Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 270 : allez, encore un effort…

Quelques fois je suis pris de découragement. Je me dis que je pourrais mettre la clef sous la porte, que ce serait beaucoup plus simple pour moi de ne plus rien écrire, de ne rien faire, de profiter de mes vacances toscanes sous les regards protecteurs de mes saints voisins, Domenico et Caterina. Laisser les choses glisser sur mon cuir tanné par les ans et, tout simplement, vagabonder corps et âme. Faire comme mes confrères qui, lorsqu’ils sont en vacances, donnent parfois sur le registre du strict minimum syndical. Commencer par dresser une liste de choses à ne surtout pas négliger, comme siroter mon Campari-soda un peu plus à l’ombre que d’habitude, oublier le Carignan, penser à goûter les pici au ragoût de lièvre, dénicher un bon Sangiovese ne dépassant pas 10 €, passer boire une tasse de chocolat chaud chez Nannini (le roi du café), écouter les musiciens du Tubo, m’asseoir sur le marbre bien frais pour lire un chapitre de mon Livre de Poche en tirant sur mon mini Romeo y Julieta… En voilà des choses à faire en cette bonne ville de Siena, des choses faciles, belles, capitales et urgentes.

Siena, vue du Jardin botanique de l'Université. Photo©MichelSmith

Siena, vue du Jardin botanique de l’Université. La pluie menace… Photo©MichelSmith

Au lieu de ça, je rumine. Je pense à entretenir cette satanée rubrique que personne ne songe à lire. Tiens, par exemple, je me questionne encore sur le rôle parfois excessif que jouent certains œnologues dans la conception d’un vin. La chose n’est pas nouvelle et pourtant elle alimente encore les pensées du vieux critique en vins que je suis devenu. Sujet bateau, s’il en est, marronnier de toujours, débat insoluble mais pourtant capital.

Il y a quelques mois, je m’étais énervé ici même sur un Carignan que je trouvais mal fagoté, Les Jamelles, acheté à un prix très raisonnable dans un magasin des Corbières : le vin puait la noix de coco et cela avait eu le don de me mettre hors de moi d’autant plus que je savais que j’allais recevoir, à ma demande, des échantillons d’une autre cuvée de Carignan conçue par le même œnologue bourguignon, Laurent Delaunay, acclamé un peu partout, surtout dans les pays anglo-saxons, comme un talentueux créateur de vins. Pis, il m’avait été recommandé par un ami vigneron qui le savait « fou de Carignan ».

Mais avant d’aller plus loin, voici un petit avant-goût de ce qui m’attendait au travers du site d’une des maisons que l’oenologue sus mentionné a créé : « Convaincu par le formidable potentiel des terroirs du Languedoc, c’est en 2005 qu’il (Laurent Delaunay, ndlr) rachète la Maison Abbotts, créée en 1996 à Marseillette, près de Carcassonne par la jeune et talentueuse oenologue australienne, Nerida Abbott. Séduite par la région et la diversité de ses terroirs, animée par une grande rigueur et une infinie précision, elle a toujours travaillé à produire les meilleurs vins des appellations du Languedoc-Roussillon ».

Je me lance donc en compagnie de quelques amis, et les vins d’Abbotts & Delaulay sont placés au milieu d’une dégustation informelle où se trouvent quelques crus du Sud. Les trois échantillons de Carignan, en Vin de France, sont goûtés en tentant d’effacer de mon esprit les reproches passés. Cela commence par un 2012 où, rebelote, le goût de vanille teintée de noix de coco se met en avant, certes de manière un peu moins caricaturale que lors de ma dégustation des Jamelles, mais suffisamment pour me choquer.

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Qu’à cela ne tienne, je laisse passer l’orage. J’attaque le second échantillon, version 2011 du même vin : là, j’admets que la matière s’impose avec plus d’ambition. Mais la puissance arrive telle un tsunami et déroule son tapis de planches macérées à l’alcool. Un bon point tout de même puisque la fraîcheur semble faire surface… Las, avec le 2010, on tombe de nouveau dans les mêmes travers avec ce yukulélé exotique pour moi insupportable. Il y a bien du fruit en finale, mais aussi un paquet de bois carrément inhospitalier.

