Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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« Primer Encuentro de Viticulturas »

« La récupération du Grand Vignoble Espagnol et le Prestige de notre Monde Rural »: tel a été le thème principal de cette première rencontre de petits producteurs espagnols «inquiets», les 15 et 16 mai dernier.

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Ester Nin et Carles Ortiz (Priorat), Arturo de Miguel (Artuke, Rioja) Roberto Olivan(Tentenublo, Rioja)

 

Elle s’est tenue à La Granga Nuestra Señora de Remelluri, dans le village de Labastida, en Rioja. Il s’agit d’un projet totalement indépendant, à l’initiative de Telmo Rodriguez mais soutenu par un groupe de vignerons qui voulaient faire connaître leurs domaines et leur philosophie axée sur la viticulture, le respect de la nature, et l’élaboration de vins authentiques.

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Temo Rodriguez, Agusti Perris, Eloi Dürrbach

 

170 professionnels, viticulteurs, sommeliers, techniciens du milieu naturel, anthropologues, professeurs d’université, journalistes et distributeurs étaient présents, soucieux de partager les tendances actuelles, et de voir à quel futur pouvait prétendre le vignoble espagnol. Des tables rondes, des conférences des débats, de nombreuses dégustations, nous ont permis de mesurer sa très rapide évolution, tant de nouveaux talents ont de quoi surprendre, même pour nous qui baignons à longueur d’année dans ce monde. Actuellement, l’Espagne viticole vit une révolution très importante, du nord au sud, et de l’est à l’ouest, naissent des petits projets qui offrent de GRANDS VINS.

Les vignerons commencent à prendre conscience de leur potentiel et de la place qu’ils veulent occuper au niveau international. Conscients de leur peu de poids face à une demande internationale exigeant des prix très bas, ils cherchent des solutions pour revaloriser leurs vins sur la scène mondiale et pouvoir concurrencer la France et l’Italie.

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Dégustation dans les jardins de Remelluri

 

L’organisation a été parfaite et les échanges très intéressants, parfois répétitifs, mais toujours passionnés. La nouvelle génération des vignerons espagnols a voulu nous faire passer des messages, elle nous a offert un voyage passionnant dans le monde des petites parcelles, depuis la Galice jusqu’à Xérès, en passant par les Iles, le Penedès…

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Jonatan Garcia, Suerte del Marques (Tenerife)

 

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Gorka Mauleón, Bodegas Compañón Arrieta, Rioja Vino Malapiedras

 

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Pedro Rodríguez, Adegas Guimaro, Ribeira Sacra

 

Que faut-il en retenir ?

– Un message plein de force, pour la défense d’un paysage et de cépages oubliés. La multiplication de petits projets menés par des jeunes passionnés, dans des lieux improbables à la recherche de cépages perdus ou abandonnés, est un fait avéré, et qui ne s’arrêtera pas de si tôt, l’Espagne étant une mine, un réservoir de cépages méconnus et de vieilles vignes. Gredos, la Ribeira Sacra, Les Canaries….

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Jorge Monzón , Dominio del Aguila, Ribera del Duero

 

–  La volonté de faire revivre le monde rural, de repeupler les petits villages délaissés, en donnant du travail grâce à une viticulture saine. De revaloriser le métier de viticulteur, de transmettre la passion, afin d’inciter le plus de jeunes possible à venir s’installer à la campagne. Mais surtout, la volonté de transmettre un patrimoine à leurs enfants et petits enfants – et pour ça, ils ont commencé à replanter et ne se contentent pas ne travailler que les vieilles vignes.

– La volonté d’élaborer des vins de qualité qui traduisent à la fois le terroir et la personnalité du vigneron et enfin, obtenir que cette qualité se traduise dans les prix de la bouteille. La finalité n’étant pas de sortir à des prix considérés comme chers, mais de pouvoir vivre décemment du travail de la vigne, de leur passion, ce qui n’est pas le cas pour l’instant, si l’on en croit les expériences qui nous ont été expliquées.

– L’espoir d’arriver à organiser les appellations, de délimiter les terroirs, de « Zonifier » à la manière du Priorat.

-La tendance chez ces jeunes à travailler en biodynamie, écologie, avec des levures autochtones, le moins d’intervention possible et pour certains le moins d’usage possible de soufre. Leur inquiétude pour l’architecture du vignoble, pour préserver un terroir sain, un écosystème qui préserve l’avenir de la planète. Récupérer la tradition de complanter les nouvelles plantations.

– La volonté de pousser les Consejos Reguladores à plus de rigueur en ce qui concerne la qualité, exiger d’eux une vision beaucoup plus stricte et la valorisation de l’appellation. Il est à noter d’ailleurs que bien qu’invités, les Consejos Reguladores, à l’exception de celui du Priorat, ont brillé par leur absence.

– La nécessité de trouver un nouveau modèle de négoce, parce que l’actuel, dont l’unique obsession semble être de produire toujours davantage et à plus bas coût, les conduit à perdre leur identité, leur personnalité, leur qualité. Quitte à se démarquer des DO et en sortir s’il le faut, ces viticulteurs sont conscients qu’il leur reste un long chemin à parcourir pour arriver à situer leurs vins à la place qu’ils méritent.

