Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Charybde & Scylla

On pourrait appeler cela les Charybde et Scylla de la critique de vin. Deux écueils presque aussi dangereux que ceux de la mythologie grecque pour le frêle esquif du commentateur professionnel.

Le premier, c’est de commenter des vins tellement jeunes qu’on n’a aucune idée précise de leur potentiel évolution.
Le second, c’est de commenter des vins tellement « vieux » (comprenez, plus de 3 ans) qu’ils ne sont plus disponibles à la vente, et donc, commercialement pertinents.
Mais à choisir, je préfère le second écueil. Pourquoi? Parce que je suis convaincu que si le critique a encore une raison d’être, c’est d’éclairer le consommateur dans ses choix.
Nous pensons trop souvent d’abord au produit et au producteur qui est derrière. Je crois qu’il faut remettre le buveur au centre de nos préoccupations.
N’y voyez aucune forme de démagogie. C’est juste que je n’ai pas l’étoffe d’un propagandiste. Ni celle d’un Nostradamus à la petite semaine… des Primeurs. Je pense donc qu’il est urgent d’attendre que les vins soient buvables avant de les commenter.

Je regrette de ne pas avoir plus souvent l’occasion de déguster des vins  de 5, 10 ou 15 ans.

Parce que ces vins sont encore dans les caves de bon nombre d’amateurs de vin, et que ceux-ci, quand je les rencontre, au détour d’un salon de vin, d’un forum ou d’une formation, me demandent souvent mon avis sur le « bon moment » pour les boire.

Et j’ai souvent du mal à les renseigner.

Message… in a bottle

Ce métier, c’est un peu comme lire un livre dont les premiers chapitres s’effacent au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture. De plus, ma faculté d’oubli me semble parfois supérieure à ma capacité d’apprendre; aussi, j’ai le regret de vous dire que je ne me rappelle plus, à l’heure où je vous parle, du goût exact des Santenay 2006 que j’ai dégustés en 2008. Ni des Saint-Emilion 2005 que j’ai appréciés en 2009. Je peux relire mes notes, bien sûr. Mais cela ne me dit pas grand chose sur ce que valent ces vins aujourd’hui.

Notre ami Marc Vanhellemont, il y a quelque temps, s’est penché sur l’état de conservation des Châteauneuf-du-Pape de 2004 – et si ma mémoire est bonne, il a été agréablement surpris par la qualité de ce millésime, pourtant décrié dans sa jeunesse, coincé qu’il était entre le monstruoso 2003 et le prometteur 2005. Le temps a passé, permettant de remettre en perpective les mérites comparés de ces millésimes.

J’appelle de mes voeux d’autres expériences du même genre. Je lance donc un message (in a bottle) à tous les comités, interprofessions et producteurs individuels; primo, pour qu’ils pensent à mettre de côté des flacons de chaque millésime; secundo, pour qu’ils les conservent dans de bonnes conditions); et tertio, pour qu’ils les incluent de temps à autre dans des dégustations, au côté de leurs derniers « poulains ». Nous pourrons ainsi mieux aider l’oenophile dans son choix cornélien:  « Dis moi, bouteille, qui est la plus belle aujourd’hui? T’ouvrirai-je, ne t’ouvrirai-je pas? »

Je suis d’autant plus persuadé que c’est la chose à faire que les progrès accomplis dans l’oenologie (notamment la maîtrise des température au chai et en cave) ont grandement amélioré la conservation des vins. Plusieurs dégustations réalisées à l’occasion d’anniversaires d’appellations (à Vacqueyras et en Languedoc, notamment, ces dernières années), ont mis en évidence un saut qualitatif; le début des années 2000 constitue une sorte de charnière, à ce titre.

Les vins plus anciens sont rarement délectables, même dans les appellations de prestige (il y en a, mais il sont minoritaires); dans les vins plus récents, par contre, le pourcentage de bonne conservation, et même, de bonification des vins, est beaucoup plus élevé. Et ce, même dans les appellations moins cotées. En clair: j’échangerai volontiers un Mouton-Rothschild 1985 (que je n’ai pas) contre un Clos Centeilles 2001.

Le début de la décennie 2010 est sans doute une autre charnière; c’est en effet à partir de ce moment, il me semble, que les symptômes de la grave maladie de l’extraction, dont j’ai pu encore constater les ravages dans des vins pourtant très chicos du Nouveau ou de l’Ancien Monde, lors du dernier Austrian Wine Summit, semble s’être atténués.

