Les 5 du Vin

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Bulles de Loire (4) : Les Méridionales de Vendée

C’est un fait incontestable : la Loire va du Mont Gerbier de Jonc à Nantes. Pour ma part, en bon sudiste que je suis devenu, c’est au sud de son estuaire et du département de la Loire jadis Inférieure (désormais Loire-Atlantique) que, quand bien même n’est-elle pas toute proche, je retrouve son influence presque chaque année en une sorte de rituel qui s’apparente presque à de l’obsession et qui me rapproche d’amis aussi fous de vins que je suis demandeur de leur compagnie. N’étant pas de la bande des quatre dans leur récente entreprise ligérienne, je me suis rattrapé fissa en allant rejoindre la Vendée pour un voyage quelque peu express mais instructif.

Photo©MichelSmith

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J’aime ce climat qui humidifie mes cigares, cette lumière qui m’aveugle et ce crachin qui m’accueille chez Benoît Tuslane et sa tribu où le vin coule toujours à flots. Bien que faisant partie des Pays de Loire, la Vendée n’est plus tout à fait la Loire – côté cépages, on oscille entre Chenin et Négrette – et pourtant, les vins d’ici, du moins ceux de l’AOP Fiefs Vendéens, sont considérés comme ligériens à part entière, entrant dans cette grande famille qui unit les vins de la banlieue de Roanne aux coteaux d’Ancenis.

Benoît Tulasne, mon complice en dégustation vendéenne. Photo©MichelSmith

Benoît Tulasne, mon complice en dégustation vendéenne. Photo©MichelSmith

Ainsi donc, une fois de plus, et pour la deuxième ou troisième fois dans ce blog (vous pouvez relire au passage mon dernier article sur les rosés vendéens), je vais vous parler de la Vendée vineuse et de cinq de ses bulles les plus fameuses (Méthode Traditionnelle et Vin Mousseux de Qualité), des bruts dénichés sur place à la propriété ou chez des cavistes et dégustés entre amis, j’allais presque dire « en famille », dans le salon de Benoît à deux ou trois rangées de vignes entrecoupées de ronds-points et de zones pavillonnaires des Sables-d’Olonne, à portée de vue des marais et de la pinède. Faute de moyens, faute d’organisation, je n’ai pu rassembler à l’improviste la totalité des cuvées sur le marché, mais avec Benoît et grâce au soutien logistique de certains vignerons, nous avons pu organiser quelque chose de concret comme en témoigne ce qui suit…

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-On commence par le Domaine Saint-Nicolas, avec le rosé Be Swing de pur Pinot noir. D’un rose pâle, à peine troublée par des bulles plutôt fines, la robe est séduisante. Le nez porte plus sur les fleurs printanières, tandis que la bouche est ferme et sans ambiguïté du début à la fin avec une finale légère sur les fruits rouges. Un vrai vin de récréation (12 € départ cave) capable de se mesurer aux bouquets, crevettes et fritures de la mer. Dans le même esprit, le blanc Be Bop de Thierry Michon, un pur Groslot gris, est quant à lui plus neutre malgré ses deux années de vieillissement sur lattes. Peut-être profitera-t-il d’un vieillissement prolongé en cave ? En attendant, Thierry, le « grand sauvage » de Brem, comme on le surnomme parfois, se prépare à construire une toute nouvelle cave sur L’Ile-d’Olonne. On en reparlera après la vendange 2015 !

Photo©MichelSmith

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-Au Domaine de La Barbinière, dans le secteur de Chantonnay, la famille Orion se lance elle aussi avec succès dans les bulles et il est prévu qu’elle aille jusqu’à moderniser son étiquette ! À moins de 9 € chez un caviste des Sables-d’Olonne, son brut à majorité Chenin (40 % de Pinot noir) est le moins cher de la série. Il fait dans la vivacité, la propreté et la sincérité avec d’agréables petites notes de sous bois au nez, ainsi qu’un fruit efficace en bouche. Parfait à l’apéritif sur de fines lamelles de rillons, par exemple.

-Chez Mercier, à Vix, le flacon de brut prend des allures de grande cuvée avec un Lys cuvée M millésimé 2012 (14 € chez un caviste local) composé pour l’essentiel semble-t-il de Pinot noir, du moins si l’on en croit la fiche technique sur le site. Mais je signale ceci avec toutes les réserves qui s’imposent étant donné qu’il s’affiche comme un blanc de blancs ! Nez de croûte de fromage à pâte dure manquant un peu de finesse, simple et direct en bouche, le vin se conduit honnêtement avec une finale sur la fraîcheur. C’est un peu dommage pour lui, mais on le boirait plus volontiers en kir royal, avec une bonne dose de crème de cassis.

