Les 5 du Vin

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Muscadet et huîtres : un accord classique qui ne marche pas !

Les accords « classiques » ont la vie dure et longue. Parfois ils fonctionnent assez bien, mais, dans d’autres cas, j’ai du mal a comprendre leur justification gustative. C’est le cas de la combinaison hyper-classique du muscadet avec des huîtres. Le muscadet est un vin blanc assez délicat, voire discret et, pour les meilleurs, peu acide. L’huître, avec certes des variations saisonnières et selon l’origine, a un goût parfois bien marqué par le sel, souvent par l’iode, et qui contient pas mal de cette saveur que les japonais ont nommé umami. L’umami, aujourd’hui reconnu par des scientifiques comme un cinquième goût, est autant une texture qu’une saveur et dont la présence de glutamate est un ingrédient essentiel. Il agit aussi comme un exhausser de goût et, dans le cas de l’huître, cet effet est amplifié par la présence du sel. Je pense que cette combinaison est la source de mon problème avec l’accord huîtres/muscadet. En tout cas, le résultat pour mon palais, et que le goût de l’huître domine systématiquement celui du muscadet, qui disparaît presque totalement. Parfois aussi cette combinaison produit un goût métallique assez déplaisant.

J’ai souvent été déçu par un effet d’écrasement du vin par certains plats, et ceci me semble particulièrement vrai avec cet accord qui, pourtant, est constamment reproduit dans des livres ou articles. J’avoue y avoir cédé parfois par facilité. Pourquoi insister alors sur un tel accord ? Une proximité des régions de production des deux produits peut engendrer ce type de solution de facilité. Bretagne pour les huîtres et Muscadet pour le vin blanc est un cas évident. D’autres cas similaires fonctionnent mieux pourtant, comme Sancerre et fromage de chèvre, ou Gewurztraminer et Munster. Mais la proximité géographiques des produits n’est pas une preuve d’un bon accord.

Très récemment, à l’occasion d’une présentation des excellents vins de Muscadet de Jérémie Huchet et Jérémie Mourat, j’ai pu de nouveau expérimenter cet accord, ou plutôt ce désaccord, et avec des très beaux vins de Muscadet. Cette dégustation avait lieu à Paris et les accords avaient été préparés par l’excellent professionnel qui est Olivier Poussier, avec des huîtres de grande qualité et de différentes provenances, assortis à des muscadets issus des crus communaux, sujet dont mes collègues ont déjà parlé sur ce même site. Les vins provenaient de millésimes qui s’étalaient entre 2016 et 2002, renforçant clairement mon avis déjà acquis que ces vins ont une bonne capacité de garde et que les meilleurs y gagnent en complexité. Les vins présentés ayant beaucoup de qualités, je vais vous les présenter avant de revenir sur le sujet des accords, ou plutôt le problème des accords tels qu’ils étaient proposés à cette occasion.

Muscadet Sèvre et Maine, Clos les Montys 2016

Seul vin de la série à ne pas être issu d’un des crus communaux, son nez fin et délicat est plutôt floral. La bouche est directe, simple, relativement vive et très agréable. Une bonne mise en bouche pour la suite.

Muscadet Sèvre et Maine, Monnières Saint Fiacre 2014

Ce vin était encore en cours d’élevage au moment de la dégustation. Le nez avait donc un caractère de réduction qui me faisait penser à de la cacahuète. Assez intense, ciselé et directe. pas encore très complexe.

Muscadet Sèvre et Maine, Clisson 2014

Pas très aromatique au nez, mais cela semble être un constant pour les muscadets qui, pour moi, se révèlent surtout en bouche. Dans ce cas on découvre une belle suavité, qui est à la fois tendre et complexe, au cœur intense et avec une très belle longueur. Un très beau vin.

Muscadet Sèvre et Maine, Goulaine 2013

Plus « large » dans ses saveurs avec aussi une belle intensité et beaucoup de longueur. Le fond est assez ferme avec une touche  un peu métallique. Du coup le fruit peine à enrober cela et le vin paraît assez austère. En anglais on dirait « steeely » (vous remarquerez mes efforts pour éviter le mot valise de « minéral » !)

Muscadet Sèvre et Maine, Château-Thébaud 2012

Nez plus complexe avec des notes fumées. Relativement riche et savoureux en bouche. Précis et vif avec une excellente longueur.

Muscadet Sèvre et Maine, Gorges 2012

Ce nez m’a semble plus parfumé que les autres, avec un léger fruité de fruits blancs et un accent océanique. Le fond est solide et, dans ce cas, le fruit s’y intègre très bien sans être écrasé. Une combinaison très intéressante entre tendresse et austérité. Très joli vin.

Muscadet Sèvre et Maine, Château-Thébaud 2002

Ce vin était servi à table, juste après la dégustation. Il m’a semblé bien plus riche et puissant que tous les autres, peut-être en partie parce qu’il n’y avait pas d’huîtres pour interférer. En tout cas l’évolution dans le temps lui a été bénéfique, le faisant gagner en puissance aromatique et en complexité. Très beau vin.

