Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


6 Commentaires

A Vrazon to continue?

IMG_1806
Spectacular Porto 

This weekend we were in Porto for the first Vrazon Meetup. Despite a heat wave with temperatures into the mid-30s, it was a very enjoyable weekend. Meeting up with old friends and making new ones, sharing good bottles and some excellent food.

We had two good visits. One on Saturday to Poças’ Port Wine Lodge new visitors’ centre on Rua Visconde dos Devesos 186, Vila Nova da Gaia. Then on Sunday we went up the Douro to Quevedo.

IMG_1811

On Saturday afternoon there was a valedictory discussion over the rise, history and demise of EWBC/DWCC (European Wine Bloggers’ Conference/ Digital Wine Communicators Conference). It is clear that these conferences, which initially sailed under the colours of the European Wine Bloggers Conference, have now run its course. Put together by Robert McIntosh and Ryan and Gabriella Opaz (Catavino/Vrazon) eight successive conferences in seven different countries is a very considerable achievement. These EWBC/DWCC conferences facilitated great networking opportunities, which I think will be their most lasting legacy followed by the Born Digital Awards (www.digital-awards.eu/) with the revived version now in its second year.

If Vrazon do organize further conferences the format will be changed. They are likely to be held in one place and to feature marketing with a perspective from outside the wine industry.

Will this weekend’s meet up prove to be a one-off – a fine wake for DWCC – or will there be future get-togethers of EWBC/DWCC alumni? Certainly there is a clear wish from the weekend’s participants to meet again to talk and share wine etc. but as yet there are no definite plans.

It is unfortunate that to date the Vrazon and the #winelovers group, which grew out of contacts made at these conferences, have yet to find a way to be complementary. Hopefully in the future there will be opportunities to explore how the two groups can work together.

The programme
Friday night – BYOB at Prova
On Monday at the Mercado da Ribeira, Cais do Sodre, Lisboa we noticed that the Garrafeira Nacional had a bin-end sale of assorted bottles from the last century. Each was offered at 5.95€ and if you bought three the fourth was free. We decided that this was definitely worth a punt, especially with the BYO coming up. So it proved as we took along a 1974 from Lisbon – a ‘revolutionary wine – and a 1987 100% Baga from Bairrada. The 1987 was fine with nicely balanced fruit and acidity. Although the 1974 was initially rather stinky putting off anyone who comes to an immediate judgment on a old wine, the stink fairly rapidly declined revealing still quite concentrated prune and fig fruit. Still certainly drinkable at least in my probably not very discerning book….

IMG_1784

IMG_1783
1974 – a ‘revolutionary’ wine from Lisbon


Saturday daytime
Poças Port (http://www.pocas.pt/en/) is a family Port house founded in 1918. They have just opened their visitors’ centre, which is friendly, relaxed and far removed from the glitz of some of the larger Port houses. We enjoyed a short visit and then lunch with a chance to taste their wines. On a very hot day their crisp, unoaked Coroa d’Ouro 2014 Douro white hit the spot.

IMG_1815
Poças

Saturday evening – O Gaveto (http://www.ogaveto.com/home)

IMG_1817

What a great seafood restaurant! Hugely generous portions of a seafood – platter featuring oysters, shrimps, prawns, crabs etc. This was followed by very good Amêijoas à Bulhão Pato and then sea bass and rice. They also have a great wine list and wine service. We chose a couple of top Alvarinho Vinho Verdes from Anselmo Mendes – the stunning single vineyard Alvarinho as well as the Curtimenta Alvarinho.

Several of our group expressed surprise at the quality now available from Vinho Verde. From my experience this is not that new, it is just that the UK doesn’t always see the best.

IMG_1818

Due to the generosity of one of the group we had a 1990 Riserva Bondi-Santi and a 2000 Emidio Pepe Montepulciano d’Abruzzo.

IMG_1822

IMG_1825

Sunday – into the Douro cauldron and a lovely visit to Quevedo (http://quevedoportwine.com/)



I have long wanted to visit Oscar Quevedo at his family winery in the Upper Douro in the small town of São João da Pesqueira high up above the Douro with spectacular views. Our visit was a fine introduction but I must go back for a more detailed visit. Vitor Mendes of Covela was also there, so this was a good opportunity to taste these wines again.

IMG_1847
Well over 30˚C with swimming in Douro for some


Sunday evening – return to Prova
Recently Porto has become very popular, so finding a unreserved table for eight – all that remained of our group of just over 30 – proved to be challenge. After finding several recommended restaurants full we returned to Prova, which were able to accommodate us. Here we enjoyed a series of wines and snacks and talked further about future meet-ups.

 

IMG_1854
Another fine Vinho Verde Alvarinho

JimVitLoire-Benoît Gautier


8 Commentaires

Minervois-La Livinière

360px-Aude_(flume)Minervois, au nord de Carcassonne, et Corbières, au sud, se regardent à travers de la basse vallée de l’Aude qui les sépare. La première zone se situant sur les contreforts de la Montagne Noir, et le deuxième sur une partie du piémont des Pyrénées Orientales.

Environ quinze jours après avoir exploré, rapidement, l’appellation Corbières-Boutenac, j’ai visité son pendant de l’autre côté de la basse vallée de l’Aude, Minervois-La Lavinière. De part et d’autre de l’axe Carcassonne-Narbonne, qui se situe dans le sillon tectonique qui sépare les Pyrénées du Massif Central, deux zones de piémont servent de socle aux appellations languedociennes jumelles, Corbières et Minervois. A l’intérieur de ces deux zones assez étendues, et forcément hétéroclites sur le plan de la qualité des vins qui y sont produits, un groupe de producteurs dans chaque zone a mené une opération dont le but était de sortir leur production, ou du moins une partie, d’un problème d’image et de prix qui les handicapait sur le plan de la reconnaissance de la qualité, et donc de la rentabilité.

DSC_0154Cabanon de vigneron (il lui manque la couverture en lauzes) à côté du chai de Château Maris, avec la Montagne Noire au fond.

Le premier à dégainer, après les longueurs habituelles imposées par les rigidités du système d’appellations en France, fut Minervois-La Lavinière, qui sera le sujet de cet article. L’appellation existe officiellement depuis 1999. Corbières Boutenac, dont j’ai déjà parlé ici, lui a emboîté le pas quelques années plus tard, en 1985. L’approche dans les deux cas fut très comparable : délimiter une aire d’appellation restreinte avec des désignations parcellaires précises selon les critères habituels (climat local, exposition, altitude et types de sols), mais aussi imposer des règles de production (encépagement, rendement, vieillissement avant vente, etc.). Pour mener à bien un tel projet, puis pour le faire durer dans le temps en portant des résultats à la hauteur des espérances, il fallait aussi un petit groupe d’hommes et de femmes ayant conviction et ténacité.

DSC_0149Murs de pierres plates ponctuent le paysages et forment terrasses, comme ici au Clos d’Ora de Gérard Bertrand. La pose verticale est la plus résistante, mais la plus difficile à exécuter.

Minervois-La Lavinière, ou La Lavinière tout court comme les brochures de l’appellation aiment à la présenter, concerne actuellement un petit nombre d’hectares mais dont le nombre varie considérablement selon les sources: 350 hectares selon les documents de l’appellation, ou bien 200 hectares selon le site officiel des vins du Languedoc. Faudrait peut-être se mettre d’accord ! Comme à Boutenac, le potentiel classé est bien au-dessus de ce modeste chiffre, car l’aire comporte 2.700 hectares et touche 6 communes, et les producteurs utilisent tous (ou presque) les deux appellations dans leurs gammes. Encore une fois comme à Boutenac, l’appellation La Lavinière ne s’applique qu’aux seuls vins rouges. Les blancs ou les rosés sont nécessairement sous l’appellation de base, Minervois.

