Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Organico ergo je fume* – I’m bio therefore I smoke

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AC Touraine vineyard blitzed with weedkiller – Loire UNESCO World Heritage site…

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I have a great deal of sympathy and respect for producers who chose to farm their vineyards organically or biodynamically. In the Loire an increasing number of producers are now choosing to convert to organic viticulture joining a significant number of their colleagues who have already made this decision.

Equally I deplore the use of weedkillers, especially when vineyards are totally blitzed, although I do understand the economic imperative in appellations, such as parts of Touraine, where wine fetches a low price. Here it isn’t just the producer who bears a responsibility but also the commercial wine buyer and us wine consumers looking to buy very cheap wine.

So in no way is this a post knocking organic viticulture or its adherents. I am genuinely puzzled and astonished that so many organic wine producers smoke. Producers who wouldn’t dream of poisoning their vineyards appear to think nothing of lighting up and poisoning themselves. 

It is not as though the health risks of smoking are not widely known. My guess is that at least as much research has been done into the effects of smoking as they have into the use of weedkillers. Smokers in the 1940s and 1950s could argue that they didn’t know the seriously increased health risks that smoking brings. Today this is no longer possible.

My question ‘why do fervent organic wine producers smoke?’ was brought into sharp focus when I recently visited friends and family of the late Charly Foucault, who died of lung cancer at the end of December 2015 aged 68.  I am pretty confident that if Charly hadn’t smoked he would still be alive today.

I was shocked that despite Charly’s death from smoking a number of his friends and family still smoke. You would imagine that Charly’s fate would be more than enough to shock them into giving up smoking before it is too late. Apparently not!

Back in January 2016 I posted a similar reflection on Jim’s Loire here.

Do the strains and stresses associated with organic viticulture drive its producers to seek relief in smoking? Is smoking more prevalent amongst organic wine producers than amongst those who practise conventional viticulture?

Your thoughts are most welcome.

* Abject apologies to René Descartes for trashing his famous dictum.

 

Chinese cap


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Glyphosate: pourquoi il est urgent d’attendre

Vu qu’il est urgent d’attendre, en Europe, pour statuer sur la prolongation de l’autorisation du glyphosate, je verse au dossier la carte de France des pesticides cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques dressée par l’association Robin des Bois à partir des données du réseau des Agences de l’Eau.

On constate que la répartition est loin d’être homogène sur tout le territoire, et que trois départements à forte activité viticole figurent tout en haut du « palmarès » des utilisateurs de ces substances; à savoir: l’Aube, la Marne et la Gironde. Mais on y trouve aussi le département d’adoption de notre ami Jim, l’Indre & Loire (attention à tes moustaches, l’ami!).

On notera aussi l’importante consommation de pesticides des départements du Languedoc, ainsi que des Charentes, du Cher, du Vaucluse, du Gers, du Maine & Loire et de la Côte d’Or.

A l’évidence, nos vignobles les plus performants en termes d’image et d’exportation sont aussi les plus traités.

Le glyphosate, un élément de terroir

Peut-être est-ce là un nouvel élément à intégrer au concept si français de terroir, au titre des usages loyaux et constants? D’autant qu’il est clairement revendiqué: l’autre jour, j’entendais des responsables de la FNSEA plaider pour la prolongation de l’autorisation du glyphosate en Europe, pour des raisons de rentabilité. D’après eux, ce produit (employé à raison de 8.000 tonnes par an dans l’agriculture française, selon les chiffres officiels) a permis d’augmenter le rendement des cultures de près de 25%. Son interdiction pénaliserait donc gravement la compétitivité de la France agricole. La crainte des syndicalistes agricoles est surtout qu’ils ne puissent plus lutter sur des marchés tiers où leurs concurrents, eux, pourraient toujours l’utiliser.

Quatre questions simples à ce propos:

-Primo, quel est le pourcentage de la production agricole française qui est commercialisé, et non détruit, distillé ou distribué aux bonnes oeuvres? En clair, avons-nous vraiment besoin de produire 25% de plus par hectare pour ne pas pouvoir tout vendre? Notre modèle doit-il toujours être basé sur le volume, la sur-exploitation, la gonflette?

-Secundo, quid des alternatives? On pense bien sûr au paillage et au travail des sols, toutes solutions qui étaient appliquées avant l’apparition du glyphosate, mais qui demandent de la main d’oeuvre. A l’heure où le marché du bio se développe en France (et notamment le vin), mais que la production nationale ne parvient toujours pas à répondre à la demande, c’est certainement la piste à privilégier. Quant à la main d’oeuvre… qu’en pense Pôle Emploi?

