Les 5 du Vin

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Côtes du Rhône Villages : Glorieuses #Découvertes !

Il y a quelques semaines, je me suis offert un break, pardon, une coupure.

C’était en Vallée du Rhône, région que je fréquentais jadis (il y a plus de 30 ans, déjà…) au temps de mes premiers pas dans le vin avec, il faut bien le dire, bien plus d’assiduité qu’aujourd’hui. J’y descendais souvent le plus naturellement du monde depuis Paris : Vienne, Tournon, Saint-Péray, Valence… la RN 89 n’avait alors plus de secrets pour moi et sur l’étroit espace qu’offrait le parking de Guigal, il y avait toujours une place de libre pour le visiteur, même sans rendez-vous ! Quant à Michel Chapoutier, aujourd’hui grand manitou de la région, je me souviens encore de son sourire un brin narquois lorsqu’il était au garde à vous dans le bureau Empire de son père, Max, et qu’il semblait nous dire : « J’en n’ai pas l’air comme ça, mais j’ai de grandes idées en tête. Vous allez voir, un de ce quatre, vous entendrez parler de moi » !

Michel Chapoutier, aujourd'hui Président d'Inter Rhône. Photo©MichelSmith

Michel Chapoutier, aujourd’hui Président d’Inter Rhône. Photo©MichelSmith

Cette partie septentrionale du couloir rhodanien, notre ami Marc s’y est attardé pour lui consacrer plus d’un article ces derniers temps. Tandis qu’il s’adonnait à la Syrah, au Viognier, à la Marsanne et à la Roussanne, je peaufinais de mon côté ma carte du Sud, histoire de m’offrir, grâce à la complicité d’Inter Rhône, trois jours de dégustations en Avignon à l’assaut des « Villages Crus » (appellation qui m’est propre) de la partie méridionale des Côtes du Rhône. Le tout dans le cadre de Découvertes en Vallée du Rhône, une bien nommée manifestation professionnelle entrecoupée en nocturne d’escapades diverses, variantes désormais qualifiées de off, histoire peut-être de coller à la réputation festivalière de la cité.

L'ami Marc Vanhellemont, dans les salons d'Avignon en compagnie d'un collègue belge. Photo©MichelSmith

L’ami Marc Vanhellemont, dans les salons d’Avignon en compagnie de Johan de Groef, son collègue belge d’In Vino Veritas. Photo©MichelSmit

Arrivé en Avignon, pour cette série de trois articles au moins, mon modus operandi est simple : par discipline, mais aussi par nécessité, il faut bien se fixer un programme, ne pas partir dans tous les sens comme un chien fou ce qui aurait pu m’arriver vu que nous avions des milliers de vins à notre disposition. Pour être efficace, j’ai négligé les clochers déjà embarqués dans un premier train qualitatif depuis la fin des années 60, comme celui des Côtes du Rhône Villages avec noms de communes que sont Séguret, Sablet, Cairanne, Roaix, Visan, Saint-Maurice, Saint-Gervais, Laudun ou Chusclan (voir la carte officielle), pour ne citer que ceux-là.

J’ai négligé aussi les villages passés crus à part entière comme Rasteau et Beaumes-de-Venise (qui l’étaient déjà avec leurs VDN), Vacqueyras, Vinsobres, Gigondas, crus qui tous briguent peu ou prou la notoriété d’un Châteauneuf-du-Pape.

Dans les murs d'Avignon, des milliers de vins à déguster ! Photo©MichelSmith

Dans les murs d’Avignon, des milliers de vins à déguster ! Photo©MichelSmith

Pour mieux cerner les choses et déguster sereinement, j’ai décidé de me concentrer sur les petits nouveaux, ces presque crus, comme je les appelle sans aucun mépris. Il s’agit de zones consacrées depuis une dizaine d’années, pour certaines, entre 2005 et 2012, par une appellation Côtes du Rhône Villages « avec dénomination géographique ». Ils ont pour noms Puyméras, Signargues, Massif d’Uchaux, Gadagne et Plan de Dieu.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Car il convient toujours de se méfier des excès en matière de vin. Bien souvent, une zone qui veut monter d’un cran sur l’échelle de la qualité va, à mon sens, bien trop vite. Et brûle les étapes en quelque sorte. Ne devient pas cru qui veut et il ne suffit pas de baguettes magiques pour y arriver. Trop souvent, on pense que monter d’un niveau permettra de vivre mieux en vendant le vin plus cher. Avant, on devrait se poser la simple question : sommes-nous capables de viser plus haut ? Est-ce que nous sommes prêts à nous forger une discipline, à faire des sacrifices, à nous imposer des règles strictes sous la forme d’un très exigeant cahier des charges ? C’est ainsi qu’il y a des crus communaux récemment sacrés (je ne les nommerai pas par charité chrétienne) qui n’arrivent pas à la cheville de crus déjà installés comme Gigondas, ou même Lirac, l’un sacré en 1971, l’autre en 1947. Ils restent tout simplement à un niveau Côtes du Rhône Villages et on se demande comment on a pu faire, à moins d’un appui politique très efficace, pour les pousser aussi vite vers le star system. Je voulais voir, plutôt sentir, s’il en était de même avec ces fameux et récents wagons à « mention géographique » qui composent le majestueux train de la Vallée du Rhône. Sont-ils aptes vraiment à se positionner face au grand portillon du paradis ?

