Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


Poster un commentaire

Retour sur image, mais sans images

C’est grâce à Michel Smith et à son article du 8 octobre, sur notre site que j’ai pris connaissance du discours délirant d’un jeune homme qui étale, dans une vidéo sur le site du magazine l’Obs, toute une série d’imprécisions, d’amalgames et d’absurdités qui font que je me demande comment un titre supposé « sérieux » puisse laisser champ libre à cela. Est-ce l’ignorance de ce journal au sujet du vin ? Est-ce le sacro-saint principe de liberté de penser et de dire ce qu’on veut, y compris n’importe quoi ? En tout cas, ce n’est pas du journalisme, même « d’opinion » ; c’est de la propagande méprisante et, comme toujours dans ce cas, c’est assez révoltant.

Plusieurs personnes plus avisées que moi de la technique du vin, comme André Fuster, se sont donné la peine de réfuter quelques unes des affirmations absurdes contenu dans le discours de cette personne. Michel, dans son article, a eu la bonne idée de proposer des liens vers ces textes que je vous encourage de suivre.

Mais quelqu’un d’autre à porté à mon attention une autre réponse que je trouve aussi brillante que pertinente. Vu qu’il n’est pas signé (ou uniquement avec un pseudo), nous ne voulons pas le publier in extenso sur ce site car nous avons pour principe de demander aux commentateurs de signer avec leur nom, alors comment ne pas l’exiger pour les articles ? Mais je ne peux pas résister au plaisir de vous livrer quelques extraits.

« Antonin, tu nous les brises. Ces chroniques de punk à chien que, j’ose dire, pour le malheur de tous ceux que tu désinformes, tu nous livres à intervalle régulier depuis quelques années afin de défendre et le « nature » et le « naturel » et « l’éthique » et « bla-bla-bla » face au grand méchant « conventionnel » – chimique et sournois, va sans dire – sont à œnophilie sincère, je te le dis comme je le pense, mon pauvre ami, ce que la pornographie de caniveau la plus déplorable est à l’authentique plaisir de l’étreinte : un mensonge aussi grossier que cynique, un outrage impardonnable. »

« Alors évidemment, tu me diras, je le sais, que tu t’adresses à un public de néophytes, à un public ignorant des choses du vin, un public jeune et citadin, connecté, complotiste et friand de tes diatribes, et qu’il convient, pour faire du clic, de le nourrir de raccourcis manichéens, de caricatures sectaires et de « fake news » à vocation pédagogique ; tu me diras que tu vulgarises, que tu défriches, que tu ouvres la voie ; tu me diras que tu inities et que si, touchée par la grâce miraculeuse d’une « punchline » bien brutale, une seule de tes ouailles se détourne de la grande distribution pour s’en aller, docile, sucer un irréprochable artisan moustachu, le pari est gagné. »

« Je sais aussi, et probablement mieux que toi, crois-moi, le dangereux virage de la chimie pris au champ plus qu’au chai dans le courant des années soixante, je sais le caractère grotesque de la multiplication des traitements, et pire, des traitements préventifs, devenus au fil du temps aussi automatiques que la prescription d’antibiotiques à la première toux ; je sais, puisqu’à juste titre, on en parle beaucoup ces jours derniers, le glyphosate et bien d’autres encore, car, oui, je connais les matières actives et leurs adjuvants ; j’ai étudié par simple comptage, je te rassure, la progression des populations de quelques parasites communs en vue de les contenir et je maîtrise, grands dieux, l’effrayant concept de pression cryptogamique, tu vois ? J’en ai vu des vertes et des pas mûres… Et je n’ai pas plus que toi de sympathie pour les pesticides, les insecticides, herbicides et fongicides, qui filent, dit-on, de méchants cancers aux pauvres diables chargés par une hiérarchie, assurément national-socialiste, de pulvériser en douce, à la scélérate, d’innommables poisons à proximité des écoles maternelles. »

« Et pour autant, tu me les brises, Antonin. Tu me les brises menu avec ta suffisance de petit blogueur, qui, entre deux dégustations à la Maroquinerie, propage la peur et l’ignorance – et l’ignorance surtout, dont découle la peur. J’en ai marre que tu fasses le « buzz » sur les réseaux sociaux en assénant avec toute l’assurance que te confère ton inqualifiable cuistrerie, les contre-vérités et les amalgames qui font le sel et le piment de tes interventions mesquines. »

