Les 5 du Vin

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Un peu d’Oregon en Minervois…

Dans la vie que je mène en plein Midi de l’Hexagone, j’ai un très bon camarade du nom de Russell Raney. Un gars tout ce qu’il y a de plus américain mais qui semble pourtant de plus en plus porté par notre Sud à nous, je veux dire le Languedoc et le Roussillon réunis, comme j’aime à le préciser tant on a parfois l’impression que ces deux-là sont de faux-frères. Russell, en bon Narbonnais, résident épisodique qu’il est devenu – son épouse Mary et lui se sont achetés un appartement dans cette riante sous-préfecture de l’Aude -, se met à importer dans son état de l’Oregon les vins de quelques vinerons sudistes qu’il aime bien. Lorsqu’il revient chez nous, il ramène toujours dans ses valises quelques flacons de Pinot Noir qu’il nous invite ensuite à déguster. Sachez au passage qu’avant de vendre sa propriété viticole en Oregon, Russell était un vigneron respecté.

Russell Raney nous présente les vins. Photo©MichelSmith

Russell Raney nous présente les vins. Photo©MichelSmith

Cette fois, notre séance Pinot noir, c’est ainsi que je l’appelle, s’est déroulée en présence d’une brochette d’amis au Domaine Borie de Maurel, chez le vigneron Michel Escande, victime chaque année des polissonneries culinaires intempestives de l’ami Vincent Pousson qui investit dans son Charivari les cuisines du lieu pour quelques soirées gastronomiques parfois délirantes où les bons vins de Michel côtoient d’autres perles dénichées par Vincent, le plus souvent dans la région, mais aussi ailleurs. Ce soir-là, en guise d’apéritif, il y avait à titre d’exemple une décoiffante Manzanilla en rama à ma connaissance introuvable en France. Le dîner a pu ensuite s’orchestrer entre nos restes de dégustation et quelques millésimes anciens des Minervois signés Michel Escande.

Une Manzanilla du feu de dieu ! Photo©MichelSmith

Une Manzanilla du feu de dieu ! Photo©MichelSmith

Ceux qui me connaissent savent combien est fort mon amour pour le Pinot noir. Quelle que soit son origine, ils savent aussi que je ne lui pardonne aucun écart. Je considère en effet qu’il est plus difficile à vinifier que d’autres cépages et que de ce fait il est réservé à une élite vigneronne. L’homme (ou la femme) qui l’accompagne jusqu’à sa mise en bouteilles se doit de lui être totalement dévoué. Il lui faut privilégier à la fois son équilibre entre l’alcool et l’acidité, mettre en avant sa finesse, faire apparaître sa délicate note fruitée et imposer une puissance maîtrisée, sans oublier la persistance que l’on attend d’un grand vin. Ma connaissance en matière d’Oregon étant quasi nulle, je vais vous épargner tout le blabla habituel que vous trouverez d’ailleurs facilement en épluchant les livres savants et les sites internet. Tout ce que je peux préciser c’est que nous nous sommes penchés ce jour-là sur une demi-douzaine de bouteilles de la Willamette Valley, région qui me paraît assez influencée par le climat océanique. Tous arboraient le millésime 2012, sauf une bouteille en extra, plus jeune, histoire de nous faire la bouche. Provenant de différents terroirs (ou zones), les wineries représentées sont toutes membres d’une association Deep Roots Coalition, laquelle prône une culture soignée, sans irrigation.

Vincent Pousson, dégustateur et orchestrateur du dîner. Photo©MichelSmith

Vincent Pousson, dégustateur et orchestrateur du dîner. Photo©MichelSmith

Je ne parlerai pas de la robe des vins pour la bonne raison qu’aucune ne m’a choqué, que ce soit par un manque ou un surcroît d’intensité de couleur. Elles me sont apparues correctes, point. Démarrage avec un 2013 de Walter Scott, des Eola-Amity Hills au nez pointu, légèrement beurré, assez expressif en bouche, doté d’une puissance évidente tout en étant contenue. Du même domaine, il y avait dans la foulée un 2012 au nez un peu plus sévère. Bouche vivace, assez fraîche, joliment marqué par des notes de fruits noirs sauvages, touche de cassis, longueur savoureuse. Je lui ai attribué une de mes meilleures notes.

