Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

14 Commentaires

La météo nous avait prédit un temps maussade et voilà qu’il faisait beau au pied de la chaîne du Jura, côté suisse. C’était au début printemps dernier. Après un peu de bateau, une dégustation inopinée nous a permis de déguster quelques cuvées issues des vignobles qui bordent le lac, Bielersee AOC. Cela se passait à la Vinothek Viniterra de Twann. Vous l’aurez compris, nous étions dans la partie bernoise du lac de Bienne (Bielersee en allemand). C’est une région bilingue où francophones et germanophones se côtoient, un peu comme chez moi, mais peut-être avec moins d’aléas, du moins, je crois. Le lac de Bienne constitue avec celui de Neuchâtel et celui de Morat, le Pays des Trois-Lacs ou Drei-Seen-Land réparti entre les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et Vaud. Le canton de Neuchâtel borde l’extrémité ouest du lac de Bienne. Voilà le décor planté, place à la dégustation.

Sur le lac de Bienne

Accoudé au comptoir de la vinothèque

 

Elle semblait totalement improvisée, cette dégustation, mais la bonne humeur, l’entrain, l’endroit et puis la qualité du choix des vins et la présence des vignerons ont rapidement infirmé cette première impression. Mais quoi de plus sympa que de déguster dans une atmosphère décontractée où tout est prévu sans que cela ne se ressente.

Clos de Rive 2015 Chasselas Bielersee AOC Andrey Weinbau à Ligerz

Robe blanche au léger jaune, des fruits blancs et jaunes maculent de leur chair quelques cailloux éclatés, impression de marmelades de mirabelle et de poire aux accents fumés. Belle fraîcheur en bouche avec du croquant que la trace de carbonique rend plus perceptible, plus pointue. Les parfums de rose blanche et d’aubépine se pavanent avant de laisser la guimauve et l’amande terminer l’élégant discours. www.andreywein.ch  Un vin délicat qui a renforcé notre bonne humeur.

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weingut Bielerhaus à Ligerz

La robe lumineuse, presque fluo au mélange de vert et de jaune, au nez de gelée de pissenlit et de poire croquante couchée sur un lit de foin. La bouche suave, fraîche, rappelle les tisanes de montagne accompagnées d’un carré de chocolat blanc. La texture fluide au liseré délicatement amer au goût de réglisse. Un chasselas particulier mais dont le caractère affirmé plaît. www.bielerhaus.ch

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weinbau Schlössli à Twann

Transparence jaune aux nuances vertes qui évoque le citron et le melon poudrés de poivre noir et de muscade. La bouche offre un équilibre assez différent des deux premiers. Moins acide, il s’avère plus ample, plus large, parfumé d’angélique, de bigarreau et d’agrumes confits, style tutti frutti sans le sucre, mais avec une pointe saline. Un autre aspect du Chasselas bien plus nuancé qu’on le croit en général.

Fromentin 2015 Lac de Bienne AOC Domaine du Signolet à La Neuveville

Jaune blanc, nez de pêche blanche épinglée d’une étoile de carambole et coiffée d’une feuille de menthe poivrée. La bouche à la fois acidulée comme les jus mêlés d’une groseille à maquereau et d’un citron jaune et salée comme une goutte d’embrun. Après ce va-et-vient gustatif, le vin s’assagit et nous livre quelques subtiles nuances de mandarine, de noisette et de fougère. Sacré Savagnin alias Fromentin! www.lesignolet.ch

Blanc 2015 Bielersee AOC Anne-Claire Schott à Twann

Un vin particulier, la robe vert pâle, le nez respire l’asparagus et la rose ancienne, le silex, la fougère, un rien la rhubarbe. La bouche croque et nous fait craquer par cet oscillation subtile entre fraîcheur et amertume. Un duo qui vite se transforme en trio avec la suavité des fruits confits. Tout y est bien sec, mais avec de l’onctuosité. Il est à la fois tranchant et généreux, plein de caractère mais courtois. Et puis élégant, très élégant avec cet élan floral qui ne nous lâche pas. Le plus marrant, c’est que c’est un vin d’assemblage aux raisins cueillis le long des murets, là où le soleil le réchauffe le plus. Ces six cépages, Chasselas, Pinot Noir et Gris, Chardonnay, Sylvaner et Sauvignon ont été vinifié dans un œuf. www.schottweine.ch www.aromaderlandschaft.ch

Ce qui étonne aussi, c’est la grande fraîcheur de ces vins. Avant de rejoindre la vinothèque, un passage sur l’île Saint Pierre au milieu du lac de Bienne nous avait confronté à un équilibre tout différent.

Les Chasselas y étaient moins vifs, comme les autres cépages. Mais certes tout aussi agréables à déguster. L’explication la plus plausible, le sol. Sur l’île, la vigne pousse dans des sables de grès décomposés, donc un sol acide. Alors que sur la rive nord, autour de Twann, elle est plantée dans des calcaires, un sol basique. Ma courte expérience sur le sujet, selon laquelle un sol basique donne des vins plus acides et inversément un sol acide donne des vins moins acides, semble se vérifier, au moins quand la nature même du substrat n’offre qu’un seul type de roche; après, tout peut se nuancer.

