Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


5 Commentaires

Sauternes et Perrier: Desproges, déjà…

Au risque d’ajouter de d’huile au moulin de l’ire de l’amer Michel – si, si je t’assure, sur ce coup-là, tu étais amer, Michel, je verse au dossier de l’affaire SP (pour Sauternes Perrier) ce texte prémonitoire, avant-coureur, annonciateur et pour tout dire, prophétique, de notre maître Pierre Desproges. Tiré des Chroniques de la Haine Ordinaire, il s’intitule – je vous le donne en mille: « En amour, on est toujours deux. Un qui s’emmerde et l’autre qui est malheureux ». Joli programme!

Celui qui lira jusqu’au bout ce salutaire avertissement sans frais y trouvera peut-être, in fine, le rapport avec l’eau de Perrier. Sinon, il aura passé un bon moment de lecture, à ne penser, ni à ses hémorrhoïdes, ni à sa feuille d’impôts, ni aux études de la cadette, et c’est toujours ça de pris, comme disait Socrate (jusqu’à preuve du contraire).

800px-Pierre_Desproges17

Pierre Desproges (1939-1988). Photo Roland Godefroy

Mais je cède la place à M. Desproges, Pierre:

« J’étais littéralement fou de cette femme. Pour elle, pour l’étincelance amusée de ses yeux mouillés d’intelligence aiguë, pour sa voix cassée lourde et basse et de luxure assouvie, pour son cul furibond, pour sa culture, pour sa tendresse et pour ses mains, je me sentais jouvenceau fulgurant, prêt à soulever d’impossibles rochers pour y tailler des cathédrales où j’entrerais botté sur un irrésistible alezan fou, lui aussi.
(…)
Je l’emmenai déjeuner dans l’antre bordelais d’un truculent saucier qui ne sert que six tables, au fond d’une impasse endormie du XVème où j’ai mes habitudes. Je nous revois, dégustant de moelleux bolets noirs en célébrant l’automne, romantiques et graves, d’une gravité d’amants crépusculaires. Elle me regardait, pâle et sereine comme cette enfant scandinave que j’avais entrevue penchée sur la tombe de Stravinski, par un matin froid de Venise. J’étais au bord de dire des choses à l’eau de rose, quand le sommelier est arrivé.

J’avais commandé un Figeac 71, mon saint-émilion préféré. Introuvable. Sublime. Rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Eclatant en orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un vin si grand que Dieu existe à sa seule vue.
Elle a mis de l’eau dedans. Je ne l’ai plus jamais aimée.

Affaire de goût, goût des affaires

Et maintenant, pour redevenir sérieux un moment (pour autant que Desproges n’ait pas été sérieux), il va de soi que chacun est libre de boire son vin comme il l’entend. Heureusement qu’il n’y a pas un gendarme, un responsable de l’INAO ou même un critique de vin dans toutes les salles à manger. Si nous autres, journalistes en vin, nous permettons une sourire narquois, voire une pointe d’indignation face au Sauternes-Perrier, c’est que nous sommes un peu déformés. Déformés par des années de dégustation; déformés par des années de lavage de cerveau, de terroirisme aveugle – à force d’entendre qu’il y a plusieurs sortes de graves (ce qui est vrai); que l’argilo-calcaire est un type de sol (ce qui ne veut rien dire), que Sauternes n’est pas Barsac, que Fargues n’est pas Yquem, qu’Yquem n’est pas Climens… nous avons fini par le croire. Et nous voila plus royalistes que le roi, plus recuits dans notre défense du cru que les producteurs eux-mêmes. Et quand certains d’entre eux se mettent à vouloir faire djeun, nous avons l’air de ringards. Même pas grave (c’est le cas de le dire!).

Il en faut pour tous les goûts, je ne vais pas prétendre pas que ces chroniques s’adressent à tout le monde, quand elles s’adressent d’abord à ceux qui aiment le vin d’amour. Aux autres, j’ai envie de dire, faites comme vous le sentez, bien sûr qu’on a le droit de tout essayer. Et revenez quand vous aurez tout essayé.