Et tout ceci est valable dans les blancs également, comme j’ai pu l’apprécier avec le Grüner Veltliner Smaragd Kellerberg 2000 du Domäne Wachau, opulent, miéllé, mais encore très dynamique, même si son acidité, certainement assez forte dans sa jeunesse, s’est remarquablement fondue au fil de cette quinzaine d’années.

J’espère que mon appel sera entendu. Et si c’est le cas, amis oenophiles, je me réjouis à l’avance de pouvoir mieux vous assister dans l’exploration des millésimes que vous conservez amoureusement dans votre cave, ou dans votre armoire à vins.

A ceux qui ouvrent leurs bouteilles de vins jeunes au retour du supermarché, parce que la vie est trop courte pour réfléchir à l’évolution du vin, qui n’est d’ailleurs pour eux qu’un produit de consommation comme les autres, évidemment, je dirai: ne changez rien! Ou plutôt: changez de blog!

Hervé

 


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2017 VitiLoire, Tours – 28th & 29th May

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The 2017 edition of VitiLoire is on this coming weekend – Saturday 27th and Sunday 29th May – in central Tours. This is the largest consumer Loire wine fair attracting producers (downloadable list here) from the Pays Nantais to Pouilly-Fumé/Coteaux du Giennois. Opening hours on Saturday are from 10.00 to 19.00 and on Sunday 10.00 to 18.00. Entry is free with just a small charge for a glass.

Vitiloire is right in the centre of Tours in front of the Tours mainline station, in the centre of the Boulevard Heurteloup and the Jardin du Vinci.

As well as tasting wines they can be bought and there are porters that will carry your purchases to your car. Alternatively wines can be sent throughout France from as little as two cartons on six bottles.

There are also various food stalls mainly selling local specialities.

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Vincent Simon

VitiLoire also involves 10 local top chefs such as Marie  (La Petite Cuisine, Tours ), Vincent Simon (Cuisinier de Campagne, Ingrandes de Touraine), Florent Martin (Au Martin Bleu, Tours), Olivier Loize, (La Mère Hamard, Semblançay) and Sébastien Leroy (patissier de l’Orangerie de Chenonceau), who give a programme of demonstrations over the two days.

There are guided bike rides, including one to Vouvray, as well as walks.

The first edition was in 2003 and VitiLoire has proved to be a great success. Last year’s edition saw around 150 producers and 40,000 visitors over the two days. The weather forecast is for hot sunny weather with highs around 30˚C on both days.

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Bruno Curassier, Domaine de la Grange, Touraine

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Not a wedding but someone who
will carry your wine purchases to your car

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Catherine Dhoye Deruet, Domaine de la Fontainerie, Vouvray

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Lunch

Lunch in the shade

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France remains on high alert

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Tours mainline station

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La Cité du Vin à Bordeaux

 

Dans certains cercles snobinards du vin, le « Bordeaux bashing » est à la mode. Cela est aussi stupide que n’importe quelle mode. Quand je pense qu’il y a de nombreux cavistes et restaurants à Paris qui ne veulent même pas entendre parler d’un vin de Bordeaux, je mesure la profondeur des ces préjugés idiots. Bordeaux à aussi beaucoup souffert, selon le secteur, des récentes gelées et mérite à ce titre toute notre sympathie en ce moment, car ce ne sont pas que les fortunés qui en ont souffert.

Dans les vins de Bordeaux, une des choses qui m’impressionne, plus encore que le crus classés et consorts qui sont souvent des monuments de finesse et de longévité, est la largueur de la fourchette des prix pratiqués. Il est quasiment impossible de trouver un vin buvable en Bourgogne à moins de 10 euros, alors que Bordeaux abonde d’excellents vins dans cette zone de prix.

Mais il y a aussi la ville de Bordeaux et sa somptueuse architecture, son urbanisme civilisé et accueillant pour le piéton, et, d’une manière générale, son dynamisme actuel. Le touriste ne s’y trompe pas en faisant du capitale de la Gironde sa destination française préférée après Paris.

