Les 5 du Vin

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Riesling : le retour

Il y a quelques semaines nous avons démarré, un peu timidement, une petite série d’articles, coups de coeur ou chroniques autour de ce grand cépage rhénan qu’est le riesling. Il est temps d’y revenir.

Je dois avouer que je suis un grand amoureux de cette variété, même si je n’aime pas toutes ses expressions aromatiques, et notamment la gamme qui sent les hydrocarbures (pétrole, si vous préférez, mais cela ne donne pas plus envie !). Par conséquence je vous parlerai peu de ces rieslings-là, même si, pour certains, cela passe pour un des marqueurs de « typicité » : néologisme débile qui ne signifie pas grande chose sauf, peut-être, le dénominateur commun le plus faible entre les vins d’une région ou cépage.

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Mais revenons à notre sujet du jour, qui est un vin du Domaine Gresser, dont la dizaine d’hectares est situé à Andlau. Je pense que la plupart des amateurs connaissent mieux le Domaine Kreydenweiss, sur cette même commune, et qui fait aussi des vins remarquables. Les Gresser sont pourtant ici depuis le 16ème siècle et Rémy Gresser fut le président du CIVA (l’organisme collectif des vins d’Alsace) pendant des années. Mais qui connaît ses vins ?

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Je viens de déguster son Riesling Grand Cru Kastelberg 2011 et c’est un vin formidable, qui allie, comme seul de riesling sait le faire, finesse et puissance des saveurs. Nous l’avons bu en compagnie d’un filet de veau aux champignons et il n’a eu aucun mal à tenir tête au plat, sans jamais le dominer. Il y avait dans ce vin de très lointains relents de la gamme cire/petrôle, mais rien pour me gêner. Surtout cette texture ferme, allongée, cette formidable intégration de l’acidité qui fait tant partie de la nature du cépage sans jamais sembler être plaqué sur la surface du vin. Un vin qui donne envie de finir la bouteille, tant sa complexité encourage une exploration poussée des ses subtilités.

Le site web de Gresser met en avant la géologie qui sous-tend ses parcelles. Je passe sur ce sujet auquel je ne comprends manifestement pas grande chose (demandez avis à Georges Truc), mais je vous montre la carte quand-même. On voit bien que l’Alsace est très complexe sur ce plan-là.

 

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Il y a autre chose que l’habillage de ce vin évoque pour moi: c’est la clarté exemplaire de la communication sur les éléments qui le composent. Il faut dire que ce n’est pas toujours le cas, en Alsace ou ailleurs. Surtout en Alsace peut-être, ou certains des grands noms vous laissent dans le brouillard total quant à la quantité de sucre résiduel que vous risquez de trouver dans le vin. Je vous montre ci-dessus (deuxième photo) la contre-étiquette de ce vin qui est exemplaire dans ce domaine. L’échelle de sucre y est bien présente, comme la nature du sol et d’autres mentions, obligatoires ou non. Et le tout est lisible !

Un exemple à suivre….

Et bon match (ou good game, c’est selon) !

David Cobbold

 


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L’approche angevine du salon des vins…

Je me jette à la suite de la réflexion de Michel, hier, à propos des salons off qui nous voient faire des kilomètres qui n’en valent pas toujours la peine. À Angers, le salon des vins de Loire accueillait « La Levée de la Loire », comme l’an dernier; s’y est ajouté cette année Demeter. Du coup, les vins ligériens se voient affublés de quelques étrangers à leur région, étrangers qui viennent parfois d’outre Atlantique. De plus, et là au sein même du salon, quelques stands de bières régionales ont fleuri pour la plus grande joie de nos papilles fatiguées en fin de journée.

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Ça remonte

Du coup, le nombre de visiteurs, en baisse chronique ces dernières années affiche une petite remontée. Certes, elle n’est que de 3% enregistré de ce côté-ci de la force, mais atteste d’un regain d’intérêt pour les vins élaborés le long du fleuve. N’oublions pas que tous les bios ne sont pas regroupés comme des pestiférés tout au bout du salon, mais qu’ils s’éparpillent parmi leurs confrères. Une certaine bonne humeur régnait des deux côtés de la force (on se fait scanner à chaque passage entre le Salon des Vins de Loire et la partie réservée à La Levée et Demeter) ce qui semble de bonne augure pour ce rendez-vous bientôt trentenaire.

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De gros à petit et inversement

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Une bulle en guise de mise en bouche semble propice à l’activation optimale des papilles. La nouvelle cuvée L’Essentiel de la Maison Ackerman s’est volontiers prêtée à l’expérience. Faite à 90% de Chenin, elle offre un bouche aérienne où explose avec raffinement les bulles rafraîchissante. Citron, un rien de pêche, une étoile de carambole viennent parfumer le palais aux aguets des moindres sensations.

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Restons en blanc, mais tranquille cette fois, avec la cuvée L’ocre jeanne 2014 du Domaine Brazilier, en Coteaux du Vendômois. Élevé sur lies et non sulfité, ce 100% Chenin de teinte légèrement dorée se déploie ample et confit rafraîchit par une amertume délicate qui s’enroule autour du squelette minéral.

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Passons aux rouges et pourquoi pas un trio de Bourgueil recueillis des deux côtés… Tout d’abord la très élégante Cuvée Prestige 2013 de Lamé Delisle Boucard au touché sensuel, parfumée de chocolat épicé et de gelées de fruits, fraîche et gourmande.
Suivi d’Un Coup de Breton (l’ancien nom du Cabernet Franc) 2013 d’Antoine et François Jamet à la confiture de griotte bien poivrée, à la bouche aérienne comme un coup de vent sur l’estran, aux senteurs florales de violette.
Puis encore, la Conversation 2014 du Domaine Ansodèle (ex Domaine d’El..) conversation particulière d’un vin qui dévoile sans rougir son potentiel et les prémices des fleurs et fruits à venir…

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D’un trio à l’autre, les bulles de cépages ligériens, le Melon traduit en Bretesche, un brut nature élaboré par Jérémie Huchet, iodé comme l’océan, à l’anis et la réglisse rafraîchissants, un zeste de citron qui donne du répondant.
L’incroyable phil’en BULLE fait de Romorantin par Philippe Tessier qui offre une impression tannique qui ajoute au relief délivré par les bulles aromatiques aux accents de guimauve, de mélisse et de poire douce.
Le coquin Déshabille-moi un nature qui fristouille comme l’indique Hervé Bossé et qui croque fruité sous la dent comme un Grolleau frais et fruité sait le faire.

