Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Côtes-du-Rhône-Villages Vaison-La-Romaine

Je prends la suite de notre ami Marc pour aborder le 3ème des nouveaux promus en Côtes du Rhône Villages avec nom de commune.

Des trois, Vaison-La-Romaine est certainement le nom qui bénéficie de la plus belle notoriété, ne serait-ce que grâce à ses sites gallo-romains, et à son site tout court, qui en fait une destination de vacances très prisée, ou un but d’escapade.

La plaine de l’Ouvèze vue des hauteurs de Saint-Roman  (Photo (c) H. Lalau 2016)

Mais la zone recèle d’autres atouts, plus viticoles, ceux là. A savoir: l’homogénéité et la diversité – le paradoxe n’est qu’apparent, on va le voir.

L’homogénéité, c’est pour la géologie: si l’on excepte les affleurements calcaires et gréseux du haut de l’appellation, l’essentiel de son aire (776 ha, dont 649 ha plantés) est constituée d’un substrat du miocène, marneux à la base, puis sableux et gréseux (je cite notre ami géologue Georges Truc).
La diversité, c’est pour les paysages. Il s’agit d’une zone de collines au Sud de l’Ouvèze, qui s’étend sur une dizaine de km, depuis Saint-Roman jusqu’à Vaison, en passant par Buisson, Villedieu et Saint-Marcellin. Des ondulations où la vigne est rarement seule, mais se love au fond des vallons ou bien au flanc des coteaux, entre les bosquets et les champs d’herbes folles, dans une belle harmonie de formes et de couleurs.

Source: Géoapplication/Georges Truc

19 élaborateurs

Ce vignoble particulièrement pittoresque n’est séparé de Roaix, de Rasteau et de Cairanne que par la ligne des crêtes du Massif de Saint-Marcellin-Saint-Roman.
19 unités de vinification sont amenées à traiter les raisins de la nouvelle dénomination, dont 6 coopératives; la production totale devrait tourner autour de 9.000 hectolitres (dont 70% pour les coopératives).
Pour être complet, observons que sur les 5 communes qui portent ses vignes, l’aire déclarable en «Villages Vaison-La-Romaine» ne représentera qu’à peine 1/5ème de la surface déclarable en Côtes du Rhône simple. Il y a donc eu manifestement la volonté de garder le meilleur du vignoble.
Notons aussi que Vaison abrite bon nombre de vignerons en bio.

A titre de mise en bouche, voici deux vins provenant de vignes éligibles pour la nouvelle dénomination, dégustés sur place voici quelques semaines (il faudra attendre le millésime 2016 pour qu’ils puissent arborer la nouvelle dénomination avec mention de commune).

Vignes de Buisson (Photo (c) H. Lalau 2016)

Barbanot Cuvée Grand Alizier 2012

Ce domaine de 25 ha se situe à l’Est de Vaison, tout près de Séguret. Ses vignes s’étagent entre 280 et 350 mètres, sur des sols plutôt caillouteux.
Cette cuvée passée en barriques a gardé un fruit rouge plein d’éclat. La bouche bien épicée est à la fois élégante et robuste, les tannins bien présents mais pas trop rudes, il se dégage de tout cela une impression de finesse et de plénitude.
www.barbanot.com

Roche-Audran Cuvée Nature 2015

Cette maison familiale, qui exploite également des vignobles à Visan et à Châteauneuf-du Pape possède un peu plus de 16 ha de vignes en biodynamie sur la commune de Buisson.
Cette cuvée de Syrah 100% est un vin sans soufre mais pas sans gourmandise. Son «programme» tient en 4 F : Fin, Fruité, Floral, Fumé. Et j’ajouterai un E, comme Equilibre.
Car voilà un flacon ni trop dense ni trop léger, ni puant, ni jus de fruit – une belle attaque d’orange sanguine. Bref, un Nature qui reste du vin, avec en prime, quelques herbes de la garrigue, comme on en voit un peu partie dans les vignes à Buisson.

Du même producteur, j’ai apprécié la cuvée César 2014, tout en puissance, mais que j’attendrais encore un peu.
www.roche-audran.com
http://pikowines.com/fr

Une  bonne adresse pour finir, au coeur de la belle cité médiévale de Vaison, dans un cadre historique:  l’Hostellerie Le Beffroi

Hervé Lalau


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Trois nouveaux Villages en Côtes du Rhône…

Trois d’un coup !

Sainte-Cécile-les-Vignes, Suze-la-Rousse et Vaison-la-Romaine changent de statut et passent de simples Côtes-du-Rhône-Villages à Côtes-du-Rhône-Villages avec mention de nom de commune.

On se demande pourquoi ?

La notion de terroir joue ici un rôle prédominant. Chaque entité possède le sien et aime le mettre en évidence. Pouvoir être identifié parmi ses pairs reste l’un des meilleurs moyens pour faire savoir et connaître ses particularités.

Il n’en fallait pas plus pour que vos serviteurs, Hervé Lalau et moi, allions sur place. Marcher dans les vignes, rencontrer les producteurs et déguster nous semble incontournable. Les vins ne porteront la nouvelle mention qu’à partir du millésime 2016 et seront griffés Côtes-du Rhône-Villages Sainte-Cécile-les-Vignes, Suze-la-Rousse et Vaison-la-Romaine. Trois nouvelles entités qui se ressemblent par leur caractère sudiste, leur gourmandise et leur truculence, mais se différencient par le choix de leurs assemblages, leurs nuances territoriales. Ainsi, si Sainte Cécile et Suze occupent toutes deux des dépôts quaternaires du Riss, la première axe ses assemblages sur une majorité de Grenache, tandis que la seconde privilégie le Carignan. Vaison occupe une articulation du Miocène qui déploie son relief de collines jusqu’à 280 m d’altitude. Cela donne des vins différents… mais tous trois adoptent la couleur rouge.

