Les 5 du Vin

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Quand un Rioja blanc se prend la Tête de Moine

Une rencontre Helvético-Hispanique pour nous sortir des routines, des habitudes et des réflexes conditionnés. Pour accompagner, un fromage de vache suisse, un Rioja blanc, ça c’est gratiné !

Commençons par l’Hidalgo

 Viura Reserva 2009 Rioja Alavesa Casado Morales

La robe dorée cuivrée donne une première indication sur ce qui va suivre. Le nez ne s’y trompe pas, le vin élevé en barrique affiche une connotation oxydative. Certes légère, mais suffisante pour le typé dans le monde minéral à fruits secs. Fleurs sèches, noix verte, amande, un rien de curcuma, une complexité nasale de bon augure. La bouche confirme. Sur un lit de cailloux le fruité comme le floral s’étale dynamisé par une fraîche importante au goût de citron. Les épices viennent en second-rôle, graines de coriandre, cardamome, relevés d’un rien d’anis. Enfin, le gras modère tout transport trop intense, laissant, comme dans une gaine délicate, tous les arômes se développer inexorablement.

Vinification, un risque calculé

Cette Reserva assemble 90% de Viura (=Macabeo) à 10% de Malvasia. Les vignes âgées de plus de 80 ans poussent à une altitude de 575 m. La parcelle pentue s’oriente au sud et se compose d’argiles sableuses mélangées d’éboulis calcaires. La vendange se fait manuellement. La fermentation se fait en cuves inox, la malo en barriques, comme l’élevage qui demande 18 mois en pièces neuves de chêne français. Une dernière maturation s’effectue en bouteilles pendant 22 mois avant la mise en marché. Un Rioja assez rare par sa couleur, les blancs représentent moins de 10% du total produit dans la DOC. Le Viura en est le cépage principal. Et rare par son élevage bien maîtrisé. Le Viura ou Macabeo s’oxyde facilement, l’élever en barrique est choix parfois périlleux. La surface de contact avec l’air est bien plus importante dans ce petit contenant qu’en cuve. Ici, les lies protègent le vin et ménage l’oxydation pour nous offrir un produit fini qualitatif, au goût particulier qui nous rappelle certaines cuvées jurassiennes dites typées. Assortiment d’arômes qui se marie sans l’ombre d’une hésitation au Vacherin Mont d’Or.

La Casa Morales, fondée en 1925, se situe à La Puebla de Labarca à l’ouest de Logroño à limite entre La Rioja et la Pays Basque.

www.casadomorales.es

Le Fromage de Bellelay 

 Ce n’est autre que la Tête de Moine, fromages suisses des plus connus.

Bellelay est le nom du monastère qui l’a vu naître.

L’avènement

Fondé par Sigenand, prévôt de Moutier, en 1136, l’abbaye se consacra rapidement à la fabrication du fromage. Mais la première mention remonte à un courrier du 16es dans lequel l’abbé signale la livraison de dryssig belleley kess, soit 30 fromages de Bellelay, au prince-évêque de Bâle. La première description du fromage de Bellelay apparaît en 1628. Mais ce n’est qu’en 1790 qu’on parle de Tête de Moine…

Débaptisé pour quelles raisons ?

Deux versions existent : un surnom datant de la période révolutionnaire, assimilant le haut du fromage raclé à une tonsure. Ou le stockage coutumier du monastère qui faisait état d’une quantité définie de fromage par tête de moine et qui par extension devint le nom du produit.

Le fromage

La Tête de Moine est un fromage à pâte mi-dure à croûte lavée fabriqué à partir de lait cru de vache. C’est un montagnard, produit en altitude de 700 à 1100 mètres dans les districts des Franches-Montagnes, Moutier, Porrentruy et Courtelary dans le Jura suisse. Cette région au sol calcaire et au climat rude voit sa végétation démarrer à printemps bien avancé. Mais dès la floraison, les pâturages offrent une grande diversité de fleurs et d’herbes qui assurent la complexité aromatique de la Tête de Moine.

