Les 5 du Vin

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Quand le gel fait le vin

En cette période de gelées inopinées et destructrices en plein printemps, il faut peut-être rappeler qu’il est des vignobles où le gel fait le vin. Mais certes pas au débourrement, mais aux alentours de décembre, quand le froid s’installe en Alsace. On y fait encore des vins de glace, de façon traditionnelle, c’est-à-dire récolté après quelques jours de froid intense. On peut en faire plus techniquement, en gelant les raisins récoltés, c’est moins risqué, est-ce aussi bon ? Chez les Haag, on se les gèle pour tout vendanger avant l’aube.

07.00 du matin le 19 décembre

 

Sylvaner Vin de Glace 2008 Domaine Jean-Marie Haag

 

Entre l’or et l’ambre, le vin coule comme un miel liquide, embaumant dans l’instant les narines à l’affût. Les notes fruitées et confites fusent sans discontinuer. Poire fondante et pêche savoureuse, se poivrent légèrement avant de s’enluminer de fleurs d’amandier et d’oranger. Quelques tranches de coing viennent ensuite, couchées sur un lit de pâte d’amande. Mais place à la bouche qui s’impatiente. Son velouté délicat caresse les papilles alanguies, presque en pamoison devant tant d’onctuosité au goût frais de sorbet de pomme et de gelée de mirabelle. Les chairs pulpeuses et suaves des mangues et abricots se précipitent avant les épices. Poivre et cumin s’entendent pour dynamiser ce joyau gourmand tendu d’un minéral qui en spirale dessine ses arabesques jusqu’au V lingual.

 La vendange

Elle se fait dès l’aube, à 7 heures du matin par des températures négatives (-10°C), ce vin est issu de raisins gelés. Ces baies sont immédiatement offertes au pressoir ce qui permet de les maintenir gelées. L’eau prisonnière sous forme de paillettes de glace reste dans le pressoir, seule la quintessence du raisin s’écoule comme un filet d’or.

 

Côté technique 

Le vin titre 12,1° pour 120g/L de sucre et une acidité de 5 g (H2SO4). Les Sylvaner poussent dans des calcaires gréseux. Cela leur donne à la fois de l’élégance et de la fraîcheur.

Le prix départ cave de cette rareté est de 90€.

Le domaine se situe à Soultzmatt à 20 Km au sud de Colmar. Il s’étend sur 6 ha répartis en 31 parcelles au pied du Zinnkoepflé. Ce sont aujourd’hui Jean-Marie Haag et son épouse Myriam qui la dirigent.

  c’est plus riant l’été, le Zinnkoepflé

www.domaine-haag.fr

Ciao

 

Marco


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Austria Est Imperare Orbi Uinorum Promotionis

En Autriche, la promotion des vins n’est pas du ressort des interprofessions, ni des appellations, ni d’une agence de l’Etat. C’est une société privée qui l’assume, l’Austrian Wine Marketing Board. Son capital étant réparti entre le privé (Chambre d’Agriculture et Chambre de Commerce) et les 4 Länder autrichiens produisant du vin.

Ce rôle, l’AWMB l’assume plutôt bien, d’ailleurs, à en juger par sa dernière organisation en date, à laquelle j’ai participé la semaine dernière: l’Austrian Wine Summit.
 

Quand les bus arrivent à l’heure

Il faut, de temps à autre, parler des bus qui partent et qui arrivent à l’heure (ceux de l’AWMB partent et arrivent toujours à l’heure); des visites et des dégustations qui apportent quelque chose; des accompagnateurs qui connaissent leur sujet (merci, Michael et Carmen); de la dynamique des vignerons eux-mêmes. Un exemple: à Wagram, j’ai pu entendre des vignerons présenter les vins et les domaines de voisins absents – non seulement avec respect pour le confrère, mais même, avec enthousiasme.
Le dynamique directeur général de l’AWMB, Willi Klinger, clôturant les dégustations de l’Austrian Wine Summit au Park Hotel de Vienne
Mais plutôt que de détailler 5 jours de visites, je préfère vous montrer le carnet de voyage qui nous a été distribué – il y en avait un par voyage, le nôtre concernait les vignobles de Kamptal, de Wagram et de Carnuntum. Il contenait aussi une partie commune avec les autres voyages, celle qui concernait les dégustations du premier jour, à l’Orangerie de Schönbrunn, et du dernier jour, au Park Hotel, avec en point d’orgue, une amicale confrontation entre des vins autrichiens et des vins étrangers du même cépage – confrontation où les locaux n’ont pas fait de la figuration, notamment pour le pinot noir, le chardonnay et le sauvignon…

 

Le sens du détail

Ce carnet à spirales ne comprend  pas moins de 130 pages!
Il commence par une présentation générale des vignobles autrichiens, et des principales variétés cultivées.
Puis l’on entre dans le programme proprement dit, jour après jours, visite après visite, dégustation après dégustation.
Pour chaque appellation, et chaque lieu, une courte présentation permettait de se situer; les sols et les expositions des différents lieux-dits ou crus étaient détaillés.
Pour chacune des dégustations, une fiche avait été préparée, les vins étant listés par ordre de service, avec mention du producteur, du cru, du millésime, des données analytiques (alcool, acidité, sucre) et une fourchette de prix. Un espace étant réservé aux notes.

