Les 5 du Vin

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To visit: Le Pas Saint Martin, Saumur and Anjou!

Laurent Charrier (Le Pas Saint Martin, Saumur and Anjou)

Laurent Charrier (Le Pas Saint Martin, Saumur and Anjou)

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I’m afraid I tend to treat Doué-la-Fontaine, on the border between Saumur and Anjou, as a series of roundabouts to negotiate when heading to or heading back from the Layon. Although it is the home of Moulin-Touchais, Doué-la-Fontaine is rather far from being one of the Loire’s well-known wine producing sites as it falls between two stools – the area around Saumur, especially Saumur-Champigny, down to Brézé and across to Le Puy Notre Dame. So I was very pleased to ‘discover’ Domaine du Pas St Martin at January’s MillésimeBio. I use ‘discover’ advisedly as the family (Charrier-Massoteau) records, going back to 1700, show that they have been involved in making wine since at least that time.  Doubtless back then the family were involved in polyculture rather than specialising in wine.

‘Le domaine tire son nom de la Croix du Pas Saint Martin, petite construction de pierre élevée en bordure du bois de la pierre frite. Elle était au moyen âge, la dernière étape pour les pélerins de saint Jacques de Compostelle, avant l’arrivée dans la cité mariale du Puy Notre Dame.’

The domaine converted to organic viticulture in 1996 and today has 16 hectares of vines (a mix of Chenin Blanc and Cabernet Franc) – some in AC Saumur (to the east of Doué) and some in AC Anjou. I was impressed by the wines I tasted and will have to try and fit in a visit to the domaine during 2015, so as to get to know the area around Doué a little better.

Tasted:

White: 

2014 Le Pierre Frite, Saumur
My notes (which I trust are accurate!) indicate that this had been bottled a couple of weeks before MillyBio. In a sec-tendre style with good texture and length.

2013 Jurassic, Saumur
Vinified and aged in old wood, very clean and pure.

2013 Le vent dans les saules, Anjou
From vines planted on schist, clean , some tension

2013 les milles rocs, Anjou 
Some honey, weight and more concentration than Le vent dans les saules

Reds:
2012 Le Pierre Frite, Saumur
Mid weight and texture, attractive easy drinking red, a touch herbal

2009 Les Charbonnières, Saumur
Rich concentration of fruit but a bit soupy

2011 Les Charbonnières, 2011
Attractively textured, better balance of fruit and acidity than in the 2009.

2009 Faucon Noir, Saumur 
Named after Foulques Nera (Count d’Anjou), suitably dark, dense and concentrated, structure with tannic grip in finish – needs more time, although with food this would doubtless be different.

2011 Faucon Noir, Saumur
Again I preferred the 2011 to the 2009 Faucon liking its texture and finding it more expressive for the moment than the 09.

 

Recently appointed to handle the domaine's commercial side.

Recently appointed to handle the domaine’s commercial side.

 

JIM


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L’alcool et le vin : les raisins de l’escalade

Nous savons tous que le vin contient de l’alcool. Il fait même partie de sa définition officielle par l’OIV. Pour certains, ce composant constitue une bonne partie de l’intérêt du produit. Pour d’autres, comme moi, c’est plutôt un associé inévitable mais peu désirable qu’on aimerait voire disparaître, ou en tout cas diminuer en proportion.

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Si le degré d’alcool doit être affiché sur tout contenant et pour quasiment tous les marchés, il existe une tolérance quant à l’écart entre le pourcentage affiché et la réalité. En Europe cette « zone de tolérance » est de 0,5%, tandis qu’aux USA elle atteint 1% pour les vins qui dépassent 14% et 1,5% pour les vins ayant moins de 14%. Autrement dit, en Europe, vous avez le droit de libeller un vin ayant réellement 15% d’alcool avec une mention 14,5%, et on ne s’en prive pas.

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Cela dit, je ne suis pas un obsédé du degré. Le plus important est que le vin apparaisse équilibré et qu’il ne donne pas une sensation de chaleur sur le palais quand je le déguste. Il est vrai que certains vins de 12,5% peuvent sembler trop alcoolisés, tandis que d’autres de 14,5% donnent un bien meilleur impression d’équilibre et de fraîcheur. Je pense aussi qu’il est essentiel de déguster un vin avant d’apporter un jugement sur son équilibre et d’éviter de regarder les détails de l’étiquette en premier lieu.

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C’est un fait que le degré moyen de presque tous les vins est en hausse sensible depuis une bonne vingtaine d’année. Les taux d’alcool indiqués sur les étiquettes de bouteilles de vin tournaient souvent autour de 12,5 % alors et. en remontant bien plus loin, les grands bordeaux ne dépassaient que rarement les 11 degrés. Maintenant la norme pour ces vins est plutôt entre 13,5 et 14,5 degrés d’alcool. On parle souvent du réchauffement climatique comme étant largement responsable de ce fait. Mais les faits ne permettent pas de soutenir cette thèse. Une récente étude a analysé les vins distribués par le monopole de la province canadienne d’Ontario, le Liquor Board of Ontario (LCBO), qui est un des plus grands acheteurs de vin au monde. Quand les résultats étaient comparés avec les augmentations des températures moyennes dans les zones de production, les degrés d’alcool dans les vins avaient augmenté bien plus que ne pouvait être expliqué par des modifications climatiques. Il y a donc d’autres causes.

