Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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VSIGP (3): 7 vins sans appellation d’origine, mais pas forcément sans intérêt

Mais quelle idée ai-je eu là!? Oui, j’avoue, c’est moi qui ai poussé mes chers collègues des 5 du Vin à déguster des VSIGP, cette semaine. Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je vois ce sigle, je pense à « vendu sans garantie du gouvernement », alors que chacun sait, bien sûr,  qu’il s’agit de Vins sans Indication Géographique de Provenance.

Drôle de définition, puisque, à écouter l’ami Maxime, j’avais crû comprendre qu’« on est tous nés quelque part »

Voila donc des vins qu’on définit, non pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils ne sont pas. En creux, en quelque sorte.

Pas étonnant, après ça, qu’on ait du mal à les cerner. Entre les vins de terroir dont les vignerons ont choisi de ne pas revendiquer leur origine, les vins qui dépassent les rendements de l’appellation, les vins qui utilisent des cépages interdits dans leur appellation, les vins qui assemblent des raisins de différentes régions de France, ou d’un autre pays, les vins qui assemblent des vins de plusieurs pays de l’Union européenne, les vins d’auteur et les vins d’entrée de gamme, cette catégorie est un vrai fourre-tout.

Mais c’est ce qui la rend intéressante: elle est si diverse qu’on ne peut, d’emblée, avoir d’avis tranché.

Il faut tester.

Pour ce faire, et pour ne pas faire tout à fait la même chose que mes copains David et Jim, j’ai choisi de diversifier les origines.

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Je vous propose donc 7 vins: un Français, deux Espagnols, un Tunisien, un Australien, un Italien et un Californien.  Tous achetés de mes propres deniers en grande distribution (Les 5 du Vin ne reculent décidément devant aucun sacrifice). Une sorte d’immersion dans le vin populaire.

Mais voyons ce que cela donne dans le verre!

Cambras Cabernet Sauvignon Merlot 2015

« Cépages sélectionnés », dit l’étiquette. Comprenez, en Espagne (mais pour ça, il faut aller sur la contre-étiquette). C’est que Cambras change assez régulièrement de fournisseurs. Pourquoi pas, du moment que ce n’est pas au détriment du contenu. Dans cette catégorie, il n’y a pas de promesse, ni de garantie par l’origine – c’est la marque qui tient lieu.

« Rond et fruité », dit encore l’étiquette. La rondeur ne me frappe pas comme une des plus grandes qualités du Cabernet, mais examinons déjà le nez: du fruit noir (un peu),  beaucoup de vanille, c’est plutôt suave, limite écoeurant; la bouche, elle, me semble végétale, les tannins verts et presque farineux. L’ensemble n’est pas bien fondu – c’est un peu jeune, sans doute. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas un vin que j’aurai envie de boire au quotidien – Cambras est pourtant une des marques les plus vendues en France.

Curieusement, je l’ai trouvé chez Carrefour au milieu des vins d’appellation du Sud de la France, et non avec les VSIG, ni avec les vins d’Espagne. Sans doute parce qu’il s’agissait naguère de vin français?

4,39 euros la bouteille de 75cl, bouchée liège.

Quarry Hill Shiraz Pinot Noir 2015 Australia

J’avoue que l’assemblage Syrah Pinot  m’a intrigué. Je ne connais pas beaucoup de régions qui le pratiquent. Ne serait-ce que pour des raisons climatiques. Pour être précis, ce vin n’est pas un VSIPG au sens strict, puisqu’il mentionne quand même une origine sur la contre-étiquette: « South Eastern Australia ». Compte tenu que cela s’étend tout de même sur cinq Etats du pays (Victoria, Tasmanie, Nouvelles Galles du Sud et une partie de l’Australie du Sud et du Queensland), soit environ deux fois et demie la surface de la France, j’ai du mal à y voir une Indication Géographique au sens européen du terme (même si, c’est vrai, l’Union Européenne la reconnaît comme IG). C’est pourquoi j’ai décidé de l’inclure dans cette dégustation. L’étiquette principale ne mentionne d’ailleurs rein d’autre qu’« Australia ».

Je ne peux pas dire que j’en ai été récompensé – IG ou pas, ce vin manque sacrément d’élégance. Il présente un fruit cuit, des nuances animales et des notes d’alcool qui lui confèrent une certaine lourdeur; et quand à son acidité, on la croirait rajoutée. C’est assez rèche en finale. Not my cup of tea.

4,55 euros la bouteille de 75cl, capsule à vis.

Sidi Brahim Merlot Cabernet Sauvignon

« Vins des Terres de l’Atlas » dit l’étiquette frontale. Beaucoup, dans la communauté pied-noir ou maghrébine, pensent peut-être que ce vin est toujours fait en Algérie; et pourtant, ce n’est pas le cas: il vient de Tunisie (des rives de la Médjerda, pour être plus précis). Et son assemblage est plus bordelais que méditerranéen: pas de grenache, de cinsault ou de carignan, mais du merlot et du cabernet-sauvignon.

Qu’importe, puisqu’il ne s’en cache pas.

« Intense et fruité », dit l’étiquette. La promesse est tenue. Le vin est gorgé de cerise, de framboise, de cassis; la bouche est relativement volumineuse, avec un beau retour du fruit en finale. C’est assez long, et les arômes sont frais, très purs. Qui l’eut cru: c’est un coup de coeur!

5,95 euros la bouteille de 75 cl, bouchée liège

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Le Révérend Wine of Spain

Sans aucun doute la présentation la plus ringarde de tout mon échantillon – mais qui suis-je pour dire ce qu’apprécie le client à ce prix? On est pas loin de l’image du Cramoisay des années 50, à moins qu’il s’agisse du Champlure; une sorte de capsule temporelle. Je me suis souvent demandé ce que goûtaient les vins de ces années là, les vins d’avant la révolution oenologique. Mais qui sait, peut-être que ça rassure le buveur nostalgique. Ou même, que ça va revenir à la mode, comme les tables en formica?

Mais passons sur le look et abordons franchement ce prêtre espagnol qui n’a pas l’air d’un Torquemada…

Et bien, c’est plutôt pas mal. J’appelle à la barre le dénommé Ferrer, Nino: « On dirait le Sud, le goût dure longtemps, et le fruit sûrement, fera plus d’un heureux, et pas seulement l’été ».