Sainte-Cécile-les-Vignes

Après 20 ans d’attente, voici la voisine du dernier cru en date, Cairanne, hissée au rang de Côtes du Rhône avec noms géographiques. Les quelque 1.390 ha de la nouvelle dénomination s’étendent pour la partie sud (vers Sérignan du Comtat et Travaillan) sur des galets roulés à matrice argileuse, pour rejoindre le Plan-de-Dieu voisin. Vers le nord, ce sont des argiles limoneuses qui prolongent le terroirs vers Suze, commune du territoire de laquelle 150 ha font partie de la dénomination Sainte-Cécile.

Les différentes dégustations montrent que les vins adoptent en partie l’élégance du cru voisin, tout en y apportant une saveur particulière, un fruité, un jus et une gourmandise. Le Grenache, qui couvre 61% des surfaces, n’y est pas pour rien. Les autres cépages autorisés sont la Syrah, le Mourvèdre et la Counoise.

Quelques cuvées annonciatrices: Philippine 2016, du Domaine Les Grands Bois (Mireille et Marc Besnardeau), qui se sont faits les porte-parole de la nouvelle dénomination. Fait de 60% de Grenache et 40% de Mourvèdre élevés en cuve, ce vin offre une bouche élégante parfumée de garrigue que macule les baies rouges. www.grands-bois.com

La cuvée Mistral 2014 encore en élevage du Domaine Rouge et Bleu semble puissante au nez avec ses fragrances d’olive noire, son grillé, mais en bouche, c’est l’élégance qui parle de ses tanins fins, de ses baies croquantes soulignées de réglisse.     www.rouge-bleu.com 

La coopération suit le mouvement, la Cave de Chantecôtes suit le mouvement. Sa cuvée Saint-Vincent muscade et girofle, prunelle et fraise des bois, avec un accent toasté dû à l’élevage en barriques, nous promet de beaux lendemains.

Suze-la-Rousse

L’appellation compte jouer la carte du Carignan, voilà une riche idée qui sans aucun la différenciera de sa voisine sudiste. Et comme le dit Vincent Boyer du Domaine Le 4 et qui représente le nouveau Villages, « je n’avais pas envie que le Villages parte vers des assemblages à majorité Syrah. Nous sommes un îlot plus argileux entre Suze et Rochegude, on y préfère le Grenache et le Carignan qui y viennent bien ».

Suze-la-Rousse s’étend sur 2.600 ha en partie dans le Vaucluse et le reste dans la Drôme. Avec son potentiel de 80.000 bouteilles, Suze se place en deuxième position des Villages derrière le Plan de Dieu.

On attend avec impatience le millésime 2017, moment où les premiers seront mis en bouteille. En attendant on peut se faire une idée avec Terre d’Histoire du Domaine des Gravennes au nez de thym et de sauge, la bouche à la fois juteuse et onctueuse, faite de Grenache et de Syrah, tout le monde n’a pas de Carignan. www.domainedesgravennes.com

Au Domaine Le Plan, les Vermeersch n’hésiteront pas à en pourvoir les assemblages. Le passage en Villages avec nom de commune plaît beaucoup à Dirk: «Cela fait 16 ans que nous sommes là et c’est ma parcelle de vieux Carignan qui m’a donné envie de devenir vigneron; on va donc jouer le jeu».

À la Suzienne également, l’intérêt pour le nouveau Villages et sa composante Carignan se fait bien ressentir: leur futur Côtes du Rhône Villages Suze-la-Rousse en comportera 20%, comme l’assemblage actuel. Les tanins fins et croquants offre une mâche agréable et libère un jus au fruité savoureux. Qunat à la cuvée «présidentielle», celle du Domaine des Hautes Garrigues , dégustée en primeur 2016, elle nous parle de violette et de rose; onctueux en bouche, le vin poursuit son élan parsemé de fruits rouges bien épicés. Un Grenache-Carignan élevé en cuve béton. www.lasuzienne.com

 

Un dernier regard sur le terroir de Suze depuis la terrasse de son château, aidé des commentaires géologiques de Georges Truc en fond didactique (Georges, on te remercie, sachant que nous avoir accompagné n’a pas toujours été aisé). Le plateau, qui appartient au même ensemble que celui de Sainte-Cécile, est fait de dépôts alluvionnaires quaternaires, en grande partie du Riss. Il semble uniforme, mais n’oublions de jeter un œil en-dessous. On s’aperçoit alors que selon l’endroit, le terrain est plus ou moins propice à la vigne, tout est question d’approvisionnements hydriques, de proximité marneuse, elle du tertiaire –

Quant à Vaison, Hervé nous en parlera demain – ne ratez rien!

 

Ciao   

 

Marco

 

 


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Un Txakoli de Gernika: ITSASMENDI 7, 2012 onctueux, gras et «la mar de rico»

Je l’ai gouté la semaine dernière toujours chez ma fille, et là, j’ai ressenti un gros coup de cœur, ça m’a donné envie de vous en parler.

Pour être franche, je n’avais jamais perçu les Txakoli,  pourtant considérés par certains  comme un petit joyau œnologique comme des vins sérieux : tout juste comme des petits vins locaux divertissants. Aromatiques et frais certes, mais à peine, des vins d’apéritif.

Ne trouvait grâce à mes yeux que le Txakoli Uno de Álava (Bodega Goianea), 100% Hondarribi, je n’ai pas gouté le nouveau millésime, il faut dire qu’il ne s’en consomme pas beaucoup du côté de Barcelone. Mais les 2013 et 2014 étaient gras, frais et équilibrés, des jolis vins.

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Txacoli UNO 2013, PVP 9,75€

Ce Magnum d’Itsasmendi 2012 m’a amenée à revoir mes convictions.