Si l’agriculture française a pour objectif ultime de pouvoir produire au plus bas coût possible, et avec le moins de gens possible, le plus gros volume d’aliments pas chers pour que le plus grand nombre de chômeurs en fin de droits puisse en consommer, je pense qu’il y a un biais dans le raisonnement. Le serpent se mort la queue.

-Tertio, pourquoi les Etats de l’Union européenne se disputent-ils sur la durée de la prolongation de l’autorisation du glyphosate (4 ans, 5 ans…)? Si le produit a été jugé assez dangereux au point d’être interdit en France pour l’usage dans les jardins des particuliers, comment peut-il être encore autorisé pour un usage professionnel beaucoup plus fréquent et dans de plus grosses quantités? Et si l’idée est d’attendre qu’un nouveau produit, dont on n’a pas encore pu mesurer l’impact, vienne le remplacer, c’est tomber de charybde en scylla!

Quarto: quel est le taux d’augmentation des cas de cancers professionnels dans les zones de traitement? Est-il plus élevé que celui des « tumeurs pertinentes » relevé chez les souris de laboratoire – tumeurs que l’Agence Européeenne de Sécurité des Aliments qualifie d' »inexistantes » dans son rapport (voir à ce propos l’intéressant article du journal suisse Le Temps, « Les embarrassants secrets du glyphosate ».

Oui, vraiment, il est urgent d’attendre. Ce n’est quand même pas un petit groupe de cancéreux qui va dicter sa loi à l’immense majorité des productivistes agricoles !

Hervé Lalau


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Oeufs au fipronil: ma petite histoire

Moi aussi, j’ai ma petite histoire à raconter sur la crise des œufs au fipronil.

Depuis pas mal de temps, j’achète chez Carrefour Belgique des œufs bio à la marque Carrefour BIO ; des œufs français, s’il faut en croire le code d’emballage sur le paquet (FR 80253). Sauf qu’à y regarder de plus près, les œufs à l’intérieur sont néerlandais – ils sont tatoués en rouge du code 0-NL-4399701 (0 pour bio, NL pour Pays-Bas).

Je suis doublement choqué. Je ne pensais pas que pour des produits non transformés comme des œufs, il suffisait de les emballer pour en changer la provenance apparente (car qui regardait, jusqu’à maintenant, le code tatoué sur chaque œuf ?). Et qu’est-ce qui se serait passé si j’avais consommé les oeufs? Une fois les coquilles cassées, il ne me restait plus que l’emballage… français.

Je ne pensais pas non plus qu’une filière dite bio pouvait aller chercher des œufs à 150 km au nord de chez moi, les emballer à 150 km au sud, et me les réexpédier, passant deux fois deux frontières. Quid de l’empreinte carbone? Quid de la certification?

Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec l’histoire des vins espagnols se présentant comme français dans le rayon des vins français.

Certes, dans le cas de ces vins, il n’est pas question de santé publique. Mais qui a encore envie de jouer avec la confiance des consommateurs? Après les crises de la vache folle, du poulet au dioxyde, de la viande de cheval, ce sont maintenant les oeufs qui sont sur la sellette. Les distributeurs sont-ils négligents ou tout simplement inconscients?

Hervé Lalau


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Faut il se fier au bio ?

A la suite du salon Millésime Bio, que je n’ai pas encore visité mais qui est régulièrement couvert par mes collègues de ce blog, je trouvais intéressant de tenter d’avoir une vision un peu plus large de cette approche agricole afin de la situer dans le contexte générale de la viticulture.

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Ce tableau montre la croissance pour la France des surfaces viticoles cultivées en biologique entre 2001 et 2011

La croissance rapide pendant ces dernières années des surfaces viticoles cultivées en « bio » semble ralentir actuellement. Selon les informations fournies par Eurostat, dans le cas de l’Espagne, leader dans ce domaine, ces surfaces ont été multipliées par 5 entre 2002 et 2011, passant de 16,000 à 80,000 hectares.  En France, selon la même source, l’augmentation est presque aussi spectaculaire (4 fois), passant de 15,000 à 60,000 hectares. L’Italie, qui avait au point de départ en 2002 37,000 hectares de vignes déclarés en bio, est arrivé en 2011 au chiffre de 53,000 hectares, perdant ainsi le leadership de ce marché. Mais, depuis 2011, ces taux de croissance se sont considérablement ralenti et, dans certaines régions, la surface cultivée en bio a même reculée.

