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Quatre domaines en Côtes de Nuits Villages

De retour de la Côte de Nuits, notre invité Olivier Borneuf (Académie du Vin de Paris, B&D…) nous ouvre son carnet de dégustation… Profitons-en, c’est assez rare!

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Puisqu’on vous le dit…

D’après le CIVB, l’AOC Côte de Nuits-Villages est classée dans les appellations Villages, les communes de production de l’appellation étant : au Sud, Comblanchien, Corgoloin et Prémeaux-Prissey ; au nord, Brochon et Fixin.

Un terroir délimité donc, qui n’a rien en commun avec l’AOC Côte de Beaune-Villages, appellation de repli pour les 14 villages de la Côte de Beaune. Bien qu’il existe certainement de bons vins en Côte de Beaune-Villages, je ne crois pas que l’analogie profite aux vins de l’appellation Côte de Nuits-Villages dont la définition est clairement territoriale. Cette appellation communale qui n’en porte pas le nom trouve son explication dans un passé récent, d’après Damien Gachot, président du syndicat de défense de l’AOC Côte de Nuits-Villages et vigneron à Corgoloin. Si son village compte aujourd’hui beaucoup de vignerons, la production de cassis est longtemps restée l’activité importante de la commune, jusque dans les années 1970 ; reléguant au second plan les problèmes de délimitation d’appellation entre Nuits Saint-Georges et la Côte de Nuits-Village. Il en a été de même pour Comblanchien, dont la pierre fait encore de l’ombre à ses vins. Cette thèse tient la route et les exemples de délimitation/dénomination d’AOC discutables sont nombreux. D’ailleurs, en se promenant dans le vignoble de Comblanchien, non loin des Grandes Vignes, l’on comprend vite que l’idée de classer ce village en AOC Nuits Saint-Georges n’est pas absurde.

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Les terroiristes ou auto-proclamés héritiers d’Henri Gouges soutiendront mordicus qu’il s’agit de terroirs très différents. Au-delà des subtilités géologiques (je ne nie pas leur influence) notons l’importante surface de l’AOC Nuits Saint-Georges: 306,84 hectares. Je doute sincèrement qu’un si grand terroir puisse être parfaitement homogène et d’ailleurs, les plus fins observateurs divisent le terroir de cette appellation en quatre zones: au nord, dans le prolongement de Vosne, la combe de Meuzin, la route de Chaux et au sud le finage de Prémeaux-Prissey. Prolonger cette AOC d’une zone qui s’étendrait du Clos de la Maréchale jusqu’au Clos des Langres ajouterait grosso modo une centaine d’hectares, ce qui correspondrait à la surface actuelle de l’AOC Beaune… Reste à savoir si les vins méritent ce débat.

J’ai eu la chance de participer à une dégustation dans le magnifique Clos des Langres d’une quarantaine d’échantillons de Côte de Nuits-Villages dans le difficile millésime 2013 ; nous avons pu ensuite rendre visites aux vignerons dont les cuvées avaient retenu notre attention. Sélection non exhaustive certes mais suffisamment représentative (Aux dires de Damien Gachot une cinquantaine de vignerons mettent en bouteille) pour tirer au moins deux conclusions. La première sur la bonne qualité des vins, dignes des célèbres communes de la Côte de Nuits à l’instar de la cuvée « Le Vaucrain » de Louis Jadot. La deuxième sur les prix attractifs de l’appellation, sans commune mesure avec leurs illustres voisins. J’imagine que la moindre réputation de l’AOC ne laisse que peu d’alternative aux vignerons sinon celle d’une production de qualité pour rester compétitifs. Les grands classiques sont « sortis » (L’Arlot, René Bouvier, Louis Jadot) mais quelques domaines familiaux m’ont particulièrement séduit. Je ne parle ici que des Côtes de Nuits-Villages mais les autres cuvées de ces domaines sont aussi de qualité.

Domaine Bonnardot

Danielle Bonnardot est vigneronne sur les Hautes-Côtes dans le village de Villers-la-Faye. Après une carrière dans l’informatique financière à Londres puis à Boston, elle revient sur le domaine aider son frère gravement malade. Depuis sa disparition, elle gère toute seule un vignoble de 20 hectares. J’ai beaucoup aimé l’intensité, la pureté et la complexité aromatique de ses vins. En bonne intelligence, elle reconnaît que ses fins de bouches manquent encore un peu de velouté et de finesse de tannins ; l’avouer c’est déjà le corriger et j’ai hâte de suivre les futurs millésimes de cette vigneronne attachante. Son Hautes Côtes de Nuits et son Beaune 1er Cru Bellissand sont aussi de très bonne facture. Côte de Nuits-Villages rouge 2013 : floral, réglisse, cerise au nez, la bouche est pulpeuse, bonne allonge malgré la fluidité de fin de bouche qui signe le millésime. Un vrai style à 11 €. Le 2012 est plus concentré avec une finale structurée.

Domaine Didier Fornerol

Après une quinzaine d’années passées comme chef de vignoble au domaine de l’Arlot sous l’ère « Jean-Pierre de Smet » Didier Fornerol revient sur l’exploitation familiale de 6,50 hectares située à Corgoloin, dont 1,50 hectares en blanc. Didier Fornerol est peu bavard mais ses vins parlent pour lui. Adepte de la vinification en grappes entières (son passage à l’Arlot n’y est pas étranger) il produit des vins structurés, fermes, mais avec de la finesse et un sens inné de l’équilibre. La Rue des Foins est un beau moment de dégustation. Côte de Nuits-Villages blanc 2012 : nez réducteur sur le citron et la fleur jaune. Bouche dense, texture veloutée, équilibrée et de bonne allonge. 14,80 € Côte de Nuits-Villages rouge 2012 : nez réducteur, floral, bouche structurée, veloutée, tannins intégrés prolongeant une finale assez longue et rafraichissante. Bien pour 14 € Côte de Nuits-Villages « La Rue des Foins » 2011 : Nez complexe, concentré, floral, cerise, framboise. Superbe touché de bouche, tannins fins et très bonne allonge. Très joli vin pour 16,80 € Jean-Pierre Smet collabore avec Didier Fornerol sur cette cuvée.

Domaine Desertaux-Ferrand

Fondé en 1899, le domaine est aujourd’hui entre les mains de la quatrième génération Christine, son frère Vincent et sa femme Geneviève. Le domaine basé à Corgoloin compte aujourd’hui 14 hectares avec des crus comme Beaune 1er Cru, Pommard, Meursault et Ladoix. Le vinificateur Vincent Desertaux est une personnalité délicieuse dotée d’un véritable talent pour réaliser des cuvées tout en finesse, parfois au détriment de la puissance mais c’est un style que j’affectionne et qui sied si bien au pinot ! Côte de Nuits-Villages blanc 2014: très citronné, intense, acidité rafraichissante prolongeant la finale harmonieusement. Un vin tonique, aidé par ses 20% de pinot blanc. 13,10 €. Côte de Nuits-Villages rouge « Le Creux de Sobron » 2014 (en fût) : vin charmeur et souple. Fruit précis, bouche équilibrée de bonne densité. Rien à dire à 13,30 € Côte de Nuits-Villages rouge « Les Perrières » 2013 : de corps moyen, la bouche est ciselée, la texture soyeuse. Les tannins sont mûrs et aromatiques. Un vin très élégant à 12,20 €. Le 2014 a plus de densité et de fond.