Pour plus d’informations sur ces excellents vins, voici l’adresse de leur site dédié : http://www.lesbetescurieuses.fr

 

Les huîtres et la difficulté de ces accords

Les huîtres étaient de très belle qualité, là n’est pas le problème. Il y avait des spéciales de claire d’Oléron et du Bassin d’Arcachon, des spéciales de Bouzigues, des Princesses de Kermancy de La Trinté sur Mer, des Prat ar Coum d’Yvon Madec et des plates de Cadoret. Chaque huître était proposé avec un Muscadet en particulier. J’ai essayé les accords tels qu’ils étaient présentés, puis j’ai fait des croisements pour voir si cela marchait mieux. Sans grand succès.

J’ai trouvé que le meilleur accord était avec le muscadet le plus jeune et le plus simple : le premier vin dans ma liste ci-dessus, à condition de prendre une huître pas trop puissante. La saveur riche et la texture grasse de l’huître plate écrasait tous les vins, et, à moindre degré, toutes les autres huîtres s’avéraient trop puissantes pour tous les vins. Pour trouver un bon accord avec l’huître ne faudrait-il pas essayer plutôt des vins ayant des saveurs plus perçantes, à l’acidité plus prononcée ? Ou introduire un peu de sucre dans l’équation avec un demi-sec, afin de contrer l’effet de l’umami qui agit presque exactement comme le sucre dans les accords. Ou simplement accepter stoïquement la défaite et prendre plaisir avec son huître avant de boire un coup ? Vos idées et expériences seront le bienvenu ici…..

David


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Moi aussi j’étais à La Livinière et j’ai reçu un Bôjô Nouvô

À La Livinière, le vent du Nord, plus froid et plus fort que la Tramontane, tentait d’arracher les dernières feuilles aux vignes. Nous, nous étions ballotés comme les nuages gris et bas par les bourrasques. Un temps à rester au coin du feu à refaire le monde autour d’un verre. À la place, nous avons fait une verticale au Clos des Roques. Les Gastou voulaient nous démontrer que leur Mal Pas – le lieu-dit où nous prenions le vent – avant avait une réelle capacité à vieillir. Étonnante fraîcheur du 2003, millésime qui d’habitude ne survit que par son excès d’alcool et de tanins. A conseiller, également, le 2005, le 2010 et le 2015.

Le lendemain, le vent ne s’était pas calmé, mais les grisailles et l’humidité avaient fait place au soleil. Un soleil froid certes, mais quelle belle lumière! Elle faisait chatoyer le rouge des vignes de Carignans qui se détachait du camaïeu ocre pâle des Syrah et des Grenache. Une autre verticale au Domaine Faîteau, la cuvée Gaston de 2006 à 2015, nous a montré l’évolution qualitative des vins, comme la veille au Clos des Roques, d’ailleurs. On se dit que les 2015 seront meilleurs dans 10 ans que les 2005 aujourd’hui.

Déjeuner au Clos Centeilles avec les vins dégustés à l’apéro La Closerie de Félines 2014 Domaine Charpentier, le Mourel rouge 2015 de Jean-Luc Dressayre, L’Aldénien 2016 du Domaine Rouanet-Montcélèbre, La Cantilène 2015 du Château Sainte Eumalie et bien entendu, le Clos Centeilles 2012; rien à jeter, du fruit, de la structure ou de la gourmandise, c’est selon.

Nous partons ensuite pour le Château Maris – un peu extravagant, mais très sympa, où j’ai beaucoup aimé La Touge 2015 et pour terminer L’Oustal Blanc et sa Prima Donna 2014 succulente.

J’y ajoute quelques vins dégustés d’entrée, au hasard des dégustations et lors des dîners : le Château Cesseras 2014, le Domaine de la Borie Blanche 2014, Le Viala 2015 de Gérard Bertrand, la cuvée Sòmi 2015 du Domaine de la Senche, Le Champ du Lièvre 2014, La Féline 2015 de Borie de Maurel, Line et Laetitia du Domaine Piccinini, le Domaine de la Siranière 2013, le Domaine Lignières-Lathenay 2015.

Comme Hervé, je peux dire que cette fois-ci, j’ai beaucoup aimé les vins dans leur ensemble, bien plus qu’il y a deux ans lors d’un bref passage sur place pour déguster les Livinages.

 

Le Bôjô nouvô qu’il est bô!

 

C’est celui de Dominique Piron, d’un violacé profond, rubicond (le Beaujolais, pas Dominique), au nez à la fois floral et fruité, des résédas, des roses anciennes, de la violette et de l’iris, des mûres mélangées de griottes et de framboises. Parfums que l’on retrouve en bouche et qui maculent de leurs jus généreux l’étoffe tannique aux grains fins qu’on dirait un boutis d’organdi. Il était bien bon, mais très décevant… quant à la quantité! 75cl, c’est bien trop peu pour étancher notre soif gourmande.

« Vais déboucher kek chose, ça m’a donné soif », comme disait le regretté Jean.

Ciao

Marco

 


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La Livinière, en images et en vins

On peut aimer un vin de loin, par tradition familiale ou au hasard de l’ouverture d’une bonne bouteille. On peut aussi apprendre à l’aimer de plus près, en arpentant ses vignes et en écoutant ses vignerons. Pour cette fois, j’ai choisi la deuxième méthode.
Le vin, c’est celui de la Livinière, dont j’ai déjà eu l’occasion de vous vanter quelques vins, à l’occasion du Livinage, mais où je viens de passer quelques heures à voir, à déguster et à échanger.
Voila pour la ballade. Vous conviendrez avec moi que ce cru ne manque pas de pittoresque.