Qui peut encore parler de bon goût dans ce monde où les starlettes de la téléréalité gagnent plus une une soirée qu’un prof en un mois.  Si certains Sauternes ont le goût des affaires, grand bien leur fasse – des milliardaires russes mélangent bien Château Latour et vodka au cours de leurs soirées à la neige! Tout cela me semble péché véniel à l’heure où des encagoulés abattent des touristes dans un musée.

Hervé


3 Commentaires

Cork and Skin Côntact Live!

IMG_5272

Cork waiting to be processed

Cork waiting to be processed

IMG_5294
IMG_5299

Cork – a seemingly eternal debate
David’s tirade yesterday against cork provoked plenty of reaction. The debate, however, appears to be timeless – David could have written this 15 years ago! In the interim cork has tried to put its house in order with some success. My impression is that I come across fewer corked bottles when opening bottles at home than than I did. However, when judging at the Decanter World Wine Awards, the rejection rate remains unacceptably high.

As part of the Winelovers third anniversary celebrations in Portugal in February we visited an Amorim factory – one that I went to back in 2002. Clearly the company has spent a lot of money on new installations and technology to try to reduce as far as possible the problem of cork taint. What is very difficult to reduce is the variability of ageing that comes from natural corks each having their own individual character, so you end up with very different wines in a case. A variability that increases with age.

As we toured the Amorim factory I was struck by the sense of the amount of money and effort spent to try and overcome the natural imperfections  of cork. If screwcaps or other closures had come first and cork was the new kid on the block it would never have caught on. The fact that you have to wait for 50 years before a cork oak will produce cork of acceptable quality for a wine cork would surely be fatal even before the inherent problems of TCA were tackled.

We may well not yet have found the perfect closure and there may well always be possible improvements but cork is definitely not one of my candidates.

***

Skin Côntact Live! 9th March 2015

Richard Hemming

Richard Hemming

Tim Atkin MW – the Jagger of South West London

Tim Atkin MW – the Jagger of South West London

IMG_6847

IMG_6492

This was the first public gig of a UK wine band put together by Richard Hemming, who is one of the contributors to Jancis Robinson’s site. As well as Richard Hemming on keyboards, Alex Hunt MW (purchasing director at Berkmann Wine Cellars) played lead guitar, Ben Smith, Head of Communications at Concha Y Toro and formerly of 80s hitmakers Curiosity Killed The Cat was on bass, Matt James, founder of The Bordeaux Cellar and formerly of 90s indie band Gene on drums and Nick Bielak, director at Vinexus and Skin Côntact’s sax man. Anne McHale MW, wine education specialist at Berry Bros & Rudd, and Helen Chesshire, founder of The Chesshire Set, provided the backing vocals.

The band was fronted by a procession of celebrity singers: Tim Atkin MW, Charles Metcalfe, David Williams, Anne Jones, Ewan Murray, Lucy Britner and Joe Wadsack.

Not only was this a really fun evening but over £10,000 was raised for Wine Relief, part of Comic Relief. Although billed as a one-off it will be surprising, given the event’s undoubted success, that there won’t be further Skin Côntact gigs.

The event was sponsored by InterRhône.

Backing vocals from The Red Sisters

Backing vocals from The Red Sisters: Anne McHale MW and Helen Chesshire

Joe Wadsack

Joe Wadsack

J-Elvis1


62 Commentaires

Ras le bouchon !

J’interromps, temporairement, ma série de trois articles sur le Sauvignon Blanc de Styrie pour pousser un vrai coup de gueule. Je reprendrai cette série la semaine prochaine.

J’en ai vraiment ras-le-bol du bouchon en liège et, au passage, de tous ceux que le défendent, par ignorance ou par intérêt. C’est un des pires systèmes de fermeture des bouteilles de vin. Et mon énervement va croissant quand il s’agit des vins dits « de garde », forcément chers et aussi devenus rares (et donc encore plus chers) avec le temps. Ces vins-là, mais ils ne sont pas les seuls, sont régulièrement abîmés ou diminués par la faute d’un petit morceau de bois.