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En conclusion

Des échanges fructueux, beaucoup d’idées, de passion, une énergie positive, une envie de partager, mais encore pas mal d’individualismes, reste à voir comment cela va se traduire dans les faits. Je pense qu’il aurait fallu aller plus loin, aborder la réalité du marché, qui a été à peine évoquée, j’ai senti un peu de frustration chez certains, mais cette première rencontre a été considérée comme un grand succès par la majorité  des participants.

On retiendra une grande ébullition, qui n’est pas prête de s’arrêter. Après une période de vins 100% tempranillo, 100% bois neuf, tous sur un même modèle, la diversité est de retour, ainsi que l’équilibre et la fraîcheur. Les vignerons veulent des vins qui montrent leur origine.

Nous ne pouvons que nous en réjouir.

 

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SonVell et Château Paquita

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols13245207_841034379335522_6673806810065151726_n


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Les Crémants de Bourgogne Bio du Château de Sassangy

Jean Musso a eu deux vies; la première, à la tête d’une grande entreprise de charbonnages (il est ingénieur des mines de formation); la seconde, à la tête d’un grand domaine de la Côte Châlonnaise, le Château de Sassangy, grande propriété familiale de 250ha qu’il rachète en 1979, avec son épouse Geno (récemment décédée). Immédiatement, ils décident de convertir l’exploitation en bio, aussi bien pour la partie élevage que pour la partie vin (25 ha de vignes). Ce qui était plutôt rare à l’époque.

Il n’a jamais eu à le regretter: ni dans l’optique de la protection de l’environnement, qui lui est chère, ni dans l’optique de la qualité des vins; pour lui, le bio permet d’éviter la dégringolade d’acidité constatée dans les vins ces dernières années, sans doute du fait du réchauffement climatique. Jean Musso peut ainsi se permettre de vendanger assez tard, ce qui confère à la plupart de ses vins une bouche pleine et complexe. 

Sassangy1Jean Musso nous accueille à Sassangy (Photo (c) H. Lalau 2016)

Ses vignes (50 ha au total) se répartissent en trois grands blocs, autour du château, mais aussi dans le Couchois et près de Santenay.

La production totale est de l’ordre de 300.000 cols dont 200.000 cols de Crémant de Bourgogne; outre les ventes sous sa marque, le domaine fourbit également des mots de crémant bio à quelques grands opérateurs de Crémant de Bourgogne. Très impliqué dans la défense de l’appellation, il a été un des promoteurs de la hiérarchisation (sur base volontaire) qui a abouti voici quelques mois à la mise en place des mentions Eminent et Grand Eminent, avec deux cahiers des charges particuliers.

Ses vins sont un peu à son image: ils ont de la franchise, de la classe, un brin de malice et le don de vous mettre à l’aise.

Sassangy4Vue du château sur la campagne châlonnaise (Photo (c) H. Lalau 2016)

Crémant de Bourgogne Château de Sassangy 

Cette cuvée fait intervenir les 4 cépages du Crémant du Bourgogne, à savoir le pinot noir (ici, à 50%), le chardonnay (30%), l’aligoté (à 10%) et le gamay (10% également).

Ce qui ce traduit par une belle complexité; l’alliance gourmande d’une aromatique tropicale (mangue, ananas), d’un fruité mûr et d’une remarquable vinosité, avec une pointe d’évolution. Le dosage (6g) est quasi imperceptible. L’acidité (naturelle) se font dans le vin. 

Sassangy2Le Crémant

Crémant de Bourgogne Château de Sassangy Cuvée 912

Cette cuvée contient plus de de chardonnay (50%). Elle présente beaucoup de peps. Mais aussi une grande finesse. Le nez est plus floral (camomille, acacia), la bouche fraîche, enjouée; l’acidité lui donne sa charpente, sans être en rien mordante.

Crémant de Bourgogne Rosé Château de Sassangy

80% pinot noir et 20% gamay. L’aromatique est très gourmande, là encore, sur la groseille et la fraise écrasée. La bouche est très harmonieuse, sur le fruit rouge également, avec quelques notes d’évolution, mais intéressantes – elles apportent de la complexité en plus. Belle finale légèrement saline.

Sassangy3Le Château (Photo (c) H. Lalau 2016)

En guise de conclusion, une réflexion qui dépasse les seuls vins du domaine: ce type de produits est la preuve par l’exemple que les Crémants de Bourgogne, loin d’être une simple « alternative », ont une identité à part entière; une maturité et une puissance qui tiennent sans doute au fait que les raisins utilisés ici sont d’abord conçus pour le vin, plantés sur des terroirs à vin; ajoutez à cela des assemblages judicieux de jus provenant de différents cépages et de différentes zones de l’aire, et vous obtenez, non pas tant des bulles de Bourgogne que des Bourgognes Crémants – si vous voyez la nuance…

Hervé LalauIMG_9183


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La Savoie comme je l’aime

Qu’est-ce qui manque à la Savoie pour jouer dans la cour des grands vins? Peut-être plus de domaines comme le Château de Mérande, à Arbin… Plus de domaines qui pensent à autre chose qu’à satisfaire les supérettes de stations de sports d’hiver. Plus de vignerons qui osent se frotter à la concurrence internationale sur des marchés aussi encombrés que le Japon, le Canada ou les Etats-Unis… Plus de Savoyards fiers de leur Mondeuse, de leur l’Altesse, de leur Jacquère, et qui, plutôt que de se couler dans le moule, cherchent à en magnifier le caractère.

