Les 5 du Vin

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L’importance de l’assemblage (1/2)

Firstly an apology to my English-speaking readers. For want of time, I am publishing this week in French. I will do an English version of this article next week.

Dans une petite partie du monde du vin, qui se situe plutôt vers le haut de gamme, la mode semble se diriger vers une multiplication de vins issus de parcelles uniques, avec, très souvent, le sous-entendu que ces vins-là seraient, intrinsèquement, supérieurs à d’autres issus d’un assemblage entre parcelles. Et, pour soutenir cette supposition, ils valent généralement plus cher que leur collègue d’écurie issu d’un assemblage. Cette approche est d’ailleurs étayée par la structure même des appellations bourguignonnes. Personnellement, je ne suis pas du tout convaincu que cela tient la route, du moins dans tous les cas. Autrement dit, je crois que l’ensemble peut, très souvent, être supérieur à la somme des parties, et je ne pense pas être seul dans ce cas. Je me souviens, entre autres, de Michel Laroche me disant il y a une quinzaine d’années qu’il était certain qu’il ferait un meilleur vin en assemblant ses parcelles de Chablis Grand Cru qu’en les gardant à part comme le veut la tradition. Une fois de plus, la tradition, c’est la non-pensée !

En réalité il est très difficile de trouver un seul vin qui n’est pas issu d’un assemblage. Mais, paradoxalement, on parle assez peu de cet art essentiel dans l’élaboration des vins, et pas uniquement dans le cas des vins issus de plus d’un cépage ou parcelle de vigne. Pourquoi ? Je ne sais pas trop mais probablement parce que le terme assemblage est parfois connoté « mélange » et que les adeptes d’un vision idéaliste et romantique d’une supposé « pureté » estiment que cela équivaut à tricher, en quelque sorte. C’est aussi un peu une extension du syndrome « small is beautiful », ce qui correspond à une sorte d’aveuglement partisan. Mais, sans entrer dans des considérations psychologiques ou philosophiques, cette vision est également techniquement erronée.

A moins de faire du vin issu d’une seule (et très petite) parcelle, en mono-cépage et avec un seul contenant pour la fermentation et un seul contenant pour l’élevage, TOUS les vins sont issus d’un assemblage entre plusieurs constituants. Même s’il n’y a que deux barriques d’un vin mono-parcellaire issu d’un seul cépage, chaque partie à son profil unique et le vin fini sera le résultat d’un assemblage.

On cite souvent les vins issus de climats (parcelles) nommés de la Bourgogne, par exemple, comme étant des vins non-assemblés. C’est évidemment faux, car, pour les blancs, les moûts sont mis dans différents contenants pour la fermentation, puis ils passent dans d’autres contenants pour la maturation. Et, au départ, il est rare que toute la parcelle possède la même âge des vignes, ce qui implique des traitements différents souvent, sur le plan des vendanges ou de la vinification, par exemple. Même dans le cas ou tous les premiers contenants seraient des barriques neuves, chaque barrique apportera ces propres nuances en fonction de l’origine du bois, son séchage, son degré de chauffe et la patte du tonnelier. Ces variations seront assemblées dans le produit final, en excluant les éléments qui ne sont pas jugés au niveau. Parfois aussi une partie sera mis dans des barriques usagées. Et est-ce que tous les éléments auront subi une fermentation malo-lactique ?

On voit bien que, à partir de là, le champ de l’assemblage pourra s’ouvrir progressivement, en particulier pour des vins issus de différentes parcelles ou de différents cépages, et très souvent les deux. De surcroît, ces éléments auront subi des parcours de vinification différents. La palette du vinificateur/assembleur devient de plus en plus large. Prenons quelques exemples pour illustrer cela :

A Bordeaux, vous avez les droit d’assembler les vins issus d’une gamme de cinq cépages pour faire votre vin rouge. Rajoutez à cela des parcelles différentes avec des âges de vignes variables, puis une partie des vins élevée dans des cuves faites de matière inerte (béton, inox), une autre dans des contenants en bois de différentes origines et âges et vous avez là une phase d’assemblage qui devient très complexe. Certains ingrédients peuvent, même dans d’infimes proportions, modifier considérablement l’équilibre d’un vin : donnant plus ou moins d’acidité ou de tanin, par exemple. L’assemblage est donc une phase centrale dans le profil de quasiment tous les vins.