Et les vins?

Et pour les vins? Je vous donne ma sélection:
La Siranière 2012 et 2013
Clos Centeilles 2011… et 2001
Clos des Roques 2015 et 2012
L’Oustal Blanc Prima Donna 2014
Château Maris La Touge 2015
Sainte Eulalie Cantilène 2015
Montcélèbre L’Aldenien 2016 (échantillon)
Château Faîteau Cuvée Gaston 2008 et 2011
Borie de Maurel La Féline 2015

En bref

Un tout petit mot d’accompagnement: Mesdames et Messieurs de La Livinière, vos vins (que je déguste régulièrement lors de Terroirs & Millésime en Languedoc) n’ont jamais été aussi bons. Et je ne parle pas que des cuvées de prestige, je parle des vins en général, pour lesquels vous semblez doser de mieux en mieux l’extraction et le bois (quand vous l’utilisez, ce qui n’est pas une obligation). Alors, merci pour l’accueil, et bravo!

Hervé Lalau


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The launch of Cru Vallet: potentially the 10th Muscadet Cru Communaux

Cru Vallet

This week saw the official launch of Cru Vallet, the latest Muscadet Cru to seek recognition by the INAO and the French Government. Cru Vallet would be the 10th Muscadet Cru Communaux assuming that all goes to plan and that it gains recognition. It is also the potentially largest in terms of area planted suitable for cru status with the largest number of vignerons – 25 from 22 domaines. 

The process towards a cru was started by the Vallet producers in 2011 and there have already now carried out various studies and held tastings in order to determine what are the characteristics of a Cru Vallet. 

Of the two types of soil/rock found in ‘Cru Vallet’ they have opted for the ‘gabbro’ to represent the cru in preference to mica schist. 

Muscadet Cru Communaux – the current state of play

Although there are currently ten potential cru communaux, there are still just three that are officially recognised. These are Clisson, Gorges and Le Pallet, which were recognised back in 2011.

There are another four – Goulaine, Monnières-Saint Fiacre, Mouzillon-Tillières and Château-Thébaud that are expected to be formally recognised very soon. It had been anticipated that these four crus would have already been formally approved. François Robin of Vin de Nantes says: « the delay has been largely for administrative reasons. I expect they will be formally ratified in 2018. »  

Then there are another three – Champtoceaux (Coteaux de la Loire – only one of the 10 outside Sèvre-et-Maine), La Haye Fouassière and Vallet. These still have a way to go before being recognised by the INAO, although Robin thinks that the process should be shorter than previously due to learning from the processes that were necessary for the earlier crus and that they have already started making their case. However, it is unlikely that these three will be recognised before 2020/21.

In 2016 the indicative area for all of the 10 ‘cru communaux’ was 152 hectares:

Champtoceaux : 6ha
Château Thébaud : 11ha
Clisson : 20ha
Gorges : 12ha
Goulaine : 6ha
La Haye Fouassière : 12 ha
Le Pallet : 66ha
Monnières Saint Fiacre : 13ha
Mouzillon Tillières : 9ha
Vallet : 9ha

Le Pallet, which is essentially the cave coop, is to date much the most important in terms of vineyards set aside to make cru communaux.

From Vin de Nantes newsletter and press release on the launch of Cru Vallet:

Le 8 novembre, le collectif du cru « Vallet » a levé le voile sur son projet. Mûri de longue date, il fédère 25 vignerons sur les communes de Vallet, La Regrippière et Tillières.

 

 

La genèse 

C’est en 2011 que des vignerons de Vallet se réunissent pour la première fois en vue d’élaborer un projet de cru communal. Une association voit le jour, présidée par Alain Olivier, et travaille avec Gwenaël Guérin, ingénieur agronome, pour identifier les caractéristiques des sols et évaluer leur potentiel. En 2012 et 2013, des études de sols permettent d’identifier le type de roche de la commune : d’un côté le gabbro, de l’autre des micaschistes. C’est cette roche qui sera retenue pour le cru Vallet.

Les caractéristiques
Pour être sélectionnées en cru Vallet, les parcelles doivent être situées sur un socle géologique ancien. Les sous-sols où la roche-mère est fissurée, en voie de désagrégation ou en cours d’altération sont favorisés. Les parcelles les plus pentues avec une capacité de ressuyage élevée sont également privilégiées. Quant à la profondeur de sol, elle doit être comprise entre 20 et 40 cm. 40 parcelles répondent aujourd’hui à ces critères. Elles sont situées sur quatre communes : Vallet, La Regrippière, Tillières et Le Landreau.


Les critères de production sont quant à eux très proches de ceux des crus actuellement reconnus ou en cours de reconnaissance. Le rendement est limité à 45hl/ha et l’élevage minimum est de 18 mois avec une moyenne de 24 mois. A la dégustation, cela donne un vin complexe, riche, rond, minéral et frais, aux notes de fruits exotiques. Un vin de gastronomie qui se marie parfaitement avec du poisson, des viandes blanches, des fromages à pâtes dures mais également des pâtisseries. 

