Les 5 du Vin

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Crevettes, petits poissons, allons à London !

Cette chanson de Petula ClarkLondon tout simplement, ou Allons donc London, ou encore ce qui pour moi paraissait plus juste à l’époque Allons à London – a toujours eu le mérite de me bassiner les oreilles ! Allez comprendre pourquoi elle me revient à la surface ? Moi-même je n’en sais trop rien. Non seulement les paroles étaient niaises, ridicules, mais la voix de la Petula était des plus irritantes, pour ne pas dire assommantes. Pour aller plus loin dans la méchanceté qui me caractérise, la simple vue à la télé de cette vedette sautillante débarquée d’Angleterre un peu au même moment que les premiers déhanchements du twist et de la pop music, me la rendait encore plus insupportable à mes yeux. Le pire avec ce genre de sérénade à l’accent britannique fort appuyé, c’est que l’air entendu vous restait en mémoire tout le reste de la journée. Pour s’en défaire, je n’avais qu’une solution : mettre sur mon pick-up une longue version de Ray Charles dans I’ve got a Woman qui me transportait d’ivresse. Juste revanche sur le temps qui passe, pour justifier mes dires, je vous refile du Petula histoire de polluer un peu plus votre cerveau pendant quelques heures. Mais je vous fais grâce de l’image…

http://www.musicme.com/Petula-Clark/albums/Best-Of-0743213600321.html?play=16

Juste et douce revanche ? Oui, car c’est un peu à cause de vous, chers Lecteurs que l’on ne compte plus, à cause de vous que j’ai largué les amarres qui me liaient depuis la fin mars au pavé de la bonne ville de Sienne, désormais pour moi la plus belle ville au monde. C’est pour être fidèle à ce rendez-vous, pour continuer à vous narrer mes découvertes, que je suis rentré dare-dare la voiture chargée de pâtes et de riz. Le temps de tout déballer, de songer aux multiples sujets à polémique sur le pinard qui hantent mon esprit, et voilà que sans crier gare je pense soudain à Londres où m’attend ma charmante petite fille. Et mon ordinateur interne de me remettre illico en mémoire cette misérable chanson qui se termine ainsi : Allons donc London pêcher la crevette, allons donc London pêcher le petit poisson. Idiot, n’est-ce pas ? Quand je pense que les auteurs à succès se faisaient des couilles en or à l’époque avec des conneries pareilles, y’a de quoi se flinguer !

Un tour dans l'est London... Photo©MichelSmith

Un tour dans l’est London… Photo©MichelSmith

Bon, laissons donc Petula pétuler (ne cherchez pas, ça ne veut rien dire…) avec ses frisettes, et revenons à nos crevettes et poissons de London. La dernière fois que j’ai évoqué cette immense capitale, je n’ai guère été tendre. L’étalage de fric et son odeur que l’on respire sur les bords de la Tamise ne me convenait pas, mais alors pas du tout. En outre, un peu comme à Barcelone, dans cette ville j’éprouve toujours quelques difficultés à tomber sur un bon restaurant et cela m’énerve. La chose serait impensable à Siena, soit dit en passant. Ce qui sauve l’expérience à Londres, c’est le niveau du service qui, en règle générale, pour un emmerdeur de mon type, est excellent, plein de bonne volonté et de bonne compréhension. L’attrait du pourboire explique cela, peut-être, mais peut-on en vouloir à ces jeunes qui vivent dans une ville où tout est hors de prix et qui font le maximum pour vous être agréable ? Tout de même, côté qualité, il est vrai qu’il y a le restaurant St John de mes amis Trevor et Fergus proche de Smithfied Market. Le choix du vin y est bon et la cuisine copieuse, un peu trop même. On doit trouver mieux dans cette métropole, mais à la seule condition d’être riche, je suppose.

Photo©MichelSmith

Traversée de la Tamise par temps typiquement londonien…Photo©MichelSmith

Pourtant, pas très loin de là à vol de mouette, une fois traversée la Tamise (au choix : Southwark Bridge ou London Bridge), mon fils m’a fait découvrir un restaurant dont il était certain qu’il allait me plaire. Et le bougre avait raison. Applebees Fish est un restaurant de poisson peu commun, un vrai de vrai, un troquet de mer comme je les aime et qui plus est cent pour cent british, ce qui est plutôt rare dans cette ville. Un endroit où, que l’on soit sagement installé au bar, face aux cuisines, ou confortablement assis dans la salle, on est traité avec respect. Un lieu où la carte des vins est splendidement ouverte sur le monde tout comme l’est celle des solides allant des sashimis au fish & chips en passant par des plats classiques présentant le poisson dans son aspect le plus noble, le plus frais, le plus respectueux. Cela tombait bien que cette découverte car j’adore les restaurants de poissons.  Celui-ci est logé dans une petite rue de Borough Market à quelques pas d’un autre restaurant, le bien nommé Fish, qui me paraît plus branché (style oyster bar) et, même s’il reste amusant à fréquenter, semble moins axé sur la touche culinaire avec une carte des vins plus ordinaire.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

En revanche, le restaurant que j’aime – il utilise plutôt le terme de café – de la petite Stoney Street dans le même quartier de Londres et qui désormais sera le mien lorsque je retournerais Outre-Manche, est plus cosy que l’oyster bar situé à l’intérieur du marché couvert de Borough, mais il est aussi plus intéressant à tout point de vue. Avant tout, il me paraît raisonnable en terme de prix avec, en semaine, deux menus qui oscillent autour de 20 livres sterling avec de grands classiques comme le deep fried whitebait (ou petite friture) avec sa mayonnaise aillée, ou la moelleuse fish pie sans oublié le dessert dont un délicieux stilton servi avec un chuthey maison. Ensuite, on peut choisir son poisson parmi tout un lot exposé à l’entrée. Enfin, chaque jour a son poisson, comme la fameuse Dover sole grillée accompagnée d’une lemon and butter sauce et, pour 15,50 livres, l’incontournable fish and chips avec frites maison coupées au couteau s’il vous plaît ! Pour aller avec mon Puerto Fino (Gutiérrez Colosia) de Jerez (moins de 5 livres le verre), j’ai choisi un parfait sashimi (thon et saumon) à 12,50 livres.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Puis c’est le Riesling du Domaine Albert Mann 2012 (32,50 livres) qui a retenu notre attention après avoir hésité entre le Muscadet Clos des Allées 2011 de Pierre Luneau-Papin un peu moins cher et le néo-zélandais Petit Clos 2011 Malborough du Clos Henri un poil plus cher. L’Alsace marchait on ne peut mieux sur le mixed grill (20 livres) de poissons. Comme je l’ai déjà laissé entendre, tout est préparé avec soin et goût dans un esprit de fraîcheur où les légumes ne sont jamais absents. La carte des vins est vraiment très bien construite, proposant même un Porto Khron LBV 2005 au verre (10 cl) à 6,50 livres. Vraiment, cet Applebees est une adresse dont on aimerait pouvoir profiter ici, en France, même dans une ville de plus de cent mille habitants telle que Perpignan !