A  l’aveugle, on croirait un joli Côtes du Rhône. Je ne sais pas si c’est du grenache (aucune indication de cépage, ni millésime, d’ailleurs), mais c’est juteux, souple, enjôleur, avec juste ce qu’il faiut de peps en finale pour ne pas s’enfoncer dans le velours… de l’estomac. Et c’est le deuxième vin le moins cher de notre échantillon. 3 euros 19 de bonheur… simple et décontracté. Un deuxième coup de coeur, donc.

Pour voir, après dégustation, j’ai amené le digne Révérend chez In Vino Veritas, pour le faire déguster à l’aveugle par notre jury de journalistes et sommeliers: il a passé l’épreuve haut la main, mes collègues l’ont préféré à plusieurs vins d’appellation du Sud de la France.

Si j’étais marketteer, je ne changerais rien au vin, mais je le rhabillerais, et je le vendrais 2 euros plus cher, sous une marque un peu ronflante. Il ferait un tabac. Et moi je serais riche, peut-être. Mais je ne suis que journaliste.

3,19 euros la bouteille de 75cl bouchée liège

Cuvée de Grandgousier Vin de France Rouge

La cuvée la moins chère de mon petit échantillon. Un assemblage plutôt méditerranéen (Cinsault Grenache Carignan).

Mise belge – Grandgousier est une marque historique de Delhaize, une marque dont on notera que la présentation s’est bien améliorée ces dernières années.

Voici un vin qui commence bien, avec des jolis arômes de cerise mûre et de violette; l’avant bouche confirme, dommage que le milieu de bouche, lui, manque un peu de concentration; on ne peut pas parler de vins dilué, non, mais je reste un peu sur ma soif – dommage, même si, à ce tarif, je l’avoue, c’est loin d’être une déception.

3,19 euros la bouteille à capsule à vis d’un litre, soit 2,39 les 75cl

Beringer Cabernet Sauvignon California Wine of USA

La Californie, c’est grand. Beringer est implanté dans la Napa, mais rien n’indique que c’est de là que proviennent les raisins. Il entre donc bien dans le cadre de ce comparatif.

Je n’ai rien contre les vins puissants, ni un peu d’exotisme; mais là, c’est vraiment « too much ». Je ne suis même pas sûr que les djeunns apprécient. Le fruit est très mûr, un peu cuit; c’est saucé, fumé -j’ai pensé à de la sauce pour barbecue. Est-ce l’effet des copeaux? Un concept à étudier, peut-être: faire une promo avec le charbon de bois, juste avant l’été.

6,39 euros la bouteille de 75 cl, capsule à vis 

Berselli & Olivieri Signature Collection Merlot Vino d’Italia  2013

C’est le plus cher des vins de la dégustation; un assemblage signé Alma, un négociant-éleveur, et fier de l’être. Pourquoi pas?

Cette maison propose d’ailleurs toute une gamme de « vini varietali d’Italia », se fournissant dans pas moins de 7 régions de la Botte; dans le cas qui nous intéresse, le Merlot, les raisins sont issus de Lombardie, des Pouilles et du Piémont.La vinification est traditionnelle, avec une longue macération et 12 mois d’élevage en barriques (non, pas de copeaux, apparemment).

La dégustation confirme le soin apporté à cette cuvée; les nez est complexe, avec des notes de fruit rouge bien mûr et un peu d’humus, quelques nuances lardées, la bouche plutôt méridionale, épicée (poivre noir, romarin, réglisse), et le bois plutôt bien fondu (un peu de cacao, mais pas de vanille soulante). En résumé, un joli vin qui, à l’aveugle, pourrait en remontrer à pas mal de Merlots d’appellation. Notons d’ailleurs qu’on trouve au Chili, par exemple, des Merlots étiquetés « Valle Central » dont les raisins proviennent de régions au moins aussi éloignées que les Pouilles du Piémont – c’est là le paradoxe de la viticulture actuelle: de plus en plus de pays se battent sur un marché de plus en plus ouvert, mais les règles sont loin d’être les mêmes pour tout le monde…

Quoi qu’il en soit, une belle bouteille, un troisième coup de coeur, dans un style un peu plus travaillé.

12,69 euros la bouteille de 75 cl bouchée liège.

En résumé

Cette catégorie des VSIPG est certainement une des plus hétérogènes qui soit; on y trouve pourtant des choses plus qu’honnêtes, et même de belles choses, indépendamment du prix. Rien qui ne soit indécent, rien qui n’accrédite l’idée que ce sont là des sous-vins pour des sous-buveurs. Manifestement, il n’y a pas qu’une seule façon d’obtenir un produit honnête.

D’un autre côté, la plupart des AOC aussi sont hétérogènes, leur fameuse typicité n’étant souvent -mais pas toujours- qu’un argument marketing. Au moins, avec les VSIPG, pas d’embrouille: on n’est pas censé savoir d’où ils viennent ni à quoi il doivent ressembler. La plupart d’entre ces produits ne nous font peut-être pas rêver, pour reprendre la formule chère à l’ami Philippe de Cantenac. Mais ils font mieux que tenir leur rang; ils surprennent, en bien.

Comprenez-moi bien: je ne vais pas arrêter de parcourir la planète-appellations, qui nous fournit, dans les meilleurs cas, des produits à valeur émotionnelle ajoutée; mais je n’aurai plus aucune condescendance pour ceux qui font du vin autrement.

Hervé LalauRévérend


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VSIGP (1): Vin de France, oui, mais avec quelle stratégie de marque?

Premier volet de notre semaine VSIGP – Vins sans Indication Géographique de Provenance, pour les intimes. On démarre avec le Vin de France, et c’est David qui s’y colle…

Une stratégie de marque digne de son nom implique tout le processus, de l’élaboration du produit jusqu’au réseaux de distribution. A mes yeux, une appellation, même prestigieuse, ne peut se substituer à une stratégie de marque individuelle, et tous les vins qui réussissent à vendre leurs vins bien au-delà du prix moyen de leur appellation en sont la preuve, depuis les vins du DRC jusqu’à la production d’un Marcel Lapierre, par exemple. S’il est vrai que beaucoup  de vins médiocres se reposent sur la marque « ombrelle » que constitue l’appellation, qu’elle soit AOP, IGP ou autre, ce n’est jamais le cas de ceux qui réussissent.

Cela ne veut pas dire que l’appellation ne sert à rien. Elle fournit un cadre, une espèce de garantie d’origine qui peut et doit aider le consommateur. Mais c’est le producteur qui est, in fine, responsable aussi bien de la qualité de ses vins que de la réussite de son marketing. Cette question va se poser avec d’autant plus d’acuité que le cadre en question sera large. C’est la cas de la désignation Vin de France, dans laquelle je disais il y a quelques semaines que je croyais en tant que cadre permettant la constitution d’entités de production capables de rivaliser avec celles du Nouveau Monde.  Mais il faut que les producteurs dans cette catégorie, qui autorise des assemblages très larges (à condition de rester en France) ainsi qu’une vaste choix de cépages, aient une bonne stratégie qui s’adapte à la catégorie et aux prix demandés dans les marchés visés.

