Les 5 du Vin

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En passant par Saint-Sardos

Au coeur de la Lomagne, dans le Tarn-et-Garonne, se trouve l’appellation Saint-Sardos (quand on la cherche bien). Héritière d’un vieux vignoble monastique, celui de l’abbaye de Grand Selve, à Bouillac, elle doit sa renaissance aux efforts de la coopérative éponyme, qui assure encore aujourd’hui l’essentiel de la production. Correction: toute la production, si l’on excepte deux vignerons indépendants.

L’aire d’appellation (230 ha) couvre 23 communes, mais les vignes sont à ce point dispersées qu’on peut facilement passer dans le coin sans en voir une seule. Je peux en témoigner.

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En Lomagne, on voit plus de tournesol, de blé et d’ail que de vignes.

Et pourtant, c’est sûr, il y en a! (Photo (c) H. Lalau 2016)

Gilles de Morban est une des marques de la cave coopérative.  C’est ce vin – dans sa version 2011 – que j’ai dégusté sur place par une belle et chaude soirée de vacances, fin juillet. L’assemblage est dominé par la Syrah (une particularité locale, car c’est la seule AOP du Sud-Ouest qui l’autorise en cépage principal), complétée par du Tannat (deuxième cépage principal) et du Cabernet Franc. Il n’a vu que la cuve.

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Je suppose que la bouteille présentée au concours…

n’était pas bouchonnée! (photo (c) H. Lalau 2016)

Un assemblage original qui illustre les différentes influences de cette zone, entre Atlantique, Pyrénées et Méditerranée.  

Pivoine, cassis, romarin, violette, le nez de ce Gascon est bien affirmé. Sa bouche ne l’est pas moins –  je pense à un de ces mousquetaires forts en gueule qui émaillent les romans de Dumas ou de Merle. Piment d’Espelette ou ail de Lomagne, faites votre choix.

La finale est un peu rugueuse, mais un peu de tannin n’a jamais fait de mal à personne, ni une pointe d’acidité, surtout sur un plat un peu gras comme en propose la gastronomie locale. Ah, les joies de l’oie!

Très inspiré, sur ce coup-là, le Guide Hachette suggère plutôt un steak-frites. Je n’aurai qu’un seul mot: bof!

Hervé Lalau

PS. Sur les deux bouteilles achetées par mes soins à Beaumont de Lomagne (même millésime, même lot), une était malheureusement et irrémédiablement bouchonnée. Un modèle du genre. Je n’ai pas osé racheter une troisième bouteille pour affiner la statistique. Vivement les capsules à vis!


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Plaimont : un bel exemple de gouvernance collective et des vins exemplaires pour leur prix (1/2)

 Cette semaine, quel contraste avec le vin dont je vous ai parlé la semaine dernière ! Car la gamme décrite ici à un prix moyen tout à fait en ligne avec le prix moyen des vins vendus (en globalité) en France. Ne dites pas que les 5  font dans l’élitisme. 

Ce n’est peut-être pas la peine de vous présenter la Cave de Plaimont, une coopérative aussi importante qu’exemplaire du Sud-Ouest de la France. Sa gamme de vins couvre les appellations Saint Mont (où se situe sa base), Madiran, Pacherenc de Vic Bilh, mais aussi la plus vaste zone des Côtes de Gascogne, dont les vins sont classés en vin de pays (pardon, Indication Géographique Protégée : mais qui a eu l’idée de ce terme aussi techno-absurde que peu communicatif de la substance concernée ?). Je vais vous parler de ces vins pendant deux semaines, en traitent d’abord des blancs secs, puis, la semaine prochaine, des vins rouges. Les doux et moelleux, cela sera peut-être pour une autre fois. Les rosés, je vais passer car ils ne m’ont pas emballés.

img_7009Décontracté dans la forme, mais très sérieux sur le fond : c’est cela l’esprit Plaimont

 