Photo©MichelSmith

Les vins en question… Photo©MichelSmith

Le 2012 d’Evesham Wood (Eola-Amity Hills), baptisé Le puits sec, présente un nez un peu séveux manquant quelque peu de netteté et de complexité. Puissant en bouche, je l’ai trouvé dur (tannins rêches) et lui ai accordé une de mes plus mauvaises notes. Toujours 2012, mais de Dundee Hills, le Cameron Arley’s Leap offre un nez sérieux et fin qui semble être sur la réserve. La bouche s’offre avec facilité et souplesse, l’ensemble paraissant assez brillant de par son originalité et ses beaux tannins. Pour moi, c’est ma seconde meilleure note : 3 étoiles sur une échelle de 5. Le Crowley 2012 La Colina Vineyard, de Chehalem Mountain est assez moyen au nez avec une bouche très difficile, ordinaire et dure. Je ne l’ai pas noté.

Intermède de clowneries où les têtes de pintades sont présentées en public ! Photo©MichelSmith

Intermède de clowneries où les têtes de pintades sont présentées en public ! Photo©MichelSmith

Le 2012 Illahe, qui affiche bien en vue la Willamette Valley (Coast Range) offre une matière assez riche et volumineuse. En plus d’un boisé présent mais discret, il est bien typé pinot noir. Il s’achève malheureusement sur un peu de dureté qui pourrait bien s’estomper au bout d’une garde de 5 ans. Je lui accorde 2 étoiles. Le Belle Pente 2012, du secteur de Yamhill-Carlton est assez élégant au nez, agréable en attaque, armé d’une belle acidité, mais il me paraît un peu maquillé. Deux étoiles tout de même.

Le Minervois de Michel Escande. Photo©MichelSmith

Le Minervois de Michel Escande. Photo©MichelSmith

Et pour finir, un Minervois 1999 Borie de Maurel bien en chair et long en bouche va nous ramener non loin de La Livinière, au moment où la pintade de Vincent arrive sur la table.

Michel Smith


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Pinot, simple quille

Je l’avoue, je suis assez difficile en matière de pinot noir (c’est sans doute la marque de mon éducation bourguignonne). Et particulièrement en matière de pinot noir alsacien.

Je crains que ce cépage – le seul rouge de la région – n’y ait pas toujours bénéficié des soins apportés aux blancs. Qu’on l’ait trop souvent considéré comme un simple complément de gamme. C’est en tout cas le constat que j’ai pu faire, l’an dernier, lors du Mondial des Pinots, à Sierre. Vous me direz que les meilleurs alsaciens n’y sont peut-être pas; je vous répondrais que c’est dommage, mais on ne peut pas être partout à la fois. Par ailleurs, dernièrement, chez In Vino Veritas, lors d’une dégustation à thème, sur les 51 pinots noirs alsaciens présentés, seuls 7 ont été retenus (je n’y étais pas, on ne pourra donc pas dire que j’ai influencé le jury).

Tout ça pour vous expliquer que quand je débouche un pinot noir d’Alsace, je n’ai pas toujours une formidable attente. Aussi, quand j’en trouve un bon, je suis deux fois plus heureux. C’est le cas de cette cuvée de Dopff au Moulin, Le Rouge des Deux Cerfs 2014, qui me semble présenter tout ce que l’on peut attendre d’un bon pinot: un nez de pinot, d’abord, joyeux, fruité, cerise et fruits des bois, légèrement fumé; mais aussi une bouche gourmande – c’est souvent là qu’est l’os, une bouche étriquée peut anéantir les beaux espoirs qu’on met dans un pinot expressif.

