Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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BOOM BOOM ! Washington State

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J’y fus il y a déjà un paquet de temps. Arrivé de nuit à Seattle, une ville bien arrosée… par la pluie, 1 mètre par an, avant de franchir la Chaine des Cascades et de découvrir un désert (26 mm/an) dont l’une des seules sources d’eau est la Columbia River. En fait c’est un fleuve qui se jette dans le Pacifique et qui arrose autant les cultures maraichères que la vigne et les piscines. Des souvenirs un peu enterrés au fond de ma mémoire qui BOOM BOOM ont ressurgit lorsque j’ai ingurgité le vin de Charles Smith !
À tourner le verre devant les yeux, je revoyais ce paysage aride couvert d’une végétation sèche qui faisait penser à une brosse en chiendent. Le fleuve large comme un bras de mer, le sempiternel steak de saumon au déjeuner comme au dîner, les micro-brasseries qui affichaient Belgian Style Beer et bien sûr les appellations traversées. Walla Walla et Yakima avaient une consonance particulière à nos oreilles d’Européens, Horse Heaven et Red Mountains un air de western à la John Wayne (célèbre acteur US pour les plus jeunes qui n’en ont jamais entendu parler).

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Jolie madeleine de Proust comme l’ont évoqué mes acolytes des 5.
Walla Walla…

wa_ava_mapPour ceux qui hésitent quant à la situation géographique de l’État de Washington (rien à voir avec Washington DC), c’est écrit en petit sur la carte ci-dessus: la Colombie Britannique est au Nord, l’Idaho à l’Est, l’Oregon et son Pinot Noir au Sud, l’Océan Pacifique à l’Ouest.
Mais parlons du vin de Charles…

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Syrah 2012 Washington State Charles Smith

Grenat nuancé de pourpre, le nez chaud d’épices comme une évocation du désert où il pousse. Poivre de Cayenne et pincée de harissa masquent un temps le fruit qui Boom et reboom se veut explosif. Le vin a toutefois un peu perdu ce mordant de la jeunesse au profit d’un profil aromatique plus complexe. La suavité de la bouche en fait un vrai charmeur, boom boom, il emballe qui le savoure. Généreux, il offre sans retenue confiture de prune sombre et gelées de myrtille et de burlat, voilées d’une volute de fumée qui emporte le parfum délicat mais prenant d’un pois de senteur. Un ensemble gourmand dont le volume juteux occupe sans vergogne tout l’espace palatin.

Les 97% de Syrah et les 3% de Viognier, dont les plus vieux ont été plantés en 1980, sont vinifiés ensemble et issus de différents terroirs qui varient sols et climats, du sable aux graviers, de la douceur des rives de la Columbia River à la fraîcheur des Rattlesnake Mountains, qui culminent à 1.100 mètres. Le vin est élevé sur lies jusqu’à l’embouteillage.
Pour les techniciens: sucre résiduel: <1 g/L – pH: 3,88 – TA: 6,0 g/L – Alcool: 13,5 %

Mais qui c’est ce Charles ?

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Charles Smith a grandi près de Sacramento, en Californie, et a commencé très tôt à voyager à travers le monde en raison d’une mère galloise et d’un père français. Lorsqu’il en a eu l’opportunité, Charles s’est installé au Danemark où il a passé 9 ans à manager et tourner dans toute l’Europe avec le groupe de rock « The Raveonettes ». Boire et manger sur la route est devenu un catalyseur pour sa passion du vin, ce qui a déclenché la carrière qu’il a aujourd’hui.

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En 1999 il s’installe à Walla Walla, dans l’Etat de Washington, et produit son premier millésime en 2001. Depuis, tout s’est accéléré: en 2008 il est reconnu par le Wine and Spirits Magazine comme « Domaine de l’Année » et élu parmi les « Meilleurs producteurs des 10 dernières années ». En 2009 le Food & Wine Magazine le nomme « Producteur de l‘année »; en 2010 le Seattle Magazine le qualifie de « Géant dans le monde du vin de Washington ».

Dans la seule année de 2010, Robert Parker a attribué à 15 de ses vins des notes entre 91 et 99 points. C’est top, quand Bob donne un pareil coup de pousse!