Le collectif
Ils sont 25 vignerons, hommes et femmes, représentants 22 domaines situés sur les communes de Vallet, La Regrippière et Tillières à participer à cette démarche. Leur production s’élève actuellement à 350 hl/millésime. L’objectif est de fédérer à terme 30 Domaines pour une production de 1000 hectolitres.
L’association est aujourd’hui présidée par Vincent Dugué, vigneron à La Regrippière, et compte également une douzaine de soutiens. Le cru Vallet a en effet réussi à mobiliser des partenaires publics et privés locaux autour de son projet. 

Le calendrier
L’association n’est qu’au commencement de la démarche. Même si les caractéristiques du cru sont définies, même si elle bénéficie d’une antériorité sur plusieurs millésimes, le processus est encore long. Le collectif va demander à rencontrer la commission d’experts de l’INAO afin de démontrer le lien au terroir. Cela permettra d’établir les principes et les critères de délimitation des aires géographiques. A partir de là, une aire d’appellation précise sera réalisée et proposée à l’INAO.

En attendant, l’association prévoit de communiquer sur sa démarche. Un site internet www.cru-vallet.fr a été mis en ligne et les réseaux sociaux ont été activés. Prochaine étape : la présentation au grand public. Une dégustation de huit échantillons sera organisée ce dimanche 12 novembre au matin, dans l’atrium de la mairie de Vallet.

 

Jim Budd IMG_2715


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Revoir Colombo, revivre Cornas !

Enquêtrice de choc, notre Marie-Louise a déjà presque tout déballé sur les frasques du personnage, comme vous pourrez le constater en suivant ce lien. J’ajouterai pour ma part que, pour résumer mon sentiment à chaque occasion où je me retrouve face à lui, Jean-Luc Colombo ne change pas et fait figure de fou génial qui remue ciel et terre pour atteindre son but. La communication étant chez lui une seconde nature, il peut déplacer des montagnes, renverser des obstacles, tout chambouler pour enfin obtenir le résultat, « son » objectif. Il ne le dit pas, mais son credo dans la vie consisterait à faire preuve d’une très forte notoriété face aux vignerons/négociants déjà bien établis entre Vienne et Valence, j’ai nommé Jaboulet, Chapoutier, Guigal et les autres. Un rien mégalo, il veut lui aussi sa part de gâteau sur la carte des grands crus du nord-rhodanien. Malgré tout cela, l’homme ne néglige pas l’amitié, bien au contraire : il la cultive. Et c’est pour cette raison majeure que je suis venu l’embrasser à l’occasion de ses 30 ans de présence et de fidélité à Cornas.

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Des tipis dressés au bas de Cornas pour abriter les festivités de Colombo. Au fond, les vignes de ce petit cru qui ne dépasse pas 200 ha. Photo:MichelSmith

Car il faut bien le dire, hormis la présence d’une ou deux vedettes – qu’il est loin le temps où l’on s’arrêtait sur la 86 chez le grand Auguste (Clape) dans l’espoir d’acheter un ou deux cartons en s’entendant dire : « Désolé, je n’ai plus rien à vendre, mais si vous voulez, j’ai tout à déguster ! » -, Cornas n’a jamais été le cru chéri de la plupart des goûteurs professionnels qui préférent les salamalecs d’un Marcel (Guigal) aux plaisirs plus simples d’un Voge ou d’un Lionnet. Trop au sud ce cru du Nord ! Trop beaujolais comme sonorité que ce Cornas granitique dernier de la liste. Et puis trop Ardèche, trop péquenot… Trop ? Oui, sauf pour des anglais dénicheurs de crus comme Tim (Johnston) ou John (Livingstonelesquels ne rataient rien des vins à découvrir dans ce « couloir magique » où émergeaient d’autres appellations méconnues telles Crozes-Hermitage ou Saint-Joseph. C’était l’époque où l’agriculteur du coin hésitait encore entre les arbres fruitiers et la vigne. Certains faisaient les deux, ce qui était plus rassurant à leurs yeux.

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Bordée par le Rhône, la petite ville de Tain et sa colline de l’Hermitage. Photo: MichelSmith

Alors ? Alors je n’ai jamais compris pourquoi la cote (les prix) d’un côte-rôtie ou même d’un hermitage pouvait être telle qu’elle reléguait Cornas au plus bas de l’échelle. Une injustice de plus à mes yeux de débutant ! Colombo pensait un peu comme moi. Dès son installation à Cornas, alors simple patron avec son épouse, Anne, d’un Centre œnologique toujours en activité, JLC s’est présenté, chemise ouverte et sourire au vent, comme le chantre de cette appellation oubliée et méprisée. Tout en attirant autour de sa personne une bande de jeunes vignerons en quête de gloire et de marchés. Un peu à la manière d’un Georges Vernay, il fonde à leur intention Rhône Vignobles. Ce titi marseillais qui adore cuisiner dans sa cheminée, va se construire un domaine qu’il souhaite inscrire dans la biodiversité puis dans la bio tout court. Parallèlement, il fonde son entreprise au sein de laquelle il révèlera quelques climats notoires devenus depuis les grands représentants de Cornas.