Les méandres du vin font penser à ceux des malades des ruelles de la Cité des Papes. Photo©MichelSmithLes méandres du vin font penser à ceux des calades dans les ruelles de la Cité des Papes. Photo©MichelSmith

Mais avant toute chose, contrairement à ma réputation de mauvais coucheur, il me faut procéder à un coup d’encensoir. Tout arrive, et pour une fois, je ne ronchonnerai pas… Croyez-moi si vous le voulez, mais rarement la France viticole est capable de nous offrir des moments où tout se passe bien du début à la fin, où l’on a l’impression de travailler dans un lit de pétales de roses (a bed of roses), où tout est mis en œuvre pour que l’on puisse déguster dans d’idéales conditions. La dernière fois, c’était à Bandol en Décembre dernier. Cette fois-ci, en Avignon, les responsables d’Inter Rhône se sont montrés parfaits !

Un tel accueil, une telle opportunité, un tel professionnalisme sera difficile de rencontrer ailleurs. Peu souvent en effet une région viticole est en mesure d’organiser un événement aussi bien huilé qui satisfasse l’ensemble des éternels enfants gâtés que nous sommes, nous journalistes. C’est pourquoi, avant d’attaquer la dégustation dès la semaine prochaine, je tenais à vous recommander le site qui fédère l’ensemble de la Vallée : Vins-Rhône.com !

Michel Smith


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Cork and Skin Côntact Live!

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Cork waiting to be processed

Cork waiting to be processed

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Cork – a seemingly eternal debate
David’s tirade yesterday against cork provoked plenty of reaction. The debate, however, appears to be timeless – David could have written this 15 years ago! In the interim cork has tried to put its house in order with some success. My impression is that I come across fewer corked bottles when opening bottles at home than than I did. However, when judging at the Decanter World Wine Awards, the rejection rate remains unacceptably high.

As part of the Winelovers third anniversary celebrations in Portugal in February we visited an Amorim factory – one that I went to back in 2002. Clearly the company has spent a lot of money on new installations and technology to try to reduce as far as possible the problem of cork taint. What is very difficult to reduce is the variability of ageing that comes from natural corks each having their own individual character, so you end up with very different wines in a case. A variability that increases with age.

As we toured the Amorim factory I was struck by the sense of the amount of money and effort spent to try and overcome the natural imperfections  of cork. If screwcaps or other closures had come first and cork was the new kid on the block it would never have caught on. The fact that you have to wait for 50 years before a cork oak will produce cork of acceptable quality for a wine cork would surely be fatal even before the inherent problems of TCA were tackled.

We may well not yet have found the perfect closure and there may well always be possible improvements but cork is definitely not one of my candidates.

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Skin Côntact Live! 9th March 2015

Richard Hemming

Richard Hemming

Tim Atkin MW – the Jagger of South West London

Tim Atkin MW – the Jagger of South West London

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This was the first public gig of a UK wine band put together by Richard Hemming, who is one of the contributors to Jancis Robinson’s site. As well as Richard Hemming on keyboards, Alex Hunt MW (purchasing director at Berkmann Wine Cellars) played lead guitar, Ben Smith, Head of Communications at Concha Y Toro and formerly of 80s hitmakers Curiosity Killed The Cat was on bass, Matt James, founder of The Bordeaux Cellar and formerly of 90s indie band Gene on drums and Nick Bielak, director at Vinexus and Skin Côntact’s sax man. Anne McHale MW, wine education specialist at Berry Bros & Rudd, and Helen Chesshire, founder of The Chesshire Set, provided the backing vocals.

The band was fronted by a procession of celebrity singers: Tim Atkin MW, Charles Metcalfe, David Williams, Anne Jones, Ewan Murray, Lucy Britner and Joe Wadsack.

