Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Belge ou Luxembourgeois?

Après le vin espagnol sous pavillon français, les oeufs néerlandais sous pavillon français, les yaourts à la grecque pas grecs et aux photos bidouillées, voici un nouveau tour de magie de l’emballage créatif: le lait belge mais grand ducal.

Quand il achète du lait à la marque  Fairebel, qui porte sur ses briques une vache noire jaune rouge, le consommateur est en droit de penser qu’il a affaire à un produit belge.

Des couleurs bien belges…

 

Mais ce n’est pas toujours le cas, comme le prouve cette photo; pour ce lot, en effet, il s’agit de lait provenant du Grand Duché de Luxembourg.

Mais le code emballeur est LU-L2

Pas de quoi avoir envie d’exporter la révolution en Bolivie, comme le Ché; ni de déclarer l’indépendance de la Cerdagne.

Mais tout de même, tous ces exemples mis bout à bout ne vous donnent-ils pas l’impression qu’on ne peut plus faire confiance aux étiquettes?

C’est d’autant plus dommage pour tous ceux qui respectent leur terroir, leur produit, et leur consommateur.

 

Hervé Lalau 


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Cook or coke?

Les deux, selon Gordon Ramsay, qui fait la chasse à la cocaïne dans les toilettes de ses restaurants…

C’est à lire dans Paris Match, ICI

Quant à nous, au risque de heurter M. Amine Benyamina, le Président de la Fédération française d’Addictologie, à qui Europe 1 donnait récemment une tribune, on en restera au vin.

A ce propos, j’ai dégusté ce soir un superbe Chenin de Ken Forrester, la cuvée FMC 2015.
Je vous en reparlerai.

Hervé Lalau


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Sklava était son nom

En Grèce aussi, on s’efforce de sauvegarder le patrimoine de vieux cépages locaux. Récemment, j’ai dégusté un vin issu d’un de ces plants quasi-disparus, le Sklava.

La clef du mystère

Il s’agit d’un cépage blanc de l’Argolide, au Nord du Péloponnèse; il est connu localement depuis le 12e siècle, sous plusieurs versions (blanc, gris et noir); son nom dériverait soit du mot esclave, soit du mot clef. Il aurait des cousins en Italie – le schiava gentile, et au Tyrol – le vernatsch, ou trollinger (en rouge).
Comme d’habitude, cependant, il ne faut pas prendre ces parentés au pied de la lettre – des ressemblances au plan de la sémantique ou de l’apparence ne sont pas toujours confirmées par la génétique.

Vignes en Argolide

Quoi qu’il en soit des origines du Sklava, dans les années 1980, il n’en restait plus que quelques pieds dans le Péloponnèse; et s’il est parvenu jusqu’à nous, c’est notamment grâce aux efforts d’Elias Zacharias, un agronome grec qui en a replanté un hectare et demi, dont il tire la cuvée… Sklava (pourquoi faire compliqué!).
Depuis 1999, le Sklava fait d’ailleurs partie des cépages recommandés de l’appellation Arkolidos. Mais ce vin-ci est présenté en vin de Grèce.
 

Entre Jacquère… et Riesling

 Ni son histoire (quelque peu nébuleuse), ni sa rareté ne justifieraient un billet. Mais le vin est intéressant. Il ne ressemble à rien d’autre. Ou alors, à beaucoup de choses à la fois. En tout cas, dans ce 2016.
Le nez évoque aussi bien le Viognier que le Riesling (pêche, abricot, citron); en bouche, j’ai pensé plutôt à une Jacquère (j’étais en Savoie il y a quelques semaines) ou à un Tressalier. C’est très sec, mais aromatique; long, ample, mais surtout très vif. On discerne aussi quelques tannins. La finale est agréablement fumée, presque maltée.
Bref, ce cépage a le droit d’exister, comme la mésange à longue queue, le renard polaire ou le journaliste viticole.

Hervé Lalau


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1855.com – renewed investigation as new judge appointed + need for wider inquiry

 

A rather late news flash:
Unfortunately I missed this most recent development in the long-running 1855.com saga and am indebted to my Les 5 du Vin colleague, Hervé Lalau, for bringing this report by Jérôme Baudouin in the Revue du Vin de France back in early July 2017 to my attention.