Ses vins haut de gamme sont épuisés dès leur mise sur le marché aux Etats-Unis. Les vins importés en Europe font partie de son projet « Modernist Project » qui met l’accent sur la façon dont le vin est consommé aujourd’hui: immédiatement. L’objectif est de produire des vins qui peuvent être appréciés rapidement tout en montrant une véritable typicité à la fois du cépage et du vignoble. Ces vins sont déjà parmi les meilleures ventes aux Etats-Unis et méritent d’être essayés!

Ils sont vendus en Belgique par www.adbibendum.net

PVC: 17,90€

Plus d’info (en anglais): www.charlessmithwines.com

See you soon,

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Marco


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Aconcagua, vieux terroir du Nouveau Monde

Cette semaine, je vous emmène au Chili, à la découverte d’un vignoble qui prouve que les classifications sont souvent hasardeuses. Ou en tout cas, qu’il faut toujours compter avec quelques exceptions.

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L’Aconcagua vu de l’Ouest – au fond, les Andes (Photo Errazuriz)

Cette exception, ce vignoble a pour nom Aconcagua, et son prénom est Maximiano. Il démontre que certains Chiliens n’ont pas attendu le 21ème siècle pour partir à la recherche de leurs terroirs.

Mais revenons un peu en arrière.

Aconcagua

La vigne arrive au Chili avec les conquistadores, dès le 16ème siècle (pour rappel, à l’attention des chantres de la tradition française, le Médoc n’est encore qu’un marais, à l’époque). Mais son véritable essor est bien postérieur. Il faudra attendre les années 1870 pour que le vignoble sorte de la vallée centrale – zone chaude mais facile d’accès, et facile à irrigation (voire inonder l’hiver). Et c’est en grande partie grâce à la famille Errazuriz.

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Les vignobles d’Errazuriz dans l’Aconcagua

Héritier d’une grande famille de politiciens chiliens (il a été ambassadeur de son jeune pays en Belgique), Don Maximiano Errazuriz a eu l’intuition que l’Aconcagua, avec ses hivers bien arrosés et ses étés chauds mais humidifiés par la brise de mer, pouvait produire des vins d’un style plus raffiné. Il voyageait beaucoup en Europe, et il en rapporta les outils et techniques viticoles, les cépages (surtout bordelais), et même l’art de vivre.

Toujours à l’attention de nos amis de la grande tradition, je rappelle qu’à l’époque (avant le phylloxéra), le Malbec est toujours un des cépages principaux du Bordelais. On y trouve aussi encore pas mal de Carménère. Curieusement, ces deux cépages aujourd’hui pas loin d’avoir disparu de Gironde ont fait le bonheur de l’Argentine et du Chili.

Pour revenir dans l’Aconcagua, les premières plantations (on leur donne le nom de Max I, Max II, etc.) se situent à peu près au centre de la vallée (plus petite que celles du Maule ou du Maipo), à son point le plus étroit, d’où une très bonne ventilation. Mais depuis, d’autres vignobles ont été plantés en amont et en aval, jusqu’à l’embouchure du fleuve, cette zone plus fraîche se prêtant bien aux blancs aromatiques. La devise du Don: «Le meilleur vin vient toujours des meilleurs terroirs» (c’était bien avant qu’on en fasse un slogan éculé), trouve ici une nouvelle actualité.

Ayant eu la chance de visiter ce vignoble (merci Brandabout!), j’en garde le beau souvenir d’une sorte de grande oasis – au bas des pentes et en coteaux la vigne, au dessus la forêt – notamment des eucalyptus, si ma mémoire est bonne, et tout en haut, des avocatiers – pas de repas au Chili sans la palta, que ce soit entière, en morceaux, en tranches, en pâte ou en huile.

Avec ou sans avocat (je n’ai rien à me reprocher), c’est sans doute l’endroit du vignoble chilien où  je me suis senti le moins dépaysé – le vignoble, ici, est à taille européenne, les rangs ne se perdent pas vers l’infini, et de-ci de-là, une petite cabane de vignes vous ferait presque vous sentir quelque part entre le Mâconnais, la Provence ou le Limouxin.

