Les 5 du Vin

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Où en est le Mourvèdre en Roussillon?

 

Le Mourvèdre est un cépage typique des bords de la Méditerranée. On dit que pour exprimer toutes ses qualités, il doit regarder la mer et être à l’abri du vent. Ça ne se vérifie pas à Jumilla, où sans voir la côte, il donne pourtant de très jolis vins !

Cépage historique de la Catalogne, le Mourvèdre ou « Mataro » serait originaire de la côte catalane. Son nom lui viendrait d’ailleurs des villes de Mataro, près de Barcelone ou de Murviedro dans la province de Valencia. Il avait presque disparu du paysage viticole français après l’invasion phylloxérique, accusé de plusieurs maux et non des moindres : irrégularité, dégénérescence, manque de production… il a été délaissé lors de la reconstitution du vignoble pour sa production capricieuse et ses faibles rendements.

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Après la crise des Vins Doux Naturels, le Roussillon s’est tourné vers la production de vins secs et « d’aucuns » ont pensé que ce vignoble avait besoin de cépages dits « améliorateurs » : ils ont alors fortement recommandé la plantation de syrah et de mourvèdre. Ce dernier a été considéré comme très intéressant pour les vins d’assemblage dans une optique d’apport de structure, afin qu’il apporte au  vin puissance et charpente . Il était amené à être le partenaire idéal du grenache et du carignan, peu reconnus dans ces années-là.

En complément des 3 cépages rouges phares du Roussillon, le Mourvèdre a été planté sur un peu plus de 5% du vignoble. Il devait être ajouté dans les assemblages par petites touches pour renforcer la structure et la complexité aromatique (notes de poivre, de truffe et de fruits noirs) .On le recherchait:

-pour la finesse de ses arômes ; fruits murs (raisins, cerises) et fruits rouges, notes épicées, sous-bois et violette, peu de notes florales, fruits secs, grillé, tabac…plutôt torréfaction.

-pour ses qualités de bouche , tant au niveau de l’intensité et de la persistance aromatique, qu’au niveau de la qualité des tannins, veloutés et au grain très fin, devaient compenser la rusticité et le coté oxydatif des grenaches de l’époque.

Assemblé avec le Grenache, le Mourvèdre était censé compenser la tendance à l’oxydation de ce dernier. On a l’a donc tout naturellement introduit dans les encépagements des appellations.

  • Les Collioure ont le Mourvèdre à titre de cépage principal depuis leur passage en A.O.C en 1971,
  • Il a été rendu obligatoire avec la Syrah à concurrence de 10% en 1985 dans les Côtes du Roussillon et Côtes du Roussillon Villages.
  • C’est un cépage très accessoire (pour moins de 10% de l’encépagement, ou en complantation) pour les appellations Banyuls,Banyuls Grand Cru; et, comme cépage complémentaire, dans les Roussillon et les  Maury.

Pourquoi je vous parle du Mourvèdre aujourd’hui ? Tout simplement, parce que, récemment j’ai eu l’occasion de gouter 4 cuvées particulièrement réussies qui m’ont donné envie de regarder ce qu’il se faisait à partir de ce cépage à l’heure actuelle dans le Roussillon. Son encépagement est d’environ 500 ha., sous réserve, apparemment ça n’est donc pas un cépage qui a rencontré auprès des vignerons le succès escompté par les techniciens.

J’ai parlé avec plusieurs vignerons dont Jean Gardiès, Benoit Danjou et Serge baux : ils m’ont tous expliqué à peu près la même chose : en plein renouveau dans le Roussillon, ce cépage a souffert pendant longtemps d’une mauvaise réputation due à des implantations sur de mauvais porte-greffes, il y a avec le mourvèdre un vrai problème de matériel variétal, les clones ont été mal sélectionnés au départ, ils sont trop productifs, et la taille des grappes est bien trop grosse, certaines peuvent atteindre jusqu’à 800gr. Des sélections clonales ont permis d’élever sa production de 25-30 hl/ha jusqu’à 50-70 hl/ha mais il perd alors beaucoup de son caractère et sa qualité baisse rapidement.  En outre, elles donnent des jus denses mais avec un coté rêche. Avec les années, ça se calme, mais il faut beaucoup de temps. En plaine, à rendement élevé et sur des terroirs inadaptés, il perd toutes ses qualités et devient au mieux quelconque.