DSC_0129A La Lavinière on s’occupe aussi de retrouver les variétés de vigne rares, et même non-identifiées comme ici, en les plantant dans un conservatoire ampélographique

Les règles de l’appellation ont cru bon de limiter l’altitude maximale des parcelles acceptées à 330 mètres, et ceci d’une manière qui me semble assez arbitraire, surtout à la lumière du réchauffement climatique et de la nécessité de réduire les taux d’alcool dans les vins du sud. A part cela, je n’ai pas les moyens de trop chipoter sur la logique de ces règles qui, après tout, ont été établis par les producteurs eux-mêmes, même si je trouve certaines inutilement compliquées et restrictives. Des petits arrangements permettent parfois de simplifier un peu les choses ! La Lavinière et Boutenac font appel au même quatuor de cépages principaux (syrah, grenache, carignan et mourvèdre), mais avec des priorités différentes. Alors que Boutenac impose entre 30 et 50% de Carignan (attention: à la vigne, pas dans les vins !), La Lavinière impose que les trois autres constituent au moins 60% de l’encépagement. Dans les faits c’est la Syrah qui domine dans la plupart des vins de La Lavinière, ce qui n’est pas le cas à Boutenac. La Lavinière a aussi eu la sagesse de laisser en place quelques variétés plus rares : Lledoner Pelut, Cinsault, Aspiran Noir, Picpoul Noir et Terret Noir.

portrait4

Les contraintes techniques d’une appellation, qu’elle soient géographiques, végétales ou autres, sont une chose mais le vin se fait par les hommes et femmes, et c’est là où la volonté, la sensibilité, le talent et les techniques jouent des rôles qui font l’essentiel de le différence entre un vin et un autre dans la même appellation. A La Lavinière des personnalités fortes ont joué, je dirais nécessairement, des rôles clés dans la genèse et la promotion/défense de l’appellation. Cela a commencé avec ses fondateurs Maurice Piccinini et Roger Piquet, respectivement en charge de la cave coopérative La Lavinière et propriétaire du domaine privé Château de Gourgazaud. Cela s’est poursuivi avec Michel Escande, de Borie de Maurel, suivi par Patricia Domergue, du Clos Centeilles. Et la présidente actuelle est aussi une femme, Isabelle Coustal, propriétaire de Château Sainte Eulalie (en photo).

ETIC-OCA0007Comme les Cazes, de Bordeaux, bon nombre de producteurs ou d’investisseurs d’autres pays ou régions de France sont venus s’installer dans le Minervois, en apportant savoir-faire et faire-savoir.

A la différence de Boutenac, des investisseurs venus d’ailleurs, parfois de loin, parfois de plus près, pèsent aussi dans l’appellation La Lavinière et y apportent à la fois leur regard, leur savoir-faire, leur capacité à faire connaître, et leur réseaux commerciaux. Deux producteurs importants de la région languedocienne, Gérard Bertrand et la famille de Lorgeril, y côtoient les Cazes (de Bordeaux), les Grands Chais de France (de partout mais d’origine alsacienne), ou l’anglais Robert Eden et l’écossais Guy Crawford. Est-ce cela, ou l’ancienneté un peu plus importante qui expliquerait l’impact plus grand de La Lavinère (50% de plus de surfaces exploitées aujourd’hui) ? Je n’est sais rien mais je pense que cela joue.

 

Cette fois-ci je n’ai pas demandé à procéder d’abord à une dégustation extensive de tous les vins de l’appellation. C’était un tort de ma part que je regrette maintenant car cela ne m’a pas permis pas d’avoir une idée du niveau générale des vins de La Lavinière comme j’ai pu le faire avec ceux de Boutenac. Le voyage de presse, très bien organisé et encadré, à permis pas mal de visites et de dégustations assez détaillées dans sept domaines, puis des rencontres avec d’autres producteurs et quelques-uns de leurs vins lors de repas. Les domaines visités étaient Clos Centeilles, Borie de Maurel, Ostal Cazes, Clos d’Ora, Château de Fauzan, Château Maris et La Borie Blanche. Pour ma part, les dégustations les plus marquantes étaient celles des vins de Clos Centeilles, d’Ostal Cazes et de Château Maris, avec de bons ou très bons vins parmi ceux dégustés ailleurs ou lors des repas.

 

Le cas de Clos d’Ora est un peu à part dans cet ensemble. Il ne s’agit pas d’un clos au sens de clôturé, mais de 9 hectares faisant partie du vignoble de Laville Bertrou, géré comme une entité spécifique avec son petit chai très moderne et dépouillé et son lieu de réception au dessus. Le point qui frappe beaucoup d’observateurs, moi compris, est le prix de vente de ce vin. Un peu à la californienne, il vise un public très différent du reste de l’appellation et qui considère que plus un vin est cher, plus il est désirable ; car le Clos d’Ora se vend aux alentours de 200 euros la bouteille (le domaine annonce 185), alors que le prix moyen des très bonnes cuvées dans l’appellation est plutôt autour des 25/30 euros. J’ai dégusté ce vin en trois millésimes et il est très bon, pas surpuissant mais finement équilibré. Mais rien ne justifie objectivement un tel prix hormis une volonté de se positionner d’une manière symboliquement très forte, ce que Gérard Bertrand a osé faire. On pourrait penser que cela ferait sourire ou grincer des dents les autres producteurs de l’appellation, mais on aurait tort. En tout cas l’écho que j’ai eu était qu’ils sont heureux que leur appellation ait été choisie pour une opération de communication de ce type. Car il y a beaucoup de «comm» autour du projet, avec toute la panoplie du discours appuyé sur la biodynamie et du mulet qui tire la herse entre les rangs (comme par hasard en action au moment de notre visite), sur le terroir d’exception, etc., etc.

Je vous parlerai maintenant des vins plus abordables que j’ai aussi beaucoup aimé et qui donne un peu une idée des styles qu’on peut trouve à La Lavinière, tout en situant un peu les domaines qui sont à leur origine.

DSC_0140Patricia Domergue dans ses vignes au Clos Centeilles, près du village de Siran. Elle s’est bien battu pour son appellation et fait des vins formidables

 

Clos Centeilles

La maison et le chai se trouvent ensemble et tout près du petit village triste de Siran, ou nous logions dans l’hôtel de charme Château de Siran, qui est réellement charmant et qui doit être un des rares bâtiments de ce village ayant un peu de cachet. Patricia Boyer Domergue (qui n’est pas «du pays») a acheté ce domaine en 1990 et a longtemps présidé avec énergie la jeune appellation. Le clos est réel et ancien, et part de la petite église du 13ème siècle, Notre Dame des Centeilles. Patricia ne s’est pas contenté de suivre les règles des appellations mais a aussi beaucoup œuvré pour préserver et expérimenter la richesse ampélographique locale, devenue malheureusement historique en grande partie. Elle cultive, entre une vingtaine d’autres variétés, Rivayrenc (de différentes couleurs), Œillade et Araignan. Un des ses beaux vins blancs est issu de 15 variétés différentes en s’appelant Mosaïque de Centeilles. Le 2015, sous une désignation vin de pays, est complexe, un peu gras, de belle texture et long. La gamme est de ses vins est large car, sur ses 12 hectares de vignoble, Centeilles produit 9 vins différents à partir de 23 cépages., et dans à peu près tous les types (sauf bulles). Mais un seul est de l’appellation Minervois La Lavinère, et il est magnifique, alors je vais m’y limiter.

DSC_0143Magnifique calade au Clos Centeilles. J’aime tant le beau travail de pierre.

Verticale de Clos Centeilles (la plupart des ces vins fut dégusté à la découverte et au domaine)

chose rare : certains de ces vins sont encore disponibles à la vente au domaine, et seront plus faciles à trouver sur commande quand la nouvelle cave/oenothèque sera terminée.

1992

L’année de naissance de sa fille Cécile, qui commence à travailler à temps partiel sur le domaine tout en poursuivant ses études. Ce vin est encore un peu austère, donc resté très jeune, avec de la mâche causée par des tannins fermes, beaucoup de fond et de densité. Long et vibrant.

2001

(dégusté à l’aveugle mais à un autre moment, lors de la présentation de « La Collection de La Lavinière 2016)

Beau nez, évolué mais complet et accompli, avec une grande complexité. C’est raffiné et vibrant en bouche et l’ensemble est d’une grande finesse. Un vin toute en élégance qui a vieilli remarquablement.

2003

On dirait un Barolo de bel âge, tant les arômes de vieux cuir sautent au nez. D’une grande complexité, ce vin formidable est un des meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage.

2007

Le nez est fabuleux et se révèle progressivement, couche par couche, avec une part de truffes généreusement servies, de la réglisse et de la prune en abondance. C’est aussi charmeur qu’intense et très long. Un autre vin splendide.

2009

La composition est donnée pour un tiers de chaque cépage, entre Syrah, Grenache et Mourvèdre. Je ne sais pas s’il en va de même pour les autres millésimes mais je soupçonne que cela varie selon le millésime et la matière.

Encore un nez formidable. Des tannins fins, presque fondus. Vin dynamique qui conserve une expression marquée par le fruit.

2010

(dégusté à l’aveugle mais à un autre moment, lors de la présentation de « La Collection de La Lavinière 2016)

Un jeunot selon les canons de ce producteur, car les millésimes postérieurs ne sont pas encore à la vente. Le nez est plus chaleureux que pour les autres, avec des notes de cacao et de torréfaction. C’est aussi plus robuste par sa matière, avec une pointe de sécheresse en finale qui montre que les tannins ne sont pas encore fondus. C’est un très bon vin mais qui mériterait un peu de patience.