En Champagne, les vins produits à gros volume sont issus d’assemblages qui peuvent comporter des centaines de vins tranquilles différents. Même Krug, Champagne cher et donc élitiste qui ne produit pas d’énormes volumes, utilise pour sa Grande Cuvée non-millésimée 120 vins de base, puis des vins de réserve qui peuvent inclure des vins de 10 années différentes. Ci-dessus, la photo montre un foudre en bois chez Vilmart. Le vin qui en sera issu proviendra de différents cépages et foudres, voire d’autres contenants.

Si l’on va ailleurs, on peut prendre, par exemple, le cas de la Rioja, l’appellation espagnole la plus célèbre. Pedro Ballesteros, un des rares Masters of Wine espagnols, dit que l’assemblage est à la base des vins de la Rioja. Bodegas Roda, un des meilleurs producteurs de la Rioja, considère que l’assemblage de vins de différents terroirs et cépages augmente la complexité des vins et permet un meilleur contrôle de la qualité finale. Il est certain que, si vous vous privez de cet outil, les aléas climatiques auront bien plus d’impact, et généralement d’une manière négative, sur votre vin.

Si on liste les facteurs qui peuvent contribuent à faire varier les ingrédients d’un assemblage, et cela même avec une seule variété de vigne et dans une seule région ou appellation, on aura cette liste, qui est non-exhaustive : âge des vignes,  type de porte-greffe, clone, nature du sol et exposition de la parcelle, autres facteurs d’environnement, date et méthode de vendange, type et vaisseau de vinification, durée de macération (pour les vins rouges), bâtonnage ou pas (pour les vins blancs), type et durée d’élevage. Cela fait déjà beaucoup de variantes sur ce qui semble, de loin, une même matière première avec un seul cépage.

Alors oui, l’assemblage est essentiel au vin et au bon vin. Pour l’essentiel, il améliore la qualité des vins. Certains utilisent l’analogie avec le travail d’un chef en cuisine qui ne vous sert presque jamais un plat avec un seul ingrédient, un seul traitement, et aucun assaisonnement.

La semaine prochaine je vous parlerai d’assemblages créatives qui traversent les frontières habituelles, aussi bien d’appellations que de régions, voire même de pays.

David Cobbold

 


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Masterclass Fitou à Montpellier

J’ai réussi à vous convaincre de l’urgente nécessité de redécouvrir Fitou et vous vous trouvez justement dans la région de Montpellier ces jours-ci? Alors cette masterclass de l’école des vins du Languedoc est faite pour vous:

 

C’est au Mas de Saporta, ce mercredi.

Hervé Lalau


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Ode aux vins grecs

Notre invité de ce samedi est Sébastien Durand-Viel (Connaître & Apprécier). Historien de formation, il remonte pour nous à une des grandes sources de la culture viticole européenne, la Grèce, sur la base d’une dégustation qui ne remonte pas aux calendes, mais au 14 mai dernier…

Deux dégustations avaient lieu le même jour à Paris : l’après-midi, celle des Barolos. Trop jeunes, trop chauds (des vins servis parfois à 25°…), trop tanniques, trop chers, trop tout pour un dégustateur essoufflé après un premier marathon matinal.

Notes laconiques et désinvoltes trahissant la grande fatigue du dégustateur. 14/05, 17h30

 

Parce que, à la décharge des Barolos (qui s’en remettront, je pense), mon quota d’enthousiasme et d’endurance du jour avait été absorbé par la formidable dégustation du matin. Celle-là avait lieu chez Mavromatis* dont le seul nom fait saliver l’amateur parisien de cuisine grecque. Imaginaire, caractère, sensation, émotion, voilà tous les voyages auxquels la poignée de vignerons grecs rassemblés pour l’occasion m’a convié. Et c’était formidable.