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Pour terminer avec la Loire ne partons pas sans un mot pour ce superbe Les Churettes 2014 de Juchepies, le genre de vin qui arrête les conversations tellement ses amers surprennent. Ils peuplent le vin lovés parmi la douceur, 40 grammes d’onctuosité fraîche qui offre une texture langoureuse, des épices et des fruits à l’infini. Il subjugue qui le déguste.

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J’en ai profité pour déguster un grec nature 100% Xinomavro de Naoussa 2013 du Domaine Thymiopoulos, bien sympa au fruité évident qui met la cerise, la prunelle et la violette bien en évidence.
Un grec exilé à Mendoza en Argentine propose un Malbec de soif, la cuvée Fresh de Doña Silvana 2014 Bodegas Krontiras.
Et puis, il y a les importateurs Brill et Gilis, situés aux abords de Tour à Saint Cyr sur Loire, qui fournissent pour l’instant le circuit professionnel en superbes vins allemands, autrichiens et italiens.

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Revenons en France avec la cuvée Les Nouvelles 2014, un Savagnin agréablement typé de Philippe Chatillon.
La Cabotte en Massif d’Uchaux qui m’a fait déguster le même vin de Clairette, la Sauvageonne 2014, vinifié en amphore de 220 litres et en barriques de 224 litres. Le premier fondu, dynamique et frais, déjà bien harmonieux, le second certes équilibré mais encore dissocié avec une acidité partiellement intégrée.

Bref, il y avait de quoi faire et comme dit au début final écumante avec quelques bières de belles factures la blonde La Culotte des Filles de la Brasserie Le Druide de Boisillier bien malté et à l’amertume douce. La Galinette, une de caractère.
La belle gamme de la Brasserie Trompe Souris où la rousse bio sort du lot grâce à sa fraîcheur, sa longueur, ses épices.

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Que nous réserve le Salon l’année prochaine ?

Ciao

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Marco

pharebleu


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Millésime Bio 2016 (2ème volet) : Au top !

Après des années de bons et loyaux services où durant trois jours pleins (bien plus en comptant les autres salons) je risquais ma santé en m’adonnant à toutes les dégustations possibles et (in)imaginables, y compris les plus exécrables, ceci dans le seul but de découvrir des vins bios qui aujourd’hui connaissent la gloire, j’ai quand même consenti à consacrer une petite journée au Salon Millésimes Bio version 2016 qui attirait pléthore d’exposants rendant aujourd’hui l’efficacité de la visite de plus en plus aléatoire ainsi que le souligne ce court billet pêché dans Vitisphère. Je le déplore et pour ma part, cela fait quelques années que j’agite le chiffon rouge. N’ignorant pas que mon ressenti professionnel ne touche personne d’autre que moi-même, je m’autoriserai toutefois en fin d’article à suggérer quelques pistes forcément naïves qui permettraient peut-être de pimenter un peu plus l’intérêt d’un tel salon tout en ravivant la flamme organique.

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Toujours est-il qu’après mes rouspétances de l’an dernier à pareille époque, je me suis lancé dans la quête désespérée de salons dits off où, je dois l’avouer, les choses ne sont pas toujours faîtes pour que l’on puisse déguster au mieux. J’avais déjà donné (Verchant, Roots 66, Les Affranchis, etc) mais il faut croire que j’étais en manque. Cohues, bousculades, personnages suffisants en mal de grands discours sur le commerce du vin ou les bienfaits des vins sans intrants, seaux débordants de crachats, odeurs pestilentielles mélangeant parfums bradés et tabacs de contrebande, force est de constater une fois de plus que la plupart des gens qui viennent se frotter et se bousculer dans ce genre d’événements au rabais lancés à grands coups de buzz sur les réseaux sociaux, sont là non pour travailler, c’est-à-dire goûter chaque vin et prendre des notes, mais pour se battre et tenter d’arracher quelques goutes d’un précieux liquide-miroir-aux-alouettes dispensé par la main d’un gars qui se dit vigneron parce qu’il a plongé un jour dans la mode du sans soufre. Voilà, c’est dit. Certes, le vigneron paie moins cher qu’une exposition sur 3 jours au salon officiel – Millésime Bio, en l’occurrence -, mais que gagne-t-il au final hormis le plaisir que l’on éprouve (peut-être) à déboucher une trentaine de bouteilles pour des boit-sans-soifs que l’on sert à la chaîne et qui vous promettent au passage monts et merveilles ? La satisfaction d’attirer cent ou deux cent personnes dans des conditions parfois rocambolesques ?

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Bien sûr, face à ce tableau bien noir et forcément exagéré, il y avait des exceptions. Quelques rares moments de grâce, de paix et d’organisation qui suffisent à vous dire que vous ne vous êtes pas déplacés pour rien. À l’image des Outsiders de Louise Hurren ou du Salon Biotop lancé depuis quelques années déjà par Isabelle Jomain, laquelle a eu l’idée d’attirer les amateurs au sommet d’un phare-château-d’eau édifié dans la très hideuse (ou très kitch, selon les goûts) station balnéaire de Palavas-les-Flots, à quelques kilomètres à peine de l’aéroport et du centre des expositions de Montpellier où se tenait Millésime Bio. Justement, j’y suis allé.

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Photo©MichelSmith

Autant le dire tout de suite, sur la cinquantaine de domaines occupant le restaurant du Phare de la Méditerranée, je n’ai pu en goûter que quelques uns, ce qui prouve bien que ce n’est pas en une journée que l’on peut sérieusement faire le tour d’un salon de ce type. Je reprends donc pour vous mes notes les plus significatives en commençant, une fois n’est pas de coutume, par le Bordelais. J’ai renoué en effet avec le Côtes de Bourg du Château Falfas que je n’avais pas goûté depuis 10 ans au moins et si je n’ai pas été séduit par les cuvées Les Demoiselles, j’ai néanmoins aimé le rouge 2011 du château qui, fort de ses quatre cépages, était en plein épanouissement, à la fois complexe, au bord de l’évolution et relativement facile d’approche. Idem, en dépit des tannins marqués, avec le Château Gombaude-Guillot 2011 Clos Plince. Mais le plus beau sans conteste était le Pomerol 2008 en magnum de ce même domaine, un vin dense et fier.

