Les 5 du Vin

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Moi aussi j’étais à La Livinière et j’ai reçu un Bôjô Nouvô

À La Livinière, le vent du Nord, plus froid et plus fort que la Tramontane, tentait d’arracher les dernières feuilles aux vignes. Nous, nous étions ballotés comme les nuages gris et bas par les bourrasques. Un temps à rester au coin du feu à refaire le monde autour d’un verre. À la place, nous avons fait une verticale au Clos des Roques. Les Gastou voulaient nous démontrer que leur Mal Pas – le lieu-dit où nous prenions le vent – avant avait une réelle capacité à vieillir. Étonnante fraîcheur du 2003, millésime qui d’habitude ne survit que par son excès d’alcool et de tanins. A conseiller, également, le 2005, le 2010 et le 2015.

Le lendemain, le vent ne s’était pas calmé, mais les grisailles et l’humidité avaient fait place au soleil. Un soleil froid certes, mais quelle belle lumière! Elle faisait chatoyer le rouge des vignes de Carignans qui se détachait du camaïeu ocre pâle des Syrah et des Grenache. Une autre verticale au Domaine Faîteau, la cuvée Gaston de 2006 à 2015, nous a montré l’évolution qualitative des vins, comme la veille au Clos des Roques, d’ailleurs. On se dit que les 2015 seront meilleurs dans 10 ans que les 2005 aujourd’hui.

Déjeuner au Clos Centeilles avec les vins dégustés à l’apéro La Closerie de Félines 2014 Domaine Charpentier, le Mourel rouge 2015 de Jean-Luc Dressayre, L’Aldénien 2016 du Domaine Rouanet-Montcélèbre, La Cantilène 2015 du Château Sainte Eumalie et bien entendu, le Clos Centeilles 2012; rien à jeter, du fruit, de la structure ou de la gourmandise, c’est selon.

Nous partons ensuite pour le Château Maris – un peu extravagant, mais très sympa, où j’ai beaucoup aimé La Touge 2015 et pour terminer L’Oustal Blanc et sa Prima Donna 2014 succulente.

J’y ajoute quelques vins dégustés d’entrée, au hasard des dégustations et lors des dîners : le Château Cesseras 2014, le Domaine de la Borie Blanche 2014, Le Viala 2015 de Gérard Bertrand, la cuvée Sòmi 2015 du Domaine de la Senche, Le Champ du Lièvre 2014, La Féline 2015 de Borie de Maurel, Line et Laetitia du Domaine Piccinini, le Domaine de la Siranière 2013, le Domaine Lignières-Lathenay 2015.

Comme Hervé, je peux dire que cette fois-ci, j’ai beaucoup aimé les vins dans leur ensemble, bien plus qu’il y a deux ans lors d’un bref passage sur place pour déguster les Livinages.

 

Le Bôjô nouvô qu’il est bô!

 

C’est celui de Dominique Piron, d’un violacé profond, rubicond (le Beaujolais, pas Dominique), au nez à la fois floral et fruité, des résédas, des roses anciennes, de la violette et de l’iris, des mûres mélangées de griottes et de framboises. Parfums que l’on retrouve en bouche et qui maculent de leurs jus généreux l’étoffe tannique aux grains fins qu’on dirait un boutis d’organdi. Il était bien bon, mais très décevant… quant à la quantité! 75cl, c’est bien trop peu pour étancher notre soif gourmande.

« Vais déboucher kek chose, ça m’a donné soif », comme disait le regretté Jean.

Ciao

Marco

 


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La nouvelle Galice se teinte en rouge (volet 1)

Ces dernières années la Galice n’arrête pas de faire parler de ses vins, des blancs mais surtout et de plus en plus des rouges. La semaine dernière, Hervé nous a proposé deux excellents blancs du Ribeiro et de la Ribeira Sacra. Aujourd’hui, je voudrais vous faire partager la dégustation de rouges de « caractère » à laquelle j’ai participé jeudi dernier à « la Festival », caviste barcelonais d’exception.

