Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Allergique aux fâcheux

Récemment, la chargée de relations publiques d’une appellation qui me conviait à un voyage de presse dans une grande région de rouge m’a envoyé un message me demandant si je souffrais d’allergies, ou si j’étais végétarien, ou végétalien.

Je lui ai répondu que j’étais allergique… aux végétariens et aux végétaliens qui viennent en voyage de presse dans des régions où le rouge se marie idéalement avec la viande et les produits d’origine animale.

Car quoi, n’est-ce pas un véritable crime gastronomique que de déguster du vin, et le cas échéant, de le recommander, sans pouvoir l’assortir à des produits qui lui vont tellement bien?

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Et qui oblige nos amis non-carnivores à pratiquer ce métier, au risque de vexer les chefs locaux qui nous mitonnent de bons petits plats de terroir, les vignerons qui produisent des vins de gibier, de viande rouge ou de cochonnailles, et plus généralement, au risque de rendre la vie impossible à tous ceux qui s’assoient à table avec eux?

Que ne choisissent-ils pas plutôt la critique du thé, de l’eau ou du café? Au diable tous ces fâcheux!

 

Hervé


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En Sardaigne : Grenache = Cannonau

Si vous êtes passés hier sur les 5, vous avez dû m’apercevoir, d’abord en petit, puis en plus grand, parmi les photos tirées par Marilou. Il y avait en effet 2 des 5 en Sardaigne au concours des Grenache du Monde édition 2017. Un concours sympa qui garde son côté spontané et donne l’occasion de déguster des Grenaches venus presque du monde entier. Et le Grenache, en blanc, en rouge, en doux, j’aime ça, pardi !

Cannonau

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Curieusement le Grenache, la Garnacha ou Garnaxa ou tcha, se dit Cannonau en Sardaigne, ne me demandez pas pourquoi, personne n’en a parlé.

Quant à son origine, même le professeur Angelo Costacurta, de l’Académie Italienne de la vigne et du vin, s’est montré assez vague lors de sa conférence tenue à Alghero, l’après-midi du concours.

Ma théorie, certes romantique, mais pas infondée, c’est que ce sont les Phéniciens qui ont apporté le cépage tout d’abord en Sardaigne lors de leur occupation de l’île aux environs de 700 avant JC et qu’il est probable qu’ils l’aient ensuite planté dans l’un de leurs comptoirs de la côte espagnole, voire à Marseille où ils sont arrivés bien avant les Grecs à qui on attribue systématiquement la diffusion de la vigne et de l’olivier. Quand on aura une vraie machine à remonter le temps, on saura !

Donc, le Cannonau serait un Grenache de la première heure qui a muté comme aime le faire la vigne et qui s’est croisé, comme elle aime le faire aussi, avec divers cépages autochtones. Résultat, le Cannonau ressemble au Grenache comme le québécois au français. J’en avais un souvenir des plus agréables pour deux raisons, un voyage sur l’île il y a quelques années qui m’a fait découvrir ce cépage. Ensuite, la rencontre avec Mariano Muru, l’œnologue du Domaine Argiolas www.argiolas.it qui fait des Cannonau de toute beauté, à l’exemple de la cuvée Turriga.

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Mais déception, la première soirée bien arrosée de Cannonau n’a pas montré le cépage au meilleur de sa forme. Il a fallu attendre notre expédition du lendemain, à la suite de la bruyante visite du musée ethnographique de Nuoro

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– les Sardes adorent faire sonner les cloches qu’ils ont dans le dos, c’est une sorte de rite ancestral, pour chasser les esprits, ou l’hiver, ou les touristes; en plus ces types restent impunis, dissimulés derrière leur masque – pour enfin déguster quelques cuvées intéressantes. Tel l’Urùlu, mon préféré.

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Urùlu 2015 Cannonau di Sardegna Cantine di Orgosolo

D’un rubis moyen, il hume les fruits noirs et les herbes aromatiques avec un trait d’olive noir et un soupçon de poivre. En bouche, c’est la fraîcheur qui interpelle d’entrée. Elle met en évidence les notes respirées, y ajoute des impressions aériennes, comme si le fruit se dispersait dans tout l’espace buccal pour en faire profiter la moindre de nos cellules. Mais tout cela avec densité et droiture, voire une certaine austérité due aux tanins bien présents, certes mûrs, mais malicieusement hérissés.

Ce Cannonau pousse à 700 mètres d’altitude dans des éboulis calcaires. Il passe 9 mois en barriques suivi de 3 mois en bouteille avant sa mise en marché. La vendange s’y fait un peu plus tard, de fin septembre à début octobre. Rappelons que les environs de Nuoro se situe à la même latitude que Tarente (Puglia).Il assemble 95% de Cannonau et 2% de Carignan, de Bovale et 1% de différents cépages.  www.cantinediorgosolo.it

L’autre, Naniha

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Nahina 2015 Cannonau di Sardegna Tenuta Perdarubia

Léger en couleur, il ne manque pas de présence en bouche et avoue illico sa densité fruitée, des baies rouges avant tout, groseille, framboise et fraise des bois, parcours aromatique qui rappelle quelque Grenache continentaux comme ceux de Chaume Arnaud à Vinsobres ou ceux de Mèntrida sur les hauts de Madrid. L’élégance y est, sans élevage en bois pour mettre mieux le fruit en évidence, des tanins soyeux juste présents et une finale épicée qui colore la fluidité. Bref, un vin de jolie soif.

