écho.

Ce ne sont là que des anecdotes et qui ne me donnent toujours pas une explication du phénomène, ni de son absence. Mais ils constituent des preuves qu’il est possible de produire de Rieslings dénués de toute trace de TDN dans des climats assez variables.

Est-ce que quelqu’un peut me donner une explication rationnelle ?

David Cobbold


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L’anis, on aime ou pas

Marie-Lou m’a donné l’envie de parler de l’anis. Pourtant, que ce soit de l’anisette, de l’ouzo, du raki, de l’arak ou le plus classique, du moins pour nous, du pastis, je n’aime pas vraiment. Ou ça dépend, avec qui, quand, comment. Ou alors, en préparation, un homard au pastis, ça, ça déchire. Ou encore cet anis vert produit par la distillerie Pierre Guy à Pontarlier, de temps à autre, car ça aide à digérer, à amoindrir les effets désagréables d’une toux, à se sentir moins fatigué. Un petit verre d’anis vert…

Pontarlier-Anis à l’Ancienne

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Un 100% anis vert, l’un des ingrédients de l’absinthe, qui s’avère plus épuré que les breuvages à base d’anis étoilé tel le pastis. Son nez subtil rappelle le parfum des souris noires de notre enfance. La senteur anisée se nuance également de poivre blanc et d’une fraction de fougère. En bouche, l’anis semble plus puissant que subtil, un rien d’eau ou un glaçon trouble son esprit et le rend plus commode. L’Anis à l’Ancienne devient alors une boisson fraîche, à la texture onctueuse et à la saveur anisée immensément longue. 45%

Inventé par Georges Guy en 1921 avec l’aide de son père Armand, le Pontarlier-Anis reprend une recette familiale d’absinthe sans la plante d’absinthe et est donc obtenue exclusivement par la distillation de la graine d’anis vert et de quelques plantes annexes.

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La Pontissalienne

Un produit plus classique, une absinthe qui participe chaque année aux Absinthiades.

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Transparente avant l’ajout conseillé d’eau qui la trouble et la rend plus civilisée comme sa demi-sœur. Elle respire l’anis vert, mais aussi le chrysanthème mêlé de l’odeur terreuse de l’absinthe. En bouche, sans sucre dissous, on retrouve l’amertume de la plante, mais aussi de la réglisse et de la gentiane. Un quart de sucre exalte les arômes des plantes et tempère l’élan amer du breuvage. Amertume légère qui s’installe alors apporte une fraîcheur agréable qui exacerbe les saveurs et dynamise le mélange sucré. Une longueur délicate et surprenante termine le rite de l’absinthe.

Le Vert Sapin, ça, ça pète !

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Cette spécialité de Pontarlier a été inventée par Armand Guy en 1902. Une liqueur qui adopte la couleur jaune vert éclatant des bourgeons de sapin. Au nez, elle respire les plantes de montagnes, le regain, les tisanes de grand-mère avec en fond une note d’aiguilles de pin. En bouche, la douceur du breuvage s’équilibre de l’amertume délicate au goût de sapin, une impression fruitée étonnante se mélange aux premières perceptions boisées. Le caractère capiteux génère un effet détonnant en fin de bouche. 40% d’alcool.

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Seuls les bourgeons de sapin (et non d’épicéa) sont récoltés autour de Pontarlier. Chaque jeune pousse printanière est ôtée avec soin afin de permettre à l’arbre de proliférer. Les bourgeons sont ensuite mis au séchage en grenier afin de concentrer les essences aromatiques. La partie préalablement séchée de la récolte va infuser dans la partie distillée des bourgeons. Cette pratique longue et difficile apportera tout le goût et les arômes des bois, en accord avec la puissance de la sève de sapin. Cette liqueur se déguste très fraîche.

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http://pontarlier-anis.com/

Ciao

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Marco


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La der des der ?