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Le marché mondial de vin croit aujourd’hui uniquement par l’apport de nouveaux consommateurs dans des pays qui n’étaient pas des marchés importants pour le vin il y a une génération. Ces consommateurs buvaient surtout  de la bière, des alcools forts et/ou des jus de fruits ou sodas, seuls ou en mixtures. Tous ces produits ont peu ou moins de tannins qu’un vin rouge traditionnel, et donnent toujours des impressions de rondeur ou de sucrosité plus importants que les vins d’autrefois. Puis des critiques de vins ont émergés dans ces pays, eux aussi venus de cette culture. Et ils ont encensé des vins ayant un caractère fruité prononcé et une rondeur venant d’une certaine richesse alcoolique. Alors on s’est mis, un peu partout, à cueillir les raisins plus tard et à imaginer des techniques pour maximiser l’extraction de saveurs  fruitées sans avoir ni trop d’acidité ni trop de tannins. Un des résultats de cela est une augmentation des degrés d’alcool. Et ce n’est pas totalement neutre pour le consommation du vin, qui chute en France pour plusieurs raisons, mais peut-être aussi un peu à cause de ces bombes alcoolisés dont on peine à avaler un verre.

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Bien sur le climat joue aussi un rôle. Les vins issus de climats chauds ont toujours tendance à contenir plus d’alcool. Le cépage aussi y contribue, car certains variétés ont besoin de rester plus longtemps sur la vigne que d’autres pour atteindre une pleine maturité. Certains génèrent naturellement plus de sucre que d’autres dans une même zone climatique. On voit cela avec le merlot à Bordeaux qui produit régulièrement des degrés bien plus élevés que les cabernets, et des vins de la rive droite qui atteignent les 15% ne sont plus des raretés. Une des conséquences et une augmentation de la part de cabernet franc dans beaucoup de domaines du secteur. Une autre variété qui est particulièrement problématique est le grenache. Je me méfie de plus en plus des vins du Rhône sud par exemple, à cause de leurs degrés qui atteignent régulièrement les 15% et qui peuvent certaines années largement dépasser ce niveau. C’est pour cela que je trouve la règle qui imposent pour l’appellation Côte du Rhône, par exemple, un minimum de 40% de cette variété  totalement débile et inadapté. De plus en plus de producteurs plantent des variétés moins productives en sucre, et l’INRA les aide en travaillant sur cette question et en produisant de nouvelles variétés comme le caladoc, le marselan ou le couston.

Cette réflexion générale m’a été inspiré par la dégustation récente d’un vin délicieux qui semble faire exception à la règle qui voudrait que bonne maturité va nécessairement de paire avec degré élevé.

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Il est vrai que les vins de Loire ont tendance à être nettement moins alcoolisés que d’autres. Mais nous n’avons pas beaucoup l’habitude d’une  touche aussi légère avec ce cépage. Cet exemple nous prouve qu’un vin peut être à la fois foncé de robe, tannique, frais, mûr, afficher moins de 12° d’alcool, et provenir  d’un millésime pas loin d’être désastreux, 2013.  On doit ce petit merveille aux Marionnet, père et fils, vignerons émérites et créatifs de Touraine. Les amateurs de vins de Loire connaissent bien ce nom qui nous a habitués depuis longtemps à ses sauvignons et gamays régulièrement délicieux. Cette fois, c’est le côt (mieux connu sous le nom de malbec) qui est à l’honneur, en version « non greffée », c’est à dire franc de pied et donc exposé au phylloxéra. Faut-il y voir une relation de cause à effet ? Peut-être, et on se fera un plaisir d’enquêter sur la question. En attendant, on a pris beaucoup de plaisir à croquer dans ce fruit intense et juteux, dans ces tanins fermes mais mûrs, parfaitement pris dans le fruit, avec une sensation de légèreté un peu paradoxale pour ce cépage réputé viril. Du bel ouvrage, et un tour de force vue les conditions du millésime. Une vingtaine d’euros qui se  justifient amplement. Et nous avons hâte de déguster le millésime suivant !

David Cobbold


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#Carignan Story # 263 : Zoé, à la rencontre de Fernand.

Zoé, c’est un prénom bien sympathique. Venu du grec, il désigne la vie, tout simplement. Mais c’est aussi le nom donné à la cuvée du (petit) négoce des frères Parcé. Elle existe depuis 5 ou 6 ans, peut-être un peu plus, et elle m’a toujours enchanté pour son approche directe, sans fioritures, son sens bien alerte du plaisir simple. Jusque-là, elle était plus ou moins dominée par le Grenache noir, le Carignan venant en appui avec probablement d’autres bricoles occasionnelles. Tirée la plupart du temps de raisins de la Vallée de l’Agly, côté Maury, elle a fait sensation dans les bistrots où l’on pouvait la siffler à moins de 20 € ou chez les cavistes où elle se situait autour de 6 €. Un vin à boire, quoi.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

