Les 5 du Vin

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L’alcool et le vin : les raisins de l’escalade

Nous savons tous que le vin contient de l’alcool. Il fait même partie de sa définition officielle par l’OIV. Pour certains, ce composant constitue une bonne partie de l’intérêt du produit. Pour d’autres, comme moi, c’est plutôt un associé inévitable mais peu désirable qu’on aimerait voire disparaître, ou en tout cas diminuer en proportion.

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Si le degré d’alcool doit être affiché sur tout contenant et pour quasiment tous les marchés, il existe une tolérance quant à l’écart entre le pourcentage affiché et la réalité. En Europe cette « zone de tolérance » est de 0,5%, tandis qu’aux USA elle atteint 1% pour les vins qui dépassent 14% et 1,5% pour les vins ayant moins de 14%. Autrement dit, en Europe, vous avez le droit de libeller un vin ayant réellement 15% d’alcool avec une mention 14,5%, et on ne s’en prive pas.

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Cela dit, je ne suis pas un obsédé du degré. Le plus important est que le vin apparaisse équilibré et qu’il ne donne pas une sensation de chaleur sur le palais quand je le déguste. Il est vrai que certains vins de 12,5% peuvent sembler trop alcoolisés, tandis que d’autres de 14,5% donnent un bien meilleur impression d’équilibre et de fraîcheur. Je pense aussi qu’il est essentiel de déguster un vin avant d’apporter un jugement sur son équilibre et d’éviter de regarder les détails de l’étiquette en premier lieu.

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C’est un fait que le degré moyen de presque tous les vins est en hausse sensible depuis une bonne vingtaine d’année. Les taux d’alcool indiqués sur les étiquettes de bouteilles de vin tournaient souvent autour de 12,5 % alors et. en remontant bien plus loin, les grands bordeaux ne dépassaient que rarement les 11 degrés. Maintenant la norme pour ces vins est plutôt entre 13,5 et 14,5 degrés d’alcool. On parle souvent du réchauffement climatique comme étant largement responsable de ce fait. Mais les faits ne permettent pas de soutenir cette thèse. Une récente étude a analysé les vins distribués par le monopole de la province canadienne d’Ontario, le Liquor Board of Ontario (LCBO), qui est un des plus grands acheteurs de vin au monde. Quand les résultats étaient comparés avec les augmentations des températures moyennes dans les zones de production, les degrés d’alcool dans les vins avaient augmenté bien plus que ne pouvait être expliqué par des modifications climatiques. Il y a donc d’autres causes.

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Le marché mondial de vin croit aujourd’hui uniquement par l’apport de nouveaux consommateurs dans des pays qui n’étaient pas des marchés importants pour le vin il y a une génération. Ces consommateurs buvaient surtout  de la bière, des alcools forts et/ou des jus de fruits ou sodas, seuls ou en mixtures. Tous ces produits ont peu ou moins de tannins qu’un vin rouge traditionnel, et donnent toujours des impressions de rondeur ou de sucrosité plus importants que les vins d’autrefois. Puis des critiques de vins ont émergés dans ces pays, eux aussi venus de cette culture. Et ils ont encensé des vins ayant un caractère fruité prononcé et une rondeur venant d’une certaine richesse alcoolique. Alors on s’est mis, un peu partout, à cueillir les raisins plus tard et à imaginer des techniques pour maximiser l’extraction de saveurs  fruitées sans avoir ni trop d’acidité ni trop de tannins. Un des résultats de cela est une augmentation des degrés d’alcool. Et ce n’est pas totalement neutre pour le consommation du vin, qui chute en France pour plusieurs raisons, mais peut-être aussi un peu à cause de ces bombes alcoolisés dont on peine à avaler un verre.

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Bien sur le climat joue aussi un rôle. Les vins issus de climats chauds ont toujours tendance à contenir plus d’alcool. Le cépage aussi y contribue, car certains variétés ont besoin de rester plus longtemps sur la vigne que d’autres pour atteindre une pleine maturité. Certains génèrent naturellement plus de sucre que d’autres dans une même zone climatique. On voit cela avec le merlot à Bordeaux qui produit régulièrement des degrés bien plus élevés que les cabernets, et des vins de la rive droite qui atteignent les 15% ne sont plus des raretés. Une des conséquences et une augmentation de la part de cabernet franc dans beaucoup de domaines du secteur. Une autre variété qui est particulièrement problématique est le grenache. Je me méfie de plus en plus des vins du Rhône sud par exemple, à cause de leurs degrés qui atteignent régulièrement les 15% et qui peuvent certaines années largement dépasser ce niveau. C’est pour cela que je trouve la règle qui imposent pour l’appellation Côte du Rhône, par exemple, un minimum de 40% de cette variété  totalement débile et inadapté. De plus en plus de producteurs plantent des variétés moins productives en sucre, et l’INRA les aide en travaillant sur cette question et en produisant de nouvelles variétés comme le caladoc, le marselan ou le couston.