Michel Smith

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith


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Sur les routes du Picpoul de Pinet

« Son terroir c’est la mer », dit le slogan du Picpoul de Pinet. C’est peut-être pour ça que j’en avais une idée plutôt… horizontale. Celle de vagues ondulations un peu monotones aux bords de la grande bleue, ou plutôt, de l’étang. J’avais tort, évidemment.

Il suffit d’aller voir sur place pour constater que le Pinet est non seulement terrien, mais doté de plusieurs terroirs; et que si, effectivement, la partie la plus proche de la mer est assez plate, plus l’on s’éloigne, et plus le vignoble ondule, plus il s’éparpille, plus il s’égaille, plus il se cache entre les pins avec, deci- delà, un joli mas, un sentier, des affleurements calcaires au milieu des poudingues.

Ajoutez- y un cépage aux remarquables vertus rafraîchissantes en ces terres sudistes, (mais capable d’atteindre de belles complexités si on lui donne un peu de soin et du temps sur ses lies, notamment); des caveaux accueillants; un environnement préservé (quelque 10.000 ha de nature protégée); sans oublier les traces d’un passé plus de deux fois millénaires (la Via Domitia traverse le vignoble), que vous faut-il de plus pour avoir envie de venir?

Comme nous ne reculons devant rien, ami lecteur, Marc et moi sommes partis en reconnaissance pour vous (merci à Guy Bascou, à Clair de Lune et à Jean-Philippe Granier pour la mise sur pied de ce programme personnalisé).

La suite en photos…

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La voiture présidentielle est avancée (Photo © H. Lalau 2015).

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« Son terroir, c’est la mer », dit le slogan. Et ses amis, les fruits de mer! (Photo © H. Lalau 2015)

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Vous connaissez  sûrement la Cave de L’Ormarine. Mais connaissez-vous cette cuvée qui si sied bien aux huîtres? (Photo © H. Lalau 2015).

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Cette petite route qui ne paie pas de mine n’est autre que la Via Domitia qui reliait jadis l’Espagne à l’Italie. Respect pour ce travail… de Romain (Photo © H. Lalau 2015).IMG_5906Oui, le Pique Poule, c’est bien ici (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5910La terre du Picpoul de Pinet est un camaïeu d’ocre, de gris et de jaune, encadrés du vert des pins, des chênes kermès, des oliviers ou des aubépines. Un paradis pour le géologue amateur (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5943Un paradis aussi pour l’amateur de plantes (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5898Agronome de formation, le picpoulissime Président Bascou herborise pour nous (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5902Les poudingues (de l’anglais pudding) sont un agglomérat de roches diverses. Le genre de gâteau à réserver aux solides dentitions. (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5919La pause fraîcheur au Domaine de la Mirande, avec Mlle Albajan et son Picpoul à l’incroyable rapport qualité-prix (et dans la bouteille Neptune, bien sûr!)  (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5913Mirande, miré de l’extérieur (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5932Du haut de la Roche aux Fées, des siècles d’érosion vous contemplent… (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5930Sans oublier ce superbe monument dédié à l’Oenotouriste Inconnu (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5937L’air de rien, nous voici déjà au bout de l’aire, fin du parcours. (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5948Un dernier verre de cette excellente cuvée de la Cave de Pomérols et nous voila repartis.

Pour rappel, Pinet se situe au nord du Cap d’Agde et de Sète, entre Béziers et Montpellier. Bien au sud du 15ème par la porte d’Orléans.

Pour vos prochaines balades en famille, ses jolis sentiers balisés vous y attendent. Ainsi que ses vignerons, un verre de Picpoul à la main…

Hervé Lalau


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Two dinners and a lunch (part 2)

Cheu L'Zib, Menetou-Salon

Cheu L’Zib, Menetou-Salon

My last Tuesday’s post left us enjoying a copious, traditional Sunday lunch at that Menetou-Salon institution Cheu L’Zib:

‘We left the Joulins in time to drive to Menetou-Salon for a traditional blow-out Sunday lunch at C’Heu l’Zib. If you have been there once then you will know what will be on the menu as it is virtually unchanging largely because the clientele goes for their terrines, the famous pike in beurre blanc and the slab of wickedly rich charlotte aux chocolate as a coup de grâce!. It is fun to do once every so often – always a good atmosphere of people, often in large family group, enjoying themselves. Just don’t arrange to do anything much, apart from taking a substantial siesta, afterwards. (posted 21.4.2015)’

 

Un vrai menu fixé!

Un vrai menu fixé!

I find the theory and practice of lunch somewhat at variance and by lunch here a mean a substantial lunch with three courses and wine not a hurried grabbed sandwich. The theory is wonderful – setting aside several hours to enjoy a feast in the middle of the day what could be better? It indicates that you are a person of some leisure – not ruled and traumatised by a series of meetings and appointments. The practice can often live up to expectations. It is post-lunch that I find more problematic as a copious and bien arrosé en modération déjeuner can often bring the day to a premature close. Not you understand that I have anything against a siesta even a substantial one – both are admirable and an integral part of a civilised life. A siesta is normally a refreshing rest of variable duration before further activity. A post substantial lunch siesta is all too often instead a prolonged preparation for an early night.

The happy practice of Sunday lunch at Le Zib

The happy practice of Sunday lunch at Le Zib

Isabelle and Pierre Clément, 2013 La Dame de Chatenoy, Mentou-Salon

Isabelle and Pierre Clément, 2013 La Dame de Chatenoy, Mentou-Salon

Anyway more than enough of this philosophy… the much more important question is what we drank at Cheu L’Zib. Naturally the wines of Menetou-Salon have pride of place on the list. I’m not even sure whether any vins d’étranger, from Sancerre for example, are listed. If they are I didn’t notice them. We selected the excellent 2013 La Dame de Chatenoy from isabelle and Pierre Clément as our white Menetou for our apéro and to carry us just about through to the famous pike dish. Well balanced with ripe grapefruit flavours, weight and length.