L’autre jour, j’ai croisé Marc Parcé, devenu depuis longtemps son propre commercial, toujours aussi pressé au point qu’il m’a klaxonné pour que j’aille plus vite. Rien de plus normal, nous allions au même endroit, à son dépôt de Rivesaltes où, comme lui, mes amis et moi stockons les cartons de notre maigre récolte du Puch. C’est ainsi que j’ai échangé une bouteille de Puch 2013 contre une Zoé 2013. « Tu vas voir, me lance-t-il, grand seigneur… Cette fois, c’est du Carignan, un vin que j’ai dédié à Fernand Vaquer ». Fernand est un vigneron exigeant et légendaire natif du village de Tresserre, dans les Aspres, où sa belle-fille, la bourguignonne et volubile Frédérique continue l’œuvre lancée à la fin des années 80 par son mari, Bernard, le fils de Fernand. Un personnage que ce Fernand, toujours méticuleux, un peu râleur, aimant le travail bien fait à l’image de son père, Fernand 1er, rugbyman bien connu des années 1920, longtemps dirigeant émérite de l’USAP, l’équipe de Perpignan. Aujourd’hui au repos (il a bien plus de 80 ans), Fernand Vaquer fils a toujours été frotté au Carignan au point d’en faire le cépage emblématique de son domaine, préférant vendre ses bouteilles en Vin de Table plutôt que de respecter le règlement des Côtes du Roussillon qui imposait que l’on se détache du Carignan au profit de dame Syrah. Quand j’ai débarqué dans sa cave la première fois je m’étais fait copieusement engueuler parce que je manifestais l’envie de griller une cigarette. J’ai dû user de beaucoup de diplomatie pour continuer ma dégustation.

L'actuel Fernand, carignaniste convaincu. Photo©MichelSmith

L’actuel Fernand, carignaniste convaincu. Photo©MichelSmith

Ce Côtes du Roussillon Villages Zoé 2013 est irrévérencieux au possible pour la bonne raison qu’avec 80 %, il dépasse largement la dose tolérée par l’AOP. On le trouve notamment en vente sur le site des Caves du Roussillon. Comme souvent avec ce millésime, du moins c’est l’analyse que j’en tire, le vin issu du Carignan n’a pas la souplesse qu’on lui trouve d’habitude. Que l’on se rassure, il est toujours très frais et prometteur ce qui ne m’empêche pas de lui trouver un poil de dureté. Non pas une réelle verdeur, mais une forme d’âpreté que l’on pourrait attribuer aux tannins parfois végétaux du Carignan. Mais j’arrête-là car on pourrait croire à me lire que ce vin n’est pas intéressant. Or, c’est tout le contraire car le fruit tant désiré, le côté charmeur du Carignan, pointe le bout de son nez et ce vin devient bien plus souriant que la première impression pouvait le laisser penser. Tout cela s’atténue encore au bout de 48 heures, ce qui me rassure et me pousse à recommander de ne pas ouvrir cette bouteille – comme d’autres – avant que le vin ne fasse ses pâques en bouteille, c’est-à-dire d’ici Avril. Et puisque Avril est un peu proche, je conseillerai d’attendre le mois de Juin pour être sûr d’avoir un vin au top de sa forme.

Question solides, on restera sur de la viande (canard et agneau inclus) bien saignante, mais on pourra aussi ouvrir le flacon pas trop chaud ni trop froid (16°) sur une escalivade de légumes, façon Pierre-Louis Marin !

Michel Smith


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Climats de Bourgogne à l’UNESCO : pour quoi faire ?

Si on m’avait posé cette question il a peu de temps, j’aurai été tenté de répondre par une moue dubitative, voire un peu dérisoire. Est-ce que la Côte d’Or a besoin d’une reconnaissance accrue, elle qui vend ses vins à prix d’or, justement ? Mais j’ai bien changé d’avis, ayant maintenant un avis très positif envers cette candidature et toute la démarche qui l’a précédée. Car cette démarche a démarré à peu près à la base et a surtout eu la bonne idée d’impliquer tous les acteurs, non seulement de la filière vin, mais de la région et au-delà. Le dossier de candidature des Climats de Bourgogne, qui a été préparé sur une période d’environ sept ans, est remarquablement compréhensif et a été mené avec intelligence et, pour l’essentiel, sans arrogance par le comité qui en a la charge. Cette candidature d’une partie du Bourgogne viticole représentera la France, avec celle de la Champagne, devant les responsables du classement des sites remarquables culturelles et mixtes à la réunion de l’UNESCO, qui aura lieu fin juin/début juillet en Allemagne cette année.

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Pour mieux comprendre les enjeux, un bref regard sur l’histoire de ce classement international du Patrimoine Mondial s’impose. Tout a commencé dans les années 1960 avec la construction du barrage d’Aswan en Egypte. Devant la menace que l’inondation qui allait suivre faisait peser sur une série de temples et de tombeaux historiques, dont celui d’Abou Simbel est le plus connu, une solidarité internationale a permit d’en sauver une bonne partie, en remontant les temples ailleurs, parfois dans les pays ayant fourni les fonds. En 1972, Les Nations Unis, largement sous impulsion américaine, a adopté le principe d’une charte pour désigner des sites remarquables, aussi bien culturels que naturels, dans une liste officielle de Patrimoine Mondiale, administré par the United Nations Educational Scientific and Cultural Organisation (UNESCO) qui était aussi chargé d’allouer des fonds à leur préservation, si nécessaire. A ce jour, 1007 sites ont été classés, et dans 161 pays différents. Parmi eux, j’ai réussi à compter seulement 13 qui proviennent de régions viticoles (la liste de ces 13 se trouve en bas de cet article), en tout cas ayant une activité principale ou partielle liée à la vigne, mais je peux me tromper car je n’ai trouvé aucune site que les recense complètement.  Trois d’entre elles, pour l’instant, sont en France : La ville de Saint Emilion et ses environs, Le Port de la Lune à Bordeaux, et le Val de Loire. Nul doute que la Côte d’Or, sous sa partie désignée comme « Climats de Bourgogne », mériterait ce classement tout autant.

