Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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Rhône : Montirius, en quête de Minéral

Comme souvent en ce moment, le voyage commence dans l’allégresse matinale sur cette route là. Fuir le bureau et les soucis de la vie. Avec, au début, pour seules perspectives, d’étranges sculptures dues à l’érosion. On appelle ça des orgues. Une sorte d’allée buissonnière partant de la cathédrale (simple église en réalité) d’Ille-sur-Têt qui va me permettre une fois de plus de grimper à l’assaut du Fenouillèdes.

En route vers Trilla... Photo©MichelSmith

En route vers Trilla… Photo©MichelSmith

Un peu plus haut, ne pas oublier de ralentir pour négocier les virages aveugles tout en profitant d’échappées inédites et spectaculaires sur la Canigou. Une partie de cachecache : tantôt les Corbières et sa vigie (Quéribus), tantôt le Golfe du Lion esquissé dans son lointain brumeux. Route étroite vers la fin du parcours, parsemée de cistes, de bouquets d’immortelles, de lavandes et de thyms entre autres plantes identifiables par l’ignorant botaniste que je demeure en dépit de toutes ces années d’errements dans l’intrigante garrigue pierreuse qui fait la majeure partie de nos terres du Sud. En fermant les yeux, on pourrait se croire aussi bien dans l’arrière-pays de Montpellier, sur les contreforts des Cévennes gardoises ou encore sur ces chemins chantants et parfumés conduisant à la muraille rocheuse à qui l’on donne le joli nom de Dentelles de Montmirail. Comme ça tombe bien !

Les Dentelles. Photos©MichelSmith

Les Dentelles. Photos©MichelSmith

Si je pense à ces Dentelles malgré la distance qui m’en sépare – au bas mot quelques 350 kilomètres – c’est que j’arrive bientôt au but de mon déplacement pépère. Je suis en vue du minuscule village de Trilla jadis cerné de vignes et c’est là que m’attend une dégustation de Montirius blanc, un domaine justement situé au pieds des fameuses Dentelles. Trilla, c’est le lieu d’échouage d’un couple que j’adore tant pour son hospitalité que pour l’acharnement qu’il déploie à faire découvrir ce lieu paisible qui mérite plus d’une excursion. La chose est encore plus visible lorsque les habitants se plient en quatre pour leur fête locale, cette année le 18 Juillet, doublée d’une formidable exposition vivante consacrée au Vieux Cépages, où les vignerons d’ici et d’ailleurs, viennent partager leurs productions et faire goûter qui leurs vieux carignans, qui leurs terrets ou leurs œillades. Une journée de concerts improvisés, de dégustations à tout rompre, de pique-niques sauvages, de rires déployés auxquels je me joins volontiers. C’est pour bientôt donc, et inutile d’insister pour vous dire que nous comptons sur votre présence.

Le cailloux responsable du goût dans le vin ? Photo©MichelSmith

Le cailloux responsable du goût dans le vin ? Photo©MichelSmith

Flyer verso 15

Le couple en partie responsable de tout de tohubohu autour du vin n’est autre que celui formé par Mechtild et André Dominé débarqués d’Allemagne il y a 30 ans. Lui est un journaliste et écrivain spécialisé dans le vin et très actif dans son pays d’origine, elle est saxophoniste amateur dans une troupe de copains, jardinière émérite, conseillère municipale et reine de la couture entre autres passions. Ensemble, ils vous reçoivent chez eux avec les égards que l’on doit aux vrais amis, dans la décontraction la plus totale. Ce jour-là, André avait manigancé une dégustation verticale autour d’une cuvée-phare du Domaine Montirius, connu pour ses vins en biodynamie d’appellation Gigondas (rouges) mais aussi pour ses Vacqueyras (blancs, rouges, rosés). C’est dans cette dernière AOP qui ne compte que 3% de vins blancs que se construit la cuvée Minéral du domaine, à partir de vignes de garrigues, un assemblage de grenache blanc, roussanne, d’un côté, bourboulenc (50%) de l’autre, le tout sans élevage bois. Mais vous en saurez beaucoup plus en allant sur l’excellent site proposé quatre lignes plus haut. Quelques bons camarades assistaient à la dégustation qui s’est déroulée en silence, les nez plongés dans de sublimes verres Lehmann créés pour les rouges par le sommelier Philippe Jamesse.

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Je ne vais pas rentrer dans le débat sur la minéralité – cela risquerait de nous mener trop loin -, mais sachez tout de même que ce mot s’est imposé aux propriétaires du domaine au fur et à mesure qu’ils goûtaient les vins de cette cuvée au tirage moyen de 5.000 exemplaires par an. On attaque la remontée dans le temps par un petit blanc de mise en bouche de 2014, La Muse Papilles, sur le fruit et la fraîcheur, pas très long en bouche, mais bien agréable dans le sens où il va aiguiser mon palais. Le premier vin de la série Minéral est un 2014 qui se veut très fin au nez dans le registre pierreux et grillé. Nette clarté en bouche, de la luminosité, de la hauteur, matière serrée mais pas étriquée, pointe de salinité et une finale proche de la peau du raisin.

