Les 5 du Vin

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Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

La météo nous avait prédit un temps maussade et voilà qu’il faisait beau au pied de la chaîne du Jura, côté suisse. C’était au début printemps dernier. Après un peu de bateau, une dégustation inopinée nous a permis de déguster quelques cuvées issues des vignobles qui bordent le lac, Bielersee AOC. Cela se passait à la Vinothek Viniterra de Twann. Vous l’aurez compris, nous étions dans la partie bernoise du lac de Bienne (Bielersee en allemand). C’est une région bilingue où francophones et germanophones se côtoient, un peu comme chez moi, mais peut-être avec moins d’aléas, du moins, je crois. Le lac de Bienne constitue avec celui de Neuchâtel et celui de Morat, le Pays des Trois-Lacs ou Drei-Seen-Land réparti entre les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et Vaud. Le canton de Neuchâtel borde l’extrémité ouest du lac de Bienne. Voilà le décor planté, place à la dégustation.

Sur le lac de Bienne

Accoudé au comptoir de la vinothèque

 

Elle semblait totalement improvisée, cette dégustation, mais la bonne humeur, l’entrain, l’endroit et puis la qualité du choix des vins et la présence des vignerons ont rapidement infirmé cette première impression. Mais quoi de plus sympa que de déguster dans une atmosphère décontractée où tout est prévu sans que cela ne se ressente.

Clos de Rive 2015 Chasselas Bielersee AOC Andrey Weinbau à Ligerz

Robe blanche au léger jaune, des fruits blancs et jaunes maculent de leur chair quelques cailloux éclatés, impression de marmelades de mirabelle et de poire aux accents fumés. Belle fraîcheur en bouche avec du croquant que la trace de carbonique rend plus perceptible, plus pointue. Les parfums de rose blanche et d’aubépine se pavanent avant de laisser la guimauve et l’amande terminer l’élégant discours. www.andreywein.ch  Un vin délicat qui a renforcé notre bonne humeur.

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weingut Bielerhaus à Ligerz

La robe lumineuse, presque fluo au mélange de vert et de jaune, au nez de gelée de pissenlit et de poire croquante couchée sur un lit de foin. La bouche suave, fraîche, rappelle les tisanes de montagne accompagnées d’un carré de chocolat blanc. La texture fluide au liseré délicatement amer au goût de réglisse. Un chasselas particulier mais dont le caractère affirmé plaît. www.bielerhaus.ch

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weinbau Schlössli à Twann

Transparence jaune aux nuances vertes qui évoque le citron et le melon poudrés de poivre noir et de muscade. La bouche offre un équilibre assez différent des deux premiers. Moins acide, il s’avère plus ample, plus large, parfumé d’angélique, de bigarreau et d’agrumes confits, style tutti frutti sans le sucre, mais avec une pointe saline. Un autre aspect du Chasselas bien plus nuancé qu’on le croit en général.

Fromentin 2015 Lac de Bienne AOC Domaine du Signolet à La Neuveville

Jaune blanc, nez de pêche blanche épinglée d’une étoile de carambole et coiffée d’une feuille de menthe poivrée. La bouche à la fois acidulée comme les jus mêlés d’une groseille à maquereau et d’un citron jaune et salée comme une goutte d’embrun. Après ce va-et-vient gustatif, le vin s’assagit et nous livre quelques subtiles nuances de mandarine, de noisette et de fougère. Sacré Savagnin alias Fromentin! www.lesignolet.ch

Blanc 2015 Bielersee AOC Anne-Claire Schott à Twann

Un vin particulier, la robe vert pâle, le nez respire l’asparagus et la rose ancienne, le silex, la fougère, un rien la rhubarbe. La bouche croque et nous fait craquer par cet oscillation subtile entre fraîcheur et amertume. Un duo qui vite se transforme en trio avec la suavité des fruits confits. Tout y est bien sec, mais avec de l’onctuosité. Il est à la fois tranchant et généreux, plein de caractère mais courtois. Et puis élégant, très élégant avec cet élan floral qui ne nous lâche pas. Le plus marrant, c’est que c’est un vin d’assemblage aux raisins cueillis le long des murets, là où le soleil le réchauffe le plus. Ces six cépages, Chasselas, Pinot Noir et Gris, Chardonnay, Sylvaner et Sauvignon ont été vinifié dans un œuf. www.schottweine.ch www.aromaderlandschaft.ch

Ce qui étonne aussi, c’est la grande fraîcheur de ces vins. Avant de rejoindre la vinothèque, un passage sur l’île Saint Pierre au milieu du lac de Bienne nous avait confronté à un équilibre tout différent.