Selon ses défenseurs (sont-ils juste ignorants ou souffrent-ils d’agueusie?), le liège aiderait à bien conserver le vin dans la bouteille, et même, éventuellement, à le bonifier par un séjour plus ou moins long. On entend d’ailleurs toutes sortes de sornettes autour du besoin qu’aurait un vin de « respirer » à travers le liège. C’est simplement faux, du moins si le vin a été correctement préparé pour une phase d’oxydo-réduction dans un milieu hermétique. On peut lire Peynaud et Ribéreau Gayon à ce sujet, et leurs découvertes ne datent pas d’hier. Et même si c’était vrai, comment le liège pourrait-il garantir de laisser passer précisément la même quantité d’oxygène d’un flacon à un autre, et sur une durée d’une longueur inconnue?

capsule_a_vis_jaune_0

Cette photo, que j’ai trouvé sur le blog Rue 89 associé à un entretien saignant avec Luc Charlier, montre bien que la différence esthétique entre une bouteille fermée par du liège et une autre par une capsule à vis est minimale. Or elle sert trop souvent d’argument quasi-exclusif pour continuer à mettre ces inefficaces morceaux de bois dans nos chers flacons ! (Photo Vincent Pousson)

 

Certes, il arrive qu’un bouchon en liège fasse correctement son travail et qu’on trouve une bouteille magnifique après 10 ans ou plus de séjour en cave. Et je ne parle pas ici d’une absence du très polluant TCA, qui touche peut-être 2 à 4% des vins bouchés en liège massive de nos jours (ce qui est déjà inacceptable, soit dit en passant!). Je parle du niveau d’oxydation totalement variable d’un flacon à un autre. Oui, de temps en temps, et d’une manière totalement aléatoire, les bouchons de liège font bien leur travail. Quel pourcentage? Avec quel degré de fidélité par rapport au vin contenu? On s’en fout!

Pourquoi devrait-on encore accepter de tels aléas, de nos jours? Bon sang, cette technique de fermeture, au résultat forcément aléatoire, date du 17ème siècle! Et on a fait mieux depuis. Est-ce qu’on vinifie de la même manière de nos jours qu’il y a 300 ans?  Heureusement que non! Est-il raisonnable de persévérer avec le liège alors qu’il existe depuis un petit moment au moins deux autres techniques autrement plus performantes sur tous les plans, à condition de bien les comprendre et d’adapter la préparation du vin en conséquence? Je pense que cela relève de la paresse intellectuelle, doublée d’un singulier manque de courage, que de continuer à fermer ses bouteilles avec un petit morceau d’écorce d’arbre.

Où résident mes griefs et sur quelle base statistique reposent-t-ils? J’ouvre et je teste, souvent juste par voie olfactive, environ 500 bouteilles de vin par mois, soit pour des cours, soit pour des soirées que j’anime, soit pour mes besoins de tests pour des articles ou autres activités. L’énorme majorité des ces flacons est jeune. Mes statistiques personnelles sur le taux de vins « bouchonnés » ont donc une certaine valeur, je pense. Je constate que la proportion de vins affecté par du TCA du au bouchon liège est en diminution depuis quelques années, mais reste à un niveau inacceptable pour de produits aussi chers. L’incidence est, de plus, totalement imprévisible.

La semaine dernière, sur un carton de 6 bouteilles d’une cuvée haut de gamme d’un producteur de Montagne St. Emilion, deux bouteilles sur 6 étaient bouchonnées: une, d’une manière flagrante et affreuse; l’autre, plus légèrement. Cette dernière forme d’atteinte est à mon avis la plus dangereuse car beaucoup ne se rendent pas compte qu’il y a un problème et mettent l’absence d’odeurs nettes et la platitude des saveurs sur le compte d’un vin médiocre au départ. Or, dans ce cas précis, il n’en était rien. Cela retombe donc sur le producteur in fine. Combien de flacons rejetés ou mal perçus dans des concours ou dans des dégustations de presse le sont en réalité à cause d’une légère dose de TCA ? Nous ne le saurons jamais mais je parie que le chiffre est très significatif.

about-vinolokAutre système de fermeture méritoire, utilisé de plus en plus en Allemagne et en Autriche, le Vinolok tcheque, tout en verre avec un joint en néoprène (si je ne m’abuse)

Ce qui m’amène vers le pire défaut du liège comme système de fermeture: l’oxydation et l’expression aromatique très variable d’un flacon à un autre dans un même lot, sans qu’il y ait trace de TCA. Et ce défaut va croissant avec l’âge du vin.

