Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


9 Commentaires

Aigues Belles, « Grand Cru » IGP du Pays d’Oc

Au pied du Pic Saint Loup, côté Gard, se niche le Hameau d’Aiguebelle, qui a donné son nom au domaine d’Aigues Belles. Une superbe surprise, que dis-je, une révélation que ses vins! Je ne connaissais pas la maison, je n’attendais rien, et je suis tombé sur de l’exceptionnel. De la haute couture.

Et le fait qu’il s’agisse d’IGP ne change rien à l’affaire: ce n’est pas parce que le mot Grand Gru est officiellement réservé aux AOC que je ne peux pas, moi l’employer comme je l’entends, comme je le comprends: les vins d’Aigues Belles sont grands, et ils sont bien issus d’un cru.

En outre, s’il faut que les mots aient un sens (personnellement, je crois que oui), il faut d’urgence que l’INAO fasse le tri: qu’il y a-t-il de commun entre la mention (officielle) de Grand Cru en Bourgogne, en Alsace ou en Quarts de Chaume, où elle s’applique à des parcelles, et la définition Saint-Emilionnaise, où elle s’applique à des noms de châteaux? 

Au Domaine d’Aigues Belles, pour Gilles Palatan, tout cela est accessoire; pour lui, le contenu compte plus que la mention sur l’étiquette; ses 20ha de vignes sont «100% bio, mais non certifiées» – aussi ne le mentionne-t-il pas. De plus, certaines de ses parcelles, sur Corconne, pourraient être déclarées en AOP Pic-Saint-Loup, mais ce n’est pas son intention. Avec une production de l’ordre de 50.000 bouteilles, il peut choisir…

Choisir – c’est justement ce qui a été le plus difficile, pour moi, dans sa gamme de blancs (vous préférez le Chardonnay ou l’assemblage Roussanne-Sauvignon? – les deux!), de rouges (vous aimez quand le Grenache pinote?) et son rosé superbement minéral.

J’ai finalement retenu la Cuvée Nicole 2013, tannique, mais mais soyeuse, très Syrah, fruit noir, cuir, et à la bouche fraîche et joyeuse, et à la finale redoutable: dense et suave, elle vous crie « revenez-y »!

J’ai trouvé à ce vin un petit côté Nord-du-Rhône, ce qui n’est guère étonnant, vu sa situation et son encépagement; mais surtout, j’y ai vu la marque d’une recherche de précision dans l’assemblage comme dans l’élevage (ce que l’on retrouve d’ailleurs dans toutes les vins du domaine). C’est ce qu’on attend d’un Grand Cru, non?

Autres cuvées bues et approuvées: Rosé Poirier des Rougettes 2015, L’Autre Blanc 2015, Le Blanc 2015, Cuvée Lombarde 2013, Cuvée Classique 2011 (barrique ayant contenu le blanc).

Hervé Lalau


9 Commentaires

Juste « stylée », la Provence?

La nouvelle identité visuelle et surtout le nouveau slogan des vins de Provence me laissent sur ma soif.

« Vins de Provence, Le Goût du Style ». Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire? En quoi le « style » est-il un attribut exclusif de la Provence? Et quel style, d’ailleurs?

Au fait, quel goût ça a, le style?

Je sais bien que les slogans ont pour but de fédérer, et que la contrepartie, c’est qu’ils ne peuvent pas être trop précis. Mais la Provence et ses vins manquent-ils à ce point de personnalité qu’ils oublient leurs atouts propres – la Grande Bleue, le Soleil Majuscule, la Côte d’Azur, les calanques, les villages perchés, la langue des Félibres, Pagnol, Fernandel, Giono, les cigales, l’art de vivre, la cuisine à l’huile, ou que sais-je, il y a le choix, pour adopter un slogan qui pourrait tout aussi bien s’appliquer aux Côtes de Toul, au Muscadet, aux Champagnes de propriétaire, au vinaigre d’Orléans ou aux vins du Baron de Lestac?

Bref, avec tout le respect que je dois à cette belle région, peut mieux faire! Et surtout, plus provençal!

Surtout qu’on parle de vins AOP, censés présenter un lien au terroir, une identité…

Au vigneron, on dit « tu dois faire des vins qui ont la gueule de l’endroit ». Et au consommateur, on dit, « bois, ça a du style ». 