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Pour rester sur la cas de la France, la surface du vignoble cultivé en bio représente environ 8% de la surface viticole totale, ce qui semble assez faible vu la couverture médiatique attribuée aux vins qui en sont issu. Il est vrai que plus le climat est frais et humide, plus la viticulture biologique est difficile à mettre en place. Cette surface faible semble aussi un peu paradoxale quand, en parallèle, on annonce aussi que 35% de buveurs réguliers de vin dans 4 marchés européens (France, UK, Allemagne et Suède) boivent des vins bio. Ils doivent en boire de temps en temps seulement..

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Parmi les nombreux labels que existent pour certifier les démarches viti-vini qui sont censés respecter au mieux l’environnement. Lequel lave plus blanc que blanc ? Mystère !

On peut difficilement contester le fait que ce mouvement, qui constitue une réaction de fond contre la pollution massive des sols (et parfois aussi des gens qui les travaillent) par un usage excessif et souvent mal compris d’engrais, d’herbicides, de pesticides et d’autres produits de traitement depuis un cinquantaine d’années, fait partie d’une prise de conscience quant à l’urgence de réfléchir autrement au processus agricole, et spécialement viticole. Le vignoble en France et sur-consommateur de ces produits par rapport à toute autre forme d’agriculture et il est effectivement nécessaire et urgent de modifier l’approche « tout chimie » de la viticulture. Mais je me demande parfois si le « tout bio » est nécessairement la bonne voie. En tout cas, il contient quelques contradictions qui relèvent d’une approche qui me semble parfois plus dogmatique que purement rationnelle. Je vais y revenir.

Il y a quelques mois j’ai présenté à un club oenophile les vins d’un domaine de Saint Emilion, Château Laroze, car je les ai trouvé d’une élégance et d’une fraîcheur devenus rare dans cette région depuis quelques années. Guy Meslin, dont c’est le domaine familiale, m’a dit avoir pratiqué pendant des années la « biodynamie » sur son vignoble mais l’a abandonné car il ne trouvait pas cette technique adaptée à son cas. Il ne revendique aujourd’hui aucun label dans la famille bio car, dit-il, aucune de ces certifications ne se donnent la peine de vérifier le produit final. Il s’agit de certifications du processus, incluant depuis 2012 la vinification, mais sans aucune analyse de la composition chimique d’un vin. Meslin opère cela lui-même, via un laboratoire spécialisé, pour s’assurer que ses vins ne contiennent aucun résidu de produits indésirables. On a bien vu lors de différents tests opérés que certains vins bio en contiennent, des résidus indésirables, même si ce n’est pas le cas le plus fréquent.

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Le magazine Decanter a récemment fait état d’un autre producteur de qualité ayant abandonné le système bio. Il s’agit de Sebastien Vincenti, du Domaine de Fondrèche dans les Côtes de Ventoux. J’ai visité ce producteur il y a quelques années et il me semblait alors au sommet qualitatif des vins de cette appellation. Fondrèche était certifié par Ecocert depuis 2009, mais Vincenti a déclaré à Decanter qu’il abandonnait ce processus afin de rester cohérent avec son approche d’une viticulture réellement sans dommage pour l’environnement. Il dit que l’application de certains produits de synthèse, au bon moment, peuvent mieux protéger l’environnement que des alternatives autorisées dans l’agriculture biologique. Il dit aussi ceci :  » je vais réduire le cumul de cuivre dans mes sols en modifiant mes traitements afin de trouver un équilibre entre produits de synthèse et produits organiques ». Il fait référence particulièrement au cuivre, qui, bien qu’étant « organique », est un métal lourd, nocif pour la santé et qui ne se dégrade pas, ou très mal, dans les sols.

J’ai toujours pensé que le refus de tout produit de synthèse était un prise de position basé sur un dogme, et non pas sur un argument rationnel qui prenait en compte une vision holistique de l’environnement.. Pourquoi est-ce que tous les produits de synthèse seraient nécessairement nocifs ? Et pourquoi aucun ne serait biodégradable ? Le cuivre, en tout cas, ne l’est pas, ce qui a amené d’autres producteurs à quitter le système bio. C’est le cas, par exemple, du Domaine Fons Sanatis dans le Languedoc. Le propriétaire dit que cela lui semblait fou d’employer 5 kg de cuivre par hectare et par an.