Ce samedi, lors d’un déjeuner chez l’ami Olivier Borneuf et avant de regarder ce match de rugby formidable que s’est joué entre l’Angleterre et la France (very good game indeed!), il nous a servi un Riesling Clos St Hune 2002 de Trimbach. En principe, un grand vin, puissant, long, fin et tout et tout. Mais quelle déception! Plat, amer, sans relief, court en bouche, juste l’acidité qui marque le riesling pour le sauver, et pas pour longtemps, de l’évier. Selon Olivier, ce n’est pas le premier flacon de ce carton acheté à être ainsi si fortement diminué, ce qui constitue une forme de vol légalisé de la part du revendeur et du producteur. D’autres flacons étaient pourtant impeccables et le vin magnifique, selon Olivier. Mais pourquoi de tels écarts, de surcroît sur un vin vendu très cher (dans les 120 euros, je crois)? Je trouve cela plus qu’inacceptable; c’est proprement scandaleux! Et ce n’est pas un cas isolé car tous les amateurs de vins ayant gardé des vins en cave ont rencontré ce type de problème. Sur une caisse de 12 bouteilles, après 20 ans de garde, 2 à 4 flacons seront parfaits, 4 à 6 seront acceptables à quelconques, en tout cas avec des degrés d’expression et de plénitude réduits, et entre 2 et 6 franchement décevants ou totalement imbuvables. Et on trouve cela normal?

bouchon-verre-vino-lok

En plus de ses avantages sur le plan de la qualité d’un vin, le bouchon en verre ou la capsule à vis sont d’un usage bien plus facile et agréable que ce machin en liège, produit qui se désagrège avec le temps rendant son extraction très délicate, comme je l’ai vu ce weekend en servant un flacon qui avait un peu plus de 30 ans.

 

Alors quelle est la solution ? Elle me semble très claire. Dans l’idéal, il faudrait interdire l’usage du liège non-traité et massif comme système d’obturation des bouteilles de vin! Ce système de fermeture est une plaie et une vaste escroquerie. Il fait du mal aux consommateurs et aux producteurs. Quel autre produit alimentaire serait accepté avec un tel taux de déchet ? Une interdiction pure et simple aurait l’avantage de nous éviter d’entendre toutes ces pathétiques objections (lame excuses) de la part des producteurs timorés à des solutions plus efficaces et rationnelles, du genre « mais le consommateur n’en veut pas ». Que le producteur assume ce risque et impose des systèmes qui marchent en expliquant les raisons aux consommateurs. Il impose bien le goût de son vin. Pourquoi pas la fermeture du flacon ? Les Suisses, les Australiens, les Néo-Zélandais, les Sud-Africains, les Chiliens, les Autrichiens, et les Allemands, pour ne mentionner qu’une partie des pays qui ont adopté, majoritairement, des capsules à vis et/ou les bouchons en verre, ont réussi à prendre ce tournant sans que cela n’affecte leurs ventes. Pourquoi pas les Français ? Il y a des courageux, comme l’ami Luc Charlier et, pendant un temps, Michel Laroche. Mais ils ne sont pas assez nombreux. La France veut-elle passer pour le pays producteur le plus bête et le plus rétrograde de la terre (ex-aequo avec l’Italie) ?

Et que je n’entende pas la triste litanie des défenseurs de produits « naturels » venir à les rescousse de ce morceau d’écorce de chêne extrait des forêts à grand renfort de tronçonneuses, tracteurs et autres 4×4, produits traitant de tous genres et usines de transformation. L’alu et le verres ne sont pas des produit « naturels », certes. Le bouchon de liège ne l’est pas entièrement non plus. Tout cela ce recycle plus ou moins bien aussi. Je ne crois pas que cela soit l’obstacle majeur. Le verre d’une bouteille est-il « naturel » ? Il faut arrêter de prendre des vessies pour des lanternes et de gober la propagande des lobbies du liège.