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La parcelle Max I (photo (c) H. Lalau)

L’Aconcagua, aujourd’hui, c’est toujours un peu «Errazuriz Valley». Les vignobles (replantés, pour la plupart, à partir des années 1970) sont les «briques» dont se servent les œnologues maison pour bâtir les différentes cuvées. L’originalité, dans un pays où l’on assemble volontiers des raisins ou des vins de régions très distantes, c’est qu’ici, la palette est beaucoup plus ramassée. Au moins pour les hauts de gamme, ceux issus du domaine original: avec ces cuvées-là, Errazuriz ne cherche pas seulement à faire des vins qui plaisent, mais des vins qui marquent, des vins qui représentent quelque chose. De quoi étonner l’amateur exigeant.

Ces efforts sont payants, à en juger par les deux vins suivants.

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Carménère majoritaire, Petit Verdot et Syrah. Fruit rouge exubérant mais aussi notes fumées intéressantes, 18 mois de barriques neuves. Le grand cru par excellence, l’oeuvre d’art, un vin raffiné, très long, mais vivant. Comme si la Joconde souriait vraiment, et même, vous faisait un clin d’oeil.

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Maximiano Founder’s Reserve

Cette cuvée assemble quatre cépages (Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Petit Verdot, Syrah) de trois parcelles (Max 1, 2 et 5). Des sols volcaniques et des sols d’alluvions, une recette assez sophistiquée. C’est le plus ancien des hauts de gamme d’Errazuriz (au départ, il était uniquement à  base de Cabernet Sauvignon, planté en 1978). Très complexe, torréfiée, cette cuvée, c’est un peu le meilleur des deux mondes, un côté Grand Bordeaux dans la structure, mais en plus poivré et en plus mûr, sans excès ni trop de chaleur – les épices dynamisent la finale, ici, la comparaison avec un vin du Rhône Septentrional, toute saugrenue qu’elle puisse être, s’est imposée à moi.

Je n’ai pas mis de millésime, bien que j’en ai dégusté deux de l’un et trois de l’autre, car ces vins sont d’une grande régularité – comme le climat de l’endroit, dont les plus grandes variations dépendent moins de l’année que de la situation dans la vallée, selon un axe est-ouest, et de l’altitude.

A ce titre, il reste certainement pas mal de choses à explorer dans l’Aconcagua, « vieux terroir du nouveau monde ». Et pour nous, oenophiles, c’est peut-être une raison de s’intéresser au Chili pour autre chose que quelques entrées de gamme « sur le fruit ».

On dit souvent que le Chili est le pays où tous les vins sont bons, mais aucun n’est grand.

L’affirmation est fausse dans les des cas. A condition de fouiner un peu, de sortir des vallées battues et de mettre un peu plus d’argent que pour le petit vin de barbecue, l’alibi exotique pour dîner d’aventuriers du 7ème arrondissement.

Le Chili – correction, certains vins chiliens – méritent mieux que ça.

Hervé Lalau

PS. Pour ceux qui n’ont pas l’occasion d’aller sur place, certains vins d’Errazuriz sont vendus en France chez Vins du Monde, et en Belgique chez VPS (mais apparemment pas les deux cuvées ci-dessus, sans doute jugées trop chères). Au Québec, où l’on dispose d’une offre plus complète (sacré monopole!), leur agent est la maison Dandurand.


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Vouvray – Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud: Domaine Perrault-Jadaud

The house at Chançay with the cave set into the hillside.

The house at Chançay with the cave set into the hillside.

In the cellar

In the cellar

Anne-Cécile and Tanguy in their vineyard by Le Clos du Bourg, Vouvray.

Anne-Cécile and Tanguy in their vineyard by Le Clos du Bourg, Vouvray.

I was very pleased to discover a new Vouvray producer at the VinaViva tasting at Saint Etienne de Chigny a little to the west of Tours. I certainly can’t claim to be anything like the first to taste the wines of Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud as their first vintage was in 2008.

It is always good to find new producers who are making exciting wines and, in particular, in Vouvray. Particularly exciting in Vouvray as it has been less dynamic than its smaller but closely related cousin – Montlouis – on the south side of the Loire. Although Montlouis is substantially smaller than Vouvray over the past 30 years it has been much more dynamic and attracted a host of impressive newcomers. A major factor here has been the difference in the vineyard prices between the two appellations making Vouvray both much more unaffordable than Montlouis and so more difficult to find suitable vineyards to buy.