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Olivier dans la vigne (Photo (c) H. Lalau)

Domaine Chevalier

C’est à partir de 1994 que Claude Chevalier prend en charge la vinification du domaine. Les six années qui suivent font l’objet d’une remise en question brutale tant à la vigne qu’au chai ; les vins sont aujourd’hui harmonieux (j’aime bien piquer aux Anglais l’adjectif « poised » pour ce style de vin. David a peut-être son équivalent en français ?), glissants, élégamment construits. Des vins subtils avec beaucoup de personnalité, à l’image du vigneron ! Côte de Nuits-Villages 2013 : nez réducteur, floral, élevage intégré, texture soyeuse, longue finale juteuse, de bonne tenue, tannins fins très légère dilution en arrière-goût qui caractérise une nouvelle fois l’année. Sans équivoque un joli vin à 18€.

Olivier Borneuf

 

Assez joli coup. Photo©MichelSmith


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L’éloge du crachoir… en terre cuite.

C’est un peu l’histoire du pot de terre contre le pot de fer, légèrement remodelée à la sauce XXI eme siècle, vous allez voir…

À moins que ce ne soit l’éternel appel du terroir (clin d’œil à David) qui sommeille en moi. Ou l’envie d’aller cracher ailleurs que sur des tombes, bien qu’il s’agisse ici de quelque chose d’aussi terre à terre. Important, le crachat. À force, avec l’âge, je deviens un expert en la matière et je tente toujours de rejeter mon échantillon de vin sinon avec élégance, au moins avec précision et discrétion. Mais attaquons la chose autrement, si vous le voulez bien.

Dans les dégustations professionnelles, comme lors des tastings (pardon pour ce mot qui me blesse, mais je me mets progressivement au goût du jour) informels organisés à la maison ou au sein d’un groupe d’amateurs ou amis, outre la bonne température du vin, on a trop souvent tendance à négliger tout un protocole de choses qui peuvent paraître futiles et sans importance mais qui, pour ma pomme au moins, participent du minimum de dispositions pratiques et esthétiques permettant d’accorder valeur et respect au vin. À ce stade, qu’il soit bien entendu entre nous que le sens du pratique ne veut pas dire mocheté, tout comme l’esthétique ne veut pas dire n’importe quoi.

Joli coup de grâce au Salon des Vins d'Aniane. Photo©MichelSmith

Joli coup de grâce au Salon des Vins d’Aniane, avec Nathalie, du Mas Conscience. Photo©MichelSmith

J’en veux pour preuve la présence souhaitable et utile de l’eau, sur une table, lors d’une dégustation de vins. Cela dit, dans l’indifférence générale me semble-t-il, je déplore la mise en avant désormais systématique des bouteilles d’eaux minérales en plastique, le plus souvent du low-cost mou et hideux, qui vient polluer la vue qu’offre un alignement de verres ou de belles bouteilles. Non seulement cette exposition de flotte industrielle heurte ma vision de perpétuel vieux grognon, mais elle gâche mes photos par la même occasion! Quand je pense que je me suis déplacé, parfois au péril de ma vie, pour le vin, n’est-ce-pas, et non pour l’eau de Carrefour ou de Super U, quand ce n’est pas celle du groupe Nestlé ou de Castel. Ce dernier, au passage, fait plus de fric avec la flotte qu’avec le vin, tandis que l’autre se repaît dans la mal bouffe internationalisée. Mais c’est une autre histoire…

Coup de bol par la suite. Photo©MichelSmith

Sympathique coup de bol par la suite. Photo©MichelSmith

Verser l’eau fraîche du robinet (le plus souvent de meilleure qualité, soit dit en passant) dans une cruche ou une carafe contemporaine ou ancienne, en terre comme en verre, serait pour moi de bien plus économique, judicieux et respectueux du vin comme de l’écologie. Mais voilà, il en va ainsi dans notre société où le je-m’en-foutisme est de règle : on doit faire avec et accepter l’irrationnel ! Demander un petit effort de respect à des vignerons qui, quand ils ne font pas la gueule derrière leur stand, arborent des Nike, jeans troués, casquettes américaines, tee-shirts publicitaires et puent parfois le mégot de cigarette roulée qu’ils vont fumer à la porte, en catimini, cela relève-t-il du rêve ? Bien sûr, et je m’empresse de le dire avant de me faire trucider place Saint Vincent, tous ne sont pas comme ça. Mille pardons pour cet égarement.

Coup de bol ensuite. Photo©MichelSmith

Coup de cuillère à pots ensuite. Photo©MichelSmith

Tiens, à propos de pots ou de cruches en terre, je me suis invité l’autre dimanche à un très populaire salon de vin dans la région des Terrasses du Larzac, à Aniane, à quelques rangs de vignes d’aramon de Saint-Guilhem-le-Désert et à quelques 300 kms aller-retour de ma base. Arrivé pile à l’heure comme à mon habitude – je n’ai pas l’air comme ça, mais j’ai des restes de bonne éducation -, une fois payé mon verre faisant office de droit d’entrée (5 €, c’est raisonnable !), j’entre dans une vaste salle où une demi-douzaine de vignerons (et vigneronnes) s’affairent tandis que les autres, la majorité silencieuse des absents, doivent se dire que ce n’est pas la peine de s’affoler un dimanche matin.

Coup de chance. Photo©MichelSmith

Simple coup de chance, le vert, « ma » couleur. Photo©MichelSmith

Je fais donc mon rapide tour de piste tel un politicien local pour saluer quelques connaissances et voilà que je repère sur certaines tables de fort belles pièces d’argiles cuites vernissées couleurs vertes ou jaunes, typiques de cette partie de la Vallée de l’Hérault, de Saint-Jean-de-Fos en particulier, sympathique village connu pour ses poteries utilitaires. Au passage, il y a deux métiers ruraux que j’admire le plus : la poterie et la vannerie. Et quand bien même suis-je né en plein cœur de la riche et bourgeoise Neuilly-sur-Seine, à l’instar de nos chers présidents (Hollande et Sarkozy), ma fibre régionaliste et mon sub-conscient paysan se sont mis en branle d’un seul coup, comme par miracle.

Coup magistral. Photo©MichelSmith

Coup magistral (je vous épargne mon jet). Photo©MichelSmith

Là, mon sang n’a fait qu’un tour. Le temps de m’apercevoir que seul le cinquième des vignerons exposants avait eu la riche idée de remplacer les tristes seaux noirs plastifiés estampillés Languedoc par des réalisations de potiers locaux qui se sont révélés par la suite être d’efficaces crachoirs avec notamment un trou suffisamment large, profond et bien évasé pour recevoir mon jet puissant sans risque d’éclabousser les objets du voisinage. Mieux, certains vignerons ont poussé leur sens du marketing allant jusqu’à faire inscrire le nom de leur domaine sur le crachoir. J’ai oublié de leur demander à chacun combien cela leur avait coûté, mais je suis persuadé que le jeu en vaut la chandelle !