« …..Sérieusement, tu crois toi-même aux conneries que tu racontes ? Tu t’entends ? Tu t’écoutes ? Tu devrais, je crois. Ça t’éviterait de raconter n’importe quoi. Ça t’éviterait notamment d’estimer qu’il suffit à quiconque de jeter un coup d’œil rapide et distrait à ce fameux Codex, qui fixe les limites du possible et que tu sembles avoir pris en grippe, pour affirmer que les vins que boivent communément l’essentiel de nos congénères, les tiens, les miens, toi, moi nous, contiennent jusqu’à soixante-dix intrants. Ça t’éviterait ce genre d’énormité, tu vois ? Parce que je te le dis sans animosité : aucune vinification, aucune, je vais même te l’écrire en majuscule, AUCUNE vinification ne requiert l’usage de soixante-dix additifs….. ce serait un contresens œnologique, ce serait un contresens économique, dans la mesure où chaque manipulation exige un achat, une compétence et de la manutention et ce serait donc, pour le dire en peu de mots comme en trop, une insulte lancée à la plus rustique des intelligences. »

« Et enfin, parlons goût.  Puisque dès lors qu’il s’agit de pinard, la question du goût se pose fatalement. Et mettons les pieds dans le plat : « nature » ou « naturel » n’est pas synonyme de qualité, d’intégrité et garantie d’enchantement, ou pas plus en tout cas que « conventionnel » n’est synonyme de platitude, d’artifice et promesse d’un abyssal ennui. Présenter les choses de cette manière, au mieux, dénote une ignorance crasse et coupable et au pire, révèle une indicible malhonnêteté, qu’à vue de nez, je situerais à onze ou douze-mille années-lumière du simple parti-pris. »

L’auteur de ces lignes, dont j’admire le talent et qui manifestement connaît bien son sujet, dit aussi qu’il aime les vins « natures », entre autres. Et il fournit, en guise de signature, un mail de contact : oenorage@gmail.com

Si vous voulez le texte en entier, voici un lien.

Je suis grognon

J’aurai bien voulu signer ce papier, si j’avais les connaissances techniques, l’expérience et le talent d’auteur. J’aurai bien voulu lui demander la permission de publier ces extraits, mais je ne le connais pas. J’espère qu’il (ou elle) ne m’en voudra pas.

David


4 Commentaires

Pourtant, d’habitude, je n’aime pas le Sauvignon

Mais ces quelques Sancerre m’ont plu. Peut-être parce qu’ils n’offraient pas ce goût de pamplemousse/thiol qui standardise le vin, mais qui plaît au consommateur « moderne ». Ici, pas de ça, mais du VIN, de la structure, de la fraîcheur, de la densité, de la longueur, et plein d’autres choses qui nous ravissent autant le palais que l’âme. Les voici:

 

Terre de Maimbray 2016 Sancerre Domaine Pascal et Nicolas Reverdy

 

La robe blanc vert aux reflets opalescents ne laisse pas l’œil indifférent. Le nez lui préfère le silex qu’il éclate pour en faire jaillir des senteurs d’humus, de terre humide. Terreau dans lequel pousse un bouquet composé de fougère, de rose, de jasmin et de frésia. Quelques zestes d’agrumes par leur fragrance leurs parfums. La bouche offre une jolie maturité à l’accent ensoleillé dont la suavité semble presque sucrée. Mais certes sec, ce vin, tout en potentiel, nous apporte déjà quelques indices sur sa complexités aujourd’hui sous-jacente. Fruits blancs, épices douces, fleurs délicates peuplent la longueur et nous dévoilent le plaisir à venir.

La parcelle de Sauvignon se situe près du village de Maimbray, d’où le nom de la cuvée. Le sol s’y compose de calcaire et est appelé terre blanche. Élevage sur lies fines pendant 6 mois  reverdypn@wanadoo.fr

Le Chant de l’Orme 2015 Sancerre Domaine Pierre Morin

 

Vert jaune pâle. Un nez de pomme golden étoilé d’une tranche de carambole maculée de marmelade de poire douce. On y ajoute encore les exotiques goyave et litchi, un soupçon d’agrume. La bouche pleine, fraîche, croque les fruits sentis, y ajoute quelques baies encore comme la groseille et la mirabelle. Un rien d’épices vient souligner le transport fruité. Une pincée de poivre, une touche de cumin, un trait de réglisse, en renforce la saveur.