Cette réflexion générale m’a été inspiré par la dégustation récente d’un vin délicieux qui semble faire exception à la règle qui voudrait que bonne maturité va nécessairement de paire avec degré élevé.

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Il est vrai que les vins de Loire ont tendance à être nettement moins alcoolisés que d’autres. Mais nous n’avons pas beaucoup l’habitude d’une  touche aussi légère avec ce cépage. Cet exemple nous prouve qu’un vin peut être à la fois foncé de robe, tannique, frais, mûr, afficher moins de 12° d’alcool, et provenir  d’un millésime pas loin d’être désastreux, 2013.  On doit ce petit merveille aux Marionnet, père et fils, vignerons émérites et créatifs de Touraine. Les amateurs de vins de Loire connaissent bien ce nom qui nous a habitués depuis longtemps à ses sauvignons et gamays régulièrement délicieux. Cette fois, c’est le côt (mieux connu sous le nom de malbec) qui est à l’honneur, en version « non greffée », c’est à dire franc de pied et donc exposé au phylloxéra. Faut-il y voir une relation de cause à effet ? Peut-être, et on se fera un plaisir d’enquêter sur la question. En attendant, on a pris beaucoup de plaisir à croquer dans ce fruit intense et juteux, dans ces tanins fermes mais mûrs, parfaitement pris dans le fruit, avec une sensation de légèreté un peu paradoxale pour ce cépage réputé viril. Du bel ouvrage, et un tour de force vue les conditions du millésime. Une vingtaine d’euros qui se  justifient amplement. Et nous avons hâte de déguster le millésime suivant !

David Cobbold


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#Carignan Story # 263 : Zoé, à la rencontre de Fernand.

Zoé, c’est un prénom bien sympathique. Venu du grec, il désigne la vie, tout simplement. Mais c’est aussi le nom donné à la cuvée du (petit) négoce des frères Parcé. Elle existe depuis 5 ou 6 ans, peut-être un peu plus, et elle m’a toujours enchanté pour son approche directe, sans fioritures, son sens bien alerte du plaisir simple. Jusque-là, elle était plus ou moins dominée par le Grenache noir, le Carignan venant en appui avec probablement d’autres bricoles occasionnelles. Tirée la plupart du temps de raisins de la Vallée de l’Agly, côté Maury, elle a fait sensation dans les bistrots où l’on pouvait la siffler à moins de 20 € ou chez les cavistes où elle se situait autour de 6 €. Un vin à boire, quoi.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

L’autre jour, j’ai croisé Marc Parcé, devenu depuis longtemps son propre commercial, toujours aussi pressé au point qu’il m’a klaxonné pour que j’aille plus vite. Rien de plus normal, nous allions au même endroit, à son dépôt de Rivesaltes où, comme lui, mes amis et moi stockons les cartons de notre maigre récolte du Puch. C’est ainsi que j’ai échangé une bouteille de Puch 2013 contre une Zoé 2013. « Tu vas voir, me lance-t-il, grand seigneur… Cette fois, c’est du Carignan, un vin que j’ai dédié à Fernand Vaquer ». Fernand est un vigneron exigeant et légendaire natif du village de Tresserre, dans les Aspres, où sa belle-fille, la bourguignonne et volubile Frédérique continue l’œuvre lancée à la fin des années 80 par son mari, Bernard, le fils de Fernand. Un personnage que ce Fernand, toujours méticuleux, un peu râleur, aimant le travail bien fait à l’image de son père, Fernand 1er, rugbyman bien connu des années 1920, longtemps dirigeant émérite de l’USAP, l’équipe de Perpignan. Aujourd’hui au repos (il a bien plus de 80 ans), Fernand Vaquer fils a toujours été frotté au Carignan au point d’en faire le cépage emblématique de son domaine, préférant vendre ses bouteilles en Vin de Table plutôt que de respecter le règlement des Côtes du Roussillon qui imposait que l’on se détache du Carignan au profit de dame Syrah. Quand j’ai débarqué dans sa cave la première fois je m’étais fait copieusement engueuler parce que je manifestais l’envie de griller une cigarette. J’ai dû user de beaucoup de diplomatie pour continuer ma dégustation.

L'actuel Fernand, carignaniste convaincu. Photo©MichelSmith

L’actuel Fernand, carignaniste convaincu. Photo©MichelSmith

Ce Côtes du Roussillon Villages Zoé 2013 est irrévérencieux au possible pour la bonne raison qu’avec 80 %, il dépasse largement la dose tolérée par l’AOP. On le trouve notamment en vente sur le site des Caves du Roussillon. Comme souvent avec ce millésime, du moins c’est l’analyse que j’en tire, le vin issu du Carignan n’a pas la souplesse qu’on lui trouve d’habitude. Que l’on se rassure, il est toujours très frais et prometteur ce qui ne m’empêche pas de lui trouver un poil de dureté. Non pas une réelle verdeur, mais une forme d’âpreté que l’on pourrait attribuer aux tannins parfois végétaux du Carignan. Mais j’arrête-là car on pourrait croire à me lire que ce vin n’est pas intéressant. Or, c’est tout le contraire car le fruit tant désiré, le côté charmeur du Carignan, pointe le bout de son nez et ce vin devient bien plus souriant que la première impression pouvait le laisser penser. Tout cela s’atténue encore au bout de 48 heures, ce qui me rassure et me pousse à recommander de ne pas ouvrir cette bouteille – comme d’autres – avant que le vin ne fasse ses pâques en bouteille, c’est-à-dire d’ici Avril. Et puisque Avril est un peu proche, je conseillerai d’attendre le mois de Juin pour être sûr d’avoir un vin au top de sa forme.

