Les 5 du Vin

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Bulles de Loire (4) : Les Méridionales de Vendée

C’est un fait incontestable : la Loire va du Mont Gerbier de Jonc à Nantes. Pour ma part, en bon sudiste que je suis devenu, c’est au sud de son estuaire et du département de la Loire jadis Inférieure (désormais Loire-Atlantique) que, quand bien même n’est-elle pas toute proche, je retrouve son influence presque chaque année en une sorte de rituel qui s’apparente presque à de l’obsession et qui me rapproche d’amis aussi fous de vins que je suis demandeur de leur compagnie. N’étant pas de la bande des quatre dans leur récente entreprise ligérienne, je me suis rattrapé fissa en allant rejoindre la Vendée pour un voyage quelque peu express mais instructif.

Photo©MichelSmith

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J’aime ce climat qui humidifie mes cigares, cette lumière qui m’aveugle et ce crachin qui m’accueille chez Benoît Tuslane et sa tribu où le vin coule toujours à flots. Bien que faisant partie des Pays de Loire, la Vendée n’est plus tout à fait la Loire – côté cépages, on oscille entre Chenin et Négrette – et pourtant, les vins d’ici, du moins ceux de l’AOP Fiefs Vendéens, sont considérés comme ligériens à part entière, entrant dans cette grande famille qui unit les vins de la banlieue de Roanne aux coteaux d’Ancenis.

Benoît Tulasne, mon complice en dégustation vendéenne. Photo©MichelSmith

Benoît Tulasne, mon complice en dégustation vendéenne. Photo©MichelSmith

Ainsi donc, une fois de plus, et pour la deuxième ou troisième fois dans ce blog (vous pouvez relire au passage mon dernier article sur les rosés vendéens), je vais vous parler de la Vendée vineuse et de cinq de ses bulles les plus fameuses (Méthode Traditionnelle et Vin Mousseux de Qualité), des bruts dénichés sur place à la propriété ou chez des cavistes et dégustés entre amis, j’allais presque dire « en famille », dans le salon de Benoît à deux ou trois rangées de vignes entrecoupées de ronds-points et de zones pavillonnaires des Sables-d’Olonne, à portée de vue des marais et de la pinède. Faute de moyens, faute d’organisation, je n’ai pu rassembler à l’improviste la totalité des cuvées sur le marché, mais avec Benoît et grâce au soutien logistique de certains vignerons, nous avons pu organiser quelque chose de concret comme en témoigne ce qui suit…

Photo©MichelSmith

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-On commence par le Domaine Saint-Nicolas, avec le rosé Be Swing de pur Pinot noir. D’un rose pâle, à peine troublée par des bulles plutôt fines, la robe est séduisante. Le nez porte plus sur les fleurs printanières, tandis que la bouche est ferme et sans ambiguïté du début à la fin avec une finale légère sur les fruits rouges. Un vrai vin de récréation (12 € départ cave) capable de se mesurer aux bouquets, crevettes et fritures de la mer. Dans le même esprit, le blanc Be Bop de Thierry Michon, un pur Groslot gris, est quant à lui plus neutre malgré ses deux années de vieillissement sur lattes. Peut-être profitera-t-il d’un vieillissement prolongé en cave ? En attendant, Thierry, le « grand sauvage » de Brem, comme on le surnomme parfois, se prépare à construire une toute nouvelle cave sur L’Ile-d’Olonne. On en reparlera après la vendange 2015 !

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-Au Domaine de La Barbinière, dans le secteur de Chantonnay, la famille Orion se lance elle aussi avec succès dans les bulles et il est prévu qu’elle aille jusqu’à moderniser son étiquette ! À moins de 9 € chez un caviste des Sables-d’Olonne, son brut à majorité Chenin (40 % de Pinot noir) est le moins cher de la série. Il fait dans la vivacité, la propreté et la sincérité avec d’agréables petites notes de sous bois au nez, ainsi qu’un fruit efficace en bouche. Parfait à l’apéritif sur de fines lamelles de rillons, par exemple.