Toutes les dégustations qui ont permis de comparer les mêmes vins bouchés avec des systèmes de fermeture différents ont apporté le preuve que le liège n’est pas le meilleur système sur le plan de la qualité, sauf pour de trop rares flacons et cela d’une manière totalement aléatoire. Pourquoi alors continuer à l’utiliser ?

David Cobbold

 

Pour le Vinoloc, bouchonnage en verre, voir aussi ceci :

https://www.youtube.com/watch?v=TUg8dO6RMYM


13 Commentaires

#Carignan Story # 266 : Et voilà t’y pas qu’ça mousse !

La carignanesque surprise est venue par le train (ou l’avion, je ne sais plus) de Bruxelles, grâce à notre ami et complice Marc Vanhellemont que je tiens à remercier ici publiquement. Débarqué à Perpignan pour un concours et une nuit autour du Grenache, il avait ce soir-là dans sa besace cette étrange bouteille à dégoupiller. N’étant pas un spécialiste de la chose brassicole, je me garderai bien de trop rentrer dans le domaine technique et j’invite d’ores et déjà Marc, comme Luc-Léon (private joke) d’ailleurs, à compléter ce que je vais publier ce Dimanche. Je leur demande aussi instamment de me corriger au cas où je publierais une grosse bourde. Une chose est sûre : Cantillon et Carignan font la paire : ce sont deux noms qui vont bien ensemble !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

L’objet mousseux identifié provient donc de la Brasserie Cantillon, institution fondée en 1900 et devenue en quelques temps la championne des bières dites « naturelles » fermentées pour la plupart spontanément en fûts anciens (également en amphores !) à l’image d’une gueuze bio très appréciée des connaisseurs. Après avoir tâté du Riesling et du Chardonnay depuis pas mal d’années, après une bière au Pineau d’Aunis, voilà que la valeureuse brasserie Cantillon s’est essayée au Carignan dans le cadre d’une gamme dite Vigneronne. Ici, si j’ai bien compris, le moût est mis à macérer dans le lambic et cela donne une bière assez colorée à l’œil. Au départ, le nez est un peu dur, mais pas pour trop longtemps. Arrive alors une certaine touche de finesse qui se fait sentir avec l’apparition notamment de délicates notes de framboise. En bouche, l’attaque est douce, ronde et l’on est vite rassuré par une belle amertume que j’attribue naïvement au houblon (s’il y en a !), ce qui a pour effet d’ajouter une fraîcheur fruitée bienvenue assez persistante allant  jusqu’en finale.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Je ne sais trop comment marier cette bière au Carignan. Avec un jarret de veau ou de cochon ? Toujours est-il que dans l’ensemble, c’est une bien belle trouvaille qui me donne envie d’aller visiter la Brasserie Cantillon. Depuis le temps que je le dis, va falloir que je réserve mon train !

Michel Smith

Cantillon-1138-0008-001


6 Commentaires

Le vin de Napoléon

Il y a 200 ans, presque jour pour jour, le 20 mars 1815, Napoléon Bonaparte remontait sur le trône.

Trois semaines plus tôt, celui que la presse monarchiste appelait encore l’Ogre corse quittait l’Ile d’Elbe et débarquait à Golfe Juan. Phénomène amusant, au fil des jours et des ralliements, le ton changeait dans les journaux, l’usurpateur redevenant l’Empereur.

napoleon-bonaparte-retour-ile-elbe

20 mars 1815 , Rentrée de Napoléon aux Tuileries. Grav. sur bois d’après un dessin de Félix Philippoteaux

Paris fit même la fête à Napoléon.

Mais quelle était le vin préféré de Bonaparte? Un Champagne, en souvenir de ses jeunes années à Brienne?

Un Chianti, en souvenir de ses campagnes italiennes?