Question solides, on restera sur de la viande (canard et agneau inclus) bien saignante, mais on pourra aussi ouvrir le flacon pas trop chaud ni trop froid (16°) sur une escalivade de légumes, façon Pierre-Louis Marin !

Michel Smith


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Salon des Vins de Loire 2015 sauvé par les bios…

Un peu comme dans une grande surface, on a planqué, comme la bidoche, la Levée de la Loire tout au bout du salon. Ce qui n’est pas bête ! Les aficionados organiques se sont vus obliger de passer devant les « rayons conventionnels » et bios, y en a parsemés dans les allées, pour rejoindre l’espace visé.
Ce qui est encore moins bête, c’est qu’ainsi l’offre s’est vue démultipliée.
En fait, ce qu’il faudrait, c’est que tous les « off » rejoignent les « in » pour faire de vrais gros salons où chacun pourra y trouver son bonheur sans devoir faire des kilomètres ou jouer à pile ou face le salon qu’il va visiter.

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Le truc sympa

Ce qui doit en horrifier certains, à moi me plaît. À l’image des salons bios, l’espace de la Levée de la Loire offrait une disposition simple et sans fioriture. Pas de tapis, chacun la même table et un contact direct avec le producteur.
Et à remarquer, jusqu’à l’an dernier ce même espace était occupé par un restaurant qui parfumait les allées proches d’un fumet de poisson qui empoisonnait chaque midi les dégustations. Le Salon des Vins de Loire est donc doublement gagnant, il a sauvé ses fesses et a assaini l’atmosphère du fond.
Ça n’a pas plu à tout le monde, il est vrai que ce monde-là était un peu étroit d’esprit…

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Une poignée de coups de cœur

Je me suis arrêté des deux côtés, on peut dire ça, on était scanné à l’entrée de La Levée, recensement pour fichage éventuel ou tout simplement estimation de l’intérêt porté.

Presque à l’entrée, Chaume 1er cru Domaine Cady 2013

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Un début en douceur, une robe doré cuivré, un nez miellé aux accents d’agrumes confits, du safran, de l’iode, bien encourageant tout ça.
Belle fraîcheur buccale, ce qui est indispensable dans ce genre de vin. Petite amertume au goût de gentiane qui renforce la pointe vive du moelleux, une tension minérale enrobée par une texture onctueuse. Agréable.
130 g de sucre pour une acidité de 5,5 g, les Chenin poussent dans des schistes.

 

Du côté obscur de la Levée, Authentique Franc de Pied 2013 Domaine Delesvaux

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Doré vert, il respire le miel de sapin. En bouche, il offre une acidité bien trempée qui booste les arômes de fleurs sèches et de feuilles mortes ce qui peut paraître curieux mais cette variation aromatique installe une atmosphère automnale particulière au sein de l’espace palatin. La forêt semble y pousser avec dans la foulée une multitude d’épices et de condiments de l’aneth à la cardamome e, passant par le poivre blanc et le cumin. Le fruit vient après et croque la poire et la pomme à cidre affermis de jus d’agrumes qui nous tinter les papilles. Ça décoiffe.

Du même côté, tant qu’on y est, Rochette 2012 Chinon blanc Domaine des Chesnaies de Béatrice et Pascal Lambert

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Le Chinon blanc est relativement rare, il doit représenter plus ou moins 3% de la production chinonaise. Ceux, parce qu’il en a plusieurs, de Pascal sont assez remarquables.
Doré pâle, il hume la menthe poivrée parfumée d’un rien de vanille et de guimauve. La bouche croquante séduit d’emblée par ses arabesques d’agrumes qui s’inscrivent dans la gelée de groseille blanche, un ensemble à la fois suave et frais qui nappe l’assise minérale aux impressions salées.
Les Chenins poussent dans des cailloutis calcaires.

Retour de l’autre côté du scan, on y passe en entrant et en sortant, La Romana 2013 Bourgueil Domaine des Ouches

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Un vin particulier vinifié en bac ouvert de 4 hl, pigé à la main, macéré pendant 15 jours et élevé en amphores de 150 litres pendant 1 an.
Robe rubis cramoisi, nez de petites prunelles légèrement musquée et teintée de cassis, à l’aveugle on dirait plus volontiers Pinot Noir que Cabernet Franc. Bouche très arrondie avec une tension superbe avec un chapelet de notes fruitées tout aussi superbe, cerise, cassis, airelle, myrtille soulignés d’un liseré de réglisse. Très élégant.

