Les 5 du Vin

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Schioppettino de Davide Moschioni, après une semaine dense

 Il y a des semaines comme cela.  A vrai dire, il y en a beaucoup quand on aime le vin et qu’on a la chance d’être confronté à des situations et à des occasions très diverses qui tournent autour de cette boisson magique. Tout n’y est pas rose et fait de bonheur pur, bien entendu, et il fait aussi tenir le rythme sans (trop) perdre la boussole. Ma semaine passée est un exemple parmi d’autres. Elle inclut aussi des journées au bureau à écrire, préparer des travaux à venir, rédiger comptes-rendus et mails et gérer le quotidien de toute petite entreprise, plus une réunion à l’extérieur, quelques dégustations programmées ou improvisées et une journée de formation dispensée le samedi.

Lundi soir, dîner chez un membre (généreux, comme vous allez le voir) d’un des cercles d’amateurs que j’anime sur le plan des vins. A l’apéritif Dom Perignon 1988 en magnum puis 1982 en bouteilles : les deux extraordinaires, peut-être surtout le 1982 ce soir-là, même si le 1988 ira probablement plus loin dans le temps. Servis dans des verres que je n’aurai pas choisi pour de tels vins, mais quelle finesse et quelle puissance pour des Champagnes de ces âges. Au repas qui a suivi, d’abord un Corton-Charlemagne 2005 de Bouchard Père et Fils qui m’a semblé un poil fatigué. Problème de bouchon pas assez étanche  probablement ; en tout cas en deçà du niveau habituel des grand blancs de cette Maison estimable. Ensuite Calon Ségor 1990 en double magnum : vin très ferme et carré, encore trop jeune et un poil austère à mon goût mais impressionnant. Puis Beychevelle 1945 : je l’aurai servi avant le Saint Estephe car il est sur le déclin avec de jolies restes toute en élégance mais un peu dominé par l’acidité maintenant. Puis, avec le fromage, un Porto Taylors Vintage 1968, très fin, très suave, encore très fruité mais sans la puissance habituelle de Vintages de ce producteur. Avec le dessert un Quarts de Chaume, Château de Suronde 1989 : très beau. Nous avons fini avec un magnifique Armagnac Laberdolive de 1937, puis retour à ma maison en métro. Même pas mal !

Mardi soir, travail pour animer une soirée du Wine & Business Club et présenter à 150 personnes deux vins peut-être peu huppés et pas très bien connus mais de très belle qualité et que je bois avec autant de plaisir que certains des précédents. Premièrement Château de Fontenay, près de Tours, avec des Touraine et Touraine Chenonceaux que je trouve aussi fins et précis que plaisants et très abordables en prix. Deuxièmement un vin des Costières de Nîmes à l’étiquette moderne et à la qualité irréprochable : le Domaine de Scamandre.

Mercredi soir, relâche.

Jeudi midi, déjeuner/dégustation pour un club pour lequel je présentais 3 vins de Bordeaux issus de ma sélection personnelle parmi les Talents de Bordeaux Supérieur millésime 2014, plus un blanc de la même région en apéritif. Ces vins se vendent au détail entre 6,50 et 10,50 la bouteille et sont, pour moi, parmi les meilleurs rapports qualité/prix disponibles en France aujourd’hui. Ils se nomment : Château Lauduc Classic blanc 2016, puis les trois vins rouges : Château Lacombe-Cadiot 2014 (un des rares vins de cette appellation né dans la région médocaine),  Château l’Insoumise, cuvée Prestige 2014 (un Bordeaux Sup de la rive droite, près de St. André de Cubzac), et Château Moutte Blanc 2014, un autre Bordeaux Sup qui vient du Médoc, tout près de Margaux, un très beau vin de palus qui contient 25% de petit verdot.

Le jeudi soir, deuxième soirée de la semaine pour un autre club du Wine & Business Club à Paris, cette fois-ci avec des vins étrangers : les excellents Tokaji du Domaine Holdvölgy, et les vins de Sonoma de Francis Ford Coppola, issus de sa série Director’s Cut, tous les deux importés en France par South World Wines. Beaucoup d’intensité dans le Tokay sec de Holdvölgy, qui, pour une fois, n’est pas fait avec le Furmint mais avec l’autre cépage important de l’appellation, le Harslevelu (désolé pour l’absence d’accents appropriés), et un magnifique liquoreux (mais pas un Aszu : il s’agit d’un assemblage entre un szamorodini et un aszu, je crois). Tout bon partout, pour faire court. Coppola présentait un Chardonnay, un Cabernet Sauvignon et un Zinfandel.

Vendredi matin repos, course à pied et gym, vendredi soir relâche

Samedi formation toute la journée pour un groupe de 16 personnes, surtout amateurs mais aussi trois professionnels, qui s’est inscrit à l’Académie du Vin de Paris pour un Niveau 1 du cursus WSET.

La fine équipe (il manque juste Sébastien Durand-Viel qui donnait un cours ce jour-là) de note école, l’Académie du Vin de Paris, à Londres quand cette école fut nominé, début 2016, parmi les 8 meilleurs formateurs des 650 qui dispensent les cours WSET au monde.

Le samedi soir, retour à la maison ou j’ai dégusté, de ma cave, le vin qui m’a fait peut-être le plus grand plaisir de tous ceux de la semaine. Je sais bien que le moment est important dans l’appréciation d’un vin : le fait de ne pas être dans une situation de travail, de se sentir relaxé et tout cela. Mais ce vin rouge m’a semblé intense et très agréable, plein sans être surpuissant, solidement bâti mais également très fruité. Et cela malgré ou à cause d’un âge qui est respectable sans être canonique : 13 ans. Ce vin je l’ai dégusté à différents stades de sa vie car j’avais acheté une caisse en 2005 lors d’un voyage en Italie pour le compte de la Revue de Vin de France qui éditait à l’époque un cahier spéciale sur les vins italiens chaque année. Il ne m’a jamais semblé aussi bien que maintenant. C’est le vin du titre de cet article et le voici :

Moschioni, Schioppettino (non filtrato) 2003, Colli Orientali del Friuli, Italia

 Davide Moschioni, Vignaiuolo in Gagliano di Cividale del Friuli

D’abord un mot sur cette variété qui a été sauvé d’une disparition dans les années 1970, comme d’autres variétés locales comme le Pignolo ou le Tazzelenghe. Cette variété n’était même pas autorisé à la plantation avant 1981 ! Il se trouve des deux côtés des la frontière actuelle entre le Friuli d’Italie et la Slovénie, et possède, logiquement, des synonymes : La Pocalza en Slovènie, ou le Ribolla Nera en Italie (mais il n’a pas de lien avec la Ribolla Gialla). Le terme Schioppettino signifiera « croustillant », soit parce que sa peau donne cette sensation (il s’agit effectivement dune variété tannique), soit parce qu’il aurait été vinifié à un époque en vin frizzante. Le statut de DOC lui fut accordé en 1987, aussi bien en Colli Orientali del Friuli qu’en Friuli Isonzo, mais on le trouve aussi en IGT Venezia Giulia. Heureuse sauventage, comme nous allons le voir !