Le problème lorsque ça marche bien pour le vigneron, c’est qu’il se sent vite à l’étroit, quelque peu coincé avec, en plus, une cuvée qui occupe l’espace médiatique au détriment parfois des autres. C’est l’occasion de se recentrer, de faire un bilan et de se dire qu’après tout, si le public le demande, pourquoi ne pas continuer… Olivier Jullien, lui, préfère tout arrêter. Non pas mettre fin au « vigneronnage » (quoiqu’on ne sait jamais avec lui…) pour mieux se consacrer à la pêche à la mouche, sa passion… Non, il préfère saborder une cuvée qui marchait du feu de dieu, trop peut-être, sa cuvée « Les États d’âme » qui, à chaque fois que nous en buvions, nous faisaient voir une partie de lui même, celle d’un lutin languedocien jouant avec les terroirs, les cépages, les vinifications pour nous livrer un instantané de son univers.

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À chaque parution, nous, les amateurs, y allions de nos commentaires, mais surtout de nos élucubrations : à quoi jouait le petit prince du Languedoc ? Vers quelle nouvelle facétie voulait-il nous entraîner ? Vers quel coteau ? Plus de grenache cette fois-ci ? Moins de Carignan ? À moins que le Mourvèdre ne vienne troubler les esprits ?  Pour pimenter nos avis, le vigneron volontiers poète ajoutait un peu ou beaucoup de sa prose sur l’étiquette permettant un approche plus hédoniste que celle, trop factuelle, d’une récitation purement technique. Grâce à lui, on lisait le vin tout en le buvant ! Combien de millésimes le vigneron a-t-il réalisé sous ce nom ? Honnêtement je ne sais plus et cela n’est pas le plus important quand on connaît bien le personnage imprévisible qu’est Olivier Jullien. Il paraît en effet que ce n’est pas la première fois qu’il annonce la fin de ses États d’âme.

wp_20161231_003J’ai acheté le dernier millésime des États d’âme, un 2013. Je me le suis aussi offert au restaurant bar à vins, Le Chameau Ivre (chez Philippe Catusse, à Béziers), où il est arrivé sur table au prix caviste (25,50 €) ce qui, compte tenu de la notoriété de ce Terrasses du Larzac, reste raisonnable… Sur la cuisine très orientée mer le bougre n’avait au début pas trop sa place, mais cela ne nous a pas empêché de vider la bouteille en moins d’une heure, après avoir démarré par un Brut Nature de Drappier, suivi d’un Côte-de-Brouilly 2010 de Jean-Paul Brun. Avec dix années de plus, le Mas Julien, puissant et marqué par de beaux tannins, eut été parfait. Fort heureusement, un plat allait vite le mettre en valeur : la raviole de sanglier, un goût de civet mêlé de légèreté. J’aurais pu opter à la rigueur pour le 2011, plus mûr, mais il me fallait à tout prix tester ce 2013 pour constater que mon unique exemplaire devait encore séjourner longuement en cave.

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Le chameau est l’animal totémique de Béziers.

Quel enseignement tirer de tout cela ? À la place d’Olivier, j’aurais maintenu en vie cette cuvée pour en faire la cuvée-référence du domaine. C’eut été un bon moyen de se remettre  doublement en question trente ans après. À la fois en explorant de nouvelles voies pour « Les États d’Ame » permettant ainsi d’élargir son public, mais aussi pour envisager la création d’autres cuvées capables de soutenir ou de remplacer celles qui existent déjà. L’autre enseignement réside dans le fond de sagesse du vigneron qui, tout en étant un « caractère » comme l’on dit, n’a rien de farfelu. Malgré la gloire qu’il tire du vin, le gars reste les pieds sur terre et ne fanfaronne pas avec des prix élevés permettant ainsi à tout amateur de s’offrir une de ses bouteilles, même au restaurant, et de s’évader ainsi un peu plus haut vers les garrigues du Languedoc. Pour ce dernier repas de l’année tout en célébrant l’anniversaire de Brigitte, ma compagne, nous avons pu festoyer en nous ruinant sagement…

Michel Smith

PS Lire aussi le très recommandable livre « La Mécanique des Vins » par Laure Gasparotto et Olivier Jullien (Grasset)

 

 

 


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Belle dernière bouteille

Belle dernière bouteille bue, celle qui m’a laissé un plaisir immédiat, une jouissance subtile tout au long de sa dégustation et un souvenir à la fois délicat et bien imprimé dans ma mémoire parfois balbutiante. C’est l’apanage des grands vins, en l’occurrence le Grand Blanc 2014 de Peter Fischer, son agréable Chardonnay provençal REVELETTE.