Fabrication

Le lait ensemencé est transformé dans des cuves en cuivre. Le caillé chauffé à une température de 44° à 53°C est ensuite décuvé et placé en forme pour y être pressé. Les meules obtenues passent au saloir où elles plongent dans un bain de saumure pour y rester pendant 12 h. Puis, elles rejoignent la salle d’affinage où elles sont disposées sur des planchettes d’épicéa. Pour provoquer l’apparition de la morge, elles sont lavées régulièrement avec à l’eau salée ou non et contenant des bactéries Brevibacterium linens. Tout cela dans une ambiance humide, 90% d’humidité relative, à une T° de13° à 14°C. Chaque meule doit être affinée un minimum de 75 jours dans l’aire de production. Il existe deux qualités différentes dues à la durée d’affinage, la Tête de Moine classique qui peut être mise en vente après 3 mois d’affinage et la Tête de Moine Réserve qui ne peut sortir d’affinage qu’après 4 mois minimum.

Mensurations

Le Fromage de Bellelay se présente sous la forme d’une meule cylindrique, à la croûte ferme, emmorgée, grainée, humide et saine, c à d sans moisissure. De couleur brun rouge, elle est haute de 70 à 100% tout au plus du diamètre qui mesure de 10 à 15 cm. Son poids varie de 0,7 à 2 kg et sa pâte présente de rares ouvertures de 1 à 8 mm, parfois de petites lainures isolées.

 

Tête de Moine classique

Texture onctueuse aux grains de caillé perceptibles qui donnent une impression finement granulée.

Odeur très torréfiée aux évocations de lait à la chicorée, de poil de vache, de fruits secs aux parfums de noisette et de pistache grillée mélangés d’abricot et de pâte de coing.

Goût certes salé, mais un sel qui se perd dans la texture moelleuse, dans cette impression gourmande de fruits confits et tapés, pour resurgir quelques instants plus tard à la façon d’un embrun « alpestre ».

Elle se coiffe d’une étiquette circulaire jaune et rouge.

 

Tête de Moine réserve

Texture ferme presque croquante au grain de caillé fin et fondu dans la masse du fromage.

Une odeur où le champignon des bois domine dans un premier temps, puis viennent les notes minérales et florales qui apportent beaucoup d’élégance.

Le goût est tout d’abord discret, il faut laisser la rosette se dissoudre lentement pour en apprécier pleinement les saveurs à peine salée où se perçoivent la noix, la noisette et la pistache, l’écorce d’orange, la gelée de mirabelle et le cacao.

Elle s’entoure d’un papier aluminium doré.

Précautions d’usage…

La Tête de Moine est un fromage qui se racle sans être un fromage à raclette. Pour en apprécier toutes les saveurs, il faut raboter la surface décalottée supérieur. Mais obtenir une rosette fine et savoureuse à l’aide d’un couteau est hasardeux, mais comme en Suisse on prévoit tout, la firme Metafil SA inventa en 1983 la Girolle®, un socle, un axe, un rabot circulaire, le tour était joué et depuis, vu le succès, bien imité.

4.1.1

Aujourd’hui, on ne dit d’ailleurs plus, faite-moi quelques rosettes de Tête de Moine au crémier, mais pourrais-je avoir quelques girolles de Tête de Moine, certes par assimilation à la forme du champignon qui fait saliver. Alors que Rosette, évoque le saucisson dont le boyau nous offre parfois d’amusantes terminaisons…

La rencontre hispanosuisse (à ne pas confondre avec une automobile)

Rioja blanc et Tête de Moine

La note oxydative du vin neutralise avec maestria l’élan salé du fromage, ce qui permet ensuite de laisser libre au développement des superbes amertumes de torréfaction qui se traduisent par une note intense de réglisse et installent d’entrée une fraîcheur extrême. Cette dernière entraîne un décapage rapide de la matrice dense du fromage, le moine a de la bedaine, et donne du tonus à la fusion. Cette nervosité fait gambader l’animal qui sommeillait au creux de la pâte. Fleurs et fruits du vin font la ronde sur le ventre de l’ecclésiastique devenu cristallin. Se tressent alors en une natte délicate l’iode, l’amande, le poivre, le marc, les noix, … cela ne s’arrête pas ! Le frère en rajeunit, comme le vin. L’un retrouve la fraîcheur de sa crème, le vin le croquant du fruit.

FRO_24

 

Ciao

 

JBT 16

 

Marco

 


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Muscat d’Alsace, sec ou tendre ?