Not only was this a really fun evening but over £10,000 was raised for Wine Relief, part of Comic Relief. Although billed as a one-off it will be surprising, given the event’s undoubted success, that there won’t be further Skin Côntact gigs.

The event was sponsored by InterRhône.

Backing vocals from The Red Sisters

Backing vocals from The Red Sisters: Anne McHale MW and Helen Chesshire

Joe Wadsack

Joe Wadsack

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#Carignan Story # 266 : Et voilà t’y pas qu’ça mousse !

La carignanesque surprise est venue par le train (ou l’avion, je ne sais plus) de Bruxelles, grâce à notre ami et complice Marc Vanhellemont que je tiens à remercier ici publiquement. Débarqué à Perpignan pour un concours et une nuit autour du Grenache, il avait ce soir-là dans sa besace cette étrange bouteille à dégoupiller. N’étant pas un spécialiste de la chose brassicole, je me garderai bien de trop rentrer dans le domaine technique et j’invite d’ores et déjà Marc, comme Luc-Léon (private joke) d’ailleurs, à compléter ce que je vais publier ce Dimanche. Je leur demande aussi instamment de me corriger au cas où je publierais une grosse bourde. Une chose est sûre : Cantillon et Carignan font la paire : ce sont deux noms qui vont bien ensemble !

Photo©MichelSmith

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L’objet mousseux identifié provient donc de la Brasserie Cantillon, institution fondée en 1900 et devenue en quelques temps la championne des bières dites « naturelles » fermentées pour la plupart spontanément en fûts anciens (également en amphores !) à l’image d’une gueuze bio très appréciée des connaisseurs. Après avoir tâté du Riesling et du Chardonnay depuis pas mal d’années, après une bière au Pineau d’Aunis, voilà que la valeureuse brasserie Cantillon s’est essayée au Carignan dans le cadre d’une gamme dite Vigneronne. Ici, si j’ai bien compris, le moût est mis à macérer dans le lambic et cela donne une bière assez colorée à l’œil. Au départ, le nez est un peu dur, mais pas pour trop longtemps. Arrive alors une certaine touche de finesse qui se fait sentir avec l’apparition notamment de délicates notes de framboise. En bouche, l’attaque est douce, ronde et l’on est vite rassuré par une belle amertume que j’attribue naïvement au houblon (s’il y en a !), ce qui a pour effet d’ajouter une fraîcheur fruitée bienvenue assez persistante allant  jusqu’en finale.

Photo©MichelSmith

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Je ne sais trop comment marier cette bière au Carignan. Avec un jarret de veau ou de cochon ? Toujours est-il que dans l’ensemble, c’est une bien belle trouvaille qui me donne envie d’aller visiter la Brasserie Cantillon. Depuis le temps que je le dis, va falloir que je réserve mon train !

Michel Smith

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Découvertes en Vallée du Rhône 2015, Le Nord (2)

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Trois lieux dont un certes plus prestigieux, celui qui abrite les Hermitage. C’est par là qu’il est sage de commencer. Tôt, le lieu est encore désert, d’ici une petite heure la foule arrivera et nous, mon pote Johan et moi serons déjà ailleurs, heureux d’avoir dégusté dans un calme relatif.

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Une précaution supplémentaire, commencer par la Maison Chapoutier qui n’a pas peur de faire déguster sa gamme et qui se voit envahie dès le début de la matinée.

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Deux cuvées m’ont particulièrement plu, Le Méal 2012 en blanc et en rouge. Le premier offre un croquant agréable qui lui donne une jolie dynamique. Construit sur une assise minérale, il est aujourd’hui encore un peu strict mais plaît déjà, surtout si l’on tâte du bout des papilles sa densité, elle augure une longue durée.
Le second Le Méal 2012 rouge avoue une certaine suavité, ce qui peut paraître surprenant pour un Hermitage. Sachons que le coteau est exposé plein Sud, ce qui encourage cette maturité qui donne de l’ampleur au vin. Le fruit commence à bien s’y dessiner, l’épice se décèle sur la longueur.

Une belle entrée en matière; autant durant DVR 2013, les Hermitage m’avaient semblé durs, extraits et surboisés, autant cette année plusieurs se sont révélés à la fois puissants et élégants ajoutant de la gourmandise à leur conversation certes châtiée.

Delas n’est pas en reste et propose un Domaine des Tourettes blanc 2012 des plus délicats, finement ourlé d’une dentelle minérale à la fois sévère et onctueuse, elle plait d’emblée. En rouge, l’incontournable Les Bessards 2012 d’une délicatesse surprenante avec le côté tendre des 2012.