Assez joli coup. Photo©MichelSmith

Assez joli coup, dans la finesse. Photo©MichelSmith

D’ailleurs, je ne comprends même pas pourquoi les organisateurs du Salon des Vins d’Aniane, depuis le temps que cet événement réputé existe, n’ont pas encore songé à demander aux potiers du coin de leur créer chaque année un crachoir officiel spécifiquement réservé au salon, objet millésimé et signé que les nombreux amateurs qui se pressent ici en été pourraient acheter pour une somme raisonnable et collectionner par la suite en souvenir chez eux. Un peu de bon sens et de terroir nom d’une pipe ! Mais quand cesserais-je d’être aussi naïf pour envisager de telles sottises ? Mêle-toi donc de ce qui te regarde, espèce de dégustateur à la noix ! Eh bien, justement, le bien craché fait partie de mes préoccupations !

Un coup d'eau. Photo©MichelSmith

Un coup d’eau, sans épée. Photo©MichelSmith

Vous vous imaginez recevant un ami amateur chez vous en lui montrant une belle série de crachoirs ? J’ai même suggéré au président du Salon, Roman Guibert, d’organiser l’an prochain un très officiel concours qui récompenserait le Vigneron présentant à son stand le plus beau crachoir en terre cuite. Ça les a bien fait marré et j’estime que c’est déjà un bon point pour celui – moi, en l’occurrence – dont la réputation d’emmerdeur public est bien établie dans la région ! Si seulement les doctes diplômés du Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc pouvaient m’écouter, cela donnerait du travail aux gens du coin. Tiens, rien que pour ça, je trouve que les organisateurs auraient pu m’inviter à déjeuner à une bonne table au lieu de me laisser choir auprès d’une brochette-frites triste à mourir sur l’esplanade du village avec une pauvre bière pression pour toute compagnie !

Simple coup final. Photo©MichelSmith

Simple mais élégant coup final. Photo©MichelSmith

Pour en revenir au crachoir-poterie, moi-même je suis fier d’utiliser ce type d’ustensile depuis des lustres sans même avoir éprouvé le besoin de faire réaliser des pièces à façon. Il m’aura suffit un beau jour d’aller passer une matinée de l’autre côté de la frontière, dans la bonne ville de La Bisbal, en Catalogne, pour y trouver de quoi recevoir mes nobles crachats de dégustation en plus de quelques cruches destinées à l’eau. Certes, on pourrait m’objecter que ces objets sont trop fragiles pour être transportés d’un salon à l’autre. Or, je vous jure que les miens sont encore intacts, à peine ébréchés au bout de 20 années d’utilisations régulières, comme le prouve la photo qui suit.

Coups du Smith. Photo©MichelSmith

Coups de maître, à domicile. Photo©MichelSmith

Alors, si vous êtes en vacances du côté de la Costa Brava cet été, suivez mon conseil au moins pour cette fois-ci. Je vous invite à vous promener le long de l’artère principale de La Bisbal où vous trouverez certainement l’objet potier de votre vie de dégustateur ! Mieux, si par hasard vous cherchez à fuir les parfums nauséabonds des plages du Languedoc polluées à l’huile solaire et aux mégots de toutes sortes, notez qu’un Marché des potiers se tient à Saint-Jean-de-Fos, près du Pont du Diable, durant deux jours, les 8 et 9 Août prochains.

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Cette pièce typique de la terre du Languedoc que vous rapporterez certainement, probablement unique, vous coûtera peut-être deux fois plus qu’un de ces horribles seaux plasifiés que l’on trouve sur Internet. Mais vous en serez fier et ne regretterez ni votre achat, ni la balade ! Et encore moins vos crachats !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Michel Smith


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Rencontre de vigneron : Julien Ilbert, Domaine Combel-la-Serre, Cahors

Il est des choses que se font assez naturellement. D’autres qu’il faut construire avec une certaine patience. Ma rencontre avec Julien Ilbert fait partie décidemment de la première catégorie. Pour commencer, j’ai du bien déguster un ou deux de ses vins dans une récente dégustation à l’aveugle des vins de Cahors, dont j’ai parlé sur ce blog. Car je pense beaucoup de bien de la nouvelle génération des producteurs à Cahors, qu’ils soient connus ou pas, qu’ils soient « gros » ou « petits ». Car ni la renommé, ni la taille d’une unité de production de vin est en lien directe avec sa qualité.

IMG_6867souvenir de la rencontre à Vinexpo : Julien Ilbert est à droite, Philippe Fezas à gauche

 

Mais revenons à Julien Ilbert et aux vins qu’il élabore avec son père sur la propriété familiale dont la base se trouve dans le hameau de Cournou sur le plateau du causse, au sud du Lot et dans un triangle formé par Cahors, Luzech et Sauzet. J’ai fait l’écho récemment à une rencontre heureuse avec lui est ses vins à Vinexpo, où je l’ai trouvé par hasard sur un stand qu’il partageait avec Philippe Fezas, du Domaine Chiroulet en Gascogne. Ses vins m’ont tellement emballé que je me suis promis d’aller lui rendre visite à la prochaine occasion. Etant provisoirement gascon pour un mois et un peu, c’est maintenant chose faite.

La famille Ilbert est installé sur ces terres depuis le début du 20ème siècle et leur histoire viticole doit ressembler celle de milliers d’autres familles paysannes : agriculture mixte pendant longtemps et raisins portés à la cave coopérative jusqu’en 1998. C’est le moment où le père de Julien décide de quitter la cave et de vinifier ses propres vins. Cinq ans plus tard son fils le rejoint sur le domaine (le millésime 2003 ne devait pas constituer des débuts les plus aisés !). Le domaine est divisé en deux parties qui sont le résultat d’apports familiaux passés, et ils forment un ensemble d’une vingtaine d’hectares. S’il reste un peu de merlot que Julien vend en vrac et va arracher progressivement, l’essentiel du vignoble est planté de malbec. Mais il y a aussi une petite nouveauté, qui rentrera en production cette année pour la première fois, avec un hectare de vermentino dont les belles grappes saines laissent présager de beaux espoirs si le dieu de la pluie voudrait bien se donner une peu de peine prochainement. Oui, vous l’avez deviné, Julien n’est pas exactement un traditionaliste figé.

IMG_6959_2Il y a bien des grappes saines sur ses plants de malbec, mais Julien a besoin de pluie bientôt

 

La gamme de Combel la Serre et sa présentation sont le juste reflet de l’esprit curieux, chercheur et un brin provocateur de Julien. En cela il est ben servi par les étiquettes et textes conçues par Vincent Pousson qui relate avec justesse et humour des histoires vrais et des attributions utiles autour de chaque vin. Cette gamme d’ailleurs n’a pas fini d’évoluer, car le produit haut de gamme actuel, nommé un peu banalement Elite, va se subdiviser prochainement en deux cuvées parcellaires. C’est à la mode, et je n’en pense pas nécessairement du bien, mais voyons les résultats. Et tout cas la gamme est non seulement cohérente, elle est aussi pleine de ressources et possède des vins de fort caractère qui savent bien se différencier entre eux. Attention juste à ne pas trop les multiplier.