Photo©MichelSmith

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-Jérémie Mourat, à Mareuil, en son domaine du Clos Saint-André, vinifie le haut du panier des effervescents de Vendée, un blanc de noirs (Pinot noir sur schiste) joliment présenté et étiqueté du chiffre laconique 11.36. En fait le 11 représente le millésime et 36 la durée de mûrissement sur lattes exprimée en mois. Cette cuvée non dosée faisant suite au 11.22, il est probable que Jérémie le perfectionniste lance dans les prochains mois une cuvée allant, qui sait, au-delà des 36 mois d’élevage. La base de 2011 est ici complétée par 30 % de vins de réserve élevés en double barriques portant sur les millésimes 2008, 2009 et 2010 ce qui a pour vertu principale de complexifier la cuvée. Mais je n’irai pas plus loin dans l’explication vu que la contre-étiquette, un modèle du genre, est des plus explicatives. La robe est marquée par les reflets dorés, tandis que le nez est plein de sève, fin, légèrement boisé. Le bois revient en bouche au moment de l’attaque, mais laisse aussi ressortir le côté pommé du Pinot sur un joli fond acidulé, une remarquable structure fraîche, une certaine longueur et une finale sur le fruit. À tester sur une volaille ou une perdrix. Autour de 15 € chez un caviste.

Michel Smith


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Bulles de Loire (3): Chenin faisant

J’ai deux bonnes raisons de me rappeler – en bien –  de la dégustation des Crémants de Loire et des Saumur organisée pour nous lors du Salon d’Angers. Merci Interloire!

Jim

L’ami Jim nous accueille chez Interloire, sur le lieu de la dégustation.

Primo, bon nombre de vins m’ont vraiment plu. Ce qui est assez rare chez moi, en matière de bulles (un bémol pour les rosés, mais ils n’étaient que deux; un trop dosé, l’autre trop soufré).

Secundo, je ne suis pas mécontent de constater qu’il peut y avoir une vraie spécificité des bulles de Loire. Je n’en étais pas forcément convaincu jusque là.

C’est surtout frappant dans les cuvées à fort pourcentage de Chenin, qui présentent une aromatique vraiment différente, riche, presqu’enivrante.

D’autres produits ont préféré le Chardonnay et le Pinot. Pourquoi pas, puisque le décret du Crémant de Loire l’autorise (ainsi que le recours aux deux Cabernets, au Pineau d’Aunis, à l’Arbois et au Grolleau). Mais je leur trouve généralement moins de caractère – ce pourraient être des Crémants de Bourgogne ou de Limoux, voire des Champagne, pour certains. Tant qu’à buller ligérien, je préfère encore que ça se sente…

Tandis que ceux qui misent sur le Chenin ont la plupart du temps ce petit goût de miel et de coing qui m’emmène sur les berges douces du Layon – tout en restant bien secs. Voire une pointe d’amertume – celle de la rhubarbe, notamment.

Voila pour l’impression générale, voici à présent mes favoris.

On notera qu’il s’agit aussi bien de négociants que de propriétaires – dont certains proposent également d’excellents vins tranquilles.

Pour les Saumurs:

De Neuville Cuvée Louis François **

Ackerman Cuvée Jean Baptiste Millésime 2010 ***

Château de Montguéret tête de cuvée 2013 brut ***

Louis de Grenelle Méthode Traditionnelle Brut ***

Bouvet Ladubay Cuvée Saphir Vintage 2012 **

IMG_5472Un de mes coups de coeur en Saumur

Pour les Crémants:

Domaine des Sanzay « Brut 400″ ***

Château de Passavant Cuvée Ancestrale 2011**

Domaine des Varinelles ***

Langlois Château Langlois Brut ***

Paul Buisse Brut

Domaine Cady ***

Château Pierre Bise ***

Château de Bellevue*

Pierre Chauvin

Domaine Dutertre

Domaine de la Bergerie **

Domaine de Bois Mozé Blanc Secret Brut & Nature **

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Un de mes coups de coeur en Crémant de Loire

 

Sur un total de 55 vins dégustés (dont 12 Saumurs), je trouve que c’est plus qu’honorable.

Mes 3 autres collègues de 5 ont à peu près le même avis (même si leurs préférés ne sont pas tous forcément les mêmes). Ce qui m’incite à croire an potentiel de croissance des bulles de Loire, aussi bien en France qu’à l’exportation.