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En voici la description prise sur le vif:

Grand Blanc 2014 Vin de Pays des bouches du Rhône

Doré vert lumineux, il offre un nez délicat qui hume l’anis vert et la verveine, la pâte de pistache parfumée de curcuma, l’amande effilée saupoudrée de poivre blanc, tout en note subtile qu’il faut attendre un peu, mais dès qu’elles s’expriment, c’est la promesse d’une suite à la hauteur de nos papilles parfois exigeantes. En bouche, le duo salé acide donne le ton, la dynamique, tel un rouage bien huilé par l’onctuosité du vin. Il nous emmène dans une spirale qui s’inverse toutes les trois gorgées pour revenir du grillé au fruité, du floral à l’épicé, de la fraîcheur au torréfié. Va et vient qui sans cesse nous apporte quelques subtiles notes supplémentaires – de fenouil, de thym, de mandarine, d’aubépine, de fenugrec, … histoire de nous faire comprendre que le Grand Blanc est un grand vin. Qu’aujourd’hui comme demain, il nous prodigue avec générosité toute sa complexité dont certes les perceptions évolueront.

C’est construit, c’est subtil, on y trouve de l’immédiat, on y découvre de la profondeur, de la densité, mais en toute simplicité.

Merci Peter !

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www.revelette.fr

La vinif du vin pour ceux qui aiment le côté technique : 100% Chardonnav de Provence, plutôt du Nord de la Montagne Sainte Victoire. Un style « Blanc du Rhône », surtout pas « Nouveau Monde » : 1/3 vinifié en cuve (la goutte), 1/3 en foudre (les petites presses) et le reste en barrique (avec des presses serrées qui résistent au bois).

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Ce vin, je l’ai servi avec une poularde au Vin Jaune et aux morilles, il n’a pas déçu, au contraire, son expression raffinée s’est jouée de la force du plat comme une ballerine virevoltante. Je vous souhaite autant de plaisir pour cette fin d’année.

D’ici là, buvez et mangez bon

 

Ciao et bonne année

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Marco   


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Bruno et Vincent Delubac, à Cairanne

Les frères Delubac illustrent bien l’évolution intervenue à Cairanne en quelques décennies. Et plus généralement, dans le vignoble français.

Ce sont leurs parents qui ont démarré l’activité viticole, en 1956, après que le gel eut décimé les oliviers. Arrivés aux manettes du domaine, comme beaucoup d’autres, les deux frères ont d’abord cherché à faire des vins puissants, opulents, impressionnants » ; c’était la mode. Et puis, comme dit Vincent, le plus jeune et le plus bavard des deux: «Quand on débute, on veut imprimer sa marque, on veut se  faire une place au soleil».

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Une des vignes des frères Delubac, à Cairanne (Photo H. Lalau)

C’était aussi leur époque Syrah, ce cépage qu’on présentait alors comme tellement améliorateur ; aujourd’hui, ils sont revenus à plus de mesure ; au bon vieux Grenache du Rhône Méridional, et surtout au Mourvèdre « qui doit avoir les pieds dans l’eau et la tête au soleil », sans oublier leurs chers Carignans. Et à des vins plus délicats. Ses modèles, Vincent les cherche, non plus tellement à Châteauneuf-du-Pape, mais plutôt en Bourgogne.