IMG_6864La gamme de Combel-la-Serre telle qu’elle apparaîtra bientôt, toute en flacons bourguignons, encore une originalité

 

L’arrivée à la propriété n’est pas faite pour vous impressionner : des bâtiments encore en parpaings ou en briques crus, sans enduit ni vieilles pierres, au bord de la route en sortie du hameau. C’est juste fonctionnel mais on attendra pour l’harmonie avec le paysage lotois ! Je me suis dis que l’essentiel doit se trouver dans la vigne et à l’intérieur. Et c’est vrai, car tout y est propre : dans les vignes par le truchement de beaucoup de travail (et que Julien justement fait visiter en premier lieu), aussi bien au sol que sur la végétation, puis dans le chai qui est équipé d’une manière simple mais fonctionnelle avec cuves en inox et en béton, puis un chai à barrique pour les cuvées nécessitant un élevage plus long et oxydatif. L’attention au détail dans ce chai passe par des contenants variables entre les barriques et les 500 litres, mais avec aussi des contenants du tonnelier autrichien Stockinger, connus pour leur impact faible et doux sur les vins. Dans les vignes, pas de trace de désherbant, Ilbert travaillant en mode biologique. Mais c’est propre, la nature est bien surveillée ici !

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Les parcelles se situent toutes à des altitudes proches sur cette causse (entre 250 et 300 mètres, au pif). Ils ont des expositions variables et des sols qui sont essentiellement très calcaires mais avec des parts plus ou mois importantes d’argile, de fer et même, à un endroit, de galets, comme si le Lot a fait un méga-cru une année il y a bien longtemps. Une parcelle proche de la maison, nommé « La Vigne derrière chez Carbo » (les voisins se nomment Carbo) produit un des vins les plus originaux de la gamme des Ilbert. Son malbec est vinifié en macération carbonique (technique qui me déçoit souvent mais pas ici), ce qui lui fait perdre l’appellation Cahors mais qui produit un délicieux vin de soif comme on aimerait en rencontrer plus souvent, surtout par ces temps chauds. Le Carbo 2014, Côtes du Lot (8,50 euros) est presque le vin rouge parfait d’un été, en tout cas j’ai déjà éclusé la moitié du carton que j’ai acheté et il va falloir y retourner ! Une délice de fruits frais, fin et léger avec ses 12° d’alcool, très gourmand et parfaitement digeste.

IMG_6973_2Image prise dans ma cuisine : cet été j’ai besoin de vins comme le « Carbo » de Julien Ilbert !

 

Le rosé est tout aussi original, même si je trouve son acidité un poil agressif en ce moment. Je crois que je vais le laisser 6 mois à un an pour voir. Ce pur malbec porte le nom aussi original que compliqué de « L’Epatant Antidote à la Chaleur de Causse ». Refusé à l’agrément des vins IGT pour motif de réduction sévère (que je n’ai pas trouvé sur les bouteilles dégustées) il est donc vendu en Vin de France à 5,80 euros. Nez de cerise, de kirsch et de framboise, très vif et bien fruité, sa couleur profonde et son élevage sur lie lui donnent beaucoup de caractère et le destine en priorité aux repas. On est (heureusement) très loin de ces rosés dites « de piscine », qui doivent être faits pour remplir des piscines et non des gosiers.

Ensuite la gamme des Cahors plus classiques se décline en trois volumes : Pur Fruit 2012 (7,20 euros), Château 2011 (10,20) et Elite 2011 (dont j’ai oublié le prix). Les millésimes suivants seront mis en bouteille le mois prochain. Le Pur Fruit porte bien son nom : une délice fruité, bien équilibré, prunelle et cerise amer. Jamais dans la passé on ne trouvait des cahors comme cela ! Le vin dit « Château » a autant de fraîcheur mais plus de tannins, qui restent parfaitement au service de l’ensemble sans le dominer. Une très belle structure affinée. La cuvée Elite est bien plus suave et intense. Son élevage est réussite et s’intègre bien dans la masse mais il aura encore besoin d’un an ou deux en bouteille.

 

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Une rencontre qui en appelle d’autres j’espère. Julien Ilbert fait partie de ces jeunes vignerons qui donnent de l’espoir et de l’envie autour d’eux. Ils ne roulent pas sur l’or et mettent toute leur énergie et leurs moyens dans l’essentiel : leur vigne et la vinification de leurs vins. Ils travaillent dur, n’ont pas la grosse tête ni vous servent un bla-bla inutile et prétentieux : leur abord est aussi facile que leurs vins parlent avec spontanéité et sincérité. Et, dans ce cas, avec une bonne dose de créativité aussi. Oui, c’est l’homme qui fait le vin, même si le terroir fournit inévitablement le cadre.

 

David Cobbold


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Quand le Mourvèdre se fait caressant… du côté du Minervois

Le cépage Mourvèdre engendre souvent des vins assez austères, tanniques et droits. Mais de temps à autre, il se laisse aller à plus de facilité. Il enchante alors les papilles par des fragrances inattendues, multiples, du moins dans sa prime jeunesse.

le Vin de Plume 2014 Minervois Domaine du Somail

Domaine du Somail 001

Violet pourpre presque noir, cette cuvée s’exprime presque dans la seconde, proposant sans retenue ses parfums fruités et floraux. Prunelle, griotte, amande, violette et iris se retrouvent en bouche avec la même générosité. La fraîcheur, la fermeté soyeuse des tanins, les épices douces, le charnu des fruits et l’élégance des fleurs en font un vin de plaisir gourmand.

Domaine du Somail (1)
Vinification: assemblage de 80% de Mourvèdre et 20% de Syrah sur éboulis calcaires. Vendangés à la main, les raisins sont vinifiés délicatement de manière à extraire des jus équilibrés et aromatiques. Fermentations finies, le vin est ensuite tiré en cuves pour être élevé pendant 10 mois.

On aime ce vin friand quant à l’apéro, il remplace blancs ou bulles avec aplomb. Servi, frais, pas froid, il accompagne les plats du sud des tians au couscous, du lapin au thym aux succulents pieds et paquets. Les carpaccios et les légumes grillés lui font de l’œil.

Le domaine

Ils sont quatre, venus d’horizons différents mais animés par la même passion, la vigne. Quant au vignoble de 15 ha, il escalade les premiers coteaux qui mènent au village de Minerve, au nord-est de l’appellation Minervois. «Recherchant l’authenticité, l’élégance et la finesse dans nos cuvées, nous avons fait le choix de la biodynamie. Le respect des rythmes cosmiques et de la vie des sols est pour nous fondamental dans nos pratiques et nos gestes. La vigne révèle en retour le potentiel de nos terroirs» explique François Fabre.

Domaine du Somail (2)

 

http://www.domainedusomail.com

Ciao

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Marco

 

Photo©MichelSmith


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Rhône : Montirius, en quête de Minéral

Comme souvent en ce moment, le voyage commence dans l’allégresse matinale sur cette route là. Fuir le bureau et les soucis de la vie. Avec, au début, pour seules perspectives, d’étranges sculptures dues à l’érosion. On appelle ça des orgues. Une sorte d’allée buissonnière partant de la cathédrale (simple église en réalité) d’Ille-sur-Têt qui va me permettre une fois de plus de grimper à l’assaut du Fenouillèdes.