L’enjeu: plus de choix pour plus de visibilité

Je n’ai pas pu ne pas penser à l’image renvoyée, ces dernières années, par les rayons bulles de la grande distribution belge, littéralement envahis par les marques de Prosecco ou de Cavas, tandis que l’offre de ligérienne se réduit le plus souvent à une seule référence – selon les accords de référencement, c’est soit Moncontour, soit de Chanceny (Cave de Saumur), soit Ackerman… Il faut les chercher! Un plus grand choix permettrait pourtant non seulement de donner plus de visibilité à la Loire qui bulle, mais aussi d’établir une gradation qui, actuellement n’existe pas ou plus – tous les produits proposés sont aux alentours de 8 euros, sauf promo. Et on ne trouve guère de grande cuvée. Faut-il parler de présence symbolique?

Sans doute les groupes qui les produisent n’ont pas la force de frappe d’un Martini ou d’un Codorniu, mais au plan du goût, leurs produits, même d’entrée de gamme, sont irréprochables (on ne peut pas en dire autant de tous les Proseccos ni de tous les Cavas, hélas). De plus, le nom de Loire reste valorisant. Il est lié non seulement au vin, mais au tourisme et à la culture. En outre, les bulles de Loire n’ont jamais été soumises à un discount aussi forcené que le Cava.

De là à ce que les acheteurs belges reviennent traîner leurs guêtres à Saumur…

Mais il n’y a pas que la Belgique. Et  il n’y a pas que la Grande Distribution.

Alors bon vent aux bulles de Loire!

Hervé Lalau


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Bulles de Loire (2): Fizzing in the Loire

Triple Zéro – one of my favourite Loire sparklers

Triple Zéro – one of my favourite Loire sparklers

Although Saumur is the centre of the industry, sparkling wine is made through the Loire. From the Pays Nantais, where Gros Plant is often the majority grape, all the way to the Côte Roannaise and Côtes de Forez – made from Gamay or non-AC white varieties. As David wrote yesterday the sparkling wines from the Loire offer good value and frequently a very good price quality/ratio.

Perhaps having a base in the Cher Valley to the east Tours that I tend to drink the sparkling wines of Vouvray and Montlouis, especially the Pétillant. These are specialities of Vouvray and Montlouis plus to a certain extent elsewhere in Touraine. They have around 2.5 atmospheres compared to the more customary 4.5 to 5 for fully sparkling wines, so they are less fizzy. The Triple Zéro from Jacky Blot’s Domaine de la Taille aux Loups (AC Montlouis) I think is particularly successful. Its is called Triple Zéro because there is no sugar added at any stage in its production – initial fermentation, when bottled for the secondary fermentation nor at the final corking. This is because the grapes (Chenin Blanc) are picked at around 12% potential – very considerably higher than is usually the case in Champagne. There is also a Rosé version of Triple Zéro made using the same method.

Triple Zéro, like other good Loire sparkling wines, ages well gaining further complexity in bottle. Indeed I have occasionally had the chance to drink some very old sparkling wines from Domaine Huet – 1959 on at least a couple of occasions and very memorably the 1937 once with the late Gaston Huet during a press dinner in Amboise at the end of the last century to celebrate decades of Vouvrays that had been made in the years 7.

PetNats, short for Pétillants Naturels, have become very popular over the past five years or so in the Loire. All tend to be made without added sugar, customarily with native yeasts and frequently using the méthode ancestrale – the winter cold stopping the fermentation before the returning warmth of the spring restarts it. They vary very considerably in style. Some are bottled and released just after a few months retaining quite a bit of residual sugar, others spend a year or more sur latte and, are drier.

Château d'Aulée, Azay-le-RideauChâteau de l’Aulée, Azay-le-Rideau

Château de l’Aulée in Touraine Azay-le-Rideau is another of my favourite sparkling wine producers. They make both Crémant de Loire and Touraine Méthode Traditionnelle, which is slightly cheaper. However, as none of the Crémants (last time I was there) sell for more than 10€ it is worth paying a little extra for the additional quality. I am especially keen on the Brut Zéro and the 1856 – the year this estate was established.

From our tasting on Monday 2nd February it was interesting that the Crémants made with a predominance of Chardonnay were leaner and more vibrant than those where Chenin was in the majority – these tended to have more complexity. It was also notable that we had 42 Crémant de Loire samples (12 Chardonnay dominant/ 30 Chenin dominant) to taste against only 11 with the Saumur appellation. Although the Crémant de Loire appellation dates from 1976, it took a very long time for it to become really established. Only recently did the production of Loire Crémant surpass that of Saumur. That Saumur already had an established reputation was a factor but also the fact that the rules for Crémant were more strict – less juice per hectolitre, presses without chains, 12 months minimum sur latte compared to nine for Saumur etc. played a part.

