Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Louro et As Sortes, vertigineux Godello de Valdeorras

Nature sauvage et superbe, aux confins de l’Espagne du Nord-Ouest, là où la Galice touche la Castille. Relief montagneux aux contrastes d’ombre et de lumière parfois tellement violent que le paysage se voit en noir et blanc. La vigne s’accroche aux pentes raides, comble les vallons, profite des entrées maritimes. Un pays rude !

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D.O. Valdeorras

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Les 2.700 hectares de la petite appellation Valdeorras se situent à l’est de la province montagneuse d’Ourense, sur les bords du fleuve Sil. Une grande partie des vignes sont cultivées sur les anciennes terrasses fluviatiles… et produisent les vins les moins intéressants. Il faut escalader les pentes raides faites de schiste* et de granit pour trouver la meilleure expression du Godello, un cépage blanc local**.

La vigne jouit d’un contraste climatique important. Les influences maritimes tempérées s’y heurtent aux variations continentales, une combinaison génératrice d’un microclimat particulier : précipitations importantes de 850 à 1.000 mm, printemps chaud mais court, été très ensoleillé 2.700 heures avec des températures avoisinants les 44°C, hiver froid sans être rigoureux -4°C en moyenne, vents parfois violents quand la brise marine rencontre l’air sec en provenance de la meseta.

*la province est le premier exportateur mondial de schiste

**On le trouve aussi dans le nord du Portugal et dans la proche Castille, mais son origine est bien galicienne

 Rafael Palacios

val_do_bibei                                                           Val do Bibei

Une création relativement récente, la bodega date d’il y a à peine 13 ans, générée par une longue réflexion sur le potentiel du terroir de Valdeorras. Les premiers contacts avec la région remontent à quelques années avant. Temps où Rafael quittait la bodega parentale, sise en Rioja Baja, pour vinifier les raisins de quelques domaines galiciens. Tombé amoureux du Val do Bibei, la vallée la plus méridionale de l’appellation, il y achète les plus vieilles vignes. Ce sont les plus hautes, délaissées par les viticulteurs du coin. Il réussit à rassembler 12 ha, entrelacs morcelés de terrasses vertigineuses qu’il lui faut restaurer. Incrustées dans le schiste et le granit, les vignes de Godello revivent et donnent un premier vin As Sortes en 2004. Un an plus tard, il sort une deuxième cuvée Louro do Bolo qui devient Louro tout court lors de la création du Bolo, entrée de gamme produite à partir de 2011.

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Les parcelles se situent à Santa Cruz do Bolo et présentent des sols différents du reste de la DO Valdeorras. Ici, le granit règne et offre sa couche superficielle décomposée en sables à gros grains. Terre acide où brillent selon l’inclinaison du soleil les cristaux de feldspath, de mica et de quartz qui confèrent une impression minérale*** aux vins. L’altitude varie de 650 à 720 mètres. Conduite en biodynamie.

*** Sorry, David!louro

 Louro 2014 D.O. Valdeorras

Vert jaune lumineux, le nez reste discret et chuchote quelques impressions de pâte d’amande et de pistache, de fleurs blanches et de groseille à maquereau. La bouche coule fraîche, minérale, avec beaucoup de retenue au début, puis, dégringolent les notes de fraise, d’amande, de poivre, de jus de citron jaune, de carambole. Jamais en force, toujours délicat et soutenu par une vivacité presque endiablée.

 

Louro fermente en foudres de 3000 litres pendant un mois, et y est élevé pendant 5 mois supplémentaires

As Sortes* Val do Bibei 2014 D.O. Valdeorras

 Vert pâle à reflets dorés, le nez perçoit le grillé de l’élevage, six mois en grands foudres de chêne. La bouche précise le minéral. Plus ample, plus profonde, elle prononce avec une netteté aérienne les arômes de fruits secs, d’agrumes, d’éclats de pierre, de plantes de montagne. La fraîcheur ambiante dynamise la structure et le très bel équilibre.

 

As Sortes fermente pendant un bon mois en foudres de 500 litres, et elle y passe encore 6 mois d’élevage115201-rafael-palacios-as-sortes-flasche

*As Sortes signifie littéralement en galicien “lots reçus en héritage”. Le système traditionnel de succession en Galice prévoit que chaque enfant reçoive une partie de chaque parcelle de terrain – ce qui a entrainé un morcellement incroyable des terres. Une parcelle de un hectare peut être facilement divisée en 10 «sortes». Rafael emploie le mot au pluriel pour signifier que le vin est issu de nombreux lopins.

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www.rafaelpalacios.com

https://www.labuenavida.be/fr

Ciao

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Marco


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Clairette du Languedoc: la vieille dame se rebiffe!

La Clairette du Languedoc est le premier vignoble de blanc de la région à avoir obtenu l’AOC (c’était en 1948). Et pourtant, la digne vieille dame a bien failli disparaître: il n’en reste aujourd’hui que 90 ha, pour 10 producteurs. Mais la valeur n’attendant pas le nombre des caves, il est urgent de la redécouvrir – et voici pourquoi…

D’abord, il y a l’histoire ; la Clairette remonte sans doute aux Grecs, voire aux Phéniciens, et elle était déjà connue des Romains. Pline en parle. L’échanson de Louis IX aussi. Et puis Victor Rendu, qui utilise soit son nom actuel, soit ceux de Blanquette ou de Picardan – selon lui, le Picardan (alias Grosse Clairette, ou Gallet Blanc) est l’ancêtre de la Clairette ; toujours est-il qu’il lui rend hommage en ces termes : «elle donne de la finesse et du feu». Le digne ampélographe du Second Empire souligne aussi que la Clairette a longtemps été utilisée dans des cuvées de rouge – on en trouve d’ailleurs toujours à Châteauneuf-du-Pape.

Notons qu’en Languedoc, elle a longtemps été une base pour les vermouths (d’ailleurs, c’est toujours un des deux cépages du Noilly-Prat, avec le Piquepoul). Ce qui n’a pas forcément aidé à maintenir sa notoriété comme cépage à vin.

Il a fallu une bonne dizaine d’années à quelques passionnés pour sauver l’appellation, aussi bien en doux qu’en sec.

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Charles-Walter Pacaud, un des hommes qui ont contribué au renouveau de la Clairette

Un cépage particulier

La Clairette ne manque pourtant pas de qualités ; si les vins qui en sont issus présentent une acidité relativement basse, ils compensent généralement par de belles amertumes, et une structure particulière; la peau de la Clairette est riche en polyphénols, aussi ses vins laissent-ils souvent une impression tannique.

En corollaire, les vignerons évitent aujourd’hui de trop extraire, pour éviter dureté et coloration – ils privilégient donc de pressurage direct.