Robe très dense et étonnamment jeune, avec ses bords encore d’un ton rubis malgré son âge qui devient respectable. Le bouchon en revanche laisse à désirer sur le plan de l’étanchéité car je constate des remontées du vin jusqu’à deux tiers de sa longueur. Il était temps d’ouvrir ce flacon. Le nez a en effet a un petit coup d’oxydation au départ, avant de me plonger dans des eaux profondes d’une masse très dense de fruits noirs, de tabac de cigare et de cerises à l’eau de vie. C’est assez entêtant ! Les tanins qui furent très denses dans sa jeunesse commencent à bien se fondre dans la masse de fruit. Ils sont encore croquants et bien présents, donnant une belle colonne vertébrale à cette masse impressionnante et très qualitative de fruit sombre. Tout cela donne une belle sensation de plénitude, remplissant le bouche sans aucunement l’agresser. Le vin atteint son équilibre par une belle sensation de fraîcheur en finale et cette touche d’amertume si caractéristique de bon nombre de vins italiens.

C’est un vin ayant une personnalité forte mais qui sait aussi séduire par la remarquable qualité de son fruit et constitue un excellent choix pour un vin de garde.

Je constate que ce vin vaut maintenant entre 35 et 50 euros la bouteille, selon le pays en Europe. J’ai du l’acheter un peu moins cher à l’époque, sur place. Il n’est pas distribué en France à ma connaissance.

David

PS. Aujourd’hui, dimanche, repos le matin, écriture puis gym l’après-midi, puis direction le Stade Jean Bouin ce soir pour soutenir le Stade Français contre Toulon. Allez les soldats roses qui ont su résister au grand méchant capitale cher à Léon !


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Vega Sicilia : l’étoile brillante et ses satellites

Il y a un mois j’ai eu le privilège de participer à une dégustation et présentation de l’ensemble des vins produits par la société Tempos, propriété de la famille Alvarez. Ces noms ne vous diront peut-être rien, mais sachez qu’il s’agit des propriétaires du célèbre Bodega Vega Sicilia dans le région du Ribera del Duero en Espagne. Et pas seulement, car ils possèdent aussi Alion, également à Ribera, ainsi que Pintia à Toro et Macan à Rioja. En dehors de l’Espagne, on trouve aussi dans leur giron Oremus, à Tokaj en Hongrie.

La famille Alvarez a acheté la BodegaVega Sicilia en 1982. Le reste a été acquis ou a été développé ex-nihilo (ou presque) par la suite, petit à petit. Le site web du groupe, qui se trouve incrusté dans celui de son domaine phare, parle de deux axes fondamentaux dans sa stratégie de développement : « la consistance de la qualité du produit comme élément de garantie dans les différents crus, et le dévouement au client comme élément référentiel dans son activité quotidienne. » Sa stratégie de développement a suivi « une règle de croissance basée sur l’implantation de nouvelles caves dans des zones d’élaboration avec un potentiel qualitatif et différentiateur suffisant. Le chiffre de 300 000 l/cave environ a été considéré comme le point d’équilibre idéal entre la qualité et le volume de produit ; bien qu’il existe des cas comme celui de Vega Sicilia, où sont élaborés trois vins différents ; et d’autres comme Alión ou Pintia, où un seul vin par cave est élaboré. De cette manière, l’augmentation de volume produit dans chaque cave individuellement a été évitée. »  

La commercialisation des vins de Vega Sicilia a toujours été particulière, avec la nécessité de s’inscrire sur une liste, puis d’attendre que l’on veuille bien vous assigner un lot de vin. Le site Tempos Vega Sicilia explique la procédure ainsi : « au niveau commercial, les vins sont vendus dans un total de 88 pays et à un nombre approximatif de 4 500 clients du monde entier, tant particuliers que professionnels. La possibilité d’acheter directement au groupe est soumise, en premier lieu, à l’admission comme client, sur demande écrite préalable ; et en deuxième lieu, à l’assignation d’un coupon personnalité variable en fonction des caractéristiques de chaque cru. »

En réalité, les choses sont un peu plus simples pour le client de ses vins, du moins ici en France, car ils sont importés par la société Vins du Monde et sont disponibles, en quantités limitées, à des prix que je mentionne dans mes notes de dégustation. Vous verrez que la plupart se ne sont pas des vins pour tout le monde, ne serait-ce que par leur prix, mais certains sont franchement admirables, réservés certes à une élite d’amateurs ayant les moyens nécessaires.

Nous avons commencé cette dégustation par un vin blanc sec :

Oremus Dry Mandolas 2015, Tokaj

cépage : Furmint 100%

prix : 20 euros

J’ai beaucoup aimé ce vin pour sa manière de combiner finesse de texture et vivacité. C’est aussi suave que salivant en bouche et a une très belle longueur. Les arômes, directes et nets, s’articulent autour de notes de pomme verte et de citron. L’équilibre penche sur le versant de la vivacité. Vin très vibrant.

(note 16/20)

Macan Clasico 2013, Riojà

cépage : tempranillo

prix : 45 euros

Ce domaine est situé dans la partie Alavesa (basque) de la Riojà. Il s’agit  d’une copropriété avec Benjamin de Rothschild, fondée en 2000 et dont le premier millésime fut le 2009.

Nez très parfumé, à tendance florale. Texture élégante et raffinée qui ne masque pas une belle puissance de matière, avec des tannins mi-fermes et une sensation chaleureuse en finale.

(note 15/20)

 

Macan Seleccion 2013, Riojà

cépage : tempranillo

prix : 80 euros

Nez plus sombre, avec des accents terriens sur fond de fruits noirs. Beaucoup d’intensité et bel équilibre. Cette cuvée est à la fois plus « taiseux » et plus tannique que la version « clasico ». Il semble aujourd’hui assez austère mais il a de la réserve.

(note 16/20)

 

Pintia 2012, Toro

cépage : tinta de toro (tempranillo)

prix : 57 euros

Ce vin est tout en muscles et en nerfs. Il est intensément tannique, ce qui rend la finale sèche et l’ensemble peu plaisant. Le fruité est presque totalement dominé et la chaleur de l’alcool est aussi bien présente. Peu agréable donc, et un vin qui ne me semble pas au niveau des autres vins de cette série.

(note 13,5/20)

Alion 2013, Ribera del Duero

cépage : tinto fino (tempranillo)

prix : 80 euros

Le deuxième domaine de ce propriétaire dans la région Ribera del Duero, avec un vignoble de 130 hectares, mais aussi des apports du domaine Vega Sicilia de même propriétaire. La vision exigeante et clairement à long terme du propriétaire est démontré par le fait que les vignes ne rentrent pas dans les vins d’Alion avant d’avoir atteint au moins 10 ans.

Nez expressif et aussi riche que fin. C’est probablement l’acidité qui apporte une partie de cette impression de fraîcheur. Bien mieux équilibré et agréable que le Toro, avec une belle longueur et bien plus de fruit. Ce vin reste très jeune, avec des tannins pas encore fondus, mais il est vibrant et a beaucoup d’élan.

(note 16,5/20)

Valbuena 2012, Ribera del Duero

cépages : tinto fino (tempranillo) 100% (dans d’autres millésime on trouve parfois un peu de merlot, mais il avait coulé en 2012)

prix : 130 euros

Le domaine de Vega Sicilia couvre près de 1,000 hectares et inclut 210 hectares de vignes, ce qui lui permets la production de plusieurs vins, dont celui-ci. L’élavage se fait en barriques neuves à 70%, dont 20% sont nord américains et le reste français. L’élevage dure 15 mois.