Nevertheless Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud, who had no background in wine, started out on their adventure in Vouvray in 2008 with just 0.8 hectares making a PetNat and some moelleux. 2009 was really their first vintage when the domaine had grown to all of a hectare. Gradually they built up their domaine until they now have 4.2 hectares with Tanguy keen to acquire more if possible. They are fortunate in having some parcels on the premières côtes both in Vouvray itself and further east in Noizay. One of their parcels in Vouvray is right by the Clos du Bourg. In 2011 they moved into their present premises in Chançay.

Tanguy, who hails from Brittany, is a trained viticulturist, while Anne-Cécile, whose parents live in Tours is an oenologist. Both have taught at the Lycée Agricole d’Amboise.

They farm organically and their wines are impressively pure from low yields. Although they try to use as little sulphur as possible, they feel that their wines need a little bit of protection so they are not part of the non-SO2 brigade.

When I tasted their wines both at VinaViva and when I went to visit them last week, I was very impressed with their Vouvray PetNat which spends 24 months sur latte giving it the complex, honeyed and toasty aromas and flavours. Equally impressive is the 2013 Les Grives Soûles Vouvray Sec – brilliantly precise, clean and long. Anne-Cécile explains that Grives-Soûles doesn’t mean drunken thrushes, rather thrushes wonderfully replete after plenty of corn to ready them for their migratory journey south at the end of the summer.

Parcel by Le Clos du Bourg

Parcel by Le Clos du Bourg

J-Elvis1

 


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#Carignan Story # 269 : la resucée de derrière les fagots.

Seuls quelques aventuriers facebookiens – dont Luc dit Léon, qui eut cru qu’un jour il commenterait sur Facebook ! – savent que je m’autorise crânement quelques vacances bien entendu méritées dans le paisible quartier de l’Oca (l’oie) en plein cœur de la médiévale cité de Sienne, Siena en italien. Soyez rassurés braves commentateurs, je ne vais pas me transformer en guide touristique et vous narrer mes itinéraires découvertes et mes lieux de perditions ou de rêveries : je me plais dans cette cité de Toscane et je savoure tout ce qui s’offre à moi, les plats de pasta, les églises, les paysages, les gens aussi, avec juste ce qu’il faut de retenue pour ne pas me transformer en touriste « de forte corpulence », comme on dit à mon endroit lorsque l’on tient à rester courtois. Si j’écris volontiers sur les vins de Rhône, j’ai du mal, je vous l’avoue, à me concentrer sur un de mes sujets de prédilection, le sieur Carignan. Pourtant, j’ai deux ou trois bouteilles en réserve qui m’attendent dans le coffre de ma petite caisse made in France miraculeusement garée sous les arbres qui enserrent la Fortezza di Santa Barbara connue aussi sous le nom de Medicina. Comme il s’agit pour partie (un sixième) de mon propre vin, le Puch, je ne tiens pas à donner du grain à moudre à certains lecteurs critiques qui, en cas d’article laudateur, n’y verraient qu’une forme de publicité déguisée. Et puis j’ai plutôt envie de Sangiovese, pour ne rien vous cacher.

