Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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#Carignan Story # 289 : Précieuses Grands-Mères !

J’aime cette idée que de vouloir dédier ainsi un vin aux grands-mères. Dans ce cas précis, le Côtes du Roussillon Villages Les grands-mères signifie beaucoup de choses chères à mon cœur, un monticule de symboles. Bien évidemment, il y a l’âge canonique de ces vieilles vignes de Carignan parfois centenaires implantées dans le cirque aride de Vingrau qui s’ouvre sur les Corbières. De précieuses et merveilleuses grands-mères encore bien utiles dans les assemblages puisqu’elles donnent toute leur sève aux vins du coin pour autant qu’on les prenne respectueusement en considération. Mais j’aime ces grands-mères pour une autre raison tout aussi évidente : elles symbolisent la présence des femmes. Présence dans les vignes, certes, mais aussi au sein des exploitations viticoles (je n’aime pas trop ce mot là, mais enfin…), des domaines que souvent, durant les guerres notamment, elles dirigeaient avec poigne et efficacité, sans pour autant chercher de reconnaissance particulière.

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Comptabilité, gestion, taille, vendange, lessive, ménage, cuisine, jardinage, nos grands-mères des vignes assumaient leur part (gigantesque) de travail parfois dans l’ombre, sans rien demander d’autre en remerciement que la satisfaction du travail bien fait. Elles étaient utiles et rendaient service jusqu’au dernier souffle de leur vie. Alors, quand Alain Razungles, donnant à l’époque un coup de mains à ses parents au Domaine des Chênes, à Vingrau, a décidé il y a une décennie déjà de baptiser une cuvée majoritairement Carignan de ce joli et simple nom, Les grands-mères, j’étais aux anges, réalisant ô combien ce que cette cuvée pouvait représenter de sens dans une région où l’on a tout fait pour éradiquer ce cépage. À mes yeux, la cuvée est celle de l’hommage. C’est le vin de la mémoire, des années de travail harassant de génération en génération, le respect du passé autant que de la confiance en l’avenir.

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J’ai déjà consacré il y a peu un article à Alain Razungles et à son village de Vingrau, ici même. L’homme, qui aime préciser qu’il n’est pas « passéiste, encore moins intégriste« , est très satisfait de ses 6 ha de Carignan qu’il refuse toujours d’arracher. La moitié des raisins sont traités en macération carbonique et le vin est élevé en cuves sans fréquenter le bois, « comme on le faisait autrefois », précise Alain, faisant probablement référence aux années 50, lorsque le vin d’ici avait l’appellation Corbières du Roussillon. Il y a effectivement un style Corbières dans ce 2011, un goût épicé aux parfums de garrigue difficilement définissable qui marquait les meilleurs vins lorsque j’atterrissais en Languedoc-Roussillon la première fois à la fin des années 80. On pourrait croire ce goût ancien ou passé de mode. Pas pour moi en tout cas, car la fraîcheur est toujours au rendez-vous quand bien même la matière dense et serrée donne envie de le conserver encore quelques années.

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Attention, je ne dis pas que c’est le meilleur Carignan du Roussillon. Ce qui est certain, c’est que c’est l’un des plus civilisés que je puisse trouver, un des meilleurs rapports qualité-prix (moins de 10 €) dans la catégorie super vin de grillade que je viens d’inventer pour l’occasion, notamment sur des côtelettes de mouton saisies sur un feu apaisé de sarments de vignes. Cela tombe plutôt bien en cette période bénie où les vendanges rythment encore quelque peu la vie de nos campagnes du Sud.

Michel Smith


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Domaine des Thermes: modestie et mérites d’un indépendant du Brulhois

Il est frappant de voir à quel point plusieurs petites appellations du Sud-Ouest sont dominées par des caves coopératives. J’ai évoqué récemment ici le cas de la Cave de Plaimont et leurs 98% de l’appellation Saint-Mont, mais on peut aussi citer des situations analogues de quasi-monopole à Buzet comme, juste en amont de là, en Brulhois. La raison est très probablement liée au fait que la viticulture dans cette région, aussi ancienne qu’elle soit, n’a souvent constitué qu’une partie modeste d’une activité agricole basée sur la polyculture. Partout dans ce coin du Sud-Ouest, élevage de vaches et de canards, cultures de céréales et de fruits côtoient un vignoble largement espacé et planté de cépages parfois peu connus en dehors de la région.

Un peu d’histoire et de géographie

Le mot Brulhois viendrait du celte brogilo via l’occitan brulhès, qui signifient bord de rivière boisé. La Garonne est toute proche et aujourd’hui encore, les sommets des collines sont copieusement boisés. Brulhois a acquis le statut d’AOC/AOP en 2011, venant de celui de VDQS et de la dénomination Côtes de Brulhois. Cette petite aire d’environ 300 hectares, dont seulement 200 hectares sont plantées, se situe à la confluence de trois départements : Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne et Gers, avec la majeure partie en Lot-et-Garonne. Elle se divise ainsi entre deux des régions actuelles, Aquitaine et Midi-Pyrenées, ce qui ne doit rien faire pour simplifier tout ce qui concerne les démarches administratives. Très majoritairement située en terre gasconne, sur la rive gauche de la Garonne, elle s’étend aussi sur une petite partie au nord du fleuve. Comme d’autres appellations qui longent la Garonne et ses affluents, elle se réfère à une origine gallo-romaine mais a probablement connu son apogée au XIIème et début XIVème siècles, sous l’occupation anglaise, lorsque des quantités nettement plus importantes de vins qui y étaient produits que maintenant; des sources citent 48,000 hectolitres, ce qui est entre 4 et 5 fois le volume actuel. Ces vins étant alors expédiés vers Bordeaux et l’Angleterre sur des gabares, en descendant la Garonne. Le déclin a suivi le départ des Anglais, car toute la région a perdu son principal marché, et la situation a dû se dégrader pendant et suite aux guerres de religion, ce pays d’Albret étant marqué par le protestantisme.