Par le biais de la dégustation de 7 échantillons de cette catégorie, j’ai voulu tester l’aspect produit, n’ayant pas au moment d’écrire ni les prix de vente public, ni d’autres éléments du marketing-mix pour juger du reste, hormis les noms des cuvées et l’habillage des flacons. En revanche, pour la plupart des cuvées, les prix ex-cellars sont annoncée entre moins de 2,50 et 4 euros. On peut imaginer des prix de vente public au double des ces chiffres.

D’abord, les vins blancs :

Kiwi Cuvée Bin 086, Sauvignon Blanc 2015 

(producteur en Loire : Lacheteau) capsule à vis

Une attaque frontale du pays qui a le mieux réussit avec ce cépage : non seulement ils ont pris le nom donné au habitants de la Nouvelle Zélande, mais ils utilisent la terminologie courante pour désigner une cuvée de vin en Australie (Bin + un numéro de lot). C’est plus que culotté, cela frise la copie ! La capsule à vis convient parfaitement, en revanche, et le vin est très bien fait. C’est même facilement le meilleur de cette série de blancs : aromatique sans excès, touchant la gamme classique des asperges, citron et groseille à maquereau, mais sans tomber dans l’excès. Vibrant et alerte en bouche, assez pleine de texture et d’une longueur efficace. Un vin que je boirais avec plaisir.

Je serai curieux de connaître son prix, même si je ne suis pas convaincu par cette stratégie d’imitation que je vois mis en place.

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Daudet-Naudin, Chardonnay 2015

(producteur situé en Bourgogne) bouchon liège massif

Je pense que la capsule serait plus appropriée comme fermeture et aiderait à conserver plus de fraîcheur dans ce vin qui en a besoin. L’habillage est dans le registre classico-moderne, assez élégant. Le vin me semble plus sudiste qu’un Bourgogne, avec un boisé discret mais présent, un palais bien rond et presque chaleureux, une pointe d’amertume en finale et un profil un peu mou. Pas désagréable, mais peut mieux faire.

Patriarche Père et Fils, Viognier 2015

(producteur en Bourgogne) bouchon liège aggloméré

Le nez est séduisant à l’aune du registre habituel de ce cépage, mais le vin me semble mou en bouche et manque de précision. La sensation d’amertume en finale est assez caractéristique. Habillage classico-moderne.

Secret d’Automne, Viognier-Sauvignon 2015 (moelleux)

(producteur en Ardèche : Vignerons Ardéchois) pas vu le bouchon

Vin plaisant, sans histoires, aux saveurs agréables, tendres et fruitées. Peut convenir à certains marchés mais quelle tristesse, cet habillage ! Je ne décèle aucune stratégie particulière dans la présentation de ce vin qui est d’une banalité affligeante.

 

Les vins rouges

 

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Café du Midi, Merlot 2015

Je ne sais pas qui est le producteur ni où se trouve sa base, n’ayant pas l’étiquette définitive. Bouchon aggloméré.

L’étiquette doit être provisoire car il n’y a presque aucune mention légale dessus ! On joue clairement sur une image classique de la France (« Café », puis « Midi » et un dessin d’une terrasse de café).  Le nez est chaleureux et rond, de type prunes cuites. Même rondeur assez fruitée en bouche. Souple, simple et plaisant. Je ne vois pas trop ce que ce vin propose, outre son origine, face aux merlots entrée de gamme de Chili, par exemple, qui sont souvent meilleurs.

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La Villette, Cabernet Sauvignon 2015

Le producteur est basé en Bourgogne. Bouchon en liège aggloméré

On voit ici une volonté claire de construire une marque, avec des ingrédients visuels qui créent l’ image d’une France traditionnelle d’une autre époque. Ce n’est pas du modernisme, mais c’est bien fait. Ce vin est le meilleur des trois rouges que j’ai dégusté et confirme mon impression à la dégustation qui a suivi la conférence de presse il y a quelques semaines. Nez fin et précis, marqué par un boisé (probablement des copeaux) mais aussi très fruité (cassis). Il a aussi une bonne petite structure pour le tenir deux ou trois ans sans problème, et une excellente fraîcheur. Très agréable, ce vin vaut largement certains issus d’IGP ou d’AOP.

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Syrah (non millésimé), Vins Descombe

La producteur se trouve dans le département du Rhône. Bouchon synthétique.

L’approche visuelle et simple et moderne, avec le nom du cépage et une signature. Pas de millésime, donc assemblage verticale. Un peu de gaz au départ. Bon fruité, assez expressif. Acidité élevée et une pointe d’amertume en finale. Aurait besoin d’un peu plus de rondeur pour plaire au plus grand nombre. Correct, quand même.

 

Conclusion générale

Cette dégustation était bien trop restreinte pour pouvoir tirer de vraies conclusions, d’autant plus que je ne dispose pas d’éléments sur les options commerciales, y compris les volumes produits et les prix de vente. Il y avait deux bons vins dans le lot, et, sur ces mêmes vins, un parti pris (très différent) lisible à travers les habillages. Mais je trouve que le niveau de créativité est trop pauvre (sur la base de cette courte sélection, du moins) pour réellement aider les marques en question à faire leur trou et démontrer tout l’intérêt de cette catégorie. Peut-être est-il trop tôt pour voir émerger de véritable stratégies innovantes ?

Affaire à suivre, dans un an ou deux peut-être…..

 

David

(PS, je serai en route ce lundi pour deux journées de piste au circuit du Vigean avec l’engin ci-dessous. C’est bien rouge mais cela sera sans vins, forcément)

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À Barcelone, pour une piquouse au Jerez…

Marie-Louise Banyols nous a bien fait comprendre ces derniers temps l’importance que prenait le vermut dans les lieux où le vin est à l’honneur en Espagne, certes, en Catalogne et à Barcelone en particulier. Personnellement, je n’ai jamais été emballé par ces vins « arrangés » et mes amis savent à quel point mon goût est nettement plus porté vers la spontanéité et la fraîcheur du Fino, ce vin sec si moderne et si profondément andalou qu’il me file une claque en bouche, requinque mon cerveau et me donne l’irrésistible envie de revivre, de parler, de rire et de croquer langostinos, calamares, almejas, anchoas, olivas, almendras, tortillas, jamones ibéricos… que sais-je encore dans le vaste répertoire des gourmandises que l’on trouve dans tous les bons bars de Jerez de la Frontera, Sevilla, Cordoba, ou San Lucar de Barramedia, chez Bigote par exemple, ou même à Puerto de Santa Maria pas très loin de Cadiz.

