Les 5 du Vin

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Le bon, le bizarre et le voyage

Voyager c’est découvrir, même si tout n’est que rarement bon, à commencer par les lieux de transit vers d’autres pays. Mais, une fois arrivé ailleurs, la vision des choses est forcément différente et son esprit est ouvert à cette nouveauté, sinon à quoi bon se déplacer ? Ces lignes sont inspirés d’un récent déplacement dans le Frioul, cette partie du nord-est d’Italie qui se trouve coincé entre Venise et la Slovénie. Morne plaine pour la plus grande partie qui entoure des villes comme Udine, dont la beauté architecturale ayant survécu aux ravages de la « grande » guerre est un bonheur pour le promeneur, le relief devient plus accidenté vers la frontière, puis est bordé par le surgissement des Alpes au nord et l’Adriatique au sud.


vitovskagrappe du cépage Vitarska : on va en parler, en mal, mais est-ce de sa faute ?

 

Nous voulons tous, probablement, du choix et de la diversité dans les variétés de vignes qui produisent nos vins. Il est vrai que le phylloxera en a éliminé un nombre incalculable. Puis le marketing efficace de quelques variétés, surtout issues de la France et dont les noms sont faciles à prononcer dans toutes les langues, à crée une domination des grands marchés par une petite dizaine de cépages. Alors les membres de ce blog, ainsi que d’autres amoureux du vin, cherchent souvent, par ci et par là, la perle rare, celle qui fera notre bonheur par ses caractéristiques uniques et si peu défendus jusqu’alors. Michel est le preux chevalier du carignan ; Jim va chasser le grolleau ou le pineau d’aunis en pays ligérien ; Marc adore la petite arvine ; etc, etc.

 

tutto-il-mondo-e-paeseSalu Mare est un excellent bar à Trieste dédié aux produits de la mer

 

Je suis en phase avec tout cela, bien que, de temps en temps, je tombe sur une variété dont les saveurs me font comprendre mieux pourquoi elle est restée si obscure ! Cela m’est arrivé de nouveau récemment lors d’une visite de la ville de Trieste. En me promenant dans les rues de cette ville, mi-port industrielle, mi symbole riche de la jonction entre trois grandes zones culturelles, je tombe par bonheur sur un des ces excellents bars/bistrots à vin qui fleurissent dans les villes d’Italie. Salu Mare est un lieu d’une grande originalité que j’ai beaucoup aimé. Ses tapas de belle qualité sont dédiés à la mer et ses vins sont tous blancs (il me semble). Le bacalla est formidable (voir photo ci-dessous).

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Le patron est un navigateur et plein de détails du lieu rappellent son sens manifeste d’humour, mais aussi les contraintes de la vie à bord : par exemple, à la place des verres à pied, il y a des gobelets à fond plat (qui m’ont fait un peu râler car il sont peu adaptés à l’appréciation des odeurs d’un vin) et des sanitaires en inox solidement ancrés au mur. Cela doit tanguer là-dedans après une belle soirée !

 

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C’est après avoir essayé de sentir mon vin dans ces verres que j’ai compris pourquoi le patron de ces lieux avait mis un gros nez en plastique sur une des étagères de la bibliothèque : c’est pour pouvoir capter les odeurs qui partaient dans la salle autrement. De plus, en retournant l’objet, je découvre une taille crayon : de quoi affûter ses sens, certainement.

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Ce n’est pas tout, car il met aussi à disposition de sa clientèle navigant en solitaire une petite bibliothèque, ainsi qu’une série de loupes d’amplitude variable pour ceux qui ont oublié leurs lunettes.

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Autre touche personnelle que j’ai aimé et exploité : une splendide tourne-disque avec ampli qui sert à exploiter une petite collection de 33 tours qui vont de l’opéra au jazz mainstream en passant par Police et Neil Young. Le lieu n’est pas bien grand mais décoré avec goût dans un style moderne et dépouillé qui mêle l’acier à l’ardoise et au bois, surtout blond. On se fait servir au comptoir d’où on aperçoit une cuisine moderne. J’ai demandé à déguster deux vins : un soave d’excellente facture puis un vin d’un cépage local appelé Vitovska et qui est planté dans une zone locale et limitée des deux côté de le frontière avec le voisin slovène. Je crois savoir pourquoi cette zone est si limitée.