DSC_0148Fabrice Darmaillacq, le Directeur Technique de l’Ostal Cazes, avec les bouteilles de la dégustation verticale

Domaine L’Ostal Cazes

Basé à l’ancienne Tuilerie Saint Joseph, qui fut d’abord restauré et derrière laquelle un chai moderne fut construit par Robert Eden (dont je parlerai plus tard), ce domaine fut crée par Jean-Michel Cazes et sa famille en 2002 après l’acquisition de deux propriétés puis le bâtiment. Il occupe maintenant 60 hectares de vignes et 25 d’oliviers sur un ensemble de 150 hectares. Il est géré sur place Fabrice Darmaillacq, le Directeur Technique, qui nous a rejoint à plusieurs reprises pendant le voyage et dont les commentaires furent toujours très intéressants. Les vins partent en tiré bouché à Bordeaux pour intégrer le réseau de distribution de la famille Cazes.

Verticale de l’Ostal Cazes

2003

Année de canicule et de vendanges précoces. Le vignoble venait d’être acquis et donc les replantations qui allait le modifier en profondeur n’avaient pas encore eu lieu. Les bords de la robe dense sont bien brunis. Le nez m’a semble assez bordelais, avec des notes de cèdre et de mine de plomb (mais est-ce imaginaire, connaissant le propriétaire ?) Les arômes me semblent par ailleurs un peu brouillés. En bouche c’est d’abord charnu, puis avec une touche de vivacité et un peu d’amertume en finale.

2004

Une année très contrastée avec la précédente, ayant été frais et pluvieux. La robe est similaire au 2003. Le nez est plus frais et plus tenu dans son expression. Ferme et « minéral », un peu monolithique dans son expression.

2005

La robe semble nettement plus jeune et le beau nez à encore la fragrance des fruits rouges frais. C’est un vin au stylé élancé et fin qui évite l’amertume des deux précédents et possède une belle longueur.

2007

La robe est encore plus juvénile que celle du 2005. Le nez combine notes épicées et de fruit confits dans un registre aussi jeune et frais. L’amertume est bien maitrisée et la texture soyeuse. Ce vin a gardé une jeunesse étonnante et reste parfaitement équilibré. Il était mon préféré de cette dégustation.

2009

Robe dense et nez chaleureux, aussi fumé qu’épicé. Je sens du fruit en confiture en bouche avec une finale trop chaleureuse à mon goût. N’a pas l’élégance des 2005 et 2007.

2010

L’année fut sèche. Beaucoup d’intensité de couleur et un nez dense, et peu expressif encore. Cet aspect massif est aussi évident en bouche. Les tannins sont bien présents mais l’équilibre tient bien. Vin long et bien structuré qu’il convient d’attendre quelques années.

2011

L’été fut pluvieux puis la période avant les vendanges fur sèche. Rendement généreux. Le nez est sur le versant de fruits confits et de la cuisson. Ce vin semble plus austère et ses composants (acidité/tannins/fruit) ne sont pas encore bien fondus. Vibrant de jeunesse, je pense qu’il fait mentir, comme d’autres bons vins de cette appellation, la tendance du marché à consommer ces vins jeunes. Il leur faut, au contraire, entre 7 et 12 and pour se révéler, après une phase de jeunesse ou leur fruité s’exprime pleinement.

2012

Un année très sèche, malgré des pluies vers le 15 août. La robe semble un peu moins dense. Le nez est délicieusement friand et offre toute la gourmandise de son fruit. Doté d’une jolie fraîcheur, moins tannique et concentré que le 2011 qui sera potentiellement plus complexe peut-être, on peut boire ce vin aujourd’hui.

Le domaine n’a pas mis en bouteille le millésime 2013

2014

Nez très frais et un vin carré, clair et net. Les saveurs en bouche sont précises et dynamiques, la qualité du fruit excellente et l’ensemble est bien équilibré malgré une pointe d’amertume en finale (mais qui pourrait être un atout dans le temps). N’a pas le charme du 2012 pour l’instant et finit sur une note chaleureuse.

En tout une belle dégustation qui prouve encore une fois la bonne capacité de garde de ces vins.

DSC_0169Robert Eden, de Château Maris, en pleine explication des ses vins

Château Maris

Celui qui a construit le chai d’Ostal Cazes et qui l’occupait alors s’appelle Robert Eden, un anglais qui a roulé sa bosse en Australie et ailleurs avant d’atterrir dans ce coin du Languedoc. Il a maintenant un nouveau chai, construit selon des principes très écologiques pour vinifier et faire murir les vins de son domaine, appelé Château Maris. On connaît encore peu ces vins en France car ils étaient surtout exportés un peu partout, mais cela commence à évoluer et on peut en trouver dans des réseaux « bio », ou chez Metro. Eden a acquis le domaine en 1997 et l’a rapidement converti en viticulture bio et biodynamique. On trouve dans le chai la panoplie du genre avec des cuves en béton et en bois, des œufs en béton, une climatisation naturelle et, pour le visiteur, des odeurs très agréables et une sonorité apaisante. Vous me direz « et alors ? » Je vous répondrai que c’est bien agréable lorsqu’on y passe une heure à déguster et à écouter.

Nous avons dégusté une bonne série de vins et je ne suis pas certain que tous revendiquent l’appellation Minervois-La Lavinière. Tant pis, ils sont bons quand-même, mais pas donnés. Pourquoi est-ce que les vins « bio » sont souvent vendus si chers ?

DSC_0163

Les Anciens 2014

Un pur Carignan, ce vin est un délice avec une belle intensité de fruit et beaucoup de fraîcheur. Long, pur et très bon. (Prix dans les 19 euros).

Las Combes 2013

Un pur Grenache, très juteux aussi et qui a su rester frais. (Même prix).

Les Planels 2014, Minervois La Lavinière

80% Syrah, 20% Grenache. Vibrant et très juteux. Excellent. (prix inconnu)

Les Amandiers 2014

Un pur Syrah, élevé en barriques neuves. Soyeux de texture avec une superbe qualité de fruit et très long. (prix 35 euros)

Brama 2014 (blanc)

Grenache gris à 100% vinifié à la bourguignonne (je crois). Long et gras, mais avec une vivacité extraordinaire. J’ai beaucoup aime ce vin. (prix dans les 30 euros)

Mirren de LorgerilMirren de Lorgeril

Vignobles de Lorgeril, Borie Blanche (verticale de la cuvée La Croix)

Les Lorgeril sont propriétaires d’une demie douzaine de domaines en Languedoc et en Roussillon. Borie Blanche fut acquis il y a 20 ans en le chai actuel est occupé depuis 2002. La vinification fait appel à un fonctionnement par gravité et un système de pigeage aménagé dans un chai ancien qui reste naturellement frais grâce à se construction en hauteur et partiellement enterré. On voit ici une combinaison intéressante entre techniques anciennes, bien aidés par des choses très modernes car la suivie de la vigne est aidé par de l’imagerie satellite. Grenache et Syrah dominent les plantations, dont les nouvelles reviennent au système du gobelet.

Des deux millésimes de la cuvée appelée Borie Blanche, terroirs d’Altitude, j’ai bien aimé le 2012, frais et délicat, mais j’ai trouvé le 2013 anguleux et simple. Ce vin vaut dans les 10 euros, ce qui constitue une entrée de gamme pour l’appellation. S’en est suivie une bonne verticale de la cuvée haute de gamme, appelée La Croix. Son prix de vente se situe entre 25 et 30 euros.

La Croix 2008

Le nez reste marqué par le bois. En bouche on trouve une matière splendide, vibrante et juteuse. Sa tenue dans le temps est remarquable, le vin semblant encore jeune et vivace.

La Croix 2009

La matière est très belle, charnu et longue en bouche. Les tannins semblent plus fermes, ou bien plus extraits. J’ai préféré le 2008 sur le plan du style.

La Croix 2010

Nez magnifique, aussi frais que profond. Très intense et long en bouche, il semble très complet mais aura besoin de temps car sa densité est encore un peu chargée.

La Croix 2011

On trouve peut-être davantage de précision dans ce vin hyper juteux avec un équilibre parfait. C’est aussi fin que gourmand. Excellent vin.

La Croix 2012

Précis mais plus austère que les deux précédents. Les tannins semblent déjà fondus et l’équilibre est bonne.

Comme chez l’Ostal Cazes, il n’y a pas eu de 2013

La Croix 2014

Prometteur, forcément très serrée encore. Patience….