-Chez Mercier, à Vix, le flacon de brut prend des allures de grande cuvée avec un Lys cuvée M millésimé 2012 (14 € chez un caviste local) composé pour l’essentiel semble-t-il de Pinot noir, du moins si l’on en croit la fiche technique sur le site. Mais je signale ceci avec toutes les réserves qui s’imposent étant donné qu’il s’affiche comme un blanc de blancs ! Nez de croûte de fromage à pâte dure manquant un peu de finesse, simple et direct en bouche, le vin se conduit honnêtement avec une finale sur la fraîcheur. C’est un peu dommage pour lui, mais on le boirait plus volontiers en kir royal, avec une bonne dose de crème de cassis.

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-Jérémie Mourat, à Mareuil, en son domaine du Clos Saint-André, vinifie le haut du panier des effervescents de Vendée, un blanc de noirs (Pinot noir sur schiste) joliment présenté et étiqueté du chiffre laconique 11.36. En fait le 11 représente le millésime et 36 la durée de mûrissement sur lattes exprimée en mois. Cette cuvée non dosée faisant suite au 11.22, il est probable que Jérémie le perfectionniste lance dans les prochains mois une cuvée allant, qui sait, au-delà des 36 mois d’élevage. La base de 2011 est ici complétée par 30 % de vins de réserve élevés en double barriques portant sur les millésimes 2008, 2009 et 2010 ce qui a pour vertu principale de complexifier la cuvée. Mais je n’irai pas plus loin dans l’explication vu que la contre-étiquette, un modèle du genre, est des plus explicatives. La robe est marquée par les reflets dorés, tandis que le nez est plein de sève, fin, légèrement boisé. Le bois revient en bouche au moment de l’attaque, mais laisse aussi ressortir le côté pommé du Pinot sur un joli fond acidulé, une remarquable structure fraîche, une certaine longueur et une finale sur le fruit. À tester sur une volaille ou une perdrix. Autour de 15 € chez un caviste.

Michel Smith


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Percée du Vin Jaune 2015 sous la neige

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Une Percée un peu rock’n’roll grâce à la neige qui nous a accompagnés tout d’abord sur la route, ensuite le dimanche. Entre les deux, les conditions s’avéraient jurassiennes, humides et fraîches.

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Comme à chaque fois mise en bouche le samedi matin avec le Clavelinage qui consiste à élire les vins jaunes les plus représentatifs, ceux que vous offririez à votre voisin pour lui montrer ce que vous arrivez à boire dans vos périples exotiques. Pas toujours facile à déterminer…

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Là, manifestement, Hervé s’ennuie. Mais à chacun son métier, si nous dégustons à la vitesse vv’, nous devons faire preuve de patience et ne pas bailler pour inciter les autres jurés à se grouiller. Quoiqu’il y en ait de particulièrement lents…

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Ensuite cap sur Montigny les Arsures, l’endroit de la Percée de cette année, c’est le premier village au nord d’Arbois. Un arrêt pipi par précaution avant d’affronter la foule des grands jours.

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Étape dans le caveau occupé par Jean Michel Petit qui nous fait déguster blancs et rouges de Pupillin dont le fameux Poulsard qu’ils ont l’outrecuidance d’appeler Plousard ou Ploussard, histoire de se distinguer d’Arbois qui gît au pied du village sur sa marne rouge perché.

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Un stop au caveau de Bacchus, l’un des indigène de l’étape et incontournable. Un Trousseau, Montigny en est la capitale et celui des Aviet reste des plus réputés, croquant, suave et frais à la fois, avec une élégance qui révèle les notes fruitées et épicées avec beaucoup de grâce. Superbe Jaune aussi, tendu et gouteux.

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Arrêt chez Dugois, Daniel était là en voisin des Arsures, le village juste au nord, et heureux de nous faire déguster sa gamme. Dont un Trousseau vinifié en blanc qui révèle la couleur d’origine de ses raisins par une impression tannique – surtout quand on sait que c’est lui!