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Photo©Brigitte Clément

Dans le Sud, j’ai aimé le très syrah rosé 2014 du Domaine Les Arabesques à Montner (Roussillon) déclaré en Vin de France que j’ai trouvé vif et élancé. Chez le sieur Padié (Jean-Phi pour les intimes), j’ai vécu une fois de plus la joie immense que procure son Calice 2015 également estampillé Vin de France, un rouge libre et sans complexe entièrement dédié au carignan de Calce. Joie aussi, exprimée non sans détermination au travers de toutes les cuvées du Domaine Rousselin, à Lesquerde. À commencer par un rouge Roc’n Rousselin (du nom des propriétaires), grenache, merlot, macabeu, qui se boit presque sans retenue. Tout comme leur Rendez-vous, une syrah bien en verve, dense, large, souriante. Sans oublier leur Côtes-du-Roussillon-Villages Lesquerde 2014 Les Orientales donnant un rouge envoûtant.

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Laurence Rousselin (Photo©Brigitte Clément)

Trop brève incursion en Touraine, au stand de mes amis Coralie et Damien Delécheneau du Domaine La Grange Tiphaine. À commencer par leur Bécarre, un Amboise de pur cabernet franc qui se lampe comme l’on respire ! Et sans oublier la Clef de Sol (cabernet-franc et côt) 2014 assez ferme en bouche mais dotée d’une belle longueur. Quant au Nouveau Nez, c’est un pet’nat pur et fin qui met une fois de plus Montlouis à l’honneur ! Toujours dans la Loire, quel plaisir de retrouver mes amis du Domaine de Veilloux, Michel et Arnaud Quenioux avec leur Cheverny blanc 2014 Les Veilleurs, toujours aussi vif et incisif, dense et salin. Leur Argilo blanc 2011 est un des plus beaux du secteur et il laisse ressortir de jolies notes évoquant le noyau de pêche et d’autres fruits blancs. Sans oublier le romorantin 2014 qui regorge de finesse et de notes fumées.

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Photo©Brigitte Clément

Les vins de Provence étaient en nombre, mais dans la cohue, je n’ai pu m’approcher que de ceux de l’ami Peter Fischer du Château Revelette. Deux surprises de taille : l’ugni blanc 2015 Pur et le rosé 2014 tout en carignan ! En passant, coup d’oeil vers le Beaujolais. Je me suis régalé du Petit Poquelin du Domaine des Côtes de la Molière, gamay 2015 étiqueté Vin de France. Mais leurs crus Moulin à Vent, Fleurie et Morgon ne m’ont guère enthousiasmé en 2015 bien que le fruité me semblait apparent sur les deux derniers. Un soupçon de déception aussi en Champagne, chez les Fleury, outre une excellente cuvée de pur pinot noir et un brut nature Cuvée de l’Europe (15 % de chardonnay) toujours aussi droit et prenant.

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Photo©MichelSmith

Restons donc dans les bulles avec une fascinante et très catalane maison familiale, Alta Alella Privat. Les Pujol-Busquets, qui vivent dans leurs vignes à portée de vue de la Méditerranée, au cœur de la discrète D.O. Alella, sont parmi les rares (les seuls ?) à produire du Cava au nord de Barcelone. J’ai bien aimé l’éclat fruité de leur brut nature AA Privat 2013 (xarel-lo, macabeu, parellada), leur Bruant 2014, un pur xarel-lo vinifié sans surlfites à la fois vineux et crémeux, ainsi que leur Laietà Gran Reserva, un brut nature 2012 affichant 36 mois de vieillissement sur lattes et présenté dans un très joli flacon, réplique de ce qui se faisait jadis lorsque les blancs du coin étaient envoyés à la cour d’Espagne. Cette dernière cuvée, xarel-lo pour l’essentiel, mais avec un peu de chardonnay et de pinot noir, se goûtait avec beaucoup de sève et de longueur.

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Photo©Brigitte Clément

Voilà pour la partie dégustation. Maintenant, revenons sur l’épineuse question du salon Millésime Bio. Pas question de remettre en cause ici le succès déclaré de cet événement. Mais, compte tenu de la multiplicité des manifestations annexes qui viennent se greffer au salon officiel, nous sommes en droit de nous poser des questions sur son avenir. Un questionnement qui rejoint ici même celui de notre ami Jim Budd à propos du Salon des Vins de Loire.

Morceler et communiquer juste, ne serait-ce que pour avancer mieux ?

Attention, je prends bien soin, n’étant ni expert ni donneur de leçons, de faire de mon intertitre un questionnement. Mais le problème a été tant de fois abordé ici comme ailleurs, par moi comme par d’autres, qu’il me paraît utile pour une fois de faire quelques suggestions aux organisateurs du salon Millésime Bio. L’une serait, par exemple, de diviser le salon en trois parties correspondantes à trois halls d’expositions bien distincts. Le hall principal, celui par lequel les visiteurs entrent, serait consacré aux novices, c’est-à-dire aux vignerons récemment concernés par la bio, ceux qui auraient entre trois et dix années d’expériences en prenant en compte la date de leur certification officielle. Le hall suivant pourrait être affecté aux anciens, aux domaines ayant plus de dix années de pratique de l’agriculture biologique. Un dernier hall pourrait être réservé à ceux des vignerons qui pensent aller plus loin que la simple revendication AB, je pense aux biodynamistes par exemple, ou aux tenants bio du sans soufre ajouté.

Je sais le reproche que l’on ne manquera pas de me faire : cette partition risque de semer la zizanie dans le monde du bio. Mais après 40 ans d’observation, je constate 1) qu’il faut du temps pour être vraiment dans l’esprit bio et que la terre comme la plante ont aussi besoin de ce temps d’adaptation ; 2) que la biodynamie est véritablement un exercice à part, un courant qui, par moment et, selon les cas, s’éloigne vraiment de la simple culture bio ; 3) que les jeunes (ou les nouveaux) qui démarrent en bio n’ont pas toujours réalisé les efforts à fournir, mais qu’ils ont en revanche une besoin d’aide médiatique pour se faire connaître puisqu’ils viennent après leurs aînés qui, certes ont essuyé les plâtres bien avant eux, mais qui ont en revanche bénéficié à fond de la curiosité des médias face à ce qui, à l’époque, apparaissait alors comme étant une tendance novatrice dans le monde viticole. Pour le reste, Millésime Bio doit garder son esprit d’origine qui fait que l’on peut voisiner un grand nom de Bourgogne alors que l’on vient de Croatie ou de Cahors, et que l’année d’après, la place qui vous sera attribuée ne sera pas la même que celle d’avant.