Bon, à part ça, les visuels, dans une ambiance Riviera années 50, sont très sympas, à défaut d’éclairer le consommateur sur le « style » des vins.

Suffit-il de lui dire qu’il peut les boire le midi à la plage, à 6 heures au jardin ou la nuit en terrasse? Surtout avec des tables vides, sans un seul personnage sur l’affiche (ça, il paraît que c’est par crainte de la loi Evin)?

Une chose est sûre, avec ce type de marketing, ce nouveau slogan et ce genre d’affiche, les vins de Provence ont tout sauf le goût du risque…

Hervé


Poster un commentaire

Jim’s off on adventure: Philippe Delesvaux


Philippe Delesvaux,
Domaine Philippe Delesvaux, Anjou

While I am away my Tuesday posts will be brief and prepared in advance using photos for some Loire producers. If my fellow Les 5 wish to add any other posts on my Tuesday slot they are very welcome to do so.

ring-for-wine


6 Commentaires

Au bout d’une semaine dense, le Schioppettino de Davide Moschioni

Il y a des semaines comme cela.  A vrai dire, il y en a beaucoup quand on aime le vin et qu’on a la chance d’être confronté à des occasions très diverses qui tournent autour de cette boisson magique. Tout n’y est pas rose et fait de bonheur pur, bien entendu, et il fait aussi tenir le rythme sans (trop) perdre la boussole. La semaine passée est un exemple parmi d’autres. Elle inclut aussi des journées au bureau à écrire, préparer des travaux à venir, rédiger comptes-rendus et mails et gérer le quotidien de toute petite entreprise, plus une réunion à l’extérieur, quelques dégustations programmées ou improvisées et une journée de formation dispensée le samedi.

Lundi soir, dîner chez un membre (généreux, comme vous allez le voir) d’un des cercles d’amateurs de vins que j’anime. A l’apéritif, Dom Pérignon 1988 en magnum, puis 1982 en bouteilles : les deux extraordinaires, peut-être surtout le 1982 ce soir-là, même si le 1988 ira probablement plus loin dans le temps. Servis dans des verres que je n’aurai pas choisis pour de tels vins, mais quelle finesse et quelle puissance pour des Champagnes de ces âges!

Au repas qui a suivi, d’abord un Corton-Charlemagne 2005 de Bouchard Père et Fils, qui m’a semblé un poil fatigué. Problème de bouchon pas assez étanche, probablement ; en tout cas en deçà du niveau habituel des grand blancs de cette estimable Maison. Ensuite, Calon-Ségur 1990 en double magnum : un vin très ferme et carré, encore trop jeune et un poil austère à mon goût, mais impressionnant. Puis Beychevelle 1945 : je l’aurai servi avant le Saint-Estèphe car il est sur le déclin avec de jolies restes, tout en élégance mais un peu dominé par l’acidité maintenant. Puis, avec le fromage, un Porto Taylors Vintage 1968, très fin, très suave, encore très fruité mais sans la puissance habituelle de Vintages de ce producteur. Avec le dessert, un Quarts de Chaume, Château de Suronde 1989 : très beau. Nous avons fini avec un magnifique Armagnac Laberdolive de 1937, puis retour à la maison en métro. Même pas mal !

Mardi soir, travail pour animer une soirée du Wine & Business Club et présenter à 150 personnes deux vins peut-être pas très bien connus mais de très belle qualité et que je bois avec autant de plaisir que certains des précédents. Premièrement, le Château de Fontenay, près de Tours, avec des Touraine et Touraine-Chenonceaux que je trouve aussi fins et précis que plaisants et très abordables en prix. Deuxièmement un vin des Costières de Nîmes à l’étiquette moderne et à la qualité irréprochable: le Domaine de Scamandre.

Mercredi soir, relâche.