Un mot clef: valorisation

Imaginez un peu la masse de travail en amont pour réunir toutes ces infos et la coordination nécessaire avec les vignerons et le lieu de dégustation pour que tout soit servi ou présenté dans l’ordre, à bonne température (et dans de bons verres)…
Sans compter que dans certains cas, il s’agissait de millésimes plus anciens, pas toujours faciles à trouver – car c’était un des axes de l’opération: mettre en évidence que les vins d’Autriche, blancs ou rouges, peuvent bien vieillir.
Ce travail, qui simplifie grandement le nôtre, saltimbanques du vin, toujours par Mons et par Vaud, a porté ses fruits: notre groupe de journalistes et critiques internationaux a apprécié une forte proportion des quelque 200 vins servis.
Voici mes préférés:

Sekt

Jurtschistch Brut Nature Grosse Reserve
Schloss Gobelsburg Renner Grüner Veltliner 2015
Bründlmayer Brut 2010,
Loimer Extra Brut

Kamptal

Schenter Früh Roter Veltliner Hiesberg 2016
Gerhard Deim Kamptal DAC Riesling Schönberg 2016
Hirsch Kamptal Grüner Veltliner Renner 2015
Weszeli Kamptal Reserve DAC Grüner Veltliner Käferberg 2013
Bründlmayer Kamptal Reserve Alte Reben Grüner Veltliner 2014

Wagram

Riesling Josef Fritz Roter Veltliner Steinberg 2015
Frisch Pinot Noir 2013 P
Leth Grüner Veltliner Wagram Scheiben 2013
Ott Der Ott Wagram 2009
Schuster Wagram Grüner Veltliner Eisenhut Reserve 2015

Carnuntum

Muhr-van der Niepoort Carnuntum Spitzerberg Blaufränkisch 2011
Lukas Markowitsch Rubin Carnuntum Zweigelt 2015
 Glatzer Carnunutum Klassik Weissburgunder 2016

Wachau

Domäne Wachau, Riesling Smaragd Achtleiten 2013
Franz Hirzberger Wachau Riesling Smaragd Singerriedel  2006

Wien

Wieninger Wien Reserve Pinot Noir Tribute 2011

Burgenland

Gesellmann Blaufränkisch Hochberg 2011
Velich Tiglat Chardonnay 2011

En résumé

Quitte à faire mentir le vieux dicton, pour cette fois: « à bon vin, belle enseigne ». Avec l’AWMB, les vignerons autrichiens mettent toutes les chances de leur côté; au pays du Grüner Veltliner, aucun snobisme, aucune morgue, aucune fierté mal placée; mais le souci de l’efficacité, de la mise en valeur du produit dans son contexte et au-delà. C’est peut-être pour ça qu’alors que le vignoble d’Autriche dépasse à peine les 45.500 ha, on trouve du vin autrichien en Allemagne, en Suisse, mais aussi au Japon, en Chine, au Canada, en Inde…

Hervé Lalau


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2017 Loire – « très compliqué ! » « plus rien »

Gel27.4.2016
Frost destruction: April 2016
For the second successive year the Loire, along with many other vineyards both in France and elsewhere in Europe, has been hit by a series of April frosts. Just as in 2016 it has been a whole series of early morning frosts running over 10 days from 19th April through to 29th April. In some places it was up to five nights of frost in others it was even six.
This pattern of April frosts is strikingly different from before when it tended to be one night of frost as it was with the severe 1991 and the early April frost of 2003. Instead in both 2016 and 2017 Loire producers have faced a succession of frosts often striking different parts of the vineyard on different nights.
Naturally successive frosts are very tiring and dispiriting to fight and the morale of many Loire producers is now low after the last fortnight of April, especially as mild weather in March had brought the vines on early.

This year many Loire producers have fought back against the frost using helicopters, more wind machines than in previous years as well as burning bales of straw. Anything to raise the temperature.

It is still too early to have a full picture of the damage. Nor is the damage evenly spread along the valley. In some places, like Muscadet, the damage is worse than it was last year as it is in Savennières, while overall in Touraine the damage is less than last year. Naturally this is of little comfort to producers who have suffered severe losses with some producers in Muscadet, for example, have lost their entire 2017 crop – ‘plus que rien’ remains.

There are rumours of producers deciding to quit because the succession of difficult years, especially if they have been severely hit by frost two years running. Others able to hang on will have a very complicated year managing how to allocate their greatly reduced stocks and to keep their bankers happy. This is likely to be especially delicate for those producers who have recently made significant investments – in a new winery for example.
François Robin, La fédération des vins de Nantes 
‘The 2017 frosts are more serious than last year with around 40%-50% of our vineyards affected, although we will not have a full picture until the end of this week. Damage is variable depending upon site and how far temperatures fell in particular areas.Unfortunately the heart of the Sèvre-et-Maine – Vallet, Mouzillon, Clisson and La Chapelle-Heulin – are the worst affected. The south of the Sèvre-et-Maine, around Saint-Fiacre, for example, is not as affected nor overall the Coteaux de la Loire and Côtes de Grandlieu.’