Nez profond et complexe, d’une très belle intensité. Les sensations olfactives sont veloutées, et les arômes sont essentiellement de fruite noirs avec un léger accent fumé. En bouche, les sensations sont aussi intense que vibrantes. Ce vin est dynamique, alerte et intensément fruité. Les saveurs sont pointues et il y a une impression de chaleurs, mais les tannins sont bien maitrisés et intégrés.

(note : 17,5/20)

 

Vega Sicilia Unico

(ce vin ne porte pas de millésime, traditionellement)

cépages : tinto fino (tempranillo) et cabernet sauvignon

prix : 250 euros

Le vieillissement prolongé de ce vin, d’abord en barriques, puis en bouteilles a produit une robé un peu plus évoluée que pour les vins précédents. Le nez l’est encore plus. Il est d’une grande complexité avec des couches et des couches qui se dévoilent progressivement à l’aération. C’est bien la texture qui marque le plus sa différence, polie et patinée qu’elle semble en bouche. La vivacité est aussi impressionnante. C’est subtil et sophistiqué, avec une grande longueur. Un très grand vin.

(note 19/20)

 J’ai du partir avant la dégustation du Tokay Oremus 3 puttonyos

en résumé

Une très belle dégustation. Je n’ai pas les moyens d’acheter la plupart des vins ici, mais j’avoue avoir été très séduit, sauf par le Toro dont je ne comprends pas bien l’intérêt dans cette gamme.

David


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La Géorgie: réflexions sur le poids et le rôle des traditions

Les querelles entre pays voisins sur l’origine précise des premières vinifications volontaires ne m’intéressent que très peu. Qu’est-ce que cela peut faire que les premiers vins aient vu le jour dans des pays que nous appelons aujourd’hui Géorgie, ou Arménie, ou bien autre chose encore, puisque les frontières n’existaient pas à cette époque vieille de quelque 8.000 ans. Peu de choses en effet. Dans cet article je vais plutôt me préoccuper des certains aspects de ce que nous appelons «traditions viticoles», car celles-ci sont régulièrement évoquées en Géorgie, pays que je viens de visiter pour la troisième fois en 12 mois afin d’y dispenser des formations.

Si les Géorgiens font appel assez souvent au mot tradition, et en différentes circonstances, ce n’est pas uniquement parce que ce petit pays de 3,5 millions d’habitants est ancien, ni parce qu’il est cerné par des voisins surpuissants qui se sont révélés régulièrement dangereux pour l’intégrité de leurs frontières, de leurs pratiques mais aussi de leurs vies Il est frappant pour un visiteur de constater à quel point les traditions culturelles de la Géorgie, dans lesquelles il faut inclure l’univers viticole, sont restées au cœur de l’identité de ce pays. Des signes de fierté dans ces traditions sont exprimés fortement et visiblement par la population, et ce malgré (ou à cause) des ravages occasionnées par 200 ans d’occupation russe, dont quarante sous le régime soviétique.

On peut proposer différentes définitions du terme « tradition » en matière viticole, selon son point de vue. Une version cynique consisterait à dire que la somme des traditions est égale à la somme des erreurs du passé. Une version passéiste tenue par ceux qui veulent tourner le dos à la science, par exemple, proposerait plutôt que seule la tradition est vraie et que le diable est dans la modernité. Je proposerais plutôt une vision intermédiaire que je dois à Jean Cocteau en la paraphrasant un peu : « la tradition est une chose vivante et celui qui la regarde en se retournant risque de se voir transformé en statue de sel ». En tout état de cause je crois qu’il est nécessaire de comprendre des choses du passé pour appréhender le présent, puis tenter d’anticiper le futur. En revanche, passer son temps à regarder dans le rétroviseur rend inéluctable une rencontre avec un mur ou autre obstacle bien plus solide que vous. Les adeptes du « Bréxit » ou, en France, du Front National, feraient bien de méditer cela ! L’espoir que le bon sens peut prévaloir pourrait sembler vain quand on regarde les excès et les outrances de la vie moderne, mais j’ai tendance à m’y fier quand-même, préférant la posture résumé par un « yes, we can » à celle d’un « no future ».

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos qvevris. Qu’est-ce que c’est ? Un qvevri est un récipient en terre cuite dans lequel on vinifie en Géorgie depuis probablement 8.000 ans. En France et ailleurs, on persiste à désigner ces vaisseaux sous le terme erroné d’amphore, car une amphore comporte deux anses de part et d’autre de son col allongé et servait, chez les Grecs et les Romains, à transporter puis à servir le vin (en gros, ce mot, utilisé aussi en latin, est dérivé du grec amphi = autour de, et phoros = porter : penser à « amphithéâtre » par exemple). Si on veut à tout prix utiliser un terme latin pour désigner ce qui fut, probablement, une invention de la région du Caucase, le mot dolia s’impose ! Cette méthode de vinification continue de nos jours en Géorgie et fait partie intégrale de l’image du vin géorgien, même si la proportion des vins géorgiens actuels qui sont vinifiés de cette manière est très faible : moins de 2% probablement, mais les estimations varient car beaucoup de ces vins sont destinés à une consommation domestique qui échappe aux statistiques.

L’importance des images et symboles, auxquels j’ajouterai l’imaginaire pur, est bien plus puissante dans le vin qu’un esprit rationnel peut l’admettre facilement. Il n’y a qu’évoquer la Géorgie auprès de quelques geeks du vin pour que la conversation s’oriente immédiatement et presqu’exclusivement aux vins faits dans ces qvevris. Peu importe qu’il soient ultra-minoritaires, et probablement très limités dans leur potentiel de vente dans des marchés hors de Géorgie ; ils possèdent une valeur symbolique très forte et tiennent une place dans le discours hors de toute proportion avec leur poids économique réel.

Mais mon propos n’est ni de les dénigrer, ni de les louer per se. Je veux juste les mettre à leur place et relater mes quelques expériences avec cette catégorie de vins qui se situe bien à part du reste, non seulement par sa rareté, mais à cause du profil gustatif qui est issu d’une technique d’une autre époque.

Expliquons d’abord le processus, pour les lecteurs qui ne le connaissent pas. Dans cette partie du monde, les récipients en terre cuite sont enterrés, qui n’est pas souvent les cas ailleurs. Cela a dû servir à l’origine à cacher cette ressource précieuse des intrus, mais la technique a aussi perduré car le fait d’entourer les qvevris de terre ou de sable permet de maintenir une température relativement fraîche et stable. La capacité de ces vaisseaux varie entre 800 et 3.200 litres. De nos jours, la question d’égrapper les raisins, totalement ou partiellement, se pose; mais historiquement on avait peu recours à cette technique, pas plus qu’à des outils de maîtrise des températures de fermentation par apport extérieur. Aujourd’hui, on peut introduire des drapeaux de froid dans les qvevris dont l’ouverture est large d’environ 50 centimètres. Ce qui est singulier, c’est la présence des peaux des raisins foulés aussi bien pour les vins blancs que pour les rouges. Le foulage se pratiquait traditionnellement dans des longs bacs qui furent creusés dans des troncs d’arbre. Certains chais actuels utilisent plutôt des bacs en acier inoxydable, plus faciles à nettoyer.