Jeudi midi, déjeuner/dégustation pour un club pour lequel je présentais 3 vins de Bordeaux issus de ma sélection personnelle parmi les Talents de Bordeaux Supérieur du millésime 2014, plus un blanc de la même région en apéritif. Ces vins se vendent au détail entre 6,50 et 10,50 euros la bouteille et sont, pour moi, parmi les meilleurs rapports qualité/prix disponibles en France aujourd’hui. Le blanc se nomme Château Lauduc Classic blanc 2016, les trois vins rouges Château Lacombe-Cadiot 2014 (un des rares vins de cette appellation né dans la région médocaine),  Château l’Insoumise, cuvée Prestige 2014 (un Bordeaux Sup de la rive droite, près de St. André de Cubzac), et Château Moutte Blanc 2014, un autre Bordeaux Sup qui vient du Médoc, tout près de Margaux, un très beau vin de palus qui contient 25% de petit verdot.

Le jeudi soir, deuxième soirée de la semaine pour un autre club du Wine & Business Club à Paris, cette fois-ci avec des vins étrangers : les excellents Tokaji du Domaine Holdvölgy, et les vins de Sonoma de Francis Ford Coppola, issus de sa série Director’s Cut, tous les deux importés en France par South World Wines. Beaucoup d’intensité dans le Tokay sec de Holdvölgy, qui, pour une fois, n’est pas fait avec le Furmint mais avec l’autre cépage important de l’appellation, le Hárslevelű, et un magnifique liquoreux (mais pas un aszú : il s’agit d’un assemblage entre un szamorodni et un aszú, je crois). Tout bon partout, pour faire court. Coppola présentait un Chardonnay, un Cabernet Sauvignon et un Zinfandel.

Vendredi matin, repos, course à pied et gym; vendredi soir, relâche.

Samedi, formation toute la journée pour un groupe de 16 personnes, surtout amateurs mais aussi trois professionnels, qui se sont inscrits à l’Académie du Vin de Paris pour le Niveau 1 du cursus WSET.

La fine équipe (il manque juste Sébastien Durand-Viel qui donnait un cours ce jour-là) de notre école, l’Académie du Vin de Paris, à Londres quand cette école fut élue, début 2016, parmi les 8 meilleurs formateurs des 650 qui dispensent les cours WSET au monde.

Le samedi soir, retour à la maison où j’ai dégusté, de ma cave, le vin qui m’a fait peut-être le plus grand plaisir de tous ceux de la semaine. Je sais bien que le moment est important dans l’appréciation d’un vin : le fait de ne pas être dans une situation de travail, de se sentir relaxé et tout cela. Mais ce vin rouge m’a semblé intense et très agréable, plein sans être surpuissant, solidement bâti mais également très fruité. Et cela, malgré ou à cause d’un âge qui est respectable sans être canonique : 13 ans. Ce vin, je l’ai dégusté à différents stades de sa vie, car j’en avais acheté une caisse en 2005 lors d’un voyage en Italie pour le compte de la Revue de Vin de France, qui éditait à l’époque chaque année un cahier spécial sur les vins italiens . Il ne m’a jamais semblé aussi bien que maintenant. C’est le vin du titre de cet article et le voici :

Moschioni, Schioppettino (non filtrato) 2003, Colli Orientali del Friuli, Italia

 Davide Moschioni, Vignaiuolo in Gagliano di Cividale del Friuli

D’abord, un mot sur cette variété qui a été sauvée de la disparition dans les années 1970, à l’instar d’autres variétés locales comme le Pignolo ou le Tazzelenghe. Elle n’était même pas autorisée à la plantation avant 1981 ! On en trouve des deux côtés des la frontière actuelle entre le Friuli d’Italie et la Slovénie, et elle possède, logiquement, plusieurs synonymes : Pocalza en Slovénie, Ribolla Nera en Italie (mais il n’a pas de lien avec la Ribolla Gialla). Le terme Schioppettino signifierait « croustillant », soit parce que sa peau donne cette sensation (il s’agit effectivement d’une variété tannique), soit parce qu’il aurait été vinifié à une époque en vin frizzante. Le statut de DOC lui fut accordé en 1987, aussi bien en Colli Orientali del Friuli qu’en Friuli Isonzo, mais on le trouve aussi en IGT Venezia Giulia. Heureuse sauvetage, comme nous allons le voir !