BU0A0972
Emmanuel Ogereau

Emmanuel Ogereau (Domaine Ogereau, Saint-Lambert-duLattay, Anjou)
Emmanuel Ogereau (Domaine Ogereau): “Savennières was wiped out on 27th – only 10% of the crop remains and there is also severe damage in other parts of Anjou, especially around Rochefort-sur-Loire and Chaudefonds-sur-Layon. There was another frost in Savennières the following night but that had little effect as the damage had already been done the night before.

In Saint-Lambert we have lost between 30%-40% with our Chenin being particularly badly hit. Parts of the Coteaux d’Aubance have been seriously affected especially vineyards close to the river.”

Tessa Laroche, Domaine aux Moines, Savennières
Tessa Laroche confirmed Emmanuel’s report on Savennières: « We have lost 80% of our crop. »

Marie-Anne Simonneau, Syndicat de Saumur-Champigny
We had five mornings of frost – April: 20th, 21st, 27th, 28th and 29th. Each time different parts of the appellation were hit including parcels usually are not frosted. Happily not all of the appellation has been hit but equally some domaines have suffered serious losses.
Patrick Vadé: Domaine Saint Vincent Saumur-Champigny (commune of Saumur)
« The damage is worse than last year. There were two episodes of frost. The first particularly on the morning of Thursday 20th April and then the following week for three successive early mornings: 27th, 28th and 29th.The frost on the 20th hit the higher parts of the Saumur-Champigny appellation, which usually escapes the frost. For instance I’ve lost around 15% from my lower slopes. The frosts in the second week – 27th, 28th and 29th – hit the lower parts of the appellation that are prone to frost – St Cyr, Chacé etc. Some producers have lost virtually 100%.

Talking to the Cave Robert et Marcel (the Cave Co-operative of St Cyr) they have lost 20% of their 1800 hectares.

The frost of Saturday 29th was a surprise as the forecast was for + 2 but then for a brief period early in the morning the temperature dropped to minus 2 with a white frost. It all happened very quickly. »

Because of the favourable forecast most producers were tucked up in bed so not in a position to attempt to alleviate this final April frost.

Guillaume Lapaque, Vins de Bourgueil and directeur at Fédération des Associations Viticoles d’Indre-et-Loire et de la Sarthe 
Overall the 2017 frost has been much less devastating in Indre et Loire than in 2016. We calculate that the loss in the département is in the order of 15%, whereas last year it was 50%.

There are, however, areas that have been very badly hit. These include Azay-le-Rideau (over 60% loss) with the exception of Château de l’Aulée which used a helicopter. Touraine Noble Joué has also been hit again – 45% in 2017 and even more last year – 85%. Savigny-en-Véron and Beaumont in Chinon are badly hit with producers losing virtually all their crop. In Touraine Amboise the area around the town was hit – in particular the Domaine la Grange Tiphaine – while Limeray, on the north bank of the Loire, wasn’t affected. Unfortunately losses in Montlouis are around 40%.

This year producers fought back against the frost, while last year they were taken by surprise. We had seventeen helicopters – 7 in Montlouis, 5 in Bourgueil and 5 elsewhere.

The forecast on Saturday 29th was wrong as above freezing temperatures were forecast when instead they fell below zero. Unfortunately we had stood the helicopters down.

BU0A0992

Stéphanie Degaugue with Patricia Boucard (right)

Patricia Boucard, Lamé Delisle Boucard
« Fortunately our losses through the frost this year are much less than last year – around 20%. The effects are very variable and seems to depend upon the air currents. We used a helicopter as well as burning bales of straw.

Jacky Blot, Domaine de la Taille aux Loups 
« Morale is low. Taking 2016 and 2017 together we have one harvest in two years. Fortunately Domaine de la Butte in Bourgueil wasn’t touched. Also our wind machine saved most of the Clos Mosny – 80% of the Clos is OK with just between a hectare and 1.5 hectares affected. Also Clos Michet wasn’t hit but the parcels we use for Rémus are very badly hit. Across in Vouvray we have a 50% loss in Bretonnière with the lower part badly hit.

Inevitably our prices will have to rise with our bankers urging that prices have to go up. This wouldn’t be the case if we regularly had a vintages like 2015 when we made around 37 hl/ha, which is what we aim for.’

Benoît Roumet, director of Bureau du Centre Vignobles du Centre Loire
Benoît reports that it is a mixed picture in the Central Vineyards.
« Pouilly and the Coteaux du Giennois have been hit by the frost but Giennois less than in 2016. The northern part of Sancerre around Sainte-Gemme-en-Sancerrois has been hit. Also Châteaumeillant has been seriously affected. Elsewhere those parts of Quincy not protected by wind machines have losses – but 80% of the appellation has wind machine protection and there are no significant losses in Reuilly.

Menetou-Salon, which was very badly hit last year, has not been hit this year.’       

 

 

 


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Ventoux : un vent chaud venu du Sud

Ce n’est pas de la neige sur le sommet de cette montagne chère aux cyclistes, mais la blancheur de la pierre calcaire

J’ai posté plein de photos la semaine dernière. Il n’y en aura que peu cette semaine car je n’ai pas le temps. Mais l’article est assez détaillé au cas où cela vous intéresse.