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Pour terminer en beauté (et parce qu’il se fait déjà tard), rien de tel que de jouer des coudes pour tenter d’apercevoir le Steph et de constater qu’il n’est pas derrière le comptoir improvisé. Têtus, nous contournons la foule canalisée pour finir par le trouver entre amphores et tonneaux. Presque tout y passe, des Chardonnay frais et voluptueux, une Tour de Curon joyeuse, jusqu’aux Jaunes de terroir, En Spois chaleureux, La Vasée délicate. Avant de passer aux rouges; le Poulsard étant sold out, nous commençons avec le Trousseau Singulier (singulieril l’est par ses arômes délicats de fruits rouges où domine la griotte). Et puis, nous poursuivons avec le Trousseau Amphore, plus sauvage, aux tanins hérissés, aux baies sombres qui craquent sous la dent.

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Un bon moment qui nous laisse pantois, Hervé et moi.

C’est trop court, une journée à la Percée…

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Lendemain à nouveau sous la neige, avant de partir plein Ouest vers Angers, dont je parlerai ultérieurement…

Ciao

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Marco


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Saint Christol, l’intégrale (ou presque)

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de déguster les vins de tous les producteurs d’un même cru, ou presque (manquaient à l’appel le Domaine Clavel, avec sa cuvée Le Marteau, et le Domaine Cante Vigne). Même s’il ne sont que 8!

Mais revenons un peu en arrière.

Saint Christol est un des grands terroirs « historiques » du Languedoc. Un vrai cru. Petit, mais identifié. Son statut de commanderie des Chevaliers de Saint Jean, puis de Malte, explique pour une bonne partie sa notoriété ancienne. Les Frères Hospitaliers exportent leur production à partir d’Aigues Mortes (ce qui tendrait à prouver qu’il se gardait bien) et le font apprécier aux grands personnages de toute la Chrétienté. La réputation de Saint Christol est telle qu’en 1788, la communauté décide de marquer les tonneaux contenant les vins du cru afin d’éviter la fraude. Méfiez vous des imitations!

Saint Christol

Saint Christol (Photo http://www.saint-christol.com)

Notre agronome favori, Victor Rendu, le classe parmi les « crus de vins fins » de l’Héraut. Pas aussi haut que Saint Georges d’Orques, mais au même niveau que Saint Drézery et Frontignan.

Voila qui ne nous rajeunit pas: c’était en 1854. Il faut d’ailleurs se garder de comparaisons douteuses: à l’époque, le cépage de référence, à Saint Christol comme à Saint Georges, est le Terret Noir; vient ensuite le Piran (alias Aspiran Noir, ou encore Ribeyrenc); quant à la « Carignane » et au Mourastel, le brave Victor nous les présente comme de nouveaux venus.

Il nous décrit aussi les vins de Saint-Christol comme assez puissants. Ce que disait déjà son prédécesseur André Jullien qui parlait de « vins fermes et colorés, de bon goût et assez spiritueux ». Et le même de préciser: « Les vins de Saint-Christol sont très bons pour l’exportation en ce qu’ils ne craignent ni les voyages, ni la chaleur ». (Topographie de tous les vignobles connus, A. Jullien, 1824 et 1832).

Revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos cépages du 21ème siècle.

Saint Christol, de nos jours, c’est d’abord du grenache et de la syrah, parfois du mourvèdre; des vins assez intenses, effectivement, car l’ensoleillement est généreux.

Et une assez grande diversité de sols, pour un cru de cette taille. Si le vignoble ne dépasse guère les 230ha (pour un potentiel de 400), il englobe aussi bien des galets roulés que des marnes blanches et des alluvions. Si le calcaire affleure souvent en surface, en profondeur, on trouve surtout de l’argile rouge, qui, en gardant l’eau, permet à la plante de bien supporter l’été. L’altitude va de 50 à 100m, se qui n’est pas impressionnant, mais les coteaux sont bien marqués. On note aussi des écarts climatiques entre le Sud du cru, plus influencé par les entrées maritimes, et le Nord plus sec. On constate des écarts de maturité de 5 à 10 jours entre les deux parties de l’aire.

Saint ChristolCarte

Saint Christol est la plus orientale des dénominations communales de l’Hérault

7 caves particulières et une coopérative revendiquent actuellement la mention Saint Christol.