C’est un cépage qui aime les terroirs calcaires, et pour qu’il commence à bien s’exprimer, il faut que les vignes aient au moins 25 ans. La proportion des pépins est très développée, donc ça amène des tannins. En conséquence les résultats n’ont pas été ceux escomptés, et donc il n’a pas bénéficié de l’amour du vignoble et pourtant selon Jean Gardiès, c’est un cépage de vigneron.

C’est aussi un cépage réducteur, pour faire une cuvée non sulfitée.

La première cuvée que j’ai goutée est celle du domaine Gardiès, une exploitation familiale qui se trouve au cœur du terroir d’Espira de l’Agly, adossé aux contreforts des Corbières dans les Pyrénées et bénéficiant du climat Méditerranéen. Les 30 hectares de vignes sont en conversion biologique. Jean et son fils travaillent avec conviction, le mourvèdre depuis longtemps :

– Je cherche le ciel 2014 – Côtes du Roussillon Villages

En plus, je l’ai gouté chez lui dans la vigne, sous un ciel bleu magnifique, c’était presque magique. Quel joli nom pour un vin qui nous embarque dans les nuages. Jean m’a expliqué qu’il l’avait trouvé justement au milieu de ces vignes, alors qu’un matin de grisailles, il cherchait à percer le ciel pour voir si le temps allait se lever : « je cherche le ciel » dit-il à son fils », qui aussitôt lui répondait : » ce sera le nom de la cuvée. J’ai découvert en pleine nature, à cet endroit même ce vin qui m’a séduite d’emblée : il embaume les fruits rouges mûrs avec ses arômes de cerises noires et de prunes, il répand quelques senteurs florales, et quelques touches d’herbes fraiches. Je l’ai senti tout entière imprégné de la vigne qui l’a vu naitre. J’ai gouté une chair diserte croquante, et juteuse, aux tannins veloutés et, d’une belle intensité aromatique Un vin gouleyant, enjoué, équilibré au charme redoutable !Voilà un mourvèdre que l’on n’attend pas, presque atypique, à boire dans les 3 ans.. Ah, j’allais oublier de mentionner tellement on ne s’en aperçoit pas que c’est un vin sans soufre !

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PVP :22€

La deuxième cuvée toujours de chez Gardiès est dans un tout autre esprit, plus classique avec ses 18 mois d’élevage, dont les rendements ne dépassent pas 25hl/ha :

La Torre 2013

Un vin complexe, élégant et bien équilibré !

Un nez très expressif révèle de généreuses nuances de fruits noirs murs(cassis), relevées de notes épicées et toastées. Avec de délicieuses sensations la bouche révèle une texture dense, soyeuse, sur des saveurs de fruits noirs, des notes fraîches balsamiques, accompagnées par des tanins murs et juteux. Le tout est parfaitement équilibré par une belle fraîcheur minérale et relevé par une élégante touche épicée. Ce vin est une réussite, la preuve que le mourvèdre bien conduit peut donner dans le Roussillon un vin racé.

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PVP :34€

Peu de temps après, Au Vins de mes Amis, j’ai eu l’occasion de gouter chez les frères Danjou Banessy, la cuvée Roboul 2014, côtes du Roussillon Villages.

Le domaine est situé tout près de d’Espira de l’Agly à quelques kilomètres de Perpignan et possède une mosaïque de terroirs exceptionnels dont les Terres Noires qui sont des débris de schistes noirs déposés en couches plus ou moins profondes sur du calcaire.

C’est une cuvée d’assemblage mourvèdre/grenache, dans laquelle le mourvèdre est dominant. Les vignes sont assez jeunes entre 10 et 30 ans, plantées dans le lieu-dit « Roboul » dans la continuité du Crest avec un sols argilo-calcaires constitué de galets roulés et d’argile et les rendements ne dépassent pas les 25hl/ha là aussi.
Travail parcellaire en phases lunaires, sélection des bourgeons lors du travail en vert.

Levures indigènes. Elevage en fûts de 12 à 14 mois selon l’année.
Mise en bouteille par gravité. Vin non levuré, non acidifié, non chaptalisé, non collé, non filtré. Possibilité de dépôt naturel en bouteille.