Sur le plan de la communication, il me paraît essentiel d’accorder plus d’impact à l’événement, de lui donner plus d’éclat (mais sans esbroufe), que ce soit avec ou sans l’aide de la région Languedoc/Roussilon, de la mairie de Montpellier et de Sud de France. Plutôt que d’offrir le transport et une nuit d’hôtel à des prescripteurs que l’on invite en masse en misant sur une large participation d’ensemble, sans trop savoir d’où viennent les invités ni ce qu’ils font réellement, il me paraîtrait plus judicieux de sélectionner chaque année au sein de la presse en général (blogueurs, journalistes étrangers ou nationaux) une dizaine d’entre eux (voire plus) pour une semaine tous frais payés afin de les faire participer – un peu à l’instar de Vinitaly – à des jurys de dégustation ou à des projets de visites dans des appellations régionales, projets impliquant bien entendu la publication d’articles. Évidemment, ce groupe de journalistes changerait d’année en année et cela n’empêcherait nullement par ailleurs d’accueillir dignement d’autres prescripteurs, comme ceux de la presse régionale par exemple, ni de réinviter des journalistes ayant bénéficié quelques années avant des avantages précités.

Autre aspect régulièrement mis de côté : la quantité de vins présentés. Certains abusent et débarquent sur le salon avec une dizaine, parfois plus, d’échantillons de vins, dont beaucoup souvent imbuvables en cours d’élevage, tirés de la cuve ou de la barrique. Ainsi, il arrive que l’on passe près d’une heure sur un domaine en passant du blanc très sec au jus de raisin muté, sans oublier les rosés, les pétillants et les vins rouges. Certes, je sais que c’est un salon d’affaires et qu’il vaut mieux, pour un vigneron ou un négociant, avoir le maximum de bouteilles pour avoir une chance de décrocher le marché miraculeux, mais enfin… Je pense qu’en limitant la présentation à 5 ou 6 vins par exposant on arriverait à plus de fluidité et de variété d’échantillons à goûter dans la journée.

Enfin, il est grand temps – et il me semble que c’est le cas, même si je n’ai pas lu les statuts – que les organisateurs de Millésime Bio refusent clairement l’inscription de domaines qui participent par ailleurs à une manifestation off. Grand temps aussi que les dits organisateurs mettent sur pieds une grande table ronde à laquelle serait conviée les représentants du salon officiel et ceux des dégustations off afin d’avoir une discussion sur l’éventualité d’un regroupement au sein de l’enceinte du centre des expositions de Montpellier. Grand temps enfin que les journalistes et acheteurs invités par Millésime Bio signent l’engagement de ne pas participer aux autres salons organisés en parallèle durant cette période dans et autour de Montpellier.

Michel Smith


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Dans la Famille Janoueix, je demande… Jean-François

La maison Joseph Janoueix fait partie d’une de ces dynasties de Corréziens venus chercher le travail et peut-être la fortune à Bordeaux. 

Quatre générations plus tard, la  famille détient quelques joyaux du vignoble bordelais. Une soirée au Château Haut Sarpe m’a permis de faire mieux connaissance avec cette constellation de vins, en compagnie de Jean-Francois Janoueix, qui, à 80 ans, garde toute son énergie et sa fougue pour défendre ses terroirs et entretenir son réseau d’amis et néanmoins clients.

J’ai eu la chance de déguster sur place quelques uns des vins de la famille – notamment le Château La Croix et le Château La Croix-Toulifaut, à Pomerol, le Château Le Castelot et le Château Haut Sarpe, à Saint Emilion. En dégustation professionnelle, tout d’abord, puis à table.

Mon coup de coeur, dans les deux configurations, est allé au Château Le Castelot, et ce, sur deux millésimes: 2009 et 2010

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Château Le Castelot 2010 (Photo (c) H. Lalau 2016)

Le 2010 m’a séduit par son fruité serré, ses notes de sous bois, ses tannins très fins, son équilibre subtil entre le rond et le dynamique. Et un petit côté gouailleur.

Le 2009 est un peu plus puissant, avec un fruit plus mûr; mais il reste très gourmand, très suave, toute en retenue. Un vrai gentleman.

Pas de sur-extraction, pas de body-building, pas de maquillage, c’est le type même du Bordeaux que j’aime, le Bordeaux qui se boit, plus qu’il ne s’analyse ou se thésaurise…

Le joli château du Castelot mérite une visite, et notamment le petit musée que Jean-François y consacre à la grande figure du domaine, Henri IV. Pour la petite ou la grande histoire (les deux se mêlant plus souvent qu’on ne le pense), c’est l’écrivain André Castelot qui a retracé les origines du lieu, un de ses ancêtres ayant été propriétaire du château.

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Jean-François Janoueix (Photo (c) H. Lalau 2015)

Jean-François Janoueix est lui-même un personnage très attachant, dont la vie mériterait d’être contée: celle d’un propriétaire qui n’aime rien tant que d’aller au contact de ses clients, de déguster et de parler avec eux, en situation. Sans esbroufe.

Voici un homme de qualité, courtois mais direct, à la fois fin, rond et dynamique… comme son vin!

Plus d’info: Domaine Joseph Janoueix

Hervé Lalau


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Some echoes from 30th Salon des Vins de Loire

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The First Salon des Vins de Loire was in 1987 and to date it hasn’t missed a year not even after the terrible frost of April 1991. Despite some voices saying that it should be called off the 1992 edition went ahead. My first Salon was in January 1990 and I have been to every edition since.

The biggest threat the Salon now faces is Prowein, which has grown enormously over the last decade and a number of significant producers have decided to opt for the Dusseldorf and miss the Loire Salon. Late in the day the organisers of the Salon found a place and a formula for organic La Levée de la Loire last year. This year they have added a Demeter (biodynamic) fair as well. My impression from the first day (Monday) is that this edition is busier than last year but we need to see what Tuesday will bring.

Muscadet in danger:
Can I taste your Melon-Colombard Muscadet blend please?
If you want to upset a top quality Muscadet producer, this or a variant of the same, is the question to ask.

There is now a serious likelihood that in the next couple of years that producers will be allowed to add Colombard, Chardonnay and possibly other varieties to Melon de Bourgogne in the making straight Muscadet. For the moment this will not be allowed for the zonal Muscadets – Sèvre-et-Maine, Côtes de Grandlieu and Coteaux de la Loire or the cru communaux – but we all know about ‘mission creep’.

