Les 5 du Vin

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Côtes du Rhône Villages : Glorieuses #Découvertes !

Il y a quelques semaines, je me suis offert un break, pardon, une coupure.

C’était en Vallée du Rhône, région que je fréquentais jadis (il y a plus de 30 ans, déjà…) au temps de mes premiers pas dans le vin avec, il faut bien le dire, bien plus d’assiduité qu’aujourd’hui. J’y descendais souvent le plus naturellement du monde depuis Paris : Vienne, Tournon, Saint-Péray, Valence… la RN 89 n’avait alors plus de secrets pour moi et sur l’étroit espace qu’offrait le parking de Guigal, il y avait toujours une place de libre pour le visiteur, même sans rendez-vous ! Quant à Michel Chapoutier, aujourd’hui grand manitou de la région, je me souviens encore de son sourire un brin narquois lorsqu’il était au garde à vous dans le bureau Empire de son père, Max, et qu’il semblait nous dire : « J’en n’ai pas l’air comme ça, mais j’ai de grandes idées en tête. Vous allez voir, un de ce quatre, vous entendrez parler de moi » !

Michel Chapoutier, aujourd'hui Président d'Inter Rhône. Photo©MichelSmith

Michel Chapoutier, aujourd’hui Président d’Inter Rhône. Photo©MichelSmith

Cette partie septentrionale du couloir rhodanien, notre ami Marc s’y est attardé pour lui consacrer plus d’un article ces derniers temps. Tandis qu’il s’adonnait à la Syrah, au Viognier, à la Marsanne et à la Roussanne, je peaufinais de mon côté ma carte du Sud, histoire de m’offrir, grâce à la complicité d’Inter Rhône, trois jours de dégustations en Avignon à l’assaut des « Villages Crus » (appellation qui m’est propre) de la partie méridionale des Côtes du Rhône. Le tout dans le cadre de Découvertes en Vallée du Rhône, une bien nommée manifestation professionnelle entrecoupée en nocturne d’escapades diverses, variantes désormais qualifiées de off, histoire peut-être de coller à la réputation festivalière de la cité.

L'ami Marc Vanhellemont, dans les salons d'Avignon en compagnie d'un collègue belge. Photo©MichelSmith

L’ami Marc Vanhellemont, dans les salons d’Avignon en compagnie de Johan de Groef, son collègue belge d’In Vino Veritas. Photo©MichelSmit

Arrivé en Avignon, pour cette série de trois articles au moins, mon modus operandi est simple : par discipline, mais aussi par nécessité, il faut bien se fixer un programme, ne pas partir dans tous les sens comme un chien fou ce qui aurait pu m’arriver vu que nous avions des milliers de vins à notre disposition. Pour être efficace, j’ai négligé les clochers déjà embarqués dans un premier train qualitatif depuis la fin des années 60, comme celui des Côtes du Rhône Villages avec noms de communes que sont Séguret, Sablet, Cairanne, Roaix, Visan, Saint-Maurice, Saint-Gervais, Laudun ou Chusclan (voir la carte officielle), pour ne citer que ceux-là.

J’ai négligé aussi les villages passés crus à part entière comme Rasteau et Beaumes-de-Venise (qui l’étaient déjà avec leurs VDN), Vacqueyras, Vinsobres, Gigondas, crus qui tous briguent peu ou prou la notoriété d’un Châteauneuf-du-Pape.

Dans les murs d'Avignon, des milliers de vins à déguster ! Photo©MichelSmith

Dans les murs d’Avignon, des milliers de vins à déguster ! Photo©MichelSmith

Pour mieux cerner les choses et déguster sereinement, j’ai décidé de me concentrer sur les petits nouveaux, ces presque crus, comme je les appelle sans aucun mépris. Il s’agit de zones consacrées depuis une dizaine d’années, pour certaines, entre 2005 et 2012, par une appellation Côtes du Rhône Villages « avec dénomination géographique ». Ils ont pour noms Puyméras, Signargues, Massif d’Uchaux, Gadagne et Plan de Dieu.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Car il convient toujours de se méfier des excès en matière de vin. Bien souvent, une zone qui veut monter d’un cran sur l’échelle de la qualité va, à mon sens, bien trop vite. Et brûle les étapes en quelque sorte. Ne devient pas cru qui veut et il ne suffit pas de baguettes magiques pour y arriver. Trop souvent, on pense que monter d’un niveau permettra de vivre mieux en vendant le vin plus cher. Avant, on devrait se poser la simple question : sommes-nous capables de viser plus haut ? Est-ce que nous sommes prêts à nous forger une discipline, à faire des sacrifices, à nous imposer des règles strictes sous la forme d’un très exigeant cahier des charges ? C’est ainsi qu’il y a des crus communaux récemment sacrés (je ne les nommerai pas par charité chrétienne) qui n’arrivent pas à la cheville de crus déjà installés comme Gigondas, ou même Lirac, l’un sacré en 1971, l’autre en 1947. Ils restent tout simplement à un niveau Côtes du Rhône Villages et on se demande comment on a pu faire, à moins d’un appui politique très efficace, pour les pousser aussi vite vers le star system. Je voulais voir, plutôt sentir, s’il en était de même avec ces fameux et récents wagons à « mention géographique » qui composent le majestueux train de la Vallée du Rhône. Sont-ils aptes vraiment à se positionner face au grand portillon du paradis ?

Les méandres du vin font penser à ceux des malades des ruelles de la Cité des Papes. Photo©MichelSmithLes méandres du vin font penser à ceux des calades dans les ruelles de la Cité des Papes. Photo©MichelSmith

Mais avant toute chose, contrairement à ma réputation de mauvais coucheur, il me faut procéder à un coup d’encensoir. Tout arrive, et pour une fois, je ne ronchonnerai pas… Croyez-moi si vous le voulez, mais rarement la France viticole est capable de nous offrir des moments où tout se passe bien du début à la fin, où l’on a l’impression de travailler dans un lit de pétales de roses (a bed of roses), où tout est mis en œuvre pour que l’on puisse déguster dans d’idéales conditions. La dernière fois, c’était à Bandol en Décembre dernier. Cette fois-ci, en Avignon, les responsables d’Inter Rhône se sont montrés parfaits !