Quelques vins dégustés (sauf exception, tous chez leurs producteurs en Géorgie)

Je n’ai visité qu’une petite partie d’une unique région, la Kakhétie, qui se situe à l’est et qui est, de loin, le plus importante zone viticole du pays. Environ 70% des vins géorgiens en sont issus, dont tous les vins de qvevris mentionnés ci-dessous.

Alaverdi blanc, vin de monastère (dégusté récemment à la Cité du Vin à Bordeaux)

Fait au monastère éponyme fondée au 11ème siècle, voire plus tôt, et que j’ai visité sans y avoir pu déguster un vin. Robe intense, de couleur jaune paille aux reflets verts. On est loin du syndrome des vins « orange » : terme utilisé parfois abusivement pour décrire la catégorie, car nul besoin de laisser s’oxyder moûts ou vins dans le processus.

Parfaitement sec et assez tannique pour un blanc, ce qui donne une impression d’ultra-sècheresse. Ce n’est pas très aromatique : je pense que le tannins et la mode de vinification ont tendance à « bloquer » les arômes de ce type de vin. L’équilibre est bonne, même si on peut être surpris par la sensation de dureté au palais dans un vin blanc lorsqu’on n’a pas l’habitude. Pas d’impression d’acidité volatile comme dans certains.

Schuchmann Winery

Propriété depuis 2006 d’un investisseur allemand tombé amoureux du pays et qui a reconstruit les bâtiments avec goût, en y intégrant un hôtel, un spa et un restaurant. Le domaine annonce 120 hectares de vignes mais il y a aussi, comme très souvent, des achats de raisins  en complément. 12 cépages ont été plantés, dont 8 sont géorgiens. Seules quelques variétés locales sont utilisés pour leurs vins de qvevri

Ici les raisins sont égrappés et passent environ 15 jours avec leurs peaux en qvevri puis sont transférés par pompe dans un autre qvevri qui est scellé hermétiquement (plaque en lauze, avec l’étanchéité assurée par un joint en argile) pendant six mois environ. On recouvre ensuite cette plaque par quelques centimètres de sable propre que l’on peut humecter pour aider dans le maintien de la température par exemple. Après l’ouverture, et si tout va bien (il y a parfois de mauvaises surprises !), le vin est transféré dans des barriques anciennes pendant 6 à 12 mois. Un vieillissement supplémentaire en bouteilles (6 à 12 mois de nouveau) est imposé avant la vente. L’ensemble du processus prend donc entre 18 et 30 mois. La marque Vinoterra est utilisée pour leurs vins faits en qvervri.

Vinoterra, cépage Mtsvane (blanc) 2014

La phase de macération en qvevris a duré 6 mois, puis 6 mois en barriques anciennes et 2 ans en bouteille.

La robe est orange, brillante et intense.  Le vin ne m’a pas semblé totalement sec. L’acidité est moyenne, mais l’impression est augmentée par une bonne dose de volatile. Un goût un peu chimique à cause de cela.

Vinoterra, cépage Kisi (blanc) 2014

Cette variété est assez rare (on m’a annoncé environ 50 hectares plantés dans le pays), mais les vins qui en sont issus (vinification en qvevri ou moderne) m’ont souvent bien plu. Le vin a passé 3 ans en bouteille après son cycle qvevri puis barrique.

Encore une robe d’un orange intense. Une impression de volatilité encore dans l’acidité, mais une texture bien plus raffinée que pour le vin précédent. Tannins et une touche d’amertume en finale. La meilleur des trois dégusté à ce domaine.

Vinoterra, cépage Saperavi (rouge) 2014

La Saperavi est le grand cépage rouge de la Kakhétie, que l’on trouve aussi ailleurs en Géorgie – et qu’on commence à planter ailleurs, comme en Australie.  Il a un peu le profil d’un Cabernet Sauvignon, avec encore plus de couleur, car le jus n’est pas blanc. Ce vin a passé 6 mois en qvevri, puis 12 moins en barrique, puis du temps que j’ignore en bouteille.

Le nez est étrange, avec des notes de levure qui dominent le fruit. Il y a du fruit noir au fond, mais aussi une impression de faible maturité et même de champignon (géosmine ?) avec des notes moisies. Un peu de sucre résiduel n’arrive pas à masquer une amertume prononcée. Franchement pas bon du tout !

Schumi Winery

Un domaine de 60 hectares qui existe depuis 15 ans. L’apparence est un peu vieillotte, avec un hangar en tôle qui abrite bureaux et lieu de production et des bâtiments épars en cours de réfection. Une collection ampélographique devant les bâtiments réunit 400 variétés de vignes, dont 300 géorgiens, et une misée d’objets, essentiellement céramiques, démontre la culture très ancienne (largement avant JC et tout cas) du vin dans la région. J’y ai dégusté deux vins issus de qvevris.

Kisi 2015

Robe d’un or pâle, ce qui prouve encore que le vin de qvevri n’est pas nécessairement orange. Cette fois-ci le nez est assez aromatique et aussi floral que fruité, ce qui mets à mal mon hypothèse précédente à ce propos ! En bouche c’est très sec, aux saveurs complexes de raisins secs et de fruits exotiques. la matière est fine et les tannins légers. Bonne longueur. De loin le meilleur vin de qvervri dégusté à présent.

Mukuzani 2013

Mukuzani est une appellation de la région de Kakheti qui emploi le cépage Saperavi.

Robe rubis intense. Le nez, d’intensité moyenne, m’a rappelé le jambon fumé. C’est assez fruité en bouche mais aussi très tannique. Les tannins dominent la fin de bouche. Rustique.

Un des chanteurs déguste le Kisi 2016 après l’ouverture du qvevri

GWS winery

Un des plus grands producteurs de la région et même du pays, mais dont les vins sont, depuis quelques années, sur une pente qualitative nettement ascendante sous le direction d’un français, Philippe Lespy.  Certains qui sortent en ce moment sur le marché sous leurs différentes marques font partie des meilleurs vins que j’ai dégusté en Georgie. Le même propriétaire possède aussi le Château Mukhrani, pas très loin de Tbilisi. GWS possède quelques 400 hectares de vignes en Kakheti (qui sont tous cultivées !) et vend sa production sous plusieurs marques : Old Tbilissi (entrées de gamme) Tamada (milieu de gamme) et une marque récente et plus moderne, Vismino.

Les vins de qvevris que j’ai dégusté ici sont en cours d’élevage donc je ne peux donner que les origines (cépage/parcelle/ appellation etc.) car ils ne sont pas encore en bouteille. Tous sont issus du millésime 2015 et dégustés en phase d’élevage, plus un blanc sorti du qvevri sous mes yeux et donc du millésime 2016. Ces vins passent, ou passeront, 5 à 6 moins en qvevris, puis 12 mois dans des barriques de plusieurs vins.

Saperavi, Tavkveri 2015

Arômes de violette, très parfumé. Encore un peu âpre à ce stade mais on décèle de la finesse dans les beaux tannins. Belle longueur et jolies amertumes.

Saperavi, Maghrani 2015

Cet autre lieu-dit est singulier car il comporte un lot de cépage rouge inséré dans un bloc essentiellement planté de blanc. Autrefois, pour un vin « traditionnel » tous aurait été vendange ensemble. Ici les rouges ont été séparés. Vin très intéressant par sa finesse, son joli fruité et sa longueur. On finit sur des notes amères qui semblent assez typique dans ce style de vinification.

