Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Biodynamic bullshit : another one bites the dust

Mon titre est en anglais et fait référence à une chanson rock du groupe Queen (qui n’est pas parmi mes groupes préférés, mais voici la video quand même); mais je pense que tout le monde aura compris : une des théories issues de la croyance biodynamisante vient d’être démontée par une très sérieuse étude publiée par une équipe néo-zélandaise.

De quelle théorie s’agit-il ? Celle qui voudrait que les phases du calendrier inventé par Maria Thun, disciple de l’affreux Steiner (je dis affreux pour son racisme avéré, notamment), et qui se traduisent dans des termes qui font allusion à de la matière végétale (jours racine, jour fruit, etc.), aient une influence sur la manière dont on peut apprécier un vin.

On ne parle pas ici de l’éventuelle influence de ce calendrier sur la plante elle-même, car cette étude s’est confinée à l’aspect gustatif du vin fini, avec un protocole très complet que je vais décrire plus tard. La croyance qui vient donc d’être totalement démontée est celle d’une influence supposée de ce calendrier sur la dégustation d’un vin, en fonction de jours spécifiques. Car j’ai entendu dire, par quelques adeptes de ce dogme ésotérique, que le fait que leur vin ne se goûtait pas bien tel jour était causé par le fait que le jour en question se trouvait dans la phase « racine » ou « feuille » du calendrier, alors qu’il valait mieux attendre un jour « fruit » ou « fleur » pour bien l’apprécier. Et moi qui pensais juste que le vin était terne ou bourré de bretts ou bien d’autres choses encore !

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Voilà un schéma de ce calendrier pour le mois présent. On peut même acheter un petit livre ou une application qui propagent cette croyance débile (When Wine Tastes Best). Selon ce schéma, on ne devrait même pas déguster un vin la moitié du temps ! Heureusement que Steiner était anti-alcool ! Vous me direz peut-être que personne ne tient compte de telles fadaises ? Et bien détrompez vous, car plusieurs enseignes de la GD en Grande-Bretagne le font lorsqu’ils programment leurs journées de presse!

Au vu des résultats de l’étude qui suit, il est à espérer qu’ils ne continuent pas dans cette voie.

Wendy Parr et Dominique Valentin, assistés par Phil Reedman MW, Claire Grose et James A. Green ont recruté 19 professionnels du vin en Nouvelle-Zélande pour déguster, à l’aveugle, 12 vins issus du cépage Pinot Noir à des moments qu’ils (les chercheurs) ont déterminé en fonction du calendrier de Mme Thun.  Les vins étaient issus de différentes approches agricoles: conventionnelle, biologique et biodynamique, mais tous fermés avec des capsules à vis pour éviter des variations dues au liège. Chaque participant a donc dégusté et commenté les mêmes vins 4 fois, 2 fois dans un jour supposé favorable (Jour Fruit) et 2 fois dans un jour supposé défavorable (Jour Racine). Les organisateurs ont fourni une liste de 20 descripteurs, choisis pour couvrir les champs des arômes, des saveurs et des textures aussi bien sur les plans quantitatifs que qualitatifs, en prenant en compte structure, qualité perçue et préférence personnelle. Bien entendu, le but de l’expérience n’était pas connu par les dégustateurs. Après la phase de l’expérience concernée par la dégustation, un questionnaire fut complété par chaque participant afin de déterminer leur niveau de connaissance de la théorie biodynamique de la dégustation de vin. La majorité l’ignorait et les autres ne savaient pas la signification thunienne des jours des séances de dégustation.

Les résultats ont démontré que, bien que les vins aient été jugés d’une manière un peu différente à chaque occasion, ces différences ne correspondaient pas du tout aux présupposés établis par le calendrier biodynamique. Les vins avaient chacun leurs qualités et leurs défauts, comme toujours dans des séries, mais le jour de la dégustation n’avait aucune influence sur ces impressions. Il est donc plus que probable que des anecdotes qui soutiennent cette théorie d’une influence du jour du calendrier sur sa perception soient dues à un effet d’induction: on veut y croire, donc on y croit, un peu comme avec le « goût du schiste » ou le « goût du granit ». Nous savons bien, après l’expérience menée par Frédéric Brochet et d’autres, qu’il suffit de colorer un vin blanc en rouge par des anthocyanes (sans odeur ni saveur) pour voir les descripteurs utilisés par les participants se modifier radicalement. Nous sommes ainsi faits: influencés par tout ce qui nous entoure.