J’ai visité à trois reprises récemment la Cité du Vin à Bordeaux, passant chaque fois entre deux et trois heures très agréables dans ce lieu étonnant et globalement très réussi. Là aussi, le succès est au rendez-vous car la fréquentation semble tenir les ambitions annoncés, de l’ordre de 450,000 visiteurs par an. Fin 2016, sept mois après l’ouverture, le chiffre avait déjà atteint 216,000 visiteurs payants et je crois qu’il a maintenant dépassé les 340,000. Son nom complet est « Fondation pour la culture et les civilisations du vin », ce qui dit pas mal de choses de l’ambition du projet.

L’aspect extérieur de ce grand bâtiment étonne, comme d’ailleurs l’intérieur. C’est un parti-pris architectural osé, que tout le monde n’aimera pas (des noms à tendance scatologique circulent, mais peu importe) mais la chose fonctionne très bien à l’intérieur pour le visiteur, à quelques détails près. On peut visiter librement tout le rez-de chaussée qui inclut, outre des lieux fonctionnels, une vaste librairie et boutique vendant objets liés au vin, un magasin rempli de vins du monde entier et un bistrot à vin servant au moins 24 vins au verre. Des expositions temporaires et des salles de conférences et de dégustation, ainsi qu’une bibliothèque, se trouvent au premier étage, et la vaste exposition permanente, très didactique et souvent créative dans son approche, se trouve au deuxième étage. Certes un professionnel du vin n’apprendra peut-être pas grande chose (mais qui sait ?), mais ce n’est pas lui le cible. Car cette exposition, qui dépend beaucoup d’un système audio-visuel sophistiqué (et parfois fragile) pour chaque section, vise clairement le grand public, et c’est tant mieux. L’espace est vaste, ce qui vous permet de revenir sur vos pas facilement pour voir une présentation qui était occupé par d’autres lors de votre premier passage. Il y a une section importante sur les vins de Bordeaux et leur histoire, ce qui est normal vu l’emplacement, mais l’impression générale est d’une ouverture vers le monde du vin dans son ensemble.

Le ticket d’entrée est de 20 euros, ce qui n’est pas donné mais l’expo est assez vaste et diversifié et vous y passerez facilement 2 heures sans voir s’écouler le temps au dessus du flux de la Garonne. En prime on vous offre un verre d’un de 12 vins du monde entier (la sélection change tout le temps) dans un bel espace au dernier et huitième étage avec une vue imprenable sur toute la région. Si vous avez faim, il y a un bon restaurant au 7ème, ou bien retournez au bistrot au rez-de-chaussée.

Des critiques ? Quelques unes quand même. La partie historique à un côté kitsch qui lasse un peu avec, entre autres, une sorte de mise en scène dans lequel l’inévitable Pierre Arditi fait son numéro et certaines présentations sentent un peu trop le sponsoring. Mais on passe vite à autre chose et il y a de quoi. Sur un plan pratique, la circulation entre les étages n’est pas toujours d’une grande limpidité, vu la configuration du bâtiment et la séparation des ascenseurs et deux blocs en fonction des étages.

Mais j’encourage tout le monde à faire un tour à La Cité du Vin, à Bordeaux, à la prochaine occasion. Le tram passe à côté et s’arrête devant. Sinon la marche le long des quais jusqu’au pont Chaban est un pur bonheur.

Pour plus de détails, y compris sur un programme riche en conférences intéressantes, voici le lien :

http://www.laciteduvin.com/fr

David Cobbold


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Condrieu en deuil

Georges Vernay est mort ce vendredi 19 mai 2017, à l’âge de 92 ans.

Dans les années 1960, alors qu’on ne comptait plus que 7 hectares de viognier à Condrieu, il avait été le chef de file de la résurrection de ce cépage et de ce terroir qui s’est hissé progressivement parmi les plus belles appellations de blanc en France.

A la tête du domaine qui porte son nom, c’est sa fille Christine qui avait pris le relai depuis plusieurs années.

Georges Vernay et sa fille Christine

Nos plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.


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Quand le gel fait le vin

En cette période de gelées inopinées et destructrices en plein printemps, il faut peut-être rappeler qu’il est des vignobles où le gel fait le vin. Mais certes pas au débourrement, mais aux alentours de décembre, quand le froid s’installe en Alsace. On y fait encore des vins de glace, de façon traditionnelle, c’est-à-dire récolté après quelques jours de froid intense. On peut en faire plus techniquement, en gelant les raisins récoltés, c’est moins risqué, est-ce aussi bon ? Chez les Haag, on se les gèle pour tout vendanger avant l’aube.

