Les 5 du Vin

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Un domaine exemplaire en Nouvelle Zélande : Hans Herzog

Il est assez rare que je me trouve confronté à une gamme de vins aussi singulière et aussi impressionnante que celle de Hans Herzog. Ces vins sont issus de la région de Marlborough, en Nouvelle-Zélande, et j’ai pu déguster cinq vins d’une gamme bien plus large grâce à l’excellent caviste parisien, le bien nommé Soif d’Ailleurs.

Les vins de Herzog,  qui sont maintenant nommés « Hans » sur les étiquettes, à cause d’un procès stupide intenté par un vignoble Californien contre l’usage de son patronyme, ne sont pas des vins que j’appellerais « classiques » pour cette région du monde. Néanmoins Herzog, qui est d’origine Suisse, a su tirer une sorte de quintessence des qualités de ce climat si particulier et si propice à une viticulture de qualité, sans jamais tomber dans le piège de la facilité commerciale, loin s’en faut. Je dois rajouter que ce ne sont pas des vins très accessibles ; d’abord par leurs quantités très limitées, mais aussi par des prix qui sont certes élevés (entre 30 et 50 euros la bouteille en France, selon le vin), sans être excessifs, vu leurs qualités remarquables.

Une brève présentation s’impose avant de parler des vins que j’ai dégustés. Hans Herzog et son épouse Thérèse ont quitté leur Suisse natale ou Hans vinifiait du côté de Zurich et où le couple avait aussi un restaurant réputé. D’ailleurs, ils ont recréé un bon restaurant sur leur domaine en Nouvelle-Zélande. L’objectif de cet exil volontaire était de trouver un climat idéal pour la production de vins fins, sans avoir à subir les contraintes étriquées des appellations contrôlées. Je pense que j’aurais fait comme eux si j’avais le choix, la compétence et les moyens.

Hans voulait la liberté totale de planter les cépages qu’il trouvait approprié au climat de son vignoble et qu’il avait envie d’essayer. Mais il voulait aussi obtenir des résultats à la hauteur de ses goûts pour des raisins mûrs mais parfaitement équilibrés par leur acidité naturelle, tout en vinifiant de la manière la moins interventionniste possible. Après de longues recherches, les Herzog ont opté pour Marlborough, au nord de l’île du Sud, qui bénéficie d’une moyenne de 2.500 heures d’ensoleillement sans jamais subir des températures trop élevées. De surcroît, l’écart entre températures nocturnes et diurnes est d’au moins 10 degrés Celsius. Le climat est sec pendant la période de croissance de la vigne et la phase de maturation, ce qui nécessite une irrigation modulée mais qui écarte la plupart des maladies. Les sols du côté de la Wairau River, où ils ont acheté en 1994, sont assez similaires à ceux du Médoc et donc très drainants.

Aujourd’hui, le domaine comporte 11,5 hectares sur lesquels plus de 20 cépages sont plantés. Le vignoble est compact, le chai proche du centre afin de réduire au maximum le temps de transport des raisins au moment des vendanges. Il est exploité en agriculture biologique avec des tendances biodynamiques, mais je n’ai pas senti une once de ce côté illuminé qui peut apparaître chez certains praticiens. Herzog a clairement les pieds sur terre, et non pas la tête dans les planètes !

Une liste des variétés plantées peut donner une idée de la diversité de la gamme dont malheureusement je n’ai pu en déguster qu’un petit fragment : Chardonnay, Sauvignon Blanc, Sémillon, Viognier, Pinot Gris, Gewürztraminer, Riesling, Marsanne, Rousanne, Grüner Veltliner, Verdelho, Arneis et Muscat Ottonel pour les blancs ; Pinot Noir, Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Merlot, Nebbiolo, Barbera, Lagrein, Montepulciano, Tempranillo, Zweigelt, St. Laurent et Saperavi  pour le rouges. Tous ne sont pas produits dans des vins mono-cépages, ni tous les ans, j’imagine, mais quelle palette !

