Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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La mode des rosés pâles s’est emparée de l’Espagne

Je rebondis sur le papier de David du 19 septembre dernier, car la pâleur dans les vins rosés a gagné l’Espagne et apparemment, ici aussi, ils plaisent à tout le monde. La réussite des rosés de Provence fait envie, c’est donc allègrement que beaucoup de bodegas s’y sont essayées, et ça marche. Voici trois exemples de rosés pâles récemment sortis sur le marché:

Chivite Las Fincas 2015, un rosado para Arzak, IGP Vino de la Tierra 3 Riberas

C’est le deuxième millésime, et, c’est le résultat d’une collaboration entre les Navarrais de Chivite et le fameux cuisinier Arzak, connu pour être un grand amateur de rosés. Une chose est sûre, Chivite a mis sur le marché un rosé très différent de ceux auxquels il nous avait habitués. D’abord le packaging, la bouteille interpelle, et ensuite la couleur : il a revêtu un habit tendance couleur rose pâle. Issu de Grenache et de Tempranillo,  il offre un nez élégant aux aromes discrets de fruits rouges, la bouche est bien structurée, fruitée, savoureuse et équilibrée. Certes c’est un rosé nouvelle génération, mais qui garde un certain caractère, j’aime sa discrétion, pas d’exubérance, mais, persistant en bouche, plus que ce que nous laissait espérer sa robe si délicate. Il se présente sur le marché sous une appellation récente et peu connue, Vino de la Tierra 3 Riberas, il a été élevé sur lies, en cuves inox pendant 6 mois, il titre 13,5% et je trouve son prix imbattable: 9,50 €   

C’est un rosé intéressant.

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Rioja R. Bilbao, Lalomba Rosado 2015

Un rosé parcellaire, élaborés à partir de 90% de grenache et 10% de viura issus de la vigne Lalomba, plantée en 1976,  le premier vin de la gamme, annoncée comme  vins de Terroir de Ramón Bilbao. Un vin qui se veut très exclusif, présenté dans une bouteille transparente luxueuse, étiquette petite et sobre, bouchon de verre… le site de la bodega, n’a pas peur de le décrire comme « un diamant extrait de la terre… un vin rosé pâle, de style provençal, délicat, élégant et sophistiqué». Le marché national et international l’a très bien accueilli, les critiques sont très positives : moins cher qu’un rosé de Provence, et au moins aussi complexe. En Espagne, il fait l’unanimité.

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Qu’ajouter?  Au delà de sa teinte diaphane (« encore un rosé transparent à la mode »), ce rosé étonne à la dégustation; loin d’être insipide, il est à la fois sérieux et allègre, le nez est frais, subtil, à la fois fruité et floral, la bouche offre un fruit mur, une savoureuse crèmosité, et une finale vive. Un parfait équilibre entre les fruits, les fleurs et l’acidité.

Pour beaucoup, un grand rosé. Oserai-je écrire (pied de nez à ceux qui ne jurent que par le pâle), qu’avec davantage de couleur…  je l’aurais vraiment aimé!

ALC 12,5º

La production est «limitée» à 10 000 bouteilles; 17,50€

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Rioja Marqués de Murrieta Primer Rosé 2015

Depuis 1987, la bodega n’avait plus élaboré de rosé, l’esprit de ce Primer Rosé est complètement différent de ceux jusqu’ici produits; un changement radical vers un style plus tendance !

C’est un rosé 100% Mazuelo, issu des vignes Finca Ygay. Vinification traditionnelle, après une lente fermentation en cuve inox, le vin repose pendant 40 jours sur ses lies fines. On s’étonne qu’une bodega comme Marqués de Murrieta ait cédé à l’appel du marché, mais l’œnologue Maria Vargas nous explique, que pendant 5 ans, ils ont fait des essais avec différents cépages et élaborations pour arriver à présenter un rosé qui vaille la peine. Le résultat n’est pas mal, j’aime sa personnalité.

Il est rose,  limpide, le nez est assez intense, offrant les notes de fruits rouges où  dominent la cerise et la fraise  ainsi que des notes florales et balsamiques. La bouche est pleine, fraiche, structurée, longue. Un rosé qui plaît.