07.00 du matin le 19 décembre

 

Sylvaner Vin de Glace 2008 Domaine Jean-Marie Haag

 

Entre l’or et l’ambre, le vin coule comme un miel liquide, embaumant dans l’instant les narines à l’affût. Les notes fruitées et confites fusent sans discontinuer. Poire fondante et pêche savoureuse, se poivrent légèrement avant de s’enluminer de fleurs d’amandier et d’oranger. Quelques tranches de coing viennent ensuite, couchées sur un lit de pâte d’amande. Mais place à la bouche qui s’impatiente. Son velouté délicat caresse les papilles alanguies, presque en pamoison devant tant d’onctuosité au goût frais de sorbet de pomme et de gelée de mirabelle. Les chairs pulpeuses et suaves des mangues et abricots se précipitent avant les épices. Poivre et cumin s’entendent pour dynamiser ce joyau gourmand tendu d’un minéral qui en spirale dessine ses arabesques jusqu’au V lingual.

 La vendange

Elle se fait dès l’aube, à 7 heures du matin par des températures négatives (-10°C), ce vin est issu de raisins gelés. Ces baies sont immédiatement offertes au pressoir ce qui permet de les maintenir gelées. L’eau prisonnière sous forme de paillettes de glace reste dans le pressoir, seule la quintessence du raisin s’écoule comme un filet d’or.

 

Côté technique 

Le vin titre 12,1° pour 120g/L de sucre et une acidité de 5 g (H2SO4). Les Sylvaner poussent dans des calcaires gréseux. Cela leur donne à la fois de l’élégance et de la fraîcheur.

Le prix départ cave de cette rareté est de 90€.

Le domaine se situe à Soultzmatt à 20 Km au sud de Colmar. Il s’étend sur 6 ha répartis en 31 parcelles au pied du Zinnkoepflé. Ce sont aujourd’hui Jean-Marie Haag et son épouse Myriam qui la dirigent.

  c’est plus riant l’été, le Zinnkoepflé

www.domaine-haag.fr

Ciao

 

Marco


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Le vignoble du Nord de l’Espagne dévasté par le gel.

Les gelées ne sont pas restées qu’en France, elles ont également dévasté le vignoble espagnol où le bilan est à peu près similaire à celui de la France : certains n’auront rien à mettre en bouteilles en 2018. Les récentes gelées des nuits du 26, 27 et 28 avril marqueront fortement la récolte 2017 dans le Nord de l’Espagne. Toutes les régions vinicoles de Castilla La Mancha, de Castilla et Leon : la Ribera del Duero, Toro, et, spécialement, le Bierzo sont concernées ainsi que la Rioja et la Galice.

–        En Ribera del Duero, dans cette région les gelées printanières sont assez classiques, mais pas à ce point : à l’exception de certaines zones de Soria et de Valladolid, l’impact a été assez généralisé, avec des pics de -4ºC et -5ºC la nuit du 27 au 28. La longueur du gel qui a dépassé les cinq heures a fini d’aggraver la situation. A la Aguilera (Burgos), le thermomètre est descendu jusqu’à -10ºC : une véritable catastrophe. Tous espèrent que finalement la vigne n’était pas si en avance qu’ils le croyaient, et que peut-être certains bourgeons qui n’ont pas encore germé auront supporté le froid. Ici, on compare cette gelée à celle de 1995, il faudra attendre encore quelques jours pour voir comment la vigne se développe.

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–        Dans La Rioja, Julio César López de Heredia de Vina Tondonia décrit un vignoble dévasté ! La zone la plus touchée est celle qui va de Baños de Ebro, Elciego, Navaridas, Villabuena, Leza et Samaniego à Labastida. Il n’avait jamais vu un tel accident climatologique. Il faut remonter au gel de 1926 qui leur avait laissé une récolte de seulement 58 000 kilos, soit, 15% de la récolte normale. Juan Luis Cañas (Bodegas Luis Cañas) a confirmé qu’environ 75% de ses vignes situées dans les communes de Villabuena, Navaridas, Leza et Baños de Ebro avaient directement souffert du gel : Il pense ne pas pouvoir élaborer les cuvées haut de gamme dans ce millésime. Luis Valentìn de la Bodega Valenciso, témoigne : « C’est la pire gelée des 50 dernières années, je n’avais jamais rien vu de pareil, 15000 hectares ont été affectés en Rioja Alta sur les 27000 ha existants. La moitié de la superficie de la Rioja Alavesa; toutes les conditions étaient réunies pour une catastrophe parfaite : une gelée printanière très tardive, un vignoble anormalement en avance suite à la bonne température des semaines antérieures, des gelées qui ont duré. Et, ce qui a aggravé la situation, le soleil a succédé aux très basses températures, on a atteint les 18º, dans la matinée ce qui a fini de brûler les feuilles ». Beaucoup de vignerons estiment comme lui, qu’il s’agit de la gelée la plus destructrice des 50 dernières années. La Rioja Baja elle,  a été moins touchée.