Les vignes de Cannonau, âgées de 25 ans, sont de pieds francs et poussent en mode biologique.

Terminons avec un autre style élaboré par Sella & Mosca à Alghero

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Anghelu Ruju 2005 Vino Liquoroso  Sella & Mosca

Il oscille entre un rimage mise tardive et un LBV, c à d des pâtes de fruits avec un accent d’olive noie poivrée, un rien de cannelle, du thym et l’amer de la réglisse qui vient équilibrer la douceur. Il offre toutefois à l’image des VDN roussillonnais, une superbe acidité qui le rend agréable à boire autant à l’apéro avec amuse-bouche sarde ou autres qu’au fromage.

Il s’agit de grappes de Cannonau séchée au soleil dont le jus pressé fermente en cuve inox jusqu’à la transformation en alcool de 2/3 du sucre. La fermentation est stoppée par le froid. Il contient alors environ 90 g/L de sucre et titre 13°. Puis il est fortifié pour atteindre 19° et logé en foudre pendant 6 ans.

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Voilà trois exemples, auxquels il faut ajouter Argiolas, qui illustrent le Cannonau, un vin de Grenache méconnu. Et que le concours des Grenache du Monde nous a permis de mieux connaître. Les concours, cela sert à cela aussi, découvrir d’autres vins, d’autres cultures, d’autres paysages, … faire des rencontres, parler d’autres langues que la nôtre, bref, se culturer un max !

 

Ciao

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Marco

 


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La planète Grenache s’est retrouvée en Sardaigne à l’occasion du Concours Grenaches du Monde 2017

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C’était déjà la cinquième édition de ce concours né à Perpignan,  dont le succès incontestable confirme  l’engouement  du monde viticole pour ce cépage. On pouvait lire dans l’Indépendant, le quotidien de Perpignan : «  Le grenache, plus qu’un cépage, une marque mondiale en plein essor », et oui, c’est un peu ça, qui l’eut cru?  Je me rappelle qu’il n’y a pas si longtemps , dans les années 70 quand même, combien le Roussillon le rejetait  et n’avait qu’une idée:planter des cépages améliorateurs ! Beaucoup de vieilles vignes ont été hélas, arrachées, heureusement, le grenache représente encore plus de 200 000 hectares de vignoble répartis dans le monde. En France, il reste l’un des cépages les plus cultivés avec près de 100 000 hectares dont 8366 en Roussillon. C’est en Espagne qu’il est le plus présent, mais il est également très introduit en Italie et plus particulièrement en Sardaigne(7500 ha) où il est appelé Cannonau. C’est d’ailleurs pourquoi cette année, le concours a été délocalisé à Alghero, dans ce coin de Sardaigne à l’accent catalan ! L’agence pour le développement en agriculture LAORE au nom de la Région Sardaigne l’a accueilli en partenariat avec le CIVR (Comité Interprofessionnel des vins du Roussillon).

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ALGHERO

Nous étions une centaine de jurés, acheteurs, cavistes, journalistes, œnologues, sommeliers, venus de 10 pays, nous avons dégusté quelques 700 échantillons (dont 350 pour l’Espagne), en provenance de 8 Terres de Grenache et, toutes les catégories de vins présentant au moins 60% de grenache pouvaient tenter leur chance (tranquilles, effervescents, doux naturels, fortifiés).

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Plusieurs raisons ont motivé ma participation à ce concours: la plus importante J’AIME le GRENACHE et son langage, je trouve qu’il parle TERROIR, il me parle de mon terroir, le Roussillon,   et, je suis persuadée qu’il a un très fort potentiel; autre raison avouable: l’occasion de découvrir les vignobles sardes et d’approfondir les appellations de Nuoro et Jerzu que je connais mal, et enfin, je savais que j’allais retrouver de nombreux amis ! Il ne faut pas penser pour autant que ce soit une pure partie de plaisir ou un séjour style club Med, rien de tout ça et, d’ailleurs, il vaut mieux y arriver en forme, car si le programme est réellement intéressant, il est aussi épuisant !

Au menu du jeudi, la visite du vignoble de Nuoro, nous étions basés à Alghero, à 340kms aller/retour en bus, donc départ 7h30 du matin, hélas sous une pluie battante ce qui a ralenti notre allure et gaché notre balade dans les vignes. Arrivés sur place, on n’y voyait pas à un mètre, les plus téméraires ont quand même tenté une échappée dans les vignes, les autres se sont entassés dans une typique cabane de bergers « Su pinnettu » ,  autour d’un verre de vin et d’une excellent saucisson.