Les dégustateurs. André Dominé est le seul pieds nus. Photo©MichelSmith

Les dégustateurs. André Dominé est le seul pieds nus ! Photo©MichelSmith

Question plaisir immédiat, le 2013, bien articulé sur la fraîcheur et l’éclat, nous offre un nez plus ouvert sur le pierreux de la garrigue avec une touche florale qui évoque un buisson de genêts au mois de mai. Le vin paraît aussi plus long en bouche. Avec le 2012, la robe semble plus dorée, tandis que le nez s’affine encore sur le même registre calcaire de la garrigue. La rondeur est plus présente, la longueur un peu moins (mais ce n’est qu’une impression, me semble-t-il), alors que la finale se dessine sur des notes assez complexes de miel de garrigue et de tarte meringuée au citron, l’ensemble me paraissant bientôt prêt à boire.

Prêt pour la verticale. Photo©MichelSmith

Prêt pour la verticale. Photo©MichelSmith

Le 2011 donne de manière inattendue une impression d’évolution. La sensation de minéralité est moins aigue, plus glissante, plus fluette et quelque peu saline, du moins à l’attaque en bouche. Puis on a un aspect moelleux (non sucré) qui prend le dessus, des notes de paille, ainsi qu’une légère lourdeur alcoolique jusqu’en finale. Le 2010 offre une robe soutenue, plus dorée, tandis que le nez est plutôt fermé, discret. Sensationnel en bouche, le vin a une matière imposante, une grande persistance et une fraîcheur qui surélève le vin, le portant bien haut vers une finale parfaite quelque peu gironde. Le vin a de quoi tenir et je lui donne ma meilleure note, soit quatre étoiles. 2009 ne démérite pas en dépit de son nez évolué proche de la cire d’abeille. Très épais en bouche, un poil lourd au début, il se redresse vite pour monter en puissance vers de jolis sommets de complexité et de longueur. Magnifique finale, il obtient lui aussi quatre étoiles bien qu’étant plus musclé que 2010.

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Il a fallu deux bouteilles pour venir à bout d’un étrange 2008 à la robe ambrée. Impression décevante et même liégeuse sur la première bouteille ; pas de grand intérêt avec la seconde, c’est un millésime qui semble à part, sans grand complexité, ni grand chose à raconter. À moins que quelque chose ait flanché à la vinification ou à la mise… 2007, renoue avec une belle blondeur de robe. Le nez a un peu viré vers la réglisse et quelques notes lactiques. Certains le voient large et floral, je le sens pour ma part non dénué de fraîcheur, mais plus sur des notes de zeste de citron en rétro-olfaction, tendu et tannique, tandis qu’il est bien long en bouche. 2006 livre une robe dorée assez classique. Il semble assez fermé et dur. Peut-être qu’après une mise en carafe… Reste que s’il est mieux noté que 2008, il déçoit quelque peu.

Les dégustateurs à l'ouvrage. Photo©MichelSmith

Les dégustateurs à l’ouvrage. Photo©MichelSmith

Tout change avec le millésime 2005 : on retrouve une tonalité presque juvénile, sans trop de reflets cuivrés. Le nez s’offre avec grâce : épices, boisé, garrigue, tabac blond… C’est dense et bien épais en bouche, volumineux, heureusement marqué par un bel éclat de fraîcheur et, comme toujours, assez persistant en bouche avec une finale fraîche qui laisse une belle impression de jeunesse. Il fait partie des trois vins notés quatre étoiles. Ce n’est pas le cas de 2004, robe évoluée, quelque peu orangée, que je n’ai pas bien noté pour un goût que j’ai trouvé caramélisé mais qui a intéressé d’autres dégustateurs.

La cuvée Minéral au fond du verre. Photo©MichelSmith

La cuvée Minéral au fond du verre. Photo©MichelSmith

Trois millésimes bien notés donc, pour ce qui me concerne avec, dans l’ordre : 2010, 2009 et 2005. Preuve s’il en était besoin de souligner ce qui fait désormais partie de mon crédo : au grand dam de certains spécialistes qui persistent à croire le contraire, nous sommes de plus en plus nombreux à remarquer l’énorme potentiel qualitatif des terres et des cépages blancs dans le Sud de la France. Que cela plaise ou non, du Roussillon à la Corse, en passant par le Languedoc et la Provence, le grand Sud prouve de plus en plus qu’il est capable de produire de prodigieux blancs, les meilleurs étant bien soutenus par une belle acidité. Quand on constate les prix démentiels de la plupart des vins de Bourgogne, et la difficulté que l’on a à se procurer les meilleurs d’entre eux, il me semble qu’il est grand temps pour un amateur de tourner son regard vers le Sud (sans oublier la vallée de la Loire)  où de grands blancs sont en devenir dans des cadres à couper le souffle.

Michel Smith

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#Carignan Story # 280 : Ça se boit bien !

Mieux, le Carignan que j’ai bu l’an dernier dans un restaurant de Perpignan, La Cuisine des Sentiments, où la carte des vins fait l’effort de sortir des sentiers battus, ne manquait ni de douceur, ni de structure, ce qui est somme toute une des qualités premières du Carignan vinifié avec soin à partir de beaux raisins. Celui-là, du Domaine La Beille, était signé Agathe Larrère et Ashley Hausler. Il s’agissait d’un valeureux Côtes Catalanes (IGP) 2013 certifié AB (bio), originaire de Corneilla-La-Rivière, là même où Luc Charlier a sa cave et vinifie « le plus beau Carignan du monde », selon un certain Michel Smith qui en a bu des vertes et des pas mûres depuis qu’il est installé dans le Midi.