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The red Menetou was easy to choose: Philippe Gilbert’s 2010 Les Renardières. I am very impressed with Phlippe Gilbert and have often tasted his wine but never to date drunk the wine at table. The 2010 lived up to expectations – voluptuous and delicately silky as only good Pinot Noir can be. Further confirmation of the progress made by leading producers in the Loire’s Central Vineyards through careful work in the vineyard and rigour during the vendange.

As I suspected lunch at Zib virtually finished off the rest of the day but did mean I was thoroughly rested for Monday. A morning bike ride in the Sancerre vineyards– flat it isn’t! A couple of visits in the afternoon – Vincent Pinard and Henri Bourgeois – leading to dinner at Jean-Marc Bourgeois’ La Côte des Mont Damnés in Chavignol.

As I was fractionally late getting to the table due to a very interesting extended tasting with Arnaud Bourgeois – more on the two tastings next week as well as some thoughts on David Cobbold’s fine piece on the Central Vineyards yesterday – Carole had already selected a white – the 2012 Le Chêne Marchand from Lucien Crochet. What an excellent choice this was! Le Chêne Marchand is one of the oldest recognised vineyard sites of Sancerre. As you drive into Bué from the south it is on the slopes to your left hand side. It is limestone with very little top soil – known locally as caillottes. Generally the wines from caillottes, which makes up about 40% of Sancerre’s vineyard, are the quickest and most expressive when young.They tend to be bottled young. This is not the case for Gilles Crochet, the son of Lucien and who has now for a number of years run the domaine. Gilles prefers to give his wines a lengthy élevage. This showed to advantage with the 2012 – complex, good texture with length and balance.

A 1st course

A 1st course

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A 1st course

A 1st course

 

Delicate entrée featuring langoustine

Tagliatelle Géante de Crottin au Beurre de Muscade.

Tagliatelle Géante de Crottin au Beurre de Muscade. very much Jean-Marc’s speciality 

2011 la Bourgeoisie, Sancerre Rouge Henri Bourgeois

2011 la Bourgeoise Sancerre Rouge Henri Bourgeois

Even since I first tasted the whites of Henri Bourgeois back in the early part of 1989 I have been convinced of their quality. The reds, however, I long felt were not of the level of the whites. However, over the last few years there has been a marked improvement in the reds. They have a lot in the handling of the fruit during the vintage. Again like Philippe Gilbert’s Menetou Red the previous day I had tasted these wines bit not drunk them, so I was determined to try one on this night. Its silky texture and spicy fruit backed up my feeling that the gap between the Bourgeois reds and their whites is closing. A lovely bottle and further proof that Pinot Noir from the Central Vineyards is well worth searching out.

Delicious and delicate pigeon – a great foil for the red.

Delicious and delicate pigeon – a great foil for the red.

Sancerre from the west.

Sancerre from the west.

JBGlassesss


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Réflexions sur les vins de Centre Loire

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Un trop bref séjour récent à Sancerre pour animer une table ronde organisée par le CNAOC et portant sur des sujets de fond (le réchauffement climatique, les maladies de la vigne et la réduction des intrants, avec leurs conséquences sur l’encépagement et d’autres règles des appellations) m’a donné l’occasion de demander aux responsables de cette région de m’organiser une dégustation de quelques vins du Centre Loire. Le préavis que j’ai pu donner étant court, je les remercie d’avoir su bien organiser cette dégustation qui a réuni 68 échantillons de l’ensemble des appellations de la région. Je rajoute que cette inter-profession, bien conduite par Benoit Roumet, a l’intelligence de produire un dossier de presse factuel et riche, entièrement libre du bla-bla polluant qui sévit trop souvent dans ce genre de document.

300px-008_Sancerre_sur_sa_butteSancerre  vers cette époque : en tout cas cela ressemblait à ça vendredi dernier (photo Henri Moreau)

Voici les appellations de la région Centre Loire, par ordre alphabétique : Châteaumeillant (90 hectares : vins rouges et rosés de gamay ou pinot noir), Coteaux du Giennois (200 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir et gamay), Menetou Salon (550 hectares : blancs de sauvignon; rouges et rosés de pinot noir), Pouilly Fumé (1.320 hectares: blancs de sauvignon), Quincy (280 hectares: blancs de sauvignon), Reuilly (235 hectares: blancs de sauvignon, rouges et rosés de pinot noir, ainsi que «gris» de pinot gris), et enfin la plus grande et la plus connue, Sancerre (près de 3.000 hectares: blancs de sauvignon; rouges et rosés de pinot noir). Je sais bien que techniquement, les 30 hectares de Pouilly-sur-Loire en font partie aussi, mais il semble que le marché et les producteurs ont décidé d’un commun accord de laisser le chasselas aux Suisses ou aux Savoyards et il n’y avait aucun échantillon de cette appellation en voie (probable) de disparition.

carte Loire

La partie orientale du Val de Loire, là où le fleuve amorce son virage vers l’ouest, touche presque à la Bourgogne, ce qu’on voit à peu près sur la plus petite carte

Premier constat: cette région représente sur le plan géographique un point de rencontre entre vallée de la Loire et Bourgogne. Cela se confirme à la fois par son climat, plus nettement continental que les parties en aval sur la Loire, mais aussi par l’encépagement qui emprunte le gamay et pinot noir (et aussi, un tout petit peu, le pinot gris) à la Bourgogne, et le sauvignon blanc à la Loire. Rappelons que ce même sauvignon blanc existe aussi en Bourgogne, pas si loin de là, dans l’appellation Saint Bris, près de Chablis. Le cépage ne reconnaît pas les frontières que quelques imbéciles tentent de lui imposer par pur esprit de protectionnisme !