Four of Les 5.

Four of Les 5.

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Hervé puts his foot in it!

With one or two exceptions all of the samples we tasted should a good level of quality and were wines I’d be happy to open as an apéro. Not only do these Loire fizzes offer un bon rapport qualité/prix but they are less litigious than those from that large sparkling wine region to the North East of Paris, although two of the Saumur houses do have connections with that zone.

Some favourites from the tasting:

Dom Nature, Domaine Richou, Majority Chardonnay

Dom Nature, Domaine Richou, Majority Chardonnay

Robert et Marcel, Saumur – named after Robert and Marcel Néau, who played a big part in establishing the Cave Coop de St Cyr – now the majority owner of Alliance Loire and thus Ackerman. 80% Chenin, 20% Chardonnay

Robert et Marcel, Saumur – named after Robert and Marcel Néau, who played a big part in establishing the Cave Coop de St Cyr – now the majority owner of Alliance Loire and thus Ackerman. 80% Chenin, 20% Chardonnay

Château de Montgueret, Crémant – 60% Chenin, 20% Cabernet Franc and 20% Chardonnay

Château de Montguéret, Crémant – 60% Chenin, 20% Cabernet Franc and 20% Chardonnay

吉姆·巴德 Photo©MichelSmith

吉姆·巴德
Photo©MichelSmith

 


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Bulles de Loire (1): fines et raisonnables

 IMG_4851Trois des quatre au travail pour cette dégustation. Jim prenait la photo. Hervé réfléchissait à sa prochaine blague. Marc peaufinait ses notes. David s’occupait du service. Un vrai petit ménage à 4 ! (photo Jim Budd)

Il y a quinze jours, 4 membres de ce blog collectif se sont retrouvés à Angers, à l’occasion du Salon des Vins de Loire. L’occasion fut trop belle pour ne pas tenter notre troisième expérience d’une dégustation partagée, après Champagne (2012) et Bourgeuil /St. Nicolas de Bourgueil (2013). Evidemment cela allait concerner une ou plusieurs appellations ligériennes, et nous avons opté pour deux appellations de vins effervescents, vu l’engouement actuel des marchés pour ce type de vin. Il s’agit de Crémant de Loire et de Saumur Brut, qui utilisent tous les deux la méthode dite « traditionnelle », ce qui signifie une seconde fermentation d’un vin tranquille en bouteille afin de générer pression et un peu plus d’alcool. Les règles précises de ces deux appellations diffèrent un peu, comme le démontre le tableau ci-dessous, mais en gros elles sont très proches.

Crémant de Loire

cépages autorisés (avec quelques règles quant aux proportions) : chenin blanc, chardonnay, cabernet franc, cabernet sauvignon, grolleau noir, grolleau gris, pineau d’aunis, pinot noir

aire de production : 1600 hectares

production moyenne : 97,000 hectolitres

rendement : 74/80 hl/ha

rendement au pressoir : 100 litres pour 150 kg

vieillissement sur lattes : 12 mois minimum

reflet-chateau-saumurLes appellations de Saumur, tranquilles ou effervescentes, profitent de l’image du château éponyme, mais sait-on bien à l’étranger que ces vins viennent de la région Loire ?

Saumur Brut

cépages autorisés (avec quelques règles quant aux proportions): chenin blanc, chardonnay, sauvignon blanc, cabernet franc, cabernet sauvignon, pineau d’aunis.

aire de production : 1400 hectares

production moyenne : 90.000 hectolitres

rendement : 67/76 hl/ha

vieillissement sur lattes : 9 mois minimum

 IMG_4844Tous ces vins, ainsi que la production effervescente de Vouvray et Monlouis, portent parfois la désignation suggestive (mais non réglementée je crois) de « Fines Bulles de Loire ». (photo Jim Budd).

La production de ce type de vin en Val de Loire remonte au moins au 19ème siècle, particulièrement à Saumur, qui garde une appellation spécifique de nos jours. Les autres bulles produites dans la région le sont, en général, sous l’appellation de Crémant de Loire, qui a une base géographique plus étendue, c’est à dire Saumur, Anjou et Touraine. Mais on trouve aussi des vins mousseux faisant partie de deux appellations de vins blancs de la région tourangelle : Montlouis et Vouvray. Ailleurs dans les régions de la Loire, quelques producteurs élaborent aussi des vins à bulles, mais sans appellation contrôlée. Ils ont généralement comme désignation « vin mousseux de France ».