Voici mes impressions sur les vins qui m’ont été présentés.

Château des Hospitaliers 2010

Boîte à cigares, cèdre, menthe, pas mal de fraîcheur, tannins suaves; un peu trop de bois à mon goût, mais on peut aimer. Syrah, grenache, mourvèdre. 14/20

Cave de Saint Christol Christovinum 2010

Le fruit est un peu compoté, mais la bouche est complexe – cuir, épices douces, cacao, la finale réglissée réveille les papilles et c’est bienvenu. Le bois est très bien intégré. 14,5/20

Cave de Saint Christol Esprit des 9 Vignerons 2010

Nez flatteur de confiture aux quatre fruits, mêlé de moka; malheureusement, la bouche ne confirme pas vraiment; je trouve la texture un poil râpeuse; c’est concentré, certes, mais un tantinet rustique. Grenache majoritaire. 13/20

Domaine Guinand Grande Cuvée 2010

Tannins serrés; menthol, fumée, caramel. Too much. Comme si le vin avait un costume trop grand pour lui. 12/20

Domaine Bort Cuvée N°1 2011

Un fruit noir explosif qui laisse la place à une bouche toute en puissance, des notes de cuir chaud. « Un beau bébé », comme on dirait d’un rugbyman. Grenache-Syrah. 14,5/20.

Domaine de la Coste-Moynier 2011

Syrah, mourvèdre et grenache.

Très dense, fruité noir et rouge au nez. Les mêmes reviennent en bouche, en plus croquant. Dommage que la finale assèche un peu le palais. Un peu trop extrait à mon goût. 13/20

Domaine Haut Courchamp Cuvée Ecole de la Patience 2012

Nez légèrement lactique, tannins suaves, presque doucereux, encore trop de bois. A attendre! (je sais, avec un tel nom de cuvée, c’est trop facile…) 13/20

 

En résumé, quelques belles choses, mais une forte proportion de vins trop marqués par la planche, de vignerons qui veulent trop bien faire, peut-être.

En toute modestie (à chacun sa place), je leur conseillerai de revenir aux fondamentaux, à l’expression des raisins, qui, pour ce que j’en perçois derrière le carcan de chêne, est souvent de qualité. Ce serait là, à mon sens, le meilleur hommage à rendre à leur terroir « historique ».

Hervé Lalau

PS. Saint Christol, c’est aussi l’emplacement de Viavino, un pôle oenotouristique « Energie Zéro ».


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Courir à Cahors

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Ce titre peut-être interprété comme une incitation, et cela aurait parfaitement sa justification, tant ces vins rouges du Lot, autrefois durs et rustiques dans l’ensemble, ont, depuis quelques années, acquis une toute nouvelle dimension dans l’expression du fruit profond du malbec, et s’habillent aujourd’hui d’une texture plus veloutée. La séduction est donc là, mais sans aucune perte de caractère car le malbec et ce lieu particulier (ok, le terroir, si vous voulez !) y veillent.

Le vignoble de Cahors est un cas un peu à part dans la mosaïque des appellations du Sud-Ouest de la France. S’il forme un paysage doux et paisible au fond de la vallée serpentine, il se transforme très rapidement et radicalement dès qu’on grimpe de part et d’autre de la rivière, en des zones souvent bien escarpées (mes cuisses et mes mollets s’en souviennent encore, après 17 kms de course à pied tout-terrain), arides en été, glissante en hiver, mais caillouteux partout et ferrugineux par endroits. L’autre sens de mon titre est plus prosaïque : je suis allé ce weekend goûter une soixantaine de vins de Cahors, puis participer à une course à pied à travers une partie du vignoble. Mais rassurez-vous, je ne vous parlerai dorénavant que du vin, sauf à vous rassurer, ayant terminé ma course sans casse. En tout cas, je pourrais dire que j’ai vraiment fait du terrain cette semaine, et le vignoble de Cahors est souvent impressionnant.

