Les 5 du Vin

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Riesling : le retour

Il y a quelques semaines nous avons démarré, un peu timidement, une petite série d’articles, coups de coeur ou chroniques autour de ce grand cépage rhénan qu’est le riesling. Il est temps d’y revenir.

Je dois avouer que je suis un grand amoureux de cette variété, même si je n’aime pas toutes ses expressions aromatiques, et notamment la gamme qui sent les hydrocarbures (pétrole, si vous préférez, mais cela ne donne pas plus envie !). Par conséquence je vous parlerai peu de ces rieslings-là, même si, pour certains, cela passe pour un des marqueurs de « typicité » : néologisme débile qui ne signifie pas grande chose sauf, peut-être, le dénominateur commun le plus faible entre les vins d’une région ou cépage.

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Mais revenons à notre sujet du jour, qui est un vin du Domaine Gresser, dont la dizaine d’hectares est situé à Andlau. Je pense que la plupart des amateurs connaissent mieux le Domaine Kreydenweiss, sur cette même commune, et qui fait aussi des vins remarquables. Les Gresser sont pourtant ici depuis le 16ème siècle et Rémy Gresser fut le président du CIVA (l’organisme collectif des vins d’Alsace) pendant des années. Mais qui connaît ses vins ?

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Je viens de déguster son Riesling Grand Cru Kastelberg 2011 et c’est un vin formidable, qui allie, comme seul de riesling sait le faire, finesse et puissance des saveurs. Nous l’avons bu en compagnie d’un filet de veau aux champignons et il n’a eu aucun mal à tenir tête au plat, sans jamais le dominer. Il y avait dans ce vin de très lointains relents de la gamme cire/petrôle, mais rien pour me gêner. Surtout cette texture ferme, allongée, cette formidable intégration de l’acidité qui fait tant partie de la nature du cépage sans jamais sembler être plaqué sur la surface du vin. Un vin qui donne envie de finir la bouteille, tant sa complexité encourage une exploration poussée des ses subtilités.

Le site web de Gresser met en avant la géologie qui sous-tend ses parcelles. Je passe sur ce sujet auquel je ne comprends manifestement pas grande chose (demandez avis à Georges Truc), mais je vous montre la carte quand-même. On voit bien que l’Alsace est très complexe sur ce plan-là.

 

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Il y a autre chose que l’habillage de ce vin évoque pour moi: c’est la clarté exemplaire de la communication sur les éléments qui le composent. Il faut dire que ce n’est pas toujours le cas, en Alsace ou ailleurs. Surtout en Alsace peut-être, ou certains des grands noms vous laissent dans le brouillard total quant à la quantité de sucre résiduel que vous risquez de trouver dans le vin. Je vous montre ci-dessus (deuxième photo) la contre-étiquette de ce vin qui est exemplaire dans ce domaine. L’échelle de sucre y est bien présente, comme la nature du sol et d’autres mentions, obligatoires ou non. Et le tout est lisible !

Un exemple à suivre….

Et bon match (ou good game, c’est selon) !

David Cobbold

 


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Cépages obscurs : le bon travail d’un caviste voyageur

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Rassembler des vins issus de cépages peu ou pas connus pour les proposer au public n’est pas simplement une affaire qu’on pourrait assimiler à une rubrique « cabinet de curiosités » : il contient, potentiellement, le projet d’ouvrir les esprits et d’élargir la gamme des profils gustatifs offerts par les vins. J’ai déjà évoqué, il me semble, le travail fait dans ce domaine par le caviste Soif d’Ailleurs, à Paris. Une dégustation organisée vendredi dernier m’a démontré encore que ce lieu dirigé par Mathieu Wehrung continue à explorer des chemins inconnus de la plupart des amateurs de vins. Je vous conseille une visite si vos pas vous amènent dans ce quartier vivant entre Marais et République

Soif d’Ailleurs
38 rue Pastourelle, 75003 Paris
Téléphone : +33 1 40 29 10 82
Ils ont aussi un site de vente sur l’internet :

 

D’abord, aucun des vins vendus dans cette jolie petite boutique n’est français, ce qui ne suffit pas, bien entendu, à rendre leur sélection intéressante. Il y a en stock quelques classiques, chers ou pas chers, mais devenus incontournables comme le Sauvignon Blanc de Cloudy Bay (Nouvelle Zélande) ou bien les bulles de Miolo (Brésil) dont Soif d’Ailleurs est devenu, en peu de temps, le plus important vendeur dans toute l’Europe. Mais les vins qui m’intéressent le plus sont les autres, ces domaines peu connus ou peu disponibles en France, comme, par exemple, l’excellent Koslovic (cépages terran ou malvasia, Croatie) ou Anselmo Mendes et ses exceptionnels alvarinhos (Portugal).

Certains vins de la gamme sont assez chers, mais jamais d’une manière délirante car les marges sont raisonnables, vu le travail accompli, et on peut y trouver des très bons vins à moins de 20 euros. Cela reste peut-être un poil exclusif si on considère le prix moyen des vins vendus en France, mais ce n’est pas hors de prix pour des choses qu’on aura bien du mal à trouver ailleurs.

La dégustation à laquelle j’ai assisté la semaine dernière a regroupé 9 vins, issus d’autant de cultivars et de 6 pays différents. N’étant pas ampélographie, mais ayant plus de 30 ans d’expérience professionnel dans le vin, je dois avouer que je n’avais entendu parler que deux des ces neuf cépages auparavant, dont le Räuschling, qui va ouvrir le bal de cette petite dégustation que les organisateurs ont intitulé «les cépages rescapés».

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Les vins blancs

R3 Räuschling 2014, AOC Zürichsee, Suisse

(Cépage Räuschling) Prix 45 euros

Notre ami Marc a récemment évoqué ici même ce cépage blanc Räuschling, devenu rare et localisé presque exclusivement de nos jours dans cette partie de la Suisse germanique. Je dis «devenu», car il fut autrefois bien plus répandu, en Suisse, en Allemagne et même en Alsace. L’expansion du Müller-Thurgau, plus facile et plus productif, lui aurait scié les pattes cependant, malgré une présence attestée dans ces régions qui remonte au 16ème siècle. La variété est issue d’un croisement entre le très fertile Gouais Blanc et, soit le Savagnin, soit un membre de la famille des pinots (les versions divergent).

Vin d’abord tendre mais d’une belle vivacité. Assez aromatique et doté d’une longueur agréable, il ferait un vin d’apéritif très plaisant et pourrait bien accompagner des poissons de toutes sortes. Il souffre en revanche de son origine helvète sur le plan du prix.

 

Curil Blanco 2012, (vin hors D.O. de la région d’Alicante, Espagne)

(cépage Trepat Blanc) Prix 20 euros

Cette variété blanche à l’avantage, dans un climat chaud, de produire peu d’alcool : 12% dans ce cas.