Mais il est peu probable, comme le conclut notre confrère Jamie Goode, que cela fasse abandonner le calendrier biodynamique par ses adeptes; comme l’écrit Jamie, « Quand nous modifions nos croyances, c’est rarement sur la base des faits qui les contredisent ».

Et si vous voulez vous rassurer sur le sérieux de cette étude, voici un lien vers sa version publiée : ICI

 

 

David Cobbold


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Chimay et Gorgonzola

Ça nous change des accords vineux et montre que la bière de qualité accompagne avec grâce et pertinence les pâtes dures, cuites ou onctueuses et persillées dans ce cas-ci.

Une tranche d’histoire

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Le 25 juillet 1850, 17 moines venus de la Trappe de Westvleteren, en Flandre Occidentale, construisent sur le Mont du Secours, bien au sud de Charleroi, l’Abbaye de Scourmont.

Les Trappistes vivent de leurs mains, c’est la règle !

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La région agricole leur permet de renouer rapidement avec la tradition monastique. Dès 1862, la première Chimay se brasse. Son succès n’attend pas et déborde vite le cadre régional. Aujourd’hui, les bières de Chimay se brassent toujours dans l’enceinte de l’abbaye : la Chimay Rouge, la Triple, la Dorée, la vieillie en barrique et la Chimay Bleue.

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Toutes ces bières s’accordent sans soucis avec la gamme des fromages de Chimay. Pour s’écarter de ces mariages évidents, presque consanguins, prenons une pâte lointaine, au goût fort et à la couleur bleuissante, le Gorgonzola ! Mais de type cremoso, c’est plus fun et surtout plus savoureux.

http://chimay.com/

 La Trappiste Chimay capsule rouge

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Brune ambrée, à la mousse fine et légère, au nez de torréfaction, légèrement acidulé, parfumé de graines de coriandre, de houblon, de poivre noir et de pâte de prunelle. La bouche aérienne semble plus douce qu’amère, un gras subtil l’enveloppe sans effort.

Le Gorgonzola, la légende

 

Le Gorgonzola est un fromage de l’Italie du nord. Sa région de production couvre une partie des provinces lombarde et piémontaise. La légende raconte que le bleu serait dû au hasard amoureux. Un pâtre aurait délaissé son dîner, un quignon de pain et un bout de fromage dans un coin de grotte, pour aller conter fleurette (ça, on peut très bien le comprendre, on aurait fait pareil…). Rentrer de ses frasques, il constate que son pain a moisi et que le fromage s’est marbré de veines bleuâtres. Mais comme l’amour (ou le faire…) ça creuse ! Le jeune insouciant se jette sur la nourriture et trouve la pâte très agréable. Le Gorgonzola était né.

Chaque région de production de fromage bleu dispose de la même fable… c’est quasi une constante…

Aujourd’hui, le penicillium roquefortii inocule le lait avant le caillage. Les aiguilles enfoncées dans le fromage après son pressurage servent à creuser des galeries pour favoriser la progression du champignon.

 Gorgonzola, le fromage

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Pâte persillée et crémeuse qui ne demande qu’à s’étaler, minérale et animale, aux accents de champignons, de fruits secs et d’herbes aromatiques.

L’accord

La pâte milanaise enfonce son coin bleu et onctueux dans la mousse tendre de la bière. De l’intrusion naît un nouvel univers, mixte, l’amertume disparaît, le crémeux également, restent les épices des deux, distillés à parts égales. Un vrai bonheur, à la fois rafraîchissant et savoureux, avec en prime une longueur qui nous parle de fruits secs et de chocolat blanc.