Ni l’un ni l’autre, mais le Chambertin, sans doute découvert à Auxonne par celui qui n’était encore qu’un petit Lieutenant d’artillerie, de 1788 à 1791.

Voila qui semble flatteur pour l’illustre cru de Bourgogne.

Sauf que Napoléon le coupait d’eau! Sa recette: 50/50.

Les prix du Chambertin étaient pourtant encore loin de ceux d’aujourd’hui…

Her


5 Commentaires

Découvertes en Vallée du Rhône 2015, Le Nord (2)

dc3a9couvertes-2015-069

Trois lieux dont un certes plus prestigieux, celui qui abrite les Hermitage. C’est par là qu’il est sage de commencer. Tôt, le lieu est encore désert, d’ici une petite heure la foule arrivera et nous, mon pote Johan et moi serons déjà ailleurs, heureux d’avoir dégusté dans un calme relatif.

Découvertes 2015 054

Hermitage

Une précaution supplémentaire, commencer par la Maison Chapoutier qui n’a pas peur de faire déguster sa gamme et qui se voit envahie dès le début de la matinée.

Découvertes 2015 055

Deux cuvées m’ont particulièrement plu, Le Méal 2012 en blanc et en rouge. Le premier offre un croquant agréable qui lui donne une jolie dynamique. Construit sur une assise minérale, il est aujourd’hui encore un peu strict mais plaît déjà, surtout si l’on tâte du bout des papilles sa densité, elle augure une longue durée.
Le second Le Méal 2012 rouge avoue une certaine suavité, ce qui peut paraître surprenant pour un Hermitage. Sachons que le coteau est exposé plein Sud, ce qui encourage cette maturité qui donne de l’ampleur au vin. Le fruit commence à bien s’y dessiner, l’épice se décèle sur la longueur.

Une belle entrée en matière; autant durant DVR 2013, les Hermitage m’avaient semblé durs, extraits et surboisés, autant cette année plusieurs se sont révélés à la fois puissants et élégants ajoutant de la gourmandise à leur conversation certes châtiée.

Delas n’est pas en reste et propose un Domaine des Tourettes blanc 2012 des plus délicats, finement ourlé d’une dentelle minérale à la fois sévère et onctueuse, elle plait d’emblée. En rouge, l’incontournable Les Bessards 2012 d’une délicatesse surprenante avec le côté tendre des 2012.

Découvertes 2015 059

Le Domaine des Remizières, avec sa cuvée Autrement 2012 (100% Syrah sur pur granit) offre à la fois austérité et rondeur, c’est bien du 2012. La cuvée Émilie 2013 se goûte mieux sur la longueur élégante et fruitée, avec une superbe mâche que sur la rondeur, l’angle tannique doit encore se civiliser.

Découvertes 2015 061
Le monde arrive quittons vite la salle Charles Trenet pour les Crozes de l’Espace Rochegude

Avec Les Marelles 2014 (40% Marsanne et 60% Roussanne), Gilles Robin  est particulièrement satisfait, pour lui «2014 est un très beau millésime en blanc, je n’ai eu aucun scrupule à le mettre rapidement en bouteille, tellement il est friand». Et d’une friandise à l’autre, son Papillon 2013 est une Syrah florale et fruitée, élevée en cuve qui se boit sans réfléchir.

Découvertes 2015 074

Yann Chave et Le Rouvre 2013 au nez floral poudré de cacao, le fruité noir de la bouche nous envoûte, sa fraîcheur nous laisse un manque dès la gorgée avalée.

???????????????????????????????

Franck Faugiel nous Esquisse en 2013 une cuvée succulente de fruit, mais la préférence va à la cuvée Les Galets 2012 Domaine des Hauts Châssis qui respire le lis et l’iris et nous macule les lèvres de jus de groseille et de cassis, nous pique le nez de quelques épices.

Découvertes 2015 081
Cap au Nord chez Laurent Combier ses parcelles les plus au septentrion de l’appellation, tendre et juteux aux notes fruitées délicatement fraîche, un vin à boire sans se casser la tête. Et puis, ne pas oublier de boire, oui boire un verre de Clos des Grives blanc 2014, c’est superbe et comme il n’y en a pas trop, il faut en profiter et laisser au gosier la marque veloutée de l’abricot bien imprimée.