SANCERRE photo Bookinejpg autre image, plus estivale, du vignoble sancerrois où pentes et orientations varient pas mal (photo Bookine)

Deuxième constat: ces sept appellations connaissent des fortunes assez diverses, comme le reflètent leur tailles relatives. Sancerre mène clairement la danse régionale, avec plus du double de la surface de sa suivante, Pouilly Fumé. Si, historiquement, la proximité avec le fleuve a pu expliquer certains écarts de fortune, je pense qu’aujourd’hui, c’est surtout la facilité avec laquelle on prononce les mots qui joue un rôle prépondérant, sans parler de la qualité perçue des vins (vrai ou faux: j’ai bien dit «perçue»). Si on regarde les pourcentages des ventes réalisées à l’exportation, appellation par appellation il est clair que la taille et l’antériorité de l’appellation jouent un rôle, comme l’indique ce tableau :

 

appellation date création Superficie/ha % export
Sancerre 1936 3000 57%
Pouilly Fumé 1937 1320 53%
Menetou Salon 1959 550 13%
Quincy 1936 300 14%
Reuilly 1937 235 15%
Giennois 1998 200 17%
Châteaumeillant 2010 90 2%

 

Les deux plus grosses appellations sont, et de loin, celles qui exportent le plus. Menetou-Salon, qui les suit de loin, a un nom plus difficile à prononcer et une date de création plus récente. Je ne m’explique pas bien pourquoi Quincy est resté si petite et peu connue, mais il y a sûrement d’autres facteurs qui entrent en compte.

logo centre Loire

Maintenant, parlons de cette dégustation, qui donnera lieu à d’autres commentaires plus ou moins généraux. Je remercie les vignerons ayant accepté d’envoyer des échantillons avec si peu de préavis. Même si ce type de dégustation ne permet pas de donner une vision complète, et encore moins d’établir une quelconque hiérarchie dans la qualité, vu le nombre de vins représentant chaque appellation et chaque couleur (j’en donne les chiffres ci-dessous), avec 68 vins dégustés, je m’autoriserai quand même à faire quelques observations et à souligner mes vins préférés.

Les vins étaient jeunes, et parfois trop jeunes. Je m’explique: ils devaient tous être en vente actuellement: la majorité provenait des millésimes 2012 et 2013, mais avec pas mal de 2014 aussi, dont une forte proportion de Sancerre et de Quincy. La plupart de ces blancs de 2014 méritaient au moins 6 mois de plus d’élevage. La pression des marchés explique probablement une telle précipitation à mettre en vente des vins trop jeunes, car encore fermés et manquant d’affinage dans leurs textures comme dans leurs saveurs. Les millésimes 2012 et 2014 (avec un jugement de potentiel pour ce dernier à cause de sa jeunesse) m’ont parus au-dessus du 2013, dont la météo à rendu l’exercice difficile, je crois.

 

Les vins dégustés

Vins rouges : 1 Châteaumeillant, 1 Coteaux du Giennois, 3 Menetou-Salon, 5 Sancerre

Vins rosés : 2 Reuilly, 1 Menetou-Salon, 2 Sancerre (et un vin de table dont je parlerai)

Vins blancs : 4 Coteaux du Giennois, 4 Reuilly, 14 Quincy, 4 Menetou-Salon, 8 Pouilly-Fumé, 17 Sancerre

 

Mes vins préférés

Vins rouges

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, Première Cuvée 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Les Cris 2012

Sancerre, M et E Roblin, Origine 2013

Sancerre, Domaine Henri Bourgeois, La Bourgeoise 2012

Vins rosés

Reuilly, Jean Tatin, Demoiselle Tatin 2014

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, 2014

Vins blancs

Quincy, Jean Tatin, Succellus 2013

Quincy, Domaine Portier, Quincyte 2013

Quincy, Domaine de la Commanderie, Siam 2013

Quincy, Domaine Villalain, Grandes Vignes 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Le Carroir 2013

Menetou-Salon, Domaine Jean Teiller, Mademoiselle T 2013

Pouilly-Fumé, Château de Tracy, HD 2012

Pouilly-Fumé, Domaine Landrat Guyollot, Gemme de Feu 2012

Pouilly-Fumé, Serge Dagueneau et Fille, Tradition 2014

Sancerre, Domaine Laporte, Le Grand Rochoy 2012

Sancerre, Vincent Grall, 2014

Sancerre, Jean Reverdy et fils, La Reine Blanche 2014

 

Remarques sur ces résultats

D’abord le caveat habituel sur une dégustation, même à l’aveugle comme ici: ce n’est jamais qu’une photo instantanée, et qui ne montre qu’un fragment du paysage, vu la représentativité relative de cet échantillonnage. Seule une minorité des producteurs avaient proposé des échantillons. Mais on peut aussi constater que des producteurs dont j’ai déjà très bien dégusté des vins sont au rendez-vous. Je pense à Jean Tatin et au Domaine Portier à Reuilly et Quincy ; aux Domaines Pellé et Jean Teillier à Menetou-Salon ; au Château de Tracy à Pouilly et à Henri Bourgeois, au Domaine Laporte et à Vincent Grall à Sancerre.

Deux vins à part

J’ai mentionné un vin (rosé) produit sous la désignation « vin de table ». Il s’agit d’un cépage récemment sauvé de disparition et qui a été autorisé en plantation à titre expérimental, je crois (ou bien au titre de la sauvegarde de la bio-diversité, je ne sais plus !). Ce cultivar s’appelle le genouillet et le Domaine Villalain, de Quincy et de Reilly, a envoyé un échantillon de son millésime 2014. Je ne fus pas surpris d’apprendre qu’un des ses ancêtres est le gouais blanc, cette variété à la multiple descendance mais dont les vins peuvent aisément ressembler à de l’acide de batterie. Ce n’était pas franchement le cas pour ce vin, aux odeurs inhabituelles de paille et de sciure, avec une belle vivacité mais peu de fruit. Une curiosité, du moins pour l’instant.

Le pinot gris peut produire , sous l’appellation Reuilly, des vins qualifiés de rosés, mais dits « gris de gris » et en réalité blancs à peine tachés. J’ai beaucoup aimé celui de Jean Tatin, même si je le considère plutôt comme un blanc. Le nez est très aromatique et la texture suave. Equilibre et longueur sont excellents, avec juste une pointe de tannicité à la fin qui trahit un travail de macération, peut-être.

