Les 5 du Vin

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Un passage à Montagne, chez l’ami Pierre

Ingrat que je suis, il semblerait que je délaisse un peu trop mes premières amours. Cela faisait un bail, en effet, que je n’avais pas fait le détour bucolique par les rives de la Dordogne pour m’attarder du côté de Saint-Émilion et m’enfoncer lentement vers la Garonne, un peu plus en profondeur dans le Sud-Ouest à la rencontre de folles gasconnades. Pour arriver là, deux personnes m’avaient mis l’eau à la bouche : le sieur Vincent Pousson, une fois de plus, et David Cobbold, ici même. Comme j’avais follement envie de tester cette fameuse auberge de L’Horloge, à Auvillar, qui me narguait et me faisait saliver depuis le matin sachant que, par chance, elle se trouvait pile sur ma route, peu avant Toulouse, l’idée me pris d’une étape en territoire de Montagne-Saint-Émilion. Rien de mieux que de se faire inviter chez un vigneron dont je ne connaissais que très peu le vin et encore moins la cuisine, mais chez qui je me doutais bien que je serais le bienvenu. Pourquoi ? Comment ? Tout simplement parce que j’avais goûté son vin, un légendaire 2005, chez Stéphane Derenoncourt un soir d’été et que ce jus m’avait désaltéré une partie du repas, ressortant comme l’inévitable ressort parmi des dizaines de bouteilles qui circulaient, toutes aussi prestigieuses les unes que les autres, mais toutes aussi décevantes une fois à table.

L'église de Montagne, vue de Beauséjour. Photo©MichelSmith

L’église de Montagne, vue des vignes de Beauséjour. Photo©MichelSmith

Oui, je suis comme ça, un peu sans gêne : il y a des moments où j’aime bien m’imposer, m’attarder chez les vignerons pour mieux les « cuisiner », pour la bonne cause. Au détour d’une grillade, d’une salade ou d’une charcuterie locale, on y cueille les histoires grandes ou petites, les confidences, les récits d’espoirs ou de désespoirs. Cependant, pas fou le bourdon (je ne vais tout de même pas me prendre pour une guêpe), je ne débarque jamais à l’improviste car cela me gênerait. Je m’y prends toujours à l’avance. N’allez surtout pas croire que j’opère ainsi par souci mesquin d’économie. Non, je m’invite pour passer plus de temps, pour mieux saisir les mots, mieux comprendre. Un repérage rapide sur la carte, une estimation du temps de trajet, un coup de fil ou un message Facebook, et hop, in the pocket ! Donc, je me pointe le jour dit et à l’heure cet hiver devant les murs gris d’un château nommé Beauséjour paraissant aussi hanté que délaissé, posé en vigie sur une butte qui déroule son tapis de vignes vers l’un des plus beaux joyaux d’Aquitaine, le village de Montagne et sa belle église romane.

Photo©MichelSmith

Pierre Bernault Photo©MichelSmith

Comme je le pressentais, mon vigneron, Pierre Bernault, la bonne cinquantaine, long corps surmonté d’un visage ovale qu’une barbe drue et grise tente à peine d’habiller, est du genre transis de timidité. Cela tombe bien car je sais, de par ma longue errance dans le vignoble, que cette espèce d’homme cache souvent une grande sensibilité, laquelle se traduit par des vins que l’on ne peut que juger francs, honnêtes. Que demander de plus à un homme seul sur son rafiot de vignes échoué sur un socle de calcaire fissuré, vignes bichonnées avec amour et tendresse, que de tenter de faire son possible pour vinifier quelque chose de bon, de sincère ? Faire du bon, tout en cherchant la parcelle, la méthode, l’assemblage, le « truc » qui permettra de frôler l’exceptionnel, le naturellement grand ? Faire du bon, tout en entretenant, par exemple, les bâtiments et leurs 2.500 m2 de toiture… Pas facile d’être châtelain !

Vue sur les chais de Beauséjour. Photo©MichelSmith

Vue sur les chais de Beauséjour. Photo©MichelSmith

Ici, le bon, se résume en un mot : travail. Et Pierre Bernault semble savoir de quoi il en retourne, lui qui est né de parents enseignants du côté d’Alger, débarqué en 1966 à Nantes, puis élevé dans la campagne ariégeoise. Un terrien vagabond qui se serait égaré pour de bon il y a dix ans sur cet îlot bosselé planté de cabernet franc et de merlot. Ce qui le touche le plus en ce moment, c’est de voir son père, 91 ans, se pointer dans la vigne du Château Beauséjour pour tailler une vigne récemment enracinée. Octave Bernault, lui aussi né « là-bas », retrouve les gestes de son Algérie rurale où, dès qu’il avait du temps libre, l’instituteur mettait un point d’honneur à se rendre lui-même dans la vigne de ses parents afin de lui prodiguer ses soins. Oui, le sens du bon, du travail bien fait, de la continuité, du devoir. « Mon père vient d’apprendre qu’il allait être décoré de la Légion d’Honneur pour un épisode de sa vie sur lequel il est pourtant resté toujours très discret », écrira Pierre Bernault peu après notre rencontre. « Ayant à 19 ans, il rejoint les forces françaises libres en Angleterre et après un entraînement intensif au sein des commandos parachutistes des SAS (Special Air Services), il a été parachuté en mission par deux fois derrière les lignes allemandes, avec pour but d’organiser les résistants et de faire du sabotage pour désorganiser l’armée allemande. Son premier parachutage a eu lieu en Vendée, une nuit, le deuxième, quelques mois plus tard, aux Pays-Bas. Je suis très heureux et fier que soit reconnu aujourd’hui son engagement à défendre « la mère Patrie », lui qui en a foulé le sol pour la première fois de sa vie en 1944. »

Photos©MichelSmith

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Visiblement soucieux, l’homme se déride, se calme, défronce les sourcils. Libéré, son visage s’irradie de lumière quand il aligne les flacons pour la dégustation et qu’il déballe la viande. Il raconte sa vie sans pudeur, parle de ses 36 métiers, de ses trois enfants qui vivent au Canada mais qui viennent le voir l’été, de ses voyages, de son passage à Beaune, de son besoin pressant de se rapprocher de l’océan où il a vécu des moments inoubliables dans le village naturiste de ses parents, à Montalivet, « l’ONU du nu », de son entrée en informatique, de son passage chez Microsoft… Viennent ses passions multiples : la moto, le vol à voile, la mécanique (il répare lui-même ses tracteurs) et les vins. On y arrive. On compte autour de 220 domaines en Montagne-Saint-Émilion et le sien, idéalement situé, commence à faire parler de lui. En agriculture « raisonnée » sur une douzaine d’hectares de vignes assez âgées où le Cabernet franc est bien présent (au moins 30 %), il ne produit pas plus de 50.000 bouteilles dont une cuvée spéciale de très vieilles vignes baptisée 1901, date de sa plantation. Il me semble que Pierre est ravi de partager ses vins à table.