IMG_7055Une partie du vignoble  de coteau du Domaine des Thermes avec la vallée de la Garonne et la centrale de Golfech au fond

Bien plus tard, deux caves coopératives y furent fondées dans les années 1960. Elles ont depuis fusionnées pour constituer une seule entité: Les Vignerons du Brulhois. Seuls six producteurs de petite taille sont indépendants de cette structure, dont le Domaine des Thermes, proche du beau village d’Auvillar qui domine la vallée de la Garonne.

Enthousiasme et sincérité

Le domaine évoque des thermes car le site, très anciennement habité,  recèle des sources réputées. Sur ces collines douces, souvent bien garnies de bois où les chasseurs de de cèpes gardent bien les leurs (de sources), la famille Combarel est arrivée avant la guerre,  de son Aveyron d’origine, pour élever des moutons. La propriété de 50 hectares a bien évolué depuis lors. Les moutons ne sont plus là et Thierry Combarel, qui exploite le domaine avec sa dame, Dominique Jollet Peraldi, venue de sa Corse natale, travaille aussi maintenant 8 hectares et demi de vignes, plantés d’un belle gamme de cépages. Si l’appellation Brulhois n’admets que vins rouges et rosés, elle autorise pas mal de cépages : cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot, malbec, tannat et fer servadou (appellé pinenc un peu plus à l’ouest). A côté de cela, Thierry a planté du colombard et du petit manseng afin de pouvoir aussi élaborer deux vins blancs, un sec et un doux, en IGP Comté Tolosan.

IMG_7049Dominique et Thierry devant la vigne qui jouxte le chai

Comment émerger dans une masse de vins de partout, d’un niveau qualitatif croissant, et dont beaucoup bénéficient de l’atout d’une appellation connue comme Cahors, par exemple. Et surtout, comme c’est le cas de ce domaine, quand la taille critique est difficile à atteindre vu le faible nombre de droits de plantation accordés chaque année et, surtout, la nécessité de continuer à gagner sa vie en faisant tourner l’exploitation par une production, annexe mais majoritaire, de céréales ? C’est le dilemme de Thierry et de Dominique, qui pourtant se donnent beaucoup de mal, travaillant leur vignoble avec une approche plus que raisonnée, avec vendanges et façons à la main et une vrai volonté de faire le meilleur vin possible. Ils pensent au « bio » mais voient aussi les difficultés subies par quelques collègues au niveau des rendements et ne peuvent pas se le permettre. Mais Thierry utilise du soufre en poudre et ne traite en insecticide qu’une seule fois. Le vignes sont impeccablement tenues : on dirait un jardin.

IMG_7042L’accueil au Domaine des Thermes se fait dans une belle salle claire, avec enthousiasme et sincérité

C’est la deuxième fois que je leur rendais visite, et, après une intervalle de 2 ou 3 ans, j’ai pu constater les progrès fait dans les vins, mais aussi dans l’accueil, avec une très belle salle claire et leur esprit, vif , ouvert et communicatif, toujours à la disposition du visiteur. Thierry aimerait faire encore mieux. Il n’a pas pu faire des études poussées et compte sur les conseils d’un œnologue qui vient de loin. Mais, dans ce coin peu viticole, les oenologues conseils n’abondent pas et, de toute façon, il n’a pas les moyens d’être vigneron à 100%.

IMG_7050Peu de vins de la gamme utilisent de la barrique, entre autres pour des raisons de coût. Pourtant, je pense que cela est bénéfique pour ce style de vin.

L’autre gros problème est la vente. Faire tourner une exploitation de 50 hectares, même avec peu de vignes, prend tout son temps. Le budget pour se faire connaître lors de salons et autres manifestations n’est pas disponible et le couple ne peut pas voyager beaucoup pour vendre ses vins. Le résultat est une vente qui dépend encore beaucoup du vrac ou du bib, avec, à la clef, une faible valorisation. Même les bouteilles ne sont pas chères, car cette gamme-là va de 4 à 8 euros, ce dernier prix pour un rouge ayant subi un élevage en barriques et ayant au moins 5 ans d’âge !

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Quand je regarde les étiquettes de cette gamme de vins (surtout les rouges) j’ai du mal à y voir une identité visuelle, tant le graphisme et les couleurs semblent y être accumulés pêle-mêle. On dirait une collection de flacons de 5 domaines différents ! Les vins ont cependant une vraie personnalité, parfois un poil rugueux (tannat en malbec obligent), mais toujours d’une parfaite netteté et dans une expression sincère qui force l’admiration. J’ai beaucoup aimé le très vif vin doux produit avec du petit manseng récolté en novembre à 19° naturels dans le millésime 2014. Sa très belle équilibre dépend de l’acidité naturelle de ce cépage et la longueur est remarquable pour un vin de ce prix. La cuvée FMT 2012 (Fan de Mon Terroir), en collaboration avec le restaurant voisin l’Auberge de Bardigues, fait appel à du fer, du merlot et du tannat et donne un rouge assez intense, à l’accent rocailleux sur un fond suffisamment fruité. Mon rouge préféré lors de cette dégustation rapide était le Domaine de Thermes 2010, élevé en barriques de 2 ans. Je crois que l’assouplissement et l’aération progressive apporté par un élevage sous bois est bénéfique pour ces vins car j’ai trouvé les cuvées sans bois un peu trop anguleuses. Mais pas de bois neuf, et probablement des contenants plus grands. Mais on ne peut pas tout faire sur un petit budget.

IMG_7044La gamme est dominée par des vins rouges mais complétée par deux blancs et un rosé. On détecte une amélioration dans les étiquettes avec deux dernières additions à la gamme : les deux blancs.