Saperavi, Akura 2015

Nez intense et complexe autour de baies noires, d’épices et une touche de verdeur qui relève l’ensemble.

Kisi 2016 (blanc)

Ce qvevri était ouvert devant moi, avec une cérémonie de toute beauté rendu très spéciale grâce aux chants polyphoniques.

Peu d’arômes au début : il fallait beaucoup l’aérer pour le libérer se son prison enterre cuite et ce milieu réducteur. je comprends la nécessité de mettre ces vins en milieu oxydatif pendant un bout de temps avant la mise en bouteille. Ferme, avec une texture tannique et une acidité raisonnable. Des arômes mi-tendres commencent à s’apercevoir à l’aération (fruits blancs et estragon). Sa structure lui a permis de tenir tête à un chevreau rôti (je dirais plutôt cramé, car les géorgiens aiment leur viande très cuite !)

Un feu de hêtre réchauffe les corps dans le Marani (le bâtiment qui abrite les qvervris) chez GWS, tandis que les chants traditionnels réchauffent les coeurs

Conclusion

Je ne peux pas conclure cet article sans parler de la beauté exceptionnelle d’une autre tradition de ce pays : le chant polyphonique. On trouve cela aussi en France, au Pays Basque ou en Corse bien entendu. Les chanteurs géorgiens que j’ai eu le privilège d’entendre sont largement à la hauteur de tout ce que j’ai pu entendre de ces deux autres exemples de chant avec lesquels il partagent bien des choses : un mélange du sacré et du profane, des voix essentiellement masculines, un sens du cérémonial, et, surtout, la capacité de m’émouvoir aux larmes par la beauté des sons et des harmonies.

En ce qui concerne la tradition et le vin, je ne crois pas en la tradition per se. Autrement dit, il ne sert à rien de dire que c’est une pratique « traditionnelle » (ce qui, en général, ne veut rien dire de précis, d’ailleurs) sans démontrer que le résultat est non seulement singulier et intéressant, mais qu’il peut apporter du plaisir au consommateur. Les vins issus de qvevris sont comme tous les autres, dans le sens ou il y a des bons et des pas bons. Il ne faut pas qu’ils deviennent une sorte de fantasme fétichiste, bons pour bobos ou hipsters. Un mélange de techniques traditionnelles et modernes leur est clairement bénéfique. J’ai dégusté, dans un restaurant, un vin blanc de qvevri que l’on pourrait qualifier de « très traditionnel » mais assez ignoble, transporté dans un bidon en plastique et qui était servi pour une fête dans la salle voisine. C’est un exemple typique du vin que tout un chacun fait à la campagne en Géorgie avec son vignoble qui, d’après ce que j’ai vu, est souvent très mal entretenu. Pas buvable en tout cas !

Les vins de qvevris, comme les chants polyphoniques, sont une sorte de trésor national qu’il convient non seulement de conserver, mais aussi de faire évoluer. La Géorgie est un beau pays mais que j’aimerais voir un peu mieux respecté sur le plan de son environnement par certains de ces citoyens.

Les vins géorgiens prennent ce chemin du respect et de la modernisation, doucement et sûrement, et ils auront un avenir dans des marchés internationaux en dehors des pays de l’ancien bloc soviétique s’ils sont bien menés, individuellement et collectivement.

David

 

PS. Je n’ai pas encore le résultat du match de rugby qui opposait la Géorgie à la Russie dimanche à Tbilisi, mais on peut prévoir un score important en faveur de la Géorgie, fierté nationale oblige. Good game !


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Luberon rouge: du bon et du moins bon

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On dit parfois qu’à la différence des trains, les vins dont on doit parler sont ceux qui arrivent à l’heure: autrement dit, ceux qui nous donnent entière satisfaction. Et en général, j’ai tendance à adopter ce principe en passant sous une voile pudique les vins qui ne me plaisent pas pour différentes raisons. J’ai tourné ma récente dégustation de vins rouges de l’appellation Luberon (ex Côtes de Luberon) plusieurs fois dans mon esprit avant de me résoudre à en faire le sujet d’un article car j’étais un peu déçu par cette série: pas de véritable coup de cœur parmi les 13 vins que j’ai dégusté, mais quand-même une demi-douzaine de bons vins. Est-ce suffisant ? Certains diront oui, mais je suis peut-être trop exigeant. Après tout, quand j’ai commencé à travailler dans le vin, il y a plus de 30 ans, seulement 10% des vins d’une appellation me semblaient être acceptables ou mieux que cela. Aujourd’hui on est plus près de 50 ou de 60%. C’est un sacré progrès et il faut en être conscient et aussi reconnaissant aux producteurs pour leur efforts. Et, si je peux me permettre un bref item pro-domo, on peut également remercier l’ensemble des prescripteurs, journalistes ou pas, pour leurs niveaux d’exigence qui ont aussi poussé les producteurs à relever leur niveau de jeu.

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Avant de voir le cas de cette dégustation en détail et de tenter de donner les raisons de ma (petite) déception, voici quelques faits sur cette appellation situé à l’extrémité sud des appelations du Rhône et la beauté physique, très provençale, de ces paysages fait partie, très certainement, de sa capacité à séduire.

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Le vignoble du Luberon AOC couvre quelques 3,300 hectares et s’inscrit entièrement à l’intérieur du Parc naturel régional éponyme, touchant 36 communes. Il produit actuellement, selon les chiffres d’Inter Rhône, 53% de vin rosé, 27% de rouge et 21% de blanc. Si la montée de la part de vin rosé suit la triste tendance nationale, la part des blancs dans un vignoble sudiste me semble intéressante et souligne peut-être une aptitude climatique de cette zone. Effectivement, une rapide étude des températures moyennes, maximales et minimales pendant la phase végétative de la vigne indique que le température moyenne entre avril et septembre est de 17,6°C, tandis que l’amplitude thermique moyenne pour les 3 mois de juin, juillet et août est proche de 14 degrés. Les altitudes varient entre 200 et 500 mètres. Je ne sais pas si ces facteurs climatologiques sont inhabituels dans la zone sud, mais cela semble fournir un terrain favorable aux vins blancs dont une bonne partie est commercialisée sous l’étiquette La Vieille Ferme de la famille Perrin. Mais je n’arrive pas à m’expliquer, en tout cas par des facteurs liés au climat, le fait que beaucoup des vins rouges que j’ai dégusté manquaient de fraîcheur et avaient parfois des tanins amers.

Les cépages autorisés en rouge sont :  syrahgrenache noir, mourvèdrecarignan et cinsault, mais on autorise aussi, en cépages secondaires, picpoul noircounoise noiregamay et pinot noir

Ma dégustation en générale

Il s’agissait d’un envoi fait par l’appellation et qui s’est constitué uniquement de vins rouges. Les vins étaient de différents millésimes, entre 2011 et 2015.

Difficile dans ce cas de comparer réellement les productions de chaque domaine, mais l’idée était d’avoir une idée globale de ce qu’on peut trouver dans le commerce sous le nom Luberon.

Beaucoup de ces vins semblait rechercher un peu trop d’extraction et, du coup, ont produit des tanins un peu sévères et, parfois, des amertumes excessifs. Des acidités m’ont semblé aussi un peu déficientes dans certains vins. Bon nombre sont en agriculture biologique, mais sans que cela ait un lien évident avec la qualité des vins. Il y avait aussi une tendance vers la bouteille très lourde dans les cuvées les plus chères. Je pense que cela devrait passer de mode.