Le domaine compte 30 hectares, dont 26 à Cairanne – le Village vient d’accéder au statut de cru à part entière, il s’est doté de quelques règles draconiennes (notamment l’interdiction de la vendange à la machine, tout comme Châteauneuf) ; et aidés qu’ils sont par deux beaux millésimes (2015 et 2016) les vignerons semblent décidés à tout faire pour justifier cette promotion.

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Le vin qui illustre ce propos date cependant d’avant cette reconnaissance, puisqu’il s’agit d’un 2012, la cuvée Les Bruneau.

Un bien beau panier de fruits frais (prunelle, cerise, guigne), enveloppés de fumé ; en bouche, une grande fraîcheur, un côté presque ferrugineux. Ce vin ample présente assez de concentration pour ne pas paraître fluet, et assez de finesse pour ne pas paraître monolithique. La quadrature du Cairanne ? Mais qu’est-ce donc qu’un Cairanne? «L’élégance», à ce qu’on dit. Mais dans ce cas précis, l’élégance est assez robuste, dynamique et gorgée de soleil. Ce qui n’a rien de contradictoire.

Le seul vrai paradoxe, c’est que le mot ubac désigne le côté ombré d’une vallée…

Pour les amateurs de chiffres, cette cuvée assemble plus ou moins 50% de Grenache, 25% de Syrah, 15% de Mourvèdre et 10% de Carignan (avec quelques variations selon le millésime).

Sur place, j’ai aussi pu déguster une première cuvée de syrah 2016 qui sera versée à l’assemblage. C’est croquant, sanguin, plein d’allant. Très prometteur !

Hervé Lalau

 

 

 


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Grappillons quelques bons vins de saison – et abordables!

En cette période ou on ne parle que de « grands vins », de choses chères et parfois rares pour appâter le client, je vais prendre un peu le contre-pied et vous parler de quelques vins plus modestes que j’ai croisé récemment et qui m’ont semblé exemplaires, chacun selon son type et pour des prix abordables. Ce ne sont pas de premiers prix, mais aucun ne dépasse 20 euros la bouteille et le niveau moyen se situe autour de 12 euros. Cela vous fera un repas de fête réussi et peu onéreux, ou si c’est trop tard, une sélection pour les mois à venir, quand vous ne voulez plus vous ruiner. J’ai opté pour une gamme qui peut remplir toutes les cases ou presque d’un repas de fêtes (ou autre): une bulle et un liquoreux, trois blancs et trois rouges. De quoi faire quelques beaux accords avec les mets de saison.

La bulle

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Crémant de Bourgogne, cuvée Vive la Joie 2008, Cave Bailly Lapierre

J’ai dégusté cette cuvée, dans différents millésimes, à plusieurs reprises et j’ai toujours été impressionné par sa plénitude et le plaisir immédiat qui est fournie par ce caractère délicatement fruité qui remplit la bouche et la laisse impatiente pour la prochaine gorgée. C’est presque le prix de certains Champagnes bas de gamme mais sa qualité leur est nettement supérieure.

Prix public environ 13 euros

 

Le liquoreux

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Ninon, Muscat à Petit Grains 2015, Vin de France, Cave d’Alba

Il y a de plus en plus de vins intéressants qui sortent du carcan parfois trop rigide des appellations, et ce vin d’Ardèche en fait partie. Le vignoble a failli disparâitre mais il revit grâce à ce vin très aromatique (on s’en douterait vu le cépage) somptueux par sa texture, presque luxuriant mais parfaitement en équilibre par une belle pointe de fraîcheur.

Prix public 12,50 euros

Les vins blancs

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Muscadet Sèvre-et-Maine, Froggy Wine 2015, Pierre Luneau-Papin

C’est parce que la parcelle s’appelle « Les Grenouilles » que Pierre Luneau-Papin, régulièrement l’un des meilleurs vignerons du Muscadet, a ainsi nommé sa cuvée et j’aime bien la touche d’humour dans le nom et l’étiquette. Je suis fan de ses vins, comme de bien d’autres des meilleurs producteurs de cette appellation si injustement décriée, depuis un moment. Celui-ci peut parfaitement remplir son rôle de rafraichir et d’ouvrir le palais en accompagnant huitres ou autres fruits de mer, mais il est bien plus qu’un somple accompagnateur. Son fruité fin et sa belle rondeur se laissent boire tout seul. Vaut bien des vins blancs plus chers.