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À Barcelona, comme en d’autres villes de Catalogne que je fréquente en voisin depuis 30 ans, les vins de Jerez, Manzanilla et Montilla-Moriles inclus, n’ont jamais été totalement absents du paysage vineux. Bien que le choix ait été limité, j’ai toujours pu m’en procurer sans trop de difficultés. Pourtant, je n’ai jamais senti une réelle frénésie autour de ces vins et j’ai plutôt essuyé quelques revers : mauvais service mêlé à un choix plutôt limité, à un désastreux manque de connaissance et à une attitude frisant la racisme anti-andalou. Or, les courants d’air passant plutôt bien dans les artères rectilignes de la grande catalane où les modes changent désormais aussi vite qu’à Londres ou Paris, il se pourrait bien que dans un jour très proche le Jerez et sa foison de vins spéciaux fassent des ravages du côté des ramblas. Déjà, il y a deux ans, j’avais découvert sur le tard un filon de taille (une trentaine de références) lors d’une halte avec mon copain Bruno à Palafrugell, chez Grau, un grand magasin dédié aux vins, liqueurs et alcools qui a déclenché chez moi une série d’articles pas mal controversés ici même. Si vous êtes curieux, vous retrouverez les trois papiers sous le titre El Rey Fino.

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Lors de mes finoseries habituelles, j’avais aussi commis un ou deux articles sur Monvinic, un bar chic où officie l’une des meilleures sommelières d’Espagne, la poitevine Isabelle Brunet. Lors d’un séjour à Londres idem, où les bars à finos semblent gagner du terrain. Et à Paris ? Que dalle… du moins à ma connaissance. Voilà donc que depuis quelques années on constate que les branchés du vin s’ouvrent timidement mais sûrement au Jerez et que des explorateurs fous de caves andalouses, tels ceux de l’Equipo Navazos dénichent de vraies pépites qu’ils mettent en bouteilles afin de nous faire partager leur passion.

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Je vais commencer – il était temps ! – par le commencement : ma rencontre avec le premier lieu vanté par Vincent. Il vient d’ouvrir à deux pas de la trépidante Diagonal, à hauteur d’un gigantesque rond-point qu’est la Plaça Francesc Macia. Il s’agit d’une cave à l’allure et au nom modestes, El Petit Celler, précédée d’un bar assez discret et sans prétention comme il y en a tant dans cette ville, un lieu idéal pour servir de refuge à quelques employés du quartier venus discuter d’une affaire entre deux coups de fil et une pause cigarette. Vous verrez, on y arrive facilement en remontant le trottoir de droite de la courte mais assez large carrer Beethoven.

WP_20160406_012Après un vrai Illy caffe servi ristretto dans les règles de l’art et bu à la va-vite au bout du comptoir, faîtes comme moi en filant droit vers le fond de la boutique. C’est là que vous attendent quelques 260 références andalouses qui font de cette petite cave probablement la plus grande au monde, en tout cas la plus fournie en fioles de Jerez et autres Montilla-Moriles. On reste coi face à la variété et à la rareté des vins qui sont exposées. Et pas que dans le créneau du fino ! Toujours avec en bouche le parfum de la douce amertume rôtie de mon café du matin (il est presque midi, mais il faut se mettre au rythme local…), tout en réclamant l’aide du patron, Sebastià Lozano, je mets la main sur une petite bouteille d’une marque qui m’était inconnue et dont le prix ne dépassait pas 20 euros. Je demande à l’avoir en terrasse dans un seau à glace. Une telle exigence ne choque nullement Sebastià qui ajoutera à ma demande une petite assiette de morceaux de jambon ibérico.

Accompagnant notre dégustation de quelques bouffées d’un excellent cigarillo cubain (il n’était pas l’heure du gros cigare), un petit Partagas, ma compagne et moi étions aux anges lorsque jaillit de la rue l’ombre (amincie) de notre ami Vincent. Ni une ni deux, sur le ton triomphal du « Goûtez-moi ça, vous allez voir que c’est autre chose ! », voilà qu’il nous fait servir un autre flacon, sa découverte du moment. Fier tel un hidalgo d’opérette, aussi à l’aise qu’un paysan gascon, il nous sert son trésor, son vin d’amour tout droit sorti d’une bouteille aux allures de fiole antique. Le vin est gras de matière, mais il est pourtant aussi solide que le mur d’enceinte de l’Alcazar de Jerez. Il file bien droit en bouche, imprimant dès le départ le style aiguisé et distingué d’un jeune cavalier en habit sorti tout droit de l’école équestre de la ville pour parader devant les belles qui se pressent sur le chemin des festivités de la Feria del Caballo.

Un équilibre fait d’élégance, de perfection, de finesse… bref, un fino parfaitement bien éduqué, pour employer un terme de spécialiste. Le nom de ce rarissime fino ? Urium. Il s’agit d’un fino issu de raisins biologiques élevés en solera sous la fleur et mis en bouteilles en rama, c’est-à-dire « tel quel », ou « tout cru », sans filtration, comme l’explique in english l’excellent blog Sherry Notes.

Au cœur de la vieille cité de Jerez, dirigée par un collectionneur de soleras Alonso Ruiz et sa fille, Rocio, la Bodega Urium est l’une des dernières petites maisons familiales jerezanas qui s’accroche à ses vieux murs et cultive son indépendance avec autant de sérieux qu’elle met de soin à élever ses vins. Et sous cette même signature, l’amateur trouvera une gamme de V.O.R.S. (Very Old Rare Sherry ou encore Vinum Optimum Rare Signatum) déclinée en Amontillado , Palo Cortado, Oloroso et Pedro Ximénez, garantissant des vins de plus de 30 ans !

Fier de sa trouvaille... Photo©MichelSmith

Heureux de sa trouvaille, Vincent sombre  un instant en pleine méditation.

Nous étions déjà bien gais en cette fin de matinée, grisés que nous étions par la fraîcheur et la qualité de la flor peut-être, alors que notre journée Jerez ne faisait que commencer. Il était temps de se laisser cueillir par un taxi jaune et noir pour notre prochaine étape encore plus folle que celle d’avant. Si vous êtes comme moi accro au fino, suivez-nous Jeudi prochain pour une mémorable virée à deux pas des fameuses Ramblas.