On 6th June 2017 the President of the Chambre d’Instruction de la Cour d’Appel de Paris decided to fire the judge, who had been in charge of the enquiry, and to appoint a new one. The President was not impressed that after nearly two years the investigation appeared to be getting nowhere. Hopefully this second judge will be more effective and that there is a proper and thorough investigation into the scandal of 1855.com and its two principals – Emeric Sauty de Chalon and Fabien Hyon. 

When 1855 was forced into liquidation it had debts of over 40 million euros and millions of bottles, many of them Grand Cru Bordeaux, that were never delivered to their clients.

There has long been a strong suspicion that Hyon and Sauty de Chalon have had protection in high places. It looks as though this may have continued. 

 First two paragraphs of the RVF Report:

Affaire 1855.com : le juge dessaisi,
l’enquête redémarre

Tournant décisif dans l’affaire 1855.com, le président de la Chambre d’Instruction de la Cour d’Appel de Paris a décidé de dessaisir de son enquête le juge enquêtant sur le site frauduleux depuis 2015 pour la confier à une nouvelle juge qui va reprendre l’enquête.

Alors que depuis deux ans, l’enquête semblait s’enliser dans les méandres de l’inertie judiciaire (voir La RVF n°613 de juin 2017), l’affaire a pris un tournant surprenant et décisif, le 6 juin dernier, lors d’une audience intense de la Chambre d’Instruction de la Cour d’Appel de Paris.

 

A more general enquiry needed

Arnaque

How come the 1855.com scandal was able continue for so long? It was known for years that the company was in trouble – failing to deliver its clients’ wines and building up debts. These problems dated back at least to 2006/7 when 1855 was caught out by the rapid increase in price of the 2005 Bordeaux vintage as many of their sales were en primeur and their ‘business model’ involved taking clients’ money during the en primeur campaign but only buying the wines when they were actually in bottle.

Furthermore with debts of over 40 million euros where did the 1855 clients’ money go? Into whose pockets?

Numerous complaints were made to La Répression des Fraudes (DGCCRF) with no apparent action taken.  In early August 2012 France 2 broadcast a programme about 1855 with the clear headline ‘Arnaque’ – fraud. Clearly they felt there was no risk of the company successfully suing them for libel.

Why was 1855.com allowed to continue until January 2015 to build up debts of over 40 million euros and with huge numbers of wine orders never delivered? There should be an inquiry into why this this allowed to happen. Did the two principals – Emeric Sauty de Chalon and Fabien Hyon – have friends high up in the French state who provided protection? Why has the enquiry into the company made so little progress over the past two years that a new judge has had to be appointed?

Jim Budd

 


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Wayford, une bulle et une histoire exemplaire du Sud-Ouest… anglais

 

Je me trouvais dans le Sud-Ouest ce weekend; dans le Sud-Ouest… de l’Angleterre. Et j’ai dégusté, en arrivant, un « sparkling wine » de bonne facture, assez fin, aux saveurs délicatement fruitées, sans grande intensité mais très plaisant et bien fait. Le vin est de plus bien présenté dans un habillage sobre avec une étiquette claire. Le Wayford Winery 2014 est issu à 100% de Pinot Noir et provient d’un vignoble situé à quelques kilomètres du village qu’habite ma mère. Renseignement pris, ce vignoble était en vendanges le samedi 7 et le dimanche 8 octobre et j’ai décidé d’aller voir tout cela sur place.

L’année 2016 a vu la fondation d’un nombre record de wineries dans ce pays qui a eu le malheur de voter cette stupidité qu’on appelle « le Brexit » l’année dernière. C’est un autre sujet mais c’en est un qui a le don de m’agacer profondément, vu les tonnes de mensonges proférées à l’occasion par le «exiteurs ». Qu’on les rassemble avec les Catalans indépendantistes, par exemple !

Mais revenons à nos moutons : 64 entreprises de production de vin ont vu le jour en 2016 en Angleterre et au Pays de Galles, ce qui constitue une augmentation de 73% sur les chiffres de 2015 (source : l’administration fiscale et douanière britannique). Ceci est à rajouter au chiffre cumulé d’environ 500 producteurs de raisins à vin et une base viticole de plus de 2.000 hectares plantés à fin 2015. La production totale de vin dans ces deux parties de la Grande-Bretagne dépasse maintenant 5 millions de bouteilles, dont la grande majorité est faite de vin blanc et surtout de bulles élaborées selon la méthode dite « traditionnelle ». Le vignoble moyen d’un producteur est donc de petite taille, autour de 4 hectares, même si quelques rares producteurs comme Denbies et Nyetimber font office de géants avec une centaine d’hectares chacun. Et je rappelle que le Champenois Taittinger à récemment acquis et planté, avec son importateur britannique, une soixantaine d’hectares dans le Kent (sud-est).