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Le Domaine des Remizières, avec sa cuvée Autrement 2012 (100% Syrah sur pur granit) offre à la fois austérité et rondeur, c’est bien du 2012. La cuvée Émilie 2013 se goûte mieux sur la longueur élégante et fruitée, avec une superbe mâche que sur la rondeur, l’angle tannique doit encore se civiliser.

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Le monde arrive quittons vite la salle Charles Trenet pour les Crozes de l’Espace Rochegude

Avec Les Marelles 2014 (40% Marsanne et 60% Roussanne), Gilles Robin  est particulièrement satisfait, pour lui «2014 est un très beau millésime en blanc, je n’ai eu aucun scrupule à le mettre rapidement en bouteille, tellement il est friand». Et d’une friandise à l’autre, son Papillon 2013 est une Syrah florale et fruitée, élevée en cuve qui se boit sans réfléchir.

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Yann Chave et Le Rouvre 2013 au nez floral poudré de cacao, le fruité noir de la bouche nous envoûte, sa fraîcheur nous laisse un manque dès la gorgée avalée.

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Franck Faugiel nous Esquisse en 2013 une cuvée succulente de fruit, mais la préférence va à la cuvée Les Galets 2012 Domaine des Hauts Châssis qui respire le lis et l’iris et nous macule les lèvres de jus de groseille et de cassis, nous pique le nez de quelques épices.

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Cap au Nord chez Laurent Combier ses parcelles les plus au septentrion de l’appellation, tendre et juteux aux notes fruitées délicatement fraîche, un vin à boire sans se casser la tête. Et puis, ne pas oublier de boire, oui boire un verre de Clos des Grives blanc 2014, c’est superbe et comme il n’y en a pas trop, il faut en profiter et laisser au gosier la marque veloutée de l’abricot bien imprimée.

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François Tardy, du Domaine des Entrefaux, nous allèche avec ses Champs Fourné 2014,  une espiègle gourmandise. Mais cette cuvée légère ne fait pas le poids devant Les Pends 2013, à la suavité surprenante pour le millésime. Réglisse et violette au nez comme en bouche semblent irrésistibles.

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En voiture pour rejoindre la salle polyvalente de Mauves où nous attendent Saint-Joseph, Cornas et Saint Péray

Vu le temps qui nous reste, il faudra faire des choix drastiques.

Les frères Gonon entament ce dernier round; un blanc, un rouge, on peut prendre le temps de déguster. Notre cœur est aux rouges cette année, le Domaine Pierre Gonon 2013 est une caresse tannique délicate grâce à l’enrobage des grains, cela fait comme un baiser de papillon qui dépose sur les papilles des gelées de baies rouges et noires.

 

 

 

 

 

Les Chailles 2013 Cornas de chez Voge dans lequel on s’attend à une charge tannique extrême, ici aussi leur maturité, leur finesse, tisse une soie de laquelle sourd un jus délicat.

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Jérôme Coursodon fait déguster sa gamme de 2013. Le premier, Silice, me semble étroit, le deuxième, L’Olivaie, apparaît serré serré (c’est pas une chanson ?) à attendre, le troisième devrait m’emmener au Paradis Saint Pierre et y réussit presque ample et profond il se parfume de prunelle et de griotte soulignées de réglisse. Un coup de Silice blanc et je reviens sur la cuvée similaire en rouge et c’est l’étonnement. L’aiguille de pin me fait un tapis pour mieux accéder au fruit, un fruité délicieux teinté de fleur et d’épice, je prends.

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Le temps s’est raccourci, il n’y a pas d’autres explications, restent juste quelques minutes pour  jeter notre dévolu sur Prémices 2012, chez les frères Durand; un Cornas friand à l’âme tendre qui se déguste avec le plus grand plaisir dès aujourd’hui, comme c’est le but de la cuvée,

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C’est parfait, encore un verre avant un grand verre de bière pour remettre nos papilles à zéro…

Ciao

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Marco


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Si on s’achetait le nouveau Galet ?

Non, à l’inverse de mes confrères fins observateurs de la chose publique et électorale, quand bien même son discours séduit nombre de vignerons du Vaucluse au Bas-Rhin, je n’écrirai pas un mot de plus sur le spectre de la blonde Marine qui bat la campagne d’Amalou-les-Bains à Vichy. Tout cela finira bien en peau de zobi… et la moustache de s’envoler définitivement.