 

salumarequelques tapas de Salu Mare  : du beau et du bon

Je sais qu’il est absurde et excessif de condamner un cépage pour cause d’un seul mauvais exemple, mais ce vin m’a fortement déplu et je n’ai pas pu finir mon verre de ce vin étrange au goût déplaisant produit par Skerk. La couleur n’était pas brune mais d’une jaune paille foncée. Comme mon article de la semaine dernière l’indique, je ne juge pas un vin par sa couleur. Je ne peux pas parler du nez vu la forme des verres, mais c’est en bouche que le déplaisir commença. Rêche et presque tannique par sa texture, dure et sec, manquant de fraîcheur et avec des saveurs déplaisantes de type oxydatives et qui font penser surtout à de la pomme blette, ce vin était sans grâce ni fruit. Je pense qu’il faudrait une dose de masochisme pour l’aimer. Il m’a semblé surtout venir d’une autre époque, heureusement révolue, et qui date avant les avancés de l’oenologie moderne. Pourtant l’étiquette est moderne par son graphisme, mais nous savons tous que l’habit ne fait jamais le moine ! Cépage ou vinification sont-elles en cause ? Peut-être les deux, même si je suis réticent à condamner un cépage pour un seule mauvais vin, qui plus est n’est pas donné (voir photo ci-dessous). En tout cas je doute que le Vitovska n’ait une grande carrière internationale devant lui. Quelqu’un a-t-il goûté un meilleur exemple ?


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En tout cas allez à Trieste, faites halte a Salu Mare et goûtez à autre chose, probablement…certainement même. C’est ici….

 

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David Cobbold

 (photos de moi et trouvés sur Trip Advisor)


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#Carignan Story # 275 : Retour sur trois, dont le plus grand !

Sans même me relire – promis, juré – pour voir ce que je pouvais écrire auparavant sur ces vins, je me suis amusé, grâce à une série de circonstances bienveillantes, à revoir quelques vins déjà décrits mais dans un millésime passé. À tout seigneur, tout honneur, j’ai d’abord mis la main sur « mon » Carignan du Puch, celui que nous réalisons à six individus pas toujours d’accord sur la méthode à suivre, mais faisant confiance finalement à l’un de nos associés que je ne citerai pas afin de ne pas le mettre mal à l’aise, un gars brillant qui a une grande expertise en matière de biodynamie, méthode de culture que nous ne revendiquons pas tout simplement parce nous ne la pratiquons pas vraiment. Et si nous le faisions, nous n’aurions pas de toute façon les moyens financiers nécessaires, sur un hectare, pour payer la certification.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Notre étiquette est Puch, un nom bien à nous pour désigner le sommet, pech en occitan, puig en catalan. Il faut dire que le Serrat d’El Puig est le nom du lieu-dit où se trouve notre vigne. Notre IGP est Côtes Catalanes. Notre « pays » est Tresserre, village de l’Aspres, entre l’Espagne et Perpignan. Pour nous amuser et pour casser les codes, nous changeons de couleur d’habillage chaque année avec, de préférence, un petit texte de présentation de plus en plus court, à mon grand regret vous vous en doutez. 2010, étiquette verte, est notre second millésime et sa robe paraît quelque peu évoluée, sachant que l’échantillon n’a pas connu d’autre cave que mon bureau parfois très chaud en été. Le nez n’est pas évident, tandis qu’une fois installé en bouche le vin a gardé son caractère acide, une franche et belle acidité sur une matière équilibrée et un fruité tendre aux notes confites. Pour moi, c’est un vin facile qu’il est grand temps de le boire – et nous avons vidé la bouteille sans mal avec des amis ce midi -, même si je sais qu’il peut tenir encore sans que je puisse me persuader de l’intérêt de le faire. Seule réserve : suis-je vraiment objectif pour en parler ? Pas vraiment, alors passons…

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

La dégustation n’étant pas à l’aveugle, je me réjouis par avance de venir à bout (facilement) du bouchon de verre qui coiffe ou décoiffe la haute bouteille de La Loute 2011, un Vin de France, enfanté sur les terres arides et sauvages des basses Fenouillèdes, là aussi à une vingtaine de kilomètres de Perpignan, dans ce que l’on peut qualifier l’arrière-pays. L’échantillon a été conservé (debout, c’est l’avantage) moins longtemps que le 2010 précédent, mais à l’abri de la lumière dans une pièce non climatisée. On change de registre car on a visiblement un vrai grand millésime estampillé de surcroît Cuvée du Jubilé. Le nez fonctionne à plein régime sur le registre de la garrigue, avec amplitude et finesse. La bouche est majestueuse, qui s’affirme sans hésitation. Le vin donne envie de s’incliner, de se recueillir, de s’isoler. Gelée de petits fruits noirs et rouges parfaitement murs en bouche, notes de ciste, laurier, thym, fenouil, matière fondue, tendre, pleine de sève, langoureuse, laissant apparaître des touches fumées, pierreuses, grillées. Grande longueur avec une pointe de fraîcheur délicatement parfumée (pinède) faisant de la finale un moment de contemplation, de ravissement, de bonheur. Tel un magistral Porto, c’est presque un vin religieux à boire seul dans un fauteuil en fermant les yeux et les oreilles pour se focaliser sur la musique du vent et les bruits de la nature. Je sais, ça doit vous fait marrer cette image, mais je vous assure avec force que c’est réellement ce que je ressens. Ou alors, choisissez un autre fond sonore, je ne sais pas moi, Mahler, par exemple !