"Mon" église San Domenico, à Sienne. Photo©MichelSmith

« Mon » église San Domenico, à Sienne. Photo©MichelSmith

Alors, tandis que les cloches de San Domenico se mettent à se balancer en des sons qui me rappellent les odeurs de la sacristie le dimanche mêlées à la mauvaise haleine du curé lorsque je servais la messe dans l’unique but de mater les filles du premier rang (aucun rapport, je sais, sauf que déjà je devais m’intéresser au sang du Christ), je me suis dit en songeant à mes quelques lecteurs dominicaux : « Pourquoi ne pas leur refiler une de tes premières chroniques ? » Sitôt dit, sitôt fait et j’ai retrouvé un texte qui j’espère devrait vous plaire. Si ce n’est pas le cas, tant pis ! Il s’agit en fait du premier article d’une série qui ne s’appelait pas encore Carignan Story publiée je ne sais même plus à quelle date précise, mais cela devait être en Février/Mars 2010 puisque, à l’époque, je sortais à peine d’un pénible souvenir : je fus en effet victime d’une ravageuse épidémie de gastro lors du Salon d’Angers ! J’avais intitulé mon article Gratifiant Carignan, ce cépage ayant contribué à sa façon à me remettre sur pieds. Allez, on y va !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Figurez-vous qu’un simple Carignan a fait l’affaire et a su réchauffer mon corps ô combien meurtri. Sa dénomination ? Vin de Pays des Coteaux du Littoral Audois (oui, oui, ça existe !). Son nom ? La Mauvaise Réputation. Son vigneron ? Alban Michel, un gars fou de Brassens au point qu’il a baptisé son domaine Les Sabots d’Hélène. Au passage, Hélène est aussi le prénom de sa compagne qui participe activement à la création d’étiquettes iconoclastes pour des vins qui ne le sont pas moins. Descendu de Lorraine (avec ses gros sabots) via la vallée du Rhône il y a quelques années pour s’établir enfin non loin de Perpignan dans les Corbières maritimes, le type s’est vite imposé dans le PVL, le Paysage Viticole Local, si vous préférez. badreputation-copie-1 Son millésime 2007 donne un vin au nez de garrigue et de fruits rouges cuits avec, en bouche, des accents de figue, de pruneau et de café. En cela, il est très Corbières. Le Carignan, l’un de mes cépages favoris soit dit au passage, ne se livre pas tout de suite. Il faut deux ou trois gorgées avant qu’il ne vous refile un gentil coup de poing (« Qu’est-ce qui te prend pour oser me réveiller ainsi ? »), comme pour mieux vous faire prendre conscience de la force de sa chaleur (près de 15° d’alcool), de son grain, mais aussi parfois, et, c’est le cas ici même, de sa grâce. Oui, c’est un vin baraqué mais fin, sensible. Ce Carignan-là a aussi des tannins, certes un peu secs, j’en conviens, mais qui font office de colonne vertébrale venant s’ajouter à une structure déjà bien construite basée sur l’acidité naturelle du cépage. C’est dans ces moments, lorsque l’on constate, contre toute attente, que le vin n’est ni lourd ni empoté, qu’on se dit que le sieur Carignan est vraiment un cépage bien adapté au Midi. Bref, malgré sa puissance, le vin a de l’élan en plus d’un bâti solide qui va lui assurer une bonne garde, de l’ordre de 10 ans tellement il est bien vinifié. Je vide, que dis-je, je sirote le même flacon depuis quatre jours par petites gorgées, à 14° de température, et, à chaque fois, il me réserve des surprises différentes. Et je m’auto congratule en me disant que j’ai eu raison de préconiser une petite garde à mes lecteurs quand, en son temps, je fus bien inspiré de leur recommander ce bougre de vigneron voyageur qui, comme beaucoup d’autres, a choisi de refaire sa vie entre Roussillon et Languedoc.

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Voilà, c’était un peu court, j’en conviens, pas très palpitant comme description, mais c’est de là que m’est venue l’idée de « chroniquer » sur le Carignan. Alors… Et surtout, cela me permet de vous refiler au passage une affichette annonçant une manifestation qui se tiendra à Rivesaltes l’autre dimanche, un salon qui vous donnera l’occasion de découvrir, parmi d’autres, les vins de l’ami Alban Michel et de sa belle Hélène.

Buona domenica a tutti ! Michel Smith


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#Carignan Story # 267 : Les chaussettes rouges

Quand j’étais gosse nous avions les Chaussettes Noires qui braillaient dans le poste à peine sortis de leur banlieue de Créteil. Aujourd’hui, des contreforts des Albères, à porté de vue de la côte, nous viennent les Chaussettes RougesRed Socks in English – qui déferlent plus calmement chez nos cavistes catalans. Rouges les chaussettes ? Forcément, à force de fouler le raisin aux pieds… Les auteurs de ce Carignan de vieilles vignes, of course, Philippe Gard et Andy Cook, n’en sont pas à leurs premières armes. A travers des cuvées bien ficelées, en général de petits volumes, présentées sous l’ombrelle de deux sociétés, Tramontane Wines et Consolation, ces bons faiseurs de vins travaillent déjà le Grenache ou le Macabeu avec talent en y ajoutant des noms aussi inattendus que facétieux.