Un rouge méditerranéen à l’état pur surprenant et captivant. L’association du mourvèdre/grenache lui confère une puissance agréable et une personnalité typée : une dominante fruitée intense petits fruits rouges (framboise, fraise), sur des notes florales : une gourmandise charnue et juteuse aux parfums épicés. Une belle fraicheur porte l’ensemble, une grosse surprise que ce rouge qui malgré sa vigueur passe en douceur. Il est totalement charmeur, fin et élégant, donnant une grâce incroyable au cépage Mourvèdre. A déguster dans sa jeunesse.

 

PVP :14 euros

MATARO BOY 2015

Cette cuvée nous vient du Mas Baux, à quelques pas de la mer entre Perpignan et Canet-en-Roussillon, le domaine s’étend sur 20 hectares, dont 12 hectares de vignes, bordées de garrigues, le tout cultivé en BIO. Sa parcelle de mourvèdre fait 3ha, une sélection massale qui lui donne des petites grappes et beaucoup de travail à la vigne.

En cuve inox jusqu’à la mise en bouteille le 21 janvier 2016

Serge Baux a deux passions, le rugby et la vigne, sans compter un grand faible pour le mourvèdre : c’est son cépage préféré !

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Vous comprenez mieux maintenant le pourquoi de l’étiquette : c’est lui qui est en photo, il a voulu traduire toute la force, la virilité et l’élégance du vin ; pour lui, le rugby et le mourvèdre ne font qu’un, c’est une jolie histoire. Oui, je sais certains assimileront ce sport à la brutalité, pas moi, j’ai baigné dedans petite avec mon père et je comprends ce que ressens Serge, et je trouve que son vin l’exprime très bien. C’est un 100% mourvèdre, encore très jeune, il faut l’être pour jouer au rugby, un fruité éclatant émane du verre, il s’en échappe de beaux arômes de fruits de fruits noirs, avec une pincée de poivre blanc. Un très léger co2 en attaque, il a certes la carrure d’un rugbyman, mais l’étonnement vient de sa chair lisse et coulante, malgré sa vigueur, il glisse en douceur, c’est un vin rond, équilibré, les tanins sont très fins et murs. Il a marqué un essai transformé ! Voilà un rouge bio, élégant, digeste qui renferme les atouts majeurs d’une très pure expression méditerranéenne d’une totale fraicheur.

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Pour un prix plus que raisonnable, avec des rendements de 25hl/ha.

Production : environ 5000 bouteilles

PVP :14 euros

Je sais qu’il y a d’autres cuvées de mourvèdre, notamment le Clos du Moulin du domaine du Mas blanc qui était une vraie réussite il y a des années en arrière et que je n’ai pas eu le temps de gouter pour ce papier, ainsi que Domaine de l’Edre – Carrément Mourvèdre 2015 – Côtes Catalanes je les garde pour un autre papier, avec des cuvées catalanes du Sud.

Un constat quand même, par rapport à Bandol, les mourvèdres du Roussillon sont très fruités-

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

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J’ai été Charlie

Comme la plupart d’entre vous, je suppose, j’ai été Charlie, j’ai été Paris, j’ai été Bardo, j’ai été Bruxelles, j’ai été Saint-Etienne-du-Rouvray, j’ai été Berlin, j’ai été Nice.

Et ce midi, en regardant les images des commémorations des attentats de Zaventem et du métro de Bruxelles, j’ai compati. J’ai écouté les messages de solidarité, ainsi que les reportages dans les écoles où les enfants disent leur horreur face à la violence, mais aussi, pour certains, leur peur face aux réactions islamophobes. J’ai écouté aussi leurs professeurs, qui, après avoir rappelé à tous que ce n’est pas bien de tuer son prochain, j’espère (mais ce n’était pas dans le reportage), ont bien insisté sur la nécessité de ne pas faire d’amalgame avec la religion musulmane.

A la violence des terroristes répondrait la violence des amalgames, en quelque sorte. J’ai tiqué.

Et puis, voici, cet après-midi, qu’un nouvel attentat a eu lieu à Londres – incidemment, juste à l’endroit où je me trouvais voici trois semaines, simple touriste venu écouter Big Ben sonner. Aujourd’hui, plusieurs personnes sont gravement blessées, trois passants et un policier sont morts, ainsi que l’auteur des aggressions.