Le Muscat est un exercice difficile et le vinifier en sec ajoute un cran à la difficulté. Le tout, c’est de trouver l’équilibre, ce qui n’est guère aisé. Sec, il peut manquer de vivacité ou s’avérer austère ou au contraire fardé. Moelleux, il manque souvent de tension et offre une douceur banale. Chez Muré, les deux versions parviennent à nous faire craquer pour leur élégance, leur caractère et leur harmonie…

Muscat Steinstuck 2014 Alsace Domaine Muré

 

La robe pâle au doré lumineux exhale des senteurs de pâte d’amande parfumée de mandarine et de mirabelle, rehaussée de poivre et de cumin. La bouche nous rafraîchit d’entrée et parsème à la volée nos papilles de notes florales et fruitées. La fraîcheur d’un jus de groseille blanche vient rafraîchir l’ensemble tout en boostant au même instant les arômes d’agrumes nuancés de verveine et de curcuma.

Le lieu-dit Steinstuck fait de calcaire du Muschelkalk (calcaire coquillé) se situe au-dessus du village de Westhalten. Ce sol caillouteux a donné le nom au Steinstuck qui signifie « parcelle de cailloux » en alsacien. Les 65% de Muscat Ottonel et les 35% de Muscat d’Alsace ont un âge moyen de 55 ans et sont vendangés en caissettes. Le vin ne contient aucun sucre, titre 13° et offre une acidité de 5,7g/L.

 

Muscat VT 2014 Clos St Landelin Alsace Grand Cru Vorburg Domaine Muré

La robe se cuivre légèrement mais garde des reflets verts, elle respire des parfums d’agrumes confits où se reconnaissent l’orange confite piquée d’un bouton de rose et le cédrat constellé de graines de coriandre. La bouche avoue sans retenue sa douceur, douceur envoûtante qui nous rappelle les confiseries d’antan. Celles qui nous offraient autant de volupté que de fraicheur. La finale se poivre et nous montre du doigt l’amertume superbe que jusqu’ici nous n’avions guère remarquée.

Les Muscat âgés de 45 ans poussent sur les pentes assez raides du Clos Saint Landelin à l’extrémité sud du Grand Cru Vorburg. Le sol y est fait d’éboulis calcaire à matrice argileuse déposé sur des calcaires gréseux du Bajocien. Un terroir chaud qui permet les vendanges tardives. Le vin contient 93 g/L de sucre résiduels et titre 12°, ses 7,7 g/L d’acidité équilibre avec maestria sa douceur.

www.mure.com

Ciao

Marco

 

 


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La Livinière revisitée


Il y a peu de temps temps, sur ce même blog, Hervé nous racontait  sa participation à une dégustation de vins de l’appellation Minervois La Livinière : opération dont le titre était Livinage 2017, ce qui signifie, selon le support édité à l’occasion « déguster et distinguer un cru La Lavinière ». Car cette appellation de Minervois La Livinière tente de faire bande à part de la plus vaste zone de Minervois.

Comme souvent dans pareil cas, je n’y vois pas trop l’intérêt de cette multiplication d’appellations, même si je constate aussi les qualités de bon nombre des vins de cette région.  Je n’ai pas pas participé à la dégustation sur place, mais j’ai pu déguster les vins quelques semaines plus plus tard à Paris, grâce à Sarah Hargreaves qui assure les relations presse de cette appellation. Je rappelle qu’il s’agissait de neuf vins ayant été élu par trois jurys, chacun composé d’un groupe professionnel différent : presse, sommeliers et vignerons. J’étais curieux aussi de voir si ces trois groupes dégustaient les vins de manière différente.

Il semblerait que oui  (ce qui est assez habituel) car chaque groupe à élu trois vins différents : le jeu consistant, pour chacun, de sélectionner ses trois cuvées préférées. Ce n’était pas, stricto-sensu, une dégustation comparative car les millésimes n’étaient pas identiques, mais l’exercice était quand-même intéressant et, ayant dégusté les mêmes vins plus tard, je vous livrerai ma propre opinion sur les neuf vins sélectionnés, avec quelques remarques en guise de conclusion à la fin.

Trois de mes vins préférés parmi la série de neuf

Les vins du jury presse

Oustal Blanc, Prima Donna 2014

Grenache, Syrah

Nez fin, légèrement fumé sur un fond de bon fruit noir très gourmand. Bel équilibre en bouche pour un vin long, relativement chaleureux (ses 15° sont bien là !) mais gardant jusqu’à la fin son délicieux caractère fruité. Devrait bien se tenir dans le temps aussi.