IMG_9046Non, ce n’est pas un blockhaus, c’est une maison forte… et une cave! (Photo (c) H. Lalau 2016)

Le domaine, d’une douzaine d’hectares, est exploité en bio-dynamie par trois associés: les frères Genoux, André et Daniel, et Yann Pernuit. Le plus gros du vignoble se trouve à Arbin, au pied de la Thuile, une partie du massif des Bauges; sans oublier une belle parcelle sur Apremont, tout près du Granier. Le discours, les vins, tout est carré comme la maison forte qui abrite le chai.

 IMG_9054Les vignes d’Arbin (Photo (c) H. Lalau 2016

Quatre exemples: un blanc et trois rouges.

Apremont 2015 Cuvée 1248

Un nez bien mûr de mirabelle, d’abricot et de camomille, une belle bouche pleine, où le gras cohabite avec l’amer… qu’on voit danser longtemps sur la piste- pardon, sur la langue.

Ne pas boire trop froid, vous perdriez beaucoup d’arômes – car oui, la Jacquère est aromatique, pour peu qu’on ne la sorte pas du congélateur! 

David, toi qui nous a fait part l’an dernier de ta déception face ce cépage, de grâce, regoûte! D’autant que 2015 est une belle année de Jacquère, surtout en Apremont…

Pour rappel, 1248 est la date de l’effondrement du Mont Granier, fait marquant dans l’histoire des crus Abymes et Apremont.

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Le Saint Jean Mondeuse 2015

Le Saint Jean, c’est celui de la Porte; toujours dans la combe de Savoie, mais un peu en amont d’Arbin, une fois passé Cruet.

Nez de Syrah, fruit noir, poivre, un côté animal; en bouche, on bascule plutôt dans le minéral, c’est un poil rugueux, mais la fraîcheur et le retour du fruit en finale évoque un Beaujolais. 

Arbin Mondeuse La Belle Romaine 2015

Superbe nez de framboise et de laurier est très engageant; la bouche ne déçoit ps, elle présence beaucoup de punch, grâce à une bonne acidité et des tannins  rafraichissants. Voila un vin promis à une belle garde, mais je vous le dis tout net: je n’aurais pas le courage d’attendre! A propos du 2011, notre ami Michel Smith, qui m’a précédé à Mérande, parlait de bon coup à boire; en 2015, c’est plus structuré, et même si ça reste gourmand.  

Cette cuvée doit son nom au passé romain du lieu: des fouilles ont révélé, en effet, que Mérande a abrité une villa romaine datant du 2ème siècle. Les motifs d’une mosaïque indiquent qu’on y cultivait déjà la vigne.

IMG_9044Au Château de Mérande, on enherbe (Photo (c) H. Lalau 2016)

Albin Mondeuse La Noire 2012

Moka, fruit noir, voici un vin puissant et très dense; je lui trouve un côté sud – Cornas voire Roussillon. Le boisé grillé est assez marqué. A attendre.

La Noire, c’est la Mondeuse, bien sûr, le grand cépage rouge d’Arbin…

Hervé Lalau

PS. Un tout grand merci à Franck Berkulès, du CIV Savoie, pour m’avoir emmené au Château de Mérande – un des vins que j’avais préférés lors de ma dégustation de blancs de Savoie (66 au total); mais ça, il ne pouvait pas le savoir à l’avance!


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27/4/2016 – une journée noire

Gel27.4.2016

La nature est parfois difficile avec ceux qui pour autant l’aiment encore.
Exemple confirmé à La Charpenterie.
Photo Sabrina Cyprien Caslot-Bourdin
près de La Chapelle-sur-Loire 

(Photo taken from a post by Sabrina Cyprien Caslot-Bourdin.
I hope my use of her very sad photo will be acceptable.) 

 

A severe Spring frost is a vigneron’s worst nightmare. Sadly frost struck in the Loire, Chablis and elsewhere in Burgundy as well as Champagne in the early hours of Wednesday 27th April. For those severely hit it must be truly horrible to know that there will there will be no harvest this year!

The signs for 2016 were not good – 13 moons and two horrible anniversaries: the February frost of 1956 – 60 years ago and the April frost of 1991 – 25 years ago.

Parts of the Loire were very severely hit by frost during the night of Tuesday 26th and Wednesday 27th.  Temperatures in a few places fell as low as – 6˚C.

As in April 1991 a lethal combination of damp ground from recent rain, clear overnight skies, very low temperatures in the latter part of the night followed by bright early morning sunshine has virtually destroyed the 2016 vintage in some sectors of the Loire.

Although it is too early to know the full extent of the damage some parts of the Loire have been very badly hit. The worst hit areas appear to be Bourgueil, Montlouis, Saint Nicolas de Bourgueil, Azay le Rideau and Touraine Noble. The important communes of Cravant-les-Coteaux and Panzoult in AOP Chinon are reported also badly affected.

Couly Dutheil, whose vines are mostly in the more western part of the Chinon appellation, reports that 20 hectares of their 90 are affected. In Ligré Jérôme Billard (Domaine de la Noblaie) finds that 20% of his vines have been affected by the frost. Mainly those less good parcels parcels that Jérôme reserves for his rosé. Here the damage is as high as 60%, while in his best parcels of Cabernet Franc for his reds only 10% of the vines appear to have been hit.

Guillaume Lapaque, director of FAV37*, told Decanter: “Noble Joué has lost 94% of this harvest, 70% in Bourgueil and Saint-Nicolas-de-Bourgueil and 50% in Chinon. Overall Appellation Touraine has been much less affected.”