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Photo (c) H. Lalau

 

Pas de déception de ce genre ici. Cette bouche est large, ample, assez souple, avec en finale, derrière les tannins très lisses et une pointe acidulée bien agréable, le retour du fruit des bois. Il vous laisse la plus belle impression qui soit: l’envie d’y revenir (OK, avec modération, mais d’y revenir quand même). Au fait, il titre 12,5°.

Et pour ne rien gâcher, il est plaisant à l’oeil, avec sa robe grenat.

Bref, du beau boulot, du beau pinot jeune comme je les aime. Comme quoi il n’y a pas que les Kiwis ou les Suisses à savoir en faire.  Si Gérard Jugnot cherche un bon rouge de plaisir, le voila.

Hervé Lalau

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Façon Angelina, façon Brad, blanc et rosé de Miraval

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Soyons un peu people. De temps en temps et surtout durant les périodes estivales, discourir du gratin du ciné, c’est top pour lire à la plage. Ce qui n’empêche aucunement de parler de vins de qualité…

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Marc Perrin en compagnie de Brad Pitt

L’association du couple emblématique et de la famille Perrin donne des résultats de plus en plus probants. Le rosé de cette année offre un développement floral des plus élégants. Quant au blanc, il se fait l’écho de ce terroir particulier, les calcaires marneux qui touchent le village ‘bio’ de Correns au-dessus de Le Val et Brignoles.

Miraval rosé 2014 Côtes de Provence Jolie, Pitt, Perrin

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Sa robe pétale de rose plaît d’emblée à l’œil et séduit dans la foulée le nez par ses parfums floraux tendrement épicés. Fraction melon jaune, grains de grenade et tranches de pêche blanche ajoutent leurs fragrances au bonheur nasal. La bouche fraîche et délicate joue le scénario à l’envers et nous ravit par la suavité de ses fruits avant de nous envoûter par ses notes de lavande et de mimosa poudrés de poivre et de cardamome.

Ce rosé assemble 4 cépages vendangés le matin, puis triés et éraflés. Pressurage direct pour le Cinsault, le Grenache et le Rolle, et saignée pour la Syrah. La vinification se fait en cuves inox pour 95% du volume. Les 5% restants se vinifient en fûts bâtonnage à la clé.
Quant aux parcelles, elles se situent à 350 mètres d’altitude et se composent d’éboulis calcaires, un terroir frais pour la région aux importantes amplitudes thermiques entre jour et nuit.

Miraval blanc 2012 Côtes de Provence Jolie, Pitt, Perrin

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Jaune vert, le nez confit et grillé, il nous fait tout d’abord penser au regain ramassé à la fin de l’été. Viennent après d’intenses effluves de citron confit mélangé de cédrat, saupoudré d’une pincée de poivre et parfumé de vétiver. Voilà pour les impressions nasales. Côté buccal, le vin apparaît sage, mesuré, offrant un volume agréable, rafraîchi d’agrumes, embelli de pétales de fleur d’oranger et d’amandier. La longueur concentre les épices et souligne le bitter délicat des écorces de cédrat.

100% Rolle qui pousse en pente douce dans des marnes.

Petit historique

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Bâti au 17es, le château de Miraval est une bastide de style provençal entouré d’un domaine de 600 ha de forêt au creux de laquelle poussent aujourd’hui quelques oliviers et 30 ha de vignes à cheval sur les appellations Côtes de Provence vers Correns et Coteaux Varois.
Avant sa vocation viticole actuelle, le pianiste de jazz Jacques Loussier achète les lieux en 1970 et y crée sept années plus tard le Studio d’enregistrement Miraval. Les installations de classe internationale voient défiler de nombreux groupes dont les plus connus sont les Pink Floyd qui y enregistrent une partie de l’album The Wall, The Cure, Sting, Sade, Téléphone, Indochine…
En 1992, l’homme d’affaires américain Tom Bove achète la propriété et lui redonne sa fonction agricole tout en rénovant une bonne partie des bâtiments et ses alentours. Le couple Angelina Jolie et Brad Pitt loue le lieu régulièrement pour y passer des vacances au calme. Puis, il l’achète en 2008 et en termine l’aménagement. Le couple s’y marie en 2014.
Le vin les intéresse, mais comme ce n’est pas leur métier, ils font appel à la famille Perrin qui s’associe au couple pour la partie viti-vinicole.