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Une fois en bouche, le vin m’offrait un large et radieux sourire avec des tannins chaleureux mais doux. Malgré ses 14,5° de teneur en alcool, il glissait bien dans mon gosier, s’accordant au passage avec mon agneau, laissant une structure fraîche et gentiment poivrée. Je crois me souvenir que sur table il dépassait de peu les 20 € et, croyez moi, je n’avais nullement l’impression d’avoir été volé dans la mesure où le vin remplissait le rôle de compagnon de table que j’exigeais de lui. J’ai même pu emporter le fond de la bouteille pour le finir tranquillement chez moi. Un signe qui ne trompe pas : le vin se boit, donc il est bon !

Michel Smith


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Tourisme : l’exemple de l’abbaye des vignes

Il y a des choses en vieillissant qui m’horripilent, tels ces trois mots à la base ou cette autre expression qui fait fureur Quelle tuerie !, ou bien encore l’adverbe clairement placé au début de chaque phrase. Comme pour ça fout les poils en parlant d’un concert émouvant. À cela, j’ajouterai volontiers un dernier ça me fout les boules pour rejeter ces quelques tics qui s’incrustent peu à peu de manière insidieuse dans le langage courant. Ce n’est pas nouveau, je sais. Je me souviens que du temps du twist à Saint-Tropez, pour draguer une poulette on lui lançait un martial tu me bottes histoire de l’emballer ! Faut-il accepter la fréquence de ces évolutions de langage qui nous bassinent d’un jour à l’autre ? Faut-il remercier Internet de nous enrichir ainsi de mots inutiles ? Bien sûr, tout cela n’est pas dramatique si l’on accepte le fait que notre langue est belle, mais vivante. Il n’empêche que j’ai du mal à m’y faire, tant il y a de mots comme ça, des barbarismes, qui ne passent pas. Comme œnotourisme, imaginé par des lumières technocrates pour remplacer des expressions plus simples et moins savantes telles que tourisme viticole ou vacances dans le vignoble, mais qui au moins signifient quelque chose au commun des mortels. Et pourquoi pas gastrotourisme pendant qu’on y est puisqu’on a déjà cyclotourisme ? Mon copain André Deyrieux en fait un bon usage, lui, de ce mot œnotourisme. En son nom, il a même réussi l’exploit de me faire déplacer jusqu’à Sète (voir mes articles des jeudis précédents) pour me convaincre du bien fondé de ce mot.

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Alors certes, grâce à Thau Agglo, on a vu des coquillages, l’eau limpide d’un étang, des barques de conchyliculteurs, d’autres d’ostréiculteurs, des villas sam’suffit, des dunes blondes, des légumes paysans, des poissons, des bouteilles et des vignes, mais on a surtout visité là-bas – revisité pour ce qui me concerne – un des plus beaux exemples de tourisme viticole dont le Languedoc peut s’enorgueillir : l’abbaye de Valmagne. Fondée en 1138, elle fut vite rattachée à l’ordre de Citeaux pour prospérer et se développer avec la construction d’une église romane aux dimensions et hauteurs d’une cathédrale forteresse doublée d’un cloître plus récent (restauré au XVIIème siècle) étonnement bien conservés. Dans l’église où la messe est encore parfois célébrée, le vin a sa place logé qu’il est en de grands foudres sous les ogives. Cet ensemble est d’autant plus inattendu et saisissant qu’il se dresse avec majesté au milieu d’un décor champêtre de cyprès, de champs de blés et de vignes. Je me dois de confesser que j’ai pris plaisir à flâner, hélas peu de temps, dans le conservatoire des cépages où le Carignan a sa place en même temps que le Monastrel, ainsi que dans le jardin médiéval et le potager de cette abbaye qui organise toutes sortes de manifestations nocturnes et culturelles où le vin a sa place, le tout à quelques lieues des horreurs du Cap d’Agde.

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Achetée en 1938 par le comte de Turenne, la propriété aurait pu céder aux sirènes des investisseurs de tout poil, mais elle a toujours gardé sa vocation viticole. Arrive le moment où il faut souligner la modestie de la famille qui s’investit et veille sans relâche sur ce trésor patrimonial du Languedoc. À la suite de ses parents, Philippe d’Allaines, que j’ai connu il y a plus de 30 ans quand il venait défendre son vin et tenter de le vendre à Paris, est un vigneron bâtisseur exemplaire. Il aime se présenter comme étant le cellérier de Valmagne en souvenir d’un truculent frère Nonenque qui a laissé un tel souvenir qu’on lui a consacré une réjouissante cuvée. Philippe est aidé de son épouse, Laurence, l’aubergiste de Valmagne qui utilise dans sa cuisine une grande part des fleurs et légumes du jardin.

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Depuis l’époque de ma première venue à Valmagne, au tout début 1990, les sols du cloître et de l’église ont été joliment refaits afin de mieux recevoir le public. Les arcs-boutants qui maintiennent les murs de l’église ont été consolidés et, outre les visites guidées et les séances de dégustations, avec beaucoup d’intelligence et d’astuces, la famille d’Allaines développe les initiatives pour animer les lieux. Dernière en date, la bière de l’abbaye élaborée dans une brasserie artisanale voisine, à partir de quatre qualités d’orge, d’avoine, de froment et, pour la partie aromatique, du houblon français et des fleurs de sureau. Avant d’aborder les travaux pratiques, afin de connaître les grandes lignes de l’histoire de Valmagne et de sa vocation viticole, je vous propose de visionner ce petit reportage réalisé dans la bonne humeur.