Ciao

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Marco

 

 


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Deux champagnes d’exception

Nous les avons bus l’un pour Noël et l’autre le 31 au soir. Ils n’étaient pas prévus, c’est mon beau-fils qui les a apportés.

De Sousa & Fils Cuvée 3A Grand Cru Extra Brut,

Le domaine en quelques mots …

Situé sur le terroir d’Avize,  le vignoble s’étend aujourd’hui sur 9,5 hectares  sur les plus beaux terroirs classés Grands Crus de Chardonnay  de la Côte des Blancs : Avize, Oger, Cramant, Le Mesnil-sur-Oger, complété par des pinots noirs d’Aÿ et d’Ambonnay, il est certifié en bio-dynamie depuis 2010. C’est en 1986 que Michelle et Erick de Sousa reprennent l’exploitation familiale, Erick  est un vrai vigneron, attaché à exprimer ses terroirs, lorsqu’il reprend le domaine de son père, il décide de tirer le meilleur parti des vieilles vignes du domaine,  beaucoup ont plus de 50 ans, avec quelques parcelles, qui en ont près de 80. Alors qu’autrefois tout était mélangé dans les assemblages, il  met en avant une politique de parcellisation pour exprimer au mieux les différences des terroirs et créer des cuvées de champagne personnalisées et élaborer plus souvent des cuvées millésimées. Les cuvées sont vinifiées en fûts.

La cuvée 3A

Le mot du vigneron :« Cuvée 3A comme Avize-Ay-Ambonnay », les 3 A de cette cuvée  les 3 lieux d’origine des raisins, à savoir 3 Grands Crus dans chacune des grandes régions historiques de la Champagne ; mais il faut d’avantage chercher son originalité dans sa composition, 50% de Chardonnay Avize issu de vieilles vignes de plus de 50 ans et vieilli en fûts de chêne, associé à 50% de Pinots Noirs, d’Aÿ(25%) et d’Ambonnay(25%). Les raisins sont directement pressés ensemble pour un meilleur mariage et la vinification est faite  moitié fûts de chêne, moitié cuves. La cuvée demande un vieillissement prolongé en cave d’au minimum 3 ans pour arriver à une bonne maturité. C’est un Extra-Brut, le dosage est faible (inférieur à 5g/L): il fait ressortir l’équilibre entre la fraîcheur et la finesse du Chardonnay d’un côté et la rondeur et la puissance du Pinot Noir de l’autre.

Notre dégustation :

Pour être tout à fait franche avec vous, je ne prends que très rarement des notes de dégustation quand le moment est festif et que je suis bien en famille, je me consacre pleinement au plaisir du palais et de la compagnie. Le premier verre a donc été dégusté sans autre commentaire que : « excellent ce champagne », mais mon beau-fils a commencé à le décrire et à demander à chacun d’entre nous comment il le trouvait, finalement nous nous sommes tous concentrés et le jeu a donné ceci :

Nous avons tous aimé la belle couleur or clair avec quelques reflets cuivrés, très lumineuse et bien soutenue par une bulle fine et persistante.

Le nez  a remporté tous les suffrages et a été l’objet de nombreux qualificatifs : très expressif, flatteur, généreux, frais avec des arômes subtils. Les plus experts y ont trouvé des saveurs de fruits, de poires,  d’agrumes, avec des pointes d’ananas, de mangue et de fruits rouges, cassis et framboise mais aussi quelques notes de réglisse avec ce côté beurré et noisette apporté par l’élevage en fûts de chêne.

A l’unanimité nous avons trouvé que la complexité était au rendez-vous. Pour les uns, la bouche était riche, ample et crémeuse, avec un beau fruité et ils y retrouvaient un joli côté vineux qu’on avait déjà senti au nez, mais aussi du tranchant, de la fraicheur. Pour les autres, le pinot noir semblait dominer  avec se saveurs de fruits rouges très présents, ils trouvaient un côté onctueux et suave, qui se mariait parfaitement avec la finesse et la fraicheur du chardonnay.