Sur le plan positif, la qualité du fruit et de la maturité est excellente dans l’ensemble des vins. On serait étonné à moins dans un climat sudiste, mais quand-même.

Le Lubéron est une région à la mode sur le plan touristique, et cela se reflète aussi dans les prix de ces vins, qui, sans être déraisonnables (sauf pour un vin), n’est pas non plus très bas, avec un prix moyen autour de 12 euros.

Les meilleurs de la série

Château La Verrerie, Grand Deffand 2013

Syrah 95%, 5% Grenache

(prix 35 euros)

Ce vin, issu d’une parcelle spécifique, a la robe dense et le nez mur et puissant qui évoque des fruits noirs, la terre et les feuilles mortes. En bouche il est structuré autour de tanins fermes qui assèchent un peu la finale. C’est un bon jus assez intense, dans un style qui frise un peu trop la violence à mon goût. Aura besoin de quelques années en cave. Vin ambitieux, certes, mais prix élevé pour cette qualité.

 

Les Terres de Mas Lauris 2015

Grenache 60%, Syrah 40%

(prix 9 euros)

Joli fruité de type fruit noir. Des tanins bien présents et une amertume agréable donnent un vin de caractère, un peu raide pour l’instant. A attendre deux ou trois ans. Prix très raisonnable : on constate, entre ce vin et le précédent, que l’écart de prix entre deux vins de cette appellation peut être conséquent sans que le plaisir gustatif ne suit le même écart !

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Domaine des Peyre, Le Méridional 2014

Grenache Noir 50%, Syrah 35%, Carignan 15%

(prix 12,50 euros)

La robe rubis est plus claire que la plupart des vins de cette série. J’ai aimé le côté accessible et souple de ce vin qui a soigneusement évité tout excès en matière d’extraction. Un fruité fin, assez discret mais avec une bonne persistance. Il a de l’intensité en bouche avec des saveurs précises et des tanins fermes mais bien intégrés. Bonne longueur.

 

La Cavale 2014, Vignobles Paul Dubrule

Grenache, Syrah, Carignan

(prix 20 euros)

Robe d’un rubis de moyenne intensité. Nez fin, équilibré entre fruité discret et notes boisés qui tendent vers le sous-bois. Ce raffinement d’ensemble se confirme en bouche par un toucher fin, une relative allégresse, des tanins discrets et un fruité suffisant. Joli vin.

 

Château Val Joanis, Les Griottes 2015

90% syrah, 10% Grenache

(Prix 13/14 euros)

Issu d’un vignoble situés à près de 500 mètres d’altitude, ce vin a une robe rubis sombre aux bords pourpres. Nez intense qui mêle fruits aux épices. Ce fruité semble acidulé et vif en bouche, dans une structure souple, fine et peu tannique. La fiche technique annonce un élevage en barriques dont 30% sont neuves, mais ce bois est totalement intégré et je ne l’ai pas remarqué (toujours déguster avant le lire une fiche technique !). Très agréable par sa fraîcheur et la qualité de son fruité.

 

Marennon, Versant Nord

Syrah 80% Grenache 20%

Prix : 8,50 euros

J’ai perdu mes notes sur ce vin mais je me souviens de l’avoir trouvé bien équilibré entre fruité et structure. Il représente aussi un excellent rapport qualité/prix.

 

Les moins bien ou mal aimés

 

Fontenille 2014

Grenache 70% Syrah 30%

(prix inconnu)

Robe intense, pourpre. Nez intense et complexe, aux fruits noirs mais avec un accent animal qui me fait craindre une contamination de type brettanomyces. Belle qualité de fruits et structure en adéquation. La finale est ferme mais assez équilibré. A l’aération le côté animal semble se renforcer, et ma crainte aussi.

 

Château Clapier, cuvée Soprano 2014

Syrah 55% Grenache 25% Pinot Noir 20%

(Prix 13 euros)

Nez réduit, puis des arômes peu nets, à l’expression fruité brouillonne. Amertume et raideur en finale.

 

Château La Dorgonne 2011

Syrah 95% Grenache 5%

(Prix 13 euros)

Semble fatigué, oxydé et manquant de fruit mais conservant encore un boisé excessif.

Le bio n’est pas une panacée !

 

Château Les Eydins, cuvées des Consuls 2011

Grenache 70% Carignan 20% Syrah 10%

(Prix 14 euros)

Etiquette horrible, arômes médicinaux et tannins secs. Mais c’est bio alors certains vont adorer !

 

Bastide du Claux, Le Claux 2014

Syrah 65% Grenache 25% Mourvèdre 10%

(Prix 14 euros)

Dur et asséchant, à la finale amère. Bouteille d’une lourdeur inutile.

 

Domaine Théric, Les Luberonnes, Le Puy des Arts 2011

Grenache 60% Syrah 40%

(Prix 12 euros)

Robe évoluée, aux bords pâles. Une amertume sensible en bouche qui masque le fruit. Vin solide mais trop rustique et à la finale dure.

 

Domaine Le Novi, Amo Roujo

Grenache 85%, Syrah/Cinsault/Marselan 15%

(Prix introuvable)

Bouteille lourde et présentation soignée mais j’ai trouvé ce vin trop extrait et alcooleux. Il peut plaire à certains palais par sa puissance. Et c’est du bio.

 

David


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Vin orange comme le soleil juste avant le couchant

La couleur orange, c’est la couleur du dynamisme, c’est une couleur chaude, et qui, bizarrement, n’est attestée que depuis le 16es, avant on l’assimilait au rouge ou au jaune. Si le fruit, l’orange, apparaît déjà dans un poème du 11es, l’agrume a mis du temps pour transposer son nom dans le langage. Peut-être était-ce sa relation avec le roux des sorcières… Un terme qui nous vient du sanscrit नारङ्ग et qui se prononce nāraṅga, apporté par les Arabes qui le disent narandj qui donna naranja en castillan, orange chez nous.

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Et voilà qu’aujourd’hui, il se fait des vins orange (adjectif invariable). J’en ai déjà dégusté une tripotée avec bonheur et malheur, bref, comme pour les autres couleurs. Son originalité, la longue macération des grains entiers qui fait prendre aux raisins blancs des couleurs et en perdre aux raisins rouges. La Cuvée Pointilliste Orange 2016 m’a agréablement surpris, la voici.

Le Pointilliste Orange 2016 Grand Guilhem

La robe se teinte de rose orangé à la manière d’un soleil d’hiver juste avant l’heure du couché, quand l’écarlate commence à rougeoyer. Transparence doré cuivré, nette et pure, qui engage le nez à y plonger. Du fruit illico, de l’abricot sec, un zeste d’agrume confit, de la mangue, saupoudré de curcuma et de sauge, le tout relevé d’iode. Ça en promet à la bouche. Pas déçue, la voilà émue par la texture onctueuse du vin taquinée par une fraîcheur surprenante. De cette trame légèrement tannique jaillissent une multitude de fruits confits bien poivrés. Tout y est léger, aérien, singulier. Difficile de le rapprocher d’un blanc ou d’un rosé, ou encore d’un oxydatif, il emprunte aux trois quelques éléments et y ajoute les siens, comme la caresse tannique, l’onctuosité fraîche, un juteux délicat.

