Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


2 Commentaires

Cabardès ou la progression d’une appellation

Les appellations de vin en France sont très nombreuses : bien trop nombreuses à mon avis, mais cela est un autre sujet que j’aborderai peut-être un autre jour. Pour avoir voix au chapitre, que cela soit en France ou, surtout, face à une concurrence mondiale, toutes ces appellations elles n’ont pas d’autres solution que de hausser leur niveau de jeu. C’est un peu comme le XV de France !

Je pourrais prendre plusieurs exemples de réussites, mais aussi d’échecs dans ce domaine. Je vais en prendre un seul et il s’agit d’une réussite dont la preuve m’a été fournie par une dégustation à l’aveugle organisée récemment à Paris pour des professionnels du vin et par les responsables de cette appellation présidée par Miren de Lorgeril.

Il s’agit de Cabardès. Bon sang, mais Cabardès, où est-ce? Et combien de divisions ? êtes-vous peut-être en train de vous dire.

Situation géographique : c’est une des appellations les plus occidentales du Languedoc, sur la ligne de partage entre deux grandes zones climatiques : atlantique et méditerranéenne.  Seule l’appellation Limoux est située un peu plus à l’ouest. La ville voisine du Cabardès est Carcassonne, célèbre pour sa magnifique cité médiévale; la Montagne Noire n’est pas très loin. Un des résultats de cette situation est que l’encépagement autorisé associe cépages atlantiques et méditerranéens, ce qui fournit une palette intéressante pour les vignerons.

Combien de divisions ? Pas beaucoup, car l’appellation ne compte que 450 hectares que se partagent 28 producteurs dont 3 caves coopératives. Mais cette petite appellation a des atouts que je vais essayer de vous démontrer. : elle exporte 50% de sa production et le prix moyen d’une bouteille de Cabardès chez un caviste en France tourne autour de 10 euros seulement. Les vins sont rouges à 85% car la vague du rosé n’en pas encore submergé cette appellation, heureusement !

Alors cette dégustation ? Bien organisé par le Syndicat de l’AOP Cabardès avec le concours d’un spécialiste et de la dégustation et de la statistique, Bernard Burtschy, elle s’intitulait « Les Remarquables 2017 ». On nous proposait de déguster à l’aveugle 22 vins rouges, issus de différents millésimes et choisis par les producteurs eux même pour représenter l’appellation au plus haut niveau possible. L’idée étant de créer de l’émulation en interne, et de montrer, à l’externe, que cette appellation peut produire de très beaux vins. Pour cela la sélection s’est faite avec des cuvées plutôt haut de gamme pour l’appellation, avec des prix qui allaient, pour la quasi-totalité, de 10 à 25 euros. Un seul vin dépassait ce dernier prix.

Et alors ?

Une réussite selon moi. Evidemment tous les dégustateurs n’était pas d’accord sur les meilleurs vins mais on sait bien à quel point la dégustation est une exercice subjective dans lequel entrent bon nombre de paramètres comme, par exemple, son propre goût, son humeur ou forme physique du jour, mais aussi parfois l’ordre de service des vins ou leur température. Collectivement, les membres du jury ont élu ces quatre vins comme « Les Remarquables 2017 »

Domaine de Cabrol – Vent d’Est 2015 (15/20 pour moi)

Château Jouclary – Guilhaume de Jouclary 2015 (14,5/20 pour moi)

Château de Pennautier – L’Esprit de Pennautier 2014 (16/20 pour moi)

Maison Ventenac – Mas Ventenac 2010 (14,5/20 pour moi)

Quelques observations et rajouts à ce constat global. Premièrement j’ai été très agréablement surpris par la qualité de l’ensemble des vins présenté à cette dégustation. Honnêtement, je ne situais pas la qualité de Cabardès à ce niveau-là, comme quoi il faut toujours éviter les préjugés ! Selon moi, le caractère de ces vins était bien plus méditerranéen qu’océanique, car ces cuvées m’ont semblé assez chaleureuses et rondes dans l’ensemble, et certaines avaient aussi une bonne structure de garde. Aucune ne souffrait de tanins verts, en tout cas, même s’il y avait quelques vins un peu faibles.