Les vieilles vignes de Sauvignon poussent dans les caillottes, sol de cailloutis calcaires. L’élevage se fait en barriques. morin.perefils@orange.fr

La Baronne 2014 Sancerre Domaine Bernard Fleuriet et Fils

 

Le vert doré lumineux nous engage à le respirer. Tout de go un bouquet fleurs blanches vient flatter le nez avec piqués entre les corolles quelques pommes, poires et prunes saupoudrées de poivre et de cumin. La bouche offre d’entrée des impressions salée et anisée qui nous font penser à une note d’absinthe, à l’armoise qui folle pousserait entre les vignes au moment de la floraison. S’en échappe un mélange subtil de saveurs fortes et délicates.

Sol calcaire planté des plus vieilles vignes du domaine. Vinification et élevage en barriques pendant 1 an. www.fleuriet-sancerre.com

Génération Dix-Neuf 2014 Sancerre Domaine Alphonse Mellot

 

Vert jaune brillant, il a le nez en fleur d’amandier nuancé d’aubépine ombré de poivre blanc. Vient aussi de la rose blanche au doux parfum adouci encore d’asparagus. Cela nous rappelle les senteurs fraîches et délicates respirées dans un magasin de fleurs bien fourni. La bouche reprend les délicats effluves tout en ajoutant de la gourmandise à l’élan floral. Un mariage qui réjouit les papilles absolument subjuguées par cette construction particulière.

Les vieilles vignes de La Moussière dont l’âge dépasse les 87 ans sont plantées à 10.000 pieds/ha dans un sol de marnes (les caillottes) sur calcaires du Kimméridgien supérieur. Fermentation en cuve tronconique de 900 litres. Élevage sur lies fines de 10 à 12 mois. www.mellot.com

Edmond 2014 Sancerre Domaine Alphonse Mellot

 

Blanc vert aux reflets jaunes, un nez qui sent la fraîcheur d’un matin couvert de rosée au moment où le soleil lève dans ses vapeurs délicates des senteurs de pommiers, d’herbes folles, de verveine et de poivre. La bouche onctueuse rappelle les gelées de groseille, de poire et de pomme relevées de quelques gouttes de citron jaune. Une écorce d’agrume vient apporter sa subtile note amère et renforce ainsi la sage vivacité de ce vin qui nous promet encore de beaux lendemains.

La Cuvée Edmond est élaborée à partir d’une parcelle de vieilles vignes de La Moussière âgées de 40 à 87 ans. Fermentation pour 60% en fûts neufs, 20% en fûts d’un vin et 20% en fûts de deux vins, à des T° comprises entre 18 et 24°C. Élevage de 10 à 14 mois sur lies fines avec batonnages réguliers.

Petit bémol pour Alphonse Mellot et fils

 

Bon sang, que ces bouteilles sont lourdes ! Faut-il ça pour différencier un bon Sancerre d’un sauvignon de Touraine, de Nouvelle-Zélande ou d’ailleurs? Le flacon pèse 1,10 kg, alors qu’une bouteille normale du même type fait 500 grammes. Mais je suppose que les vignerons qui adoptent ce genre de contenants ont les meilleures raisons du monde…

 

Ciao

 

Marco


5 Commentaires

Des pierres de la Préceptorerie naquirent des fleurs !

Cette cuvée au nom si «magique» est un Rancio sec !

Le Rancio sec est certes un vin rare, mais il n’a rien de miraculeux :  il représente juste un savoir-faire local très ancien. Et il aura fallu toute l’imagination poétique de Pierre Parcé pour imaginer le nom de cette cuvée!

La tradition voulait que les vignerons laissent évoluer une barrique en milieu oxydatif, sans ouillage, pendant plusieurs années (la bota del reco) ; c’était le tonneau perpétuel qu’ils remplissaient de vin nouveau quand ils en soutiraient une partie. Le processus oxydatif développe des arômes complexes et protège le vin. Pour évoluer favorablement, il doit avoir un degré d’alcool élevé. Ces derniers temps, ce «vi ranci», comme on l’appelle chez nous, était en voie de disparition faute d’existence légale et réduit au statut peu valorisant de vin de table. Dans les années 80/90, seule une poignée de producteurs en proposait !