Many of the top Muscadet producers, like Vincent Caillé, the Luneau-Papins, Joseph Landron, Eric Chavalier, Gilbert Bossard and others, are vehemently opposed to allowing other grape varieties to be used for Muscadet.

However, I talked yesterday to Bernard Jakob,the directeur général of Ackerman. He is in favour of the change as providing a way of saving those producers who are struggling in the Pays Nantais. Bernard quoted the vote by a substantial majority of the vignerons in favour of the change.

When I pointed out that if producers wanted to blend other varieties to Melon it was already perfectly possible to do so and sell this as an IGP or a Vin de France. Bernard replied that producers wanted to be able to keep using the Muscadet name.

I have to say that I have little sympathy with this move to add new varieties to the Melon de Bourgogne for Muscadet. Even, if the change, is strictly limited to straight Muscadet it is all too likely to undermine the image of all Muscadet just at the moment that the qualities of good Muscadet – and there are now some very good Muscadets – are being rediscovered. Currently top Muscadet is easily among the best bargains to be found in the wine world, so why threaten to potentially destroy all the good work that has been done by conscientious producers to produce excellent wines and raise the appellations image.

The idea that producers want to be able to add new varieties while keeping the Muscadet name is deeply dubious. Just suppose that I have vines in the Clos de Vougeot or Chambertin and I wanted to include some Gamay or Syrah along with my Pinot Noir while keeping the appellation, I doubt if I would get a very sympathetic hearing.

It would be very interesting to know more about the background to the vote by producers to allow other varieties like Colombard in Muscadet.

Furthermore is the addition of Colombard or other varieties really going to save struggling producers? Muscadet-sur-Colombard will surely be sold to supermarkets at a basement price in competition with the Côtes de Gascogne, cheap wines from the Midi as well as places like Australia, Chile and Argentina. Dealing with aggressive supermarkets is unlikely to provide salvation for struggling growers as the recent report into Tesco’s habitual policy of screwing its producers to improve its bottom line only too clearly demonstrates – see here and here.

It is all too likely that if the change goes through there will soon be pressure to increase the permitted yields for Muscadet very substantially because producers in the Pays Nantais cannot compete with IGP Côtes de Gascogne and cheap whites from other countries. May be producers will again be asked to vote on keeping yields as they are at 65hl/ha or increase them to 80 hl/ha, 100 hl/ha or 150 hl/ha…

I fear if this change goes through it is all too likely to be catastrophic for the Muscadet appellations. While I have sympathy for struggling producers they should be looking to IGP or vin de France rather than bastardising Muscadet.

Other brief echoes
Ludo and Sophie Ragot
have sold their fine Café de la Promenade in Bourgueil with the new owners taking over in March.

Having handed over the Château de Tracy (Pouilly-Fumé) vineyards to his sisters, Comte Henry d’Assay has set up a négociant business – SAS Comte Henry d’Assay.

After some 20 years this is expected to be the last Salon des Vins de Loire that Gérard Pelletier will be welcoming vignerons, importers and press to his excellent restaurant – Le Relais. At the age of 62 Gérard has decided to embark on a second life. Thank you Gérard and we wish you a long and enjoyable retirement.

 

Buddhaas

 


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Cépages obscurs : le bon travail d’un caviste voyageur

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Rassembler des vins issus de cépages peu ou pas connus pour les proposer au public n’est pas simplement une affaire qu’on pourrait assimiler à une rubrique « cabinet de curiosités » : il contient, potentiellement, le projet d’ouvrir les esprits et d’élargir la gamme des profils gustatifs offerts par les vins. J’ai déjà évoqué, il me semble, le travail fait dans ce domaine par le caviste Soif d’Ailleurs, à Paris. Une dégustation organisée vendredi dernier m’a démontré encore que ce lieu dirigé par Mathieu Wehrung continue à explorer des chemins inconnus de la plupart des amateurs de vins. Je vous conseille une visite si vos pas vous amènent dans ce quartier vivant entre Marais et République

Soif d’Ailleurs
38 rue Pastourelle, 75003 Paris
Téléphone : +33 1 40 29 10 82
Ils ont aussi un site de vente sur l’internet :

 

D’abord, aucun des vins vendus dans cette jolie petite boutique n’est français, ce qui ne suffit pas, bien entendu, à rendre leur sélection intéressante. Il y a en stock quelques classiques, chers ou pas chers, mais devenus incontournables comme le Sauvignon Blanc de Cloudy Bay (Nouvelle Zélande) ou bien les bulles de Miolo (Brésil) dont Soif d’Ailleurs est devenu, en peu de temps, le plus important vendeur dans toute l’Europe. Mais les vins qui m’intéressent le plus sont les autres, ces domaines peu connus ou peu disponibles en France, comme, par exemple, l’excellent Koslovic (cépages terran ou malvasia, Croatie) ou Anselmo Mendes et ses exceptionnels alvarinhos (Portugal).

Certains vins de la gamme sont assez chers, mais jamais d’une manière délirante car les marges sont raisonnables, vu le travail accompli, et on peut y trouver des très bons vins à moins de 20 euros. Cela reste peut-être un poil exclusif si on considère le prix moyen des vins vendus en France, mais ce n’est pas hors de prix pour des choses qu’on aura bien du mal à trouver ailleurs.

La dégustation à laquelle j’ai assisté la semaine dernière a regroupé 9 vins, issus d’autant de cultivars et de 6 pays différents. N’étant pas ampélographie, mais ayant plus de 30 ans d’expérience professionnel dans le vin, je dois avouer que je n’avais entendu parler que deux des ces neuf cépages auparavant, dont le Räuschling, qui va ouvrir le bal de cette petite dégustation que les organisateurs ont intitulé «les cépages rescapés».

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Les vins blancs

R3 Räuschling 2014, AOC Zürichsee, Suisse

(Cépage Räuschling) Prix 45 euros

Notre ami Marc a récemment évoqué ici même ce cépage blanc Räuschling, devenu rare et localisé presque exclusivement de nos jours dans cette partie de la Suisse germanique. Je dis «devenu», car il fut autrefois bien plus répandu, en Suisse, en Allemagne et même en Alsace. L’expansion du Müller-Thurgau, plus facile et plus productif, lui aurait scié les pattes cependant, malgré une présence attestée dans ces régions qui remonte au 16ème siècle. La variété est issue d’un croisement entre le très fertile Gouais Blanc et, soit le Savagnin, soit un membre de la famille des pinots (les versions divergent).