Découvertes 2015 085
François Tardy, du Domaine des Entrefaux, nous allèche avec ses Champs Fourné 2014,  une espiègle gourmandise. Mais cette cuvée légère ne fait pas le poids devant Les Pends 2013, à la suavité surprenante pour le millésime. Réglisse et violette au nez comme en bouche semblent irrésistibles.

Découvertes 2015 090
En voiture pour rejoindre la salle polyvalente de Mauves où nous attendent Saint-Joseph, Cornas et Saint Péray

Vu le temps qui nous reste, il faudra faire des choix drastiques.

Les frères Gonon entament ce dernier round; un blanc, un rouge, on peut prendre le temps de déguster. Notre cœur est aux rouges cette année, le Domaine Pierre Gonon 2013 est une caresse tannique délicate grâce à l’enrobage des grains, cela fait comme un baiser de papillon qui dépose sur les papilles des gelées de baies rouges et noires.

 

 

 

 

 

Les Chailles 2013 Cornas de chez Voge dans lequel on s’attend à une charge tannique extrême, ici aussi leur maturité, leur finesse, tisse une soie de laquelle sourd un jus délicat.

Découvertes 2015 097
Jérôme Coursodon fait déguster sa gamme de 2013. Le premier, Silice, me semble étroit, le deuxième, L’Olivaie, apparaît serré serré (c’est pas une chanson ?) à attendre, le troisième devrait m’emmener au Paradis Saint Pierre et y réussit presque ample et profond il se parfume de prunelle et de griotte soulignées de réglisse. Un coup de Silice blanc et je reviens sur la cuvée similaire en rouge et c’est l’étonnement. L’aiguille de pin me fait un tapis pour mieux accéder au fruit, un fruité délicieux teinté de fleur et d’épice, je prends.

Découvertes 2015 099
Le temps s’est raccourci, il n’y a pas d’autres explications, restent juste quelques minutes pour  jeter notre dévolu sur Prémices 2012, chez les frères Durand; un Cornas friand à l’âme tendre qui se déguste avec le plus grand plaisir dès aujourd’hui, comme c’est le but de la cuvée,

Découvertes 2015 100

C’est parfait, encore un verre avant un grand verre de bière pour remettre nos papilles à zéro…

Ciao

bières-L

Marco


19 Commentaires

Si on s’achetait le nouveau Galet ?

Non, à l’inverse de mes confrères fins observateurs de la chose publique et électorale, quand bien même son discours séduit nombre de vignerons du Vaucluse au Bas-Rhin, je n’écrirai pas un mot de plus sur le spectre de la blonde Marine qui bat la campagne d’Amalou-les-Bains à Vichy. Tout cela finira bien en peau de zobi… et la moustache de s’envoler définitivement.

5404061

Ne comptez pas non plus sur moi pour raviver le facétieux débat entre anciens et modernes, entre jeunes et vieux, entre journalistes vrais et blogueurs faux. Pas plus je ne souhaite revenir sur l’impérieuse nécessité d’inventer un spritz à la bordelaise où la glace en pagaille, l’eau à profusion et la tranche d’orange même pas sanguine permettront, selon les plus fins stratèges du cocktail ciblé markétinge, d’écouler dans le plus grand snobisme inversé le vin mauvais auquel on a osé donner le nom de Sauternes ou de Barsac. Non, je ne dirai rien au passage des vins dits natures ou naturels. Rien non plus sur le vin nu ou habillé. Non, mille fois non je ne piperai mot du grand bal des dupes, celui des primeurs, qui bat son plein en ce moment entre Garonne et Dordogne. Promis, c’est niet : silence sur Prowein comme sur Vinitaly d’ailleurs. Encore rien sur le site de vente par correspondance des Vignerons Indépendants, sur Bettane & Desseauve, sur la Revefe, sur les commentaires fleuves et les frasques passées de l’ami Luc. Rien non plus (et c’est navrant), sur le dernier numéro d’In Vino Veritas, l’indispensable revue belge que tout le monde s’arrache. Trèves de balivernes. Même pas un mot pour notre chère Tunisie et ses vins, en particulier ceux du Cap Bon.