C’est un vin blanc D.O. Bizkaio Txakolina élaboré par la bodega Itsasmendi. Il est hors normes, car on a incorporé une faible proportion de Riesling à la variété locale,  et, du coup, ça donne un blanc avec plus de structure et de volume, capable de bien évoluer en bouteille, que ce qui est inhabituel dans ce type de vin.

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J’ai découvert un peu tard que le premier millésime de ce Txakoli était arrivé sur le marché en 2003 !

Plus précisément, c’est le résultat d’un assemblage des cépages Hondarrabi Zuri zerratie (ou Petit Courbu 65%), Riesling (18%) et Hondarrabi Zuri (17%). Les vignobles, 27 ha au total appartiennent à la bodega. Ce sont des vignes assez jeunes, de moins de 15 ans pour certaines, même si quelques-unes ont entre 20 et 25 ans. Installées sur les pentes montagneuses près du golfe de Gascogne, elles dépendent d’un climat atlantique et de sols principalement calcaires et sablonneux. C’est peut-être la bodega la plus importante dans l’appellation.

Les raisins proviennent de 7 parcelles différentes, d’où son nom : (Sutxus (Leioa), Arasudoalde (Erandio), Iungudebaso (Erandio), Santos Txirenes (Gernika), Uxpitza (Muxika), Herrian (Muxika) et Errota zahar (Mungia)).

Les vendanges commencent habituellement la dernière semaine de septembre et se terminent mi-octobre. Trois parcelles sont sélectionnées et ramassées la première semaine de maturité, deux la deuxième semaine et une la troisième. Après la fermentation alcoolique, le vin mûrit pendant 9 mois en cuve sur ses lies, puis, séjourne un temps en bouteille.

L’objectif avoué: obtenir une autre forme d’expression des cépages locaux ,d’une part, en procédant à d’importantes sélections et d’autre part en y ajoutant un pourcentage de riesling non négligeable. On a recherché pour ce vin davantage de corps, de volume et d’onctuosité.

Ça a donné un vin qui a tout pour plaire! Il s’agissait d’un 2012 et pourtant sa couleur était encore lumineuse, très légèrement dorée. Il était frais, exubérant, le Hondarrabi Zuri amène les arômes citriques, floraux, et anisés, le hondarrabi zuri zerratie ajoute des notes de fruits blancs et la structure, et le Riesling, la subtilité et l’élégance. La bouche ne manquait ni de gras, ni de volume, tout en restant vive, gourmande, pure et digeste. Elle laissait s’exprimer un caléidoscope de sensations fruitées, poires, pommes vertes, qui faisaient saliver.

C’est rafraichissant, c’est persistant et équilibré. Un vin de plaisir sans limite: je l’ai trouvé irrésistible.

Il n’est plus seulement le compagnon parfait de l’apéritif, des tapas et des pintxos, il peut se mettre à table sans complexe surtout si on le laisse évoluer quelque temps en bouteille, ce 2012, en magnum, certes, en est la preuve.

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L’étiquette est intéressante, un grand 7 qui maintenant est doré, à cause des nombreuses médailles d’or obtenues ces dernières années, et en dessous du chiffre magique (7 jours, 7 mers, 7 péchés originaux, 7 merveilles du monde, 7 nains, 7 vies et 7 parcelles…), cette photo:

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Si vous regardez bien, juste en dessous de l’étiquette, apparait une image, qui est renouvelée chaque année pour refléter les changements du millésime et de l’année. Celle de 2012 « un año convulso » est signée par le photographe Iñaki Oñate.

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ALC. 13,5%

PVP: Magnum 44€

Je viens juste de terminer le papier et  ma fille m’annonce qu’elle a gouté justement une petite « bombe » comme disent les jeunes – personnellement, je trouve que c’est plutôt destructeur, mais il semblerait que comme qualificatif du vin, se soit très positif.

Bref, il s’agit du Txakoli Údico 2014 de Roberto Olivan, vigneron star de la nouvelle Rioja (Tentenublo)

D.O. Txakoli de Alava – 100% Hondarribi Zuri.  C’est son premier millésime, il parait qu’il est a fermenté en barriques et qu’il est très racé et frais. Je n’en suis pas étonnée c’est déjà lui qui conseillait Uno, il aura voulu faire le sien. Il me tarde de le gouter. Question, est-ce encore un Txacoli?

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Hasta pronto,

MarieLouise Banyols

 

 

 


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Influenceur ? Non, juste journaliste en vin.

Récemment, dans un voyage de presse, j’ai rencontré une blogueuse lifestyle. Impressionnant: pas besoin de littérature, en quelques tweets, photos ou vidéos, cette fille touche quelques milliers de «suiveuses». Et bon nombre d’entre elles, apparemment, achètent le maquillage, les fringues, les accessoires vantés par la blogueuse.

C’est ce qu’on appelle «une influenceuse», en langage marketing. Mais comment définir, quantifier et qualifier cette influence supposée ?

La preuve par le Soave

Sur le site de Harpers, je lisais l’autre jour un petit article de Jo Gilbert sur la renaissance (sinon avérée, du moins espérée) du Soave au Royaume-Uni.

Le Soave, c’est cette dénomination de blanc du Veneto qui a tout d’une grande, sauf que malgré de gros efforts de qualité, elle s’est fait doubler par le Pinot Grigio, plus facile, ou même le Sauvignon néo-zélandais – toute ressemblance avec ce qui s’est passé avec notre Muscadet… n’a rien de fortuit.

Parfois, vous avez beau faire tous les efforts possibles et imaginables, baisser les rendements, écarter les zones moins qualitatives, adopter des cahiers des charges contraignants, si vous n’êtes plus «fashionable», ça ne passe pas.