C’est à ce moment que Slow Food s’y est intéressé, créant avec le rancio sec en 2004, la première de ses Sentinelles françaises, c’est-à-dire un produit à sauvegarder et à promouvoir au nom de la biodiversité et du patrimoine. Résultat, il semble connaître aujourd’hui une petite renaissance, même si les vignerons qui produisent ces vins hors du temps sont très peu nombreux : une trentaine, répartie entre le Rivesaltais, la Côte Vermeille et Banyuls. Pour les soutenir, l’association des producteurs « Les rancios secs du Roussillon » a été constituée en 2004.  Le Rancio jouit depuis 2011 de l’IGP Côtes Catalanes et Côte Vermeille (Banyuls, Collioure) avec la mention Rancio sec. Réalisé à partir de raisins surmuris, qui vont au bout de leur fermentation alcoolique: il ne doit contenir aucun sucre résiduel, il est élevé en mode oxydatif comme les vins mutés, faisant intervenir des chocs thermiques dans des contenants divers : barriques, tonneaux, foudres, bonbonnes, dames-jeanne, amphores, cuves… » et, ne peut être mis en vente que cinq années après la récolte. Tous les cépages du Roussillon peuvent rentrer dans la composition des rancios secs, mais la plupart sont réalisés à partir des grenaches blanc, gris ou noir, du maccabeu ou du carignan. Quelle que soit la couleur de départ, ces vins témoins de la culture vinicole du Roussillon, évoluent le plus souvent vers une couleur ambrée commune.

La Préceptorie, sur les schistes noirs de Maury, fait partie de ces quelques domaines qui proposent une ou plusieurs cuvées «confidentielles» de Rancios secs.

Quelques mots sur le domaine !

La Préceptorie est née en 2001, d’une rencontre des familles Parcé et Legrand, du domaine de La Rectorie à Banyuls, avec des vignerons vivant à Maury. Toutes ses vignes se situent sur l’aire d’appellation Maury; la cave, elle, est installée dans un village anciennement nommé Centernach, qui abrita une ancienne possession templière d’où le patronyme. Joseph Parcé s’est retrouvé à la tête du domaine, qui s’étend aujourd’hui sur 26 hectares en bio (il a été certifié en 2013).

C’est un gars à part, aussi original qu’intelligent ; il y a fait du très bon travail, il a tout donné de lui-même, trop peut-être. Les vins qui en sont issus sont tous très personnels, un peu sauvages, ils lui ressemblent ! Mais voilà, il a craqué, je vous livre la lettre envoyée par ses frères à l’occasion des vœux 2017 : «Notre frère Joseph quitte la Préceptorie. Trop dur, trop de pression, trop de souci, pas assez de vie en famille. Nous, les plus jeunes, Martin, Augustin et Vincent n’avons pas manqué d’intervenir, d’être prêts. Nous reprenons les rênes, la marche continue. Notre frère va pouvoir se reposer, nous sommes là. Discret, plus en retrait, un peu derrière et bienveillant, Marc, notre père, lui aussi est là…L’aventure continue de plus belle avec le même amour… Avec la même volonté de mettre l’humain, l’écologie humaine, en devant du seul souci de la rentabilité, de la gloire et des honneurs. S’inscrire dans le temps, lentement. Ensemble. Avancer avec l’ensemble de nos qualités, de nos faiblesses, de nos dons.» Martin, Augustin, Vincent & Marc Parcé.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Joseph Parcé Photo Mihel Smith

Le vin: « Des Pierres de la Préceptorie naquirent des fleurs » :

  • Il est issu de 30% de grenache gris – 30 % de grenache blanc – 40 % de macabeu surmûris.
  • Il est sec parce qu’il a entièrement achevé sa fermentation, que tout son sucre a été transformé en alcool.
  • Et rancio parce qu’il a été élevé en milieu oxydatif : 7 ans dans de vieux fûts en bois sans ouillage.

Comme la tradition le veut, je l’ai servi à l’apéritif pour accompagner des anchois de Collioure (qui ne sont plus de Collioure, mais qui y sont transformés) et du Jabugo. Et, ce fût un vrai bonheur !

Sa robe est brillante avec des reflets ambrés. Le nez est magnifique, puissant, marqué noix, térébenthine, torréfaction, café, cacao avec des notes de tabac blond, et une pointe iodée. La bouche, se développe ensuite en vivacité et puissance, elle regorge d’épices et de fruits confits. D’une très belle longueur, il s’en dégage une impression d’élégance, elle est fraiche, malgré ses 18,5º d’alcool, équilibrée ; elle s’exprime avec sensualité et finesse-Un grand moment ! Il y a des vins de linéaires et des vins de commentaires, les Rancios font partie de cette dernière catégorie ! Dégusté en fin de repas, il appelle le cigare !

20171007_225636

Prix : 20 € les 50 cl.

Avec quoi marier ces vins d’exception que sont les Rancios Secs ?