16/20 (prix 29 euros)

Domaine de Tholomies 2015

Syrah, Grenache

Un nez intense de fruits noirs, avec des notes de terre et d’humus dans la gamme sous-bois. En bouche le fruité se révèle élégant et charmeur, porté par une acidité fine. Il n’a pas vraiment un profil de vin de garde mais il est très réussi dans son genre, en plus d’être abordable (moins de 20 euros).

15,5/20 (prix 16 euros)

Clos Centeilles 2011

Mourvèdre, Grenache, Syrah

J’aime généralement beaucoup les vins de ce domaine, mais j’avoue avoir été un peu déçu par cette bouteille. Le nez a moins de précision que pour les deux vins précédents. La structure en bouche est ferme mais j’ai un peu de mal à cerner son profil qui me semble brouillé.

14/20 (prix 18 euros)

 

Les vins du jury sommelier

Domaine La Siranière 2012

Grenache, Syrah

Le nez me semble marqué par des « bretts » et cela se confirme en bouche par une texture assez crayeuse. Le vin reste vibrant malgré son aspect chaleureux mais le fruit manque singulièrement.

13/20 (prix 24 euros)

Domaine Ancely, Les Vignes Oubliés 2013

Syrah, Grenache

Nez intense et profond, de fruits noirs avec des touches de réglisse et de fumé. Le boisé est encore marqué mais le vin à de la profondeur et reste bien équilibré. Prix raisonnable aussi.

15/20 (prix 16 euros)

Mas Paumarhel, Mourel Rouge 2014

Mourvèdre, Syrah, Grenache

Le nez n’est pas net du tout. Présence dominante de bretts. Vin dur en bouche, dont le fruité à été écrasé par l’extraction puis par le caractère déviant et très animal/crayeux provoqué par des bretts.

11/20 (prix inconnu)

 

Les vins du jury vigneron

Château Faîteau, cuvée Gaston 2014

Syrah (70%), Carignan, Grenache

Un beau nez fruité avec beaucoup d’intensité. L’élevage me semble bien dosé et apporté des notes de fumé et d’épices. Gourmand et juteux en bouche avec une bonne longueur. Juste une suspicion de bretts par une finale un peu sèche ?

15/20 (prix inconnu)

Champs du Lièvre 2015

Syrah, Grenache

Le fruité est intense au nez et charnu en bouche. C’est aussi le plus tannique des vins de toute la série, avec une longueur impressionnante. Sa jeunesse y est probablement pour quelques chose. En tout cas un vin remarquable.

16,5/20 (prix 19 euros)

Château Maris, Dynamic 2014

Syrah, Grenache

Un vin d’un fruité charmeur et magnifique. Très juteux en bouche, c’est un vin qui donne beaucoup de plaisir immédiat mais qui a aussi un beau potentiel de garde, comme en témoignent sa structure tannique et sa fraîcheur équilibrante. Seul bémol au tableau : un prix très élevé.

16/20 (prix 60 euros ou plus, je crois)

 

Remarques

Je suis un peu dubitatif sur un plan déontologique quant à la validité d’une dégustation qui inclut des vignerons de la région dans le panel, même si, dans ce cas, on prend bien soin d’identifier leur sélection. Cela dit, je trouve qu’ils ont bien travaillé dans ce cas alors….

Je n’ai pas bien compris la sélection des sommeliers : un bon vin mais deux ayant des défauts manifestes. Est-ce que les flacons que j’ai dégusté avaient dévié ou bien est-ce que les personnes ayant participé aiment spécialement nos amis les bêtes ? mais j’adhère aux deux autres sélections dans l’ensemble. Il est normal et heureux que deux dégustateurs (ou deux groupes de dégustateurs) n’aient pas exactement les mêmes avis sur tous les vins, sinon tout le monde aimerait les mêmes et cela serait très ennuyeux. Mais je trouve un peu troublant qu’un groupe qui se dit professionnels du vin laisse passer des vins ayant de défauts assez flagrants dans un concours. Il ne s’agit pas de « chercher le défaut », mais quant un vin de ce type n’a pas d’expression fruitée et qu’il assèche la bouche, je me pose des questions sur la formation de ceux qui l’ont accepté. Font-ils partie du secte des vins « nature » ?

Les vins sont puissants dans l’ensemble mais, pour la plupart, équilibrent bien cela avec une très belle qualité de fruit. Du coup on ne sent que rarement un effet chaleureux en bouche. Certains ont clairement un bon potentiel de garde pour ceux que cela intéresse, mais tous, ou presque, peuvent donner du plaisir immédiat. Il suffit pour le plus tanniques de les servir avec une plat un peu salé pour voir fondre les tanins.