Les Chasselas y étaient moins vifs, comme les autres cépages. Mais certes tout aussi agréables à déguster. L’explication la plus plausible, le sol. Sur l’île, la vigne pousse dans des sables de grès décomposés, donc un sol acide. Alors que sur la rive nord, autour de Twann, elle est plantée dans des calcaires, un sol basique. Ma courte expérience sur le sujet, selon laquelle un sol basique donne des vins plus acides et inversément un sol acide donne des vins moins acides, semble se vérifier, au moins quand la nature même du substrat n’offre qu’un seul type de roche; après, tout peut se nuancer.

Si vous passez par la Suisse, profitez-en pour y déguster quelques vins, ça en vaut la peine.

 

Widerluege!

 

 

 

Marko


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Un vin pour vos bons moments

Il y a des jours où l’on a envie de vins francs et directs – osons le mot: simples. Simples comme le bon pain, les bons moments. Notamment pendant la saison chaude, qui, au risque de choquer les aficionados, me fait plus penser aux blancs qu’aux rosés.

La Grèce comme on l’aime (Photo (c)  H. Lalau 2017
Voici justement un vin qui appelle le bon moment, en toute simplicité; parce qu’il leur ressemble. Il est grec, c’est un moscophiléro de la maison Sokos, de l’IGP Péloponnèse (pour rappel, le Moscophilero est le cépage principal de la plus célèbre appellation de blanc du Péloponnèse, j’ai nommé Mantineia.
Il fleure bon le citron, et le raisin blanc; il est légèrement perlant sur la langue, et la bouche, aérienne, reprend sans trop y changer les arômes du nez, avec une touche d’eau de rose ; la finale est à la fois bien sèche et harmonieuse, légèrement muscatée.
Il ne titre que 12 degrés.

Hervé Lalau


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Fitou (ou ailleurs) : quel rapport entre prix et qualité ?

Je suis souvent surpris par les écarts de prix entre des vins d’un même niveau qualitatif et quand-même issus d’une même appellation.

Oh, je sais, la beauté n’existe que dans l’œil de celui ou de celle qui regarde, et donc cette histoire de qualité perçue n’est finalement qu’une affaire de goût personnel. Je sais aussi qu’il faut tenir compte de facteurs liés au marché (offre et demande) comme à une volonté de « positionnement » (oui, c’est une horrible expression « marketing », mais cela existe bien) de la part de certains producteurs qui visent plus haut que les autres; les exemples abondent dans toutes les appellations. On pourrait ajouter, comme facteur contribuant à ces différences de prix, les seuils de rentabilité pour certaines structures, en particulier les caves coopératives, encore que nous allons voir que ce ne sont pas toujours elles qui produisent les vins les moins chers. Une récente dégustation de vins de l’appellation Fitou m’en a apporté une nouvelle confirmation.

Petit rappel : cette appellation est la plus ancienne du Languedoc, puisqu’elle a été mise en place en 1948 (uniquement pour les rouges). Elle jouxte l’aire de l’AOP Corbières (qui elle, n’a vu le jour qu’en 1985) et bon nombre de producteurs ont des vignes dans les deux appellations.

L’aire de production concerne environ 2.500 hectares. Elle est divisée en deux parties, comme indiqué sur la carte. Les cépages sont le carignan, le grenache, la syrah et le mourvèdre. La partie orientale regarde et touche la Méditerranée.

Voici la liste des 12 vins que j’ai reçus récemment de la part de l’appellation Fitou et que j’ai dégustés d’abord à l’aveugle pour faire ma sélection.

L’écart entre les vins les plus chers et les moins chers dépasse le simple au double. J’ai annoté les vins que j’ai appréciés dans cette série et on peut constater que ce ne sont pas toujours les plus chers qui sont les meilleurs, du moins selon mon palais.

  • Château de Leucate-Cézelly, Château Leucate Cezelly, 2014

Cave coopérative faisant partie du Groupe Vinadéis

572 hectares

Prix départ : 18,50 €

Bouteille (trop) lourde. Nez qui mêle fruits noirs aux notes de fumée et de réglisse. Puissant et sombre. Caractère tannique assez prononcé, sauvé du “trop” par la belle qualité de son fruit.

 

  • Domaine de La Grange, Via Fonteius, 2014

Domaine familial

45 hectares – certifié bio

Prix départ : 11 €

  • Château de Nouvelles, Gabrielle, 2014

Domaine familial

45 hectares

Prix départ :16 €

Encore une bouteille lourde. Est-ce que cela ne grève pas le prix inutilement ? Nez d’aromates et de garrigue qui parle du pays. Assez charnu en bouche avec aussi un caractère un peu rocailleux par sa texture.