Robe profonde, entre or et ambre. Nez étonnant, sur le versant de l’oxydation et qui rappelle le curry. Texture un peu huileuse et notes d’amertume confirment une vinification avec de la macération pelliculaire. Ferme et très long en bouche, c’est un style à part qui plaira aux amateurs de ce genre de vin : on n’est pas tout à fait dans le domaine des vins « oranges », mais ce n’est pas loin.

 

Weingut Umathum, Königlicher Wein 2013, Burgenland, Autriche

(Cépage Lindenblättrige) Prix 23 euros

En réalité ce cépage ne m’était pas totalement inconnu car il s’agit de la variante autrichienne de celui connu sous le nom d’harsévelu en Hongrie. Cela dit, je ne pense pas voir dégusté un pur harsévelu plus d’un fois, tant il est généralement assemblé avec le Furmint, surtout à Tokay. Je connaissais auparavant les vins rouges de cet excellent domiane de Burgenland, qui sont importés depuis un moment en France.

Vin fin, un peu ferme par sa texture, mais délicat par ses saveurs vives et acidulées.

 

Azienda Rivetto, Nascetto borea 2013, Piemonte, Italie

(Cépage Nascetta) Prix 24 euros

Le domaine est situé à Serralunga d’Alba, donc dans l’aire d’appellation du Barolo, mais ce cépage n’est admis dans aucune des DOC ou DOCG du coin.

Beau nez, qui m’a fait penser à de la pomme verte avec des élans citronnés. Fin, savoureux est assez salin. Pourtant la mer n’est pas si proche ! La vivacité domine mais l’équilibre est bien pour ce style de vin.

 

Albet i Noya, Rion 2013, DO Penedes, Espagne

(Cépage inconnu) Prix 25 euros

Bien connu pour ses cavas de haut niveau, ce domaine explore la richesse ampélographique de la Catalogne en élaborant aussi des vins tranquilles. Le producteur n’a pas réussi à identifier cette variété et il a nommé le vin avec le prénom de sa grande mère.

Le nez m’a semblé marqué par un élevage sous bois, mais il est également frais. Cette fraîcheur est encore plus marquée en bouche, et la texture me fait penser à de la craie. Pas mal de précision dans les saveurs, mais cette texture crayeuse assèche un peu le palais en finale. C’est peut-être pinailler que de dire cela car avec un plat je suis sur que ce vin serait très bon.

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Les vins rouges

Hatzidakis Mavrotragano 2013, Santorini, Grèce

(Cépage Mavrotragano) Prix 35 euros

Je connaissais cette île des Cyclades pour son origine volcanique et donc ses sols si particuliers. Je ne connaissais que ses vins blancs remarquables fait avec l’excellent cépage Assyrtiko. Je ne sais pas grand chose sur cette variété rouge.

C’est manifestement un cépage tannique, qui contient aussi, il semblerait, une belle acidité (même si je soupçonne un peu d’ajustement de ce dernier ingrédient dans ce vin). Le fruit est un peu dominé par le double assaut de tannins et d’acidité, mais il est présent. C’est un vin intéressant, qu’on dit « de caractère », mais un peu brut de décoffrage avec de l’amertume en finale et une impression végétale. Trop cher dans ce cas.

 

Podere Gualandi, Foglia Tonda 2012

(Cépage Folia Tonda) Prix 44 euros

Le patron de Soif d’Ailleurs est enthousiaste à propos des vins de ce producteur atypique. Je le suis un peu moins car je les trouve souvent austères et parfois avec des arômes que je qualifie de «déviants». Je les trouve aussi bien trop chers, mais on m’explique que les rendements sont très bas, etc…

A la dégustation, la masse tannique impose sa structure, renforcé par une acidité importante et à peine rendu harmonieux par un peu de fruit. Beaucoup d’austérité mais, en contrepartie, une très belle longueur. Equilibré quand-même, c’est un vin très particulier et je serais curieux de voir son évolution. Pour l’instant on ne peut le conseiller qu’avec un plat salé pour amadouer ses tannins.

 

Bodegas Pablo Menguante, Vidalello 2011, DO Carinena, Espagne

(Cépage Vidadello) Prix 19 euros

Cette appellation aragonaise qui porte le nom d’une variété chère à Michel Smith n’a, curieusement, que très peu du cépage éponyme. Les vignes de ce vin sont franches de pied, mais je n’en sais pas plus.

Un beau nez qui a de l’intensité et de la profondeur dans ses arômes fruités, avec juste une patine raisonnable du à son élevage. Le bois est aussi perceptible en bouche, et les tannins sont fermes et un peu asséchants en finale. Cette finale laisse aussi percevoir de jolis arômes de cerise amère. Bon vin d’un prix abordable, qui peut bien se comporter à table avec des plats de viandes ou en sauce, à cause du sel.

 

Likya Acikara 2014, Lycie, Turquie

(Cépage Acikara) Prix 24 euros

Je ne sais rien de ce cépage qui fait partie de la vaste réserve ampélographique de la Turquie. Le vignoble est planté sur un sol très calcaire.

La robe est très sombre et violacé mais il ne s’agit pas d’un cépage teinturier. Beau nez qui évoque la cerise noire. C’est un très joli vin, assez peu tannique mais très frais et, en même temps, doté d’un alcool relativement puissant. Sa vivacité l’aide dans l’équilibre et le vin est net et très bien fait. J’aime ce vin qui me fait voyager.

 

Conclusion

Quand il s’agit du vin (et de bien d’autres choses), le voyage dans l’espace implique inévitablement des croisements avec le voyage dans le temps. Je sais bien qu’il ne suffit pas d’être différent pour être « bon », mais comme c’est agréable (et probablement très utile) d’explorer ces morceaux du riche patrimoine botanique de la vigne et ses produits. Pourvu que, dans les pays à la réglementation viticole cadenassée comme la France, on sache apprendre et piocher dans ce réservoir ampélographique profond et, il me semble, si mal exploitée.

 

David Cobbold


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Muscat, que ma joie demeure!

Ah, le muscat! D’aucuns vous disent que c’est facile, voir vulgaire – pensez, un cépage que tout le monde peut reconnaître! Et puis, c’est sucré, ça fait penser aux apéros chez Grand Mère…

Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage…

Bon, avant de noyer le chien, merci d’attendre un peu ce qui suit.

Primo, un cépage aromatique est un cépage aromatique, ce n’est pas un élément à retenir contre lui. Je connais bien pire: les vins aromatisés, qui ne sont pas du vin.

Secundo, il y a de très beaux muscats en VDN, et pas seulement en Roussillon – essayez aussi Saint Jean de Minervois, Lunel, ou Beaumes de Venise. Ou Setúbal. Ou la Corse. A force de faire la fine bouche pour le sucre ceci, et l’arôme cela, ces vins vont finir par disparaître, et ça sera bien dommage.

Tertio, tous les muscats ne sont pas doux, il y en a aussi de secs, et des bons.