C’est Malena Fabregat, spécialisée dans la distribution des vins un peu «spéciaux» du Portugal et de Galice, qui l’organisait. J’entends par là qu’elle déniche des petits producteurs, un peu en marge du système qui élaborent des vins d’auteur, j’emploie ce terme que je n’aime pas, mais qui dans ce cas s’avère juste : des vins à forte personnalité.

Antonio Portela est l’un d’eux; co-fondateur du déjà mythique salon «A emoción dos viños», il est venu jusqu’à Barcelone pour nous faire connaître la Galiza Tintada (la Galice teintée de rouge), avec ses fleuves et ses rias, et en laissant en arrière-plan les critères administratifs tels que DO ou autres. L’occasion pour nous de mieux connaître, un des territoires viticoles les plus diversifiés au monde, de comprendre le climat, les sols, les types de raisins, la culture du vin.

La Galice dispose d’une soixantaine de cépages rouges, c’est une région en pleine expansion en ce qui concerne cette couleur, et, nous n’en sommes qu’au début. Antonio distingue le goût atlantique venu des Rias, ce sont des vins frais avec une belle acidité, influencés par la mer, et le goût défini par le Miño, ce fleuve qui dans ces soixante-seize derniers kilomètres marque la frontière entre l’Espagne et le Portugal à l’intérieur – là les vins sont un peu plus ronds, plus corsés, avec un degré d’alcool un peu plus élevé.

L’idée, pour toute cette nouvelle vague de vignerons, est d’exploiter les différents terroirs, les différentes vallées, les différents cépages et les différents styles de viticulture. Déconstruire la Galice pour mieux la reconstruire, telle est leur ambition. Pour illustrer ses propos, et ceux de Juan Gonzalez, viñerón de frontera en Crecente, Baixo Miño (il fait partie de la lignée des « vignerons de frontière »), nous avons gouté onze vins de vignerons, qui sont en train de révolutionner le monde du vin galicien : des « stars», et d’autres qui le seront tôt ou tard.

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Antonio Portela et Juan González Arjones

Tinta Femia 2016, Antonio Portela, IXP Ribeiras do Morrazo. La tinta Femia est un clone du cépage caino redondo ; j’avais déjà eu l’occasion de déguster le 2015 au salon Simplesmente… Vinho BCN, et de vous raconter son combat pour faire reconnaitre une zone de Rias Baixas qui n’est pas rentrée dans l’appellation : O Morrazo, un vignoble implanté sur du sable, dont les cépages principaux sont en ce qui concerne les rouges : brancellao, caiño tinto, pedral, espadeiro, loureiro tinto, mencia y sousón. Elle bénéficie depuis septembre 2016 de l’IGP Ribeiras do Morrazo. Le 2016, a été égrappé à la main, foulé et fermenté dans des fûts de châtaigniers, comme cela se faisait traditionnellement, il n’est pas encore en bouteille. Il est très gourmand : on a l’impression de croquer du fruit frais, c’est un vin plein d’énergie, vibrant aux notes de laurier doté d’une finale saline et d’une belle acidité : il regorge de caractère, de fruit, il m’a impressionnée, un vrai coup de cœur cette année ! La production avoisine les 400 bouteilles et pratiquement tout se vend sur place à l’exception de quelques bouteilles que Malena distribue sur Barcelona au compte-gouttes.

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Picaro 2016, Ancestral- O Condado- Juan González Arjones,

C’est un assemblage de 60% cépages blancs (blanco legitimo, treixadura, et albariño) et de 40% de cépages rouges (Souson, brancellao, espaidero). Picaro signifie amusant, c’est un mousseux méthode ancestrale un peu fou, le premier rouge ancestral «gallego». Juan avait très envie de le faire, c’est un vin propre, net, un peu bitter et très Glou Glou, amusant comme son nom l’indique – et bienvenu.