 

  • Domaine Lerys, Tradition, 2014

Domaine familial

22 hectares

Prix départ : 8,50 €

  • Clos Padulis, Padulis, 2014

Domaine familial

16 hectares

Prix départ : 9,5 €

Nez intense de fruits noirs de type cassis et murs. Ce caractère frais et juteux se confirme en bouche. Son fruité est très friand, donnant une sensation fraîche et pleine en même temps. Sa structure est athlétique mais pas trop imposante, ouvrant sur une belle finale équilibré. Pour moi le meilleur vin de la série et pourtant un des moins chers.

 

  • Domaine Bertrand-Bergé, Ancestrale, 2014

Domaine familial

26 hectares

Prix départ : 14,50 €

 

  • Domaine Esclarmonde, Partage, 2015

Domaine familial

19 hectares

Prix départ : 9,50 €

 

  • Les Maîtres Vignerons de Cascastel, Prestige, 2015

Cave coopérative

308 hectares

Prix depart : 8,50 €

 

  • Château Wiala, Rebelle, 2015

Domaine familial

7 hectares

Prix départ : 8,50 €

  • Les Caves du Mont-Tauch, T de Tauch, 2015

Cave coopérative

853 hectares

Prix départ : 14,50 €

Bouteille bordelaise très haute. Nez relativement discret, peut-être tenu en laisse par son élevage qui évite cependant de tout envahir. Ferme en bouche. Vin élégant malgré une légère sensation de sécheresse en finale.

 

  • Domaine de La Rochelierre, Noblesse du Temps, 2015

Domaine familial

7 hectares

Prix départ : 20 €

  • Domaine Sarrat d’En Sol, Sarrat d’en Sol, 2015

Domaine familial

2 hectares

Prix départ : 11 €

Belle étiquette moderne. Le nez m’a semblé un peu « animal » mais ce vin a une belle qualité de fruit qui arrive à lutter à jeu égal avec la sensation de dureté en finale. Beaucoup de carignan ? Aura besoin d’un peu de temps mais peut se boire avec des plats salés qui absorberont les tannins.

 

David 


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Carnet de notes de Vinexpo 2017 (2/2)

Pour une fois j’ai de la suite dans les idées, à défaut d’avoir tout noté !

Cette semaine, un retour sur quelques vins dégustés à Vinexpo il y a 15 jours. Après l’Autriche la semaine dernière, nous allons passer par l’Australie, La Georgie, La Croatie, la Chine et la région de Muscadet cette semaine. Voilà ce qui fait une des attractions majeurs de salons comme Vinexpo : la possibilité, en une demie-journée, de déguster des vins de pays que je n’ai pas souvent l’occasion de visiter, comme de revisiter des producteurs et contrées plus familiers tout en faisant des découvertes.

Un mot d’abord sur les vins blancs de Penfolds, qui proviennent pour partie de South Australia, mais qui font appel aussi, pour certains vins, à des assemblages qui varient chaque année et dont les raisins proviennent parfois de plusieurs états, dont la Tasmanie, la Nouvelle Galles du Sud et le Victoria, en plus de leur base historique, l’Australie du Sud. Cette pratique d’assemblages issus de zones parfois très éloignées peut choquer des personnes qui semblent croire qu’il n’y a qu’une seule manière de faire des grands vins : se focaliser sur une seule parcelle, à la bourguignonne, ou du moins sur des parcelles dans la même zone de méso-climat comme à Bordeaux. Mais, si on réfléchit un peu, ce qui prime dans la qualité d’un vin c’est la qualité du fruit et l’équilibre, l’intensité, les saveurs et la longueur du vin fini. Dans ce cas, peu importe les origines précises, du moment où le vin est réussi. On met de côté le parti-pris issu d’une vision étroite et on juge uniquement le résultat. Après tout, on le fait bien pour le Champagne, alors pourquoi pas à une échelle plus grande ? Une dégustation à l’aveugle des blancs de Penfolds (et il en va de même pour les rouges), surtout ceux issus du Chardonnay, m’a convaincu pleinement de la pertinence de cette approche : ces vins peuvent se comparer aux plus grands blancs de Bourgogne.  Le vin ci-dessus en est un parfait exemple. Yattarna veut dire « petit-à-petit » dans une des nombreuses langues aborigènes de ce pays-continent. On remarque sur l’étiquette, en dessous de ce nom de cuvée, la mention Bin 144. Il a fallu dix ans et 144 essais à l’équipe de Penfolds pour faire aboutir leur volonté de produire un grand vin de Chardonnay issu de climats frais. Et c’est très réussi. A la sortie du premier millésime (1995) de ce vin en 1998, les critiques l’ont encensé en disant que ce vin constituait une sorte de révolution stylistique pour le Chardonnays du pays. En effet, sa vivacité, son intensité vibrante et sa longueur sans aucune lourdeur ni trace de sur-maturité m’a fait prendre les millésimes 2012 et 2014 pour des Puligny-Montrachet Premier Cru d’un très bon producteur. Et le prix de vente y est presque comparable : c’est même nettement moins cher qu’un Puligny-Montrachet Les Pucelles de Leflaive, par exemple. Les sources viticoles de Yattarna varient chaque millésime car seule la qualité du fruit et son adéquation stylistique avec le profil recherché compte. En ce qui concerne le millésime 2012 (l’étiquette ci-dessus), il s’agit de deux sites en Tasmanie (Derwent Valley et Coal Valley), une dans la zone côtière du sud de Victoria (Henty) et des vignobles de South Australia (Adeleide Hills). Moins de 50% des barriques (françaises) sont neuves. Mais on peut aussi explorer ce style moderne des Chardonnays d’Australie chez Penfolds avec des vins bien plus abordables : Le Bin 15A ou le Bin 311 par exemple, tous les deux très séduisants, à la texture admirable et doté d’une grande finesse.