Les défauts de certains vins

Un vin bouchonné, quelques vins trop soufrés et un bon nombre de blancs mis en bouteille trop jeunes. En mettant ces vins blancs sur le marché si rapidement, on a tendance à les simplifier. Et, du moins dans le cas des Sancerre, il n’y a pas d’excuse du côté de la rentabilité. Après, il y a des questions de style. En ce qui concerne les vins de sauvignon blanc, je n’aime pas les odeurs agressives de buis ou, pire, de pipi de chat. Je crois que les deux proviennent d’une forte présence de molécules de la famille des thiols. On rencontre cela plus facilement lorsque les raisins ne sont pas assez mûrs. Peut-être aussi quand l’élevage n’a pas encore calmé ce type d’odeur primaire (un avis d’expert serait le bienvenue sur ce sujet technique).

J’ai aussi l’impression que Sancerre vit un peu sur sa renommée. Cela semble être les cas si on regarde la proportion de vins que j’ai appréciés par rapport au nombre d’échantillons dégustés (même si ça n’est pas très fiable statistiquement)…

Je n’ai pas les prix de ces vins, mais le rapport qualité/prix d’un Menetou-Salon, par exemple, est sans doute plus favorable en moyenne, que celui d’un Sancerre.

David Cobbold


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#Carignan Story # 271 : Le loup farceur de Berlou

Autant vous l’avouer : entre la Toscane et la Catalogne, la route est buissonnière car assez longue, et j’avoue franchement ne pas avoir pris le temps de vous préparer un nouveau Carignan Story. Résultat, juste avant de partir de Siena, je viens de sortir du placard à archives le quatrième épisode de ma rubrique dominicale : il a un peu plus de 5 ans et si j’ai un peu modifié le début, ajouter des prix et corrigé certaines horreurs, j’ai laissé le reste tel quel, dans le même tonneau, si j’ose dire ainsi.

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Ce Carignan-là, on le trouve sur les coteaux de schistes, à l’ombre du massif du Caroux, pile au nord de Béziers et plus précisément dans un village cul-de-sac d’à peine 200 et quelques âmes nommé Berlou, le tout au cœur du Parc Régional du Haut-Languedoc, dans la vallée du Rieu Berlou, à moins de 10 km de Saint-Chinian responsable du nom de l’appellation locale. Un peu plus haut vers le nord, il fait plus frais et l’on peut dire ciao à l’influence méditerranéenne ! Sur le blason de la commune, j’ai vu un chêne d’un côté et de l’autre un loup tenant une grappe de raisin rouge dans sa patte. Se prendrait-il pour un sanglier ?  S’agit-il d’une grappe de Carignan, cépage qui se plaît si bien dans cette contrée ? Est-ce la véritable origine du nom de Berlou ? Le mystère demeure que ne manquera pas d’éclaircir notre vigneron lors d’une prochaine rencontre.

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Ici, la garrigue est reine et c’est précisément dans ce maquis que la vigne tente de se frayer un chemin depuis plusieurs générations grâce au labeur des paysans-vignerons. Parmi les aventuriers ayant posé leurs sacs en ce coin reculé du Languedoc, Jean-Marie Rimbert est une sorte de figure héroïque. C’est simple : avant on avait entendu parlé du Loup de Wall Street, maintenant il faudra compter sur le Loup de Berlou ! Grand, pour ne pas dire immense, massif, la voix caverneuse et l’accent rocailleux gentiment teinté de provençal, le jeu de mots fréquent, la blague aussi, subtil et jovial, aussi allumé qu’illuminé, le bonhomme a débarqué de son Ventoux natal en 1996. Avec une devise bien à lui, puisque dès le départ, il se dit « croqueur de plaisir plus que buveur de temps ».

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Le Domaine Rimbert qu’il dirige avec Isabelle, couvre aujourd’hui près de 30 ha partagés en une quarantaine de parcelles ici appelées « travers ». Une grande diversité s’offre au vigneron qui peut ainsi s’en donner à cœur-joie en vinifiant plusieurs cuvées «typées», cuvées dans lesquelles le vieux Carignan a souvent son mot à dire. La grande fierté de Jean-Marie est de revendiquer haut et fort son estime pour le cépage qui nous vaut cette chronique à épisodes. Depuis ses débuts, il lui consacre au moins deux cuvées régulières issues de raisins bien mûrs qu’il égrappe (ou pas) et qui fermentent à l’aide de leurs propres levures avant macération en cuve et pigeages réguliers.

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Ses vins sont toujours sur la finesse, un rien charmeurs. Que ce soit dans la version Carignator (15 €) ou Le Chant de Marjolaine (9 €), qu’il appelle aussi volontiers sa Carignatora, car plus tendre que le premier. Les deux n’ont pas d’autre appellation que celle de Vin de Table et cette mention leur va comme un gant. Personnellement, j’avoue un faible pour le Carignator, un vin aussi sombre que costaud, un temps construit sur plusieurs vendanges (aujourd’hui, il vend du 2012) à partir du fruit des plus vieilles vignes en partie fermenté en fûts puis élevé en barriques. Pour en savoir plus, allez sur son site et éventuellement insistez auprès de lui pour qu’il change le lien conduisant au site de l’Association Carignan Renaissance dont il est un des membres fondateurs.

J’ai goûté le Carignator 3, hélas dans le désordre qui marquait la fin de Vinisud (en 2010, ndlr), ce qui fait que je n’étais pas assez concentré pour noter dignement ce vin. Mais je me rappelle à la fois de sa fermeté, de son bel équilibre et de sa finale langoureuse. El Carignator II, son prédécesseur, était de la même trempe, marqué par un velouté de bon aloi et teinté d’une sacrée minéralité. Ce sont des vins élégants, que l’on réserve aux grandes occasions. Ils se tiennent avec dignité sur des plats de gibier et ils étonnent plus d’un amateur si l’on prend la peine de les servir anonymement dans une carafe sans annoncer ni le cépage ni sa provenance. Content de ce piège, je l’ai ainsi fait goûter à un anti-carignanasse primaire qui en est resté sur le cul !

Michel Smith

PS Un autre article de mon cru sur le sieur Rimbert et ses Carignans. Et pour ne pas faire de jaloux, signalons tout de même le valeureux Carignan de la petite cave locale raconté ici même


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Les Château9 2005 s’ouvrent-ils ?

 

Aux Printemps de Châteauneuf-du-Pape (ce sera la seule fois écrit en entier !) de cette année, l’un des ateliers mettait en scène quelques millésimes 2005. Après le catastrophique 2002, suivi de l’imbuvable 2003 et de l’ingrat 2004 (ça s’est bien arrangé depuis), le millésime suivant fut immédiatement qualifié de millésime de la décennie. Place qu’il a plus ou moins bien gardée, vu qu’il s’est assez vite fermé, cachant en son sein toutes les promesses qu’on y avait décelées.