 

Thierry et Dominique ont beaucoup de mérite. J’aime la franchise de leur approche, leur travail sincère et méticuleux et leur attachement à ce très beau site. Je souhaite que leurs vins trouvent des marchés plus étendus et que cela leur permette, petit à petit, à aller là ou ils veulent, probablement vers le haut car ils en sont très capables.

David Cobbold

(texte et photos)

Vingrau, le cirque et son tapis de vignes. Photo©MichelSmith


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Patrimoine viticole : Vingrau, mais quel cirque !

Trou de mémoire passager : comment dit-on déjà beau en langue catalane. Ne cherchez pas ! Je l’ai fait dans la foulée et simple comme bonjour, c’est bella. Et grandiose ? Simple aussi : grandios avec un accent aigu sur le « o » que je n’arrive jamais à placer. Mais lorsque l’on se veut arpenteur de vignobles comme moi, comment dire beau en catalan – ou en occitan d’ailleurs – en y ajoutant une forte intonation vineuse ? Là, j’ai la réponse sur le bout de la langue puisqu’il suffit de dire Vingrau ! Pas uniquement parce qu’il y a du « vin » dans ce mot, mais aussi « grau », gradi en latin, pour grade ou marche. En effet, la légende dit que pour accéder à ce cirque majestueux, il fallait, une fois tourné le dos à la côte, grimper les vingt grades (vingrau) du Pas de l’Escala, le col qui permet de dévaler en boucles jusque sur le village de Vingrau blotti juste en contre-bas. Plus de marches à gravir de nos jours, juste une belle route goudronnée qui serpente dans la garrigue allant jusqu’à ce panorama spectaculaire bordé de falaises dont l’à-pic est devenu la coqueluche des grimpeurs du monde entier. Il y a longtemps, dans les années 1988 je crois bien, lorsque j’ai été confronté pour la première fois à la beauté du lieu en montant par le camp de Rivesaltes et la pinède de Montpins, je fus littéralement espanté comme on dit à quelques kilomètres d’ici, de l’autre côté de la frontière invisible qui sépare les PO de l’Aude. « Putain, c’est grandiose ! » me suis-je esclaffé alors.

Vingrau, le cirque et son tapis de vignes. Photo©MichelSmith

Vingrau, le cirque et son tapis de vignes. Photo©MichelSmith

À chaque fois que je repasse le col de l’Escala, c’est la même sensation d’émerveillement. Pourtant, ce ne sont pas les sites viticoles qui manquent par ici : Tautavel, Cucugnan, Maury, La Tour de France, la route de la corniche au dessus de Banyuls et de Collioure, celle qui va de Calce à Estagel… on ne sait plus où donner des yeux ! Lors de ma dernière balade dans le village de Vingrau où plusieurs caves ouvraient leurs portes à la manière de ce qui se fait à Calce et dans tant d’autres villages, je me suis arrêté à la Cave coopérative, aujourd’hui mariée à celle de Tautavel. J’y ai goûté mon vin favori, Le Cirque, un Côtes Catalanes bouché vis qui ne coûte que 5 €. En blanc (Grenache gris, mais il existe aussi un Muscat), c’est pas mal du tout, en rosé aussi, tandis qu’en rouge 2014 (Grenache noir, Syrah, Carignan), j’ai retrouvé le petit vin de grillades que j’aime tant.

Le bel accueil... Photo©MichelSmith

Le bel accueil… Photo©MichelSmith

Au bout du village, chez Hervé Bizeul, j’ai été agréablement surpris par la droiture et la densité du rouge Côtes du Roussillon Villages Vieilles Vignes 2012 (25 €). Dans le même millésime et la même appellation, un Clos des Fées savoureux et très discrètement boisé, fort long en bouche (50 €), vinifié en partie en demi-muids de 500 litres et élevé en barriques neuves, révèle la quintessence d’un travail d’assemblage équilibré, là aussi à partir de vieilles vignes qui ne manquent pas dans ces anciennes Corbières du Roussillon.

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À côté, au Domaine de L’Edre, Jacques Castany et son épouse m’ont présenté leur Villages 2012 Carrément rouge d’une densité et d’une fraîcheur assez bluffantes (14,50 €). Un tour rapide au Domaine de L’Éléphant, chez Renaud Chastagnol, ainsi qu’au minuscule et nouveau Domaine du Bac (à suivre) où j’ai pu goûter quelques beaux vins : un rouge 2011 assez tannique et long pour le premier (45 €) et un superbe Côtes du Roussillon blanc 2013 pour le second (12 €). Enfin, je n’ai pu résister à me lancer sur le petit chemin qui conduit chez Alain Razungles, éminent professeur à Sup Agro (Montpellier).

Alain Razungles. Photo©MichelSmith

Alain Razungles. Photo©MichelSmith

Tout en enseignant, Alain ne s’est jamais séparé du Domaine des Chênes créé par ses parents. Il y vinifie des blancs extraordinaires au point que ceux-ci représentent près de la moitié de ses ventes, ce qui est assez unique dans le Roussillon. J’aime particulièrement l’IGP Côtes Catalanes Les Olivettes 2011 associant les macabeu au muscat d’Alexandrie : ample, gras, c’est un vin jouissif, bien structuré qui procure beaucoup de plaisir à l’apéritif et qui tiendra volontiers quelques années de plus. Je n’ai pas noté les prix, mais ils sont raisonnables et ne dépassent pas 10 €, départ cave bien entendu. Dans la même trempe, le Côtes du Roussillon Les Sorbiers 2012 et Les Magdaléniens 2011, laissent plus de place à la barrique ainsi qu’au Grenache blanc et au Macabeu. Ce sont des vins de pur plaisir.