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Ils auraient pu faire des cuvées de luxe, ils ont fait du vin…

Ciao

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Marco


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Marseille capitale !

Activez vos réseaux sociaux favoris, et vous constaterez que tout le monde s’enflamme, tout le monde défend son pré-carré, parfois avec force véhémence. Jusqu’aux blogs du vin pionniers ! Rien de nouveau, me direz-vous.

Ça fuse, ça dégomme, ça pétitionne de toutes parts. Par exemple, dire non à la Grèce est devenu banal. Dire pis que pende de la burka aussi. Oui au nouveau pont sur la Baïse, ça c’est tendance. Tout comme Sauvons le Petit Train Jaune ! Ou encore clouer au pilori de la ringardise l’horrible critique qui met en doute les valeurs du vin dit naturel. Je vous en supplie, signez ici pour qu’on ne détruise pas le marché de Saint-Eutrope-de-Born ! Paraphez là pour que l’on ne ferme pas l’école des Beaux Arts de Perpignan ! Enregistrez-vous pour sauver le clocher branlant de Trifouilly-les-Oies ! De grâce, sauvez le soldat Carignan du déshonneur ! Défendez le liège contre l’horrible capsule ! Touchez pas au grisbi et encore moins aux sulfites ! Ras le bol des profiteurs négociants ! Halte aux bulles dans le Sauternes ! Votez pour inscrire les pissotières de Vaux-de-Beaujolais au Patrimoine de l’Humanité ! Interdisez les fumeurs de cigares sur les bancs publics ! Faîtes taire Michel Onfray, Houellebecq, Lévy et consorts ! À bas les catholicistes et les islamistes ! Sauvez les vignes et foies gras du Périgord ! Excluez Zemmour et Finkielkraut ! Et puis surtout, mort aux vaches !

Photo©MichelSmith

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Du coup, avec les beaux jours, comme beaucoup d’entre nous, j’en ai un peu soupé du net, de la toile, de ses incantations, de ses pétitions, de toutes ses ficelles tordues, de ses outrances et de ses outrecuidances ! Je dis ça, mais je suis le premier à y aller. Et si j’avais un ultime sursaut revendicatif, je lancerais volontiers un cri vibrant, un de ces slogans dont j’ai le secret pour une ville que je porte en amour : Marseille capitale !

Photo©MichelSmith

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Bon, elle l’est déjà, me direz-vous. Capitale discutable du foot (après Paris, certes), capitale peu contestée de la Provence-Côte d’Azur, de la pétanque, du pastis, de la bouillabaisse, des santons, des embouteillages, des ramassages de poubelles, de tant et tant d’autres clichés. Et tandis que la capitale du sud de la France se boboïse à mort, sans se séparer de son charme, je lancerais volontiers l’idée que Marseille pourrait bien devenir un jour Capitale du Vin. Pourquoi pas ?

Déjà, dans mes jeunes années de reporter ringard, j’avais repéré ce Vin de Marseille que l’on voit au début – en réalité originaire de la commune voisine de Cassis si je ne m’abuse – qui, à défaut d’être bon, m’offrait une étiquette carte postale du meilleur goût.