Et même les meilleurs communicateurs n’arrivent pas toujours à convaincre le consommateur. Ainsi, dans ce même article, l’auteur souligne que depuis quelque temps déjà, «des influenceurs comme Jamie Goode ou Jancis Robinson» écrivent que la qualité a fortement augmenté, que le Soave est sous-évalué.

Mais quelques lignes plus loin, le même Harpers nous dit que ni les distributeurs, ni les importateurs, ni la presse généraliste ne les ont suivis jusqu’ici. C’est pour ça que le Consorzio du Soave va se payer une campagne de promotion auprès des professionnels, sous la forme de dégustations et de masterclasses, avec le concours de Masters of Wine.

C’est à se demander si les influenceurs ont une quelconque influence. Soit les influenceurs n’étaient pas des influenceurs. Soit il n’y a plus d’influenceurs. Dans le vin, en tout cas.

A titre d’exemple, je prendrai mon propre cas. Je ne demanderais pas mieux que mes articles débouchent sur une progression des ventes des vins dont je parle en bien – même si ce n’est pas le but (je m’estime déjà heureux d’avoir la possibilité de les publier).

Mais je vous l’avoue, rares sont les producteurs qui m’ont dit avoir réalisé une vente grâce à moi.

A l’inverse, des produits dont j’ai eu l’occasion d’écrire que je ne les apprécie pas – voire qu’ils usurpent le nom de vin, comme les «vins sans alcool» et les «rosés-pamplemousse», ont vu leurs ventes exploser ces dernières années.

Consommateur… et commentateur

Mais peut-être les influenceurs ne sont-il pas là où on les attend. Je veux dire, ni parmi les journalistes, ni parmi les éditeurs de guides ou de lettres d’information sur le vin, ni parmi les sommeliers-vedettes qui cachetonnent lors des foires aux vins ou qui facturent leur passage dans des régions de vin, ni même parmi les blogueuses de mode, mais plutôt parmi les acheteurs des grandes enseignes de la distribution.

Ou encore, parmi les consommateurs eux-mêmes, via des sites comme Vivino, qui, selon ses dires, réunit près de 23 millions d’utilisateurs. Pensez donc, ces consommateurs, qui ne sont même pas payés pour le faire, ont déjà posté sur le site plus de 3,5 millions de commentaires de vins !

Les superstars abordables françaises de Vivino

D’après mon confrère Robert Joseph, de Meininger, les producteurs s’y intéressent de plus en plus, «car c’est l’occasion pour eux de toucher directement le public, avec un impact plus facilement mesurable que dans le cas des journalistes et critiques de vin».

D’ailleurs, le site propose aux importateurs et négociants de s’affilier, afin que les consommateurs convaincus par les commentaires de vins et par le système Vivino puissent leur commander du vin (un petit lien suffit). Vous vous intéressez au Malbec, pour accompagner une viande rouge? Vivino vous a concocté une sélection. En quelques secondes, vous pouvez sélectionner un vin, lire les commentaires d’autres utilisateurs (classés par ordre décroissant, c’est plus vendeur), et accéder au site de vente du marchand de vin qui livre dans votre pays. Pratique, non?

Malheureusement, et c’est la rançon du succès, les avis ne sont pas tous «autorisés»:  quand on lit dans un commentaire sur Mouton-Cadet (classé 1er au classement des Vins Français Abordables de Vivino), qu’il s’agit d’un «Beautiful Burgundy», on se prend à douter…

 

Mouton Cadet: « Beautiful Burgundy »

Et puis, il y a consommateur et consommateur. Imaginez que je sois Californien, que mon vin quotidien soit le Turning Leaf Zinfandel de Gallo, que j’achète par hasard une bouteille de Mouton-Cadet dans mon Walmart (où il y a plus de chances que je trouve ce Bordeaux-là plutôt que le Clos du Marquis) et que je dépose mon avis sur Vivino (même si je suis loin d’être un expert). Aurai-je une quelconque influence sur les achats d’un vrai passionné de Bordeaux de Leeds, de Bruges ou de Romorantin?

Est-il même souhaitable que j’en ai une ?

En matière de vin non plus, ce n’est pas la taille (de l’échantillon) qui compte. Il y a aussi la crédibilité.

Quant aux rédactionnels qui «emballent» les différents thèmes, on ne peut pas dire qu’ils brillent par leur sens critique; ainsi, dans son article «Most popular French Wines», grosso modo, Julien Miquel se borne à énumérer les résultats du «classement» Vivino.

Puis-je lui faire remarquer que son n°1, le Mouton-Cadet, justement, n’a qu’une note de 3,3/5, alors que le n°39 (Cheval Blanc) est à 4,6/5 ? Pour moi, il faudrait un peu mieux définir le concept de popularité – le pondérer par l’indice de satisfaction; ou créer des catégories. Car ces deux vins ne jouent vraiment pas dans la même division: le premier est listé à 13,93 euros, le second à 925 euros. Difficile de croire que ses consommateurs sont les mêmes.

Mais M. Miquel n’est pas un de ces pinailleurs de journalistes. C’est un Wine Influencer on Social Media. Enfin, c’est ce qui apparaît à la lecture du joli tableau posté sur son site Social Vignerons, et que je reproduis ci-dessous.

Le même jour, je découvre son existence, et le fait qu’il s’agit du troisième influenceur au monde sur les médias sociaux dans le domaine du vin. Décidément, j’ai bien besoin d’une mise à jour!

Julien Miquel est d’abord un consultant. Social Vignerons offre (ou plutôt vend) une large gamme de services rédactionnels et graphiques, proposant aux producteurs de faire déguster leurs vins pour la modique somme de 29 euros par échantillon (le paquet complet avec profil du producteur revenant lui à 149 euros).