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Colombo (à gauche) et la gastronomie, une longue histoire. Photo : MichelSmith

Non content de développer une société de conseil parallèlement à une boîte de négoce, ce mec nous paraissait fou au point de mettre son vin en bouteille bordelaise pour le vendre au tarif d’un grand cru ! De quoi faire sortir Parker de ses sentiers battus et voir frémir les babines de Bettane. Et maintenant, voilà qu’il dirige une florissante et grande winery en bas du village, rue des Violettes, toujours avec Anne, mais aussi avec sa fille, Laure, véritable ressort ambulant aux joues bien roses, mariée à un vigneron de Saint-Péray et toute jeune maman d’une ravissante petite Lili. La soixantaine engagée, tel un parrain du bas de la Canebière, Jean-Luc Colombo règne en maître sur ses cuves et ses barriques, s’accordant quelques escapades dans son nouveau vignoble proche de son autre base familiale, à Carry-le-Rouet, et de sa chère Méditerranée.

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Photo : MichelSmith

On pourrait faire un livre sur ce personnage de roman. Lors de sa fête bisannuelle si bien décrite par Marie-Louise jeudi dernier, fête à laquelle j’étais également invité, tandis que notre sommelière nationale se débrouillait pour se concentrer sur les vieux millésimes (en 7, depuis 1987) des Ruchets, le cru-phare (et bio) de la famille Colombo, j’ai voulu de mon côté prendre quelques notes sur les vins mis en dégustation libre. J’en ai profité pour me concocter un petit tasting particulier avec l’aide de ma compagne, Brigitte, qui me présentait un à un les vins sans commentaires superflus tandis que j’étais confortablement assis sur une belle chaise en plastique, le carnet posé sur une nappe en papier encombrée de gadgets américains, vu que les US étaient à l’honneur. Ainsi, pour vous punir (ou vous récompenser) d’avoir lu jusqu’au bout, voici mes notes, en commençant par les blancs. Les prix indiqués sont TTC. Lors des Automnales, il y avait des réductions intéressantes sur bon nombre de cuvées.

-IGP Méditerranée 2016 « Les Collines de Laure ». On devine une certaine altitude dans ce vin d’aspect facile (mais pas ennuyeux), ponctué de notes pierreuses et marqué par une belle acidité au point d’être à l’aise sur les huîtres laiteuses de Marennes. 10 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Abeilles ». Assemblage roussanne/clairette, délicat et gras en bouche, il reste dans la simplicité et demande un an ou deux de bouteille pour révéler pleinement ses arômes floraux. 9,90 €.

-Côtes du Rhône 2016 « La Redonne ». Roussanne associée au viogner, ce blanc ne manque pas de tempérament de par sa fraîcheur, sa densité et sa structure forte d’une belle acidité. Sur des charcuteries. 14 €.

-IGP Méditerranée 2015 « Les Anthénors ». Il s’agit d’une clairette plantée sur les hauteurs de la Côte Bleue, près de Carry-le-Rouet, sur la commune de Sausset-les-Pins. Du gras, de la gourmandise et de la largesse en bouche, c’est un vin très élégant, assez inattendu, marqué par la longueur et qui s’accorde à merveille avec les poissons de là-bas. 28 €.

-Condrieu 2016 « Amour de Dieu ». Typé viognier (abricot sec), le vin est tendre à souhait, riche, voluptueux et plein en bouche. Il manque juste à mon goût un poil de structure, mais peut-être est il trop jeune ? Reste, qu’il se conduit fort bien à l’apéro ! 45 €.

-Sain-Péray 2016 « La Belle de Mai ». Le domaine bio de Laure et de son mari, peuplé d’animaux, donne ici un blanc auquel je n’étais plus habitué dans cette appellation : un style intense, tendre et régulier, mais aussi un fond de fraîcheur bienvenue et une très belle longueur. On ne s’en lasse pas ! Ce fut mon blanc favori durant ce week-end, même si j’estime qu’il a encore besoin de quelques années de cave. 28 €.

-Méditerranée 2016 « Les Collines de Laure ». Un premier rouge facile, syrah pure, dense et bien rythmé en bouche, notes viandeuses et épicées. Parfait pour un tajine de poulet ou de pigeon. 10,10 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Abeilles ». Rouge simple où le fruit s’accorde avec les petits tannins poivrés. Un assemblage, grenache, mourvèdre, syrah à boire frais sur de petites grillades. 9,90 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Forots ». Plus de classe à l’évidence : matière bien balancée par l’opulente d’une expressive syrah, voilà un rouge droit dans ses bottes, capable de tenir 4 à 5 ans grâce à ses tannins joliment associés aux fruits rouges. Finesse en fin de bouche. 14 €.

-Saint-Joseph 2016 « Les Lauves ». Sur la réserve, dense, trame tendue, droiture et équilibre, tannins bien en vue, fruit un peu vert en finale, cela ressemble à un bon vin de garde. 25 €.

-Côte Rôtie 2015 « La Divine ». À la fois tendu, serré et très porté sur le schiste, sans oublier la fraîcheur et l’élégance, voilà un vin secret qui n’est pas prêt de se livrer dans l’immédiat. Syrah bien sûr, avec une pointe de viognier. 48 €.

-Châteauneuf-du-Pape 2014 « Les Bartavelles ». Encore un rouge sous tension, notes de fruits rouges en veilleuse, longueur. Ce n’est pas un foudre de guerre à mon avis, mais il serait plus sage de le rejuger dans 5 ans. Environ 40 €.