Pour une future expérience, Valençay au carré Domaine Minchin

 

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Au carré pour le blanc et le rouge qui sera au cube quand j’y ajouterai le fromage éponyme.
Le blanc, le Claux de Delorme 2014 délicatement doré est floral à souhait, fougère et aubépine sont loin du Sauvignon variétal qui m’insupporte, l’écorce de citron vient après avec un fifrelin de bourgeon de cassis pour ne pas trop dépayser les fans du cépage. La bouche tendue avec de l’onctuosité charme définitivement les papilles.

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Le rouge le Claux Delorme  de 2013 rubis pourpre avoue un fruit sombre et gracieux qui se retrouve en bouche. Cette dernière à peine tannique souligne les cerise, prunelle, framboise et mûre de cumin et de poivre aidé d’une splendide fraîcheur.
Le Claux assemble 40% de Gamay et de Côt complétés de Cabernet Franc et Pinot noir.

Retour tout au fond, Coëf 2013 Saint Nicolas de Bourgueil de Nicolas David

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Grenat carminé, le nez débute avec une charge d’épices non négligeable puis passe aux fruits rouges et noirs de la groseille à la mûre et au sureau. La bouche joliment tendue propose des tanins déjà incroyablement fondu dans la masse fruitée, mais suffisamment présent pour offrir de la texture. Puis le vin nous entraine dans un monde de saveur délicate, un peu comme Alice qui change de monde, nous pénétrons derrière le miroir aromatique d’un vin élevé en dolium, mélange de raisins secs et de raisins frais, d’écorces d’agrumes et de gelées de fruits, d’épices orientales, de fleurs sèches, très séquentiel, il nous fait plonger au plus profond de son sein. Les Cabernet macèrent 90 jours.

 

On se quitte avec des similitudes bizarres…

Ciao

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Marco


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Le bois, qu’est que ça me chauffe !

Provocation ? Sempiternel marronnier ? Serpent de mer éculé ? Sujet vieux comme le monde ? Ou simple envie de me lâcher, de buzzer tant le thème provoque de débats enflammés sur les réseaux sociaux ? On pourra penser ce que l’on veut sur la démolition en règle de cette mode boisée qui perdure depuis les années 80, c’est-à-dire depuis que je me suis senti attiré par la découverte du vin, toujours est-il que je m’étonne encore moi-même du rôle de l’éternel offusqué que je joue sans mal tant il m’arrive d’être révolté par ce sujet passe-plat ou passepartout qui relie le vin au bois. La cause de mon ire se nomme « Wine & Barrel », in French dans le texte comme toujours chez nous lorsque l’on veut faire un tant soit peu international, un rien amerloque, comme s’il s’agissait de copier Hollywood pour se faire entendre. Ce truc, sous-titré Alliances du Monde (à moins que ce ne soit le nom de la société qui l’organise, sise dans le Mâconnais) dont on m’annonce par communiqué interposé la prochaine troisième édition (en Octobre, on a donc le temps, mais avant il faut bien agiter le clan des pigeons…), se tiendra à l’Abbaye de Noirlac « au cœur des plus belles futaies de chêne d’Europe, en lisière de la Forêt de Tronçais ». Et ce machin, vous l’aurez deviné, n’est rien d’autre qu’un énième concours mettant en scène mon cher pinard !

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Entendons-nous bien : je ne suis pas contre l’usage de barriques, demi-muids et autres foudres de diverses contenances. Il se trouve que j’ai voyagé dans le monde du vin et que j’ai pu constater, de mes yeux vu, ainsi que de mon nez et de mon palais, que l’usage du bois plus ou moins modéré, surtout quand il est de noble origine, bien séché et bien utilisé par des orfèvres en tonnellerie, peut apporter un supplément d’âme au vin. Bien entretenue, bien nettoyée, bien utilisée parfois même sur une dizaine d’années, bien pensée, ajouterais-je, une pièce classique bourguignonne, ou bien une double barrique bordelaise ou encore une pipe portugaise peut offrir à certains vins le contenant idéal. Soit, là n’est pas la question et je ne cherche pas à vous imposer la ritournelle qui a bercé mon parcours journalistique dans le vin sur l’utilité du mariage d’essences forestières au jus de raisin fermenté ou pas. En abordant le thème, ce ne serait que cliché et déjà-vu.

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Et si je tentais malgré tout une nouvelle fois d’aborder un tel débat, il serait faussé à l’avance dans la mesure où je suis capable de tomber moi-même dans le panneau d’un cru élevé en fûts de chêne neufs 24 mois et plus, comme je suis capable de dégueuler en ingurgitant un vin élevé de pareille manière dans une cuve en plastique alimentaire. Bien entendu, il en va de même pour un vin non boisé, un vin sulfité ou pas, un vin bio, un vin rosé, un pet’nat, je ne sais quelle catégorie encore. Un jus de chaussette reste un jus de chaussette. Ce qui compte en priorité, c’est le vin avec tout ce qu’il peut avoir d’agréableet de sublime à me raconter. Le bon vin en somme.