As Furnias 2015, O Condado- Juan González Arjones

Ce vin est élaboré sur le bord du Rio Miño, à quelques mètres du Portugal; ses vignes, plantées hors appellation, à Crecente, sont soumises à l’influence océanique. Cette cuvée un assemblage de 40% de brancellao, de 30% de caino tinto, de 15% de souson et de 10% d’espaidero et touriga nacional. Juan est un grand rêveur, un homme de la terre, un paysan : sa plus grande prétention est de faire un vin qui ressemble à celui que faisait son grand-père, pour ça il dit : «Il faut que j’utilise les mêmes outils : un peu de rafle, une macération alcoolique de 12 jours, pas d’équipe de froid, je me contente d’ouvrir les fenêtres la nuit et je pratique des remontages. Le vin reste en cuve tout l’hiver, la malo se fait au printemps, il reste ensuite 2 ans en cuve inox (je doute que son grand-père ait eu des cuves inox, mais bon…) et a droit à un peu de sulfitage avant la mise.» Il veut que les vieux du village reconnaissent leur vin quand ils le boivent ! Le résultat est un vin très coloré, le nez est très floral avec des notes de violettes, la bouche concentrée, pure, verticale, avec un peu de co2, une texture très fine, la finale est assez tannique, balsamique avec des notes de laurier. Très frais et gourmand, un peu sauvage, mais surtout très étonnant ; Il est l’un de ceux qui veulent provoquer la Bourgogne ! La production est de 4000 bouteilles.

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Rubicón 2015, O Condado- Juan González Arjones

Il l’a appelé Rubicon, parce qu’il lui a fallu se positionner au moment de l’élaboration. Il a choisi de ne pas égrapper du tout, de ne pas ajouter de soufre du tout et de ne pas filtrer. C’est un essai, en 2016 et 2017 il n’a pas pu en faire : les conditions n’étaient pas réunies. C’est un vin de Touriga nacional, complexe, très pur, intense, marqué par des notes florales un peu sauvages et balsamiques, très belle fraicheur finale et minéralité indiscutable ! Il a un grand potentiel. Mais, il n’y a que 200 bouteilles !

Gollardo Loureiro 2014, Rodri Méndez, viñerón en el Salnés, Rías Baixas

Rodri Mendez est un œnologue parmi les mieux considérés dans le monde du vin galicien. C’est un gars sensé qui a commencé à faire ses vins dans un garage authentique et que le succès n’a pas changé sa façon de faire et d’être, parce qu’il sait d’où il vient et où il va. Dans ses vins le boisé est à peine perceptible et ne sert qu’à affiner la production. Un très joli rouge, plus civilisé, avec un bon volume, des bons tanins dominés et une agréable fraicheur.

Chanseluz 2016 – Arnoia-Bernardo Estevez, Bernardo travaille en biodynamie, ce qui n’est pas facile en Galice, ils sont très peu nombreux. Le vin, assemblage de nombreux cépages, est très noir, marqué par le souson, cépage qui colore énormément, et concentré, on n’attend pas autant de pureté, d’amabilité et de délicatesse en bouche, pourtant c’est comme ça qu’il m’est apparu. La finale est très fraiche, il est déjà très gourmand, mais, il ne faut pas s’y tromper : c’est un très beau vin de garde.

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Vignes en pergola dans les Rias Baixas

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Cette dégustation passionnante a duré plus de quatre heures; elle prouve que les rouges de Galice n’ont pas fini de faire parler d’eux et de nous régaler – « à condition qu’ils soient mûrs », comme dit Hervé.

La suite la semaine prochaine…

Hasta pronto,

MarieLouise Banyols


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99 + 1 bonnes raisons de…

…manger du gras et de boire du Champagne

Notre société actuelle nous culpabilise trop, fait attention à ci, à ça, mange pas trop, ne bois pas, bien qu’on nous une tonne de saloperies à table, quand on n’y fait pas gaffe. Alors, quand on la chance de déguster du bon gras comme celui du jambon qu’il soit iberico, de Bigorre ou culatello, pourquoi renoncer à ce régal? Le gras donne du goût, quant au maigre, tout seul, il est sec et manque de goût.

Ça me rappelle cette cliente qui, voulant faire de la blanquette, se prend une barquette de veau bien maigre, alors que moi, je tentais de trouver certes du maigre, mais entouré de gras, de couenne et de cartilage. La mettant en garde à propos de ce maigre dominant, elle me répondit d’un regard d’incompréhension, l’air de dire, mais justement, il n’y a pas de gras, c’est ça qui est bon. Le boucher, lui, comprit tout de suite et me découpa juste pour moi un joli morceau entouré de couenne, de cartilage et de gras.