Tout est clair, tout est net, aucun reproche à faire, d’aucuns diraient même que les producteurs en ont pour leur argent. Mais cela n’a rien à voir avec le travail d’un critique indépendant, a fortiori journaliste.

Quoi qu’il en soit, pas de succès commercial sans disponibilité de l’offre. Et si des avis de consommateurs, habilement relayés par des consultants appointés, et un lien vers le site de vente, permettent de doper les sorties de vin, quel producteur fera la fine bouche? Je ne suis pas envieux, ni particulièrement critique; je veux juste souligner que je ne fais pas le même métier. Que tout ne se vaut pas.

Une race en voie d’extinction?

Quelle est donc notre raison d’être, aujourd’hui, à nous autres journalistes du vin? Est-ce d’influencer les vrais influenceurs, importateurs ou distributeurs, en les incitant à s’intéresser à certains types de vins, et donc, à les référencer? Ou de servir d’alibi plus ou moins haut de gamme pour des sites «aggrégateurs» d’avis, comme Vivino ou Winesearcher ?

Dit comme ça, cela n’est pas très valorisant. D’autant que cela ne nous rapporte rien, notez le bien, si ce n’est le plaisir de savoir que notre enthousiasme pourra, le cas échéant, être partagé par certains consommateurs.

Mais c’est un fait. Peut-être le journaliste de vin est-il appelé à disparaître, faute de débouchés, faute de modèle rentable pour écouler sa prose. Peut-être est-il juste en sursis, le temps que l’offre concurrente – le consulting, ou l’utilisation des consommateurs eux-mêmes, à titre gracieux– ne se professionnalise. Et que le consommateur ne fasse plus la différence.

En attendant, ne comptez pas sur moi pour faciliter la tâche à cette concurrence. Je me battrai. Avec nos seuls atouts, qui sont l’expérience et l’indépendance.

A nous de prouver que nos commentaires sont avisés, étayés, professionnels ; et que nous ne sommes pas «vendus». C’est notre différence, et je sais qu’il est encore des consommateurs et des producteurs pour l’apprécier. Peut-être pas la grande masse. Mais assez pour avoir le sentiment de rendre service, sans pour autant être servile.

Hervé Lalau


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Jim’s off on an adventure + Fêtes des Vins de Bourgueil

By the time you read this CRM and I will be in Hong Kong. The first stage of a trip that will take us into mainland China after a few days in Hong Kong. After time in China we catch the train from Beijing to Forest Hill, London SE23 – Trans-Manchurian, Trans-Siberian, Moscow-Paris, Eurostar to Saint Pancras, Metropolitan Line to Whitechapel and Overground to Forest Hill. 

 

15th Annual Fête des Vins de Bourgueil

This annual Fête des Vins de Bourgueil is highly recommended if you are in the Tours area on Saturday 25th March. It’s a great opportunity to discover not only the latest vintage but also previous vintages. Unfortunately because of the severe April frost last year supplies of the 2016 vintage will be in short supply for many Bourgueil producers. Luckily 2014 and 2015 are both good vintages, so this is a very good opportunity to taste and buy these wines while they are still available. 

Details:
À la découverte d’un terroir

Pour la 15ème année consécutive, les vignerons de Bourgueil investissent le centre-ville de Tours pour célébrer la fête des vins de Bourgueil sur le boulevard Heurteloup. Après avoir acheté un verre de dégustation (2 €), les amateurs découvriront le millésime 2016, pourront rencontrer 50 vignerons, et remplir leur cave des meilleurs vins rouges et rosés de l’appellation.

En présence de la Commanderie de la Dive Bouteille de Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil et de métiers de bouche qui proposeront une restauration sur place, cette quinzième édition de la Fête des Vins de Bourgueil à Tours proposera également des animations pour les enfants autour du goût et de la dégustation.

Informations pratiques

15ème fête des vins de Bourgueil à Tours
Samedi 25 mars 2017, de 10h à 19h – Boulevard Heurteloup, Tours centre.
Plus d’infos sur vinbourgueil.com

jbglassescrps

 


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La Géorgie: réflexions sur le poids et le rôle des traditions

Les querelles entre pays voisins sur l’origine précise des premières vinifications volontaires ne m’intéressent que très peu. Qu’est-ce que cela peut faire que les premiers vins aient vu le jour dans des pays que nous appelons aujourd’hui Géorgie, ou Arménie, ou bien autre chose encore, puisque les frontières n’existaient pas à cette époque vieille de quelque 8.000 ans. Peu de choses en effet. Dans cet article je vais plutôt me préoccuper des certains aspects de ce que nous appelons «traditions viticoles», car celles-ci sont régulièrement évoquées en Géorgie, pays que je viens de visiter pour la troisième fois en 12 mois afin d’y dispenser des formations.

Si les Géorgiens font appel assez souvent au mot tradition, et en différentes circonstances, ce n’est pas uniquement parce que ce petit pays de 3,5 millions d’habitants est ancien, ni parce qu’il est cerné par des voisins surpuissants qui se sont révélés régulièrement dangereux pour l’intégrité de leurs frontières, de leurs pratiques mais aussi de leurs vies Il est frappant pour un visiteur de constater à quel point les traditions culturelles de la Géorgie, dans lesquelles il faut inclure l’univers viticole, sont restées au cœur de l’identité de ce pays. Des signes de fierté dans ces traditions sont exprimés fortement et visiblement par la population, et ce malgré (ou à cause) des ravages occasionnées par 200 ans d’occupation russe, dont quarante sous le régime soviétique.