Ce cépage a aussi comme atout une certaine polyvalence ; il se prête aussi bien aux vins secs qu’aux vins doux, aux vins de liqueur et même aux rancios. Cette dernière spécialité a bien failli disparaître, dernièrement, à la faveur d’une réécriture du cahier des charges par l’INAO, mais les vignerons ont tenu bon.

Deux appellations se partagent aujourd’hui la Clairette comme cépage dominant : la Clairette de Bellegarde (40 ha, dans le Gard) et la Clairette du Languedoc, qui nous intéresse aujourd’hui, et dont les 90ha se répartissent sur 11 communes de l’Hérault, autour de Clermont l’Hérault.

Cet ensemble se divise en 3 grands types de sols: les schistes de Cabrières, les terres blanches (autour d’Aspiran et d’Adissan) et les terrasses villafranchiennes, au Nord.
Les 10 élaborateurs se partagent entre 4 coopératives et 6 caves particulières – dont deux nouvelles cette année, ce qui semble dénoter un regain d’intérêt pour la «vieille dame» du Languedoc…

Voici 6 cuvées dégustées sur place à l’occasion de Millésime et Terroir en Languedoc.

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La Croix Chaptal Clairette Blanche 2014

Un cas d’école pour une belle Clairette vinifié en sec: superbes notes d’anis et de fruits blancs au nez, cédrat et bel amer en bouche.

6 mois en fût, 12 mois en cuve.

http://www.lacroixchaptal.com/

Paul Mas Vinus Clairette 2015

Au nez, du citron et de la rose ; la bouche est très directe, d’une bonne ampleur, et finit sur de savoureuses notes mentholées.

Vendanges de nuit. Sols calcaires. Capsule à vis.

Paul Mas Cuvée Secrète 2015

Très concentré, un poil de tendre, vin plein complexe, débute sur l’oxydation et le fruit sec, très long, bel amer.

Sols calcaires. Elevage sur lies 3 mois. Capsule à vis.

http://www.paulmas.com/

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Même de gros opérateurs comme Jean-Claude Mas y croient

Mas de Valbrune Cuvée Praelude 2013 

Cela démarre en fanfare avec du miel et du coing, mais très vite, des notes plus vives d’anis prennent le relais, et la bouche s’équilibre, le côté gras et se complète d’une belle amertume, et tout finit dans une explosion de salinité. Sols de schistes, très pauvres.

jpvailhe@masdevalbrune.com

Cave de l’Estabel Fulcrand Cabanon Moelleux 2015

Quelques notes de fruits jaunes très mûrs, du réglisse, de l’amertume, le tout parachevé par une belle finale qui revient sur le réglisse et une jolie poite d’acidité. Gageons que le Prieur Fulcrand Cabanon, qui soignait Louis XIV à Versailles, avec des fortifiants de sa fabrication, aurait été fier de ce vin.

http://www.cabrieres.com/fr/

La Croix Chaptal Rancio Vendange de Novembre 2010

La robe orange annonce une belle complexité ; le nez confirme, c’est une corne d’abondance d’abricots, de coing et de miel ; la bouche, elle, est plus dans le registre des fruits secs : noix, amandes, pruneau ; la texture est étonnante, plutôt tannique pour un blanc ; les notes d’oxydation (pas dérangeantes) se conjuguent avec une impression de douceur et même une pointe de rôti.

Trois ans d’élevage. VinifIé puis élevé 36 mois en fûts, puis 15 mois en cuve.

http://www.lacroixchaptal.com/

Hervé Lalau


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Viennoiseries

Un court passage dans la bonne ville de Vienne (Isère) m’a permis de faire mieux connaissance avec un cru en voie de renaissance, Seyssuel. La ville de Vienne (ancienne métropole de la romanité gauloise, puis de la chrétienté) mérite le détour; ses vins aussi, tant en blanc qu’en rouge.

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Le coteau de Seyssuel a revêtu sa parure d’automne (Photo H. Lalau 2016)

 

14 domaines ont à présent réinvesti ces beaux coteaux datant de l’époque romaine et qui, jusqu’au 19ème siècle, tenaient la dragée haute aux plus jolies crus du Rhône Nord. Pour cette première approche, j’en ai choisi quatre: deux blancs de Viognier, et deux rouges de Syrah. Quatre vins qui démontrent que la valeur n’attend pas l’AOP; et si les prix peuvent sembler un peu chers, c’est que les vins sont déjà très demandés, non pour la mention officielle qui ne figure pas encore sur l’étiquette, mais pour la réputation de leurs élaborateurs respectifs. La preuve, par l’absurde, que notre système marche parfois sur la tête. Mais revenons aux vins…

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Un des instigateurs de la reconquête: Yves Cuilleron (Photo (c) H. Lalau 2016)

Sixtus (blanc) 2013 Les Vignobles de Seyssuel

De leurs deux hectares de viognier orientés au Sud, Les Vignobles de Seyssuel (alias Louis Chèze, Georges Treynard et les frères Marthouret) ont tiré un blanc sec, d’une étonnante fraîcheur. Aucune lourdeur, des notes de pin, de citron, et le vin est parfait à boire aujourd’hui. 17 euros.

 

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Christophe Pichon, Cuvée Diapason 2015

Producteur réputé de Côte Rôtie, de Saint Joseph et de Condrieu, Christophe Pichon fait cependant figure de «petit jeune» à Vienne, puisqu’il y est le dernier arrivé. Son viognier présente un très bel équilibre ; avec ses notes d’abricot et de mangue, il n’est pas sans évoquer le Condrieu, mais avec un surcroît de vivacité (la marque du schiste ou du basalte?). Les 10 mois passés sous le bois n’ont pas trop marqué ce bébé qui vient pourtant d’être mis en bouteille ; il joue les funambules entre tension et gras, et on apprécie l’exercice. Même si, c’est sûr, il vaut mieux encore l’attendre quelques mois. 26 euros.

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Ripa Sinistra Yves Cuilleron 2014 et 2010

Non, cette cuvée d’Yves Cuilleron n’a rien de sinistre, au sens actuel et français du terme : Ripa Sinistra veut tout simplement dire «rive gauche».

La version 2014 présente un nez très ouvert de violette et d’eau de rose, une bouche charnue, sanguine, et si le bois se montre en finale, il ne domine pas. La même cuvée en 2010 présente des notes dévolution, mais maîtrisée ; elle séduit par la suavité de son chocolat et par son fumé. Les deux sont tout à faits recommandables, on préférera l’une ou l’autre en fonction du moment et du plat ; la première, pour son fruité-floral ; la seconde, pour son ampleur.

Vigne en haute densité (entre 8000 et 10.000 pieds). 3.300 bouteilles. Suivant les millésimes, le vin est déclaré en Vins de Pays des Côtes Rhodaniennes ou en Vin de France (en attendant la consécration de l’AOP?).