Robe très dense et étonnamment jeune, avec ses bords encore d’un ton rubis malgré son âge qui devient respectable. Le bouchon, en revanche, laisse à désirer sur le plan de l’étanchéité car je constate des remontées du vin jusqu’à deux tiers de sa longueur. Il était temps d’ouvrir ce flacon! Le nez présente en effet un petit coup d’oxydation au départ, avant de me plonger dans des eaux profondes d’une masse très dense de fruits noirs, de cigare et de cerises à l’eau de vie. C’est assez entêtant ! Les tanins qui furent très denses dans sa jeunesse commencent à bien se fondre. Ils sont encore croquants et bien présents, donnant une belle colonne vertébrale à cette masse impressionnante et très qualitative de fruit sombre. Tout cela donne une belle sensation de plénitude, remplissant la bouche sans aucunement l’agresser. Le vin atteint son équilibre par une belle sensation de fraîcheur en finale et cette touche d’amertume si caractéristique de bon nombre de vins italiens.

C’est un vin à la forte personnalité, mais qui sait aussi séduire par la remarquable qualité de son fruit et constitue un excellent choix pour un vin de garde.

Je constate que ce vin vaut maintenant entre 35 et 50 euros la bouteille, selon le pays en Europe. J’ai dû l’acheter un peu moins cher à l’époque, sur place. Il n’est pas distribué en France, à ma connaissance.

David

PS. Aujourd’hui, dimanche, repos le matin, écriture puis gym l’après-midi, puis direction le Stade Jean Bouin ce soir pour soutenir le Stade Français contre Toulon. Allez les soldats roses qui ont su résister au grand méchant Capital cher à Léon !


4 Commentaires

Les viticulteurs audois se trompent de cible

Au cours d’une manifestation, ce samedi, à Narbonne, des viticulteurs audois s’en sont pris à nouveau à la concurrence des vins espagnols, qualifiée de « déloyale ». Et exigent la fin des importations.

Voici les arguments entendus:

-Les caves de l’Aude sont pleines.

-Des marques comme Leclerc vendent des vins espagnols et font croire qu’ils sont français en mettant un clocher et un béret sur l’étiquette.

-Les Espagnols et les Italiens sont exonérés de taxe foncière sur les terres agricoles

-Leurs charges sont moins importantes sur leurs salariés.

Olé!

Deux commentaires.

-Le premier, persifleur: l’Espagne possède également des églises; et pas mal d’Espagnols portent des bérets (les Basques, notamment).

-Le second, plus sérieux. Si les vignerons français paient trop de taxes sur le foncier et sur le travail (même sur la main d’oeuvre importée), n’est-ce pas plutôt au gouvernement français, à Bercy, qu’ils doivent s’en prendre, plutôt qu’aux Espagnols? Aux candidats à la présidence, c’est un allégement fiscal qu’ils doivent demander; et non une interdiction des importations qui, les viticulteurs audois le savent bien, est impossible dans le cadre européen, avec le principe de la libre circulation des marchandises.

Et au fait, comment se fait-il que le consommateur français ne détecte pas la supercherie que les viticulteurs audois dénoncent? Comment se peut-que le vin espagnol premier prix lui plaise tout autant que celui proposé par les viticulteurs audois?

Et si, en attendant que le fisc français lâche son étreinte sur les viticulteurs audois (ce qui pourrait prendre un peu de temps), ceux-ci se focalisaient plutôt sur une production à valeur ajoutée? Une production qui leur permette de vivre de leur travail sans être en concurrence frontale avec les entrées de gamme, qu’ils viennent d’Espagne ou d’ailleurs? S’ils faisaient en sorte que leurs caves soient un peu moins pleines, mais que les vins dans les cuves aient une véritable raison d’exister? Des chances de plaire, en France et ailleurs? De se différencier?

C’est généralement le cas des vins dont je vous parle ici; il n’y a pas si longtemps, j’évoquais ceux de Gayda, d’Anne de Joyeuse, de Mas, de Lorgeril et de Serrat de Goundy, en IGP Oc. Ou encore, le Fitou du Clos Padulis et le Corbières du Clos Canos. La cause est entendue: l’Aude possède de beaux terroirs; et de bons vignerons, qu’il s’agisse de caves particulières, de coopératives ou en négoces. Mais il y en a d’autres, moins bons.

Je sais, c’est plus facile de commenter que de tailler la vigne et de vendre le vin. L’Aude a toute ma sympathie. Mais la voie du protectionnisme franco-français est un cul-de-sac, d’autant que le marché hexagonal est en perte de vitesse.

Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de citer un commentaire de soutien aux manifestants, déposé sur le site du Figaro, et signé « Haralde 37 »

« Soutien aux vignerons qui font rayonner la France à l’international. »

Donc, si je comprends bien, il est normal que la France exporte des vins pour rayonner à l’international, mais il n’est pas normal qu’elle en importe?

Les vignerons espagnols n’ont pas le droit de rayonner à l’international?

Her Lalau


1 commentaire

Le Prié Blanc sublime les neiges du Mont Blanc

Autochtone et extrême, le Prié Blanc pousse uniquement en Vallée d’Aoste. Plus précisément encore, dans la première partie de la région autonome en venant du Mont Blanc, la Valdigne, qui va de Courmayeur à La Salle en passant par Morgex. L’altitude de culture oscille entre 1.050 et 1.200 mètres, ce qui en fait l’un des cépages les plus hauts d’Europe.

 

Un montagnard valdôtain

Plant vigoureux, il offre la particularité d’avoir un cycle végétatif très court. Tardif, il échappe aux gels de printemps qui sévissent encore en avril, parfois jusqu’en mai. Cependant, sa récolte se fait en première époque, vers la fin août.

Ses feuilles sont petites et ses grappes de taille moyenne aux grains relativement serrés. Ces derniers, de forme sphérique, ont la peau couverte de pruine. Elle se teinte de jaune doré en atteignant la maturité. La pulpe juteuse donne un jus très peu coloré.

Le Prié Blanc est franc de pied, l’altitude rendant le phylloxéra inoffensif. Le cépage se reproduit encore par provignage; une nouvelle pousse  est enterrée au printemps sans la détacher du plant mère. En automne, quand la partie enfouie a pris racines, on coupe le cordon, rendant ainsi la bouture indépendante. L’altitude installe aussi un gradient thermique important, même au milieu de l’été, ce qui évite nombre de parasites, tout autant que l’air sec élude les maladies cryptogamiques.

Sa conduite reste traditionnelle, cultivé en pergolas montées sur des étais en bois ou des piliers de pierre, constructions robustes résistantes au vent parfois violent et aux gelées hivernales.

Le Prié porte aussi le nom de Blanc de Morgex ou de Valdigne.

Ses origines

Incertaines comme bien souvent, la tradition populaire parle de la présence d’une viticulture à grains blancs dès le huitième siècle, qui aurait prolongé une implantation romaine. Une autre tradition évoque une origine valaisanne, lorsque des colons seraient venus de Suisse en 1630 pour repeupler la vallée décimée par la peste. Enfin, quelques recherches évoquent pour une hypothèse autochtone.

Piagne 2015 DOC Vallée d’Aoste Cave Mont Blanc

 La robe blanche nous trouble par sa transparence qu’illumine un peu d’or teinté de vert.

Le nez oscille entre des impressions de fruits blancs acidulés et des éclats minéraux de silex frotté. Viennent s’y ajouter des fragrances de prairies montagnardes riches de fleurs et de plantes aromatiques. La bouche ne dément pas les émotions nasales et c’est avec le tranchant d’un éclat de glace qu’elle franchit les lèvres béates. Le premier coup de givre passé, agrumes, pommes et poires libèrent leur jus et installent un réel confort buccal. Celui-ci a le goût du miel, la chaleur d’un soleil d’automne, la douceur d’une peau de pêche. Sur la fin, une légère note d’encaustique augure l’évolution lente vers un minéral plus prononcé.

La cuvée Piagne est un 100% Prié Blanc dont la vinification comme l’élevage se fait en cuves inox. Levures indigènes. Prix sur place : 18,25€ (ndlr: le vin, pas la levure)

Montagnard et Valdotain, on voit d’emblée le Prié avec la Fontina, autre spécialité locale. Mais avant d’arriver au fromage, les poissons de rivière aiment sa fraîcheur et sa structure minérale qui fonctionnent agréablement avec leur chair délicate. Entre les deux, les viandes blanches lui siéent avec bonheur, surtout relevées de quelques herbes aromatiques.