En route vers Trilla... Photo©MichelSmith

En route vers Trilla… Photo©MichelSmith

Un peu plus haut, ne pas oublier de ralentir pour négocier les virages aveugles tout en profitant d’échappées inédites et spectaculaires sur la Canigou. Une partie de cachecache : tantôt les Corbières et sa vigie (Quéribus), tantôt le Golfe du Lion esquissé dans son lointain brumeux. Route étroite vers la fin du parcours, parsemée de cistes, de bouquets d’immortelles, de lavandes et de thyms entre autres plantes identifiables par l’ignorant botaniste que je demeure en dépit de toutes ces années d’errements dans l’intrigante garrigue pierreuse qui fait la majeure partie de nos terres du Sud. En fermant les yeux, on pourrait se croire aussi bien dans l’arrière-pays de Montpellier, sur les contreforts des Cévennes gardoises ou encore sur ces chemins chantants et parfumés conduisant à la muraille rocheuse à qui l’on donne le joli nom de Dentelles de Montmirail. Comme ça tombe bien !

Les Dentelles. Photos©MichelSmith

Les Dentelles. Photos©MichelSmith

Si je pense à ces Dentelles malgré la distance qui m’en sépare – au bas mot quelques 350 kilomètres – c’est que j’arrive bientôt au but de mon déplacement pépère. Je suis en vue du minuscule village de Trilla jadis cerné de vignes et c’est là que m’attend une dégustation de Montirius blanc, un domaine justement situé au pieds des fameuses Dentelles. Trilla, c’est le lieu d’échouage d’un couple que j’adore tant pour son hospitalité que pour l’acharnement qu’il déploie à faire découvrir ce lieu paisible qui mérite plus d’une excursion. La chose est encore plus visible lorsque les habitants se plient en quatre pour leur fête locale, cette année le 18 Juillet, doublée d’une formidable exposition vivante consacrée au Vieux Cépages, où les vignerons d’ici et d’ailleurs, viennent partager leurs productions et faire goûter qui leurs vieux carignans, qui leurs terrets ou leurs œillades. Une journée de concerts improvisés, de dégustations à tout rompre, de pique-niques sauvages, de rires déployés auxquels je me joins volontiers. C’est pour bientôt donc, et inutile d’insister pour vous dire que nous comptons sur votre présence.

Le cailloux responsable du goût dans le vin ? Photo©MichelSmith

Le cailloux responsable du goût dans le vin ? Photo©MichelSmith

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Le couple en partie responsable de tout de tohubohu autour du vin n’est autre que celui formé par Mechtild et André Dominé débarqués d’Allemagne il y a 30 ans. Lui est un journaliste et écrivain spécialisé dans le vin et très actif dans son pays d’origine, elle est saxophoniste amateur dans une troupe de copains, jardinière émérite, conseillère municipale et reine de la couture entre autres passions. Ensemble, ils vous reçoivent chez eux avec les égards que l’on doit aux vrais amis, dans la décontraction la plus totale. Ce jour-là, André avait manigancé une dégustation verticale autour d’une cuvée-phare du Domaine Montirius, connu pour ses vins en biodynamie d’appellation Gigondas (rouges) mais aussi pour ses Vacqueyras (blancs, rouges, rosés). C’est dans cette dernière AOP qui ne compte que 3% de vins blancs que se construit la cuvée Minéral du domaine, à partir de vignes de garrigues, un assemblage de grenache blanc, roussanne, d’un côté, bourboulenc (50%) de l’autre, le tout sans élevage bois. Mais vous en saurez beaucoup plus en allant sur l’excellent site proposé quatre lignes plus haut. Quelques bons camarades assistaient à la dégustation qui s’est déroulée en silence, les nez plongés dans de sublimes verres Lehmann créés pour les rouges par le sommelier Philippe Jamesse.

Photo©MichelSmith

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Je ne vais pas rentrer dans le débat sur la minéralité – cela risquerait de nous mener trop loin -, mais sachez tout de même que ce mot s’est imposé aux propriétaires du domaine au fur et à mesure qu’ils goûtaient les vins de cette cuvée au tirage moyen de 5.000 exemplaires par an. On attaque la remontée dans le temps par un petit blanc de mise en bouche de 2014, La Muse Papilles, sur le fruit et la fraîcheur, pas très long en bouche, mais bien agréable dans le sens où il va aiguiser mon palais. Le premier vin de la série Minéral est un 2014 qui se veut très fin au nez dans le registre pierreux et grillé. Nette clarté en bouche, de la luminosité, de la hauteur, matière serrée mais pas étriquée, pointe de salinité et une finale proche de la peau du raisin.

Les dégustateurs. André Dominé est le seul pieds nus. Photo©MichelSmith

Les dégustateurs. André Dominé est le seul pieds nus ! Photo©MichelSmith

Question plaisir immédiat, le 2013, bien articulé sur la fraîcheur et l’éclat, nous offre un nez plus ouvert sur le pierreux de la garrigue avec une touche florale qui évoque un buisson de genêts au mois de mai. Le vin paraît aussi plus long en bouche. Avec le 2012, la robe semble plus dorée, tandis que le nez s’affine encore sur le même registre calcaire de la garrigue. La rondeur est plus présente, la longueur un peu moins (mais ce n’est qu’une impression, me semble-t-il), alors que la finale se dessine sur des notes assez complexes de miel de garrigue et de tarte meringuée au citron, l’ensemble me paraissant bientôt prêt à boire.

Prêt pour la verticale. Photo©MichelSmith

Prêt pour la verticale. Photo©MichelSmith

Le 2011 donne de manière inattendue une impression d’évolution. La sensation de minéralité est moins aigue, plus glissante, plus fluette et quelque peu saline, du moins à l’attaque en bouche. Puis on a un aspect moelleux (non sucré) qui prend le dessus, des notes de paille, ainsi qu’une légère lourdeur alcoolique jusqu’en finale. Le 2010 offre une robe soutenue, plus dorée, tandis que le nez est plutôt fermé, discret. Sensationnel en bouche, le vin a une matière imposante, une grande persistance et une fraîcheur qui surélève le vin, le portant bien haut vers une finale parfaite quelque peu gironde. Le vin a de quoi tenir et je lui donne ma meilleure note, soit quatre étoiles. 2009 ne démérite pas en dépit de son nez évolué proche de la cire d’abeille. Très épais en bouche, un poil lourd au début, il se redresse vite pour monter en puissance vers de jolis sommets de complexité et de longueur. Magnifique finale, il obtient lui aussi quatre étoiles bien qu’étant plus musclé que 2010.

Photo©MichelSmith

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Il a fallu deux bouteilles pour venir à bout d’un étrange 2008 à la robe ambrée. Impression décevante et même liégeuse sur la première bouteille ; pas de grand intérêt avec la seconde, c’est un millésime qui semble à part, sans grand complexité, ni grand chose à raconter. À moins que quelque chose ait flanché à la vinification ou à la mise… 2007, renoue avec une belle blondeur de robe. Le nez a un peu viré vers la réglisse et quelques notes lactiques. Certains le voient large et floral, je le sens pour ma part non dénué de fraîcheur, mais plus sur des notes de zeste de citron en rétro-olfaction, tendu et tannique, tandis qu’il est bien long en bouche. 2006 livre une robe dorée assez classique. Il semble assez fermé et dur. Peut-être qu’après une mise en carafe… Reste que s’il est mieux noté que 2008, il déçoit quelque peu.