Les Rancio sec peuvent se servir à l’apéritif sur des anchois, des jambons de caractère ; des jabugos, et même des gambas ! Ils peuvent résister à un fromage puissant comme un vieux comté, un vieux Manchego, un Stilton, ou encore une vieille tome de brebis accompagnée d’une pâte de coing, des petits fromages de chèvre sec, un fromage de chèvre affiné quelques mois avec du miel de thym, ou, sur un dessert au chocolat noir et bien sûr il pourra se déguster à la fin d’un repas avec ou sans cigare.

Je m’en sers beaucoup en cuisine pour lier les sauces, déglacer des viandes ou des noix de Saint-Jacques. Il m’est indispensable au moment de cuisiner une langouste à l’armoricaine, un homard, un Suquet ou encore un civet.

Il a en outre la particularité de rester bon après plusieurs mois d’ouverture, comme un grand alcool.

Si l’histoire du Rancio Sec vous intéresse, lisez « Les Rancios secs du Roussillon –les vins oxydatifs, fleurons de la viticulture catalane » Un livre pour raconter l’histoire d’un trésor catalan, c’est ainsi que le décrivent ses 9 auteurs et ses 10 contributeurs passionnés ainsi que son Directeur d’ouvrage, Alain POTTIER. Je ne saurai conclure ce papier sans parler de Jean Lhéritier et de Marc Parcé « chevilles ouvrières » comme les appelle Michel Smith du Rancio Sec auprès de Slow-Food.

 

Enfin, je vous livre avec son accord, ce texte sur les Rancios écrit par Marc Parcé :

«À la fin des années cinquante, enfant, j’ai souvenir de ces barriques de rancio que nous recevions de Banyuls-sur-mer et que nous mettions nous-mêmes en bouteille. Ce vin sec avait été récolté sur la propriété familiale, en même temps que les vins doux, mon arrière-grand-mère étant à la coopérative, la « buvette » il n’était pas élaborée à part. De toute façon elle ne portait ses raisins à la coopérative que pour produire du Vin Doux Naturel Banyuls et l’appellation Collioure n’existait pas ! Arrivés les derniers jours de vendanges, on en consacrait un pour faire le «vin sec» : ce jour-là, les ouvriers agricoles qui travaillaient pour elle, écrasaient les raisins avec les pieds dans les comportes de bois, et vidaient le tout, rafles comprises dans des demi-muids (fûts de 6 hl) dont le haut avait été découpé pour qu’un entonnoir en bois permette à l’opération de se faire. La fermentation démarrant au bout de quelques jours, la macération se prolongeait jusqu’à Noël : alors on décuvait et pressait l’ensemble qu’on allait élever durant plusieurs mois voire plusieurs années dans des vieux fûts souvent de châtaignier. Ces vins de très longue macération avaient souvent un degré alcoolique assez élevé, une structure et une matière puissante et prenaient une robe tuilée au bout de quelques années : ils étaient en fait les ancêtres des vins « nature » et seul l’alcool leur donnait une solide constitution qui leur permettait de bien voyager et de bien vieillir. Petit détail, il suffisait cependant d’aimer ce goût particulier de rancio, terme dont nous ignorions alors l’existence mais pas le goût ! Ces arômes de fruits rouges très mûrs, de fruits secs, pruneaux, oranges et noix supportés par un alcool naturel mais bien présent, avaient définitivement imprimé nos palais d’enfant, les associant à l’image de nos grands-parents et en particulier de notre arrière-grand-mère Thérèse, surnommée Thérèsette ou Thérèsou, fille de Thérèse & Marcelin Reig. Cette petite dame toute frêle à la volonté de fer, veuve dès 1913, avait géré le domaine familial jusqu’à sa mort en 1969, à 99 ans* : elle nous montrait dans son visage un tel bonheur d’avoir six petits enfants ! Plus tard, encore jeune homme, je nous revois comme si c’était hier, dans la cuisine de la maison familiale, en été tard le soir alors que nous avions passé déjà un long moment sur la plage et au « Bar du Port », à discuter et à refaire le monde. Là il nous fallait découper de fines rondelles d’aubergines et les jeter dans une poêle avec de l’huile d’olive pour en faire des chips délicieuses que nous dégustions avec ces vins rancios secs ! Ne me parlez pas des madeleines de Proust : ces aubergines grillées et ces vins avaient le mérite de raconter pour moi une histoire beaucoup plus sévère et plus austère, j’oserai dire qu’ils évoquaient avec combien de nuances ce terroir banyulenc de schistes coupants et friables pourtant, ces notes métalliques de pierre à fusil et cette mâche qui fait saliver et appelle un deuxième verre, surtout s’il est un peu frais, nous trompant sur sa puissance. Ces saveurs évoquaient la rudesse du travail des vignerons dans un pays qui ne connaissait pas la mécanisation et où le travail de la vigne nécessitait une force physique – et donc mental- déjà peu commun. Banyuls est un terroir qui grâce ou à cause de son incapacité à la modernisation a su garder son âme paysanne : faire du vin à Banyuls exige un engagement physique et ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir comment les plus jeunes savent se dépenser et se dépasser physiquement en pratiquant tel ou tel sport et cependant ont du mal à s’engager dans un métier manuel comme le réclame le vignoble Banyulenc !»