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On peut difficilement faire mieux dans le registre du Carignan ! Pour info, il affiche une degré de 14,5°, contre 12,5° pour le vin précédent et le même degré d’alcool pour le troisième. Une seule question subsiste : faut-il le boire ? Pour ma part, c’est oui, on peut commencer. Mais uniquement sur des mets choisis (gigot d’agneau, par exemple) pour leur grande qualité et surtout, sans se précipiter car le vin, dans une bonne cave, peut à mon avis encore tenir bien au delà de 2020. Et c’est sans hésiter que je l’ai classé dans ma tête comme « Champion du monde des Carignans », toutes catégories !

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Arrivé la veille par voie postale, le vin suivant, lui aussi, est bâti pour aller jusqu’à 2020, au moins. Il s’agit d’un autre Vin de France, mais d’un 2013, provenant du Vaucluse et du secteur de Vaison-la-Romainele danois Rune Elkjaer tâte du Carignan depuis quelques années déjà. Bien que trop jeune et quelque peu bouleversé par le transport, j’aime son Carignan. Il affiche son nom de cépage de manière ostentatoire sur l’étiquette : nez épicé, riche en matière, épais, savoureux, plein de notes de fruits rouges très mûrs en bouche, la garrigue en plus, et il se goûte sans mal sur la fraîcheur. Facile, dans le bon sens du terme s’entend (il titre 12,5°), sa texture est assez veloutée et portée sans retenue sur la longueur pour nous conduire sur une finale quasi parfaite. Manque plus qu’une fricassée de champignons des bois, trompettes de la mort si possible, pour aller au paradis !

                                                                                                Michel Smith


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Σαντορίνη, douceur des îles grecques

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C’est presque les vacances pour ceux qui en prennent; l’île de Santorin ressemble à ce qu’on peut appeler une destination de rêve, comme la Crète. Je n’ai malheureusement visité aucune des deux îles, ce qui ne m’empêche pas de déguster les vins. Sur Santorin, on fait vin de liqueur issu de grappes passerillées sur de grandes dalles de pierre, un peu comme en Corse pour le muscat.
C’est un pur sucre naturel…

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Une robe sombre, presque brune aux reflets roux.
Le nez confit, très confit, qui nous lance en paquet des zestes de mandarine, des cerises, des abricots, puis nous envoie une deuxième bordée de figues, de dattes et de pistaches grillées, nous pique un rien les narines d’iode et de poivre, avant de s’en aller courir parmi les herbes sèches.
La bouche s’attend au pire, au vin sirupeux comme le miel, écœurant comme le troisième baklava, mais du miel il n’en a que le goût, fort et puissant, soutenu par une incroyable fraîcheur, nervosité qui exhausse les arômes de tomate sèche, de candi musqué, de caramel amer, de Corinthe. Le citron vert, certes confit termine l’exercice gustatif par un contraste acidulé sucré.

Le Vinsanto

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C’est un vin naturellement doux, issu de grappes séchées au soleil. Ces grappes mélangent une sélection stricte de 75% d’Assyrtico et de 25% d’Aidani, deux cépages caractéristiques de l’île de Santorin. Après une dizaine de jours de déshydratation étalés sur les grandes terrasses des caves vinicoles, les raisins sont pressés doucement, puis s’en vont fermenter pendant 1 à 3 mois. Le pourcentage fort élevé de sucre ralentit la fermentation. Celle-ci s’arrête d’ailleurs définitivement sans avoir transformé tout le sucre en alcool, ce qui en laisse environ 240 g/l pour un titre alcoolique de 11°, heureusement rafraîchit par 8,4 g d’acidité renforcé par un pH de 3,49. Le vin loge 24 mois en barriques, cela lui donne une patine un rien caramélisée.

NB. Ne pas confondre le Vinsanto avec le Visanto ou Vin Santo de Toscane (on n’est pas sûr à 100% du quel a inspiré le nom de l’autre, même s’il semble plus probable que ce soit les Vénitiens qui aient ramené le Vinsanto, ou vin de Santorin en Italie). 

Santo Wines

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Il s’agit de l’Union des Coopératives de Santorin, fondée en 1947. C’est le plus gros faiseur de l’île. Elle récolte les vendanges auprès de plus d’un millier d’adhérents et lutte pied à pied contre l’expansion immobilière. Heureuse de maintenir les traditions vinicoles insulaires, elle vinifie son Vinsanto comme on le faisait déjà au 16e siècle.

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À remarquer, la curieuse façon de conduire la vigne en la tournant autour d’elle-même en forme de panier, cela la protège du vent violent qui décoiffe l’île plus souvent qu’il n’est raisonnable.

Et n’oublions pas que l’île de Santorin est un volcan, pour le moment des plus sages, mais cela n’a pas toujours été le cas, la preuve…

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http://www.santowines.gr

Ciao

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Marco


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Il est gentil, mon vin nature!