Du quartier Saint Victor au Vieux Port... Photo©MichelSmith

Du quartier Saint Victor au Vieux Port… Photo©MichelSmith

Dès les années 80, pourtant, je poussais très malhabilement, je le confesse, les politiciens languedociens, qu’ils soient de Carcassonne, de Narbonne, de Perpignan, de Béziers, de Nîmes ou de Montpellier, à choisir l’une de leurs villes pour en faire une capitale du vin puisque c’est par le Sud que le vin est arrivé avant de monter à Paris et même au-delà plus après. En accueillant deux grands salons internationaux, Montpellier, où l’on enseigne aussi le vin depuis le Moyen-âge, l’a compris très vite : son illustre maire d’alors, aussi grande gueule que visionnaire, a vu que le vin pouvait être le navire amiral d’une politique commerciale dynamique et ambitieuse, ainsi qu’un enjeu touristique. Pour autant, lorsque l’on suit la Méditerranée par la côte en regardant vers l’est, il est clair que c’est l’antique Massilia qui mérite vraiment le titre de Capitale du vin. Fondée à grand renfort d’amphores et de vins par les Phocéens plusieurs siècles avant que l’on ne parle de Jésus Christ, suivis par les Romains, il y a fort à parier que le vin, en même temps que l’huile et les céréales, furent les premiers éléments conduisant à la prospérité du port. C’est pourquoi je me suis volontiers déplacé à Marseille lorsque l’on m’a proposé d’y venir célébrer le vin en une belle nuit étoilée.

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L’opération était manigancée par Inter Vins Sud-Est, un organisme interprofessionnel pas encore très au point (l’actualité la plus récente sur leur site remonte au Festival de Cannes 2013 !) dont je n’avais que peu entendu parlé jusqu’à présent. L’organisme en question qui souhaite s’implanter dans Marseille et qui sait, un jour, y planter de la vigne, regroupe plusieurs dénominations du Sud : l’IGP Méditerranée, au premier chef, puis les IGP Bouches du Rhône, Alpilles, Vaucluse, Drôme, Collines Rhodaniennes, Coteaux de l’Ardèche, Coteaux des Baronnies. C’est donc plus par curiosité, que je me suis rendu à cette étrange invitation qui, dans un raccourci classique du marketinge à la française, avait pour intitulé Les heureux pop-ups des vins méditerranéens...

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Il est vrai qu’à un moment je me suis demandé ce que j’étais venu faire dans cette galère au milieu de jeunes blogueurs ou autres communicants avec des invités locaux que je ne connaissais ni d’Ève ni des dents comme disait un de mes potes de Paris. Mais après avoir rencontré quelques vieilles connaissances, après avoir sympathisé avec d’autres, j’ai vite compris que j’étais bien tombé. D’où cette rubrique douce et aimable pour une fois.

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Merci aux petites mains qui ont fleuri les tables et les nappes, prévu des tonnes de glaces pour maintenir les vins au frais en ce début d’été, merci au DJ d’avoir passé un disque de Ray Charles, un autre de James Brown, merci à la jolie fille de la cave de Marrenon de nous avons servi son Merlot rosé (IGP Méditerrannée) à moins de 4 € (Carrefour, Auchan), merci à la maison Boissy & Delaygue pour ce joli Marselan rouge (IGP Méditerranée) à moins de 7 € (cavistes), merci au Château Romanin pour son délicieux rouge Syrah, Grenache, Mourvèdre 2014 (IGP Alpilles) à moins de 10 € départ cave, merci aussi à Georges-Édouard de nous avoir ouvert un de ses lofts à deux pas du Vieux Port et à une enjambée de la fête !

Photo©MichelSmith

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Mais la véritable fée de cette soirée bénie passée dans le quartier Saint Victor, aux pieds de la Bonne Mère, fut la Varoise Patricia qui ne cessait de faire goûter ses fromages de la Crau et les tomates de son potager, sans oublier d’autres pats provençaux ou d’inspirations turques ou maghrébines reflétant ainsi la formidable mosaïque de cultures qu’est Marseille.