©Tonnellerie Radoux

©Tonnellerie Radoux

Alors, pourquoi vais-je maudire un tel concours, un de plus ? C’est que quelques petites choses pouvant paraître par ailleurs insignifiantes me choquent dans la démarche de ces messieurs-dames d’Alliances du Monde, concours auquel je ne saurai participer même en étant payé. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

-D’abord, l’outrecuidance de la démarche, cette sorte de désinvolture à présenter une idée selon laquelle on voudrait laisser croire qu’il n’y a d’excellence qu’au travers d’une forêt de chênes bien dressés, fussent-ils centenaires ou pas. Cela me rappelle la remarque innocente d’un arriviste notoire – et catalan-mondain de surcroît – qui déclarait un jour à la télé que, si à 50 ans on n’avait pas sa Rolex, alors on avait en quelque sorte raté sa vie ou quelque chose du même acabit. Certes, le mec a reconnu plus tard sa connerie, mais c’était tellement péremptoire comme remarque que ç’en est resté longtemps inscrit dans la mémoire collective de la crétinerie estampillée vingt et unième siècle. Eh bien là, c’est un peu pareil : « Tu n’es pas grand cru mon gars si tu n’as pas ta barrique » !

Qu'est-ce qu'on s'ennuie avec le bois...Photo©MichelSmith

Qu’est-ce qu’on s’ennuie parfois avec le bois…Photo©MichelSmith

-Suite logique, que l’on soit journaliste, critique, vigneron, sommelier, caviste ou amateur, il est inévitable de penser que, puisque de tous les façons des vins vont se présenter pour concourir, je pense surtout aux nombreuses coopératives avides de médailles, cela ne va pas manquer d’inculquer dans l’esprit des gens mal pensants (ma pomme, par exemple) que l’on officialise l’idée qu’un vin, pour être jugé bon, doit être boisé, élevé sous bois pour faire plus hypocrite. En effet, je vois mal une médaille d’or remise à un vin qui aurait parfaitement intégré ou digéré son bois au point que l’on ne ressente pas la moindre effluve de vanille, d’eucalyptus, de clou de girofle, de goudron ou de noix de coco à son contact. Est-ce l’intensité de la présence du bois, son goût de sciure fraîche ou son toastage que l’on va juger en priorité dans le vin ? Ou, au contraire, sa discrétion plus ou moins totale ? Est-ce son élégance ou la fermeté de ses tannins boisés ? Rien que de lire les notes des membres du jury, cela va valoir son pesant de chips en sachets.

-Enfin, j’ai des doutes plus que sérieux sur l’organisation pratique d’un tel concours. Outre le fait qu’il va falloir payer une inscription de 180 € TTC par cuvée présentée, sans compter les frais d’expéditions (6 bouteilles) et les suppléments pour obtenir la « synthèse des commentaires de dégustation », le seul document exigé, hormis un bulletin d’analyse, sera une « attestation d’authenticité sur l’honneur de l’élevage traditionnel en fûts de chêne ». Cette simple idée d’élevage « traditionnel » en fûts me laisse perplexe. Qu’entends-t-on donc par là ? Du chêne américain ou du Limousin ? De la barrique de 225 litres ou double-barrique ? Un élevage de 6, 12 ou 24 mois ? Du chêne neuf ou d’occasion ? Et pourquoi pas du noisetier ou du châtaignier ? On peut avoir une idée (vague) de ce qu’il faudra faire pour gagner quelque chose en consultant ici le « Top 10 » des vainqueurs de l’an dernier. Vous n’avez pas d’idée ? Moi, si.

Vieux, c'est mieux ? Photo©MichelSmith

Vieux, c’est mieux ? Photo©MichelSmith

Il y a bien d’autres questions à poser sur ce genre d’événement. La principale serait de se demander ce que vient faire dans une telle galère la pourtant très sérieuse Revue des Œnologues où j’ai signé jadis plus d’un article ? À moins qu’elle ne soit partie prenante dans le fric qu’une telle manifestation est en droit de rapporter. Tout cela sur le dos de vignerons qui, une fois de plus, vont dépenser le peu d’argent qu’ils gagnent appâtés par le gain de quelques médailles en papier collant qui feront vendre les cuvées à d’autres gugusses dupés par l’or. Boisez, boisez, boisez donc, il en restera toujours quelque chose…

Michel Smith


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Hervé le Grec

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Notre ami et confrère Hervé a planté sa tente en Grèce.
Pour nous montrer quelques échos de ses pérégrinations, il nous a envoyé deux photos de Crète où il a séjourné avant de rejoindre le continent.
Espérons que bien vite il nous reviendra chargé de belles histoires et autres anecdotes sur le pays de … je vous laisse le choix, d’Héraclite d’Éphèse à Nana Mouskouri, les personnalités chères à nos cœurs ne manquent pas…

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Marco

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Various items: supporting ‘Champagne Jayne’, 15-year ban for Gundlach, Sauty de Chalon to be hit with 350K fine

Fund raising site

Fund raising site: http://www.gofundme.com/jaynevgoliath

Fund launched to help Jayne Powell ‘Champagne Jayne’ to fight Champagne authorities 

From the site:
‘Champagne Jayne has spent many years of her life promoting and supporting the Champagne industry by educating and entertaining people from all parts of the world about Champagne. Despite her passionate efforts and support of the Champagne industry she is now being sued by the Comité Interprofessionnel du vin de Champagne (the CIVC) for deceiving and misleading conduct.