Contrairement à ce que j’entends ou lis çà et là, il n’est pas si méchant que ça le vin dit nature… Il est gentil, ni plus ni moins. Gentil dans le sens qu’il ne casse pas trois pattes à un canard, fut-il en provenance directe de Challans. Mais en titrant ainsi, n’allez surtout pas croire que je me range béat du côté des bobos parisiens ou toulousains, la bedaine avancée, fraîchement convertis aux bienfaits du « zéro intrant » comme ils disent si poétiquement, satisfaits d’avoir, pensent-ils, découvert je ne sais quel graal du vin. Ni que je fustige les plus actifs des gladiateurs appartenant au clan de la réaction pinardière, critiques auxquels je pardonne d’être parfois par trop sectaires dans leurs arguments aussi conventionnels que traditionnels. Ou encore que je me transforme ici en adorateur du Gentil, ce vin blond alsacien tendre et facile jadis populaire dans les bistros haut et bas-rhinois, remis (gentiment) au goût du jour par la maison Hugel ou par mes amis les Klur. N’allez pas supputer non plus qu’avec le GV (rien à voir avec le Gévéor…), le Gentil Vin personnifié  par le vin nature, je cherche à me positionner en GO du vin histoire de célébrer les 65 ans du Club Méditerranée. Ne tirez pas de ces conclusions hâtives qui laisseraient croire, en mauvais français et en plagiant Jean Yanne, que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Non, tout cela serait trop injuste, tandis que je cherche simplement à remettre les pendules à l’heure. Et si j’essaie de vous attirer dans ma nasse, ce n’est pas dans le but de piéger qui que ce soit. Il se trouve que je reste observateur, toujours curieux, en alerte, et que je suis dans une période médiane, entre révolte et lassitude. C’est pourquoi, même si mon opinion est faite, j’attends la lecture d’un petit livre rouge que j’ai commandé, un ouvrage qui se veut « manifeste » commandé il y a plusieurs jours déjà aux Éditions de l’Épure, ouvrage (voir ci-dessous) signé Antonin Iommi-Amunategui, un brûlot (peut-être) que je meurs d’impatience de le lire puisque tout le monde se l’arrache chez quelques cavistes branchés que l’on dit désormais alternatifs, comme le courant qui passe.

Antonin, l'auteur du petit Manifeste rouge. Photod©DR

Antonin, l’auteur du petit Manifeste rouge. Photod©DR

En attendant l’ouvrage, je me suis autorisé, en une sorte de préambule, à vous faire partager ma modeste opinion sur le sujet. Un sujet ô combien capital qui gravite autour du vin dit nature ou encore libre, naturel, vivant, gai, voire nu que sais-je encore. Ce faisant, j’espère que je ne me ferais pas crêper le chignon (que je n’ai pas) et que dans le petit monde qui s’écharpe autour du vin sur les ondes d’internet on ne me cherchera pas plus de noises encore moins de poux. Car si je m’autorise à donner mon avis, c’est que celui-ci est non seulement autorisé, mais qu’il est quasiment définitif vu mon grand âge. 169_1Premièrement, contrairement à beaucoup de mes confrères, je n’ai rien contre les vins sans soufre. La planète œno offre de telles libertés de choix et de pensées qu’il me semble normal que toutes sortes de pratiques et de philosophies coexistent en la matière pour le meilleur, pour le moins bon aussi. Je l’ai déjà dit ici : ayant essuyé tant de débats allant du non dosé en Champagne et au non chaptalisé en Beaujolais, je suis curieux de goûter tous les vins qui se présentent à moi. Je suis ravi de pouvoir en aimer beaucoup et je n’ai nulle honte à en détester certains plus que de raison. Je tiens tellement à ma liberté de penser, de juger et d’écrire que j’en ai fait mon métier. Si cela ne plaît pas à certains ayatollahs qu’ils le disent et l’écrivent, cela ne me dérange nullement dès lors que cela ne vire pas trop à la chasse aux sorcières. Et puis, les choix en matière de vins sont tels qu’il doit y en avoir pour tous les goûts, y compris pour les plus étranges, pour les plus vinaigrés, les plus pourris, les plus boisés et, pourquoi pas pendant qu’on y est, les plus bouchonnés. –Deuxièmement, et c’est le privilège du vieux con que je suis (d’un naturel très nature, quand même), il me semble que, goûtant les vins dits natures depuis près de 30 ans, je suis en droit d’établir une sorte de bilan les concernant. Non pas un bilan définitif, mais une opinion modeste au bout d’années de dégustations diverses et variées pendant lesquelles, à de multiples occasions, ces vins se sont présentés à mon jugement. En effet, ce qu’ignorent les gringalets, mais aussi les grands penseurs d’un âge mûr qui se hasardent à me vendre l’aspect novateur de la chose, voire son côté révolutionnaire, c’est que la volonté de se passer du soufre qu’ont certains vignerons chercheurs dans l’âme et audacieux dans leurs conceptions du vin, remonte à l’époque des années 1980/1990 lorsque le vin de pépé laissait de plus en plus la place aux vins modernes que nous buvons et apprécions aujourd’hui, un vin issus d’une plante moins chargée en pesticides, d’un raisin plus sain et d’une terre moins dénaturée par les engrais chimiques. Tous les buveurs d’aujourd’hui ne le savent pas ou feignent de l’ignorer. Leur attitude est normale à leur âge : ils croient tout inventer, tout créer sous la baguette magique de leur enthousiasme, tout remettre en question. Je le croyais aussi à leur âge alors, comment leur en vouloir ? Or, lorsque du haut de leurs certitudes ils cherchent parfois – je dis bien, parfois – à nous endoctriner sur ce qu’il faudrait boire et ne pas boire, démarche qui m’insupporte, il est normal que je cherche aussi à mettre les points sur les « i ». Non, les gars, vous n’avez rien inventé : fut un temps où les Pierre Frick, Marcel Richaud, Pierre Overnoy, Marcel Lapierre, Olivier Cousin et autres Henry Marionnet, nous abreuvaient de leurs discours et de leurs expériences sur le sujet, n’hésitant pas parfois à mettre un certain bémol à leur enthousiasme et à répéter, par exemple, que l’aspect sanitaire du raisin ainsi que la propreté en cave étaient parties prenantes dans la réussite aléatoire de leurs rares cuvées élaborées sans soufre, cuvées que l’on était quelques fois tenté de qualifier de « sans souffle » tant elles avaient du plomb dans l’aile. L’un d’eux me disait en ce temps-là qu’il vinifiait sur un fil, tel un funambule. Et que le risque qu’il prenait l’excitait au plus haut point.