Sabine Corsin, Syndicat de Montlouis reported a 90% loss in Saint-Martin-le-Beau with 50% loss in the appellation’s other two communes. Losses in Vouvray are reported to be less overall and more variable.

Jacky Blot (Domaine de la Taille aux Loups – Montlouis, Vouvray) expects to make 25% of normal if all goes well from here. In contrast the outlook is more optimistic for his Domaine de la Butte (Bourgueil). Here the loss is 20% essentially Pied de la Butte on the flatter ground. The rest of the vines on the steep slope are intact.

In Saumur-Champigny the communes of Chacé, Saint-Cyr-en-Bourg and Varrains have been badly hit. Closer to the Loire damage is much less. “We have lost 10%,” said Florence Chevallier (Château de Villeneuve).

“We have been very badly hit in our vineyards which are close to the River Layon,” said Emmanuel Ogereau (Domaine Ogereau, Anjou). However, we have no damage in Savennières where our vines are on high ground.”

The picture in the Pays Nantais appears to be very variable. Domaine Luneau-Papin (Muscadet) has suffered damage in some parcels, while others haven’t been touched.

“A third of my vines have been badly hit with up to 100% loss in some parcels, one third slightly affected and one third not touched at all,” said Vincent Caillé, Domaine Faye d’Homme (Muscadet). However, fans of Vincent and Christelle Guibert’s Terre d’Gneiss will be relieved that this boutique parcel was spared.

In the Central Loire Vineyards Benoît Roumet, the director of Les Vins du Centre, reports that Menetou-Salon, Pouilly-Fumé, Quincy and Reuilly have all been hit to a greater of lesser degree. Sancerre, in contrast, has largely escaped. However, Roumet cautions that things will be clearer next week.

Although this April frost may not be as extensive as that of 1991, wine stocks would have been much higher after the very good and generous 1990 vintage. Now stocks are low after four small to below average vintages. On top of that you have to factor in the current annual loss from esca, which was not a factor back in 1991. Esca is not only one of the reasons why yields are lower than expected but there is also the constant cost of replacing dead vines.

Negotiations with government and banks to help to see badly hit producers through this crisis will start next week.

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Photo from Pierre & Bertrand Couly

Jim-when?


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Douro forever

Cela faisait quelques années que je n’étais pas retourné dans la vallée du Douro. Ce vignoble, le plus spectaculaire au monde eu égard à son échelle comme à son paysage, me donne des frissons chaque fois que je le redécouvre. Cette fois-ci, l’occasion  m’en a été donnée par un séjour de 3 jours, où j’accompagnais un groupe d’une trentaine de personnes, dont la plupart découvraient cette région pour la première fois. Personne ne fût déçu ! Mais, au delà des aspects visuels qui sont engendrés par la topographie et le travail incessant de l’homme pour façonner un paysage viticole somptueux, classé par l’Unesco, ce sont les vins qui étaient au cœur de l’affaire.

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Peut-on dire qu’un vin parle de l’endroit qui l’a vu naître? C’est un sujet d’ordre philosophique et de croyance (je dirais même de suggestion) autant que relevant d’une logique pure. Bien entendu, une fois sur place, on est tellement dans l’ambiance du lieu qu’on est forcément entraîné vers cette ligne de pensée. En serait-il ainsi avec une dégustation à l’aveugle pratiquée ailleurs? Je vais laisser volontiers cette interrogation en l’air car je n’ai pas la réponse. Ce qui est certain est qu’une révolution considérable est en train de se produire dans ce berceau du vin de porto, avec l’émergence d’une gamme de plus en plus fournie de vins secs, rouges comme blancs, et qui ont, du moins pour les premiers, des ambitions et le potentiel pour se situer parmi les meilleurs du monde.

IMG_7463Dans la fraîcheur sombre de ces cathédrales de vieillissement qui sont les lodges de porto à Vila Nova di Gaia. Ici chez Graham’s.

Ce mouvement, qui a vu le pionnier Barca Velha émerger, un peu seul, il y a une quarantaine d’années, a pris de l’ampleur depuis une dizaine d’années. On peut émettre plusieurs explications. D’abord, probablement, une tendance baissière du marché du Porto. Mais, peut-être d’une manière plus intéressante, la prise de conscience du formidable potentiel de cette région, et de son formidable réservoir de variétés essentiellement autochtones. Le Portugal, dont la surface en vignes ne représente que le double de celle du Bordelais, compte quelques 350 variétés de vitis vinifera identifiées, ce qui est nettement plus que la France. Un des domaines que nous avons visités dans le Douro, l’excellent Quinta do Crasto, qui surplombe le fleuve, nous a annoncé que leur programme de recherche et d’identification des variétés, mené en partenariat avec l’Institut de Vin de Porto et une université, a démontré qu’une de leurs parcelles les plus anciennes comporte pas moins de 41 variétés de vigne.