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Dans la série des rouges, j’ai un faible pour le Villages 2011 Les Grands Mères. Mais j’en reparlerai un jour dans ma rubrique du Dimanche car le vin est pour l’essentiel composé de Carignan. Le Tautavel (un Villages) Le Mascarou 2011, Syrah, Grenache et Carignan noirs chacun présent au tiers, élevage en barriques anciennes, jouit d’un nez porté sur la finesse. Il réserve beaucoup de volume et de chaleur en bouche, est armé de beaux tannins et d’une remarquable longueur et peut encore tenir 5 à 10 ans (autour de 12 €). Le Tautavel La Carissa 2007, Grenache et Syrah en majorité, complétés par le Carignan et le Mourvèdre avec un élevage en barriques au quart neuves, a conservé lui aussi un nez magnifique, en plus de notes très concentrées (torréfaction), épicées et chaleureuses, sans oublier une grande longueur (près de 20 €).

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À noter qu’il y a dans ce domaine de 38 ha encore vendangé à la main et qui continue de livrer 30 % de sa production (jeunes vignes) à la coopérative locale, de fort belles affaires à réaliser en matière de Vins Doux Naturels dont un Rivesaltes ambré d’anthologie, sans parler d’un renversant Côtes Catalanes Rancio sec L’Oublié 1999, issu d’un Macabeu élevé sous voile en barriques durant 7 ans. Un vin d’une profondeur inouïe doté d’une belle mais forte amertume évoquant le rance de la noix verte. Cela faisait 10 ans au moins, depuis mon travail préparatoire pour mon livre Les Grands Crus du Languedoc et du Roussillon paru en 2005, que je n’avais exploré ce domaine exemplaire qui, non content de développer une gamme assez complète démontrant la spécificité de ce cirque naturel tapissé de vignes pour beaucoup très âgées, va chercher à maintenir haut le culte de la tradition qu’offrent les VDN. À commencer par le Muscat de Rivesaltes que j’avais oublié de recommander. Un vin représentatif de ce terroir argilo-calcaire largement recouvert de cailloutis et de galets roulés par endroits. Bien à l’écart du cirque de Vingrau, à 300 mètres d’altitude parmi les grès de la garrigue, Alain Razungles entretient aussi quelques parcelles qui donnent des vin de belle tenue.

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D’un côté les Corbières, de l’autre le Roussillon. Photo©MichelSmith

Ainsi va le Roussillon, d’un pas sûr. Comme Tresserre, Cassagnes, Saint-Paul-de-Fenouillet, Calce, Montner ou Latour-de-France, d’autres encore, Vingrau, petit à petit, rejoint la palette des villages vignerons. Ils l’étaient déjà du temps où la Maison Byrrh recherchait les degrés élevés du Grenache, mais ils le sont bien plus maintenant qu’ils vinifient et qu’ils mettent en bouteilles.

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Tenez, à force de rêvasser, j’ai oublié le plus fameux d’entre tous, Jean Gardiès, le plus talentueux aussi peut-être. Le gars est de Vingrau, mais pour une raison qui lui appartient, il n’exposait pas ses vins en cette fin Juin où le village ouvrait ses caves à grands renforts de flonflons et de guirlandes. Ce sera l’occasion pour moi d’aller lui rendre une visite plus approfondie une fois qu’il se sera tiré de ses vendanges. En attendant, si vous ne savez que faire ce week-end, prenez donc rendez-vous avec Alain Razungles ! Vous ne serez pas déçus du voyage et il vous indiquera même l’ancienne voie romaine qui traverse le vignoble près de chez lui. Ou, en longeant le Verdouble vers Tautavel et l’antichambre des Corbières, allez découvrir à la Caune de l’Arago, la grotte du plus vieil européen, à Tautavel, en même temps que la plus vieille incisive de France !

Quel cirque ce Roussillon !

Michel Smith

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Pendant que les parents trinquent, qui fait le clown ? Photo©MichelSmith


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L’autre pays du viognier

Un voyage au Sud de l’Ardèche a achevé de me convaincre: le viognier a trouvé dans cette région sa seconde patrie. 

On m’objectera peut-être que la première – les Côtes de Rhône septentrionales, et notamment Condrieu, n’est pas si éloignée.

Le Sud de l’Ardèche présente cependant des traits bien différents, et compte tenu de l’étendue du vignoble, plus divers. Géologiquement, nous quittons le royaume du granite pour une «marche» plus mélangée présentant des sols variés, tantôt acides, tantôt alcalins – grès, calcaires, marnes, galets roulés (et encore, je schématise, car entre les deux, il y a aussi une zone de basalte).

Côté climat, côté paysages et côté accent, on sent déjà la Provence.

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Ce qui frappe, dans les Viogniers d’ici, c’est qu’ils présentent pas mal d’acidité pour un cépage censé en manquer; c’est d’autant plus étonnant que les sols sont plutôt moins acides qu’à Condrieu.

J’appelle à la barre l’oeno-géologue Georges Truc : «Les blancs sont bien souvent plus acides sur calcaire que sur roches acides, comme on le voit à Châteauneuf du Pape ou à Gigondas. Nous touchons là à un phénomène qui relève de la physiologie de la vigne».

Quoi qu’il en soit, les Viogniers d’ici présentent un autre équilibre, une autre personnalité. La preuve par l’exemple avec six cuvées «in purezza», plus un assemblage.

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Cave de la Blachère Viognier 2014

Abricot, pêche, jus de raisin, quelques notes végétales et une belle amertume finale (pour ne pas parler de minéralité).

http://www.cave-lablachere.fr/

Domaine du Grangeon Viognier 2013

Christophe Reynouard, qui exploite ce domaine de 17ha en terrasses sur les hauteur de Rosières (Balbiac), a travaillé chez Georges Vernet à Condrieu; la boucle est bouclée avec ce viognier très fruité, à la matière fraîche mais pleine de sève; en finale, le fruit revient à plein paniers,  poire et pêche. Le grand coup de coeur.

http://domainedugrangeon.free.fr/

Importateur en Belgique: Bernard Poulet (Bruxelles)

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Domaine Salel-Renaud Quesaquo 2013

De la pêche et du magnolia au nez, mais aussi de jolies notes fumées; la bouche, relativement souple, mais grasse, tire vers les épices et le thé. Bel équilibre d’ensemble.

http://www.domainesalelrenaud.com/

Vignerons Ardéchois Terre d’Églantier 2014

Très beau viognier frais et vif, pêche abricot mais aussi menthe, herbe coupée jasmin.