Rhône Ch9 printemps 2015 001
Voilà ce que j’en écrivais au printemps 2006 dans In Vino Veritas…

CHATEAUNEUF-DU-PAPE

Des entrées de gamme toutes aussi abouties que les hauts de gamme. Les tanins sont onctueux et les fruités très importants. De plus, la grande fraîcheur garantit un développement aromatique hors du commun. Fruits noirs et fruits rouges se bousculent, parfumés d’iris et de violette, pour l’élégance du port, et des épices pour encore augmenter la complexité. Parmi les entrées de gamme, quelques Châteauneuf de jolie soif, des vins de plaisir plus abordables, plus ‘faciles’, sans perte d’identité. Les cuvées particulières concentrent leurs arômes, affermissent leur structure, serrent leurs tanins, sans recherche d’extraction, l’élégance reste le dénominateur commun.
Les vins sont en général très colorés avec des tons plus violacés et une fraîcheur accrue vers Orange, partie nordique du vignoble.
Analytiquement comparable au millésime 1979, c à d un millésime de grande garde. Une vendange de petits grains bien mûrs et très sains, l’appellation compte un tiers de sa superficie en confusion sexuelle, soit 1.000 ha, c’est unique au monde ! Les rendements avoisinent les 31,5 hl/ha Philippe Cambie
L’année 2005 est une année record en matière de sécheresse, comme les deux années précédentes. La moyenne des T° pour juin, juillet et août est de 23,4°C pour 46 jours de forte chaleur (+ de 30°C) contre 92 en 2003, véraison 10 jours plus tard qu’en 2003. T° nocturne juillet et août de 17°C en moyenne, avec des nuits à 9°C. La grande amplitude thermique a favorisé la photosynthèse et préservé les acidités. Le Mistral a beaucoup soufflé !
Les vignerons de Châteauneuf affirment toujours qu’à grand millésime en rouge correspond un petit en blanc, l’adage ne sera pas démenti. Beaucoup de blancs sont simples ou végétaux, d’autres encore bizarrement dilués. Heureusement, quelques-uns sauvent la mise. Sans être très expressifs, ils emportent les suffrages grâce à leurs assises minérales, leur agréable fraîcheur, leur gras et leur longueur, on en reparlera dans 10 ans…

10 ans après

Les petites bombes dégustées en primeur il y a 10 ans n’ont toujours pas explosées. Mais on y goûte toutefois l’amorce d’une ouverture prochaine, peut-être dans 2 à 5 ans pour la plupart, pour d’autres peut-être jamais (non je rigole).

En piste, les 2005 dégustés aux Printemps de Ch9 cette fois

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Et quand Céline sert, le silence se fait, plus rien ne bouge, chacun regarde couler dans le verre le nectar, hypnotisé, j’exagère, comme si une bonne cinquantaine de personnes arrivaient à se taire !

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Collection Charles Giraud 2005 Domaine Saint Préfert

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Robe grenat nuancé de marron, très épicé avec une impression nasale de suavité, cela lui donne d’emblée un air coquin et gourmand, ce n’est pas antinomique… Au deuxième nez, l’impression se renforce et nous parle de réglisse arrondie de sucre, style cachou avec des notes de café. Certains diront que le nez ne sent ni le sucre, ni l’amer, ni ni ni… J’ai parlé d’impression.
Quand il coule en bouche, les tanins bien fondus, mais encore perceptibles, caressent de leur soie les papilles, contact des plus érotiques que cette étoffe succulente à l’amertume rafraîchissante (merci Isabelle), quelques gelées viennent épicées arrondir la fin de bouche.

60% de Grenache, 40% de Mourvèdre sur galets roulés, non éraflés, élevage 18 mois en demi-muids de 3 vins.

Le Vieux Donjon 2005

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Couleur aux tons grenat légèrement carminés, le vin respire les marmelades de fruits rouges. Il semble avoir gardé une certaine jeunesse, jeunesse qui nous parle de fraîcheur et qui se vérifie en bouche. Les groseilles et les fraises croquent encore et commencent à se confire. La gorgée suivante nous emmène un peu plus dans le temps et nous fait découvrir un sous-bois tapissé d’aiguilles de pin d’où quelques notes de truffe noire s’échappent.
La différence avec le précédent, le terroir plus froid.

75% de Grenache, 10% de Syrah et de Mourvèdre, 5% de Cinsault, sur 80% de galets et 20% de sable, éraflage à 50% et élevage en foudre.

Les Hautes Brusquières 2005 Domaine de la Charbonnière en magnum

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Grenat légèrement tuilé, on sent tout de suite que c’est un peu tôt et qu’on dérange… Salpêtre et odeur de vieille aimeraient nous décourager, c’est oublier notre détermination, récompensée d’ailleurs l’instant suivant. Enfin, à peine, quelques effluves délicats de gelées de fruits noirs s’en échappent, du poivre blanc, du cumin et de la réglisse, pour le reste revenez dans quelques années… Heureusement la bouche, sans être plus explicite, nous offre l’onctuosité de sa texture, l’élégance de son port. Le magnum joue bien son rôle de gardien.

60% de Grenache et 40% de Syrah, galets et argiles, élevage en barriques et foudres.

Les Deux Chênes 2005 Mas de Boislauzon

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Grenat aux nuances marrons, le nez épicé et grillé, minéral de calcaire chauffé au soleil matinal (ça c’est précis !). Bouche très amère, ce qui lui donne et on ne s’en serait pas douté, une élégance folle. Parce que ce bitter l’envoie dans les airs et du coup, aérien, il déploie sa dentelle minérale colorée de fruits secs et confits teintés de cardamome dans toute l’étendue de notre palais.

85% Grenache, 10% Mourvèdre, 5% Syrah, galets roulés et calcaire, élevage en foudre et cuve béton

Château Mont-Redon 2005

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Grenat teinté de carmin, nez de confiture de fruits rouges et d’autres couleurs qui se mélangent en un tourbillon parfumé. Il nous emporte, pas tout de suite, il faut bien l’agiter pour bien le rallumer, puis c’est l’étincelle et le déclenchement d’une suite, le tourbillon, séquentiel, il évolue en staccatos abricot, framboise, orange, prune, … perceptions olfactives qui s’étirent puis se condensent, bien dynamique. Très minéral, il tend la bouche avec grâce. Les tanins très fins n’offrent aucune résistance au jus qui s’en écoule.