La production est limitée à 5000 bouteilles, et le prix public est de 29,50€

 

En guise de conclusion

Depuis 2013, date à laquelle Ramon Bilbao a mis sur le marché son rosé 2012, frais et transparent, de nombreux rosés sont apparus et ont rencontré un succès certain. La vogue du rosé a incité de grandes bodegas classiques à le prendre au sérieux, et ainsi à le valoriser.

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Le style rosé de Provence est le plus «copié».

De grands groupes espagnols ont aussi misé sur cette tendance, comme Codorniu Raventos, avec Viñas de Anna Flor de Rosa (le 2015 est le premier vin rosé dans l’histoire de la marque Codorniu), ou encore Bodegas Bilbainas (Viña Pomal Rosado 2015), Raimat (Vol d’Ànima rosé 2015, en DO Costers del Segre). On citera aussi le Rioja Izadi Larrosa 2015, Rita Habla 2015, des Bodegas Habla de Trujillo.

profesionalhoreca-rosado-rita-habla-2015Dans tous les cas la preuve est faite, que ça nous plaise ou non, que si l’on offre au public, jeune et moins jeune, un rosé plus frais, plus léger, plus transparent que le traditionnel, il remporte un vif succès.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

 


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Some great Ports and the rise of Dourism…..

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The small town of Pinhao

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The Douro busy with river craft on a Sunday

img_2395Looking down on the patchwork of
vineyards in the Upper Douro 

Soon after The Vintage House Hotel opened in Pinhao in 1998 I researched an article for Decanter on staying in the Douro. At this time there were not many places to stay in the Douro especially the upper part upstream from Regua unless you were a privileged member of the wine trade invited to stay in one of Port companies quintas. Even the tourist offer in Vila Nova de Gaia was fairly restricted.

Today there has been an explosion of tourism in Porto and Vila Nova de Gaia as well as up in the Douro. The streets of Porto are crowded with visitors with modern bars and shops where once there were shops selling old fashioned religious artefacts. At Regua there are several large excursion boats offering river trips and dining. On Sunday morning, while we waited in Regua for our coach to take us to one of the facilities of Quinta das Carvalhas high above and well to the north of Pinhão for a brief session of treading Port grapes, there were a whole procession of coaches setting down and picking up multiple groups of tourists.

However, passing through Pinhão which you might expect to be a centre of wine tourism in the Upper Douro, I had the impression of a rather faded small town with a good number of empty shops. Quite surprising given its position and the number of wealthy and significant quintas like Noval in the area. Slightly reminiscent of Pauillac town that does not share the wealthy of the Grand Cru châteaux residing in its commune.

We were in Porto and the Douro for the First #winelover Symposium. #winelover is a facebook group with just under 23,000 members. Of whom about 300 or so are active. It was founded in 2012 and grew out of the EWBC/DWCC conferences. Four years on it was felt to be time to develop a slightly more formal structure.

During our stay we were privileged to two remarkable Port tastings – one involving wines from the Sogevinus group (see here) and then a wonderful tutored tasting by Bento Amaral of a range of Ports at Niepoort’s Quinta de Nápoles (see here). 

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Une perle du Piémont: le Moscato d’Asti de Santo Stefano

Région nichée au nord-ouest de la Botte, le Piémont fait la transition entre les massifs alpins franco-suisses et la plaine du Pô côté lombard. La grosse partie de son vignoble occupe montagnettes et collines du sud-est turinois, région phare qui détient le record de vins classés. Barolo, Barbaresco, Nebbiolo en sont trois exemples mythiques. Autre emblème piémontais, l’Asti Spumante qui partage son territoire avec le Moscato d’Asti.

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Moscato d’Asti DOCG

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Neige en hiver, étés chauds et secs, transitions printanières et automnales plus tempérées, un climat rude aux saisons marquées, refroidi par les Alpes et coupé de la mer par les Apennins liguriens, qui génère toutefois une douceur frisante !

Les vignes de Moscato s’accrochent aux collines de Monferrato depuis le 13es. C’est toutefois Giovan Battista Croce, joaillier milanais de la fin du 16es, qui est considéré comme le père du Moscato d’Asti. Propriétaire d’un vignoble entre Montevecchio et Candia, il améliora, grâce à ses expérimentations de conduite viticole et de vinification, la qualité des vins de Muscat.

Aujourd’hui, l’appellation s’étale sur 52 communes des provinces d’Asti, Cuneo et Alessandria, pour un total de presque 10.000 ha partagés entre 6.800 viticulteurs.