Un beau contraste entre une matière croquante exprimant la puissance et une grande finesse. J’ai beaucoup aimé la finale épicée, très fraîche, tendue et d’une belle longueur. Le résultat est une cuvée bien équilibrée avec le velouté et l’onctuosité du pinot noir ainsi que la fraîcheur et la finesse du chardonnay.

Ma conclusion : Il y avait dans cette cuvée, ce que j’aime avant tout : la complexité et la pureté. La complexité est rare et c’est très agréable de la trouver dans une bouteille à un prix très raisonnable entre 38et 44€, selon les sites.

Avec tout ça, mon plat, le pain perdu aux truffes est passé un peu inaperçu, le vin a pris la parole et l’a gardée, je ne le regrette pas, nous avons passé un bon moment auquelmême les non professionnels ont participé !

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Francis Boulard Petraea XCVII-MMVII BRUT NATURE

Le domaine en quelques mots …

Francis Boulard a longtemps œuvré pour le compte de la maison familiale, où il a créé l’essentiel des cuvées présentes ; en 2009, les trois enfants de Raymond Boulard décident de poursuivre séparément leur chemin professionnel. La maison de Champagne Raymond Boulard n’existe donc plus aujourd’hui, en 2010, Francis Boulard a décidé de créer sa propre structure, accompagné de sa fille Delphine et de sa femme Jeanne (Champagne Francis Boulard & Fille). Ils partagent tous les deux les mêmes convictions profondes, l’amour des vins de Champagne pas ou peu dosés et le respect du terroir par la pratique d’une viticulture en biodynamie.   Un peu plus de 3 hectares, De Cuchery en Vallée de la Marne à Cormicy en Montagne de Reims… Depuis de nombreuses années, Francis Boulard avait donné une impulsion bio au domaine familial Raymond Boulard. Avec sa fille Delphine, il peut maintenant aller au bout de cette démarche vers des vins de champagne les plus naturels possible. Les vignes qu’ils ont récupérées sont certifiées depuis 2004 et les nouvelles parcelles sont évidemment en conversion.

Mais….

« Un incendie s’est déclaré dans les chais de Fancis Boulard le 18 décembre dernier, il n’a pas fait de victimes, mais a provoqué des dégâts sur les futs contenant toute la vendange de l’année et la réserve »

Francis et sa fille n’ont pu que constater les dégâts. On peut lire sur son blog:” Les analyses sont en cours … on espère que ces 2 foudres, les pièces maîtresses de nos chais, seront indemnes de toute pollution et seront récupérables, car nous y sommes sentimentalement très attachés des futailles qui gardent la Petraea, acquis par un achat participatif / par crowdfunding de Fundovino. Pour les vins, des analyses moléculaires vont être réalisées début janvier.Ce sont les résultats de ces analyses et l’avis des experts qui déterminera la destinée de nos vins. On espère qu’ils ne seront pas tous pollués, et que nous pourrons produire quelques bouteilles de ce millésime difficiles ainsi que sauver la base de vins de la Cuvée Perpétuelle Petraea. »

 Francis Boulard, un vigneron en vin nature, sincère et sensible, je garde en souvenir nos longs échanges dans les Salons, il était intarissable et ne ménageait pas son temps. C’est cet incendie qui a déclenché l’ouverture de cette bouteille, l’occasion de montrer notre attachement à ce vigneron.

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AVANT ET APRÈS L’INCENDIE, photo empruntée à son blog

La cuvée Petrea XCVII-MMVII Brut Nature

Cette cuvée est élaborée selon un principe proche de celui de la Solera : chaque année, la dernière vendange est ajoutée à hauteur de 25%. Ainsi, le vin est composé de tous les millésimes qui précèdent, dans une proportion décroissante. Le nom Petraea provient de la variété de chêne, le quercus petraea, qui fournit les merrains les plus fins dans la fabrication des fûts de chêne.  Cette base de 75% de vieux vins de réserve permet d’assurer une qualité constante quel que soit le millésime, tout en préservant la typicité des terroirs. Cette réserve perpétuelle a été démarrée en 1997. Cette cuvée est donc composée d’un assemblage des millésimes de 1997 à 2007.