IMG_7489Quinta do Crasto (et sa piscine) domine la vallée du Douro en aval de Pinhao

Mais ce n’est pas tout, bien évidemment. Un autre des atouts de la région du Douro et des ses affluents est une très grande diversité d’altitudes, de pentes, d’orientations et d’organisations culturales. Proche du fleuve, et en fonction de orientations, les raisins sont murs un mois avant ceux situés en altitude et face au nord, et leur charge en sucre est d’autant plus important. Si les cépages utilisés les plus couramment et issus des plantations les plus récentes sont au nombre de cinq, essentiellement, les vielles vignes sont très souvent complantées avec de très nombreuses variétés ayant des phases de maturation et des caractéristiques bien distinctes. Que l’on choisisse de vendanger tout en même temps, ou selon un certain degré de maturité de chaque variété, donnera des résultats bien différents. Fermenter tout ensemble ou dans des vaisseaux séparés aussi. Si on rajoute à ces données issus du vignoble les choix de l’homme en matière d’outils et de méthodes de vinification, les options sont presque infinis. On constate, par exemple, que bon nombre de domaine de taille relativement modeste utilisent toujours les cuves de foulage en granite, peu profonds et appelés lagares afin d’extraire doucement mais rapidement couleur et tanins, aussi bien pour les vins secs que pour les vins mutés. Les systèmes de pigeage varient aussi, comme les durées et techniques d’élevages.

IMG_7468le foulage au pied – démonstration dans un lagare à Qunta do Noval, mais sans raisin car c’est le printemps

C’est pour cela qu’il me semble difficile de parler d’un style «Douro» dans les vins secs. Tandis que les Portos, issus pourtant des mêmes vignobles et cépages, ont un style immédiatement identifiable, bien qu’avec des variations autour de thèmes selon le producteur et le type de porto (ruby, vintage, tawny etc), à cause de l’impact du procédé de mutage et des élevages plus ou moins oxydatifs. J’éprouve, personnellement, plus de facilité à identifier un style commun entre les vins du Languedoc, à condition que ceux-ci fassent appel à des cépages du Sud, qu’entre la gamme des rouges secs du Douro. Je plaindrai quelqu’un essayant de coller ce terme collectif absurde de «typicité» sur des vins aussi différents que «Les Charmes» de Niepoort, Redoma du même producteur, Duas Quintas de Ramos Pinto, ou la Reserva de Crasto, pour ne prendre que quelques exemples. Est-ce un problème ? Bien sur que non, sauf pour quelqu’un qui serait obsédé par la simplification.

IMG_7485mur de schiste sur bloc de schiste : le pays est aride et le climat rude. La vigne n’a que s’y accrocher

Sur le plan des cépages, si le Touriga Nacional est la plus médiatisée des variétés que l’on trouve dans le Douro, elle est loin d’être la plus plantée, et certains producteurs le trouvent un peu trop violent dans son expression pour participer dans des proportions importantes dans leurs rouges secs. D’autres, comme Vallado ou Noval par exemple, en font des cuvées à part. Le Touriga Franca, le Tinto Roriz (Tempranillo) ou d’autres semblent retenir plus de suffrages pour le moment dans les cuvées les plus courantes, hormis le cas des field blends (vignobles de complantation) avec leur degrés de complexité supérieurs, dues à la fois à la grande diversité des cépages, mais aussi aux différents niveaux de maturités lors des vendanges, comme, souvent l’âge vénérable des vignes.

IMG_7495L’hôtellerie, la cuisine et le tourisme sont aussi en plein développement dans le Douro. Ici la cuisine ouverte à l’hôtel Six Senses à Lamego 

Un autre aspect de la production de cette région magnifique qui m’a frappé lors de ce voyage est la fraîcheur et la finesse des vins blancs. Ceux que j’ai dégustés constituent, pour les meilleurs, des vins d’apéritif idéaux, frais et délicat, parfumés selon l’assemblage utilisé, ou bien plus consistant mais jamais pesants. Les vignobles utilisés se trouvent généralement en altitude pour un gain de fraîcheur.

Je n’ai pas de dégustation importante ni de notes détaillées à vous présenter pour étayer mes dires car l’occasion ne s’y prêtait pas, mais je peux signaler quelques vins qui m’ont particulièrement plu issus de domaines visités ou qui ont été présentés lors des repas de ce voyage de trois jours :

Les Portos

Graham’s Crusted Ruby et LBV (ils font aussi de grands vintages mais je trouve leur style en tawny trop sucré à mon goût)

Niepoort Tawny 10 ans, très fin, complexe et finit plus sec que la plupart. Un des meilleurs de sa catégorie, pour moi.

Quinta do Noval Colheita 2000

Quinta do Crasto LBV 2011

Quinta Vale D. Maria Ruby Reserve (ce vin a le niveau de beaucoup de LBV)

Les vins rouges du Douro

Ramos Pinto : Duas Quintas Classico, Duas Quintas Reserva, Bons Ares

Niepoort Redoma, particulièrement un magnifique 2007 qui atteint une belle maturité et démontre la capacité de garde des meilleurs rouges du coin.

Vallado Tinto 2013 et Reserva Field Blend 2013

Quinta do Crasto Reserva 2014

Quinta Vale D. Maria 3 Vales 2013 et Quinta Vale D. Maria 2012

Il y a aussi de beaux rouges chez Quinta do Noval mais je les trouve trop chers pour leur niveau en ce moment.

Les vins blancs du Douro

Ramos Pinto Duas Quintas Branco

Vallado Prima 2015 (un muscat sec) et Reserva Branco 2014

Quinta do Crasto 2015

Quinta Vale D. Maria 2015

David Cobbold

(texte et photos, et ici sur le circuit du Vigean tout récemment)

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« L’avenir de la viticulture, c’est le sol »

« L’avenir de la viticulture, c’est le sol », clame Rémy Fort, le dynamique président de la Cave Anne de Joyeuse (Limoux), chez nos confrères de Terre de Vins.