Cela faisait une paire d’années que je n’avais pas dégusté tant de vins de Cahors, et deux de plus depuis ma dernière séance importante à l’aveugle qui fut partagée avec Hervé Lalau, entre autres. Tous mes remerciements à l’UIVC d’avoir rendu la chose possible. C’est une appellation chaleureuse, sympathique et dynamique, même si tout n’est surement pas simple en interne, car les dirigeants doivent convaincre un nombre important de vignerons de quitter, pour certains, le 19ème siècle et avancer vers le 21ème. On imagine bien les difficultés ! En tout cas, le cas Cahors est exemplaire par sa progression récente et les résultats commencent à venir, notamment sur le marché américain.

Je voulais déguster un millésime ayant un peu d’âge, en l’occurrence le 2010, mais les ventes ayant pris de l’ampleur et le millésime étant de faible rendement, bon nombre de domaines ont envoyé des 2011 ou des 2012, voire quelques 2013. Ce fut donc une dégustation mixte sur le plan des millésimes qui m’attendait vendredi après-midi au centre viticole d’Anglars. Température des flacons impeccable, bouteilles masquées, crachoirs irrigués et fonds blancs des tables, beaux verres et tranquillité : bref, des conditions parfaites. Les 66 échantillons étaient divisés en deux séries : la première pour les vins de la vallée, la seconde pour les vins issus des terrasses et du plateau, car c’est ainsi que se subdivisent les zones de production, partant des méandres du Lot. Et c’est aussi le nouveau chemin pris par l’appellation qui a un dossier en cours à l’INAO afin d’autoriser des mentions « terrasses » ou « plateau » pour des vins qui en sont issus. Aboutissement prévu dans deux ans.

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Le cépage phare de Cahors est le malbec, et il est de plus en plus mis en avant (et, je dirais, en valeur) depuis que les Argentins ont ouvert une brèche bienvenue dans le dominance du trilogie cab/syrah/pinot noir dans l’esprit des consommateurs, et particulièrement les Anglophones. Et il se trouve que presque tous les vins que j’ai préférés étaient des purs malbecs. Quant aux méthodes de culture (oserai-je parler de dogmes?), un seul de mes vins préférés était le fait d’un domaine pratiquant la viticulture bio.

Je répète que je dégustais à l’aveugle et que je n’ai eu les fiches que le surlendemain de ma dégustation. Donc pas de qualité supérieure imputable aux vins bio pour moi. Cela dépendra des cas. Pour passer vite sur les vins que j’ai moins aimé, mes critiques les concernant touchent à trois aspects : une rusticité persistante dans certains cas, donnant des tannins durs et une absence de fruit ; un usage immodéré du bois dans d’autres cas ; enfin des extractions parfois trop appuyées qui donnaient à quelques vins une impression certes de puissance et d’intensité, mais aussi d’une lourdeur qui impliquait une perte d’une des caractéristiques que j’apprécie le plus dans les malbecs cadurciens : j’ai nommé la fraîcheur.

Mes vins préférés : ils sont tout de même au nombre de 30 sur ce groupe de 66 vins, avec, bien sûr, une gradation dans les préférences. Pour en savoir plus dans le détail il va falloir patienter un peu (une semaine), mais je vais vous livrer de suite les noms des domaines dont les vins vont figurer dans ma liste avec des notes de dégustation. Il y a des habitués parmi mes préférences, mais aussi quelques surprises ou nouveautés. En tout cas, faire figurer une proportion aussi élevée de bons ou très bons vins dans une série si importante est déjà une mesure des progrès en cours à Cahors.

Domaine Le Bout du Lieu 2010

Château Eugénie, cuvée Pierre le Grand 2010

Clos d’Audhuy 2011

Château de Gaudou, cuvée Renaissance 2012

Château Lamartine, Renaissance 2012

Château de Mercuès 2011

Château de Mercuès cuvée 666, 2011

Château Haute Borie Tradition 2011

Château Quattre 2010

Prieuré de Bovila 2010

Astrolabe Malbec 2012 (Vinovalie)