Chaque année est vinifiée et élevée en fûts de chêne séparément, par terroir et par cépage. Les barriques utilisées sont des barriques bourguignonnes et bordelaises de 3 vins avec 10% de pièces neuves traditionnelles champenoises de 205 litres. L’assemblage n’est réalisé que juste avant la mise en bouteille. Ensuite, chaque année, la dernière vendange, vinifiée et élevée séparément, sera introduite pour représenter un quart du volume total. De cet assemblage, on prélève ensuite la quantité que l’on vient d’ajouter pour assurer la mise en bouteille.

Elle est le fruit d’un assemblage de 60% de Pinot Noir, 20% de Chardonnay, et 20% de Pinot Meunier.Cette cuvée est sans dosage, afin que le champagne s’exprime pleinement et librement.

Mise en bouteille : 23 octobre 2008  et dégorgement en février 2012

Notre dégustation :

Quand mon beau-fils nous l’a amenée sur table, inévitablement avec ma fille nous avons parlé de Francis, de sa façon de présenter cette cuvée avec fierté et passion. Ce fut un vrai bonheur de la partager en famille. Là encore nous avons associé nos impressions que je n’ai pu m’empêcher de griffonner sur un bout de papier, allez donc après ça critiquer les ados collés à leurs écrans ! Bref, après avoir opté pour un « carafage », nous avons admiré d’abord sa couleur or soutenu, la finesse de ses bulles, la complexité du nez avec ses notes d’agrumes, de fruits jaunes, de fruits secs, ses touches  briochées et  de caramel au beurre salé : SEDUCTION, tandis que la bouche très riche et très vineuse offrait à la fois  du gras, du fruité, avec une légère touche d’évolution et pourtant de la délicatesse; l’effervescence montrait toute sa finesse, le champagne en devenait aérien tout en restant ample et nerveux :  FASCINATION ! La finale très persistante et fraiche, était marquée par de jolis amers et des notes salines. L’équilibre était là, ce vin a été émouvant au possible, testament des terroirs et du travail de Francis ! Dans ces moments-là, tout devient plus lent, plus intense, plus beau : MAGIE !

Merci à Francis pour cette magnifique bouteille et pour son excellent rapport qualité/prix, 40€, quand on en trouve, car la CUVEE EST DEFINITIVEMENT EPUISEE. ELLE SERA DE RETOUR EN 2020, enfin nous l’espérons !

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Très bonne Année 2017 à tous

Hasta Pronto,

 MarieLouise Banyols

 

 

 


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Des bulles en Méditerrannée

C’est officiel: le Conseil d’Etat français vient de rejeter le recours des Crémants de France contre la production de vins mousseux dans l’IGP Méditerranée. Dans le même temps, cependant, il a refusé ce droit à l’IGP Oc. 

Il paraît que cette décision se base sur l’antériorité de la production de bulles dans la zone; vu l’étendue et le côté disparate de l’IGP Méditerranée, qui s’étend de la Corse au Département du Rhône, je me demande bien en quoi la demande est plus légitime à l’Est qu’à l’Ouest du Rhône… Et en quoi le consommateur (à qui, en définitive, sont destinées ces dénominations) sera-t-il mieux protégé.

Lyon, sa sécheresse, son ensoleillement, son vent marin..

Je ne résiste pas au plaisir de publier ici l’article du cahier des charges de l’IGP intitulé: « 7.1 – Spécificité de la zone géographique »

« La zone géographique de l’indication géographique protégée «Méditerranée» recouvre le quart sud-est de la France. Ce territoire est constitué de reliefs variés, encadrés par des sommets élevés tant sur le continent que sur la Corse. Vallées, plateaux et coteaux se côtoient dans une ambiance toujours méditerranéenne. L’architecture, les paysages, la culture, les usages, témoignent de cette histoire commune.climats