Pourquoi la Cave de Plaimont est-elle si exemplaire ? J’émettrais 3 raisons majeures, puis d’autres qui peuvent sembler secondaires mais qui sont aussi symptomatique d’un état d’esprit qui mérite d’être souligné. Première raison : la qualité des leurs vins. Deuxième raison : leurs prix généralement très modestes. Troisième raison : leur dynamisme commercial, qui passe par un bon réseau de vente, en France et à l’export (dont la Chine depuis longtemps), et qui inclut une série de boutiques en propre qui couvre bien tout le département du Gers, en débordant sur quelques points limitrophes. Il y a quelques années, ni Saint Mont ni les Côtes de Gascogne n’étaient connus. Grace à Plaimont et à quelques autres, notamment Tariquet, ces noms le sont maintenant, y compris à l’export. Et cela fait vivre beaucoup de vignerons, car c’est aussi le rôle de la coopération. Ce dynamisme se voit également par les actions de partenariat qui augmente la visibilité des vins. Je pense en particulier à celui avec le festival de Jazz de Marciac, dont Plaimont est un soutien de la première heure. Mais aussi leurs voyages promotionnels à travers le monde, avec l’emblématique béret vissé sur la tête des vignerons-ambassadeurs. La partie immergée de l’iceberg est moins connue, car moins visible. Il s’agit, entre autres, de travaux de recherche sur la très riche ampélographie du sud-ouest, initié par Plaimont et soutenu et suivie par l’INRA et l’ITV. Pour la première fois depuis 2010, le mois prochain verra deux journées pendant lesquels ces travaux seront présentés à la presse spécialisée. J’y reviendrai après l’événement.

Les vins blancs secs

Echo Indigo 2015 (capsule à vis)

Etrange mais vrai : parmi tous ces vins blancs, à mon avis si aptes pour ce type de fermeture, ce flacon et le seul d’adopter la capsule. Je sais bien que la France est encore rétrograde (pardon, réticent) à ce type de fermeture, mais il est grand temps de bouger !

Ce produit est réservé à l’export, mais son habillage moderne me plaisait quand je l’ai aperçu et j’ai demandé à le déguster. Robe claire, acidité moyenne, simple, fluide et plaisant. Je ne connais pas son prix mais cela ne doit pas être cher.

Le Favori de Gascogne 2014, Côtes de Gascogne

(Ugni Blanc et Colombard / prix 3 euros)

Robe citron clair. Vif et léger avec un peu de fruit, mais neutre dans l’ensemble. Longueur soutenue par une pointe d’amertume en finale. Rien à dire à ce prix !

Colombelle 2015

(90% Colombard, le reste en Ugni Blanc et Sauvignon Blanc / prix 4 euros)

Robe citron claire. Un fruité croquant porté par une belle acidité, mais pas seulement. Plus long et plus complexe que d’autres vins plus chers de la gamme.

Colombelle bio 2014

(90% Colombard, le reste en Ugni Blanc et Sauvignon Blanc / prix 4,50 euros)

La bouteille ouverte devant moi avait un sérieux problème (bouchon synthétique, donc pas de TCA) et sentait fort mauvais. La deuxième, déjà ouverte, était bien meilleure, assez vive, simple, désaltérant. Je n’ai rien contre le bio, mais je ne vois pas l’intérêt de ce vin par rapport au Colombelle non-bio, bien meilleur à mon goût et moins cher !

Caprice de Colombelle 2015

(50% Colombard, 50% Gros Manseng / prix 5 euros)

Même robe claire. Le fruité est plus intense et l’acidité moins prenante. Ce vin gourmand à plus de fond et de longueur que les précédents. Belles saveurs et un rapport qualité/prix très louable.

Domaine de Bazin 2013

(Colombard et Ugni Blanc / prix 5,50 euros)

Une des particularités de la gamme des vins de Plaimont est une forte présence de vins de domaines qui portent leur propre nom. D’ailleurs ce système a permis de sauver quelques châteaux de la ruine par un système astucieux dont je vous parlerai le semaine prochaine. Quant à ce vin, une touche d’oxydation lui donne un peu de complexité, mais le vin est assez court derrière.

Domaine de Cassaigne 2014

(Gros Manseng et Colombard / prix 7,20 euros)

L’acidité semble moyenne, en tout cas moins présente que sur les vins précédents. Du gras apporté par le Manseng en est peut-être la cause. Belle texture pour ce vin qui a de la personnalité.

L’Empreinte de Saint Mont 2011 

le seul vin de cette série qui est en AOC Saint Mont, les autres étant tous des IGP Côtes de Gascogne.

(Gros Manseng et Petit Courbu / Prix 11,50 euros)

Robe intense et nez expressif aux notes un peu fumées et épicées. Joli toucher en bouche car ce vin alterne le gras, une très légère impression tannique, et une bonne dose de fraîcheur. Il cache bien son âge tant il est vif et vivant. Un beau vin, juteux à souhait avec une belle longueur.