Et pour nous qui sommes avant tout œnophiles, comme le souligne Blandine, l’auteur :

Parce que même dans le vin, il y a du gras

Et puis, le gras ça nous donne déjà l’occasion de boire du champagne, ça le décape un peu, ça nous rince le gosier et ça nous permet ensuite, de le savourer, ce cru d’Avize, d’Ay ou d’ailleurs.

Allez, juste une rincette…

Et comme dit Isabelle l’auteur :

« Parce qu’il n’y a rien de mieux pour faire démarrer les conversations et parce qu’aucune grande histoire d’amour n’a commencé autour d’un bol de salade… »

Voilà deux petits livres bien sympas, écrit le premier autour du par Blandine Vié, qu’on peut retrouver sur le blog gourmand gretagarbure, et le second par Isabelle Bachelard qui nous a pondu l’an dernier les 99+1 bonnes raisons de boire un verre de vin. On ne peut lui en vouloir !

99 + 1 (bonnes) raisons de boire du champagne et 99+1 (bonnes) raisons de manger du gras sont parus aux éditions Artémis, 104 pages au prix de 7,90€

Qu’on se le dise !

Zut, j’ai des yeux dans mon Champagne

 

Ciao

 

Marco #balance ton porc mais pas son gras


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Beaujolais 2017 : il faut en parler, Nouveau ou pas!

Je le dis de suite : j’aime beaucoup le bon Beaujolais et l’idée même du Beaujolais Nouveau. Ce moment de l’année est propice pour faire la fête, à mi-chemin entre la fin de l »été et le creux de l’hiver et cette mode de consommation rejoint celle qui fut le principe de presque tous les vins avant l’avènement des bouteilles : une boisson à boire surtout avant l’été suivant. Mais le débat sur le Beaujolais Nouveau, ses avantages et ses inconvénients, son poids dans la production de la région et ses éventuelles dérives, ne sera pas le sujet de cet article. Autant le dire de suite. Je vais plutôt vous parler de la qualité remarquable du millésime 2017 dans cette région, un millésime largement diminué en quantité, une fois de plus, par des orages de grêle particulièrement destructeurs dans certains secteurs. Pour ce faire, j’ai dégusté, le 2 novembre, 139 échantillons de vins nouveaux du dernier millésime, issus des deux appellations habilitées à produire ces vins : Beaujolais et Beaujolais Villages.

Le contexte

Il faut aussi rappeler deux ou trois choses sur le contexte qui fait souffrir cette belle région de collines. L’aire, qui comptait 23.000 hectares de vignes il y a quelques années, n’en compte plus qu’un peu moins de 17.000. Hormis les vins d’un ou deux crus, les prix sont d’une stabilité désespérante et ne permettent pas de rentabiliser le travail manuel nécessaires à des vignobles en pente et des vendanges encore très majoritairement manuelles. On a pas mal parlé ces dernières années des achats de domaines ou de maisons de négoce de la part de producteurs connus de la Côte-d’Or. Outre le fait que ces achats, en matière de vignoble, concernent presque exclusivement deux crus côtés, Moulin-à-Vent et Fleurie, ils ne suffiront pas à sauver le soldat Beaujolais, même s’ils sont évidemment les bienvenus. La rentabilité d’un vignoble constitue le nerf de sa guerre, et les parcelles en pente hors crus ne sont guère rentables aujourd’hui et donc se trouvent massivement arrachées. L’âge moyen de ce vignoble dépasse les 50 ans. Cela pourrait constituer un avantage ailleurs, mais pas pour des vins dont le prix moyen de vente est si bas, car le rendement baisse sans que le travail en soit diminué et la mécanisation n’est pas toujours possible.