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Je le vois facilement à table avec des oursins, des pâtes à la langouste, du rouget ou encore des artichauts en barigoule, un poulet aux olives, pour les premiers qui me viennent à l’esprit.

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Côté vinification, les raisins sont récoltés, égrappés et mis à macérer pendant 4 mois dans une jarre en terre cuite. Gilles Contrepois, le vigneron, enfonce régulièrement le chapeau de marc et ouille de temps en temps. Le plus étonnant, les Macabeo (avec un seul c) qui ont tendance à facilement s’oxyder n’en présente qu’une trace qui va bien au vin, cela lui apporte un supplément à la fois de fraîcheur et de gras.

Pour qui veut en connaître le prix : 29€.

J’avais eu un coup de cœur pour son Fitou l’an dernier, bio et presque sans soufre, c à d, droit et fruité. Et pour qui n’ose la couleur du Red Leicester,

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Angels 2014 Fitou du Domaine Grand Guilhem

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Sa pourpre sombre annonce la noblesse de son maintien, nez délicat mais néanmoins expressif de marmelade de fruits noir délicatement poivrés, une structure ferme, bien équilibrée aux tanins serrés mais croquant de jus affolant les papilles. Et puis, il y a cette fraîcheur, peut-être maritime, rappelant les embruns et avivant les impressions de garrigues et de chair de myrtille. La cuvée est sans soufre ajouté. Elle assemble 90% de Carignan et 10% de Grenache plantés en 1982. Élevé en barriques.

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www.grandguilhem.fr

Ciao

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Marco

 

 


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Un grand Pinot Noir accessible à tous (sauf peut-être en prix).

Le cépage Pinot Noir représente une sorte de graal pour tant d’amateurs de vin. Le résultat est une envolée pas toujours raisonnable des prix, particulièrement en Bourgogne, mais pas seulement. Difficile, par exemple, de trouver à des prix abordables de grands vins de Pinot Noir en Allemagne, en Nouvelle Zélande, en Australie, en Oregon, en Californie ou ailleurs dans les quelques localités sur cette terre qui permettent à ce cépage exigeant à la fois  d’atteindre un bon niveau de maturité et d’éviter les excès de chaleur qui nuiraient à sa finesse.

J’avoue être trop souvent déçu par des Bourgogne rouges, surtout vu les prix demandés, même si les meilleurs sont capables de m’émouvoir jusqu’aux larmes. Je ne sais pas trop quelles sont les raisons d’une telle irrégularité dans la qualité et le plaisir gustatif. Cela reste assez mystérieux pour moi, d’autant plus que je n’y trouve que peu de corrélation avec les niveaux de prix : des Bourgognes modestes peuvent s’avérer très agréables tandis que certains appellations prestigieuses peuvent donner des vins durs, sans fruit et sans finesse de texture.

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A son meilleur le Pinot Noir peut sublimer l’expérience gustative dans un élan de parfums délicats, parfois mais pas toujours à l’accent terrien, mais surtout associé à une texture fine et soyeuse qui nous rappelle que ce cépage n’est pas un monstre tannique et que rien ne sert de lui forcer la main par une extraction appuyée. J’ai dégusté, la semaine dernière, un vin qui illustre bien tout ce qui j’aime dans ce cépage : c’est à dire une fruité fin et persistant, un toucher délicat qui réveille le palais, et le tout emballé dans une étoffe soyeuse qui semble mûre mais jamais lourde. Ce vin vient de l’Afrique du Sud, de la région de Walker Bay et de la vallée de Hemel-en-Aarde qui aboutit à la baie éponyme vers le port d’Hermanus. Le producteur se nomme Bouchard Finlayson et la cuvée porte le nom Galpin Peak. Le vin était du millésime 2013.

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Peter Finlayson (ci-dessus) est le fondateur et le winemaker de ce domaine. La connection historique avec un membre de la famille Bouchard n’existe plus. Ce millésime est le 21ème de cette cuvée qui porte le nom d’une des montagnes qui entourent cette vallée dont le climat méridional (hémisphère sud) est fraîche et relativement pluvieuse pour l’Afrique du Sud. La température moyenne pendant les 4 mois d’été à Hemel-en-Aarde est de 25°C et la pluviométrie moyenne annuelle est de 750 millimètres. Finlayson a adopté, dès le départ, une haute densité de plantation pour son vignoble et son chai ressemble assez, à l’intérieur, à un chai bourguignon avec une partie en terre battue pour conserver un bon taux d’humidité. La fermentation alcoolique a lieu en cuves inox puis le vin passe en barriques de chêne français pour une fermentation malolactique. Le temps passé en barriques, dont 30% sont neuves, est de 10 mois en moyen.

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Ce qui m’a plu immédiatement dans ce vin est la grande facilité avec laquelle il vous séduit : nul besoin de se torturer l’esprit pour lui chercher des qualités car il est délicieux dès le premier contact. Le nez d’abord, avec des arômes de cerises fraîches très élégantes, puis la bouche qui offre en plus une texture aussi soyeuse qu’enlevé. C’est le contraire d’un vin concentré, mais on sent que le fruit est parfaitement mur, sans que la perception de l’alcool (proche de 14°) ne vienne alourdir ou chauffer le palais. La longueur est très honorable en la finale parfaitement équilibrée, laissant la palais en forme pour la suite. C’est un grand Pinot Noir qui peut plaire à toutes sortes d’amateurs, et pas seulement aux aficianados de ce cépage. Son prix public en France se situe dans la zone 35/40 euros, ce qui n’est pas donné mais, pour avoir une qualité équivalente ailleurs avec des vins de ce cépage tant prisé, je pense qu’il faudrait débourser au moins 50/60 euros.

 

David


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Les vins de Jean-Louis Chave, le restaurant Taillevent et un repas aux truffes

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Mais qu’est-ce qui a bien pu frapper l’auteur de ces lignes, lui qui pourfend régulièrement l’élitisme et les vins chers ? Aurait-il succombé aux tentations de la décadence, se serait-il vendu ? Il y a peut-être un peu de cela, mais surtout, plaiderai-je, une forme d’admiration pour une tel niveau de qualité, et si durable. Certes, je n’ai pas les moyens de me payer ces vins, sauf très exceptionnellement, ni de fréquenter souvent ce genre d’établissement, mais quand j’en ai l’opportunité, grâce à une invitation, je vais quand-même aller voir et déguster car côtoyer des grands vins dans un établissement qui les met en avant avec un service impeccable depuis plus de 50 ans est une chance qu’il serait stupide de refuser.

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Une des attractions de ce déjeuner/dégustation du 16 janvier dernier (et pour moi la principale) était la possibilité de déguster des vins de Jean-Louis Chave, blancs et rouges, à pleine maturité. La capacité de vieillir de ces vins-là n’est peut-être plus à prouver, mais les occasions de le vérifier et de les apprécier ne sont pas bien courantes. Les deux Hermitages blancs de J-L Chave venaient des millésimes 2001 et 2007, et les rouges de 2000 et 2012 (ce dernier étant là pour voir si un Hermitage peut aussi se boire dans sa jeunesse). Comme cerise sur le gâteau, nous avions aussi eu droit au très rare Vin de Paille de 1996, vin inoubliable mais qui est si rare qu’il ne figurera pas sur le menu qui sera proposé aux clients. Nous avons eu de la chance !