60% Grenache, 30% Syrah, 8% Mourvèdre, 2% Cinsault, Counoise, Muscardin et Vaccarèse, galets sur argile, 100% éraflé, élevage 50% en pièces dont ¼ neuves, 50% en cuve pendant 18 mois.

Cuvée des Cadettes 2005 Château La Nerthe

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Grenat carminé, nez de pâtes de fruits rouges et noirs doté d’une élégance remarquable, celle d’un joli caractère qui évolue dans le raffinement avec un côté très droit presque austère, un autre généreux et pleins d’attentions gourmandes pour nos papilles. Le bouche suit le même propos, se rafraîchit de menthe, tisse sa soie tannique, la pare des fruits sentis, y ajoute du menthol et poursuit par quelques épices douces qui génèrent un confort buccal des plus agréables.

43% Grenache, 36% Syrah, 21% Mourvèdre, vieilles vignes de 90 à 110 ans, galets roulés à matrice d’argile sableuse, élevage de 12 mois en fûts neufs.
Quand ces bombes à très gros retardement exploseront, elles emporteront nos palais et nous feront entrevoir un petit morceau de nirvana.
Ce fut un plaisir

Ciao

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Marco


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Un aperçu de Siena

À peine suis-je sur le point de quitter la Toscane pour revenir à mon point de départ, vers les Pyrénées, que je sens déjà la nostalgie me gagner. C’est peut-être parce que je suis à Siena pour quelques jours encore que je revis ces moments de bonheur et d’émerveillement, cette empreinte sublime que peuvent laisser les ruelles d’une ville tant arpentée et pourtant si mystérieuse. La cité qui m’enchante à tous les points de vue dès que je franchis l’une de ses portes a su me saisir, me happer, me tenir en éveil. Victime d’un doux enlèvement, voilà que, pareil à un enfant libre et innocent, je m’extasie à l’issue d’un simple repas que j’ai pu savourer dans un restaurant. Quel est ce cadeau inattendu que la vie a choisi de mettre sur mon chemin, je me le demande encore. Et je me réjouis pour une fois d’avoir cédé à l’appel de cette cité moyenâgeuse trop vite parcourue par le passé.

Surplombant Siena, la cathédrale, vue de San Domenico, dans le quartier de l'Oca. Photo©MichelSmith

Surplombant Siena, la cathédrale, vue de San Domenico, dans le quartier de l’Oca. Photo©MichelSmith

Des lieux où l’on se restaure, il y en a ici à tous les coins de rues et pour toutes les bourses. Dans la série des moins onéreux, des plus typiques aussi peut-être, je penche sans mal pour Dino, l’archétype de la trattoria où, à partir d’une cuisine nickel, petit chef d’œuvre de l’art culinaire moderne tout inox, une famille entière réunie me donne l’impression d’être un client-roi. Même si ce n’est que pour une entrée de capocollo (cou de porc, en principe de race cinta senese), charcuterie locale coupée en tranches très fines, suivie d’un classique mais rustique plat de salsiccole e fagioli (saucisses cuites et petits haricots), un verre de blanc della casa suivi d’un sangiovese, au verre également, on s’en sort avec une addition légère et la sensation d’avoir été traité avec les égards dus à son rang de touriste-client baragouinant l’italien tant mal que bien. Le bonheur !

Publicité ambulante... Photo©MichelSmith

Publicité ambulante… Photo©MichelSmith

Oui, ce doit être quelque chose comme ça un bon restaurant : un lieu simple et sincère, fait d’échanges et de plaisirs. J’en ai testé quelques uns à Siena, parfois suite à d’insistantes recommandations amicales, mais seuls deux d’entre eux m’ont vraiment comblé. Le premier, cité plus haut, où de la grand-mère impeccable de tenue dans sa blouse de travail bien repassée, à la mamma blonde permanentée toute en rondeurs, en passant par le fils grand gringalet scotché à son portable entre le service de deux tables, sans oublier le patron cuistot à la moustache façon Raimu années 30 (revoir Marius), chaque membre de la famille est à l’œuvre avec le sourire et le plaisir affichés en guise de publicité. Ici, pas de grimaces, pas de lamentations, pas de chichi. Et le second établissement, l’Osteria Le Logge, plus chic il est vrai, plus intello peut-être, mais parfaitement dans l’esprit de ce qui me convient en cette période printanière de mon existence.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Créé dans une ancienne pharmacie par Gianni Brunelli, personnage trapu et barbu aujourd’hui disparu mais dont la philosophie hante toujours les salles, cette loge amicale où il y a deux ou trois tables communes comme pour souligner l’importance que l’on attache à l’amitié, vous laisse l’image d’un lieu paisible, sûr, affectif, chaleureux. Vous y êtes venu une fois il y a quelques mois, qu’à peine installé sur une chaise non pas branlante mais bien « paysanne », en ce sens qu’elle semble bouger avec vous, on vous connaît sans pour autant donner l’impression de vous reconnaître, sans effusions, sans trémolos. Un seul sourire complice suffit à vous faire comprendre que, qui que vous soyez, l’on est heureux de vous recevoir « comme à la maison ». Tout pour me plaire puisque on s’attache à servir le vin à sa juste température en me précisant qu’il est pur jus de Sangiovese. Ultime politesse, on gardera pour la fin l’évocation presque nostalgique d’une mémorable descente en cave, un soir d’Octobre, pour repérer les flacons de toutes tailles et de tous âges amassés par Gianni et qui dorment, couchés dans leurs alcôves, sous d’épaisses couches de briques anciennes. Avec des copains fous de Toscane, à l’invitation du directeur, nous avions effectivement vidé quelques verres dans la boîte de jazz qui, à 20 mètres du restaurant, sert en quelque sorte de couvercle à ce trésor de grands crus.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Nul doute que ce doit être là que se trouve l’idée du vrai restaurant. Dans l’ambiance discrète d’une bande-son très cool jazz années soixante, le client oublie ses soucis et il joue le jeu. Il se sent bien, se tient droit, se conditionne, observe avec intérêt tout ce qui peut agrémenter le décor de cette salle : vitrines d’apothicaire remplies de flacons prestigieux vidés les soirs de folies, livres d’art, gravures anciennes… Il s’installe en se disant que l’on va être aux petits soins avec lui, et que c’est une sorte de faveur qu’il ne faut en aucun cas repousser. Instant de luxe, il convient de se laisser faire. Un personnel jeune et portant non sans grâce un élégant long tablier gris foncé vous sert l’essentiel de ce qu’il faut pour patienter : l’apéritif de votre choix – pour moi ce sera un Prosecco bien sec (facturé 4 € le verre) -, le panier contenant plusieurs pains, dont ces croustillantes feuilles ultra fines et rigides, semblables au papadum indien, ici agrémentées de graines de sésame. On me présente le livre consacré aux vins du monde entier (y compris un du Roussillon à 30 € la bouteille, moins chère que dans certains restaurants de chez moi !), mais où le Chianti Classico est à l’honneur (vins classés par communes), sans oublier bien entendu les Montalcino et Montepulciano. Et tandis que l’on me tend une carte répertoriant une douzaine de vins locaux servis au verre autour de 5 €, je m’attarde sur une autre carte, celle du jour, avec 5 antipasti, 5 primi et 6 secondi. Celle des desserts (et de leurs vins au verre) viendra plus tard me rassure-t-on. Le spectacle de l’assiette va pouvoir commencer.