Le 2013 est tout aussi réussi, tout aussi vif, un poil plus gras, peut-être. Vive la coopération quand elle produit de telles cuvées!

A noter également, dans la même gamme, mais en doux, l’excellent Viognier Vendange d’Octobre.

http://www.vignerons-ardechois.com/

Importateurs en Belgique: Maison Manigart (Arlon), Les Vignes Célestes (Milmort), Nicolas (Bruxelles, Charleroi, Liège)

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Michel Chapoutier Les Granges de Mirabel Viognier 2014

La maison de Tain l’Hermitage est présente au Sud de l’Ardèche depuis 1995. Le domaine a pris le nom du lieu dit : Les Granges de Mirabel ;

Est-ce l’altitude (350m) ou les sols volcaniques des Coirons, mais ce Viognier est non seulement expressif, comme on peut l’attendre de ce cépage aromatique, mais aussi assez vif, ce qui est moins courant.

Est-ce de la mirabelle au nez? En tout cas, du fruit blanc bien mûr, complété d’agrumes. La bouche est à la fois fraîche et pleine; tout est bien en place – c’est riche (mais l’alcool ne domine pas), c’est gras (un peu de miel et de coing viennent compléter le nez), mais pas mou. Même la pointe d’amertume en finale est bienvenue, elle relance l’intérêt des papilles de notre langue quelque peu… alanguie par tant de sensations.

http://www.chapoutier.com/

Importateur en Belgique: Delhaize

 

VIOGNIER MIRABEL

 

Domaine de Vigier Cuvée Mathilde 2014

Mangue, miel, fleurs séchées, fruits confits, le viognier ressort très bien.

La cuvée Inès (un 2013) séduit par son style très mûr – le nez est muscaté, on pense presque avoir affaire à un moelleux, mais non, la bouche est ample, mais indubitablement sèche.

Pour les promeneurs: le domaine se situe à Lagorce, dans la vallée de L’Ibie. Un très joli but d’excursion, d’autant que la cave est entourée de vignes. Une fois terminée la partie de kayak, ou les visites de grottes, laissez-vous tenter par une descente… de cave !

http://www.domaine-de-vigier.com/

Importateur en Belgique: Plaisir du Vin

 

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Mais le Viognier d’Ardèche se prête aussi aux assemblages: en voici un bel exemple:

Mas de Libian Cave Vinum 2014

45% de Viognier, 35% de roussanne et 20% de clairette

Quel beau nez ! Il est à la fois très floral (violette, lavande, genêt), et subtilement fruité (poire williams). La bouche, elle, est riche et épicée (cumin, verveine) ; avec une bonne acidité et une jolie pointe d’amertume pour couronner le tout, c’est sûr, l’assemblage fonctionne, le vin y gagne de la complexité mais sans qu’aucune partie ne perde vraiment son identité.

http://www.masdelibian.com/

Importateur en Belgique: Melchior Vins (Mons)

Libian

Flash back to the future

Après avoir failli disparaître (il n’en restait qu’une dizaine d’hectares dans les Côtes du Rhône septentrionales au début des années 1960), le Viognier, consolidé dans son fief de Condrieu, est parti à la conquête du monde ; la Californie (où on l’a un temps confondu avec la roussanne) et l’Australie sont ainsi devenues des producteurs importants de ce cépage. Leurs producteurs l’utilisent soient seul, soient en association avec la syrah (c’est le Rhône-Blend).

En France, l’Ardèche a été une des toutes premières régions à accueillir du viognier, dès les années 1980.

Cela n’engage que moi, mais ce cépage me semble présenter bien plus d’intérêt (et d’avenir) pour l’Ardèche que le Chardonnay, notamment boisé, qui singe la Bourgogne. Je crois qu’on appelle ça le style, à moins que ce ne soit l’identité.

Hervé Lalau

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#Carignan Story # 287 : Mas Gabriel en verticales !

Même dans la vie d’un humble amateur de vins, il y a des invitations qui ne se refusent pas. En affirmant cela, je ne pense ni à une garden-party dans un grand cru pour l’inauguration de chais rutilants avec vue panoramique sur l’estuaire de la Gironde, encore moins à une soirée parisienne, monstre et branchouillarde, pour marquer la sortie du nouveau guide pinardier que le monde entier nous envie.

Ici, pas de petits fours clinquants, juste quelques chaises pliantes, des crachoirs à partager, des rires, le tout dans une cave décorée de photos en noir et blanc de jazzmen phénomènes. Cela ressemble plus à un garage. Un entrepôt fourre-tout dotée de l’équipement le plus pratique et le plus utile nécessaire à la surveillance du jus de raisin transformé en vin. Rien de sophistiqué. Que l’essentiel, c’est à dire tout ce qui peut servir quand on a décidé que « faire du vin » serait l’achèvement ultime d’une vie à deux.