Je dois dire que je suis assez d’accord avec le résultat donné par l’ensemble des juges : j’ai bien noté les quatre vins en question, même si j’aurais envie de rajouter quelques autres qui m’ont fait très bonne impression et que j’ai parfois préféré comme :

Château Rayssac, cuvée l’Essentiel 2013 (16,5/20)

Domaine de Cabrol, La Dérive 2013 (16,5/20)

Domaine de Cazaban, Coup des C 2013 (15/20)

Maison Lorgeril, Montpeyre 2012 (15/20)

Château Saltis, comme autrefois 2005 (16/20)

Maison Ventenac, Grande Réserve de Georges 2014 (15,5/20)

En résumé, il s’agit d’une bonne opération qui devrait fonctionner aussi bien en interne (et tout cas on peut l’espérer) pour créer de l’émulation qu’en externe pour remonter l’image globale de l’appellation. Dans le détail, deux producteurs m’ont particulièrement impressionnés par la qualité des deux vins qu’ils avaient soumis à nos jugements : Pennautier/Lorgeril et Cabrol.

David Cobbold

 


2 Commentaires

Romagna Albana, ou la Romagne en blanc

L’Albana n’est sans doute pas le premier cépage auquel on pense quand on évoque les blancs d’Italie. Et pourtant, c’est lui qui est à la base de la toute première DOCG de blanc du pays : Romagna Albana, qui fête cette année ses 30 ans. Son aire de production s’étend de l’Adriatique aux abords de Bologne.

Les vignes aux pieds du village de Bertinoro

Cette DOCG  reste d’ailleurs à ce jour la seule de toute l’Emilie-Romagne.

Il s’agit à la fois d’une forme de reconnaissance pour son illustre passé (qui remonte peut-être à la Rome antique, mais plus sûrement à la Renaissance) et pour son aptitude à l’appassimento et à la vendange tardive.

Cépage pâle à grappe étroite, l’albana est apparenté à la garganega du Soave ; comme elle, pour les blancs secs, il a souvent été utilisé en assemblage avec le trebbiano à l’Ouest de la région. Il apporte en effet une bonne structure aux assemblages, car il est riche en polyphénols. C’est un blanc qui se prend pour un rouge, comme disent les vignerons de Romagne.

Entre l’Adriatique et la Toscane

S’il n’est pas forcément très expressif au nez, il présente une solide attaque en bouche, et exprime assez bien les différents types de sols. Ajoutons – et c’est là mon opinion personnelle, que, DOCG ou pas, il y a encore de mauvais vins d’Albana : quand l’astringence se mêle à sous-maturité, le végétal devient vite insupportable.

Ce cépage quelque peu sauvage doit être apprivoisé deux fois – par le producteur, qui lui donnera sa patte, son style; et par le dégustateur, qui devra garder l’esprit et les papilles ouverts, au moins pour les versions sèches – car les moelleux font généralement plus facilement l’unanimité.

Pour illustrer le propos, voici mes notes sur 6 Romagna Albana dégustées tout récemment au salon Enologica de Bologne.

Caviro Romio 2016

Belle robe dorée intense, presque ambrée. Le nez présente des notes de fruits secs assez curieuses qui évoquent l’évolution – alors qu’il s’agit d’un tout jeune vin ; une touche de foin et de fenouil, également ; la bouche, elle, est marquée par l’astringence et une amertume qui ne se fond pas. Démarrage difficile. Par acquit de conscience, je suis revenu sur ce vin une deuxième fois, mais je n’ai pas changé d’avis.

Poderi dal Nespoli Campodora

Robe assez claire, nez entre muscat et sauvignon, avec quelques notes tropicales (ananas) ; la bouche, âpre, nous parle d’épices et d’olives vertes. ☆

Leone Conti La Mia Albana 2016 Progetto 1

Belle robe dorée. Parfum de rose et de litchi, notes minérales et tannins, fumé-grillé, pétrolé, voici un vin qui déménage; et quelle finale saline! La maison Leone Conti, qui produit également de l’huile d’olive et de la farine de froment, possède deux sièges d’exploitations, à Bertinoro et à Santa Lucia. ☆☆☆

Celli I Croppi 2016

Nez de pêche jaune, complété par de l’anis et de la cire d’abeille. Un peu dissociés au départ, l’acidité et le fruit se marient petit à petit sur un lit minéral (grosse promo sur les allégories, cette semaine). L’azienda Celli se trouve dans le magnifique village perché de Bertinoro, près de Cesena. ☆☆

Cantina di Forlì Predappio Volo d’Aquila Passito 2014

Robe ambrée. Le nez hésite entre l’abricot sec, les notes de torréfaction et le marc – j’ai pensé à un Macvin ou à un Pineau des Charentes blanc élevé en bois ; l’ensemble reste élégant, grâce à un bon équilibre entre sucre, acidité, tannins et alcool (14°). Le vin est élaboré par les coopérateurs de Forlì Predappio, au centre de la dénomination. Les raisins proviennent des jolies collines qui entourent Bertinoro. ☆☆