L'entrée du restaurant. Photo©MichelSmith

L’entrée du restaurant avec vue sur la cuisine. Photo©MichelSmith

Il ne me faut pas plus que cette perspective pour qu’une impression bienfaisante me saisisse à la manière du frisson que procure en moi cette ville qui s’ouvre et se déguste à petites lampées depuis que j’ai décidé de me l’offrir pour un mois. En dépit de mes maladresses linguistiques – scusatemi, sono francese est devenue ma phrase passe-partout ! -, Siena, depuis mon arrivée en étranger, accepte sans broncher de me livrer chaque jour ses merveilles, ses cachettes, ses ruelles voûtées, ventées et envoûtantes, ses détours embusqués, ses vues saisissantes sur les collines, ses étranges quartiers où l’on se reconnaît grâce à un animal totémique, qui un dragon, un porc-épic, une panthère, une oie, une licorne, que sais-je encore. Signes d’un attachement sans faille aux rites de la tradition – les Contrade -, je les ai tous enregistrés, photographiés, mémorisés, savourés sans retenue tout en sachant qu’ils accompagnent le siennois dès sa naissance et jusqu’à la mort avec comme fils conducteurs ces étonnantes courses équestres qui, chaque année, sur la magistrale coquille que représente la Piazza del Campo, attirent le monde entier. Siena est belle à en pleurer, pas seulement à cause de la teinte plutôt pâle de ses murs, mais surtout grâce à l’incommensurable force qu’elle dégage pour qui tente, pas à pas, de la découvrir comme j’ai pu le faire.

L'arrivée sur le Palio... Photo©MichelSmith

L’arrivée sur le Palio… Photo©MichelSmith

Alors, vous pensez bien qu’un restaurant comme le Logge est une bénédiction pour Siena. Ici, ce qui frappe c’est la politesse de l’accueil, le culte du bien manger, l’évidence même de la bonne éducation, une façon toute naturelle de nous dire : « Je ne suis pas comme ces autres auberges en ville dont le menu ne change que rarement. Je vous fais plaisir avec ce que j’ai trouvé de meilleur ». Gianni, qui a laissé sa propriété viticole et oléicole de Montalcino à son épouse, a griffonné entre autres ce message d’une simplicité biblique qui résume la philosophie de son restaurant où l’on se sent d’emblée traité en ami : « Nous faisons une cuisine toscane allégée et réjouissante. Nous n’aimons pas la pesanteur et la redondance. Si un jour nous n’avons pas le plat que des clients désirent, c’est parce que ce jour là il n’est pas possible de le servir tout en respectant la qualité souhaitée ». Je goûte son huile d’olive posée sur la table dans sa bouteille d’origine, je réserve son vin pour une autre occasion et je me fais plaisir en commandant une rare et prometteuse bouteille de Monteccuco Sangiovese 2010 Le Grotte Rosse une des cuvées de Leonardo Salustri pour l’honnête somme de 44 €.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Que dire des plats ? Les gnocchetti petits pois frais et calamars me paraissaient enchanteurs comparés au plat archi cuit de même inspiration (sans les pois) baignant dans une sauce déplorable et envahissante goûté peu de temps avant dans un restaurant où se pressent les touristes, l’Antica Osteria da Divo. Ici, la pâte est ferme et délicate et un très discret jus aromatisé au gingembre frais apporte un indiscutable élément de finesse destiné à relever le plat. J’aurais certes pu m’arrêter là tant j’étais comblé. Mais c’était sans la curiosité d’aller plus loin pour voir quelle mouche artistique piquait le chef Nico Atrigna, originaire de Campanie, dont j’avais pu déjà apprécier le talent et son souci de rechercher la légèreté dans toutes ses compositions.

Les gnocchetti de Nico. Photo©MichelSmith

Les gnocchetti de Nico. Photo©MichelSmith

Alors, tout en sachant que j’aurais d’autres occasions de tester d’autres plats du jour au cours de mon séjour, je tente le coniglio sedana rapa all’arrancia, porro bruciato. L’assiette est magnifique de présentation et le lapin prend une saveur inattendue associé qu’il est au poireau brûlé et au céleri rave râpé comme une rémoulade, le tout discrètement parfumé à l’orange.

Le lapin et sa rémoulade parfumée à l'orange... Photo©MichelSmith

Le lapin et sa rémoulade parfumée à l’orange… Photo©MichelSmith

Comme sur le précédent plat, la fraîcheur se marie presque instantanément au vin qui lui même offre une vision riche et très mûre du Sangiovese cultivé sur le versant maritime de la Toscane. On lui trouve même des tannins denses, gras et copieux qui n’ont aucun effet néfaste sur l’ensemble, bien au contraire. En partant, comme dans toute bonne maison qui se respecte, on a rebouché la bouteille pour me la glisser dans un étui spécial afin que je puisse en profiter chez moi le lendemain. Et je ne l’ai pas regretté !

Michel Smith

Pour finir en beauté, le caffè servi sur la Piazza del Campo. Photo©Michel Smith

Pour finir en beauté, le caffè servi sur la Piazza del Campo. Photo©Michel Smith

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