-Cornas 2015 « Les Méjeans ». Cette bouteille bourguignonne (serait-ce du négoce ?) livre un rouge dense, prenant et vif. Finale sur des tannins plutôt secs. Attendre encore… 29 €.

Cornas 2015 « Terres Brûlées ». D’emblée le nez s’impose sur la finesse. Assemblage soigné des raisins du domaine provenant des différentes parcelles, c’est l’archétype du cornas qui vous saisit avec fermeté dans son enveloppe d’épaisseur, de densité. Longueur remarquable, les tannins sont bien là, presque trop sévères pour le moment. Laisser passer au moins 10 ans avant de goûter ce vin sur un gibier à plumes, un salmis de palombe, par exemple. 39 €.

-Cornas 2015 « Les Ruchets ». Bien décidée à imprimer son style sur cette parcelle de vieilles vignes face au levant, une vigne qui symbolise l’attachement de ses parents à Cornas, Laure Colombo a réalisé à n’en pas douter une de ses pièces maîtresses. Nez encore plus fin et pointu que le précédent, on ressent en bouche toute la force de ce terroir bien spécifique. Structure prononcée, matière et tannins en réserve, complexité, longueur, c’est un vin que l’on garde 20 ans sans craintes, pour accompagner un canard au sang ou un chevreuil avec une sauce aux truffes. En élevage, la version 2017 s’annonce majestueuse ! 67 €.

-Cornas 2015 « La Louvée ». Nez très fin et caressant, délicatement épicé, voilà une vraie cuvée « sudiste » avec son amplitude gracieuse et harmonieuse, une belle épaisseur en bouche, une force contenue et des tannins magnifiques qui se cachent en réserve. Entre 10 et 20 ans de garde selon la cave. L’agneau s’imposera ! 75 €.

À mon grand regret, l’autre grande cuvée de Laure, « Le Vallon de l’Aigle » 2015 (Cornas), n’était pas proposée à la dégustation. Vinifié uniquement dans les très grands millésimes, elle ne dépasse pas le millier de bouteilles. Il paraît que c’est quelque chose d’unique ! Environ 130 €.

Michel Smith

 


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Deux beaux blancs de Galice

Au bout du bout de l’Espagne, la Galice a longtemps été un de ses secrets viticoles les mieux gardés. Au tournant du millénaire, les albariños des Rias Baixas ont permis de lever un peu du voile. Mais il y a encore bien des trésors à (re)découvrir dans ce Far-West espagnol. La treixadura de Ribeiro, par exemple. Ou le godello de la Ribeira Sacra.

Cette vieille région de vin (Christophe Colomb avait du Ribeiro dans les cales de ses navires lorsqu’il a découvert les Antilles, ce qui en fait le plus vieux vin consommé au Nouveau Monde), compte 5 appellations. Rias Baixas se trouve près de la côte, tandis que les 4 autres (Ribeiro, Monterrei, Valdeorras et Ribeira Sacra), plus à l’est, se situent autour de 400 à 500 m d’altitude.

En Ribeiro. Plus vert que ça… (Photo (c) H. Lalau)

Bien que morcelé, le vignoble galicien présente plusieurs dénominateurs communs. L’influence atlantique, tout d’abord, qui garantit une bonne pluviométrie (même si elle s’estompe à mesure que l’on pénètre dans l’intérieur des terres).

La prédominance des cépages blancs, ensuite –  la région fournit certainement parmi les blancs les plus racés de toute l’Espagne, et à la belle vivacité – mais aussi, quelques rouges de caractère.

Enfin, il y a l’obstination des vignerons gallegos, face aux conditions difficiles de la viticulture régionale – dans certains cas, on peut vraiment la qualifier d’héroïque, vue les pentes et l’isolement de certaines parcelles. Ames sensibles et amateurs de vins faciles s’abstenir !

En Galice, les horreos protègent le grain des rongeurs, et décorent les abords des domaines viticoles (Photo (c) H. Lalau)

L’oenotouriste, lui, n’hésitera pas à découvrir une région que son isolement même a préservée. Un bout d’Espagne étonnamment vert, humide et frais, qui fait penser à la Bretagne ou à L’Irlande, et dont les vignobles pittoresques, accrochés au-dessus des rios et des rias, sans oublier les beaux villages aux maisons de granit, valent le détour.

Pour en revenir aux vins, voici deux belles cuvées dégustés ces dernières semaines.

Viña Mein Tega do Sal Ribeiro 2015

Viña Mein est une des références de l’appellation Ribeiro. Le propriétaire, Javier Alen, est un enfant du pays – il a passé une partie de son enfance à Leiro, près de San Clodio.  Devenu avocat à Madrid, il n’a jamais oublié sa terre d’origine et en 1987, il a décidé de rentrer à Leiro pour y devenir vigneron. Il restaure alors entièrement le vieux Pazo (manoir) de Viña Mein pour en faire un joli petit hôtel et un petit domaine viticole. Il a contribué de manière déterminante à la renaissance de la treixadura.