Un tel accueil, une telle opportunité, un tel professionnalisme sera difficile de rencontrer ailleurs. Peu souvent en effet une région viticole est en mesure d’organiser un événement aussi bien huilé qui satisfasse l’ensemble des éternels enfants gâtés que nous sommes, nous journalistes. C’est pourquoi, avant d’attaquer la dégustation dès la semaine prochaine, je tenais à vous recommander le site qui fédère l’ensemble de la Vallée : Vins-Rhône.com !

Michel Smith


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In Vino Valréas

IMG_6931 There was a time when I was still teaching, without a thought that I might one day write about wine, that we would spend most of our six week summer holiday in a campsite in a pine forest at Faucon just to the north of Vaison la Romaine.

We fell in love with the area – the villages, the smell of lavender and thyme, the countryside around the Ventoux and Les Dentelles de Montmiral and, of course, the wines. Our stay in the campsite was bien arrosé – mais avec modération, bien entendu ! Our everyday wine, red Côtes du Rhône came in a cubi from the nearby Cave Co-opérative de Puymeras. In addition we visited and bought from producers in Châteauneuf-du-Pape, Gigondas and Côtes du Rhône.

 Indeed before we bought our shared house in Touraine we considered buying a place in the Vaucluse. However, houses in the area was already expensive to buy and in those days there were no low cost airlines or TGV to Avignon, so the Vaucluse was neither affordable or practical being too far from London.

 Sadly since 1987 my visits to the area have been rare – just a few press trips including a memorable Rasteau and truffle weekend. Kindly invited by Valréas to participate in their In Vino Valréas, my three-night stay in Valréas has brought back memories. It would be good to return to the area and spend more time.

In Vino Valréas is part of the Valréas 2021 programme.

Emmanuel Bouchard, président du syndicat des vignerons de Valréas

Emmanuel Bouchard, président du syndicat des vignerons de Valréas

Valréas 2021 is an operation to both persuade the vignerons of this Côtes du Rhône Villages to work more closely together as well as promoting the wines so that they become better known. Initially it was intended that Valréas 2021 would see the wines of Valréas promoted to a Rhône cru like Gigondas or Vacqueyras but as only 10% of the production here is sold under the appellation Côtes du Rhône Villages Valréas there wasn’t huge enthusiasm for trying to become a cru. Instead the vignerons have commissioned a report on the village’s terroir and one on looking at the words professional tasters use to describe the wines of Valréas. Friday (13th) saw the third activity of the project – trying a find ways of describing these wines avoiding the traditional terms used in tasting. It was also the opportunity to report on the studies on the terroir and tasting words.

The tasting sheet

The tasting sheet

During the morning we tasted blind some twenty or so wines. The novel idea was to try to find a new vocabulary to describe the wines using a number of scales. For example: ‘Echelle d’élégance: de la bure de moine à la Christian Dior’, ‘Echelle de persistence: du culcul printanier à une symphonie de Beethoven’ or ‘de la cabane en bois au Château de Chambord’. This was an interesting and challenging idea but the exercise took longer than the organisers estimated as we needed time for us tasters to get our heads around the idea. As this was not a competition or an attempt to select the best wines it was good to be able to discuss the wines in some depth as we struggled to find an appropriate building, animal, piece of music etc. that fitted each wine.

There may have been too many scales. It will be interesting to see the results but whether consumers will find wines likened to Dior’s little black dress, a sheep or a rhino, structured like an Hôtel de Ville or with the persistence of a Jimi Hendrix solo useful is quite another matter. I fancy this exercise may have more resonance in France than in the UK, for instance. We tasted seven whites and around ten reds. Although both the whites and the reds varied considerably in style, they all had a consistent freshness even if sometimes the alcohol levels were high. The wines had a persistent freshness that stopped the wines from being heavy and encouraged you to take another sip. The afternoon was devoted to a presentation of the two reports commissioned as part of Valréas 2021 – the first into the terroir (five different terroirs were identified) and the second on trying to identify the traditional tasting terms that best describe the wines of this Rhône-Village.

Unfortunately the organisers of the event hadn’t realized the importance these days of providing good internet access, so that those attending can quickly share news and impressions of the event. I spent a frustrating and wasteful time attempting to connect. If one of the objectives of the 2021 project is to give the wines of Valréas greater visibility, then  this was a partially missed opportunity.

Different types of truffle

Different types of truffle

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Saturday morning we went to the last truffle market of the 2014-2015 season at Richerenches. I have been to this market once before back in mid-January 2006 when I was on a memorably indulgent Rasteau et truffes press trip.

The view from the ridge by the Mas de Sainte Croix

The view from the ridge by the Mas de Sainte Croix

Early spring blossom @Sainte Croix

Early spring blossom @Sainte Croix

Jacques Coipel, Mas de Sainte Croix

Jacques Coipel, Mas de Sainte Croix

 The afternoon was spent visiting three domaines – Grands Devers, Mas de Sainte Croix and Domaine Mireille et Vincent, which was founded by Bernard Bizard in 1985. I was particularly impressed by the range of wines, both white and red, from Sainte-Croix along with the 2005 from the Bizard family.

Bernard Bizard

Bernard Bizard – I really liked his 2005 red

I spent three very enjoyable nights at the Maison d’Anvers (Antwerp in English) run by Sigi and Vanessa, who have made a very similar journey as Vincent ‘Le Cuisinier de Campagne’ and Olivia Simon in Bourgueil. Both Sigi and Vincent had successful restaurants in Belgium before deciding that it was time for a change of scene. Both chefs place a real accent on fresh food and both are passionate about wine. Vincent has vines on his property, while Sigi and Vanessa have vines right to the entrance to La Maison d’Anvers.

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I had two excellent meals cooked by Sigi and Vanessa. Sigi is mainly responsible for the first and main course, while Vanessa takes charge of the desserts. On Thursday night I started with a lovely dish of Coquilles Saint Jacques very tasty and perfectly cooked. An equally delicious supreme of pintade with mushrooms followed. The meal finished with a delicate lemon cream.

Sigi et le Côte

Sigi et la Côte

The highlight of Saturday night was the magnificent Côte de Boeuf grilled to perfection over sarments de vignes by Sigi. He has ordered a Josper grill/oven, the Rolls Royce of its kind and is waiting impatiently for it to be installed in May.

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 Yum!

 J-Elvis1


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Sauternes, c’est flou !

On le verra plus loin, l’affaire, si affaire il y a, n’est en rien condamnable. À entendre certains, on devrait même applaudir des deux mains ! Et puis, en pleine période des primeurs on en a vu d’autres en Bordelais.