 

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A Vienne, la romanité est bien présente. Les amateurs de vins combineront utilement une visite du temple de Livie…

et une visite de la cave du Temple, sur sa gauche (Photo H. Lalau 2016

Autres vins appréciés : Sotanum 2014 et Heluicum 2014 (Les Vins de Vienne), Lucidus 2014 (Michel Chapoutier),  Viognier Cuvée Frontière 2015 (Julien Pilon) et Asiaticus  2013 (Pierre Gaillard).

 

Et sinon, que voir à Vienne?

Beaucoup de choses: le théâtre antique, le temple, le Mont Pipet (pour la vue sur la ville et sur le coude du Rhône), le musée romain de Saint Romain en Gal (juste de l’autre côté du pont), la cathédrale Saint Maurice, le musée lapidaire, les maisons du vieux quartier. Les gourmets se rendront également au marché, place de l’hôtel de ville, et fréquenteront quelques uns des bons établissement de la ville et de ses environs (on citera La Pyramide, Le Bec Fin, Les Saveurs du Marché, et à Seyssuel, Le Domaine des Sept Fontaines). En pays viennois, la gourmandise est une vertu que l’on cultive comme les cardons, les pommes… et la vigne.

 

Hervé Lalau


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L’arrivée du Beaujolais Nouveau nous rappelle B.B.B. 2016

Bien Boire en Beaujolais, l’incontournable rendez-vous printanier des fans du Gamay, nous a fait chaud au cœur, et au ventre – car du Beaujolais on en boit, et pas seulement la troisième semaine de novembre. Voici quelques coups de coeur, parmi les nombreux producteurs présents.

Mathieu Mélinand

Au creux des collines de Fleurie se lovent les 10 ha du Domaine des Marrans qui encore une dizaine d’autres partagés entre Juliénas, Chiroubles, Morgon et Beaujolais-Villages. Mathieu Mélinand a rejoint la propriété en 2008 après avoir goûté aux grosses structures australiennes et néo-zélandaises. Un choc entre deux mondes d’où Mathieu a tiré le parti de faire des vins certes plus concentrés qu’avant, mais en oubliant pas l’essentiel, l’élégance.

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Corcelette 2014 Morgon Domaine des Marrans

Rubis aux reflets carmins, le nez respire un énorme bouquet où se reconnaissent l’iris et le lis, la violette et la fleur d’amandier, les fruits viennent après et se retrouvent en premier en bouche. Mûre, griotte et framboise la maculent, y installent leur fraîcheur juteuse. L’expression florale orne la soie tannique d’aplats délicats, y ajoute la rose. Et puis, il y a cette longueur délicieuse qui reprend fleurs et fruits en leitmotiv presque infini.

Les Gamay de 50 ans, plantés à 10.000 pieds/ha, poussent dans des granits décomposés au sous-sol argileux. Tri sélectif des raisins et égrappage partiel à 20%, macération de 15 jours. Élevage 12 mois en foudres de chêne.

www.domainedesmarrans.com

Les fils d’Alain Gaillot

Un Beaujolais tout court élaboré par les fils d’Alain Graillot, Antoine et Maxime.

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Beaujolais en Bresset Domaine de FA 2014

C’est leur premier millésime. Pour le prochain, ils sortiront très certainement un Saint Amour, puisque leurs 5 ha sont à cheval sur le cru et son voisin Juliénas. Entretemps, leur 2014 très floral, très primesautier, s’offre tout de go, croquant le fruit, respirant les fleurs. Les tanins fins tissent leur soie en fond de décor, y accrochent baies délicieuses, y dessinent des arabesques épicées. Frais et juteux, voilà un joli coup à boire.

Les vignes ont 40 ans, plantés dans le granit à 8.000 pieds/ha. La vendange entière non levurée cuve de 8 à 10 jours, élevage en foudres de 20hl et 30hl pendant 10 mois

contact@domainegraillot.com

Mee Godard

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Mee s’est installée à Morgon en 2013, année de son premier millésime. Avant, elle vendait des produits œnologiques. C’est en parcourant le Beaujolais qu’elle a flashé sur ses paysages magnifiques. Et décidé d’y faire du vin.

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Côte du Py 2014 Morgon Domaine Mee Godard

Rubis sanguin, il respire l’iris et le bouton de rose poudré de poivre blanc, éclaboussé d’une groseille éclatée. La bouche hyper juteuse nous rafraîchit dès la première gorgée. Les tanins ont la texture un rien rêche de la soie sauvage, cela apporte un relief coquin et enrichit agréablement la structure. Fraîcheur et fluidité le montrent à la fois prêt et apte au vieillissement.

Les Gamay issus de 3 parcelles ont 65 ans et poussent entre schiste et pierre volcanique serrés à 10.000 pieds/ha. Égrappage partiel, cuvaison 15 à 20 jours, élevage en barriques, 14 mois d’élevage en barriques.

www.meegodard.com

Jean Foillard

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Quand on parle de vins « Nature », les vins de Jean Foillard en sont une parfaite illustration d’élégance, de gourmandise et de précision, lui qui commença bien avant qu’on en parle tant. Voilà plus de trente ans qu’il suit la ligne suggérée par Jules Chauvet, celle du non commercial, ou mieux de l’authenticité, et cela contre vents et marketing.

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Cuvée Corcelette 2014 Morgon  Domaine Jean Foillard

Pourpre violacé, il offre curieusement des senteurs chocolatées au premier nez. Ça le rend d’emblée gourmand, d’autant plus que les gelées de framboise et de groseille s’en couvrent sans hésitation. Un parfum de violette et d’iris lui confère de l’élégance. Élégance qui se retrouve en bouche. Charme simple et délicat accentué par le croquant du fruit, le grain tannique et le trait d’épices. Et puis il y a cette fluidité envahissante qui rafraîchit le palais d’un juteux succulent…

Plantés à 10.000 pieds/ha, les Gamay ont 60 ans et sont vendangés en grappes entières. Vinification en macération carbonique, élevage de 8 mois en fûts non neufs, ni sulfitage, ni filtration à la mise.

jean.foillard@wanadoo.fr

Jean-Claude Lapalu

Une série de parcelles autour de Saint-Etienne La Varenne en plein Brouilly faites de sables granitiques plantées de vignes à haute densité jusqu’à 14.000 pieds/ha pour les plus anciennes. Jean-Claude Lapalu les bichonne ses gobelets beaujolais pour en faire du Brouilly ou parfois du Vin de France comme l’Alma Mater 2014 vinifiée en amphore. JCL n’ajoute pas de soufre, pas même à la mise, ses vins sont droits, nets et fruités, pleins de vie. Le résultat ? Des vins succulents !