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Cette nouvelle visite – la troisième ou quatrième, à vrai dire depuis que je suis voisin du Languedoc – a été pour moi l’occasion d’une rapide dégustation de bouteilles ouvertes quelques heures auparavant par Philippe d’Allaines. Trois millésimes anciens de la cuvée de Turenne étaient présentés, sur des vignes (Mourvèdre et Syrah, principalement plantés en 1982) cultivées en biologie depuis 15 ans, comme sur l’ensemble du domaine (soit une soixantaine d’hectares), et dont une partie des vins séjourne un an en barriques. J’étais resté sur le souvenir d’un magistral 2003 goûté en 2008 à l’occasion d’un reportage sur les Grès de Montpellier (déjà !) dont cette cuvée est devenue l’un des fleurons. Ce 2003 était chaleureux, giboyeux, truffé, solide, serré et dense avec une finale persistante sur fond de menthe sauvage et de garrigue. À l’époque, le vin coûtait 11 € départ cave. Pas encore Grès de Montpellier, mais simple Coteaux du Languedoc, élevée en cuve ciment, la version 1988 se goûtait encore fort bien en dépit d’un incident sur un premier flacon trop pâle de robe et au bord de l’usure.

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Le 1989 se montrait beaucoup plus volubile et alerte : robe foncée, terre chaude au nez, il se faisait ample, riche en matière et très long en bouche. Avec le 1998, les notes de truffe noire s’affirmaient plus encore en rétro-olfaction avec de la densité, de l’amplitude et beaucoup de noblesse. Pour moi, il était l’égal de ce 2003 qui m’avait tant impressionné. Quelques années après mon dernier passage, je trouve que les prix sont restés sages puisque le 2012 de la cuvée Comte de Turenne actuellement en vente, mais non goûté, coûte 14 € départ cave. Quoiqu’il en soit, même en famille avec les enfants, ne manquez pas la visite cet été de cette chère Abbaye des Vignes !

Michel Smith

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Serendipitous Vinexpo

Désolé pour mon titre en anglais mais il n’y a pas de mot en français capable de rendre le sens de ce concept que j’aime tant : serendipity. Il s’agit du don, ou de l’occasion, de faire par hasard des rencontres  ou des découvertes heureuses. Ma journée d’hier, le première de l’actuelle édition de Vinexpo, s’est déroulé ainsi, en partie programmée, en partie au hasard des rencontres dans les multiples et interminables allées de cette gigantesque place de marché. Après une nuit assez courte (victoire du Stade Français en finale du TOP 14 oblige !) le matin fut consacré à ma participation en tant que juré a la coupe des crus bourgeois dans un millésime finalement séduisant (2012). Là je faisais équipe avec un jeune homme très aimable et enthousiaste de Taiwan, Paul Peng Wang, et le sommelier du restaurant le Chapon Fin à Bordeaux : un palais sûr.

IMG_6859Une des mes feuilles lors de cette dégustation qui consiste, pour chaque table, à éliminer des vins dans chaque série jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que 12 qui seront dégustés par un super-jury. Je ne connais pas encore le nom du vainqueur ce cette édition de la Coupe des Crus Bourgeois.

 

Cette opération avait lieu dans un château du Haut-Médoc, puis en voiture vers Vinexpo avec un très sympathique acheteur du groupe Casino avec qui j’ai fait connaissance. De suite, en entrant dans ce gigantesque salon, au premier stand en vue après l’entrée que nous avions pris un peu par hasard, je tombe sur un stand qui abrite un visage familier : Philippe Fezas du Domaine de Chiroulet, excellent et avisé producteur en Gascogne.

IMG_6867Philippe Fezas (à gauche) et Julien Ilbert. L’un est gascon, l’autre lotois. Les deux font bien et partagent un stand à Vinexpo.

 

Et, autre hasard (mais est-ce que cela existe réellement ?), il partageait son stand avec un très bon et créatif producteur de Cahors qui fait partie du renouveau de cette appellation qui m’impressionne tant. D’abord j’admirais les étiquettes de sa gamme avant de découvrir que le producteur est Julien Ilbert du Château Combel la Serre. Puis que le dessinateur des ces superbes étiquettes n’est autre que l’estimable Vincent Pousson, dont j’ignorais ces talents-là (voir photo ci-dessous). Et le rosé à gauche, appelé Causse, est un des meilleurs que j’ai dégusté cette année. Fait avec du malbec, c’est un vrai vin, très loin des tous ces pâles et maigres choses qu’on appelle maintenant « rosés de piscine » et qu’un ferait mieux de verser, justement, dans une piscine.

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Bien entendu cela s’est poursuivi par une dégustation de la gamme de chacun de ces producteurs, qui n’ai fait que confirmer, voir rehausser, mon opinion de leurs vins. Et, lendemain de finale de rugby oblige, cette dégustation s’est transformé en une millefeuille de commentaires sur les vins, d’une excellente casse-croûte et de discussions comme un jeu de billard à trois bandes sur le match de la veille, de la saison que ce match clôturait, du XV de France et sur autres considérations essentielles.

Après ces retrouvailles et découvertes (les gammes et derniers vins de deux vignerons cités), place à mes devoirs pour l’émission de radio auquel je contribue modestement chaque semaine depuis 11 ans maintenant sur la chaîne BFM Business (la seule radio en France qui croit à une émission consacrée au vin). Nous avons parlé dans cette émission produite en directe de Champagne, d’autres bulles du monde, des vins du Maroc, du Liban et d’Autriche, entre autres sujets et avec des intervenants de ces pays.