La lisibilité des vins de la région n’est pas toujours idéale non plus, ce qui, à mon avis, plombe leur développement commercial. Plusieurs points sont à verser dans le débat. Premièrement, pourquoi ne pas parler du seul cépage des vins rouges, le gamay, en le mettant sur les étiquettes ? On le fait bien pour les blancs. Deuxièmement il y a trop de crus (10), pas toujours bien différenciés ni méritoires et l’on voit très rarement le terme Beaujolais sur leurs étiquettes. Ce n’est pas comme cela qu’ils peuvent espérer remonter la perception de l’ensemble. Un système plus cohérent, à mon sens, serait d’accoler systématiquement le nom du village ou du cru à la mention Beaujolais, mais sans aller à une multiplication à l‘infini des mentions. Quand on regarde les belles cartes géologiques qui ont été produites, on se rend vite compte d’ailleurs que les délimitations de crus, établies sur un plan purement cadastral, ne correspondent pas à la réalité de ce que les locaux (mais pas moi) entendent par le mot terroir, c’est à dire la pure nature géologique des sols. Entre parenthèse, pourquoi ne parle-t-on qui des sous-sols et jamais d’exposition dans ces cas ?

Le millésime 2017

Pour regarder le bon côté des choses, et malgré une récolte 2017 très déficitaire, la qualité de ce millésime me semble excellente. Sur le plan de leur goût, la grande majorité des échantillons que j’ai dégusté avait plutôt le profil de vins de semi-garde : c’est à dire qu’ils avaient bien plus d’étoffe et de structure que l’idée que nous pouvons avoir en général d’un vin primeur « classique ». Je n’hésiterais pas une seconde à conserver beaucoup de ces vins un an ou deux. Cela promets pour les vins non-primeurs à venir, qu’ils soient issus des crus ou pas.

A noter que les vins ci-dessous sont listés selon l’ordre de cette dégustation à l’aveugle, à l’intérieur de chaque sous-catégorie. Nous avons dégusté les Beaujolais avant les Beaujolais Villages, logiquement, mais j’ai trouvé certains Beaujolais aussi intenses, voire plus, que quelques Villages. C’est toujours le producteur qui fait le vin et non pas l’appellation.

 

Ma sélection de Beaujolais Nouveau 2017 (sur 74 échantillons dégustés)

Première division (***)

Pierre Dupond, non-filtré

Henry Fessy

Colin Bourisset, non-filtré

Jean Loron, Tradition Vieilles Vignes

Domaine Pierre André Dumas

Jean-Marc Lafont, Ephémère

Oedoria, Coeur d’Automne

Olivier Coquard, Nature

Deuxième division (**)

Château de l’Eclair, L 16401

Vignerons des Pierres Dorées, La Rose Pourpre

Henry Fessy, Sélection

Gilles Gelin, sans soufre (ndlr rajouté, j’imagine)

Pierre Ferraud & Fils, Cuvée d’Autrefois

Château de Nervers

Jean Loron, Tradition Tirage du Primeur

Labouré-Roi

Domaine Châtelus

Mommessin

Domaine de la Couvette

Grands Vins Sélection

Manoir du Carra

Emmanuel Fellot

Jean-Michel Dupré

Olivier Coquard, Culotte de Velours

Olivier Coquard

 

Ma sélection de Beaujolais Villages Nouveau 2017 (sur 65 échantillons dégustés)

Première division (***)

Maison Dupond, Domaine de Boischampt

Domaine du Guellat

Gilles Gelin, Le Vin des Copains

Georges Duboeuf

Oedonia, Les Granits

Domaine Gaget, Vinum Memoria

Pardon & Fils

Labouré-Roi

Domaine de Rochemure

Pascal Châtelus

Deuxième division (**)