Pourtant, deux jours après l’arrivée du faire-part (voir photo) sur mon écran de travail, je n’arrive toujours pas à me faire à cette idée. Songez donc, on m’invite, parmi d’autres journalistes et prescripteurs, à cautionner une renversante et novatrice trouvaille marketing destinée à marier le vin d’une prestigieuse appellation bordelaise – le Sauternes, en l’occurrence, avec un S majuscule, n’en déplaise aux typographistes – à une grande marque mondiale du groupe Nestlé, l’eau de Perrier ! Tout cela dans un restaurant branchouillard au sommet d’un immeuble décrépi de mon cher onzième arrondissement de Paris. Quelle merveilleuse idée, n’est-ce pas? Voila un événement qui ne manquera pas d’attirer dans quelques jours tous les médias sans oublier les auteurs désœuvrés des blogs vineux dont je fais partie ! Et tout le monde, à n’en pas douter, criera au génie créatif des Bordelais !

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Pour un tas de raisons trop longues ici à expliquer, je ne pourrai être de la fête. De cela, d’ailleurs, on s’en fout. Vous pensez bien que ce n’est pas mon absence qui justifie un article dans ce blog. Non, ce qui me force à traiter du sujet, comme Nicolas de Rouyn auparavant, c’est que je n’arrive toujours pas à m’imaginer comment Sauternes, une AOP, ex AOC, décrétée en 1936 (avec Barsac, appellation souvent oubliée), a pu se fourvoyer de telle manière. Je le dis brutalement et sans prendre de gants: cette façon de procéder en créant le buzz, le flou fashionista, pour inciter un effet « nouveauté branchée », a quelque chose de franchement honteux qui ne sied en aucune manière à l’image que je me fais d’une appellation soit disant noble et protégée. On agirait de la sorte avec mon Fitou ou mon Corbières, que j’en serais tout aussi outré.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

«L’appellation d’origine contrôlée Sauternes est réservée aux vins tranquilles blancs», peut-on lire en tête du décret rédigé il y a presque 70 ans. Par quelle idée étrange a-t-on pu penser qu’il serait utile voire nécessaire de faire pétiller de tels vins en leur ajoutant du Perrier aux vilains yeux de crapauds ? Pourquoi pas du Schweppes, pendant qu’on y est ? Par pur barbarisme ? Pour séduire les bobos qui s’emmerdent dans nos grandes cités? Par simple appât du gain? Serions nous tous devenus des pigeons au point de nous aligner sur cette nouvelle tendance?

Entendons-nous bien, chacun est libre de boire ce qu’il veut, de mettre un fond de crème de mûre dans un Beaujolais, d’ajouter de la limonade à un Chablis, de créer et de commercialiser aussi ce que bon lui semble. D’ailleurs, de tous temps, les barmen ne s’en sont pas privés eux qui n’ont jamais manqué d’idées en la matière. Il ne faut pas oublier que le Lillet, célèbre apéritif créé en 1872 à Podensac, dans les Graves, non loin de Sauternes, était pour l’essentiel composé de vins doux de la région, aromatisés au quinquina. Il ne faut pas non plus négliger un autre aspect du problème: depuis longtemps les ventes des vins d’appellations Sauternes et Barsac ne sont guère folichonnes. Ce marasme économique pousse certains à vouloir élargir leur clientèle comme on peut le constater ici.

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Et c’est, semble-t-il, en se basant sur ce constat qu’avec d’autres mystérieux viticulteurs, Florence Cathiard, l’entreprenante co-propriétaire du Château Bastor Lamontagne, membre de l’Union des Grands Crus de Bordeaux (avec sa famille, elle possède d’autres châteaux dont le fameux Smith Haut Lafitte, Grand Cru Classé de Pessac-Léognan) a décidé de lancer avec l’eau de Perrier son So Sauternes.

C’est sûr, elle me reprochera de critiquer sans même goûter, elle qui destine cette boisson hype aux «trentenaires et quadra jeunes, ouverts à la nouveauté, buveurs de cocktails et d’apéritifs conviviaux, auprès des sommeliers, barmen, bartenders, lady bartenders et mixologistes qui n’en peuvent plus de se voir refuser le précieux élixir en début ou en fin de repas», comme elle l’a récemment écrit sur le blog Bon Vivant.

Dessin de Rémy

Dessin exclusif de Rémy Bousquet !

Alors, qu’est-ce qui me choque au point d’embrayer sur le buzz enclenché par Madame Cathiard que j’ai connue jadis plus inspirée? Quatre choses au moins :

-Quand on a l’idée de s’associer à une marque internationale d’eau gazeuse pour vendre plus de vins, et en particulier ceux issus des jeunes vignes, comme le stipule encore Florence Cathiard (qui, dans sa jeunesse a baigné dans la communication), cela signifie que l’on ne s’est pas trop torturé les méninges. Si les vins de jeunes vignes ne sont capables que de produire des Sauternes destinés aux mélanges, alors pourquoi s’enquiquiner à leur donner une appellation contrôlée?

-So Sauternes ne date pas d’aujourd’hui puisque Michel Garat, le directeur de Bastor-Lamontagne, y avait déjà songé au moins au début des années 2000, si j’en juge par ce très promotionnel et complaisant papier glané sur la toile… Lors d’un reportage pour Saveurs, je l’avais même goûté; sans grand enthousiasme, tout en comprenant l’idée que ce vin pouvait séduire la jeune génération. Sauf que dans ces années-là, si je me souviens bien, on ne parlait pas encore de promouvoir la «mixologie». Le vin était présenté comme une troisième ou quatrième étiquette: la cuvée «So» de Bastor-Lamontagne. Point.

-Associer le nom d’une appellation à une marque commerciale me paraît dangereux et peu compatible avec le code éthique d’une appellation protégée. On me rétorquera que le Kir Royal associe bien le vin de Champagne à la crème de cassis, ou que la Fine marie le Cognac à l’eau du robinet. Soit, c’est un fait que je ne peux nier. Sauf qu’aucune marque déposée ne propose « Kir Champagne » ou « Fine à l’eau de Cognac ». Sinon, sans être avocat, il me semble qu’elle serait attaquable et même condamnable.

-Et la simple pensée qu’un jour la Maison du Sauternes soit obligée de consacrer un espace à la petite bouteille verte pour pouvoir vendre ne serait-ce que le plus bas de gamme des vins de l’appellation, me hérisse le poil.