Sortant de là une paire d’heures plus tard, non sans avoir dégusté un magnifique blanc de blanc 2002 qui sera prochainement mis sur le marché par Lanson, je tombe d’bord sur une ancienne élève, jeune femme chinoise qui travaille maintenant pour Bettane & Desseauve et qui me salut avec grand enthousiasme, ce qui me désempare. Puis, un peu plus loin, au détour d’une allée, sur un stand de vins de Nouvelle Zélande, tous issus de petits domaines indépendants qui sont importés en Europe par une dame qui fait aussi du vin là bas, du nom de Gabrielle Simmers. Une heure de dégustations plus tard, au moment de la fermeture des portes, je repars avec deux bouteilles de jolis vins pour récompenser les amis qui m’héberge à Bordeaux, dont un superbe Pinot Noir de North Otago. Le producteur s’appelle Valli et la cuvée Waitaki Vineyard 2012. Et voici un lien vers la page fesse de bouc de la dame qui a réuni une gamme large et qui comporte des vins intéressants, dont le meilleurs ne sont pas toujours les plus chers.

https://www.facebook.com/SalmanazarNZ

Tout cela est peut-être d’une banalité affligeante pour ceux qui fréquentent les salons de vins, mais je ne me lasse pas de cette manière de pouvoir faire son boulot tout en ayant la possibilité de parfois (et même souvent) s’amuser, apprendre, découvrir ou retrouver des gens, des saveurs, des horizons différentes. C’est cela serendipity. Et c’est pourquoi j’aime Vinexpo.

David Cobbold


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#Carignan Story # 278 : Carrément provençal !

Il vient du pays des Coteaux d’Aix-en-Provence. Mais comme souvent, en pareil cas, il ne peut revendiquer pleinement son origine vu que le Carignan, qui vit pourtant un réel renouveau et qui a jadis occupé une place de choix en Provence, a été excommunié ici comme ailleurs sans autre forme de procès. Résultat, le flacon arbore le doux, poétique et très patriotique nom de Vin de France. Fort heureusement, dans cette pratique de plus en plus usitée afin de palier à la connerie avérée – oui, c’est une bêtise irréparable que de vouer aux oubliettes de l’histoire un cépage qui ne vous veut que du bien -, on trouve des vins « réfugiés » à qui l’on donne le droit d’asile en leur accordant l’identité du cépage en plus de l’affichage de  leur année de naissance. Tout cela est hypocrite au possible, sachant qu’en cliquant sur un moteur bien connu, le nom de la propriété, Château de Calavon, en l’occurrence, apparaîtra nous permettant instantanément de localiser la véritable patrie de ce vin, de lui redonner une sorte d’identité. Alors, sonnez les fifres et chantez les cigales, voici venir le Carignan de Provence !

Photo©MichelSmith

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Carrément Carignan, donc. Vignes de 50 ans. Pur jus de 2013. Terre assez caillouteuse cultivée en agro biologie, depuis 5 générations dans la famille, les Audibert. Aujourd’hui, c’est Michel, cheveux au vent, qui s’atèle à maintenir la réputation de Calavon. Le tout à deux pas de l’ancienne Nationale 7, à 20 bornes d’Aix et 15 de Salon, dans la bourgade de Lambesc que certains n’hésitent pas à qualifier de petite Venise aixoise, non loin d’un fameux golf où, vers la mi-septembre, Michel Audibert patronne le Trophée Château de Calavon. Manque plus qu’à vous communiquer le prix de la bouteille pour être complet : 25 € départ cave.

Michel Audibert Photo©MichelSmith

Michel Audibert. Photo©MichelSmith

J’entends déjà les reproches de mes collègues fauchés comme les blés : même bon, le Carignan vaut-il ce tarif ? Pourquoi pas… Ce n’est pas le prix d’une place de concert d’une « artiste » sortie fraîchement d’une télé-réalité, ni celui d’une place « correcte » de finale de rugby. Alors, bon le vin ? Il l’est plus que bien des vins « chers » des appellations locales, Coteaux d’Aix, Luberon ou Baux, sachant qu’il est plus onéreux que certains carignanistes de la Vallée du Rhône toute proche. Ce qui en choquera plus d’un encore, c’est d’apprendre qu’il a été vinifié en macération carbonique puis élevé un an en cuve inox. Oui, c’est un fait : le vin est souvent d’autant plus bon qu’il a été mis en cuve raisins intacts et grappes entières.

Photo©MichelSmith

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Cela ne me surprend pas d’ailleurs puisque le brave vieux Carignan est tout à fait adapté à ce genre de vinification. L’avantage étant que le fruit (cerise/prune) est évident au nez, même si l’on devine aussi des notes boisée et épicées qui évoquent la garrigue. Tout ici s’affirme en finesse. Y compris au bout de 5 jours d’entame et de garde au réfrigérateur, la bouche est toujours aussi ferme et dense, structurée par une belle acidité, une fraîcheur qui s’inscrit de facto dans la trame du vin. On a tout juste une pointe d’amertume en finale, rien de bien dérageant cependant. Cela provient probablement d’une extraction tannique un chouïa trop poussée qui s’affiche encore plus lorsque l’on reprend la bouteille quelques jours après l’ouverture. Attendre encore un an ou deux pour que tout cela se fonde serait peut-être de ma part un conseil judicieux.