Alain Chambard, Vieilles Vignes

Domaine de Rochemure, Les Devants

Lucien Lardy, Vignes de 1951

Manoir du Carra, Parcelle 505 Vieilles Vignes

Louis Tête

Domaine des Nugues

Jérôme Lacondemine

Château de l’Eclair

Pierre-André Dumas, cuvée Aurélie Durnerin

Club des Sommeliers

Pierre-André Dumas

Domaine de Croifolie

Henry Fessy, Tradition

Pierre Ferraud et Fils

Henry Fessy

Quelques commentaires sur ces résultats

Il faut constater une remarquable régularité dans la qualité des vins de certains producteurs qui ont placé plusieurs échantillons parmi cette sélection de bons et de très bons vins. Tout le monde n’a pas envoyé deux ou trois cuvées, mais je pense à Henry Fessy, Pierre Ferraud, Domaine de l’Eclair, Jean Loron, Pierre-André Dumas, Gilles Gelin (avec aussi le Domaine de Rochemure), Olivier Coquard ou Labouré-Roi. Certains de ces noms constituent une surprise ou une nouveauté pour moi, et tant mieux. La dégustation à l’aveugle a cet avantage énorme de permettre cela, et cela aide aussi à éviter toute forme de préjugé éventuel à l’égard de tel ou tel type de structure : il y a des négociants et des propriétaires présents à parts égales parmi ces bons vins. Autres noms de producteurs dont j’aime régulièrement beaucoup les vins, ne figurent pas dans cette liste. Je pense à Pierre-Marie Chermette, qui avait pourtant deux échantillons parmi les vins dégustés. Je m’interroge sur cela.

Les couleurs des vins étaient bien intenses, signe probablement d’une petite récolte avec une belle maturité. Je ne juge nullement les vins par l’intensité de leur robe (ou l’inverse), mais il y avait un paradoxe amusant dans le fait que le vin le plus pâle parmi ces 139 vins était produit par un producteur qui porte le nom de Domaine de l’Anthocyane !

Buvez du Beaujolais Nouveau dès le 16 novembre et faites une fête à ses vins délicieux !

David Cobbold

 

 


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Pourtant, d’habitude, les pinots noirs de Loire, bof…

Mais à l’image des blancs, le mois dernier, les Sancerre rouges dégustés cette semaine se sont avérés des plus agréables. Du fruit, de la matière, une bonne longueur, de la structure, bref, un véritable plaisir de dégustation. Alors qu’en les versant (dans le verre), on se croyait au pays des Clairets, tant la robe manquait d’intensité colorante. Mais le dégustateur avisé sait que l’habit ne fait pas le moine, enfin, pas toujours.

Voici ma sélection.

 

 

Anthocyane 2015 Sancerre Domaine Bernard Fleuriet & fils

Grenat aux reflets améthyste, au nez maculé de confitures de frais, groseille et cerise rafraîchies d’éclats de citron confit, piquées d’un clou de girofle et bien poivrées. La bouche, construite et structurée, se tapisse de tanins soyeux à la texture suave. La longueur nous parle des épices, réglisse, poivre et cumin, qui poudrent les fruits.

Issue des plus vieilles vignes plantées sur des grands terroirs à rouges, cette cuvée est macérée durant 30 jours et élevée en barriques dont 1/3 de neuves pendant 12 mois.

www.fleuriet-sancerre.com

à Nicolas 2015 Sancerre Domaine Pascal et Nicolas Reverdy

Grenat foncé, il nous fait d’emblée envie avec ses senteurs gourmandes de clafouti à la prune sombre, sa marmelade de fraise et sa compote de cerise noire à la cannelle. La matière dense de la bouche offre son architecture aux lignes droites bien plantées dans l’assise minérale. La structure cristalline habillée de fruits et d’épices, de tanins serrés bien juteux, se révèle sapide et riche de plaisir.

Les Pinot noir plantées en 2001 poussent dans un sol calcaire. Cuvaison de 4 semaines en cuves en bois et élevage de 12 mois en barriques et demi-muids.

Côte de Champtin 2015 Sancerre Domaine Roger Champault

Grenat cramoisi, le nez torréfié parle de noisette et de moka, avant de nous dire un mot sur les pâtes de fruits très épicées. En bouche, la cerise s’impose, entière, noyau en tête. Les tanins prennent le relais et décorent le palais de leur crêpe de Chine au relief un rien rugueux, mais plaisant car coloré de griotte, de fraise, de groseille, soulignés de cannelle. Certes équilibré, l’harmonie lui manque encore, mais son joli potentiel ne laisse aucun sur sa gourmandise à venir.