 Aborder une appellation, même d’une manière incomplète, apporte souvent son lot d’idées reçues en tous genres que nous essayons de déblayer en dégustant les vins à l’aveugle bien sûr, mais aussi en mettant en sourdine les images qui nous arrivent de nos expériences passées cumulées. Ce n’est jamais gagné et, parfois, les vins confirment les tendances inévitables dues au binôme climat/cépages. Mais chaque producteur garde son espace de liberté, qui n’est pas toujours énorme mais qui peut, lors d’une dégustation horizontale des vins d’un millésime donnée, créer des différences significatives non seulement dans le domaine de la qualité perçue de chaque vin, mais aussi entre les styles des vins, tout étant relatif bien entendu. Tout cela s’est avéré pour moi lors d’une récente et compréhensive dégustation de vins rouges de l’appellation Ventoux.

Les données de base de l’appellation

Le Ventoux se situe dans la partie sud de la vallée du Rhône, à l’Est d’Avignon et  de Carpentras. Cette appellation s’intitulait Côtes-du-Ventoux avant 2008.  Elle jouxte le Luberon au Sud et la zone Beaumes de Venise/Gigondas au Nord-Ouest. Sur une superficie de 7.450 hectares,  le vignoble est disposé autour du Mont-Ventoux, comme son nom le suggère. Le secteur géographique est principalement sous influence méditerranéenne, avec quelques zones sous influence continentale, donc un peu plus fraîches. L’ensoleillement est important sur l’ensemble de l’aire, restant dans une fourchette comprise entre 2 600 et 2 800 heures/an. Ce qui correspond à un maximum annuel de dix jours de brume. Les précipitations sont rares mais parfois violentes. Elles atteignent 600 à 700 mm par an mais un seul épisode orageux peut en quelques heures déverser jusqu’à 200 mm. Le vent dominant est le mistral, qui souffle du nord vers le sud et qui assèche non seulement les terres mais aussi la vigne, rendant relativement faibles les risques de maladies cryptogamiques. Localement, l’altitude peut aussi influer sur le caractère du vin.

Structure du vignoble

L’appellation se divise en trois zones géographiques : le bassin de Malaucène au nord, le piémont du Ventoux à l’est de Carpentras et le nord du Calavon jusqu’à Apt. Le vignoble regroupe environ le tiers de tous les vignerons du Vaucluse. L’exploitation agricole type dans l’appellation pratique souvent de la polycultureconséquence du morcellement de la propriété. Les grands domaines de plus de 20 ha sont en augmentation mais encore minoritaires. La petite exploitation de 10 ha reste majoritaire (90 %) ce qui explique l’importance des caves coopératives dans l’AOC. Dans ce type d’exploitation, la partie vigne représente 3,5 ha et monte jusqu’à 5 ha en y incluant le raisin de table. Plusieurs producteurs significatifs sont aussi présents dans des appellations autour (Côtes du Rhône, Lubéron, Cairanne, Gigondas, etc.)

 

Encépagement

Les mêmes cépages sont utilisés pour les vins rouges et rosés : grenache noirsyrahcinsaultmourvèdre et carignan. Les cépages secondaires sont le picpoul noir et la counoise, avec un plafond maximal de 20 % pour cet ensemble.

Ma dégustation

Cette dégustation portait uniquement sur les vins rouges, et essentiellement sur les millésimes 2014 et 2015, avec deux vins de 2016 et un chacun de 2012 et de 2010. Cela était le choix de chaque producteur, comme la cuvée sélectionnée car une seule était possible par producteur. Il en résulte parfois des écarts  importants en matière de prix, mais le prix moyen pour l’ensemble des échantillons dégustés se situait entre 10  à 15 euros (prix public ttc bien entendu). Je n’ai sélectionné, pour ce compte-rendu, que les vins que j’ai estimés bons ou très bons, quelques soit leur niveaux de prix. Ils figurent par ordre croissant de millésime, puis par ordre ascendant de prix avec les prix de vente public mentionnés.

2010

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Chêne Bleu, Abelard (64,50 euros)

Ce domaine et ce vin sont atypiques. Très soigneusement présentée dans un flacon de type bordelais, avec une belle étiquette sous aspect de gravure ancienne, la cuvée s’habille bien pour tenter de justifier son prix bien au-delà des plus chers de cette appellation; son le nom n’apparaît que sur la contre-étiquette. On vise clairement un autre marché que celui des Ventoux habituels. Cette cuvée est dominée par le Grenache avec un apport de Syrah, mais sans autre précision donnée. Le vin a passé 18 mois en fûts de chêne.

Le robe n’est pas celle d’un vin jeune, bien entendu, mais garde un aspect assez juvénile. Le nez est complexe et raffiné, évoquant les fruits cuits, le sous-bois et le cuir avec un soupçon de truffe. La rondeur en bouche est agréable mais le fruité est en phase d’atténuation tandis que la texture n’est pas encore assez suave pour supporter cette évolution. L’alcool ressort bien trop en finale – je crains que la dominante Grenache en soit responsable. C’est un bon vin, certes, mais on est en droit d’être bien plus exigeant à ce prix, il me semble. (note : 14,5/20)

2012

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Domaine La Camarette, Loris (11 euros)

70% syrah et 30% grenache pour ce vin au nez discret aux touches de vanille qui indique un élevage sous bois. Belle qualité de fruit sur un palais qui sonne clair, mais avec une finale plus austère dans laquelle le bois prends un peu le dessus. Mais un vin de garde, bien fait et d’un bon rapport qualité/prix. (note 14,5/20)

2014

13 vins dégustés mais seulement 5 retenus. On sent un millésime assez compliqué.