Si vous passez par la Suisse, profitez-en pour y déguster quelques vins, ça en vaut la peine.

 

Widerluege!

 

 

 

Marko

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

14 réflexions sur “Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

  1. Marc, comme tu t’en doutes, je ne crois pas une seule seconde que ce soit le pH du sol qui détermine les caractéristiques que tu décris. Et je suis à peu près sûr que David sera du même avis. Par contre, je ne mets pas du tout en question le sentiment que tu as, fruit de ton expérience. Il faut chercher ailleurs la raison de ces caractéristiques. Le vin n’est PAS un ultrafiltrat de la roche sur laquelle le vignoble se trouve. Il est le résultat du métabolisme de la vigne et des paramètres de sa maturité, puis des techniques employées par le vigneron et de son élevage. Je fais aussi remarquer que la différence de pH entre un seul dit « acide » (généralement, des schistes, par ex.) et des sols dits « basiques » (du calcaire, pour faire simple) n’est pas caricaturalement élevée. Sinon, on est obligé d’amender. La végétation pousse mal quand on s’éloigne de la neutralité. Il est plus probable que les calcaires, tout en étant poreux (on est d’accord), accumulent quand même un peu d’eau en profondeur (regarde les caves dans le tuffeau). Si le climat est « froid » (tout est relatif), la maturité y sera moins grande. Dès lors, surtout sur des blancs sans FML, on aura un vin avec plus de fraîcheur. Un autre exemple est le plateau de Saint-Emilion, qui donne généralement des vins plus vifs que les sols plus lourds des pentes … ou la plaine à maïs qui constitue l’essentiel de l’appellation et de ses satellites.

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    • Luc, cette histoire de pH du sol n’est pas le fruit de mon imagination, elle est corroborée par quelques scientifiques qui se sont penchés sur la question. Et certes les contre exemples existent, comme je le dis, rien n’est catégorique et bien d’autres paramètres interviennent. Mais, je dois constater qu’il y a une tendance à avoir des vins plus frais sur sol basique et moins frais sur sol acide. Et même s’il;est vrai que le pH ne varie pas de façon excessive entre les deux, n’oublions pas que le pH est une échelle logarithmique et par conséquent une différence 2 est énorme.
      Marc

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      • Luc, avant de parler pH, « ultrafiltrat » de la roche (déjà lu sous la plume « pH 2 » de David lorsqu’il s’agit de terroir), porosité et autre paramètres physiques et chimiques, il faudrait peut-être faire l’effort de tenter de connaître ce qu’ils représentent et non pas de seriner toujours la même chose (le rôle du sol est limité, voire inexistant – déjà lu maintes fois…).
        Merci de souligner Marc, que l’échelle du pH est logarithmique…Tout bête, et pourtant méconnu. Simplement, en reprenant le terme ultrafiltrat, certes le vin n’est pas cela à 100%, mais cherchez l’erreur : l’eau traverserait donc le sol sans se charger d’éléments en solution ? Transmis à la plante par la sève montante ? Le tri entre les constantes et les variables, s’agissant du vin et du vigneron, est rarement mis en œuvre. Or, il est essentiel. Je suis conscient qu’il manque des papiers bien écrits sur le sujet. On peut s’en occuper avec deux ou trois amis. Promis, mais pas avant 2018 (trop de travail jusqu’à fin 2017).

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  2. Une autre rmq, tout à fait con-con celle-là: je ne comprends pas ton titre. Tu ne nous parles pas de Brahms, Fauré, Chopin, Schubert, Liszt ou quelques autres que j’oublie.

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  3. C’est la dégu qui était impromptue…

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  4. Impromptu Luc ne s’adresse pas uniquement à la musique, c’est tout simplement un moment inopiné.
    Marco

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  5. Félicitations tout d’abord pour ce très bel article.
    Mis à part le fait que celui-ci comprenne une photo sur laquelle un des rédacteurs de Vinifera-Mundi figure (merci 🙂 ), quel bonheur est ce de partager ce plaisir pour gens cultivés. Les vins suisses, aussi en raison de leurs productions souvent confidentielles, ne rayonnent que rarement à l’étranger. Et non par manque de qualité ou en raison de leurs tarifs que l’on voudrait croire exhorbitants. Les vignerons ne me paraissent pas toujours très à même de s’exporter, régulièrement ils me demandent comment accéder au marché français… Et pourtant il existe des choses magnifiques tout autour des trois lacs de Neuchatel, Marat et bien sûr Bienne. La région des Trois Lacs (Drei-Seen-Anbaugebiet) -« Drei-Seen-Land » est plutôt réservé à la production maraichère et fruitière- regorge de pépites et de viticulteurs talentueux. Vous avez courageusement opté de vous concentrer sur le Chasselas, ce cépage inconnu (je crois du moins) en France. Vous auriez pu opté pour la facilité et présenter les superbes Pinot Noir de la région. Un Jacques Tasciatore n’a rien a envier aux meilleurs producteurs bourguignons, mais il ne constitue en aucun cas une exception.