IMG_4853Rien n’échappe à l’oeil de Moscou….ou est-ce de Lalau ? (photo Jim Budd)

L’aire d’appellation Saumur concerne 1,400 hectares au sud de la Loire sur les coteaux  calcaires qui entourent la ville de Saumur. Une gamme assez large de cépages est autorisée : chenin blanc, chardonnay et sauvignon blanc pour les blancs, puis cabernet sauvignon, cabernet franc et pineau d’aunis pour les rouges. Si la présence de cépages rouges surprend, je rappelle que les techniques de pressurage et la nature des baies permettent l’obtention d’un jus blanc à partir d’un raisin dont la peau est noire ou rouge. Après tout,  2/3 du vignoble champenois est planté en cépages rouges.

L’aire du Crémant de Loire est un peu plus grande : 1,600 hectares, et pour des sols plus variables. Les cépages blancs ne sont que deux : chardonnay et chenin blanc, tandis que sont autorisés 6 variétés plus ou moins rouges : cabernet franc, cabernet sauvignon, pinot noir, menu pineau et grolleau (gris et noir).

IMG_4848Marc cherche, et va sans doute trouver, une large gamme d’arômes dans son verre de bulles ligériennes (photo Jim Budd)

L’appétit croissant des marchés pour les vins pétillants à bien profité récemment à ces deux appellations, mais il semblerait que cela soit davantage le cas pour les Crémants de Loire, qui ont l’avantage d’inclure le nom de leur région dans leur désignation. Entre 2006 et 2013, les ventes de Crémant de Loire ont doublées, pour dépasser légèrement 13 millions de bouteilles en 2013. Si ceci est à relativiser à côté du géant champenois et ses presque 300 millions de flacons, le Crémant de Loire tient une bonne place parmi les autres Crémants de France (Alsace, Bourgogne, Jura etc).Deux tiers sont exportés et ces exportations ont augmenté de 24% entre 2012 et 2013. C’est le premier exportateur parmi les Crémants de France, avec 26% des volumes exportés. Cela tient à une place de leader sur le très important marché allemand, même si Bourgogne et Alsace le battent ailleurs. Les bulles de Loire (Crémant de Loire et Saumur ensemble) sont aussi leader sur le marché britannique. Les bulles de Vouvray ou de Montlouis se vendent essentiellement sur le marché français.

IMG_4846 Les vins qui m’ont fait sourire étaient assez nombreux dans cette dégustation  (photo Jim Budd)

Notre dégustation

Nous avons demandé une seule cuvée, non-millésimé, de chaque producteur qui souhaitait proposer un échantillon. La dégustation a eu lieu le matin du lundi 2 février, dans les locaux d’InterLoire à Angers. Les vins étaient servis à l’aveugle et ordonnés ainsi : 11 crémants de Loire à dominante chardonnay, puis 30 Crémants de Loire à dominante chenin, et enfin 11 Saumurs bruts à dominante chenin.

Les vins que j’ai aimés et leurs prix (les vins en caractères gras sont mes préférés)

1). Crémant de Loire (à dominante chardonnay)

Renou Frères et Fils (6,40 euros), Domaine de Varinelles (7,80 euros)

2). Crémant de Loire (à dominante chenin blanc)

Château Pierre Bise (9,50 euros), Domaine des Bessons (7,60 euros), Domaine Lavigne 7 euros), Domaine de l’Eté (6,80 euros), Domaine de la Bergerie (8 euros), Domaine Pierre Chauvin (13 euros), Château du Fresne (7 euros), Château de Parnay (8,50 euros), Domaine du Bois Mozé (11,50 euros), Langlois Château (12,50 euros), Château du Cléray (12 euros).

2). Saumur Brut (à dominante chenin)

Domaine de Sanzay (7,90 euros), Domaine Matignon (7 euros), Vignerons de Saumur, cuvée Robert et Marcel (5,80 euros), Ackermann cuvée Jean Baptiste Ackerman (6,50 euros), Domaine Leduc Frouin (6,50 euros), Domaine de la Perruche, La Grande Cuvée(8 euros), Château de Montguéret, Tête de Cuvée(13,30 euros)

 

Conclusion 

On le voit bien, ces bulles-là sont très accessibles en prix (environ la moitié, au plus, des vins de Champagne) et il y avait beaucoup de bons vins dans une série d’une cinquantaine d’échantillons. On peut parfois leur reprocher une certaine neutralité, mais, dans l’ensemble, ils sont bien faits et valent très largement leur prix. S’ils n’ont pas souvent la finesse d’un bon Champagne, l’adage suivant reste valable : mieux vaut un bon Crémant (de Loire) qu’un mauvais Champagne.