Les dégustateurs à l'ouvrage. Photo©MichelSmith

Les dégustateurs à l’ouvrage. Photo©MichelSmith

Tout change avec le millésime 2005 : on retrouve une tonalité presque juvénile, sans trop de reflets cuivrés. Le nez s’offre avec grâce : épices, boisé, garrigue, tabac blond… C’est dense et bien épais en bouche, volumineux, heureusement marqué par un bel éclat de fraîcheur et, comme toujours, assez persistant en bouche avec une finale fraîche qui laisse une belle impression de jeunesse. Il fait partie des trois vins notés quatre étoiles. Ce n’est pas le cas de 2004, robe évoluée, quelque peu orangée, que je n’ai pas bien noté pour un goût que j’ai trouvé caramélisé mais qui a intéressé d’autres dégustateurs.

La cuvée Minéral au fond du verre. Photo©MichelSmith

La cuvée Minéral au fond du verre. Photo©MichelSmith

Trois millésimes bien notés donc, pour ce qui me concerne avec, dans l’ordre : 2010, 2009 et 2005. Preuve s’il en était besoin de souligner ce qui fait désormais partie de mon crédo : au grand dam de certains spécialistes qui persistent à croire le contraire, nous sommes de plus en plus nombreux à remarquer l’énorme potentiel qualitatif des terres et des cépages blancs dans le Sud de la France. Que cela plaise ou non, du Roussillon à la Corse, en passant par le Languedoc et la Provence, le grand Sud prouve de plus en plus qu’il est capable de produire de prodigieux blancs, les meilleurs étant bien soutenus par une belle acidité. Quand on constate les prix démentiels de la plupart des vins de Bourgogne, et la difficulté que l’on a à se procurer les meilleurs d’entre eux, il me semble qu’il est grand temps pour un amateur de tourner son regard vers le Sud (sans oublier la vallée de la Loire)  où de grands blancs sont en devenir dans des cadres à couper le souffle.

Michel Smith

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Le renouveau de la Rioja

Notre invitée Agnieszka Kumor (RFI) nous revient de la Rioja, un vignoble en plein renouveau.

Depuis l’adhésion de l’Espagne à la Communauté économique européenne en 1986, la région autonome de La Rioja a entrepris la rénovation de son vignoble. Les aides européennes ont contribué à la modernisation des méthodes de culture et le travail des viticulteurs s’est professionnalisé. De vieilles vignes ont cédé la place à de nouvelles plantations. Mais aujourd’hui, les viticulteurs s’interrogent et tentent de sauvegarder ce patrimoine désormais menacé.

1a. Le vignoble de La Rioja, candidat au Patrimoine de l'humanité de l'Unesco. Photo Agnieszka Kumor, RFI_0

Vue de la Rioja (FRI/Agnieszka Kumor)

« C’est mon grand-père qui m’a appris comment se comporter avec la vigne », raconte David Sampedro Gil, les yeux plongés dans ses souvenirs d’enfant. Nous sommes à Logroño, la capitale de la région autonome de La Rioja dans le nord de l’Espagne. « Aussi loin que je me souvienne, il y avait une mule et un cheval dans les vignes. Et puis, mon grand-père est mort quand j’avais 10 ans. Le reste, je l’ai appris aux côtés de mon oncle. Je revenais de l’école pour travailler le week-end, toutes mes vacances y passaient. Pourtant, je ne me voyais pas ailleurs que dans les vignes. » C’est de là, sans doute, que lui vient cette passion pour la vigne. « D’où alors, si ce n’est pas de là?», confie-t-il avec un sourire.

Choisir la modernité sans renier le passé

Mais on ne vit pas que dans la tradition, il faut aussi savoir affronter la modernité. David Sampedro Gil fait partie de ces producteurs rénovateurs, reconnus par le magazine américain Wine Spectator comme « ceux qui montrent la voie dans La Rioja ». David vend la majorité de sa production à l’internationale, mais garde les pieds bien ancrés dans la terre de son enfance. Son objectif : produire des vins singuliers et de haute qualité. Singulier, il l’est lui-même, car dans ce pays où le vin rouge est roi et où les vins blancs ne représentent que 6% de la production, il affectionne particulièrement les vieux blancs boisés.

Après ses études d’agronomie à l’Université de La Rioja à Logroño, David Sampedro Gil a travaillé comme consultant dans de nombreux domaines parcourant le pays de l’Estrémadure à La Rioja, en passant par le Duero et la Rueda. Mais pendant tout ce temps il nourrissait le projet personnel de fonder son propre domaine viticole, sa « bodega » à lui. Si les banques lui octroient cette année un crédit, le rêve deviendra réalité. Outre un nouveau chai qui sera construit dans son village d’Elvillar, ce vigneron de 39 ans gère d’autres affaires un peu partout en Espagne autour de cépages locaux ou oubliés. Il produit notamment des cuvées monocépages basées sur la variété albariño en Galice, le rufete à Salamanque, le grenache (que les Espagnols appellent «garnacha») en Navarre, et le bobal qui donne un vin rouge jeune de Valence.

C’est dans La Rioja Alavesa, qui déborde dans le Pays Basque espagnol voisin, que son talent s’exprime le plus. Une région où il compte s’installer et qui symbolise pour lui cette subtile osmose qui se produit dans un vin de rioja lors d’un assemblage de tempranillo, de garnacha, de viura, de graziano et de mazuelo. Aujourd’hui, David Sampedro Gil possède plus de 6 hectares de vignes, dont les premiers lui ont été transmis par sa mère. Sa société, DSG Vineyards, produit annuellement 20 000 bouteilles dans La Rioja Alavesa, et de petites quantités de vin – entre 4 000 et 6 000 bouteilles chacune – sont produites dans d’autres régions.

Jusqu’à présent, David n’étant pas propriétaire de ses terres ne pouvait pas prétendre à des aides directes à l’hectare au titre de la Politique agricole commune (PAC). Elles viendront, peut-être, avec son installation. Mais « les aides ont leurs limites », observe David. Et les seules limites qu’il se donne ce sont celles de son imagination…

Un difficile processus de reconversion

Dès l’entrée de l’Espagne en Europe, La Rioja a commencé à utiliser des fonds européens pour restructurer son vignoble. « Grâce aux aides au développement rural, auxquelles sont venues s’ajouter à partir de 2001 les aides directes, on a pu investir dans de nouvelles machines et doter les propriétés de lieux modernes de vinification, d’élevage et de stockage de vin », explique Igor Fonseca Santaolalla, directeur général de l’Agriculture et de l’Élevage au gouvernement autonome de La Rioja.

Parallèlement, le département d’études vitivinicoles de l’Université de La Rioja a apporté son aide en sélectionnant des clones du cultivar plus résistants et plus productifs, et en important de nouveaux modes de conduite des vignes (notamment depuis la France). Car la façon de planter le vignoble a également changé. On a espacé les rangs pour faire passer des machines à vendanger. Les ceps que l’on faisait pousser traditionnellement en « gobelet », ont été alignés et dressés sur un fil de fer, ce qui a permis la mécanisation du travail. Le vignoble a rajeuni. Des vieux ceps dont la productivité et la qualité du vin produit ont été jugées médiocres ont été arrachés. Plus de deux tiers du vignoble ont été ainsi rénovés sur les 63 000 hectares que compte La Rioja.