Château Bonodona (11 euros)

Une étiquette simple et classique pour ce vin d’un domaine historique actuellement vinifié par la cave Terra Ventoux.

Nez harmonieux, assez intense et dominé par les fruits rouges et noirs avec une touche discret de bois. De la belle chaire juteuse en bouche qui ouvre sur une finale plus austère. Bon vin à ce prix. (14/20)

Domaine du Tix, cuvée Bramefan (14 euros)

Bouteille lourde et étiquette soignée dans un style traditionnelle.

Nez fin dont le retenu semble dénoter un élevage soigné. Très belle pureté du fruité de ce vin dont la clarté d’expression écarte tout soupçon de sur-extraction. C’est précis et très fin, peut-être moins exubérant que certains mais d’une constitution qui laisse entrevoir une belle garde. Très belle affaire à ce prix (16/20)

 

Domaine de Peyre, La Gazette No : 2 (15 euros)

Le domaine d’une journaliste convertie dans la production de vin après des années passées à la revue GaultMillau. La bouteille est de forme bordelaise et l’étiquette de format de … gazette.

Ce vin épouse une forme un peu à part des autres de cette série, avec une robe plus claire et un nez plus évolué qui comporte de jolies notes de sous-bois et de vieux cuir par dessus d’un fruité de type confit et sec. L’impression générale est élégante et raffinée; cela se confirme en bouche avec aussi une certaine force alcoolique et des notes de cerises, et leur noyaux qui donnent une pointe d’amertume en finale (14,5/20)

 

Mas Oncle Ernest, Rien ne sert de courir (15,50 euros)

Un vin et un domaine qui casse les codes, aussi bien pas son nom et l’intitulé de la cuvée que par la forme bordelaise du flacon.

Le nez intrigue avec ses combinaisons entre fruits, épices et une pointe d’animalité que me fait soupçonner une présence de bretts, pas trop mais un peu quand-même. La texture est suave et le fruité bien mur. C’est bon, pas trop extrait, plein de caractère et assez harmonieux. Mon soupçon de bretts se confirme par une texture un peu crayeuse. Certains diront que c’est le « goût du terroir », mais en tout cas ce n’est pas envahissant. (14,5/20)

 

Château Pesquié, Artemia (30 euros)

La bouteille est lourde et l’étiquette moderne et soignée pour un vin dont le prix le situe clairement dans le segment haut de l’appellation.

Un bon fond de fruits noirs au nez qui marque aussi un travail d’élevage soigné et qui apporte une note agréable de fermeté. Très belle qualité de fruit en bouche avec un dialogue intéressant entre l’élan donné par le fruit et le fond plus fermé apporté par l’élevage. Une très belle cuvée de demie-garde (5/10 ans) qui s’améliore bien avec une bonne aération aujourd’hui. (note 16/20)

 

2015

8 vins retenus sur 12 échantillons dégustés. Une niveau de qualité bien supérieur à celui de 2014, dans l’ensemble.

 

Château Croix des Pins (10 euros)

Etiquette épurée et élégante, bouteille normale.

Nez discret mais fin, légèrement poivré. Le fruité est là en bouche, tenue, peu envahissant mais frais. Un vin très plaisant et bien équilibré, encore jeune mais prometteur avec une jolie finesse de toucher. (14,5/20)

 

Martinelle (11 euros)

Etiquette simple et élégante.

Nez dense de fruits noirs, clairement sudiste et assez épicé. Charnu et puissant en bouche, il est aussi aidé par des tanins longs qui ajoutent une autre dimension au corps du vin. Très bon et destiné à une garde de quelques années. Prix plus que raisonnable pour cette qualité. (15,5/20)

 

Orca, vieilles vignes (11 euros)

Orca signifierait petite amphore, selon l’étiquette mais les flacons qui se présentent sur l’étiquette n’ont pas d’anses et ne sont donc pas, techniquement, des amphores.

Grenache majoritaire dans ce vin au nez assez fermé pour l’instant. Traces d’un élevage de qualité mais pas dominant. On vise clairement un profil de vin de garde. En bouche le fruité est bien présent, entre cerise et cassis, bien juteux et aussi intense que séduisant. La texture est mi-ferme, mi-veloutée : clairement en devenir. Mais sa matière est si pleine et si bien équilibré qu’on aurait presque envie de le boire de suite. Un des meilleurs vins de la série et un des moins chers aussi. (16,5/20)

 

Domaine de la Gasqui (12 euros)

Grenache, Carignan et Cinsault, un assemblage à l’ancienne et une étiquette du même tonneau

Nez un peu réduit au départ mais qui révèle ensuite un joli fond de fruits et d’épices. Ce fruité bien vibrant devient encore plus présent en bouche. Vin aussi fin que savoureux à l’équilibre admirable et au prix bien placé. (15,5/20)

 

Gentilice, Cave de Canteperdrix (entre 12 et 15 euros)

L’élevage est assez présent au nez mais n’écrase pas une très belle matière. Cette qualité de fruit prend bien son élan en bouche avec un vin à la belle texture soyeuse qui entoure une superbe matière. Gourmand et avec une belle longueur. Excellent vin. (16/20)

 

Domaine Cambades, Crépuscule (15 euros)

50% Syrah et 50% Grenache pour ce vin à l’étiquette sombre, logiquement crépusculaire. La contre-étiquette, pour une fois, est claire et informative.