Photo©MichelSmith

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Troisièmement, surtout à l’adresse des sceptiques qui ont toujours du mal à admettre qu’un vin dit nature puisse être buvable, il me paraît impératif d’affirmer que, les expériences aidant sur tous les sols, tous les cépages et dans toutes les régions, alors que ce millénaire est déjà bien entamé, les progrès en matière de vins natures ont été considérables ces dernières années. Les échecs sont moins nombreux, même s’il existe quelques zozos capables de vinifier des horreurs, chose également possible chez les vignerons dits conventionnels. Mais la technique, l’inventivité, la témérité et l’utilisation entre autre du dioxyde de carbone dans la protection des jus, ont permis des avancées considérables. Les grands vignerons et les négociants bien établis tels François Lurton et Gérard Bertrand, pour ne citer que ceux-là, prouvent que le sans soufre ajouté peut sortir de son ghetto et entrer de plain-pied dans la grande distribution qui, quoiqu’on en pense, est actuellement le nerf mondial de la guerre commerciale du vin. Récupération ? Sans doute. Conséquence, ce type de vin ne peut plus, à mon avis, être moqué, vilipendé, diabolisé comme il l’est trop souvent encore. Il faut savoir vivre avec notre époque et accepter les progrès œnologiques en même temps que l’évolution de la consommation. D’ailleurs, le vin nature s’écoule en Italie, au Portugal, en Suisse, en Espagne, en Australie… Et ce n’est pas cette expansion qui va empêcher nos vins d’avoir du goût et de séduire le consommateur. Le premier bénéifice que nous ait apporté cette mode qui pourrait n’être que passagère, c’est cette formidable prise de conscience qu’ont les plus talentueux vinificateurs du moment : on peut enfanter de grands vins en limitant très fortement les doses d’apports en soufre. Boire du vin, même en excès, devient alors beaucoup plus digeste, beaucoup plus confortable, plus moderne et plus agréable.