As a result of this disgraceful bullying by the CIVC, Champagne Jayne is being forced into bankruptcy. Champagne Jayne is an independent, creative professional being driven out of business by a powerful, global organisation, which has an abundance of funding and an expensive team of lawyers.

Champagne Jayne’s supporters have rallied together to create a fundraising campaign that will specifically raise enough funds to get a top gun negotiator for mediation and for closing, a QC or very assertive litigation lawyer to fight this Jayne vs Goliath battle against this disgusting behaviour of the CIVC.

Please help Champagne Jayne fight this outrageous battle by pressing the ‘Donate Now’ button and then share this campaign on social media. As a precedent not only will you be helping Champagne Jayne but also other businesses facing the same fate as a result of the bullying tactics of the CIVC.

In advance, we thank you deeply from the bottom of our hearts.

Press articles: www.decanter.com/news/wine-news/587838/trial-of-champagne-jayne-halted-for-trademark-talks

Coverage of court case on Jim’s Loire:

Day 4: http://jimsloire.blogspot.co.uk/2014/12/civc-v-champagne-jayne-day-4-fizzical.html 

Day 3 (with links to Days 1 and 2): http://jimsloire.blogspot.co.uk/2014/12/fizzical-battle-day-three-round-3-civc.html

 

The much appreciated English sparkling wine – 2008 Pinot from Chapel Down that we chose to celebrate our Father's life on Friday in preference to Champagne.

The much appreciated English sparkling wine – 2008 Pinot from Chapel Down that we chose to celebrate our Father’s life on Friday in preference to Champagne.

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Portrait of a scam maestro

Ken Gundlach: portrait of a scam maestro

 

Scam maestro Kenneth Gundlach banned for 15 years
31-year-old Kenneth Jean Pierre Gundlach, director of Bordeaux Fine Wines Ltd and number of other companies, has been banned from being a UK director for the 15-year maximum period.

Gundlach’s wine investment company Bordeaux Fine Wines Ltd failed to buy at least 1,750 cases of fine wine sold to its clients as an investment. Investors handed over at least £9.3 million for wine that was never bought.

Instead Gundlach plundered the company’s funds receiving dividends of at least £10.3 million. Gundlach used this money to fund his lifestyle, which included a £2.7 million house in Surrey, expensive cars, racehorses, including the Bunbury Cup winner Field of Dream and the appropriately andhesontherun, private jet hire, and designer clothing and jewellery.

Bordeaux Fine Wines Ltd was formed in September 2008 with Gundlach as the sole director and sole shareholder – £1 of share capital. Gundlach operated a boiler room in central Croydon. In 2012 the firm’s turnover was £19.3 million.

The company was wound up in the public interest on 26 February 2014.

Commenting on the ban Paul Titherington, Official Receiver in the Public Interest Unit, said.

“It was Mr Gundlach and his salesmen who benefited from this company rather than its honest investors.  He continued to sell wine when he knew he had failed to fulfil earlier sales.  Anyone showing such blatant disregard for commercial morality should expect to be banned from running any limited company for a lengthy period time.”

Gundlach was also a director of Invest in Storage Ltd (dissolved February 2014), Capital Wealth Venture Ltd, Sales Recruit Ltd, formerly Dmlg Ltd providing investor leads, Driving Made Simple Ltd (dissolved November 2014) and Hunter & Reynolds Ltd (dissolved February 2014).

Hunter & Reynolds Ltd was registered at the Croydon boiler room address.

The company claimed to be ‘an independent investment brokerage, which specialises in fully managed, high yielding, asset-backed investments’. Although the company was not authorised to give financial advice. anyone interested in a SIPP (Self-Invested Personal Pension) was invited to phone the sales team.

Will the Fraud Squad shortly be fingering Mr Gundlach’s collar?

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Emeric Sauty de Chalon

Emeric Sauty de Chalon

Talking a having your collar fingered by the authorities, it would seem that French law is finally catching up with poor Emeric (known as Emetic to his many friends) Sauty de Chalon, as the Paris Bourse authorities have slapped a 350,000 € fine on him. Couldn’t have happened to a nicer chap!!

‘Les ennuis de Sauty continuent
Le gendarme de la Bourse a requis au total 350.000 euros d’amendes mercredi contre la société de vente de vins en ligne 1855 et son ex-dirigeant Emeric Sauty de Chalon épinglé pour ses publications financières entre 2010 et 2012.’