Fattoria Zerbina Scacco Matto Passito 2013

Robe mordorée. Au nez, cela commence par un zeste d’agrume, puis l’on part vers le miel et la crème brûlée ; en bouche, l’acidité et le sucre se fondent très bien (la marque d’un peu de bouteille?), de belles notes rôties de botrytis ajoutent leur lot de complexité. Et cependant, ce vin n’a rien de fatigant, la finale est dynamique, avec un retour de l’abricot, mais dans un registre très frais. Ici, j’ai pensé à un TBA. Enorme. La Fattoria Zerbina se trouve à Faenza; cette cuvée, qui a fait sa réputation depuis 1987, est une sorte de pari; son nom signifie « Échec & Mat ». Elle n’est produite que dans les grandes années. ☆☆☆

Hervé Lalau

 


10 Commentaires

Muscadet et huîtres : un accord classique qui ne marche pas !

Les accords « classiques » ont la vie dure et longue. Parfois ils fonctionnent assez bien, mais, dans d’autres cas, j’ai du mal a comprendre leur justification gustative. C’est le cas de la combinaison hyper-classique du muscadet avec des huîtres. Le muscadet est un vin blanc assez délicat, voire discret et, pour les meilleurs, peu acide. L’huître, avec certes des variations saisonnières et selon l’origine, a un goût parfois bien marqué par le sel, souvent par l’iode, et qui contient pas mal de cette saveur que les japonais ont nommé umami. L’umami, aujourd’hui reconnu par des scientifiques comme un cinquième goût, est autant une texture qu’une saveur et dont la présence de glutamate est un ingrédient essentiel. Il agit aussi comme un exhausser de goût et, dans le cas de l’huître, cet effet est amplifié par la présence du sel. Je pense que cette combinaison est la source de mon problème avec l’accord huîtres/muscadet. En tout cas, le résultat pour mon palais, et que le goût de l’huître domine systématiquement celui du muscadet, qui disparaît presque totalement. Parfois aussi cette combinaison produit un goût métallique assez déplaisant.

J’ai souvent été déçu par un effet d’écrasement du vin par certains plats, et ceci me semble particulièrement vrai avec cet accord qui, pourtant, est constamment reproduit dans des livres ou articles. J’avoue y avoir cédé parfois par facilité. Pourquoi insister alors sur un tel accord ? Une proximité des régions de production des deux produits peut engendrer ce type de solution de facilité. Bretagne pour les huîtres et Muscadet pour le vin blanc est un cas évident. D’autres cas similaires fonctionnent mieux pourtant, comme Sancerre et fromage de chèvre, ou Gewurztraminer et Munster. Mais la proximité géographiques des produits n’est pas une preuve d’un bon accord.

Très récemment, à l’occasion d’une présentation des excellents vins de Muscadet de Jérémie Huchet et Jérémie Mourat, j’ai pu de nouveau expérimenter cet accord, ou plutôt ce désaccord, et avec des très beaux vins de Muscadet. Cette dégustation avait lieu à Paris et les accords avaient été préparés par l’excellent professionnel qui est Olivier Poussier, avec des huîtres de grande qualité et de différentes provenances, assortis à des muscadets issus des crus communaux, sujet dont mes collègues ont déjà parlé sur ce même site. Les vins provenaient de millésimes qui s’étalaient entre 2016 et 2002, renforçant clairement mon avis déjà acquis que ces vins ont une bonne capacité de garde et que les meilleurs y gagnent en complexité. Les vins présentés ayant beaucoup de qualités, je vais vous les présenter avant de revenir sur le sujet des accords, ou plutôt le problème des accords tels qu’ils étaient proposés à cette occasion.

Muscadet Sèvre et Maine, Clos les Montys 2016

Seul vin de la série à ne pas être issu d’un des crus communaux, son nez fin et délicat est plutôt floral. La bouche est directe, simple, relativement vive et très agréable. Une bonne mise en bouche pour la suite.

Muscadet Sèvre et Maine, Monnières Saint Fiacre 2014

Ce vin était encore en cours d’élevage au moment de la dégustation. Le nez avait donc un caractère de réduction qui me faisait penser à de la cacahuète. Assez intense, ciselé et directe. pas encore très complexe.

Muscadet Sèvre et Maine, Clisson 2014

Pas très aromatique au nez, mais cela semble être un constant pour les muscadets qui, pour moi, se révèlent surtout en bouche. Dans ce cas on découvre une belle suavité, qui est à la fois tendre et complexe, au cœur intense et avec une très belle longueur. Un très beau vin.