 

D’autres vins que j’ai bien aimés, lors de divers dégustations ou repas :

Château de Fauzan, la Balme 2008 (environ 15 euros, je crois : distribué en France par Grands Chais de France)

Encore un vin qui a su conservé une belle qualité de fruit après 8 ans. Je commence à croire dans la capacité de garde des meilleurs vins de cette appellation. Structuré et équilibré aussi. J’ai dégusté d’autres vins prometteurs de ce domaine. L’approche de ce jeune vigneron, qui est aussi très intéressant à écouter sur l’histoire et la géographie de sa région, laisse penser que ce domaine va très bien évoluer dans les années à venir.

Clos des Roques, Mal Pas 2008 (16 euros)

Un vin dans lequel domine le mourvèdre (avec du syrah) et qui a subit une vinification intégrale. Excellent.

Domaine de Tholomies 2011

Ce domaine a été acquis par Grands Chais de France, le plus grand producteur de vin dans ce pays et qui amorce un virage remarqué vers des produits haute de gamme en complément à ses activité de base. Dans la Languedoc, cette société a aussi rachetée Les Belles Eaux (ex-Axa millésime) et l’ancien domaine de Chantal Comte, la Tuilerie. Vin très juteux autour d’une superbe qualité de fruit. C’est peut-être encore un peu massif mais sa longueur et son équilibre indiquent un beau potentiel. Le millésime 2011 sort souvent très bien dans les dégustations que j’ai pu faire dans cette région, bien que je n’aime pas trop généraliser sur les millésimes.

Château de Cesseras 2012 (environ 15 euros)

Faisant partie de la sélection « Collection 2016 » qui a été faite par un jury de sommeliers et de journalistes, ce vin a un nez splendide, aussi élégant que complexe. Son caractère m’a semble presque bourguignon, entre autres par sa finale en dentelle. Cela semble aussi une bonne affaire.

Domaine La Syranière 2013 (23 euros)

Peut-être un peu marqué par son élevage encore mais une belle réussite dans une année qui semble avoir été difficile. Dans la gamme « vin de garde », avec beaucoup de matière et une belle précision. Je l’ai gouté deux fois, dont une à l’aveugle avec la série « Collection 2016 ».

Borie de Maurel, La Féline 2014 (environ 15 euros)

La touche laissée par la macération carbonique m’a un peu gêné au nez, mais la suite est charnue, riche et long en bouche.

 

Conclusion

Une bien belle appellation, aussi bien sur le plan physique (topographie, paysages et lieux) que pour la qualité de ses meilleurs vins. Nul besoin de payer 200 euros, ni même 50, pour se faire très plaisir avec un Minervois-La Lavinière. Une trentaine euros suffiront pour acheter les meilleurs cuvées et on peut aussi trouver de belles choses autour de 15 euros, du moins en France.

Une de mes bonnes surprises a été la très bonne tenue dans le temps de certains vins. Peut-être que la part relativement forte du syrah y est pour quelque chose ?

Je suis personnellement rétif aux arômes gazeuses induits par une macération carbonique mal maitrisée et je trouve que cette technique fait se ressembler les vins les uns aux autres, tout en durcissant les tannins. Mais peu de vins dégustés souffraient de cela et plusieurs domaines n’ont pas, ou de moins en moins, recours à cette technique.

C’est aussi une région ou les fortes personnalités sont bien présents, ce qui rend les visites souvent passionnantes.

David Cobbold

(texte et photos)


13 Commentaires

Mouchão: Portugal’s Tondonia

IMG_0104
Scenes from the winery 

IMG_0113

Last Thursday we headed out from Lisbon to the Alentejo for a day visit to the fabled Mouchão estate. Normally the Alentejo in summer is hot and dry. Instead on Thursday we were met with heavy rain lit up by impressive flashes of lightning. We were shown round by David Marques Ferreira, who has been estate manager for the past three years. CRM and I had met David at last December’s Adegga Wine Market in Lisbon.

David FerreiraDavid Marques Ferreira

Established in the 19th century Mouchão is the oldest estate in the Alentejo – the other side of the River Tejo. The 1000 hectare estate is owned by the Reynolds family, who in the 19th century, were the leading producers of cork. At the end of the 19th century they decided to diversify  into wine and in 1890 planted their vines – they have 38 hectares with no intention to increase the area under vine. They chose to major on Alicante Bouschet, a teinturier  variety, which remains Mouchão’s signature grape variety. David Ferreira –Alicante Bouschet is « our body and soul ». The winery was built in 1901.

IMG_0107

Mouchao

« Alicante Bouschet gives us more than just colour, » David Ferreira explained. « We get big tannins and freshness. Our vines are at 200 metres altitude, which is high for the Alentejo. Some of our vines are at 300 to 400 metres, so we get freshness and acidity. This helps our wines to age well – the 1954 is still good ».

« Although we have a variable geology, sand and clay is the basis, so we retain moisture during the hot summers, » Ferreira continued. « The estate is between two rivers – hence the name Mouchão. We are very much in the middle of nowhere ».

« We work very traditionally here – limiting production, hand picking, no destemming, wholebunch  fermentation, foot treading in lagars and a manual press etc.We mainly use old vats of 5000 litres and prefer French oak with malo in barrel but also use some Brazilian wood. « 

IMG_0122
A barrel from the time when the estate was confiscated
and run by the local cooperative 

The estate remains in the Reynolds family, which is now into the seventh generation. However, there was a ten-year interruption of ownership following the 1974 Revolution. The estate was confiscated and the wines were made by the local cooperative and sold under the co-op’s name. It was returned to family ownership in 1985.

« The vineyards were in a poor state, » explained Ferreira. « Nothing had been planted and existing vines had not been maintained. We nearly lost our Alicante Bouschet! »

logo

IMG_1694

We tasted five wines:

2015 Dom Rafael Branco – blend of Antão Vaz and Arinto 7.69€
Still very youthful and tight in the finish but with attractive pineapple and grapefruit notes. Good value.

2013 Dom Rafael Tinto – blend of Alicante Bouschet, Trincadeira and Aragonez 8.99€
This spends one year in a mix of large vats and small barrels and then a further year in bottle. As Mouchão’s entry level red, I think this elegant wine is stunning value! It has lovely velvety texture, herbal and spicy notes, structure and acidity. Really a steal at 8.99€ and will clearly age well over the next few years.

Dom Rafael Tinto-2010

2012 Ponte de Canas – Alicante Bouschet (40%), Touriga Nacional,Touriga Franca, Syrah 16€
Unlike the other Mouchão wines this has a small percentage of Syrah that gives this wine additional freshness and edge. The 2012 already has attractive texture and powerful fruit but ideally it needs several more years in bottle to show its best.

Over lunch we had an interesting discussion with David over Ponte de Canas  as he indicated that the current name used on the label may not make it sufficiently clear that Ponte de Canas was actually a wine from Mouchã0.

We suggested that Mouchão ought to be part of the Ponte Canas name and suggested Ponte Canas de Mouchão or Ponte de Mouchão citing that. for instance, Château Latour uses Les Forts de Latour. Clearly the name is under discussion, so we may see a change in the future.

2011 Mouchã0 – 85% Alicante Bouschet, 15% Trincadeira 35€
We were privileged to be the first to taste the 2011 grand vin, which will be released soon.  Naturally this deep coloured wine is still very young and tight in the finish but it has a lovely warm spicy aromas and an opulent texture.

2011 Vinho Licoroso – 100% Alicante Bouschet 19€
This is Mouchão’s version of Port – made in the same way using grape spirit distilled at the winery to stop the fermentation and fortify the wine. Very concentrated with long rich cherry and prune fruit.

IMG_0112
The still 

•••

IMG_1701
A Taberna do Paulo
Rua 1 de Maio, 28 | Santo Antonio de Alcorrego

IMG_1702

IMG_1703

After the tasting we all drove to nearby Santo Antonio de Alcorrego to the brightly decorated A Taberna do Paulo where we had a very enjoyable lunch featuring three different types of migas – plain, with tomato, and with coriander – accompanied by small lamb chops.

Our visit to Mouchão reminded me of Tondonia in Haro (Rioja). It has the same sense of calm and great respect for tradition.