L’été gascon se poursuivra une semaine de plus pour moi, puis le retour vers le nord et d’autres pays.

David


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Koshu qui s’en dédit

Comme son nom l’indique, le «Magrez-Aruga Koshu Isehara», est un vin produit par Bernard Magrez en association avec un certain Yuuju Aruga, vigneron apparemment très connu là-bas, mais dont la notoriété n’a pas encore atteint les rives de notre belle Comté, comme dirait l’ami Frodon. Koshu, c’est le cépage. Isehara, c’est le cru, enfin, la région.

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Le mont Fuji émergeant de la masse des nuages, comme le koshu de la masse des cépages… (photo Joe Jones)

Au pays du sourire

Au cas où vos pas vous mèneraient un jour vers l’Empire du Soleil Levant, je vous donne les coordonnées GPS : 35° 24′ 10″ Nord, 139° 18′ 54″ Est.  Là, vous êtes au centre bourg; pour le vignoble, passez au Commissariat de quartier, le samouraï de service vous indiquera; sinon, essayez le Temple de la Sérénité Céleste (la petite maison dans la rizière, avec une lampe rouge) et demandez Mme Butterfly de ma part.

Pour ceux qui ne pourraient pas faire le voyage, une petite révision. Isehara se trouve au pied du Mont Fuji. Jusqu’ici, la région était plus réputée pour ses fleurs (les fameux platycodons) et son porc pané que pour ses vignes. Mais en cherchant bien, vous en trouverez au moins 6ha, à 1200m d’altitude, aux couleurs de Magrez-Aruga. Je ne sais pas comment on dit « pergola » en japonais, mais c’est le type de conduite qu’on s’achète là-bas.

Les ampélographes amateurs, dont je suis, seront ravis d’apprendre que le Koshu est un raisin rose, cultivé au départ pour le raisin de table. A part Bernard Magrez et son partenaire japonais, d’autres producteurs en ont acquis quelques parcelles, comme l’Américain Ernest Singer. Pour ce dernier, ce n’est pas fortuit: il préside aux destinées de Millésimes, un des principaux importateurs de vin à Tokyo.
Et ces gens ont du mérite. Car au Japon, la climatologie n’est pas des plus favorables à la vigne: avec l’humidité qui règne ici l’été, même atténuée par l’altitude, et avec les typhons, le rendement est faible, et la qualité assez irrégulière. Bref, c’est plutôt le pays du lard que du Koshu (désolé, je n’ai pas pu résister).

Alors, que cherche notre Magrez national au pays du sourire? Quand il a acheté les vignes, en 2008, il a déclaré vouloir accroître ses ventes au Japon. Notez qu’il ne pensait pas spécialement à ses ventes de vins japonais. D’ailleurs, la production de ce domaine ne dépasse guère les 2.500 bouteilles!
Non, l’idée, au travers de ce partenariat, c’est de tisser un lien plus étroit avec le Japon. Un propriétaire de Grand Cru de Bordeaux qui achète un vignoble chez eux, c’est on ne peut plus valorisant pour les fiers Nippons. Bernard Magrez a dû tomber dans la marmite du marketing quand il était petit, ou alors, ce sont les leçons de l’Oncle Doumeng.

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En dentelle

Quoi qu’il en soit, la valeur n’attend pas le nombre des bouteilles. J’aurais sans doute dû commencer par là: j’ai beaucoup aimé ce vin. N’ayant aucune connaissance du terroir local, ni du cépage utilisé, je pratiquerai par analogie. Au nez, un petit côté sauvignon, mais plus floral que végétal, des agrumes, du pamplemousse notamment, mais élégant. Pas de litchi, pas de fleur de cerisier japonais, désolé. En bouche, c’est tout en dentelle, je pense à un Rias Baixas, pas une grosse structure, mais quelle finesse! Et quelle «désaltérance», si vous me passez le néologisme…
Bref, l’essayer, c’est l’adopter. Si comme moi, vous résidez sur le vieux continent, votre meilleure chance de goûter à cette japonaiserie, c’est encore de passer à la Cave de Pessac, ou à la Boutique Bernard Magrez de Paris – et oui, le plus court chemin n’est pas toujours celui qu’on pense. Amis explorateurs du vin, je compte sur vous.
Koshu qui s’en dédit!