Photo©MichelSmith

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Quatrièmement, évoquons pendant qu’on y est ce qu’il y a de plus important, finalement, dans cette histoire où l’on ne cesse de se mordre la queue : le goût, le corps et la structure du vin. En m’excusant par avance sur le caractère un peu trop généralisateur de ce qui va suivre, je peux dire sans honte que j’adore les vins libres lorsque je les cueille dans leur prime jeunesse surtout, en plein sur leur fruit, plus rarement lorsqu’ils sont plus âgés, sauf à les prendre dans une cave, chez eux à priori, où ils n’ont pas subi les excès de variations de températures et encore moins les affres du transport. Par précaution, certains cavistes vont même jusqu’à les ranger au froid pour les stocker plus sûrement. Donc, je ne les repousse pas systématiquement, on l’aura compris. Mais je dois avouer qu’en dehors d’une dégustation récréative, ce type de vin qui, on le voit, mérite pleinement qu’on le qualifie de vin gentil, ne va rarement plus loin que ce que j’attends d’un vrai vin, un vin de table, par exemple. Où veux-je en venir ? Eh bien, après m’être rincé le gosier en bonne compagnie avec des vins de nature aimable, tels les vins sans soufre ajouté, pourvu qu’ils ne soient pas déviants et marqués par d’horribles saveurs (il y en a aussi dans les vins dits conventionnels), il me faut d’autres boissons autrement plus sérieuses pour m’accompagner à table et parfois jusqu’au bout de la nuit. J’ai eu la chance (pas qu’une fois) de comparer à l’aveugle le vin d’une même cuvée sans soufre ajouté d’un côté et avec un minimum de soufre de l’autre. C’est toujours la cuvée soufrée qui m’impressionnait le plus. N’ayant qu’une matière moyennement expressive et peu persistante, les vins sans soufre ajouté, les gentils, même ceux qui concèdent un trait de génie, manquent de profondeur, de longueur, de complexité. Une fois bus, ils vous tombent des bras et vous quittent sans même avoir la politesse de dire au revoir. Je n’ai pas le souvenir non plus d’avoir apprécié une bouteilles de vin nature laissée en vidange un jour ou deux. Pour ce qui me concerne en tout cas, ils n’ont pas cette allonge indispensable, cette prolongation miraculeuse qui vous marque l’esprit, vous pénètre le corps et vous fait apprécier les mariages les plus complexes, les plus subtils. En d’autres termes, ils n’ont pas grand-chose d’efficaces et de vibrant à me proposer vu, qu’en plus, ils ne s’épanouissent guère trop après une garde, même moyenne. Sauf exception, bien entendu.

Photo©MichelSmith

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En définitive, je ne les écarte de ma bouche que s’ils sont franchement mauvais, à l’instar de n’importe quel autre vin. Et je qualifierai volontiers ces vins d’aventureux tant il peut y avoir de différences d’une bouteille à l’autre sur le vin d’une même cuvée. Et puisque je ne crache jamais sur les aventures, que je suis ouvert d’esprit, je les goûte volontiers… tout en ne me privant pas de les critiquer comme je le ferais avec n’importe quel autre vin. Pour l’instant, je n’ai toujours pas bu de très grand vin qui se revendique du mouvement vin nature.

Michel Smith


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Liberté, égalité, poulet

Le dimanche midi, très souvent, chez les Lalau, on mange du poulet.

Pas n’importe quel poulet – toujours du Label Rouge. Je connais le réseau, j’ai visité des élevages avec la Sopexa, à Loué, il y a une dizaine d’années (salut à Vincent Bayer!). Et puis même si c’est plus cher, la vie est trop courte pour manger des volailles poussées aux hormones en 40 jours.

Toujours est-il que dimanche dernier, c’était du poulet fermier de Loué.

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Liberté, égalité, poulet de Loué

Ayant entendu naguère M. Montebourg (ou était Mme Le Pen?) nous dire qu’il fallait acheter français, je me suis dit, bravo, Hervé, tu es dans le bon, tu participes à l’effort collectif. Plus encore, même, car habitant l’étranger, je pourrais sans scrupules me dédouaner (ah-ha!) de cette impérieuse nécessité. D’autant que ma femme, elle, est Belge.

Avant de mettre mon poulet tricolore dans mon four (allemand, je le crains), je l’ai badigeonné d’huile d’olive. Hélas, c’était de la tunisienne. Elle est excellente et beaucoup moins chère que celle des Baux, et même moins cher que la Puget, dont je ne suis pas sûr qu’elle soit 100% française. Et puis en plus, elle me rappelle les amis que j’ai en Tunisie – Pilar, Belgacem, Inès, je vous dédie ce poulet.

Tiens, vous savez quoi, ces gens sont presque comme nous, ils ont deux pieds, deux mains, une tête et ils parlent même français. Ils gagnent leur vie, assez honnêtement au demeurant, en produisant d’excellents vins à partir de cépages français, espagnols ou italiens.

A ce propos, il faudra que je demande à mon coach en francitude si j’achète bien français quand je bois un Languedoc à base de grenache (pardon, garnacha), un Roussillon contenant du carignan (cariñano) ou un Côtes de Provence blanc à base de rolle (vermentino) – sans parler du gewürztraminer. Ach, das ist zu gut!

Enfer et damnation: j’oublie toujours de demander leurs extraits de naissance aux vignerons – c’est qu’il faut faire gaffe, il y a tant d’étrangers dans le vignoble hexagonal. Ils sont partout. Voila deux ans, Marc et moi, nous avons rencontré un flying winemaker suisse qui vinifiait alternativement à Leyda, au Chili, à Genève et aux Iles de Lérins. Le monde du vin est tout petit. Même qu’il y du vin espagnol dans le Vieux Papes.

Trahison

Mais revenons à mon poulet.

Une fois cuit, il est arrivé sur la table. Chez nous, on aime bien les épices; on a mis du poivre – je crois qu’il vient de Macassar, par la Porte d’Italie. Et puis mon fils a mis du Merkén. Si vous ne savez pas ce que c’est, je vous le dis: c’est un mélange d’épices fumées par les Indiens mapuches du Chili. Là encore, souvenir, souvenir, ce sont des copines qui m’ont offert ce pot, à Santiago. C’est bon comme là bas, dis!