Métairie Grand du Théron prestige, 2011 et 2012

Château Haut Borie prestige 2011

Clos Troteligotte, K-Or 2013

Château Combel la Serre, cœur de cuvée 2010

Domaine de la Bérangère, Les Quatre Chambrées 2010

Château de Chambert 2010

Rigal, Les Pierres Blanches 2010

Rigal, Les Terres Rouges 2010

Métairie Grande du Théron, Parcelle des Origines 2012

Château Pech de Jammes 2011

Les Carrals de Château Quattre 2010 (mon préféré de toute la série)

Domaine du Prince, Lou Prince 2010

Château de Haute Serre, Géron Dadine 2011

Château de Haute Serre, Icône Wow 2011

Plus sur ces vins et leurs prix, avec d’autres observations, une prochaine fois. Mais je veux d’abord rendre un hommage à une famille de propriétaires, les Sigaud, qui ont placé quasiment tous leurs échantillons dans la liste ci-dessus. Du coup, j’ai voulu leur rendre visite et je vous en parlerai la semaine prochaine car leur histoire est remarquable. Pour le moment, massage de jambes et dodo !

David Cobbold


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Intrusion volcanique, la Jasse Castel à Montpeyroux

On marche parfois sur un ancien volcan sans s’en rendre compte…

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À Montpeyroux, sur le causse, en plein calcaire, on remarque les témoignages d’une ancienne éruption. Quelques gros cailloux d’un noir d’encre se mêlent aux éclats gris clair. Au pied du Pic Baudille qui domine le village languedocien de Montpeyroux, un cratère marque la trace d’un cataclysme antédiluvien. Aujourd’hui, la vigne y pousse…

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On y marchait Hervé et moi, arpentant le causse l’oreille attentive aux explications de Pascale… Puis ou avant, ça n’a pas vraiment d’importance, on a dégusté ses cuvées, en voici deux, une blanche, une rouge qui m’ont plu, choix difficile, à la Jasse tout est bon !

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L’Égrisée 2013 AOP Languedoc La Jasse Castel

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«L’Égrisée c’est de la poudre de diamant utilisée par les joailliers pour polir les diamants. C’est l’envie de faire un vin blanc vif et tranchant, pur et sans artifices» minaude Pascale Rivière.
Une petite robe jaune lumineuse et guillerette aux reflets verts. Au nez qui respire le causse à la levée du jour, moment où les parfums de fleurs d’amandier et d’aromates se mélangent aux effluves minéraux mouillés de rosée.
La bouche poivrée relève la fragrance délicate de la camomille et du fenouil. Fraîche, elle savoure le citron jaune nuancé de guimauve et de mélisse.

Le vin assemble 70% de Grenache, 15% de Carignan blanc et 15% de Roussanne. Il est vinifié et élevé en cuve.

Quoi qu’on mange avec ?

La bonne fraîcheur du vin l’accorde sans problème aux charcuteries. Poissons et fruits de mer l’agréent. Les fromages de chèvre pas trop affinés.

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La Pimpanela 2012 Montpeyroux La Jasse Castel

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«La Pimpanela signifie en occitan la pivoine, et en occitan toulousain, la femme dégourdie» explique Pascale
Robe d’un tendre violet pourpre qui avoue la jeunesse pétante du vin.
Le nez très épicé qui nous offre poivre et réglisse avant de cueillir rose et réséda.
La bouche très gouteuse qui débute comme le nez par les épices, puis évolue vers les pâtes de fruits. L’ensemble est cousu dans une soie tannique au grain très fin, ce qui le rend vraiment savoureux. La longueur renforce épices et fruits.

Le vin assemble 40% de Grenache, 30% de Syrah et deux fois 10% de Carignan et Cinsault élevé pendant 12 mois en cuve, ce qui lui laisse toute la saveur du fruit.

Quoiqu’on mange avec ?

Ça me prend des fois de donner quelques indications d’accords, c’est toujours utile ces petites suggestions. Donc, juteux, il fonctionne à merveille avec toute viande rouge. Le lapin aux pruneaux le rend volubile.