Nez juteux, frais et expressif. En bouche la très belle matière fruitée et aussi gourmande que puissante. Les tanins sont aussi bien présents mais sans dominer l’ensemble. Belle longueur et un caractère juteux très présent sur toute la durée.

 

Domaine Allois, Terre d’Ailleuls Domaine Allois, Terre d’Ailleuls (18 euros)

Bouteille lourde et étiquette moderne, signée. La contre-étiquette est un peu trop « bla-bla » pour mon goût.

Nez fumé sur base de fruits noirs. Le caractère puissant de ce vin s’affirme rapidement en bouche. Intense, assez chargé en tanins par rapport au fruit, c’est un bon vin charpenté qui fonctionnera bien avec grillades et plats riches en saveurs car il lui faut du sel ! (15/20)

 

Domaine de Fondrèche, Il était une fois (30 euros)

La cuvée haut de gamme de ce domaine phare de l’appellation qui a récemment abandonné la certification « bio » qu’il détenait depuis un moment, et pour raisons écologiques il me semble. Intéressant !

Nez fin aux cerises à l’alcool. Très concentré, mais sans excès, en tout cas plus que la plupart des vins de cette série. Sa structure tannique en fait une belle cuvée de garde. On pourrait le déguster plus rapidement avec des plats salés mais je le garderai bien 5 ans car il est plus raffiné que la moyenne. (16/20)

 

2016

Seulement deux échantillons reçus mais une très belle qualité pour les deux. Ce millésime semble très prometteur.

 

Domaine Brusset, Les Boudalles (9 euros)

Une présentation sérieuse, comme tous les vins de cet excellent producteur qui rayonne dans la région. Le nez est plus sombre et terrien que celui du vin suivant du même millésime, mais il contient aussi son lot de fruits rouges et noirs. Beaucoup de fraîcheur aussi en bouche et une jolie texture, plus dense que la cuvée Pur Jus de Landra, et qui caresse la langue sans l’agresser. Vin alerte et très gourmand, bien placé en prix.

 

Landra Pur Jus (10 euros)

L’étiquette est simple, graphique et claire et le vin est aussi directe, bien en phase avec son nom de cuvée car le nez est très fruité et juteux (tendance fruits noirs), aux notes d’épices. Cela donne une belle impression tonique de fraîcheur. Beaucoup de gourmandise aussi en bouche et une sensation de vivacité, presque de légèreté dans l’expression de son fruit. Un ensemble dynamique avec un soupçon de piquant (CO2) qui apporte une touche supplémentaire de vivacité. Délicieux vin de soif (15/20).

 

David Cobbold


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Terroirs & Millésimes en Languedoc 2017: mon « best of »

Je rentre de la joyeuse semaine de Terroirs & Millésimes en Languedoc 2017, basée cette année à Pézenas; une ville qui garde de son passé de capitale du Languedoc une foule de beaux hôtels particuliers.

Vu la masse de vins présentés (un bon millier!), et même si je m’en tenais aux seuls flacons qui m’ont tapé dans le nez, il faudrait trop de place pour vous les présenter tous en détail. L’autre écueil, c’est répétition: au bout de trente assemblages Grenache-Syrah, quinze boisés, quinze « sur le fruit », je commence à épuiser mon vocabulaire.

Pour ma sélection, cette fois, j’ai donc choisi de ne publier que les photos des vins – non par paresse, mais par compassion pour vous, cher lecteur!  Et de ne citer que ceux qui m’ont vraiment ému. Les vins que j’avais envie de boire, hic & nunc – et surtout, de partager.
 En balade à Faugères (Photo (c) H. Lalau 2017)