Les prix de la plupart de ces vins tournent autour de 20 euros la bouteille, avec un qui fait le grand écart, sans que cela se reflète vraiment dans la qualité des vins.

David Cobbold

 


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Quand le gel fait le vin

En cette période de gelées inopinées et destructrices en plein printemps, il faut peut-être rappeler qu’il est des vignobles où le gel fait le vin. Mais certes pas au débourrement, mais aux alentours de décembre, quand le froid s’installe en Alsace. On y fait encore des vins de glace, de façon traditionnelle, c’est-à-dire récolté après quelques jours de froid intense. On peut en faire plus techniquement, en gelant les raisins récoltés, c’est moins risqué, est-ce aussi bon ? Chez les Haag, on se les gèle pour tout vendanger avant l’aube.

07.00 du matin le 19 décembre

 

Sylvaner Vin de Glace 2008 Domaine Jean-Marie Haag

 

Entre l’or et l’ambre, le vin coule comme un miel liquide, embaumant dans l’instant les narines à l’affût. Les notes fruitées et confites fusent sans discontinuer. Poire fondante et pêche savoureuse, se poivrent légèrement avant de s’enluminer de fleurs d’amandier et d’oranger. Quelques tranches de coing viennent ensuite, couchées sur un lit de pâte d’amande. Mais place à la bouche qui s’impatiente. Son velouté délicat caresse les papilles alanguies, presque en pamoison devant tant d’onctuosité au goût frais de sorbet de pomme et de gelée de mirabelle. Les chairs pulpeuses et suaves des mangues et abricots se précipitent avant les épices. Poivre et cumin s’entendent pour dynamiser ce joyau gourmand tendu d’un minéral qui en spirale dessine ses arabesques jusqu’au V lingual.

 La vendange

Elle se fait dès l’aube, à 7 heures du matin par des températures négatives (-10°C), ce vin est issu de raisins gelés. Ces baies sont immédiatement offertes au pressoir ce qui permet de les maintenir gelées. L’eau prisonnière sous forme de paillettes de glace reste dans le pressoir, seule la quintessence du raisin s’écoule comme un filet d’or.

 

Côté technique 

Le vin titre 12,1° pour 120g/L de sucre et une acidité de 5 g (H2SO4). Les Sylvaner poussent dans des calcaires gréseux. Cela leur donne à la fois de l’élégance et de la fraîcheur.

Le prix départ cave de cette rareté est de 90€.

Le domaine se situe à Soultzmatt à 20 Km au sud de Colmar. Il s’étend sur 6 ha répartis en 31 parcelles au pied du Zinnkoepflé. Ce sont aujourd’hui Jean-Marie Haag et son épouse Myriam qui la dirigent.

  c’est plus riant l’été, le Zinnkoepflé

www.domaine-haag.fr

Ciao

 

Marco


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Une nouvelle Cantillon, la Chouke

Hier, en début d’après-midi, j’ai pu déguster une nouvelle cuvée de la brasserie Cantillon, La Chouke.

Son histoire (un peu tortueuse)

 Après les attentats de Bruxelles, Valérie Lepla qui a conçu et développé le concept du Pistolet Original

Aparté Pistolet : naguère, à Bruxelles, on allait à midi se chercher chez le boucher un pistolet garni, c’est-à-dire un petit pain rond assez volumineux dans lequel l’artisan nous mettait selon notre envie du milan, du jambon, du haché ou notre américain préparé (notre pour notre spécialité belge qui n’a rien à voir avec le tartare de bœuf).

Valérie a voulu retrouver le croquant et la saveur de ce pistolet original qui ne se trouvait plus guère. Depuis quelques années, on peut à nouveau manger cette vieille spécialité au centre de Bruxelles www.pistolet-original.be

C’est donc Valérie (entre Dirk et Jean) qui a lancé l’idée d’un pistolet original style hot dog en utilisant le Zenne Pot, spécialité du chef Dirk Miny du restaurant les Brigittines pour réagir façon bruxelloise à la morosité qui a suivi l’état de choc de la capitale. Un sursaut patriotique salutaire, après quelques jours, on en avait déjà marre de tous ces soldats à tous les coins de rue…

Aparté Zenne Pot : déjà, le nom évoque la capitale belge, car de Zenne  (la Senne) arrose Bruxelles. Les ingrédients font partie de la vie bruxelloise : chou blanc façon choucroute cuite dans la gueuze, boudin noir cuit vapeur, chair grattée de saucisse sèche légèrement fumée, bulot poché.