Photo©MichelSmith

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Je suis d’abord surpris par les prix de vente : 22 € pour un Montagne Saint-Émilion 2007 La petite robe poivrée c’est beaucoup, même si le vin se goûte très bien malgré son âge et qu’il présente un aspect « prêt à boire » du plus bel effet avec de jolis tannins fondus. L’Habit rouge 2012 qui vient ensuite, toujours Montagne, est en réalité un pur Merlot plein, dense, équilibré, un peu facile mais laissant une belle impression de matière. Il coûte un euro de plus, tout comme l’Habit Noir 2012, un superbe Montagne de pur Cabernet franc, à la fois riche, croquant, voluptueux, qui commence juste à se laisser boire pour le plaisir sur une pièce de bœuf d’Aubrac, par exemple. Un poil moins cher, le Beauséjour 2010, toujours d’appellation Montagne-Saint-Émilion, fait dans la finesse, la discrétion et l’équilibre. Mais il est vrai qu’il venait après un 2012 très expressif.

La clef du chai. Photo©MichelSmith

La clef du chai. Photo©MichelSmith

Quant à la cuvée 1901, un Montagne partagé à égalité entre Merlot et Cabernet franc, elle est constituée de 9 parcelles de vieilles vignes (3 ha plantés au début du siècle dernier) sur des croupes assez proches de la dalle de calcaire. Un tiers des vins est élevé en barriques neuves (chauffe blonde), le reste en barriques renouvelées au tiers tandis que les barriques bien nettoyées et détartrées vont servir quelques années de plus pour les autres vins. Pour le 2007 (40 €), « fallait avoir des couilles » explique Pierre qui a vendangé en Novembre ! « Nous n’avions pas vu le soleil depuis des mois quand il est enfin arrivé le 26 Août » ! Le 2010 de la même cuvée (45 €) est d’une belle présence : majestueux en bouche, il a en réserve des tannins joliment fondus, une bonne structure grâce à une fraîcheur naturelle qui lui confère une sacrée prestance. On devine que les racines profitent à fond de la roche !

Photo©MichelSmith

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Les raisins sont triés sévèrement par une machine qui enlève les grains secs « et qui m’a coûté le prix d’une Mercedes » ! Ils sont éraflés mais non foulés, directement mis en barriques pour fermenter. Le pressurage est effectué à l’aide d’une vieille presse verticale. À partir de raisins issus de vignes jugées « exceptionnelles », Pierre compte vinifier une autre cuvée qui s’appellera Héritage. Tirage envisagé : 5 à 6.000 bouteilles, autant que pour la 1901.

Michel Smith


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Ici commence la Loire…

Je peste assez souvent contre la perte d’énergie occasionnée par le Clochemerle des appellations, pour ne pas me féliciter des trop rares initiatives communes. Comme souvent, l’exemple vient d’où on ne l’attend pas, de quatre petites appellations du centre de la France, réunies l’espace d’une opération : Ici commence la Loire.

ICI COMMENCE LA LOIRE

Les 4 du Vin des sources de la Loire

Cela se passait lundi dernier, au bord de la jeune Loire, à Saint Jean Saint Maurice, porte Sud de la Côte Roannaise. Outre des domaines de ce cru, étaient proposés des vins des Côtes de Forez, mais aussi des Côtes d’Auvergne et de Saint Pourçain.

J’aime à penser que cet événement – à la fois sympathique, convivial et formateur – préfigure un rapprochement plus durable, sous la forme d’une véritable interprofession. On voit mal, en effet, ces quatre confettis du vignoble français continuer à jouer cavalier seul, ni même se rattacher à d’autres vignobles proches: le Beaujolais? Quelle place pourrait-il leur offrir? Le Centre Loire? Trop loin, et trop blanc (les quatre appellations partagent le Gamay).

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La vigne du château de Saint Jean Saint Maurice (Photo (c) H. Lalau)

Non, pour moi, c’est ensemble qu’ils doivent se mettre, pour mieux se faire connaître, dans ce qu’ils ont en commun et dans ce qui les différencie. En mettant bien sûr l’accent sur leurs spécificités. Le Tressallier, à Saint Pourçain, dont je ne comprends vraiment pas pourquoi il ne peut pas être majoritaire, voire seul dans une cuvée; les détails de l’histoire de l’obtention de l’AOC me semblant futiles par rapport au potentiel de qualité et de différenciation que revêt ce cépage. Le Gamay Saint Romain, à Roanne et en Forez, ou le Gamay d’Auvergne, en Côtes d’Auvergne, qui me semblent tous deux présenter des traits bien particuliers par rapport au Gamay Beaujolais (épices et charpente acide, en particulier). Sans oublier les sols de ces contreforts du Massif Central: granit et basaltes, notamment. Et pour faire bonne mesure, les vignerons et les vigneronnes eux mêmes, irréductibles Gaulois de vieux vignobles jadis prospères, mais qui auraient bien pu disparaître.

En attendant ce regroupement institutionnel, des actions communes sont déjà programmées: une montée à Paris, l’an prochain; puis une autre journée de dégustation dans le vignoble – probablement à Saint Pourçain. Vous l’avez compris, je n’attends plus que les dates pour les mettre à mon agenda.

Pour en revenir à la manifestation de cette année, voici mes vins préférés, regroupés par zone d’appellation; j’ai inclus également les IGP Urfé, seule alternative pour le blanc en Côte Roannaise et en Côtes du Forez (et là encore, je me demande bien pourquoi ces blancs n’ont pas l’AOC, comme à Saint Pourçain…).