J’ai déjà eu l’occasion ici de vanter les mérites du Muscat de Kélibia – toujours sec. Mais plus près de nous, il y a aussi les muscats secs du Languedoc ou du Roussillon, ou encore, les muscats secs d’Alsace.

C’est de cette région que nous vient le vin choisi aujourd’hui, un Muscat d’Alsace de la maison Koehly, à Kintzheim. Un 2012, s’il vous plaît.

Koehly

Alors bien sûr qu’il est muscaté, bien sûr qu’il a ce goût de raisin si caractéristique (et tellement rare dans les autres cépages, à l’exception, sans doute, du Torrontès argentin).

Mais il est bien plus que ça; ce qui me frappe d’emblée, c’est son côté floral (tilleul), voire épicé (romarin). Et puis sa salinité. Ajoutez une bonne acidité, mais pas d’amertume exagérée (le défaut de beaucoup de muscats secs du Sud), et vous obtenez un produit friand, gourmand, délicieux, certes (comme si ça pouvait être un défaut!); mais aussi, pas mal de complexité – celle-ci, peut-être en partie due au fait qu’il s’agit d’un vin de 3 ans. On boit souvent les blancs trop jeunes, avant qu’ils aient eu le temps de fondre leur acidité, que tout se mette en place…

Bref, il n’y a pas de mal à se faire du bien, et ce concentré de soleil alsacien a réchauffé ma journée d’hiver. A 7,5 euros la quille, c’est bien moins cher qu’une semaine à Ténérife. Et c’est tout simplement délicieux.

Certes, le vin est un produit culturel – mais sans la joie de le boire, à trop l’intellectualiser, j’aurais peur d’écrire trop sec. C’est sans doute l’âge, mais j’ai plus de plaisir aujourd’hui à décrire un vin de soif qu’à démarrer une polémique; quitte à perdre en « likes ».

Bon, pour ceux qui préfèrent l’oxydo-masturbation, le sûr ou l’aigre, les vins chers et qui font mal, rien à redire: les coups et les douleurs, ça ne se discute pas!

Plus d’info: Koehly

 

Hervé Lalau

Photo©MichelSmith


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Apportez votre vin !

Cela se passe dans un premier temps au cœur du quartier de la Petite Italie, à Montréal, où ma Brigitte m’a pris par la main dans la neige fondante l’autre jour afin de me faire découvrir « le » lieu où l’on trouve à coup sûr un vrai caffe qui soit parfaitement à mon goût. Ce fut fait de manière magistrale dans ce temple ritale qu’est le Caffe Italia où le ristretto assez amère est fait avec expertise. Assurément pas le meilleur du monde, mais bon quand même. Brigitte prit ensuite la décision de me familiariser avec une habitude devenue au fil des ans très québécoise et qui consiste à arriver au restaurant avec son propre vin sous le bras. Le concept est en réalité inspiré semble-t-il par une initiative nord-américaine connue sous les noms de BYOW (Bring Your Own Wine) ou de BYOB (Bring Your Own Bottle) comme en atteste cette liste dressée par New York magazine. Londres aussi serait de la partie. Quelle ville à commencé la première, cela importe peu. Ce qui compte, c’est l’idée que je trouve personnellement géniale.

Photo©MichelSmith

L’Italia àMontréal. Photo©MichelSmith

Ici aussi, au Québec, les restaurants AVV (Apportez votre vin) ne manquent pas. La pratique existe depuis les années 80 pour le plus grand bonheur des restaurateurs qui adhèrent de leur plein gré à cette philosophie d’accueil et qui ne trouvent dans cette pratique que des avantages. Dans le sens de la convivialité d’abord, puis de la simplification dans la gestion de leur entreprise puisqu’ils n’ont plus à se soucier d’entretenir une cave. En échange, cela permet au client de consommer le vin qu’il aime sans avoir à subir le supplice d’un choix le plus souvent cornélien à cause d’une carte de vins elle-même le plus souvent décevante car trop courte ou trop mal construite quand elle n’est pas tout bonnement trop ruineuse.

La Madura entre en scène. Photo©MichelSmith

La Madura entre en scène. Photo©MichelSmith

Donc, après ma dose de caféine, je fus entraîné illico dans un magasin de la SAQ (voir mon article de jeudi dernier) où nous nous sommes procurés un flacon d’un Saint-Chinian La Madura 2012 parfaitement à point acheté pour une somme raisonnable, autour de 20 $Can. Et c’est armé de cette bouteille que nous fîmes route, toujours dans le même quartier, vers une très familiale pizzeria Napoletana nichée à l’angle de la rue Dante et de l’avenue de Gaspé avec assez de place pour garer notre auto entre deux monticules de neige fraîchement déblayée. En dehors du fait que c’est la plus vieille pizzeria de la ville, l’endroit n’a rien d’extraordinaire. Mais, comme partout ailleurs au Québec, on y est bien reçu ce qui fait que le restaurant ne désemplit pas. C’est aussi l’un des restaurants les plus appréciés des adeptes de la formule Apportez votre vin, une tendance très répandue au Canada comme je l’ai laissé entendre plus haut, mais aussi une sorte d’association dont la mission au Québec est quelque peu différente de sa sœur anglo-saxonne en ce sens qu’elle impose au restaurateur qu’il ait un « permis d’alcool » et qu’il procure à ses clients la verrerie nécessaire sans exiger en retour un « droit de bouchon » comme cela se fait couramment ailleurs et jusque dans quelques restaurants chez nous. Dans ce cas précis, je dois avouer que nous n’avons pas été soignés question verrerie, mais bon, l’expérience méritait d’être tentée et le serveur ouvrit notre bouteille sans sourciller comme il le fit à d’autres tables.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour en avoir le cœur net et apprécier pleinement la formule AVV, je l’ai testée avec des amis nouvellement montréalais, des amateurs de vins retrouvés dans un autre établissement de la ville. C’était dimanche dernier, pour le brunch, au restaurant O’Thym, boulevard de Maisonneuve, en plein quartier gay pas loin de de la très commerçante rue Sainte Catherine. Là, non seulement ce qui nous était servi était bon et proposé à un prix extrêmement honnête, mais de charmantes hôtesses remplissaient leur rôle avec efficacité et sourire. Comme d’autres clients autour de nous, nous avions amené des bulles histoire de fêter nos retrouvailles. Sans même avoir à le demander, un élégant seau à glace coiffé d’une serviette blanche nous fut servi, ainsi que des flûtes. Pour les vins suivants, chaque bouteille était ouverte par une serveuse qui en profitait pour changer nos verres.

