Les 5 du Vin

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La Cité du Vin à Bordeaux

 

Dans certains cercles snobinards du vin, le « Bordeaux bashing » est à la mode. Cela est aussi stupide que n’importe quelle mode. Quand je pense qu’il y a de nombreux cavistes et restaurants à Paris qui ne veulent même pas entendre parler d’un vin de Bordeaux, je mesure la profondeur des ces préjugés idiots. Bordeaux à aussi beaucoup souffert, selon le secteur, des récentes gelées et mérite à ce titre toute notre sympathie en ce moment, car ce ne sont pas que les fortunés qui en ont souffert.

Dans les vins de Bordeaux, une des choses qui m’impressionne, plus encore que le crus classés et consorts qui sont souvent des monuments de finesse et de longévité, est la largueur de la fourchette des prix pratiqués. Il est quasiment impossible de trouver un vin buvable en Bourgogne à moins de 10 euros, alors que Bordeaux abonde d’excellents vins dans cette zone de prix.

Mais il y a aussi la ville de Bordeaux et sa somptueuse architecture, son urbanisme civilisé et accueillant pour le piéton, et, d’une manière générale, son dynamisme actuel. Le touriste ne s’y trompe pas en faisant du capitale de la Gironde sa destination française préférée après Paris.

J’ai visité à trois reprises récemment la Cité du Vin à Bordeaux, passant chaque fois entre deux et trois heures très agréables dans ce lieu étonnant et globalement très réussi. Là aussi, le succès est au rendez-vous car la fréquentation semble tenir les ambitions annoncés, de l’ordre de 450,000 visiteurs par an. Fin 2016, sept mois après l’ouverture, le chiffre avait déjà atteint 216,000 visiteurs payants et je crois qu’il a maintenant dépassé les 340,000. Son nom complet est « Fondation pour la culture et les civilisations du vin », ce qui dit pas mal de choses de l’ambition du projet.

L’aspect extérieur de ce grand bâtiment étonne, comme d’ailleurs l’intérieur. C’est un parti-pris architectural osé, que tout le monde n’aimera pas (des noms à tendance scatologique circulent, mais peu importe) mais la chose fonctionne très bien à l’intérieur pour le visiteur, à quelques détails près. On peut visiter librement tout le rez-de chaussée qui inclut, outre des lieux fonctionnels, une vaste librairie et boutique vendant objets liés au vin, un magasin rempli de vins du monde entier et un bistrot à vin servant au moins 24 vins au verre. Des expositions temporaires et des salles de conférences et de dégustation, ainsi qu’une bibliothèque, se trouvent au premier étage, et la vaste exposition permanente, très didactique et souvent créative dans son approche, se trouve au deuxième étage. Certes un professionnel du vin n’apprendra peut-être pas grande chose (mais qui sait ?), mais ce n’est pas lui le cible. Car cette exposition, qui dépend beaucoup d’un système audio-visuel sophistiqué (et parfois fragile) pour chaque section, vise clairement le grand public, et c’est tant mieux. L’espace est vaste, ce qui vous permet de revenir sur vos pas facilement pour voir une présentation qui était occupé par d’autres lors de votre premier passage. Il y a une section importante sur les vins de Bordeaux et leur histoire, ce qui est normal vu l’emplacement, mais l’impression générale est d’une ouverture vers le monde du vin dans son ensemble.

Le ticket d’entrée est de 20 euros, ce qui n’est pas donné mais l’expo est assez vaste et diversifié et vous y passerez facilement 2 heures sans voir s’écouler le temps au dessus du flux de la Garonne. En prime on vous offre un verre d’un de 12 vins du monde entier (la sélection change tout le temps) dans un bel espace au dernier et huitième étage avec une vue imprenable sur toute la région. Si vous avez faim, il y a un bon restaurant au 7ème, ou bien retournez au bistrot au rez-de-chaussée.