La Piagne

 

Cet ancien et unique clos valdôtain a été racheté en 2007 par la société coopérative Mont Blanc, sise à Morgex. La cave en a entrepris la restauration, le remontage des murs des terrasses, le réaménagement des pergolas. Il lui reste la réhabilitation de l’antique petite cave attenante creusée dans la roche. Tout cela avec l’intention d’une reconversion biologique.

La Cave Mont Blanc de Morgex et de La Salle

 

Jadis, chaque vigneron s’occupait de sa production et de la commercialisation de ses vins. Des  productions modestes qui n’assuraient guère d’image, ni même un approvisionnement constant du marché. L’idée d’une association naquit au début des années 70. Collaboration qui se transforma en Cave Coopérative en 1981. Elle compte aujourd’hui une centaine d’adhérents pour une production de 140.000 bouteilles annuelles. Avec son vignoble compris entre 1.050 et 1.200 mètres d’altitude, ce doit la coopérative la plus haute d’Europe.

Nicola del Negro, enologo e responsabile commerciale, controlla la vigna « Piagne » di uva Prié Blanc

www.cavemontblanc.com

Ciao

 

 

 

Marco

 


9 Commentaires

Où en est le Mourvèdre en Roussillon?

 

Le Mourvèdre est un cépage typique des bords de la Méditerranée. On dit que pour exprimer toutes ses qualités, il doit regarder la mer et être à l’abri du vent. Ça ne se vérifie pas à Jumilla, où sans voir la côte, il donne pourtant de très jolis vins !

Cépage historique de la Catalogne, le Mourvèdre ou « Mataro » serait originaire de la côte catalane. Son nom lui viendrait d’ailleurs des villes de Mataro, près de Barcelone ou de Murviedro dans la province de Valencia. Il avait presque disparu du paysage viticole français après l’invasion phylloxérique, accusé de plusieurs maux et non des moindres : irrégularité, dégénérescence, manque de production… il a été délaissé lors de la reconstitution du vignoble pour sa production capricieuse et ses faibles rendements.

image001

Après la crise des Vins Doux Naturels, le Roussillon s’est tourné vers la production de vins secs et « d’aucuns » ont pensé que ce vignoble avait besoin de cépages dits « améliorateurs » : ils ont alors fortement recommandé la plantation de syrah et de mourvèdre. Ce dernier a été considéré comme très intéressant pour les vins d’assemblage dans une optique d’apport de structure, afin qu’il apporte au  vin puissance et charpente . Il était amené à être le partenaire idéal du grenache et du carignan, peu reconnus dans ces années-là.

En complément des 3 cépages rouges phares du Roussillon, le Mourvèdre a été planté sur un peu plus de 5% du vignoble. Il devait être ajouté dans les assemblages par petites touches pour renforcer la structure et la complexité aromatique (notes de poivre, de truffe et de fruits noirs) .On le recherchait:

-pour la finesse de ses arômes ; fruits murs (raisins, cerises) et fruits rouges, notes épicées, sous-bois et violette, peu de notes florales, fruits secs, grillé, tabac…plutôt torréfaction.

-pour ses qualités de bouche , tant au niveau de l’intensité et de la persistance aromatique, qu’au niveau de la qualité des tannins, veloutés et au grain très fin, devaient compenser la rusticité et le coté oxydatif des grenaches de l’époque.

Assemblé avec le Grenache, le Mourvèdre était censé compenser la tendance à l’oxydation de ce dernier. On a l’a donc tout naturellement introduit dans les encépagements des appellations.

  • Les Collioure ont le Mourvèdre à titre de cépage principal depuis leur passage en A.O.C en 1971,
  • Il a été rendu obligatoire avec la Syrah à concurrence de 10% en 1985 dans les Côtes du Roussillon et Côtes du Roussillon Villages.
  • C’est un cépage très accessoire (pour moins de 10% de l’encépagement, ou en complantation) pour les appellations Banyuls,Banyuls Grand Cru; et, comme cépage complémentaire, dans les Roussillon et les  Maury.

Pourquoi je vous parle du Mourvèdre aujourd’hui ? Tout simplement, parce que, récemment j’ai eu l’occasion de gouter 4 cuvées particulièrement réussies qui m’ont donné envie de regarder ce qu’il se faisait à partir de ce cépage à l’heure actuelle dans le Roussillon. Son encépagement est d’environ 500 ha., sous réserve, apparemment ça n’est donc pas un cépage qui a rencontré auprès des vignerons le succès escompté par les techniciens.