Plusieurs vignerons de la zone nous attendaient au restaurant à Dorgali, tandis que l’après-midi était consacré à la visite du Musée Ethnographique de Nuoro, où nous avons eu droit à des chants Polyphoniques sardes de toute beauté,  et dans la foulée, à  une dégustation de vins Cannonau des producteurs du centre Sardaigne. Après un somptueux buffet de fromages et charcuteries sardes, et quelques verres de vins nous avons repris la route pour Alghero. Journée très riche, et découverte   de vins intéressants, mais pas vraiment de coups de coeur, il faut dire que la fatigue n’aide pas la dégustation; à noter qu’ils ont aussi des vins natures. Ci-dessous, quelques vins retenus.

Arrivée 22h, halte bière au bar de l’hôtel…Dodo.

Vendredi, c’était le jour du concours, démarrage 8h. Le déjeuner a été suivi de conférences techniques plus ou moins passionnantes. Une heure de battement, et, à 20h nous voilà repartis pour la soirée « Alghero accueille les Grenaches du Monde » avec là aussi, exposition et dégustation de vins Cannonau des producteurs du nord Sardaigne, et de toute la Péninsule et une sélection de vins des Grenaches du concours GdM 2016, avec dîner buffet très appétissant et goûteux.

Je dois dire que j’ai été impressionnée par la qualité de l’organisation, pour ceux qui aimons le grenache, il y avait de quoi gouter, et fait remarquable, les vins étaient à la bonne température, certes ça manquait de chaises, mais bon, ça n’a pas semblé gêner Marco…

Déjà samedi, il nous fallait rejoindre  Cagliari, encore un départ à 7h30, car nous étions attendu à  Barumini pour une Visite du site nuragique, « Su Nuraxi de Barumini », patrimoine de la Sardaigne,  cest le site le plus important, le plus complet et le mieux préservé de l’île pour les Nuraghes, de l’architecture préhistorique; avec,  en suivant, comme il se doit, une  dégustation de vins Cannonau, cette fois-ci, des producteurs du sud de la Sardaigne. Le déjeuner buffet était très réussi : des plats traditionnels de la cuisine sarde.

 

Agricola SOI et – Kelly McAuliffe : un célèbre sommelier américain basé à Avignon

Elisabeth de Meurville semble avoir trouvé son bonheur!

 

Deux heures de liberté nous ont permis de visiter Cagliari et de souffler avant la « Nuit des Grenaches » dans l’Ex Manifattura Tabacchi (ancienne usine à tabacs). De nombreux vignerons étaient présents, les catalans du sud, s’étaient déplacés en masse, ce qui peut se comprendre puisqu’en 2018, la 6e édition de ce concours se déroulera en Catalogne, dans la région viticole de Terra Alta. Au cours de cette soirée, on pouvait gouter si on était courageux tous les vins du concours en attendant l’annonce des vins médaillés. Ces médailles, véritables labels de qualité mondialement reconnus, doivent aider les consommateurs à distinguer les meilleurs vins issus de grenaches.

 

José  Peñin, véritable gouro espagnol, ne prend que très rarement le temps de se relaxer, il faisait partie des courageux!…

Je manque d’être toujours surprise par le nombre de médailles attribuées, mais c’est pareil dans tous les concours, 213 vins ont été médaillés: 104 ont obtenu une médaille d’or (dont 54 sont allées à l’Espagne), 87 une médaille d’argent et 22 une médaille de bronze. L’Espagne se classe au premier rang des pays récompensés avec 108 médailles devant la France et l’Italie (51 pour chacun) ; en même temps ça parait logique, c’est le pays qui a envoyé le plus grand nombre d’échantillons(322), l’Afrique du Sud, l’Australie et la Macédoine sont repartis avec une médaille chacun. J’ai regretté la faible participation du Rhône, quand au Roussillon, il s’est particulièrement distingué puisque sur les 86 échantillons présentés, 35 d’entre eux sont repartis médaillés, des vins doux essentiellement, dont 20 médailles d’or et 15 médailles d’argent.

Ci-dessous. quelques vins médaillés que j’ai aimés et dont j’avais les photos.

HORTOS 2011, CANTINA SOCIALE DORGALI, IGT ISCIA DEI NURAGHI

 

ROSATO 2016, CANTINA ARU DI ARU MARIO CANNONAU DI SARDEGNA

                     LE SABBIE 2013 MELONI VINI CANNONAU DI SARDEGNA

 

ABÉLARD 2010, DOMAINE DE LA VERRIÈRE VENTOUX ROUGE, 

                            LA CULOTTE DE VELOURS 2015, MAURY SEC ROUGE

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BANCAL DEL BOSC 2015, VINYES DOMENECH, MONTSANT BLANC

IL y manque  pas mal de vins frannçais et espagnols, la Terra Alta s’est particulièrement distinguée, notamment le Celler Edetaria avec 2 médailles d’or pour ses blancs SELECCIO 2014 et LA TERRENAL 2014, je vous ai déjà parlé de ce domaine. Davantage de détails sur le palmarès:  http://www.grenachesdumonde.com/media/palmares_gdm_alghero_2017.pdf 