 

David Cobbold 

 

 

 


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#Carignan Story # 260 : Millésime Bio 2015, une crème des crèmes

Petit intermède dans le traintrain de ma chronique dominicale, je vais profiter de mon dernier passage à Millésime Bio, à Montpellier, fin Janvier, pour informer sans trop attendre les amoureux du Carignan des dernières avancées de leur cépage chéri. J’ai profité de ce rassemblement pour aller goûter les dernières cuvées de quelques vignerons émérites, la plupart ayant déjà connu les honneurs de Carignan Story, certains depuis fort longtemps. J’aurais aimé en voir plus, mais l’éparpillement des uns et des autres a rendu ma tâche difficile. J’espère que l’on me pardonnera ce manque d’efficacité, mais c’est l’occasion de faire un point avec vous. En outre, je me suis procuré un petit plaisir en signalant, à titre d’information, ceux des vignerons présents qui appartiennent à Carignan Renaissance, une association que je soutiens et qui est ouverte à tous les amateurs de Carignan. N’oubliez pas à ce propos d’inscrire sur votre agenda la date du prochain Carignan Day initié par cette association sans grands moyens : ce sera le Lundi 8 Juin prochain. Chaque amateur carignophile, chaque vigneron dans le monde entier pourra célébrer cette journée à sa façon. Dernière chose : n’hésitez pas à intervenir en rajoutant votre grain de sel si vous avez des choses à dire… Et sans langue de bois SVP !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-À tout seigneur, tout honneur, commençons par le Domaine d’Aupilhac qui, comme chacun sait, a toujours symboliquement tenu à commercialiser son Carignan à un tarif plus élevé que son Montpeyroux pourtant excellent. Juste hommage, selon son auteur Sylvain Fadat, au bon et fidèle vieux Carignan qui l’a aidé à se faire connaître sur l’échiquier mondial. Au début, le Vin de Pays du Mont Baudile était proposé à 1 Franc symbolique de plus que le vin d’appellation. Maintenant l’IGP se positionne à 3 € plus cher que l’AOP ! Le Carignan de Sylvain a gagné en finesse et il atteint une telle notoriété qu’il se commercialise autour de 18 € départ cave, le prix du grand vin qu’il est devenu. Et une leçon pour nos intégristes des AOP qui s’évertuent encore à le marginaliser. « Ce vin vieillira plus longtemps que nous », m’a assuré Sylvain après que j’eus goûté son 2013 intense et noir de robe, doté d’une superbe matière en bouche. De beaux tannins, mais surtout une fraîcheur étale pour soutenir l’édifice. Avis aux inconditionnels : il est prévu plusieurs magnum et jéroboams !

-Autre fan du Carignan, l’Alsacien Marc Kreydenweiss, biodynamiste de la première heure et ami de 30 ans, a sauvé les ceps centenaires de sa propriété des Costières-de-Nîmes, à Manduel, où il coule des jours heureux avec son épouse Emmanuelle. Le résultat, entre autres beaux vins, donne un KA (25 €) élevé en demi-muids pour une production de 3.000 bouteilles d’un Carignan 2012 au nez hyper fin, bien structuré en bouche, armé d’une formidable fraîcheur et d’une grande longueur.

-Au Domaine Les Eminades, sous la conduite de Patricia et Luc Bettoni, le bon vieux Carignan a aussi droit de cité et on le met en bouteilles sous le joli nom de Vieilles Canailles. Après un 2011 à l’opulent nez de garrigue, rond en bouche, soyeux et fort long, le Saint-Chinian 2012 est encore plus dense tout en gardant cette tonicité qui fait sa force. À boire de préférence avant la fin de la décennie, mêmes je suis prêt à parier que le vin tiendra plus longtemps. Membre de Carignan Renaissance.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-Présenté l’an dernier au salon de l’an dernier, le 2011 Quid Novi de l’inénarrable Philippe Richy (Domaine Stella Nova) est toujours à la vente (16 €), et il est loin de laisser indifférent ceux qui le goûtent ! Je reviendrai sur ce personnage dans ma rubrique dominicale. Également une surprenante cuvée Polaris en cours d’élevage à 70 % Carignan complétée par le Grenache. Philippe est membre éminent de Carignan Renaissance.

-Le Carignan du Mas des Quernes, un vignoble franco-allemand, se présente sous l’étiquette Le Blaireau. Après un millésime 2012 remarqué ici même en son temps, le domaine continue sur sa lancée avec un IGP Saint-Guilhem-le-Désert 2014 de toute beauté, frais, dense et bien structuré qu’il convient d’apprécier dans les cinq années qui viennent si l’on veut profiter de son enthousiasme.