Muscadet Sèvre et Maine, Goulaine 2013

Plus « large » dans ses saveurs avec aussi une belle intensité et beaucoup de longueur. Le fond est assez ferme avec une touche  un peu métallique. Du coup le fruit peine à enrober cela et le vin paraît assez austère. En anglais on dirait « steeely » (vous remarquerez mes efforts pour éviter le mot valise de « minéral » !)

Muscadet Sèvre et Maine, Château-Thébaud 2012

Nez plus complexe avec des notes fumées. Relativement riche et savoureux en bouche. Précis et vif avec une excellente longueur.

Muscadet Sèvre et Maine, Gorges 2012

Ce nez m’a semble plus parfumé que les autres, avec un léger fruité de fruits blancs et un accent océanique. Le fond est solide et, dans ce cas, le fruit s’y intègre très bien sans être écrasé. Une combinaison très intéressante entre tendresse et austérité. Très joli vin.

Muscadet Sèvre et Maine, Château-Thébaud 2002

Ce vin était servi à table, juste après la dégustation. Il m’a semblé bien plus riche et puissant que tous les autres, peut-être en partie parce qu’il n’y avait pas d’huîtres pour interférer. En tout cas l’évolution dans le temps lui a été bénéfique, le faisant gagner en puissance aromatique et en complexité. Très beau vin.

Pour plus d’informations sur ces excellents vins, voici l’adresse de leur site dédié : http://www.lesbetescurieuses.fr

 

Les huîtres et la difficulté de ces accords

Les huîtres étaient de très belle qualité, là n’est pas le problème. Il y avait des spéciales de claire d’Oléron et du Bassin d’Arcachon, des spéciales de Bouzigues, des Princesses de Kermancy de La Trinté sur Mer, des Prat ar Coum d’Yvon Madec et des plates de Cadoret. Chaque huître était proposé avec un Muscadet en particulier. J’ai essayé les accords tels qu’ils étaient présentés, puis j’ai fait des croisements pour voir si cela marchait mieux. Sans grand succès.

J’ai trouvé que le meilleur accord était avec le muscadet le plus jeune et le plus simple : le premier vin dans ma liste ci-dessus, à condition de prendre une huître pas trop puissante. La saveur riche et la texture grasse de l’huître plate écrasait tous les vins, et, à moindre degré, toutes les autres huîtres s’avéraient trop puissantes pour tous les vins. Pour trouver un bon accord avec l’huître ne faudrait-il pas essayer plutôt des vins ayant des saveurs plus perçantes, à l’acidité plus prononcée ? Ou introduire un peu de sucre dans l’équation avec un demi-sec, afin de contrer l’effet de l’umami qui agit presque exactement comme le sucre dans les accords. Ou simplement accepter stoïquement la défaite et prendre plaisir avec son huître avant de boire un coup ? Vos idées et expériences seront le bienvenu ici…..

David


2 Commentaires

Deux beaux blancs de Galice

Au bout du bout de l’Espagne, la Galice a longtemps été un de ses secrets viticoles les mieux gardés. Au tournant du millénaire, les albariños des Rias Baixas ont permis de lever un peu du voile. Mais il y a encore bien des trésors à (re)découvrir dans ce Far-West espagnol. La treixadura de Ribeiro, par exemple. Ou le godello de la Ribeira Sacra.

Cette vieille région de vin (Christophe Colomb avait du Ribeiro dans les cales de ses navires lorsqu’il a découvert les Antilles, ce qui en fait le plus vieux vin consommé au Nouveau Monde), compte 5 appellations. Rias Baixas se trouve près de la côte, tandis que les 4 autres (Ribeiro, Monterrei, Valdeorras et Ribeira Sacra), plus à l’est, se situent autour de 400 à 500 m d’altitude.

En Ribeiro. Plus vert que ça… (Photo (c) H. Lalau)

Bien que morcelé, le vignoble galicien présente plusieurs dénominateurs communs. L’influence atlantique, tout d’abord, qui garantit une bonne pluviométrie (même si elle s’estompe à mesure que l’on pénètre dans l’intérieur des terres).

La prédominance des cépages blancs, ensuite –  la région fournit certainement parmi les blancs les plus racés de toute l’Espagne, et à la belle vivacité – mais aussi, quelques rouges de caractère.