« Le résultat de ce travail complexe et de longue halène, c’est la baisse notable des coûts de production et plus de vins de bonne qualité vendus sur le marché », soutient Igor Fonseca Santaolalla. Mais il ne cache pas que le système manquait de contrôle : « La nécessité d’augmenter la productivité combinée à un manque d’expérience dans le choix des clones et des modes de conduite des vignes ont produit un effet pervers. Les solutions les moins chères ont été retenues et pas celles qui étaient les mieux adaptées à la spécificité de notre vignoble ».

Aujourd’hui, La Rioja tire les leçons des erreurs commises. Selon les données d’ARAG-ASAJA, l’organisme chargé de la redistribution des aides européennes aux agriculteurs de La Rioja, 12 millions d’euros ont été octroyés en 2014. Ces aides destinées à compenser les revenus des vignerons et à moderniser leurs outils de travail ont à partir de 2015 un nouvel objectif, celui de préserver ce qui reste du vieux vignoble.

Un tournant risqué

C’est un vaste chantier qui attend les vignerons. Eugenio García del Moral, président d’ARPROVI, organisme dédié à faire progresser le secteur viticole dans La Rioja, va plus loin dans la critique de la période passée, et constate : « La logique productiviste a primé sur la qualité ». Il fallait produire en quantité et le faire à bas coûts. Il y avait une raison sociale à cela, assurer un niveau de vie décent aux petits agriculteurs. « Ils aspiraient à vivre de leurs exploitations, sachant que l’écrasante majorité d’entre eux ne possèdent qu’1 à 10 hectares. Alors, on arrachait et on replantait », conclut-il. La superficie moyenne des exploitations a nettement augmenté depuis. Toujours est-il que sur plus de 17.000 agriculteurs qui cultivent le raisin, il y a seulement 1.200 « bodegas » qui commercialisent leur propre vin. Les autres vendent leur production aux coopératives, aux négociants ou aux domaines.

Un autre problème se pose, « la délocalisation du vignoble ». De quoi s’agit-il ? Traditionnellement, on plantait des variétés qualitatives de raisin en hauteur, sur des escarpements, soit sur des zones pauvres en matière végétale avec des sols argilo-calcaires qui servent à faire des vins complexes et avec une certaine typicité. Alors que les vastes étendues marno-calcaires situées au pied des coteaux ou sur les bords des rivières avec leurs sols fertiles étaient destinées aux variétés plus productives, mais qui donnent des vins de moindre qualité. « Cet ordre ancestral se trouve aujourd’hui perturbé », déplore Eugenio García del Moral.

Vin cherche personnalité

En quoi réside le caractère unique d’un vin ? Les viticulteurs français parlent du terroir, un terme souvent galvaudé, puisque réduit à son seul ingrédient, le sol. Or, le terroir, c’est aussi la variété du raisin adaptée à ce sol, le climat (qui inclut l’ensoleillement et l’eau); sans oublier, pour le mettre en valeur, le savoir-faire humain basé sur des siècles d’observation et de pratique. « Les nouvelles plantations introduites dans les années 1980 se faisaient avec un seul clone du cépage tempranillo. Très productif, mais de qualité médiocre, ce clone a conduit des vins de Rioja à une certaine standardisation. La sélection clonale issue de la région de Castille-et-Léon me semble bien mieux adaptée à nos besoins », estime David Sampedro Gil, viticulteur de La Rioja Alavesa.

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Les trois sous-zones de la DOCa Rioja

Cette Rioja Alavesa fait partie des trois zones de production de la DOCa Rioja, les deux autres étant la Rioja Alta et la Rioja Baja. C’est justement dans cette sous-région que la reconversion du vignoble a été la moins intense. Plus d’un quart de la Rioja Alavesa est constitué de vignes âgées de plus de 40 ans. Alors qu’ailleurs, il en reste à peine 13%. Dans le programme Développement rural 2015-2020, le gouvernement de la région autonome met l’accent sur la sauvegarde du matériel génétique préservé dans ces vieilles vignes. Les nouvelles mesures prévoient des primes de 600 euros à l’hectare. La récupération du matériel génétique se fait manuellement, demande des conditions techniques spécifiques et coûte cher. Les fonds européens seront indispensables pour effectuer ce travail méticuleux.

«On a beaucoup arraché, mais pas tout , constate Alberto Gil, journaliste au quotidien La Rioja et fondateur du blog « Los mil vinos » (Les mille vins). Selon lui, le gouvernement et les institutions partagent avec les domaines viticoles la responsabilité de ne pas avoir su protéger ce patrimoine singulier. Or, gagner en singularité permettrait aux vins de rioja de se démarquer des vins du monde. Ils seraient aussi mieux valorisés sur le marché international : « Seul un dixième de la production actuelle de vins de rioja peut se vendre cher, soit plus de 30 euros la bouteille. Ce sont des vins de qualité, qui ont une certaine position sur le marché, des vins de terroir, des vins avec une personnalité. Le reste est irréprochable d’un point de vue industriel, répond à un rapport qualité-prix imbattable, mais il s’agit de vins dépourvus de personnalité », ajoute Alberto Gil.

Grâce au travail incontestable de ses vignerons, l’appellation La Rioja est devenue une marque collective et une référence mondiale. Mais son positionnement sur le marché mondial dépendra de la stratégie choisie à long terme. La richesse de cette région viticole réside dans sa diversité. Chaque vin doit pouvoir trouver son consommateur. L’idée est de ne pas bannir certains vins peu chers du marché, mais d’aider le consommateur à choisir selon son goût et son portefeuille ce qu’il veut acheter. Quitte à bousculer quelques règles…

Le retour à la terre

Les années 2000 ont vu arriver une nouvelle vague de vignerons. Parmi eux Juan Carlos Sancha Gonzáles. En 2008, cet ingénieur agronome, consultant et œnologue a fondé son propre domaine, Bodegas Juan Carlos Sancha à Baños de Río Tobía, à l’ouest de Logroño; un village où il est né voici 50 ans. Ses 6 hectares et demi de vignes produisent 30.000 bouteilles déclinées en différentes cuvées. Sur les étiquettes, point de référence au système de catégories de vins traditionnel («Crianza», «Reserva» et «Gran Reserva»). Le système fondé sur l’élaboration du vin a été remplacé par des noms de parcelles («fincas») ou de villages. Un clin d’œil aux Bourguignons, sans doute, vénérés ici pour leur connaissance des terroirs. C’est que mis à part son statut d’universitaire, Juan Carlos considère le modèle d’appellation de La Rioja quelque peu obsolète : «Il nous faut redéfinir les zones de production, car tout ne se vaut pas», conclut-il.

La fierté de Juan Carlos Sancha: une parcelle de vignes récemment achetée, âgée de 90 ans. Sa passion: faire revivre les variétés minoritaires, comme la maturana tinta ou le tempranillo blanco, menacées d’extinction. «Mon souhait serait de revenir à la viticulture de nos grands-parents, mais avec des techniques d’élaboration d’aujourd’hui», dit ce viticulteur. «Avec toute ma science, je suis incapable de faire des raisins de même qualité que ceux de mon grand-père. Et pourtant, il n’a jamais commercialisé ses vins, il les destinait à sa consommation personnelle. Alors que mes vins sont sur les tables des restaurants aux Etats-Unis, en Australie ou au Japon». C’est ça, peut-être, le défi de la mondialisation.