Je suis revenue  la tête et les papilles pleines de cannonau et de grenache, plus que jamais convaincue qu’il s’agit d’un cépage de qualité qui a de réels débouchés. J’ai pris encore plus conscience de la diversité des vins qu’il offre, en fonction du pays dans lequel il pousse, il développe des caractéristiques sensiblement différentes,  diversité de vins mais aussi de territoires et de cultures : une vraie richesse ! Le cépage sarde Cannonau en est un magnifique exemple: le CANNONAU DI SARDEGNA, peut être obtenu sur l’ensemble de l’île, mais on distingue trois sous-appellations :

Jerzu, pour les vins provenant de Jerzu et Careddu dans la province de Nuoro

Capo Ferrato, pour les vins provenant de Castadias, Muravera, San Viti, Villaputzu et Villasimius (province de Cagliari)

Oliena, pour les vins provenant d’Oliena et Orgoloso dans la province de Nuoro.

Il m’est difficile en si peu de temps et autant de vins, d’en retirer une impression générale, mais je garde la mémoire de vins  au caractère fort et vigoureux, plutôt floraux , et riches en fruits, d’une certaine épaisseur, chauds et robustes avec des tanins évidents. Les rosés sont souples et les vins portant la mention riserva doivent avoir reposé dans les caves du producteur deux ans au moins.  J’ai beaucoup aimé les LIQUOROSO, qui m’ont rappelé les grands vins de Méditation. En même temps, ils accompagnent parfaitement les typiques plats de l’île comme le cochon de lait à la braise et «porchetta» ou encore le pecorino sarde à la saveur intense ,et, plus généralement, tous fromages  de brebis affinés, à pâte dure et piquante .

Les domaines les plus présents et semblent-il les plus reconnus sont:  Il Nuraghe, Cantina Soc. della Trexenta, Sella & Mosca, domaines Soletta, Argiolas, Cantina Josto Puddu, Cantina Soc. Dorgali, Contini, Gabbas, j’en oublie surement, et l’un des plus fameux producteurs est la coppérative de Jerzu :  Cantina Sociale di Jerzu.
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Il est indéniable qu’il existe un véritable engouement pour le Grenache sur le marché, il est de plus en plus recherché et aimé et par les vignerons et par les consommateurs. Les Espagnols l’ont, bien et vite compris ! Certainement grâce à ce concours, la prise de conscience de son importance est réelle. Il fédère un mouvement de passionnés du grenache qui parlent un même langage, celui du Terroir. Merci à Fabrice Rieu président du CIVR  et des Grenaches du Monde qui a permis à ce concours de naitre à Perpignan, et de s’exporter, il faut continuer à le promouvoir et à le soutenir car il est le porte parole du label « Grenache ».

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

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Ça  n’était pas la Galère non plus!


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De culture française, ne vous en déplaise

A ceux qui veulent des commentaires de vins, cette semaine, je dis: vous pouvez sauter cette chronique. Rendez-vous mercredi prochain.

Aujourd’hui, en effet, je parlerai de la culture française. C’est Jean-Jacques Aillagon qui m’y oblige.

D’un ancien ministre français de la Culture comme lui, on aurait pu s’attendre à ce qu’il la défende – je parle de la culture française. Et bien non, pour M. Aillagon, « il n’y a pas de culture française ».

Et cet ancien commis de l’Etat de citer à la barre du tribunal de sa révolution culturelle le sieur Giovanni-Battista Lulli, «Florentin et fondateur de la musique française» (sic). 

Sauf que c’est archi-faux.

M. Aillagon doit relire ses sources ou changer de lunettes: le jeune Lully est arrivé en France à l’âge de 13 ans, comme garçon de chambre, puis aide-cuisinier dans la suite de Mme de Montpensier; il n’a reçu aucune éducation musicale en Italie.

Le violon et la composition, c’est à Paris qu’il les appris, notamment du compositeur français Nicolas Métru, né à Bar-sur-Aube.

Aussi Lully n’est-il en rien le représentant ni le vulgarisateur de la musique italienne en France. Juste, peut-être, des «moeurs italiennes», comme on appelait à l’époque l’homosexualité masculine (et elle n’avait pas attendu Lully, en France).

L’exemple est donc très mal choisi. J’observe en outre qu’il passe sous silence l’importance de musiciens comme Métru, mais aussi Gaultier, Louis Couperin ou Jean de Sainte-Colombe, sans parler, un peu plus tard, de Charpentier, François Couperin, de Forqueray, de Boismortier, Hotteterre et Rameau. Autant d’exemples du « goût français », d’abord teinté de baroque, puis de galant, et enfin, de classicisme (car aucune culture n’échappe vraiment à son temps).

century_la_musique_des_siecles_volume_13_la_musique_du_grand_compilationFrench Music? Sans doute une erreur de traduction…

Surtout, M. Aillagon, votre formule me choque profondément: qui êtes-vous donc pour dire ce qui est français ou ce qui ne l’est pas?