Cherchez l’erreur: le climat méditerranéen ne monte pas jusqu’à Lyon… mais s’étend bien au Languedoc

La mer Méditerranée est à l’origine de cette histoire, que ce soit au plan géologique (différentes incursions de la mer sur le continent actuel), au plan historique et culturel (influence des Grecs puis des Romains et des Génois en Corse), et surtout au niveau climatique. La culture méditerranéenne se traduit aujourd’hui dans des modes de vie (alimentation, région de l’huile d’olive) et dans des paysages marqués par une végétation résistante à la sécheresse et des reliefs toujours présents encadrant les vallées où l’agriculture a pu se développer en optimisant les faibles ressources en eau. Au sein de cette zone géographique, le vignoble est installé sous l’influence climatique méditerranéenne, sur des zones soumises à des précipitations irrégulièrement réparties au cours des saisons (concentration en période hivernale, et épisodes orageux parfois très violent aux périodes d’équinoxe et d’intersaison). Ceci entraîne une alternance de périodes de sécheresse plus ou moins longues et de séquences humides. Le climat méditerranéen comprend un régime de vents spécifiques marqué par le « marin », vent de secteur sud chargé d’humidité qui souffle sur le golfe du Lion et la Provence en modérant les excès de température et par le Mistral, vent sec parfois très violent, qui ventile l’axe Rhodanien du Nord vers le Sud en contribuant au maintien d’un bon état sanitaire du vignoble. Sur l’ensemble de la zone, l’ensoleillement et les températures sont exceptionnellement élevés ».

Parler d’ensoleillement et de températures élevés, de végétation résistance à la sécheresse, de vent marin, d’histoire commune et d’huile d’olive, à propos des producteurs situés dans les départements du Rhône, de la Loire et de l’Isère ou même, en ce qui concerne la « zone de proximité immédiate », dans l’Ain, la Savoie ou la Haute-Loire, voila qui ne manque pas de sel!

A ce compte-là, le vignoble (belge) des Agaises (entre Binche et Maubeuge) a toute sa place dans l’appellation Champagne!

J’en sourirais si cela ne me faisait pas sortir de mes gonds, scrogneugneu.

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Et si chacun s’occupait de de sa chapelle?

Pour moi, primo, l’IGP Méditerranée n’aurait jamais dû être acceptée sous ce nom (quid de la Méditerranée italienne, espagnole, marocaine, algérienne, tunisienne, turque, chypriote, croate, slovène, bosniaque, albanaise, grecque, maltaise, libanaise, syrienne, israélienne, égyptienne et libyenne?), ni avec un territoire si hétérogène. Je ne comprends même pas que l’Union européenne ait pu entériner un tel choix de nom, ni une telle étendue. Peut-être faudrait-il que M. Juncker et son équipe engagent de nouveaux géographes, climatologues ou géologues… Ou bien qu’ils changent de lunettes.

Secundo, toutes les IGP devraient avoir le droit de produire des vins mousseux. Comment peut-on refuser au Pays d’Oc de produire des bulles sous prétexte d’un manque d’antériorité, quand son territoire englobe celui de Limoux (AOC pour la Blanquette depuis 1938)?  D’ailleurs, certains élaborateurs de Limoux produisent déjà d’excellents mousseux hors appellation – je pense au Piquepoul Frisant de la maison Mas, notamment.

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Et puisqu’on parle d’antériorité: faut-il exclure le Chardonnay de la liste des cépages du Crémant de Limoux, au prétexte qu’il s’agit d’un cépage bourguignon dont l’arrivée dans la zone ne date que des années 1970? On le voit, la tradition est un concept à géométrie très variable!

Tertio, chacun devrait se mêler de ses propres affaires: libre aux Crémants de réglementer leur production, de se fixer des contraintes, mais qu’ils laissent les IGP, censées offrir plus de liberté aux producteurs, exercer cette liberté! 

Le Conseil d’Etat doit-il devenir le Conseil du Protectionnisme d’Etat? En quoi une AOP est-elle fondée à s’opposer aux règles du cahier des charges d’une IGP? C’est un peu comme si votre voisin allait en justice pour vous interdire de rouler avec une voiture de telle couleur, de telle marque ou de telle cylindrée. 