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!Adiós y hasta pronto¡

Michel Smith

©photos MichelSmith

PS Cet article est dédié à l’ami Étienne Hugel qui aurait pu nous accompagner dans cette virée …


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Que vaut le Pinot Noir d’Alsace ?

Je sais bien que mon titre est un peu ambigu, voire carrément absurde. Mais j’ai voulu voir ce que ce cépage, tant prisé au niveau international (il n’y a que voir les prix, non seulement des bourgognes rouges, mais aussi des bons pinots d’Allemagne, des Etats-Unis ou des pays de l’Hémisphère Sud) pouvait faire de nos jours en Alsace, région qui s’est longtemps contenté de le cantonner dans un style de vin rouge léger, voire de vin rosé.

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Le Pinot Noir n’arrive qu’à la dixième place parmi les cultivars les plus plantés au monde, et représente à peine 2% du vignoble (à vin) mondial. Je rappelle que les dix cépages les plus plantés dans ce monde ne couvrent que 36% des surfaces viticoles (source : Database of Regional National Global Winegrape Bearing Areas by Variety 2000 and 2010, University of Adelaide’s Wine Economics Research Centre). Ce qui met à mal certains bobards que j’entends parfois sur la domination supposée de quelques variétés de vigne. Par exemple j’ai entendu, samedi dernier, Jean-Michel Deiss (un alsacien) dire lors d’une conférence que 8 cépages comptaient pour 90% de la production mondial du vin ! Il faudrait tout de même vérifier les chiffres avant de tenter de soutenir, en publique, des thèses personnelles, teintés peut-être d’une forme de paranoïa viticole, et en tout cas très peu étayées par des faits réels ?

Quand on entre « Pinot Noir d’Alsace » dans son moteur de recherche, voici ce qu’on trouve sur Wikipedia :

« Le pinot noir apparaît en Alsace au Moyen Âge en provenance de la Bourgogne. Les sources mentionnent régulièrement du vin rouge alsacien, notamment les inventaires de caves des abbayes et les dîmes de vin prélevées par l’Église ; le pinot noir n’est alors qu’un des cépages noirs parmi tous ceux qui sont cultivés pour produire du vin rouge.

Son déclin commence à la fin du xvie siècle puis s’accélère suite aux ravages de la Guerre de Trente Ans ; l’habitude de faire des vins rouges ne subsiste que dans quelques localités au xxe siècle, principalement OttrottRodern et Marlenheim.

L’appellation d’origine « vins d’Alsace » est créée par l’ordonnance du 2 novembre 1945, puis devient appellation d’origine contrôlée par le décret du 3 octobre 1962, avant que ne soient définis des dénominations de cépage en 1971 ainsi que le cahier des charges de la production et de la commercialisation (décrets du 2 janvier 1970 et du 30 juin 1971) achevé par l’obligation de la mise en bouteille (loi du 5 juillet 1972) dans des flûtes (décret du 30 juin 1971).

Mondialement le Pinot Noir est en augmentation car ses surfaces ont cru de 45% entre 2000 et 2010, et il est probable que ce mouvement se poursuivra. Il n’est dépassé en vitesse d’expansion que par le Tempranillo et la Syrah parmi les 10 premières variétés.

En Alsace la progression du pinot noir est arrivé plus tôt et les surfaces ont même reculé entre 2005 et 2014. Ces surfaces restent modestes, car les chiffres officiels fournies par l’inter-profession alsacienne indiquent 1360 hectares pour le pinot noir « pâle et traditionnel » (vin rosé plus ou moins foncé) et seulement 224 hectares pour le pinot noir vinifié en rouge. Je ne sais pas trop ou se situe le curseur entre ces deux styles de vins, mais il est clair (sans jeu de mots) que le style léger reste dominant, même si on fait de plus en plus de vins dont le couleurs comme les saveurs n’ont rien à envier à des vins rouges de Pinot Noir d’ailleurs, que cela soit de Bourgogne, d’Allemagne, de Suisse, des USA, d’Australie, de la Nouvelle Zélande ou de l’Afrique du Sud. Pour dire les choses plus simplement, environ 10% du vignoble alsacien est planté de Pinot Noir, aujourd’hui le seul cépage de sa couleur autorisé, mais la vaste majorité est vinifié en rosé ou en rouge clair.

Avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, nous avons récemment dégusté, à l’aveugle, un vingtaine d’échantillons de Pinot Noir d’Alsace. Ces vins se situaient plutôt dans la catégorie des vins rouges, bien qu’il y avait des disparités assez fortes entre les styles, y compris dans le département de la coloration. Cette dégustation fut intéressante par cette diversité de styles, mais finalement un peu décevante par la faible proportion de bons vins dans la série. Sur les 19 échantillons dégustés, je n’aurai souhaité boire que 5 de ces vins, ce qui est une proportion assez faible de nos jours. Et quelques grands noms présents dans la série (après avoir enlevé les chaussettes) nous ont particulièrement déçus !

Les Prix des vins dégustés

La fourchette de prix pour les 19 vins dégustés allait de 7,40 à 35 euros. Si la plupart des vins que nous avons aimés se trouve dans la partie haute de cette fourchette, deux des plus chers ne sont pas bien sortis de l’épreuve d’une dégustation à l’aveugle et deux des vins que nous avons aimés se vendent à un niveau médiane de la fourchette. Ils constituent donc des bonnes affaires pour ce type de vin car le pinot noir est globalement assez cher.

Voyons cela de plus près :

Les tops

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Muré, Pinot Noir « V » 2013

Issu du grand cru Vorbourg qui ne peut pas dire son nom en entier sur l’étiquette (quelle hypocrisie ces règles dans les appellations !). Beau nez profond et complexe qui combine arômes fruités et floraux. C’est le caractère frais et très juteux qui marque d’abord le palais, avant de découvrir une texture raffinée qui enveloppe une matière fine et délicatement fruité, structurée juste ce qu’il faut pour assurer une garde de 5 ans.

(note 16/20, prix public 29,40 euros)

 

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Barmes Buecher, vieilles vignes 2013

Issu du grand cru Hengst, ce vin illustre, comme tous les vins que nous avons aimés, l’importance d’un site bien exposé pour faire un beau pinot noir dans cette région. Au nez, ce vin n’est guère expressif au début et semble plutôt métallique, mais il s’ouvre ensuite sur de notes agréables de fruits noirs. La matière est ample, à la texture veloutée qui cache à peine une structure ferme. C’est un beau vin de garde, plus austère que les autres vins que nous avons aimé.