Les Muscats produits se transforment en grande partie en Asti Spumante. Le Moscato d’Asti, petit frère tranquille, perle légèrement. Les deux ont un titre alcoolique compris entre 4,5° et 6,5°,  pour un taux de sucre résiduel qui atteint ou dépasse les 100g/l pour le Moscato.

Moscato d’Asti 2014 Santo Stefano Ceretto Piemonte

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Doré pâle, la bulle fine, légère et frisante, il se parfume de pétale de rose, de macis, de chair de Muscat se dégage dès le premier nez, puis vient la pâte d’amande piquetée de pépites de citron confit; enfin, la fraîcheur pimentée du poivre émoustille les narines. Le très léger pétillant fait oublier la douceur importante dans un premier temps, la vivacité dans un deuxième, mais le goût de miel d’acacia finit par s’imposer, nuancé de cannelle et de graine de coriandre. La finale se pare de pêche blanche, de mirabelle et d’abricot juteux. La complexité comme la longueur donnent l’impression de s’amplifier à chaque gorgée.

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Ce 100% Moscato vient d’une grosse parcelle de 42 ha plantée entre 300 et 400 mètres. Durant la vendange, le moût est conservé à 3°C jusqu’à récolte complète. Les moûts successifs sont homogénéisés avant de démarrer la fermentation en autoclave à une température de 18°C. Le vin est filtré et se conserve perlant en autoclave à une température de 0 à 2°C avant d’être embouteillé.

 Ceretto, I Vignaioli di San Stefano

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Une histoire qui remonte à trois quarts de siècle quand Riccardo Ceretto s’installe comme vigneron dans la région. Ses deux fils, Bruno et Marcello prennent la suite début des années 1960 et développent le patrimoine familial en acquérant plusieurs domaines dans les appellations piémontaises les plus prestigieuses. En 1977, quelques producteurs de Moscato d’Asti de Santo Stefano Belbo fondent avec les frères Ceretto I Vignaioli di San Stefano dédié à la production de Moscato dans le village de naissance de Riccardo, une boucle bouclée….

www.ceretto.it

 

Ciao !

 

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Marco

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Deux Facel Vegas dans le Royaume du Cabernet Franc

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Two Facel Vegas and a pre-war Lagonda @Domaine de la Noblaie, Ligré (AC Chinon) 

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Couple with dog seeking to make open Lagonda
comfortable as rain increases…. 

Asked to organise visits last week in Bourgueil and Chinon for six classic car enthusiasts – two with examples of France’s 1950s and 1960s luxury sports car – Facel Vega, we spent an enjoyable two days enjoying two fine lunches interspersed with a couple of visits.

We started on a high – a remarkable tasting at Lamé Delisle Boucard in Ingrandes de Touraine going back to 1928. Details here. This was followed by an excellent lunch at Lamé’s neighbours – Vincent le Cuisinier. If you haven’t yet eaten Chez Vincent clear your diary and get down there quick – superb but booking is essential as there are very few tables.

The following day we reversed the order of events – having a very good lunch at the well established Auberge Val de Vienne in Sazilly before heading to Domaine de la Noblaie in nearby Ligré. Details here.

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Update on Loire 2016

Today we head to the Pays Nantais for a quick look at how the harvest is progressing here. The Ban des Vendanges was on 15th September.

However, a quick VTT ride through the vineyards of Saint-Georges-sur-Cher reveals a rather sorry sight:

Variable ripeness within a bunch with 

some grapes frazzled by hot weather (19.9.16)

(above and below)

 

Not looking pretty!

2016 Vendanges in Saint-Georges-sur-Cher, AC Touraine 

This brief report comes with a health warning as to date I have only looked at couple of sites in Chinon plus taking a ride today through some of the vineyards of Saint Georges-sur-Cher. In addition I have also talked to a number of Loire vignerons but even so it is dangerous to jump to conclusions on a small sample. 

However, we can say that 2016 has been a difficult year with frost at the end of April, very heavy rain causing widespread flooding at the end of May and beginning of June. After this many producers had to deal with powerful mildew attacks. Then in July and August the weather turned dramatically hot and very dry, so much so that there were drought conditions by early September. 

However, rain started on evening of Tuesday 12th September, so the drought is over. But the drought has probably made the veraison prolonged so within the same bunch you can still see green grapes along with black ones making picking difficult. The very hot weather also frazzled some of the grapes as these photos show.