Tout se passe dans le montage…

Placer un cercle au fond d’une assiette creuse et y déposer la chair de boudin. Le couvrir avec le chou dans lequel on a préalablement intégré quelques miettes de saucisse et morceaux de bulot. De la crème s’ajoute aux jus mêlés qui en coulent et harmonise les saveurs.

Cette recette, Dirk la présente au salon Slow food à Turin.

C’est pas trop facile à manger dans un pistolet, mais c’est savoureux comme une zwanze (blague bruxelloise)  www.lesbrigittines.com

Continuons… un troisième larron, tout aussi bruxellois, Jean Van Roy de la Brasserie Cantillon se devait d’associer une gueuze à cet en-cas bruxellois. Le souci, c’est qu’il fallait attendre pour l’assemblage de sa bière d’avoir suffisamment de lambic de trois ans. Il a donc fallu retarder la sortie de cette nouvelle cuvée du printemps 2016 à cette semaine. Toutefois, rien ne pressait vraiment, parce que l’idée de Jean, c’était et c’est toujours l’envie de faire connaître les lieux bien bruxellois par l’intermédiaire de sa bière. N’oublions pas que la brasserie est connue à l’international et que tous les aficionados, voire les geeks totaux, adorent fréquenter les lieux où l’on peut trouver leur boisson favorite comme au Moeder Lambic – autre lieu culte de Bruxelles, un bar à bières incontournable (en fait il y en a deux, voir le site www.moederlambic.com)

Aparté Lambic : le Lambic est une bière élaborée à partir de 35% de froment et de 64% de malt, complété d’1% de houblon suranné (= âgé de 2 ans). L’ensemencement se fait de façon spontanée par les levures «sauvages» présentes dans le milieu ambiant. Elle est mise en fûts et y vieillit minimum 1 an, au maximum 3 ans. La gueuze est l’assemblage de Lambics de 1 an, 2 ans et 3 ans. www.cantillon.be

La Chouke

 

Déjà, le nom, qui n’évoque certes rien pour les non-Bruxellois, veut dire mon petit chou, ma petite chérie ou mon petit chéri, un mot affectueux renforcé par le suffixe ke (petit). Son assemblage diffère quelque peu d’une Gueuze classique de chez Cantillon qui combine environ 45% de fûts de 1 an à des futs de 2 et 3 ans pour en faire une bière dont l’âge moyen à la mise est de 24 mois. La Chouke assemble des futs des trois années à part égale, ce qui fait monter l’âge moyen à 28 mois. C’est par conséquent une bière plus mature que la Classique.

D’autre part, le fût de 2 ans est un ancien fût (pas de fût neuf chez Jean) d’Armagnac, ce qui a deux effets, le degré alcoolique un rien plus élevé, la Classique titre 5,5°, alors que la Chouke offre 6,5°. Ce qui génère un deuxième effet, une douceur ou une rondeur assez inhabituelle dans la gamme Cantillon.

C’est une jolie mousse nacrée qui tient bien à l’orbe du verre.

Un nez frais aujourd’hui peu expressif, mais qui nous offre déjà des perceptions délicates d’agrumes et de fruits secs.

En bouche, elle est assez douce et parle en premier de torréfaction avec des mots justes noisette ou biscuits aux céréales nappés de gelée de groseille, constellés d’éclats de noix verte. L’acidité se fraie un chemin entre l’onctuosité et l’ampleur de la bière, se fait rattraper par l’amertume en fin de bouche, celle du houblon.

Mais il faut y revenir plusieurs fois pour bien s’en imprégner (et pas imbiber, mauvaises langues!) et se laisser conquérir par son élégance, son raffinement. Qualités qui s’amplifieront avec le temps. Comme il est écrit sur la contre-étiquette, attendez 20 ans avant de la boire et vous verrez.

Petit bémol après vous avoir donner envie

Il faut faire le déplacement à Bruxelles pour en boire, elle n’est disponible qu’aux Brigittines et au Pistolet Original.