 

Hervé Lalau

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Mouchão: Portugal’s Tondonia

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Scenes from the winery 

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Last Thursday we headed out from Lisbon to the Alentejo for a day visit to the fabled Mouchão estate. Normally the Alentejo in summer is hot and dry. Instead on Thursday we were met with heavy rain lit up by impressive flashes of lightning. We were shown round by David Marques Ferreira, who has been estate manager for the past three years. CRM and I had met David at last December’s Adegga Wine Market in Lisbon.

David FerreiraDavid Marques Ferreira

Established in the 19th century Mouchão is the oldest estate in the Alentejo – the other side of the River Tejo. The 1000 hectare estate is owned by the Reynolds family, who in the 19th century, were the leading producers of cork. At the end of the 19th century they decided to diversify  into wine and in 1890 planted their vines – they have 38 hectares with no intention to increase the area under vine. They chose to major on Alicante Bouschet, a teinturier  variety, which remains Mouchão’s signature grape variety. David Ferreira –Alicante Bouschet is « our body and soul ». The winery was built in 1901.

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Mouchao

« Alicante Bouschet gives us more than just colour, » David Ferreira explained. « We get big tannins and freshness. Our vines are at 200 metres altitude, which is high for the Alentejo. Some of our vines are at 300 to 400 metres, so we get freshness and acidity. This helps our wines to age well – the 1954 is still good ».

« Although we have a variable geology, sand and clay is the basis, so we retain moisture during the hot summers, » Ferreira continued. « The estate is between two rivers – hence the name Mouchão. We are very much in the middle of nowhere ».

« We work very traditionally here – limiting production, hand picking, no destemming, wholebunch  fermentation, foot treading in lagars and a manual press etc.We mainly use old vats of 5000 litres and prefer French oak with malo in barrel but also use some Brazilian wood. « 

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A barrel from the time when the estate was confiscated
and run by the local cooperative 

The estate remains in the Reynolds family, which is now into the seventh generation. However, there was a ten-year interruption of ownership following the 1974 Revolution. The estate was confiscated and the wines were made by the local cooperative and sold under the co-op’s name. It was returned to family ownership in 1985.

« The vineyards were in a poor state, » explained Ferreira. « Nothing had been planted and existing vines had not been maintained. We nearly lost our Alicante Bouschet! »

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We tasted five wines:

2015 Dom Rafael Branco – blend of Antão Vaz and Arinto 7.69€
Still very youthful and tight in the finish but with attractive pineapple and grapefruit notes. Good value.

2013 Dom Rafael Tinto – blend of Alicante Bouschet, Trincadeira and Aragonez 8.99€
This spends one year in a mix of large vats and small barrels and then a further year in bottle. As Mouchão’s entry level red, I think this elegant wine is stunning value! It has lovely velvety texture, herbal and spicy notes, structure and acidity. Really a steal at 8.99€ and will clearly age well over the next few years.

Dom Rafael Tinto-2010

2012 Ponte de Canas – Alicante Bouschet (40%), Touriga Nacional,Touriga Franca, Syrah 16€
Unlike the other Mouchão wines this has a small percentage of Syrah that gives this wine additional freshness and edge. The 2012 already has attractive texture and powerful fruit but ideally it needs several more years in bottle to show its best.

Over lunch we had an interesting discussion with David over Ponte de Canas  as he indicated that the current name used on the label may not make it sufficiently clear that Ponte de Canas was actually a wine from Mouchã0.

We suggested that Mouchão ought to be part of the Ponte Canas name and suggested Ponte Canas de Mouchão or Ponte de Mouchão citing that. for instance, Château Latour uses Les Forts de Latour. Clearly the name is under discussion, so we may see a change in the future.

2011 Mouchã0 – 85% Alicante Bouschet, 15% Trincadeira 35€
We were privileged to be the first to taste the 2011 grand vin, which will be released soon.  Naturally this deep coloured wine is still very young and tight in the finish but it has a lovely warm spicy aromas and an opulent texture.

2011 Vinho Licoroso – 100% Alicante Bouschet 19€
This is Mouchão’s version of Port – made in the same way using grape spirit distilled at the winery to stop the fermentation and fortify the wine. Very concentrated with long rich cherry and prune fruit.

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The still 

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A Taberna do Paulo
Rua 1 de Maio, 28 | Santo Antonio de Alcorrego

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After the tasting we all drove to nearby Santo Antonio de Alcorrego to the brightly decorated A Taberna do Paulo where we had a very enjoyable lunch featuring three different types of migas – plain, with tomato, and with coriander – accompanied by small lamb chops.