Le vignoble que j’ai visité ce weekend, Wayford, est lui situé bien plus à l’Ouest, dans le Somerset. Il illustre bien ces petits producteurs naissants qui émaillant de plus en plus tous les coins du Sud du pays. Son vignoble couvre 1,7 hectare, les raisins sont pressés et vinifiés ailleurs, et l’initiative vient d’un groupe d’amateurs enthousiastes, en l’occurence tous membres du Rotary Club de Crewkerne, et dont un des membres fondateurs est un agriculteur du coin qui a fourni le terrain. Il est probable que les 4 membres fondateurs (ils sont aujourd’hui une vingtaine de familles à partager, bénévolement, les travaux de la vigne, ce qui doit en faire le plus petit domaine coopératif du monde viticole !) ne se doutaient pas des efforts nécessaires à leur entreprise. Mais, depuis la plantation en 2007 de 4.000 pieds de pinot noir sur une pente orientée plein sud dans la vallée de l’Axe (à l’ouest de Yeovil), les membres de ces familles, pour une bonne partie retraités, se sont retroussés les manches chaque année et les 1.200 bouteilles de leur premier millésime mise en vente, le 2014, sont maintenant presque épuisées. Bientôt le 2015, avec des quantités heureusement en croissance, va atteindre les magasins et bistrots de la région. Ils me disent qu’il est encore meilleur mais je ne l’ai pas dégusté.

Même en sachant ce qu’on va y trouver, on est presque surpris de découvrir un coteau couvert de vignes dans ce vert paysage aux bocages, au détour d’une de ces tortueuses routes de campagne enfoncées entre talus, prairies et bois, et dont l’étroitesse vous oblige à chercher un recoin pour pouvoir croiser un véhicule qui arrive en face. Le samedi matin de ma visite, les feuilles de vigne commençaient à jaunir ou à rougir par endroits et les vendangeurs, peu nombreux mais concentrés, s’activaient sous un ciel gris. Familles et amis doivent signer une décharge avant d’attaquer avec ciseaux et petits bacs en plastique qui seront chargés sur une remorque pour une heure de route jusqu’au pressoir. Le vignoble est totalement enherbé et tondu une fois l’an. Je n’ai vu aucune trace de produits désherbants et le seul équipement semble être une tondeuse tirée par un vieux tracteur. Tout le reste se fait à la main. A la différence de quelques autres vignobles dans le sud-ouest, Wayford a échappé au gel du printemps 2017 et j’ai vu pas mal de raisins, en apparence très sains, sur les vignes.

Que penser de tout cela ? Mais que du bien, selon moi! Il n’est pas question, du moins pour l’instant, d’une concurrence sérieuse à d’autres vins effervescents. Avec deux milliers d’hectares à peine en production, les bulles anglaises ne risquent pas d’arriver en masse en France pour couper l’herbe sous les pieds des bulles françaises, par exemple. Le nombre de bouteilles produites ne pèse pas lourd face aux bulles d’ailleurs : Champagne, Crémants, Cava ou Prosecco, chacune de ces désignations produisent plus de 10 fois la production totale de l’Angleterre. Et ces vins anglais ne sont pas bradés non plus. Le Pinot Noir 2014 de Wayford Winery se vend au détail au prix de 25 livres sterling la bouteille (soit 28 euros), et des producteurs plus connus comme Nyetimber vendent leur cuvée non-millésimée autour de 40 euros, ce qui les positionne quasiment au même niveau de prix qu’une grande marque de Champagne.

Ces vins, pris dans leur ensemble, aident à satisfaire la soif légendaire des Britanniques pour les bulles en particulier et pour le vin en général, tout en augmentant la connaissance du vin par la curiosité qu’ils sollicitent. Et des domaines comme Wayford constituent aussi un beau témoignage de la logique d’une action collaborative, sans grande ressources, mais dans un pays qui n’est pas trop freiné par des règles qui inhibent des initiatives entrepreneuriales de toutes les tailles et formes, y compris dans l’agriculture.

David Cobbold