Côte Roannaise

Alain Baillon, Chardonnay IGP Urfé 2014***, Côte Roannaise Cuvée Montplaisir 2013**

Domaine de la Rochette,Chardonnay IGP Urfé 2014**, Côte Roannaise 2014**, Cuvée La Combe 2014*** et Rimoz 2013***

Jacques Plasse, Côte Roannaise 2013**

Lapandéry, IGP Urfé Chardonnay et Pinot 2014*

Domaine Sérol, IGP Urfé Viognier de Butte en Blanc 2014**, Côte Roannaise Cuvée Originelle 2014***, Eclats de Granit 2014** et Oudan 2013***

Domaine de la Paroisse Côte Roannaise Cuvée 1878 2013***

Domaine Desormière Côte Roannaise  Cuvée Les Têtes 2014***, Montolivet 2013**

Domaine des Pothiers, IGP Urfé Cuvée Aris 2014***,Côte Roannaise Cuvée Référence 2014***, Clos du Puy 2013**

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Romain Paire (photo (c) H. Lalau 2015)

Saint Pourçain

Christophe Courtinat Saint Pourçain Blanc 2014, Chardonnay 2014 **

Domaine de Bellevue Saint Pourçain Blanc 2014, Saint Pourçain Rouge Cuvée Roches Grises 2012**

Grosbot Barbara, Saint Pourçain blanc Les Maltotes ipp 2013**, Saint Pourçain Blanc Cuvée SAS Lobkowitz 2013***

Olivier Gardien Saint Pourçain Blanc 2014 Le Nectar des Fées **

Famille Laurent, Saint Pourçain blanc Puy Réal 2014* et Cuvée Calnite 2014***

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Calcaire + Granite = Calnite (Photo (c) H. Lalau 2015)

Côtes du Forez

Domaine de Fontvial, IGP Urfé La Mircadel 2013**, Côtes du Forez Les Perrières 2013**

Clos de Chozieux, IGP Urfé blanc 2014*, Viognier Granit 2014***, Côtes du Forez Terroir Basaltique 2014**

Les Vins de la Madone, IGP Urfé Sauvignons gris et blanc Vignes sur Volcan 2014**, Roussanne 2014**, Côtes du Forez Gamay sur Volcan 2014*** et Migmatite 2014***.

Vin & Pic/Mondon Demeure, Cuvée Lie 2013**, Aldebertus 2014**

Verdier Logel, Côtes du Forez Cuvée Poycelan 2013**

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Jean-Luc Gaumon, Clos de Chozieux (Photo (c) H. Lalau 2015)

Côtes d’Auvergne

Domaine Bonjean Côtes d’Auvergne Châteaugay Rouge Cuvée Brin d’Amour  2010***

Cave de Saint Verny Côtes d’Auvergne Blanc Cuvée Les Volcans 2014**

Domaine Miolanne, Côtes d’Auvergne, Cuvée Volcan 2014**, IGP Puy de Dôme Pinot Noir 2014**

FullSizeRender Stéphane Bonjean (Photo (c) H. Lalau 2015)

Il y a bien longtemps que je n’avais pas dégusté autant de vins inconnus et avec autant de plaisir – celui du goût, et celui de la découverte.

En résumé, une belle journée, de belles rencontres, sans oublier l’espoir de lendemains qui chantent et qui entonnent bon. Ici commence… le bon boire.

Et ce qui ne gâte rien: les prix sont encore très démocratiques. Alors un bon conseil: retournez vite aux sources de la Loire avant que tout le monde s’y précipite…

IMG_6157Hervé Lalau


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La taille, ça compte!

Aujourd’hui, notre invité suisse Alexandre Truffer (Romanduvin, Vinum…) nous parle du réveil de la vigne, et en particulier de la taille.

Entre les vendanges et l’arrivée des premiers bourgeons, la vigne s’endort. Le producteur, de son côté, prépare les récoltes futures. Coup de projecteur sur quelques-uns des enjeux liés à la moins connue des saisons, celle qui précède et accompagne le réveil de Vitis Vinifera.

Une fois les vendanges terminées, la vigne va perdre ses feuilles avant d’entrer en dormance. Durant cette période qui dure jusqu’aux premiers beaux jours du printemps, la sève quitte les parties supérieures de la plante. «Les pleurs sont les premières manifestations du réveil de la vigne», explique Jean-Laurent Spring, chercheur à l’Agroscope de Changins. «Cette montée de liquide provoquée par les racines va saturer tout le réseau conducteur de la vigne. Elle expulse les petites bulles d’air, les embolies, qui se sont formées durant l’hiver. Ce qui va en quelque sorte mettre le cep sous tension et permettre son démarrage», poursuit le scientifique qui rappelle que cette purge reste spécifique à la vigne et à quelques autres végétaux. « Composés d’eau et de manières organiques, les pleurs constituent un phénomène très variable. Leur précocité, comme leur importance, sont conditionnées par la température de l’air et des sols, ainsi que par la composition et l’état hydrique de ces derniers. Cette première manifestation de l’entrée en végétation de la plante précède le gonflement des bourgeons et le débourrement.»

Pleurs

 Pleurs de la vigne en Muscadet (Photo Liann Wé)

Un siècle d’observations

Le débourrement est le moment où le bourgeon, qui contient les embryons de feuilles et de grappe, brise son enveloppe protectrice constituée pendant l’hiver. Observé avec attention par les professionnels, il constitue le premier jalon important de l’année viticole. Depuis 1925, les collaborateurs de la Station fédérale de recherche de Caudoz, à Pully, notent scrupuleusement les dates de débourrement, du début de la floraison, de la fin de la floraison, du début de la véraison (moment où les baies changent de couleur), des vendanges et enregistrent également les teneurs en sucre des moûts au 20 septembre. Ces observations sont réalisées sur des vignes témoins de Chasselas suivies avec attention au cours de ces nonante ans d’étude. Elles offrent une vision précise des évolutions du climat sur l’arc lémanique que Jean-Laurent Spring a compilées dans une étude intitulée «Climat et phénologie de la vigne». Première constatation, la moyenne des nonante dernières années (le 13 avril) semble plus une ligne de démarcation entre années précoces et millésimes tardifs, qu’une date habituelle du débourrement. Ainsi 2013 avait dix jours de retard et 2014 une semaine d’avance sur cette moyenne. En ce qui concerne les extrêmes, on oscille entre fin mars comme 1990, 1994 et 1948 et début mai: 1956 et 1986.

Si l’on prend en compte toute l’année viticole et pas uniquement le débourrement, l’étude montre assez clairement l’existence de quatre périodes distinctes. Entre 1925 et 1939, les années tardives sont la règle. De 1940 à 1953, un basculement s’opère. Floraisons et véraisons deviennent très précoces et gagnent près de trois semaines sur les valeurs médianes de la période précédente. Après 1954, la tendance se retourne une nouvelle fois et débutent trois décennies d’années plus fraîches. De 1985 à 2012, les valeurs se rapprochent de la période chaude de 1940 à 1953. Comme l’explique Jean-Laurent Spring: «ces cycles montrent que la Suisse est dans une zone de transition entre des régions méditerranéennes qui deviendront plus chaudes et surtout plus sèches et l’Europe centrale qui devrait voir ses précipitations augmenter. Pour l’heure, les fluctuations à court terme semblent avoir autant d’influence que la tendance générale.»