Des critiques ? Quelques unes quand même. La partie historique à un côté kitsch qui lasse un peu avec, entre autres, une sorte de mise en scène dans lequel l’inévitable Pierre Arditi fait son numéro et certaines présentations sentent un peu trop le sponsoring. Mais on passe vite à autre chose et il y a de quoi. Sur un plan pratique, la circulation entre les étages n’est pas toujours d’une grande limpidité, vu la configuration du bâtiment et la séparation des ascenseurs et deux blocs en fonction des étages.

Mais j’encourage tout le monde à faire un tour à La Cité du Vin, à Bordeaux, à la prochaine occasion. Le tram passe à côté et s’arrête devant. Sinon la marche le long des quais jusqu’au pont Chaban est un pur bonheur.

Pour plus de détails, y compris sur un programme riche en conférences intéressantes, voici le lien :

http://www.laciteduvin.com/fr

David Cobbold


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Quand le gel fait le vin

En cette période de gelées inopinées et destructrices en plein printemps, il faut peut-être rappeler qu’il est des vignobles où le gel fait le vin. Mais certes pas au débourrement, mais aux alentours de décembre, quand le froid s’installe en Alsace. On y fait encore des vins de glace, de façon traditionnelle, c’est-à-dire récolté après quelques jours de froid intense. On peut en faire plus techniquement, en gelant les raisins récoltés, c’est moins risqué, est-ce aussi bon ? Chez les Haag, on se les gèle pour tout vendanger avant l’aube.

07.00 du matin le 19 décembre

 

Sylvaner Vin de Glace 2008 Domaine Jean-Marie Haag

 

Entre l’or et l’ambre, le vin coule comme un miel liquide, embaumant dans l’instant les narines à l’affût. Les notes fruitées et confites fusent sans discontinuer. Poire fondante et pêche savoureuse, se poivrent légèrement avant de s’enluminer de fleurs d’amandier et d’oranger. Quelques tranches de coing viennent ensuite, couchées sur un lit de pâte d’amande. Mais place à la bouche qui s’impatiente. Son velouté délicat caresse les papilles alanguies, presque en pamoison devant tant d’onctuosité au goût frais de sorbet de pomme et de gelée de mirabelle. Les chairs pulpeuses et suaves des mangues et abricots se précipitent avant les épices. Poivre et cumin s’entendent pour dynamiser ce joyau gourmand tendu d’un minéral qui en spirale dessine ses arabesques jusqu’au V lingual.

 La vendange

Elle se fait dès l’aube, à 7 heures du matin par des températures négatives (-10°C), ce vin est issu de raisins gelés. Ces baies sont immédiatement offertes au pressoir ce qui permet de les maintenir gelées. L’eau prisonnière sous forme de paillettes de glace reste dans le pressoir, seule la quintessence du raisin s’écoule comme un filet d’or.

 

Côté technique 

Le vin titre 12,1° pour 120g/L de sucre et une acidité de 5 g (H2SO4). Les Sylvaner poussent dans des calcaires gréseux. Cela leur donne à la fois de l’élégance et de la fraîcheur.

Le prix départ cave de cette rareté est de 90€.

Le domaine se situe à Soultzmatt à 20 Km au sud de Colmar. Il s’étend sur 6 ha répartis en 31 parcelles au pied du Zinnkoepflé. Ce sont aujourd’hui Jean-Marie Haag et son épouse Myriam qui la dirigent.

  c’est plus riant l’été, le Zinnkoepflé

www.domaine-haag.fr

Ciao

 

Marco


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Une nouvelle Cantillon, la Chouke

Hier, en début d’après-midi, j’ai pu déguster une nouvelle cuvée de la brasserie Cantillon, La Chouke.