Dico Cepages

En revanche, ne vous déplaise, je dis OUI. OUI, mille fois OUI, un OUI franc et massif, comme disait le Charlie de Colombey, un OUI en capitales tant la chose qui va suivre me tient à cœur et me paraît importante, pour ne pas dire primordiale. Alors, OUI au crowdfunding  (je vous l’accorde, en cette semaine de la Francophonie, le mot est sans doute aussi barbare  que le triste spritz au sauternes; mais il désigne le  financement de masse qu’est censé engendrer le recours au service de la Toile)! OUI à un projet titanesque, OUI à un travail ambitieux, valeureux, courageux. Oui à la somme d’une vie entière consacrée à la recherche génétique sur les plantes qui composent notre univers viticole. Oh, je sais, je suis nullissime en bateleur de foire, nul à chier en téléshopping, bon à rien en sciences, mais nom de Zeus, misez donc, faîtes comme moi et beaucoup d’autres, pariez vos euros et qui plus est à votre guise, sur le succès d’un ouvrage nécessaire qui a grandement besoin de vous pour exister.

Le livre est prêt : y’a plus qu’à imprimer !

DSC_0871

Un homme, que dis-je, un monsieur, un savant, un ampélographe émérite célébré de par le monde, le Professeur Pierre Galet, de l’École d’Agronomie de Montpellier, a décidé au soir de sa vie – il est né à Monaco, il a 94 ans aujourd’hui – de consacrer toutes ses forces à la réactualisation de son Dictionnaire Encyclopédique des Cépages et de leurs synonymes avec près de 10.000 cépages en France et dans le monde. Cet homme, qui a déjà inspiré des ouvrages de vulgarisation aujourd’hui en librairie à des prix bien plus élevés, ne manque ni de modestie, ni d’humour. Un jour, il avait résumé les difficultés de sa science par cette phrase : la vigne est le premier vêtement utilisé par l’Homme. Souvenons-nous d’Adam et Ève, on ne sait toujours pas de quel cépage il s’agissait !

image_chdefer

Lors de ma dernière connexion au site Fundovino consacré au rassemblement des fonds, sur les 20.000 € nécessaires, 14.000 € avaient déjà été collecté, soit 70% de l’objectif. Nous sommes donc dans la dernière ligne droite puisque les Éditions Libre et Solidaire souhaitent pouvoir commencer l’impression en Avril. La livraison de l’ouvrage de 1.200 pages et 3.000 photos est annoncée à un mois après la réalisation de la campagne. En fonction de l’argent investi, de nombreux cadeaux sont prévus dont un poster de Rémy Bousquet. N’étant pas aussi riche que je le souhaiterais, j’ai pour ma part misé sur une formule intermédiaire : pour 85 € investis, je vais recevoir le livre dédicacé par son auteur ainsi qu’un indispensable marque-page collector que je placerai d’office à l’entrée du texte consacré… au cépage Carignan. Puis j’irai voir l’Aspiran, le Cinsault, la Négrette, le Vaccarèse, la Clairette, la Roussette, etc.

Photo©MichelSmith

Papy Galet, l’été dernier, en compagnie d’une belle admiratrice venue du Gers ! Photo©MichelSmith

Au cas ou vous ne seriez pas encore convaincu par mon invitation en forme de supplique, allez donc faire un tour sur le blog de mon ami Vincent Pousson : sa plume sera peut-être plus efficace que la mienne. Ce faisant, nul doute que votre argent sera bien placé. Sachez qu’en allant sur la plateforme Fundovino mise en place par des passionnés, vous pourrez acquérir l’œuvre de votre vie ! Qui sait, celle que vous léguerez peut-être à vos enfants, qui eux mêmes… allez savoir, grâce vous, un jour, deviendront Vignerons.

Michel Smith

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 12 404 autres abonnés