Georgie : Tamada

Deuxième étape dans ce voyage éclair dans une partie de Vinexpo : La Géorgie. Ce fut l’occasion de déguster quelques vins récents des marques Tamada et Vismino produits par GWS à Telavi, à l’est de Tblissi, en incluant deux vins issus d’une vinification en qvevris (des jarres en terres cuites qui sont enterrés et dans lesquelles on opère fermentation et macération des blancs comme des rouges). J’ai parlé de cette tradition ici il y a quelques mois.

Je me méfie parfois de ces vins de qvevri qui peuvent partir dans tous les sens et être parfois carrément désagréables, mais rien de cela avec les deux vins de qvevri dégusté chez Tamada, qui portent le désignation Grand Reserve et une typo en rouge pour les distinguer des vins en vinification moderne. Passons sur les étiquettes qui sont, disons, d’un style tradimoche ! Le Tamada Grand Reserve blanc 2014 est fait avec les cépages Rkatsilteli, Mtsvane et un peu de Kisi. Le nez est étonnant, complexe et dense, avec des notes d’écorce d’orange et de pomme blette. Beaucoup de fraîcheur en bouche, et sans trace d’oxydation, mais évidemment ce côté tannique qui vient de la macération des peaux. Un vin blanc à part qui doit être intéressant à accorder avec des plats épicés ou avec de la viande.

Dans la gamme des vins classiques (c’est à dire des « non-qvervris ») de Tamada, j’ai beaucoup aimé le Kindzmarauli 2014 (photo ci-dessus). Kindmarauli est une des appellations sous-régionales de la Kakheti dédiée au très beau cépage Saperavi. Ce vin m’a plu par la qualité de son fruit, son éclat et sa longueur. J’espère le trouver prochainement en France !

Croatie : Côte Dalmate et Istrie

Visite rapide au petit stand dédié à plusieurs domaine Croates. J’y ai dégusté des vins de deux domaines. D’abord Stina, qui se situe sur l’île de Brac sur la côte Dalmate et qui porte une étiquette blanche faciale plus que minimaliste (photo ci-dessus, avec la contre-étiquette). J’ai particulièrement aime leur blanc du cépage Posip car il réussit à éviter la lourdeur alcoolique qui prend trop souvent le dessus avec cette variété, tout en étant suave et bien fruité. Je me souviens d’avoir visité, avec Mairie-Louise Banyuls et d’autres collègues, ce producteur il y a près de cinq ans.

Puis un domaine d’Istrie, proche de la frontière avec la Slovénie, Kabola Winery et de très bons Malvasia, le grand cépage blanc de la région. Je ne sais pas pourquoi les gens persistent à appeler leurs vins faits en jarres de terre cuite par la désignation « Amphora » car l’amphore a des anses et doit être portable par une personne, ce qui n’est pas du tout le cas des ces vaisseaux qu’on devrait probablement appeler « dolium » ou, au pluriel, « dolia ».

La Chine, dont on parle beaucoup mais ne goûte que rarement

Un collègue et ami m’a conseillé de faire un tour sur un stand (qui n’était pas celui qui regroupait la plupart de vins chinois) pour déguster un bon Chardonnay originaire, je crois, de la région de Shandong. Le producteur s’appelle Château Nine Peaks et j’ai dégusté deux versions, dont celle en photo, plus qu’honorable, puis une autre, plus haut de gamme mais dont l’élevage était encore en cours. Ce sont facilement les deux meilleurs blancs que j’ai dégusté de ce pays viticole en devenir, mais il fait aussi avouer que je manque singulièrement d’expérience dans ce domaine.

