Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Deux cuvées de haute volée – Bourgogne & Champagne

Tant que je prendrai du plaisir à déboucher des bouteilles et surtout tant qu’elles me surprendront «en bien», je continuerai dans le monde du vin. Le jour où l’indifférence m’habitera, ce jour là, je rendrai mon tablier. La semaine dernière, j’ai particulièrement aimé 2 flacons, très différents l’un de l’autre, mais  n’est-ce-pas là que réside tout le charme ?

Deux cuvées sans tapage médiatique, mais de très haute intensité !

Domaine de Villaine Bourgogne Côte Chalonnaise « Les Clous Aimé » 2015

Le domaine De Villaine

Cette  grande personnalité du paysage bourguignon, Aubert de Villaine, l’homme à la tête du Domaine de la Romanée-Conti, a racheté avec son épouse Paméla, ce domaine à Bouzeron en 1971. IL y a introduit les mêmes méthodes qu’au DRC : vignes conduites en biodynamie, vinifications naturelles, raisins cueillis et triés à la main.  Leur neveu, Pierre de Benoît, a repris les rênes du domaine en 2002, et y applique la discipline de travail à la vigne transmise par son oncle, en recherchant la maturité optimale et, forcément, le résultat est à la hauteur des espérances. Le Domaine figure parmi les productions les plus sérieuses de la Côte Chalonnaise.

Le vin : Les Clous Aimé 2015

Les Clous Aimé ne sont pas une nouvelle référence du domaine, ils succèdent au Bourgogne Côte Chalonnaise les Clous à partir du millésime 2012. La mention « Les Clous Aimé » étant le nom d’origine du climat, et, fait référence à ce que les anciens du village disaient lorsqu’ils se rendaient dans ces vignes de chardonnay: «Nous allons dans les clous !»

Le vin est issu des mêmes vieilles vignes situées  sur un des coteaux du vallon de Bouzeron, un terroir à dominante calcaire. « Orientées au Sud, où, en été, le raisin mûrit à l’abri du vent du Nord , elles sont plantées de sélections du cépage Chardonnay choisies pour leurs rendements modérés. Récoltées et triées à la main, les baies sont disposées entières en pressoir pneumatique pour y subir un pressurage lent et doux. S’ensuit des fermentations spontanées en cuves, foudres et fûts de chêne. Elevage de 10 à 12 mois en fûts et foudres de bois. »

Les vins du domaine de Villaine sont très compliqués à se procurer en France, ils sont souvent épuisés, d’autant que le prix reste très accessible. En Espagne, le domaine est moins connu, on trouve plus facilement des bouteilles, alors c’est vrai, quand j’en trouve une, je ne résiste pas et, je suis toujours très impatiente de la déboucher ! Sans pour autant faire le parallèle avec les vins mythiques de la DRC.

Je n’ai pas été déçue, bien au contraire, un grand moment de plaisir. Alors que les blancs 2015 sont très hétérogènes et manquent souvent de tension, les Clous Aimé montrent une juste maturité, l’expression du chardonnay y est pure et pleine à la fois. Il présente une jolie robe à la teinte jaune clair, légèrement dorée. Le nez frais et bien minéral, affiche une pureté exquise! Il évolue vers des notes de fleurs blanches, aubépine, chèvrefeuille, mêlées de fruits secs et des notes d’agrumes. Mais, il est encore jeune, il a besoin de temps pour exprimer davantage de complexité dans ses arômes. Il est bâti pour la garde, mais tel qu’il est, ce blanc fait d’élégance minérale et, porteur d’un équilibre subtil, s’exprime avec franchise, et sans esbroufe. La bouche est tout à la fois dense et vibrante, avec une belle maturité de fruit ce qui la rend ample et onctueuse. Belle persistance finale pleine de fraîcheur.

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Même s’il est taillé pour la garde, il est d’ores et déjà très plaisant.

Il faut le servir entre 11 et 12 degrés pour qu’il se dévoile lentement, avec des poissons, des viandes blanches  et certains fromages légers.

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Il offre un formidable rapport prix-plaisir: 20,00 € TTC

Champagne André Clouet Silver Brut (zéro)

La Maison André Clouet

Je ne connais pas cette Maison de Champagne, mais j’ai demandé à l’importateur espagnol qui la distribue et qui est un ami, de m’expliquer son choix : il cherchait un vigneron (ils sont nombreux à l’heure actuelle, les talents ne manquent pas), mais il s’est arrêté chez André Clouet chez qui il a trouvé des champagnes à forte identité, qui avaient une âme et qui reflétaient l’idée qu’il se faisait du Grand Cru de Bouzy.