Isabelle et Alain, deux amis retrouvés et venus avec leur vin. Photo©MichelSmith

Isabelle et Alain, avec leur vin. Photo©MichelSmith

Pour ceux que ça intéresse, O’Thym n’est pas le seul établissement AVV à obtenir l’adhésion de la clientèle. Dans le même esprit de convivialité et de service efficace sans être guindé et sans avoir à payer de droits de bouchon, ma compagne m’a assuré avoir fait d’excellents repas dans d’autres restaurants AVV de Montréal, au Quartier Général, par exemple, à l’État Major et À l’Os. Les adresses ne manquent pas et vous pouvez en trouver d’autres ici. Pour ceux qui visiteraient la ville de Québec, je suis même tombé sur un site « pages jaunes » répertoriant les restaurants Apportez Votre Vin. Dès lors, je me suis mis à rêver : pourquoi diable un tel système ne fonctionnerait-t-il pas chez nous ?

Le saumon boucané de O'Thym. Photo©MichelSmith

Le saumon boucané de O’Thym. Photo©MichelSmith

Bonne question ! Car ces expériences québécoises me confortent dans une idée qui fait de plus en plus son chemin chez moi : je connais en effet plus d’un restaurant en France, pays de la gastronomie et du vin, dont la carte des liquides est médiocre pour ne pas dire inexistante et le service du vin plus que répréhensible. Nos restaurateurs, du moins une bonne partie d’entre eux, seraient bien avisés de s’inspirer de cette formule. D’autant qu’il est hélas devenu courant chez nous de voir dans les mêmes restaurants des tablées entières où le vin a disparu de la circulation. Outre les raisons hygiénistes, c’est aussi parce que le vin est trop cher. Cette situation est due le plus souvent à une méconnaissance totale des choses du vin, voire à un désintérêt manifeste pour le vin de la part des patrons de bistrots ou des restaurateurs qui se veulent pourtant au sommet de la modernité. Ces gens-là n’ont rien compris et leur attitude est rétrograde. Il est temps que les esprits bougent.

Notre Puch est entré sans que j'ai besoin de supplier le chef de m'en acheter. Photo©MichelSmith

Notre Puch est entré sans que j’ai besoin de supplier le chef de m’en acheter ! Photo©MichelSmith

Compte tenu de leur manque désespérant d’enthousiasme – de leur talent en berne aussi -, nos restaurateurs pourraient aisément s’inspirer du Québec et se débarrasser de la charge que représente pour eux l’entretien d’une carte des vins décente et digne de ce nom. On peut parier qu’ils bénéficieraient ainsi d’un regain d’intérêt de la part de la clientèle et participeraient, plutôt que de céder à la sinistrose ambiante et d’en vouloir sempiternellement à nos dirigeants, au renouveau de la restauration française.

O'Thym à 11 h 30, à l'heure du brunch. Photo©Mi

O’Thym, à l’heure du brunch. Photo©MichelSmith

Ainsi, nos chers restaurateurs adeptes de culbutes sur le dos du vin pourraient consacrer plus de temps et d’argent à l’accueil, au service ainsi qu’à la cuisine, ceci pour le plus grand bonheur de leurs clients. À moins qu’ils ne tiennent à s’encroûter dans leur traintrain quotidien en débitant du vin médiocre acheté sans passion aucune dans l’unique but d’améliorer leurs sacro-saintes marges. En ce cas, qu’ils ne se plaignent pas de voir se perdurer cette fameuse crise qui se manifeste par la désertion notoire d’une clientèle de moins en moins attirée par l’idée de fréquenter un restaurant. Si une telle désaffection perdure, le gros des restaurateurs de France et de Navarre en sera largement responsable. Au lieu de se morfondre et d’accuser tel ou tel ministre, ils devraient se concentrer sur la refonte de leurs pratiques et regagner enfin la confiance des consommateurs. Alors oui, l’idée du AVV devrait en inspirer plus d’un !

Michel Smith

 


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Quelques producteurs exemplaires en Champagne (1/2)

Je n’aime pas plus que notre collègue Jim Budd les excentricités aussi légalistes qu’absurdes du Comité Champagne, ni l’arrogance parfois suffisante de quelques grandes marques de cette région viticole. Mais je n’estime pas que cela constitue une raison pour bouder tous les vins de Champagne, ni pour ignorer des choses très intéressantes qui s’y passent. J’ai fait part ici, il y a un peu plus d’un mois, de quelques vins de Champagne que j’avais particulièrement apprécié au cours de l’année 2015 et l’arrivée de ce nouvel an m’a décidé de faire un court voyage de 2 jours pour rencontrer certains de ces producteurs, juger de visu de leur approche et goûter leurs vins. Pour faire bonne mesure, j’en ai rajouté un ou deux parmi ceux dont j’ai aimé les vins dans un passé récent.

Tous les producteurs que j’ai visités il y a une semaine sont des vignerons indépendants, c’est à dire, à la base, des récoltants-manipulants selon la terminologie champenoise, même si quelques-uns achètent aussi un peu de raisin à des voisins ou à des membres de leur famille pour compléter leur production. Parfois aussi, certains louent des vignes, n’ayant pas un domaine de taille suffisante. Ils ont aussi en commun (et cela me rassure car la finesse des leurs vins semblait l’indiquer) une attitude de « tête chercheuse », mais sans jamais avoir de « grosse tête ». Ils partagent une forme de perfectionnisme et la volonté de chercher de nouvelles voies qui éclairent l’ensemble de leur démarche. Aucun ne brandit des écussons de « biomachin » en guise d’argument de vente premier, même si certains des cinq producteurs visités travaillent dans un esprit biologique, avec ou sans la certification qui va avec. Avec ou sans labels, tous reconnaissent l’impérieuse nécessité de faire vivre leur terre et d’obtenir, par des approches diverses mais qui respectent toutes l’environnement, des raisins sains et savoureux. Leurs histoires sont différentes et leurs moyens sont inégaux aussi. Mais leur vins, chacun dans son style, respirent une forme d’honnêteté qui me plait beaucoup : une forme de transparence qui est souvent reflétée sur les contre-étiquettes de leurs flacons, factuelles et informatives. La diversité et la qualité des vins de Champagne est, à mon avis, en croissance actuelle en grande partie grâce à ce type de producteur.

Voici la liste de domaines visités (et des photos de leurs propriétaires). Tous sont très recommandables, mais avec des styles de vins et des gammes de prix qui reflètent soit leur situation géographique et encépagement, soit leur approche de la vinification dans sa globalité, soit, aussi, leur renommé. Il s’agit sûrement d’un peu de tout cela à la fois.

 

portrait Pierre TrichetPierre Trichet, Trois Puits (près de Reims, en allant vers la Montagne)

 

David PehuDavid Péhu, Champagne Péhu-Simonnet, Verzenay, Montagne de Reims Nord (crédit photo ci-dessus la Cave Dilettante)

IMG_7296Laurent Champ, chef de caves,  Champagne Vilmart et Cie, Rilly-la Montagne, Montagne de Reims Nord

vesselle3Didier Vesselle et son fils, Champagne Maurice Vesselle, Bouzy, Montagne de Reims Sud

Frères ColletLes frères Collet, Domaine René Collet, Fontaine Denis, Sézannais

 

Je vous parlerai cette semaine du premier et du dernier de cette liste de cinq. Leurs deux domaines  constituent les deux points géographiques les plus éloignés l’un de l’autre de cette série, et leurs crus sont aussi, pour l’essentiel, les moins prestigieux. Mais ils méritent autant votre attention, cher lecteur, que les trois  autres pour lesquels il faudra patienter une semaine de plus !