Michel Smith


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Beautés crétoises (2)

Après les photos de la semaine dernière, entrons dans le vif du sujet: oui, il y a maintenant de très beaux vins en Crète. Le changement intervenu ces 15 dernières années est spectaculaire. Fini, les blancs oxydés, la pâle imitation de Bordeaux rouge (ah, le merlot trop mûr…). Non seulement la technique est mieux maîtrisée, mais cerise sur le gâteau, voici que les Crétois se réapproprient leurs cépages autochtones.

J’ai tout particulièrement apprécié le Vidiano, en blanc – et ce, dans tous les terroirs de l’île, ce qui semble bien prouver qu’il a du potentiel.

Et puis un assemblage original, en rouge: le Kotsifali et la Mandilaria. Deux cépages qui ne paient pas de mine – le premier n’a pas de couleur, le second semble souvent manquer de finesse; mais quand ils sont attelés, ces deux là peuvent donner des vins d’une élégance et d’une complexité étonnantes.

Voici ma sélection de vin, par région.

La Canée (Chania)

A l’ouest de l’île, Chania (alias La Canée) a été une cité minoenne, avant de devenir une place forte byzantine, puis vénitienne; au travers de toutes ces époques, elle a été le débouché de l’agriculture locale – du vin, mais aussi et surtout des agrumes et de l’huile d’olive.

La zone viticole proprement dite est plutôt très accidentée – si la mer est toute proche, les vignes se situent sur les contrefort des Montagnes Blanches. Historiquement, elle se distingue par le Romeiko ou Romaiko (le Byzantin), un cépage blanc à fort potentiel alcoolique,  longtemps utilisé pour la production de vins doux naturels.

Mais l’encépagement s’est fortement diversifié, tandis que le Romeiko est aujourd’hui vinifé également en sec, avec quelques beaux résultats.

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Dans les vignes de Nostos, avec M. Manousakis (Photo (c) H. Lalau 2015)

Doukakis Vidiano Lihnos 2014

Citron, mangue, une léger frisant, superbe salinité en finale. Vin bio. 15/20

Dourakis Malvazia Aromatica Kudos 2014

Un nez très expressif qui évoque le muscat, mais en plus délicat; du miel, de l’écorce d’orange, de l’amande fraîche; et en bouche, beaucoup de vivacité; du joyeux combat entre acidité et gras, c’est notre plaisir qui sort vainqueur, avec une finale assez saline. Un blanc de caractère! 16/20

Karavitakis The Little Red Prince 2013

Assemblage de Kotsifali et Mandilaria. Superbe fruit noir, beaucoup de fraîcheur en bouche, un peu de cuir; finale guillerette, saline et longue. 16/20

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Nostos Alexandra 2012

Syrah, Mourvèdre et Grenache de jeunes vignes. Un choix payant pour ce vin tout en fruité noir, tout en plaisir gourmand dans l’avant bouche, et d’une belle structure. Belle fraîcheur, aussi. 15/20

Karavitakis Liastos Romaiko 

Robe sombre, joli nez de noix et d’abricot sec, la bouche est dense, pleine d’impressions subtiles – épices, cerises à l’alcool, toffee…  et ça n’en finit pas. 17/20

Alexakis Mare de Candia White Blend 2014

Ce « blend » assemble Vilana, Assyrtiko et Vidiano. Il présente d’étonnantes notes de camomille, de citronnelle et de sureau au nez; en bouches, ce sont plutôt les épices du maquis qui dominent, apportant de la fraîcheur à une matière assez souple. 15/20

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Archanes et Péza

La zone de Péza (Département d’Héraklion) représente environ 70% du volume de vin produit en Crète. Seule une petite partie est vendue sous l’AOP Péza, réservée au seul Vilana, en blanc, et à l’attelage Kotisafali-Mandilaria, en rouge.

Ce même assemblage est utilisé pour les rouges de l’appellation voisine d’Archanes, qui se vante de posséder le plus vieux pressoir à vin d’Europe, au lieu-dit Vathipetro.

Paterianakis Melissinos 2014 Thrapsathiri Sauvignon

Pomme golden, pêche de vigne au nez, beaucoup de vivacité en bouche, c’est fluide, c’est pur. Très joli blanc qui remet à l’honneur une variété locale, le Thrapsathiri, ici assemblé au sauvignon. Vin bio. 15/20

Myliarakis Péza Single Vineyard  2010

Cerise, un peu de réglisse, jolis tannins, assez fluide, tout en élégance. Les 10 mois de fût sont assez bien fondus – un peu de rondeur, un peu de fumé, mais ni vanille ni caramel. Sélection parcellaire. 14,5/20

Myliarakis Malvazia 2014

Muscaté, abricot, raisin sec, un nez très intense, une bouche gourmande, quelques notes de miel, une légère amertume finale. A la fois ample et très long. Assemblage de Malvazia di Candia et Malvazia Aromatica. 15/20

Lyrarakis Kotsifali 2013

L’occasion de vérifier ce que le Kotsfali peut donner seul. Mieux que ce qu’on en dit généralement: beaucoup de fruit (griotte, fruit noir) et un peu de fumée – on pense à un pinot. En bouche, on part un peu plus vers la mondeuse ou la syrah. Comparaison n’est pas raison, ce cépage a ses qualités propres, en tout cas, quand il est bien vinifié. Plus sur l’élégance que sur la concentration en bouche, mais une très jolie finale réglissée. A boire frais. 15/20

Strataridakis Syrah Kotsifali 2013

Nez très fumé, cuir, résine, goudron; curieusement, après tous ces épices, la bouche est plutôt souple et presque délicate. Belle fraîcheur en finale 14,5/20

Mediterra Assyrtiko 2014 Kastelos

Nez de coing aux notes fumées, très belle structure, de l’ acidité mais aussi une sensation tannique originale pour un blanc. Bonne longueur 15/20

Rhous Winery Ekdosi 6e 2013

Une Syrah élevée 15 mois barrique, mais qui garde une incroyable fraîcheur. Au nez, un concentré de maquis crétois, de la lavande, du thym, de la sauge et pas mal de poivre; en bouche, de la menthe fraîche, des tannins bien enrobés, un peu de cuir et une final sur les fruits noirs et un petit côté salin. Encore très jeune 16/20.