 

Le pépiniériste, chasseur de tendances

Nul professionnel de la vigne n’a autant besoin d’anticiper les évolutions du vignoble que le pépiniériste. Philippe Rosset plante chaque année quelques 250’000 greffes. «Pour savoir quels cépages planter et en quelles proportions, je dois deviner la mode des années à venir. Une greffe que je plante maintenant va être acheté dans une année par un producteur. Il faut attendre quatre ans pour une première vendange et l’espérance de vie d’une vigne tourne autour des quarante ou cinquante ans. Il faut donc savoir quel type de vin sera demandé à moyenne et à longue échéance. Aujourd’hui, on ne greffe quasiment plus de Gamaret ou de Garanoir, car il s’en est beaucoup planté la décennie précédente et tout le monde a ce qu’il lui faut. Par contre, le Gamay et le Pinot Noir reviennent en force», précise ce pépiniériste, l’un des plus importants du canton de Vaud, qui dédie 1,7 hectares de terre agricole à cette activité spécifique.

Pour comprendre l’importance de ce métier souvent mal connu, il faut revenir quelque peu en arrière. Jusqu’à la fin du 19e siècle, planter une vigne n’avait rien de compliqué. Il suffisait de mettre en terre un sarment que l’on incisait superficiellement afin de favoriser le développement de nouvelles racines. Tout change, dans les années 1860, suite à l’apparition du phylloxéra sur le sol européen. Cet insecte importé d’Amérique est mortel pour la vigne européenne. En quelques décennies, ce fléau qui détruit près de 99% du vignoble, contamine tout le continent, puis presque toutes les autres régions viticoles. En 1886, il atteint Founex et se dissémine dans le canton de Vaud. Il n’existe qu’une méthode efficace contre ce parasite: greffer les cépages européens sur des pieds américains qui sont résistants à l’insecte mais dont les raisins n’ont pas d’intérêt gustatif. Pour remplacer les 6600 hectares de vignes que compte à l’époque le canton, apparaît un nouveau métier: celui de pépiniériste. Parmi eux, l’arrière-grand-père de Philippe Rosset qui a débuté cette activité en 1901.

Pour qu’un vigneron puisse planter une nouvelle vigne au début du printemps, de nombreuses étapes ont été nécessaires. «Le porte-greffe est issu d’une vigne américaine qui pousse à ras du sol. On va d’abord la tailler, puis on enlève tous les rameaux secondaires (rebiots et fourchettes) pour garder des bois d’au moins 7 mm de diamètre qui soient le plus droit possible. Ces porte-greffes seront alors éborgnés (opération qui consiste à enlever les bourgeons), car ils sont là uniquement pour leurs racines, puis découpés à la longueur désirée, explique Philippe Rosset. De son côté, le greffon est obtenu en prélevant des sarments sur des vignes traditionnelles. Porte-greffes et greffons sont ensuite plongés dans de l’eau, puis dans une solution désinfectante avant d’être stockés dans des chambres froides à trois degrés où est maintenu un taux élevé d’humidité. Ils y patientent jusqu’au greffage qui débute entre le 15 et 20 mars et dure trois bonnes semaines. Débute ensuite la stratification: les plants sont chauffés à 30° pendant quinze jours afin que se développe un cal autour de la greffe. Lorsqu’il est bien formé, les plants sont prêts à être mis en terre, en pépinière.»

Tailler pour protéger

Bien que domestiquée, la vigne reste une liane qui met toute son énergie à faire grandir ses sarments. Pour obtenir des baies sucrées indispensable à l’élaboration de la plus noble des boissons, le vigneron doit limiter par la taille, l’ébourgeonnage, l’effeuillage et le cisaillage, la production de végétation. Bien que la taille soit aussi ancienne que la culture de la vigne, Prométerre organise depuis 2011 des cours de perfectionnement de cet art ancestral. «Tailler c’est domestiquer la vigne pour pouvoir la cultiver. Cette étape essentielle permet la gestion de la charge et de la vigueur», explique David Marchand. Ce conseiller viticole rappelle que les techniques les plus utilisées en Suisse sont la taille Guyot simple et le cordon de Royat (qui permettent une mécanisation des parcelles) ainsi que le gobelet (non mécanisable et qui implique de désherber la parcelle).

 

Lixion_EvolutionPhoto Pellenc

«Les nouvelles techniques de taille ont été développées pour limiter les maladies du bois, telles que l’Esca», précise David Marchand. Cette maladie endémique, causée par l’action de divers champignons, a toujours existé, mais elle a connu un fort développement ces dernières années. 2012 a hélas battu tous les records. Ainsi, dans le canton de Vaud, une parcelle témoin de 1200 pieds de Pinot Noir a été observée depuis 2007. Si les quatre premières années, les pertes oscillaient entre 1% et 3%, en 2012 près d’un dixième des ceps a succombé à ce fléau. Au final, en six ans, plus de 20% des ceps ont dû être remplacés. Naturellement présents sur les plants sains et se propageant par voie aériennes, les vecteurs de l’Esca ne peuvent être combattues avec efficacité par des produits phytosanitaires ou des mesures prophylactiques. «De plus en plus, on pense que les champignons ne sont pas la cause du dépérissement, mais qu’ils amplifient un dessèchement du cep qui a pour origine une taille inadéquate», précise ce professionnel qui anime plusieurs ateliers intitulés «Tailler et ébourgeonner la vigne selon la méthode Simonit & Sirch pour limiter les dépérissements ».

«En taillant, on crée un cône de desséchement qui va nécroser une partie du bois. Celui-ci atteint en général une fois et demie le diamètre de la pousse qu’on a coupée. Ainsi plus la taille est rase, plus la plaie est profonde et plus elle entrave le passage de la sève », précise David Marchand. «Les techniques de taille des années 1900 ont été simplifiées, entre autres à cause de la mécanisation, ce qui a amené à l’oubli de certains principes importants. Par exemple, faire les plaies de taille sur la partie supérieure afin de ne pas faire barrage à la circulation de ce fluide vital pour la plante. En Suisse, cette règle a toujours été appliquée, par contre, on a tendance à ne préserver qu’un seul flux de sève. En outre, les tailles traditionnelles ont tendance à être trop rases, le vigneron veut être trop propre, trop «esthétique», et ne laisse pas de chicots assez conséquents. Et ce d’autant plus depuis que l’on utilise des sécateurs électriques qui coupent sans difficultés de grosses sections de bois. Lorsque l’on fait une coupe longitudinale d’un cep taillé selon la méthode helvétique traditionnelle, on voit bien qu’une partie importante du sarment est constitué de bois mort. Ce qui n’est pas le cas si l’on suit les principes de la méthode Simonit & Sirch. Développée il y a une dizaine d’année par des professionnels italiens, elle reprend et synthétise ces techniques anciennes dans le but de prolonger la vie des vignes.»