Enfin, il y a l’obstination des vignerons gallegos, face aux conditions difficiles de la viticulture régionale – dans certains cas, on peut vraiment la qualifier d’héroïque, vue les pentes et l’isolement de certaines parcelles. Ames sensibles et amateurs de vins faciles s’abstenir !

En Galice, les horreos protègent le grain des rongeurs, et décorent les abords des domaines viticoles (Photo (c) H. Lalau)

L’oenotouriste, lui, n’hésitera pas à découvrir une région que son isolement même a préservée. Un bout d’Espagne étonnamment vert, humide et frais, qui fait penser à la Bretagne ou à L’Irlande, et dont les vignobles pittoresques, accrochés au-dessus des rios et des rias, sans oublier les beaux villages aux maisons de granit, valent le détour.

Pour en revenir aux vins, voici deux belles cuvées dégustés ces dernières semaines.

Viña Mein Tega do Sal Ribeiro 2015

Viña Mein est une des références de l’appellation Ribeiro. Le propriétaire, Javier Alen, est un enfant du pays – il a passé une partie de son enfance à Leiro, près de San Clodio.  Devenu avocat à Madrid, il n’a jamais oublié sa terre d’origine et en 1987, il a décidé de rentrer à Leiro pour y devenir vigneron. Il restaure alors entièrement le vieux Pazo (manoir) de Viña Mein pour en faire un joli petit hôtel et un petit domaine viticole. Il a contribué de manière déterminante à la renaissance de la treixadura.

Cette cuvée compte d’ailleurs 75% de treixadura (complétés de 20% d’albariño et de 5% de loureira) ; elle est issue d’une parcelle de 3 hectares sur granits et sables, à Vilerma Baixa. Récoltée en plusieurs passes, afin de s’assurer de la bonne maturité de chaque cépage, la vendange n’est pas égrappée, et le moût est mis à fermenter directement dans les barriques de chêne français. Puis le vin y passe encore 9 mois d’élevage. Il n’est ni filtré ni clarifié.

Sa robe est pourtant aussi limpide que brillante, légèrement dorée. Ses arômes délicats évoquent les fleurs blanches, les abricots bien mûrs, les agrumes – ce dernier arôme se poursuit en bouche ; à noter l’acidité très bien fondue, le vif répond au gras jusqu’en finale, celle-ci étant relevée pour un soupçon d’eucalyptus et une pointe… de sel.

A noter que la viticulture comme les vinifications sont à présent dans les  mains de l’équipe de Comando G (Daniel Landi et Fernando Garcia), qui prouvent ici qu’ils n’y a pas que dans le grenache qu’ils excellent.

Bodegas Algueira Brandán Ribeira Sacra 2016

Les 16 hectares du Domaine Algueira se situent au bord du Sil (un affluent du Minho dont les pentes escarpées et le cours sinueux ne sont pas sans évoquer ceux du Douro) ; il a été patiemment constitué par depuis 1980 par Fernando Gonzáles, celui-ci rachetant régulièrement des parcelles de vieilles vignes. Le domaine est exploité en biodynamie. En rouge, il produit également une mencía de toute beauté.

La cuvée Brandán est un 100% godello. Bien qu’originaire de Valence, ce cépage apparenté au savagnin ne se trouve plus aujourd’hui qu’en Galice, dans le Léon et au Nord du Portugal (sous le nom de Gouveio). Plutôt productif, il ne craint pas la sécheresse, mais il est assez sensible aux maladies.

Les beaux arômes de pêche, de pomme, de poire et de frangipane annoncent un vin tout en finesse, et cela se confirme en bouche, sauf que celle-ci nous emmène très vite du côté d’une lande pierreuse, qu’on croirait fumante sous le soleil après la pluie; c’est à la fois ample, gras, sec et dynamique ; la finale, très longue, et délicatement aigrelette, nous ramène sur la poire, à laquelle s’ajoute une poignée d’amandes fraîches et d’herbes sèches.

Hervé Lalau

Importateurs:  Vino Ibérico (F)

La Buena Vida (B)

 

 


2 Commentaires

Thierry Germain – an early PetNat adopter?

1996 Insolite – an early PetNat?

Thierry Germain of the Domaine des Roches Neuves has long been an innovative producer. Hailing from Bordeaux he was the first of his family to invest in the Loire Valley to be followed by his father, Bernard, and his brother, Philippe. In 1991 he bought Roches Neuves in Varrains from Denis Duveau, who went to Chile as a consultant.

It now appears that Thierry may have been one of the first in the Loire to produce a PetNat, although this may not have been entirely intentional….