Ferreira summed up – « We say Mouchão is Mouchão! »

 

IMG_1752

 

 

Jim Budd

 


25 Commentaires

Boutenac en Corbières

L’appellation Corbières-Boutenac date maintenant d’une dizaine d’années. Les dossiers de presse et autres documents parlent du «Cru Boutenac». Je ne vois pas bien comment on peut attribuer le mot «cru» à toute une appellation, car ce terme est généralement réservé à une parcelle, voire à un domaine. Comme 26 producteurs (dont 3 caves coopératives) revendiquent cette appellation pour au moins une partie de leur production, on ne peut pas dire qu’il  partagent tous la même parcelle! Mais passons…

corbieres10

Quelques généralités

La partie du vignoble ayant droit à cette appellation spécifique occupe une aire approximativement centrale dans la partie septentrionale de la plus vaste zone de l’appellation Corbières, la plus grande du Languedoc. Cela si situe donc entre Narbonne et Carcassonne, et juste au sud de Lezignan-Corbières. Dans l’aire en question, seules des parcelles spécifiques peuvent revendiquer la désignation Boutenac et elles ont été agréées par des géologues (c’est une manie en France !).  2.668 hectares ont ainsi été classés comme pouvant produire du Corbières-Boutenac, mais seulement 184 hectares en produisent pour le moment, et la récolte 2015 a donné 6.600 hectolitres. On peut dire qu’il s’agit d’une toute petite appellation en devenir et qui correspond à une volonté plus large de hiérarchiser l’offre dans cette énorme région du Languedoc.

IMG_7629La Montagne d’Alaric

Le Corbières-Boutenac ne peut être que rouge. De plus, les cépages autorisés (Carignan, Grenache, Mourvèdre et Syrah) doivent respecter certaines contraintes sur le plan de leurs proportions: au moins 70% pour l’ensemble des trois premiers, et entre 30% et 50% de Carignan. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Je n’entrerai pas plus sur les détails du cahier des charges, qui impose aussi, et c’est une bonne chose, un élevage d’au moins 15 mois après la récolte.

photo syndicat Cru Boutenac

La région est très belle, parfois spectaculaire. La vigne s’incruste dans des paysages souvent sauvages avec des excroissances rocheuses, des collines et des montagnes, des forêts et des maquis, et des petites rivières turbulentes qui serpentent dans les vallées entre des villages aux ruelles étroites. En tout cas le parti-pris des responsables de cette appellation, qui est présidé par Pierre Bories (Château Ollieux Romanis), de limiter la zone géographique et aussi de restreindre l’accès à des producteurs bien motivés par la possibilité de monter en gamme par rapport à l’appellation Corbières se trouve bien justifié par la qualité moyenne des vins que j’ai pu déguster.

Les vins dégustés

Ma dégustation d’une trentaine de vins de différents millésimes à précédée quelques visites dont je vous parlerai après car mon voyage s’inscrivait dans le cadre d’une opération qui s’intitule Camins de Boutenac et qui donne la possibilité à des randonneurs de découvrir une partie de l’appellation à pied, en faisant des haltes dans les domaines.

IMG_7610Mes vins préférés du dernier millésime, 2014

Maintenant, voici les vins dégustés : il y avait un de 2007, un de 2010, six de 2011, six de 2012, six de 2013 et douze de 2014. Je vais noter uniquement mes vins préférés de chaque série. Les prix indiqués sont soit le prix départ ttc fourni par le producteur, soit le prix le moins cher trouvé sur Wine Searcher.

Je passe sur les deux plus anciens, qui ne m’ont pas épatés. Les vins notés par la suite paraissent dans l’ordre de leur service, qui était aléatoire hormis la séparation des millésimes.

Château Saint Estève, Ganymède 2011 (prix 15,5 euros ttc)

Nez riche et chaleureux, sans excès. Plein en bouche avec des notes boisées qui entourent un bon fruit. Une bonne intensité pour ce vin harmonieux et long.

Château Aiguilloux, cuvée Anne-Georges 2011 (prix 15 euros ttc)

Il réussit la prouesse de conserver les qualités de fruit d’un vin bien plus jeune, donnant un caractère vibrant aussi bien au nez qu’en bouche. Les tannins restent fermes et l’ensemble est très dynamique.

Domaine La Bouysse, l’Indécent 2012 (prix 30 euros ttc)

Fait d’un tiers chacun de Mourvèdre, de Grenache et de Carignan, raisins triés sur table puis vinifiés en barriques ouverts avec pigeage quotidien pendant un mois, on comprends que la quantité de travail impliqué à provoqué le nom de cette cuvée. Le nez est vif et rappelle le sous-bois ainsi qu’un fruité éclatant et très juteux. C’est très gourmand, frais et bien équilibré, mais il porte bien l’accent rocailleux de pays (et du paysage). Son acidité naturelle lui donne un air juvénile. Je l’ai re-dégusté lors d’une soirée et le situe parmi les meilleurs de l’appellation. Il roule sur le palais comme l’orage autour des montagnes.

Domaine La Bouysse, Mazerac 2012 (prix 15 euros ttc)

Il y avait d’autres vins intercalés entre ces deux cuvées de la même propriété, donc cette suite est le fruit du hasard et de mon appréciation des deux vins en question. La robe est intense et très jeune. On y sent de l’ambition, mais l’élevage en futs qui a duré 12 mois lui a donné de la patine sans étouffer la très belle qualité de fruit. Fin et alerte, avec une belle longueur. Bravo à ce domaine qui a su produire deux excellents vins dont celui-ci, à moitié prix de l’autre, donne plus que la moitié du plaisir.

Château Aiguilloux, cuvée Anne-Georges 2012 (prix 15 euros ttc)

Belle régularité pour cette cuvée qui sort dans deux millésimes. Bien fruité, c’est un vin assez complet et juteux dont les tannins sont encore fermes. A attendre encore un an ou deux de préférence.

Ollieux Romanis, Alta Sia 2013 (prix 19 euros ttc)

Le Carignan atteint 45% de l’assemblage dans ce vin dont le fruité est succulent et mur, avec un fort accent de garrigue. Un vin de mi-corps, dont les tannins soutiennent l’ensemble sans le dominer. Vivant et très agréable.

Château de Caraguilhes, Echappée Belle 2014 (prix 24 euros)

Ici le Carignan atteint les 80% de l’assemblage, le reste étant du Mourvèdre. J’ai peut-être mal compris les règles (sévères) de l’appellation, mais c’est marqué sur la fiche ! Que de la cuve et de la bouteille pour l’élevage. Je passe sur la trace laissée par la macération carbonique (que je n’aime pas car il fait se ressembler tous les vins qui l’utilisent à outrance), pour me délecter du délicieux fruité de ce vin fringant et juteux, parfaitement équilibré.

Château de Villamajou, Grand Vin 2014 (prix 18 euros ttc)

Les bords de ce vin montrent un peu d’évolution, probablement due à son mode d’élevage qui a eu l’avantage de lui donner une très belle texture suave. Beau nez qui laisse parler des fruits noirs avec une bonne impression de fraîcheur. Vin ample, charnu et assez chaleureux autour d’une expression de fruits bien murs. Belle longueur.

Château Maylandie, Villa Ferrae 2014 (prix 12 euros ttc)

Le nez est intense et gourmand, même si l’effet de la macération carbonique me gêne un peu. La belle qualité de son fruit est son principal atout. Il n’a peut-être pas la complexité des meilleurs mais c’est un vin vibrant et alerte et son style direct et pur le rend très recommandable à boire dès maintenant. En plus son prix est dès plus accessibles.

Château Ollieux Romanis, Cuvée Or 2014 (Prix 21,50 ttc)

La robe est très dense mais le nez apparaît claire et net, avec une très belle expression de fruit. L’élevage reste encore présent, mais d’une manière raisonnable. Le palais évite tout surcharge aussi, avec une bonne intensité des saveurs fruités qui sont précises et parfaitement intégrées dans le corps du vin. Un vin maitrisé et élégant, de demie-garde.

Gérard Bertrand, La Forge 2014 (prix 50 euros ttc)

Le prix de cette cuvée remarquable n’est pas très raisonnable mais l’ambition y est affichée. J’ai pu, par le passé, constater qu’il peut très bien vieillir ayant dégusté il y a deux ans un remarquable 2001 de ma cave. Robe dense (on s’y attendrait !). Beaucoup de volume au nez et les signes d’un élevage bien maîtrisé qui laisse la clarté du fruit s’exprimer. Ce vin est gourmand, stylé, précis et harmonieux, avec un joli retour d’acidité en finale.

IMG_7613Robinet de cuve au Château La Voulte Gasparets

Château La Voulte Gasparets, Cuvée Romain Pauc 2014 (prix 20 euros ttc)

La robe a une intensité moyenne, mais c’est autre chose au nez qui est à la fois fin et assez puissant. Belle densité au palais avec un fruité gourmand bien présent. Je ne suis pas certain que les tannins sont à parfaite maturité mais ils ont bien été assagis par l’élevage. Vin assez complet, complexe et long.

Conclusion de la dégustation

12 vins sélectionnés (ceux ayant obtenu des scores entre 14,5 et 16/20) sur 32 échantillons représente un niveau très honorable. Dans l’ensemble les vins avaient un style assez homogène et un bon niveau moyen. On peut dire que le pari est en train d’être gagné par les fondateurs de cette jeune appellation. En particulier j’ai noté un meilleur équilibre que dans le passé pour les vins élevés sous bois, avec un dosage bien plus fin de l’apport de la barrique ou autre contenant.