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ALMA MATER 2014 Vin de France Jean-Claude Lapalu

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Robe légère aux teintes rubis velouté qui respire la rose blanche et l’iris avec charme et élégance, elle se poudre le nez d’un soupçon de poivre, souligne le trait de réglisse. La bouche au premier instant n’est que jus, gourmand, charnu. Il faut se laisser faire, le laisser envahir tout l’espace buccal. Puis l’ausculter de toutes ses papilles, pour en détailler toutes les subtilités fruitées, florales, épicées, baignant dans la fraîcheur, le grain tannique en surjet.

La vendange égrappée macère une quarantaine de jours en amphores de 420 L. Élevage de 8 mois en cuve inox.

jean-claudelpalu@wanadoo.fr

Andrew & Emma Nielsen

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Andrew Nielsen, Australien d’origine, se voue aux vins depuis qu’il a flashé au milieu des années 2.000 sur un Clos de la Roche. Après quelques vinifications autour du monde, il a atterrit en Bourgogne où il recherche avec son épouse Emma les petits terroirs d’exception pour alimenter son micro-négoce. De Beaune où ils sont installés au Beaujolais, il n’y a qu’un pas vite franchi pour une parcelle de vieilles vignes du côté de Lancié au sol fait d’un dépôt alluvial de granit rose et de schiste sur sable granitique.

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Beaujolais Villages du Grappin 2015

Rubis violacé, très gamay avec ses notes florales de violette et d’iris, son nez de cassis gonflé de sève. La bouche est séduite par la fraîcheur d’entrée, les tanins souples, la longueur sur la réglisse et son dynamisme bon enfant.

Un vin frais et léger qui se boit sans vraiment réfléchir, avec juste ce qu’il faut de croquant pour la charcutaille.

Vinification des raisins entier en cuve béton sans soufre ni levurage. Remontage léger après fermentation. Pressurage après 9 jours de cuvaison en vieux pressoir vertical. Entonné en fûts de 10 vins et +. Élevé sans soufre, mise en bouteille sans collage ni filtration sous capsule à vis avec 5mg/L SO2 ajouté juste avant le mise.

www.legrappin.com

Raphaël Saint Cyr

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Ce domaine familial installé depuis 1963 sur la commune de Anse au sud du Beaujolais passe de père en fils presque tous les 20 ans. Aujourd’hui, c’est Raphaël Saint-Cyr qui mène le domaine. Arrivé en 2008, il a continué à développer le vignoble vers les crus beaujolais et initié la culture biologique.

 Terroir de Bellevue 2014 Beaujolais Domaine Saint Cyr

 Grenat violacé, un nez de gamay qui se partage entre réglisse et violette, entre poivre et groseille, entre girofle et framboise. La bouche suit la même séquence avec une fraîcheur bien installée. Celle-ci souligne et donne du ressort à la série aromatique. Les tanins en retrait tissent leur toile de fond et enveloppent fruits et épices.

Égrappage total de la vendange, macération de 30 jours, élevage en cuve durant 8 mois.

www.beaujolais-saintcyr.com

Marquise de Roussy de Sales

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À la sortie d’Odenas, au pied du Mont Brouilly, se love dans son écrin de 99 ha de vignes le Château de la Chaize. La géométrie raffinée des jardins à la française,  l’architecture épurée, le bassin circulaire, fait penser à Le Nôtre et Mansard. Ce château de famille appartient à la Marquise de Roussy de Sales. La partie vinification en est séparé et se trouve à l’entrée du domaine. Sous ce grand bâtiment se cache un immense chai d’élevage. Long de 108 mètres, il abrite une succession de foudre de 40 à 100 hl. Le Brouilly y repose avant sa mise en bouteille

Cuvée Vieilles Vignes 2013 Brouilly Château de la Chaize

Rubis violet, de l’encre de seiche, du zan, de la myrtille et de la violette au nez. La bouche grasse, toute en volume avec des tanins serrés pour la structurer. Une assise minérale et un volume fruité qui lui donne de la corpulence. Une fraîcheur insistante qui équilibre les velléités bedonnantes avec de la mâche et du croquant qui nous font craquer.

Les vignes ont de 50 à 80 ans. Macération semi-carbonique des raisins entiers, fermentation a lieu dans des cuves inox. Élevage en fûts de chêne usagés.

http://chateaudelachaize.wix.com/lachaize1

Les Chasselay

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Tout au sud du Beaujolais, dans la Vallée de l’Azergue, la famille Chasselay occupe depuis plus de six siècles un petit domaine sis au deuxième coin de la « route buissonnière ». Un endroit sympa où les Chasselay proposent autant leurs Beaujolais qu’une série de crus dont ils possèdent ou louent quelques arpents. Mais aussi de vieux millésimes, histoire de nous montrer que le Gamay supporte avec grâce la garde. Cela ne s’arrête pas là, depuis 2007, Fabien et sa sœur Claire ont ouvert chambres et table d’hôte «la culture du vin, c’est manger avec…» comme le dit si bien Fabien.

La Platière 2014 Beaujolais Domaine JG Chasselay

Rubis carminé, un gamay de confiserie, bonbon au sureau, bâton de réglisse et sirop d’érable. Puis viennent les fruits, groseille, mûre, framboise, suivent encore les fleurs, rose, violette et lis. La bouche ronde et suave ne manque pas de fraîcheur. C’est un volume pointu qui fait merveille avec les tanins qui caracolent sur les papilles.

Plantés à une densité de 8.500 pieds/ha, les Gamay ont 60 ans. Égrappage à 80%, vinification à froid et élevage en fûts non neufs.

www.domaine-chasselay.com

Antoine Sunier

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Une création récente… Antoine était encore il y a peu dans la téléphonie et l’immobilier, avant de se laisser aller à sa passion, le vin et rejoindre son frère Julien. Ce dernier s’était lancé dans l’aventure viticole en 2008, et c’est là qu’Antoine a compris son amour pour le vin. Après quelques études viticoles et un stage chez Jean Claude Lapalu,  il trouve en 2013 deux parcelles en fermage sur Régnié et Morgon. Son premier millésime sort en 2014.

Régnié 2014 Antoine Sunier

Rubis pourpre, il respire la marmelade de cerise teintée de cumin, la gelée de prunelle où se mêlent l’iris et le cacao. La bouche élégante et délicate nous livre avec grâce ses arômes fruités et floraux, sans oublier le petit croquant qui le rend définitivement charmant. Fraîcheur et notes épicées nous accompagnent tout au long du cheminement gustatif.

Les Gamay âgés de 45 ans poussent sur une parcelle de 3,5 ha dans des sables granitiques. Vinification et élevage sans sulfite. Élevage en vieux fûts bourguignons pendant 8 mois sur lies fines. Vin non filtré, non collé et ajout de 10mg/L de sulfite à la mise en bouteille.

https://www.facebook.com/domaineantoinesunier

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Le Beaujo, c’est bo, c’est bon!