Pour finir, le Pays Nantais et de surprenants vins de cépages, dont la plupart viennent de bien plus loin.

Je connaissais les excellents Muscadets de Frères Couillaud et je les ai dégusté de nouveau avec plaisir à cette occasion. Mais il y avait aussi une très intéressante nouveauté sur leur stand : une gamme de vins de cépage vendue sous la désignation « Vin de France », dont un magnifique Petit Manseng doux, un Viognier plein de fraîcheur, et plusieurs autres. J’avais remarqué une partie de cette gamme quelques temps avant Vinexpo, lors de la dégustation de la sélection Auchan pour les Foires aux Vins, car cet enseigne bien renseigné en a sélectionné plusieurs.Les autres ci-dessus ? R pour Riesling, PG pour Pinot Gris et SG pour Sauvignon Gris. Une expérience plus que louable que je suis heureux de voir aboutir.

David

 


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Quand un Rioja blanc se prend la Tête de Moine

Une rencontre Helvético-Hispanique pour nous sortir des routines, des habitudes et des réflexes conditionnés. Pour accompagner, un fromage de vache suisse, un Rioja blanc, ça c’est gratiné !

Commençons par l’Hidalgo

 Viura Reserva 2009 Rioja Alavesa Casado Morales

La robe dorée cuivrée donne une première indication sur ce qui va suivre. Le nez ne s’y trompe pas, le vin élevé en barrique affiche une connotation oxydative. Certes légère, mais suffisante pour le typé dans le monde minéral à fruits secs. Fleurs sèches, noix verte, amande, un rien de curcuma, une complexité nasale de bon augure. La bouche confirme. Sur un lit de cailloux le fruité comme le floral s’étale dynamisé par une fraîche importante au goût de citron. Les épices viennent en second-rôle, graines de coriandre, cardamome, relevés d’un rien d’anis. Enfin, le gras modère tout transport trop intense, laissant, comme dans une gaine délicate, tous les arômes se développer inexorablement.

Vinification, un risque calculé

Cette Reserva assemble 90% de Viura (=Macabeo) à 10% de Malvasia. Les vignes âgées de plus de 80 ans poussent à une altitude de 575 m. La parcelle pentue s’oriente au sud et se compose d’argiles sableuses mélangées d’éboulis calcaires. La vendange se fait manuellement. La fermentation se fait en cuves inox, la malo en barriques, comme l’élevage qui demande 18 mois en pièces neuves de chêne français. Une dernière maturation s’effectue en bouteilles pendant 22 mois avant la mise en marché. Un Rioja assez rare par sa couleur, les blancs représentent moins de 10% du total produit dans la DOC. Le Viura en est le cépage principal. Et rare par son élevage bien maîtrisé. Le Viura ou Macabeo s’oxyde facilement, l’élever en barrique est choix parfois périlleux. La surface de contact avec l’air est bien plus importante dans ce petit contenant qu’en cuve. Ici, les lies protègent le vin et ménage l’oxydation pour nous offrir un produit fini qualitatif, au goût particulier qui nous rappelle certaines cuvées jurassiennes dites typées. Assortiment d’arômes qui se marie sans l’ombre d’une hésitation au Vacherin Mont d’Or.

La Casa Morales, fondée en 1925, se situe à La Puebla de Labarca à l’ouest de Logroño à limite entre La Rioja et la Pays Basque.

www.casadomorales.es

Le Fromage de Bellelay 

 Ce n’est autre que la Tête de Moine, fromages suisses des plus connus.

Bellelay est le nom du monastère qui l’a vu naître.

L’avènement

Fondé par Sigenand, prévôt de Moutier, en 1136, l’abbaye se consacra rapidement à la fabrication du fromage. Mais la première mention remonte à un courrier du 16es dans lequel l’abbé signale la livraison de dryssig belleley kess, soit 30 fromages de Bellelay, au prince-évêque de Bâle. La première description du fromage de Bellelay apparaît en 1628. Mais ce n’est qu’en 1790 qu’on parle de Tête de Moine…

Débaptisé pour quelles raisons ?

Deux versions existent : un surnom datant de la période révolutionnaire, assimilant le haut du fromage raclé à une tonsure. Ou le stockage coutumier du monastère qui faisait état d’une quantité définie de fromage par tête de moine et qui par extension devint le nom du produit.

Le fromage

La Tête de Moine est un fromage à pâte mi-dure à croûte lavée fabriqué à partir de lait cru de vache. C’est un montagnard, produit en altitude de 700 à 1100 mètres dans les districts des Franches-Montagnes, Moutier, Porrentruy et Courtelary dans le Jura suisse. Cette région au sol calcaire et au climat rude voit sa végétation démarrer à printemps bien avancé. Mais dès la floraison, les pâturages offrent une grande diversité de fleurs et d’herbes qui assurent la complexité aromatique de la Tête de Moine.