There are, of course, some normal bunches without sunburn or obvious long veraison, but it looks a complicated vintage.      

Shrivelled by the heat of July and August
Further reducing the yield
(above and below)

Despite the very hot July and August
already signs of rot in some bunches (above and below)

A significant percentage of this bunch has been heat frazzled.

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79 years from Lerné to Chinon

23.12.08Chinons
Chinon: The Vienne, the old town and the château

On Friday the French Government made it official: eight new communes to the west of the Chinon on the south bank of the River Vienne will join the Chinon appellation from the 2016 vintage.

Ironically some if not all of these eight communes – Brizay, Candes-Saint-Martin, Chinais, Couziers, Lerné, Saint-Germain-sur-Vienne, Seuilly and Thizay – could have been part of AC Chinon when it was set up in 1937 as this part of Indre-et-Loire is a westward extension of the clay limestone terroir of the south bank of  the Vienne – see Ligré, for example.

Apparently, however, the opportunity was turned down because the various communes’ mayors believed that becoming part of this new set up would mean higher taxes.

It was the lunatic and yet to be implemented reform of Appellation Touraine that pushed these eight communes to apply to be included within the Chinon appellation. The Touraine reforms ban 100% Cabernet Franc and 100% Chenin, which may just conceivably make sense in the Cher Valley east of Tours but certainly makes no sense at the western end of Indre-et-Loire. As Cabernet Franc and Chenin Blanc are the grapes of choice in these eight communes as they are in this part of the Loire, these producers were left as orphans faced with the prospect of selling their wines as IGP Val de Loire or as Vin de France.

I suspect that François Rabelais, the patron saint of these parts, would have appreciated this delicious absurdity. I am all in favour of a sensibly drafted appellation system but this Touraine reform is just idiotic micro-management. Not, however, as insane as ‘Brexit’….

It was back in March 2014 that the Chinon producers kindly extended a life-line to the eight orphans accepting their application in principle. There then followed four years of studies with the successful conclusion announced last Friday.

It is only eight kilometres from Seuilly to Chinon and 12 from Lerné but it has taken all of 79 years to get there….

 

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Jean-Martin Dutour (Baudry-Dutour) and president of the Chinon producers

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2016 Vignes, Vins Randos + 53 YO Viña Sol

It is that time of year again – Vignes, Vins, Randos 2016 is on this coming weekend Saturday 3rd and Sunday 4th September. Full details here

Unfortunately I have never been in the Loire recently in time for Vignes, Vins, Randos, which is a pity as I have friends who speak highly of these events. Instead I tend to come to the Loire a week or so later for the harvest.  

 

This year’s Randos from West to East:
Muscadet Côtes de Grandlieu
Muscadet Sèvre et Maine La Haye-Fouassière
Coteaux d’Ancenis
Quarts de Chaume Grand Cru/Coteaux du Layon 1er Cru Chaume
Bonnezeaux
Anjou Villages Brissac
Coteaux de l’Aubance
Saumur Brut Fines Bulles
Saumur Champigny
Chinon
Touraine Azay-le-Rideaux
Vouvray
Touraine-Meland
Jasnières/Coteaux du Loir 


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53 Year Old – Viña Sol

IMG_2105Loch Garry, Scotland

When it is not raining the Scottish Highlands are magnificent. We have spent all of August in Newtonmore, apart from a Noah’s ark expedition to saturated Islay. There is, however, one drawback here – a limited selection of wine available in the local villages with the Co-op supermarket being the nearest source.

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This isn’t entirely a drawback as it is an opportunity to try wines that we don’t often drink. The 2015 Viña Sol from Torres is a prime example. We have enjoyed several bottles of this Torres classic that was launched in 1962, so the 2015 is the 53rd vintage. Made from a blend of Parallada and Granacha Blanca, the 15 is an attractive combination of ripe fruit with clean fresh finish at 11.5% Very well made the Viña Sol is particularly good value at its current co-op price of £4.99 – £2 off the listed price.

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Plaimont, toujours Plaimont…

Je reprends le flambeau sur la pointe des pieds, comme promis, un dimanche matin quand l’aube ne blanchit pas encore tout à fait la campagne.