Ministre de la culture, ou ministre du métissage?

Je respecte tout à fait votre droit de glorifier le métissage, comme naguère on louait le Bon Dieu, toujours et en tout lieu; tiens, serait-ce un nouveau culte d’inspiration libérale, qui vise à faciliter les échanges de capitaux? Et je ne suis pas assez obtus pour ne pas reconnaître que ma culture (française, ne vous en déplaise) est la résultante de multiples apports, qu’ils soient celtes, germains, grecs, latins, italiens, espagnols, allemands, anglais, portugais, arabes, africains ou russes (la liste n’est pas limitative).  L’inverse est aussi vrai, d’ailleurs. 

Respectez aussi, s’il vous plaît, mon droit de me dire Français, de culture française, et de vouloir, modestement, la sauvegarder, voire de la transmettre. Et ne parlez pas en mon nom.

Il paraît que l’on a les ministres qu’on mérite; je ne me considère pas comme passéiste (la preuve, je bois plus souvent du Coume Majou que du Lynch-Bages), mais je n’arrive pas à imaginer André Malraux déclarant doctement que la culture du pays qu’il sert (puisque ministre, vous le savez, veut dire serviteur), n’existe pas. C’était un coup à supprimer le ministère!

Comment appelez-vous donc la culture qui s’expose à la Wallace Collection, à Londres, dont la moitié des salles sont remplies de mobilier de Versailles, de vases de Sèvres et de tableaux de peintres français? Comment traduisez-vous « French school », «  »French painting », « French music », « French furniture »?

Qu’est-ce qui vous fait tellement honte dans vos propres racines, dans votre propre héritage? Et à qui voulez-vous donner des gages d’aculturation?

ed836fdc541c00197aaf17c8b7dd3b86A la Collection Wallace, on trouve même ce French Vase.

Comme ancien président de l’Etablissement Public du Château de Versailles, j’aurais cru que vous auriez magnifié le goût du Grand Siècle, à l’instar de M. Wallace; vous avez préféré faire exposer dans les galeries et jardins du Roi Soleil les oeuvres absconses ou provocatrices de pseudo-artistes dont les «créations» étaient aussi à leur place en ce lieu que vous pourriez l’être au concours du plus gros mangeur de hot-dog de Coney Island (quoique, votre vie privée ne regarde que vous). Ce mélange des genres me choque. Vous parlez de fertilisation croisée; j’y vois surtout un beau foutoir. Pour moi, vous confondez beaux arts et bazar. Je n’aurais jamais cru devoir un jour me justifier d’être et de me sentir français. Comment en est-on arrivé à devoir s’excuser dans son propre pays de ne pas être métissé ou métissable, ou à tout le moins, de ne pas appartenir à une quelconque minorité ethnique, religieuse ou sexuelle? 

koons-chien-1024x685De l’art ou du cochon? Du Koons à Versailles (Photo Kazoart)

Français, donc ringard

Mon pauvre ministère, moi, je l’exerce dans le vin. Et je peux témoigner qu’il y a une culture française du vin – même si, hélas, elle est en grand danger de disparaître. Attaquée qu’elle est, non seulement par une réglementation d’inspiration hygiéniste, mais aussi par le manque de transmission des valeurs du vin. Et peut-être, qui sait, par le soupçon de ringardise que des gens comme vous faites peser sur tout ce qui est trop français – comme si terroir rimait forcément avec franchouillard. 

Au point que c’est à l’étranger, aujourd’hui, que la culture du vin semble la plus dynamique.

Cette culture là, M. Aillagon, a poussé des pays entiers à planter nos cépages français, à acheter des barriques françaises, à se payer les services d’oenologues français, et à comparer leurs meilleurs vins à nos propres crus. Quand le Jugement de Paris a été organisé, c’étaient les grands Bordeaux qui étaient les étalons de mesure, pour nos amis californiens, ce n’était ni Grange, ni Goats do Roam.

goatsTout rapport avec les Côtes du Rhône est totalement fortuit… Pourquoi un vignoble sud-africain ferait-il donc référence à une région française?

Et je lisais encore récemment un article à propos d’un grand domaine de la Rioja, qui se ventait de vinifier « comme un château du Médoc ».

Je pourrais aussi apporter à l’appui de ma thèse une pleine charretée de supertoscans – merlot, cabernet, botte di rovere francese.

Vous aurez beau jeu de me dire que même dans la viticulture française, les apports étrangers ont été importants – vous pourrez évoquer par exemple le rôle des marchands anglais, hollandais ou danois dans la naissance des grands crus du Bordelais (« Ho Brian »), ou celui des Allemands dans le développement du Champagne. Ou encore l’origine espagnole du Grenache et du Carignan. Certes. Mais nos vins sont-ils moins français pour autant? Diriez-vous de la porcelaine de Limoges qu’elle a l’accent chinois, parce qu’elle utilise du kaolin? Que faites vous du génie des peuples? De leur faculté à se réapproprier, à transformer, à rendre leur ce qui vient d’ailleurs?