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Il est significatif, dans le contexte viticole, que la Bourgogne ait choisi d’inclure dans le titre de son dossier de candidature un mot qui nécessite quelques explications, et qui a entraîné des travaux d’historien pour en tracer les origines. Car ce mot climat, qui désigne aujourd’hui une parcelle a vocation viticole, a eu des significations un peu différentes à d’autres périodes. A l’origine il s’agissait de toute un région ou coteau, et pas nécessairement contenant que de la vigne. Mais les bourguignons prétendent être les seuls ayant mis en évidence le rôle précis de chaque parcelle dans la nature des vins qui en sont issus. Je pense que plusieurs régions d’Allemagne, de la Suisse ou de l’Autriche peuvent en dire autant, car toutes sont héritières de la même culture monastique. Mais le débat n’est pas là, même si cette partie contient un grain d’arrogance qui me gêne.  Il est en revanche indiscutable qu’en France c’est la bourgogne qui a poussé ce bouchon le plus loin. Mais est-ce que les français savent vraiment que le vin existe ailleurs, et parfois depuis plus longtemps qu’en France ?

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La semaine dernière, le comité en charge de ce dossier a eu l’excellente idée d’organiser à Paris une colloque de deux jours autour de thème suivante : « La valeur patrimoniale des économies de terroir comme modèle de développement humain ». On pourrait craindre que cela ne verse dans le pompeux, mais ce ne fut nullement le cas. Et ce n’était pas, non plus, une longue plaidoirie pour cette candidature bourguignonne, car les organisateurs ont eu la grande intelligence d’ouvrir très largement le débat et le contexte. Des conférenciers sont venu d’une douzaine de pays différents et ont présenté des cas très variables, dont beaucoup provenaient non pas de pays riches et de régions connues comme le binôme France/Bourgogne, mais de pays pauvres, parfois très pauvres ou en développement. Et les autres productions agricoles n’avait que peu à voir avec le vin : ylang-ylang, riz, safran, tourisme et production arganier ont fait partie du menu. Les thèmes ont touché non seulement au sujets attendus comme patrimoine et conservation, mais aussi aux choses vivantes comme les sociétés traditionnelles et leur survie, les croyances, les bénéfices économiques, les difficultés de gestion, la nécessité de mobiliser et d’animer tout le monde autour d’un projet et, à la suite d’un classement, les dangers d’un trop plein de touristes dans certains cas.

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Dans le cas de cette candidature bourguignonne, un seul exemple suffira d’illustrer l’utilité d’impliquer et de mobiliser un spectre large d’acteurs autour du projet. Pendant longtemps, une guerre à peine larvée à opposé vignerons et autres habitants de la Côté d’Or aux exploitants des carrières de pierre locales, notamment autour du village de Comblanchien. Mais cette pierre est mondialement célèbre et aura probablement prochainement une protection d’appellation. Les projet Climats a donc inclut les carrières dans les opérations de communication en organisant un spectacle dans une carrière qui a attiré plus de 4,000 personnes en juin dernier. Car cette pierre est bien là, sous les vignes, mais parfois aussi en évidence, et il ne faut jamais oublier qu’elle a bâti toutes les édifices remarquables de cette région, qui sont largement mis en avant dans le dossier de candidature. Elle fait donc partie intégrale de l’identité du lieu.

Ifugao rice terracesIfugao terrasses de riz dans le nord des Philippines : un exemple non seulement d’une site remarquable classé par l’UNESCO, mais aussi d’une tentative de préserver une mode de vie fragilisée, ce qui n’est probablement pas le cas de la Bourgogne viticole.

Mais à quoi peut bien servir une candidature à ce classement de sites remarquables ? D’abord à faire prendre conscience, par la population et par les gouvernants d’une région, voire d’un pays, des atouts de leur environnement et héritage, et, du coup, à en prendre meilleur soin à l’avenir. Mais aussi à impliquer toute la population locale dans cette démarche et du coup créer un lien démocratique qui manque si singulièrement dans bon nombre de pays. Dans le cas de la Bourgogne et la Côte d’Or, les effets commencent, très timidement, à se faire sentir : par exemple les panneaux souvent disgracieux, parfois un peu drôles, qui chaque syndicat d’appellation a cru bon apposer aux entrées des villages ont été remises dans un musée. Il reste le chantier, bien plus considérable, des abords des villes et villages qui, comme partout en France, ont été mités par des zones commerciaux et industrielles qui font que plus aucune ville ne possède une identité propre par ses autours, et la Bourgogne n’en fait pas exception. Mais il ne s’agit pas pour autant de « muséifier » les régions classées : juste de trouver un juste équilibre entre pression commercial sans états d’âme et à court terme et vision plus holistique des avantages et du caractère de telle ou telle zone. En cela, et si le vignoble, les villages et villes de la Côte d’Or obtenaient le classement, cette région deviendrait un laboratoire formidable pour une gestion dynamique et réfléchie d’un patrimoine culturelle et viticole qui reste assez exceptionnelle, même si on peut légitimement considérer que la plupart des vins de Bourgogne ne valent pas toujours leurs prix actuels !

Lors de ce colloque, des interventions et plaidoiries de quelques hommes brillants, comme Erik Orsenna ou Jean-Robert Pitte, ont donné une vision large et ouverte sur le monde des aspects humains et culturelles de cette question des sites exceptionnelles, sans jamais l’enfermer dans un discours prétentieux ni vantard. A ce ton raisonnable mais passionné qui a régné pendant ces deux jours, la présidence d’un homme aussi attentionné et modeste qu’Aubert de Vilaine n’y est certainement pas étranger.