 

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Champagne Pierre Trichet

J’avais rencontré Pierre Trichet et une partie de sa gamme pour la première fois à la dégustation presse organisée à Paris en septembre 2015 par les Vignerons de Champagne. J’étais tellement impressionné par ses vins à cette occasion que j’ai promis de lui rendre visite à la première occasion. C’est maintenant chose faite et je n’ai pas été déçu. Le domaine familial, dont les bâtiments incorporent 4 ou 5 chambres d’hôte spacieuses, est basé dans le petit village de Trois Puits, tout près de Reims sur la route qui monte doucement vers le versant nord de la « montagne » et le village de Ludes. Il comporte un peu plus de quatre hectares, auxquels se rajoute le fruit de quatre autres que Pierre loue aux alentours, dont une parcelle dans le grand cru de Verzy. En tout, cela signifie 17 parcelles, ce qui lui donne la possibilité de pratiquer un travail précis en assemblage, approche qu’il privilégie, hormis le cas de sa parcelle à Verzy. Toutes ces parcelles se situent sur des communes classées en premiers ou grands crus : Trois Puits, Montbré, Ludes, Rilly, Cormontreuil et Verzy. Trichet produit 8 vins différents, plus une variante demi-sec de son brut non-millésimé que je n’ai pas dégusté.

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Le travail des vignes est un ingrédient essentiel de l’approche de Pierre Trichet, qui opère des sélections massales de ses plantes les plus anciennes et qualitatives qu’il fait greffer et valider par un spécialiste en Alsace. Le domaine sera agrée Haute Valeur Environnementale en 2016 et le souhait est d’aller vers un maximum de transparence dans toute les procédures et peut-être un agriculture biologique. Pierre ne cherche pas a agrandir l »exploitation actuelle car il veut pouvoir tout surveiller, aussi bien à la vigne qu’à la cave. Interrogé sur son approche du vin, il m’a donné une réponse que j’ai trouvé inhabituelle et intéressante : « mes vins doivent avoir du nez ». Dans cela il est aidé par l’expressivité du fruit apporté par le pinot meunier qui fait partie de plusieurs assemblages. Il dit aussi ne pas savoir vendre autre chose que des vins qu’il aime. En cela il ne doit pas être seul, mais c’est bon à savoir. Sur l’aspect structurel du vin, il recherche la longueur en bouche davantage que la puissance, ce qui est probablement en bonne adéquation avec le potentiel de ses crus.

Trichet est aussi un passionné d’histoire et particulièrement de l’histoire de sa région : ce sont ses recherches qui l’ont amené à planter du pinot blanc dont une cuvée sortira prochainement, ainsi qu’une cuvée « petite mousse », à la pression réduite à 3,5 bars et qui s’appelle Secret d’Or.  A la différence des autres producteurs que j’ai visité à cette occasion, Pierre n’aime pas l’effet du fût en bois sur ses vins, après avoir pratiqué quelques essais. Malgré cela (car l’usage du fût est une réalité historique, en champagne somme ailleurs), sa source d’inspiration reste largement l’histoire et il cite cela devant un effet « terroir », ne produisant qu’un seul vin mono-cru.

Sur l’ensemble des ses 17 parcelles, c’est le pinot meunier qui domine, avec 53% des surfaces, suivi par le pinot noir (25%) et le chardonnay (près de 20%). Il y a aussi un demi-pourcent d’un cépage devenu rare en Champagne, le pinot blanc. Le vignoble a été planté par sa grand-mère, puis par son père, à partir de 1947. Au début elle vendait ses raisins à Taittinger, puis elle a constitué une petite coopérative. L’exploitation, comme souvent en Champagne, avait alors une activité mixte entre vignes, céréales et betteraves. La maison, entourée de ses bâtiments d’exploitation, est récente, comme la plupart de cette région car les bâtiments anciens, qui hébergeaient un couvent autrefois, furent détruites pendant la Première Guerre, mais la cave, qui date du 17ème siècle, a subsisté et les Trichet l’agrandissent progressivement. La marque Trichet-Didier, devenu récemment Pierre Trichet, existe depuis 1972 et Pierre à repris l’exploitation en 1986, imposant progressivement sa vision sur les 60,000 bouteilles de la production annuelle. La tenue de l’ensemble du domaine est impeccable, comme on peut le constater ci-dessous, mais il faisait moins beau et moins vert le jour de ma visite !

Trichet-Didier

 

Les vins dégustés 

Authentique (nm) Brut

Provenant de 16 de ses 17 parcelles et incluant à la fois beaucoup de meunier, de la cuvée et des tailles et 17% de vins de réserve, c’est la cuvé de base de la maison. Bon fruit, assez puissant et avec une belle finale sur la fraîcheur, c’est une excellente introduction au style de Pierre Trichet.

Secret d’Or (nm) Blanc de Blancs

Malgré les réticences de Pierre envers ce type de contenant, 20% de ce vin a été fermenté et conservé quelques mois en barriques. L’essentiel vient du millésime 2010 et le tirage date de février 2011. La bouteille dégustée avait été dégorgée en août 2015. Très grande fraîcheur, avec une vivacité citronnée, très salivante, mais aussi une texture caressante qui mène vers une finale plus stricte. Vendue au domaine pour 24 euros.

L’Exception Grand Cru 2008

Dominé par le pinot noir, c’est un vin fin et structuré, encore un peu austère mais très long. Il allie corps et finesse, dans un style vin de garde. 1.200 bouteilles produites.

Cuvée 1333 (Pinot Blanc)

Nous avons dégusté une bouteille dégorgée de cette cuvée qui n’est pas encore sur le marché et dont il n’y aura que 1.333 flacons. Très aromatique et plein de saveurs, ce Champagne a de la finesse et de la longueur mais j’ai trouvé que le dosage (provisoire) pouvait être plus léger, car la finale avait une pointe de lourdeur, peut-être aussi le fait d’un dosage récent.

Rosé Brut Tradition

Le vin rouge de ce rosé d’assemblage vient de vieilles vignes de meunier dont les raisins ont été éraflés. C’est un excellent rosé, de bonne couleur (un avantage selon mes goûts en la matière !), plein de fraîcheur, très fruité dans la gamme fraise, savoureux et long.