Photo©©MichelSmith

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Un saxo bien en vue dans un coin, deux ou trois barriques dans un autre, une table légèrement branlante, elle aussi pliante, et quelques verres posés là en attente d’une dégustation estivale qui sera suivie d’un dîner champêtre où chacun refera son monde dans un anglais des plus purs ponctué de bons mots à la française. Une entente cordiale en miniature. Cela se passe dans le Languedoc, province qui, comme sa voisine roussillonnaise, attire depuis longtemps déjà des vignerons venus de partout avec une envie placardée aux tripes, celle de faire des vins différents. Deborah et Peter Core sont de ceux-là, qui plongent dans l’aventure tête baissée, tels des artistes en quête d’inspiration qui seraient soudainement saisis par la foi vigneronne. Fait suffisamment rate pour être souligné, en moins d’une décennie, ils sont arrivés à se faire une réputation. Pas mal…

Deborah Core dans sa cave présente les vins avant la dégustation. Photo©MichelSmith

Deborah Core dans sa cave présente les vins avant la dégustation. Photo©MichelSmith

C’est ainsi qu’une fois de plus je me retrouve à Caux, au Mas Gabriel, à portée de vue de la haute marche cévenole, dans ce qu’il est convenu d’appeler le secteur qualitatif de Pézenas. Avant d’aller plus loin, ce qui est intéressant de souligner dans cette double verticale à laquelle j’étais convié en compagnie de Catherine Roque, vigneronne de Faugères, l’appellation voisine, et d’une poignée de journalistes et dégustateurs anglais, parmi lesquels Andrew Jefford, Rosemary George et Alan March, c’est qu’elle permet de dresser un premier bilan sur le travail d’un domaine où le Carignan noir, gris ou blanc constitue l’élément clé, l’ossature de l’histoire. Un domaine de taille modeste (6 ha), mais dont la cote ne cesse de grimper. Certes, le domaine en question n’est pas planté qu’en Carignan – une autre cuvée en rouge met en avant la Syrah tandis qu’en blanc le Vermentino fait son entrée avec une autre cuvée -, mais les Core s’amusent avec les vieilles vignes de ce cépage Carignan qu’ils ont été ravi de trouver en constituant leur domaine bio où les replantations se font en sélections massales. Chaque année les vignes sont nourries avec du fumier de vache histoire d’avoir un peu plus de rendement.

Andrew Jefford connaît déjà bien la région, comme Rosemary George en arrière plan. Photo©MichelSmith

Andrew Jefford connaît déjà bien la région, comme Rosemary George en arrière plan. Photo©MichelSmith

Une autre qualité relevée chez Deborah et Peter, qui furent parmi les premiers à adhérer à l’association Carignan Renaissance, c’est que quelque soit leur besoin d’avoir un peu d’argent pour faire vivre les vignes et la cave, ils s’imposent de mettre de côté une petite part de la production de plusieurs millésimes de chaque cuvé afin de pouvoir suivre leur évolution. Ainsi, ils commencent à voir où ils vont et s’amusent de raconter les petites galères inhérentes à chaque campagne. Un moyen d’avoir une trace de ce qu’ils font avec pour objectif de progresser dans leurs visions du vin. Je note aussi que s’ils adorent faire la part belle à un cépage, ils aiment bien compléter leur travail par un assemblage final, un peu à la manière d’un cuisinier. Outre un rosé que j’adore et qui est devenu rare (une parcelle de 35 ares vinifiée en pressurage direct) que les amateurs perspicaces purent acheter à 8 € départ cave au point de ne plus être en vente, nous avons attaqué par les blancs de la cuvée Clos des Papillons laquelle a toujours été composée à 95% de Carignan blanc (une pointe Viognier) jusqu’à 2014 où ce pourcentage est tombé à 85% afin de laisser un peu de place au Vermentino. À noter que dans le Carignan blanc, se glissent aussi quelques grappes de Carignan gris. Les vins sont fermentés et élevés à peine quelques mois en barriques d’acacia. À ma grande surprise, ce bois ne vient pas perturber ma dégustation.

Alan March est concentré. Photo©MichelSmith

Alan March est concentré. Photo©MichelSmith

Le 2014 m’offre un nez aérien porté sur l’élégance et la finesse, avec beaucoup de fermeté et de hauteur en bouche. Avec un tiers de bois neuf, beurré et grillé en bouche, le 2013 me semble moins marqué par l’acidité, mais cela ne l’empêche d’avoir une bonne longueur. S’il est souple en attaque, il termine sur la fraîcheur. Beaucoup de finesse au nez avec la venue du 2012 dont la robe est plus paillée. Pas de surprise avec le 2011 (grand millésime) qui impose son amplitude dès le nez marqué aussi par le bois. On a de l’éclat, une structure infaillible, de la densité, du sérieux et beaucoup de persistance. 2010, lui aussi est d’une grande beauté : nez fin délicatement fumé, saveurs salines et réglissées en bouche, gras et langoureux, bien accompli, il est lui aussi particulièrement long en bouche.

Photo©MichelSmith

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La cuvée Les 3 Terrasses est dédiée au Carignan noir vinifié exclusivement en cuve ciment. Au départ Carignan pur, les vins sont désormais associés à 30% de Syrah et de Grenache, à l’instar de ce 2013. Encore marqué par sa mise très récente, je le trouve charnu, poivré, mais pas facile à disséquer. Plus à son aise le 2012 fait figure de premier de la classe : nez hyper fin, densité et fraîcheur, c’est un vin complet que l’on peut commencer à boire. D’une élégance plus affirmée au nez avec de jolies notes fumées, le 2011 joue sur le minéral. En dépit d’une certaine tendresse en bouche, son caractère entier, sa structure aussi, me font dire qu’il ira loin. Le 2010 a une telle belle robe et une telle finesse (20% de Syrah) que je l’ai baptisé en anglais The smiling Carignan. Grande finesse d’ensemble, notes de raisins confits, beaucoup de chair, lui aussi peut tenir. Pur Carignan, le 2009 est assez fermé mais laisse passer quelques touches viandées pour s’ouvrir en bouche grâce à une belle structure, des notes épicées, de la fraîcheur et de la longueur. Un peu poussiéreux au départ, terreux aussi, je lui accorde pourtant ma note la plus enthousiaste pour son acidité bien présente mais conférant à l’ensemble une grande fraîcheur.