Un autre aspect de l’approche d’une viticulture plus propre est le bilan carbone de l’exploitation. J’avais interviewé le directeur d’un excellent domaine à Chablis, William Fèvre, au moment où il expérimentait la culture bio sur une partie de son vignoble et il m’a dit que le nombre de traitements rendus nécessaire par l’emploi des produits autorisés en bio, qui sont lessivés dès la moindre pluie et donc rendu inopérants sur la vigne, faisait que ses tracteurs passaient entre 4 et 10 fois plus souvent dans la vigne, avec comme résultat un compactage des sols et une consommation de gasoil en forte hausse. Bilan carbone négative donc. Vincenti dit la même chose, mais, étant dans un climat plus sec, la différence est moins importante.

Quant à des différences entre les goûts des vins bio et vins non-bio, on est sur des sables mouvants, tant il est difficile de comparer ce qui n’est pas forcément comparable. Andrew Jefford, dans un autre article récent dans Decanter (Jefford est plutôt un supporteur du bio), dit que lors du grand concours annuel organisé par ce magazine et dans l’édition 2015, les vins bio ont obtenu, proportionnellement, moins de médailles que le moyenne sur l’ensemble des vins. Les vins biodynamiques étaient, en revanche, dans les clous de cette moyenne. Si on peut se fier à des statistiques, cela pourrait indiquer qu’il n’y a aucun avantage gustatif évident entre vin bio et vin non-bio.

phyto1Les effets sur des cultures de surface de différentes quantités de cuivre dans le sol

Il faut dire à leur défense que les plus attentifs des « bios » font très attention aux doses de cuivre employées et cherchent activement des produits de remplacement. Mais le cuivre semble avoir d’autres avantages, notamment dans le domaine de la lutte contre certaines maladies du bois. Par contre, sa nocivité sur les sols est bien attesté, du moins pour les couches superficielles, le microflore et même la vie dans les eaux autour.  « Quand on défonce une vigne et qu’on y remet des grandes cultures, il peut arriver que ces cultures poussent extrêmement mal en raison du cuivre accumulé dans les premiers centimètres de sol durant des décennies de traitement. Je l’ai constaté de mes propres yeux dans un cas concret ; en fin de compte, l’agriculteur a abandonné les grandes cultures et replanté une vigne, car cette plante s’enracine suffisamment en profondeur et échappe ainsi aux hautes concentrations de cuivre dans la couche supérieure du sol», relate Christian Keimer, ancien responsable du secteur « Protection de sols » du Canton de Genève.

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Je ne suis pas en train de dire que les « bios » sont des plus grands pollueurs du vignoble, ni que les vignerons qui adoptent cette approche ressemblent, par leur méthodes, à ce qui est illustré dans la photo ci-dessus. Les choses ont bien évoluées, heureusement. Mais je dis simplement que cette affaire est un peu plus complexe que sa présentation habituelle laisserait entendre. Le « bio », sous toutes ses formes, fait vendre actuellement et certains marchés, comme bon nombre de pays de l’Europe du Nord, exigent une proportion croissante de vins labellisé « bio » dans leurs achats. Un producteur de qualité à Chinon, Philippe Alliet, m’a dit avoir été obligé de passer par une certification en bio juste parce que ces marchés l’exigeaient, alors qu’il cultivait son vignoble d’une manière extrêmement respectueuse, sans herbicide, engrais chimique ou insecticide, et depuis toujours. Il m’avait dit qu’il trouvait cela absurde mais qu’il était obligé de s’y plier pour des raisons commerciales, même si cela allait impliquer l’usage de doses plus importantes de cuivre sur ses sols.

 

Je crois, bien évidemment, en une viticulture propre et attentive à l’environnement, mais est-ce que le « bio », dans ses formes actuelles du moins, constitue réellement une panacée ? Je crois qu’il est permis de poser la question.

David Cobbold


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Pour une fois que Le Monde s’intéresse au vin…

Le Monde n’évoque habituellement le vin qu’au titre « des alcools et autres drogues ». C’est Sandrine Blanchard qui s’en charge, avec le sens des nuances qu’on lui connaît.

Cette fois-ci, et c’est déjà un progrès, Le Monde a commissionné un autre journaliste, JP Gené (ne pas confondre avec JP Chenet), pour s’attaquer à la problématique de la certification bio.

C’est ici: Le vin bio sent le soufre

Evidemment, ça reste assez polémique. Si vous espériez que le journal de référence de l’intelligentsia que la planète nous envie allait vanter les mérites du vin, même bio, sans distiller un peu de doute; si vous pensiez que la description du vin conventionnel allait être moins manichéenne, vous vous trompiez grave. Et même Pessac.