Photo©MichelSmith

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Si j’étais à votre place, je mettrais ce vin en carafe (non qu’il ait besoin d’un décantage, mais plus d’une aération) une ou deux heures avant d’en faire le cru du dimanche. Il n’y a rien de plus beau qu’une cave ventrue bien calée, inclinée, sur un lit de glace dans une grande soupière en porcelaine. Le proposer autour de 14/15° sur un bel oiseau : une bécasse, par exemple, un pigeonneau rôti avec une sauce légère au genièvre, ou un petit canard aux cerises, voire aux coings ou aux petits navets.

Michel Smith


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Les Meilleurs Blancs du Monde !

S’il n’en existe pas UN, peut-être en existe-t-il plusieurs. Certes, voilà une affirmation bateau. Trêve de plaisanterie et parlons de ces blancs attachants qui fleurissent sur les bords du lac Léman. De ces Chasselas qui sans prétention, sans en jeter, finissent par vous charmer.

Copie de Mondial du Chasselas 2015 (88)
Le Chasselas, un cépage sans intérêt…

Avant de rejoindre le concours qui leur alloue quelques médailles, j’étais comme beaucoup d’entre nous, des plus dubitatifs. Pour moi, Chasselas vaudois, Fendant valaisan, Pouilly sur Loire et Gutedel germanique, pour ne citer que les plus courants, n’offraient guère d’intérêt. Il a fallu un Suisse opiniâtre, voire deux, pour m’obliger à ouvrir les yeux, le nez et la bouche, sans toutefois aller jusqu’aux supplices moyenâgeux. Bref, de me convaincre de participer au Mondial du Chasselas.
J’en suis à ma deuxième participation et compte bien récidiver encore quelques années.

Mondial du Chasselas 2015 (62)

Le Chasselas, un cépage délicat

Le Chasselas n’est pas un cépage qui se donne facilement. Il faut en déguster une flopée pour en reconnaître toutes les subtilités. Il faut aller le chercher, l’amadouer pour pouvoir le séduire. Alors il sort de sa retenue et vous charme.
Le Chasselas c’est tout le contraire d’un Sauvignon qui vous en jette tout de go…
Pourquoi ne pas l’avoir compris plus tôt ? Simplement parce que les Chasselas rencontrés étaient issus de ces productions à gros rendements, vendus frisants et sans âme. Il en existe toujours, qui sont, pour reprendre la comparaison avec le Sauvignon, son parfait opposé. Quand ce dernier se farde à l’extrême, l’autre devient des plus insignifiants. Mais les assembler serait gâcher son temps.

Le Chasselas vieillit

Ce n’est pas parce qu’il offre peut d’acidité et que son pH est un peu haut qu’il ne possède aucune aptitude au vieillissement. La preuve, cette sympathique verticale du Clos du Rocher à Yvorne qui nous a plongé jusqu’à un plus de 30 ans en arrière (ndlr: à ce propos, notons que le domaine embouteille le clos sous capsule depuis 1990 – 25 ans de bons loyaux services qui prouvent que ce bouchage est tout à fait adapté aux grands blancs à potentiel de vieillissement. Et qu’on ne nous parle pas de la magie du « plop »: sur les trois vins bouchés liège, un était affreusement bouchonné – une belle moyenne!).

Mondial du Chasselas 2015 (97)

Clos du Rocher 2014

Un pet de CO2 pour un nez très floral et une bouche minérale, il a la facilité de la jeunesse qui masque aujourd’hui son potentiel.

Clos du Rocher 2008

Un éclat de silex qui embrase les fruits confits teintés de fenugrec, il se prolonge sur les épices, mais finit avec une pointe de sécheresse.

Clos du Rocher 2002

Le millésime n’a pas été catastrophique partout, le Vaudois s’est réchauffé au soleil et offre un caractère affirmé, une matière dense aux épices délicates et un envol floral des plus élégants.

Clos du Rocher 1998

L’âge lui apporte une complexité nouvelle où une amertume raffinée vient rafraîchir la bouche emplie de fruits confits bien épicés.

Clos du Rocher 1994

Très minéral, il garde un reliquat de carbonique voilé d’un léger fumé. Une pointe acidulée de gelée de citron soutient le développement fruité.

Clos du Rocher 1984

Peut-être le vin le plus complet de la série. Très confit, il évoque l’abricot sec, la chips de mangue, la gelée de poire, le tout bien relevé de poivre blanc et parfumé de livèche. Ici, la fraîcheur provient de l’impression iodée aux accents salins.

Clos du Rocher 1982

La cire d’abeille domine le nez comme la bouche et lui donne bien son âge. La tension minérale lui assure une excellente fraîcheur. Les fruits jaunes tel l’abricot sec et la pêche au sirop nous procure un réel plaisir buccal proche de la suavité.

Mondial du Chasselas 2015 (93)

Le Chasselas se prête aux différents contenants

Nous l’avons dégusté des Chasselas en cuve, en foudre et en barriques usagées, ce qui correspond aux usages traditionnels de vinifications et d’élevage. Plus récemment, quelques vignerons se sont procurés des œufs et des amphores. Les encaveurs, voire toute la Suisse, confondent les deux. Les premiers sont des contenants originaux construits avec un liant béton au taux de sable argileux important qui favorise la respiration du contenu. Les seconds sont des dolia appelé partout amphore et fait de terre cuite.
Les Chasselas vinifié et laissé dans ces contenants jusqu’à 8 mois offrent une structure plus ferme et un caractère plus affirmé, les deux soutenant avec plus de précision le dessin aromatique. Ce qui est intéressant, vu que la Chasselas n’est pas un vin qu’on peut appeler aromatique.