Vin d’abord tendre mais d’une belle vivacité. Assez aromatique et doté d’une longueur agréable, il ferait un vin d’apéritif très plaisant et pourrait bien accompagner des poissons de toutes sortes. Il souffre en revanche de son origine helvète sur le plan du prix.

 

Curil Blanco 2012, (vin hors D.O. de la région d’Alicante, Espagne)

(cépage Trepat Blanc) Prix 20 euros

Cette variété blanche à l’avantage, dans un climat chaud, de produire peu d’alcool : 12% dans ce cas.

Robe profonde, entre or et ambre. Nez étonnant, sur le versant de l’oxydation et qui rappelle le curry. Texture un peu huileuse et notes d’amertume confirment une vinification avec de la macération pelliculaire. Ferme et très long en bouche, c’est un style à part qui plaira aux amateurs de ce genre de vin : on n’est pas tout à fait dans le domaine des vins « oranges », mais ce n’est pas loin.

 

Weingut Umathum, Königlicher Wein 2013, Burgenland, Autriche

(Cépage Lindenblättrige) Prix 23 euros

En réalité ce cépage ne m’était pas totalement inconnu car il s’agit de la variante autrichienne de celui connu sous le nom d’harsévelu en Hongrie. Cela dit, je ne pense pas voir dégusté un pur harsévelu plus d’un fois, tant il est généralement assemblé avec le Furmint, surtout à Tokay. Je connaissais auparavant les vins rouges de cet excellent domiane de Burgenland, qui sont importés depuis un moment en France.

Vin fin, un peu ferme par sa texture, mais délicat par ses saveurs vives et acidulées.

 

Azienda Rivetto, Nascetto borea 2013, Piemonte, Italie

(Cépage Nascetta) Prix 24 euros

Le domaine est situé à Serralunga d’Alba, donc dans l’aire d’appellation du Barolo, mais ce cépage n’est admis dans aucune des DOC ou DOCG du coin.

Beau nez, qui m’a fait penser à de la pomme verte avec des élans citronnés. Fin, savoureux est assez salin. Pourtant la mer n’est pas si proche ! La vivacité domine mais l’équilibre est bien pour ce style de vin.

 

Albet i Noya, Rion 2013, DO Penedes, Espagne

(Cépage inconnu) Prix 25 euros

Bien connu pour ses cavas de haut niveau, ce domaine explore la richesse ampélographique de la Catalogne en élaborant aussi des vins tranquilles. Le producteur n’a pas réussi à identifier cette variété et il a nommé le vin avec le prénom de sa grande mère.

Le nez m’a semblé marqué par un élevage sous bois, mais il est également frais. Cette fraîcheur est encore plus marquée en bouche, et la texture me fait penser à de la craie. Pas mal de précision dans les saveurs, mais cette texture crayeuse assèche un peu le palais en finale. C’est peut-être pinailler que de dire cela car avec un plat je suis sur que ce vin serait très bon.

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Les vins rouges

Hatzidakis Mavrotragano 2013, Santorini, Grèce

(Cépage Mavrotragano) Prix 35 euros

Je connaissais cette île des Cyclades pour son origine volcanique et donc ses sols si particuliers. Je ne connaissais que ses vins blancs remarquables fait avec l’excellent cépage Assyrtiko. Je ne sais pas grand chose sur cette variété rouge.

C’est manifestement un cépage tannique, qui contient aussi, il semblerait, une belle acidité (même si je soupçonne un peu d’ajustement de ce dernier ingrédient dans ce vin). Le fruit est un peu dominé par le double assaut de tannins et d’acidité, mais il est présent. C’est un vin intéressant, qu’on dit « de caractère », mais un peu brut de décoffrage avec de l’amertume en finale et une impression végétale. Trop cher dans ce cas.

 

Podere Gualandi, Foglia Tonda 2012

(Cépage Folia Tonda) Prix 44 euros

Le patron de Soif d’Ailleurs est enthousiaste à propos des vins de ce producteur atypique. Je le suis un peu moins car je les trouve souvent austères et parfois avec des arômes que je qualifie de «déviants». Je les trouve aussi bien trop chers, mais on m’explique que les rendements sont très bas, etc…

A la dégustation, la masse tannique impose sa structure, renforcé par une acidité importante et à peine rendu harmonieux par un peu de fruit. Beaucoup d’austérité mais, en contrepartie, une très belle longueur. Equilibré quand-même, c’est un vin très particulier et je serais curieux de voir son évolution. Pour l’instant on ne peut le conseiller qu’avec un plat salé pour amadouer ses tannins.

 

Bodegas Pablo Menguante, Vidalello 2011, DO Carinena, Espagne

(Cépage Vidadello) Prix 19 euros

Cette appellation aragonaise qui porte le nom d’une variété chère à Michel Smith n’a, curieusement, que très peu du cépage éponyme. Les vignes de ce vin sont franches de pied, mais je n’en sais pas plus.

Un beau nez qui a de l’intensité et de la profondeur dans ses arômes fruités, avec juste une patine raisonnable du à son élevage. Le bois est aussi perceptible en bouche, et les tannins sont fermes et un peu asséchants en finale. Cette finale laisse aussi percevoir de jolis arômes de cerise amère. Bon vin d’un prix abordable, qui peut bien se comporter à table avec des plats de viandes ou en sauce, à cause du sel.

 

Likya Acikara 2014, Lycie, Turquie

(Cépage Acikara) Prix 24 euros

Je ne sais rien de ce cépage qui fait partie de la vaste réserve ampélographique de la Turquie. Le vignoble est planté sur un sol très calcaire.

La robe est très sombre et violacé mais il ne s’agit pas d’un cépage teinturier. Beau nez qui évoque la cerise noire. C’est un très joli vin, assez peu tannique mais très frais et, en même temps, doté d’un alcool relativement puissant. Sa vivacité l’aide dans l’équilibre et le vin est net et très bien fait. J’aime ce vin qui me fait voyager.

 

Conclusion

Quand il s’agit du vin (et de bien d’autres choses), le voyage dans l’espace implique inévitablement des croisements avec le voyage dans le temps. Je sais bien qu’il ne suffit pas d’être différent pour être « bon », mais comme c’est agréable (et probablement très utile) d’explorer ces morceaux du riche patrimoine botanique de la vigne et ses produits. Pourvu que, dans les pays à la réglementation viticole cadenassée comme la France, on sache apprendre et piocher dans ce réservoir ampélographique profond et, il me semble, si mal exploitée.