Spécialiste des pages gastronomiques, M. Gené est un ancien militant gauchiste. Le voici militant alternatif et vinonaturiste. Chassez le naturel…

J’ai particulièrement goûté la partie de son article consacrée aux réfractaires du traitement contre la flavescence. Aux insoumis de la Bourgogne. A croire que M. Gené est un porteur de valises du Front de Libération de la Cicadelle!

Le Monde est un journal tellement libertaire qu’il approuve la relaxe des vignerons ayant refusé d’appliquer un arrêté préfectoral. Mais d’un autre côté, il juge les règlements du bio comme trop laxistes. J’aurais pensé qu’il plaiderait pour la levée de tous les règlements!

J’ai du mal à comprendre en quoi le soufre (utilisé en vinification depuis le 17ème siècle) est plus dangereux que la flavescence dorée.

En résumé, voici un article à lire avec modération. Vous l’avez compris, il y a un monde entre Le Monde et moi.

Hervé Lalau


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Voir plus clair dans le brouillard: une analyse de quelques mythes (ou réalités ?) du vin.

Je sais que je vais être taxé (une fois de plus) de sceptique incorrigible, de politiquement incorrect, ou d’inculte incapable de comprendre l’évidence même. Ou peut-être des trois ensemble ? Néanmoins, que voulez-vous, je demande des preuves de choses qui sont régulièrement avancées comme étant des vérités devant s’imposer à tous.

Prenons deux exemples ayant cours d’une manière récurrente dans notre petit monde du vin: primo, les effets supposés bénéfiques de la culture dite « biodynamique », et secundo, l’impact supposé conséquent sur un vin de la nature de la roche « mère » qui sous-tend son vignoble. Deux occasions récentes m’ont donné l’espoir de voir un peu plus clair derrière les écrans de brouillard qui entourent ces deux phénomènes de communication utilisés, de plus en plus, comme un point final à tout débat sur la réalité.

Vous trouvez que j’exagère ? Comptez le nombre de fois dans l’année qu’un producteur de vin, ou son attaché(e) de presse, ou sa documentation, vous disent, pratiquement en guise de tout argument sur la qualité des ses vins, « je suis (il est) en biodynamie ». En tout cas, cela m’arrive très souvent, et je ne sais toujours pas comment le prendre. Est-ce une profession de foi ? Dans ce cas, je ne suis pas croyant. Est-ce un argument commercial qui porte sur la qualité de la vigne et donc le vin ? Alors je demande des preuves pour étayer les affirmations.

Si on passe maintenant à mon autre exemple, celui d’un supposé lien, fort et indiscutable, entre la nature de la roche qui compose le sous-sol d’un vignoble et le caractère du vin qui est produit sur cette zone, il me semble évident que cette supposition est utilisée (du moins en France) par un nombre incalculable de producteurs et autre communicants pour expliquer et défendre le caractère voulu unique de tel ou tel vin.

Jusqu’à présent, et à ma connaissance, les rares tests comparatifs entre un terrain agricole cultivé selon les préceptes de la biodynamie et un autre comparable mais cultivé soit en bio « classique », soit en conventionnel, ont été mené par des gens qui avaient un intérêt dans la biodynamie, ou bien sur des patates. Cela ne suffit pas à répondre à mes interrogations. Mais j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Une telle comparaison, avec un protocole de contrôle qui me semble être sérieux, est en cours sur un vignoble en France. Cela se fait, depuis quelques mois, à Châteauneuf-du-Pape sur un domaine qui s’appelle L’Or de Line et que j’ai visité récemment pour voir comment le test est organisé.

Gérard Jacumin, qui a repris ce domaine de 9 hectares et 15 parcelles de son père après une carrière dans l’informatique, n’est pas un fantaisiste. Il se trouve aussi qu’il fait des vins dont j’ai beaucoup aimé la finesse, mais cela n’est pas mon sujet du jour. Jacumin a converti son vignoble en bio depuis 2009 et, devenu curieux devant le phénomène appelé « biodynamie », à décidé de tenter une véritable expérience pour y voir plus clair. Il a choisi, avec l’aide d’une équipe de la Chambre d’Agriculture du Vaucluse, une parcelle homogène d’un hectare plantée avec trois cépages rouges: grenache, syrah et mourvèdre, en proportions à peu près égales. La moitié de cette parcelle continue à être cultivée en bio, et l’autre en biodynamie en suivant les recommandations d’un des consultants spécialisé dans ce type d’agriculture et en utilisant les produits prescrits. Nous ne connaitrons pas les résultats de cette expérience avant environ trois ans, mais je vais suivre cela avec intérêt et je vous tiendrai au courant. Un protocole de suivie et de comparaison a été établi par la Chambre d’Agriculture citée, et c’est leur équipe qui va opérer les prélèvements de contrôle.