Our visit to Mouchão reminded me of Tondonia in Haro (Rioja). It has the same sense of calm and great respect for tradition.

Ferreira summed up – « We say Mouchão is Mouchão! »

 

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Jim Budd

 


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Choses diverses, dégustées et aimées

Dans cette période de départ en vacances, pour certains du moins, je voulais donner de la place à des vins que j’ai goûtés et aimés récemment, sans nécessairement avoir de la matière pour tout un article sur chacun d’entre eux.

Coïncidence ou signe de mes préférences actuelles ou de saison, ils sont tous blancs.

Yann AlexandreYann Alexandre et son épouse

Commençons par des bulles, de Champagne en l’occurrence.

J’ai découvert ce vin et son producteur lors d’une récente conférence de presse tenue à Paris par un groupe issus des Vignerons Indépendants de Champagne et à propos de leur démarche vers une agriculture plus éco-responsable (les cyniques vont dire « mieux vaut tard que jamais », mais moi j’applaudis). Le vigneron en question s’appelle Yann Alexandre et son domaine est basé à Courmas, au sud-ouest et proche de Reims dans la zone parfois appelée la Petite Montagne de Reims. Je n’ai pas encore eu le temps d’aller le voir sur place, mais ce n’est que partie remise, tant j’ai trouvé le style des vins inspirant et le vigneron intéressant. Plutôt que de recopier des parties de son site web, qui est très claire et dénué de toute artifice, je vous invite à aller voir vous-même si cela vous intéresse. Sa production est très limitée, mais de la plus haute qualité.

http://www.champagneyannalexandre.fr/

Voici mes notes rapides sur les deux cuvées dégustées :

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Yann Alexandre, Roche Mère Brut Nature

Intense, au fruité élancé et  juteux, et à la texture légèrement crayeuse mais sans excès. C’est fin et très gourmand.

Yann Alexandre, Sous les Roses Blanc de Noirs

La dimension de ce vin est plus large et plus imposante que le précédent. Le fruité s’exprime d’une manière encore plus savoureuse et la longueur est magnifique.

J’ai adoré la pureté et la sapidité des saveurs de ces deux vins qui sont capables à la fois de donner un plaisir immédiat et d’en garder sous le pied pour révéler des couches de complexité. Attention, ces champagnes ne sont pas donnés car je les vois en vente chez des cavistes à des prix entre 35 et 50 euros, du moins pour les cuvées comme celles-ci. Mais on est dans le domaine du très très bon pour la région.

Les Anjou de la Grande Gauterie

Maintenant place à des vins plus abordables, cette fois-ci de la Loire et produits par un néo-vigneron américain, Daniel Henderson au Domaine de la Grande Gauterie.

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J’ai croisé Daniel à plusieurs reprises dans des dégustations à Paris et nous sommes tous les deux professeurs pour des écoles différentes qui proposent les formations WSET. Il a récemment investi dans un domaine  angevin et a élaboré toute une gamme de vins à partir du millésime 2015. Le domaine s’appelle Grande Gauterie et se situe à Saint-Lambert du Lattay. Je pense qu’il a eu de la chance de démarrer avec un millésime de cette qualité, mais j’ai trouvé que ses vins sont réussis à travers toute la gamme d’une dizaine de cuvées que j’ai dégusté (voir photo). Même le Cabernet d’Anjou, qui n’est pas un type de vin que j’apprécie généralement, était parfaitement fait et bien équilibré, tendrement fruité et gentiment doux. Rouges de Cabernet Franc et blancs secs de Chenin Blanc sont impeccables et les doux montent progressivement en intensité à travers les cuvées sans jamais perdre leur sens d’équilibre. Et, cerise sur le gâteau, les prix (public) sont très doux, allant de 5 à 6 euros pour les cuvées de base à 8 à 12 euros pour les cuvées plus spécifiques et limitées. J’ai noté aussi que ses tarifs sont bien étudiés pour laisser travailler les cavistes car les prix aux professionnels sont à la moitié des prix public. C’est assez rare chez des « petits » vignerons et mérite d’être souligné. Voilà un début remarquable et je lui souhaite pleine réussite.