Après tout, cela ne choque personne qu’on parle de chocolat belge, de café italien ou de thé anglais. Et pourtant, la matière première de ces différents produits vient d’ailleurs.

Pourquoi n’y a-t-il que la France qui doive renier sa culture, M. Aillagon? Pourquoi, quand un Suisse met un drapeau près de sa maison, ou quand un Anglais porte un bonnet aux couleurs de l’Union Jack, on trouve ça naturel, alors que quand un Français fait la même chose, on parle de chauvinisme. Et au nom de quoi l’affirmation d’une nation catalane, écossaise, corse ou polynésienne serait-il plus acceptable que celle de la nation française? Mais qu’avons-nous donc encore à expier? Depuis que je suis né – en 1962 – je ne crois pas que nous ayons envahi quelque pays que ce soit. Je pense même que notre sphère d’influence n’a fait que reculer. Et je ne suis pas sûr que ce soit forcément toujours pour un mieux.

made-for-sharing

Notre plus grand tort, pour moi, serait d’oublier qui nous sommes, comme vous le faites; pas de nous en rappeler.

Qu’en pense M. Pinault, votre ancien employeur, grand collectionneur d’art éclectique, mais aussi propriétaire de Château Latour et de Château-Grillet? Dois-je m’attendre à ce qu’il y plante du Zinfandel, du Furmint, ou plus rigolo… du Pinotage? A quand son coming-out à lui, du genre: «Le vin français n’existe pas»?

par-12601-05032016lHervé Lalau


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Gérard Boulay: two Sancerres + 2017 VitiLoire

Gérard Boulay: two magnificent 2014 Sancerres

 

2014 Monts Damnés


2014 La Côte 

Saturday evening two friends – Suzie and Mark – came for apéros. They are now Epeigné-les-Bois’ sole wine producers with their bijou vineyard – Clos Chossay.

I thought it would be interesting to try two of Gérard Boulay’s single site wines – Monts Damnés and La Côte – both from 2014.

I decided to serve the Monts Damnés first as it is more austere and mineral, while La Côte, which is the last of Gérard‘s vines to be harvested, had a little more weight. Both were excellent and still young with many years ahead of them. 

Les Monts Damnés site is now well known but La Côte (La Grand Côte) is much less well known – in part because it is off the beaten track unlike Les Monts Damnés.

 View of Chavignol (nestling below the surrounding hills in the distance)

Les Monts Damnés are to the right of the village in this photo,
while La Grande Côte is round to the left towards Amigny
beyond Le Cul de Beaujeu, which dominates Chavignol

  Some of the slopes of  Les Monts Damnés looking towards Sancerre
Gérard Boulay 

•••

 

 

The annual VitiLoire consumer fair in the centre of Tours, which is always held on the last weekend in May, is well worth visiting. It is a great opportunity to taste a wide range of wines from all over the Loire as well as to buy them.

5 spots incontournables pour les wine lover 
Press release:

‘À seulement 1 heure de Paris, VitiLoire est la plus grande manifestation gratuite et grand public autour des 79 appellations des vins du Val de Loire, 1er vignoble oenotouristique de France. Le temps d’un week-end prolongé, c’est également l’occasion de découvrir Tours, Cité Internationale de la Gastronomie, les bars à vins, les restos, les meilleurs cavistes de la ville et de vivre des expériences inédites dans le vignoble !

VitiLoire
Gastronomie, vins, patrimoine, culture : Tours remet le couvert avec la 15e édition de Vitiloire ! Avec ses grandes tablées conviviales et sa ribambelle de petits kiosques d’artisans locaux et de producteurs viticoles, VitiLoire est un événement 100 % locavore. C’est aussi le meilleur moyen pour goûter les grandes appellations de la région, telles que Sancerre, Vouvray, Chinon et de commander ses bouteilles directement auprès de petits vignerons. Du bar à vins qui invite les amateurs à voyager dans le temps grâce à une sélection de millésimes aux ateliers de dégustation pour s’initier aux vins du Val de Loire et comprendre leur processus de fabrication, VitiLoire est un vrai rendez-vous pour les amateurs ou dégustateurs avertis.