……

‘Pour sa défense, M. Sauty de Chalon a estimé que l’AMF a procédé à une « très très belle réécriture de l’histoire », insistant sur le fait que la situation du groupe n’était pas la même il y a cinq ou six ans, notamment avant le retrait des actionnaires majoritaires.

Il a indiqué qu’il s’est battu pour faire vivre cette société qui a vendu pour 150 millions d’euros de vins en 20 ans et qu’il n’a jamais tiré profit de la situation.

Philippe Blanchetier, l’avocat de la société et de M. Sauty de Chalon, a quant à lui invité la Commission des sanctions de l’AMF, qui doit désormais délibérer et rendre sa décision dans les prochaines semaines, à dispenser M. Sauty de Chalon de toute sanction, du fait notamment de sa difficile situation financière.’

 See Le Figaro.


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Climats de Bourgogne à l’UNESCO : pour quoi faire ?

Si on m’avait posé cette question il a peu de temps, j’aurai été tenté de répondre par une moue dubitative, voire un peu dérisoire. Est-ce que la Côte d’Or a besoin d’une reconnaissance accrue, elle qui vend ses vins à prix d’or, justement ? Mais j’ai bien changé d’avis, ayant maintenant un avis très positif envers cette candidature et toute la démarche qui l’a précédée. Car cette démarche a démarré à peu près à la base et a surtout eu la bonne idée d’impliquer tous les acteurs, non seulement de la filière vin, mais de la région et au-delà. Le dossier de candidature des Climats de Bourgogne, qui a été préparé sur une période d’environ sept ans, est remarquablement compréhensif et a été mené avec intelligence et, pour l’essentiel, sans arrogance par le comité qui en a la charge. Cette candidature d’une partie du Bourgogne viticole représentera la France, avec celle de la Champagne, devant les responsables du classement des sites remarquables culturelles et mixtes à la réunion de l’UNESCO, qui aura lieu fin juin/début juillet en Allemagne cette année.

climats candidature

Pour mieux comprendre les enjeux, un bref regard sur l’histoire de ce classement international du Patrimoine Mondial s’impose. Tout a commencé dans les années 1960 avec la construction du barrage d’Aswan en Egypte. Devant la menace que l’inondation qui allait suivre faisait peser sur une série de temples et de tombeaux historiques, dont celui d’Abou Simbel est le plus connu, une solidarité internationale a permit d’en sauver une bonne partie, en remontant les temples ailleurs, parfois dans les pays ayant fourni les fonds. En 1972, Les Nations Unis, largement sous impulsion américaine, a adopté le principe d’une charte pour désigner des sites remarquables, aussi bien culturels que naturels, dans une liste officielle de Patrimoine Mondiale, administré par the United Nations Educational Scientific and Cultural Organisation (UNESCO) qui était aussi chargé d’allouer des fonds à leur préservation, si nécessaire. A ce jour, 1007 sites ont été classés, et dans 161 pays différents. Parmi eux, j’ai réussi à compter seulement 13 qui proviennent de régions viticoles (la liste de ces 13 se trouve en bas de cet article), en tout cas ayant une activité principale ou partielle liée à la vigne, mais je peux me tromper car je n’ai trouvé aucune site que les recense complètement.  Trois d’entre elles, pour l’instant, sont en France : La ville de Saint Emilion et ses environs, Le Port de la Lune à Bordeaux, et le Val de Loire. Nul doute que la Côte d’Or, sous sa partie désignée comme « Climats de Bourgogne », mériterait ce classement tout autant.

climat-bourgogne

Il est significatif, dans le contexte viticole, que la Bourgogne ait choisi d’inclure dans le titre de son dossier de candidature un mot qui nécessite quelques explications, et qui a entraîné des travaux d’historien pour en tracer les origines. Car ce mot climat, qui désigne aujourd’hui une parcelle a vocation viticole, a eu des significations un peu différentes à d’autres périodes. A l’origine il s’agissait de toute un région ou coteau, et pas nécessairement contenant que de la vigne. Mais les bourguignons prétendent être les seuls ayant mis en évidence le rôle précis de chaque parcelle dans la nature des vins qui en sont issus. Je pense que plusieurs régions d’Allemagne, de la Suisse ou de l’Autriche peuvent en dire autant, car toutes sont héritières de la même culture monastique. Mais le débat n’est pas là, même si cette partie contient un grain d’arrogance qui me gêne.  Il est en revanche indiscutable qu’en France c’est la bourgogne qui a poussé ce bouchon le plus loin. Mais est-ce que les français savent vraiment que le vin existe ailleurs, et parfois depuis plus longtemps qu’en France ?