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Patricia à l’œuvre dans son resto-jardin. Photo©MichelSmith

La plupart des vins cités plus haut s’accordaient sans mal à cette cuisine mise en place par la discrète Patricia et sa bande de jeunes qu’elle ne cessait de diriger de sa voix douce en les appelant « mes chéris ». Les beaux jours, les repas se prennent dans ce jardin un peu fou qui constitue le point fort de ce restaurant nommé La Passerelle vers lequel je reviendrais à la première occasion. Alors voilà, grâce à Louise, Patricia et bien d’autres joyeuses personnes encore, grâce aux vins méditerranéens, je n’ai qu’une envie : militer pour que Marseille devienne un jour la Capitale des Vins du Sud !

Michel Smith

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# Carignan Story # 281 : quand l’été pointe son nez…

Vous souvenez-vous – je m’adresse là aux rares habitués, aux vieux de la vieille – du Ça se boit bien (piqûre de rappel, pour ceux que ça intéresse) de l’autre dimanche ? Le Carignan d’un Anglais égaré aux Clos Perdus était certes facile à boire mais ne manquait pas pour autant de complexité ni de finesse. Xavier Plégades, qui me l’avait fait découvrir dans son antre de Narbonne, Le Célestin, m’a conseillé aussi de goûter un autre Carignan, bien plus abordable puisqu’il ne m’a coûté 8 euros à emporter. Alors, puisque l’été est bien installé et que les températures pointent au plus élevé…

Photo©MichelSmith

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C’est tendre, sans sulfites ajoutés, enjoué, souple, aimablement épicé, fruité, léger. Rien de plus ? Un peu plus quand même, car j’oubliais un petit grain accrocheur, un air de revenez-y. Et si ça se boit bien aussi, ce style de Carignan sans prétention est un parfait vin de saison, un vrai rouge d’été à boire, frais bien entendu, entouré d’une ribambelle de copains avec ce qu’il faut de petits légumes farcis, d’olives gentiment parfumées aux herbes, d’escargots de mer, de brochettes savoureuses et de poissons frits.

La Pointe, puisque c’est son nom, tout comme La Prairie (un pur Aramon), sont issus du Domaine de la Banjoulière, sur les terres de Corneilhan, dans l’Hérault. Si j’en crois ceux qui connaissent un peu le vigneron, Sébastien Benoit-Poujad, c’est lui qui dessine ses étiquettes de Vin de France. Seul hic, à moins qu’une contre-étiquette se soit envolée, notre vigneron ne semble pas savoir que l’on peut désormais indiquer le millésime sur le flacon. J’opte pour un 2014. Mais ce pourrait être du 2013… Allez savoir ! À méditer en tout cas pendant la sieste sous un pin parasol !

Michel Smith


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Carnuntum : des Romains aux vins rouges actuels

Carnuntum

 

Carnuntum était le nom d’une cité romaine de taille considérable (50.000 habitants, tout de même !), située sur le fleuve Danube, à l’Est de la ville moderne de Vienne. Mais c’est aussi, d’une manière plus actuelle, celui d’une région d’Autriche qui a donné son nom à un petit Districtus Austria Controllatus (on voit bien que les Romains sont toujours là !). Cette désignation DAC est un équivalent autrichien d’une AOC. Il en existe neuf à ce jour dans le pays.

Le DAC Carnuntum  concerne des vins rouges et blancs produits essentiellement sur quelques zones spécifiques de coteau et de pieds de coteau sur le monts et collines Leitha, Hainburg et Arbresthal. Cette zone est bordée par le Danube au nord et la Slovaquie à l’est. Le grand lac de Neusiedl se trouve assez proche au sud, ce qui renforce l’influence modératrice des masses d’eau sur cette partie de la plaine de Pannonie, aussi chaude en été que froide en hiver.

vignoble Carnuntum

 