Son histoire (un peu tortueuse)

 Après les attentats de Bruxelles, Valérie Lepla qui a conçu et développé le concept du Pistolet Original

Aparté Pistolet : naguère, à Bruxelles, on allait à midi se chercher chez le boucher un pistolet garni, c’est-à-dire un petit pain rond assez volumineux dans lequel l’artisan nous mettait selon notre envie du milan, du jambon, du haché ou notre américain préparé (notre pour notre spécialité belge qui n’a rien à voir avec le tartare de bœuf).

Valérie a voulu retrouver le croquant et la saveur de ce pistolet original qui ne se trouvait plus guère. Depuis quelques années, on peut à nouveau manger cette vieille spécialité au centre de Bruxelles www.pistolet-original.be

C’est donc Valérie (entre Dirk et Jean) qui a lancé l’idée d’un pistolet original style hot dog en utilisant le Zenne Pot, spécialité du chef Dirk Miny du restaurant les Brigittines pour réagir façon bruxelloise à la morosité qui a suivi l’état de choc de la capitale. Un sursaut patriotique salutaire, après quelques jours, on en avait déjà marre de tous ces soldats à tous les coins de rue…

Aparté Zenne Pot : déjà, le nom évoque la capitale belge, car de Zenne  (la Senne) arrose Bruxelles. Les ingrédients font partie de la vie bruxelloise : chou blanc façon choucroute cuite dans la gueuze, boudin noir cuit vapeur, chair grattée de saucisse sèche légèrement fumée, bulot poché.

Tout se passe dans le montage…

Placer un cercle au fond d’une assiette creuse et y déposer la chair de boudin. Le couvrir avec le chou dans lequel on a préalablement intégré quelques miettes de saucisse et morceaux de bulot. De la crème s’ajoute aux jus mêlés qui en coulent et harmonise les saveurs.

Cette recette, Dirk la présente au salon Slow food à Turin.

C’est pas trop facile à manger dans un pistolet, mais c’est savoureux comme une zwanze (blague bruxelloise)  www.lesbrigittines.com

Continuons… un troisième larron, tout aussi bruxellois, Jean Van Roy de la Brasserie Cantillon se devait d’associer une gueuze à cet en-cas bruxellois. Le souci, c’est qu’il fallait attendre pour l’assemblage de sa bière d’avoir suffisamment de lambic de trois ans. Il a donc fallu retarder la sortie de cette nouvelle cuvée du printemps 2016 à cette semaine. Toutefois, rien ne pressait vraiment, parce que l’idée de Jean, c’était et c’est toujours l’envie de faire connaître les lieux bien bruxellois par l’intermédiaire de sa bière. N’oublions pas que la brasserie est connue à l’international et que tous les aficionados, voire les geeks totaux, adorent fréquenter les lieux où l’on peut trouver leur boisson favorite comme au Moeder Lambic – autre lieu culte de Bruxelles, un bar à bières incontournable (en fait il y en a deux, voir le site www.moederlambic.com)

Aparté Lambic : le Lambic est une bière élaborée à partir de 35% de froment et de 64% de malt, complété d’1% de houblon suranné (= âgé de 2 ans). L’ensemencement se fait de façon spontanée par les levures «sauvages» présentes dans le milieu ambiant. Elle est mise en fûts et y vieillit minimum 1 an, au maximum 3 ans. La gueuze est l’assemblage de Lambics de 1 an, 2 ans et 3 ans. www.cantillon.be

La Chouke

 

Déjà, le nom, qui n’évoque certes rien pour les non-Bruxellois, veut dire mon petit chou, ma petite chérie ou mon petit chéri, un mot affectueux renforcé par le suffixe ke (petit). Son assemblage diffère quelque peu d’une Gueuze classique de chez Cantillon qui combine environ 45% de fûts de 1 an à des futs de 2 et 3 ans pour en faire une bière dont l’âge moyen à la mise est de 24 mois. La Chouke assemble des futs des trois années à part égale, ce qui fait monter l’âge moyen à 28 mois. C’est par conséquent une bière plus mature que la Classique.