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La Jasse Castel,le domaine de Pascale, une personne attachante

Pascale Rivière exploite une bonne dizaine d’ha dont 3,8 ha en Montpeyroux, appellation particulière des Terrasses du Larzac. «Le coup de foudre pour mes premières vignes, les plus hautes sur le causse de Montpeyroux (400 m), et pour une bergerie du 17es, m’a transformée de citadine en vigneronne. A priori rien ne me destinait à être un jour vigneronne et tout m’y a conduite.Journaliste, enseignante, écrivain, pour le vin, l’envie croissante de passer à l’action en créant un domaine viticole s’est concrétisée en 1998» raconte Pascale. Dix ans plus tard, le domaine est passé en mode biologique.

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http://lajassecastel.wix.com

 

 

 

Ciao

 

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Marco


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Muhr réflexions (ou les charmes du Spitzerberg)

Dorli Muhr travaille à Vienne dans le marketing du vin mais a ses racines en Carnuntum, la région située entre Vienne et la frontière slovaque. Et plus précisément au Spitzerberg, avancée extrême des Carpathes en terre autrichienne.

Depuis 2002, elle s’est constituée un petit vignoble sur ce cru, qu’elle aspire à faire connaître au travers de vins « ancrés dans leur terroir ». Ailleurs, c’est parfois un leitmotiv un peu creux; ici, c’est une ambition et une recherche personnelle. Faire du vin pourrait n’être qu’un hobby pour Dorli, mais on sent que sur cette terre-là, ça lui tient à cœur.

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Dorli Muhr dans sa vigne

 

Ce lieu est très particulier; c’est là où les masses d’air de la grande plaine pannonienne rencontrent pour la première fois un véritable obstacle, d’où le vent. Côté sols, on est sur du calcaire pur, pauvre et sec, avec très peu d’humus – un sol bien différent du reste de Carnuntum. Ce grand cru en puissance le serait sans doute déjà depuis longtemps sans l’atomisation du foncier des 120 ha de vignes de la colline, et un certain manque d’engagement de la part de certains propriétaires. Aujourd’hui, seuls 8 déclarent leur vin en Spitzerberg.

C’est aussi le point le plus chaud de l’Autriche – on y enregistre régulièrement 40 degrés l’été ; à cette température, la plante arrête sa maturation pour éviter la déshydration. C’est donc le lieu le plus précoce pour la floraison, mais aussi le plus tardif pour la maturité de la vendange. Le Blaufränkisch semble le cépage le mieux adapté à ces conditions. Dorli a essayé d’autres cépages aimant la chaleur comme le merlot ou le tempranillo, mais est finalement revenue au Blaufränkisch, à l’exception d’un peu de syrah. Au Spitzerberg, avec des rendements maîtrisés, il présente une étonnante acidité.

Aujourd’hui, sur les 12 hectares du domaine de Dorli, 80% sont des vieilles vignes. Il s’agit de parcelles de forte pente; pour lutter contre l’érosion, Dorli les a progressivement enherbées. Côté vinification, avec le temps, elle a modéré son usage du bois et obtient à présent des vins bien structurés, mais « pétants de fruit ». Pour les assemblages, elle profite toujours des conseils de Dirk van der Niepoort, qui a co-fondé le domaine. Et pour la vinification, elle s’est fait aider par l’oenologue sud-africain, Craig Hawkins. Comme quoi il n’y a pas que les masses d’air qui se rassemblent au Spitzenberg!

Et maintenant, mes coups de coeur.

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Carnuntum Cuvée Vom Berg 2012

Dorli Muhr sépare les raisins du bas et du haut de la colline. Il s’agit ici d’une cuvée issue du bas, plus sableux. Elle comporte 20% de Syrah. Le vin passe un an en bois. Joli fruit noir, quetsche, tannins fins, mais veloutés. Très belle acidité. Retour du fruit en finale 15/20

Carnuntum Sydhang 2012

Cette pure Syrah de longue macération présente des notes de réglisse et de fumée au nez, des tannins serrés en bouche; la fibre du bois apparaît. C’est assez strict, très minéral. Me fait un peu penser à un Barolo. 14/20

Carnuntum Samt & Seide 2012

Le fruit est noir, juteux, la bouche plus fine que large, mais pleine de sève et pourtant gourmande. Qu’on aime à se prélasser de velours en soie… 16/20