Une fois encore, le Conseil des Musulmans condamne le terrorisme, et c’est très bien. Mais si je compatis toujours, je commence à me demander si la compassion sert à quelque chose; si les commémorations servent à quelque chose. Si les condamnations servent à quelque chose. Je n’ai pas envie que le même scénario se reproduise éternellement.

De tendre l’autre joue, de faire preuve de retenue. 

Il semble que ma culture, mon modèle de société, qui respecte toutes les religions et ceux qui n’ont pas de religion, est inacceptable pour les extrémistes islamistes. La tolérance que nous prônons, même envers eux, eux ne la tiennent pas pour une valeur mais pour la faiblesse de mécréants.

Quels que soient leurs motivations, leurs affiliations, leur pauvre rhétorique, ils sont abjects.

Soyons lucides: ils nous ont déclaré la guerre. Et cette guerre, nous ne la gagnerons certainement pas avec de la mansuétude, de la compréhension, et cet amour de l’autre que je viens d’entendre vanter dans la cérémonie oecuménique qui se tenait à Bruxelles, cet après-midi. Le télescopage avec les événements de Londres était trop manifeste. D’un côté, les appels au pardon, même pour les tueurs; de l’autre, le lâche assassinat de victimes innocentes, par un exalté thanatophile, qui se fichait sans doute d’y rester. Jihad 4 – London 1. Aucune commune mesure.

Ceux qui sont fidèles à ce blog se rappellent peut-être que lors des attentats de Paris, Marc et moi étions à Beaune, pour la vente des Hospices. Nous avons bien ressenti alors toute la futilité de notre métier de journalistes en vin, face à l’horreur indicible, face à la terreur au coeur de nos villes. Puis, le lendemain même, parce qu’il faut toujours aller de l’avant, nous avons repris la plume. Nous nous sommes dit que ce serait une victoire pour les terroristes que de changer nos habitudes. Nous pensions que le vin, ce produit de partage, qui a traversé l’histoire et les cultures, était le symbole même de la communion. Pas seulement au sens de la religion chrétienne, qui ne regarde que ceux qui y croient, mais au sens humain: boire ensemble, partager le fruit de la terre et du travail des hommes, puis partager un beau moment de vie en parlant de ce vin, quoi de plus humain? A propos, un de mes plus beaux moments de dégustation et de partage, c’est en Tunisie, pays musulman, que je l’ai eu, dans le jardin de Shadrapa. Un nom qui rappelle que l’histoire du vin, au Maghreb, est plus que deux fois millénaire. Tout comme l’esprit de tolérance.

Mais d’autres attentats sont venus. Tout aussi abjects, tous aussi lâches. Et toujours les mêmes appels au pardon. Je ne les supporte plus.

Non, je ne suis plus Charlie, ni Bruxelles, ni Nice, si cela veut dire que tout le monde il est gentil, quel que soit votre prophète. Aucun dieu, avec ou sans majuscule, ne peut justifier l’assassinat de passants dans une ville en temps de paix; ou sinon, que ce dieu-là se crée un autre foutu univers pour y décérébrer ses fidèles!

J’ai juste envie que ça cesse. Que chacun pratique sa religion chez soi (ou n’en ait aucune) et pas dans la sphère publique; que personne ne puisse s’appuyer sur elle pour défendre des intérêts qui n’ont rien à voir, ou des conceptions bestiales. Que les prêtres, les pasteurs, les rabbins, les imams, les lamas fassent silence. Ma tolérance à l’abjection est au niveau zéro. Ma tolérance à l’angélisme s’en approche. Je veux des actes, un Etat qui nous protège, nous et notre tolérance, et ne serve aucun alibi d’aucune sorte aux terroristes ni à ceux qui les soutiennent ou les excusent. J’ai dans la bouche un goût amer, celui de m’être fait avoir. 

Et vous savez quoi? Il n’est pas vendangé, le vin qui m’enlèvera ce goût. D’ailleurs, ce soir, je n’ai pas le coeur à boire. Ni à regarder la soirée « Ensemble! », sur la RTBF, en commémoration du précédent 22 mars. J’ai eu ma dose de bons sentiments.

Hervé

PS. D’avance, merci de bien vouloir m’excuser de cette digression. Il fallait que cela sorte. Je ne vous demande pas de partager mes opinions. Dans une société pluraliste, c’est justement tout l’avantage: on a le droit de dire qu’on est pas d’accord.