Pour finir, et dans une autre séance, j’ai dégusté à nouveau les deux vins qui m’avaient tant impressionné en septembre :

Héritage, Blanc de Blancs

Avec une base de la vendange 2009, ce vin limpide et claire ne montre nullement son âge. Sa superbe fraîcheur porte ses belles saveurs. Excellent, surtout à un prix très doux autour de 18 euros.

La Puissance, Blanc de Noirs

Le complément du vin précédent, ce vin est issu du cru de Verzy et du seul Pinot Noir. La base est également la vendange 2009. Naturellement d’apparence plus raide, car légèrement tannique, il a aussi une grande profondeur de saveurs. Long et puissant, avec une finale aussi vive qu’intense. ma meilleur note de la série.

logo_Collet

 

Domaine Collet

Ainsi nommé pour le distinguer de la coopérative Collet (ex Raoul Collet), basé à Aÿ et dont les vins sont vinifié avec ceux de Jacquart, ce producteur est le plus récent du groupe visité car les trois frères qui le dirigent ont fondé l’activité de vinification et de vieillissement avec le millésime 2007. Auparavant, leur père apportait les raisins de ses 5 hectares à une cave coopérative. Le vignoble est situé au sud-ouest de Sézanne sur la route vers Nogent et Provins. Ce secteur au sud de la côte de blancs, qui comporte environ 1400 hectares, est peu connu en dehors de la Champagne mais j’ai gouté plusieurs vins récemment du secteur qui me semblent intéressants, dont ceux de ce domaine qui brillent par leur éclat et leur précisions.

Frères Collet

Planté progressivement à partir des années 1960, le Domaine René Collet contient 60% de chardonnay et 40% de pinot noir et est en cours de certification bio. Chacun des trois frères Collet a un rôle spécifique dans l’entreprise (vignoble, vinification, commercial/comptabilité) mais peut en remplacer un autre en cas de besoin. Et ils ont démarré avec la volonté claire d’élaborer des vins au style marqué, bien au delà de la moyenne pour ce secteur peu connu. Pour ce faire ils n’ont pas hésité à investir massivement dans un équipement impressionnant pour un domaine aussi récent, le tout étant logé d’une manière inattendue dans un grand caveau creusé sous une maison moderne d’apparence modeste. Fûts et foudres en bois, un ergonome (une spécialité de Vicard paraît-il, également en bois), cuves inox de petit volume, matériel de refroidissement, pompes du dernier cri, le tout impeccablement rangé et propre.

Domaine-Collet-Anthime-Héritage-340x791

La gamme produite par ce domaine se divise en deux parties: deux vins intitulés Empreinte du Terroir, et trois autres qui portent la marque Anthime 300. Anthime est le prénom d’un oncle qui fut le dernier sabotier/tonnelier du coin, et le chiffre 300 signifie le contenu en litres de barriques utilisées pour la fermentation et la première phase de maturation des vins de cette gamme, avant l’assemblage et la mise en bouteille (tirage), qui n’intervient qu’au mois de juillet suivant la récolte, chez les Collet. Cette longue phase de maturation des vins clairs, quel que soit le contenu utilisé, est une approche partagée par plusieurs des vignerons qui figurent dans cet article, et je ne suis pas loin de penser quelle contribue à la finesse de leurs vins. D’autres vins sont en vente, mais sont issus d’une vinification coopérative et je ne les ai pas dégustés, m’intéressant surtout à la nouvelle démarche de ce domaine.

Foudres-en-chêne-du-Domaine-Collet

Les vins dégustés

Empreinte du Terroir 2011, Chardonnay

20% des vins de cette cuvée passent en barriques, et 20% en foudres, le reste est vinifié et conservé en cuves inox avant l’assemblage. Dosé à 6 g, c’est un vin délicatement arrondi mais sans la moindre lourdeur, avec du fruit et une pointe élégante d’amertume. Très bon et raisonnable à 22 euros.

Empreinte du Terroir, extra brut (nm)

Bâti avec un assemblage de 70% de pinot noir avec 30% de chardonnay, il a des arômes et des saveurs plus « larges » que le précédent, une texture très suave et pas mal de puissance. Un excellent vin de champagne à 24 euros.

Anthime 300 Héritage (nm)

Composé à parts égales de vins des vendanges 2008 et 2009 (ce qui lui donne un âge respectable pur une cuvée non-millésimé, et sans que l’on y sente la moindre trace de fatigue), il est dominé à 70% par le cépage chardonnay, le reste en pinot noir. Toujours une fermentation et élevage sous bois, de différents contenus, et sans malo. Un vin très fin, allègre et vibrant, d’une finesse remarquable. J’ai trouvé cela si délicieux que j’en ai acheté un peu au prix de 27 euros la bouteille.

Anthime 300 Extrême, extra brut, Chardonnay (nm)

En réalité, ce vin est issu à 100% du millésime 2010 mais il ne le porte pas sur sa carte d’identité.Vinifié entièrement sous bois et sans malo, il est aussi vif que pur dans ses arômes, avec une dominante citron/citronnelle, plein de saveurs, long et très désaltérant.  Vendu à 39 euros la bouteille.

Anthime 300 Sensation Rosé (nm)

Issu d’une macération de moûts de pinot noirs (et un peu de chardonnay inclus dans la cuve) puis un assemblage avec 15% de chardonnay, c’est un vin qui procède un peu à l’envers de la majorité des rosés en champagne. Pas très intense en couleur, aux saveurs de fraise, vibrant et gourmand, c’est aussi fin que les autres vins de la gamme, même si je n’en aurai pas acheté, aimant des rosés un peu plus soutenus.

 

Voilà, et ce n’est qu’un début……

 

David Cobbold

 


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Trois petits jeunes qui montent entre Sablet et Séguret

Ils sont trois, ils sont jeunes, à la tête de petites structures, et ils font du vin en Côtes du Rhône Villages Sablet ou Séguret.

L’analogie s’arrête là, car ils ont chacun leur histoire, leur personnalité.

N’empêche qu’ils détiennent chacun une parcelle de l’avenir de ces terroirs, promis, à ce qu’on dit, à devenir des crus à part entière.

Village_de_SéguretSéguret, le village, son mamelon et ses vignes (Photo Véronique Pagnier)

Darricau-Vaillé

Julien Darricau est Landais, tombé dans le vin et dans le Vaucluse par passion. Marine Vaillé, sa compagne, est Héraultaise, et se charge de tout ce qui touche à la commercialisation. Ils ne font rien comme tout le monde: ils ne possèdent ni vignes ni caves, habitent au pied du Ventoux, mais achètent leurs raisins à Sablet ou Séguret, et vinifient chez des amis.

Cette cuvée, par exemple:

Côtes du Rhône Villages Séguret 2013, cuvée « Scène de Ménage »

Le fruit de Monsieur Grenache et de Madame Syrah…

S’il boude un peu au premier nez, ce vin a le sang chaud: un peu d’agitation, et il nous jette à la figure, non pas le vase de belle-maman, mais un très joli fruit noir, et puis des notes florales (violette, jasmin?) qui reviennent en bouche. Celle-ci surprend par sa fraîcheur et ses tannins serrés. 10 euros.