Qu’il me soit permis de mettre un bémol à la clef… de sol.

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Non que je souhaite redémarrer une n-ième polémique sur le terroir, la minéralité, l’influence des roches sur le goût du vin…

Ni que je trouve déplacée l’idée de mieux adapter la viticulture et la vinification à la connaissance qu’on a de ses sols; et de les préserver face à la chimie, face au mitage, face à la spéculation. En ce sens, je rejoins tout à fait Rémy Fort.

Non, c’est juste que j’aimerais que les vignerons – coopérateurs, caves particulières ou négociants, fassent preuve d’un peu moins de modestie, quitte à s’exposer un peu plus.

Si 25 ans de dégustations m’ont apporté une seule petite certitude, c’est que l’apport humain dans la qualité des vins est déterminant.

J’en veux pour preuve les écarts que je constate régulièrement entre les vins d’une même appellation, parfois entre des vins de parcelles voisines.

Les choix opérés par le vignerons – taille, moment de récolte, temps de macération et de fermentation, levurage, élevage – sans oublier, pour les plus « modernes », l’irrigation, la cryo-extraction, la thermo, l’osmose inverse…, voire le choix du consultant, pour ceux qui peuvent s’en payer un, tout cela influence tellement le produit final qu’on ne peut décemment réduire un vin à son milieu physique.

D’autre part, les cuvées assemblant plusieurs parcelles complémentaires, voire plusieurs terroirs ou appellations complémentaires prouvent qu’il est possible de faire de bons vins, non pas hors sol, mais au-delà de l’aspect strictement pédologique.

Je ne dis pas que c’est mieux, je ne dis pas que c’est moins bien, je dis que c’est une autre voie. Digne d’intérêt.

Je pense aussi que si les vignerons, leurs représentants et leurs élus mettent tellement l’accent sur leur sol, ce n’est pas toujours pour les bonnes raisons. J’en vois au moins trois:

  • Primo, parce que c’est une rente de situation – au moins potentielle.

« Ici, c’est Saint Chinian, et là, c’est Faugères ». Au journaliste de passage, on montre les frontières, on délimite. On vante la supériorité de l’endroit d’où l’on vient. Quelque chose que personne ne peut nous disputer. Vérité en deçà des Corbières ou de la Montagne Noire, erreur au delà… Et si ça marche, si le nom est porteur, on s’en sert pour vendre un peu plus cher. Sinon, on vivote dans un glorieux anonymat. En termes de notoriété, entre Côtes de Toul et Châteauneuf du Pape, il n’y a pas photo. Et pourtant, les deux sont des appellations d’origine contrôlées…

  • Secundo, parce que ça fédère les vignerons.

« Eux c’est eux et nous c’est nous. Chez nous, nos vins sont comme ça, c’est notre schiste brun qui parle (schiste brun ou bleu, ou rouge, cochez la case correspondante). Chez nous, on peut mettre 60% de mourvèdre et pas plus de 20% de Carignan… » Le journaliste prend des notes. Il n’a aucun moyen de vérifier la proportion des vins issus de schistes bruns, ou rouges, ou bleus, ni des argiles, ni des calcaires dans la bouteille; ni celle du carignan; il n’a qu’à recopier. Et si l’échantillon A est très différent de l’échantillon B, si le boisé prend le dessus sur tout autre considération, par exemple, au point que ce petit grenache finit par ressembler à un gros pinot, ou cette syrah à un cabernet, pas question de mettre en doute la fameuse typicité – elle est gravée dans le marbre, ou plutôt ici, dans le schiste. Je caricature, bien sûr. Mais pas tant que ça.

Or, fédérer ou non les vignerons, ce qui est la responsabilité des syndicats, ODG et interpros, ne regarde en rien le consommateur; à la limite, la cohésion d’une appellation peut même être contreproductive pour le consommateur, si elle aboutit à excuser le mauvais vigneron, à justifier qu’on lui attribue un label qu’il ne mérite pas – car cela déprécie le label dans son ensemble.

  • Tertio, parce que c’est la logique du système.

Appellation d’Origine Contrôlée. Un nom. Une provenance. Une garantie.

Bien sûr, on fait des arrangements avec la réalité; l’origine, c’est rarement un seul terroir ni un seul sol: que dire des appellations régionales? Et même au niveau communal, on a souvent beaucoup de mal à lier l’appellation à un type de sol. Ajoutez-y les subtilités de la pédologie et de la géologie – deux sciences complémentaires mais pas forcément univoques, et vous obtenez un véritable mille-feuilles où le pauvre journaliste, sans parler du consommateur, a bien du mal à trouver ses marques.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit: je ne nie pas l’importance du lieu, des sols ni des conditions climatiques, dans l’expression d’un vin. J’en parle même souvent. Et je trouve louable que certains vignerons s’efforcent de les faire apparaître dans leurs cuvées. De faire en sorte que leur vigne transmute les qualités de l’endroit. Ni même, que certains luttent pour que leur vigne soit la moins traitée possible.

Ce que je regrette, c’est que le lieu prenne trop souvent le dessus dans la communication par rapport au travail de l’homme (ou de la femme).

Sans communauté vigneronne, pas de terroir – c’est l’Homme qui a défriché, qui a planté, qui a terrassé, qui a mis en valeur le terroir, qui en a révélé le potentiel. Le choix des cépages, des modes de vinification, du type de vin préconisé dans l’appellation, c’est lui aussi.