Les vins dégustés, dans l’ordre de la dégustation

(Je pense que j’aurai agi un peu autrement sur le plan de l’ordre, mais je le respecte ici).

Hans, Sauvignon Blanc 2013

Issu de vendanges manuels, avec une macération à froid pendant 3 ou 4 jours. Après pressurage douce, le jus est entonné en demi-muids de 500 litres de chêne français dont 25% sont neufs. Le vin passe 18 mois dans ces contenants. Il est assemblé en incorporant 15% de Sémillon. (prix : 39 euros)

La robe est très intense et le nez aussi : grande complexité avec une large gamme de fruits sans que cela soit très typé sauvignon selon les standards NZ (peu ou pas d’arômes marqué par des thiols). Magnifique texture, suave mais avec ce qu’il faut de grain fournie par une belle acidité parfaitement intégrée dans le corps du vin. Je pense qu’il s’agit d’un des meilleurs Sauvignon Blancs que j’ai dégusté récemment, avec le Alte Reben de Neumeister en Styrie (Autriche).

Hans Viognier 2014

Ce vin m’a surpris par son extrême délicatesse. Je ne suis pas un fanatique des vins de ce cépage d’une manière générale car je les trouve souvent lourds, manquants de vivacité et avec des arômes un peu vulgaires, trop envahissants (exception faite des meilleurs vins de Condrieu, bien entendu, et de quelques autres). Ce n’est pas le cas ici avec ce vin délicat, certes aromatique mais avec une jolie texture et une bonne dose de fraîcheur. Je l’aurai servi avant le Sauvignon.

Hans Pinot Gris 2015

Fermenté dans des cuves en inox, sauf pour 20% de l’assemblage finale qui a passé 15 mois dans des demi-muids.

On oublie parfois que le Pinot Gris est un Pinot Noir qui a légèrement muté, mais qui conservé une peau assez colorée. Ce vin avait une robe d’un ton rose/orangé, ce qui est naturel après une macération pré-fermentaire d’une paire de jours. Mais il n’était pas du tout oxydatif, et donc ne pouvant concourir dans ce segment à la mode des vins dits « orange ». Sa texture très légèrement tannique/ferme doit venir de cette phase de macération, mais le vin est autrement assez délicat et frais, sans trace de la lourdeur qui guette parfois des vins secs de ce cépage. Ce n’était pas mon vin préféré de cette dégustation et je l’aurai aussi servi avec le Sauvignon.

Hans Zweigelt 2013

Ce cépage d’origine autrichienne est un croisement volontaire entre le St. Laurent et le Blaufränkisch, réalisé par le nommé Zweigelt vers 1922. Parmi ses ancêtres, on trouve le Pinot et le Gouais Blanc (ce dernier est parfois qualifié de « Casanova des vignes » à cause de sa nombreuse progéniture, dont le Chardonnay). Ce vin a été élevé en barriques pendant 24 mois (prix : environ 45 euros)

Belle robe, et nez à la fois fin et puissant de fruits noirs avec un léger accent épicé. Très belle complexité en bouche et superbe texture qui le fait flotter sur la langue comme une caresse. J’ai beaucoup aimé son équilibre toute en finesse et la qualité de son fruit dont l’expression est limpide. Le bois est totalement assimilé et personne ne pourrait soupçonner ce mode d’élevage à part par la finesse du toucher de vin. Suave et frais à la fois, on ne sent pas du tout son alcool qui est annoncé à 14%.

Hans Spirit of Marlborough 2006

Un assemblage médocain, élevé pendant 24 mois en barrique (prix 35 euros)

Le nez semble très marqué par le constituant cabernet dans l’assemblage, avec des arômes complexes qui font penser d’abord à un crayon qu’on affûte, puis à de la cerise noire, puis à la prune et au pruneau qui arrivent ensuite par le Merlot. Les tanins de ce vin structuré sont croquants et assez sinueux et se combinent avec un fruité qui garde plein de fraîcheur pour me donner une sensation qui se situe à mi-chemin entre le bordelais et le Piemont. Cette austérité et une texture un peu granuleuse, malgré plus de 10 ans, serait mon seul reproche à ce vin plein de caractère.