* Nous passions le mois d’août avec elle aux « Tilleuls » à Banyuls.

portrait (1)

Magnifique, merci Marc pour ce joli témoignage.

img_1828

Jean L’Héritier et Marc Parcé, chevilles ouvrières du Rancio sec auprès de Slow Food. Photo©MichelSmith

Une petite sélection de mes  Rancios préférés :

« Pedro Soler » du domaine de la Rectorie 65€ pour 75cl, départ domaine– la-rectorie@orange.fr

« Mémoire d’automnes du domaine » La Tour vieille à Collioure : 22€ pour 75cl départ domaine.

« Cap de Creus » du domaine de La Tour vieille à Collioure, info@latourvieille.com.22€ pour 75cl départ domaine.

« Les Rancios millésimés 1980… » du Domaine Danjou-Banessy, bendanjou@hotmail.fr

« Au fil du temps » de Jolly Feriol 48€ pour 75cdépart domaine
« Rancio sec » du domaine de Rancy à Latour de France 13,50€ – info@domaine-rancy.com

« Ranfio Cino » Domaine Vial-Magneres, 22€ pour 50cl départ domaine, al.tragou@orange.fr

« Ranfio Seco » Domaine Vial-Magneres, 13,50€ al.tragou@orange.fr

« Sans Interdit » Domaine Ferrer Ribière, 16,00 € TTC pour 75 cl

Et, pour terminer la liste de tous les `producteurs actuels de Vi Ranci !

 IGP COTES CATALANES RANCIO SEC:

Domaine des Schistes, Domaine de Rancy, Domaine Jolly Ferriol, Château de l’Ou, Cave Arnaud de Villeneuve, Domaine de Rombeau, Domaine Fontanel, Château de Sau, Domaine des Demoiselles, Domaine des chênes, Vignobles Dom Brial, Château de Pena, Domaine Gilles Troullier, Domaine Puig-Parahy, Domaine Ey, Mas Peyre, Domaine de la Préceptorie, Domaine du Mas Alart, Domaine Ferrer Ribière, Domaine Danjou-Banessy.

IGP CÔTE VERMEILLE RANCIO SEC :

Domaine Berta-Maillol, Domaine Vial Magnères, Domaine Bruno Duchêne, Terres des Templiers, Domaine de la Rectorie, Terres de Querroig, Domaine Tambour, Cellier Dominicain, Domaine Piétri-Géraud, Domaine La Tour Vieille, Domaine de la Tourasse.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols


Poster un commentaire

Bordeaux, Prix René Renou 2017

Créé en hommage au vigneron et ancien président du Comité Vins de l’INAO (1952-2006), et décerné par l’Association Nationale des Elus du Vin, le Prix René Renou récompense la collectivité « ayant le mieux œuvré, au cours de l’année écoulée, pour la défense et la promotion du patrimoine culturel lié à la viticulture ».

Ayant participé à la création de ce prix, voici 10 ans, avec Marc Olivier, et figurant toujours parmi les jurés, j’y suis très attaché.

Pour cette dixième édition, le lauréat est la ville de Bordeaux.

Faut-il rappeler l’engagement de cette ville pour le vin, produit de culture? La Cité du Vin, qui a ouvert ses portes il y a un an, et qui a déjà accueilli près de 500.000 visiteurs, en est l’illustration. En mai dernier, ici même, notre ami David lui a consacré un article que je vous invite à lire si ce n’est déjà fait.

Mais laissons l’ANEV expliquer la démarche: « Depuis 10 ans, ont été récompensés des projets autour du vin d’ordre éducatif, environnemental ou oenotouristique et ayant valeur d’exemple et de reproductibilité par d’autres. Et si la Cité du Vin semble difficile à être dupliquée ailleurs c’est l’approche et le montage qui, eux, peuvent l’être et doivent servir d’exemple aux autres élus du Vin, qui en France veulent promouvoir cette culture, ce produit et ceux qui le façonnent.