Notes frénétiques et illisibles témoignant de l’enthousiasme débridé du même dégustateur. 14/05, 10h.

Rouges vivants, blancs vibrants

Les vénérables Anciens ne nous ont pas légué qu’Homère, Hérodote ou Hésiode, ils nous ont aussi transmis l’amour du vin à une époque où nous autre celtes barbotions allègrement dans la cervoise. Les crus de Pramnios ou d’Ismaros qui égayent le périple d’Ulysse sont parmi les plus vieux crus répertoriés du monde. C’était il y quelques 2800 ans… Certes de l’eau a coulé sur les ponts et les Grecs se sont longtemps noyés, comme d‘autres, dans des flots de vins sans grâce mais dans ce pays que la crise rend encore plus attachant les grands vins de l’Antiquité sont de retour. Mavromaphné, Xynomavro, Assyrtico, Nemea, Céphalonia, Attica…rien que les consonances des cépages et des appellations nous ramènent vers un imaginaire chargé de récits, de mythes, d’histoires édifiantes. Mais si émotion il y a, c’est parce que les meilleurs vins grecs stimulent autant les papilles que l’esprit. Il y a quelque chose de vivant dans l’équilibre des meilleurs vins rouges grecs et de vibrant dans celui des blancs qui (avec un peu d’imagination) font parler, outre les temps homériques, la lumière, la pierre, la mer, le sel. La Grèce c’est un vignoble de 107 000 ha (OIV 2017) situé à des latitudes bien sudistes mais les vins locaux n’ont rien de solaire, de mou, de cuit, bien au contraire. Les blancs sont étonnants de vitalité et de fraîcheur aromatiques, les rouges sont souvent stimulants, bien structurés, entre tanins et acidité. La « faute » à la physiologie des cépages locaux (75% du vignoble), à l’omniprésence de la mer, des vents, de la montagne, de l’altitude qui modèrent les morsures du soleil, et au talent de ses meilleurs producteurs dont voici un aperçu. Tous les vins sont importés par Mavromatis, les tarifs sont ceux indiqués par l’importateur. Sauf exception, les prix sont décents au regard du plaisir qu’ils procurent, ou qu’ils m’ont procuré. Tout étant relatif.

Retsina

Si vous êtes fâché avec la Retsina, et il peut y avoir de bonnes raisons, faites un détour par le domaine Kechris (Macédoine) qui en a fait sa spécialité. Pour produire un vin « résiné », on laisse macérer dans le moût en fermentation des morceaux de résine de pin d’Alep qui apporte ses arômes très typés. C’est l’avatar moderne d’une technique antique consistant à étanchéifier les contenants (outres, amphores) avec de la résine qui donnait au passage aux vins un goût «poissé». Aujourd’hui on peut s’en servir pour masquer la médiocrité des vins de base, ou donner, comme ici, un supplément d’âme à des vins excellents. La Kechribari (10 e), issue du cépage roditis, est splendide à ce prix : à la fois tendre et frais, soyeux de texture, aux notes délicates de résine, d’estragon et de végétal frais. Les Larmes du Pin (22 e), issue de l’assyrtico, y ajoute une vinification en barrique, et c’est magnifique. En version rouge élevée en fût (Roza, xinomavro, 19 e), on frise l’extase : la résine vient juste en écho aux notes de fruit rouge, de cuir, de chêne, la bouche est délicatement charnue, finement tannique, fraîche, longue. Moment de grâce. Et s’il fallait se réconcilier avec les retsina de l’Attique, le bastion de la production, et son cépage vedette, le savatiano, on goutera à celle de Papagiannakos (10 e).