J’ai parlé avec plusieurs vignerons dont Jean Gardiès, Benoit Danjou et Serge baux : ils m’ont tous expliqué à peu près la même chose : en plein renouveau dans le Roussillon, ce cépage a souffert pendant longtemps d’une mauvaise réputation due à des implantations sur de mauvais porte-greffes, il y a avec le mourvèdre un vrai problème de matériel variétal, les clones ont été mal sélectionnés au départ, ils sont trop productifs, et la taille des grappes est bien trop grosse, certaines peuvent atteindre jusqu’à 800gr. Des sélections clonales ont permis d’élever sa production de 25-30 hl/ha jusqu’à 50-70 hl/ha mais il perd alors beaucoup de son caractère et sa qualité baisse rapidement.  En outre, elles donnent des jus denses mais avec un coté rêche. Avec les années, ça se calme, mais il faut beaucoup de temps. En plaine, à rendement élevé et sur des terroirs inadaptés, il perd toutes ses qualités et devient au mieux quelconque.

C’est un cépage qui aime les terroirs calcaires, et pour qu’il commence à bien s’exprimer, il faut que les vignes aient au moins 25 ans. La proportion des pépins est très développée, donc ça amène des tannins. En conséquence les résultats n’ont pas été ceux escomptés, et donc il n’a pas bénéficié de l’amour du vignoble et pourtant selon Jean Gardiès, c’est un cépage de vigneron.

C’est aussi un cépage réducteur, pour faire une cuvée non sulfitée.

La première cuvée que j’ai goutée est celle du domaine Gardiès, une exploitation familiale qui se trouve au cœur du terroir d’Espira de l’Agly, adossé aux contreforts des Corbières dans les Pyrénées et bénéficiant du climat Méditerranéen. Les 30 hectares de vignes sont en conversion biologique. Jean et son fils travaillent avec conviction, le mourvèdre depuis longtemps :

– Je cherche le ciel 2014 – Côtes du Roussillon Villages

En plus, je l’ai gouté chez lui dans la vigne, sous un ciel bleu magnifique, c’était presque magique. Quel joli nom pour un vin qui nous embarque dans les nuages. Jean m’a expliqué qu’il l’avait trouvé justement au milieu de ces vignes, alors qu’un matin de grisailles, il cherchait à percer le ciel pour voir si le temps allait se lever : « je cherche le ciel » dit-il à son fils », qui aussitôt lui répondait : » ce sera le nom de la cuvée. J’ai découvert en pleine nature, à cet endroit même ce vin qui m’a séduite d’emblée : il embaume les fruits rouges mûrs avec ses arômes de cerises noires et de prunes, il répand quelques senteurs florales, et quelques touches d’herbes fraiches. Je l’ai senti tout entière imprégné de la vigne qui l’a vu naitre. J’ai gouté une chair diserte croquante, et juteuse, aux tannins veloutés et, d’une belle intensité aromatique Un vin gouleyant, enjoué, équilibré au charme redoutable !Voilà un mourvèdre que l’on n’attend pas, presque atypique, à boire dans les 3 ans.. Ah, j’allais oublier de mentionner tellement on ne s’en aperçoit pas que c’est un vin sans soufre !

1381554_727909553890008_86592843_n

PVP :22€

La deuxième cuvée toujours de chez Gardiès est dans un tout autre esprit, plus classique avec ses 18 mois d’élevage, dont les rendements ne dépassent pas 25hl/ha :

La Torre 2013

Un vin complexe, élégant et bien équilibré !

Un nez très expressif révèle de généreuses nuances de fruits noirs murs(cassis), relevées de notes épicées et toastées. Avec de délicieuses sensations la bouche révèle une texture dense, soyeuse, sur des saveurs de fruits noirs, des notes fraîches balsamiques, accompagnées par des tanins murs et juteux. Le tout est parfaitement équilibré par une belle fraîcheur minérale et relevé par une élégante touche épicée. Ce vin est une réussite, la preuve que le mourvèdre bien conduit peut donner dans le Roussillon un vin racé.