Mon deuxième sujet de questionnement, qui n’aboutira pas cette semaine (et peut-être jamais) est l’affaire des sous-sols et d’un supposé effet « minéral », qui serait engendré par la nature des roches du sous-sol ; cet effet étant perceptible sur le goût du vin dont les raisins proviennent de vignes situées au-dessus de la roche en question. Mes lecteurs sont peut-être familiers avec mes doutes sur l’importance d’un tel phénomène de transmission et qui serait capable d’affecter le goût d’un vin. Certains vont peut-être soupirer et tourner la page. Je demande leur indulgence car j’ai de nouvelles considérations à leur soumettre qui vont, je l’espère, retirer un peu du brouillard de suppositions qui entourent cette affaire.

Il y a quelques mois j’ai parlé d’une dégustation de rieslings d’Alsace qui démontrait que même trois dégustateurs expérimentés étaient incapables de distinguer des rieslings issus de sols calcaires de ceux issus de sols granitiques. Il ne s’agit pas de cela aujourd’hui, mais d’un long et très intéressant article publié dans le dernier numéro de The World of Fine Wine et écrit par un spécialiste des sols, le Professor Alex Maltman. Je crois avoir déjà fait référence à des travaux de ce Monsieur, mais c’est la première fois que j’ai lu quelque chose d’aussi long et clair de sa part sur le sujet.

Dans son article, Maltman prend la peine d’expliquer des choses d’une manière limpide pour des non-scientifiques comme moi. Je vais essayer d’en extirper quelques points qui me paraissent essentiels, car je conseille à mes lecteurs dont le niveau en anglais est suffisant de se procurer le numéro 45 de cette revue en tous points remarquable. Si le diable peut parfois se loger dans les détails, l’incompréhension nait souvent d’une mauvaise définition des mots. Maltman prend donc la peine de faire la distinction entre éléments chimiques, minéraux et roches. C’est très utile pour un ignare comme moi, et peut-être aussi pour une bonne compréhension de la suite. On y va, Professor Maltman ?

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La terre se compose  d’éléments chimiques, dont 8 dominent la croûte de notre planète : oxygène, silicium, aluminium, magnésium, calcium, potassium et sodium (dans l’ordre de leur importance). Et les deux premiers se trouvent fatalement en quantités importantes dans chaque vignoble. Mais on ne trouve que rarement ces éléments de manière isolée. Ils se combinent entre eux pour former des amalgames rigides que nous appelons minéraux. Le sol d’un vignoble, comme tous les sols, est donc composé de « minéraux ». Le seul problème avec ce dernier mot est qu’il a plein d’acceptions, comme nous allons le voir.

Le soufre, par exemple est un élément minéral que l’on peut trouver naturellement dans des vignes sur sols volcaniques, mais il est aussi présent dans la plupart des vignobles parce qu’il a été aspergé sur les vignes pendant des décennies pour lutter contre des maladies. Mais la très grande majorité des minéraux que nous trouvons dans les vignobles sont des combinaisons entre le silice et l’oxygène, généralement associant d’autres éléments. On les appelle des silicates. Parmi eux, le quartz, le feldspath, le mica et les minéraux argileux. Même si nous connaissons des centaines de minéraux, dans la nature on retrouve presque toujours les mêmes, agglomérés solidement et dans des proportions à peu près équivalents pour former ce que nous appelons rochers. Et notre planète est constitué de rocher. Donc, pour résumer, les minéraux sont des combinaison d’éléments, et les rochers sont des combinaisons de minéraux.

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Il est difficile de classifier les roches. On a tendance à procéder par la manière dont ils ont été constitués : sédimentation, fusion, transformation, etc. Comme personne n’a été témoin des ces évènements, il y a une part de subjectivité dans de tels classifications. Et une roche donnée peut aussi adopter une variété d’apparences, sans parler des mélanges. Dire qu’un sous-sol est fait de schiste ou de marnes ignore toutes les subtilités et variations de la réalité géologique. Lorsque des éléments se combinent pour former un minéral, les liaisons impliquent leur électrons et sont donc très fortes. Cela donne de la rigidité au minéral et emprisonne les éléments. Sauf évènement particulier, ces éléments ne seront plus disponibles pour nourrir une plante, comme une vigne par exemple. La quasi-totalité de minéraux ont donc une forme cristalline, qui est le terme pour l’arrangement méthodique des leurs éléments.

cristal de quartz

La suite sera pour la semaine prochaine, si vous avez de la patience. Mais, rassurez-vous, le « terroir » existera toujours ! C’est juste l’acception trop souvent impliquée par ce mot qui va se déplacer un peu, comme des plaques tectoniques.