Mes camarades trouvent que j’exagère un peu. Ils me font remarquer que cette série est certes « commerciale », mais techniquement bien faite. Alors…

Alors, quelques semaines plus tard, avant d’aller boire mon café au bar Il Palio sur la fameuse place du Campo, je jette à nouveau un coup d’œil sur le site de la maison australo-languedo-bourguignonne Abbotts & Delaunay histoire d’en savoir un peu plus. Est-ce le même Carignan 2012 qui compose la cuvée Alto Stratus mise en avant sur le site ? Bien que n’ayant pas noté ce nom de cuvée sur mes petits papiers, je n’en doute pas. « La vendange est manuelle, et faite seulement avec des raisins mûrs. 40% de la vinification est faite traditionnellement, et 60% à partir de vendange entière. L’élevage est de 9 mois, 60% en fûts et 40% en cuve inox afin d’apporter de la fraîcheur. A la dégustation, on aperçoit une robe foncée et vive. L’Alto Stratus a un nez légèrement sauvage et végétal, avec des notes de rhubarbe, de réglisse, de pain d’épice et de poire. Son attaque est très ronde et gourmande. Ses notes crémeuses et fruitées rappellent le clafouti aux griottes acidulées de mon enfance ».

J’en déduis que je dois me faire trop vieux, qu’il est temps que j’arrête, que je laisse tomber le pinard et que je me mette à l’aquarelle une bonne fois pour toute. Cerise sur le clafoutis, ce vin fort nuageux est commercialisé sur le site maison à 19,50 € la bouteille ! On m’annonce que Bettane et Desseauve l’avaient (trop généreusement ?) noté 14,5/20. Je ne sais pas pourquoi, mais cette dernière précision me rassure… Ciao tutti !

Michel Smith


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BOOM BOOM ! Washington State

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J’y fus il y a déjà un paquet de temps. Arrivé de nuit à Seattle, une ville bien arrosée… par la pluie, 1 mètre par an, avant de franchir la Chaine des Cascades et de découvrir un désert (26 mm/an) dont l’une des seules sources d’eau est la Columbia River. En fait c’est un fleuve qui se jette dans le Pacifique et qui arrose autant les cultures maraichères que la vigne et les piscines. Des souvenirs un peu enterrés au fond de ma mémoire qui BOOM BOOM ont ressurgit lorsque j’ai ingurgité le vin de Charles Smith !
À tourner le verre devant les yeux, je revoyais ce paysage aride couvert d’une végétation sèche qui faisait penser à une brosse en chiendent. Le fleuve large comme un bras de mer, le sempiternel steak de saumon au déjeuner comme au dîner, les micro-brasseries qui affichaient Belgian Style Beer et bien sûr les appellations traversées. Walla Walla et Yakima avaient une consonance particulière à nos oreilles d’Européens, Horse Heaven et Red Mountains un air de western à la John Wayne (célèbre acteur US pour les plus jeunes qui n’en ont jamais entendu parler).

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Jolie madeleine de Proust comme l’ont évoqué mes acolytes des 5.
Walla Walla…

wa_ava_mapPour ceux qui hésitent quant à la situation géographique de l’État de Washington (rien à voir avec Washington DC), c’est écrit en petit sur la carte ci-dessus: la Colombie Britannique est au Nord, l’Idaho à l’Est, l’Oregon et son Pinot Noir au Sud, l’Océan Pacifique à l’Ouest.
Mais parlons du vin de Charles…

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Syrah 2012 Washington State Charles Smith

Grenat nuancé de pourpre, le nez chaud d’épices comme une évocation du désert où il pousse. Poivre de Cayenne et pincée de harissa masquent un temps le fruit qui Boom et reboom se veut explosif. Le vin a toutefois un peu perdu ce mordant de la jeunesse au profit d’un profil aromatique plus complexe. La suavité de la bouche en fait un vrai charmeur, boom boom, il emballe qui le savoure. Généreux, il offre sans retenue confiture de prune sombre et gelées de myrtille et de burlat, voilées d’une volute de fumée qui emporte le parfum délicat mais prenant d’un pois de senteur. Un ensemble gourmand dont le volume juteux occupe sans vergogne tout l’espace palatin.