Pour l’heure, les données chiffrées sur l’impact du style de taille sont encore lacunaires, car les problèmes de dépérissement apparaissent une fois que la vigne atteint une quinzaine d’années. Pourtant, les résultats obtenus par les professionnels italiens dans leurs vignes de démonstration sont qualifiées «d’impressionnants» par David Marchand qui conclut que: «malgré un travail un peu plus conséquent, la taille non traumatisante permet de limiter fortement les perte dues au dépérissement, ce qui favorise le vieillissement des vignes, garant de qualité. Ces nouvelles techniques sont non seulement rentables d’un point de vue économique, mais bénéfiques pour le consommateur. »

 

Le gel: un ennemi rare mais mortel

On distingue deux types de gel. Le plus courant, appelé gel de printemps, apparaît lorsque le thermomètre descend en dessous de -1° C. Dès que la température arrive à ce niveau, les bourgeons et les rameaux peuvent souffrir. L’importance des dégâts ne dépend pas que de la température, mais varie en fonction de l’humidité, du cépage ou encore du type de taille. Des moyens de lutte, comme l’aspersion d’eau, l’utilisation de braseros ou le brassage par des ventilateurs des couches d’air froid proches du sol avec l’air plus chaud situé au-dessus du vignoble existent, mais restent peu utilisés à cause des investissements importants qu’ils nécessitent. S’il détruit les bourgeons et certains rameaux, le gel de printemps ne cause pas en général de dommage irréversible au plant de vigne à l’inverse du gel d’hiver. Celui-ci, caractérisé par des températures beaucoup plus basses (dès -15° C) tue régulièrement la souche.

Bien que rare dans le Canton de Vaud, le gel d’hiver n’est pas inconnu et provoque des dégâts considérables. Ainsi le «grand gel de 1956» a détruit les trois-quarts du vignoble vaudois. Le phénomène a été amplifié par le fait que le mois de janvier s’était révélé particulièrement printanier. Le 31 du mois, la Gazette de Lausanne dressait même une liste des hivers sans neige au cours des âges relevant «qu’en 1288 on cueillait des violettes à Noël, qu’en 1725 l’automne se termina en mars ou qu’en 1939, 1948 et 1953 l’hiver n’apparut guère.» Deux jours plus tard, des courants polaires s’abattent sur toute l’Europe. On mesure -19° à Toulouse, -10° aux Baléares et 0° à Tanger, au bord de la Méditerranée. Après plusieurs semaines de froid intense, on estime que 20’000 des 25.000 hectares de blé et de colza du canton sont annihilées. En ce qui concerne le vignoble, on compte plus de 1.775.000 ceps détruits.

 

Plus d’info: http://www.prometerre.ch/viticulture et La taille italienne en Valais 

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Gérard Bertrand, le livre et une nouvelle pyramide

On peut avancer sans trop se tromper que cette année 2015 sera l’année Gérard Bertrand. Rien de plus normal quand on sait que l’homme d’affaires – il préfère sans doute qu’on le qualifie de vigneron languedocien, ce qu’il est aussi, il est vrai, depuis sa naissance – a probablement lui-même programmé l’événement de longue-date en concertation avec les stratèges qui l’entourent, un peu à la manière de certains présidents de la République qui consultent les cartomanciennes avant de s’engager vers un nouveau cap. Après tout, l’homme a 50 ans, âge propice aux questions existentielles. Il possède une douzaine de propriétés, a tâté du sport à un niveau élevé, monté une marque de négoce qui fait briller son nom dans une centaine de pays et rend jaloux tous ses concurrents. Il a créé un festival de jazz à l’orée des vignes, ouvert un hôtel-restaurant et, pour couronner le tout, il vient de publier et de signer un livre autobiographique dans lequel il raconte son histoire d’amour avec le vin un peu comme une rock-star déroulant son errance entre sexe, drogue et rock n’roll. Sauf que chez Gérard Bertrand, les droits d’auteurs sont reversés à une ONG qui défend la planète. Sa route est tracée droite. Sa vie aussi qui se résume entre Corbières, amour paternel, rugby, amitié, vin, jazz et fidélité. Ce à quoi on pourrait rajouter quelques ingrédients tels que l’ambition, le succès, les projets, les achèvements et, au grand étonnement de beaucoup, la biodynamie qui, à terme, sera en application sur la totalité de ses domaines, soit autour de 600 hectares.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Rassurez-vous, pas question pour moi de me lancer ici dans la critique du style ou le résumé détaillé d’une lecture approfondie du livre de notre Gégé régional. Primo, parce que moi, ce mec qui bouillonne d’enthousiasme, je l’aime bien ; deuxio, parce que ce serait trop long ; tertio parce que l’ouvrage est en vente dans toutes les bonnes librairies (Éditions de La Martinière). Sachez cependant que pour certains, ce livre à la couverture style affiche électorale ne vaut pas un pet de lapin de garrigue (oui, j’ai bien rajouté de garrigue), tandis que d’autres le soupçonnent d’être pompeusement bâclé par un nègre. Je ne suis pas de cet avis car j’ai la prétention de connaître un peu le personnage. Je sais qu’il est fier de sa réussite, de son pays, de ses racines, de ses Corbières, de sa jeunesse et de son éducation rugbystique, bref je reconnais bien là, en le lisant, le fond de sa pensée sur le vin. Et quand il a quelque chose à dire, il le dit, souvent même avec fermeté dans le ton comme j’ai pu en être le témoin. À l’approche de la cinquantaine, je le vois parfaitement entre deux changements d’avion comme à son bureau, en train de rédiger ce qu’il a envie de dire, faisant le bilan d’une vie déjà plus que remplie. Ce grand type entre deux âges, toujours soigneusement sapé, hâlé et coiffé d’un casque bouclé d’argent et d’ébène, même en shorts et tongs, a la niaque et les attributs des gagnants du vignoble que l’on met en couverture des magazines chics. Mais il la tête dure des paysans des Corbières et ses pieds ont labouré plus d’une vigne dès qu’il fut en âge d’aller à l’école. Après avoir assuré au domaine familial (Villemajou) pendant des années dans l’ombre de son père, Georges, également courtier en vins et arbitre de rugby, ayant vécu les riches heures d’un sport noble et amateur où tous les coups étaient permis, il me laisse l’impression d’un homme qui vit sans cesse en vue de la préparation d’un nouveau match international à l’enjeu capital : il accepte certainement de perdre, mais se jette corps et âme dans la partie avec l’envie de faire gagner son équipe dans le sang et la sueur. Jusqu’à l’inévitable troisième mi-temps où le vin doit couler à flots.