Ciao

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Marco


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Vins mutés (ou pas) (4): Les Malaga de Telmo Rodriguez

  1. Un peu d’histoire

Grand vignoble de vins passerillés et mutés issus de PX et de Muscats, Malaga un des noms les plus importants de l’histoire viticole de l’Espagne. Les Grecs et les Phéniciens y ont introduit les vignes dans les années 600 A.C, la production a été maintenue même pendant la période musulmane et après la « Reconquista »; quelque temps plus tard, en 1615, y fut créée l’Hermandad de Viñeros de Málaga.

Les vins de Málaga ont rapidement acquis une notoriété mondiale, ils étaient très recherchés par les Cours européennes et de nombreux auteurs célèbres comme Dostoïevski ou Stendhal les mentionnèrent dans leurs œuvres. Málaga était considéré comme le vin de Muscat le meilleur et le plus pur par les consommateurs éclairés du XVIII ème siècle. C’est au milieu du XVIII, que devint populaire à Londres un vin doux naturel de Malaga que les anglais appelaient Mountain Wine. Malheureusement, avec le temps et les changements de mode, le Mountain Wine perdit de sa popularité. Sa décadence fut pratiquement totale en 1878, quand le phylloxera ravagea la presque totalité du vignoble. La chute du Tsar en Russie (l’un des principaux marchés d’exportation au début du XXe siècle) et plus tard la guerre civile marquèrent la fin du négoce vinicole. Le raisin sec a commencé à prendre une importance croissante, reléguant le vin à un second plan dans l’économie locale et par la suite, comme cela s’est produit pour la majorité des vins doux, la demande a chuté au XX ème siècle : la mode des vins sucrés était passée.
La DO Málaga fut crée en 1932: elle protège les vins fortifiés ou de liqueur produits principalement avec des raisins Moscatel(Muscat) et Pedro Ximenez, cultivés dans la Montagne de Málaga, Axarquía, Antequera, la côte ouest, les Serranía de Ronda et Cordoba les municipalités de Benamejí et Palenciana.  La zone de production est d’environ 1320 ha à une altitude moyenne de 600m, et  en 2014, 45 bodegas étaient recensées. Elle a conservé une grande variété de styles, d’où,   une certaine confusion pour le consommateur. Essayons donc de mettre un peu d’ordre dans tout ça.

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  1. Comment lire une étiquette de Malaga.

On distingue 2 styles de vins:

1.Les vins de liqueur, de 15% vol. à 22%,  qui sont mutés et qui peuvent être secs, demi-secs, mi-sucrés ou sucrés. En fonction du moment de l’ajout d’alcool dans le mout, et de sa provenance, raisin frais ou sur mûri, on obtient différents types de vins doux :

-Vin doux naturel: Obtenu à partir de moût de raisins frais. La fermentation est arrêtée par addition d’alcool de vin.

-Vino Maestro: Obtenu à partir de raisins frais auquel on ajoute de  l’alcool de vin avant le début de la fermentation, mais  dans une quantité suffisante pour lui permettre d’être très lente et incomplète, laissant le vin doux , il reste plus de 100g/l sans fermenter.

-Vino Tierno provient de raisins longuement ensoleillés qui donnent des moûts dont la teneur  en sucre est supérieure à 350g/l. La fermentation est arrêtée par ajout d’alcool de vin.

2.Les vins sans ajout d’alcool, parmi lesquels on trouve les doux à partir de 13% vol., ceux élaborés à partir de raisins sur muris, ou provenant de raisins passerillés. Il s’est développé de complexes codifications liées à la couleur ou à densité du sucre avec ajout d’Arrope ou sans, sans compter celles liées au vieillissement :

  • Málaga Pálido, 0 meses
  • Málaga, de 6 a 24 meses.
  • Málaga Noble, de 2 a 3 años.
  • Málaga Añejo, de 3 a 5 años.
  • Málaga Trasañejo, superior a 5 años

Toutes ces dénominations sont très complexes et rebutent les consommateurs.

En outre, on peut se poser la question : pourquoi quelques uns des vins sont-ils si foncés alors qu’ils sont issus de raisins blancs ? Il y a 2 raisons essentielles :

  1. certains subissent un élevage oxydatif, plus ils vieillissent et plus ils sont sombres.
  2. On peut ajouter à certains Málaga de « l’arrope ». C’est un moût de raisin réduit soit directement sur le feu, soit au bain marie. Plus il y aura d’arrope, plus ils vieilliront et plus foncés ils seront.

Ils  pourront s’appeler :

  • « Dorado ou Golden », sans arrope. La couleur sera apportée par l’élevage, elle pourra aller du doré à l’ambre.
  • « Rojo dorado ou Rot gold », jusqu’à 5% d’ arrope se sont des vins dont la couleur va de l’ambre à l’ambre foncé avec des reflets rouges-dorés.
  • « Oscuro ou Brown », entre 5 et 10% d’ arrope, se sont des vins qui peuvent aller de l’ambre obscur à l’acajou foncé.
  • « Color”, entre 10 y 15% d’ arrope se sont des vins qui peuvent aller de à l’acajou foncé à l’ébène.

Certains vins peuvent recevoir des noms complémentaires en fonction de leur élaboration et de leurs caractéristiques organoleptiques: les Secs peuvent s’appeler Dry Pale o Pale Dry, est un vin de liqueur sans arrope, dont la teneur totale en sucre ne dépasse pas les 45 g/l.egro o Dunkel », plus de 15% d’arrope la couleur va de l’ébène au noir.

les Doux peuvent recevoir les mentions Naturalmente Dulce, Dulce Natural, Tierno y Maestro, ou  Dulce Crema o Cream(c’est un vin de liqueur ou vin doux naturel avec plus de 100g/l de sucre, mais inférieur à 140g/l, vieilli et dont la couleur pourra aller de l’ambre à l’ambre foncé ), Pale Cream et Sweet.

Comme on peut le constater, rien n’est simple, sans compter qu’il existe aussi le Pajarete et le Lagrima…

Le Pajarate, c’est tout simplement le nom d’un vin doux populaire de Málaga. C’est un vin de liqueur  avec une teneur en sucre comprise entre 45 et 140 g / litre, soumis à un vieillissement minimum de 2 ans, sans ajout d’arrope et dont la couleur peut aller du doré dorée à l’ambré foncé.
Le Vino de Lagrima, lui, est un vin issu d’un moût obtenu sans aucune pression mécanique, tandis que le Lagrima Christi est un vin de Lagrima avec au moins 2 ans d’élevage.

En 2004, le Conseil Regulador a également  incorporé la DO Pasas de Malaga, pour les raisins secs, dont la production est fortement enracinée dans la province, en particulier dans l’Axarquía, fief du muscat d’Alexandrie.

Quelques domaines tentent de faire renaître le grand Malaga passerillé d’antan.  Et c’est d’un de ceux-là que je veux vous parler aujourd’hui.