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En bon opportuniste, j’en profite pour revenir à Saint-Mont, sur le parvis de la cave coopérative de Plaimont, édifice magistral s’il en est (pur jus années 50/60), tant en terme de production que vu sous l’angle commercial, comme l’a si bien relevé David lequel, en deux parties (voir plus bas), nous a tout dit sur les qualités de ce groupe, qualités qui se marient à un état d’esprit « naturel » et non feint de ses adhérents, un fighting spirit gascon en diable plus optimiste que jamais, une entraide, des initiatives bien orchestrées, bien ciblées, une grande modestie aussi. Sans vouloir faire mon intéressant, j’avais exploré le sujet lors d’une virée jazzistique à Marciac qui remonte à quelques années, article que vous retrouverez ici-même.

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Joël Boueilh, le président, à l’oeuvre lors du Festival de Marciac

Or, il se trouve que j’étais, début août, de nouveau dans le Gers, convié par le groupe à venir profiter du JIM (Jazz In Marciac, pas notre Jim à nous !), festival que les viticulteurs de Plaimont encouragèrent dès ses débuts et qui va l’an prochain célébrer son quarantième anniversaire. Pour reprendre une vieille d’habitude, j’en ai profité pour rencontrer le jeune président de Plaimont, Joël Boueilh et réclamer une dégustation en bonne et due forme en compagnie de l’incomparable André Dubosc toujours coiffé de son béret.

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Participaient à la dégustation (de gauche à droite) : Diane Caillard (ex-relations publiques), Noémie Cassou-Lalanne (communication), André Dubosc (« mémoire » de Plairont, pour une fois sans béret) et Christine Cabri (oenologue).

Bien entendu, lorsque l’on sait que Plaimont c’est, en gros, 40 millions de bouteilles par an, dont 8 millions rien que pour le blanc « Colombelle » que je bois presque sans retenue lorsque je suis là-bas, en Gascogne, je connais quelques esprits soit disant libres qui ne manqueront pas de me dire que je fricote avec les gros metteurs en marché, les pisseurs de vignes, les faiseurs de fric. Comble de l’horreur, Plaimont est sur le point de mettre sur pieds un audacieux projet associant vin et vacances au sein de la grande abbaye de Saint-Mont qui leur appartient. Alors oui, je suis vendu au diable ! Et comme le souligne justement David dans ses articles (voir ICI et ICI aussi), les vins de Plaimont sont tellement bons que je ne me priverai pas d’en parler de nouveau en vous livrant mes notes de dégustation. Par chance, comme j’ai horreur des doublons, la plupart des vins ne furent pas goûtés par David ce qui me permet de ne pas le copier ! Et puis, j’ai ajouté quelques rosés et blancs moelleux, sans oublier le seigneur Madiran.

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Commençons donc par les blancs secs.

Côtes de Gascogne 2015, Colombelle « L’Original ». Ce best-seller a débuté en 1976, puis fut lancé officiellement en 1998 après un voyage technique en Allemagne. C’est du Colombard, avec aussi 20 % d’Ugni blanc, pour un vin techno en diable mais furieusement dans l’air du temps. Du gras, pas mal de longueur, un fruité judicieusement mêlé à l’amertume fraîche, moi j’aime, même sur les huîtres ! 5 € (cavistes).

Côtes de Gascogne 2015 « Caprice ». Un petit nouveau qui adopte l’élevage sur lies et tourne autour de 200.000 exemplaires. Le nez est fin et délicat, la bouche nettement plus souple que le premier blanc, légèrement épicée, mais un peu courte à mon goût. 6 €.

Côtes de Gascogne, Domaine de Cassaigne (secteur de Condom). Une seule mise récente pour ce blanc salin au nez, doté d’une certaine fermeté en bouche, mais assez simple dans sa configuration. Gros Manseng avec 30 % de Colombard. 7 €.

Saint-Mont 2014 « Les Vignes Retrouvées ». Je me souviens de l’enthousiasme provoqué par la dégustation à Paris du premier millésime, en 2001, je crois. Ce joyau blanc de l’appellation (depuis 2010 après avoir été VDQS en 1981), élevé sur lies en cuves de 150 hl, tient toujours ses promesses. Richesse, gras, épaisseur, longueur, c’est un vin que je réserve pour une belle fricassée d’anguilles. Gros Manseng en majorité, comme souvent ici, mais avec 20% de Petit Courbu et 10% d’Arrufiac. Le même, en 2007, a gardé toute sa longueur même s’il me semble un peu fatigué sur le plan aromatique. 7,50 €.