(note 15,5/20, prix public 27 euros)

 

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Paul Buescher, Pinot Noir « H » 2013

Est-ce que ce vin est issu du grand cru Hengst ou d’une parcelle nommé Herrenweg qui n’est pas classé grand cru ? Difficile de savoir car le site du producteur ne le dit pas.  En tout cas c’est un bien joli vin, à la robe profonde, presque violacée, parfumé et ample, légèrement fumé, gourmand à souhait.

(note 15,5/20, prix public 24 euros)

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Henri Schoenlitz, Pinot Noir Herrenreben 2014

Nez suave de fruits noirs. La belle matière est aussi succulente que raffinée, grâce à un élevage en bois si bien dosé qu’il est à peine perceptible : cela donne juste ce qu’il fait d’arrondi et d’allonge au vin.

(note 15,5/20, prix public 18,50 euros)

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Zinck, Pinot Noir Terroir 2014

Belle couleur qui pourrait constituer une définition du terme « rubis ». C’est intense et brillant, transparent sans être dilué. Nez profond dans la gamme de fruits noirs et rouges. Texture fine, beaucoup de fraîcheur et des saveurs fruitées très précises et avenantes. La structure est fine, aux tanins délicats mais présents. Parfait équilibre et bonne longueur. Une boisson de bonheur qui ne force pas son talent pour donner un plaisir immédiat.

(note 15/20, prix public 17 euros)

 

Les moyens (éventuellement acceptables)

Cave de Hunawihr

Charles Frey

Jean-Marc Simonis

J-L et F Mann

 

Les flops (des vins que nous n’avons pas aimé du tout, pour différentes raisons)

Marcel Deiss, Burlenberg 2012

Paul Blanck, Pinot Noir « F » 2010

Leon Beyer

Hugel

Robert Klingenfus

J Gsell

Kuenz Bas

Maurice Schoech

Schmidt

 

Conclusion

On peut trouver d’excellents Pinot Noirs en Alsace dans le style vin rouge, et ils peuvent soutenir la comparaison à certains Bourgognes d’un niveau village, voir au-dessus. Ils sont généralement moins tanniques et plus fruités dans leur style. Ils sont aussi moins chers. Mais il faut les choisir avec beaucoup d’attention. Certains producteurs, très réputés pour leurs vins blancs, n’ont pas réussi dans le domaine des rouges, en tout cas sur la base des vins que nous avons dégustés.

 

David Cobbold


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From BC with love… and wines!

Ma fille Charlotte parcourt actuellement le Canada, d’Ouest en Est. Partie de l’Ile de Vancouver, la voici rendue à Kamloops, non loin de la fameuse vallée de l’Okanagan. Et comme elle aime le vin, elle a pensé à m’envoyer quelques notes de dégustation. Un vrai petit scoop, car si les wineries de l’Okanagan ont acquis une certaine notoriété, à l’image d’Osoyoos Larose, celles de Kamloops sont encore peu connues hors frontières. Mais je laisse la plume à Charlotte…

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Photo (c) Harper’s Trail Winery

Le climat de Kamloops est surprenant – c’est un des plus chauds et des plus secs du Canada, il y faisait 23 degrés le 2 avril! Et les sols à dominante calcaire conviennent bien aux cépages bourguignons et rhénans, notamment. A noter qu’ici, on n’a pas eu besoin de recourir aux hybrides, car les gelées sont bien moins féroces qu’au Québec, par exemple.

J’ai dégusté les vins de deux des trois caves de la région, Privato et Harper’s Trail, qui figurent tous les deux sur le Kamloops Wine Trail, la route des vins locale. Avis aux visiteurs: bien que très rurale, la région est facile d’accès: elle est traversée par deux autoroutes, la 5 (qui mène au Sud vers l’Etat du Washington) et la 1, alias Trans-Canadienne.

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Le matin se lève sur Kamloops (photo (c) Ch. Lalau 2016)

PRIVATO Vineyard and winery

Avec ses 32 hectares au pied des collines qui surplombent le bras nord de la Thompson River (un affluent du fleuve Fraser), cette exploitation familiale produit des vins dans un style bourguignon; bourguignon, en termes de cépages (puisqu’elle emploie pinot noir et chardonnay), mais aussi en termes de soin du vin, d’élevage, aussi (Privato utilise des barriques de François Frères).

Chardonnay 2013

Pêche et abricot, un nez étonnamment solaire; la bouche légèrement toastée reste très rafraîchissante; belle structure; la finale persistante nous emmène bien plus au Sud encore, sur des notes d’agrumes.

On se voit bien déguster ce vin par une belle journée d’été, en apéritif, ou bien sur un fromage à pâte dure, ou un poisson grillé.

 

Pinot Noir 2012 – Woodward collection

Fermenté et élevé en barriques (18 mois). « Double gold medal » à l’All Canadian Wine Championship.

Jolies notes de fruits des bois et de fraise écrasée, très intenses au nez. La bouche épicée trahit un bel élevage, avec des notes de cuir et de cèdre; les tannins sont très lisses, et une pointe d’acidité soutient le tout jusqu’en finale. Un vin tout en harmonie, la qualité d’un raisin mûr, un beau travail de vinification, tout y est!

Je le vois plutôt avec une pièce de boeuf sauce au poivre, des champignons, un poulet grillé… voire un gibier ou un homard grillé, pour rester dans le ton canadien…

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Pinot Noir Grande Réserve 2012

Un vin de garde; robe sombre, nez complexe à la fois floral et fruité (surtout la fraise, mais pas confiturée), agrémentée d’une touche de poivre et de vanille; la bouche est étonnament souple, soyeuse, les tannins très ronds, avec presqu’une impression de sucrosité de par la richesse du fruit – car le vin est totalement sec. (ndlr: observez le degré d’alcool sur l’étiquette: 13,6%. Et oui, ici, on n’est pas obligé d’arrondir au demi-degré. Et personne ne s’en plaint).

Harper’s Trail Estate Winery

Cette cave est la première à avoir ouvert ses portes à Kamloops – il s’agissait au départ d’une ferme d’élevage bovin. Ces dernières années, l’exploitation s’est tournée vers le bio. Les sols calcaires où poussent les vignes sont ceux de l’ancien lit de la Thompson (le bras sud, cette fois). Ici, on a opté pour des cépages rhénans; mais la cave vinifie aussi un peu de merlot proveannat d’une autre domaine situé dans l’Okanagan plus au sud. 