Quelques constatations d’ordre général

Cette émotion, cette année, je ne l’ai pas ressentie partout. Il faudrait bien sûr nuancer en fonction des millésimes (nous avions principalement des 2015, des 2014 et des 2013, trois millésimes très différents); mais globalement, en rouge, j’ai eu plus de mal avec les Corbières, les Pézenas et les Minervois (tannins rêches, boisé grandiloquent ou fruits cuits, faites vos jeux!) qu’avec les Pic-Saint-Loup, les Terrasses du Larzac et les Saint-Chinian (peut-être parce que j’aime les schistes?). A propos de schistes, je mettrai le cas de Faugères à part: alors qu’à la dégustation du matin, bon nombre de vins m’avaient paru durs et fermés, l’après-midi, à Faugères-même, c’était une tout autre histoire. Même constat pour Minervois-La-Livinière (j’ai participé au Livinage 2017, et je vous en reparlerai à l’occasion). Ceci, pour le côté rouge de la Force.
A relire mes notes, je m’aperçois que je n’ai pas été très inspiré par les rosés. Le syndrome du pâle-et-pamplemousse a souvent frappé.
J’ai eu beaucoup plus de bonheur avec les blancs. Ainsi, les Picpoul-de-Pinet m’ont à nouveau séduit. Un petit mot à leur propos; on trouve à présent sous ce nom plutôt connu pour ses vins vifs et faciles (ce qui n’a rien de péjoratif, car personne n’aime les vins « difficiles »), des cuvées plus ambitieuses, avec un certain potentiel de garde – une appellation à suivre, donc.
A Limoux, également, j’ai trouvé quelques belles bouteilles de blancs tranquilles – ce sont souvent toujours les mêmes, celles des producteurs qui évitent de matraquer leurs vins sous le bois. Sous les appellations plus étendues, Languedoc et Corbières, forcément, vu la diversité des terroirs, c’était plus disparate.
Quant aux Muscats, je réserve mon jugement: j’en ai trouvé de très bons, mais ils étaient assez peu nombreux – sans doute la marque de la faiblesse de la demande. Et pourtant, certains Muscats-de-Saint-Jean-de-Minervois et de Frontignan, notamment, mériteraient vraiment qu’on les redécouvre. C’est d’ailleurs un peu le même problème avec les Clairette du Languedoc, dont je vous parlais l’année dernière, au retour de l’édition précédente de cette folle semaine.
Terminons avec les bulles: au vu de la qualité des Limoux, et de leur rapport qualité-prix, j’ai vraiment du mal à comprendre que des distributeurs ne s’y intéressent pas plus. Qui, sain de corps et d’esprit, préférerait une bouteille de mauvais Cava à 5 euros plutôt qu’une bonne bouteille de Limoux à sept? Sept euros, c’est élitiste, vous trouvez?
Quant aux balades, visite de caves et autres à-côtés qui ont émaillé cette semaine, je vous en parlerai plus tard.
Pour ma part, j’ai toujours un peu de mal à rendre compte de tels événements. Notre rôle, tel que je le conçois, c’est d’être vos antennes, pour vous aider dans votre choix. Pas de vous faire saliver, de manière légèrement sadique, devant des organisations réservées aux pros, aussi bien organisées soient-elles (au passage, merci à tous nos hôtes, à Pézenas et dans les différentes appellations visitées).
Et maintenant, comme promis, mes coups de coeur. Je précise que tous ces vins ont été dégustés à l’aveugle – seule l’appellation était connue. Je ne me suis pas non plus préoccupé de la méthode de culture – conventionnelle, bio, biodynamique – c’eût été introduire un biais dans l’analyse.

Pézenas

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Corbières

Minervois

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La Clape

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http://www.chateaulaquirou.ch/

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Faugères

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Sommières

 

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Fitou

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Saint-Chinian

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Terrasses du Larzac

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Limoux (Crémant & Blanquette)

 

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Picpoul de Pinet

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Frontignan

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Hervé Lalau


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Challex, ou quand le vin joue à saute-frontières

Comme les exceptions qui permettent de mieux comprendre la règle, les vignobles «à la marge» racontent souvent une histoire intéressante.  Prenez l’exemple de Challex, dans l’Ain…

Aux portes de la Suisse, c’est tout ce qu’il reste en France du vieux vignoble du pays de Gex – un vignoble dont la plus grande partie est devenue genevoise en 1815. D’ailleurs, l’encépagement à Challex traduit bien cette proximité: le Chasselas, cépage emblématique de la Suisse lémanique, y reste la variété la plus plantée, devant le Pinot Noir, le Gamaret et le Gamay.

Sommes-nous ici encore en France, ou déjà en Suisse?

«Zone franche»

Le vignoble de Challex compte une cinquantaine d’hectares, dont le plus gros de la production est vinifié… à Genève, par des Genevois. Magie des règlements internationaux, si les raisins récoltés à Challex sont vinifiés sur le territoire genevois, ils deviennent genevois – et peuvent prétendre à l’AOC Genève. Car Challex fait partie de la Zone Franche, un territoire sous régime douanier spécial depuis la fixation de la frontière, après Waterloo ; les productions qui y sont cultivées peuvent entrer en Suisse sans droits de douanes.
Longtemps, d’ailleurs, les ouvriers agricoles de Challex se rendaient à Genève, place du Molard, pour se faire engager – on les appelait les Molardiers.

Cette curiosité (qui rappelle des cas semblables à la frontière franco-luxembourgeoise ou à la frontière italo-slovène) a bien failli disparaître, suite à un recours de vignerons helvétiques; le 5 avril 2011, un arrêt du Tribunal Fédéral Suisse a cependant confirmé que l’aire d’appellation Genève inclut bien les vignes françaises situées dans le prolongement du vignoble genevois. A savoir, la totalité des communes françaises de Challex et de Ferney-Voltaire (Ain), ainsi que certaines parties des communes françaises d’Ornex (Ain), Chens-sur-Léman,Veigy-Foncenex,Saint-Julien-en-Genevois, Viry (Haute-Savoie).
Dans toutes ces zones frontalières, la continuité du vignoble est manifeste, en termes pédologiques et en termes climatiques. Entre Challex et Dardagny, par exemple, la frontière coupe certaines parcelles en deux.