Si le plus gros de la production de Malaga est aujourd’hui mutée (voir plus haut), jusqu’au milieu du XVIIIème siècle, ce n’était pas le cas; les authentiques  Malaga n’étaient pas mutés et leurs producteurs étaient très fiers de ne pas avoir besoin du mutage pour voyager.

Pour ce billet, j’ai donc préféré mettre en avant des non mutés; j’ai choisi ceux de Telmo Rodriguez, qui sont parmi les plus intéressants de  l’appellation.

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Les Malaga de Telmo Rodriguez

Telmo Rodriguez est un des plus célèbres œnologues Espagnols. Il a étudié à Bordeaux et fait des stages à Cos d’Estournel, mais aussi dans le Rhône et en Provence (Chave et Trevallon) puis il a travaillé 10 ans dans la propriété familiale Remelluri en Rioja. Il s’en occupe de nouveau avec sa sœur depuis quelques années. C’est un personnage très attachant, cultivé, passionné, brillant, rebelle aussi, et très jalousé ; ça fait presque 20 ans que le connais et j’ai une grande estime pour lui et le travail qu’il a accompli dans tout le vignoble espagnol. En 1994, il a crée avec Pablo Eguzkiza son associé et compagnon d’études, la  Compañia de Viños Telmo Rodriguez, elle a pour mission de mettre en valeur le patrimoine agricole espagnol méconnu.  Tous les projets partagent l’objectif de faire revivre d’anciens vignobles au travers des cépages autochtones et des modes de culture traditionnels. Telmo  avec sa Compagnie, produit des vins dans neuf régions d’Espagne, Rioja, Ribera del Duero, Toro, Galicia, Cigales, Rueda, Celebros, Valdeorras et Malaga, partout, il a su dénicher une magnifique collections de vignes, et,  dans chacune d’elle, il marque la tendance.

Avec Pablo Eguzkiza, ils ont fait renaitre le vin de Malaga. C’est le projet qui traduit le mieux l’esprit de la Compagnie : il avait depuis longtemps en tête la volonté de faire revivre un grand vin doux. Malaga lui a donné l’occasion de réaliser son rêve. Le phylloxera et les différentes crises économiques avaient pratiquement provoqué l’extinction de ce vin, jusqu’à ce que Telmo avec sa compagnie s’attaque à la récupération de l’historique Mountain Wine issu de l’Axarquia. C’ est une région située dans la partie orientale de la province de Malaga,  entre les neiges des montagnes de Grenade et la mer Méditerranée; c’est plus qu’un territoire physique, c’est aussi un territoire spirituel, cultiver la vigne dans cette région accidentée est une tâche héroïque. Les montagnes parsemées de vignobles avec vue sur la mer et les villages perchés comme Competa, Sayalonga, Moclinejo et Almáchar entre autres rappellent un passé mauresque, avec leurs rues étroites et leur blanc immaculé. Cette zone concentre 65 % des hectares cultivés de toute la province. C’est un paysage sauvage aux pentes dramatiquement vertigineuses allant jusqu’à 60% impossible à mécaniser, qui ne convient pas à ceux qui souffrent de vertige. Les sols d’ardoises et de schistes sont de profondeur moyenne en raison de l’érosion et pauvres en matière organique (azote et  phosphore). Ils gardent l’humidité, voilà pourquoi les souches d’âge considérables sont très résistantes à la sécheresse, parce que leurs racines sont profondément introduites dans les couches inférieures du sol, où il y a des réserves d’eau suffisantes.

Les vignobles escarpés de Muscat se sont maintenus grâce à l’industrie du raisin sec, et Telmo les a fait revivre pour cette fois utiliser les raisins pour élaborer ses vins. En même temps qu’il cherchait des vieilles vignes de muscat dans cette zone, Telmo voulait trouver des gens du coin connaissant les méthodes de culture traditionnelles, il s’est installé à Cómpeta avec le producteur local Pepe Ávila qui lui, s’appuyait encore sur une viticulture ancestrale et oubliée. Avila, qui n’avait jamais connu les vins mutés, était convaincu que le vin doux se faisait dans la «pasera» car c’est là que le degré grimpe.

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Paseras

Avant leur arrivée, les vignes étaient à l’abandon, les bodegas historiques se mourraient, Telmo s’est  battu pour que cette zone historique récupère une position qu’elle n’aurait jamais du perdre, d’où l’importance du succès du Molino Real, désormais, la vie est revenue dans le vignoble. Plusieurs années de recherche pour trouver le meilleur équilibre de fermentation, donnèrent naissance au Molino Real, qui n’a jamais voulu être un nouveau vin, sinon le reflet d’un vin qui avait déjà existé.  Molino Real, c’est la récupération d’une tradition viticole, mais c’est aussi un puissant stimulant pour l’économie de la région.

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L’Axarquia

Telmo Rodriguez a sorti son premier Molino Real “Mountain Wine” en 1998.

Pour élaborer ce vin, il s’est appuyé sur des traditions ancestrales de vendanges et de séchage du raisin.

Le vin fit sensation, je n’ai jamais eu  l’occasion de le gouter, mais, la critique est unanime, il parait que c’était un vin d’une grande personnalité dont l’équilibre douceur/acidité  était surprenant. Il a gardé le nom que lui donnait les londoniens au XVIII.

Aujourd’hui vous trouverez sur le marché les vins suivants :

Molino Real 2012

Molino Real est un ensemble de Muscats issus de 9 ha de vignes travaillées en organique, sur la commune de Cómpeta. Il est vinifié comme l’étaient les vins liquoreux de la région jusqu’au 17e siècle, sans mutage à l’alcool, après un passerillage des raisins en extérieur (asoleo). Le processus du séchage relève d’un savoir faire très artisanal. Après avoir vendangé des vignobles très pentus (40 à 60%), les raisins intacts sont placés délicatement dans des caisses, puis sont étendus méticuleusement sur les paseras et ensuite ils sont tournés régulièrement  pour leur assurer une déshydratation homogène. Il faut 10kgs de raisins frais pour obtenir 2,5kgs de raisins passerillés !

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Le temps d’exposition au soleil déterminera les différents niveaux de déshydratation des raisins et les différents types de vins. Plus la concentration de sucre sera élevée, plus il sera difficile de réaliser la fermentation. Fermenté avec des levures indigènes dans des fûts de chêne de 225 litres, le vin est ensuite  élevé pendant 20 mois en fûts de chêne français et mis en bouteilles en juillet 2013.