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En Transit (o) vers le ciel

Aux Valles Calchaquíes, tout au Nord de l’Argentine, poussent des vignes parmi les plus hautes du monde: plus de 1700 m au dessus du niveau de la mer !

C’est là que se niche la Bodega El Tránsito. Comme un clin d’œil au fameux «train des nuages», le plus haut d’Amérique, qui vous emmène à 4.200 mètres d’altitude, en transit vers le ciel…

Salta-VallesCalchaquies-P3140151.JPGValles Calchaquies (photo Mariano)

Sous le soleil exactement

Sortez les GPS : nous sommes dans la province de Salta, à 1.300 kilomètres au Nord-Ouest de Buenos Aires et à 1.250 au Nord de Mendoza. Cette latitude tropicale serait bien inhospitalière pour la vigne, si l’altitude ne tempérait pas la chaleur.

Restent cependant deux problèmes; le premier, c’est la sécheresse (250mm de pluie par an, en moyenne), que seule l’irrigation permet de compenser – heureusement, l’eau des glaciers qui descend des Andes est assez abondante. Le second, plus insidieux, ce sont les ultra-violets, qui brûlent les raisins.

Le paysage est impressionnant, les premiers contreforts des Andes sont tout proches, la vigne est aussi joliment peignée qu’une coiffure de première communiante.

Si votre idée de l’Argentine se limite à Mendoza, changez de disque dur: de Cafayate à Lujan de Cuyo, il y a la même distance qu’entre l’Anjou et La Mancha, et à peu près deux fois le dénivelé.

D’ailleurs, alors que Mendoza a surtout misé sur les cépages rouges, et notamment le Malbec et la Bonarda, Cafayate est plutôt une région de blanc; son cépage de prédilection est le Torrontés – le blanc argentin par excellence, aussi résistant à l’ensoleillement qu’à la fraîcheur.

Pietro Marini Torrontés

Un très bon choix, si j’en crois le premier vin dégusté, signé Pietro Marini.

Ne vous fiez pas à sa couleur plutôt pâle, ce vin déborde de caractère. En bouche, le plus côté muscaté du cépage ressort bien, mais il s’allie à quelque chose de plus complexe, du pamplemousse confit et de la pâte d’amande, de la banane verte ; sa bouche est vive, très franche, avec un retour du pamplemousse, mais aussi des épices (poivre noir) et un zeste d’agrumes. Pourquoi donc est-ce que je m’imagine au pied des Andes, en costume de gaucho, une rondelle de citron entre les lèvres…?

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Pietro Marini Malbec 2010

Le second est un rouge d’assemblage, de la marque Pietro Marini également – son Malbec, pour être précis.  J’ai eu un coup de cœur pour ce vin. Il s’agit d’une série limitée (40.000 bouteilles, tout de même), issue à 100% de Malbec de 15 ans d’âge.

La robe est profonde, légèrement violacée ; le nez est très flatteur – prunes, pruneau, petits fruits noirs, très pur aussi. La bouche est fraîche et joyeuse, sur les fruits noirs, un peu de cuir, les tannins sont particulièrement raffinés.

Le malbec acquiert ici une autre dimension, il claque, cinglant comme un coup de fouet dans la pampa.

La bouche est aussi longue que la cordillère des Andes… Le genre de vin propre à réjouir le cœur de l’homme.

C’est tout le mal…bec que je vous souhaite.

Hervé Lalau


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Qui parle le mieux du vin dans la présidentielle? Mélenchon, bien sûr!

N’y voyez aucune propagande politique de ma part, mais celui qui parle le mieux du vin, dans cette campagne présidentielle, et avec le plus de passion, c’est certainement Jean-Luc Mélenchon.

La preuve ICI

 

Qu’on soit d’accord ou non avec les prises de position du tribun de la France Insoumise en matière de viticulture, qu’on partage ou non sa vision de la société et sa grille d’analyse, on doit se rendre à l’évidence: il s’intéresse au sujet, il mesure toute sa dimension historique, culturelle et sociale. Qui plus est, cet intérêt ne date pas de la dernière pluie, ni du dernier sondage. Alors pour tout ça, M. Mélenchon, chapeau!