Les 97% de Syrah et les 3% de Viognier, dont les plus vieux ont été plantés en 1980, sont vinifiés ensemble et issus de différents terroirs qui varient sols et climats, du sable aux graviers, de la douceur des rives de la Columbia River à la fraîcheur des Rattlesnake Mountains, qui culminent à 1.100 mètres. Le vin est élevé sur lies jusqu’à l’embouteillage.
Pour les techniciens: sucre résiduel: <1 g/L – pH: 3,88 – TA: 6,0 g/L – Alcool: 13,5 %

Mais qui c’est ce Charles ?

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Charles Smith a grandi près de Sacramento, en Californie, et a commencé très tôt à voyager à travers le monde en raison d’une mère galloise et d’un père français. Lorsqu’il en a eu l’opportunité, Charles s’est installé au Danemark où il a passé 9 ans à manager et tourner dans toute l’Europe avec le groupe de rock « The Raveonettes ». Boire et manger sur la route est devenu un catalyseur pour sa passion du vin, ce qui a déclenché la carrière qu’il a aujourd’hui.

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En 1999 il s’installe à Walla Walla, dans l’Etat de Washington, et produit son premier millésime en 2001. Depuis, tout s’est accéléré: en 2008 il est reconnu par le Wine and Spirits Magazine comme « Domaine de l’Année » et élu parmi les « Meilleurs producteurs des 10 dernières années ». En 2009 le Food & Wine Magazine le nomme « Producteur de l‘année »; en 2010 le Seattle Magazine le qualifie de « Géant dans le monde du vin de Washington ».

Dans la seule année de 2010, Robert Parker a attribué à 15 de ses vins des notes entre 91 et 99 points. C’est top, quand Bob donne un pareil coup de pousse!

Ses vins haut de gamme sont épuisés dès leur mise sur le marché aux Etats-Unis. Les vins importés en Europe font partie de son projet « Modernist Project » qui met l’accent sur la façon dont le vin est consommé aujourd’hui: immédiatement. L’objectif est de produire des vins qui peuvent être appréciés rapidement tout en montrant une véritable typicité à la fois du cépage et du vignoble. Ces vins sont déjà parmi les meilleures ventes aux Etats-Unis et méritent d’être essayés!

Ils sont vendus en Belgique par www.adbibendum.net

PVC: 17,90€

Plus d’info (en anglais): www.charlessmithwines.com

See you soon,

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Marco


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Les Villages sur la voie du Cru : Signargues (IV)

Ce sera mon dernier morceau sur ce thème pas très populaire il est vrai – je m’en rends compte après coup – des nouveaux villages qui se donnent un air de cru. À ma demande, le Service de Presse d’Inter-Rhône, le gouvernement en quelque sorte des vins de la vallée, m’avait fixé un rendez-vous avec le Président de l’appellation Côtes du Rhône Villages Signargues afin de m’organiser, le lendemain du salon Découvertes en Vallée du Rhône, une dégustation des vins là où il le souhaiterait le plus pratique. Ce fut arrangé fissa dans les murs de la Cave Coopérative de Rochefort-du-Gard, plus connue sous le nom des Vignerons du Castelas. C’est dans une salle de cette dernière cave qu’une bonne douzaine d’échantillons furent rassemblés à l’invitation du Président Francis Fabre, lequel fut mon guide ce jour-là. Sur les quelques 25 domaines qui revendiquent cette appellation, y compris ceux qui adhèrent aux deux petites coopératives locales (trois si on ajoute un adhérent de la cave de Tavel), cela fait une bonne moyenne, même si l’on aurait pu s’attendre à plus. Il y avait aussi quelques échantillons du négoce local qui marque de plus en plus son intérêt pour le secteur.

En plein mistral sur le plateau de Signargues, le Président Francis Fabre. Photo©MichelSmith

En plein mistral sur le plateau de Signargues, le Président Francis Fabre. Photo©MichelSmith

Signargues ne correspond aucunement au nom d’une commune, mais bien à celui d’un lieu-dit qui empiète sur 4 communes gardoises, Rochefort-du-Gard, la plus importante, Domazan, Estézargues et Saze, le tout à 10 km d’Avignon, pas très loin non plus de Tavel. En choisissant ce lieu-dit, le tour était jouable pour envisager d’être dans la nouvelle fournée des villages, il y a 10 ans déjà. En effet, le site concerné par Signargues fait partie d’une série de trois vastes plateaux-promontoires qui se voisinent orientés nord-sud et rassemblent par la même occasion la grosse majorité des vignerons concernés par l’appellation.