 

Maintenant devinez quels sont les deux vins que j’ai acheté suite à cette belle dégustation, bien conduite par Thérèse Herzog, en présence de Hans qui n’aime pas beaucoup parler de ses vins, estimant qu’ils parlent assez par eux-mêmes… Et il a raison.

 

David

 

 


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22 rouges du Roussillon à la conquête du marché belge

Ce jeudi, à Bruxelles, se tenait une dégustation de 22 vins rouges (secs) du Roussillon ; avec comme dénominateur commun, le fait qu’ils ne sont pas encore importés en Belgique, ou seulement très localement. Le Bureau d’Information des Vins du Roussillon avait justement organisé cette session pour les présenter à des importateurs potentiels. Certains des professionnels présents semblent déjà avoir trouvé chaussure à leur pied – quant aux absents, comme toujours, ils ont eu tort…

Les importateurs belges au travail (Photo (c) H. Lalau 2017

A noter que toutes les AOC de rouges secs de la région étaient représentées – Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Villages avec ou sans mention de commune, Maury sec et Collioure, ainsi que l’IGP Côtes Catalanes.

Voici mes préférés (et ils sont nombreux):

Dom Brial Côtes du Roussillon Cuvée Crest Petit 2013

Domaine Vaquer Côtes du Roussillon Les Aspres Cuvée Epsilon 2014

Domaine Madeloc Collioure Cuvée Serral 2014

Domaine Piétri-Géraud Collioure Cuvée Sine Nomine 2015

Vignobles du Terrassous Cuvée Villare Juliani 2015

Mas Cristine Côtes du Roussillon 2015

Domaine Piquemal Terres Grillées 2015

Château Moléon Côtes du Roussillon Villages Caramany 2015

Domaine des Schistes Côtes du Roussillon Villages Tautavel La Coumeille 2015

La Coume du Roy Carignan IGP Côtes Catalanes 2016

Quelques flacons parmi ceux présentés à Bruxelles (Photo (c) H. Lalau 2017

 

Plus qu’encourageant

Au-delà de ce palmarès personnel, plutôt flatteur (10 vins retenus sur 22, c’est plus qu’honorable), je soulignerai la bonne qualité d’ensemble des vins proposés, et ce, sur tous les millésimes – l’échantillon comprenait une majorité de 2015 et de 2016 – deux beaux millésimes, mais aussi des 2014, des 2013 et un 2012, qui n’a d’ailleurs pas démérité.

Deux (grandes) satisfactions : primo, le nombre de cuvées alcooleuses, sèches, trop extraites et/ou trop boisées est en nette diminution; secundo, on trouve déjà de très beaux vins à tout petit prix (6 euros pour le Château Moléon, par exemple, c’est un vrai prix d’ami).

Une surprise: la forte présence des Collioure dans ma sélection, et plus globalement, parmi les vins que j’ai le plus appréciés. Non que cette appellation m’ait jamais déplu, mais ce jeudi-là, tous les Collioure présentés (ils étaient quatre) m’ont vraiment séduit – il était d’autant plus difficile pour moi de les départager.

Une remarque: il est encore nécessaire d’expliquer qu’il y a des Maury Secs. Pour certains importateurs belges, Maury égal VDN. Un point c’est tout. A leur décharge, bon nombre de consommateurs le pensent aussi – c’est que la petite notoriété de cette appellation s’est d’abord faite sur le doux. Il faudra encore travailler pour dissiper cette confusion.

Un (petit) regret, enfin: deux cuvées étaient bouchonnées. Regrettablement, totalement et irrémédiablement. Cela peut paraître anecdotique, mais deux sur 22, c’est énorme. Au risque de me répéter, nos amis Roussillonnais ont-ils pensé à la capsule à vis ?