D’autre part, le fût de 2 ans est un ancien fût (pas de fût neuf chez Jean) d’Armagnac, ce qui a deux effets, le degré alcoolique un rien plus élevé, la Classique titre 5,5°, alors que la Chouke offre 6,5°. Ce qui génère un deuxième effet, une douceur ou une rondeur assez inhabituelle dans la gamme Cantillon.

C’est une jolie mousse nacrée qui tient bien à l’orbe du verre.

Un nez frais aujourd’hui peu expressif, mais qui nous offre déjà des perceptions délicates d’agrumes et de fruits secs.

En bouche, elle est assez douce et parle en premier de torréfaction avec des mots justes noisette ou biscuits aux céréales nappés de gelée de groseille, constellés d’éclats de noix verte. L’acidité se fraie un chemin entre l’onctuosité et l’ampleur de la bière, se fait rattraper par l’amertume en fin de bouche, celle du houblon.

Mais il faut y revenir plusieurs fois pour bien s’en imprégner (et pas imbiber, mauvaises langues!) et se laisser conquérir par son élégance, son raffinement. Qualités qui s’amplifieront avec le temps. Comme il est écrit sur la contre-étiquette, attendez 20 ans avant de la boire et vous verrez.

Petit bémol après vous avoir donner envie

Il faut faire le déplacement à Bruxelles pour en boire, elle n’est disponible qu’aux Brigittines et au Pistolet Original.

 

Allei ciao bande de zievereirs 

Marco

 

 


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Délicieux Faugères, espiègle Languedocien

Il ne faut pas attendre la mi-février pour parler d’amour, la preuve, à Faugères, on peut en parler toute l’année…

Amour 2013 Faugères Domaine Prés Lasses

Rubis aux nuances sanguines, il brille comme un joyau dans le verre. À le respirer, on le croit sorti tout entier de la garrigue, avant qu’il ne s’écrase dans les compotes fruitées. Le serpolet et le romarin se maculent de fraise et de cerise, le cade et le ciste se colorent de figue noire et de prune sombre.

En bouche, le charnu des fruits nous apporte ampleur et volume. Sphère délicate aux contours moelleux qui semblent sucrés sans l’être. La fraîcheur doit beaucoup au minéral qui vient tendre sur sa portée cristalline toutes les notes parfumées. Équilibre subtil des accroches terriennes et des envolées aériennes reliées par le fil gracile de la vivacité aux accents d’agrumes. Un vin aux plaisirs subtils. Nous ferait-il la cour…

Il est souvent risqué de se laisser prendre au jeu des étiquettes suggestives. Ici, Amour, Pré Lasses, il y a de quoi en tête à tête amoureux faire passer un message sans équivoque. Et celui-ci, après quelques gorgées devrait passer haut la main, vu la qualité du vin. Mais, ce n’est pas toujours le cas, on se laisse souvent abuser par le mot croustillent ou le jeu de mot grivois qui définit une cuvée comme Préliminaires, J’en Veux ou Gama-Sutra qui encore sont de bons vins. D’autres, dont j’ai oublié le nom, n’ont d’amusant ou de croquignolet que l’étiquette…

Revenons aux vins

Vinification : le Grenache domine la cuvée à 70%, complétés de 20% de Syrah et 10% de Cinsault. Les vignes sont âgées de 10 à 30 ans et poussent sur schistes. Elles sont conduites en mode biologique. La vendange manuelle se fait en caissettes. L’élevage dure 11 mois en cuves.

Quant au nom du vin, la première cave du domaine se situait Rue de l’Amour – tout un programme…

Située à Autignac, la propriété compte une trentaine d’hectares dont 26,5 ha en culture. Ce sont aujourd’hui Denis Feigel et son fils Boris qui dirigent le domaine.