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L’occasion était provoqué par un programme de menus récemment mis en place par Taillevent et qui consiste à créer des menus de saison autour de vins et de vignerons qui font partie de leur cave inestimable depuis longtemps et de les proposer à sa clientèle pendant un certains temps.. Car il ne faut pas oublier que Taillevent, depuis les années 1940 (nous sommes nés la même année, en 1946!), a été un pionnier dans la constitution d’une très belle carte de vins basé sur la qualité des vins et pas seulement sur la réputation ancienne des producteurs ou de leurs appellations. On ne compte plus les vignerons qui ont été lancés par l’établissement fondé par la famille Vrinat et repris par la famille Gardinier dans le même esprit. Pierre Bérot, l’homme du vin de Taillevent, assure la continuité de cette démarche louable.

Après un menu autour des vins piémontais de Roberto Voerzio et la truffe blanche, la lumière revient en France pour associer truffe noir et vins d’Hermitage de Jean-Louis Chave, qui a succédé à son père Gérard et à 14 autres générations de cette famille qui est installé dans la région depuis 1481 et qui a constitué son domaine sur la colline de l’Hermitage au 19ème siècle. Longévité aussi remarquable que rarissime ! Les accords de ce menu, qui sera proposé à la clientèle du restaurant jusqu’au début mars, associe les vins d’Hermitage de Chave à un menu au fort accent de melanosprum concocté par le chef, le languedocien Alain Solivérès. J’aime bien les truffes, même si je trouve leur prix exagéré, et je dois dire que les accords de ce menu fonctionnaient très bien. Mais j’étais là avant tout pour les vins, et là, aucune déception à l’horizon : il s’agit de très grands vins qui gagnent en complexité avec le temps (ce qui peut-être la définition même d’un grand vin).

img_7948Jean-Louis Chave en train de tester ses flacons avant le déjeuner

 

Pour le déjeuner auquel j’ai eu la chance d’assister, il fallait deux bouteilles par vin, ou bien, dans le cas du rouge 2012, un magnum. Ce qui est spécifique aux bouteilles issues de millésimes anciens est la disparité entre flacons causés par l’étanchéité variable entre un morceau de liège et un autre. J’ai pu participer à la dégustation préalable des flacons et, dans le cas des trois vins ayant un peu d’âge et servis en bouteille, il y avait des différences sensibles entre les deux bouteilles de chaque vin concerné.

Le domaine Chave possède 14 hectares d’Hermitage et à peu près autant de Saint Joseph depuis le rachat du Domaine de l’Arbalestrier. Jean-Louis est à plein temps sur le domaine depuis 1992 et en est la responsable actuel. Ce domaine a historiquement favorisé les assemblages entre les vins issus de leurs différentes parcelles qui se situent dans sept lieu-dits différents de l’appellation Hermitage. Les approches viticoles varient en fonction des natures des sols, allant des porte-greffes aux détails de culture. Les traitements et la gestion foliaire sont adaptés à chaque parcelle pour optimiser la maturité des raisins. Pareil pour la vinification car certaines parcelles nécessitent plus ou moins d’extraction par exemple, mais aussi un temps d’élevage qui peut varier de 18 à 24 mois. Il est intéressant de noter que, depuis 25 ans, Chave importe depuis l’Australie des plantes de syrah/shiraz car c’est ce pays qui en possède les plus anciens exemples au monde, souvent non-greffés. Le paramètre de l’âge des vignes est un ingrédient important pour Chave. Pour Jean-Louis, une vieille vigne a 80 ans, et une vigne commence à produire un vin intéressant à partir de 20 ans.

Quand je l’ai interrogé sur l’âge idéal pour consommer un de ses vins, Jean-Louis estime que ses Hermitages se dégustent bien jeunes, avant 5 ou 6 ans, pour ensuite se refermer jusqu’à atteindre 10 à 15 ans. Les Saint-Joseph sont accessibles plus jeunes. Les restaurants qui servent ses vins depuis longtemps, comme Taillevent, méritent, selon lui, qu’il garde une part des ses vieux millésimes en cave chez lui afin de les servir une fois les vins arrivés à maturité, car la charge financière pour une restaurant devient prohibitif autrement. Quant à sa sensibilité aux vins de autres, elle penche nettement vers la Bourgogne, à cause de son accent sur le rôle du terroir et ses nuances, même si c’est l’assemblage entre parcelles qui prévaut chez lui.

Taillevent vend des vins de Chave depuis les années 1960. Belle fidelité ! Pierre Bérot est arrivé plus tard mais, avec le soutient des propriétaires, a maintenu cette politique de garde des vins afin de proposer des vins ayant de l’âge à sa clientèle. Pour vous donner une idée de la profondeur de cette carte admirable (sans parler de sa largeur), j’ai compté 8 millésimes de l’Hermitage blanc de Chave en bouteilles et 4 en magnums. Pour le rouge il y en a 6 en bouteilles et 3 en magnums. Les prix ne sont pas délirants pour de telles raretés, même si je n’en ai pas les moyens à titre personnel. Ils démarrent à 250 euros pour les bouteilles de blanc et 290 euros pour les rouges pour des vins ayant plus de 10 ans.

Et le goût des vins ? On y arrive ! Je vais tenter de les décrire dans l’ordre de service et vous noterez que nous avons alterné entre vins blancs et vins rouges en fonction du plat : autre signe de l’intelligence du travail de Taillevent. Après un verre de l’excellente cuvée Taillevent élaboré par Deutz, voici l’Hermitage blanc 2007, servi avec des langoustines croustillantes, céleri et truffes. Ce vin a une très grande suavité qui habille sa puissance naturelle ; vin très complexe qui s’ouvre progressivement sur des couches de saveurs que je ne vais même pas tenter de décrire et une grande longueur. J’ai trouvé ce vin splendide. Ensuite, pour accompagner l’épeautre comme un risotto à la truffe noir, l’Hermitage rouge 2012 en magnum. Vin jeune, au fruité ferme de petites baies et encore une touche d’herbes comme de l’estragon qui lui apporte une note de fraîcheur : un vin presque délicat. Servi avec un bar de ligne, artichauts, cébettes et truffe noire, je placerai l’Hermitage blanc 2001 au-dessus même du très beau 2007 pour sa finesse accrue. C’est riche sans excès mais aussi très alerte et possédant encore cette magnifique patine qui lui vient avec le temps. Un très grand vin blanc. Avec un suprême de pigeon en feuilleté de foie gras, chou vert et truffe noire, L’Hermitage rouge 2000 laisse se dérouler très progressivement sa finesse et sa complexité ; son fruité est totalement fondu dans ses tanins fins et la longueur est considérable.

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Pour finir, avec un dessert à base d’amandes, de noisettes et de crème brûlée au café, l’extraordinaire Vin de Paille 1996 qui j’ai mentionné ci-dessus. Sa fermentation fut si lente que le vin a passé 12 ans en fût. Enorme de complexité, riche mais finissant presque sec, grande finesse de texture autour de notes amères qui rappellent l’écorce d’orange, notes de sirop de figues et plein d’autres choses que je suis incapable de décrire. Un vin comme cela vous laisse sans voix !

Merci à Chave et merci à Taillevent pour un grand moment.

 

David