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Stilianou Kotsifali Sundried

Le raisin sec, en Crète, on connaît. Certains appliquent toujours la recette… au vin. Le nez évoque la figue, le miel d’oranger et le cédrat confit; la figue revient en bouche, enrobe les tannins; en finale, le sucre et l’amer font un petit bras de fer et c’est le vainqueur s’appelle caudalie. 15/20.

Dafnes

Comme pour Peza et Archanes, tout ce qui est produit dans la zone de Dafnes n’est pas AOP Dafnes. Cette appellation, en effet, est réservée au cépage Liatiko (longtemps utilisé pour les vins dits « de Malvoisie »), et donc aux seuls rouges. Souvent chaleureux et sans beaucoup de complexité, ce ne sont pas ceux qui m’ont le plus plu. Je leur ai préféré les blancs (à nouveau de Vidiano) et les assemblages de Kotsifali, de Mandilaria et/ou de Syrah.

Douloufakis Dafnios Vidiano 2014

Avec 6 mois de fût neuf, on pouvait craindre le pire, mais non, les notes légèrement toastées et épicées (sauge) se marient très bien avec le fruit jaune au nez et en début de bouche, puis c’est une jolie amertume qui prend le relai. 14/20

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Douloufakis Dafnios Dafnes Liatiko 2012

Exception à la règle, ce Liatiko-là m’a intéressé. Un nez très fumé, très cuir, un côté rustique en bouche, des tannins prononcés, mais une certaine élégance au-delà de l’alcool, il m’a séduit par sa différence. Vin d’amateur. 14/20

Magarakis Vidiano 2014

Au nez, un grand panier de pommes jaunes et de pêches bien mûres; la bouche, en contraste, surprend par sa vivacité. Comme si la charpente acide ressortait sous les rondeurs du fruit. Excellent Vidiano. 15/20

Diamantakis Diamantopetra 2012

Syrah et Mandilaria. La robe est très sombre, le nez épicé, plein d’herbes du maquis (basilic, sauge, immortelle); la bouche nous offre des tannins très fins, très suaves, mais aussi beaucoup de fraîcheur ; le bois est très bien fondu. 15/20

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Zacharias Diamantakis (Photo (c) H. Lalau 2015)

Diamantakis Vidiano Assyrtiko 2014

Un assemblage intéressant que celui de ces deux cépages des iles, c’est gourmand au nez (abricot, fleurs blanches, camomille), mais c’est surtout très riche en bouche, avec une belle note de salinité pour raviver le tout. Ici aussi, l’emploi du bois est superbement maîtrisé. 17/20

Idaia Yz 2010

Fruit noir, tapenade; en bouche, des tannins sévères mais justes. Belle présence, belle longueur.Kotsifali 70%, Mandilari 30%. 14,5/20

Idaia 2014 Vilana

Un des rares Vilana qui m’aient vraiment intéressé lors de ce voyage. Pas très complexe, mais direct: nez de pomme verte et de citronnelle, un poil de levure de bière, une acidité moyenne, une fraicheur renforcée par un poil de gaz, de la salinité, j’ai pensé à un bon Picpoul de Pinet – allez savoir pourquoi. 14/20

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Stelios Zacharioudakis (Photo (c) H. Lalau 2015)

Zacharioudakis Vidiano 2012

Pomme jaune, poire, coing, bouche suave, le bois est bien fondu, la finale puissante (14,5° Alc). 15/20

Zacharioudakis Orthipetra 2008

Un concentré d’herbes aromatiques au premier nez, un soupçon de poivre, d’épinette et de mûre; en bouche, un peu de cuir, des tannins bien présents mais civilisés, longueur impressionnante. Un grand vin. Encore une réussite de l’attelage Syrah-Kotsifali. 15,5/20

J’aurais scrupule à ne pas parler ici des autres trésors de l’agriculture crétoise que sont l’huile d’Olive (notamment les AOP Peza et Sitia), le miel, les tomates, les agrumes, les raisins secs, les fromages (selliano, anthotiros, graviera…), la viande d’agneau, les herbes aromatiques  – sans oublier le marc, ou Tsikoudia.

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Avec toute la méticulosité dont les Suisses sont capables, Alexandre Truffer analyse les vertus du Tsikoudia de Rethymnon

(Photo (c) H. Lalau 2015)

Le secret du régime crétois, c’est de les utiliser tous, et dans des formes les moins transformées possibles, et accompagnées de vin. Il paraît que cela fait des centenaires, à ne savoir qu’en faire… Comme disait Ferrat.

Les Crétois eux-mêmes sont bien conscients de ce trésor gastronomique qu’ils ont hérités des générations passées. Ils ont ainsi fondé une association, le Culinary Institute of Crete, dont le but est de mettre en avant la cuisine typique de l’île, tant auprès des touristes que des autochtones. Un travail qui n’a rien d’archéologique, puisque l’Institut délivre un label aux établissements les plus méritants.

Si vous avez l’occasion de passer des vacances en Crète, ne manquez pas d’en profiter.

Par ailleurs, bon nombre de restaurants grecs en France, en Belgique ou en Suisse sont tenus par des Crétois. Il n’est pas impossible qu’ils proposent les vins de leur île à leur carte. Essayez toujours, et dites m’en des nouvelles!

IMG_5709Et pour finir en beauté… (Photo (c) H. Lalau 2015)

Hervé Lalau


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La Styrie et le sauvignon blanc, ou comment se forger un style (1/3)

 la frontièreNous sommes à la frontière entre l’Autriche et la Slovénie, qui passe là, dans les vignes, au milieu d’une route, entre des bosquets, intangible et insignifiante

 

Le premier article de cette série de trois sera consacré à des considérations générales. Les deux suivants feront part de mes dégustations et mes rencontres avec la dizaine de producteurs que j’ai visité pendant trois journées passées dans cette partie méridionale du vignoble autrichien.

Depuis la crise engendrée par le scandale de vins trafiqués, il y a 30 ans, l’Autriche a su opérer un des plus spectaculaires retournements de situation qui je connaisse parmi tous les pays viticoles au monde. Sa production actuelle, même si elle ne pèse que pour 1% du volume mondial, fait régulièrement la une des revues spécialisées (ailleurs qu’en France !) pour sa qualité exceptionnelle, ainsi que grâce à une bonne diversité de types et de styles de vins pour un si petit pays. Que ce soit sur le plan de son organisation, sur celui du niveau de compétence de ses producteurs, en passant par le soin apporté à l’architecture vinicole et par la qualité de l’accueil pour des visiteurs, l’Autriche sait se montrer exemplaire et je conseille à bon nombre de producteurs ou amateurs français d’aller y faire un tour. Toutes mes visites m’ont convaincu du grand intérêt des meilleurs vins d’Autriche, qui me semblent représenter une proportion plus élevée de la production qu’ailleurs.

le modernismeLa beauté épurée de l’architecture vinicole en Autriche, et particulièrement en Styrie, est remarquable. Il y a là un respect de la matière et de l’artisanat qui suscite de l’admiration. Ici chez Neumeister, en Sudoststeirmark.