Les vins, d’Harper’s Trail montrent généralement une belle acidité, et de la salinité.

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Les trois caves de Kamloops se sont groupées pour proposer au visiteur le Kamloops Wine Trail.  Une belle façon de faire connaissance.

Pinot Gris 2013

Pomme, citron vert et anis, un joli cocktail pour un nez tout en fraîcheur. La bouche est riche, pleine, assez grasse malgré l’acidité, voici un vin robuste, long et large en bouche, mais sans rien de pâteux. Il fera le bonheur d’un poisson blanc en sauce.

“Silver Mane Block” Riesling 2013

Un peu de sucre résiduel n’a jamais fait de mal à personne – pour autant qu’il est annoncé. Le nom de cette cuvée est celui de l’ancien ranch.

Nez à la fois frais et fruité, pomme et poire, une pointe de citron. La bouche est un équilibre subtil entre le sucre résiduel et l’acidité, la lutte est acharnée mais tout se termine dans l’harmonie d’une longue finale légèrement bitter. 

Viande blanche, saumon (canadien, bien sûr) et cuisine thaï lui feront un excellent accompagnement.

 Merlot 2014

Les raisins sont issus de Cerqueira Vineyard, dans l’Okanagan du Sud, mais le vin est vinifié chez Harper’s Trail. 

Le nez déborde de notes de raisins frais, bien mûr (quand je vous dis qu’on est au Sud… du Canada); la bouche est d’abord très épicée (poivre noir), mais apparaîssent ensuite des jolies note de cerise douce; belle structure, tannins bien enrobés. Les merlots de Bordeaux n’ont qu’à bien se tenir…

On vous attend pour le barbecue!

Prowein

La Colombie Britannique était très bien représentée sur Prowein, cette année – la marque d’une volonté de développer ses ventes à l’exportation – affaire à suivre!

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Spectator sports –en primeur and other classics

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This week Bordeaux welcomes the en primeur circus for the latest episode of this classic long running, remarkably slow moving and greatest spectator sport in wine. Will 2015 revive the flagging attraction of buying en primeur or will #winelovers around the world again decide to keep their credit cards sheathed?

Two much faster moving and probably more gripping classics (known as monuments) in another great spectator sport – cycling  – in bookcase Bordeaux’s en primeur week.

Last Sunday saw the 100th edition of the gruelling Tour of Flanders. 255 kilometres ridden over many winding narrow roads and featuring a number of short, sharp, steep climbs with sections up to at least 20% and over viciously irregular cobbles Flanders is one of the great classics. The race starts in Bruges finishing in Oudenarde. You have to be very strong and tough to win this, while avoiding bad luck!  Northern Belgium is popularly thought to be as flat as a crèpe. Although there are indeed no mountains here, there are some very steep climbs. Riders, in this edition who got to the finish, went up 18 climbs – two ascents of the most difficult climb –Paterberg – and three of the the Oude Kwaremont plus seven other cobbled sections.

Winners: Peter Sagan (Mens) and Lizzie Armistead (Womens) 

Next Sunday (10th), after the merchants and journos have departed Bordeaux ready for their appointments with their dental hygienists attempting to limit damage to their teeth inflicted by a torrent of tannin and youthful acidity, its the turn of the Paris-Roubaix – flatter but with more cobbled sections than the Tour of Flanders. This is the 114th edition of the Paris-Roubaix and again you have to be strong, very fit and have luck in avoiding crashed on the cobbled sections to win. Since 1968, despite its name, the race now starts in Compiègne to the north of Paris. Once famous as the place where the armistice that ended the First World War was signed, it now owes its fame as the birthplace of our Les 5 colleague – Hervé. Whether the great man travelled along the route of the Paris-Roubaix when he moved to Brussels is not known….

But back to en primeur Bordeaux stately waltz. The first few introductory movements have now been completed. These feature increasing optimistic noises emanating from Bordeaux that this may well be the greatest vintage since Julius Caesar last set sail for the UK and dire warning from merchants that the Bordelais must not increase their en primeur prices this year with cuts preferred if the new campaign is to have any chance of success. This can resemble a minuet of the deaf…

I am delighted that for this edition the Union des Grand Crus de Bordeaux, has acknowledged that en primeur is a spectator sport by holding the journalist tastings in Bordeaux’s new football stadium. As a famous sport normally has sponsors, I would like to take the liberty of suggesting that Emeric Sauty de Chalon and Fabien Hyon’s 1855.com would be a highly appropriate choice underlining what a gold-plated vehicle for fraud en primeur can be for fraudsters.

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Screen shot from France 2’s arnaque report on 1855.com in 2012 


These days it is difficult to see any advantage for #winelovers to buy Bordeaux en primeur. Anyone, who bought the 2010 vintage en primeur,  the last highly touted vintage will find that they can find these wines considerably cheaper especially if they bought trophy wines like Château Lafite.

Price movements for 2010 Château Lafite: 

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From stats on wine-searcher.com the average bottle price (excluding tax) for the 2010 dropped from £1079 in May 2011 to just £696 in February 2016. It is also significant that there are plenty offers for this vintage of Lafite.

If there is little or no point in consumers buying en primeur what of the role of journalists in this circus. It is, of course, always interesting to taste young wines but the scores, tasting notes and opinions of leading writers/journalists are now an essential part of the en primeur process used by châteaux and merchants alike.

Message from Jancis Robinson MW  (2nd April 2016)
‘By the time you read this I should be fully immersed in assessing embryonic samples of the latest Bordeaux vintage. Having canvassed members of JancisRobinson.com, as I tend to do every year, I know that a significant proportion of them want early assessments of the 2015 vintage and the wines produced, so, ever obedient, I will do my very best. But I do hope everyone realises just how non-definitive these barrel samples are. The wines will not be delivered in bottle for more than two years into the future. A lot can happen in that time. And we have to rely on individual producers to show us samples that are as representative as possible, however tempting it must be to show us the most flattering samples.’

Jancis’ comments underline the problems associated with Bordeaux holding the en primeur tastings so early on – ‘non-definitive’ barrel samples and ‘most flattering samples’.

Also it also looks like Jancis has recognised that the en primeur needs to be freshened up. Her interesting twitter suggestion (3.4.16) of scoring wines according the weather conditions is a good start, although I think there is plenty of scope to be even more adventurous.

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Although some journos have dropped out of the en primeur circus, there, however, still remains a distinguished field in long-running The Robert Parker Succession Handicap Stakes.