Aux côtés de Juan Carlos Sancha et David Sampedro Gil, il y a aussi Diego Pinilla, Eduardo Eguren, Maria José Lopez de Heredia, et quelques autres. Certains se sont mis à l’agriculture biologique ou à la biodynamie. Ce qu’ils cherchent, c’est apporter leur contribution au patrimoine reçu des anciens pour le transmettre aux nouvelles générations. Retenez leurs noms !

Agnieszka Kumor

Retrouvez cet article, video à l’appui, sur le site de RFI


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Tourisme : l’exemple de l’abbaye des vignes

Il y a des choses en vieillissant qui m’horripilent, tels ces trois mots à la base ou cette autre expression qui fait fureur Quelle tuerie !, ou bien encore l’adverbe clairement placé au début de chaque phrase. Comme pour ça fout les poils en parlant d’un concert émouvant. À cela, j’ajouterai volontiers un dernier ça me fout les boules pour rejeter ces quelques tics qui s’incrustent peu à peu de manière insidieuse dans le langage courant. Ce n’est pas nouveau, je sais. Je me souviens que du temps du twist à Saint-Tropez, pour draguer une poulette on lui lançait un martial tu me bottes histoire de l’emballer ! Faut-il accepter la fréquence de ces évolutions de langage qui nous bassinent d’un jour à l’autre ? Faut-il remercier Internet de nous enrichir ainsi de mots inutiles ? Bien sûr, tout cela n’est pas dramatique si l’on accepte le fait que notre langue est belle, mais vivante. Il n’empêche que j’ai du mal à m’y faire, tant il y a de mots comme ça, des barbarismes, qui ne passent pas. Comme œnotourisme, imaginé par des lumières technocrates pour remplacer des expressions plus simples et moins savantes telles que tourisme viticole ou vacances dans le vignoble, mais qui au moins signifient quelque chose au commun des mortels. Et pourquoi pas gastrotourisme pendant qu’on y est puisqu’on a déjà cyclotourisme ? Mon copain André Deyrieux en fait un bon usage, lui, de ce mot œnotourisme. En son nom, il a même réussi l’exploit de me faire déplacer jusqu’à Sète (voir mes articles des jeudis précédents) pour me convaincre du bien fondé de ce mot.

Photo©MichelSmith

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Alors certes, grâce à Thau Agglo, on a vu des coquillages, l’eau limpide d’un étang, des barques de conchyliculteurs, d’autres d’ostréiculteurs, des villas sam’suffit, des dunes blondes, des légumes paysans, des poissons, des bouteilles et des vignes, mais on a surtout visité là-bas – revisité pour ce qui me concerne – un des plus beaux exemples de tourisme viticole dont le Languedoc peut s’enorgueillir : l’abbaye de Valmagne. Fondée en 1138, elle fut vite rattachée à l’ordre de Citeaux pour prospérer et se développer avec la construction d’une église romane aux dimensions et hauteurs d’une cathédrale forteresse doublée d’un cloître plus récent (restauré au XVIIème siècle) étonnement bien conservés. Dans l’église où la messe est encore parfois célébrée, le vin a sa place logé qu’il est en de grands foudres sous les ogives. Cet ensemble est d’autant plus inattendu et saisissant qu’il se dresse avec majesté au milieu d’un décor champêtre de cyprès, de champs de blés et de vignes. Je me dois de confesser que j’ai pris plaisir à flâner, hélas peu de temps, dans le conservatoire des cépages où le Carignan a sa place en même temps que le Monastrel, ainsi que dans le jardin médiéval et le potager de cette abbaye qui organise toutes sortes de manifestations nocturnes et culturelles où le vin a sa place, le tout à quelques lieues des horreurs du Cap d’Agde.

Photo©MichelSmith

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Achetée en 1938 par le comte de Turenne, la propriété aurait pu céder aux sirènes des investisseurs de tout poil, mais elle a toujours gardé sa vocation viticole. Arrive le moment où il faut souligner la modestie de la famille qui s’investit et veille sans relâche sur ce trésor patrimonial du Languedoc. À la suite de ses parents, Philippe d’Allaines, que j’ai connu il y a plus de 30 ans quand il venait défendre son vin et tenter de le vendre à Paris, est un vigneron bâtisseur exemplaire. Il aime se présenter comme étant le cellérier de Valmagne en souvenir d’un truculent frère Nonenque qui a laissé un tel souvenir qu’on lui a consacré une réjouissante cuvée. Philippe est aidé de son épouse, Laurence, l’aubergiste de Valmagne qui utilise dans sa cuisine une grande part des fleurs et légumes du jardin.

Photo©MichelSmith

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Depuis l’époque de ma première venue à Valmagne, au tout début 1990, les sols du cloître et de l’église ont été joliment refaits afin de mieux recevoir le public. Les arcs-boutants qui maintiennent les murs de l’église ont été consolidés et, outre les visites guidées et les séances de dégustations, avec beaucoup d’intelligence et d’astuces, la famille d’Allaines développe les initiatives pour animer les lieux. Dernière en date, la bière de l’abbaye élaborée dans une brasserie artisanale voisine, à partir de quatre qualités d’orge, d’avoine, de froment et, pour la partie aromatique, du houblon français et des fleurs de sureau. Avant d’aborder les travaux pratiques, afin de connaître les grandes lignes de l’histoire de Valmagne et de sa vocation viticole, je vous propose de visionner ce petit reportage réalisé dans la bonne humeur.

Photo©MichelSmith

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Cette nouvelle visite – la troisième ou quatrième, à vrai dire depuis que je suis voisin du Languedoc – a été pour moi l’occasion d’une rapide dégustation de bouteilles ouvertes quelques heures auparavant par Philippe d’Allaines. Trois millésimes anciens de la cuvée de Turenne étaient présentés, sur des vignes (Mourvèdre et Syrah, principalement plantés en 1982) cultivées en biologie depuis 15 ans, comme sur l’ensemble du domaine (soit une soixantaine d’hectares), et dont une partie des vins séjourne un an en barriques. J’étais resté sur le souvenir d’un magistral 2003 goûté en 2008 à l’occasion d’un reportage sur les Grès de Montpellier (déjà !) dont cette cuvée est devenue l’un des fleurons. Ce 2003 était chaleureux, giboyeux, truffé, solide, serré et dense avec une finale persistante sur fond de menthe sauvage et de garrigue. À l’époque, le vin coûtait 11 € départ cave. Pas encore Grès de Montpellier, mais simple Coteaux du Languedoc, élevée en cuve ciment, la version 1988 se goûtait encore fort bien en dépit d’un incident sur un premier flacon trop pâle de robe et au bord de l’usure.

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Le 1989 se montrait beaucoup plus volubile et alerte : robe foncée, terre chaude au nez, il se faisait ample, riche en matière et très long en bouche. Avec le 1998, les notes de truffe noire s’affirmaient plus encore en rétro-olfaction avec de la densité, de l’amplitude et beaucoup de noblesse. Pour moi, il était l’égal de ce 2003 qui m’avait tant impressionné. Quelques années après mon dernier passage, je trouve que les prix sont restés sages puisque le 2012 de la cuvée Comte de Turenne actuellement en vente, mais non goûté, coûte 14 € départ cave. Quoiqu’il en soit, même en famille avec les enfants, ne manquez pas la visite cet été de cette chère Abbaye des Vignes !

Michel Smith

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