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Hélas, même dans les meilleurs terroirs, les piquets ne poussent pas tout seuls! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Tous ces choix ont été dictés par l’histoire locale, régionale ou nationale – le Porto a été développé par des Juifs espagnols chassés de Galice; le Marsala a été popularisé par la Marine anglaise qui cherchait un ersatz pour le sherry, dont Napoléon leur interdisait l’accès; le Châteauneuf n’existerait sans doute pas, sous sa forme actuelle, si les Papes n’étaient pas venus en Avignon; l’Alsace n’aurait sans doute pas pris l’habitude de vendre ses vins sous leurs noms de cépages si elle était restée française en 1870.

Parfois, aussi, les règles actuelles ne sont que le résultat de compromis plus ou moins sordides entre niveaux de pouvoir. Ou celui du positionnement des opérateurs, à un moment donné, par rapport à l’état du marché. Saviez-vous que dans les années 1930, les vignobles de Corbin auraient très bien pu être classés en Pomerol? Mais les Saint Emilion se vendaient plus cher… Et puis, il fallait bien mettre les bornes quelque part.

Sans vigneron, pas de vin. Tout ce qu’il décide influence, en mal ou en bien, le résultat dans la bouteille. Connaître le pourquoi de tel ou tel choix, la philosophie du décideur, m’en apprend au moins autant sur son produit que la composition des cailloux et le nombre de vers de terre dans ses sols.

Et moi, en définitive, ce n’est pas un Cabardès, un Faugères ou un Pays d’Oc que j’apprécie, ni un vin de calcaires ou de schistes, mais le vin de Claude Carayol ou de Catherine Roque.

Même quand Claude vinifie sa cuvée Vent d’Est, même quand il magnifie ses calcaires, ça reste son vin. S’il se plante, une année, ce ne sera pas la faute au vent ni au calcaire, mais celle de Claude. S’il fait un vin superbe, ce sera aussi sa réussite.

Et si demain il n’y a plus de vignerons à la Méjanelle parce que ça n’est plus rentable, ou parce que la pression de la ville est trop forte, le terroir historique nous fera une belle jambe!

Amis vignerons et vigneronnes, soyez donc fiers de ce que vous faites, n’hésitez pas à vous mettre en avant. Vos appellations, je les aime bien. Mais ce que je préfère, c’est vous!

Hervé Lalau

 

 

 

 

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12 Commentaires

VSIGP (4): Vin de France, ah la belle farce !

Volontairement provocateur, mon titre ? J’assume. Eh bien oui, quoi: pourquoi cacher l’origine d’un vin alors qu’il suffit de (bien) lire l’étiquette (ou la contre) dans ses détails les plus reclus pour tomber sur l’adresse quasi complète du vigneron metteur en bouteilles ? Pour peu que l’on ait quelques notions de géographie associées à une bonne connaissance de nos départements, et que l’on sache manipuler un instrument comme Google, on saura automatiquement la plupart du temps d’où vient le vin et l’on peut donc sans mal lui donner un semblant d’identité, voire même une origine réelle. Enfin, moi, c’est comme cela que je vois le problème Vin de France, si problème il y a.

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Dans l’exil de mon Midi, d’où j’exerce mes talents de dégustateur en herbe depuis pas mal d’années, les vignerons se servent de cette dénomination (non, ce n’est pas une appellation d’origine contrôlée ou protégée) pour deux raisons principales, même s’il y en a probablement d’autres comme ont su le souligner avec talent mes prédécesseurs qui se sont plus volontiers attardés sur les marques commerciales. Deux raisons donc. D’une part parce que ça permet à mes amis vignerons de faire ce qu’ils ont envie de faire, de s’éclater sans avoir – en dehors de l’État et de sa cohorte de fonctionnaires – de comptes à rendre à personne d’autre que le consommateur ; d’autre part parce que les initiateurs (viticulteurs) des IGP ou AOP qui sévissent sur leur territoire bien (ou pas trop mal) délimités sont trop cons ou trop absents pour avoir remarqué qu’un cépage, quand bien même fut-il local et de mauvaise réputation, pouvait avoir son mot à dire dans le territoire qui abrite les vignes. Qu’il pouvait aussi plaire à un certain public.

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Oui, je sais, je m’énerve inutilement. Et ce n’est pas bien à mon âge ! Vous savez que je ne pense pas une seconde ce que je couche sur écran. Tous les vignerons (ou viticulteurs) ne sont pas cons à ce point et j’en connais même qui, en coopérative, alimentent des cuvées Vin de France. Alors je vais enfoncer le clou de manière plus explicite. Pour aller plus encore dans le sens de la connerie ambiante, je vais vous sortir quelques vins de France, mais des vins bien chez moi, donc du Languedoc et du Roussillon réunis. Des vins qui, n’en déplaisent à certains, affichent leurs origines de manière discrète, mais des vins qui pourtant sentent bon leur pays.