Following the conclusion of the Paris-Roubaix the Bordeaux châteaux will begin the process of declaring their opening prices for the 2015 vintage. As 2015 is considered a good vintage the declaration process is very likely to be an agonisingly slow process resembling a striptease performed by a severely arthritic snail with the First Growths (excluding Latour) not discarding the last vestiges much before late June and the start of the summer holidays.

Moi ? This coming week I will be on the Island of Colonsay for a family wedding to be held on Thursday on the Kiloran Beach, which I hope will not turn out to be as insane as Bordeaux en primeur.….

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The Island of Colonsay  

With due acknowledge to David’s trenchant comments made in this post in January 2016.

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Variations sur l’agneau

Pardon si ce titre a déjà été utilisé chez nous ou ailleurs, mais Pâques, le printemps, les horaires d’été, cette somme d’incidences fait qu’invariablement l’agneau est comme qui dirait de saison. Avec le mien, qui n’était pas de Sisteron mais du Roussillon, je voulais à tout prix un rouge de garrigue qui évoque le thym frais ou le serpolet dont raffolent les jeunes ovins gambadeurs. Un cliché de plus trottinant dans ma tête, mais quoiqu’il en soit, j’adore les unions de pays. Tout cela, c’est à cause de Marie-Louise Banyols, notre Marie-Louise, qui en sommelière inspirée, n’avait de cesse de me tanner sur ce sujet alors que je fréquentais le samedi sa cantine du bonheur, à Céret, et que j’en profitais pour me rendre au marché de cette bonne sous-préfecture, probablement la plus au Sud de l’Hexagone. «Mariages régionaux, mariages garantis», assenait-elle en substance quand on daignait l’écouter. «À condition que cela fonctionne», devais-je lui marmonner en retour. Bien sûr, j’aurais dû me jeter sur le Roussillon corner de ma cave puisque mon agneau était, de sa naissance à son abattoir, Catalan du Roussillon.
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C’est vraiment un pur hasard si je suis tombé, en rangeant, sur cette cuvée Capitelles du Château Mourgues du Grès, un des meilleurs domaines de son appellation, Costières de Nîmes. Ce mariage agneau pyrénéen/rouge gardois, j’y croyais dur comme fer et en plus, j’ai toujours aimé le travail des Collard, à la fois dans l’accueil que ces vignerons réservent à leurs visiteurs, mais aussi dans la vraie personnalité qu’expriment leurs vins. Et puis, j’ai souvent pensé que les fameuses capitelles (cabanes en pierres sèches) avaient été construites dans la nature plus pour adoucir le confort des bergers qui accompagnaient les troupeaux, que pour les vignerons, bien que les hommes de la vigne devaient eux aussi les trouver fort utiles en cas d’orage, par exemple. De toutes les façons, et c’est ce que j’aime croire, vignerons et bergers devaient s’entendre à merveille puisque jusque dans les années 50/60, époque où tout a changé dans nos campagnes, les moutons des Cévennes de l’Aubrac, de la Margeride, du Larzac ou du Rouergue pratiquaient volontiers en hiver la transhumance en passant par les vignes encore enherbées du Languedoc.

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Toujours est-il que me voilà donc bien perplexe lorsque que je tente de confronter mon agneau roussillonnais et mon rouge presque provençal. Si, en promenant son nez au dessus du verre, on a bien le sentiment d’un vol printanier au dessus de la garrigue, où qu’elle soit, ce sont surtout les tannins qui marquent le vin. Ils paraissent un peu fermes et anguleux malgré l’âge – ce Capitelles est du millésime 2004 – et ils ont à vrai dire un peu de mal à communier avec mon tendre agneau pourtant docile et, je me répète, catalan. Le vin est bon, l’agneau aussi, mais le mariage n’y est pas alors qu’il me paraissait évident. « J’aurais dû faire ci, ajouter ça, insister sur la cuisson du gras, insister sur le thym, mettre une pointe d’ail… » Il y a des moments où l’on se dit que l’on devrait tous avoir un sommelier chez soi pour suggérer au bon moment le mariage juste ! Le Costières est un vin formidable, mais il lui faudrait plutôt un ragoût de mouton pour le goûter à table. Or, mes belles premières côtes d’agneau sont simplement poêlées.

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Pas d’autre choix que celui d’ouvrir une autre bouteille. J’avais un vin un peu jeune, un 2013, de mon copain Luc Lapeyre sous la main. Profitons-en pour voir. Je vous ai déjà parlé du vigneron, de sa verve, de sa rondeur, de son carignan et de son adresse postale qui porte le nom de l’instigateur du soulèvement vigneron dans les Midi des années 1900, un certain Marcellin Albert, mais je n’ai encore rien dit me semble-t-il de sa cuvée l’Amourier (mûrier in french) dont il m’avait laissé un exemplaire lors d’une de nos dernières agapes. D’ordinaire, l’Amourier est majoritairement composée de Syrah, sauf que cette fois-ci cette cuvée porte le sous-titre Autrement. Avant d’aller plus loin, je consulte le vin : rondeurs toutes fruitées, accent sudiste indéniable, croquant, épices, une forme de légèreté, nous partons volontiers sur un grenache/carignan de belle facture adapté à l’été qui viendra se glisser bientôt sous nos draps. Son comportement en bouche est des plus simples et, oh miracle, il marche mieux sur mon agneau pascal que le vin précédent. Quand je dis il marche, en réalité, il glisse à merveille et s’accorde délicatement aux essences de thym frais qui accompagnent le plat.

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Oui, je sais, c’eût été encore mieux si mon agneau avait été grillé au-dessus d’une braise de sarments de vigne. Et pour certain, le mariage eût été encore plus convaincant s’il s’agissait d’un gigot de Pauillac accompagné d’un mouton 1985… J’aurais même pu, moi qui en connais quelques uns, tenter un bon rosé de Bandol. J’aurais pu aussi vous parler de la mort de Paul Pontallier (Margaux), de celle de Jacques Couly (Couly-Dutheil), du départ de Jean-Pierre (Coffe), ou de bien d’autres choses encore, tout cela en moins d’une semaine post-pascale. Mais une fois de temps en temps, le dilemme causé par les associations mets et vins doit ressurgir comme ça chez moi, sans prévenir. On croit que ça va marcher, puis tout se casse la gueule car c’est le vin ou le produit qu’il rencontre qui décide, deux caractères, deux personnages. Dans cette confrontation, je ne suis qu’un pion. Et quand je vous dis que le vin est une personne, vous pouvez me croire.

Michel Smith

(Photos Brigitte Clément et Michel Smith)

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