Saint-Mont 2014 « Cirque Nord ». Fermenté en cuves avant un élevage de 10 mois en barriques d’un, deux ou trois vins, on a dès l’attaque pas mal de rondeur, de volume, avec une très agréable finale sur la fraîcheur. Du beau travail sur le Gros Manseng qui représente 90% de l’encépagement complété par le Petit Courbu. 35 €.

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Quelques rosés assurent la liaison

Saint-Mont 2015 « Nature Secrète ». Un bio de coteaux, tiré à 7.000 exemplaires. Simple et facile avec une petite touche de fruit poivré, sans plus.

Saint-Mont 2015 « Le Rosé d’Enfer ». Le contraire du précédent : droit, vif, c’est à l’apéritif qu’il faut le boire. Même sur des magrets fumés !

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Des rouges, c’est inévitable

Côtes de Gascogne 2015 « Moonseng » (secteur de Condom). Merlot et Manseng noir (40%) pour 12.000 bouteilles, ce dernier cépage est replanté à raison de 10 ha dont 4 en production sur des sols argilo-calcaires. Cela donne un vin très intéressant, doté d’un beau volume, d’une certaine profondeur et de tannins légèrement sucrés. Agréable maintenant et d’ici 4 ans. 7 €.

Saint-Mont 2014 « Béret Noir ». Un de mes favoris sur le confit, la cuvée existe depuis 2009 et met en scène le Tannat (70%) complété par le Cabernet Sauvignon et le Pinenc avec un élevage (cuve uniquement) particulièrement soigné. Très joli nez, forte personnalité en bouche, amplitude et tannins assez marqués mais supportables. On peut commencer à le boire sans trop se presser. 7 €.

Saint-Mont 2012, Château du Bascou. Robe profonde, joliment boisé au nez avec un surplus de cuir et de fourrure pour un vin assez étriqué, très bordelais dans le style, long, puissant et chaleureux. Même encépagement que le précédent à partir de Tannat planté en 2001 à 8.000 pieds/hectare. 12 € (GMS).

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Saint-Mont 2014 « La Madeleine » (secteur de Marciac). Nez fin, discret, réservé pour cette cuvée issue d’une parcelle plantée en 1891. C’est le troisième millésime de cette bouteille haut de gamme (plus de 35 €) à la fois ferme, dense, bien structuré, plein d’ardeur aux tannins cachés, comme enfouis. Leur heure viendra probablement avant la fin de la décennie. Le mieux noté des rouges.

Saint-Mont 2015 « Vignes Pré-phylloxériques » (secteur de Saint-Mont). Premier millésime de cette cuvée : 2011. Il s’agit d’un très vieux Tannat sur un sol de sable fauve dorloté par son propriétaire qui a redressé les vignes avec amour. Magnifique nez sur le fruit rouge sauvage mais bien mûr. Bouche puissante, chaleureuse, intense, mais étonnement tendre avec de superbes tannins souples et poivrés. Compter au moins 65 € départ cave, sachant qu’il n’y a que 1.500 bouteilles de ce vin.

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La vieille garde trinque à la nouvelle génération : André Dubosc (béret) et Loïc Dubourdieu, de la Cave Coopérative de Crouseilles.

Quelques Madiran en passant

Et quelques mots aussi. À force de goûter de bons Saint-Mont rouges, tous à base de Tannat, on est tenté de faire le rapprochement avec Madiran dont l’aire est voisine. Or, dans le giron de Plaimont, il ne faut pas oublier la cave de Crouseilles, la béarnaise, souvent citée dans les guides pour la régularité de ses vins de Madiran et leur accessibilité. Je pensais récemment que l’appellation Madiran était quelque peu endormie, comme en veilleuse. Serait-ce parce que les journalistes sont encore nombreux à ignorer ce coin du Sud-Ouest assez excentré et peu porté – pour l’instant – sur la communication à grande échelle ? Toujours est-il qu’en dehors des classiques (Berthoumieu, Brumont, Capmartin, Labranche-Laffont, Laplace, Barréjat, Crampilh, Sergent, Viella, etc), les jeunes de la cave de Crouseilles, fortement encouragés par l’équipe de Plaimont, sont en train de bouger, à l’image de Loïc Dubourdieu, le maître de chais (et œnologue) qui est venu me présenter quelques nouvelles cuvées mises en route depuis 2012 avec une demi-douzaine de viticulteurs passionnés et volontaires. De ce travail il résulte une série sensée montrer le meilleur de chacun des principaux terroirs de Madiran, le tout sous le nom générique de « Marie Maria » reprenant ainsi l’origine même du nom de Madiran, village connu jadis sous le nom de Maridan, du latin « Maria dona ». Le but évident est de rajeunir l’image que l’on a encore des vins d’ici, lourds, excessifs que ce soit en alcool ou en tannins. Hélas, cette gamme est pour l’instant réservée aux cavistes et à la restauration… Mais en allant sur place, je suis sûr que l’on peut se procurer la plupart des échantillons goûtés au prix que j’indique.