Oui, je soutiens la candidature des Climats de Bourgogne, comme je soutiendrai celle d’une région ou pays bien plus modeste, dès lors qu’elle s’avère capable de produire, sur le long terme, un produit qui fait vivre une région sans l’abîmer, et de donner envie aux autres de faire de même.

David Cobbold

 Annexe : liste des 13 sites classés au Patrimoine Mondiale de l’UNESCO et ayant un lien essentiel ou partiel avec une région viticole.

France : Bordeaux (Port de la Lune). St. Emilion, Val de Loire

Italie : Cinque Terre, Langhe/Monferrato(Piemonte), Val de l’Orcia (Siena), Costa Amalfina (Salerna)

Portugal : Haut Douro, Pico (Azores)

Allemagne : Haut Rhin moyen

Autriche : Neusiedelersee-Burgenland

Hongrie : Tokay

Suisse : Lavaux

(et cela fait maintenant 13 !)

 


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#Carignan Story # 261 : Karolina, presque ou pas tout à fait ?

Le Carignan vit une période faste et c’est bon signe car, dans les assemblages, on rencontre de plus en plus de vins marqués à 50, 60, voire même à 70 % par ce bel hidalgo venu chercher fortune dans le sud de la France en traversant les Pyrénées dès le Moyen Âge. Ces proportions, prises entre de bonnes mains, bien sûr, donnent de forts beaux résultats sur un rayon de 300 km allant du Priorat au cœur de la Narbonnaise avec quelques bons points à distribuer sur les meilleurs terroirs du Minervois, des Corbières et du Roussillon. Lorsque le cépage est présent à 75 % dans un encépagement où le Grenache noir joue un rôle essentiel de « liant », parfois même avec un peu de Syrah, voire de Mourvèdre, la perspective d’avoir un vin original reste très forte. C’est encore plus vrai lorsque l’alchimie de l’assemblage résulte d’un choix formidablement qualitatif qui s’offre au vigneron quand celui-ci a pris l’initiative de s’installer dans le cadre d’un terroir majestueux avec de multiples parcelles de toutes compositions et expositions. Jusque là, je m’imposais de ne parler que des cuvées à 90/100 % Carignan, du moins c’est ce que j’ai essayé de faire. Mais cette fois-ci, je vais vous louer les mérites d’un vin carignanisé autour de 70 %. Si je le fais, faut croire que je traverse une semaine plutôt cool. Aussi parce que le vin est bon, pardi !

Photo©MichelSmith

La vallée du Maury. Photo©MichelSmith

Ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai sorti un livre ces derniers mois sur les vignerons rattachés à l’aire d’appellation Maury, un fief Occitan au cœur d’une région Catalane. Un livre dont personne ne parle, bien entendu, dès lors qu’il vante un pays oublié par 95 % de nos compatriotes. Je vous passe les détails à la fois géologiques, géographiques, historiques et politiques, puisque tout cela est fort bien raconté par mon co-auteur, Jacques Paloc, en poste depuis des lustres dans la région pour le compte de l’INAO. Or, en réalisant cet ouvrage l’an dernier, j’ai rencontré un par un une quarantaine de vignerons pour voir ce qu’ils cachaient dans leurs caves. J’en ai cité quelques uns ici l’an dernier et même beaucoup plus si l’on reprend cette chronique dès ses débuts. Car le fait est là : si les officiels vantent en premier les qualités indéniables du Grenache noir dans cette Vallée des Merveilles (c’est le titre du livre), ce couloir naturel sur le flanc occidental des Corbières cache aussi de formidables poches de résistance sous la forme de parcelles d’antiques Carignans qui sont autant de pièces de musée.

Caroline Blonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

Caroline Bonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

À ce stade, vous êtes bien avancés, vous qui venez de vous coltinez deux paragraphes d’introduction… Et de vous dire une fois de plus : « Où diable veut-il nous mener en bateau ? » Voilà pourquoi je propose d’assembler les deux sujets – le Carignan et la vallée du Maury – pour en déduire qu’il y a dans ce secteur, pas forcément revendiquées au sein de l’appellation Maury, de magnifiques cuvées où le Carignan est mis à l’honneur dans des proportions inégales, parfois en IGP, souvent en Vin de France. Parmi les fans de Carignan dans le secteur, nombreux sont étrangers à la région. C’est le cas de Caroline Bonville, une fille de viticulteur Bordelais qui s’est retrouvée propriétaire du Mas Karolina, à Saint-Paul-de-Fenouillet, un bourg jadis très animé à 5 ou 6 km de Maury dans cette vallée qui s’enfonce vers l’Aude et l’Ariège, à une quarantaine de bornes de Perpignan.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

En bonne vigneronne, Caroline - elle vinifie par ailleurs un remarquable Maury « traditionnel », c’est-à-dire doux (en VDN, l’appellation remonte à 1936 et je vous parlerais un jour de la nouvelle AOP Maury sec) -, la dame ne cache pas qu’elle a un faible pour le Carignan des coteaux alentours. Elle ne cache pas non plus qu’elle ne lui accorde pas la totalité de la place qui lui revient dans sa cuvée « L’Enverre », son vin « haut de gamme » revendiqué sous l’ombrelle IGP Côtes Catalanes. Avec 70 ou 75 % de Carignan, selon le millésime, j’estime qu’elle met cependant assez de force et de générosité dans son assemblage pour que la cuvée trouve sa personnalité. Depuis 2007, les raisins proviennent d’une vigne sur schistes du côté de Rasiguères et d’une autre vigne sur marnes rouges, à Maury. Trois mille bouteilles sont proposées chaque année au bout d’un élevage d’un an en pièces de 500 litres suivant une vinification dans les mêmes pièces avec pigeage (au début) et environ quatre semaines de macération.