    Le Chasselas… Ce cépage maudit…. Ne dit-on pas qu’un ancien Conseiller Fédéral (l’équivalent de vos Ministres) serait mort d’avoir trop abusé notamment de Fendant? Les Suisses ont toujours regardé ce cépage d’un très mauvais oeil…. Le Fendant, l’Epesses, d’autres correspondent, pour prendre un raccourci, à votre Beaujolais nouveau… Des vins de m…. Ainsi le pense la vox populi, tout au moins. Et pourtant il suffit de boire les vins des meilleurs vignerons, qu’ils soient dans la fameuse région des trois lacs ou sur/autour le lac Léman et ses magiques côteaux de Lavaux ou à Féchy (Raymond Paccot) pour s’apercevoir que non seulement tout ça peut magnifiquement vieillir (http://vinifera-mundi.ch/pdfs/schweiz/ArteVitis_Chasselaspresse.pdf) mais aussi offrir un plaisir incommensurable.

    Telle se présente la Suisse et il serait bon que les limitrophes, tout au moins, passent la frontière pour voir tout cela de plus près. D’autant que ces vins ne sont souvent pas si chers.

    Bien cordialement

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    • Merci pour votre commentaire enthousiaste. Quant au Chasselas, je participe chaque année à son Mondial, à Aigle et j’aime ça, vu les différentes expressions que peut adopter ce cépage, comme vous dites, mal connu et souvent décrié.

      Marco

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  6. Pas mal de Belges se rendent en Valais, surtout, un peu en Vaud, y consommant les vins locaux (Chasselas, mais aussi Petite Arvine, Humagne, Gamaret, Johannisberg, Ermitage…) et en ramenant parfois. Mais il serait bon qu’ils fassent un détour par d’autres régions – Neuchâtel, les Trois Lacs, et aussi Genève, le Tessin, les Grisons…
    Il serait bon aussi qu’ils puissent retrouver ces jolis vins en Belgique.

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  7. Totalement d’accord avec vous deux 🙂
    Marco, peut-être aurons nous l’occasions de faire connaissance autrement que par messages plus ou moins anonymes.
    Hervé, oui, la richesse des terroirs suisses fascine l’amoureux de vin. Ce n’est sans doute pas tout à fait un hasard d’ailleurs si un ami, José Vouillamoz, est… suisse.
    Pour ne pas perturber l’amateur français outre mesure, il lui serait peut-être bon de commencer par comparer un cépage qui lui est connu. On peut tout autant s’attarder sur le cas du Merlot et ses expressions différentes en fonction des cantons où les vignes poussent. Qu’il s’agisse de Genève ou du Tessin, il est possible de s’apercevoir que ce cépage permet de produire des cuvées ou des monocépages tout à fait intéressant sans plagier les Bordelais. De même une comparaison entre Syrah du Valais et de la Vallée du Rhône côté français ne manquera pas de remettre quelques convictions en cause. Un Quintessence de Benoit Dorsaz n’a, objectivement, pas ࣠palir devant les grands vins du Rhône septentrional… Finalement, et pour vraiment s’ouvrir l’esprit, il faudra constituer deux volets supplémentaires. L’un consacré aux Pinot de la Suisse, l’autre aux liquoreux. Dans les deux cas la Suisse excelle. Je me rends deux semaines par an en Bourgogne et j’ai déjà surpris différents vignerons locaux, y compris parmi les plus connus, avec des Pinot du canton de Zurich… Que dire de ceux, justement, de la région des Trois Lacs ou des Grisons. La magie s’opère tout simplement. Et, alors que bon nombre de Français sont convaincus de produire les plus grands vins doux du monde, ils découvrent et s’émerveillent quand on leur sert ces cépages que vous citez, l’Ermitage, le Johannisberg, la Malvoisie, d’autres encore. Rares ils sont, rares ils resteront, sans aucune chance de créer des effets de mode et ça contribue aussi à leur magie.

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  8. Très belle approche, Marco, qui incite de façon particulièrement prégnante à suivre tes pas dans cette région fort attractive par maints aspects. J’avais déjà apprécié ton papier concernant la syrah du Rhône oriental de Benoît Orsaz.

    Ma première expérience des vins suisses date des années 1955-1960. C’est vieux…Nous allions à cette époque passer quelques jours de vacances en Haute-Savoie chez un cousine qui tenait un hôtel-restaurant d’une grande modestie au Col de Cou (sud de Thonon les bains). Elle avait en cave de mauvais vins capsulés, mais aussi quelques Crépy intéressants. Prudent, mon père chargeait dans la Traction une bonbonne de CdR de sa production afin d’étancher les soifs du séjour. De là, nous allions en Suisse chez des amis, à Genève et à Nyon. Quelle était notre surprise de déguster des vins délicieux de cette rive du Léman, surtout pour nous, rhodaniens vinificateurs de rouges. Il nous faisaient déguster du « Fendant du Valais », sans doute d’un niveau moyen, mais nous ne disposions d’aucune échelle de comparaison à cette époque. Merveilleux souvenirs.

    Alors, vive la Suisse et ses vins !!

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