Réunion dominicale la fontaine de La Consolation. Photo©MichelSmith

Réunion dominicale la fontaine de La Consolation. Photo©MichelSmith

Sans exagérer, ils font sans doute partie des meilleurs vignerons que nous ayons dans cette partie du Roussillon et, depuis le temps que je le dis, j’ai franchement hâte de passer un moment avec eux histoire de mieux comprendre leur fonctionnement. Pour ce Carignan 2013, c’est plutôt la marque Consolation qui est mise à contribution. Un nom de circonstance puisqu’il évoque l’ermitage Maria de Consolacio caché dans une colline boisée au dessus de Collioure. Pardon à la Vierge gardienne des lieux (elle en a vu d’autres…), mais ce rouge prête à toutes les libations possibles et imaginables. Sauf qu’il vaut un peu mieux que l’accompagnement des traditionnelles grillades qui font la réputation de ce lieu de pèlerinage cher aux gens du pays lorsque les beaux jours arrivent.

Photo©MichelSmith

Philippe Gard, sert son blanc à La Consolation. Photo©MichelSmith

Je ne sais quelle mouche m’a piqué, mais dès le premier nez mis à hauteur du vin j’ai pensé d’abord à tous les abus – mais aussi et surtout à toutes les qualités – qu’un Carignan vendangé très mûr  et de forte extraction était capable d’offrir. Quel étrange paradoxe ! Par exemple, j’aurais aimé un peu moins de bois et un peu plus de fruit, mais que voulez-vous, je n’ai pas le goût universel, qui n’existe pas d’ailleurs sauf chez les prétentieux. Passons sur ces considérations et revenons sur le nez du vin : c’est fin, un brin sauvage mais propre, composé de bois sec, plantes éparses de la garrigue, notes grillées de laurier et de romarin. Tout de suite, est-ce la saison ?, je pense à un chevreau discrètement parfumé à l’aillée ou aux poireaux de vigne, en espérant qu’il en reste.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Évoquer l’accompagnement solide sans attendre prouve que ce vin, même s’il paraît un peu sophistiqué, pourrait bien profiter de 2 à 5 ans de cave. Pourtant, il pourrait aussi s’ouvrir plus tôt, un soir entre copains après un match de rugby… ou de cricket tant il a cette retenue toute britishe. Est-ce parce que derrière Red Socks il y a un anglais associé à un bordelais ? Je ne vous l’ai pas encore dit, mais Consolation, la maison qui vinifie ce vin avec d’autres, se fournie à la source, aux domaines menés par Philippe Gard, celui de La Coume del Mas,un des grands de Collioure, et du Mas Cristine, vignoble tout proche, mais en appellation Côtes du Roussillon. D’où le choix de l’IGP Côtes Catalanes revendiquée pour ce Carignan 2013.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Signe qui ne trompe pas, j’ai tout bu… en deux jours cela dit ! Par petites gorgées, car ils commencent tout juste à se goûter ces satanés 2013 ! Outre l’élégance du nez soulignée quelques lignes plus haut, la bouche est lisse, mais non dénuée d’assise. C’est plein et docile, sans débords, sans l’ombre d’un faux pli. Le fruit est là, confit, précis (cerise noire), savoureux quoique tout en retenue. Cela semble parfait, en dehors d’une légère amertume en finale, au point que si l’envie vous taraude de boire ce vin sans lui laisser le temps de se construire pleinement dans sa bouteille, il vous faudra le mettre en carafe en un lieu bien plus frais qu’une salle à manger. Vraiment un beau vin, au prix de 16 € le flacon chez mon caviste, carignaniste convaincu.

Michel Smith


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Côtes du Rhône Villages : Glorieuses #Découvertes !

Il y a quelques semaines, je me suis offert un break, pardon, une coupure.

C’était en Vallée du Rhône, région que je fréquentais jadis (il y a plus de 30 ans, déjà…) au temps de mes premiers pas dans le vin avec, il faut bien le dire, bien plus d’assiduité qu’aujourd’hui. J’y descendais souvent le plus naturellement du monde depuis Paris : Vienne, Tournon, Saint-Péray, Valence… la RN 89 n’avait alors plus de secrets pour moi et sur l’étroit espace qu’offrait le parking de Guigal, il y avait toujours une place de libre pour le visiteur, même sans rendez-vous ! Quant à Michel Chapoutier, aujourd’hui grand manitou de la région, je me souviens encore de son sourire un brin narquois lorsqu’il était au garde à vous dans le bureau Empire de son père, Max, et qu’il semblait nous dire : « J’en n’ai pas l’air comme ça, mais j’ai de grandes idées en tête. Vous allez voir, un de ce quatre, vous entendrez parler de moi » !