Avec quoi le boire

Si ce rouge délicat apparaît tendre et subtil, il n’en possède pas moins un caractère bien trempé qui ne rechigne pas devant une pièce de viande. Par contre, sa légèreté d’esprit, son fruité langoureux lui permet aussi de charmer les légumes grillés à la plancha par exemple ou une assiette d’aubergine à la parmesane. Sans oublier le veau à toutes les sauces.

Pour ce qui est d’avec qui, je vous en laisse libre choix.

 

www.pres-lasses.com

Ciao

 

Marco


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Découvertes en Vallée du Rhône 2017, un moment de détente très active

Comme tous les deux ans DVR (comme aiment à l’appeler les coutumiers de l’évènement) se tenait du 10 au 13 avril. Je ne sais pas pourquoi, cette année, j’ai eu l’impression d’une édition beaucoup plus détendue que d’habitude. Certes le temps au beau fixe (sauf petit intermède Mistral le mardi) y était pour beaucoup, mais plus incontestablement la nouvelle organisation. Elle présentait la moitié des appellations sudistes le lundi et l’autre moitié le mardi, cela nous a donné le sentiment de pouvoir en faire plus.

                                                                                                                       Thomas O’Brien © http://www.thomasobrien.fr »

 

Ce qui a fait qu’on était cool

Pour ne pas commencer au saut du lit par le marathon des dégustations, nous nous sommes rendus, en ce beau matin du lundi 13 avril, à la Maison des vins, où officiait l’impétueux et non moins célèbre Sommelier du Monde Andreas Larsson.

Marie-Lou nous en avait parlé, nous n’avons pas été déçus. Il nous a présenté quelques jolis flacons à la fois prestigieux et anciens, du moins pour les rouges, dont un remarquable 2003 et un non moins splendide 2007. De quoi entraîner nos papilles avant le grand challenge des quatre jours.

C’est tout guillerets que nous sommes, après cet avant-goût, allés d’un pas décidé vers le Palais des Papes.

Je parlerai des dégustations sud puis nord prochainement.

                                                                                                                         Thomas O’Brien © http://www.thomasobrien.fr »

Au Palais des Papes, seules deux salles ouvraient leurs portes à la dégustation, la Grande Audience et la Grande Chapelle. Pas plus. Ce qui nous a vraiment conforté dans l’idée qu’on allait pouvoir tout déguster, tout en sachant que c’est impossible, vu le nombre d’exposants, pas moins de 600.

À midi, quel bonheur, déjeuner au soleil, il faisait facilement 28°C. Et puis, une très agréable surprise, Inter Rhône avait misé sur les artisans et les produits régionaux pour satisfaire nos faims d’ogre après une matinée tannisée. Il y avait même au sein du buffet sud notre vieil ami Serge de Carpentras et sa fameuse brouillade aux truffes (gâté, gâté). Variétés de pains, d’huile d’olive, d’olives, de fromages, c’était vraiment top d’y bronzer un verre de blanc à la main, une assiette délicieuse devant soi.

Pareil au nord, le dernier jour barbecue local aux saucisses légèrement fumées. On a envie de gras quand on déguste, sans oublier les légumes…

La veille, le jeudi, nous nous sommes fait plaisir en pique-niquant à la Chapelle de l’Hermitage. Pique-nique proposé par Fabien Louis, du bar à vins Les Terrasses du Rhône à Tain http://www.ausommelier.com. Très sympa, temps superbe, et vins en accord avec l’ambiance et l’atmosphère, une belle détente avant d’aller à Mauve déguster les St Jo, les Cornas et les St-Péray.

Et certains soir, on s’est même payé le luxe de se faire une dégustation exotique de vins étrangers chez Alain Graillot qui en importe avant de rejoindre une soirée plus locale pour savourer par exemple du cochon de lait. Plat qui ne nous éloignait toutefois pas trop du cochinillo ibérique. C’était au restaurant les Tournesols, le chef, Cyril Jamet, nous l’avait passé au four avec amour.