Hervé Lalau

 


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Sauvage à poil, une étiquette aguicheuse

Mais encore ?

Au sein du flacon, le vin se révèle-t-il frais et savoureux ? Délicat et floral?

C’est un Beaujolais, on attend de lui qu’il soit frais !

Mais où est le poil ?

Dans notre monde glabre, le poil est considéré souvent comme bestial, pauvres humains…

Mais il peut répondre à la fantaisie ou l’extravagance de celle ou celui qui veut. À chacun ses phantasmes.

Voyons ce que ce Régnié peut nous offrir sous sa toison.

Vin Sauvage A Poil 2016 Régnié Château de la Terrière

Grenat cramoisi, il respire la pivoine, l’iris et la violette. Une envolée florale qui nous flatte les narines avant de nous séduire par ses effluves fruités de prunelle et de burlat, par sa note de benjoin. Du poivre noir et une taffe de fumée contribuent encore à l’explosion nasale. La bouche oscille entre fraîcheur et suavité. Les tanins semblent s’être totalement fondus dans la matière fruitée. Ils sont pourtant toujours là, mais discrets et gaufrés. Baies croquantes, pétales délicats, épices douces, font de ce vin un agréable Beaujolais qu’on ne se lasse pas de boire ou d’ausculter.

La vinif

Fait de Gamay issus d’une parcelle de 3 ha qui porte le nom glaçant du lieu-dit La Sibérie. Le sol s’y compose de granits roses décomposés en sables grossiers. La vinification traditionnelle en grappes entières avec une macération de 25 jours. De la vendange à la mise en bouteille aucun ajout de sulfite ne s’effectue. La conduite des vignes se fait en lutte raisonnée. Cette cuvée existe depuis le millésime 2009.

On ne l’a guère cadrée, on ne l’a pas habillée de sulfite, la voilà donc des plus Nature, sauvage et à poil.

Quant au Château

Situé à Cercié, il regarde la face nord du Mont Brouilly. Construit au 13es et remanié au 16 es, il est l’un des plus vieux domaines de la région. Il a été repris en 2003 par la famille Barbet qui en a restauré la cuverie et restructuré le vignoble. C’est aujourd’hui Grégory Barbet qui veille au développement du domaine viticole avec l’aide de l’œnologue Frédéric Maignet.

http://www.terroirs-et-talents.fr/domaines/chateau-de-la-terriere/

Quand on feuillette les albums des œnographilistes, les collectionneurs d’étiquettes de vin, il y a toujours une partie réservée, une sorte d’enfer comme dans les bibliothèques, un lieu privé, à l’accès limité. Ces pages montrent quelques représentations scabreuses ou quelques tournures équivoques, voire les deux ensembles ou plus… Mais le souci n’est pas l’habit, mais le contenu. Quand c’est bon, on est ravi de pouvoir aguicher nos co-dégustateurs avec notre trouvaille. Dans le cas contraire, nous sommes en général plus moralisateurs, avec le « c’est fait pour vendre ». Mais c’est toujours fait pour vendre, que l’étiquette soit classique ou frisant le porno. La différence vient de la motivation du vigneron qui désire vendre une piquette ou qui veut attirer l’attention sur son vin ou qui veut se démarquer de ses collègues ou qui … Il serait par conséquent intéressent lorsqu’on rencontre une telle bouteille à l’étiquette égrillarde avec le producteur derrière de lui demander « pourquoi avez-vous appelez votre cuvée Lèche-moi la Grappe ». Je compte le faire et je suis vraiment curieux des réponses et de ceux qui m’avoueront leurs vraies motivations.