Le village d'Estézargues. Photo©MichelSmith

Le village d’Estézargues. Photo©MichelSmith

Nous sommes ici dans la zone la plus précoce de la vallée du Rhône, la plus méridionale aussi. Recouvert de galets roulés rougis par l’oxyde de fer (parfois sur une couche de deux mètres), ce bel ensemble qui préfigure la garrigue gardoise est composé d’un socle argilo calcaire avec, en profondeur, d’importantes langues argileuses qui font que la zone ne souffre jamais en période de sécheresse. De ces terrasses planes et fort ventées appelées ici « plaines », on distingue à l’est le Rhône défiler vers son delta en une plaine alluviale très fertile surveillée par Châteauneuf-du-Pape, les Dentelles de Montmirail et le mont Ventoux. Cette disposition confère une réelle unité au « cru », parfaitement dans l’esprit de ces « villages avec indication géographique ».

Prêt pour la dégustation ! Photo©MichelSmith

Prêt pour la dégustation ! Photo©MichelSmith

Dans cet ancien lit du Rhône doté de grandes parcelles, la vigne est mécanisée à 80% pour ne pas dire plus, sur près de 500 ha en production avec presque autant en potentiel. Le cahier des charges de Signargues impose le Grenache noir à 50% minimum, lequel doit être complété par de la Syrah et/ou du Mourvèdre dans une proportion minimale de 20%. Il reste quelques vieux Carignans autorisés en cépage secondaire. Voici mes commentaires des Côtes du Rhône Villages Signargues dégustés ce matin-là, dans un ordre parfaitement aléatoire, tous du millésime 2013 et tous en bouteilles. Dans la mesure du possible, le prix de vente départ cave vous sera donné.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Domaine de Magalanne, Lou Biou. Pointe fine et agréable au nez, souple et facile en attaque, belle fraîcheur persistante sur une matière présente sans être imposante. À 40% Mourvèdre, 20% Carignan et 40% Syrah, ce Biou, qui désigne le taureau en provençal, ne m’apparaît pas conforme aux règles d’encépagement de l’appellation (à moins que j’aie mal compris) puisqu’il n’a pas de Grenache. En revanche, le raisin a été vendangé à la main et le vin a passé 10 mois en barriques. 9,50 €.

Domaine des Romarins. Simple, facile, chaleureux tout en étant vif, sans grande longueur, mais très agréable à boire maintenant. Grenache et Syrah à égalité, avec 10% de Mourvèdre. 7,50 €.

-Château des Coccinelles. Belle robe, nez sur la réserve, bouche pleine, sérieuse, mais non dénuée de fraîcheur, le vin est bien en place et se révèle finalement assez facile à boire sur une belle viande saignante. Avec de beaux tannins pour veilleurs, Syrah et Grenache à égalité, on peut attendre 2 à 3 ans. Une de mes meilleures notes. Certifié bio, 10 €.

Photo©MichelSmith

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Domaine du Fournier, Les Vignerons du Castelas. Nez fin de tabac et de garrigue, les 30.000 bouteilles de ce domaine adhérent à la coopérative de Rochefort-du-Gard, font montre d’une belle fraîcheur et de notes de réglisse. À ma demande, j’ai pu goûter à titre de curiosité le 2012 que j’ai trouvé bien bâti et armé d’une matière dense et solide. Majorité de Syrah et 30% de Grenache, c’est le meilleur rapport qualité-prix : 6,20 €.

Photo©MichelSmith

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Maison Chapoutier. Élevé en cuve béton sur une année, le vin livre de la fraîcheur en attaque, puis des sensations de vieux bois, laurier, épices. Bonne longueur et jolis tannins, plus dans l’élégance que dans la fermeté. À boire entre maintenant et 2017. Syrah et Grenache. 10,10 €.

Maison Bouachon, Les Bariannes. Sous la houlette du groupe Skalli, cette maison de Châteauneuf-du-Pape présente un Signargues facile d’approche au nez légèrement rustique. Heureusement, il se signale en bouche avec une belle fraîcheur et une longueur estimable. D’ici 2017, 7,50 €.