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Ne comptez pas non plus sur moi pour raviver le facétieux débat entre anciens et modernes, entre jeunes et vieux, entre journalistes vrais et blogueurs faux. Pas plus je ne souhaite revenir sur l’impérieuse nécessité d’inventer un spritz à la bordelaise où la glace en pagaille, l’eau à profusion et la tranche d’orange même pas sanguine permettront, selon les plus fins stratèges du cocktail ciblé markétinge, d’écouler dans le plus grand snobisme inversé le vin mauvais auquel on a osé donner le nom de Sauternes ou de Barsac. Non, je ne dirai rien au passage des vins dits natures ou naturels. Rien non plus sur le vin nu ou habillé. Non, mille fois non je ne piperai mot du grand bal des dupes, celui des primeurs, qui bat son plein en ce moment entre Garonne et Dordogne. Promis, c’est niet : silence sur Prowein comme sur Vinitaly d’ailleurs. Encore rien sur le site de vente par correspondance des Vignerons Indépendants, sur Bettane & Desseauve, sur la Revefe, sur les commentaires fleuves et les frasques passées de l’ami Luc. Rien non plus (et c’est navrant), sur le dernier numéro d’In Vino Veritas, l’indispensable revue belge que tout le monde s’arrache. Trèves de balivernes. Même pas un mot pour notre chère Tunisie et ses vins, en particulier ceux du Cap Bon.

Dico Cepages

En revanche, ne vous déplaise, je dis OUI. OUI, mille fois OUI, un OUI franc et massif, comme disait le Charlie de Colombey, un OUI en capitales tant la chose qui va suivre me tient à cœur et me paraît importante, pour ne pas dire primordiale. Alors, OUI au crowdfunding  (je vous l’accorde, en cette semaine de la Francophonie, le mot est sans doute aussi barbare  que le triste spritz au sauternes; mais il désigne le  financement de masse qu’est censé engendrer le recours au service de la Toile)! OUI à un projet titanesque, OUI à un travail ambitieux, valeureux, courageux. Oui à la somme d’une vie entière consacrée à la recherche génétique sur les plantes qui composent notre univers viticole. Oh, je sais, je suis nullissime en bateleur de foire, nul à chier en téléshopping, bon à rien en sciences, mais nom de Zeus, misez donc, faîtes comme moi et beaucoup d’autres, pariez vos euros et qui plus est à votre guise, sur le succès d’un ouvrage nécessaire qui a grandement besoin de vous pour exister.

Le livre est prêt : y’a plus qu’à imprimer !

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Un homme, que dis-je, un monsieur, un savant, un ampélographe émérite célébré de par le monde, le Professeur Pierre Galet, de l’École d’Agronomie de Montpellier, a décidé au soir de sa vie – il est né à Monaco, il a 94 ans aujourd’hui – de consacrer toutes ses forces à la réactualisation de son Dictionnaire Encyclopédique des Cépages et de leurs synonymes avec près de 10.000 cépages en France et dans le monde. Cet homme, qui a déjà inspiré des ouvrages de vulgarisation aujourd’hui en librairie à des prix bien plus élevés, ne manque ni de modestie, ni d’humour. Un jour, il avait résumé les difficultés de sa science par cette phrase : la vigne est le premier vêtement utilisé par l’Homme. Souvenons-nous d’Adam et Ève, on ne sait toujours pas de quel cépage il s’agissait !

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Lors de ma dernière connexion au site Fundovino consacré au rassemblement des fonds, sur les 20.000 € nécessaires, 14.000 € avaient déjà été collecté, soit 70% de l’objectif. Nous sommes donc dans la dernière ligne droite puisque les Éditions Libre et Solidaire souhaitent pouvoir commencer l’impression en Avril. La livraison de l’ouvrage de 1.200 pages et 3.000 photos est annoncée à un mois après la réalisation de la campagne. En fonction de l’argent investi, de nombreux cadeaux sont prévus dont un poster de Rémy Bousquet. N’étant pas aussi riche que je le souhaiterais, j’ai pour ma part misé sur une formule intermédiaire : pour 85 € investis, je vais recevoir le livre dédicacé par son auteur ainsi qu’un indispensable marque-page collector que je placerai d’office à l’entrée du texte consacré… au cépage Carignan. Puis j’irai voir l’Aspiran, le Cinsault, la Négrette, le Vaccarèse, la Clairette, la Roussette, etc.