Les vignes ont 50 ans et poussent dans les Terres Blanches. Les raisins égrappés macèrent à froid pendant 48 heures. La fermentation alcoolique dure une douzaine de jours entre 25 et 30°C. La fermentation malolactique se fait en fût de 600 l. Une fois soutiré, l’élevage se poursuit en fût pendant 12 mois.

http://rogerchampault.fr www.facebook.com/domainerogerchampault/

 

Génération Dix-Neuf 2014 Sancerre Domaine Alphonse Mellot

Grenat sombre, le nez semble bien fermé, il faut agiter le vin pour lui extraire quelques senteurs prometteuses de rose et de jasmin, de baies rouges et noires. La bouche n’est guère plus prolixe, mais avoue tout de même quelques indices fruités aux goûts de cassis, de fraise noire et cerise épicés de poivre et de cardamome.

Vous l’avez compris, ce 2014 est au début de sa vie et ne refuse pas quelques années de cave pour retrouver la lumière et être plus enclin à nous ravir.

La Cuvée Génération est issue de vignes de 62 ans plantées à 10.000 pieds/ha sur la parcelles de 1 ha de Chambratte et Paradis, un sol de caillottes, des marnes de Saint-Doulchard, déposées sur un sous-sol calcaire du Kimméridgiens supérieurs. Après une macération à froid de 8 à 12 jours, les fermentations démarrent, agrémentés de pigeages et de remontages très légers, mais quotidien.

Les températures de fermentation ne dépassent pas 28°C. La durée de cuvaison est en moyenne de 4 semaines. Les jus de presse sont incorporés aux jus de goutte ou vinifiés séparément. Après débourbage, l’ensemble des jus est mis directement en fûts pour effectuer la fermentation malolactique. L’élevage en fûts neufs dure 14 mois. Production : 2 800 bouteilles.

www.mellot.com

Et pour terminer, un Sancerre qui ne fait pas son âge et qui démontre que les calcaires sont aussi propices que les granits pour l’élaboration de Pinot noir aptes à bien vieillir.

Vieilles Vignes 2010 Sancerre Jean-Max Roger

Grenat encore bien vif, au nez qui nous enchante par la fraîcheur de ses fruits, fraise, groseille, framboise, teintés de laurier et de sauge. La bouche offre ce petit relief rêche qui aide à accrocher la nourriture et nos papilles. Puis viennent les arômes annonceurs de l’âge, le sous-bois et le cuir, rougis de burlat et noircis de prunelle. La longueur, importante, révèle le fruité évanescent qui se transforme en gelées délicates. Mais l’ensemble garde une fraîcheur étonnante.

Les vignes de 40 ans, plantées à 7.000 pieds/ha, poussent dans des Caillottes. Après une macération à froid de quelques jours, suit la fermentation de 10 à 12 jours avec remontages réguliers. Élevage en barriques de 300 litres pour l’ensemble de la cuvée pendant 15 à 18 mois. www.jean-max-roger.fr

Ciao

 

Marco  


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Lirac, une appellation dont on ne parle pas assez

Si ce n’est déjà fait, il  vous faut d’urgence faut aller explorer cette appellation trop souvent considérée comme un «sous-Châteauneuf». Pour les 70 ans du Cru Lirac, Emmanuelle Assemat-Sals (Castel Oualou) a créé une cuvée anniversaire. Voila qui n’est pas spécialement original, mais ce flacon de très belle facture m’a beaucoup plu.

 

Cuvée Signature 2016 Lirac Castel Oualou

Violet pourpre, elle respire la jeunesse et la gaieté, gaieté du fruit qui nous ravit dès la première gorgée et nous entraîne tout de go dans la garrigue y respirer le thym, le cade et l’arbouse. Herbes folles maculées du jus des mûre, groseille et fraise noire. La bouche nous rafraîchit et nous séduit par ses accents de réglisse et de fumé qui soulignent les fruits sentis. Les tanins se déploient comme un boutis empli du charnu des baies. Sur la langue, on ne s’y trompe pas, c’est suave, c’est savoureux, s’en est presque érotique si on ferme les yeux…

 

De quoi il est fait

La cuvée signature assemble 36% de Grenache, 52% de Syrah et 12% de Mourvèdre issus de parcelles aux sols faits de galets roulés et de calcaires délités. La vendange éraflée fermente 30 jours à 26°C et subit remontages et délestages. Le vin est élevé en cuve enterrée durant quelques mois.