 

Ciao  

Marco


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Dans la famille Lurton, je m’arrête sur Marie-Laure

En juin dernier, à l’occasion de VINEXPO, j’ai séjourné comme à l’accoutumée chez Marie-Laure Lurton Roux. Mais, si les autres fois, je la voyais à peine, tant nos agendas respectifs étaient chargés, ce fût bien différent cette année, nous avons pu passer beaucoup de temps ensemble, ce qui m’a donné très envie de vous parler de cette « dame » du vignoble bordelais, et de vous la faire mieux connaitre !

Les Lurton

Une famille à la tête de 27 Châteaux, et de plus de 1300 hectares de vignes dont la majorité se situe dans le bordelais mais aussi dans le monde entier (Australie, Argentine). Une véritable dynastie qui en cinq générations a créé une marque mondialement connue. Ce sont les deux frères André et Lucien Lurton, qui ont engendré cet empire, dans le sillage de leur grand-père Léonce Récapet distillateur à Branne. Bérénice Lurton se plait à rappeler qu’il s’agit de « cinq générations de viticulteurs, nous sommes avant tout des gens de la terre ». Les Lurton sont très certainement la seule famille au monde avec autant de membres travaillant en même temps dans le monde du vin, produisant des vins de qualité dans différentes gammes et différents pays. Lucien Lurton, (92 ans aujourd’hui) celui qu’on appelle : l’Homme du Médoc, a constitué un petit empire de crus classés, ce qui a fait de lui le plus gros propriétaire de Margaux avec 240 ha de vignobles. Les Lurton du Médoc, ce sont aussi des négociants en vin :  ils ont créé  en 1999 « La Passion des Terroirs « C’est l’une des 10 plus importantes maisons de négoce de la place de Bordeaux avec 5 millions de bouteilles commercialisées.

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Qui est Marie-Laure ?

Je vais essayer de vous la raconter en restant le plus neutre possible car je lui voue une grande amitié. Née le 10 avril 1963, c’est l’une des filles de Lucien Lurton, elle a grandi à Brane-Cantenac dans une famille totalement dédiée au vin et qui avait acquis une grande notoriété. Marie-Laure me décrit son père, comme un homme simple qui a toujours fuit les mondanités et qui a une vraie passion pour les Terroirs, il a contribué à remembrer les vignobles de Margaux avec les viticulteurs du cru. Dans les années 60, quand la crise a mis sur le marché nombreux domaines, il en a profité, et a racheté, en 62 le Château Durfort Vivens (2è CC Margaux) puis Bouscaut(CC de Graves) et Desmirail (3è CC Margaux) qu’il a reconstitué parcelle par parcelle. En 1970, c’est le rachat de Climens 1er CC dans le Sauternais. En 1992, il a réglé la succession en transmettant ses 11 châteaux à ses 10 enfants, en faisant des lots de valeur équivalente. Elle m’a raconté que son papa, leur avait demandé ce qu’ils souhaiteraient recevoir en priorité, mais en réalité, il n’en a pas vraiment tenu compte. On ne peut s’empêcher de remarquer que les crus classés de Margaux sont allés aux garçons ! Denis a hérité de Desmirail, Henri de Brane-Cantenac, Gonzague de Durfort-Vivens, quant à Marie-Laure, elle a hérité de 3 crus Bourgeois : le Château de Villegeorge (Haut-médoc), le Château Duplessis (Moulis) et le Château La Tour de Bessan (Margaux). Je précise que nous n’avons jamais évoqué le sujet ensemble, elle est bien trop discrète et respectueuse des décisions de son père.

Le « je ne sais quoi » de Marie-Laure !