 

Allei ciao bande de zievereirs 

Marco

 

 


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David

 


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Au bout d’une semaine dense, le Schioppettino de Davide Moschioni

Il y a des semaines comme cela.  A vrai dire, il y en a beaucoup quand on aime le vin et qu’on a la chance d’être confronté à des occasions très diverses qui tournent autour de cette boisson magique. Tout n’y est pas rose et fait de bonheur pur, bien entendu, et il fait aussi tenir le rythme sans (trop) perdre la boussole. La semaine passée est un exemple parmi d’autres. Elle inclut aussi des journées au bureau à écrire, préparer des travaux à venir, rédiger comptes-rendus et mails et gérer le quotidien de toute petite entreprise, plus une réunion à l’extérieur, quelques dégustations programmées ou improvisées et une journée de formation dispensée le samedi.

Lundi soir, dîner chez un membre (généreux, comme vous allez le voir) d’un des cercles d’amateurs de vins que j’anime. A l’apéritif, Dom Pérignon 1988 en magnum, puis 1982 en bouteilles : les deux extraordinaires, peut-être surtout le 1982 ce soir-là, même si le 1988 ira probablement plus loin dans le temps. Servis dans des verres que je n’aurai pas choisis pour de tels vins, mais quelle finesse et quelle puissance pour des Champagnes de ces âges!

Au repas qui a suivi, d’abord un Corton-Charlemagne 2005 de Bouchard Père et Fils, qui m’a semblé un poil fatigué. Problème de bouchon pas assez étanche, probablement ; en tout cas en deçà du niveau habituel des grand blancs de cette estimable Maison. Ensuite, Calon-Ségur 1990 en double magnum : un vin très ferme et carré, encore trop jeune et un poil austère à mon goût, mais impressionnant. Puis Beychevelle 1945 : je l’aurai servi avant le Saint-Estèphe car il est sur le déclin avec de jolies restes, tout en élégance mais un peu dominé par l’acidité maintenant. Puis, avec le fromage, un Porto Taylors Vintage 1968, très fin, très suave, encore très fruité mais sans la puissance habituelle de Vintages de ce producteur. Avec le dessert, un Quarts de Chaume, Château de Suronde 1989 : très beau. Nous avons fini avec un magnifique Armagnac Laberdolive de 1937, puis retour à la maison en métro. Même pas mal !

Mardi soir, travail pour animer une soirée du Wine & Business Club et présenter à 150 personnes deux vins peut-être pas très bien connus mais de très belle qualité et que je bois avec autant de plaisir que certains des précédents. Premièrement, le Château de Fontenay, près de Tours, avec des Touraine et Touraine-Chenonceaux que je trouve aussi fins et précis que plaisants et très abordables en prix. Deuxièmement un vin des Costières de Nîmes à l’étiquette moderne et à la qualité irréprochable: le Domaine de Scamandre.

Mercredi soir, relâche.

Jeudi midi, déjeuner/dégustation pour un club pour lequel je présentais 3 vins de Bordeaux issus de ma sélection personnelle parmi les Talents de Bordeaux Supérieur du millésime 2014, plus un blanc de la même région en apéritif. Ces vins se vendent au détail entre 6,50 et 10,50 euros la bouteille et sont, pour moi, parmi les meilleurs rapports qualité/prix disponibles en France aujourd’hui. Le blanc se nomme Château Lauduc Classic blanc 2016, les trois vins rouges Château Lacombe-Cadiot 2014 (un des rares vins de cette appellation né dans la région médocaine),  Château l’Insoumise, cuvée Prestige 2014 (un Bordeaux Sup de la rive droite, près de St. André de Cubzac), et Château Moutte Blanc 2014, un autre Bordeaux Sup qui vient du Médoc, tout près de Margaux, un très beau vin de palus qui contient 25% de petit verdot.

Le jeudi soir, deuxième soirée de la semaine pour un autre club du Wine & Business Club à Paris, cette fois-ci avec des vins étrangers : les excellents Tokaji du Domaine Holdvölgy, et les vins de Sonoma de Francis Ford Coppola, issus de sa série Director’s Cut, tous les deux importés en France par South World Wines. Beaucoup d’intensité dans le Tokay sec de Holdvölgy, qui, pour une fois, n’est pas fait avec le Furmint mais avec l’autre cépage important de l’appellation, le Hárslevelű, et un magnifique liquoreux (mais pas un aszú : il s’agit d’un assemblage entre un szamorodni et un aszú, je crois). Tout bon partout, pour faire court. Coppola présentait un Chardonnay, un Cabernet Sauvignon et un Zinfandel.