Santorin

La plus belle île des Cyclades dit-on, en tous cas la plus connue de l’œnophile. Anonyme il y a 20 ans, le vignoble de Santorin est devenu un standard grec, grâce à son cépage vedette, l’assyrtico, capable de donner une large palette de vins qui ont comme fondamentaux une forte acidité et des saveurs franchement minérales, salines, bref complexes (mot-clé en dégustation qui masque l’imprécision ou le manque d’imagination de l’auteur). Le domaine Argyros en livre toute les nuances : l’assytico 2016 (23 e) est une expression directe du cépage : intense, vif, avec un corps qui distille (tournure imagée, faiblement chargée de sens mais qui fait son effet) un fruit subtil, salin, précis. Ktima 2016 (27 e) est plus enveloppé, charnu et moderne. En version vinsanto (vin doux issu de raisins passerillés) il faut gouter le 12 ans (68 e hélas), oxydatif et langoureux. Haridimos Hatzidakis, disparu en 2017, était le vigneron vedette de l’île. 2016 aura été son dernier millésime vinifié. La cuvée Skitali possède beaucoup de tout : d’acidité, de gras, d’alcool, un fond légèrement tannique et des arômes réducteurs, lumineux, salés. Impressionnant mais trop cher (46 e).

Céphalonie

C’est la plus grande des îles ioniennes et le fief du domaine Gentilini. L’île est volcanique, les sols rocailleux et le vignoble s’étage sur des coteaux qui tutoient les 800 m d’altitude. Le robola est une spécialité locale, déclinée en deux cuvées très réussies : Le Robola 2017 (17 e) est un blanc parfaitement rafraîchissant, vivace, parfumé (fruit vert, pomme verte), salin et vivifiant. Le Wild Paths 2016 (20 e) provient de vieilles vignes avec un élevage partiel en barriques : citron vert, tilleul, notes vanillées, de la rondeur et une finale cristalline et iodée.

Macédoine

Naoussa est une des appellations vedette du pays. Située dans la Macédoine Centrale, elle met à l’honneur, entre plaine et coteaux, le xinomavro (« acide et noir ») un cépage qui, planté en altitude, donne des rouges pas si noirs que ça mais tanniques, acides, de garde, parfois rustiques. Il faut savoir le dompter, ce que fait très bien le domaine Diamantakos : une robe pâle, un nez complexe (floral, cuir, épice, boisé), une bouche solide, fraîche, ferme, vibrante pour le Naoussa 2015 (23 e) qui vieillira bien (magnifique 2012).

Goumenissa est situé au nord-ouest de Naoussa. Au domaine Aidarinis, le xinomavro est épaulé par un cépage local, le negoska. Cela donne la cuvée Single Vineyard « Î » 2013 : profond, aromatique (cuir, laurier), tannique, au gout de rafle et à la finale mentholée (20 e).
Amyndeon, à deux pas de la frontière albanaise, a comme figure de proue le domaine Kir Yianni : le Kali Roza 2016 (17 e) est un xinomavro carré et fringuant. Le caractère du cépage ne se dilue par dans son rosé : l’Akakies 2017 (13 e) est un vrai rosé, coloré (48 h de macération), vineux, savoureux et suffisamment frais. On ne quitte pas Kir Yianni sans s’essayer à son blanc Paranga 2017 (12 e) : une base de roditis et 20% de malagousia, qui l’emporte en bouche avec ses arômes exubérants. Le cépage est une des nouvelles coqueluches grecques, bien au goût du jour : entre le muscat et le viognier par ses arômes, mais sans le gras et avec la fraîcheur en plus. A l’origine de son renouveau, il y a le domaine Gerovassiliou, dont le vignoble jouxte l’Egée au sud de Thessalonique. Son Malagousia (16 ou 17 ?) est parfait sauf le prix (20 e) : vif, croquant, parfumé, net, désaltérant. Son rouge Avaton (32 e), issu de cépages locaux, est une formidable illustration du tempérament grec : charnu, voluptueux et tannique à souhait.