Partons maintenant vers l’Est et hors de France…

Vendredi soir, après avoir oublié à midi de me rendre à une dégustation de vins du Jura (l’inconscient nous joue des tours, et plus souvent qu’on ne le pense !), je me suis rendu à une dégustation de vins allemands du Rheinhessen produits par deux jeunes femmes, Gesine Roll et Katharina Wechsler, sur leurs domaines respectifs. Bien que la situation évolue favorablement, il est effectivement trop rare de pouvoir déguster des vins allemands en France. Cette fois-ci, c’est l’excellent caviste parisien, Soif d’Ailleurs, dont j’ai déjà parlé ici, qui a aidé à équilibrer les choses.

image1Gesine Roll, à gauche, et Katharina Weschler avec tous les vins de la dégustation

Weingut K. Weschler, Westhoffen, Rheinhessen

D’abord les vins de Katharina, dont le site web est uniquement en allemand, ce qui me surprend car elle parle parfaitement français et anglais et a fait des études à Paris en sciences économiques avant de revenir vers le domaine familiale de Westhoffen, faire des études d’oenologie et commencer à vinifier en 2009. Auparavant son père vendait les raisins. Ses vins sont tous sous capsule à vis, heureusement.

http://www.weingut-wechsler.de/

K. Weschler Scheureube 2015

Je n’ai pas dégusté grand nombre de vins de cette variété intéressante qui est un croisement entre le Riesling et une vigne sauvage, produit en Allemagne début 20ème. C’est même surprenant qu’il n’ait pas eu plus de succès que le bien plus ordinaire Müller-Thurgau; il doit y avoir une histoire de rendement là-dessous.

Vin franchement, mais subtilement, aromatique, tranchant par une acidité puissante bien intégrée. Un fruité très agréable, de la longueur et un bel équilibre. J’en boirais volontiers à l’apéritif. (prix public 13 euros)

K. Weschler Riesling Westhoffen 2015

Le Riesling « de village » de ce producteur, selon une équivalence logique avec la Bourgogne.  C’est d’une délicieuse finesse, assez fruité au départ, puis rapidement plus crayeux. Il finit parfaitement sec. Sa très belle acidité (9,5 g) le pousse vers les longueurs. Un vin élancé et très salivant. (prix 16 euros).

K. Weschler Riesling Kirchspiel 2014

Issu d’un premier cru de la commune de Westhoffen, ce vin est hyper précis et d’une belle intensité. Encore très jeune et donc un peu austère, il semble aussi plus léger que le vin précédent, probablement à cause d’un fruité plus discret et d’un millésime plus compliqué. Je pense qu’il lui faudra une bonne année de plus pour trouver tout son potentiel. (prix 28 euros).

Weingut Weedenborn, Monzernheim, Rheinhessen 

Le domaine de 16 hectares de Gesine Roll est situé à courte distance de celui de Katharine Weschler et les deux femmes sont amies. A le différence de Katharina, Gesine aime le Sauvignon Blanc, sans négliger le Riesling. Autre particularité du domaine : la présence de terres rouges, qui donnent d’ailleurs leur nom à certaine cuvées. Encore une fois, le site web est uniquement en allemand :

http://www.weedenborn.de/

Weedenborn Terra Rossa Sauvignon Blanc 2015

J’ai d’abord trouvé les arômes de ce vin un peu trop violents, me rappelant quelques vins de l’Afrique du Sud.  Les choses s’améliorent bien en bouche avec plus de rondeur tout en restant vif et expressif.

Weedenborn Terra Rossa Riesling 2014

40% de ce vin a été élevé dans des grands récipients en bois. Un Riesling sec de grand style, intense, croquant et fin. J’aime aussi sa pointe d’amertume en finale. Très bonne longueur.

Neumeister (Styrie)

J’ai un peu discuté avec Gesine Roll de vins de Sauvignon Blanc d’autres pays et nous avons trouvé une référence en commun : les vins de Neumeister, à Straden en Styrie (Autriche). Elle échange même des bouteilles avec cet excellent producteur dont j’ai déjà parlé ici-même. Cela tombe bien car je voulais terminer cet article par un des meilleurs Sauvignons Blancs que j’ai dégusté de ma vie.

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http://www.neumeister.cc/

Et ce site est bilingue allemand-anglais.