Mais comme les Suisses sont des gens précis, la réglementation stipule que si le contrôle des vinifications en Suisse relève de la compétence des autorités de la Confédération et du Canton de Genève, les contrôles physiques effectués sur le territoire français, eux, doivent êtres effectués par « un organisme agréé par les autorités françaises, mais mandaté par la tutelle suisse ».
Au total, 140 hectares sont concernés, dans l’Ain et en Savoie.

Renaissance

Quelques viticulteurs de Challex vinifient cependant leurs raisins sur place – en 1982, les difficultés de la coopérative (suisse) de Satigny, suite à une récolte pléthorique, les ont incités à se doter de chais et à commercialiser eux-mêmes leur vin.
C’est le cas de Frédéric Péricard, au Domaine de Mucelle.
Depuis quelque temps, il dispose de la mention IGP Coteaux de l’Ain.
Sur à peine 8 hectares, exploités en bio, il ne produit pas moins de 12 cuvées, qui témoignent de sa large palette de cépages (aux 5 ceux déjà cités, il faut ajouter l’altesse), et au fait qu’il élabore également des méthodes traditionnelles.
Cette diversité n’est pas sans faire penser à cette qui règne à un jet de pierre, mais de l’autre côté de la frontière, à Dardagny ; ainsi, au Domaine des Faunes, on ne produit pas moins de 9 blancs, 6 rouges, 2 rosés et 2 bulles – en AOC Genève.
Il serait amusant de comparer les Chasselas des deux domaines, des deux vignobles gessois. Compte tenu de la proximité des vignes, c’est sans doute plus la patte du vigneron qui fait la différence…

«Eux, c’est eux ; et nous, c’est nous…»

Revenons à Challex: pas évident, pour le plus genevois des vignobles français, de se construire une image: personne n’en parle jamais. Les vins suisses (même récoltés en territoire français) sont peu diffusés en France ; et puis le nom de Challex n’apparaît nulle part.
Voici deux siècles, un trait de plume sur un traité a divisé le vignoble, et bien que le même soleil brille sur tous les raisins du pays de Gex, français ou genevois, depuis, «eux, c’est eux ; et nous, c’est nous».
Ne dit-on pas, pourtant, que le vin est une boisson de partage ?

Domaine de Mucelle www.domainedemucelle.fr
Domaine des Faunes www.les-faunes.ch/fr

Article paru dans In Vino Veritas le 7 avril 2017

Hervé Lalau


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The first edition of Loire Millésime: 19th – 22nd April 2017

BU0A1365 (1)The restored Abbaye de Fontevraud 

I have just returned from the first edition of Loire Millésime organised by Interloire. It was based in the now magnificently restored Abbey of Fontevraud. We were lodged in the attached L’Hotel de Fontevraud, which has also been extensively renovated and greatly improved since I stayed there some 12 years ago.

 Enjoying the abbey’s current magnificence it is strange to reflect that from the time of the French Revolution when the monks were thrown out and 1804 when Napoleon signed the order to make Fontevraud a prison that it was a jail for over 150 years.  The last prisoners did not leave until 1985.

Loire Millésime was based on a similar event in Languedoc that has been running for a number of years. It was a mix of tastings, master classes in both French and English as well as visits to vineyards and evening events – at Fontevraud, the Ackerman cellars in Saint Florent Saint Hilaire and an evening of tasting very fine Chenin in all its guises at the Domaine de Rocheville in Parnay.

I attended two master classes – one on the different types of ripeness/maturity in red grapes and the other on looking at the different qualities of sweet Chenin Blanc. Both were excellent.  

Unfortunately it was decided that the major tastings during the day – dry whites, rosés and reds – should be with rare exceptions from the 2016 vintage. Although interesting for people like myself who are able to spend a considerable time in the Loire and tasting these wines, it is virtually useless for someone who is rarely in the Loire and who has been brought to Fontevraud at considerable expense. Interloire had flown in a number of journalists from North America – why get them to taste a mass of unfinished wines? Unlike Bordeaux the Loire does not sell en primeur.

Sadly there was a spectre at our Loire celebration – frost. 2016 was marked by a series of frosts at the end of April and 2017 is very worryingly following a similar pattern. There were frosts during the nights of 18th/19th, 19th/20th and 20th/21st.

There has been damage in various appellations from Muscadet through to Pouilly-Fumé. For the moment not as widespread as in 2016, although obviously it is very serious for any producer seriously affected by frost. This is partly because the ground is very dry and also that attempts to combat frost in the Loire are becoming more sophisticated and more widespread. This includes new wind turbines in Saint Nicolas de Bourgueil and the use of helicopters in Montlouis as well as at Château de l’Aulée in Azay-le-Rideau.

The threat of frost is not yet over. Further low temperatures are forecast for this week. With a series of small vintages since 2012 Loire producers are desperately hoping to reduce frost damage to a minimum.

Fingers crossed!

jim-vinho-verde