Ménage

Domaine de Crève Cœur

Pablo Höcht n’est pas de famille vigneronne (son père est artiste-peintre). Après des études d’ingénieur chimiste, il se tourne cependant vers l’œnologie ; il trouve un emploi à Gigondas, chez l’excellent Louis Barruol (Saint Cosme); puis en parallèle, en 2010, démarre son propre domaine, sur 2 puis 5 ha, à cheval sur Plan du Dieu, Sablet et Séguret. Difficile de choisir entre ses différentes cuvées – même le rosé est de toute beauté. Allez, en voici deux…

Pablo1Pablo Höcht et ses vins sont comme sa cave: béton brut! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Sablet 2013

Issue d’une parcelle de 2ha en terrasses, plantée de vignes de 80 ans (80% grenache et 20 mourvèdre), cette cuvée a été vinifié en cuve béton, élevée douze mois barrique non neuve. C’est un vin de petit rendement, et de raisins non éraflés.

Très dense, il présente un côté austère, au départ; mais à l’aération nous parviennent des superbes notes balsamiques, avec un peu d’alcool de prune;  la bouche est énorme, mais heureusement, une note d’amertume vient rafraîchir la finale, compensant la faible acidité. Impressionnant.

Séguret 2014

Très floral au nez (violette, romarin, sous bois); en bouche, du fumé, encore de la prune, une sacrée présence et pour finir en beauté, une pointe de sel et de réglisse. Un vint brut de décoffrage, et qui présente un beau potentiel de garde. 12 mois de barrique.

Pablo2

 

Domaine Malmont

Fils de l’ancien propriétaire du domaine de la Cabasse, Nicolas Haeni s’est trouvé un nouveau terrain d’expérimentations sur les hauteurs de Séguret – ou plutôt, il se l’est créé, en tout cas terrassé, avec son ami Josep Luis Perez, du Mas Martinet, en Priorat; avant de le planter à raison de 4.000 plants à l’hectare, «pour une production plus qualitative». Malmont, le nom de son domaine, reprend simplement celui de son lieu-dit.

Nicolas y observe que les maturités sont plus tardives que dans le bas de Séguret (2 semaines plus tard en moyenne qu’à la Cabasse, par exemple), ce qui confère plus de fraîcheur aux vins.

Le premier millésime produit a été 2013 ; en 2015, Nicolas table sur 15.000 bouteilles (blanc et rouge).

Malmont2Un Suisse à Séguret: Nicolas Haeni (Photo (c) H. Lalau 2015)

Malmont Blanc 2014

Cette roussanne présente un nez très fin de fruits jaunes, avec quelques notes fumées; en bouche, c’est un subtil mélange de gras et de fraîcheur, de miel et d’amer.

Malmont Séguret 2014

La finesse est de rigueur en rouge aussi; le côté carré et la fraîcheur de la syrah, la rondeur et gras du grenache: c’est le meilleur des deux mondes, dans une approche plus policée que polissonne. La finale surprend par sa délicatesse florale, pour un vin aussi puissant!

Malmont

En guise de conclusion

Nous autres journalistes avons souvent la tentation de généraliser, de trouver une explication qui concilie tout. Ici, pourtant, malgré un dénominateur commun – la zone de production, je ne vois aucune morale à l’histoire, aucune recette reproductible – ces trois exploitations et leurs vignerons sont aussi différents qu’on peut l’être, leurs vins aussi. Peut-on parler de relève, de passage de témoin, de nouvelle génération, de nouvelle typologie de vignerons? Je n’en sais rien. Marc le dira mieux que moi, il connaît beaucoup mieux le Rhône que moi.

Sans doute qu’en en visitant trois autres domaines, mon impression eut été encore différente. Mais là, pour moi, c’étaient trois coups de coeur; pour les vins, et aussi pour les gens qui les font. C’est ce que j’aime dans ce métier. La découverte; et les vins qui donnent envie de parler. Pourquoi bouderais-je mon plaisir, surtout quand je peux le partager?

Attention, ce sont de petites exploitations, il n’y aura peut-être pas du vin pour tout le monde…

 

Hervé Lalau

Et un grand merci à Interrhône pour la balade…


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Un aperçu de Crozes Hermitage

La semaine dernière, je vous ai parlé d’une appellation, Gaillac, que j’ai critiquée pour l’hétérogénéité de ses vins. Cette semaine, je vais vous parler d’une autre appellation, Crozes Hermitage, qui me semble présenter un aspect différent sur ce plan.

Certes, elle ne couvre que la moitié environ de la surface de Gaillac et ne produit que deux types de vins : blancs et rouges, secs tous les deux. De surcroît, elle simplifie le sujet de l’encépagement presque à l’extrême, car les rouges sont des mono-cépages de syrah, tandis que les blancs, très minoritaires, admettent un assemblage marsanne/roussanne. Je ne vous parlerai ici que des rouges car, à l’origine des mes observations, il y avait une dégustation organisée à Paris, le 15 décembre dernier, de 28 vins rouges de Crozes-Hermitage, produits par autant de producteurs différents. Il ne s’agissait pas d’une véritable dégustation horizontale, car elle concernait 6 millésimes différents. Mais cette formule à l’avantage de permettre un regard sur l’évolution de ces vins dans le temps, du moins pour les plus anciens. Un compromis, certes, mais un compromis qui a son intérêt.

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Malgré une taille relativement faible de 1.600 hectares, Crozes Hermitage est la plus vaste des appellations de la partie septentrionale du Rhône français (oui, car il y a la partie suisse aussi). Le climat et les expositions méritent un peu d’attention.  Si on considère la latitude, l’aire de Crozes se répartit autour du 45ème parallèle, comme celles de Bordeaux et de Gaillac (bon, en pinaillant, on trouvera que la ville de Gaillac se situe vers 43,9°). Mais, n’en déplaise à ceux qui voient une sorte de magie dans les nombres, surtout quand ils correspondent à leur lieu de production, cette information ne suffit pas à doter une région d’une possibilité innée de produire de grands vins.

A Crozes-Hermitage, le climat est continental avec une touche d’influence méditerranéenne. Quant aux aspects topographiques et géologiques, la partie nord de cette appellation qui s’étend sur la rive gauche du fleuve est une extension de l’appellation Hermitage, avec des sols assez pentus, de type granitique.

trail 3On peut juger du caractère pentu d’une partie de l’appellation par cette image qui montre l’auteur en plein effort de montée, lors d’un trail de 15km couru entre Hermitage et Crozes en 2012, je crois.