Photo©MichelSmith

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Carignan aux trois quarts, le 2011 embaume la garrigue et quantité d’herbes sèches, dont le fenouil. Bien concentré en bouche, le vin se fait tendre et vif, le fruit est cuit, équilibré, les tannins sont souples, mais bien en place, sans pour autant donner suite à une grande longueur. Très bonne impression sur de belles côtelettes d’agneau grillées. Goûtée un an auparavant, la version 2012 (70 % Carignan, 25 % Grenache et 5 % Syrah) s’annonçait joliment au nez, avec en bouche des notes fruitées plus éclatantes et une belle fraîcheur étalée jusqu’en finale. Sur les deux vins, l’impression est légère (13° d’alcool affichés) et la matière très agréable, sans aucune lourdeur ou notes excessives de boisé. Une durée optimale de garde ne devrait pas dépasser 6 ans, jusqu’à 10 ans dans une très bonne cave. La cuvée est commercialisée 19 € départ cave, ce qui est un peu élevé à mon sens. Mais il est vrai par ailleurs que la bouteille a beaucoup d’allure. Et les rendements de ces vignes est tellement bas qu’il tau bien trouver le juste prix !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Michel Smith

 


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#Carignan Story # 260 : Millésime Bio 2015, une crème des crèmes

Petit intermède dans le traintrain de ma chronique dominicale, je vais profiter de mon dernier passage à Millésime Bio, à Montpellier, fin Janvier, pour informer sans trop attendre les amoureux du Carignan des dernières avancées de leur cépage chéri. J’ai profité de ce rassemblement pour aller goûter les dernières cuvées de quelques vignerons émérites, la plupart ayant déjà connu les honneurs de Carignan Story, certains depuis fort longtemps. J’aurais aimé en voir plus, mais l’éparpillement des uns et des autres a rendu ma tâche difficile. J’espère que l’on me pardonnera ce manque d’efficacité, mais c’est l’occasion de faire un point avec vous. En outre, je me suis procuré un petit plaisir en signalant, à titre d’information, ceux des vignerons présents qui appartiennent à Carignan Renaissance, une association que je soutiens et qui est ouverte à tous les amateurs de Carignan. N’oubliez pas à ce propos d’inscrire sur votre agenda la date du prochain Carignan Day initié par cette association sans grands moyens : ce sera le Lundi 8 Juin prochain. Chaque amateur carignophile, chaque vigneron dans le monde entier pourra célébrer cette journée à sa façon. Dernière chose : n’hésitez pas à intervenir en rajoutant votre grain de sel si vous avez des choses à dire… Et sans langue de bois SVP !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-À tout seigneur, tout honneur, commençons par le Domaine d’Aupilhac qui, comme chacun sait, a toujours symboliquement tenu à commercialiser son Carignan à un tarif plus élevé que son Montpeyroux pourtant excellent. Juste hommage, selon son auteur Sylvain Fadat, au bon et fidèle vieux Carignan qui l’a aidé à se faire connaître sur l’échiquier mondial. Au début, le Vin de Pays du Mont Baudile était proposé à 1 Franc symbolique de plus que le vin d’appellation. Maintenant l’IGP se positionne à 3 € plus cher que l’AOP ! Le Carignan de Sylvain a gagné en finesse et il atteint une telle notoriété qu’il se commercialise autour de 18 € départ cave, le prix du grand vin qu’il est devenu. Et une leçon pour nos intégristes des AOP qui s’évertuent encore à le marginaliser. « Ce vin vieillira plus longtemps que nous », m’a assuré Sylvain après que j’eus goûté son 2013 intense et noir de robe, doté d’une superbe matière en bouche. De beaux tannins, mais surtout une fraîcheur étale pour soutenir l’édifice. Avis aux inconditionnels : il est prévu plusieurs magnum et jéroboams !

-Autre fan du Carignan, l’Alsacien Marc Kreydenweiss, biodynamiste de la première heure et ami de 30 ans, a sauvé les ceps centenaires de sa propriété des Costières-de-Nîmes, à Manduel, où il coule des jours heureux avec son épouse Emmanuelle. Le résultat, entre autres beaux vins, donne un KA (25 €) élevé en demi-muids pour une production de 3.000 bouteilles d’un Carignan 2012 au nez hyper fin, bien structuré en bouche, armé d’une formidable fraîcheur et d’une grande longueur.

-Au Domaine Les Eminades, sous la conduite de Patricia et Luc Bettoni, le bon vieux Carignan a aussi droit de cité et on le met en bouteilles sous le joli nom de Vieilles Canailles. Après un 2011 à l’opulent nez de garrigue, rond en bouche, soyeux et fort long, le Saint-Chinian 2012 est encore plus dense tout en gardant cette tonicité qui fait sa force. À boire de préférence avant la fin de la décennie, mêmes je suis prêt à parier que le vin tiendra plus longtemps. Membre de Carignan Renaissance.

Photo©MichelSmith

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-Présenté l’an dernier au salon de l’an dernier, le 2011 Quid Novi de l’inénarrable Philippe Richy (Domaine Stella Nova) est toujours à la vente (16 €), et il est loin de laisser indifférent ceux qui le goûtent ! Je reviendrai sur ce personnage dans ma rubrique dominicale. Également une surprenante cuvée Polaris en cours d’élevage à 70 % Carignan complétée par le Grenache. Philippe est membre éminent de Carignan Renaissance.