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Et quid des offres concurrentes, qui se moquent bien du Conseil d’Etat français? Je pense au Cava, au Prosecco, mais aussi aux jolies bulles chiliennes de Torres, aux sparklings de Gallo ou de Jacob’s Creek, au spumante de Martini. En Belgique, on les voit de plus en plus. Alors que l’offre de Crémants s’est plutôt contractée, ces dernières années. J’ai vérifié au Carrefour Market de Waterloo, cette semaine: pour 6 Proseccos et deux Asti, je n’ai vu qu’un Saumur, un Crémant de Loire, deux Crémants d’Alsace et un Crémant de Bourgogne.

Pour lutter contre cette déferlante, la production de mousseux IGP pourrait être une arme précieuse. Elle permettrait de développer une offre plus large, à des coûts inférieurs, avec un plus grand choix de cépages; elle permettrait aussi aux élaborateurs d’assembler des jus issus d’une zone plus large; et donc, au final, de disposer d’une plus grande réactivité face aux demandes des marchés, tout en gardant une accroche géographique.

Sauf que les ODG des bulles d’appellation, en forteresses assiégées, ont le pied sur le frein. On croirait que la peur de voir des volumes de raisins – et des cotisations – leur échapper est plus importante à leurs yeux que d’assister, quasiment impuissants, à l’effritement de leurs parts de marché. J’aimerais bien savoir combien de Belges, de Danois, d’Anglais ou de Canadiens, par exemple, citent spontanément le Crémant de Die, ou de Limoux, ou de Bourgogne, dans la liste des fines bulles? Combien en achètent régulièrement? Combien leur attribuent une qualité substantiellement supérieure à un Cava, à un Prosecco ou même, à un sparkling chilien ou australien sans AOP?

Et nous, professionnels de la profession, journalistes spécialisés, devrions continuer à raisonner uniquement en termes d’appellations!? A relayer sans broncher des décisions marquées par un colbertisme quasi-maladif. Laissez-moi rire! Et boire l’excellent brut de sauvignon du Domaine Lalaurie (potentiellement, IGP Oc). Ben oui, il faut bien que Lalau rie, de temps en temps…

Hervé Lalaubrut-2


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New Zealand memories (part 2)

 

wellingtonsHeading across on the ferry from Wellington to South Island 

queencharlottesThe spectacular Marlborough Sound

As promised at the end of last year the second part of my New Zealand memories from the Circle of Wine Writers trip. This time South Island – click here for North Island.

img_6494Woollaston Vineyard – now Mahana Estates 

rabbitislandsRabbit Island 

nelson

seifriedSeifried Estate, Nelson

neudorf-vineyardss
Neudorf Vineyards, Nelson

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Tim Finn, Neudorf Vineyards

john-stichburywsJohn Stichbury and his wife, Jackson Estate (Marlborough)

marlboroughs
Marlborough vineyards

awateresAwatere Valley, the southernmost valley of Marlborough 

 

 

 


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12 images du vin que vous ne verrez pas en France

Pour démarrer l’année, je vous propose un petit tour du monde en images publicitaires (ou autre) du monde de vin mais que vous ne verrez pas en France, du moins en 2017. Merci qui ? Merci Messieurs EeeVin et Cahuzac! Car ce dernier honnête homme fut le rapporteur de la loi qui porte le nom du premier. Cela sera mon calendrier 2017, en cadeau (mais vous pouvez toujours m’envoyer vos dons).

Janvier

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Février

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Mars

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Avril

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Mai

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Juin

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Juillet

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Août

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Septembre

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Octobre

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Novembre

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Decembre

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Et avec tout ça, très bonne année à toutes et à tous

David


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La der des der ?