Le DAC Carnuntum ne recouvre qu’un peu plus de 900 hectares, c’est à dire environ la taille de Pomerol. Il n’y a pas de quoi effrayer les marchés de masse, mais cela n’est pas l’ambition de ses producteurs, comme j’ai pu le constater récemment lors d’une dégustation tenue dans un des beaux bâtiments restaurés de la cité romaine. Cette dégustation ne concernait que des vins rouges, issus essentiellement de deux des cépages locaux, le Zweigelt et le Blaufränkisch. Les vins de Carnuntum peuvent être de mono-cépage ou d’assemblage, et inclure aussi une proportion de cabernet sauvignon et de merlot.

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une villa romaine restaurée dans le parc archéologique de Carnuntum

Les vins les plus accessibles, dans tous les sens du terme, portaient la mention « Rubin Carnuntum ». Ce nom appartient à une association de 25 producteurs qui, depuis 1992, imposent leur propre cahier de charges pour les vins qui portent cette mention : cépage zweigelt à 100%, alcool minimum de 12,5%, et une dégustation d’agrément. Six de ces vins étaient présentés, et les meilleurs venaient de Gerhard Markowitsch, de Jahner et d’Ott. Le vin d’Oppelmayer, n’était pas mal non plus, mais présentait un peu trop d’acidité volatile à mon goût.

Ces vins se trouvent en Autriche à des prix généralement en dessous de 10 euros, parfois un peu plus (ceux d’Ott et d’Oppelmayer). Leur style est élégant et élancé, sans trop d’extraction et avec un beau dialogue entre fruité épicé et tanins fins.

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Le Zwiegelt s’exprime aussi à Carnuntum à travers une série de vins plus ambitieux, dont les prix peuvent grimper au delà de 20 euros. Dans une série de 13 vins dégustés, j’ai beaucoup aimé les vins suivants :

Grassi, Carnuntum Zweigelt Schuttenberg 2013 : d’une grande élégance, avec une qualité de fruité exceptionnelle due à une pré-macération à froid et un pigeage bien dosé.

Jahner, Carnuntum Zweigelt Steinäcker 2012 : belle qualité de fruit, structure ferme et très bonne longueur

et aussi celui-ci, malgré ma sensation (encore une fois pour ce producteur) d’acidité volatile un peu présent : Oppelmayer, Carnuntum Zweigelt Haidacker Selektion 2012.

Blaufrankisch-LembergerGrappes de Blaufränkisch

La dernière série fut constitué de 11 vins issus du cépage Blaufränkisch, appelé souvent Lemberger en Allemagne. Cette série contenait pas mal de vins sur-extraits pour moi, même si je dois dire que ce phénomène de mode est en nette baisse depuis ma dernière dégustation des vins de Carnuntum, il y a 8 ans (je crois). Voici mes préférés :

Lukas Markowitsch, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2013

Ott, Carnuntum Blaufränkisch Klassik 2013 (ce vin coût moins de 10 euros !)

Martin & Hans Netzl, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2012. Un vin superbe dont le prix dépasse les 20 euros.

Böheim, Carnuntum Blaufränkisch Reserve 2012. Encore meilleur et moins cher (entre 10 et 20 euros)

puis deux très grands vins du duo (ex-couple) Muhr-van der Niepoort. J’ai adoré ces deux vins vibrants, frais, et dont le style m’a fait penser à une sorte d’alliance entre le Rhône Septentrional et la Bourgogne. Ma préférence (légère) va vers le 2011. Ce coup de coeur énorme était suivie d’une déception aussi énorme quand j’ai dégusté, plus tard, le Grüner Veltliner du même producteur, totalement imbuvable et dont j’ai parlé la semaine dernière

Muhr-van der Niepoort, Carnuntum Blaufränkish Spitzerberg 2011 et 2010. Prix certainement au-dessus de 30 euros, mais cela les vaut probablement.