S’il explique que le style «ancien régime» des étiquettes est un hommage au fondateur de la maison, le site du domaine ne parle pas beaucoup des actuels propriétaires, sauf pour dire que «  plusieurs générations ont façonné ce domaine par la transmission successive non seulement de terres mais également de savoir-faire. Chacune d’elle a apporté sa pierre à l’édifice afin de témoigner de sa fierté de mettre en lumière les terroirs d’exception de Bouzy la maison est aujourd’hui dirigée par, Jean-François Sanz Clouet, de père espagnol, il compte sur le soutien de son frère Pierre. » Par contre on y apprend qu’il  a fallu plus de deux siècles et plusieurs générations de Clouet pour obtenir des parcelles de vigne dans le terroir de Bouzy, qui restent aujourd’hui dans les mains de la famille de son fondateur. Ils possèdent  9ha de vignes Grand Cru à Bouzy, répartis en une fabuleuse mosaïque de parcelles : “Les Petites Brousses”, “Les Hautes Brousses”, “Les Vaudayants”, “Les Ramoniers”, “Les Ronsures”, “Les Cercets”, “Les Gouttes d’Or”, “La Croix”, “Les Varnets” et “Le Village” sont les plus reconnues.

Le Champagne André Clouet silver brut (zéro)

Il m’a été proposé par ma fille et ce fut une jolie découverte !

C’est donc un Blanc de noirs : 100% Grand Cru pinot noir cultivé sur un seul site de Bouzy fermenté dans des fûts de chêne neutres et non dosé, afin de préserver la pureté du pinot noir de Bouzy !

La robe est en or pâle. L’effervescence est active et les bulles sont d’une grande finesse et élégance.  En bouche, l’absence de dosage révèle des notes de fruits mûrs et marque le style de ce champagne : une cuvée axée sur la fraîcheur et la vinosité, étincelante de fruit et de finesse. Sa trame structurée, sa richesse et sa longueur sont résolument vineuses. Sa finale est bien entendu très sèche soulignée par une minéralité tonique et des notes mentholées. Pur, puissant, c’est résolument un vin pour amateur éclairé.

Pour un Grand Cru, le rapport qualité/prix  reste bon : 31,90 €

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 


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Crus Bourgeois : c’est reparti !

Après l’annulation du classement de 2003, suite aux recours de certains exclus, le classement des Crus Bourgeois avait dû se relancer sous une forme réduite:  seule la seule mention Cru Bourgeois était encore attribuée, et pour un seul millésime (et ce, sous le contrôle du Bureau Veritas).

Mais grâce à la validation de leur dossier par les autorités françaises (décret du 4 janvier 2018), un nouveau classement, prévu pour 2020, permettra de renouer avec la tradition des trois mentions: «Cru Bourgeois, Cru Bourgeois Supérieur et Cru Bourgeois Exceptionnel».

Ce nouveau classement, dont on nous dit que les conditions ont été « bétonnées », juridiquement, sera attribué pour 5 ans.

Critères retenus : dégustation à l’aveugle de plusieurs millésimes, respect de l’environnement et traçabilité.

Deux remarques de mon… cru (non bourgeois):

  • Primo, les différentes AOC du Médoc ne sont-elles pas en elles-mêmes des garanties du respect de l’environnement? N’est-ce pas dans leur cahier des charges?
  • Secundo, comment peut-on garantir par la dégustation la qualité d’un millésime postérieur à l’attribution de la mention ? Admettons qu’un Château soit classé Cru Bourgeois Exceptionnel en 2020, pour cinq ans, mais que le millésime 2023 soit exécrable? Le consommateur ne serait-il pas dupé, dans ce cas de figure? Pourrait-il lui aussi déposer un recours, comme ont pu le faire les exclus par le passé?

Hervé Lalau


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Le Conseil d’Etat annulle le décret de la Clairette de Die Rosé

Incroyable retournement de situation dans l’univers impitoyable des appellations françaises de bulles (pire que Dallas à la grande époque!): à l’instigation du syndicat du Bugey-Cerdon (déjà à l’origine de deux procédures d’opposition), le Conseil d’Etat vient d’annuler l’arrêté du Ministre de l’Agriculture du 16 novembre 2016 homologuant l’extension du cahier des charges de la Clairette de Die au rosé.

Ce qui prouve au moins une chose: que si la production de votre voisin ne vous plaît pas, et surtout, s’il risque de vous faire de la concurrence, et que vous n’arrivez pas à le torpiller à l’INAO, il vous reste le Conseil d’Etat.

Je me demande si cela annonce un revirement semblable dans le domaine des bulles IGP, qui « défrizzent » tellement les Crémants.