Pour accompagner le poulet, ma femme avait fait du riz – un riz basmati du Delta – non, pas le Delta du Rhône, plutôt celui du Mékong.

Et pour arroser le tout, là, j’ai carrément dérapé. J’ai trahi la nation (pire, la Bourgogne!). J’ai servi un excellent Pinot Noir de Nouvelle-Zélande. Notez, le domaine (Brancott Estate) est la propriété d’un groupe français, Pernod-Ricard, qui possède des vignes dans la plupart des pays du Nouveau-Monde; mais curieusement, pas en France. Ils NZ’aiment peut-être pas les vins standardisés, comme disent les Jeunes Agriculteurs.

Bref, indirectement, avec mon pinot des Kiwis, je bois quand même un peu français.

Bref, mon poulet n’est pas un poulet à la Montebourg, mais plutôt un poulet à la Valls. Ben oui, notre ministre de l’intérieur nous vient de l’extérieur. Il est né Espagnol en 1962, naturalisé Français en 1982.

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Drapeau français, européen… je ne vois pas l’espagnol?

Nobody’s perfect.

Pendant que je trahis mon pays avec tous ces produits étrangers, heureusement, bon nombre de mes amis étrangers mangent, conduisent ou boivent français… ma femme, par exemple.

Alors, amis protectionnistes, réfléchissez… consommer français, pourquoi pas, mais pas au détriment des bons produits d’ailleurs. Ne vexons pas inutilement nos clients étrangers…

Hervé Lalau


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RAW 2015 – The artisan wine fair

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Consumer Sunday @ RAW – crowded with enthusiastic wine lovers.

Consumer Sunday @ RAW – crowded with enthusiastic wine lovers.

Sunday was the first of two days of RAW – the artisan wine fair run by Isabelle Legeron MW, one of the foremost advocates of the ‘natural wine’ movement. Whatever the polemics around ‘natural wine’ the 2015 edition of RAW was again hugely popular with consumers. Sunday is largely devoted to consumers, while Monday is reserved for the trade. By early afternoon there was a considerable queue of consumers waiting their turn to get in.

It was interesting tasting a number of white wines that had been fermented in amphores, especially when it was possible to compare the same wine made in a stainless steel vat. I found that the wine made in an amphore had tannins and structure and that are not normally associated with whites.

I’ll leave the polemics to others but I tasted good wines from Loire producers like Peter Hahn (Vouvray), Vincent Caillé, Clos de l’Elu, Domaine de Belle Vue (Jérôme Bretaudeau – Muscadet), Domaine de l’Ecu (Niger Van Herck – Muscadet), Domaine Saint Nicolas (Thierry Michon – Fiefs Vendéens), Château de Bois-Brinçon (Xavier Cailleau, Anjou), Domaine de Montcy (Laura Semeria – Cherverny/Cour-Cheverny), Bertrand & Lisse Jousset (Montlouis), Le Picatier (Christophe & Pialoux, (Vin de France from the Roannaise) and Vincent Caillé (Muscadet) plus Vincent’s joint venture (Vine Revival) with Christelle Guibert of Decanter magazine.

Christelle Guibert with the 2014 Terre de Gneiss

Christelle Guibert with the 2014 Terre de Gneiss

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Amy Lillard, La Gramière, Southern Rhône: demonstrating how relaxed and stress-free growing grapes and making wines is

Amy Lillard, La Gramière, Southern Rhône:
demonstrating how relaxed and stress-free
growing grapes and making wines is……

Ice cool

Ice cool

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It's all a question of balance....

It’s all a question of balance….


13 Commentaires

Réflexion sur l’oxydation et les goûts

Je sais bien que la plupart des amateurs aiment leurs vins jeunes et pleins de saveurs intenses, généralement proches du fruit et associées à une sensation tannique plus ou moins intense dans le cas des vins rouges. Parfois, je pense qu’il est un peu dommage que nous soyons de moins en moins nombreux à apprécier, également ou à côté, une toute autre gamme de sensations gustatives et olfactives: celles produites dans un vin par un contact plus prolongé avec l’oxygène en dose raisonnable. Très régulièrement, je constate un rejet de ce style par des gens qui parlent immédiatement de vins « fatigués », « madérisés », voire de vins « morts » ou « foutus ». Mais devons-nous systématiquement qualifier ainsi tout vin dont l’oxydation est prononcée?