Gérard Bertrand, en 2010, ouvrant le Festival de Jazz à L'Hospitalet. Photo©MichelSmith

Gérard Bertrand, en 2010, ouvrant le Festival de Jazz à L’Hospitalet. Photo©MichelSmith

Cela étant dit, une chose m’a intrigué dans son ouvrage et j’aimerais vous la soumettre. Sans avoir à porter de jugements, notamment sur l’aspect sacré, cosmique, voire religieux ressenti plus loin au fil de la lecture, ce qui m’a frappé se trouve au beau milieu du livre et cela ressemble plus, à mes yeux, à une nouvelle approche, une idée commerciale (marketing, si vous préférez ce mot qui m’horripile) du vin dont il serait l’instigateur. Je vais tenter de résumer ce qui, à mon avis, illustre son succès et son savoir-faire, en ajoutant quelques extraits de la pensée de Gérard Bertrand. Tout d’abord, il présente deux triangles, deux pyramides. La première est classique et déjà vue. La seconde est plus inhabituelle à mes yeux et elle symbolise une démarche de plus en plus tendance sur laquelle il faudrait se pencher, même si elle ne me satisfait pas pleinement. Une idée new age peut-être, pour l’instant encore un peu floue, me semble-t-il, mais une idée qui mérite pourtant que l’on s’y attarde. Du moins je le pense.

La pyramide

La pyramide « classique » et conquérante, à l’américaine…

Suite à une première pyramide, Gérard Bertrand écrit ceci : « Après une mûre réflexion et de nombreux voyages, je pense qu’il est temps d’organiser aujourd’hui la hiérarchisation des vins de manière différente, car la clef d’entrée par le prix n’est plus le premier critère de choix pour les consommateurs. Il y a vingt ans, le prix d’un vin de bonne qualité était au maximum dix fois inférieur à celui d’une bouteille d’exception. Ce rapport a explosé et est passé de un à cent aujourd’hui, avec l’intérêt grandissant pour les grands crus, dont la cote dépend souvent des notes décernées par les journalistes. On remarque aussi l’apparition d’un phénomène nouveau, lié à la spéculation et à la production limitée de cuvées parcellaires, insuffisante pour alimenter une demande soutenue. Cependant, la crise financière et l’effet lié au changement du mode de gouvernance en Chine créent quelques turbulences, ralentissant la demande, malgré les réservoirs de croissance, représentés par le Brésil, le Nigéria, la Colombie et l’Inde en particulier. La seconde voie, plus originale, consiste à classer les vins en lien direct, non plus avec le marché, mais avec ceux qui les boivent. Ceux-ci sont en train, petit à petit, de prendre le pouvoir et de s’affranchir partiellement des règles du marché. Les amoureux du vin savent qu’avec leur téléphone portable, et en dix secondes, ils peuvent se relier à tous les vignerons. La planète est devenue un jardin où, de son fauteuil, en sirotant un bon verre de rosé, le consommateur peut commander pratiquement tout ce dont il a envie. Bien sûr, les problèmes liés à la logistique et aux réglementations douanières sont aujourd’hui des limites au libre-échange, mais il n’en demeure pas moins que le consommateur est en train de s’affirmer. Certains parmi eux sont aussi devenus des conseilleurs sur la blogosphère. Je crois pour ma part à une nouvelle organisation moins mercantile, davantage liée aux besoins des consommateurs, et répartie en quatre catégories : 

La

La « nouvelle » pyramide, selon Gérard Bertrand

Il existe de plus en plus de consommateurs curieux de découvrir de nouveaux territoires et favorables à la perception et à l’éveil des sens. Les hommes et les femmes ne doivent plus subir le diktat des étiquettes mais au contraire se forger eux-mêmes leurs critères, résultant de leurs envies. De nos jours on ne consomme plus le vin comme un aliment. Ce type de comportement s’est éteint avec l’arrêt des travaux physiques pénibles, qui étaient monnaie courante à une époque où le vin était un carburant nécessaire dans la ration calorique quotidienne. L’évolution des techniques de vinification, la cueillette à maturité et d’autres améliorations qualitatives de la viticulture actuelle permettent d’éliminer presque totalement les mauvaises bouteilles. »

Avec son épouse et coach, Ingrid. Photo©MichelSmith

Avec son épouse et coach, Ingrid. Photo©MichelSmith

S’en suit une déclinaison des critères pris à partir de la base au sommet de la « nouvelle » pyramide, lignes dont je vous fais grâce mais que vous trouverez dans son ouvrage précédant de nombreuses pages consacrées à la biodynamie et à la mécanique quantique… Ces observations faîtes par un gars qui parcourt le monde pour vendre du vin estampillé Sud de France paraîtront à certains vieux routiers d’une banalité et d’une naïveté déconcertantes. Mais Gérard a le mérite de se livrer avec sincérité, ce qui est plutôt rare dans le monde du vin. C’est ce qui donne parfois, et ce sera pour moi la critique majeure, l’impression de feuilleter une super brochure (même s’il y a peu d’illustrations) avec ou sans langue de bois, brochure qui se lit d’une traite en un voyage en train entre Paris et Perpignan, par exemple. Mais après tout, si je dis ça, c’est que j’aurais bien aimé être celui qui recueille ses souvenirs et ses observations. En bon  prétentieux que je suis, j’aurais aimé lui faire sortir tout ce qu’il a dans les tripes. Ce livre-là, plus vrai je l’espère, se fera un jour avec un autre vigneron. Notre beau pays n’en manque pas.

Michel Smith


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The success of Sancerre

Sancerre from the west.

Sancerre from the west.

A week yesterday my co-Cinq colleague David Cobbold reported on a tasting of wines from the Loire’s Central Vineyards. He suggested that Sancerre producers were perhaps resting on their laurels and that the size of the Central Vineyard appellations corresponded to their success.