Avec le Domaine des Garrigues et le Domaine des Causses & de Saint Eynes, le Castel Oualou constituent les Vignobles Assemat, qui s’étendent sur plus de 60 ha en Lirac et Côtes-du-Rhône.

www.vignobles-assemat.fr

 

C’est pas long, mais c’est bon!

 

Ciao

 

 

Marco

 

 


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La régularité dans la qualité : le cas Charles Heidsieck

Cela fait pas mal d’années que je trouve les vins de Charles Heidsieck remarquables. Ils sortent régulièrement très bien placés, voir au sommet des dégustations de Champagne que je pratique, soit pour les besoins d’un article, soit pour le fun, comme il y a deux ans sur le champ de bataille de Waterloo. Et cela aussi bien pour leur cuvée non-millésimé que pour les cuvées millésimés.

A quoi cela tient-il ? A mes goûts personnels ? Sûrement. A un travail méticuleux et créatif dans l’approvisionnement, la vinification et l’assemblage ? Très certainement. A un vieillissement bien conduit ? Aussi. A plein de choses, mais le constat est bel et bien là : je n’ai pas le souvenir récent d’avoir dégusté un mauvais champagne de cette maison depuis très longtemps.

L’autre jour j’ai eu la chance de participer à une trop courte dégustation de vieux millésimes de deux cuvées de Charles Heidsieck, mais aussi, en guise d’apéritif, de la dernière version mise en vente de leur cuvée millésimé, le 2006. Les vieux millésimes ont été soigneusement choisi dans l’oenothèque de la firme pour une mise en marché aussi limitée en volume que limitant par les prix, dans le cadre d’une opération qui s’intitule « La Collection Crayères ». Cette dégustation m’a montré, une fois de plus, tout l’intérêt des vieux champagnes quand ceux-ci ont été bien conservé.

D’abord le nouveau venu :

Charles Heidsieck 2006

Très frais et tendu, mais avec une grande délicatesse des saveurs. Ce vin me semble plus souple que le 2005 mais reste d’une grande jeunesse d’expression à 11 ans après sa date de récolte. J’aime beaucoup sa clarté et sa finesse (16,5/20)

Et les vieux :

Charles Heidsieck, Champagne Charlie 1983

Ce vin date d’une époque ou le dosage maximal autorisé était de 15 grammes. On annoncé 12 à 13 gr pour ce vin, mais on ne les sent plus et je doute que la vague courante de champagnes non-dosés pourront avoir une telle longévité. On verra bien.

La robe est ambrée et intense. La dosage est totalement intégré dans ce vin à la texture patinée et à la finale qui reste d’une vivacité étonnante. Odeurs et saveurs de fruits jaunes secs, de noix et noisettes et de café donnent une idée de la richesse de ce vin splendide et très fin. (17,5/20)

Charles Heidsieck Cuvée Royale 1981

Une cuvée qui n’existe plus de nos jours, et dont les quelques bouteilles mises en vente le seront dans leur livrée d’origine, qui date évidemment un peu mais qui donne à ce vin une partie de son cachet authentique. Cette année peu médiatisée à produit de très beaux vins en quantités très limitées.

Encore plus sombre et intense en couleur que le précédent. Le nez de noix et de noisette se combine avec un bouquet de zeste d’agrumes. Plus vif que le 1983, les saveurs vibrent littéralement sur la langue et révèlent des échos de pâte de coing et de fruits cuits. Rondeur et soyeux sont les marqueurs de sa texture. Fait à parts égales de Pinot Noir et de Chardonnay, ce vin tient remarquablement bien à l’aération aussi : pas du tout fatigué malgré ses 35 ans passées. Un vin magnifique ! (18,5/20)

Charles Heidsieck possède 65 hectares de vignes dont la moitié se situe dans la Marne et l’autre dans l’Aube. Je note au passage que très rares sont les Maisons de Champagne à avouer posséder un vignoble dans l’Aube, alors que presque tous s’y fournissent largement en raisins ou en moût. Les traditions, comme les préjugés, ont souvent la vie longue et qui va bien au-delà du rationnel.

David Cobbold