Michel Smith

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Deux jours chez Nicole et John en Minervois… Pas plus !

Deux jours seulement. Quarante huit heures pour partager les fruits d’un amour. Dérisoire ! Ridicule ! Un affront fait à Cupidon ! Autant pisser sur un feu de forêt !

Photo©MichelSmith

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C’est un peu ce que je me disais cet été lorsque je me trouvais face au flot d’invitations qui inondait au quotidien ma boîte mail, sans compter les réseaux sociaux auxquels j’ai eu la curiosité, ou la naïveté, de croire. Quand ce n’était pas via ma classique boîte aux lettres que m’arrivaient les suggestions de piques niques, découvertes tous frais compris (pas toujours remboursés d’ailleurs) d’un terroir, soirées débats sur les cépages autochtones, festivités en tous genres, feux de bois, fêtes à neuneu avec trucks gourmandes, lectures ou concerts au clair de lune, grillades, inaugurations de sentiers viticoles, salons du vin… Que faire d’un tel flot ? Choisir au hasard ? Tout refuser en bloc ? Y aller et s’emmerder ? Risquer sa vie entre les camping cars des juilletistes et aoutiens ? Ne favoriser que ceux dont on aime le vin à coup sûr ? Tirer l’heureux élu à la courte-paille ? Les initiatives pleuvent et le monde du vin me semble quelque peu détraqué tant il a soif de communication, de faire-boire et de faire-part.

Photo©MichelSmith

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Tout mettre en œuvre pour attirer le chaland. Et pourtant, je ne vends pas de vin, je ne suis plus qu’un journaliste dit honoraire et je me plais à croire que je n’ai pas la science infuse, quand bien même je m’autorise à donner mon avis ici et là. Merchandising, affichettes, flyers comme on dit de nos jours, du vigneron au caviste en passant par l’attaché de presse, journaliste de pacotille ou écrivaillon de blogs, tout est fait pour t’attirer dans les mailles du filet jusqu’à l’overdose. Beaucoup penseront en me lisant que j’ai une chance inouïe d’être ainsi sollicité. Peut-être, mais qu’attendent tous ces gens de mon éventuelle participation ? Se posent-ils au moins la question de savoir ce qu’un pauvre type comme moi, désabusé et retraité, va pouvoir transmettre comme message efficace dans l’opinion ? En réalité, il n’y a plus d’opinion. Reste un dévidoir inépuisable d’idées mâchées à la sauce bobo, idées largement reprises par nos ténors médiatiques. À l’instar d’un amour de 48 heures à peine, le temps du vigneron est furtif.

Photo©MichelSmith

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Que de certitude préfabriquée par ouïe dire, que de prétention affichée, que d’exhibition ! On veut du gratuit, du cheap, de l’esbroufe, du tape-à-l’œil ! Les cavistes ou prétendus tels vendent du pâté, des chips aromatisées et des biscuits à l’eau de rose aux côtés de leurs vins « naturels » ou similis. À l’inverse, les bouchers, charcutiers (quand il en reste…), pâtissiers, stations services, poissonniers, vendent du vin afin de compléter nos offres nous disent-ils en prenant le ton d’un diplômé en école de commerce. Et d’ailleurs, on n’achète plus du vin mais des quilles. On ne savoure plus, on boit – ou plutôt on glougloute – et on commente comme s’il s’agissait du son d’une vidéo porno.

Photo©MichelSmith

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Fort de ces démoralisantes constatations, j’ai sorti le grand jeu l’autre jour. Je me suis dit : « Allez hop ! Je plaque tout pendant deux jours et je vais m’immerger dans un vignoble en implorant un vigneron pour lequel j’ai de l’estime de m’inviter chez lui ». Oui, je reconnais : de ma part, c’est ignoble ! Force est de reconnaître cependant que ça marche presque à tous les coups. En Angleterre, je me souviens que l’on faisait du gate crashing pour rentrer dans les boîtes ou les parties privées. C’est un peu pareil. Même si, comme je m’en épanchais au début, la chose a un aspect frustrant. À la manière d’une histoire d’amour qui ne durerait que deux jours, on repart le cœur gros en se disant que l’on aurait aimé en vivre plus. Donc, profitant lâchement d’une randonnée festive et estivale sur le sol tout blanc de Saint-Jean-de-Minervois, j’ai demandé à mon ami Jean-Luc Bonnin de lancer un SOS Vignerons, un appel au peuple de la vigne et du vin. Nicole et John, du Clos du Gravillas, comme je l’escomptais, n’ont pas refusé et ont répondu présents.

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Nicole & John/Photo©MichelSmith

Je me retrouve donc chez les Bojanowski qui vivent en plein cœur du village, non loin de la distillerie artisanale. Ils m’ont installé dans l’ancien café qu’ils ont aménagé en gite. C’est peut-être mon côté voyeur, mais j’adore surprendre les vignerons ainsi, dans leur univers, simplement, en famille, les questionner plus intimement que si je le faisais pour une revue spécialisée. J’aime revivre leurs histoires qui, dans ma tête, deviennent matières à roman. Je me plais à les questionner sur tout et n’importe quoi. Toujours en dehors des repas, si possible tôt le matin, je demande à mes hôtes de me concocter une dégustation de tout ce qu’ils vendent… et plus si affinités. Le faire chez John et Nicole, tout juste 8 ha de vignes, rend l’exercice encore plus excitant car ces deux-là respirent le bonheur. Cela se remarque rien qu’en jetant un œil sur le croissant de lune qui chez eux devient symbole, ou sur la contre-étiquette : Nicole et John écrit en gros caractères, ou encore nous travaillons avec amour sur un terroir calcaire très caillouteux. J’aime cette spontanéité, cette décontraction et à la fois cette application, cette volonté affichée de bien faire.