 

David Cobbold


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Trois Français à Toro (2ème partie)

Nous continuons notre petit périple à Toro par la visite du Dominio del Bendito…

J’ai connu Anthony Terryn à ses débuts, quand j’arpentais le vignoble de Toro, pour essayer de m’en imprégner. Il n’est pas directement issu du monde du vin, mais une fois lancé dans ce monde, il s’y est donné à fond, allant jusqu’à suivre une formation en œnologie à Mâcon. Voici comment il se présente lui-même: «Je suis un jeune Français qui a longtemps cherché une terre capable de donner des vins de caractère: J’ai pour cela visité le Chili, le Portugal, la côte pacifique des Etats-Unis et, évidemment la France. J’ai tout d´abord pensé m’installer dans l’Etat de Washington (Columbia Valley) mais j’ai finalement trouvé ce que je cherchais dans la vieille Europe, en Espagne, sur cette terre belle, aride et ancienne de Toro».

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Anthony, Vigneron en Toro

Lui aussi tombe sous le charme de l’Espagne, il découvre le potentiel du vignoble de Toro et il a le coup de foudre. Il est encouragé par Jean-François Hébrard, qui lui apporte tout son soutien: « Sans l’aide de Jean François, je n aurais certainement rien fait à Toro, ou tout aurait été plus compliqué et plus lent; il m’a reçu en visite et m’a accepté en stage de vendange en 2003. Bref, je luis dois beaucoup: il m’a mis le pied à l’étrier!». L ‘autre rencontre décisive fut une autre visite privée à Vega Sicilia , au cours de laquelle on lui a servi à l’aveugle un Tor, encore confidentiel. Sa décision était prise: il allait s’installer à Toro.

Il y a déniché de belles vignes âgées qu’il a acheté avec sa famille, des parcelles plantées en pied franc et en gobelet (entre 45 et 100ans). C’était en 2004, aujourd’hui la propriété fait 15hectares et il en gère 15 autres ; le vignoble est non irrigué et il le conduit en agriculture écologique : il a obtenu la certification en 2014.

Il est convaincu que ce vignoble situé au bord du Douro, qui bénéficie de conditions climatiques et géologiques exceptionnelles est UNIQUE et qu’il donne des vins inimitables ! Il s’est pris d’une énorme passion pour lui, il ne se lasse pas de répéter : «J’aime ces vignes, je les considère comme un héritage reçu, et je rends hommage aux courageux viticulteurs qui me les ont vendues et à leurs prédécesseurs qui en ont pris tant de soin.»

Il faut dire qu’elles se situent en partie sur le Pago de la Jara, considéré comme le meilleur cru de la zone: les pentes orientées nord et nord-est sont douces, les sols profonds, sableux avec des galets, jamais touchées par le phylloxéra.

Toutes ces conditions offrent à la vigne un excellent drainage, et l’obligent à aller chercher en profondeur les éléments nécessaires à l’expression du terroir. L’autre partie du Vignoble se situe sur les hauts de Valdefinjas, une mosaïque de vieilles parcelles magnifiques.

Les vins ont gagné en finesse et en élégance les dernières années. En ce moment, il jubile: «Mes vins ont enfin été reconnus autant et même plus que tous les vins de Toro, lors de la dernière publication de Robert  Parker, il y a quelques mois». Anthony souffrait de son manque de reconnaissance dans l’appellation, il existait peu, comparé aux grands noms présents à Toro – et il se définissait comme  » David contre les Goliaths ». Le vent a tourné pour lui, en même temps que le changement de dégustateur du Wine Advocate.

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Un homme de Terryn…

En ce qui me concerne, je n’ai pas attendu son « couronnement » par les guides pour apprécier ses vins, il a fait partie de mon référencement dès la sortie de son premier millésime. Derrière son sacré caractère, son impatience, j’ai senti sa détermination, les vins promettaient dès le début, j’étais convaincue qu’il arriverait à démontrer que les vins de Toro qui sont certes des vins puissants, peuvent aussi être frais quand ils sont bien travaillés. C’est chose faite !

 Les vins du domaine

  • El Primer Paso 2014

Issu des vignobles les plus jeunes : 60% du vignoble affiche entre 15 et 40 ans, 40% a plus de 45 ans.

Il a été vinifié dans de petits dépôts d’acier et de béton avec de l’époxy (de 2000 a 7500 litres), entre 12 a 25 jours de fermentation-macération. L’extraction est modérée. L’élevage se fait en barriques de chêne français 50% et 50% chêne américain, suivi d’un élevage de 6 à 9 mois. Après une légère filtration, la mise en bouteille se fait en une fois.

C’est un parfait exemple d’un bon vin de Toro authentique: marqué par un fruité intense, des fruits noirs.

Lorsqu’il s’oxygène, il en ressort des arômes complexes de fruits rouges et noirs, vanille, cacao, cerise et café. La bouche est marquée par ce fruité profond dans lequel prédomine des arômes de fruits rouges. La structure est dense mais sans lourdeur, le vin est équilibré, avec des tanins solides mais ronds et au final des notes de café de réglisse, mêlés à une douceur agréable, le tout reste frais.

Je le trouve délicieux, et vous ne noterez pas ses 15º si vous le consommez à une température de 16/17º

Evolution: de cinq à huit ans minimum.

A noter, (c’est d’ailleurs la seule étiquette de la version digitale de l’Atlas mondial du vin de Jancis Robinson et Hugh Johnson)

Très bonne relation qualité/prix environ 12/13€

 

  • Perlarena Rosé 2014

Tinta de Toro (80%), Syrah (10%) et Verdejo (10%) provenant de La Jara,

La couleur plutôt pale de ses rosés n’était pas raccord avec celle foncée de ceux de la zone, mais Anthony a commencé sa carrière professionnelle en Provence, et il est marqué par les rosés de gastronomie et de garde ! Il a planté de la syrah pour arriver à ses fins. Le résultat : une réussite surprenante.

Fermenté en barriques et élevé sur lies fines, ce rosé surprend par sa fraicheur, ses arômes et son grand équilibre.

Il est riche, mais il se boit très facilement, car il est très frais et très aromatique. La bouche est grasse, ronde dominée pas les notes fruitées de mandarine, fraises, pamplemousse et anisées.

Un rosé surprenant, car on ne l’attendait pas ici, où les rosés sont pratiquement inexistants !

Parfait pour accompagner les paellas.

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  • Las Sabias 2012

Issu de vieilles vignes (las sabias, les sages…) de plus de 45 ans, plantées franc de pied.