-Au Mas Gabriel, un très rare rosé 2014 m’a été présenté. Il est issu d’une seule parcelle de Carignan (35 a) et vinifié en pressurage direct. C’est dense, très pur et d’un fruit exquis (8 €), mais il va falloir foncer pour en acheter ! Sous l’étiquette Clos des Papillons 2014, un fort beau Carignan blanc généralement pur, mais ici complété par du Terret et fait pour une certaine garde, tandis qu’en rouge Les Trois Terrasses (70 % Carignan, le reste Grenache et Syrah, ferme, long, aux tannins soyeux commence juste à se goûter avec plaisir, prêt à attendre plus longtemps si l’on veut. Deborah et Peter Core, d’aimables britanniques, sont membres de Carignan Renaissance.

-Rémi Duchemin, au Plan de l’Homme, en Terrasses du Larzac, a vinifié un magnifique Vin de France 2013 (13 € par 6 bouteilles) tout en éclat et fraîcheur sur lequel je reviendrai prochainement dans cette rubrique. Un domaine hors pair, membre de Carignan Renaissance.

-Au Domaine des 2 Ânes, comme toujours, un Corbières Premiers Pas 2013 de macération carbonique très logiquement Carignan (80 %) ample, souple, épicé et bigrement sympathique (7,20 €). Mais une fois de plus, c’est l’autre Corbières 2013 Fontanilles (8,90 €), à 70 % Carignan égrappé, qui offre un nez envoûtant de garrigue, une fermeté à toute épreuve, avec en signature de jolies notes de cuir et d’épices. Idéal sur un petit gibier.

Photo©MichelSmith

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-Toujours dans les Corbières, aux pieds de la Montagne d’Alaric, le Château La Baronne, conseillé par un œnologue toscan, sort régulièrement des cuvées qui forcent le respect. À partir de la parcelle Pièce de Roche, plantée en 1892 pour moitié en Carignans de clone Riparia Gloire, clone Rupestris pour l’autre, elle produit régulièrement un Carignan de haute-volée généralement tirée à 10.000 exemplaires. La version 2011 (IGP Hauterive) donne un vin épais, puissant et massif, comme à l’accoutumée, mais le 2012 (autour de 26 €, si j’ai bien noté) séduit déjà par la fraîcheur de son fruit et sa grande longueur. Il sera bientôt prêt à boire d’ici 2020.

-Comme je l’ai déjà dit ici même, le Château La Liquière est le plus actif défenseur des Carignans de schiste. J’ai goûté au salon le Faugères 2012 Racines (environ 13 €) qui est probablement le plus bel exemple de ce type : on a de la fermeté, certes, du fruit en pagaille aussi, mais surtout une harmonie rare qui fait que l’on a envie de mettre ce vin en cave pour célébrer d’ici dix ans des retrouvailles autour d’un bon repas. Membre de Carignan Renaissance.

-Un Languedoc 2013 (8,50 €) du Domaine Vallat D’Ezort, entre Sommière et Uzès, m’a fait forte impression même si la présence du Carignan ne porte que sur les deux tiers de la cuvée, le reste étant l’apanage du Grenache, les deux cépages étant vinifiés ensembles. La bouche est droite et le vin joue sur la jovialité, avec ce qu’il faut de fraîcheur pour animer les repas d’été.

-Autre terroir, plus argilo calcaire et très caillouteux, plus caussenard, le Clos du Gravillas, dans la zone où le Minervois tutoie Saint-Chinian, défend lui aussi depuis ses débuts le Carignan, notamment dans une cuvée Lo Vièlh qui concerne des vignes centenaires en très bon état. Le 2013, un Côtes du Brian, est conforme à la règle, associant puissance, rythme et finesse. Désormais un grand classique, membre de Carignan Renaissance.

Michel Smith

 

 

 


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Bulles sur la Loire : les 5 enquêtent

bulles sur la Loire

Bulles sur la Loire, bulles de Loire, je ne pouvais pas imaginer meilleure photo pour cette introduction. Le crédit est dûment affiché.

Lors du récent Salon des Vins de Loire, 4 membres de ce blog à 5 têtes (plus ou moins pensantes) ont dégusté, à l’aveugle, une série de vins effervescents issue de deux appellations ligériennes : Crémant de Loire et Saumur. Cette dégustation nous a été préparée par Interloire, que nous remercions.