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John Bojanwski/Photo©MichelSmith

J’attaque par les blancs…

IGP Côtes du Brian 2014. C’est du vieux Terret gris, copieux, opulent, vif, charnu (10 € départ cave). Emmenez-moi au bout… dit l’étiquette : je veux bien. Pas en deux jours cependant !

Minervois L’Inattendu 2014. Assez épicé au nez, ample, vivace, riche en matière et long, sur une finale très fraîche. Grenache blanc et Macabeu (17 € départ).

Côtes du Brian Mademoiselle Lilly 2013. De la vigne la plus haute du domaine, en souvenir d’un labrador décédé en 2007. Positionnement souple en attaque, puis dense et serré au point qu’il se goûtera mieux d’ici 2 à 3 ans (10 €). Roussanne et Viogner avec pointe de Grenache blanc, le tout vinifié et élevé en demi-muids autrichiens (Stockinger).

Muscat de Saint-Jean-de-Minervois 2013. Fin, dans la fraîcheur et la tendresse, c’est l’un des plus équilibrés et réguliers de l’appellation.

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Puis les rouges….

Côtes du Brian Sous les cailloux des grillons 2014. Notes de pain grillé, encore un peu bousculé par une mise récente, mais sympathique évolution en bouche avec de la fraîcheur en finale (9 €). Huit cépages, dont Syrah, Carignan, Terret noir, Cabernet Sauvignon, Cinsault, Mourvèdre

Minervois Rendez-vous sur la lune 2013. Carignan et Syrah réconciliés. Belle finesse au nez, fruité élancé en bouche, plaisir affirmé, droiture et structure, jolie finale (13 €). On est sur les cailloux, par sur la lune, et ça se boit frais !

Côtes du Brian Lo Vièlh 2013. C’est la cuvée spéciale du domaine, à partir de vignes centenaires. Un Carignan pur maintes fois évoqué dans mon Carignan Story, par exemple ici même en 2013, toujours assez fermé et austère au nez lors de sa prime jeunesse, que l’on sent dense et ferme en bouche en plus d’une fort jolie longueur sur une matière immense !

Photo©MichelSmith

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Michel Smith


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Summer shorts: Les Grandes Tablées + Veuve Clicquot – a major producer of Prosecco…..

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Just about a third of those at Les Grandes Tablées on Wednesday night (5th August)

Just about a third of those at Les Grandes Tablées on Wednesday night (5th August)

More diners @Les Grandes Tablées 2015

More diners @Les Grandes Tablées 2015

It was good to be invited to the 2015 edition of Les Grandes Tablées de Saumur-Champigny ten years after I was invited to the 2005 edition. Although it has grown enormously since then, the formula remains the same along with the friendly conviviality. Back in 2005 this was a one-day event now it is held over two days with all 6500 tickets sold out well in advance of the event.

As the 2014 edition had nodded towards Belgian cuisine, the Saumur-Champigny producers decided that in 2015 they should look across La Manche for inspiration.

I have to say that their interpretation of ‘classic’ British dishes was rather similar to a free jazz interpretation of a standard, especially the pork pie.

Part of the picnic with the 'interpretation' of a pork pie.

Part of the picnic with the ‘interpretation’ of a pork pie – slice of terrine (very tasty) and a separate piece of pastry.

Red fruits crumble

Red fruits crumble – much more authentic than the ‘pork pie’

François retired master baker now responsible for organising all the baking involved for Les Grands Tablées

François retired master baker now responsible for organising all the baking involved for Les Grands Tablées with a reviving glass of Saumur-Champigny

Not the 2010 as shown but the delicious 2014.

Not the 2010 as shown but the delicious 2014.

The 2014 Cuvée des 100 Saumur Champigny was the principal wine served during the evening and very delicious it was. However despite being very drinkable no-one amongst the throng of picnickers appeared to be drunk or at all disorderly.

Three  UK based wine writers blending into the background.

Three UK based wine writers blending into the background.

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Snap!: Veuve Clicquot and  Moneto Prosecco

Snap!: Veuve Clicquot and Moneto Prosecco

I am continually amazed by the amount of Prosecco that appears to be produced by Veuve Clicquot, which I had always understood to be a Champagne house and part of LVMH. UK supermarket shelves are now groaning with Prosecco flaunting yellow/gold/orange labels.

I can only assume that Veuve Clicquot have moved into the Prosecco market because of its current popularity. According to a study by Laithwaite’s, the UK’s largest mail order business, and published in The Drinks Business Prosecco is now the overwhelming choice for a marriage toast:

‘PROSECCO NOW WEDDING TOAST OF CHOICE

In the study, Laithwaite’s found that 63% of couples now toast their nuptials with a flute of Prosecco, compared to just 8% who raise a glass of Champagne.

According to Laithwaite’s, sales of the Italian fizz have grown by over 25% in the last 18 months, overtaking Champagne sales at weddings as far back as 2013.

English Sparkling wine is also giving Champagne competition, accounting for 5% of all sparkling wine drunk at UK weddings, with its popularity rising every month.’

UK supermarket shelf with an array of yellow/gold/orange labelled Prosecco

UK supermarket shelf with an array of yellow/gold/orange labelled Prosecco…oops I think there might be a Champagne amongst these but I can’t be sure – I’m so confused!

Ciro (right hand label) is not made by Veuve Clicquot instead by a small producer in Campania. Ciro received legal letters from Veuve Clicquot alleging that their label could be confused with Veuve Clicquot.  Moral of the story: Ciro should have called their sparkling wine Prosecco and presumably VC wouldn't have said anything.

Ciro (right hand label) is not made by Veuve Clicquot instead by a small producer in Campania. Ciro received legal letters from Veuve Clicquot alleging that their label could be confused with Veuve Clicquot.
Moral of the story: Ciro should have called their sparkling wine Prosecco and presumably VC wouldn’t have said anything.

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