Fabrication

Le lait ensemencé est transformé dans des cuves en cuivre. Le caillé chauffé à une température de 44° à 53°C est ensuite décuvé et placé en forme pour y être pressé. Les meules obtenues passent au saloir où elles plongent dans un bain de saumure pour y rester pendant 12 h. Puis, elles rejoignent la salle d’affinage où elles sont disposées sur des planchettes d’épicéa. Pour provoquer l’apparition de la morge, elles sont lavées régulièrement avec à l’eau salée ou non et contenant des bactéries Brevibacterium linens. Tout cela dans une ambiance humide, 90% d’humidité relative, à une T° de13° à 14°C. Chaque meule doit être affinée un minimum de 75 jours dans l’aire de production. Il existe deux qualités différentes dues à la durée d’affinage, la Tête de Moine classique qui peut être mise en vente après 3 mois d’affinage et la Tête de Moine Réserve qui ne peut sortir d’affinage qu’après 4 mois minimum.

Mensurations

Le Fromage de Bellelay se présente sous la forme d’une meule cylindrique, à la croûte ferme, emmorgée, grainée, humide et saine, c à d sans moisissure. De couleur brun rouge, elle est haute de 70 à 100% tout au plus du diamètre qui mesure de 10 à 15 cm. Son poids varie de 0,7 à 2 kg et sa pâte présente de rares ouvertures de 1 à 8 mm, parfois de petites lainures isolées.

 

Tête de Moine classique

Texture onctueuse aux grains de caillé perceptibles qui donnent une impression finement granulée.

Odeur très torréfiée aux évocations de lait à la chicorée, de poil de vache, de fruits secs aux parfums de noisette et de pistache grillée mélangés d’abricot et de pâte de coing.

Goût certes salé, mais un sel qui se perd dans la texture moelleuse, dans cette impression gourmande de fruits confits et tapés, pour resurgir quelques instants plus tard à la façon d’un embrun « alpestre ».

Elle se coiffe d’une étiquette circulaire jaune et rouge.

 

Tête de Moine réserve

Texture ferme presque croquante au grain de caillé fin et fondu dans la masse du fromage.

Une odeur où le champignon des bois domine dans un premier temps, puis viennent les notes minérales et florales qui apportent beaucoup d’élégance.

Le goût est tout d’abord discret, il faut laisser la rosette se dissoudre lentement pour en apprécier pleinement les saveurs à peine salée où se perçoivent la noix, la noisette et la pistache, l’écorce d’orange, la gelée de mirabelle et le cacao.

Elle s’entoure d’un papier aluminium doré.

Précautions d’usage…

La Tête de Moine est un fromage qui se racle sans être un fromage à raclette. Pour en apprécier toutes les saveurs, il faut raboter la surface décalottée supérieur. Mais obtenir une rosette fine et savoureuse à l’aide d’un couteau est hasardeux, mais comme en Suisse on prévoit tout, la firme Metafil SA inventa en 1983 la Girolle®, un socle, un axe, un rabot circulaire, le tour était joué et depuis, vu le succès, bien imité.

4.1.1

Aujourd’hui, on ne dit d’ailleurs plus, faite-moi quelques rosettes de Tête de Moine au crémier, mais pourrais-je avoir quelques girolles de Tête de Moine, certes par assimilation à la forme du champignon qui fait saliver. Alors que Rosette, évoque le saucisson dont le boyau nous offre parfois d’amusantes terminaisons…

La rencontre hispanosuisse (à ne pas confondre avec une automobile)

Rioja blanc et Tête de Moine

La note oxydative du vin neutralise avec maestria l’élan salé du fromage, ce qui permet ensuite de laisser libre au développement des superbes amertumes de torréfaction qui se traduisent par une note intense de réglisse et installent d’entrée une fraîcheur extrême. Cette dernière entraîne un décapage rapide de la matrice dense du fromage, le moine a de la bedaine, et donne du tonus à la fusion. Cette nervosité fait gambader l’animal qui sommeillait au creux de la pâte. Fleurs et fruits du vin font la ronde sur le ventre de l’ecclésiastique devenu cristallin. Se tressent alors en une natte délicate l’iode, l’amande, le poivre, le marc, les noix, … cela ne s’arrête pas ! Le frère en rajeunit, comme le vin. L’un retrouve la fraîcheur de sa crème, le vin le croquant du fruit.

FRO_24

 

Ciao

 

JBT 16

 

Marco

 


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Muscat d’Alsace, sec ou tendre ?