Elaboré dans de petits dépôts de béton avec de l’époxy (de 3000 a 6400 litres), de 20 à 28 jours de fermentation-macération.

Elevage de 16 mois, exclusivement en chêne français, un quart de barriques est renouvelé chaque année.

Il reste en bouteilles 24 mois avant sa mise sur le marché.

Un vin intense, profond et élégant. Nez et bouche dominés par des fruits rouges noirs, des notes balsamiques, et d’herbes sauvages. Le tout est savoureux, riche mais harmonieux et frais.

Garde: environ 10 ans. Il vaut carafer ce vin dans sa jeunesse et le boire à une température de 15/16º

Prix public 22 € environ

  • El Titán del Bendito 2012

 100% Tinta De Toro qui provient des plus vieilles parcelles du célèbre Pago de la Jara, certaines âgées de 100ans, plantées en pied franc.

Le vin est élevé pendant 20 mois en barriques de chêne français exclusivement, et 100% neuves. Il reste en bouteilles 24 mois avant sa mise sur le marché.

C’est un vin puissant, complexe, fait pour la garde. Il est marqué par des arômes de fruits noirs, des notes vanillées, les tannins sont très civilisés, crémeux, élégants et épicés. Il reste harmonieux et équilibré.

C’est un grand vin, authentique et racé, sans doute, le résultat de ce terroir exceptionnel.

vol: 15.65%

Garde environ 15 ans, il vaut mieux le mettre en carafe dans sa jeunesse et le boire à une température de 15/16º
Prix public : 40/45 €

  • La Cuesta de las Musas 2012

Un vin que j’ai eu l’occasion de goûter lors d’un salon à Barcelone en novembre, il n’est pas encore sur le marché, et il est sans aucun doute l’aboutissement des rêves d’Anthony, il voulait faire un grand vin de garde, c’est ce qu’il cherchait dans ses terroirs, dans la qualité de ses raisins, voilà c’est fait, il a réussi, il peut en être fier et d’ailleurs, il ne s’en prive pas.

Je viens de lire que Luis Gutierrez (Wine Advocate) lui a donné 96 points (la meilleure note de tous les vins de Toro), et son commentaire est éloquent : «C’est le plus émouvant des vins que j’ai goûtés à Toro».

Vous jugerez par vous-même, mais en ce qui me concerne, je suis d’accord avec lui, c’est un vin assez exceptionnel, la démonstration que Toro peut être non seulement puissant mais extrêmement fin et élégant !!

Seule ombre au tableau, son prix: il devrait arriver en boutique aux alentours de 140/160 euros. Précisons qu’Anthony en avait déjà fixé le prix avant les fameuses notes !!! Il n y en aura pas tous les ans et les rendements feraient pâlir les meilleurs crus de Bourgogne-4 a 5 hectolitres par hectare !! Mais comme je le répète souvent aux vignerons, pour moi, le volume produit n’est pas une justification du prix, ce que beaucoup d’entre eux ne veulent pas entendre. Ceci dit, il tout vendu en primeur ! A suivre….

 

Douces folies

Et puis il y a les vins qu’Anthony appelle les « douces folies »; ils ne font pas partie de la D.O Toro.

Il s’agit de deux vins doux, très intéressants, l’un est blanc, l’autre est rouge:

  • Antojo Rubio (Fantaisie Blonde) 

C’est un vin blanc doux issu de verdejo, Malvoisie, Palomino, Albillo, Moscatel, Viura et quelques autres variétés très anciennes dont Anthony ne connait pas l´origine

Les raisins : se récoltent en septembre. Ils sont posés sur un lit de paille et se déshydratent lentement afin de concentrer au maximum leur suc.

Pressé en décembre, le vin fermente lentement dans des barriques françaises durant 18 mois.

La robe est jaune dorée, le nez très floral associé à des notes d’épices douces comme la cannelle. La bouche offre une acidité parfaite, il est onctueux et gourmand, fruité et très long. Une vraie gourmandise.

A marier avec des fromages bleus, une tarte aux poires, une île flottante…

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  • Chispa Negra (Etincelle Noire) 2009

C’est un vin de table, élaboré à partir de raisins secs de la Tinta de Toro, il a été pressée en novembre 2006, élevé en barriques de 2 ou 3  vins et mis en bouteille deux années plus tard.

« C’est un vin exceptionnel et surprenant, produit d’un lent et laborieux processus avant la mise en bouteille: tout un beau projet devenu réalité…»

Le nez offre des arômes complexes de raisins secs, de figues, de prunes, de mûres ; les mêmes notes fruitées se retrouvent en bouche associées à des notes d’épices douces.

Et Anthony ne manque pas de faire remarquer : «Les tanins de la Tinta de Toro joints à une acidité marquée naturelle équilibrent le sucre naturel. C´est pour cette raison que je l´ai nommé « la Chispa Negra »

Je le rejoins, ça n’est en rien un doux écœurant, et il pourra même accompagner bien des pâtisseries au chocolat ou aux fruits rouges sans les surcharger.

0,50 L, 14,5%

Prix Public 33,50 €

 

Anthony, qui n’est pas un garçon facile d’accès, a réussi à s’imposer relativement vite  (même si lui a trouvé le temps long). Il a su se faire accepter et apprécier par les viticulteurs locaux, qui, au début, le prenaient un peu pour un «loco», un fou…Il n’empêche qu’avec Jean-François Hébrard, ils ont largement contribué à faire connaître le concept de «vigneron».  Il a d’ailleurs été le premier à le mettre sur ses étiquettes : Vigneron en Toro. 

Le connaissant, je suis sûre qu’il ne va pas s’endormir sur ses lauriers, son ambition est immense, il veut positionner Toro au plus haut de la pyramide des vins espagnols ! Sa nouvelle notoriété va peut-être l’y
aider. Il veut les remettre à la place qu’ils occupaient, parmi les plus grands vins de l’Empire espagnol,  les seuls, avec ceux de Galice, qui ont supporté le voyage aux Amériques avec Christophe Colomb. «Oui, j ai gardé une âme d’enfant- je rêve des choses et par la grâce de Dieu, de la vie j’y arrive: Dominio  del Bendito. J’aimerais être l’homme qui écoute les vignes susurrer, les entendre parler comme dans ce film avec Robert Redford, L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux».

A noter, qu’il a une autre passion : les vins portugais.

Marie Louise BanyolsPAGOS DE MIGUEL ( MORALES DE TORO, ZAMORA)

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