Pierre-Henri Morel-Ferraton. Basé à Tain-L’Hermitage, ce vigneron nous gratifie d’un vin assez élégant de prime abord qui semble assez marqué par la Syrah, même si on nous annonce aussi du Grenache. La bouche est ferme et dense, manquant un peu de charme si l’on se souvient du nez. 7,50 €.

Photo©MichelSmith

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Domaine Marie Blanche. Vinifié par Jean-Jacques Delorme, de Saze, cette cuvée au départ un poil rustique va terminer la dégustation avec ma meilleure note. Le vin fascine par sa plénitude, son épaisseur, sa densité, son fruité intense, sa longueur en bouche et ses beaux tannins assez solides qui vont le conduire au moins sur 5 ans de cave. Grenache, Syrah, Mourvèdre, 15.000 bouteilles, 7,50 €. Un bel achat.

Domaine de la Valériane, Les Cailloux. Très belle robe et nez composite de vieux bois, tabac, épices… On sent de l’épaisseur, du solide, des tannins assez marqués, un style très concentré. Un peu trop même. Pas de fiche technique.

Domaine des Boumianes. Joli nez, mais bouche assez étriquée, rustique, voire simplette. 60% Grenache, 30% Syrah et reste Mourvèdre. Très petite cuvée (2.000 bouteilles) élevée 11 mois en cuve béton. Certifié bio. 8 €.

Cave Coopérative d’Estézargues, Granacha. Pas de fiche technique pour ce vin non filtré qui doit, de par son nom, être très axé sur le Grenache. Un rouge jovial, ample, large, opulent, facile et généreux, doté d’une bonne longueur. Une de mes meilleures notes.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Château Terre Forte. Sans fiche technique, on arrive à savoir quand même que le vin est fait de Grenache, Syrah, Mourvèdre et Carignan et qu’il est élevé en barriques de trois vins. Les nez s’annonce complexe et fin, mais la bouche est excessivement parfumée (noix de coco ?) et de ce fait pratiquement ingoûtable.

Domaine des Amariniers, Cave de Tavel. Un seul adhérent en Signargues à la coopérative de Tavel pour un vin passe-partout, assez bien équilibré, idéal sur une grillade. 6 €.

Michel Smith


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Tasted (and paid)

Ceux qui me suivent sur mon blog perso se souviennent peut-être des deux billets publiés voici deux ans au sujet des méthodes de prospection de la revue Tasted, proposant et tarifant les dégustations du sommelier Andreas Larsson.

Sinon, c’est ici:

Quand Tasted fait venir Andreas Larsson en Champagne : Chroniques Vineuses
Andreas Larsson réagit : Chroniques Vineuses

Si je vous en reparle aujourd’hui, c’est que mon excellent confrère du Huffington Post, Fabrizio Bucella, vient d’effectuer une sorte de mise à jour, avec un article dont je vous donne ici LE LIEN.

Juste pour la forme, je confirme mon opposition à toute sorte de publireportage qui ne dit pas son nom. Or, comment qualifier autrement un dossier où il faut payer pour être présent, et où, surtout, tout vin enregistré a par avance la garantie d’une « reconnaissance » (recognition) par le dégustateur?

Tasted

Hervé Lalau

 


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Aconcagua, vieux terroir du Nouveau Monde

Cette semaine, je vous emmène au Chili, à la découverte d’un vignoble qui prouve que les classifications sont souvent hasardeuses. Ou en tout cas, qu’il faut toujours compter avec quelques exceptions.

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L’Aconcagua vu de l’Ouest – au fond, les Andes (Photo Errazuriz)

Cette exception, ce vignoble a pour nom Aconcagua, et son prénom est Maximiano. Il démontre que certains Chiliens n’ont pas attendu le 21ème siècle pour partir à la recherche de leurs terroirs.

Mais revenons un peu en arrière.

Aconcagua

La vigne arrive au Chili avec les conquistadores, dès le 16ème siècle (pour rappel, à l’attention des chantres de la tradition française, le Médoc n’est encore qu’un marais, à l’époque). Mais son véritable essor est bien postérieur. Il faudra attendre les années 1870 pour que le vignoble sorte de la vallée centrale – zone chaude mais facile d’accès, et facile à irrigation (voire inonder l’hiver). Et c’est en grande partie grâce à la famille Errazuriz.