Vendredi matin, repos, course à pied et gym; vendredi soir, relâche.

Samedi, formation toute la journée pour un groupe de 16 personnes, surtout amateurs mais aussi trois professionnels, qui se sont inscrits à l’Académie du Vin de Paris pour le Niveau 1 du cursus WSET.

La fine équipe (il manque juste Sébastien Durand-Viel qui donnait un cours ce jour-là) de notre école, l’Académie du Vin de Paris, à Londres quand cette école fut élue, début 2016, parmi les 8 meilleurs formateurs des 650 qui dispensent les cours WSET au monde.

Le samedi soir, retour à la maison où j’ai dégusté, de ma cave, le vin qui m’a fait peut-être le plus grand plaisir de tous ceux de la semaine. Je sais bien que le moment est important dans l’appréciation d’un vin : le fait de ne pas être dans une situation de travail, de se sentir relaxé et tout cela. Mais ce vin rouge m’a semblé intense et très agréable, plein sans être surpuissant, solidement bâti mais également très fruité. Et cela, malgré ou à cause d’un âge qui est respectable sans être canonique : 13 ans. Ce vin, je l’ai dégusté à différents stades de sa vie, car j’en avais acheté une caisse en 2005 lors d’un voyage en Italie pour le compte de la Revue de Vin de France, qui éditait à l’époque chaque année un cahier spécial sur les vins italiens . Il ne m’a jamais semblé aussi bien que maintenant. C’est le vin du titre de cet article et le voici :

Moschioni, Schioppettino (non filtrato) 2003, Colli Orientali del Friuli, Italia

 Davide Moschioni, Vignaiuolo in Gagliano di Cividale del Friuli

D’abord, un mot sur cette variété qui a été sauvée de la disparition dans les années 1970, à l’instar d’autres variétés locales comme le Pignolo ou le Tazzelenghe. Elle n’était même pas autorisée à la plantation avant 1981 ! On en trouve des deux côtés des la frontière actuelle entre le Friuli d’Italie et la Slovénie, et elle possède, logiquement, plusieurs synonymes : Pocalza en Slovénie, Ribolla Nera en Italie (mais il n’a pas de lien avec la Ribolla Gialla). Le terme Schioppettino signifierait « croustillant », soit parce que sa peau donne cette sensation (il s’agit effectivement d’une variété tannique), soit parce qu’il aurait été vinifié à une époque en vin frizzante. Le statut de DOC lui fut accordé en 1987, aussi bien en Colli Orientali del Friuli qu’en Friuli Isonzo, mais on le trouve aussi en IGT Venezia Giulia. Heureuse sauvetage, comme nous allons le voir !

Robe très dense et étonnamment jeune, avec ses bords encore d’un ton rubis malgré son âge qui devient respectable. Le bouchon, en revanche, laisse à désirer sur le plan de l’étanchéité car je constate des remontées du vin jusqu’à deux tiers de sa longueur. Il était temps d’ouvrir ce flacon! Le nez présente en effet un petit coup d’oxydation au départ, avant de me plonger dans des eaux profondes d’une masse très dense de fruits noirs, de cigare et de cerises à l’eau de vie. C’est assez entêtant ! Les tanins qui furent très denses dans sa jeunesse commencent à bien se fondre. Ils sont encore croquants et bien présents, donnant une belle colonne vertébrale à cette masse impressionnante et très qualitative de fruit sombre. Tout cela donne une belle sensation de plénitude, remplissant la bouche sans aucunement l’agresser. Le vin atteint son équilibre par une belle sensation de fraîcheur en finale et cette touche d’amertume si caractéristique de bon nombre de vins italiens.

C’est un vin à la forte personnalité, mais qui sait aussi séduire par la remarquable qualité de son fruit et constitue un excellent choix pour un vin de garde.

Je constate que ce vin vaut maintenant entre 35 et 50 euros la bouteille, selon le pays en Europe. J’ai dû l’acheter un peu moins cher à l’époque, sur place. Il n’est pas distribué en France, à ma connaissance.

David

PS. Aujourd’hui, dimanche, repos le matin, écriture puis gym l’après-midi, puis direction le Stade Jean Bouin ce soir pour soutenir le Stade Français contre Toulon. Allez les soldats roses qui ont su résister au grand méchant Capital cher à Léon !