Déguster à longueur de journée est un exercice assez fastidieux, avant tout pour les jambes et le dos, on reste debout aux mêmes endroits, c’est ce qui est fatiguant. Les papilles encaissent aussi, mais une bonne bière et c’est reparti.

Alors, avoir le bonheur de se détendre comme cette fois, merci pour la bonne surprise!

À dans deux ans!

Ciao

 

Marco


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David

 


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La Grèce et sa richesse ampélographique (2)

Après un voyage dans les iles grecques la semaine dernière, je vous amène cette semaine sur la partie continentale de ce pays de montagnes entourées par la mer. Il s’agit de la suite de ma dégustation de vins grecs qui avait lieu le 27 mars dernier chez le restaurateur Mavrommatis, à Paris. Nous allons voyager du sud vers le nord, et d’ouest en est, partant du Péléponnese ou j’ai dégusté plusieurs vins intéressants, aussi bien dans la catégorie IGP que dans celle des AOC/AOP, car on trouve les deux en Grèce, comme en France.

Péloponnèse

Domaine Mercouri

Le Domaine Mercouri se trouve dans la partie occidentale de le péninsule d’Ichthis, à une trentaine de kilomètres d’Olympe. Un lieu béni des dieux, en quelque sorte ! Le domaine existe depuis plus de 150 ans et s’est fait une réputation autrefois pour ses vins, son huile d’olive et ses raisins secs. La famille Mercouri a aussi importé des pieds du cépage Refosco de la région de Frioul en Italie.  Après plusieurs phases de modernisation, le domaine est actuellement entre les mains de deux frères issu de la 4ème génération. Les vins dégustés étaient tous de la catégorie IGP. J’ai nettement préféré les rouges aux blancs.

vins blancs

IGP Péleponnèse, Foloï 2016. (cépages Roditis et Viognier / prix 12 euros)

Tendre, au fruité léger, bien aidé dans sa fraîcheur par un peu de CO2. Plaisant et simple.

IGP Ilia, Kallista 2015. (cépages Assyrtiko et Robola / prix 16 euros)

Le Robola a bien arrondi les angles de l’Assyrtiko dans l’assemblage. Une touche d’amertume en finale. Pas mal, mais cela ne m’a pas fasciné.

vins rouges

IGP Letrini, Domaine Mercouri 2014 (cépages Mavrodaphne et Refosco / Prix 19 euros)

Sa belle qualité de fruit rend ce vin très juteux. Cela est bien soutenu par des tannins fins et enrobé par une certaine rondeur qui m’a semblé provenir en partie d’un peu de sucre résiduel.

IGP Ilia, Avgoustiatis 2014 (cépage Avgoustiatis / prix 24,50 euros)

Vin intense et juteux, avec une très belle qualité de fruit et une excellente équilibre entre tannins et acidité. Long aussi. Très bon.

Domaine Papagiannakos (IGPs Markopoulo, Attiki et Péleponnèse)

vins blancs (je n’ai as aimé le rouge présenté)

IGP Markopoulo, Savatiano 2016 (Prix 12 euros)

Un joli vin blanc du cépage Savatiano, issu de très vielles vignes sur sols calcaires.Ce fin allie bien finesse et force.

IGP Attiki, Malagousia Kalogeri 2016 (prix 14 euros)

Un autre bon blanc mais dans un style très différent, bien parfumé. Le cépage Malagousia semble se situer entre un Muscat et un Viognier en profil.

 

Domaine Skouras, IGP Péleponnèse et AOC Nemea

Le cépage Agiorgitiko (ou St. Georges) est assez connu et produit de grands vins rouges dans et autour de la partie orientale du Péléponnèse, entre autre dans l’aire de l’AOC Nemea. Mais j’ai trouvé les trois vins de ce domaine que j’ai dégusté un peu dur, soit anguleux, soit trop boisés. La zone de prix, qui les situe entre 16 et 33 euros permettrait de trouver bien mieux.

