Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Une vigneronne à l’AG

7 Commentaires

Notre invitée d’aujourd’hui est une vigneronne bio du Beaujolais, également blogueuse à ses heures: Isabelle Perraud (Domaine des Côtes de la Molière). Avec son joli brin de plume, elle nous raconte son passage à l’Assemblée Générale d’Interbeaujolais, en février dernier.  Et son ressenti. 

Isabelle Perraud

J’ai assisté à la première Assemblée Générale de l’Interbeaujolais.
J’ai cru que j’allais m’ennuyer à mourir. Pas du tout!
J’étais avec la petite délégation de BBB (Bien Boire en Beaujolais). Toute seule, je n’aurai pas osé y aller.
Ca m’a un peu rappelé les réunions de syndicat viticole de mon village (avec plus de monde). J’y suis allée une fois ou deux, il y a très longtemps.

On nous fait tout d’abord un bilan des comptes. Comme tout un chacun, on aime bien savoir où va l’argent qu’on leur donne. Mais on ne sait jamais vraiment. On essaie de nous persuader que c’est pour la bonne cause, mais on a toujours l’impression que la bonne cause c’est l’autre et que nous, on n’en voit jamais la couleur.

Il y a quelquefois  des subventions ou des aides pour certains trucs. Moi, je m’y prends toujours trop tard, ou trop tôt, et je n’ai jamais pu bénéficier de ce genre de choses. Alors les autres croient que j’ai une fortune personnelle qui sert à financer ce qu’on doit financer. J’aurais aimé, j’avoue. On évite d’investir, en fait, c’est pas plus compliqué que ça!

 

Ensuite, on a eu un exposé qui était censé nous faire comprendre le marché du vin, les univers de consommation, les stratégies à mettre en place etc… Par une agence de marketing.
J’ai toujours eu le sentiment que ces gens qui font du marketing expliquent des choses que seuls les gens qui ont fait du marketing peuvent comprendre.
Je n’ai pas fait de marketing. Mais j’ai étudié à l’université et écouté des conférences en allemand qui duraient des heures sur l’histoire ou la littérature allemande alors c’est pas un p’tit speech en marketing qui va m’effrayer!

Ce que je constate, c’est qu’on veut toujours essayer de résoudre les problèmes de mévente du beaujolais en expliquant qu’il faut se débrouiller pour vendre. Tu parles d’une nouvelle!
Mais on ne prend pas le problème à la base. On a expliqué, il y a bien longtemps, aux vignerons comment il fallait qu’ils produisent beaucoup, on leur a dit de planter des vignes aussi pour en avoir encore plus, qu’ils pourraient gagner beaucoup d’argent, on leur a dit qu’il fallait qu’ils vinifient de telle façon pour que le négoce achète les vins. Une façon qui n’était pas la leur, mais on leur a bien expliqué que leur façon était has been, qu’il fallait être modernes, et pas rester des ploucs.

Maintenant, on leur reproche d’avoir planté des vignes partout, d’utiliser des produits qui tuent tout, de faire des vins qui ne plaisent qu’aux organismes certificateurs et au négoce; mais celui-ci ne veut plus acheter parce que le beaujolais… ça se vend plus comme avant. Alors on essaie de leur expliquer qu’il faudrait repenser les façons de faire. Mais qu’ils devront le faire tout seul, cette fois-ci.

Alors tout le monde y va de son jugement accablant sur ces vignerons.
Toi, quand ton patron te dit de faire un boulot, qu’est ce que tu fais? Et bien tu le fais, parce que c’est lui qui te paie et que t’as juste envie de garder ce putain de boulot qui te fait bouffer, toi et ta famille.
Le patron, ici en Beaujolais, c’était le négoce. Tout le monde croyait bosser comme des indépendants.
Non, le patron c’était lui, juste lui.

Aujourd’hui, tout le monde en veut au négoce parce qu’il a abandonné le navire. Ou tout du moins la plupart des navires. Certains vignerons ont pris une barque. Pas trop rassurés parce qu’ils ne savaient pas nager mais ils ont appris, tant bien que mal.
D’autres ont coulé… On a essayé de leur balancer quelques billets à coup de subventions mais les billets, ça fait pas apprendre à nager. On aurait mieux fait de leur balancer des bouées…
Maintenant, on essaie d’expliquer à ceux qui se sont accrochés au navire qu’il va falloir qu’ils le lâchent définitivement.

On leur parle marketing. On leur dit qu’il faut qu’ils définissent leurs univers, que selon l’univers de leur vin, il faudra s’adresser à une certaine clientèle etc… On leur  dit des mots comme romantisme, hédonisme, Beaujonomie
J’ai imaginé le vigneron, rentrant chez lui, qui n’avait encore rien vendu cette année au négoce et qui pensait commencer à commercialiser… Il a du passer une bien mauvaise nuit… Parce que moi, même si j’ai compris ce que voulait dire le Monsieur du marketting, je me demande comment je pourrais m’en servir pour vendre mes bouteilles…

Cultiver, produire, vinifier, vendre, ce n’est pas du marketing. C’est l’histoire des femmes et des hommes du vin. Qu’il faut qu’ils se réapproprient. On leur a volé leur savoir faire il y a des décennies. Il faudra un long travail pour qu’ils réapprennent à faire et à savoir sans douter. A retrouver la confiance. Et je sais que la confiance, quand on l’a perdu, on ne la retrouve jamais comme avant.

Isabelle Perraud

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

7 réflexions sur “Une vigneronne à l’AG

  1. Une Image, d’une Femme, dans les Vignes…c’est aussi du Marketing, non ?

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    • J’imagine – parce qu’on est samedi matin, et que j’ai envie de laisser le bénéfice du doute – que ce commentaire est humoristique? Parce que si ça ne l’était pas, ce serait quand même vachement insultant pour toutes les femmes vigneronnes.

      Aimé par 1 personne

      • J’ai l’humeur taquine les jours « Avec un ciel si bas qu’il fait l’humilité »

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  2. Pas d’excuse. La pinardotheque, elle, veille tous les jours.

    Aimé par 1 personne

  3. En effet il ne s’agit pas d’excuse, et voir une insulte dans le commentaire est réducteur car l’utilisation d’images, quand bien même il s’agirait d’une Dame, est fréquente dans le marketing..Le picture marketing, ou marketing par l’image, consiste à mettre en oeuvre des campagnes sur les réseaux sociaux via différents supports visuels.Hop je vais boire une cuvée Atom’Hic de Laurence pour m’en remettre, du mauvais temps. Santé

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  4. C’est vrai que le beaujolais a plutôt « mauvaise réputation », et c’est bien dommage. Les démarches prises par Isabelle Perraud sont les bonnes, reste une mentalité de consommateurs à faire évoluer sur le sujet.

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  5. Une lecture saine et revigorante ! Merci Isabelle de dire les choses aussi clairement. Le vigneron, le vrai, celui ou celle qui trime à la cave n’en a strictement rien à foutre du marketing qui sert surtout à piquer son pognon.

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