Péloponnèse

Domaine Parparoussis : vénérable producteur dont la taille (en cm, pas en ha) est inversement proportionnel à sa réputation. J’avais gardé en mémoire son muscat de rio patras gouté il y a 16 ans et qui m’est revenu en pleine forme dans le millésime 2013 (25.50 e) : passerillé, naturellement doux, donc non muté, le nez embaume la marmelade d’orange et l’abricot sec. Les 120 gr de sucre sont digérés par ce qu’il faut d’acidité volatile. Onctueux, suave, long, parfumé, à laper à petites gorgées, tout seul, si possible face à l‘Egée au soleil couchant… Les rouges du Péloponnèse m’ont moins emballé, mais ça m’arrange, il faut bien finir le papier.

Sébastien Durand Viel 

Mavromatis : http://www.mavrommatis.com. Restaurants (Mavromatis et Délices d’Aphrodite) et caviste (49, rue Censier 75005 Paris)


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Italie du sud, gourmandise et fraîcheur

Tout d’abord la gourmandise avec l’Immensum, un rosso des Pouilles. Un vin du sud de l’Italie qui nous étonne autant par son fruité généreux à la maturité exquise que par sa fraîcheur. On croit toujours que les vins sudistes, baignés de soleil, sont lourds et capiteux. Cette idée a fait son temps, du moins chez les bons producteurs qui recherchent l’équilibre dans leurs vins.

Immensum 2015 Riserva Salice Salentino AOC Candido

 

La robe grenat se parfume de fruits rouges et noirs très mûrs qui semblent se confirent et se mélanger de poivre noir, de cacao et de réglisse à chaque gorgée. On y décèle également des senteurs de thym, de sauge et une note de lavande. La bouche est ronde, presque sucrée, ample et suave, aux tanins mûrs. Ce qui donne au vin une texture très soyeuse et veloutée. La longueur nous offre des pâtes de fruits aux goûts de prune sombre, de cerise et de fraise noires, de mûre. Une fraîcheur agréable porte l’Immensum du début à la fin. Un vino con una freschezza piacevole.

Cette cuvée est produite à partir du seul Negro Amaro qui pousse en gobelet en mode biologique. La vendange éraflée macère une vingtaine de jours avec remontages réguliers. Élevage de 8 mois en barriques et encore 2 mois d’affinage en bouteilles.

Le domaine

Il fut créé par Francesco Candido en 1929 à San Donati, village des Pouilles au sud de Brindisi. Le but de la structure était de vinifier les 400 ha de vignes en propriété. Aujourd’hui, Alessandro Candico, troisième génération, ne cultive plus que 140 ha répartis en cépages autochtones, Aleatico, Negro Amaro, Primitivo, Malvasia Nera e Fiano et quelques cépages internationaux, Montepulciano, Cabernet Sauvignon, Merlot, Syrah e Petit Verdot. Les premiers, en gobelets, se récoltent à la main, tandis que les seconds, sur fils, se vendangent à la machine. www.candidovini.it

Un rouge qui grâce à ses tanins veloutés, sa richesse fruitée, ses épices et sa fraîcheur fonctionne avec le Taleggio, fromage de vache principalement élaboré en Lombardie. Les nouveaux ayatollahs des accords fromages et vins qui ne jurent plus que par les vins blancs pour accompagner les fromages vont crier au scandale. Je tiens à leur préciser qu’un rouge peut très bien s’accorder aux pâtes molles ou dures, mais ce sera un vin et un fromage, et pas tout un plateau couvert d’une huitaine de fromages avec le même rouge. Dans ce cas de figure, un blanc sera plus judicieux. Il ne faut donc pas revenir en arrière et préconiser le rouge à tout crin, comme on l’a fait depuis 150 ans, mais ne rejetez pas tout de go ces quelques accords précis entre un fromage et un vin rouge. Deux conseils, cependant:  jamais de bleu et très rarement de croûte fleurie avec un rouge. Quant au choix précis du vin, évitez les tanins marqués et le bois.

On prolonge en fraîcheur avec Fania, un IPG sicilien fringant cui la finale salata ci fa salivare

Fania 2016 IGP Terre Siciliane Cantine Guglio

 

La robe se pare d’or aux reflets vert brillant. Le nez évoque la poire croquante, le melon à chair blanche et l’amande verte, la noisette fraîche teintée d’un rien de menthe et de poivre blanc.