No doubt there are producers in Sancerre who sit on the appellation’s current reputation but this is far from true for the leading lights, who are constantly looking to improve their wines both through work in the vineyards and investment in equipment in the wineries. Anyone who wants to see the latest winery equipment used in the Loire heads to Sancerre. Unlike some wineries in Italy, parts of Spain, Napa or Chile you won’t find here modern day wine cathedrals designed at great expense to highlight the owners’ deep pockets. In Sancerre and elsewhere in the Central Vineyards there is happily a marked absence of bling. Here wineries are functional. Producers, like Alphonse Mellot and the Vacheron family, in the town of Sancerre itself are naturally constrained by the narrow streets, tightly packed houses and steep slopes. This also used to be the case in Chavignol but recently there has been a trend for some producers, for instance Gérard Boulay and Thomas-Labaille to build new wineries outside the Sancerre’s capital city, especially on the road between Chavignol and Saint-Satur. Even with greater space available these are functional buildings as is the new dairy built by Rians after they acquired the historic Crottin cheese maker – Dubois-Boulay.

Part of the Henri Bourgeois winery above Chavignol.

Part of the Henri Bourgeois winery above Chavignol.

The ever-expanding Henri Bourgeois winery must the most spectacular development in the region. When I first visited the domaine in October 1989 they had a relatively small winery next to Chavignol’s church. The original winery is still there but its has expanded very considerably up the hill. Again the buildings are functional and designed for easy working. Of course there is expensive kit inside but there for a purpose. The new arrangements for receiving and selecting their Pinot Noir grapes are coming through in the wines.

The Joulin celebrating the 2014 vintage.

The Joulin celebrating the 2014 vintage.

During my brief stay in Sancerre in April I visited three producers – Pascal Joulin (Domaine Michel Vattan) in Maimbray, Clément Pinard (Domaine Vincent Pinard) in Bué and Arnaud Bourgeois (Henri Bourgeois) in Chavignol. I largely concentrated on tasting the 2014s, which is a very good vintage here and was confirmed by my visits. What was impressive was the determination of all three to continue to improve the quality of their wines. At Domaine Vincent Pinard, for instance, the top cuvée of their Pinot Noir is destemmed by hand using a team of around 20. Naturally this attention to detail doesn’t come cheap – the 2012 Vendanges Entières sells for 33€ a bottle at the domaine. Would you find the same quality, however, in Burgundy for this price?

Clément Pinard

Clément Pinard

Arnaud Bourgeois

Arnaud Bourgeois

Given Sancerre’s current success and wealth it is easy to forget how poor and backward the area was still at the end of the 1940s and early 1950s. I always remember many years ago André Dézat recounting the lack of electricity in the early 1950s, that water had to be fetched from the well and that for most families in the area they made a living of sorts on a few hectares of polyculture. It was the arrival of the first tractors in the 1950s that allowed the dynamic to start to expand their holdings. This was also the epoch when the leading lights of the appellation started to take their wine up to Paris and so established a reputation. La Maison des Sancerres in the town of Sancerre does an excellent job covering the history of this period along with separate explanations of the geology of the area. This is the starting point for understanding Sancerre.

It should not be surprising that Sancerre is the easily the largest appellation in the Central Vineyards. Simply it has the biggest area of land suited to grape production. The suitable area in Pouilly is much more limited, while for Menetou-Salon it is largely the ridge that runs from Morogues to the town of Menetou-Salon – to the south there is too much clay and there are extensive forests to the north. Now there are 465 hectares planted but back in 1991 Gilbert & Gaillard in their Guides des Vins: Pays de La Loire listed Menetou at 100 hectares.

To the south west in the Cher Valley the land appropriate for vines for the ACs of Quincy and Reuilly is very much limited. For Quincy the focus is on the gravel banks laid down by the Cher and Reuilly relies on the the slopes facing the River Arnon, otherwise this is an area of cereal production. Both ACs virtually disappeared during the 1980s – G&G record 60 ha for Quincy and just 40ha for Reuilly. Following a welcome renaissance Quincy today has some 224 hectares planted with Reuilly on 186 hectares.

Santé!

JBGlassesss


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Sur les routes du Picpoul de Pinet

« Son terroir c’est la mer », dit le slogan du Picpoul de Pinet. C’est peut-être pour ça que j’en avais une idée plutôt… horizontale. Celle de vagues ondulations un peu monotones aux bords de la grande bleue, ou plutôt, de l’étang. J’avais tort, évidemment.

Il suffit d’aller voir sur place pour constater que le Pinet est non seulement terrien, mais doté de plusieurs terroirs; et que si, effectivement, la partie la plus proche de la mer est assez plate, plus l’on s’éloigne, et plus le vignoble ondule, plus il s’éparpille, plus il s’égaille, plus il se cache entre les pins avec, deci- delà, un joli mas, un sentier, des affleurements calcaires au milieu des poudingues.

Ajoutez- y un cépage aux remarquables vertus rafraîchissantes en ces terres sudistes, (mais capable d’atteindre de belles complexités si on lui donne un peu de soin et du temps sur ses lies, notamment); des caveaux accueillants; un environnement préservé (quelque 10.000 ha de nature protégée); sans oublier les traces d’un passé plus de deux fois millénaires (la Via Domitia traverse le vignoble), que vous faut-il de plus pour avoir envie de venir?

Comme nous ne reculons devant rien, ami lecteur, Marc et moi sommes partis en reconnaissance pour vous (merci à Guy Bascou, à Clair de Lune et à Jean-Philippe Granier pour la mise sur pied de ce programme personnalisé).

La suite en photos…

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La voiture présidentielle est avancée (Photo © H. Lalau 2015).

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« Son terroir, c’est la mer », dit le slogan. Et ses amis, les fruits de mer! (Photo © H. Lalau 2015)

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Vous connaissez  sûrement la Cave de L’Ormarine. Mais connaissez-vous cette cuvée qui si sied bien aux huîtres? (Photo © H. Lalau 2015).