En attendant, le Prosecco et le Cava se développent à l’international, au point que Crémants et Clairette ont vu leur présence se réduire comme une peau de chagrin dans les rayons de la distribution et des cavistes belges, par exemple. Et je ne vous parle pas du Bugey-Cerdon, qui dispute aux Côtes-de-Toul, à Tursan et aux Coteaux-du-Loir le titre d’appellation la plus confidentielle de France.  Comme dirait ma voisine: « Marcel Cerdon? Le boxeur? » 

Quant à moi, la croisade des vignerons du Bugey ne me les rend pas très sympathiques, pas plus que les Crémants.

Plutôt que de s’occuper de la qualité des autres, qu’ils s’occupent de la leur!

Hervé Lalau


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Lost in translation

Ce site est tout sauf un site d’auto-promotion. Mais aujourd’hui, j’ai bien envie de faire une petite entorse à cette règle (même non écrite).

C’est au sujet des traductions.

Oui, je fais des traductions; toujours dans le domaine du vin ou de la gastronomie. Depuis l’anglais (j’ai un vieux diplôme pour ça), depuis l’espagnol et le néerlandais (là, disons que je me suis formé sur le tas et sur le tard).

Parfois, je traduis aussi dans l’autre sens, mais seulement vers l’anglais.

Je n’en fais pas mystère, mais je ne le crie pas non plus sur les toits, car c’est une activité annexe, très marginale, par rapport à ma profession de journaliste.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est que j’en ai assez de lire des incongruités.

Récemment, je suis tombé sur un texte ou le mot pigeage était traduit en anglais par « trapping ». Je ne sais pas si c’était de la traduction automatique, ou bien si le traducteur humain a eu un bug,  mais « trapping », c’est piégeage. Un petit « é » fait toute la différence.

Et puis, il y a toutes les erreurs que je constate, tout au long de l’année, à propos des noms de sols (non, le limon, dans ce contexte, n’apporte aucune saveur citronnée), des régions (la Galicie pour la Galice…); bref, je pourrais faire un livre avec toutes ces approximations, ces faux-sens, ces contre-sens. Deux classiques: traduire « défendre » par « to support » quand dans le contexte, il veut dire interdire. Ou « disposer de » par « to dispose of », dans le sens de se débarrasser.

« Quelque chose a mourue »

Et je ne vous parle pas de la grammaire ni de l’orthographe. Là, bien sûr, l’approximation n’est pas réservée au secteur du vin.

J’ai dans ma collection de films le DVD de Jurassic Park 2, édition belge, avec sur la couverture, en grosses lettres: « Quelque chose a survie ». A croire que ce sont les raptors qui ont traduit. Et à se demander si la syntaxe française va survivre. Si elle n’a pas déjà mourue.

Jurassic Park.jpg

Et la langue, elle, a-t-elle « survie »?

Alors oui, ce sera ma minute d’autopromo. Confiez-moi vos traductions, je ferai mon possible pour que ça n’arrive pas, ou moins. Je ne dis pas que je suis le seul, ni que je suis le meilleur. Mais comme utilisateur quotidien de brochures, de notes de dégustations, de fiches techniques, disons que je ne me laisse plus trop facilement piger. Pardon, piéger.

Avantage induit, non négligeable: si c’est moi qui traduis, je n’aurai plus à me demander ce que le traducteur a voulu dire…

Hervé Lalau😡


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Tricky and awkward quiz – can you tell the difference between Château Latour and Chai Latour?

 A


 B

 

A restaurant called called Chai Latour in the outskirts of Lille has been accused by lawyers acting for Château Latour in Pauillac of potentially confusing the public by its choice of name. 

Chai Latour was established some six years ago and chai is a nice pun on chez and is run by Thierry Latour – hence the name.

Although to the uninitiated the two properties shown would appear to be rather different in size and function, there must clearly a possibility of confusion as it is likely that Château Latour is able to be able to afford to hire top lawyers irrespective of expense. It, thus, as one can expect that they have an level of intelligence that matches their hourly rate, it is surely reasonable to assume that these legal eagles do indeed find it difficult to distinguish between Thierry’s establishment at 66 rue de Pérenchies, 59237 Verlinghem and the vineyard and winery of Château Latour just to the south of the town of Pauillac. 

I wonder whether dispute arises because people have been phoning up Château Latour to book a table or even turning up at the gates demanding to be fed by Thierry Latour? Here is Thierry’s carte.  


Quiz

Naturally I wish to be helpful so I have devised this simple but tricky quiz:

Is Château Latour A or B? Take your time! 

 

Visit to FilipaP

  


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Et vous trouvez cela normal ? Ras le bouchon de liège !