Many years ago – probably in 1998 or late 1997 – I bought a case of Thierry’s 1996 Insolite, AC Saumur Blanc. A little while after buying the case, which was stored in cool conditions, we opened a bottle. To our surprise the wine was distinctly cloudy with a lively fizz. It was clearly refermenting. It wasn’t very pleasant to taste, so most of the bottle went down the sink.

At that time Thierry tended to pick his Chenin Blanc when it was ripe enough to include some botrytis. I can only assume that there was some residual sugar and some yeast, perhaps, that caused a secondary fermentation in bottle. The secondary fermentation must have been quite gentle otherwise the bottle, which is an ordinary wine bottle and not a stronger one designed to cope with a secondary fermentation, would have broken or exploded.

To be fair to Thierry he did immediately offer to replace the case. However, I decided, in part, to see what would happen, and also I couldn’t be arsed to take it back to Saumur even though we are often over there.

Subsequently Thierry has dramatically changed his approach to white wine making looking to pick early to achieve a very taut, precise, linear style.

Over the years we tried another two or three bottles of the 1996 Insolite but it was still cloudy, decidedly fizzy, rather cidery and not a very pleasant beverage. 

However, very recently looking at a couple of bottles from those that remain they now appeared to be almost clear and limpid, so time, I thought, to try again.

Last evening we duly opened a bottle. Thierry’s 1996 Saumur Blanc remains slightly cloudy but very noticeably less than it was. The wine is now lightly pétillant rather than being markedly fizzy. 23 years on it is now drinkable with a marked yeasty/autolysis aromas, a touch of honey and a remarkable freshness for a ‘PetNat’ of this age. 

Next time I open one of the remaining bottles I think I will decant this Insolite.

Whether Thierry can persuade the INAO to accept a Saumur Blanc PetNat appellation remains to be seen….

Santé !  

 

Chinese cap


7 Commentaires

La régularité dans la qualité : le cas Charles Heidsieck

Cela fait pas mal d’années que je trouve les vins de Charles Heidsieck remarquables. Ils sortent régulièrement très bien placés, voir au sommet des dégustations de Champagne que je pratique, soit pour les besoins d’un article, soit pour le fun, comme il y a deux ans sur le champ de bataille de Waterloo. Et cela aussi bien pour leur cuvée non-millésimé que pour les cuvées millésimés.

A quoi cela tient-il ? A mes goûts personnels ? Sûrement. A un travail méticuleux et créatif dans l’approvisionnement, la vinification et l’assemblage ? Très certainement. A un vieillissement bien conduit ? Aussi. A plein de choses, mais le constat est bel et bien là : je n’ai pas le souvenir récent d’avoir dégusté un mauvais champagne de cette maison depuis très longtemps.

L’autre jour j’ai eu la chance de participer à une trop courte dégustation de vieux millésimes de deux cuvées de Charles Heidsieck, mais aussi, en guise d’apéritif, de la dernière version mise en vente de leur cuvée millésimé, le 2006. Les vieux millésimes ont été soigneusement choisi dans l’oenothèque de la firme pour une mise en marché aussi limitée en volume que limitant par les prix, dans le cadre d’une opération qui s’intitule « La Collection Crayères ». Cette dégustation m’a montré, une fois de plus, tout l’intérêt des vieux champagnes quand ceux-ci ont été bien conservé.

D’abord le nouveau venu :

Charles Heidsieck 2006

Très frais et tendu, mais avec une grande délicatesse des saveurs. Ce vin me semble plus souple que le 2005 mais reste d’une grande jeunesse d’expression à 11 ans après sa date de récolte. J’aime beaucoup sa clarté et sa finesse (16,5/20)

Et les vieux :

Charles Heidsieck, Champagne Charlie 1983

Ce vin date d’une époque ou le dosage maximal autorisé était de 15 grammes. On annoncé 12 à 13 gr pour ce vin, mais on ne les sent plus et je doute que la vague courante de champagnes non-dosés pourront avoir une telle longévité. On verra bien.

La robe est ambrée et intense. La dosage est totalement intégré dans ce vin à la texture patinée et à la finale qui reste d’une vivacité étonnante. Odeurs et saveurs de fruits jaunes secs, de noix et noisettes et de café donnent une idée de la richesse de ce vin splendide et très fin. (17,5/20)

Charles Heidsieck Cuvée Royale 1981

Une cuvée qui n’existe plus de nos jours, et dont les quelques bouteilles mises en vente le seront dans leur livrée d’origine, qui date évidemment un peu mais qui donne à ce vin une partie de son cachet authentique. Cette année peu médiatisée à produit de très beaux vins en quantités très limitées.