1381541_738240756190221_895360558_n

PVP :34€

Peu de temps après, Au Vins de mes Amis, j’ai eu l’occasion de gouter chez les frères Danjou Banessy, la cuvée Roboul 2014, côtes du Roussillon Villages.

Le domaine est situé tout près de d’Espira de l’Agly à quelques kilomètres de Perpignan et possède une mosaïque de terroirs exceptionnels dont les Terres Noires qui sont des débris de schistes noirs déposés en couches plus ou moins profondes sur du calcaire.

C’est une cuvée d’assemblage mourvèdre/grenache, dans laquelle le mourvèdre est dominant. Les vignes sont assez jeunes entre 10 et 30 ans, plantées dans le lieu-dit « Roboul » dans la continuité du Crest avec un sols argilo-calcaires constitué de galets roulés et d’argile et les rendements ne dépassent pas les 25hl/ha là aussi.
Travail parcellaire en phases lunaires, sélection des bourgeons lors du travail en vert.

Levures indigènes. Elevage en fûts de 12 à 14 mois selon l’année.
Mise en bouteille par gravité. Vin non levuré, non acidifié, non chaptalisé, non collé, non filtré. Possibilité de dépôt naturel en bouteille.

Un rouge méditerranéen à l’état pur surprenant et captivant. L’association du mourvèdre/grenache lui confère une puissance agréable et une personnalité typée : une dominante fruitée intense petits fruits rouges (framboise, fraise), sur des notes florales : une gourmandise charnue et juteuse aux parfums épicés. Une belle fraicheur porte l’ensemble, une grosse surprise que ce rouge qui malgré sa vigueur passe en douceur. Il est totalement charmeur, fin et élégant, donnant une grâce incroyable au cépage Mourvèdre. A déguster dans sa jeunesse.

 

PVP :14 euros

MATARO BOY 2015

Cette cuvée nous vient du Mas Baux, à quelques pas de la mer entre Perpignan et Canet-en-Roussillon, le domaine s’étend sur 20 hectares, dont 12 hectares de vignes, bordées de garrigues, le tout cultivé en BIO. Sa parcelle de mourvèdre fait 3ha, une sélection massale qui lui donne des petites grappes et beaucoup de travail à la vigne.

En cuve inox jusqu’à la mise en bouteille le 21 janvier 2016

Serge Baux a deux passions, le rugby et la vigne, sans compter un grand faible pour le mourvèdre : c’est son cépage préféré !

20170321_150137

Vous comprenez mieux maintenant le pourquoi de l’étiquette : c’est lui qui est en photo, il a voulu traduire toute la force, la virilité et l’élégance du vin ; pour lui, le rugby et le mourvèdre ne font qu’un, c’est une jolie histoire. Oui, je sais certains assimileront ce sport à la brutalité, pas moi, j’ai baigné dedans petite avec mon père et je comprends ce que ressens Serge, et je trouve que son vin l’exprime très bien. C’est un 100% mourvèdre, encore très jeune, il faut l’être pour jouer au rugby, un fruité éclatant émane du verre, il s’en échappe de beaux arômes de fruits de fruits noirs, avec une pincée de poivre blanc. Un très léger co2 en attaque, il a certes la carrure d’un rugbyman, mais l’étonnement vient de sa chair lisse et coulante, malgré sa vigueur, il glisse en douceur, c’est un vin rond, équilibré, les tanins sont très fins et murs. Il a marqué un essai transformé ! Voilà un rouge bio, élégant, digeste qui renferme les atouts majeurs d’une très pure expression méditerranéenne d’une totale fraicheur.

20170321_145906

Pour un prix plus que raisonnable, avec des rendements de 25hl/ha.

Production : environ 5000 bouteilles

PVP :14 euros

Je sais qu’il y a d’autres cuvées de mourvèdre, notamment le Clos du Moulin du domaine du Mas blanc qui était une vraie réussite il y a des années en arrière et que je n’ai pas eu le temps de gouter pour ce papier, ainsi que Domaine de l’Edre – Carrément Mourvèdre 2015 – Côtes Catalanes je les garde pour un autre papier, avec des cuvées catalanes du Sud.

Un constat quand même, par rapport à Bandol, les mourvèdres du Roussillon sont très fruités-

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

1374172_727285427285754_124695566_n