Mon récent déplacement en Styrie/Steirmark avait pour objectif principal de cerner la qualité et le style des meilleurs vins de Sauvignon blanc, cépage dont cette région s’est fait une petite spécialité. Bien sûr, le Grüner Veltliner est plus connu et bien plus planté en Autriche. Il est aussi plus original vu de la France. Mais il ne mûrit pas en Styrie, qui possède le climat le plus frais et le plus pluvieux de toutes les régions viticoles d’Autriche. Tandis que le sauvignon blanc, qui, comme le chardonnay, est présent dans la région depuis le 18ème siècle, produit des vins de plus en plus fins et intéressants et gagne du terrain, couvrant maintenant 750 hectares sur les 4.200 que comportent les trois sous-zones de la Styrie, traditionnellement plantées (et autrefois complantées) d’une dizaine de variétés différentes.

L’émulation a toujours bien fonctionné pour engendrer l’excellence. C’est ce moteur-là, ainsi que la volonté de distinguer les meilleurs vins d’un marquage trop générique qui guettent des vins élaborés avec des variétés connues, qui a motivé un groupe de 10 producteurs situés dans deux des sous-régions de la Styrie, le Sudsteirmark et le Sudoststeirmark, à grouper leurs forces de réflexion et de communication dans une association appelé Steirische Terroir & Klassik Weinguter (oui, je sais, c’est un peu long alors va pour STK pour faire dans l’acronyme). Ce sont toutes des entreprises familiales, de tailles variables, mais ayant un objectif qualitatif commun et la volonté de partager des expériences et de promouvoir des échanges. Ils ont élaboré une charte de qualité avec des cahiers de charges pour des vins qui répondent à quatre niveaux hiérarchiques : en ordre montant cela donne Steirische Klassik (génériques régionales), Orstwein (village ou commune), Erste STK Lage (premier cru) et Grosse STK Lage (grand cru). Ce classement volontaire est partagé par les 10 adhérents du groupe.

les vignes de l'égliseL’église a toujours su garder un oeil sur les meilleurs sites viticoles, en Autriche comme ailleurs en Europe

La Styrie jouxte la frontière slovène et certains domaines, comme Tement, débordent une barrière devenu très peu visible, même si les vins sont nécessairement vinifiés à part. Elle est belle et assez spectaculaire par la constance de pentes abruptes sur lesquelles il est parfois difficile de se tenir debout. La plupart du temps le rangs de vignes dévalent ces pentes, mais parfois, quand l’inclinaison devient trop forte, on y construit des terrasses. Les meilleures parcelles de vignes font face au sud, au sud-est et au sud-ouest afin de maximiser les rayons du soleil. Ailleurs ce sont des bois, avec une forte présence d’hêtre notamment. Les zones de plaines sont consacrées au maïs et autre céréales. Comme ailleurs en Europe, les meilleurs sites viticoles ont été exploités depuis longtemps par l’église. Souvent en Autriche, ces parcelles leur appartiennent encore, mais sont donnés en location longue durée à des vignerons. Bon nombre de ces parcelles se trouvent dans les classifications actuelles d’ErsteLage ou de Grosse Lage. Les règles pour l’élaboration des vins ayant ces deux statuts impliquent la définition du site, qui est toujours sur une pente bien orientée et à une altitude élevé pour assurer l’influence favorable du vent, un âge minimale des vignes, une viticulture raisonnée ou biologique (pas de désherbants ne d’engrais artificiels), des vendanges manuelles, si nécessaires en plusieurs passages. De toute manière les pentes ne permettraient pas l’emploi de la machine à vendanger. Les vins doivent être vinifiés en sec (sauf pour les vins issus du traminer) avec un potentiel d’alcool d’au moins 12,5%. Uniquement des raisins sains sont autorisés (pas de botrytis), et le rendement est limité à 45 hectolitres par hectare. Ces vins doivent avoir un potentiel de garde d’au moins 5 ans, ce qui est contrôlé en dégustant des vins des 5 derniers millésimes, parfois aussi des vins plus anciens, à chacun des domaines ayant adhéré à la charte. Les règles pour les Grosse Lage (grands crus), vont encore plus loin avec un rendement maximum de 35 hectolitres, des exigences quant à la nature des sols, des vignes d’au moins 15 ans d’âge et une capacité de vieillissement de 10 ans. Il leur faut en outre un élevage de 18 mois. Chaque catégorie porte une double identification, à la fois sur l’étiquette et sur la capsule.

 vignes en penteDe fortes pentes caractérisent les meilleurs parcelles, comme ici pour la parcelle nommée Zieregg, un grand cru appartenant à Tement

 

Comme en Bourgogne, par exemple, les parcelles classées ne sont que rarement le monopole d’un seul producteur. Comme le lieu-dit décrit en générale toute une pente ou parfois une colline, il peut aussi y avoir des orientations variables à l’intérieur d’un seul nom de lieu-dit, mais les vignes se situent toujours vers le haut de la pente, là ou le vent aura son meilleur effet pour sécher les raisins et la gel impactera le moins. Cette article ne parlera que des vins issus du sauvignon blanc, bien que j’ai pu déguster aussi des vins intéressants d’autres variétés ; Weissburgunder (pinot blanc), Grau Burgunder (pinot gris), Morillon (chardonnay) et Traminer (la version Gewürz et d’autres), sans parler de quelques pétillants faits avec du pinot noir et du chardonnay. On y produits aussi pas mal de vin rouges, essentiellement avec les cépages locaux Zweigelt et autres. Les lecteurs de mes articles connaissent ma réticence à m’étendre sur l’influence des structures géologiques car j’ai des doutes quant à leur influence réelle (et pas fantasmée) sur le goût d’un vin, mais il faut mentionner qu’il s’agit d’un ancien fond marin et donc que les sols sont essentiellement calcaires, parfois avec des dépôts sablonneux ou graveleux. Il y a aussi des zones schisteuses et même un secteur volcanique.