VitiLoire 2017 // Samedi 27 de 10h à 19h et dimanche 28 mai de 10h à 18h
3 560 m2 d’exposition à ciel ouvert en plein centre-ville
• 79 AOC du Val de Loire
• 140 exposants (vignerons, caves coopératives et négociants du Val de Loire, artisans des métiers de bouche, services) • 10 chefs cuisiniers Tourangeaux
• Fréquentation 2016 : 35 000 visiteurs
• Entrée libre

  • 5 € le verre collector pour déguster les vins
• Nombreux services : livraisons, grooms, garderie d’enfants
• Horaires : samedi de 10h à 19h, dimanche de 10h à 18h
•

Lieux : Place de la Gare, Boulevard Heurteloup, Jardin de la Préfecture

Bar à vin/resto/caviste : le vin dans tous ses états
Verre d’A.O.P Touraine sur la Place Plum’ ou à la Guiguette de Tours sur Loire à l’heure de l’apéro, bars à vins, cavistes : Tours égrène intra-muros une multitude de bonnes adresses. Avec sa déco trendy, son épicerie et sa jolie cour privative, La Réserve comble tous les goûts avec une carte des vins riche de 70 références qui font voyager les palais dans tous les vignobles de France. Authentique par nature, La Cave sur la Place tire son épingle du jeu avec une sélection de vins en bio, biodynamie et nature. Côté agapes, le QG est un nouveau restaurant artisanal qui prône les circuits courts et les produits frais avec une belle sélection de vins au verre à partir de 5€. La Réserve // 84 rue Colbert – La Cave sur la Place // Place Velpeau – Le QG // 9, place du Grand-Marché, formule déjeuner à 21€

Segway© dans les vignes
Ecologique, silencieux et insolite, le segway s’aventure désormais au coeur des différentes A.O.C des Vins de Loire. Balades de 1h30 ou 2h avec ou sans dégustation de Vins de Loire, la société Gyroway propose plusieurs randos-vignes en gyropode au départ d’une cave partenaire à destination de Chinon, Touraine, Bourgueil, Saint Nicolas de Bourgueil, Vouvray, MontLouis ou Saumur Champigny.

Gyroway // Balade de 2h – 49€ pour les adultes / 39€ pour les moins de 16 ans

Nuit dans un domaine viticole
Propriété viticole en pleine nature, le Château de Fontenay, producteur en A.O.C Touraine à Bléré, propose 4 chambres d’hôtes avec vue sur le Cher et 12 hectares de vignes. Le lieu parfait pour se reposer, méditer et se ressourcer à l’ombre des des glycines…
Le + : certains éléments de la déco du château proposés à la vente !

A partir de 99€ la nuit pour 2 personnes

Randos dans le vignoble
Organisées par le service Archives et Patrimoine de la Ville de Tours et encadrées par le Comité Départemental de Randonnée Pédestre d’Indre-et-Loire et l’Of ce de Tourisme de Tours, VitiLoire propose 3 circuits pédestres thématiques à la découverte du patrimoine viticole et gastronomique de Tours ainsi qu’une grande randonnée à Vélo de 3 heures. Vigne, Loire et Littérature // samedi 27 – Une balade de 6,5 km qui permet de découvrir le passé viticole de Saint-Cyr-sur-Loire, terre de nombreux écrivains tels que Balzac, Anatole France ou encore Tocqueville.

Vigne en ville // dimanche 28 – Une balade de 8,4 km qui relie VitiLoire au domaine viticole du Clos de Rougemont.
Cité de la Gastronomie // samedi 27 – Un parcours urbain de 4 km pour découvrir les spécialités culinaires de la ville autour des Halles de Tours.

Histoire et Paysages du Vouvray – dimanche 28 – Randonnée cycliste de 25 km immerge les visiteurs en plein coeur des vignobles de Vouvray…’

Scenes from previous editions:

 

 

 

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L’appellation Bordeaux montre la voie, y compris pour les cépages résistants

Nous avons tous entendu parler de reportages télé ou écrits mettant en cause l’usage excessif de produits phytosanitaires (pourquoi dit-on toujours pesticides dans ce cas, alors que les produits sont bien plus divers ?) dans le vignoble français et qui pointent particulièrement du doigt le Bordelais. J’ignore si le vignoble bordelais utilise davantage de produits « phyto » par hectare que les autres régions viticoles de France, mais  ce qui me semble logique est que l’humidité du climat atlantique, associé à des températures souvent élevés dans le sud-ouest, doit rendre plus délicat le passage à une viticulture libre de produits fongicides qu’ailleurs. Disons que la donne agricole n’est pas identique d’une région à une autre. Clairement il doit être plus facile d’être en bio dans le Languedoc qu’à Bordeaux, la plupart des années.

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Mais Bordeaux se devait de réagir collectivement à cette mise en cause médiatisée et il l’a fait de belle manière. Le 10 février, le syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur (appellations qui représentent plus de 50% de la surface viticole de la Gironde) a adopté cinq modifications agro-écologiques de ses cahiers des charges. Ces modifications sont :

1). l’interdiction de l’usage d’herbicides sur le contour des parcelles

2). l’interdiction de l’usage d’herbicides sur la totalité de la surface du sol

3). l’obligation d’enlever et de détruire les pieds morts

4). tout opérateur doit mesurer et connaître son Indice de Fréquence de Traitement (IFT). 

5). demande officielle de pouvoir cultiver et revendiquer en AOC d’autres cépages que ceux autorisés dans le cahier des charges, à hauteur de 5 % de la surface totale de l’exploitation et de 10 % de l’assemblage final.

cite-du-vin-bord-005Hervé Grandeau et Bernard Farges, que je n’ai jamais vu dans de telles tenues !