 

Je ne peux m’empêcher de pousser une nouveau coup de gueule contre ces abominables petits morceaux de liège qui abiment tant des bonnes (enfin, potentiellement bonnes) bouteilles de vin. Comme Hervé, et probablement tant d’autres professionnels du vin, je trouve insupportable de se faire voler régulièrement quand, en ouvrant une bouteille de vin, on n’y trouve pas une substance ayant le même caractère organoleptique qu’un autre flacon du même lot. Et cela, pas vraiment par la faute du producteur, mais à cause de molécules malodorantes qui sont venues se nicher dans le matériel de la fermeture de la bouteille.

La semaine dernière j’ai donné un cours à un groupe d’oenophiles sur les vins du Portugal. J’avais sélectionné sept vins différents pour illustrer la séance. Sur ces sept bouteilles, deux étaient sévèrement « bouchonnées ». Je sais bien que 28% représente une proportion anormalement élevée, mais c’est bien arrivé et c’est insupportable ! Même si, de nos jours, la proportion de vins fermés par des bouchons en liège massif et abimés par le TCA (entre autres) se situe plutôt autour des 2%, ce chiffre reste inacceptable pour moi. Imaginez une seconde que 2% de vos yaourts ou autre aliments soient impropres à la consommation car sentant le moisi : cela ferait un scandale dont on parlerait dans tous le médias.

Au contraire d’une telle réaction, que je trouverais normale et qui consisterait à se révolter contre une forme semi-organisée d’escroquerie, très curieusement, plein de gens semblent accepter cette part de risque dans le domaine du vin et préfèrent parler, avec un ton illuminé, de l’attrait du bruit de « pop » comme avantage de ce système de fermeture issu d’une technologie dépassée.

J’avoue ne pas comprendre une telle attitude quand, face à la déception subie d’avoir dépensé 10, 50 ou 500 euros pour une bouteille de vin et que celle-ci termine dans l’évier plutôt que d’enchanter nos papilles et d’illuminer réellement nos esprits, on se réfugie dans une vision pseudo-romantique en parlant de « magie » ou de « mystère » (je vous promets que ce sont avec de tels termes que j’entends des consommateurs défendre les bouchons en liège massif). Et les derniers communiqués du lobby du liège appuient fortement sur cette corde irrationnelle.

Le vin contient effectivement sa part de magie et de mystère, et cela fait partie indubitablement de son intérêt. Mais cette part réside, selon moi, dans sa substance même, et non pas dans son contenant ou des ingrédients de celui-ci. On peut, à juste titre, considérer qu’un bon verre aidera le vin à s’exprimer bien mieux qu’un verre à moutarde. Mais le vaisseau dans lequel le vin a vécu une partie de sa vie et a été transporté jusqu’à votre table, ainsi que son système de fermeture, doit être d’abord étanche, ensuite neutre sur le plan organoleptique. Si ce n’est pas le cas, et systématiquement, alors il faut en changer. Car il n’y a pas que le TCA et ses petits copains dans cette affaire ; il y a aussi l’oxydation variable qui joue, d’une manière encore plus élevée sur le plan proportionnel et avec le temps.

Malheureusement, tous les vins que je désire acheter ne sont pas encore fermés par des capsules à vis ou de bouchons en verre (ou par des bouchons reconstitués et propres de type Diam). Mais le jour ou cela arrivera, je n’achèterai ni commanderai au restaurant aucune autre bouteille de vin. Il est grand temps de tourner la page du bouchon de liège massif et d’accepter que la beauté du vin se trouve uniquement dans sa partie liquide et tout ce que cela engendre en nous et d’arrêter de se laisser prendre pour des pigeons par les fabricants de liège. Le liège, c’est sûrement utile et efficace comme isolant, mais évitons de continuer à le laisser en contact avec nos vins.

David

 


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A l’impossible, nul n’est tenu (même dans la critique vineuse)

C’est l’histoire d’un journaliste viticole qui fait naufrage (non, ce n’est pas Jancis Robinson) et qui doit survivre pendant 10 ans sur une île déserte au milieu du Pacifique.

Un beau jour, arrive sur l’île une bouteille apportée par les flots. Le naufragé l’ouvre et en sort un génie qui lui dit: « Maître, dis ton voeu et je l’exaucerai ».

Le naufragé réfléchit et dit: « Je veux que tu me construises un pont jusqu’au continent le plus proche ».

Le génie lui répond: « Maître, hélas, cela ne va pas être possible, il y a plus de 3.000 km, il faut beaucoup d’autorisations pour un tel projet, il y a toute une réglementation. Tu n’as pas un autre voeu, s’il te plaît? »

Le journaliste naufragé réfléchit et dit: « Génie, je voudrais que tu m’expliques le sens précis du mot minéralité »

Le génie répond alors: « Maître, pour ton pont, tu préfères une, deux ou quatre voies »?

Hervé