IMG_7620Château de Luc, propriété de la famille Fabre, magnifique dans son jus 

Les visites

Visiter les sites viticoles peut être très intéressant et agréable, rencontrer les vignerons est généralement riche d’enseignements, mais visiter un nième chai à barrique, ou, pire, chaîne d’embouteillage n’est pas ma tasse de thé. Le programme était heureusement allégé ce côté-là. Nous avons visité le Château La Voulte Gasparets, au moment où des randonneurs sont arrivés pour une pause dégustation, puis, plus longuement, le Château de Luc, qui est une des propriétés de la famille Fabre et où écouter Louis Fabre parler d’histoire, de géographie, de vin ou de toute autre chose est absolument passionnant. J’y serais resté une journée entière et le lieu est magnifique.

IMG_7621Louis Fabre dans ses oeuvres

IMG_7638Une des nombreuses créations du vinaigrier Cyril Codina, à Lagrasse

Pour varier les plaisirs, nous avons aussi visité un musée étonnant dans la très belle petite ville de Lagrasse qui se situe juste en dehors de la zone de Boutenac. Ce musée un peu kitsch rassemble moult objets divers ayant trait au passé de la région et propose des projections « poly-sensorielles » qui évoquent des aspects du passé, comme le tram vapeur qui reliait Lézignan aux villages d’amont. Tout cela a été rassemblé et réalisé par un bonhomme remarquable, Cyril Codina, qui est aussi un vinaigrier hors pair. Je n’ai jamais vu autant de vinaigres différents, dont une bonne partie proviennent de ses 5,5 hectares de vignes.

IMG_7635

La fin du parcours a rendu honneur à un aspect essentiel du passé et de la structure sociale de cette région : les caves coopératives. La Cave des Demoiselles, à Saint Laurent-de-la-Caberisse fut officiellement fondée en 1914 mais ses débuts et le chantier de construction datent de l’année avant. Entre temps, la guerre avait déjà fait son sale ouvrage et le manque d’hommes valides a fait que ce sont les femmes qui ont terminé le chantier et lancé l’activité de la cave, d’où son nom.

Je retournerai avec plaisir dans cette belle région, et très certainement à deux roues car les routes sinueuses y sont très attrayantes et ma petite Ducati devrait bien s’y plaire, hormis les bosses assez nombreuses.

David (qui sera bientôt français, j’espère)

 

 

 

 

 

 

 

 


15 Commentaires

Grands terroirs et grands vignerons

Le week-end dernier se tenait à l’Abadía Retuerta, au bord du Douro espagnol, un formidable colloque autour des grands terroirs, qui réunissait un exceptionnel aréopage de femmes et d’hommes du vin, qu’ils viennent de Toscane, du Piémont, de Bordeaux, de Bourgogne, du Rhône, de Champagne, de Castille, de Rioja ou de Porto, dont bon nombre sont membres de l’Académie internationale du Vin.
Et puis, il y avait votre serviteur, invité à l’initiative de ma consoeur de blog, Marie-Louise Banyols (un grand merci, Marie-Louise!).

Abadia2L’abbaye vue de ses vignes (Photo (c) H. Lalau 2016)

L’élément humain

Les échanges n’ont peut-être pas pu permettre d’aboutir à une définition du mot – tellement galvaudé – de terroir, mais ils ont été été l’occasion de belles réflexions; notamment sur l’importance de l’élément humain dans la réussite d’un grand site viticole. Il faut dire que le cadre somptueux de cette abbaye du 12ème siècle, aujourd’hui transformée en hôtel de grande classe, au milieu d’un écrin de vigne défiant l’aridité environnante, comme une oasis de culture, était propice à la fermentation des idées.

Rarement il m’aura été donné d’écouter autant de gens de qualité, dont la préoccupation ne soit pas de se faire valoir, mais de transmettre leur expérience, d’échanger dans le respect de l’autre.

Impossible de résumer trois sessions aussi touffues, aussi riches; résumer, c’est choisir, et c’est donc ignorer le reste; je me bornerai donc à citer quelques phrases, qui, comme autant d’arômes jaillissant de beaux vins, ont éclairé les débats – débats menés par Pascal Delbeck. Pascal a été une des chevilles ouvrières du projet de la renaissance viticole de l’abbaye, qui fête ses 25 ans, et qui fournit d’emblée un bel exemple des thématiques abordées: qu’est-ce qu’un grand terroir, comment le révèle-t-on, comment assure-t-on sa transmission, comment peut-on le défendre?

Voilà, en substance, ce qu’on a pu entendre… L’auteur de chaque citation est indiqué sauf quand il ne m’a pas été possible de l’identifier – dans ce cas, il voudra bien m’excuser et éventuellement, en revendiquer la paternité…

« Le grand vin, comme la grande musique c’est la juste interprétation de la partition, de ce que vous donne la nature, par le vigneron. Ni trop technique, ni trop libre, la juste mise en valeur de la partition, du génie d’un lieu. Le terroir, c’est bien plus qu’un territoire délimité au sens administratif. C’est un sujet aussi philosophique que technique. Il y a une approche mystique du terroir » (Pascal Delbeck).

Le terroir, c’est l’avenir de la mondialisation. Le monde devient un village, il faut en préserver la vraie richesse, sa diversité, culturale et culturelle. » 

« Comme la minéralité, le terroir est un de ces termes vagues, un de ces fourre-tout, qui ont à peu près autant de sens que de gens pour les employer. »

Abadia1Les vignes vues de l’abbaye (Photo (c) H. Lalau 2016)

« Le terroir et la tradition ne se confondent pas; toute parcelle est un terroir potentiel, pour autant que l’homme le révèle, le mette en valeur » (Juan José Abo de Juan).

« L’homme peut aussi détruire le terroir. Beaucoup des terroirs cités au cours des siècles depuis l’époque romaine ont disparu. »

« Il est difficile de comparer le terroir d’aujourd’hui et ceux d’hier. Les consommateurs ont changé, les cépages et les technologies aussi. Les terroirs varient avec les changements dans leur mise en valeur. Parler d’usages loyaux et constants, comme on le fait dans des cahiers des charges d’appellations, c’est une rigolade ».

« Un grand terroir, ce n’est pas un type de formation géologique plutôt qu’un autre; on en trouve aussi bien dans les argiles, les calcaires que dans les schistes ou les grès. Le facteur hydrique, l’exposition et le facteur humain sont sans doute les plus importants. La vigne aime la colline, disait Virgile. »

« Le réchauffement change le terroir. Il faudra sans doute modifier l’encépagement. Cela s’est déjà fait; ainsi, à Bordeaux, le Merlot était virtuellement inconnu avant le 18ème siècle » (Jean-Claude Berrouet).

« L’oenologie n’est pas à opposer au terroir; c’est une science pratique qui en évitant des défauts, des déviances, notamment par l’hygiène, permet de mieux exprimer les qualités du terroir. C’est une aide à la décision, en termes de dates de vendange, de méthodes de vinification. Il faut cependant éviter les dérives, comme celle de l’aromatisation via les levures, de la coloration, du tout technologique » (Jean-Noël Boidron).

« Le vigneron fait sa cuisine des terroirs » (Gérard Chave).

IMG_9524Les grands vins ne sont pas l’apanage des seuls appellations, comme nous l’a prouvé ce Vino de la Tierra, étonnant de complexité.

S’adapter au présent

« Pour faire vivre le terroir, il faut l’adapter au présent. C’est un équilibre à trouver entre le respect des générations passées et l’évolution, l’expérimentation. L’ancienne génération doit accompagner la transmission, mais ne pas tout prendre en charge, il faut laisser un espace de création aux enfants, puis laisser la place, sans s’accrocher » (Jean-Pierre Perrin).

« Le terroir fait vendre. Mais la réussite commerciale tient à l’incarnation d’un terroir par un homme, de la passion qui l’anime, de la manière qu’il en parle ».

« Il ne faut pas forcément expliquer la magie; le mystère intéresse le consommateur et l’incite à découvrir ».

« Il ne faut pas oublier les vertus de l’assemblage: en 1945, le maître de chai de Mouton-Rothschild élabore deux cuvées; la première est issue d’un lot particulièrement impressionnant; la deuxième est issue du reste des cuves assemblées. Aujourd’hui, c’est l’assemblage qui est le meilleur ».