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Madiran 2012 « Novel ». Assemblage des trois « terroirs » qui suivent (nappe de Maucor, argilo-calcaire et argiles graveleuses), voilà une cuvée au nez abouti et aux tannins grillés avec une belle sensation de fermeté, une bonne longueur et une finale bien conduite. Tannat, bien sûr, mais aussi Cabernets, Franc et Sauvignon. 9 € départ.

Madiran 2013 « Veine ». De la précision dès l’attaque, fraîcheur, densité, tannins présents mais discrets et longueur rassurante. Par la suite un échantillon plus récent m’a été adresse, un 2014 tout aussi beau que le 2013, mais avec un peu plus de souplesse et de très agréables notes de fruits rouges chocolatés et toastés. On a des tannins tendres, bien épicés et poivrés. Tannat et Cabernet Sauvignon. 12 €.

Madiran 2014 « Argilo ». D’abord un échantillon prêt à la mise superbe de robe aux tannins bien fermes mais pas dérangeants et aux jolies notes boisées accompagnées d’une belle longueur. Le même vin reçu et goûté plus tard, après la mise : solide, épais, bien en chair, sur le fruit et généreusement épicé, il regorge de tannins laissant une légère amertume en finale. À garder au moins 5 ans. 12 €.

Madiran 2014 « Grèvière ». Un échantillon récemment mis en bouteilles et goûté (deux fois, avec 24 heures d’intervalle) chez moi : robe profonde, nez fin, boisé/épicé sans fausses notes, bouche juteuse et pleine, faisant ressortir des tannins fermes mais joliment fruités (coing) sur des notes corsées et très laurier en finale. Commence à bien se goûter après une mise en carafe, mais il serait préférable d’attendre au moins 3 ans que le vin se fonde un peu. 12 €.

Madiran 2001 « Bonificat ». Comme au début, il s’agit de l’assemblage des trois terroirs cités plus haut, mais avec un élevage plus poussé. Robe noire, très joli nez sur la finesse accentué par des notes de cerise noire et des touches boisées. Belle matière et tannins souples en bouche, le vin commence à être prêt à boire. Un pur Tannat, 25 €.

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Et des douceurs pour conclure

Pacherenc du Vic-Bilh 2014 « Novel ». Un sec tout en rondeur avec une jolie bouche faisant penser à une promenade forestière. Gros Manseng avec 20% de Petit Courbu, le tout élevé moitié cuve, moitié barriques (1 à 2 vins). 9 € départ.

Pacherenc du Vic-Bilh 2013 « Lutz ». Superbe douceur avec un nez très ensoleillé et des touches assez boisées en bouche où l’on devine aussi une pointe de truffe blanche. Un vin long et charnu que j’aime à l’apéritif sur de petits toasts de foie gras mi cuit. Les trois terroirs sont présents, mais c’est le Petit Manseng, associé au Gros Manseng, qui remplace de Petit Courbu. 13 €.

Pacherenc du Vic-Bilh 2012 « Bonificat L’Hivernal ». Magnifiquement soutenu par une belle structure, c’est un foisonnement d’arômes (caramel doux, fruits confits, agrumes, etc) que l’on a en bouche dans ce vin issu de raisins passerillés sur souches. Avec une sacrée belle longueur. Sur un Tatin de pêches ou de beaux fromages persillés. Les trois terroirs sont dans cet assemblage Petit Manseng et Gros Manseng. 32 €.

 

Michel Smith

(Photos : Brigitte Clément & Michel Smith)

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Le vignoble de l’abbaye de Saint-Mont