Cette cuvée compte d’ailleurs 75% de treixadura (complétés de 20% d’albariño et de 5% de loureira) ; elle est issue d’une parcelle de 3 hectares sur granits et sables, à Vilerma Baixa. Récoltée en plusieurs passes, afin de s’assurer de la bonne maturité de chaque cépage, la vendange n’est pas égrappée, et le moût est mis à fermenter directement dans les barriques de chêne français. Puis le vin y passe encore 9 mois d’élevage. Il n’est ni filtré ni clarifié.

Sa robe est pourtant aussi limpide que brillante, légèrement dorée. Ses arômes délicats évoquent les fleurs blanches, les abricots bien mûrs, les agrumes – ce dernier arôme se poursuit en bouche ; à noter l’acidité très bien fondue, le vif répond au gras jusqu’en finale, celle-ci étant relevée pour un soupçon d’eucalyptus et une pointe… de sel.

A noter que la viticulture comme les vinifications sont à présent dans les  mains de l’équipe de Comando G (Daniel Landi et Fernando Garcia), qui prouvent ici qu’ils n’y a pas que dans le grenache qu’ils excellent.

Bodegas Algueira Brandán Ribeira Sacra 2016

Les 16 hectares du Domaine Algueira se situent au bord du Sil (un affluent du Minho dont les pentes escarpées et le cours sinueux ne sont pas sans évoquer ceux du Douro) ; il a été patiemment constitué par depuis 1980 par Fernando Gonzáles, celui-ci rachetant régulièrement des parcelles de vieilles vignes. Le domaine est exploité en biodynamie. En rouge, il produit également une mencía de toute beauté.

La cuvée Brandán est un 100% godello. Bien qu’originaire de Valence, ce cépage apparenté au savagnin ne se trouve plus aujourd’hui qu’en Galice, dans le Léon et au Nord du Portugal (sous le nom de Gouveio). Plutôt productif, il ne craint pas la sécheresse, mais il est assez sensible aux maladies.

Les beaux arômes de pêche, de pomme, de poire et de frangipane annoncent un vin tout en finesse, et cela se confirme en bouche, sauf que celle-ci nous emmène très vite du côté d’une lande pierreuse, qu’on croirait fumante sous le soleil après la pluie; c’est à la fois ample, gras, sec et dynamique ; la finale, très longue, et délicatement aigrelette, nous ramène sur la poire, à laquelle s’ajoute une poignée d’amandes fraîches et d’herbes sèches.

Hervé Lalau

Importateurs:  Vino Ibérico (F)

La Buena Vida (B)

 

 


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Beaujolais 2017 : il faut en parler, Nouveau ou pas!

Je le dis de suite : j’aime beaucoup le bon Beaujolais et l’idée même du Beaujolais Nouveau. Ce moment de l’année est propice pour faire la fête, à mi-chemin entre la fin de l »été et le creux de l’hiver et cette mode de consommation rejoint celle qui fut le principe de presque tous les vins avant l’avènement des bouteilles : une boisson à boire surtout avant l’été suivant. Mais le débat sur le Beaujolais Nouveau, ses avantages et ses inconvénients, son poids dans la production de la région et ses éventuelles dérives, ne sera pas le sujet de cet article. Autant le dire de suite. Je vais plutôt vous parler de la qualité remarquable du millésime 2017 dans cette région, un millésime largement diminué en quantité, une fois de plus, par des orages de grêle particulièrement destructeurs dans certains secteurs. Pour ce faire, j’ai dégusté, le 2 novembre, 139 échantillons de vins nouveaux du dernier millésime, issus des deux appellations habilitées à produire ces vins : Beaujolais et Beaujolais Villages.

Le contexte

Il faut aussi rappeler deux ou trois choses sur le contexte qui fait souffrir cette belle région de collines. L’aire, qui comptait 23.000 hectares de vignes il y a quelques années, n’en compte plus qu’un peu moins de 17.000. Hormis les vins d’un ou deux crus, les prix sont d’une stabilité désespérante et ne permettent pas de rentabiliser le travail manuel nécessaires à des vignobles en pente et des vendanges encore très majoritairement manuelles. On a pas mal parlé ces dernières années des achats de domaines ou de maisons de négoce de la part de producteurs connus de la Côte-d’Or. Outre le fait que ces achats, en matière de vignoble, concernent presque exclusivement deux crus côtés, Moulin-à-Vent et Fleurie, ils ne suffiront pas à sauver le soldat Beaujolais, même s’ils sont évidemment les bienvenus. La rentabilité d’un vignoble constitue le nerf de sa guerre, et les parcelles en pente hors crus ne sont guère rentables aujourd’hui et donc se trouvent massivement arrachées. L’âge moyen de ce vignoble dépasse les 50 ans. Cela pourrait constituer un avantage ailleurs, mais pas pour des vins dont le prix moyen de vente est si bas, car le rendement baisse sans que le travail en soit diminué et la mécanisation n’est pas toujours possible.