« Vins de cépages et de vins marque donnent une réponse claire à une question simple. Les vins des grands terroirs visent un autre type de consommation, il sont complexes par nature. Comme il faut des vins d’initiation, il faut des vins plus complexes. Or le palais se forme, et le goût de la complexité se développe peu à peu; ce qui correspond aussi à une progression des moyens financiers » (Dominique Renard).

«Le terroir vitivinicole est un concept qui se réfère à un espace sur lequel se développe un savoir collectif des interactions entre un milieu physique et biologique identifiable et les pratiques vitivinicoles appliquées, qui confèrent des caractéristiques distinctives aux produits originaires de cet espace» (Définition de l’OIV).

« L’homme est l’esprit du terroir ».

« Mes leçons de vinification je les cherche dans les musées ».

« Le vin qui parle le plus fort n’est pas forcément le plus intéressant. Je cherche plutôt des vins d’une profonde légèreté. »

« Le vin c’est la fête des sens. Le sens de la fête, c’est le partage » (Le regretté Jean Meyer).

IMG_9534Un grand terroir, un grand vigneron: le Hengst 2005 du regretté Jean Meyer 

« Les propriétaires-exploitants créent un lien avec un grand terroir exceptionnel. Si la transmission d’une génération à l’autre devient impossible à cause des contraintes fiscales, ce type d’exploitation disparaîtra. Il y a des solutions juridiques, mais les vignerons ne sont pas toujours bien informés » (Etienne de Montille).

« A Bordeaux, la dimension de certains domaines et leur valeur est telle que fait miroiter argent dans les familles; mais quand des investisseurs reprennent les grands domaines, la plupart du temps, ils mettent en place gérants issus des familles vigneronnes » (Bruno Prats).

« Même à Bordeaux, il y a une très grande variabilité. Bordeaux, ce sont quelque 7000 crus, mais seulement 200 dont on parle. La plupart restent familiaux. Et même dans certaines appellations célèbres, comme à Pomerol, on a une propriété de type bourguignon. » (Jean Pierre Berrouet)
« Sur 15ha, je produis 13 rouges différents. Je vinifie tout de la même façon, et je n’emploie qu’un type de fûts. Alors oui, je peux dire que chez moi, c’est d’abord la terre qui s’exprime au travers de mon travail » (Olivier Guyot).

« La transmission, ce n’est pas simple. Il faut s’inscrire dans le long terme; la génération en place doit faire comprendre aux héritiers l’importance d’être dans un lieu où la famille imprègne la terre. C’est  moins une affaire de compréhension du terroir que de valeurs. Certaines familles portent ces valeurs au fil des générations, d’autres pas. »

« Je fais les fais les vins qui me plaisent, pas ceux qui doivent flatter ou plaire. »

« Je ne travaille pas pour laisser une fortune, le plus important, c’est de créer et de le partager ».

« D’abord, on s’imprègne, on absorbe le savoir, puis on corrige, on adapte et on crée. »

« Il faut d’abord savoir faire soi-même pour demander aux autres de le faire ».

« La transmission, ce n’est pas le respect aveugle du passé. Mon père avait fait des erreurs, notamment en matière de traitements, je dois encore les corriger aujourd’hui. Il faut aussi être ouvert sur le reste du monde; le vin, c’est un échange de cultures. Moi, je me suis beaucoup inspiré de la Bourgogne, par exemple. La tradition c’est une innovation qui a réussi » (Elio Altare).

IMG_9530De gauche à droite, Carlos Falco, Elio Altare, Bruno Prats et Peter Symington

Comment l’homme transcende le terroir?

« Viser l’excellence est la seule façon de survivre dans la concurrence mondiale. C’est l’objectif des domaines qui produisent du vin de Pago, qu’ils soient en appellation ou hors appellation. Oui, on peut créer de nouveaux grands terroirs. Ou plutôt, les révéler. Au Dominio de Valdepusa, avant, nous n’avions que des oliviers. Et la seule DO que nous ayons aujourd’hui, c’est Montes de Toledo, pour notre huile d’olive » (Carlos Falco, Marques de Griñon).

« La marque du grand vin est sa capacité à vieillir en gagnant en complexité et dépasse le variétal. Un terroir comme celui de Constantia, en Afrique du Sud – sans doute le plus vieux terroir du Nouveau Monde, démontre l’intuition des anciens, qui les a porté vers les meilleurs endroits ».

« La préservation des terroirs est un combat. Ainsi, près d’Alicante, les vieilles vignes de Monastrell sont en train d’être arrachées. Nous nous efforçons de les préserver; non seulement contre les cépages internationaux, mais aussi contre des plantations de jeunes Monastrells qui n’ont plus grand chose à voir » (Bruno Prats).

« Les terrasses du Douro sont la preuve vivante de l’influence de l’homme sur le terroir – sans elles, pas de vignoble. Et ce terroir n’est pas immuable; naguère, le vignoble était totalement complanté, alors qu’aujourd’hui, bon nombre de parcelles ont été remembrées pour accueillir chacune un cépage identifié. L’homme a donc encore modifié radicalement le terroir. » (Peter Symington).

IMG_9540De gauche à droite, Juan José Abo, Angel Anocibar, Pascal Delbeck et Juan Carlos Lopez de Lacalle

« Il est dommage qu’aujourd’hui, si peu de grands chefs sachent mettre en valeur les grands vins dans leur cuisine. La haute gastronomie devrait être le temple de somptueux accords, mais souvent, le chef pense d’abord à se mettre en avant, et non à l’expérience globale du repas. » (Franco Martinetti).

« Ces 40 dernières années, en Toscane, on a assisté à un changement de culture et de structure sociale, les fils et filles des métayers ont quitté la région pour les attraits de la ville; la fin du système ancien explique que bon nombre de DOC sont dépassées. Voire contreproductives, quand elles permettent de détruire des terrasses pour planter des vignes de plus haut rendement, par exemple » (Paolo di Marchi).

« Un terroir comme le Macharnudo, au Nord de Jerez, était déjà reconnu aux temps des Romains comme un cru exceptionnel, c’est sans doute un des plus anciens d’Europe ». Exposition, climatologie, sol et sous sol, il a tout. A Jerez comme ailleurs beaucoup ont choisi le chemin de la productivité. Il faut redescendre ce chemin  pour revenir à l’identité, aux cuvées de terroir » (Eduardo Valdespino).

« L’excellence est une manière de vivre. La prospérité et le bonheur, le choix de faire les choses bien; l’excellence, ce n’est pas le luxe. Notre vocation, c’est de produire du vin, pas du papier pour l’administration. La solution n’est pas de produire plus à des prix ridicules. »

« L’importance d’une appellation comme Rioja occulte la réalité plus précise des lieux. On promeut le nom plutôt que le bon. C’est le sacre de la médiocrité. Je ne renie pas l’origine, je renie la manipulation, l’usurpation de l’origine  » (Juan Carlos Lopez de Lacalle).

« En 40 ans, La Ribera est passée de 8000 à 24000 ha, de la sélection massale à une foule de clones de Tempranillo importés dont beaucoup conçus pour le rendement » (Angel Anocibar Beloqui).

« Le terroir parle de lui même mais il parle aussi de nous » (Steven Spurrier).

« Au moment où le vigneron retrouve ses racines de terroir, une logique industrielle risque de l’écraser. En Castille, par exemple, la nouvelle administration régionale veut fusionner les coopératives pour n’en garder que 5, qui feront du vrac, y compris avec l’aval des dénominations. Plus généralement, en Espagne, les pouvoirs publics, aujourd’hui, privilégient le volume, alors que le succès, dans la concurrence mondiale, se jouera sur l’identité des vins » (Victor de La Serna).

A toutes ces phrases, j’en ajouterai deux, si vous le voulez bien. La première, de Claudel, s’adresse au poète qui sommeille au fond de chaque buveur:

« Le vin est le fils du soleil et de la terre, mais il a eu le travail comme accoucheur »:

La seconde est de moi, et s’adresse au buveur qui sommeille au fond de chaque poète:

« Le goût du grand terroir, c’est un goût de trop peu ».

Hervé LalauIMG_9515

 


2 Commentaires

Alsace, dansons sous la pluie à Ribeauvillé

Le climat n’est vraiment pas au beau en cette fin de printemps. L’Alsace nous avait habitué à un peu plus de soleil, mais comme bien d’autres régions, elle ne se rappelle que vaguement des moments ensoleillés qui voient couler à flots Riesling et Sylvaner.

 Millésime Alsace 2016 (12)

La veille du salon Millésime Alsace 2016 (dont je parlerai ultérieurement), la soirée Les Divines d’Alsace s’était vue épargnée par les intempéries. On ne s’est pas privé de la terrasse pour déguster les agapes qui se mariaient agréablement aux vins comme il y a deux ans.