Cette partie historique de l’appellation Crozes Hermitage (qui date de 1937) compte pour moins d’un tiers de la superficie actuelle qui a été étendue vers le sud dans les années 1950, incluant une zone plus large, appelée Châssis, présentant des surfaces plus planes et des sols d’alluvions argilo-sableuses, parfois très caillouteux. Il y a aussi des parties plus calcaires. En tout, 11 communes participent à l’appellation. L’axe formé par le fleuve joue aussi un rôle climatique important, en permettant l’influence des vents par exemple.

Les prix des vins

Dans ce cas, comme souvent, les prix dépendent largement de l’image projetée (le positionnement prix, si nous préférez) et de la réputation du producteur, et parfois aussi de la rareté de la cuvée en question. La fourchette de prix pour ces vins se situe entre 12 à 35 euros. Le niveau supérieur de cette fourchette étant celui des cuvées de Chapoutier, Jaboulet ou Combier, par exemple. On peut donc trouver d’excellents Crozes Hermitage entre 15 et 25 euros. A titre de comparaison, et parce que j’ai négligé de parler de cet aspect la semaine dernière, les vins de Gaillac mentionnés ont une fourchette de prix plus basse, qui va de 7 à 25 euros.

 

Les vins de cette dégustation

Haut Chassis

Un de mes vins préférés parmi les 28 était aussi le plus ancien vin de la série : le Domaine des Hauts-Châssis, Les Châssis 2005. Il avait pour lui un nez profond et expressif, la belle qualité de ses saveurs fruitées de type prune/pruneau (même à 10 ans d’âge), des notes élégantes de fumée et une impression globale d’une puissance maîtrisée et d’une grande beauté. J’ai beaucoup moins aimé la cuvée Le Rouvre 2007 de Yann Chave, la trouvant trop boisée, dure et ingrate en bouche.

 

darnaud-fildutemps-crozes

Des deux vins du millésime 2009 présentés, j’ai préféré, de loin, celui d’Emmanuel Darnaud, la cuvée Au Fil du Temps. Le nez avait une touche animale dans les limites du raisonnable qui ne réduisant pas sa belle ampleur en bouche, et ce vin avait aussi une très bonne structure et beaucoup d’intensité : un vin harmonieux et énergique. La cuvée Les Croix, du Domaine Les Bruyères, était un cran en-dessous, avec un nez épicé, une fermeté qui le situait sur le versant de la finesse plutôt que sur celui de l’ampleur et une petite raideur en finale. Pour les jansénistes peut-être ?

 

etiquette-clos-des-grives-2010S’en est suivie une belle série de 6 vins du millésime 2010. Le Clos des Grives, du Domaine Combier brillait comme souvent et sera encore meilleur avec quelques années de plus. C’est un vin d’une grande élégance, très juteux et avec des tanins très fins. Je n’ai pas aimé la cuvée Roche Pierre, du Domaine Belle, austère et pas tout à fait nette, probablement à cause d’une bonne dose de bretts. La cuvée Gaby, du Domaine de Colombier, m’a semblé fermée mais fine et avec une jolie structure. La cuvée Thalabert, de Paul Jaboulet montrait un fruité séduisant et charnu, une impression de pureté et de précision et une belle longueur. J’ai eu un peu de mal à juger le Château Curson, du Domaine Etienne Pochon, car il m’est paru austère et fermé, mais certainement bien fait. Le dernier vin de ce millésime, la cuvée tradition du Domaine des Sept Chemins, était probablement le plus accessible pour beaucoup, car souple, juteux et vibrant, donnant ses sensation très plaisantes mais peu complexes (peut-être un soupçon de bretts aussi ?).

 

LesMachonnieresCrozesHermitageMes notes pour les 6 vins proposés issus du millésime 2011 sont globalement inférieures à celles pour la série des 2010, avec une exception notable : la cuvée Les Machonnières, du Domaine des Entrefaux. Ce vin m’a emballé avec un nez très attrayant, une grande impression d’énergie donné par sa vivacité et sa finesse, une qualité très gourmande de fruit et une bonne longueur. Un des mes fins préférés de toute la série. Le Domaine Etienne Bécheras, avec sa cuvée Le Prieuré d’Arras  a produit un bon 2011, de structure légère et de fruité délicat mais assez savoureux. J’ai trouvé le vin du Domaine Betton, la cuvée Caprice, trop réduit et assez simple ; le Clos des Comirets, du Domaine Fayolle, me gênait par sa finale trop asséchante et la cuvée Ghany, du Domaine Gaylord Machon, avait un joli nez mais décevait ensuite, semblant maigre en milieu de bouche et décousu. Enfin Le Grand Courtil, du Domaine Ferraton, était bien agréable, assez riche en bouche et expressif au nez, avec un bon équilibre et de la longueur.

aleofane1Tous les autres vins (au nombre de 12) étaient issus du millésime 2012. Ces vins sont très jeunes et ne s’expriment pas encore totalement, alors, pour vous épargner, je ne vous parlerai que des mes préférés. J’ai beaucoup aimé Aléofane, de Natacha Chave (et ce n’est pas la première fois) : un vin qui, bien que très jeune en apparence, montre une grande précision de saveurs et un équilibre intéressant. La Cave de Tain, avec sa cuvée Les Hauts du Fief, est une autre réussite dans ce millésime, précis et au très beau fruité. La cuvée Les Varonniers de M. Chapoutier est aussi très beau, fin, poivré au nez, presque délicat à ce stade. Le Domaine des Grands Chemins, de la Maison Delas est juteux et fin, encore un vin qui joue sur le registre de la délicatesse plutôt que sur celui de la puissance, comme c’est le cas pour le Domaine Laurent Habrard. Deux autres vins ont retenu mon attention : La Fleur Enchantée, du Domaine Saint Clair, pour sa vivacité précise et sa bonne longueur, et, surtout, le Domaine des Remizières, et sa cuvée Christophe, qui était ma meilleure note de cette série de 2012 : intense, long et bien équilibré, la matière est très belle et ce vin fera une excellent bouteille dans les années à venir.

remezières

Les autres vins dégustés dans ce millésime étaient : Cave de Clairmont, cuvée Immanence; Philippe et Vincent Jaboulet, cuvée Nouvelère ; Gabriel Meffre, Laurus; Domaine Melody, Etoile noire ; Domaine Michelas St. Jemms, Terre d’Arce.

 

Conclusion

Une dégustation plutôt convaincante, dans l’ensemble; en tout cas, présentant beaucoup moins de faiblesses qualitatives que dans le cas de Gaillac. Certes, sur le plan stylistique, la donne est plus simple avec un seul cépage et un seul type de vin. Mais j’ai l’impression que, derrière les leaders de cette appellation, bien installés mais qui ne se reposent nullement sur leur lauriers, il y a aussi plein de domaines moins connus qui font ce qu’il faut pour donner une belle qualité de vin aux consommateur, quelques soient les difficultés de tel ou tel millésime.

Une bonne année 2016 à toutes et à tous, si possible avec plein de bonnes découvertes de partout!

David Cobbold

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