En effet si la ville de Bordeaux a contribué à 38% de l’investissement, un pourcentage que les élus doivent retenir, elle ne contribue pas à son fonctionnement. Elle l’a laissé à la «Fondation pour la culture et les civilisations du Vin» qui a en charge l’animation, la gestion du personnel et toute la marche au quotidien. L’exploitation génère des recettes propres et la Fondation fait aussi appel au mécénat qui représente 10 à 15% du budget total et finance la programmation culturelle. Elle a accueilli la première année 70 évènements culturels ».

Le prix René Renou 2017 sera remis au maire de Bordeaux, Alain Juppé, lors d’un prochain événement autour du vin.

Hervé Lalau


2 Commentaires

L’homme qu’a vu l’homme qu’a vu l’ours à la foire aux vins

Lettre ouverte au directeur de la communication d’Inter-Leclerc (Service Foire aux vins)

Monsieur le Directeur,

Je suis actuellement en poste au Cirque de Bruxelles Nord où je tiens le rôle d’ours trapéziste (le lundi), de femme tronc (le mardi), de contortionniste (le mercredi), d’échanson-à-boire (le jeudi) et de cuisinier (les autres jours de la semaine) – mais je vais probablement alléger mes horaires pour dégager du temps pour mon blog de vin.

Toutes fonctions dans lesquelles, je tiens à le dire, je donne entière satisfaction.
Ceci, pour vous donner un aperçu de la souplesse de ma constitution, de la versatilité de mes talents et de ma grande habitude de la médiatisation.

J’ajoute que je suis diplômé de l’Ecole de Dégustation du Zoo de Berne (niveau fondamental).

Attiré par le challenge et les opportunités de la grande distribution, beaucoup plus que par l’argent, et désireux donner à ma carrière une nouvelle expansion, j’ai l’honneur de vous faire offre de services dans le cadre de votre prochaine foire aux vins.
Il me semble avoir le profil idéal pour animer vos dégustations, commenter les vins et prêter mon museau à vos prospectus.

Ne doutant pas que nous parvenions à trouver un accord satisfaisant, tant au plan financier qu’au plan du miel, et dans l’attente de vos nouvelles, je vous laisse mes coordonnées email: ours-bruno@circus.be

Bien à vous,

L’Ours Bruno (alias Hervé)

 

 

 

PS. Afin de pouvoir démarrer tout de suite, je me permets de vous soumettre un canevas de commentaire de vin qui pourrait convenir à une bonne partie de votre bel assortiment:

« Issu des meilleurs cépages, ce vin est moyennement bon. Il est fruité mais sans excès. Il est moyennement savoureux avec un fromage à pâte moyennement dure ».

PS. Vous voudrez bien excuser les éventuelles ffautes de ffrappe, due sà la largeur de mes papattes.


8 Commentaires

Le Lalau n’est pas branchouille, c’est là son moindre défaut

Voici la cave qui vient d’obtenir la médaille d’or lors de la Nuit des Best of Wine Tourism (en bordelais dans le texte, car c’est un concours international) pour la mention architecture & paysage. Il s’agit du nouveau chai du Château La Dominique, à Saint-Emilion.

Je ne comprends pas. L’intégration de ce nouveau chai dans le paysage viticole me semble aussi réussie que celle du Ministère des Finances sur les berges de la Seine; ou que la tour Hilton sur le boulevard de Waterloo, à Bruxelles.

Pour moi, c’est le principe du coup de poing dans la figure appliqué à l’architecture, et qui plus est, dans un environnement censé être préservé: choquez, choquez, il en restera toujours quelques chose, on parlera de vous; et qu’importe l’avis de l’amoureux des sites, pourvu qu’une coterie d’initiés branchouilles et de bétonneurs y trouve son compte.

Comment sélectionne-t-on les projets? Quels sont les critères qui définissent une bonne intégration? Et quid de la protection Unesco du « paysage viticole historique » de Saint-Emilion? Comment un tel permis de construire a-t-il pu passer?

Question subsidiaire: à quoi servent de tels prix, à part m’énerver?

Hervé Lalau


3 Commentaires

C’est devant l’Apremont qu’on voit le Masson!