Encore plus sombre et intense en couleur que le précédent. Le nez de noix et de noisette se combine avec un bouquet de zeste d’agrumes. Plus vif que le 1983, les saveurs vibrent littéralement sur la langue et révèlent des échos de pâte de coing et de fruits cuits. Rondeur et soyeux sont les marqueurs de sa texture. Fait à parts égales de Pinot Noir et de Chardonnay, ce vin tient remarquablement bien à l’aération aussi : pas du tout fatigué malgré ses 35 ans passées. Un vin magnifique ! (18,5/20)

Charles Heidsieck possède 65 hectares de vignes dont la moitié se situe dans la Marne et l’autre dans l’Aube. Je note au passage que très rares sont les Maisons de Champagne à avouer posséder un vignoble dans l’Aube, alors que presque tous s’y fournissent largement en raisins ou en moût. Les traditions, comme les préjugés, ont souvent la vie longue et qui va bien au-delà du rationnel.

David Cobbold


6 Commentaires

Gérard Bertrand et ses vins, 30 ans après

Je n’aime pas cette manie très française qui consiste à dénigrer toute réussite dans le domaine des affaires. Cela semble particulièrement virulent dans le petit monde du vin. En gros, pour ces esprits éclairés, tout ce qui est petit est beau et tout ce qui est grand est méchant. Il faut de la détermination pour réussir, mais pas seulement, et je trouve que c’est tout à fait méritoire.

Aujourd’hui, Gérard Bertrand est à la tête d’une entreprise viticole qui pèse 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, réalisé pour 50% en France et 50% à l’export. Elle comporte une douzaine de domaines qui totalisent 800 hectares dans le Languedoc et qui représentent les 30 pour cent haut de gamme de la production, le restant, majoritaire, étant issu du négoce. L’ensemble de cette production provient de la région Languedoc-Roussillon dont Bertrand est devenu, en 30 ans, un des producteurs emblématiques. Si cela fait grincer quelques dents de grincheux, je trouve que cela mérite déjà un coup de chapeau, sachant la relative modestie de ses débuts et l’image pas évidente des vins de cette région il y a 30 ans.

 

Villemajou, 1988

C’est en 1988 – il y a presque trente ans, donc – que commence véritablement l’histoire de Gérard dans le vin avec la sortie de son premier millésime du Corbières Château Villemajou, après la mort de son père. Mais la genèse du rapport entre Gérard Bertrand et le vin est plus ancienne. Son père Georges était courtier et négociant en vin et a participé à l’aventure de Val d’Orbieu. Il était aussi arbitre de rugby, ce qui n’est pas sans lien avec une autre passion de son fils, qui a été joueur de haut niveau, à Narbonne puis au Stade Français. Georges Bertrand achète le Domaine de Villemajou en 1970 et en fait la maison familiale. A partir de 1988, Gérard a progressivement développé cette petite affaire, aussi bien côté négoce que côté propriétés, avec l’acquisition successives de domaines dans tous les coins de la région. D’autres auraient pu être tentés d’associer le nom de régions plus prestigieuses à leur collection grandissante ; lui est resté fermement et fièrement ancré dans sa région natale. Et cette cohérence géographique dans la gamme de vins Gérard Bertrand, dont l’éventail de prix va de 3 à 200 euros (à la louche) est certainement un des facteurs de sa réussite.

A Villemajou sont donc successivement venus d’ajouter les domaines de L’Hospitalet (La Clape), Laville Bertrou (Minervois-La-Livinière), L’Aigle (Limoux) Cigalus (Vin de Pays d’Oc), Aigues Vives (Corbières Boutenac) La Sauvageonne (Terrasses du Larzac), La Soujeole (Malpère) et Clos d’Ora (Minervois-La-Livinière), ainsi que d’autres plus petits. La majorité des ces vignes sont conduites en biodynamie – une méthode que Gérard déclare vouloir étendre à tous ses vignobles d’ici 3 ans. Gérard Bertrand s’est converti à ce système que je trouve un peu ésotérique par certains aspects, même si d’autres relèvent du bon sens paysan (et je parlerai pas de son fondateur, Rudolf Steiner, plus que douteux par ses croyances). Après tout, si cela marche bien sur le plan de la production, pourquoi pas? Mais j’ai trouvé le livre de Gérard Bertrand sur le sujet aussi incompréhensible qu’indigeste.