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Papy Galet, l’été dernier, en compagnie d’une belle admiratrice venue du Gers ! Photo©MichelSmith

Au cas ou vous ne seriez pas encore convaincu par mon invitation en forme de supplique, allez donc faire un tour sur le blog de mon ami Vincent Pousson : sa plume sera peut-être plus efficace que la mienne. Ce faisant, nul doute que votre argent sera bien placé. Sachez qu’en allant sur la plateforme Fundovino mise en place par des passionnés, vous pourrez acquérir l’œuvre de votre vie ! Qui sait, celle que vous léguerez peut-être à vos enfants, qui eux mêmes… allez savoir, grâce vous, un jour, deviendront Vignerons.

Michel Smith


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Je suis Bardo

Un deuxième billet aujourd’hui, pas pour le plaisir, non, mais parce qu’il faut que ça sorte; même si ça ne sert à rien.

Je vous ai déjà fait part ici de mon faible pour les vins de Tunisie, et au delà, pour ce pays. Il se trouve que j’ai visité le musée du Bardo à Tunis, il y a quelques mois. J’ai pu y admirer les merveilleux témoignages de la culture de la Tunisie, au fil de son histoire – numide, carthaginoise, romaine, byzantine, islamique… et notamment de sa viticulture, qu’illustrent de merveilleuses mosaïques, dans certaines salles.

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Une des très belles mosaïques du Bardo (photo H. Lalau)

Aujourd’hui, j’apprends que des terroristes viennent d’assassiner des visiteurs au sein même du musée.

J’aurais pu faire partie des victimes. Comme n’importe quel touriste, comme n’importe quel badaud, amoureux des belles choses, curieux des cultures différentes, de la diversité.

Je suis d’autant plus révolté que je sais à quel point la Tunisie a besoin de stabilité. D’ouverture. De touristes aussi, puisque le tourisme est un des moteurs de l’économie de ce superbe pays que j’ai appris à aimer. La nouvelle ministre du tourisme, Salma Elloumi Rekik, ne ménage pas ses efforts pour y parvenir.

Alors, quel gâchis!

Aujourd’hui, comme j’ai été Charlie, je suis Bardo.

A mes amis Tunisiens, je veux juste dire: tenez bon!

Hervé 


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Beautés crétoises (2)

Après les photos de la semaine dernière, entrons dans le vif du sujet: oui, il y a maintenant de très beaux vins en Crète. Le changement intervenu ces 15 dernières années est spectaculaire. Fini, les blancs oxydés, la pâle imitation de Bordeaux rouge (ah, le merlot trop mûr…). Non seulement la technique est mieux maîtrisée, mais cerise sur le gâteau, voici que les Crétois se réapproprient leurs cépages autochtones.

J’ai tout particulièrement apprécié le Vidiano, en blanc – et ce, dans tous les terroirs de l’île, ce qui semble bien prouver qu’il a du potentiel.

Et puis un assemblage original, en rouge: le Kotsifali et la Mandilaria. Deux cépages qui ne paient pas de mine – le premier n’a pas de couleur, le second semble souvent manquer de finesse; mais quand ils sont attelés, ces deux là peuvent donner des vins d’une élégance et d’une complexité étonnantes.

Voici ma sélection de vin, par région.

La Canée (Chania)

A l’ouest de l’île, Chania (alias La Canée) a été une cité minoenne, avant de devenir une place forte byzantine, puis vénitienne; au travers de toutes ces époques, elle a été le débouché de l’agriculture locale – du vin, mais aussi et surtout des agrumes et de l’huile d’olive.

La zone viticole proprement dite est plutôt très accidentée – si la mer est toute proche, les vignes se situent sur les contrefort des Montagnes Blanches. Historiquement, elle se distingue par le Romeiko ou Romaiko (le Byzantin), un cépage blanc à fort potentiel alcoolique,  longtemps utilisé pour la production de vins doux naturels.

Mais l’encépagement s’est fortement diversifié, tandis que le Romeiko est aujourd’hui vinifé également en sec, avec quelques beaux résultats.

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Dans les vignes de Nostos, avec M. Manousakis (Photo (c) H. Lalau 2015)

Doukakis Vidiano Lihnos 2014

Citron, mangue, une léger frisant, superbe salinité en finale. Vin bio. 15/20

Dourakis Malvazia Aromatica Kudos 2014

Un nez très expressif qui évoque le muscat, mais en plus délicat; du miel, de l’écorce d’orange, de l’amande fraîche; et en bouche, beaucoup de vivacité; du joyeux combat entre acidité et gras, c’est notre plaisir qui sort vainqueur, avec une finale assez saline. Un blanc de caractère! 16/20

Karavitakis The Little Red Prince 2013

Assemblage de Kotsifali et Mandilaria. Superbe fruit noir, beaucoup de fraîcheur en bouche, un peu de cuir; finale guillerette, saline et longue. 16/20