Michel Chapoutier, aujourd'hui Président d'Inter Rhône. Photo©MichelSmith

Michel Chapoutier, aujourd’hui Président d’Inter Rhône. Photo©MichelSmith

Cette partie septentrionale du couloir rhodanien, notre ami Marc s’y est attardé pour lui consacrer plus d’un article ces derniers temps. Tandis qu’il s’adonnait à la Syrah, au Viognier, à la Marsanne et à la Roussanne, je peaufinais de mon côté ma carte du Sud, histoire de m’offrir, grâce à la complicité d’Inter Rhône, trois jours de dégustations en Avignon à l’assaut des « Villages Crus » (appellation qui m’est propre) de la partie méridionale des Côtes du Rhône. Le tout dans le cadre de Découvertes en Vallée du Rhône, une bien nommée manifestation professionnelle entrecoupée en nocturne d’escapades diverses, variantes désormais qualifiées de off, histoire peut-être de coller à la réputation festivalière de la cité.

L'ami Marc Vanhellemont, dans les salons d'Avignon en compagnie d'un collègue belge. Photo©MichelSmith

L’ami Marc Vanhellemont, dans les salons d’Avignon en compagnie de Johan de Groef, son collègue belge d’In Vino Veritas. Photo©MichelSmit

Arrivé en Avignon, pour cette série de trois articles au moins, mon modus operandi est simple : par discipline, mais aussi par nécessité, il faut bien se fixer un programme, ne pas partir dans tous les sens comme un chien fou ce qui aurait pu m’arriver vu que nous avions des milliers de vins à notre disposition. Pour être efficace, j’ai négligé les clochers déjà embarqués dans un premier train qualitatif depuis la fin des années 60, comme celui des Côtes du Rhône Villages avec noms de communes que sont Séguret, Sablet, Cairanne, Roaix, Visan, Saint-Maurice, Saint-Gervais, Laudun ou Chusclan (voir la carte officielle), pour ne citer que ceux-là.

J’ai négligé aussi les villages passés crus à part entière comme Rasteau et Beaumes-de-Venise (qui l’étaient déjà avec leurs VDN), Vacqueyras, Vinsobres, Gigondas, crus qui tous briguent peu ou prou la notoriété d’un Châteauneuf-du-Pape.

Dans les murs d'Avignon, des milliers de vins à déguster ! Photo©MichelSmith

Dans les murs d’Avignon, des milliers de vins à déguster ! Photo©MichelSmith

Pour mieux cerner les choses et déguster sereinement, j’ai décidé de me concentrer sur les petits nouveaux, ces presque crus, comme je les appelle sans aucun mépris. Il s’agit de zones consacrées depuis une dizaine d’années, pour certaines, entre 2005 et 2012, par une appellation Côtes du Rhône Villages « avec dénomination géographique ». Ils ont pour noms Puyméras, Signargues, Massif d’Uchaux, Gadagne et Plan de Dieu.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Car il convient toujours de se méfier des excès en matière de vin. Bien souvent, une zone qui veut monter d’un cran sur l’échelle de la qualité va, à mon sens, bien trop vite. Et brûle les étapes en quelque sorte. Ne devient pas cru qui veut et il ne suffit pas de baguettes magiques pour y arriver. Trop souvent, on pense que monter d’un niveau permettra de vivre mieux en vendant le vin plus cher. Avant, on devrait se poser la simple question : sommes-nous capables de viser plus haut ? Est-ce que nous sommes prêts à nous forger une discipline, à faire des sacrifices, à nous imposer des règles strictes sous la forme d’un très exigeant cahier des charges ? C’est ainsi qu’il y a des crus communaux récemment sacrés (je ne les nommerai pas par charité chrétienne) qui n’arrivent pas à la cheville de crus déjà installés comme Gigondas, ou même Lirac, l’un sacré en 1971, l’autre en 1947. Ils restent tout simplement à un niveau Côtes du Rhône Villages et on se demande comment on a pu faire, à moins d’un appui politique très efficace, pour les pousser aussi vite vers le star system. Je voulais voir, plutôt sentir, s’il en était de même avec ces fameux et récents wagons à « mention géographique » qui composent le majestueux train de la Vallée du Rhône. Sont-ils aptes vraiment à se positionner face au grand portillon du paradis ?