Carnuntum Liebkind 2012

Cet « enfant chéri » est issu de jeunes vignes. Jeune, il l’est aussi par son fruit très mûr et ses tannins robustes ; c’est un joli bébé joufflu, la bouche pleine de jus; pas très long mais salin en finale. 14/20

Carnuntum Spitzerberg 2005

Derrière le cuir, le boisé et la fumée du premier nez, le fruit noir déboule assez vite, et avec lui la fraîcheur des épices – poivre et céleri, surtout; on a affaire à un vin solide, assez extrait, mais encore étonnamment jeune. 15/20.

La version 2012 de la même cuvée est aujourd’hui très fermée. Une seule solution: attendre, bien sûr. Avec une certaine confiance, tout de même, au vu du 2005…

Hervé Lalau


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Tacande, terroir des Canaries

Est-ce encore l’Europe ou sommes-nous déjà en Afrique ?
Si l’archipel des Canaries est à la latitude du Maroc, son statut de province autonome espagnole nous le ferait presque voir à nos portes.

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L’histoire de la vigne

Elle y débuta vers la fin du 15e siècle après que l’île fut conquise par les Espagnols. Les Guanches, peuple autochtone (décimé), n’avait semble-t-il aucun penchant pour la bachique liane. Colons espagnols, portugais, français et italiens apportèrent ceps et modes culturals dans leurs bagages, comme ils le firent ensuite en Amérique. Vers la fin du 19es, lorsque le phylloxéra anéantit les vignobles continentaux, l’éloignement (1.000 km des côtes espagnoles) épargna celui des Canaries. Aujourd’hui, les vignes y sont toujours non greffées et offrent de nombreuses variétés disparues ailleurs.

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Le renouveau

Tout a commencé à Ténérife avec l’initiative de Pedro González, membre de la Société Viticole des Iles Canaries, vite rejoint par Juan Jesús Méndez, des Bodegas Viñátigo y Tanajara. Ils voulaient sauver le patrimoine viticole des îles. Quelques cuvées monovariétales apparurent, histoire de révéler le goût des cépages oubliés. Puis d’autres vins virent le jour, plus ambitieux, plus complexes, issus d’assemblages et jouissant d’un élevage en barriques…

vignoble Tacande (2)

Un exemple des plus aboutis

Tacande (1)

Viñas de Tacande 2006 Vino de Mesa Bodegas Viñatigo

La robe grenat aux reflets bistre marque bien l’âge du vin. Son nez particulier respire les cerises macérées teintées de d’algues et d’iode. Il y a aussi ce trait d’encre de seiche enrichie de prunelle et de lichen. La note amère de la croûte de pain très grillée frottée d’écorce de citron vert.
La bouche est d’une fraîcheur inattendue. Vive, elle réveille les papilles et leur déverse tous les parfums sentis. Ils s’entrechoquent, tentent de trouver chacun une petite place sur le lingual plancher. Puis tout s’assagit et c’est dans une atmosphère bien fraîche que le vin livre ses dernières saveurs plus orientales cette fois, santal, cumin, poivre cubèbe… Avalée, la gorgée laisse sa marque acidulée d’où s’échappent encore quelques molécules aromatiques.

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Le vin assemble Baboso,Tintilla, Vijariego Tinto, Negramoll, cépages autochtones vinifiés séparément et élevés pendant 12 mois en barriques de chêne français.
En langage guanche, «Tacande» signifie Terre de Volcan, ce qui indique bien le type de sol (basaltique) d’où est issue la vendange. L’île de Tenerife est dominée par le volcan Teide qui culmine à 3.718 mètres – c’est donc la plus haute montagne d’Espagne, mais aussi de tout l’Atlantique. Le vignoble se situe à l’opposé du pic, sur la pointe nord-est de l’île. Tacande s’embouteille en Vin de Table mais pourrait prétendre à la DO Tacoronte-Acentejo, qui est l’appellation locale.

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Plus d’info: www.vinatigo.com

Et en français:  La Buena Vida (importateur en Belgique)

Ciao

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Marco

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