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Nostos Alexandra 2012

Syrah, Mourvèdre et Grenache de jeunes vignes. Un choix payant pour ce vin tout en fruité noir, tout en plaisir gourmand dans l’avant bouche, et d’une belle structure. Belle fraîcheur, aussi. 15/20

Karavitakis Liastos Romaiko 

Robe sombre, joli nez de noix et d’abricot sec, la bouche est dense, pleine d’impressions subtiles – épices, cerises à l’alcool, toffee…  et ça n’en finit pas. 17/20

Alexakis Mare de Candia White Blend 2014

Ce « blend » assemble Vilana, Assyrtiko et Vidiano. Il présente d’étonnantes notes de camomille, de citronnelle et de sureau au nez; en bouches, ce sont plutôt les épices du maquis qui dominent, apportant de la fraîcheur à une matière assez souple. 15/20

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Archanes et Péza

La zone de Péza (Département d’Héraklion) représente environ 70% du volume de vin produit en Crète. Seule une petite partie est vendue sous l’AOP Péza, réservée au seul Vilana, en blanc, et à l’attelage Kotisafali-Mandilaria, en rouge.

Ce même assemblage est utilisé pour les rouges de l’appellation voisine d’Archanes, qui se vante de posséder le plus vieux pressoir à vin d’Europe, au lieu-dit Vathipetro.

Paterianakis Melissinos 2014 Thrapsathiri Sauvignon

Pomme golden, pêche de vigne au nez, beaucoup de vivacité en bouche, c’est fluide, c’est pur. Très joli blanc qui remet à l’honneur une variété locale, le Thrapsathiri, ici assemblé au sauvignon. Vin bio. 15/20

Myliarakis Péza Single Vineyard  2010

Cerise, un peu de réglisse, jolis tannins, assez fluide, tout en élégance. Les 10 mois de fût sont assez bien fondus – un peu de rondeur, un peu de fumé, mais ni vanille ni caramel. Sélection parcellaire. 14,5/20

Myliarakis Malvazia 2014

Muscaté, abricot, raisin sec, un nez très intense, une bouche gourmande, quelques notes de miel, une légère amertume finale. A la fois ample et très long. Assemblage de Malvazia di Candia et Malvazia Aromatica. 15/20

Lyrarakis Kotsifali 2013

L’occasion de vérifier ce que le Kotsfali peut donner seul. Mieux que ce qu’on en dit généralement: beaucoup de fruit (griotte, fruit noir) et un peu de fumée – on pense à un pinot. En bouche, on part un peu plus vers la mondeuse ou la syrah. Comparaison n’est pas raison, ce cépage a ses qualités propres, en tout cas, quand il est bien vinifié. Plus sur l’élégance que sur la concentration en bouche, mais une très jolie finale réglissée. A boire frais. 15/20

Strataridakis Syrah Kotsifali 2013

Nez très fumé, cuir, résine, goudron; curieusement, après tous ces épices, la bouche est plutôt souple et presque délicate. Belle fraîcheur en finale 14,5/20

Mediterra Assyrtiko 2014 Kastelos

Nez de coing aux notes fumées, très belle structure, de l’ acidité mais aussi une sensation tannique originale pour un blanc. Bonne longueur 15/20

Rhous Winery Ekdosi 6e 2013

Une Syrah élevée 15 mois barrique, mais qui garde une incroyable fraîcheur. Au nez, un concentré de maquis crétois, de la lavande, du thym, de la sauge et pas mal de poivre; en bouche, de la menthe fraîche, des tannins bien enrobés, un peu de cuir et une final sur les fruits noirs et un petit côté salin. Encore très jeune 16/20.

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Stilianou Kotsifali Sundried

Le raisin sec, en Crète, on connaît. Certains appliquent toujours la recette… au vin. Le nez évoque la figue, le miel d’oranger et le cédrat confit; la figue revient en bouche, enrobe les tannins; en finale, le sucre et l’amer font un petit bras de fer et c’est le vainqueur s’appelle caudalie. 15/20.

Dafnes

Comme pour Peza et Archanes, tout ce qui est produit dans la zone de Dafnes n’est pas AOP Dafnes. Cette appellation, en effet, est réservée au cépage Liatiko (longtemps utilisé pour les vins dits « de Malvoisie »), et donc aux seuls rouges. Souvent chaleureux et sans beaucoup de complexité, ce ne sont pas ceux qui m’ont le plus plu. Je leur ai préféré les blancs (à nouveau de Vidiano) et les assemblages de Kotsifali, de Mandilaria et/ou de Syrah.