On peut proposer différentes définitions du terme « tradition » en matière viticole, selon son point de vue. Une version cynique consisterait à dire que la somme des traditions est égale à la somme des erreurs du passé. Une version passéiste tenue par ceux qui veulent tourner le dos à la science, par exemple, proposerait plutôt que seule la tradition est vraie et que le diable est dans la modernité. Je proposerais plutôt une vision intermédiaire que je dois à Jean Cocteau en la paraphrasant un peu : « la tradition est une chose vivante et celui qui la regarde en se retournant risque de se voir transformé en statue de sel ». En tout état de cause je crois qu’il est nécessaire de comprendre des choses du passé pour appréhender le présent, puis tenter d’anticiper le futur. En revanche, passer son temps à regarder dans le rétroviseur rend inéluctable une rencontre avec un mur ou autre obstacle bien plus solide que vous. Les adeptes du « Bréxit » ou, en France, du Front National, feraient bien de méditer cela ! L’espoir que le bon sens peut prévaloir pourrait sembler vain quand on regarde les excès et les outrances de la vie moderne, mais j’ai tendance à m’y fier quand-même, préférant la posture résumé par un « yes, we can » à celle d’un « no future ».

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos qvevris. Qu’est-ce que c’est ? Un qvevri est un récipient en terre cuite dans lequel on vinifie en Géorgie depuis probablement 8.000 ans. En France et ailleurs, on persiste à désigner ces vaisseaux sous le terme erroné d’amphore, car une amphore comporte deux anses de part et d’autre de son col allongé et servait, chez les Grecs et les Romains, à transporter puis à servir le vin (en gros, ce mot, utilisé aussi en latin, est dérivé du grec amphi = autour de, et phoros = porter : penser à « amphithéâtre » par exemple). Si on veut à tout prix utiliser un terme latin pour désigner ce qui fut, probablement, une invention de la région du Caucase, le mot dolia s’impose ! Cette méthode de vinification continue de nos jours en Géorgie et fait partie intégrale de l’image du vin géorgien, même si la proportion des vins géorgiens actuels qui sont vinifiés de cette manière est très faible : moins de 2% probablement, mais les estimations varient car beaucoup de ces vins sont destinés à une consommation domestique qui échappe aux statistiques.

L’importance des images et symboles, auxquels j’ajouterai l’imaginaire pur, est bien plus puissante dans le vin qu’un esprit rationnel peut l’admettre facilement. Il n’y a qu’évoquer la Géorgie auprès de quelques geeks du vin pour que la conversation s’oriente immédiatement et presqu’exclusivement aux vins faits dans ces qvevris. Peu importe qu’il soient ultra-minoritaires, et probablement très limités dans leur potentiel de vente dans des marchés hors de Géorgie ; ils possèdent une valeur symbolique très forte et tiennent une place dans le discours hors de toute proportion avec leur poids économique réel.

Mais mon propos n’est ni de les dénigrer, ni de les louer per se. Je veux juste les mettre à leur place et relater mes quelques expériences avec cette catégorie de vins qui se situe bien à part du reste, non seulement par sa rareté, mais à cause du profil gustatif qui est issu d’une technique d’une autre époque.

Expliquons d’abord le processus, pour les lecteurs qui ne le connaissent pas. Dans cette partie du monde, les récipients en terre cuite sont enterrés, qui n’est pas souvent les cas ailleurs. Cela a dû servir à l’origine à cacher cette ressource précieuse des intrus, mais la technique a aussi perduré car le fait d’entourer les qvevris de terre ou de sable permet de maintenir une température relativement fraîche et stable. La capacité de ces vaisseaux varie entre 800 et 3.200 litres. De nos jours, la question d’égrapper les raisins, totalement ou partiellement, se pose; mais historiquement on avait peu recours à cette technique, pas plus qu’à des outils de maîtrise des températures de fermentation par apport extérieur. Aujourd’hui, on peut introduire des drapeaux de froid dans les qvevris dont l’ouverture est large d’environ 50 centimètres. Ce qui est singulier, c’est la présence des peaux des raisins foulés aussi bien pour les vins blancs que pour les rouges. Le foulage se pratiquait traditionnellement dans des longs bacs qui furent creusés dans des troncs d’arbre. Certains chais actuels utilisent plutôt des bacs en acier inoxydable, plus faciles à nettoyer.

Quelques vins dégustés (sauf exception, tous chez leurs producteurs en Géorgie)

Je n’ai visité qu’une petite partie d’une unique région, la Kakhétie, qui se situe à l’est et qui est, de loin, le plus importante zone viticole du pays. Environ 70% des vins géorgiens en sont issus, dont tous les vins de qvevris mentionnés ci-dessous.

Alaverdi blanc, vin de monastère (dégusté récemment à la Cité du Vin à Bordeaux)

Fait au monastère éponyme fondée au 11ème siècle, voire plus tôt, et que j’ai visité sans y avoir pu déguster un vin. Robe intense, de couleur jaune paille aux reflets verts. On est loin du syndrome des vins « orange » : terme utilisé parfois abusivement pour décrire la catégorie, car nul besoin de laisser s’oxyder moûts ou vins dans le processus.

Parfaitement sec et assez tannique pour un blanc, ce qui donne une impression d’ultra-sècheresse. Ce n’est pas très aromatique : je pense que le tannins et la mode de vinification ont tendance à « bloquer » les arômes de ce type de vin. L’équilibre est bonne, même si on peut être surpris par la sensation de dureté au palais dans un vin blanc lorsqu’on n’a pas l’habitude. Pas d’impression d’acidité volatile comme dans certains.