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Les vignobles d’Errazuriz dans l’Aconcagua

Héritier d’une grande famille de politiciens chiliens (il a été ambassadeur de son jeune pays en Belgique), Don Maximiano Errazuriz a eu l’intuition que l’Aconcagua, avec ses hivers bien arrosés et ses étés chauds mais humidifiés par la brise de mer, pouvait produire des vins d’un style plus raffiné. Il voyageait beaucoup en Europe, et il en rapporta les outils et techniques viticoles, les cépages (surtout bordelais), et même l’art de vivre.

Toujours à l’attention de nos amis de la grande tradition, je rappelle qu’à l’époque (avant le phylloxéra), le Malbec est toujours un des cépages principaux du Bordelais. On y trouve aussi encore pas mal de Carménère. Curieusement, ces deux cépages aujourd’hui pas loin d’avoir disparu de Gironde ont fait le bonheur de l’Argentine et du Chili.

Pour revenir dans l’Aconcagua, les premières plantations (on leur donne le nom de Max I, Max II, etc.) se situent à peu près au centre de la vallée (plus petite que celles du Maule ou du Maipo), à son point le plus étroit, d’où une très bonne ventilation. Mais depuis, d’autres vignobles ont été plantés en amont et en aval, jusqu’à l’embouchure du fleuve, cette zone plus fraîche se prêtant bien aux blancs aromatiques. La devise du Don: «Le meilleur vin vient toujours des meilleurs terroirs» (c’était bien avant qu’on en fasse un slogan éculé), trouve ici une nouvelle actualité.

Ayant eu la chance de visiter ce vignoble (merci Brandabout!), j’en garde le beau souvenir d’une sorte de grande oasis – au bas des pentes et en coteaux la vigne, au dessus la forêt – notamment des eucalyptus, si ma mémoire est bonne, et tout en haut, des avocatiers – pas de repas au Chili sans la palta, que ce soit entière, en morceaux, en tranches, en pâte ou en huile.

Avec ou sans avocat (je n’ai rien à me reprocher), c’est sans doute l’endroit du vignoble chilien où  je me suis senti le moins dépaysé – le vignoble, ici, est à taille européenne, les rangs ne se perdent pas vers l’infini, et de-ci de-là, une petite cabane de vignes vous ferait presque vous sentir quelque part entre le Mâconnais, la Provence ou le Limouxin.

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La parcelle Max I (photo (c) H. Lalau)

L’Aconcagua, aujourd’hui, c’est toujours un peu «Errazuriz Valley». Les vignobles (replantés, pour la plupart, à partir des années 1970) sont les «briques» dont se servent les œnologues maison pour bâtir les différentes cuvées. L’originalité, dans un pays où l’on assemble volontiers des raisins ou des vins de régions très distantes, c’est qu’ici, la palette est beaucoup plus ramassée. Au moins pour les hauts de gamme, ceux issus du domaine original: avec ces cuvées-là, Errazuriz ne cherche pas seulement à faire des vins qui plaisent, mais des vins qui marquent, des vins qui représentent quelque chose. De quoi étonner l’amateur exigeant.

Ces efforts sont payants, à en juger par les deux vins suivants.

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Carménère majoritaire, Petit Verdot et Syrah. Fruit rouge exubérant mais aussi notes fumées intéressantes, 18 mois de barriques neuves. Le grand cru par excellence, l’oeuvre d’art, un vin raffiné, très long, mais vivant. Comme si la Joconde souriait vraiment, et même, vous faisait un clin d’oeil.

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Maximiano Founder’s Reserve

Cette cuvée assemble quatre cépages (Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Petit Verdot, Syrah) de trois parcelles (Max 1, 2 et 5). Des sols volcaniques et des sols d’alluvions, une recette assez sophistiquée. C’est le plus ancien des hauts de gamme d’Errazuriz (au départ, il était uniquement à  base de Cabernet Sauvignon, planté en 1978). Très complexe, torréfiée, cette cuvée, c’est un peu le meilleur des deux mondes, un côté Grand Bordeaux dans la structure, mais en plus poivré et en plus mûr, sans excès ni trop de chaleur – les épices dynamisent la finale, ici, la comparaison avec un vin du Rhône Septentrional, toute saugrenue qu’elle puisse être, s’est imposée à moi.