Ce Gel a rappelé aux viticulteurs d’autres dates similaires comme celle de 1999. Une baisse de la production finale et aussi une augmentation du travail des vignerons sont attendus. Le gel aurait endommagé les vignes et, entre 80 et 90% de la production est impactée, il semblerait qu’il soit impossible de récupérer quoi que ce soit.

– Dans le Bierzo, selon les premières estimations, 80% du vignoble est affecté. Les gelées de la matinée du 28 avril, furent spécialement dévastatrices, étant donné l’avancement du cycle : entre 2 et 3 semaines, suite à un mois de mars anormalement tempéré. Dans certains cas, la récolte de l’an prochain sera perdue aussi, car il sera impossible de procéder à une taille. Les dernières gelées remontent ici à 1995-

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– En Galice, l’appellation la plus touchée a été Monterrei, José Luis Mateo de Quinta da Muradella, dit n’avoir jamais connu rien de pareil. Toutes les vignes ont été sinistrées. A Valdeorras, on estime que 70% des vignes ont été affectées. Les zones les plus touchées ont été, O Bolo, A Rúa, Villamartín de Valdeorras, Petín et Larouco, surtout celles plus proches du fleuve. Du point de vue de Rafael Palacios le principal problème a été la virulence et la persistance des basses températures atteignant -5 ° C . Palacios, qui a passé la nuit du mercredi 26 au jeudi 27 dans le vignoble, n’a pu que constater que les brûleurs au propane utilisés dans trois de ses vignobles les plus froids, et destinés à As Sortes, son grand vin, étaient insuffisants pour lutter contre le froid. La Ribeira Sacra a été plus épargnée, seule 20% de la surface du vignoble a été concernée. C’est le Val de la Quiroga qui a fait les frais du gel, les viticulteurs ont tout perdu.

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On s’attend donc à une forte baisse de la production dans toutes les zones affectées, c’est un grand contraste quand on pense à l’excès de rendement du millésime 2016 dans beaucoup de régions espagnoles.

Ce sera une année très hétérogène, il faut attendre pour voir quelles seront les capacités de réaction des plantes.

A FENAVIN, où j’étais la semaine dernière, beaucoup de vignerons faisaient grise mine, tous cherchent des solutions pour surmonter ce désastre.  Evidemment, la plupart ne sont pas assurés! Nous sommes impuissants devant ces phénomènes météréologiques, l’entre-aide entre vignerons existe, mais elle a ses limites.

Débouchons beaucoup de bouteilles pour les aider tant en France comme en Espagne à passer ce cap.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 


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Austria Est Imperare Orbi Uinorum Promotionis

En Autriche, la promotion des vins n’est pas du ressort des interprofessions, ni des appellations, ni d’une agence de l’Etat. C’est une société privée qui l’assume, l’Austrian Wine Marketing Board. Son capital étant réparti entre le privé (Chambre d’Agriculture et Chambre de Commerce) et les 4 Länder autrichiens produisant du vin.

Ce rôle, l’AWMB l’assume plutôt bien, d’ailleurs, à en juger par sa dernière organisation en date, à laquelle j’ai participé la semaine dernière: l’Austrian Wine Summit.
 