Schuchmann Winery

Propriété depuis 2006 d’un investisseur allemand tombé amoureux du pays et qui a reconstruit les bâtiments avec goût, en y intégrant un hôtel, un spa et un restaurant. Le domaine annonce 120 hectares de vignes mais il y a aussi, comme très souvent, des achats de raisins  en complément. 12 cépages ont été plantés, dont 8 sont géorgiens. Seules quelques variétés locales sont utilisés pour leurs vins de qvevri

Ici les raisins sont égrappés et passent environ 15 jours avec leurs peaux en qvevri puis sont transférés par pompe dans un autre qvevri qui est scellé hermétiquement (plaque en lauze, avec l’étanchéité assurée par un joint en argile) pendant six mois environ. On recouvre ensuite cette plaque par quelques centimètres de sable propre que l’on peut humecter pour aider dans le maintien de la température par exemple. Après l’ouverture, et si tout va bien (il y a parfois de mauvaises surprises !), le vin est transféré dans des barriques anciennes pendant 6 à 12 mois. Un vieillissement supplémentaire en bouteilles (6 à 12 mois de nouveau) est imposé avant la vente. L’ensemble du processus prend donc entre 18 et 30 mois. La marque Vinoterra est utilisée pour leurs vins faits en qvervri.

Vinoterra, cépage Mtsvane (blanc) 2014

La phase de macération en qvevris a duré 6 mois, puis 6 mois en barriques anciennes et 2 ans en bouteille.

La robe est orange, brillante et intense.  Le vin ne m’a pas semblé totalement sec. L’acidité est moyenne, mais l’impression est augmentée par une bonne dose de volatile. Un goût un peu chimique à cause de cela.

Vinoterra, cépage Kisi (blanc) 2014

Cette variété est assez rare (on m’a annoncé environ 50 hectares plantés dans le pays), mais les vins qui en sont issus (vinification en qvevri ou moderne) m’ont souvent bien plu. Le vin a passé 3 ans en bouteille après son cycle qvevri puis barrique.

Encore une robe d’un orange intense. Une impression de volatilité encore dans l’acidité, mais une texture bien plus raffinée que pour le vin précédent. Tannins et une touche d’amertume en finale. La meilleur des trois dégusté à ce domaine.

Vinoterra, cépage Saperavi (rouge) 2014

La Saperavi est le grand cépage rouge de la Kakhétie, que l’on trouve aussi ailleurs en Géorgie – et qu’on commence à planter ailleurs, comme en Australie.  Il a un peu le profil d’un Cabernet Sauvignon, avec encore plus de couleur, car le jus n’est pas blanc. Ce vin a passé 6 mois en qvevri, puis 12 moins en barrique, puis du temps que j’ignore en bouteille.

Le nez est étrange, avec des notes de levure qui dominent le fruit. Il y a du fruit noir au fond, mais aussi une impression de faible maturité et même de champignon (géosmine ?) avec des notes moisies. Un peu de sucre résiduel n’arrive pas à masquer une amertume prononcée. Franchement pas bon du tout !

Schumi Winery

Un domaine de 60 hectares qui existe depuis 15 ans. L’apparence est un peu vieillotte, avec un hangar en tôle qui abrite bureaux et lieu de production et des bâtiments épars en cours de réfection. Une collection ampélographique devant les bâtiments réunit 400 variétés de vignes, dont 300 géorgiens, et une misée d’objets, essentiellement céramiques, démontre la culture très ancienne (largement avant JC et tout cas) du vin dans la région. J’y ai dégusté deux vins issus de qvevris.

Kisi 2015

Robe d’un or pâle, ce qui prouve encore que le vin de qvevri n’est pas nécessairement orange. Cette fois-ci le nez est assez aromatique et aussi floral que fruité, ce qui mets à mal mon hypothèse précédente à ce propos ! En bouche c’est très sec, aux saveurs complexes de raisins secs et de fruits exotiques. la matière est fine et les tannins légers. Bonne longueur. De loin le meilleur vin de qvervri dégusté à présent.

Mukuzani 2013

Mukuzani est une appellation de la région de Kakheti qui emploi le cépage Saperavi.

Robe rubis intense. Le nez, d’intensité moyenne, m’a rappelé le jambon fumé. C’est assez fruité en bouche mais aussi très tannique. Les tannins dominent la fin de bouche. Rustique.

Un des chanteurs déguste le Kisi 2016 après l’ouverture du qvevri

GWS winery

Un des plus grands producteurs de la région et même du pays, mais dont les vins sont, depuis quelques années, sur une pente qualitative nettement ascendante sous le direction d’un français, Philippe Lespy.  Certains qui sortent en ce moment sur le marché sous leurs différentes marques font partie des meilleurs vins que j’ai dégusté en Georgie. Le même propriétaire possède aussi le Château Mukhrani, pas très loin de Tbilisi. GWS possède quelques 400 hectares de vignes en Kakheti (qui sont tous cultivées !) et vend sa production sous plusieurs marques : Old Tbilissi (entrées de gamme) Tamada (milieu de gamme) et une marque récente et plus moderne, Vismino.

Les vins de qvevris que j’ai dégusté ici sont en cours d’élevage donc je ne peux donner que les origines (cépage/parcelle/ appellation etc.) car ils ne sont pas encore en bouteille. Tous sont issus du millésime 2015 et dégustés en phase d’élevage, plus un blanc sorti du qvevri sous mes yeux et donc du millésime 2016. Ces vins passent, ou passeront, 5 à 6 moins en qvevris, puis 12 mois dans des barriques de plusieurs vins.

Saperavi, Tavkveri 2015

Arômes de violette, très parfumé. Encore un peu âpre à ce stade mais on décèle de la finesse dans les beaux tannins. Belle longueur et jolies amertumes.

Saperavi, Maghrani 2015

Cet autre lieu-dit est singulier car il comporte un lot de cépage rouge inséré dans un bloc essentiellement planté de blanc. Autrefois, pour un vin « traditionnel » tous aurait été vendange ensemble. Ici les rouges ont été séparés. Vin très intéressant par sa finesse, son joli fruité et sa longueur. On finit sur des notes amères qui semblent assez typique dans ce style de vinification.

Saperavi, Akura 2015

Nez intense et complexe autour de baies noires, d’épices et une touche de verdeur qui relève l’ensemble.