Et après tout, rien n’empêche les autres candidats de faire preuve du même enthousiasme, quitte à se positionner différemment.

Hervé Lalau


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Mon Vin Officiel du Bonheur

Pour l’ONU, hier, lundi 20 mars, était la Journée Mondiale du Bonheur.

Et qu’est-ce qu’on boit pour fêter ça? Quel serait votre Vin du Bonheur, à vous?

Pour moi, le hasard a voulu que je débouche hier l’excellent Viognier 2015 du Domaine Gayda (IGP Pays d’Oc), alors, pourquoi pas lui?

Avec lui, mon bonheur a été riche, parfumé, fruité; mais aussi, légèrement acide, dynamique, et très long en bouche.

C’est bien le moins, car pour moi, autant la joie est une sensation fugace, le Bonheur est censé durer plus d’une journée, même officielle, même mondiale.

Hervé Lalau


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Jim’s off on an adventure: Bertrand Minchin

While I am away my Tuesday posts will be brief and prepared in advance using photos for some Loire producers. If my fellow Les 5 wish to add any other posts on my Tuesday slot they are very welcome to do so.


Bertrand Minchin: Menetou-Salon and Valençay

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Vega Sicilia : l’étoile brillante et ses satellites

Il y a un mois j’ai eu le privilège de participer à une dégustation et présentation de l’ensemble des vins produits par la société Tempos, propriété de la famille Alvarez. Ces noms ne vous diront peut-être rien, mais sachez qu’il s’agit des propriétaires du célèbre Bodega Vega Sicilia dans le région du Ribera del Duero en Espagne. Et pas seulement, car ils possèdent aussi Alion, également à Ribera, ainsi que Pintia à Toro et Macan à Rioja. En dehors de l’Espagne, on trouve aussi dans leur giron Oremus, à Tokaj en Hongrie.

La famille Alvarez a acheté la BodegaVega Sicilia en 1982. Le reste a été acquis ou a été développé ex-nihilo (ou presque) par la suite, petit à petit. Le site web du groupe, qui se trouve incrusté dans celui de son domaine phare, parle de deux axes fondamentaux dans sa stratégie de développement : « la consistance de la qualité du produit comme élément de garantie dans les différents crus, et le dévouement au client comme élément référentiel dans son activité quotidienne. » Sa stratégie de développement a suivi « une règle de croissance basée sur l’implantation de nouvelles caves dans des zones d’élaboration avec un potentiel qualitatif et différentiateur suffisant. Le chiffre de 300 000 l/cave environ a été considéré comme le point d’équilibre idéal entre la qualité et le volume de produit ; bien qu’il existe des cas comme celui de Vega Sicilia, où sont élaborés trois vins différents ; et d’autres comme Alión ou Pintia, où un seul vin par cave est élaboré. De cette manière, l’augmentation de volume produit dans chaque cave individuellement a été évitée. »  

La commercialisation des vins de Vega Sicilia a toujours été particulière, avec la nécessité de s’inscrire sur une liste, puis d’attendre que l’on veuille bien vous assigner un lot de vin. Le site Tempos Vega Sicilia explique la procédure ainsi : « au niveau commercial, les vins sont vendus dans un total de 88 pays et à un nombre approximatif de 4 500 clients du monde entier, tant particuliers que professionnels. La possibilité d’acheter directement au groupe est soumise, en premier lieu, à l’admission comme client, sur demande écrite préalable ; et en deuxième lieu, à l’assignation d’un coupon personnalité variable en fonction des caractéristiques de chaque cru. »

En réalité, les choses sont un peu plus simples pour le client de ses vins, du moins ici en France, car ils sont importés par la société Vins du Monde et sont disponibles, en quantités limitées, à des prix que je mentionne dans mes notes de dégustation. Vous verrez que la plupart se ne sont pas des vins pour tout le monde, ne serait-ce que par leur prix, mais certains sont franchement admirables, réservés certes à une élite d’amateurs ayant les moyens nécessaires.

Nous avons commencé cette dégustation par un vin blanc sec :

Oremus Dry Mandolas 2015, Tokaj

cépage : Furmint 100%

prix : 20 euros

J’ai beaucoup aimé ce vin pour sa manière de combiner finesse de texture et vivacité. C’est aussi suave que salivant en bouche et a une très belle longueur. Les arômes, directes et nets, s’articulent autour de notes de pomme verte et de citron. L’équilibre penche sur le versant de la vivacité. Vin très vibrant.