La bouche, inattendue, ne reflète pas tout de go les impressions nasales, mais nous fait découvrir des trésors foraux et fruités avec des notes d’épices douces. On y retrouve de l’acacia et d’autres fleurs mellifères comme l’amandier et l’oranger. Quant aux fruits, ils sont blancs comme la poire sentie, mais ont aussi le goût de la pêche et de la pomme acide rafraîchies d’un léger jus de mandarine avec une finale saline qui nous fait saliver.

Le vin assemble 60% de Fiano et 40% d’Insolia* qui poussent dans un sol d’origine marine composé de sable et de nombreux dépôts de fossiles calcaires, un sol assez fertile qu’on retrouve sur les côtes siciliennes et sardes. La vendange est éraflée et macérée en cuve inox, avant d’être élevé dans le même contenant, puis encore 3 mois en bouteille. Ce vin du sud nous apparaît frais grâce à son acidité de 5,40 g/L et son bas pH de 3,30.

*L’Insolia se retrouve aussi en Toscane plus particulièrement sur la Costa degli Estruschi, sous le nom d’Ansonica.

Le domaine se trouve dans la province de Syracuse. Fondé en 1793, il appartient aujourd’hui à la famille Gulino originaire du sud-est de la Sicile.

www.cantinegulino.it

Là, le fromage préconisé est un Pecorino Toscano a pasta cruda di latte vaccino. Préférez les laits crus aux laits pasteurisés, il en va de notre santé. Notre système digestif demande de l’entretien, les bactéries (les bonnes bactéries qui fleurissent les bons fromages au lait cru) viennent renforcer notre flore intestinale et nous éviter les petits soucis quotidiens et la tourista. Quant à l’accord, les Pecorino sont souvent assez secs et du coup salés avec parfois une légère amertume, la fraîcheur du Fania est bienvenue.

Ciao

 

Marco


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Les Vins du Roussillon

Présentation du livre « Les vins du Roussillon Richesse et particularismes Catalans »

Ce jeudi, je m’autorise un peu de publicité pour un ouvrage auquel j’ai apporté une modeste participation. Mais ça n’est pas pour ça que je vous en parle. Je l’ai véritablement découvert dans son ensemble, lors de sa présentation, et, après l’avoir parcouru, je l’ai trouvé  particulièrement instructif pour tous ceux qui sans être professionnels s’intéressent aux vins du Roussillon. La complexité du monde du vin, terroirs, AOC, cépages les effraie souvent, il fallait un recueil qui leur permette de comprendre l’identité de nos vins. Coordonné par Alain Pottier, vigneron et poète,  « Les Vins du Roussillon » est un ouvrage collectif qui répond à ce besoin, une sorte de bible; le fait qu’il soit à plusieurs mains en fait toute sa richesse. Chaque intervenant est un spécialiste  et y a apporté son expérience  professionnelle, tous sont des « pointures dans leur domaine ».

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C’est un hommage aux vins du Roussillon certes, mais c’est surtout le Roussillon du vin expliqué : tous les thèmes y sont abordés, ce qui permet au lecteur de mieux comprendre la production locale. De la mosaïque géologique et sa palette de terroirs à l’histoire de la culture vigneronne, des cépages aux appellations, des acteurs de la filière d’aujourd’hui à ceux de demain…

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  • L’avant propos signé Aymat Catafau, qui nous explique de quoi Roussillon est le nom et comment il est fécondé par ses frontières, est une introduction indispensable.
  • Les Terroirs du Roussillon, avec les riches histoires géologiques abordées par Pierre Giressé, les vignes, cépages, histoire et l’identité vigneronne par Pierre Torrès nous révèlent toute la richesse de notre région.
  • Le chapitre sur les Vins du Roussillon amène un peu de clarté pour les non initiés sur les AOP et IGP (Jacques Paloc). Les vinifications et dégustations ne sont pas oubliées. Agnès Piperno et Hélène Teixidor abordent l’œnologie catalane tandis qu’Isabelle Cutzach décrypte les arômes. Pierre Torrès le clôture en parlant vins et cuisine catalane.
  • Une cinquantaine de pages sont consacrées à la Filière Vini-Viticole, on y apprend à connaitre les organisations professionnelles (CIVIR ; maison des Vignerons et Syndicats…) et comprendre les services des professionnels de la filière (œnologues, sommeliers, cavistes…douanes, INAO, France Agrimer…)
  • La dernière partie de l’ouvrage est consacré à la « Redécouverte du Roussillon « 