Kisi 2016 (blanc)

Ce qvevri était ouvert devant moi, avec une cérémonie de toute beauté rendu très spéciale grâce aux chants polyphoniques.

Peu d’arômes au début : il fallait beaucoup l’aérer pour le libérer se son prison enterre cuite et ce milieu réducteur. je comprends la nécessité de mettre ces vins en milieu oxydatif pendant un bout de temps avant la mise en bouteille. Ferme, avec une texture tannique et une acidité raisonnable. Des arômes mi-tendres commencent à s’apercevoir à l’aération (fruits blancs et estragon). Sa structure lui a permis de tenir tête à un chevreau rôti (je dirais plutôt cramé, car les géorgiens aiment leur viande très cuite !)

Un feu de hêtre réchauffe les corps dans le Marani (le bâtiment qui abrite les qvervris) chez GWS, tandis que les chants traditionnels réchauffent les coeurs

Conclusion

Je ne peux pas conclure cet article sans parler de la beauté exceptionnelle d’une autre tradition de ce pays : le chant polyphonique. On trouve cela aussi en France, au Pays Basque ou en Corse bien entendu. Les chanteurs géorgiens que j’ai eu le privilège d’entendre sont largement à la hauteur de tout ce que j’ai pu entendre de ces deux autres exemples de chant avec lesquels il partagent bien des choses : un mélange du sacré et du profane, des voix essentiellement masculines, un sens du cérémonial, et, surtout, la capacité de m’émouvoir aux larmes par la beauté des sons et des harmonies.

En ce qui concerne la tradition et le vin, je ne crois pas en la tradition per se. Autrement dit, il ne sert à rien de dire que c’est une pratique « traditionnelle » (ce qui, en général, ne veut rien dire de précis, d’ailleurs) sans démontrer que le résultat est non seulement singulier et intéressant, mais qu’il peut apporter du plaisir au consommateur. Les vins issus de qvevris sont comme tous les autres, dans le sens ou il y a des bons et des pas bons. Il ne faut pas qu’ils deviennent une sorte de fantasme fétichiste, bons pour bobos ou hipsters. Un mélange de techniques traditionnelles et modernes leur est clairement bénéfique. J’ai dégusté, dans un restaurant, un vin blanc de qvevri que l’on pourrait qualifier de « très traditionnel » mais assez ignoble, transporté dans un bidon en plastique et qui était servi pour une fête dans la salle voisine. C’est un exemple typique du vin que tout un chacun fait à la campagne en Géorgie avec son vignoble qui, d’après ce que j’ai vu, est souvent très mal entretenu. Pas buvable en tout cas !

Les vins de qvevris, comme les chants polyphoniques, sont une sorte de trésor national qu’il convient non seulement de conserver, mais aussi de faire évoluer. La Géorgie est un beau pays mais que j’aimerais voir un peu mieux respecté sur le plan de son environnement par certains de ces citoyens.

Les vins géorgiens prennent ce chemin du respect et de la modernisation, doucement et sûrement, et ils auront un avenir dans des marchés internationaux en dehors des pays de l’ancien bloc soviétique s’ils sont bien menés, individuellement et collectivement.

David

 

PS. Je n’ai pas encore le résultat du match de rugby qui opposait la Géorgie à la Russie dimanche à Tbilisi, mais on peut prévoir un score important en faveur de la Géorgie, fierté nationale oblige. Good game !


6 Commentaires

Je préfère quand même juger par moi-même (2, le retour)

Rappelez-vous, il y a quelques jours, ici même, je demandais au bureau de presse Pain, Vin & Company de ne plus m’envoyer de communiqués avec des notes de dégustation toutes faites, mais plutôt une bouteille, pour que je puisse me faire moi-même une opinion.

Figurez vous qu’ils m’ont écouté! Cette bouteille, ils me l’ont envoyée. Ou en tout cas, un vin du même producteur, la Cave des Coteaux Romanais (Groupement Alliance Loire). Je soupçonne qu’il s’agit de la même, en fait, mais sous une livrée destinée au cavistes: la cuvée TBK. T pour Thomas, B pour Bohier, K pour Katherine. Ces trois initiales ornent bon nombre de salles du Château de Chenonceau, dont les Bohier – surtout Katherine – ont supervisé la construction.

Et que croyez vous que j’ai fait?

J’ai mis la bouteille au frais, et puis hier, je l’ai dégustée.

Pour ceux qui auraient manqué l’épisode précédent, il s’agit d’une Touraine Chenonceaux. 

Et il m’a beaucoup plu. Certes, le sauvignon est bien présent au nez – mais dans une version plus tropicale (ananas, agrumes) que végétale, ce qui m’a rassuré d’emblée – j’aime l’asperge verte, mais dans l’assiette, pas dans le verre; surtout, c’est la suite qui m’a convaincu: une bouche riche, puissante, concentrée, grasse et pourtant rafraîchissante. J’ai pensé à la poire tapée, dont la Touraine s’était faite une spécialité. La finale reprend les fruits du nez, avec en plus, la suavité légèrement acide de la mirabelle, de la citronnelle, et une pointe de sel.

Voila un vin que je vois très bien sur un poisson en sauce, une viande blanche, ou même sur un fromage à pâte dure – moi, je l’ai essayé sur un Comté Bio de Marcel Petite, c’était somptueux, le grain du fromage s’assortissant très bien avec celui du vin, un jeu s’installant entre salinité, acidité et gras. Le tout, sous une belle présentation, et pour moins de 9 euros.

Alors, merci à Pain, Vin & Company de m’avoir adressé cette bouteille. Le risque a payé.

Pour être complet, je me dois de noter que leur communiqué (commentaires de dégustation compris) a fait la joie du site A Vos Assiettes, qui, lui, l’a repris in extenso.

Hervé Lalau