Le 5ème larron, notre Catalan d’adoption Michel Smith, a suivi son propre chemin qu’il nous narrera à son tour. Ainsi, toute la semaine prochaine, nos articles seront consacrés à divers aspects des vins pétillants ligériens, catégorie dont les ventes sont globalement en augmentation, comme c’est le cas pour les vins à bulles en général. Le phénomène est encore plus significatif que la montée des vins rosés.

Si les avis se discutent presque à l’infini, les faits sont têtus. Je vous livre donc quelques informations de base sur le monde des vins à bulles. La production mondiale de vins effervescents a augmenté de + de 40 % en 10 ans (17,6 millions d’hectolitres en 2013 contre 12,7 millions d’hectolitres en 2003), tandis que celle des vins tranquilles a reculé. Si la consommation de ce type de vin n’a pas tout à fait suivi la même courbe ascensionnelle sur la même période, elle a tout de même pris 30%. Aujourd’hui cette production compte pour environ 7% de la production globale des vins dans le monde.

Le plus grand producteur (et consommateur) mondial de vins effervescents est l’Allemagne, suivi de la France. Les échanges se développent aussi à un bon rythme, et concernent maintenant près de la moitié des volumes produits.

Lundi je vous parlerai uniquement des bulles de Loire, aussi bien sur le plan économique que gustatif. Mes collègues prendront la suite, chacun dans son style inimitable et en explorant des angles différents de la question.

David Cobbold


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Le Misket Cherven, un authentique Bulgare

Comme son nom le laisse supposer, il s’agit d’une variété autochtone de Muscat. Quant à l’adjectif Cherven, il voudrait dire rouge, mais à la façon des cépages germaniques qualifiés de rot, alors qu’ils sont gris ou roses pour les ampélographes francophones. Quelle leçon de linguistique!

Le Misket Cherven

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Son origine supposée est la Sungurlare Valley au centre est de la Bulgarie, voire les environs de Karlovo ou de Brezovo vers Plovdiv, plus à l’intérieur du pays où de mémoire il faisait partie des cépages traditionnels. Aujourd’hui, on le trouve dans la plupart des vignobles bulgares, toutefois, les 6.500 ha plantés se concentrent plus particulièrement dans la zone du piémont balkanique comme à ses origines.

Мискет червен

BULGARIA Harvest

Vigoureux et rustique, c’est le cépage qui résiste le mieux au froid de tous les cépages autochtones de Bulgarie.
Son feuillage dense cache des grappes de taille moyenne de forme conique et parfois ailée qui peut peser de 140 à 240 g. Ses baies serrées et sphériques offrent une peau relativement épaisse de couleur rose à maturité. Maturité qui intervient tardivement et s’il donne un jus abondant, à la fois sucré et acide et délicatement parfumé, les vins issus du cépage sont généralement blancs et secs.
Sa résistance aux maladies est excellente.

Misket 2012 Heritage Thracian Valley Regional Wine

Misket Heritage

Doré pale, il flatte l’œil.
Délicatement parfumé, il évoque la pêche blanche teintée de chair de banane bien mûre, la mandarine saupoudrée d’amandes pillées, puis encore le brin de lavande rafraîchi d’aubépine.
Douce, la bouche n’est pas sucrée, du tout, mais l’onctuosité de sa texture trompe les papilles un moment. Cette atmosphère palatine des plus cosy se pare des arômes sentis, y ajoute une orientale gelée de rose qu’elle relève de poivre blanc. Enfin, la longueur nous entraîne encore plus au levant avec ses notes de santal et de safran qui grossissent le rang des épices et soulignent une dernière fois fleurs et fruits.

Les vignes poussent dans la zone de Sharovitsa, près du village de Karabunar, à l’ouest de Plovdiv et s’y étendent sur une bonne trentaine d’ha. Une partie est toutefois vouée à l’élaboration de brandies. La vinification se fait en cuves inox comme l’élevage.

La cave de Karabunar

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Изба Карабунар se situe à 80 km de la capitale Sofia et a été construite et inauguré en 2008. Elle possède deux vignobles, l’un a Kilifarevo plus au nord-est de Plovdiv près du monastère éponyme et l’autre à Karabunar. La région de Karabunar, haute de 250 m, est presque entièrement vouée à la viticulture. Pas moins de 80% de ses terres arables voient pousser outre le Miskit, les internationaux Cabernet et Chardonnay, mais aussi le local Dimiat. La Bulgarie possède d’autres cépages autochtones qui petit à petit retrouvent grâce aux yeux des Bulgares. Et dans un deuxième temps, peut-être aux nôtres.

production
Изба Карабунар Karabunar Winery
Importé dans le Benelux par Texavino http://www.texavino.com

Ciao

conserving
Marco

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