Je n’ai pas mis de millésime, bien que j’en ai dégusté deux de l’un et trois de l’autre, car ces vins sont d’une grande régularité – comme le climat de l’endroit, dont les plus grandes variations dépendent moins de l’année que de la situation dans la vallée, selon un axe est-ouest, et de l’altitude.

A ce titre, il reste certainement pas mal de choses à explorer dans l’Aconcagua, « vieux terroir du nouveau monde ». Et pour nous, oenophiles, c’est peut-être une raison de s’intéresser au Chili pour autre chose que quelques entrées de gamme « sur le fruit ».

On dit souvent que le Chili est le pays où tous les vins sont bons, mais aucun n’est grand.

L’affirmation est fausse dans les des cas. A condition de fouiner un peu, de sortir des vallées battues et de mettre un peu plus d’argent que pour le petit vin de barbecue, l’alibi exotique pour dîner d’aventuriers du 7ème arrondissement.

Le Chili – correction, certains vins chiliens – méritent mieux que ça.

Hervé Lalau

PS. Pour ceux qui n’ont pas l’occasion d’aller sur place, certains vins d’Errazuriz sont vendus en France chez Vins du Monde, et en Belgique chez VPS (mais apparemment pas les deux cuvées ci-dessus, sans doute jugées trop chères). Au Québec, où l’on dispose d’une offre plus complète (sacré monopole!), leur agent est la maison Dandurand.


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Vouvray – Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud: Domaine Perrault-Jadaud

The house at Chançay with the cave set into the hillside.

The house at Chançay with the cave set into the hillside.

In the cellar

In the cellar

Anne-Cécile and Tanguy in their vineyard by Le Clos du Bourg, Vouvray.

Anne-Cécile and Tanguy in their vineyard by Le Clos du Bourg, Vouvray.

I was very pleased to discover a new Vouvray producer at the VinaViva tasting at Saint Etienne de Chigny a little to the west of Tours. I certainly can’t claim to be anything like the first to taste the wines of Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud as their first vintage was in 2008.

It is always good to find new producers who are making exciting wines and, in particular, in Vouvray. Particularly exciting in Vouvray as it has been less dynamic than its smaller but closely related cousin – Montlouis – on the south side of the Loire. Although Montlouis is substantially smaller than Vouvray over the past 30 years it has been much more dynamic and attracted a host of impressive newcomers. A major factor here has been the difference in the vineyard prices between the two appellations making Vouvray both much more unaffordable than Montlouis and so more difficult to find suitable vineyards to buy.

Nevertheless Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud, who had no background in wine, started out on their adventure in Vouvray in 2008 with just 0.8 hectares making a PetNat and some moelleux. 2009 was really their first vintage when the domaine had grown to all of a hectare. Gradually they built up their domaine until they now have 4.2 hectares with Tanguy keen to acquire more if possible. They are fortunate in having some parcels on the premières côtes both in Vouvray itself and further east in Noizay. One of their parcels in Vouvray is right by the Clos du Bourg. In 2011 they moved into their present premises in Chançay.

Tanguy, who hails from Brittany, is a trained viticulturist, while Anne-Cécile, whose parents live in Tours is an oenologist. Both have taught at the Lycée Agricole d’Amboise.

They farm organically and their wines are impressively pure from low yields. Although they try to use as little sulphur as possible, they feel that their wines need a little bit of protection so they are not part of the non-SO2 brigade.

When I tasted their wines both at VinaViva and when I went to visit them last week, I was very impressed with their Vouvray PetNat which spends 24 months sur latte giving it the complex, honeyed and toasty aromas and flavours. Equally impressive is the 2013 Les Grives Soûles Vouvray Sec – brilliantly precise, clean and long. Anne-Cécile explains that Grives-Soûles doesn’t mean drunken thrushes, rather thrushes wonderfully replete after plenty of corn to ready them for their migratory journey south at the end of the summer.

Parcel by Le Clos du Bourg

Parcel by Le Clos du Bourg

J-Elvis1

 

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