La lisibilité des vins de la région n’est pas toujours idéale non plus, ce qui, à mon avis, plombe leur développement commercial. Plusieurs points sont à verser dans le débat. Premièrement, pourquoi ne pas parler du seul cépage des vins rouges, le gamay, en le mettant sur les étiquettes ? On le fait bien pour les blancs. Deuxièmement il y a trop de crus (10), pas toujours bien différenciés ni méritoires et l’on voit très rarement le terme Beaujolais sur leurs étiquettes. Ce n’est pas comme cela qu’ils peuvent espérer remonter la perception de l’ensemble. Un système plus cohérent, à mon sens, serait d’accoler systématiquement le nom du village ou du cru à la mention Beaujolais, mais sans aller à une multiplication à l‘infini des mentions. Quand on regarde les belles cartes géologiques qui ont été produites, on se rend vite compte d’ailleurs que les délimitations de crus, établies sur un plan purement cadastral, ne correspondent pas à la réalité de ce que les locaux (mais pas moi) entendent par le mot terroir, c’est à dire la pure nature géologique des sols. Entre parenthèse, pourquoi ne parle-t-on qui des sous-sols et jamais d’exposition dans ces cas ?

Le millésime 2017

Pour regarder le bon côté des choses, et malgré une récolte 2017 très déficitaire, la qualité de ce millésime me semble excellente. Sur le plan de leur goût, la grande majorité des échantillons que j’ai dégusté avait plutôt le profil de vins de semi-garde : c’est à dire qu’ils avaient bien plus d’étoffe et de structure que l’idée que nous pouvons avoir en général d’un vin primeur « classique ». Je n’hésiterais pas une seconde à conserver beaucoup de ces vins un an ou deux. Cela promets pour les vins non-primeurs à venir, qu’ils soient issus des crus ou pas.

A noter que les vins ci-dessous sont listés selon l’ordre de cette dégustation à l’aveugle, à l’intérieur de chaque sous-catégorie. Nous avons dégusté les Beaujolais avant les Beaujolais Villages, logiquement, mais j’ai trouvé certains Beaujolais aussi intenses, voire plus, que quelques Villages. C’est toujours le producteur qui fait le vin et non pas l’appellation.

 

Ma sélection de Beaujolais Nouveau 2017 (sur 74 échantillons dégustés)

Première division (***)

Pierre Dupond, non-filtré

Henry Fessy

Colin Bourisset, non-filtré

Jean Loron, Tradition Vieilles Vignes

Domaine Pierre André Dumas

Jean-Marc Lafont, Ephémère

Oedoria, Coeur d’Automne

Olivier Coquard, Nature

Deuxième division (**)

Château de l’Eclair, L 16401

Vignerons des Pierres Dorées, La Rose Pourpre

Henry Fessy, Sélection

Gilles Gelin, sans soufre (ndlr rajouté, j’imagine)

Pierre Ferraud & Fils, Cuvée d’Autrefois

Château de Nervers

Jean Loron, Tradition Tirage du Primeur

Labouré-Roi

Domaine Châtelus

Mommessin

Domaine de la Couvette

Grands Vins Sélection

Manoir du Carra

Emmanuel Fellot

Jean-Michel Dupré

Olivier Coquard, Culotte de Velours

Olivier Coquard

 

Ma sélection de Beaujolais Villages Nouveau 2017 (sur 65 échantillons dégustés)

Première division (***)

Maison Dupond, Domaine de Boischampt

Domaine du Guellat

Gilles Gelin, Le Vin des Copains

Georges Duboeuf

Oedonia, Les Granits

Domaine Gaget, Vinum Memoria

Pardon & Fils

Labouré-Roi

Domaine de Rochemure

Pascal Châtelus

Deuxième division (**)

Alain Chambard, Vieilles Vignes

Domaine de Rochemure, Les Devants

Lucien Lardy, Vignes de 1951

Manoir du Carra, Parcelle 505 Vieilles Vignes

Louis Tête

Domaine des Nugues

Jérôme Lacondemine

Château de l’Eclair

Pierre-André Dumas, cuvée Aurélie Durnerin

Club des Sommeliers

Pierre-André Dumas

Domaine de Croifolie

Henry Fessy, Tradition

Pierre Ferraud et Fils

Henry Fessy

Quelques commentaires sur ces résultats

Il faut constater une remarquable régularité dans la qualité des vins de certains producteurs qui ont placé plusieurs échantillons parmi cette sélection de bons et de très bons vins. Tout le monde n’a pas envoyé deux ou trois cuvées, mais je pense à Henry Fessy, Pierre Ferraud, Domaine de l’Eclair, Jean Loron, Pierre-André Dumas, Gilles Gelin (avec aussi le Domaine de Rochemure), Olivier Coquard ou Labouré-Roi. Certains de ces noms constituent une surprise ou une nouveauté pour moi, et tant mieux. La dégustation à l’aveugle a cet avantage énorme de permettre cela, et cela aide aussi à éviter toute forme de préjugé éventuel à l’égard de tel ou tel type de structure : il y a des négociants et des propriétaires présents à parts égales parmi ces bons vins. Autres noms de producteurs dont j’aime régulièrement beaucoup les vins, ne figurent pas dans cette liste. Je pense à Pierre-Marie Chermette, qui avait pourtant deux échantillons parmi les vins dégustés. Je m’interroge sur cela.

Les couleurs des vins étaient bien intenses, signe probablement d’une petite récolte avec une belle maturité. Je ne juge nullement les vins par l’intensité de leur robe (ou l’inverse), mais il y avait un paradoxe amusant dans le fait que le vin le plus pâle parmi ces 139 vins était produit par un producteur qui porte le nom de Domaine de l’Anthocyane !

Buvez du Beaujolais Nouveau dès le 16 novembre et faites une fête à ses vins délicieux !

David Cobbold