Le Muscat est un exercice difficile et le vinifier en sec ajoute un cran à la difficulté. Le tout, c’est de trouver l’équilibre, ce qui n’est guère aisé. Sec, il peut manquer de vivacité ou s’avérer austère ou au contraire fardé. Moelleux, il manque souvent de tension et offre une douceur banale. Chez Muré, les deux versions parviennent à nous faire craquer pour leur élégance, leur caractère et leur harmonie…

Muscat Steinstuck 2014 Alsace Domaine Muré

 

La robe pâle au doré lumineux exhale des senteurs de pâte d’amande parfumée de mandarine et de mirabelle, rehaussée de poivre et de cumin. La bouche nous rafraîchit d’entrée et parsème à la volée nos papilles de notes florales et fruitées. La fraîcheur d’un jus de groseille blanche vient rafraîchir l’ensemble tout en boostant au même instant les arômes d’agrumes nuancés de verveine et de curcuma.

Le lieu-dit Steinstuck fait de calcaire du Muschelkalk (calcaire coquillé) se situe au-dessus du village de Westhalten. Ce sol caillouteux a donné le nom au Steinstuck qui signifie « parcelle de cailloux » en alsacien. Les 65% de Muscat Ottonel et les 35% de Muscat d’Alsace ont un âge moyen de 55 ans et sont vendangés en caissettes. Le vin ne contient aucun sucre, titre 13° et offre une acidité de 5,7g/L.

 

Muscat VT 2014 Clos St Landelin Alsace Grand Cru Vorburg Domaine Muré

La robe se cuivre légèrement mais garde des reflets verts, elle respire des parfums d’agrumes confits où se reconnaissent l’orange confite piquée d’un bouton de rose et le cédrat constellé de graines de coriandre. La bouche avoue sans retenue sa douceur, douceur envoûtante qui nous rappelle les confiseries d’antan. Celles qui nous offraient autant de volupté que de fraicheur. La finale se poivre et nous montre du doigt l’amertume superbe que jusqu’ici nous n’avions guère remarquée.

Les Muscat âgés de 45 ans poussent sur les pentes assez raides du Clos Saint Landelin à l’extrémité sud du Grand Cru Vorburg. Le sol y est fait d’éboulis calcaire à matrice argileuse déposé sur des calcaires gréseux du Bajocien. Un terroir chaud qui permet les vendanges tardives. Le vin contient 93 g/L de sucre résiduels et titre 12°, ses 7,7 g/L d’acidité équilibre avec maestria sa douceur.

www.mure.com

Ciao

Marco

 

 


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La Livinière revisitée


Il y a peu de temps temps, sur ce même blog, Hervé nous racontait  sa participation à une dégustation de vins de l’appellation Minervois La Livinière : opération dont le titre était Livinage 2017, ce qui signifie, selon le support édité à l’occasion « déguster et distinguer un cru La Lavinière ». Car cette appellation de Minervois La Livinière tente de faire bande à part de la plus vaste zone de Minervois.

Comme souvent dans pareil cas, je n’y vois pas trop l’intérêt de cette multiplication d’appellations, même si je constate aussi les qualités de bon nombre des vins de cette région.  Je n’ai pas pas participé à la dégustation sur place, mais j’ai pu déguster les vins quelques semaines plus plus tard à Paris, grâce à Sarah Hargreaves qui assure les relations presse de cette appellation. Je rappelle qu’il s’agissait de neuf vins ayant été élu par trois jurys, chacun composé d’un groupe professionnel différent : presse, sommeliers et vignerons. J’étais curieux aussi de voir si ces trois groupes dégustaient les vins de manière différente.

Il semblerait que oui  (ce qui est assez habituel) car chaque groupe à élu trois vins différents : le jeu consistant, pour chacun, de sélectionner ses trois cuvées préférées. Ce n’était pas, stricto-sensu, une dégustation comparative car les millésimes n’étaient pas identiques, mais l’exercice était quand-même intéressant et, ayant dégusté les mêmes vins plus tard, je vous livrerai ma propre opinion sur les neuf vins sélectionnés, avec quelques remarques en guise de conclusion à la fin.

Trois de mes vins préférés parmi la série de neuf

Les vins du jury presse

Oustal Blanc, Prima Donna 2014

Grenache, Syrah

Nez fin, légèrement fumé sur un fond de bon fruit noir très gourmand. Bel équilibre en bouche pour un vin long, relativement chaleureux (ses 15° sont bien là !) mais gardant jusqu’à la fin son délicieux caractère fruité. Devrait bien se tenir dans le temps aussi.