Jean-Claude Masson, le magicien de la jacquère, le Gandalf de l’Apremont, m’a reçu dans sa cave du Villard.
Après m’avoir proposé, à Evelyne Léard-Viboux et à moi, ce qu’il appelle ses entrées de gamme (les cuvées Nicolas et Lisa, du nom de ses enfants), et qui feraient déjà la fierté de pas mal de producteurs du cru, voilà qu’il prend un air mystérieux : «Ca, c’est quelque chose de particulier». Je ne peux m’empêcher de penser aux Tontons Flingueurs : «Le tout-venant a été piraté par les mômes… Est-ce qu’on se risque sur le bizarre?»

Rien de bizarre, dans le vin, cependant, si ce n’est sa genèse, comme nous la raconte l’auteur: «C’est un vin issu d’un coteau très pentu du Villard, et de sols très pauvres ; la première année que j’ai vinifié cette cuvée, la fermentation a été si lente que j’ai cru qu’elle n’en finirait jamais; et quand elle a été terminée, j’ai dit à mon épouse; celle-là, je me suis déchiré pour la faire. C’est de là que le nom est venu». 

Riche comme un vin de sol pauvre !

Paradoxe apparent et souvent vérifié: ce vin issu de sols pauvres est particulièrement riche dans le verre; dans sa version 2015, La Déchirée nous livre des paniers entiers de citron confit et de groseille à maquereau; en bouche, aussi, c’est étonnamment complexe pour un jeune vin: du poivre, du fumé, du minéral. Et pas mal de gras. Et pourtant, cela reste vif jusqu’en finale; le fruit croque, et moi, je craque.

Le Granier vu de chez Jean-Claude

Attention, ce vin gagnera à être carafé, et à ne pas être servi trop frais. Trop de jacquères sont tuées par le froid des glaciers ou des glacières… D’autre part, rien ne vous interdit de le garder quelques années en cave. Sur une autre cuvée, Cœur d’Apremont, nous sommes remontés jusqu’en 2010. Non seulement le vin avait résisté au temps, mais il y avait gagné; l’acidité s’était fondue dans la matière, de belles notes de miel, de coing et de poire s’étaient ajoutées, c’est une autre dimension du cépage qui était apparue. J’ai évoqué le Chenin… rien ne pouvait faire plus plaisir à Jean-Claude, qui est un grand amateur de Savennières.
Curieusement, une autre cuvée, La Centenaire 2014, m’a plutôt fait penser à un Sancerre de silex ; une autre encore, La Dame Bise, m’a emmené en Alsace, du côté du riesling – c’est dire si la Jacquère a plus d’un style dans son sac. A condition, bien sûr, de savoir la conduire, de la soigner, de la limiter, aussi. Jean-Claude a d’autres ambitions que d’arroser les fondues.

Vive la Jacquère… mûre !

Mais revenons un peu en arrière. Jean-Claude représente la 4ème génération de Masson sur l’exploitation, qui compte environ 9 ha. C’est un vigneron plein de gouaille et de bon sens paysan, revivifié par une grande ouverture sur le monde; il est à la fois humble devant la nature (au pied du Granier, on a vite fait d’être modeste, surtout qu’il vient à nouveau de s’ébouler) et fier de son travail: «Si le vigneron n’est pas fier de ce qu’il fait, pourquoi faire du vin?». Côté travail, il assure : pas de recette immuable, car tout est remis en cause à chaque millésime, mais du labeur, du labour, de l’huile de coude, de la patience et de l’instinct.

Jean-Claude Masson aime l’échange; quand il sert ses vins, c’est dans un ordre dont il a le secret – il revient même parfois plusieurs fois sur le même vin; il goûte avec nous, mais sans rien dire; c’est son œil, pétillant, qui nous interroge. Alors comment ne pas lui dire ce qu’on pense? Il est d’accord ou pas, il argumente, nous aussi, et à chaque commentaire, on en sait un peu plus sur le vin. Tour à tour, fusent des allégories musicales ou culinaires. C’est stimulant.

Cet homme de dialogue est aussi un homme de conviction. Et pas touche à la jacquère! Récemment, un collègue vigneron a osé dire que ce cépage était un des principaux problèmes de la Savoie. Jean-Claude ne lui a toujours pas encore pardonné : «Passe encore qu’un journaliste dise ça, sur la base d’une dégustation décevante, ou par ignorance. Mais un vigneron savoyard, ça non !».

Mais sans doute ne parle-t-on pas de la même jacquère. Méfiez-vous donc des pâles et maigres imitations, des mélodies en sous-maturité, des pianos aqueux, exigez la vraie musique de l’Apremont, celui de chez Masson. Déchirez-vous les papilles avec La Déchirée !

Contact: Jean-Claude Masson, Le Villard, 73190 Apremont, +33 4 79 28 23 02

Hervé Lalau