 

David Cobbold

 


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Le « bio » lave-t-il vraiment plus blanc que blanc ?

nl_bio-300x181Combien de litres de gasoil supplémentaires pour traiter ce champ, sans parler du logo?

J’ai de plus en plus de mal à tout avaler de la mode et du monde « bio ». Permettez-moi de faire un tri sélectif dans ce magma de vrai et de faux, de sincérité et de bonnes intentions, mais aussi d’illusions et de tromperies.

Pourtant je suis un écologiste convaincu de la première heure, m’étant abonné à la revue Le Sauvage au début des années 1970! Je sais que beaucoup d’adeptes du « bio » sont sincères, qu’ils veulent protéger la planète, se protéger contre la (méchante) chimie, nous protéger aussi parce qu’ils sont justes et bons, et tout et tout.

Mais, si j’accepte complètement leur sincérité (même si l’intérêt commercial du « bio » devient de plus en plus évident), j’ai des doutes sur quelques aspects de leur raisonnement, comme sur l’efficacité ou la pertinence de certaines de leurs pratiques.

Si les intentions sont bonnes, j’ai bien peur que la réalité ne soit plus complexe que la vision très noir et blanc fournie par la doxa actuelle qui semble nous asséner un discours culpabilisant, simpliste et moralisateur du genre  « bio=bon, non-bio=mauvais ». Désolé, mais je ne marche pas ! Si quelqu’un, un vigneron, un attaché de presse ou un collègue me dit quelque chose du genre « C’est bon parce que, vous savez, il est en bio », je suis tenté de sortir mon revolver !

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Avec quelques exceptions assez mineures sur le fond, j’estime que l’agriculture dite « bio », comme la vinification du même nom, ne sont pas très éloignées des principes d’une viticulture raisonnée que quasiment tout producteur sensé et méticuleux pratique de nos jours. Il y a des zones grises dans les deux cas, que je vais un peu explorer dans cet article, mais je ne suis pas convaincu que l’approche « bio » soit nécessairement meilleure pour l’écosystème dans son ensemble qu’une agriculture raisonnée bien comprise et bien mise en œuvre. En tout cas, l’approche « bio » contient, selon moi, de bien curieuses contradictions. Mais elle a le vent en poupe et, apparemment, une certaine récompense commerciale à la clef.

Les substances autorisées dans la lutte biologique agricole, selon la réglementation du label AB, sont réparties en différentes catégories: substances actives d’origine animale ou végétale (huiles végétales, pyréthrines); micro-organismes et substances produits par micro-organismes; substances admises uniquement dans des pièges ou distributeurs (comme de phéromones ou des pyréthrinodes); préparations à disperser en surface (molluscicides); substances d’usage « traditionnel » (cuivre, soufre, huile de paraffine); autres substances comme l’hydroxyde de calcium ou le bicarbonate de potassium.

Si l’on regarde la liste de produits autorisés dans la vinification « bio », on trouve beaucoup d’autres substances, d’origines diverses. Evidemment qu’il en faut, des substances, pour faire du vin et la vinification dite conventionnelle en emploie aussi beaucoup (et peut-être plus). Mais, rien que pour clarifier un vin agréé en « bio » , la liste est d’une longueur qui me surprend: « ovalbumine, caséine, caséine de potassium, gélatine alimentaire, colle de poisson, matière protéiques végétales, bentonite, dioxyde de silicium, tanins et enzymes pectolytiques ».

Je sais bien que ce n’est qu’un menu et que personne ne mange jamais tout sur un menu. Mais il a y a bien d’autres choses qui m’ont surpris en lisant le document sur la vinification en agriculture biologique produit par Ecocert, qui est un de ses organismes de certification. Par exemple, il est permis d’acidifier ou de désacidifier, en utilisant, selon le cas, acide lactique, acide tartrique, carbonate de calcium, tartrate de potassium ou bicarbonate de potassium.  La chaptalisation n’est pas interdite, et l’osmose inverse est  « en évaluation ». Et pourquoi pas ?