Quoi qu’il en soit, une dégustation récente (pas celle sur la photo) d’une partie de la gamme Gérard Bertrand m’a permis de me faire une idée sur la qualité de sa production qui m’a semblé tenir bien la route à tous les étages. A une autre occasion, il y a quelques mois, j’ai sélectionné un de ses vins de négoce, de la série Naturae, pour un guide des meilleurs vins vendus en dessous de 10 euros. Car il n’y a pas que les vins des domaines qui sont bons !

Voici un compte rendu de ma dégustation au Domaine l’Hospitalet, le 23 septembre dernier.

Vins rosés

Ballerine, Crémant de Limoux rosé (prix inconnu)

J’ai trouvé ce vin un peu dur et manquant de fruit

Château de la Soujeole, Grand Vin 2016, AOP Malpère (25 euros)

Nez assez intense, notes de garrigue et de fumé. De la structure et de la longueur en font un bon rosé de table.

Château La Sauvageonne, La Villa 2016, AOP Coteaux du Languedoc (39 euros)

Style très pâle : on dirait un vin blanc ! Rond et chaleureux, avec du volume et du fruit. C’est puissant et long.

Vins blancs

Château de Villemajou, Grand Vin 2016, AOP Corbières (25 euros)

Beau nez, intense et rond, aux notes fumées. Bonne structure avec de l’acidité et de la longueur. Le fruité est un peu en retrait et la texture manque de suavité. Bon équilibre.

Château La Sauvageonne, Grand Vin 2016, AOP Coteaux du Languedoc (25 euros)

Nez puissant, limité un peu lourd, aux fruits tropicaux. Sauve et puissant en bouche, avec une impression d’alcool bien présent à peine régulé par son acidité. C’est plaisant mais il faut le boire assez vite.

Aigle Royal, Chardonnay 2016, AOP Limoux (45 euros)

Bonne intensité pour ce vin vibrant, au fruité précis et avec une bonne longueur.

Vins rouges

Aigle Royal, Pinot Noir 2016, AOP Limoux (45 euros)

Bon jus assez vibrant. La texture légèrement rugueuse a besoin de s’affiner en bouteille mais c’est très bon, bien fruité dans une registre assez puissant pour un pinot noir.

Château de la Soujeole, Grand Vin 2016, AOP Malpère (25 euros)

Bon vin honnête, juste un peu rustique par sa texture. C’est vivace, les tannins sont bien présents mais restent raisonnables. Du fruit et de la longueur.

Château La Sauvageonne, Grand Vin 2016, AOP Coteaux du Languedoc (25 euros)

Intense et puissant, vibrant et alerte. J’aurai aimé une texture plus suave peut-être. Bonne longueur.

Château de Villemajou, Grand Vin 2016, AOP Corbières Boutenac (25 euros)

Robe dense pour ce vin très frais, intense et élégant. Il réussit bien à allier finesse et puissance, même si la finale est un peu sèche.

Cigalus 2015, IGP Aude Hauterive (28 euros)

Le nez est rond et suave. Une belle acidité a tendance à renforcer la dureté de ses tanins qui semblent un peu sur-extraits. Jolies notes épicées dans ce vin qui a besoin d’un peu de temps en bouteille.

L’Hospitalitas 2015, AOP La Clape (45 euros)

Nez profond et parfumé, aux notes de fruits noirs et de garrigue. Des tannins sinueuses auront besoin de quelques années en bouteille mais ce vin est très bien constitué. Longueur et équilibre sont aussi bons et j’ai bien aimé le caractère juteux de son fruité.

Le Viala 2015, AOP Minervois La Livinière (45 euros)

Nez intense et profond avec une magnifique qualité de fruit (type fruit noirs, particulièrement des mûres). Les tannins sont bien intégrés dans le corps du vin, et la finale comporte une fine touche d’amertume, Belle texture, bon équilibre : un excellent vin et mon préféré de cette dégustation.

En conclusion

Avec cette dégustation, on a clairement affaire à une sélection des vins haut de gamme de Gerard Bertrand. Les prix le démontrent, et je pense d’ailleurs que plusieurs de ces vins sont un peu trop chers. Je ne parlerai même pas du prix délirant du Clos d’Ora (pas loin de 200 euros), vin excellent par ailleurs, mais qui ne figurait pas dans cette dégustation. Cela dit, il est aussi juste que des vins de bon niveau de toutes les régions s’affichent à des prix comparables à ceux de régions plus célèbres. La gamme très large comporte aussi des vins très corrects à des prix bien inférieurs. Chaque région doit avoir des portes drapeaux et Gérard Bertrand n’a pas peur de jouer ce rôle avec brio pour le Languedoc. Il faut l’en féliciter.

David Cobbold