– Un pas après l’autre (MLB)

– Le bouchon naturel (Laurent Bauby)

-L’agora turbulente du vin méditerranéen (Pierre Citerne)

-Concours de circonstance (François Constand)

-Ça pétille en Catalogne Nord (Isabelle Jolly)

-La Force des vieux ceps (André Dominé)

-La Quintessence du raisin (Mathieu Guyomard)

-A vos marques (Pascale Lambert)

-Les vins catalans sont-ils catalans ? (Jean Lhéritier)

-Le vinaigre catalan (Sylvain Vives)

-Le Porró (Victor Simal)

  • En conclusion par Philippe Bourrier : Roussillon deviens ce que tu es…
  • Extrait d’un jeu littéraire autour du rancio par Pierre Torres

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J’espère vous avoir donné l’envie de lire ce livre, de découvrir et d’apprécier.

Sans compter que c’est un excellent ambassadeur pour nos vins : tous les catalans devraient en avoir un exemplaire chez eux et surtout ceux vivants à l’étranger.

Depuis le 15 mai il est disponible dans toutes les librairies des Pyrénées-Orientales et sur Internet.

Les photos sont de Michel Castillo et les peintures de Paul Schramm.

Editeur Trabucaire Editions

 

J’en profite pour vous recommander un autre livre, qui raconte  l’histoire d’un trésor catalan, c’est ainsi que le décrivent ses 9 auteurs et ses 10 contributeurs passionnés ainsi que son Directeur d’ouvrage, Alain POTTIER.: « Les Rancios Secs du Roussillon – les vins oxydatifs, fleurons de la viticulture catalane »

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Un livre qui témoigne de l’histoire du Rancio sec, ce vin antique avec beaucoup d’anecdotes, des accords mets et vins, la volonté d’une reconnaissance de ce fleuron catalan y est racontée et le combat afin de parvenir à l’obtention de l’IGP (Indication géographique Protégée).  32 domaines producteurs de Rancio sec du Roussillon y sont mis en avant.

Qui est Alain Pottier ?

Passionnés par la culture méditerranéenne, Alain a créé avec sa femme Sophie le Domaine de la Tourasse, face à la mer, entre Banyuls sur mer et Cerbère, au milieu des cépages traditionnels méditerranéens : grenache gris, blanc et rouge, carignan, muscat à petit grain. Ils conduisent le domaine en biodynamie et en polyculture : vigne et vin; plantes médicinales méditerranéennes et huile essentielle; agritourisme et accueil des visiteurs dans la suberaie (forêt de chêne-liège).

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Hasta Pronto,

 

MarieLouise Banyols


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Sauvons le Camembert de Normandie AOP, le vrai, celui au lait cru!

Une pétition a été lancée sur www.change.org à l’instigation de l’Association des Fromages de Terroirs de France, pour la sauvegarde du Camembert de Normandie AOP, qu’une décision de l’INAO propose d’ouvrir au lait pasteurisé, avec à terme la menace de voir disparaître le lait cru, plus cher à produire… et le goût qui va avec.

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Plus de 27.000 signatures ont déjà été recueillies en une semaine.

Une trentaine de chefs étoilés, mais aussi douze députés normands ont rejoint ce mouvement.

Ces derniers ont écrit une lettre au Ministre de l’agriculture, en des termes on ne peut plus clairs: « Nous souhaitons vivement que vous vous opposiez à cet accord et à son application en 2021, afin d’assurer la pérennité du camembert traditionnel qui en aucun cas ne peut être assimilé au camembert pasteurisé ».

Et vous?

Hervé Lalau