Un vin doux très aromatique aux jolies saveurs qui rappellent les gâteaux aux fruits secs, les herbes et les abricots. La bouche est complexe , riche et nette,  onctueuse, mais  fraiche, pas trop sucrée, sans aucune lourdeur aromatique ni alcoolique, avec suffisamment d’acidité pour maintenir l’ensemble.  Une très longue finale. Un grand muscat élégant, somptueux et raffiné, une très belle expression des muscats non mutés qui témoigne de la fraicheur des terroirs d’altitude de Málaga…

La production totale a été de 8159 bouteilles de 500ml

PVP: 39,50€

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-Old Mountain 2005

Old Mountain est issu de 2,4 hectares de vignes en propriété et en Bio, situées dans l’ Axarquía à 550m d’altitude. Les raisins sont exposés au soleil pendant environ 7 jours, la fermentation à partir de levures indigènes se déroule dans des fûts de chêne français de 225 litres et vieillit plus de 7 ans en fûts de chêne français. Cette élaboration correspond à l’interprétation que fait Telmo des anciens Mountain Wines.

Mis en bouteille en aout 2013, la production totale a été de 515 bouteilles.

Vol. 15%

Sa belle robe d’un doré brillant, annonce le moelleux de la bouche. On succombe facilement à un nez intense, envoutant, aux parfums de fruits jaunes, de peaux d’oranges, mêlés aux effluves de roses. La pureté de la bouche est attrayante, sa douceur, sa texture onctueuse, jamais écœurante, la fraicheur de fond, son grand équilibre, son fruité, en font un grand vin doux complexe. On oublie que c’est un Muscat, tellement il est élégant.

PVP : 129€

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-MR 2012

Le MR est son jeune Moscatel. Compte tenu des coûts élevés de production du vin, ils ont lancé une deuxième marque MR, dans laquelle le bois n’est plus présent, assez différent du reste des muscats de ce segment. La cuvée Malaga MR 2012 est issue de muscats provenant de plusieurs parcelles sur la commune de Cómpeta. La vigne conduite en gobelet est plantée sur des coteaux escarpés, à une altitude d’environ 550 mètres. Les sols caillouteux et peu profonds sont de nature calcaire avec des schistes noirs du Paléozoïque. Les vendanges sont manuelles en cagettes, la fermentation se fait en cuve à partir des levures indigènes. Mis en bouteille en juillet 2013, la production a été de 22000 bouteilles.

C’est un vin destiné à être bu jeune, il conserve le caractère du Molino Real, avec ses notes de pêche et de laurier, il est frais très variétal, mais élégant.

Il offre un bon volume en bouche, les notes miellées, balsamiques et citriques se mélangent, la bouche est suave, onctueuse,  marquée par des arômes d’abricots,  de coing, de laurier, fruitée et douce. La finale légèrement amère et fraiche s’apprécie. Je dois dire que je comprends le succès de ce vins il sait séduire  par sa délicatesse, la pureté du muscat, la suavité de ses aromes et sa gourmandise. Le raisin très mur laisse place à une fraicheur  et une légèreté surprenantes, que l’on pense impossible dans un tel vin.

Il ne  vous en coutera que 15, 95€ pour avoir accès cette très jolie bouteille.

Vol 13%

 

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Mountain Wine 2007 Coleccion 75 Aniversario Vila Viniteca
Lors de la soirée de Quim Vila, Telmo avait sorti l’emblématique Mountain Wine 2007 de Malaga  élaboré pour la  Colección 75 Aniversario Vila Viniteca.

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L’année 2007 avait été humide, les vendanges se réalisèrent en 2 fois, les 14 et 26 septembre et le passerillage sur les pentes de l’Axarquia a été long. Après un élevage de 27 mois en barriques de chêne français, il a été mis en bouteille le 21 décembre 2009, la production fut de 1050 bouteilles à 13%vol.  L’étiquette est très élégante, riche, la bouteille est bordelaise et bien que se soit un vin doux, le format est de 75cl. Je n’en avais pas beaucoup dans le verre, mais assez pour apprécier son intensité aromatique, la bouche était particulièrement intense, offrant une liqueur très nette, splendide, onctueuse, soyeuse et gourmande, je me rappelle d’un vin fascinant, d’arômes de marmelade d’orange, de thym, de laurier et de camphre, des épices aussi. Le plus remarquable étant son grand équilibre acidité/sucre.-  Je me considère comme très privilégiée d’avoir pu gouter ce nectar!

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En guise de conclusion:

Logiquement, le coût de production de ce style de vins est élevé et les prix aussi. Malgré cela, ces vins ne sont pas rentables, il ne faut donc pas s’étonner de les voir disparaître au profit des vins secs, les producteurs misant notamment sur le potentiel des Muscats secs ou effervescents. Il faut espérer que cette production plus commerciale et plus proche des goûts des consommateurs actuels pourra aider à préserver le trésor que représentent les vins doux de Malaga.

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

 

 

 

 


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Vins mutés (ou pas) (2): a portable drink

 

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The small, rather rundown town of Pinhão in the Upper Douro

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The Upper Douro – undoubtedly one of the world’s
most spectacular wine regions  

It was back in August 1980 that CRM and I first passed through the Douro. We were heading back to the UK after a long summer holiday trip through France, Spain and Portugal, which included some rough camping on Portugal’s Atlantic coast – but that is another story. We drove through Pinhão headed that evening for Braganza.

This was pre-EU days in Portugal – before EU assistance and money transformed the country. I remember thinking we would drive towards Lisbon but soon gave up on the single carriageway road that included all forms of traffic including oxen pulling carts.

A little over a decade later when I had started to write about wine (from late 1988) I was invited to spend the weekend as part of a press at Taylor’s, which included a two-night stay at Quinta de Vargellas in the Upper Douro. We travelled up the Douro by train on the magical line that hugs the river – one of the great train journeys of the world starting from the highly atmospheric São Bento station in central Porto.

In those days in the early 1990s tourism in the Douro was hardly existed. There were few places to stay unless you were part of the wine trade or wine press, so were invited to stay in a quinta during the harvest.

A recent #winelover trip to Porto and the Douro underlined how much has changed. A new section of motorway has transformed the time it takes to get from Porto to the middle and upper Douro. It is now just an hour of 15/20 minutes from Porto to Régua. making day trips to the valley easy and practicable.

At the same time Porto itself has undergone a remarkable transformation in just  a couple of years. Two years ago there were plenty of derelict buildings in the centre, Now that has all changed with fashionable shops and buzzy restaurants moving in and the town is packed with visitors.

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The iconic centre of Porto 
(above and below)

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Port, of course is one of the attractions of coming to Porto and the Douro, although its importance has been a little diluted by the rising of the still wines of the Douro.

I have to confess that my feelings towards Port have long been rather ambivalent. Although I have been privileged to drink old Vintage Ports, which can be very fine, I find younger vintage Ports and LBVs etc. to be much less interesting than good Vins doux Naturels from the Roussillon be they Rivesaltes, Maury or Banyuls. I suspect that the genesis for Vintage Port was on the playing fields and dining rooms of English boarding schools.

Happily from recently spending generous amounts of time in Portugal – both in Porto and Lisbon – I have become increasingly enamoured with wood aged Ports – be they Tawnys or Colheitas, which I find have very considerably greater complexity and interest. Colheitas are single vintage wood aged Ports, while Tawnys are released as 10 YO, 20 YO, 30 YO, 40 YO – in the styles of where the average Port of of the stated age.