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Bref, avec la concours et ses deux matinées consacrées à la dégustation, suivi de visite chez les encaveurs, notre connaissance du cépage s’est trouvée bonifiée.
Le challenge avait cette année lieu dans la magnifique château d’Aigle, tout au bout du Léman. J’y étais avec l’un des 5 qui pourra aussi vous en parler avec ses mots…

Mondial du Chasselas 2015 (61)
Ciao

Suisse mondial chasselas 2015 010
Marco


6 Commentaires

Quand efficacité rime avec qualité : l’exemple autrichien

J’ai exprimé récemment sur ce blog, lors d’une série d’articles sur la région autrichienne de Styrie, tout le bien que je pense d’une partie des vins de ce pays. Je reviens d’un autre voyage dans ce pays, qui fut concentré sur la région de Burgenland. Ce voyage m’a permis d’apprécier, une fois de plus, la remarquable intelligence, la qualité organisationnelle et la compétence générale de l’organisme chargé du marketing et de la communication de l’ensemble des vins d’Autriche. Je dois dire que je ne connais aucune autre inter-profession ni agence de communication ayant une charge si large qui arrive à la hauteur de l’Austrian Wine Marketing Board (AWMB). Il faut dire qu’ils ont des moyens, mais il n’y a pas que cela….

 IMG_6837l’entrée d’une ferme viticole en Burgenland

 

Nous, journalistes traitant du vin, sommes régulièrement sollicités pour tant d’événements liés à notre métier que nous pouvons effectuer des comparaisons autant entre les organisateurs qu’entre les vins qui nous avons à déguster. Nos jugements sont forcément variables et nous avons tous, je pense, nos préférences parmi les inter-professions ou agences qui ont la charge de nous informer et d’organiser visites, conférences, salons, dégustations, etc., afin de faire connaître et mieux comprendre les vins des producteurs, régions ou pays concernés. Ces préférences sont basées sur nos expériences, mais aussi sur nos sensibilités individuelles, tant de telles opérations sont soumises à la loi du maillon le plus fiable.  Oui, car un détail négligé, un document mal rédigé ou une information qui manque peuvent facilement gâcher toute ou partie d’une impression chez quelqu’un un peu exigeant ou ayant un minimum d’expérience dans la filière vin. Et je ne parle pas là de notre confort personnel lors d’un voyage, bien que cela peut aider à mettre dans de bonnes dispositions pour recevoir les informations disponibles. Personnellement je me moque pas mal des grands repas dans des restaurants chics, surtout s’ils durent des heures : ce n’est pas mon truc. Les hôtels de luxe, je m’en moque aussi. D’autres peuvent y être sensibles. En revanche, l’absence d’une connexion wifi efficace dans un hôtel peut m’agacer.

 IMG_6845Portugal ? Non, c’est en Autriche, au même lieu que la photo précédente

 

Qu’est ce qui assoit, selon moi, le très haut niveau de compétence de l’AWMB que j’ai cité en exemple en introduction et qui est le sujet principale cet article ? Si les vins d’Autriche ne représentent que 1% de la production mondiale, ce pays est quand-même riche et bien organisé. Cela aide! Il a aussi une âme artistique affirmée avec une culture riche. Et les autrichiens ont un sens d’humour, comme le prouve Willi Klinger, qui dirige cet organisation et qui dit « nous sommes très forts en Autriche, car nous avons réussi à faire croire à pas mal de monde que Beethoven était autrichien et que Hitler était allemand « . Mais tout cela ne suffit pas à garantir la réussite d’un voyage de presse. On dit que le diable réside dans le détail. Si je regarde les détails du voyage auquel j’ai participé il y a une semaine, il y a avait non seulement un programme très alléchant, intelligemment conçu et avec de nombreuses options pour les 165 participants, mais un soin extraordinaire apporté dans les détails, que cela soit dans le domaine de la logistique ou de l’information. Et le tout mis en musique avec une gentillesse et une réactivité de la part des équipes en charge qui force le respect.

 IMG_6851un bâtiment de chai avec une belle charpente « bateau » sur la frontière avec l’Hongrie

 

Vous avez bien lu : il y avait 165 journalistes ou autre professionnels du vin dans ce voyage, et ils venaient de très nombreux pays différents. Accueilli à l’aéroport par une voiture et conduit à un hôtel à Vienne (qui détient, il me semble, la seule appellation contrôlée de vin de tous les capitaux européens), je découvre une série de documents dans un sac dédié. Rien d’exceptionnel vous me direz.

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Mais voyons ces documents. Très peu de bla-bla : Une lettre d’accueil qui explique l’intendance et qui donne un numéro de « hotline » dédié 24h/24 ; un plan de Vienne avec l’implantation des hôtels et lieux concernés et, des tickets de transports en commun pour se rendre au dîner/dégustation de départ, ainsi qu’à celui de la fin, ou bien se balader dans le capital ; un dossier de presse très complet sur les vins d’Autriche  ; des dossiers sur différents sujets d’actualité avec des statistiques à jour ; et une série de carnets de dégustation qui correspondaient aux options de voyages que j’avais pris. Tous les dossiers, et d’autres informations, se trouvaient aussi sur une clé USB. Il y avait aussi une étiquette très solide pour ma valise et le programme détaillé. Pour illustrer l’attention au détail, un mot sur les carnets de dégustation, dont ci-dessous un exemplaire (c’est le grand cahier pour la dégustation finale dont je vous parlerai aussi).