Prix public environ 10 euros

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Sauvignon Blanc Spielfeld 2014, E & W Polz, Sud-Steiermark, Autriche

Je trouve que les meilleurs Sauvignon Blancs d’Autriche, qui viennent tous de la Styrie, font partie de plus accomplis des vins de ce cépage au monde. Un verre de ce vin-ci, dégusté au prix de 5 euros dans un bar à vin à l’aéroport de Vienne (et qu’est-ce qu’on attend pour présenter un choix de vins au verre de ce niveau et à ces prix dans les aéroports en France ?), m’a semblé parfaitement illustrer ce propos. Il arrive a combiner l’intensité fruité d’un Sauvignon de Marlborough (NZ) sans l’accent parfois caricaturalement expressif avec la texture légèrement râpeuse mais finement ciselé d’un Sancerre. Le vin est long sans aucune lourdeur. Cela doit être le climat semi-montagneux, combiné à une vinification très précise et un long élevage dans des contenants en bois assez volumineux et pas neufs. Cette dimension tactile qui colle à la langue est une des choses que j’apprécie dans ce vin, outre son équilibre entre fruit et acidité.

prix public en Autriche environ 17 euros : ce n’est pas un premier prix, mais d’autres sauvignons dans la gamme de cet excellent producteur sont disponibles à partir de 9 euros.

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Montagny 1er Cru, Les Bassets 2014, Laurent Cognard & Co

Je ne connaissais pas ce producteur et j’ai reçu cette bouteille en tant qu’échantillon envoyé par une agence de presse. D’après ce que j’ai pu glaner comme information, il s’agit d’un jeune vigneron qui a pu acheter un peu de vignes tout en travaillant comme salarié avant 2006, puis il en a repris d’autres parcelles à la retraite de ses parents qui étaient en cave coopérative. Vendanges manuelles, pressurage douce, levures « indigènes », malos faites et une association de vinification/élevage en cuves et vaisseaux en bois de différentes tailles. En tout cas le résultat m’a semblé très probant, avec un mariage intéressant entre rondeur et vivacité, de la pureté dans les saveurs fruites et une bonne longueur. Heureusement pas de « minéralité » à l’horizon (private joke) !

Prix public : autour de 20 euros : ce n’est pas exactement donné mais cela vaut d’autres blancs de Bourgogne à 30/35 euros

Les vins rouges

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Beaujolais Nouveau, cuvée Vieilles Vignes 2016, Pierre-Marie Chermette

Ce producteur (ci dessus, montrant qu’il ne mouille pas que sa chemise pour faire ses vins), qui fait aussi d’excellents vins dans les crus Brouilly, Fleurie et Moulin-à-Vent, produit chaque année ce qui sont pour moi des vins exemplaires du type primeur issu de l’appellation Beaujolais. Là aussi on a le choix entre différentes cuvées : Les Griottes et Vieilles Vignes. Cette année j’ai acheté et bu une bouteille de la deuxième cuvée, peu de temps après la sortie de ces vins. Ce vin m’a enchanté par son fruité très croquant, son allégresse sur la langue et l’impression de joie de vivre (et de boire) qu’il m’a transmis instantanément. Et il a tout ce qu’il faut pour tenir encore un an si jamais cela vous inquiétait.

Prix en boutique à Paris: environ 8 euros.

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Côtes du Roussillon Mas Baux, Grand Red, 2015

Pas la première fois que j’apprécie les vins de ce très bon producteur non plus. Sur le plan stylistique, c’est bien évidemment très différent du précédent, plus riche mais également très fruité et gourmand à souhait mais avec la dimension chaleureuse qui parle de ses origines sudistes en plus. Beaucoup de vin pour ce prix.