carte bourgogne

La semaine dernière, le comité en charge de ce dossier a eu l’excellente idée d’organiser à Paris une colloque de deux jours autour de thème suivante : « La valeur patrimoniale des économies de terroir comme modèle de développement humain ». On pourrait craindre que cela ne verse dans le pompeux, mais ce ne fut nullement le cas. Et ce n’était pas, non plus, une longue plaidoirie pour cette candidature bourguignonne, car les organisateurs ont eu la grande intelligence d’ouvrir très largement le débat et le contexte. Des conférenciers sont venu d’une douzaine de pays différents et ont présenté des cas très variables, dont beaucoup provenaient non pas de pays riches et de régions connues comme le binôme France/Bourgogne, mais de pays pauvres, parfois très pauvres ou en développement. Et les autres productions agricoles n’avait que peu à voir avec le vin : ylang-ylang, riz, safran, tourisme et production arganier ont fait partie du menu. Les thèmes ont touché non seulement au sujets attendus comme patrimoine et conservation, mais aussi aux choses vivantes comme les sociétés traditionnelles et leur survie, les croyances, les bénéfices économiques, les difficultés de gestion, la nécessité de mobiliser et d’animer tout le monde autour d’un projet et, à la suite d’un classement, les dangers d’un trop plein de touristes dans certains cas.

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Dans le cas de cette candidature bourguignonne, un seul exemple suffira d’illustrer l’utilité d’impliquer et de mobiliser un spectre large d’acteurs autour du projet. Pendant longtemps, une guerre à peine larvée à opposé vignerons et autres habitants de la Côté d’Or aux exploitants des carrières de pierre locales, notamment autour du village de Comblanchien. Mais cette pierre est mondialement célèbre et aura probablement prochainement une protection d’appellation. Les projet Climats a donc inclut les carrières dans les opérations de communication en organisant un spectacle dans une carrière qui a attiré plus de 4,000 personnes en juin dernier. Car cette pierre est bien là, sous les vignes, mais parfois aussi en évidence, et il ne faut jamais oublier qu’elle a bâti toutes les édifices remarquables de cette région, qui sont largement mis en avant dans le dossier de candidature. Elle fait donc partie intégrale de l’identité du lieu.

Ifugao rice terracesIfugao terrasses de riz dans le nord des Philippines : un exemple non seulement d’une site remarquable classé par l’UNESCO, mais aussi d’une tentative de préserver une mode de vie fragilisée, ce qui n’est probablement pas le cas de la Bourgogne viticole.

Mais à quoi peut bien servir une candidature à ce classement de sites remarquables ? D’abord à faire prendre conscience, par la population et par les gouvernants d’une région, voire d’un pays, des atouts de leur environnement et héritage, et, du coup, à en prendre meilleur soin à l’avenir. Mais aussi à impliquer toute la population locale dans cette démarche et du coup créer un lien démocratique qui manque si singulièrement dans bon nombre de pays. Dans le cas de la Bourgogne et la Côte d’Or, les effets commencent, très timidement, à se faire sentir : par exemple les panneaux souvent disgracieux, parfois un peu drôles, qui chaque syndicat d’appellation a cru bon apposer aux entrées des villages ont été remises dans un musée. Il reste le chantier, bien plus considérable, des abords des villes et villages qui, comme partout en France, ont été mités par des zones commerciaux et industrielles qui font que plus aucune ville ne possède une identité propre par ses autours, et la Bourgogne n’en fait pas exception. Mais il ne s’agit pas pour autant de « muséifier » les régions classées : juste de trouver un juste équilibre entre pression commercial sans états d’âme et à court terme et vision plus holistique des avantages et du caractère de telle ou telle zone. En cela, et si le vignoble, les villages et villes de la Côte d’Or obtenaient le classement, cette région deviendrait un laboratoire formidable pour une gestion dynamique et réfléchie d’un patrimoine culturelle et viticole qui reste assez exceptionnelle, même si on peut légitimement considérer que la plupart des vins de Bourgogne ne valent pas toujours leurs prix actuels !

Lors de ce colloque, des interventions et plaidoiries de quelques hommes brillants, comme Erik Orsenna ou Jean-Robert Pitte, ont donné une vision large et ouverte sur le monde des aspects humains et culturelles de cette question des sites exceptionnelles, sans jamais l’enfermer dans un discours prétentieux ni vantard. A ce ton raisonnable mais passionné qui a régné pendant ces deux jours, la présidence d’un homme aussi attentionné et modeste qu’Aubert de Vilaine n’y est certainement pas étranger.

Oui, je soutiens la candidature des Climats de Bourgogne, comme je soutiendrai celle d’une région ou pays bien plus modeste, dès lors qu’elle s’avère capable de produire, sur le long terme, un produit qui fait vivre une région sans l’abîmer, et de donner envie aux autres de faire de même.

David Cobbold

 Annexe : liste des 13 sites classés au Patrimoine Mondiale de l’UNESCO et ayant un lien essentiel ou partiel avec une région viticole.

France : Bordeaux (Port de la Lune). St. Emilion, Val de Loire

Italie : Cinque Terre, Langhe/Monferrato(Piemonte), Val de l’Orcia (Siena), Costa Amalfina (Salerna)

Portugal : Haut Douro, Pico (Azores)

Allemagne : Haut Rhin moyen

Autriche : Neusiedelersee-Burgenland

Hongrie : Tokay

Suisse : Lavaux

(et cela fait maintenant 13 !)

 

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