(note 16/20)

Macan Clasico 2013, Riojà

cépage : tempranillo

prix : 45 euros

Ce domaine est situé dans la partie Alavesa (basque) de la Riojà. Il s’agit  d’une copropriété avec Benjamin de Rothschild, fondée en 2000 et dont le premier millésime fut le 2009.

Nez très parfumé, à tendance florale. Texture élégante et raffinée qui ne masque pas une belle puissance de matière, avec des tannins mi-fermes et une sensation chaleureuse en finale.

(note 15/20)

 

Macan Seleccion 2013, Riojà

cépage : tempranillo

prix : 80 euros

Nez plus sombre, avec des accents terriens sur fond de fruits noirs. Beaucoup d’intensité et bel équilibre. Cette cuvée est à la fois plus « taiseux » et plus tannique que la version « clasico ». Il semble aujourd’hui assez austère mais il a de la réserve.

(note 16/20)

 

Pintia 2012, Toro

cépage : tinta de toro (tempranillo)

prix : 57 euros

Ce vin est tout en muscles et en nerfs. Il est intensément tannique, ce qui rend la finale sèche et l’ensemble peu plaisant. Le fruité est presque totalement dominé et la chaleur de l’alcool est aussi bien présente. Peu agréable donc, et un vin qui ne me semble pas au niveau des autres vins de cette série.

(note 13,5/20)

Alion 2013, Ribera del Duero

cépage : tinto fino (tempranillo)

prix : 80 euros

Le deuxième domaine de ce propriétaire dans la région Ribera del Duero, avec un vignoble de 130 hectares, mais aussi des apports du domaine Vega Sicilia de même propriétaire. La vision exigeante et clairement à long terme du propriétaire est démontré par le fait que les vignes ne rentrent pas dans les vins d’Alion avant d’avoir atteint au moins 10 ans.

Nez expressif et aussi riche que fin. C’est probablement l’acidité qui apporte une partie de cette impression de fraîcheur. Bien mieux équilibré et agréable que le Toro, avec une belle longueur et bien plus de fruit. Ce vin reste très jeune, avec des tannins pas encore fondus, mais il est vibrant et a beaucoup d’élan.

(note 16,5/20)

Valbuena 2012, Ribera del Duero

cépages : tinto fino (tempranillo) 100% (dans d’autres millésime on trouve parfois un peu de merlot, mais il avait coulé en 2012)

prix : 130 euros

Le domaine de Vega Sicilia couvre près de 1,000 hectares et inclut 210 hectares de vignes, ce qui lui permets la production de plusieurs vins, dont celui-ci. L’élavage se fait en barriques neuves à 70%, dont 20% sont nord américains et le reste français. L’élevage dure 15 mois.

Nez profond et complexe, d’une très belle intensité. Les sensations olfactives sont veloutées, et les arômes sont essentiellement de fruite noirs avec un léger accent fumé. En bouche, les sensations sont aussi intense que vibrantes. Ce vin est dynamique, alerte et intensément fruité. Les saveurs sont pointues et il y a une impression de chaleurs, mais les tannins sont bien maitrisés et intégrés.

(note : 17,5/20)

 

Vega Sicilia Unico

(ce vin ne porte pas de millésime, traditionellement)

cépages : tinto fino (tempranillo) et cabernet sauvignon

prix : 250 euros

Le vieillissement prolongé de ce vin, d’abord en barriques, puis en bouteilles a produit une robé un peu plus évoluée que pour les vins précédents. Le nez l’est encore plus. Il est d’une grande complexité avec des couches et des couches qui se dévoilent progressivement à l’aération. C’est bien la texture qui marque le plus sa différence, polie et patinée qu’elle semble en bouche. La vivacité est aussi impressionnante. C’est subtil et sophistiqué, avec une grande longueur. Un très grand vin.

(note 19/20)

 J’ai du partir avant la dégustation du Tokay Oremus 3 puttonyos

en résumé

Une très belle dégustation. Je n’ai pas les moyens d’acheter la plupart des vins ici, mais j’avoue avoir été très séduit, sauf par le Toro dont je ne comprends pas bien l’intérêt dans cette gamme.

David