Domaine Parparoussis, AOC Nemea

Pas aimé non plus son Nemea. Austère, amer et peu net au nez. Et bien trop cher à 35 euros.

Macédoine

Le cépage rouge roi de cette région est le Xinomavro, mais il ne semble pas facile de dompter ses tannins féroces qui paraissent souvent d’une sécheresse redoutable.

Domaine Kir Yanni

Je n’ai pas tout aimé dans la gamme des 4 vins rouges présentés par ce domaine, et je n’ai dégusté ni le blanc ni le rosé.

vins rouges

AOC Amyndeon, Kali Riza 2014 (cépage Xinomavro / prix 17 euros)

Un joli nez parfumé entre fruits et fleurs. Les tannins sont d’une puissance moyenne mais restent assez secs en finale. Forte acidité aussi, ce qui renforce l’impact des tannins.

AOC Naoussa, Ramnista 2012 (cépage Xinomavro / prix 22 euros)

Nez intense et très typé dans une gamme d’odeurs sombres. La chaire est relativement juteuse sur un fond tannique. Bonne longueur. Il faudrait être patient je pense.

 

Domaine Diamantakos

vin blanc

IGP Imathie, Preknadi 2016 (cépage Preknadi / prix 19 euros)

Le millésime 2016 de ce vin est bien plus agréable que le 2015 que j’ai trouvé lourd et alcooleux. Ce vin est frais et fin, avec du caractère qui vient avec la touche d’amertume en finale.

vin rouge

AOC Naoussa 2012 (cépage Xinomavro / prix 23 euros)

Le nez est bien plus parfumé que la plupart de vins de ce cépage que j’ai dégusté. Floral et délicat au palais aussi. Les tannins et l’amertume sont maitrisés ici.

J’ai aussi dégusté un 2103 du même vin, dans la continuité, aussi parfumé mais avec plus de structure.

Domaine Kechris

Ce domaine travaille beaucoup (mais pas exclusivement) avec un type de vin très traditionnel en Grèce : le Retsina. Si vous avez une mauvaise opinion du type, je vous encourage de goûter leurs vins !

vins blancs

Retsina Kechribari 2016 (cépage Roditis / prix 10 euros)

Vin parfumé et tendre, la touche de résineux étant délicate et bien intégrée.

Retsina, Les Larmes du Pin 2016 (cépage Assyrtiko / prix 22 euros)

Voilà un vin qui blufferait tout le monde ! Nez splendide, aussi expressif que subtil. L’élevage lui a apporté finesse et rondeur. Vin superbe.

Je l’ai nettement préféré au 2015 du même vin, au boisé plus marqué.

vin rouge

IGP Macédoine, Syllogi 2013 (cépage Xinomavro / prix 17,50 euros)

Un joli vin, plus fin que la plupart que j’ai dégusté issu de cette variété. Parfumé et assez long, avec un fruité attrayant autour de sa structure. Il rajoute une belle dimension par sa texture à une jolie fraîcheur.

 

Thessalonique

Domaine Gerovassiliou

Ce domaine se trouve en bordure de la mer et sur des sols essentiellement sablonneux sur fond calcaire. J’ai beaucoup aimé son vin rouge, issu d’un assemble de trois cépages.

IGP Epanomie, Avaton 2012 (cépages Limnio, Mavrotragano et Mavroudi / prix 32 euros)

Vinifié en cuves bois avec un macération pre-fermentaire à froid et pigeage après la fermentation alcoolique, puis un élevage en barriques pendant 12 mois. Le boisé reste encore marqué mais il y a une très belle matière, intense et longue. Vin ambitieux et très bien fait. (16/20)

Voilà, c’est tout pour l’instant. Nous partons à Cassis, avec Hervé et mon collègue Sébastien pour d’autres aventures que nous vous raconterons prochainement.

 

David