Le lecteur attentif notera que le lieu-dit Spitzerberg apparaît quatre fois parmi mes six vins préférés dans cette série. Ce n’est sûrement pas un hasard. Cet ancien vignoble, largement abandonné, est en train d’être redécouvert. J’en ai discuté avec Dorli Muhr qui croit beaucoup en l’avenir de cet endroit qui a encore du potentiel de plantation. je pense que nous en entendrons parler.

En dernier lieu j’ai dégusté une série de 6 vins qui utilisent des assemblages, y compris avec des variété bordelaises. Ces cuvées, désignés « top cuvées » dans le catalogue, m’ont semblé souvent trop extraites. Celles de Grassi et de Gerhard Markowitsch étaient mes préférées. Il est intéressant de constater à quel point le style précis d’un vin vient du producteur, et non de l’appellation, ni du cépage. Jahner, Grassi, G. Markowitsch, et Muhr-van der Niepoort marquent des points dans ce domaine pour la relative finesse de leurs styles et leur constance.

Carnuntum est ressuscité, mais sans les Romains.

 

David Cobbold

 

 

 

Photo©MichelSmith


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#Carignan Story # 279 : Ben, au Célestin, chez Xavier !

Ce bougre de Xavier Plégades (Le Célestin, derrière les Halles, à Narbonne, voir ICI et encore ICI) m’étonnera toujours. Cela doit bien faire la troisième fois au moins, en peu de temps, que l’animal me fait le coup. Même plus besoin de lui demander ! « Tiens, Michel, tu tombes à pic : j’ai un Carignan pour toi. C’est un jeune anglais, Ben Adams, qui bosse en association avec ses compatriotes par chez toi, Paul Old et Stuart Nix, aux Clos Perdus. Il a vinifié une moitié de barrique dans son garage avec les moyens du bord. Une centaine de bouteilles, guère plus. C’est bon, mais un peu spécial, tu vas voir… ».

Photo©MichelSmith

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Les Clos Perdus, dont j’ai déjà évoqué certaines cuvées sur ce blog il y a quelques années, article que je ne retrouve plus dans nos archives, est un domaine intéressant qui possède plusieurs vignes dans le secteur de Maury/Tautavel, mais aussi plus proche de leur base, dans les Corbières maritimes, du côté de Peyriac-de-Mer entre autres. Paul Old, qui est un peu l’âme du domaine, est proche de la biodynamie et il a un faible pour le Carignan de vieilles vignes qui entre en quantité significative dans au moins deux de ses cuvées.

Photo©MichelSmith

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Mais pour en revenir à Xavier, J’adore aller chez lui. Pas que pour lui et ses bouteilles soigneusement rangées dans sa cave souterraine, mais aussi pour son adorable compagne, Hyacinte (elle tient à cet orthographe), la parisienne, ainsi que pour la grande et malicieuse Léti (Laetitia) affairée le plus souvent aux fourneaux. Ce midi-là, elle nous avait concocté un tendre onglet accompagné de chou fleur des plus goûteux. Bien conseillé par Xavier, j’avais acheté cette mystérieuse bouteille de Carignan 2013 vendue 19 € à emporter, ou 25 € sur table. Un peu cher, j’en conviens, mais quand on sait qu’il y en a si peu… Et pui, je suis toujours prêt à ouvrir mon portefeuille pour goûter une nouveauté !

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Il se trouve que j’ai aimé le vin malgré son aspect artisanal. Je suppose que c’est Ben Adams lui-même qui a dessiné l’étiquette puisque j’ai appris qu’avant de s’installer dans le Languedoc, il a étudié les Beaux-arts à Londres. Dans le verre, j’ai retrouvé la simplicité que procure parfois le Carignan. Ce Corbières a un aspect léger, mais il est droit, vif et agréablement acidulé, rien de très spectaculaire, mais très Carignan en somme, et prêt à boire dès cet été sur des calamars à la planxa, par exemple. Le servir frais, bien entendu.

Michel Smith

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