Par ici, dans le Sud où l’on s’éclate en dehors des AOP, aucun problème pour  trouver un Vin de France : presque chaque vigneron digne de ce nom a le sien ! Par exemple, une appellation majeure est disponible près de chez moi, Côtes du Roussillon, idem à côté avec l’AOP Languedoc. Des ex Vin de Pays aussi comme les IGP Côtes Catalanes ou Pays d’Oc. Mais qu’à cela ne tienne, avec les mêmes cépages (ou presque) les vignerons autochtones ou expatriés qui ont quelque chose à démontrer préfèrent la liberté que leur offre la mention Vin de France. On peut rire, déconner ou faire dans le sérieux, mais beaucoup me disent qu’ils choisissent la facilité qu’offre cette mention. À l’instar de Stéphane Morin, ce vigneron nature découvert récemment pour alimenter ma défunte rubrique Carignan Story mais que vous pouvez retrouver ICI. Lui a choisi de ne vinifier qu’en Vin de France histoire de moins se compliquer la vie.

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Afin de jouer le jeu, je vous livre ci-dessous mes préférés de la catégorie Vin de France du moment. Il y en a des tonnes d’autres. Vous tombez bien, car je déménage ma cave dans laquelle je fais de belles trouvailles. C’est utile parfois de revoir après quelques années un vin que l’on a aimé. Rassurez-vous, je les ai goûtés récemment et je vous les restitue avec non seulement le nom du domaine, de sa cuvée, son prix de vente, son site internet (lorsqu’il y en a) et le pays d’où il vient. Ben oui, car si on la cherche bien, on trouve l’origine ! Pour certains, ça évitera d’avoir à lire l’étiquette !

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-Vin de Table de France (du Roussillon) 2005, Syrah, Domaine Sarda-Malet. 40 € le magnum départ cave. 

À l’époque, l’annonce du millésime étant interdite dans cette catégorie de vin devenue Vin de France, Jérôme Malet s’était contenté d’un mystérieux chiffre « 5 » pour informer les suiveurs de ce domaine qu’il mettait dans la confidence. Sans filtration ni collage, jovial au possible, chaleureux et exubérant, j’avais complètement oublié que ce vin était le fruit d’une syrah de sélection massale (prélevée si mes souvenirs sont bons chez Gérard Chave) choisie par Max, le père de Jérôme. Tellement joyeux qu’au départ je partais allégrement sur une parcelle de vaillants vieux grenaches comme le domaine en possède encore, du moins je l’espère. Un vin d’autant plus éblouissant si on prend la peine de le boire frais (15°) sur un petit gibier, par exemple. Hélas, il n’est plus vinifié par le domaine qui, sagement, a conservé quelques flacons en format magnum dans les millésimes 2004, 2005 et 2007. Téléphoner le matin au 04 68 56 47 60 pour avoir la chance d’en obtenir.

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-Vin de France (des Corbières) 2014, Grenache gris, Domaine des 2 Ânes. 17 € départ cave.

À quoi ça sert un Vin de France ? À montrer par exemple qu’un cépage méprisé lors de mes premiers passages dans la région à la fin des années 80 a vraiment quelque chose à dire et qu’il est capable de revivre en beauté, notamment non loin du littoral. Et puisque à l’époque l’appellation n’en avait rien à cirer – ah, si elle avait pu mettre du Sauvignon ! – il reste un espoir aujourd’hui de montrer les capacités de ce cépage en le vinifiant pour lui-même en Vin de France (des Corbières). Immensément puissant, certes, dense aussi, et pourtant tout en structure avec une élégance non feinte, c’est un blanc de grande table. Cherchez vite des queues de lotte poêlées et quelques câpres pour l’accompagner !

Etiquette L'Aramon

-Vin de France (des Terrasses du Larzac) 2015, Aramon, Domaine de La Croix Chaptal. 5,50 €, départ cave.

De par sa robe claire et sa facilité à s’écluser (un flacon bu à deux en moins de 15 minutes !), voilà un vin qui ferait une forte concurrence au rosé, tant il fait des merveilles dans le registre de l’accessibilité. Peu cher, léger et fruité, désaltérant qui plus est tout en étant capable de tenir sur une entrée de légumes crus et de pâté de tête, cela n’a rien de déshonorant même si pour certains cela frise l’incongruité. Alors, foncez sans attendre ! On trouve encore de ces petits vins de récré dans le Midi (ici, bien au nord de Montpellier), parfois même vinifiés à partir d’un cépage emblématique de l’histoire du Languedoc tel que le sieur Aramon ici présent. Jadis occupant 150.00 ha et capable de production de masse, aujourd’hui honni et considéré comme roupie de sansonnet, il revient de temps en temps par la grâce de Charles-Walter Pacaud, un vigneron sage et avisé qui, appelant ses vieilles vignes à la rescousse (vendangées à la main), a compris tout l’intérêt de ce jus qui se boit sans soif. Bravo et merci Charles !

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-Vin de France (du Minervois) 2011, Pinot Noir, Domaine Pierre Cros.  12 € départ cave.

Pierre Cros, prononcez « crosse », n’est pas du genre à écouter les injonctions des uns et des autres : Piquepoul, Alicante, Aramon, Carignan, Cinsault, il n’a gardé que les meilleurs pieds de son Minervois natal ajoutant une collection d’autres cépages plantés par curiosité et par amour. C’est le cas du Pinot noir (un peu plus d’un demi hectare) bu ici à température plutôt fraîche (15°) sur une pintade qui exprimait une sorte de gourmandise contenue avec des tannins souples et doucereux. Pour les curieux, il y a aussi du Merlot, du Nebbiolo et même du Touriga Nacional ! Plus en vente, c’était juste pour la forme. .. mais il reste du 2015 vinifié différemment et embouteillé en flûte alsacienne ! On a le droit de s’amuser, non ?

Michel Smith

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