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Chacun avait une reliure en spirale, ce qui facilite grandement la manipulation des pages, et une place sur la couverture pour y inscrire mon nom (il m’arrive d’égarer mon carnet et de perdre ainsi mes notes). Chaque carnet à thème comprenait une récapitulation de l’ensemble du programme et des cartes des vignobles concernés. Les vins à déguster y étaient tous listés dans l’ordre des différentes dégustations, ainsi que les vins servis lors des repas, le tout regroupé sous des en-têtes qui permettait de vérifier qu’on était sur la bonne page et dans la bonne série. Pour chaque vin, outre un espace pour ses notes, il y avait un numéro de référence, le nom du producteur et de la cuvée, le cépage, le millésime, le % alcool, le grammage en sucre résiduel et la zone de prix (moins de 10 euros, 10/20, plus de 20….). Les menus de chaque repas y figuraient aussi, ainsi qu’en annexe, les adresses de tous les producteurs dont on pouvait déguster les vins et un rappel des principaux statistiques de l’Autriche et de la région visitée, plus un commentaire sur les conditions de chaque millésime récent.

Created with Nokia Smart Cam

avant la dégustation (photo DC)

Quant au voyage lui-même, qui a duré en tout 3 journées pleines plus la soirée d’accueil, il était riche, instructif et parfaitement organisé. On pouvait, à chaque étape, parler avec quelques vignerons présents. Il y avait aussi des visites de lieux culturels, comme, dans le cas du circuit que j’avais pris, le musée archéologique de la ville romaine de Carnutum ou du palais Esterharzy, et chaque fois une dégustation organisé dans le lieu en question. Bien sur il y avait quelques heures de bus, mais les distances n’y sont pas énormes et les routes impeccables. J’ai beau chercher, je ne trouve pas de défaut à ce voyage. Avoir une connexion wifi dans les bus serait un plus, une sorte de cerise sur le gâteau.

Created with Nokia Smart Cam

la dégustation des 100 grüner veltliner (photo DC)

Les deux derniers événements ont formés une sorte d’apothéose. De retour à Vienne vers une heure de l’après-midi de mardi, nous attendait, au Palais Niederösterreich au cœur de Vienne, un très bon déjeuner/buffet avec des produits simples mais de qualité, puis, au rythme de chacun, car on pouvait enter et sortir quand on voulait, une grandiose dégustation (assise) de 100 vins du cépage roi d’Autriche, le blanc grüner veltliner. Imaginez une immense salle de l’ère des Habsbourg, remplie de longues tables à 6 places avec leurs chaises posées en rang d’école de part et d’autre d’une allée centrale. A chaque place correspondait un numéro et on disposait d’une pile de cartes sur lesquelles on inscrivait son numéro de place et le numéro de la série (flight) de vins qu’on souhaitait déguster. On tendait la carte en l’air et quelqu’un venait vite le récupérer. Une ou deux minutes après, un serveur arrivait avec les vins dans un sac à compartiments, numérotés et, bien entendu, à température.  On pouvait déguster, si on le voulait, jusqu’à 24 de ces séries qui comportaient entre 3 et 6 vins. J’ai eu le courage d’en déguster 16 issus des différents groupes, car les séries étaient ordonnés en 4 groupes stylistiques : « jeunes et élégants », « vins de réserve, puissants », « grüner à maturité » (millésimes plus anciens) ; « innovant et sauvage » (en gros, ces trucs qui correspondent plus ou moins aux vins dits « nature »).

 BeethovenWilli Klinger déguisé (remarquablement) en Beethoven. Roll over Ludwig !

 

Pour la dernière soirée, une belle fête  dans les jardins (avec possibilité de repli dans les salles du palais) du Palais Schönburg, avec plein d’autres vins, des tapas de qualité, de la musique de l’époque du bâtiment pour commencer, mais qui a évolué ensuite vers des choses plus modernes. Nous sommes 200 ans après le Congrès de Vienne, ou Talleyrand a exercé ses talents d’une manière remarquable pour sauver le France du désastre provoqué par le petit corse. Du coup l’équipe des organisateurs s’est déguisé en tenues de cette époque et Willi Klinger à trouvé les temps de me trouver un déguisement en Duke of Wellington. Quelle promotion !

 

Quelles leçons peut-on tirer de tout cela ? L’équipe de AWMB est dédiée, importante et bien formée. Elle gère toute la communication collective sur les vins d’Autriche, aussi bien les opérations à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Elle a un effectif permanent de 22 personnes, plus une filiale de 8 personnes qui s’occupe d’aspects logistiques, comme l’expéditions d’échantillons (concours, salons, opération à l’étranger), voyages, hôtels etc. Les personnes avec lesquels j’ai eu à faire sont tous bien formés (WSET 2 minimum, et souvent 3) et parlent au moins deux ou trois langues. Elles sont disponibles et aimables et comprennent les préoccupations et contraintes de nos métiers. Elles aiment le vin et savent travailler bien en équipe. Voilà quelques ingrédients. Si vous n’avez pas la possibilité d’y aller un jour, visitez au moins ce site : http://www.austrianwine.com/ ou rendez-vous sur le stand autrichien à Vinexpo.

Quant aux vins que j’ai dégusté, rouges et blancs, je vous en parlerai les deux semaines prochaines.

David Cobbold

texte et photos, sauf la dernière, car un Duke ne porte pas d’appareil photo, n’est-ce pas ? Duke of Ellington ?

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