Etant donné ce qui précède (et il y en a biens d’autres exemples) il me semble assez trompeur de laisser croire que le « bio » exclue les produits chimiques, les métaux lourds ou les manipulations dans le chai. D’abord, tout est forcément chimique, et établir une opposition manichéenne entre agricultures « chimique » et « non-chimique » me semble être une forme de duperie. Un autre des principes de l’agriculture bio est d’utiliser moins de produits dangereux pour la santé, des animaux comme des humains, que l’agriculture dite « classique ». C’était certainement vrai au départ, et même en principe, mais quand on regarde un peu dans le détail, il subsiste quelques contradictions.

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Je vais prendre un exemple, avec deux produits que je nommerai A et B dans un premier temps. Le Produit A ne cause pas de mortalité chez des rats lorsqu’il leur est administré, oralement, en doses de 5mg par kilo du poids corporel. On peut même les faire ingurgiter cette substance à la hauteur de 2% de leur nourriture pendant 3 mois sans effet néfaste détectable. Par contre, le Produit B tue 50% des rats ayant pris une seule dose de 300ppm et on note des effets toxiques chez l’humain avec des niveaux aussi faibles que 11ppm. Il n’y a donc pas de logo d’avertissement sur la dangerosité du produit A, tandis qu’il y en a évidemment sur le produit B. Jusqu’à là, cela semble logique. Mais, si vous appliquez le Produit A au sol de votre vignoble moins de trois ans avant une récolte, vous perdez votre label « bio ». Tandis que vous pouvez asperger vos grappes de raisins avec le Produit B sept jours avant la récolte et ce fruit peut porter la mention « bio ». Est-ce que cela vous semble cohérent ?

Aucun de ces produits ne dérive d’une matière organique (ou biologique, si vous préférez), mais Le Produit A est interdit chez les « bios », tandis que le Produit B est autorisé. Le Produit A est un désherbant à base de glyphosate qui est biodégradable dans le sol via l’action de microbes pour devenir du dioxyde de carbone. Sa durée de vie dans le sol est de quelques jours seulement. Pendant ce temps, il est très bien fixé et ne peut migrer vers la nappe phréatique. Il n’a aucun effet bio-cumulatif observé chez les animaux.  Le Produit B est du sulfate de cuivre qui a la possibilité de bio-amplifier chez des plantes et des animaux avec des effets très dommageables. Il se dégrade très difficilement dans le sol mais il est très soluble dans de l’eau et donc passe facilement dans la nappe. Moins de 1mg par litre tuera 50% des poissons dans une rivière en 48 heures.

Mais le Produit A est un produit de synthèse (quelle horreur !), tandis que le Produit B se trouve sur terre à l’état « naturel », comme le venin des serpents, des champignons mortels ou bien la toxine du poisson fugu au Japon. Non, Dame Nature n’est pas toujours « bonne », et, à contrario, bien des inventions de l’homme peuvent être bénéfiques pour l’agriculture et sans danger.

Mais le monde du bio ressemble bien trop souvent à un monde de dogmes, et pas assez à un monde de réflexion. Il faut pas se méprendre sur l’objet de cet article. Je n’attaque pas l’agriculture dite « biologique » en soi, mais uniquement des discours et attitudes de certains défenseurs et prosélytes qui me semblent un peu trop vertueux voire « holier than thou » (bigots).

Si on regarde l’aspect global du problème posé par la relation de l’homme à la nature, il faut prendre en compte beaucoup de paramètres. Pour établir un bilan carbone d’une exploitation viticole, par exemple, il faut, entre autres, compter le nombre de passages des tracteurs et autres engins motorisés dans les vignes. Le choix de ne pas utiliser des produits de synthèse, comme des herbicides ou des fongicides, entraîne souvent une augmentation sensible de ces passages : pour effectuer des désherbages mécaniques sous les rangs de vigne, ou pour pulvériser des la bouillie bordelaise ou autre produits autorisés, car ceux-ci sont lavés par la pluie plus vite que des produits de synthèse.

Est-il certain que le bilan carbone d’une exploitation en « bio » soit nécessairement meilleur que celui d’un exploitation menée intelligemment en agriculture raisonnée?  Je ne le sais pas, n’étant pas expert dans ce domaine, mais il est légitime de poser ce genre de question, au lieu de préter une allégeance indéfectible et aveugle à tout ce qui porte le label « bio ».

Je plaide, en somme, pour une pensée moins simpliste autour de ces questions, et, sur le plan du vin, encourage tout le monde à boire tous les bons vins, labellisés « bio » ou pas. Rien ne prouve, pour l’instant, que le bio soit meilleur pour votre santé, encore moins que son goût soit intrinsèquement meilleur que le non-bio !

David Cobbold