Mème si vous la connaissez-tous, je suis certaine que vous ignorez tout du « je ne sais quoi » de Marie-Laure qui fait tout son charme et sa personnalité. Sans doute tient-elle de son père, sa réserve naturelle, sa rigueur et l’aspect très technique, et exigeant de la profession. Comme lui, elle a suivi des études d’œnologie, elle est à ce jour l’une des rares femmes œnologue-propriétaire en Médoc. C’est une femme très déterminée, même si à première vue, elle ne donne pas cette impression, elle s’est formée auprès d’Emile Peynaud et a choisi sa propre voix. Le vin lui offre la possibilité d’exprimer sa personnalité singulière et d’être en accord avec elle-même. Ce qui la caractérise le plus et fait son talent, c’est sa recherche permanente de la qualité, son ouverture d’esprit, et sa convivialité. C’est une grande travailleuse, sensible aux détails et à la simplicité, elle façonne sa marque avec soin et fermeté, sans laisser rien au hasard et sans se contenter de profiter simplement de la marque Lurton. Son style, ses vins, ses propriétés, tout en elle respire la simplicité et l’authenticité. Ce que j’aime le plus chez elle: son côté naturel et sa jovialité, son dynamisme, et ce je ne sais quoi qui la rend si attachante. S’il s’agissait d’un vin je dirai qu’il a de la race!

 Itinéraire d’une vigneronne discrète:

Elle est discrète mais dotée d’une très forte personnalité qu’elle s’est elle-même forgée, ce qui lui a sans doute permis de rester dans ce monde, tout en cassant le cordon ombilical. Au fil des ans, elle s’est affirmée, elle a lutté pour faire prospérer les 3 châteaux hérités ; elle ne s’en sort pas vraiment, alors elle décide en 2015 de vendre Duplessis pour mieux se concentrer sur La Tour de Bessan et Villegeorge pour lequel, elle a un faible. Un peu plus tard, elle a quitté l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc. Pourquoi ? « J’ai envie de faire les vins que j’aime en me libérant des carcans et des cahiers des charges ». Elle me disait souvent, qu’elle était consciente que les Bordeaux ne figuraient plus sur les cartes de Restaurants « Le diktat bordelais n’est plus en accord avec le marché. » Elle préfère lutter seule !

En dehors du vin, c’est une grande sportive, elle court les marathons avec son mari, et elle a élevé 3 enfants.

ML sur la ligne d'arrivée! (003)

Marie-Laure sur la ligne d’arrivée du Marathon du Médoc 9 septembre dernier! 1 577 ème sur 7 913 !

Le style Marie-Laure

« Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit » et c’est tout à fait elle!

C’est une passionnée des Terroirs, ce qu’elle traduit dans ses vinifications parcellaires, elle aime ses vignes, il m’est arrivé de l’accompagner dans ses visites à Bressan, elle en parle avec conviction : « Quand on goûte nos vins, il faut qu’on retrouve ce sol de Graves de Margaux ». Elle explique son travail, et ne cache rien, ni le levurage ni parfois quand c’est nécessaire le recours à des vendanges mécaniques. Une chose est certaine, elle ne cherche pas à être à la mode, elle s’est finalement arrêtée sur une vinification traditionnelle. Toute sa doctrine est basée sur la qualité du raisin et un bon rapport qualité/prix ! Elle travaille en permanence à l’amélioration de la qualité de ses vins, elle s’est engagée dans la culture raisonnée des vignobles qui permet la diminution des intrants, l’abandon de certains produits phytosanitaires, ses deux domaines sont certifiés « Terra Vitis », label reconnaissant un travail de la vigne respectueux de l’environnement depuis 2003. Mais, elle cherche avant tout à produire des vins à boire ! Elle n’a que très peu recours aux barriques neuves pour éviter des vins trop boisés. « Pour moi la barrique, l’intérêt, c’est l’oxygénation ménagée des tanins, le but c’est d’assouplir les tanins au cours de l’élevage et pas de donner un goût de bois. Donc je ne mets jamais plus de 20 % de bois neufs dans mes vins. Parce qu’autrement on tue le fruit ; le bois neuf est l’ennemi du fruit. » Les vins sont à son image « chaleureux », libres, ils laissent s’exprimer au mieux le potentiel du millésime et le fruit.