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Cette petite route qui ne paie pas de mine n’est autre que la Via Domitia qui reliait jadis l’Espagne à l’Italie. Respect pour ce travail… de Romain (Photo © H. Lalau 2015).IMG_5906Oui, le Pique Poule, c’est bien ici (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5910La terre du Picpoul de Pinet est un camaïeu d’ocre, de gris et de jaune, encadrés du vert des pins, des chênes kermès, des oliviers ou des aubépines. Un paradis pour le géologue amateur (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5943Un paradis aussi pour l’amateur de plantes (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5898Agronome de formation, le picpoulissime Président Bascou herborise pour nous (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5902Les poudingues (de l’anglais pudding) sont un agglomérat de roches diverses. Le genre de gâteau à réserver aux solides dentitions. (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5919La pause fraîcheur au Domaine de la Mirande, avec Mlle Albajan et son Picpoul à l’incroyable rapport qualité-prix (et dans la bouteille Neptune, bien sûr!)  (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5913Mirande, miré de l’extérieur (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5932Du haut de la Roche aux Fées, des siècles d’érosion vous contemplent… (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5930Sans oublier ce superbe monument dédié à l’Oenotouriste Inconnu (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5937L’air de rien, nous voici déjà au bout de l’aire, fin du parcours. (Photo © H. Lalau 2015).

IMG_5948Un dernier verre de cette excellente cuvée de la Cave de Pomérols et nous voila repartis.

Pour rappel, Pinet se situe au nord du Cap d’Agde et de Sète, entre Béziers et Montpellier. Bien au sud du 15ème par la porte d’Orléans.

Pour vos prochaines balades en famille, ses jolis sentiers balisés vous y attendent. Ainsi que ses vignerons, un verre de Picpoul à la main…

Hervé Lalau


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Two dinners and a lunch (part 2)

Cheu L'Zib, Menetou-Salon

Cheu L’Zib, Menetou-Salon

My last Tuesday’s post left us enjoying a copious, traditional Sunday lunch at that Menetou-Salon institution Cheu L’Zib:

‘We left the Joulins in time to drive to Menetou-Salon for a traditional blow-out Sunday lunch at C’Heu l’Zib. If you have been there once then you will know what will be on the menu as it is virtually unchanging largely because the clientele goes for their terrines, the famous pike in beurre blanc and the slab of wickedly rich charlotte aux chocolate as a coup de grâce!. It is fun to do once every so often – always a good atmosphere of people, often in large family group, enjoying themselves. Just don’t arrange to do anything much, apart from taking a substantial siesta, afterwards. (posted 21.4.2015)’

 

Un vrai menu fixé!

Un vrai menu fixé!

I find the theory and practice of lunch somewhat at variance and by lunch here a mean a substantial lunch with three courses and wine not a hurried grabbed sandwich. The theory is wonderful – setting aside several hours to enjoy a feast in the middle of the day what could be better? It indicates that you are a person of some leisure – not ruled and traumatised by a series of meetings and appointments. The practice can often live up to expectations. It is post-lunch that I find more problematic as a copious and bien arrosé en modération déjeuner can often bring the day to a premature close. Not you understand that I have anything against a siesta even a substantial one – both are admirable and an integral part of a civilised life. A siesta is normally a refreshing rest of variable duration before further activity. A post substantial lunch siesta is all too often instead a prolonged preparation for an early night.

The happy practice of Sunday lunch at Le Zib

The happy practice of Sunday lunch at Le Zib

Isabelle and Pierre Clément, 2013 La Dame de Chatenoy, Mentou-Salon

Isabelle and Pierre Clément, 2013 La Dame de Chatenoy, Mentou-Salon

Anyway more than enough of this philosophy… the much more important question is what we drank at Cheu L’Zib. Naturally the wines of Menetou-Salon have pride of place on the list. I’m not even sure whether any vins d’étranger, from Sancerre for example, are listed. If they are I didn’t notice them. We selected the excellent 2013 La Dame de Chatenoy from isabelle and Pierre Clément as our white Menetou for our apéro and to carry us just about through to the famous pike dish. Well balanced with ripe grapefruit flavours, weight and length.

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The red Menetou was easy to choose: Philippe Gilbert’s 2010 Les Renardières. I am very impressed with Phlippe Gilbert and have often tasted his wine but never to date drunk the wine at table. The 2010 lived up to expectations – voluptuous and delicately silky as only good Pinot Noir can be. Further confirmation of the progress made by leading producers in the Loire’s Central Vineyards through careful work in the vineyard and rigour during the vendange.

As I suspected lunch at Zib virtually finished off the rest of the day but did mean I was thoroughly rested for Monday. A morning bike ride in the Sancerre vineyards– flat it isn’t! A couple of visits in the afternoon – Vincent Pinard and Henri Bourgeois – leading to dinner at Jean-Marc Bourgeois’ La Côte des Mont Damnés in Chavignol.

As I was fractionally late getting to the table due to a very interesting extended tasting with Arnaud Bourgeois – more on the two tastings next week as well as some thoughts on David Cobbold’s fine piece on the Central Vineyards yesterday – Carole had already selected a white – the 2012 Le Chêne Marchand from Lucien Crochet. What an excellent choice this was! Le Chêne Marchand is one of the oldest recognised vineyard sites of Sancerre. As you drive into Bué from the south it is on the slopes to your left hand side. It is limestone with very little top soil – known locally as caillottes. Generally the wines from caillottes, which makes up about 40% of Sancerre’s vineyard, are the quickest and most expressive when young.They tend to be bottled young. This is not the case for Gilles Crochet, the son of Lucien and who has now for a number of years run the domaine. Gilles prefers to give his wines a lengthy élevage. This showed to advantage with the 2012 – complex, good texture with length and balance.

A 1st course

A 1st course

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A 1st course

A 1st course

 

Delicate entrée featuring langoustine

Tagliatelle Géante de Crottin au Beurre de Muscade.

Tagliatelle Géante de Crottin au Beurre de Muscade. very much Jean-Marc’s speciality 

2011 la Bourgeoisie, Sancerre Rouge Henri Bourgeois

2011 la Bourgeoise Sancerre Rouge Henri Bourgeois

Even since I first tasted the whites of Henri Bourgeois back in the early part of 1989 I have been convinced of their quality. The reds, however, I long felt were not of the level of the whites. However, over the last few years there has been a marked improvement in the reds. They have a lot in the handling of the fruit during the vintage. Again like Philippe Gilbert’s Menetou Red the previous day I had tasted these wines bit not drunk them, so I was determined to try one on this night. Its silky texture and spicy fruit backed up my feeling that the gap between the Bourgeois reds and their whites is closing. A lovely bottle and further proof that Pinot Noir from the Central Vineyards is well worth searching out.

Delicious and delicate pigeon – a great foil for the red.

Delicious and delicate pigeon – a great foil for the red.

Sancerre from the west.

Sancerre from the west.

JBGlassesss

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