Neumeister Stradener Sauvignon Blanc, Alte Reben 2012

Je ne trouve pas mes notes de dégustation pour ce vin, mais je l’ai dégusté à deux reprises : une première fois au domaine, et une deuxième sur le stand du producteur à Prowein. Chaque fois, il m’a tiré des larmes des yeux par sa beauté. Je ne peux pas en dire plus ! Il n’est pas bon marché (55 euros annoncé sur le site de vente directe du producteur), mais cela reste bien moins que des vins de Didier Dagueneau, par exemple. Il n’est produit que dans les très bons millésimes. J’ai appris récemment que ce producteur, comme d’autres de sa région, a souffert du gel en 2016 et ne récoltera pas grande chose cette année. Goûtez ce vin (et d’autres de chez lui) si vous en avez l’occasion.

David

 


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En passant par Urville, Drappier, la Grande Sendrée…

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Du côté de la Maison Drappier, ça dépote, les Brut Zéro ont le vent en poupe et représentent à présent plus de 20% de la production du domaine. Leur qualité, leur densité, le plaisir qu’on a à les boire y est pour beaucoup. Mais n’oublions le haut de gamme, créé par Michel Drappier il y a déjà un bon bout de temps, la Grande Sendrée…

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Cuvée de jeunesse, cuvée intelligente…

Urville est un petit village, à peine connu des amateurs très éclairés. C’est un peu le trou du cul de la Champagne, pour le dire avec des fleurs. Alors, pour en faire connaître la production, un seul moyen, jouer la qualité, la vraie, celle qui a du fond, celle qui raconte quelques choses à nos sens. C’est ainsi qu’est née La Grande Cendrée, issue d’un coteau qui garde encore la trace d’un village entièrement dévasté par un incendie, en 1836. Quand on creuse, une couche de cendre indique encore le foyer du drame.

Le grand-père de Michel y planta de la vigne et écrivit dans son carnet « Sendrée » pour le lieu-dit – était-ce un S, était-ce un C, difficile à dire, mais c’est ainsi que le lieu fut enregistré.

Grande Sendrée

Grande Sendrée 2006 Brut Champagne DRAPPIER

Il faut prendre son temps, la laisser s’acclimater. En attendant, elle nous laisse l’admirer. Vert délicat lamellé de platine, quelle élégance! La robe déboutonne avec minutie ses chapelets de nacre. Ils fusent, virevoltent plus vite que notre pensée. Grivoise, non, la Grande Sendrée simplement nous apprivoise pour ensuite nous combler de ses trésors enfouis au plus profonds de ses chairs. En premier, elle nous livre ses parfums, subtils et raffinés certes, mais évoquant la terre où elle est née. Là pousse la camomille, le seigle dont on fait le pain, la gentiane et la réglisse. Elle aime aussi quelque exotisme, sans folie, juste le jus d’une mandarine, une pincée de poivre, un éclat de chocolat blanc. Mais, en creusant un peu, on la sent marquée par un souvenir  caché au plus profond de son âme, indéfinissable senteur très légèrement âcre. C’est ténu mais bien là. Voilà. Une note de silex frotté, de fumée. La bouche ne la remarque pas et s’amuse tout de go des bulles qui aiguillonnent ses papilles. Les affutant à chaque effleurement, les rendant plus réceptives aux arômes floraux et fruités. Les agrumes confits apportent à la fois fraîcheur et amertume. Amertume qui nous envoûte par tant de subtilité, écume plus légère que l’air. Quelques fruits blancs se frottent au relief perceptible de la texture minérale et libèrent leur jus suave. Une douceur bienvenue aboutissement d’une longue retraite souterraine. Confinement méditatif qui débouche aujourd’hui sur une jubilation  d’une allégresse infinie. Tchin !

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La Grande Sendrée assemble 55% de Pinot Noir et 42% de Chardonnay qui poussent dans un sol de craie fine et légère recouvert d’une fine couche de cendre (reliquat de l’incendie de la forêt en 1836).

Seuls les jus de première presse sont utilisés et déplacés par gravité afin d’éviter les pompages et l’oxydation. Utilisation minimale de soufre et débourbage naturel. Fermentation alcoolique d’environ 2 semaines  à basse température suivie de la fermentation malolactique naturelle et complète. Pas de de filtration. Élevage en foudre durant 9 mois. Après la mise en bouteilles pour la prise de mousse, la cuvée reste sur lattes plus de 7 ans

Dosage : 4,5 g/l

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Ciao

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Marco


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Est-ce que l’été sera bleu?

Je reçois régulièrement, comme beaucoup d’entre vous j’imagine, les offres de différents sites de vins – sites espagnols, dans mon cas.