Prix public : 8,50 euros

 linsoumiseDes jeunes couples qui font d’excellents vins très abordables à Bordeaux, cela existe et ce n’est pas rare du tout. Que les « non-pensants » arrêtent avec leur stupide « Bordeaux bashing » ! 

Bordeaux Supérieur, Château l’Insoumise cuvée Prestige 2014

Voulez-vous du classique et du pas cher ? Voici un parfait exemple que j’ai choisi récemment à l’aveugle parmi 25 vins de cette appellation et dans ce millésime. C’était un de mes trois vins préférés de cette série et le moins cher des trois. Il vient de la région de Saint-André de Cubzac (rive droite) et son assemblage donne une part moins important au Merlot que la plupart de ses concurrents: 60% pour 35% de Cabernet Sauvignon et 5% de Cabernet Franc. Le résultat est un vin droit, net et très classique au nez avec un boisé encore présent dans un ensemble relativement puissant et structuré mais sans aucun excès. C’est clairement du Bordeaux et c’est très bien fait.

Prix public 8 euros

Bonnes fêtes, ou ce qu’il en reste

David Cobbold


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Zéros + an update on Wine.Pop

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Jacky Blot’s very successful Triple Zéro

On 28th November my fellow Cinq – David – decried ‘la dictature du faible dosage en Champagne‘.

I don’t know when the first non dosé Loire sparkling wine was released but certainly this has become a popular and successful category of fizz in the Loire. In my experience sparkling wines from good Loire producers work well with refreshing but not sharp acidity.

I have chosen two examples that I am always happy to drink – Jacky Blot’s Triple Zéro (AC Montlouis) and the Brut Zéro Crémant de Loire from Château de l’Aulée in Azay-le-Rideau. They illustrate why Zéro fizz wines from the Loire work due to low yields and picking the grapes when they are ripe. Both of these wines have no sugar added at any stage of their production, so it is not just a question of zero dosage.

Take Triple Zéro. Its catchy name underlines the point that there is no additional sugar – zero for the vin clair, zero for the secondary fermentation and zero at dégorgement. Blot picks the grapes for Triple Zéro at between 12˚-12.5˚ potential from yields between 3–40 hectolitres per hectare. His grapes have enough natural sugar and ripe acidity to render adjustments unnecessary.

Château de l’Aulée, on the eastern side of Azay-le-Rideau, was founded in 1856 by Cordier, the Bordeaux négociant. It was bought in 1973 by Champagne Deutz, who then sold it to the current owners – Marielle Henrion, an oenologist from Champagne, and her husband Arnaud from Touraine.

Two fine Loire sparkling wines to celebrate not only Christmas and the New Year but to enjoy throughout the year.

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Brut Zéro, Crémant de Loire Château de l’Aulée
(above and below)

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Wine.Pop: Tim Brown sacked

tom-voltzTom Voltz – founder and editor in chief of Wine.Pop

On the 18th November I warned about the involvement of fraudster Tim Brown (Aaron Timmer Brown) in the wine tourist app – Wine.Pop. I am delighted to report that Tim Brown is no longer involved in Wine.Pop. He was sacked by Tom Voltz, the founder and owner of Wine.Pop on Thursday 8th December. Brown’s contract, which was due to run to the end of 2016 with a possible extension, was terminated with immediate effect. I can only assume that Brown had been up to his old tricks.

I now hope that Wine.Pop, which seeks to provide a platform for lesser known wineries to attract visitors, will be a success.

As for Tim Brown, the abrupt and early ending of his contract with Wine.Pop, tells you all you need to know about Brown along with his theft of the bulk of the Paul Kimmage Defense Fund and his failure to honour the maintenance payments in Canada to his wife.

This latest episode should persuade anyone in the wine industry in Catalonia and the rest Spain that it is a very bad idea to employ Tim Brown (aka Aaron Timmer Brown) in any capacity whatsoever.

More details on Jim’s Loire here.

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