 mur de bouteillesDes murs de bouteilles font partie de l’architecture vinicole. C’est beau et astucieux

 

Comment résumer le style de ces sauvignons de Styrie? Il est parfois plus facile de dire ce qu’ils ne sont pas, mais je ferai aussi quelques remarques sur leurs évolutions stylistiques depuis quelques années, ayant pu déguster des échantillons qui remontaient une vingtaine d’années en arrière. Le style actuel est bien plus restreint que celui des Sauvignons néo-zélandais, par exemple, mais peut-être un peu plus expressif et tendre, surtout par leur textures plus raffinées que les Sauvignons de Loire. Et surtout il n’ont que rarement ces arômes végétaux de buis ou de poivron que je trouve si déplaisants et parfois agressifs. On pourrait les comparer à un bon Sancerre issu de cuve, avec peut-être un peu plus de volume en bouche, mais pas forcément. En dehors des vins dégustés lors des visites des 10 domaines, j’en ai dégusté une soixantaine dans une séance dédiée aux Sauvignons des 4 catégories et produits par les 10 producteurs du groupe, dont vous trouverez les noms en bas de cet article.

 les vins dégustésLes vins dégustés

Les vins du niveau de base de ce système de classement (bien qu’il y aient généralement dans la gamme des producteurs des vins encore plus accessibles en prix), les Steirische Klassik, se vendent entre 10 et 12 euros la bouteille. La série d’une dizaine des ces Sauvignons-là ont tous mérités des notes entre 13 et 15/20, et donc était d’un bon niveau. Les vins ayant une mention de village, qui se vendent entre 12 et 15 euros, ont parfois un peu plus d’intensité mais sont assez proche des Klassiks (notes entre 13,5 et 15,5). C’est avec les Erste Lage que les écarts se sont creusés. D’abord il y en avait bien plus, entre autres parce que différents millésimes étaient présentés, mais aussi parce que certain domaines touchent plusieurs communes. Je n’ai pas trouvé que la qualité globale était beaucoup au-dessus de celle des vins ayant la simple mention communale, mais, dans une série de 13 vins, 4 méritait une note égale ou supérieur à 15/20. Les prix pour ces vins tournent entre 17 et 20 euros. La série des Grosse Lage était de loin la plus importante, avec 30 vins, dont un, chez le seul de ces producteurs qui utilise encore le liège, était bouchonné. Là le niveau est monté d’un cran. Pas seulement par les prix (entre 25 et 35 euros), mais par la qualité, avec 9 vins auxquels j’ai attribué des notes égales ou supérieur à 16/20.

Qu’est-ce qu’on gagne en grimpant dans l’hiérarchie ? Plus d’intensité et de longueur en bouche, mais sans que le caractère « sauvignon » ne domine ni même se fait sentir. On est très loin d’un vin dit « de cépage ». Plus de raffinement aussi car il y a aussi, et surtout chez les meilleurs, une superbe suavité de texture qui ne vient pas d’un « gommage » par le bois, mais d’un emploi très intelligent de l’élevage en grands récipients en bois, dont très peu sont en bois neuf, et, certainement, d’une belle qualité de fruit. Ceci est particulièrement vrai pour le millésime 2013 qui est très prometteur et qui sera prochainement en vente.

Les meilleurs sauvignons de Styrie sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté au monde. Il est bien fini le temps d’un boisage un peu lourd. Ces vins ont un équilibre et une texture presque parfaits. Et très peu m’ont déçu ! Oui l’émulation, et l’intelligence, font beaucoup de bien.

David Cobbold

liste des producteurs STK

Gross

Lachner Tinnacher

Wolfgang Maitz

Neumeister

Erich & Walter Polz

Erwin Sabathi

Hannes Sabathi

Sattlerhof

Tement

Winkler-Hermaden


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Beautés crétoises

Ma liste des plus beaux vignobles du monde vient de s’enrichir d’un nom: la Crète.

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La preuve en images, avec ces quelques photos prises entre La Canée, Rethymnon, Peza, Archanes et Dafnes.

J’ai une théorie selon laquelle les beaux vignobles font les beaux vins – peut-être parce que travailler dans un cadre exceptionnel incite à se dépasser? Vraie ou pas, elle s’est encore vérifiée en Crète, où j’ai pu faire de belles découvertes, surtout dans les cépages autochtones – et ils sont nombreux. On en reparle la semaine prochaine…

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La balade commence côté Ouest, dans les vignes qui surplombent Xania (La Canée), vieille place forte vénitienne dont le port a vu passer des millions de barriques de vin… jusqu’à l’arrivée des Ottomans. Après une alléchante mise en bouche avec les vins des domaines Dourakis et Karavitakis, mon compère suisse Alexandre Truffer et moi grimpons dans les vignes de Nostos (famille Manousakis), à Vatolakkos (Photo (c) H. Lalau 2015).

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La mer n’est jamais très loin. Ici, la Côte Nord, toujours depuis les vignes de Nostos (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Mais la montagne non plus! Que ce soient les Montagnes Blanches (2453m), les Monts Lassithi (2148m), les Monts Thrypti (1476m) ou le Mont Ida (2456m). Ces reliefs très accentués coupent cette longue île en de nombreuses vallées, plateaux et micro-climats (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Autres cultures abondantes en Crète: l’olivier et les agrumes (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Nous quittons le vignoble de la Canée pour celui de Rethymnon, un peu plus à l’Est. A voir: le monastère d’Arcadi, dont le rôle a été prépondérant dans l’histoire de l’île et du vin local. (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Une étape pour flâner, dormir et bien manger: le hameau de Kapsalania, amoureusement restauré (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Curieusement, dès qu’on progresse un peu vers l’intérieur, on ne se sent plus du tout sur une île (Photo (c) H. Lalau 2015).

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A Vathypetro, le plus vieux pressoir à vin d’Europe (et peut-être du monde) valait bien une visite (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Nous voici chez Zacharioudakis, à Plouti, sur le versant Sud du Massif de l’Ida (Photo (c) H. Lalau 2015).