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Comment elle conçoit l’œnotourisme à La Tour de Bessan:

« L’œnotourisme permet d’établir un puissant échange avec l’amateur de vin », explique Marie-Laure Lurton. Elle propose donc, de nombreuses activités au Château La Tour de Bessan comme des : visites, ateliers d’assemblage et découverte des cépages, cours de cuisine et dégustations axées sur les accords mets-vins. « A travers le vin, il y a l’idée de culture, mais aussi de partage, c’est ce que nous voulons recréer dans nos « ateliers ». Nous voulons leur donner quelques clés pour se faire leur propre palais, et choisir par eux-mêmes. »  J’ai assisté à l’atelier 100% Cépages, en compagnie d’un couple d’américains et en quelques mots très simples, elle leur a donné le sésame pour comprendre les cépages et former leur gout.

Et le millésime 2017 ?

Je lui ai demandé ce lundi, où elle en était des vendanges? Réponse de ML« Je viens de les commencer aujourd’hui. Difficile de donner un avis maintenant…il faut voir ce que l’on rentre et ce que l’on en sort : fin de macération. Je serai fixée dans une quinzaine de jours sur la tendance… »

 

A chaque propriété, son style !

Elle a su donner à chacun de ses vins une personnalité propre: le classicisme de Villegeorge, l’élégance et le soyeux de La Tour de Bessan, se complètent harmonieusement.

Je vous en parle la semaine prochaine.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 


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Mieux vaut Tardif… que jamais

Le vieux cépage Tardif, sauvé de la disparition par les efforts des vignerons de Saint-Mont – il fait partie du conservatoire de Pédebernade, vient d’être inscrit au catalogue officiel. Sans cette inscription, pas de commercialisation possible, car en France, même les plus vieilles traditions doivent toujours être dûment tamponnées par l’administration…

Comme le précise Nadine Raymond, responsable de la recherche et du développement chez Plaimont, ce cépage riche en composés épicés a l’avantage de bien résister à la sécheresse, ce qui pourrait se révéler un atout important dans l’optique de réchauffement climatique.

Avec cette inscription, les vignerons de Plaimont devraient pouvoir proposer du Tardif à la vente dans 3 ans.

Moralité: mieux vaut Tardif que jamais…

Hervé Lalau


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Un bon Jurançon sec, ça vous dit?

Si Fitou constitue une sorte de premier cru non officiel pour les rouges des Corbières, Jurançon pourrait revendiquer ce titre pour les blancs du Sud Ouest – en tout cas, pour ceux à base de Manseng. En voici un, issu d’un des domaines phares de l’appellation, le Domaine Cauhapé.

Henri Ramonteu est un magicien des vendanges tardives, et par là-même, des Jurançon moelleux; mais il ne dédaigne pas le sec. Dans ce style, chez lui, on trouve notamment la cuvée Quatre Temps, dont je viens de recevoir un échantillon du millésime 2015.

Pas de doute; c’est bien sec. Si le nez (ananas, fruits de la passion, citron…) pourrait évoquer la riche aromatique d’un doux, la bouche vous détrompe rapidement: elle est franche et directe, pleine de sève et de vivacité; ce qui domine, ce sont les notes de rhubarbe, de tilleul et de coing. L’ananas revient en finale, et vous dégraisse définitivement la langue, avec une pointe d’amer bien agréable et qui invite à la prochaine lampée.

Cette cuvée  percutante est plus complexe qu’il n’y paraît à élaborer, puisqu’elle met en oeuvre les deux Mansengs, petit et gros, à concurrence de 50% chacun, mais cueillis en deux époques; d’où l’étrange dialogue observé entre le fruité mûr et la vivacité de la prématurité.

On le voit bien sur des poissons de rivière ou de la viande blanche, même en sauce; il tiendra aussi le choc des plats corsés, notamment asiatiques. Mais moi, après la dégustation, je l’ai bu sur un Comté de 9 mois affiné par Marcel Petite, légèrement craquant sous la dent. Et c’était très bien.

Her Lalau