 

À Ribeauvillé

Millésime Alsace 2016 (31)

Le lendemain du salon, sur les hauteurs de Ribeauvillé, attendait une dégustation illustrant les 3 grands crus qui surplombent la cité. On l’a faite avant de s’enfuir tellement l’eau ruisselait. J’ai trouvé cela amusant, frais mais divertissant, et j’ai été l’un des rares à voter le maintien du déjeuner in situ.

Millésime Alsace 2016 (34)

Le bruit de la pluie qui tombe dru sur la toile et s’insinue en petits rus jusqu’à nos pieds, voilà des conditions hors normes qui nous changent des habituels confinements confortables. Cela n’enlève rien à nos capacités et c’est avec grand plaisir que chacun a découvert ou redécouvert les vins du Kirchberg, du Geisberg et de l’Osterberg tout au long d’une petite verticale.

Alsace millésime 2016 162

L’Agapé 2014 Riesling Grand Cru Osterberg de Vincent Sipp

Jaune intense, il a le nez en écorce d’orange, se parfume ensuite de camomille, s’accroche un grain de poivre noir comme une mouche au coin des lèvres. Bouche sympa, joyeuse, on nous avait prévenu que l’Osterberg, le plus à l’est des crus,  se révélait le plus souvent austère, droit, protestant pour certains. Ici, pas du tout, peut-être encore l’ouverture de la jeunesse… la fraîcheur des agrumes et des fruits blancs, l’amertume délicate d’un zeste, l’épicé du poivre. Se refermera-t-il?

www.alsace-agape.fr

Alsace millésime 2016 163

Kirchberg de Ribeauvillé 2013 Riesling Grand Cru de Bott Frères

Doré léger vert, il respire le citron à plein nez, le kumquat, la mandarine, la bergamote, un festival d’agrumes rafraîchi de menthe, épicé de cumin. La bouche croque de fruits blancs et jaunes, leur jus macule l’assise minérale qui rappelle par sa texture le grain du calcaire. Un vin assez large qui correspond bien à ce cru solaire exposé sud-sud-est.

www.bott-freres.fr

Alsace millésime 2016 157

Riesling Grand Cru Geisberg 2012 d’André Kientzler

Vert doré, le nez hume le citron vert et la vanille, la mandarine et la pomme, mais aussi se perçoivent le champignon et l’humus. La bouche semble fermée et ne répond pas aux appels du nez. Il n’y a que sur la longueur qu’on peut augurer d’un coming out prochain.

www.vinskientzler.com

Alsace millésime 2016 168

Riesling Grand Cru Osterberg 2011 de Mittnacht Frères

Robe vert pâle, le nez en forme de roses fanées et puis en bouche toujours pas d’austérité, mais du gras et de la rondeur, et puis un agréable goût de fruits secs épicés de curcuma et mouillé de jus de mangue. Longueur vanillée et impression de calcaire mouillé.

http://mittnachtfreres.fr

 

Suit, un trio de 2009…

Millésime Alsace 2016 (35)

Riesling Grand Cru Osterberg 2009 du Domaine Louis Sipp

Vert jaune, légèrement fluo, la robe illumine le verre. Nez élégant d’anis et de camomille, de bergamote et de curcuma. Bouche vive, à la fois droite et croquante, avec une sensation minérale en relief. Un millésime solaire qui pourtant ici est empreint d’une certaine austérité. Il doit encore se faire, certes équilibré, il manque encore d’harmonie et manque aussi d’un poil de maturité. La longueur acidulée révèle la verveine et un fin trait de réglisse. Le sol calcaire à dolomie de cette parcelle est un atout, la dolomie possède l’avantage de restituer de l’eau lors des périodes de sécheresse comme en 2009.

www.sipp.com

Riesling Grand Cru Geisberg 2009 du Domaine Trimbach

Jaune pâle, il respire les fruits confits, les fleurs jaunes, l’épice. En bouche, son acidité est plutôt tranchante en attaque, puis se calme et offre même un aplat solaire en milieu de bouche. Là gisent quelques  fruits blancs bien mûrs. Petit manque de longueur.

www.trimbach.fr

Riesling Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé du Domaine Henry Fuchs

Robe jaune doré, le nez offre d’emblée des biscuits secs, des fruits tout aussi secs, le floral de la camomille et du foin au regain. La bouche semble tout de go harmonieuse et elle l’est. C’est le plus complet des trois, mais aussi le moins acide, il compense cette carence par un bitter délicieux au goût d’amande amère. L’ensemble offre une fraîcheur remarquable, bien habillée et bien assise.

www.fuchs-henry-et-fils.fr

Alsace millésime 2016 165

Riesling Grand Cru Osterberg 2008 de la Cave de Ribeauvillé

Robe bien jaune, le nez hume la violette et le carambole, la mie de pain à la croûte grillée. Sa bonne fraîcheur en bouche teintée de citron jaune et de jus de poire le rend rapidement agréable.

La Cave a été élue meilleure Cave Coopérative de France par nos confrères de la RVF.

www.vins-ribeauville.com

Alsace millésime 2016 160

Riesling Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé 2005 du Domaine Jean Sipp

Tout doré, il s’entoure de fumée, puis révèle les pâtes de fruits, mirabelle, pomme et coing, ombrées de poivre et d’un rien de quinquina. Bouche qui reste croquante malgré la texture onctueuse au goût de miel de châtaignier. La salinité renforce la fraîcheur, le sous-bois avoue la marque du temps. Finale amère qui fait saliver et donne envie de manger.

www.jean-sipp.com

Alsace millésime 2016 170

 

Sympa cette dégustation dans la tourmente, elle nous a fait oublier un moment le mauvais temps.

kirchberg-ribeauville__largerLe Kirchberg de Ribeauvillé quand il fait beau

 

Ciao

Copie de Alsace millésime 2016 161

Marco


11 Commentaires

Un assortiment – la fête des vins, Born Digital Awards, crappy Lozère aire

Boulevard Napoléon: Fêtes des Vins, La Lavinière, Minervois 

IMG_1568

2011 Grenache Gris, VDP de l’Herault, Boulevard Napoléon 

IMG_4926

The Boulevard Napoléon plaque on the winery’s
street that lends the wine its name  

We have just spent a very enjoyable weekend in the Minervois guests of Fergus Henderson and Trevor Gulliver for their fifth annual Fête des Vins at their winery in La Lavinière. Gulliver and Henderson run St John, the well known London restaurant group, which includes their flagship restaurant – St John in Clerkenwell. They are famous for their robust cooking with an accent on offal and pigs’ extremities.

Gulliver has had a house by the Canal du Midi in Homps for 16 years and he and Fergus started their wine venture in 2011 buying grapes from the local co-operative. Last year they bought some parcels of vines way up in the Minervois hills that can only be reached by rough tracks.

The white Boulevard Napoléon is made from Grenache Gris, while the three reds are single varietal – Carignan, Cinsault and Grenache. These juicy attractive wines are very much ones to enjoy rather than analyse.

IMG_4810

Benji – the winemaker

IMG_4807

Trevor Gulliver

IMG_4861
Fergus Henderson


•••

BD

The 2016 Born Digital Wine Awards, brought to you by Wine in Moderation:

  • focus is on the content the audience experience when they are reading
  • are decided by an international panel of respected judges representing    the diverse world of wine and publishing
  • value great content in 6 different languages
  • believes that quality and responsible content contributes to a shared Culture of Wine

2016 Key Dates

  • Submissions Open: 1st June
  • Submissions Close: 7th July
  • Shortlist Announced: October
  • Winners Announced: November

Categories:

Best Investigative / Journalistic Wine Story

Best Editorial / Opinion Wine Writing

Best Tourism Content with a Focus on Wine

Best Wine Themed Video

Best Wine Photo

Responsibility Prize

A prize for the entry in ANY category that best promotes the Culture of Wine and demonstrates the message of Responsibility & Moderation

More details: http://borndigitalwineawards.com/

•••

A75: Aire de Lozère – worth a detour to avoid

Driving back from the Minervois today we made the grievous mistake of stopping for a quick casse croute at the Aire de Lozère. Although the scenery is lovely the food offer is sadly dreary – a tiny selection of unambitious sandwiches, a sad attempt at a croque monsieur plus a few other bits and pieces that will only appeal in desperation. There is a also a shop called Lozère Authentique – a claim that is somewhat undermined by stocking Mars Bars….

There was a time when UK service station were rightly derided. Fortunately in recent times they have improved with outlets offering food from Marks & Spencer and Waitrose. However, the very best service station I know is in the Lake District in Cumbrian where there is a farm shop offering local meat, cheese and vegetables in addition to a interesting and tasty range of snacks.  

•••

IMG_2179

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 15 992 autres abonnés