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De la neige en Crète? Oui, ça existe. Mais le soleil a vite fait de la faire fondre dans la vallée, comme ici, chez Diamantakis (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Vue du vignoble de Dafnès, dans le Département d’Héraklion. Les vignes de cuve cohabitent avec les vignes de sultaninas – les raisins secs étant une autre spécialité crétoise (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Une petite faim avant de partir? Voici une bonne adresse: Ladokolla, au centre d’Héraklion. Surtout si vous aimez le poisson. Parce que les beautés crétoises sont aussi dans l’assiette. Service impeccable, ambiance familiale, bonne carte de vins crétois. (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Et pour finir, une sympathique invitation à venir déguster sur place. C’est ce que nous avons fait. A mercredi prochain, si vous le voulez bien…

Hervé Lalaudc3a9esse-mc3a8re-serpent-de-cnossos


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Bulles de Loire (4) : Les Méridionales de Vendée

C’est un fait incontestable : la Loire va du Mont Gerbier de Jonc à Nantes. Pour ma part, en bon sudiste que je suis devenu, c’est au sud de son estuaire et du département de la Loire jadis Inférieure (désormais Loire-Atlantique) que, quand bien même n’est-elle pas toute proche, je retrouve son influence presque chaque année en une sorte de rituel qui s’apparente presque à de l’obsession et qui me rapproche d’amis aussi fous de vins que je suis demandeur de leur compagnie. N’étant pas de la bande des quatre dans leur récente entreprise ligérienne, je me suis rattrapé fissa en allant rejoindre la Vendée pour un voyage quelque peu express mais instructif.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

J’aime ce climat qui humidifie mes cigares, cette lumière qui m’aveugle et ce crachin qui m’accueille chez Benoît Tuslane et sa tribu où le vin coule toujours à flots. Bien que faisant partie des Pays de Loire, la Vendée n’est plus tout à fait la Loire – côté cépages, on oscille entre Chenin et Négrette – et pourtant, les vins d’ici, du moins ceux de l’AOP Fiefs Vendéens, sont considérés comme ligériens à part entière, entrant dans cette grande famille qui unit les vins de la banlieue de Roanne aux coteaux d’Ancenis.

Benoît Tulasne, mon complice en dégustation vendéenne. Photo©MichelSmith

Benoît Tulasne, mon complice en dégustation vendéenne. Photo©MichelSmith

Ainsi donc, une fois de plus, et pour la deuxième ou troisième fois dans ce blog (vous pouvez relire au passage mon dernier article sur les rosés vendéens), je vais vous parler de la Vendée vineuse et de cinq de ses bulles les plus fameuses (Méthode Traditionnelle et Vin Mousseux de Qualité), des bruts dénichés sur place à la propriété ou chez des cavistes et dégustés entre amis, j’allais presque dire « en famille », dans le salon de Benoît à deux ou trois rangées de vignes entrecoupées de ronds-points et de zones pavillonnaires des Sables-d’Olonne, à portée de vue des marais et de la pinède. Faute de moyens, faute d’organisation, je n’ai pu rassembler à l’improviste la totalité des cuvées sur le marché, mais avec Benoît et grâce au soutien logistique de certains vignerons, nous avons pu organiser quelque chose de concret comme en témoigne ce qui suit…

Photo©MichelSmith

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-On commence par le Domaine Saint-Nicolas, avec le rosé Be Swing de pur Pinot noir. D’un rose pâle, à peine troublée par des bulles plutôt fines, la robe est séduisante. Le nez porte plus sur les fleurs printanières, tandis que la bouche est ferme et sans ambiguïté du début à la fin avec une finale légère sur les fruits rouges. Un vrai vin de récréation (12 € départ cave) capable de se mesurer aux bouquets, crevettes et fritures de la mer. Dans le même esprit, le blanc Be Bop de Thierry Michon, un pur Groslot gris, est quant à lui plus neutre malgré ses deux années de vieillissement sur lattes. Peut-être profitera-t-il d’un vieillissement prolongé en cave ? En attendant, Thierry, le « grand sauvage » de Brem, comme on le surnomme parfois, se prépare à construire une toute nouvelle cave sur L’Ile-d’Olonne. On en reparlera après la vendange 2015 !

Photo©MichelSmith

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-Au Domaine de La Barbinière, dans le secteur de Chantonnay, la famille Orion se lance elle aussi avec succès dans les bulles et il est prévu qu’elle aille jusqu’à moderniser son étiquette ! À moins de 9 € chez un caviste des Sables-d’Olonne, son brut à majorité Chenin (40 % de Pinot noir) est le moins cher de la série. Il fait dans la vivacité, la propreté et la sincérité avec d’agréables petites notes de sous bois au nez, ainsi qu’un fruit efficace en bouche. Parfait à l’apéritif sur de fines lamelles de rillons, par exemple.

-Chez Mercier, à Vix, le flacon de brut prend des allures de grande cuvée avec un Lys cuvée M millésimé 2012 (14 € chez un caviste local) composé pour l’essentiel semble-t-il de Pinot noir, du moins si l’on en croit la fiche technique sur le site. Mais je signale ceci avec toutes les réserves qui s’imposent étant donné qu’il s’affiche comme un blanc de blancs ! Nez de croûte de fromage à pâte dure manquant un peu de finesse, simple et direct en bouche, le vin se conduit honnêtement avec une finale sur la fraîcheur. C’est un peu dommage pour lui, mais on le boirait plus volontiers en kir royal, avec une bonne dose de crème de cassis.

Photo©MichelSmith

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-Jérémie Mourat, à Mareuil, en son domaine du Clos Saint-André, vinifie le haut du panier des effervescents de Vendée, un blanc de noirs (Pinot noir sur schiste) joliment présenté et étiqueté du chiffre laconique 11.36. En fait le 11 représente le millésime et 36 la durée de mûrissement sur lattes exprimée en mois. Cette cuvée non dosée faisant suite au 11.22, il est probable que Jérémie le perfectionniste lance dans les prochains mois une cuvée allant, qui sait, au-delà des 36 mois d’élevage. La base de 2011 est ici complétée par 30 % de vins de réserve élevés en double barriques portant sur les millésimes 2008, 2009 et 2010 ce qui a pour vertu principale de complexifier la cuvée. Mais je n’irai pas plus loin dans l’explication vu que la contre-étiquette, un modèle du genre, est des plus explicatives. La robe est marquée par les reflets dorés, tandis que le nez est plein de sève, fin, légèrement boisé. Le bois revient en bouche au moment de l’attaque, mais laisse aussi ressortir le côté pommé du Pinot sur un joli fond acidulé, une remarquable structure fraîche, une certaine longueur et une finale sur le fruit. À tester sur une volaille ou une perdrix. Autour de 15 € chez un caviste.

Michel Smith

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