Douloufakis Dafnios Vidiano 2014

Avec 6 mois de fût neuf, on pouvait craindre le pire, mais non, les notes légèrement toastées et épicées (sauge) se marient très bien avec le fruit jaune au nez et en début de bouche, puis c’est une jolie amertume qui prend le relai. 14/20

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Douloufakis Dafnios Dafnes Liatiko 2012

Exception à la règle, ce Liatiko-là m’a intéressé. Un nez très fumé, très cuir, un côté rustique en bouche, des tannins prononcés, mais une certaine élégance au-delà de l’alcool, il m’a séduit par sa différence. Vin d’amateur. 14/20

Magarakis Vidiano 2014

Au nez, un grand panier de pommes jaunes et de pêches bien mûres; la bouche, en contraste, surprend par sa vivacité. Comme si la charpente acide ressortait sous les rondeurs du fruit. Excellent Vidiano. 15/20

Diamantakis Diamantopetra 2012

Syrah et Mandilaria. La robe est très sombre, le nez épicé, plein d’herbes du maquis (basilic, sauge, immortelle); la bouche nous offre des tannins très fins, très suaves, mais aussi beaucoup de fraîcheur ; le bois est très bien fondu. 15/20

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Zacharias Diamantakis (Photo (c) H. Lalau 2015)

Diamantakis Vidiano Assyrtiko 2014

Un assemblage intéressant que celui de ces deux cépages des iles, c’est gourmand au nez (abricot, fleurs blanches, camomille), mais c’est surtout très riche en bouche, avec une belle note de salinité pour raviver le tout. Ici aussi, l’emploi du bois est superbement maîtrisé. 17/20

Idaia Yz 2010

Fruit noir, tapenade; en bouche, des tannins sévères mais justes. Belle présence, belle longueur.Kotsifali 70%, Mandilari 30%. 14,5/20

Idaia 2014 Vilana

Un des rares Vilana qui m’aient vraiment intéressé lors de ce voyage. Pas très complexe, mais direct: nez de pomme verte et de citronnelle, un poil de levure de bière, une acidité moyenne, une fraicheur renforcée par un poil de gaz, de la salinité, j’ai pensé à un bon Picpoul de Pinet – allez savoir pourquoi. 14/20

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Stelios Zacharioudakis (Photo (c) H. Lalau 2015)

Zacharioudakis Vidiano 2012

Pomme jaune, poire, coing, bouche suave, le bois est bien fondu, la finale puissante (14,5° Alc). 15/20

Zacharioudakis Orthipetra 2008

Un concentré d’herbes aromatiques au premier nez, un soupçon de poivre, d’épinette et de mûre; en bouche, un peu de cuir, des tannins bien présents mais civilisés, longueur impressionnante. Un grand vin. Encore une réussite de l’attelage Syrah-Kotsifali. 15,5/20

J’aurais scrupule à ne pas parler ici des autres trésors de l’agriculture crétoise que sont l’huile d’Olive (notamment les AOP Peza et Sitia), le miel, les tomates, les agrumes, les raisins secs, les fromages (selliano, anthotiros, graviera…), la viande d’agneau, les herbes aromatiques  – sans oublier le marc, ou Tsikoudia.

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Avec toute la méticulosité dont les Suisses sont capables, Alexandre Truffer analyse les vertus du Tsikoudia de Rethymnon

(Photo (c) H. Lalau 2015)

Le secret du régime crétois, c’est de les utiliser tous, et dans des formes les moins transformées possibles, et accompagnées de vin. Il paraît que cela fait des centenaires, à ne savoir qu’en faire… Comme disait Ferrat.

Les Crétois eux-mêmes sont bien conscients de ce trésor gastronomique qu’ils ont hérités des générations passées. Ils ont ainsi fondé une association, le Culinary Institute of Crete, dont le but est de mettre en avant la cuisine typique de l’île, tant auprès des touristes que des autochtones. Un travail qui n’a rien d’archéologique, puisque l’Institut délivre un label aux établissements les plus méritants.

Si vous avez l’occasion de passer des vacances en Crète, ne manquez pas d’en profiter.

Par ailleurs, bon nombre de restaurants grecs en France, en Belgique ou en Suisse sont tenus par des Crétois. Il n’est pas impossible qu’ils proposent les vins de leur île à leur carte. Essayez toujours, et dites m’en des nouvelles!

IMG_5709Et pour finir en beauté… (Photo (c) H. Lalau 2015)

Hervé Lalau

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