16/20 (prix 29 euros)

Domaine de Tholomies 2015

Syrah, Grenache

Un nez intense de fruits noirs, avec des notes de terre et d’humus dans la gamme sous-bois. En bouche le fruité se révèle élégant et charmeur, porté par une acidité fine. Il n’a pas vraiment un profil de vin de garde mais il est très réussi dans son genre, en plus d’être abordable (moins de 20 euros).

15,5/20 (prix 16 euros)

Clos Centeilles 2011

Mourvèdre, Grenache, Syrah

J’aime généralement beaucoup les vins de ce domaine, mais j’avoue avoir été un peu déçu par cette bouteille. Le nez a moins de précision que pour les deux vins précédents. La structure en bouche est ferme mais j’ai un peu de mal à cerner son profil qui me semble brouillé.

14/20 (prix 18 euros)

 

Les vins du jury sommelier

Domaine La Siranière 2012

Grenache, Syrah

Le nez me semble marqué par des « bretts » et cela se confirme en bouche par une texture assez crayeuse. Le vin reste vibrant malgré son aspect chaleureux mais le fruit manque singulièrement.

13/20 (prix 24 euros)

Domaine Ancely, Les Vignes Oubliés 2013

Syrah, Grenache

Nez intense et profond, de fruits noirs avec des touches de réglisse et de fumé. Le boisé est encore marqué mais le vin à de la profondeur et reste bien équilibré. Prix raisonnable aussi.

15/20 (prix 16 euros)

Mas Paumarhel, Mourel Rouge 2014

Mourvèdre, Syrah, Grenache

Le nez n’est pas net du tout. Présence dominante de bretts. Vin dur en bouche, dont le fruité à été écrasé par l’extraction puis par le caractère déviant et très animal/crayeux provoqué par des bretts.

11/20 (prix inconnu)

 

Les vins du jury vigneron

Château Faîteau, cuvée Gaston 2014

Syrah (70%), Carignan, Grenache

Un beau nez fruité avec beaucoup d’intensité. L’élevage me semble bien dosé et apporté des notes de fumé et d’épices. Gourmand et juteux en bouche avec une bonne longueur. Juste une suspicion de bretts par une finale un peu sèche ?

15/20 (prix inconnu)

Champs du Lièvre 2015

Syrah, Grenache

Le fruité est intense au nez et charnu en bouche. C’est aussi le plus tannique des vins de toute la série, avec une longueur impressionnante. Sa jeunesse y est probablement pour quelques chose. En tout cas un vin remarquable.

16,5/20 (prix 19 euros)

Château Maris, Dynamic 2014

Syrah, Grenache

Un vin d’un fruité charmeur et magnifique. Très juteux en bouche, c’est un vin qui donne beaucoup de plaisir immédiat mais qui a aussi un beau potentiel de garde, comme en témoignent sa structure tannique et sa fraîcheur équilibrante. Seul bémol au tableau : un prix très élevé.

16/20 (prix 60 euros ou plus, je crois)

 

Remarques

Je suis un peu dubitatif sur un plan déontologique quant à la validité d’une dégustation qui inclut des vignerons de la région dans le panel, même si, dans ce cas, on prend bien soin d’identifier leur sélection. Cela dit, je trouve qu’ils ont bien travaillé dans ce cas alors….

Je n’ai pas bien compris la sélection des sommeliers : un bon vin mais deux ayant des défauts manifestes. Est-ce que les flacons que j’ai dégusté avaient dévié ou bien est-ce que les personnes ayant participé aiment spécialement nos amis les bêtes ? mais j’adhère aux deux autres sélections dans l’ensemble. Il est normal et heureux que deux dégustateurs (ou deux groupes de dégustateurs) n’aient pas exactement les mêmes avis sur tous les vins, sinon tout le monde aimerait les mêmes et cela serait très ennuyeux. Mais je trouve un peu troublant qu’un groupe qui se dit professionnels du vin laisse passer des vins ayant de défauts assez flagrants dans un concours. Il ne s’agit pas de « chercher le défaut », mais quant un vin de ce type n’a pas d’expression fruitée et qu’il assèche la bouche, je me pose des questions sur la formation de ceux qui l’ont accepté. Font-ils partie du secte des vins « nature » ?

Les vins sont puissants dans l’ensemble mais, pour la plupart, équilibrent bien cela avec une très belle qualité de fruit. Du coup on ne sent que rarement un effet chaleureux en bouche. Certains ont clairement un bon potentiel de garde pour ceux que cela intéresse, mais tous, ou presque, peuvent donner du plaisir immédiat. Il suffit pour le plus tanniques de les servir avec une plat un peu salé pour voir fondre les tanins.

Les prix de la plupart de ces vins tournent autour de 20 euros la bouteille, avec un qui fait le grand écart, sans que cela se reflète vraiment dans la qualité des vins.

David Cobbold