-Le Carignan du Mas des Quernes, un vignoble franco-allemand, se présente sous l’étiquette Le Blaireau. Après un millésime 2012 remarqué ici même en son temps, le domaine continue sur sa lancée avec un IGP Saint-Guilhem-le-Désert 2014 de toute beauté, frais, dense et bien structuré qu’il convient d’apprécier dans les cinq années qui viennent si l’on veut profiter de son enthousiasme.

-Au Mas Gabriel, un très rare rosé 2014 m’a été présenté. Il est issu d’une seule parcelle de Carignan (35 a) et vinifié en pressurage direct. C’est dense, très pur et d’un fruit exquis (8 €), mais il va falloir foncer pour en acheter ! Sous l’étiquette Clos des Papillons 2014, un fort beau Carignan blanc généralement pur, mais ici complété par du Terret et fait pour une certaine garde, tandis qu’en rouge Les Trois Terrasses (70 % Carignan, le reste Grenache et Syrah, ferme, long, aux tannins soyeux commence juste à se goûter avec plaisir, prêt à attendre plus longtemps si l’on veut. Deborah et Peter Core, d’aimables britanniques, sont membres de Carignan Renaissance.

-Rémi Duchemin, au Plan de l’Homme, en Terrasses du Larzac, a vinifié un magnifique Vin de France 2013 (13 € par 6 bouteilles) tout en éclat et fraîcheur sur lequel je reviendrai prochainement dans cette rubrique. Un domaine hors pair, membre de Carignan Renaissance.

-Au Domaine des 2 Ânes, comme toujours, un Corbières Premiers Pas 2013 de macération carbonique très logiquement Carignan (80 %) ample, souple, épicé et bigrement sympathique (7,20 €). Mais une fois de plus, c’est l’autre Corbières 2013 Fontanilles (8,90 €), à 70 % Carignan égrappé, qui offre un nez envoûtant de garrigue, une fermeté à toute épreuve, avec en signature de jolies notes de cuir et d’épices. Idéal sur un petit gibier.

Photo©MichelSmith

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-Toujours dans les Corbières, aux pieds de la Montagne d’Alaric, le Château La Baronne, conseillé par un œnologue toscan, sort régulièrement des cuvées qui forcent le respect. À partir de la parcelle Pièce de Roche, plantée en 1892 pour moitié en Carignans de clone Riparia Gloire, clone Rupestris pour l’autre, elle produit régulièrement un Carignan de haute-volée généralement tirée à 10.000 exemplaires. La version 2011 (IGP Hauterive) donne un vin épais, puissant et massif, comme à l’accoutumée, mais le 2012 (autour de 26 €, si j’ai bien noté) séduit déjà par la fraîcheur de son fruit et sa grande longueur. Il sera bientôt prêt à boire d’ici 2020.

-Comme je l’ai déjà dit ici même, le Château La Liquière est le plus actif défenseur des Carignans de schiste. J’ai goûté au salon le Faugères 2012 Racines (environ 13 €) qui est probablement le plus bel exemple de ce type : on a de la fermeté, certes, du fruit en pagaille aussi, mais surtout une harmonie rare qui fait que l’on a envie de mettre ce vin en cave pour célébrer d’ici dix ans des retrouvailles autour d’un bon repas. Membre de Carignan Renaissance.

-Un Languedoc 2013 (8,50 €) du Domaine Vallat D’Ezort, entre Sommière et Uzès, m’a fait forte impression même si la présence du Carignan ne porte que sur les deux tiers de la cuvée, le reste étant l’apanage du Grenache, les deux cépages étant vinifiés ensembles. La bouche est droite et le vin joue sur la jovialité, avec ce qu’il faut de fraîcheur pour animer les repas d’été.

-Autre terroir, plus argilo calcaire et très caillouteux, plus caussenard, le Clos du Gravillas, dans la zone où le Minervois tutoie Saint-Chinian, défend lui aussi depuis ses débuts le Carignan, notamment dans une cuvée Lo Vièlh qui concerne des vignes centenaires en très bon état. Le 2013, un Côtes du Brian, est conforme à la règle, associant puissance, rythme et finesse. Désormais un grand classique, membre de Carignan Renaissance.

Michel Smith

 

 

 


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Perpignan, centre du Grenache !

Chacun sait que, selon Dali, la Gare de Perpignan, près de laquelle j’habite, est le Centre du Monde. Depuis trois ans, c’est la ville entière qui pavoise en l’honneur d’un seigneur tout aussi dalinien, le Grenache. J’entends déjà le sifflet des moqueurs. Si je passe de plus en plus pour être un amateur endurci et monogame du cépage Carignan, il faut avouer que je l’ai bien cherché. Mais la réalité est toute autre : Mouvèdre, Cinsault, Terret, Lladoner, Macabeu, Grenache… font partie – aussi – de mes favoris. Et c’est justement ce dernier, le Grenache, blanc, gris et noir, qui m’a fait accepter l’invitation à trahir quelque peu mon Carignan pour venir aux Grenaches du Monde, manifestation organisée avec simplicité et maîtrise, je me dois le préciser, par le maître de cérémonie Yves Zier et l’appui actif du Comité Interprofessionnel des Vins du Roussillon.