Quand les bus arrivent à l’heure

Il faut, de temps à autre, parler des bus qui partent et qui arrivent à l’heure (ceux de l’AWMB partent et arrivent toujours à l’heure); des visites et des dégustations qui apportent quelque chose; des accompagnateurs qui connaissent leur sujet (merci, Michael et Carmen); de la dynamique des vignerons eux-mêmes. Un exemple: à Wagram, j’ai pu entendre des vignerons présenter les vins et les domaines de voisins absents – non seulement avec respect pour le confrère, mais même, avec enthousiasme.
Le dynamique directeur général de l’AWMB, Willi Klinger, clôturant les dégustations de l’Austrian Wine Summit au Park Hotel de Vienne
Mais plutôt que de détailler 5 jours de visites, je préfère vous montrer le carnet de voyage qui nous a été distribué – il y en avait un par voyage, le nôtre concernait les vignobles de Kamptal, de Wagram et de Carnuntum. Il contenait aussi une partie commune avec les autres voyages, celle qui concernait les dégustations du premier jour, à l’Orangerie de Schönbrunn, et du dernier jour, au Park Hotel, avec en point d’orgue, une amicale confrontation entre des vins autrichiens et des vins étrangers du même cépage – confrontation où les locaux n’ont pas fait de la figuration, notamment pour le pinot noir, le chardonnay et le sauvignon…

 

Le sens du détail

Ce carnet à spirales ne comprend  pas moins de 130 pages!
Il commence par une présentation générale des vignobles autrichiens, et des principales variétés cultivées.
Puis l’on entre dans le programme proprement dit, jour après jours, visite après visite, dégustation après dégustation.
Pour chaque appellation, et chaque lieu, une courte présentation permettait de se situer; les sols et les expositions des différents lieux-dits ou crus étaient détaillés.
Pour chacune des dégustations, une fiche avait été préparée, les vins étant listés par ordre de service, avec mention du producteur, du cru, du millésime, des données analytiques (alcool, acidité, sucre) et une fourchette de prix. Un espace étant réservé aux notes.

Un mot clef: valorisation

Imaginez un peu la masse de travail en amont pour réunir toutes ces infos et la coordination nécessaire avec les vignerons et le lieu de dégustation pour que tout soit servi ou présenté dans l’ordre, à bonne température (et dans de bons verres)…
Sans compter que dans certains cas, il s’agissait de millésimes plus anciens, pas toujours faciles à trouver – car c’était un des axes de l’opération: mettre en évidence que les vins d’Autriche, blancs ou rouges, peuvent bien vieillir.
Ce travail, qui simplifie grandement le nôtre, saltimbanques du vin, toujours par Mons et par Vaud, a porté ses fruits: notre groupe de journalistes et critiques internationaux a apprécié une forte proportion des quelque 200 vins servis.
Voici mes préférés:

Sekt

Jurtschistch Brut Nature Grosse Reserve
Schloss Gobelsburg Renner Grüner Veltliner 2015
Bründlmayer Brut 2010,
Loimer Extra Brut

Kamptal

Schenter Früh Roter Veltliner Hiesberg 2016
Gerhard Deim Kamptal DAC Riesling Schönberg 2016
Hirsch Kamptal Grüner Veltliner Renner 2015
Weszeli Kamptal Reserve DAC Grüner Veltliner Käferberg 2013
Bründlmayer Kamptal Reserve Alte Reben Grüner Veltliner 2014

Wagram

Riesling Josef Fritz Roter Veltliner Steinberg 2015
Frisch Pinot Noir 2013 P
Leth Grüner Veltliner Wagram Scheiben 2013
Ott Der Ott Wagram 2009
Schuster Wagram Grüner Veltliner Eisenhut Reserve 2015

Carnuntum

Muhr-van der Niepoort Carnuntum Spitzerberg Blaufränkisch 2011
Lukas Markowitsch Rubin Carnuntum Zweigelt 2015
 Glatzer Carnunutum Klassik Weissburgunder 2016

Wachau

Domäne Wachau, Riesling Smaragd Achtleiten 2013
Franz Hirzberger Wachau Riesling Smaragd Singerriedel  2006

Wien

Wieninger Wien Reserve Pinot Noir Tribute 2011

Burgenland

Gesellmann Blaufränkisch Hochberg 2011
Velich Tiglat Chardonnay 2011

En résumé

Quitte à faire mentir le vieux dicton, pour cette fois: « à bon vin, belle enseigne ». Avec l’AWMB, les vignerons autrichiens mettent toutes les chances de leur côté; au pays du Grüner Veltliner, aucun snobisme, aucune morgue, aucune fierté mal placée; mais le souci de l’efficacité, de la mise en valeur du produit dans son contexte et au-delà. C’est peut-être pour ça qu’alors que le vignoble d’Autriche dépasse à peine les 45.500 ha, on trouve du vin autrichien en Allemagne, en Suisse, mais aussi au Japon, en Chine, au Canada, en Inde…

Hervé Lalau