Le problème lorsque ça marche bien pour le vigneron, c’est qu’il se sent vite à l’étroit, quelque peu coincé avec, en plus, une cuvée qui occupe l’espace médiatique au détriment parfois des autres. C’est l’occasion de se recentrer, de faire un bilan et de se dire qu’après tout, si le public le demande, pourquoi ne pas continuer… Olivier Jullien, lui, préfère tout arrêter. Non pas mettre fin au « vigneronnage » (quoiqu’on ne sait jamais avec lui…) pour mieux se consacrer à la pêche à la mouche, sa passion… Non, il préfère saborder une cuvée qui marchait du feu de dieu, trop peut-être, sa cuvée « Les États d’âme » qui, à chaque fois que nous en buvions, nous faisaient voir une partie de lui même, celle d’un lutin languedocien jouant avec les terroirs, les cépages, les vinifications pour nous livrer un instantané de son univers.

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À chaque parution, nous, les amateurs, y allions de nos commentaires, mais surtout de nos élucubrations : à quoi jouait le petit prince du Languedoc ? Vers quelle nouvelle facétie voulait-il nous entraîner ? Vers quel coteau ? Plus de grenache cette fois-ci ? Moins de Carignan ? À moins que le Mourvèdre ne vienne troubler les esprits ?  Pour pimenter nos avis, le vigneron volontiers poète ajoutait un peu ou beaucoup de sa prose sur l’étiquette permettant un approche plus hédoniste que celle, trop factuelle, d’une récitation purement technique. Grâce à lui, on lisait le vin tout en le buvant ! Combien de millésimes le vigneron a-t-il réalisé sous ce nom ? Honnêtement je ne sais plus et cela n’est pas le plus important quand on connaît bien le personnage imprévisible qu’est Olivier Jullien. Il paraît en effet que ce n’est pas la première fois qu’il annonce la fin de ses États d’âme.

wp_20161231_003J’ai acheté le dernier millésime des États d’âme, un 2013. Je me le suis aussi offert au restaurant bar à vins, Le Chameau Ivre (chez Philippe Catusse, à Béziers), où il est arrivé sur table au prix caviste (25,50 €) ce qui, compte tenu de la notoriété de ce Terrasses du Larzac, reste raisonnable… Sur la cuisine très orientée mer le bougre n’avait au début pas trop sa place, mais cela ne nous a pas empêché de vider la bouteille en moins d’une heure, après avoir démarré par un Brut Nature de Drappier, suivi d’un Côte-de-Brouilly 2010 de Jean-Paul Brun. Avec dix années de plus, le Mas Julien, puissant et marqué par de beaux tannins, eut été parfait. Fort heureusement, un plat allait vite le mettre en valeur : la raviole de sanglier, un goût de civet mêlé de légèreté. J’aurais pu opter à la rigueur pour le 2011, plus mûr, mais il me fallait à tout prix tester ce 2013 pour constater que mon unique exemplaire devait encore séjourner longuement en cave.

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Le chameau est l’animal totémique de Béziers.

Quel enseignement tirer de tout cela ? À la place d’Olivier, j’aurais maintenu en vie cette cuvée pour en faire la cuvée-référence du domaine. C’eut été un bon moyen de se remettre  doublement en question trente ans après. À la fois en explorant de nouvelles voies pour « Les États d’Ame » permettant ainsi d’élargir son public, mais aussi pour envisager la création d’autres cuvées capables de soutenir ou de remplacer celles qui existent déjà. L’autre enseignement réside dans le fond de sagesse du vigneron qui, tout en étant un « caractère » comme l’on dit, n’a rien de farfelu. Malgré la gloire qu’il tire du vin, le gars reste les pieds sur terre et ne fanfaronne pas avec des prix élevés permettant ainsi à tout amateur de s’offrir une de ses bouteilles, même au restaurant, et de s’évader ainsi un peu plus haut vers les garrigues du Languedoc. Pour ce dernier repas de l’année tout en célébrant l’anniversaire de Brigitte, ma compagne, nous avons pu festoyer en nous ruinant sagement…

Michel Smith

PS Lire aussi le très recommandable livre « La Mécanique des Vins » par Laure Gasparotto et Olivier Jullien (Grasset)