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Outre le fait que cela se passait chez moi, plusieurs raisons m’ont attiré vers ce concours. D’abord, de nombreux amis étaient de la fête, en premier lieu notre Marco (pas Polo, l’autre) qui est de (presque) tous les concours. Marlène Angelloz était là aussi qui anime avec fougue l’association Grenache avec son Grenache Day et ses G Nights de folie. Il y avait en plus Michel Blanc de Châteauneuf-du-Pape, Olivier Zavattin, éminent sommelier de Carcassonne et quelques journalistes ou blogueurs, dont l’inénarrable mais si délicate Ophélie Neiman, alias Miss GlouGlou. Bref, j’étais heureux d’être parmi eux et parmi d’autres encore que j’oublie.

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Le Belle Marlène, queen of Grenache. Photo©MichelSmith

Je ne vais pas m’étendre sur le concours en lui-même car vous savez que je ne prise guère la compétition, dans le vin ni ailleurs. Si ce n’est pour dire que notre table comptait, en plus de notre Belge Marc Vanhellemont, un Italien, deux Catalans et un Français au nom british, c’est-à-dire votre serviteur. Une table équitable vu qu’il m’a semblé que les hidalgos étaient venus en force. Comme à Vinitaly il y a quelques années, tout ce beau linge cherchait à m’expliquer les subtilités et à me démontrer l’efficacité des fiches de notations de l’OIV avec ses cases à cocher en fonction de tout un tas de paramètres pour beaucoup assez vagues et stupides… Mais je ne veux pas vous décourager avec mon avis sur le sujet. Finalement, j’en ai fait qu’à ma tête et j’ai été heureux de constater que mon vin favori, dans les rouges, un valeureux Montsant a été médaillé d’or. Pour info, il s’agit du Furvus 2011 du Domaine Vinyes Domènech à Capçanes en Catalogne. Problème à mes yeux de pinailleur pinardier patenté (les fameux trois P !), selon les fiches techniques sur le site du producteur, les millésimes précédents contenaient jusqu’à 40 % de Merlot ! Tandis que sur un site de vente de vins espagnols, le 2011 est présenté avec seulement 20 % de Merlot dans l’assemblage, ce qui est déjà pas mal, au tarif de 16 €. D’après le règlement du concours, les vins d’assemblages sont acceptés à condition que le Grenache soit majoritaire, ce qui signifie qu’avec un vin à 55 % Grenache, je pourrais concourir ! Pour un concours sur le Grenache, je trouve la farce un peu dure à avaler… Je pense que fixer une limite quant à la présence du Grenache au moins à 80 % me paraît urgentissime pour la crédibilité du concours, quitte à avoir moins d’échantillons à étaler. Et si cela ne tenait qu’à moi, je fixerais la barre à 95 % Grenache ! Cela rendrait l’exercice encore bien plus excitant à mes yeux…

Mon feutre remis au goût du jour. Photo©MichelSmith

Mon feutre remis au goût du jour pour la circonstance. Photo©MichelSmith

Voilà pourquoi ces concours, pour aussi sympathiques qu’ils soient, indépendamment de leur parfaite organisation, me font parfois doucement rigoler : on a l’impression qu’il faut un maximum d’inscriptions pour délivrer un maximum de médailles (plus de 70 médailles d’or pour le Grenache, c’est démesuré…) afin de contenter un maximum de personnes. Espérons que ces remarques, que je ne suis pas le seul à formuler, seront prises en compte lors de la prochaine édition qui se tiendra cette fois à Zaragoza, la grande capitale de l’Aragon. C’est Bernard Rieu, le président du CIVR organisateur qui l’a annoncé hier au quotidien L’Indépendant.

Non, Marco n'arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Non, Marco n’arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Franchement, le moment le plus riche dans cet événement qui a attiré une grosse majorité de vins espagnols et français, mais aussi italiens, se passe bien après le concours. Hélas, il faut attendre 20 h pour entrer dans le vif du sujet et dans le somptueux cadre de la Chapelle Saint-Dominique où, en présence de nombreux vignerons catalans et de quelques huiles locales, on peut goûter tous les lots ayant participé au concours classés par couleurs, par types et par pays, toujours avec ce même sérieux qui caractérise l’organisation telle la température des vins parfaitement maintenue. Une expérience formidable qui mériterait une ouverture plus précoce ne serait-ce que pour satisfaire la soif de découvertes qui anime bien des amateurs de vins attirés par cette manifestation. Quatre mini buffets ont permis de goûter une succession de petits plats amusants et parfois surprenants réalisés par le chef Franck Séguret dont la plupart se mariaient sans difficultés avec les vins doux naturels du Roussillon, comme mon préféré, le Maury 1988 Chabert de Barbera de la Cave Les Vignerons de Maury, vrai vin de légende sur lequel je vous dirai plus lors d’une prochaine chronique.

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Et de saluer au passage la toute nouvelle et jeune présidente du cru Maury, Aurélie Pereira ! Moi, je trouve que c’est chouette d’avoir une jeune vigneronne à la tête d’un cru. Alors bonne chance Aurélie !

Michel Smith 

PS J’apprends que Colette Faller, quelques mois après sa fille cadette Laurence, vient de partir vers d’autres cieux que ceux de la crête des Vosges. Le plus difficile dans ces cas-là tient dans un mot : continuité. Cela consiste à maintenir et à développer une entreprise – le Domaine Weinbach magistralement gérée jusque-là par ce trio féminin. Catherine et son fils Théo, seuls à la barre, vont devoir tenir le cap et le franchir pour aller vers une autre histoire. La suite va être aussi passionnante que les débuts de Colette après le décès de son mari. Et comme Théo porte le nom de son grand-père on ne peut que lui souhaiter bonne chance ! Je vais trinquer dès ce soir en souvenir d’une très lointaine visite. Bye bye, Colette ! MS

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