Les méandres du vin font penser à ceux des malades des ruelles de la Cité des Papes. Photo©MichelSmithLes méandres du vin font penser à ceux des calades dans les ruelles de la Cité des Papes. Photo©MichelSmith

Mais avant toute chose, contrairement à ma réputation de mauvais coucheur, il me faut procéder à un coup d’encensoir. Tout arrive, et pour une fois, je ne ronchonnerai pas… Croyez-moi si vous le voulez, mais rarement la France viticole est capable de nous offrir des moments où tout se passe bien du début à la fin, où l’on a l’impression de travailler dans un lit de pétales de roses (a bed of roses), où tout est mis en œuvre pour que l’on puisse déguster dans d’idéales conditions. La dernière fois, c’était à Bandol en Décembre dernier. Cette fois-ci, en Avignon, les responsables d’Inter Rhône se sont montrés parfaits !

Un tel accueil, une telle opportunité, un tel professionnalisme sera difficile de rencontrer ailleurs. Peu souvent en effet une région viticole est en mesure d’organiser un événement aussi bien huilé qui satisfasse l’ensemble des éternels enfants gâtés que nous sommes, nous journalistes. C’est pourquoi, avant d’attaquer la dégustation dès la semaine prochaine, je tenais à vous recommander le site qui fédère l’ensemble de la Vallée : Vins-Rhône.com !

Michel Smith


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Cork and Skin Côntact Live!

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Cork waiting to be processed

Cork waiting to be processed

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Cork – a seemingly eternal debate
David’s tirade yesterday against cork provoked plenty of reaction. The debate, however, appears to be timeless – David could have written this 15 years ago! In the interim cork has tried to put its house in order with some success. My impression is that I come across fewer corked bottles when opening bottles at home than than I did. However, when judging at the Decanter World Wine Awards, the rejection rate remains unacceptably high.

As part of the Winelovers third anniversary celebrations in Portugal in February we visited an Amorim factory – one that I went to back in 2002. Clearly the company has spent a lot of money on new installations and technology to try to reduce as far as possible the problem of cork taint. What is very difficult to reduce is the variability of ageing that comes from natural corks each having their own individual character, so you end up with very different wines in a case. A variability that increases with age.

As we toured the Amorim factory I was struck by the sense of the amount of money and effort spent to try and overcome the natural imperfections  of cork. If screwcaps or other closures had come first and cork was the new kid on the block it would never have caught on. The fact that you have to wait for 50 years before a cork oak will produce cork of acceptable quality for a wine cork would surely be fatal even before the inherent problems of TCA were tackled.

We may well not yet have found the perfect closure and there may well always be possible improvements but cork is definitely not one of my candidates.

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Skin Côntact Live! 9th March 2015

Richard Hemming

Richard Hemming

Tim Atkin MW – the Jagger of South West London

Tim Atkin MW – the Jagger of South West London

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This was the first public gig of a UK wine band put together by Richard Hemming, who is one of the contributors to Jancis Robinson’s site. As well as Richard Hemming on keyboards, Alex Hunt MW (purchasing director at Berkmann Wine Cellars) played lead guitar, Ben Smith, Head of Communications at Concha Y Toro and formerly of 80s hitmakers Curiosity Killed The Cat was on bass, Matt James, founder of The Bordeaux Cellar and formerly of 90s indie band Gene on drums and Nick Bielak, director at Vinexus and Skin Côntact’s sax man. Anne McHale MW, wine education specialist at Berry Bros & Rudd, and Helen Chesshire, founder of The Chesshire Set, provided the backing vocals.

The band was fronted by a procession of celebrity singers: Tim Atkin MW, Charles Metcalfe, David Williams, Anne Jones, Ewan Murray, Lucy Britner and Joe Wadsack.

Not only was this a really fun evening but over £10,000 was raised for Wine Relief, part of Comic Relief. Although billed as a one-off it will be surprising, given the event’s undoubted success, that there won’t be further Skin Côntact gigs.

The event was sponsored by InterRhône.

Backing vocals from The Red Sisters

Backing vocals from The Red Sisters: Anne McHale MW and Helen Chesshire

Joe Wadsack

Joe Wadsack

J-Elvis1

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