Régulièrement nous avons droit à la liste des «Top Ventes», et à chaque fois, je m’étonne de ne pas en connaître la moitié; et je me dis que nous autres professionnels vivons souvent à côté de la réalité du marché.

Alors que nous cherchons à faire connaître, voire à imposer dans nos rayons, ou dans nos papiers, des vins que nous estimons représentatifs d’un terroir, ou au moins le reflet de l’attachement d’un vigneron à sa terre, des vins qui ont une âme et un vrai goût, des vins qui se veulent différents, en voyant ce que que sont les meilleures ventes de ces sites, je me dis qu’il reste encore beaucoup de travail à faire, en admettant que nous détenions une « certaine » vérité en matière de goût. Ce dont, quand même, et sans prétention aucune, je demeure persuadée.

Simplement, il faut admettre qu’il existe plusieurs publics, que le nôtre est tout petit, et, qu’il faut que nous menions un combat incessant pour l’agrandir.  Cela ne doit  pas nous empêcher de respecter l’autre, qui se laisse trop souvent distraire. Tout ce petit laïus, pour en revenir  à une des  dernières offres d’UVINUM, qui m’a laissée pantoise:

 Pasión Blue Chardonnay (Vino Azul) 2015 Sin DO (España)

Pasión Blue Chardonnay 2015, c’est un vin blanc, soi-disant élaboré avec les meilleurs chardonnays de 2015!  L’histoire ne raconte pas d’ou ils viennent, ni le nom du domaine.

Description du vin : hétérodoxe, futuriste, différent… la liste d’adjectifs pour définir ce vin est interminable! Et, je ne vous parle pas du nombre d’articles et de commentaires que j’ai trouvé sur le Web en cherchant qu’elle était la bodega qui pouvait bien produire ce vin BLEU…

C’est la bodega Santa Margarita, située en Castilla et León, qui est à l’origine de ce vin, mais il n’est pas encore présenté sur son site. Je lis sur UVINUM, qu’il est vinifié comme un rouge, le secret réside dans la manière d’obtenir la couleur : grâce à un processus complexe, sans l’aide d’aucun colorant artificiel, on a ajouté de l’anthocyanine -des pigments organiques présents dans la peau du raisin- mais aussi des pigments naturels comme l’indigo. Pas d’autre explication.

Autre argument commercial, il ne titre que 11,5º.

Et, cerise sur le gâteau, il est noté 5/5 par les clients d’ UVINUM.

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J’ai réussi à m’en procurer une bouteille: sa robe est d’un bleu clair, et ne me donne aucune envie d’y tremper mes lèvres; le nez est assez peu aromatique, plutôt synthétique, sans intérêt; la bouche est diluée, et la finale est acidulée, sucrée.

Le commentaire qui va avec : «un vin osé, facile à boire, à déguster sans idées préconçues, différent et unique» n’est pas faux.

Sauf que s’il y a ajout d’un colorant, ce n’est plus du vin, officiellement.

Alors je ne m’offusque pas, mais, simplement, en ce qui me concerne, je lui donne 1/5 : d’abord la couleur me rebute, ne me donne pas envie de le boire; le nez est certes assez frais, mais cette douceur, et cette dilution sont loin de me convaincre et encore moins de me séduire. Je reconnais pourtant qu’il  pourrait plaire à certains palais novices, qu’il aurait attiré par son marketing de la couleur. J’espère qu’il les incitera quand même à boire d’autres vins… je veux dire, de vrais vins.

Pasión Blue, 6,60€/la bouteille en Espagne

En France, c’est Gïk Vin Bleu, qui est proposé sur les sites : «Cet été le vin ne sera pas rosé mais bleu», chaque bouteille de Gïk livrée coûte 10 euros. Un vin qui a fait le buzz sur internet : «la nouvelle tendance de l’été 2016», «la boisson qui bouscule le monde du vin»… et dire que j’ai failli passer à côté!

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Il parait qu’il est idéal pour accompagner les sushis !

Dans le communiqué de presse de Gïk, on peut lire :

“Boire Gïk, ce n’est pas seulement boire du vin bleu, c’est consommer une invention. Vous buvez une création. Vous brisez les règles et créez les vôtres. Vous réinventez la tradition.”

Voilà tout est dit, il n’y a plus rien à rajouter.

Hasta pronto,

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MarieLouise Banyols

 

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