Pour commencer à répondre, je pense qu’il y a dans cette affaire une part culturelle importante ou, si vous préférez, des habitudes de consommation qui forment nos palais ou, du moins, notre attente d’un vin. Quelqu’un du Jura, par exemple, est souvent bien plus ouvert à de telles sensations par sa pratique régulière du Vin Jaune. Il en va de même d’un amateur de Fino et surtout des types les plus vieux de Xérès, secs ou un peu moins secs, (Amontillado, Oloroso ou Palo Cortado). Michel Smith, grand connaisseur de ces vins, pourra en témoigner. Les Xérès de type Manzanilla, Fino, et Amontillado ont constitué mes premiers vins d’apéritif quand j’étais adolescent et autorisé à goûter à ces choses-là par mon père qui fut, pendant toute sa carrière civile, un wine merchant en Angleterre. Cette gamme de saveurs peut donc déclencher une sorte de réflexe « prousto-madeleinien » pour moi.

IMG_6798La bouteille qui a déclenché cette réflexion, bue en grande partie par moi samedi soir

Mais quand un vin n’est pas volontairement destiné à développer ce type d’odeur et de saveurs, que se passe-t-il et comment le juger? La bouteille qui figure dans la photo ci-dessus m’a été servie par un ami (Christian) à qui je l’avais offerte il y a plus de 15 ans et qui l’avait manifestement un peu oubliée !  Grâce à un ami mutuel (Jean-Paul) qui n’était pas présent, mais qu’il faut remercier, il a pensé à me le proposer. Il s’agit d’un chardonnay de la Hunter Valley (Etat de New South Wales, en Australie) et du domaine Wyndham Estate, qui appartient maintenant à Pernod Ricard. Le millésime est 1986, donc le vin n’avait que 29 ans, ce qui n’a rien de très impressionnant à côté d’autres blancs que j’ai pu déguster, notamment en Bourgogne chez Bouchard Père et Fils.  Le niveau était bas (milieu d’épaule) et la couleur, comme on le devine vaguement sur la photo, d’un ton ambre accentué, voire carrément brun clair. Je l’ai ouvert avec précaution mais le bouchon ne s’est pas désintégré. Néanmoins je pense que ce bouchon n’avait pas totalement rempli sa fonction première : garder le liquide à l’intérieur du flacon et l’air à l’extérieur.

Nous étions six convives. Les cinq autres ont goûté poliment ce vin, poussés peut-être par une vague dose de curiosité, car j’avais raconté que ce domaine avait été fondé par un lointain ancêtre du côté maternel (le nom de jeune fille de ma mère est Wyndham), parti dans ce qui fut « les colonies » pour chercher ce qu’il ne trouvait pas en Angleterre. Mais j’ai remarqué que leurs verres ne se sont que rarement vidés ! Était-ce le phénomène proustien ou bien l’honneur que je voulais faire à cet ancêtre, mais j’ai trouvé que non seulement ce vin n’était pas « mort », mais qu’il était bon et intéressant. Certes l’oxydation était très prononcée, mais il y avait encore du corps et de la fraîcheur dans les saveurs. Le fruit était du type cuit/sec, pas du tout sucré mais un peu amer, ce qui convenait très bien avec les asperges. J’en ai même repris à la fin du dîner avec un cigare, et cela fonctionnait bien aussi, le goût de rancio accompagnant les sensations du fumé végétal et l’acidité souple allégeant le palais.

Je n’ai pas vraiment la réponse à ma question du début, mais je crois que nous pouvons juger ce type de vin comme n’importe lequel autre : c’est à dire sur son équilibre et sur la sensation de finesse qu’il dégage. Evidemment il faut accepter de changer de champ de référence, comme on le fait quand on doit juger un Vin Jaune par rapport à un autre vin du même type. J’ai une collection de millésimes du Vin de Voile de Robert Plageoles (Gaillac) et, un jour, j’aimerais beaucoup les partager avec d’autres amateurs de ce type si particulier de vin.

Parfois on me sert des vins blancs jeunes ayant une oxydation assez prononcée. Il s’agit, dans certains cas, de vins issus de ce mouvement curieux et anachronique qu’on appelle « vins naturels ». Mais cela peut aussi être des vins blancs (de Bourgogne ou d’ailleurs) ayant souffert du problème connu sous le terme « premox« , ou oxydation prématurée. Dans ce cas le jugement peut être négatif (mais ne l’est pas systématiquement) car pourquoi masquer le fruit d’un vin jeune par une déviation involontaire dû à une absence de savoir-faire en vinification ? Avant tout, de tels vins doivent raconter autre chose que les assauts de leur ennemi public no:1, l’oxygène.

David Cobbold

PS. Comme mon article de la semaine dernière, qui était une blague et une caricature volontaire (ce que certains ne semblent pas avoir compris !), disait du mal des vins de Bourgogne, je reproduis ci-dessous une photo prise lors de ce même dîner de samedi dernier d’un délicieux vin de Beaune apporté par un des convives. Ce vin n’avait rien de mince, ni ne manifestait une acidité agressive et ne puait pas du tout le fosse à purin ! Je ne connaissais pas ce producteur mais il me semble largement digne de notre intérêt. Et cela fait aussi du bien de voir des étiquettes de Bourgogne qui ne sont pas affreusement moches !

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