Si les 4 premières mesures semblent tomber sous le bon sens, le cinquième est, à mon avis, très intéressante et innovante et j’y reviendrai. Les trois premières modifications ont été adoptées à l’unanimité, mais les deux dernières ne l’ont été qu’à la majorité. Pour le 4ème, deux responsables du syndicat, Bernard Farges et Hervé Grandeau sont montés au créneau : «par les temps qui courent, il vaut mieux jouer la transparence et ne pas taire les choses» a dit Grandeau, le président de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux, tandis que Bernard Farges, le président du syndicat, dit : «Nous avons tout intérêt à montrer ce que nous faisons, car de toute façon notre consommation de pesticides va diminuer», et aussi «Il nous faut être intransigeants et irréprochables dans nos comportements sur nos parcelles, avec nos salariés et voisins» .

cepages-resistants-icv Mais c’est la dernière mesure qui me semble la plus intéressante, sans contester l’absolue nécessité des 4 autres. Cette remise en cause des pratiques figées des AOC est une bouffée d’air frais, et qui porte un double enjeu : la lutte contre les maladies avec la nécessité de diminuer les produits de traitement, mais aussi une nécessaire adaptation aux effets du réchauffement climatique. Que Bordeaux porte ce dossier au comité de l’INAO est une bonne chose car cette appellation à du poids. J’espère que d’autres soutiendront cette belle initiative ! Et Bordeaux ne vise pas du tout d’implanter des cépages rendus célèbres dans d’autres régions, ce qui est intelligent étant donné l’esprit protectionniste qui sévit ici ou là. Il s’agit bien de variétés résistantes et le témoignage d’un vigneron qui expérimente avec ces variétés me semble bien illustrer l’intérêt de la démarche.

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Les vignobles Ducourt couvrent 450 hectares, essentiellement dans la région Entre-deux-Mers et sont exploités en agriculture raisonnée depuis 2004. Les frères Jérémy (ci-dessus) et Jonathan Ducourt ont planté, en 2014, 3 hectares de variétés résistantes développés en Suisse (un des pays, avec l’Allemagne et l’Italie, le plus en pointe sur cette voie de recherche). Ce sont les pionniers de cette approche en Gironde, même si un domaine en Languedoc, le Domaine de la Colombette, est plus largement avancé avec 40 hectares de cépages de ce type. Jérémy Ducourt souligne l’avantage de ces variétés: «En trois ans, je n’ai eu à traiter que quatre fois mes parcelles de vignes résistantes. Soit une réduction de 80 % par rapport au témoin».

Nous pouvons émettre le voeux que l’INAO accepte des expérimentations de ce type plus largement, et sans pénaliser les producteurs en exigeant l’exclusion des  résultats, s’ils sont bons, du système AOC en se cramponnant à cette notion absurde de « typicité » qui ne veut rien dire.

 

David


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L’histoire bruxelloise du jour

Le gouvernement bruxellois vient d’approuver, en première lecture, un avant-projet d’ordonnance qui vise à interdire le gavage des animaux, a annoncé hier la Secrétaire d’Etat à la Région Bruxelloise en charge du Bien-Être des Animaux (oui, ça existe). Selon Bianca Debaets (c’est son nom), « On impose des quantités de nourriture telles que cela perturbe fortement leur système respiratoire et qu’un stress énorme est généré. Le foie des animaux engraissés peut atteindre un poids supérieur à un kilo pour à peine 100 grammes en temps normal. Nous devons interdire ces méthodes insupportables, même au détriment d’intérêts économiques ou d’habitudes de consommation que certains mettent régulièrement en avant ».

Seul hic: il n’y a aucun producteur sur le territoire régional (où les fermes sont rares). Peut-être le gouvernement bruxellois s’en avisera-t-il en deuxième lecture de l’avant-projet?

Vu la portée symbolique d’un tel texte, qu’il soit voté ou non, je ne devrais même pas  protester. Sauf qu’il me semble de mon devoir de citoyen (et de carnivore assumé), que d’invoquer à nouveau l’hypocrisie du concept de « bien-être animal » quand il est appliqué à des animaux qu’on élève pour être mangés. « Je vais te couper la gorge, mon canard; mais je ne t’ai jamais stressé« . A moins que Mme Debaets n’y voie un premier pas vers l’interdiction totale de la viande… Amaï-amaï!

Quoi qu’il en soit de cette bonne blague bruxelloise, je continuerai donc à acheter du foie gras alsacien ou gascon – je connais en Lomagne des éleveurs particulièrement scrupuleux.

detourePhoto (c) Foie Gras du Sud-Ouest (miam!) 

Sur ce, je m’envole pour Montefalco (Ombrie), d’où j’espère vous revenir avec de jolis commentaires de vins – c’est la région du Sagrantino, le cépage sacré… Et qui sait, goûter un peu de foie gras si cette liberté-là n’a pas encore été remise en cause en Italie.

Hervé