In September I was privileged to attend two remarkable Port tastings – one in Villa Nova de Gaia and the other at Niepoort up the Douro.

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1948 Porto Niepoort
– a lovely complex treat 

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Finally the lovely Andresen 10 YO White Port is a reminder that these Ports can be complex and not just suitable for Port and tonic – refreshing as they are on a hot Douro day.

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Movembre 


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Vins mutés (ou pas) (1) : La tradition du Xérès est-elle en perdition?

Tout au long de cette semaine, Les 5 du Vin vous proposent une série sur les vins mutés, vinés, fortifiés (ou parfois simplement passerillés)  placée sous le signe de la diversité des origines et des styles (celui des vins comme celui des goûts des auteurs). C’est notre ami David qui s’y colle le premier, avec sa majesté le Jerez…

 img_7872Un des bars de mon pèlerinage si agréable mais aussi un peu frustrant

En défendant ces vins extraordinaires qui sont les Jérez/Xérès/Sherry (je vais parler dans cet article surtout des secs) j’ai parfois l’impression d’être le défenseur d’une cause perdue. Il est possible que Michel Smith pense sur les mêmes lignes, lui qui connaît ces vins-là bien mieux que moi. Il nous le dira peut-être. En tout cas, un très récent voyage en Andalousie m’a permis de constater l’absence presque totale de ces vins, à part quelques Manzanillas, sur les cartes de vins.

De surcroît et j’étais presque la seule personne à en demander et à en boire dans ces bars ou salles de restaurant remplies, essentiellement, de locaux. Tout récemment, sur ce blog, j’ai écrit sur deux autres régions ayant également une longue tradition des vins mutés et ayant, je pense, un peu de mal à les vendre de nos jours: Banyuls et la Barossa Valley en Australie.

Les vins de flor de Xérès constituent une sous-catégorie à part parmi les vins mutés car ce mutage intervient à la fin de la fermentation : les Xérès sont donc, pour la plupart, parfaitement secs. Je ne rentrerai pas ici dans les détails d’élaboration des différents types de Xérès, car non seulement l’affaire est complexe, mais ce n’est pas le but de mon article qui relève plutôt du mini-reportage anecdotique.

img_7873Je sais que ce n’est pas le sujet, mais la morcilla de cette charcuterie est une vraie splendeur, bien relevée et presque sans gras

Au moment d’écrire ces lignes, je me trouve dans la province d’Andalousie, dans le Sierra Nevada non loin de Granada. Le but de mon voyage n’est pas professionnel : je suis venu voir des amis qui y vivent et marcher un peu dans la montagne et dans les villes aux alentours avec eux. Un dernier bain de mer de l’année (et tout cas pour moi) fut aussi au programme.

Après nos marches, il faisait bon s’arrêter dans un bar pour boire une bière suivie, dans mon cas du moins, par un verre de Xérès. Les bouteilles de Manzanilla, et plus rarement aussi de Fino, sont là, au frais, mais je constate en général que je suis le seul dans le bar à en demander : bière, café ou coca-cola y règnent, presque exclusivement, et je n’y vois que rarement un verre de vin. Je sais que la consommation de vin est en baisse dramatique en Espagne, bien plus encore qu’en France. Je crois même que les Espagnols consomment moins de vin par habitant de nos jours que les Britanniques ! Mais là, j’en ai l’illustration devant mes yeux, d’une manière quotidienne, et ce n’est pas la première fois que je le vis. Dans les bars à tapas de Grenade, un vendredi soir, les choses se passent autrement car il y a une consommation plus importante de vin. Mais la bière tient toujours une part importante. En revanche, le Xérès (ou son cousin de la région de Cordoba, le Montilla-Moriles) est presque totalement absent. D’ailleurs si vous demandez un vin de Jerez, on vous regarde avec de grands yeux. Manzanilla semble être le principal type de Jerez connu par ici.

img_7876J’aimerais tant qu’un tel panneau soit posé à l’entrée de chaque bar et restaurant. On peut toujours rêver !

Voici quelques vins dégustés lors de ce périple. Ils ne sont pas le fruit d’une recherche poussée auprès de bars-à-vins à la mode des grandes villes, mais plutôt le reflet de la réalité dans les bars modestes des villages, tout aussi modestes, et de quelques villes de cette région de montagnes.  Il faut aussi faire attention en commandant une manzanilla dans un bar non-spécialisé, car une fois, on m’a apporté une tisane à la camomille, le même mot désignant les deux substances !

img_7890A Quentar, un peintre en bâtiment tente de rivaliser avec le ciel, sans totalement y arriver

Au Bar Perico (qui signifie perroquet) à Quentar : une Manzanilla Fina ???? (j’ai oublié de noter son nom et ma photo ne m’éclaire pas trop). Vin frais, fin et directe, goût d’amande amère, légèrement salin. Mais les autres consommateurs boivent de la bière ou du coca

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Bar l’Auténtico à Güejar-Sierra, la Manzanilla La Guita. Davantage de fruit mais le même degré de finesse. Délicieuse salinité aussi.

Puis un grand classique: le Palomino Fino Tio Pepe. Plus de force et de longueur que la Manzanilla. Ce vin très largement diffusé dans le monde est d’une régularité exemplaire.

 

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Sur la route vers Jaén et Ubeda, dans un relais routier : la Manzanilla Muyfina, de Barbadillo. Correcte, sans plus.

 

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A Ubeda, dans un bar a tapas, la Manzanilla Papirusa, de Lustau. Peut-être le meilleur jusqu’à présent, alliant la finesse à une certaine force. Belle longueur.

 

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A Grenade, dans un bar à tapas, à côté de l’arrêt des autobus, la Manzanilla Solear de Barbadillo. Excellent, de la complexité et une bonne longueur, très savoureux.

 

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Puis, pour (presque) finir, un autre produit de Barbadillo, acheté dans un petit magasin de bord de mer, dans un village situé au nord d’Almeria et appelé Rodalquilar : Manzanilla Solear en Rama, Suca de Primavera 2016. Très iodé et puissant au nez, bien plus riche en bouche, saveurs d’amande amère et d’herbes. Là on commence à causer sérieusement car celui-ci a beaucoup de répondant  (prix pour une demi-bouteille : 7,50 euros). J’ai oublié de préciser que ce type de vin se consomme jeune et frais, et le fait d’avoir un millésime dans ce cas (il était le seul d’ailleurs), aide à nous situer l’âge du vin.

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Selon ce que j’entends de mes amis, les gens de Cordoue et des environs considèrent que les vins de Montilla Moriles sont supérieurs à ceux de Xérès. Querelle de clocher sans doute. En tout cas, dans la même boutique, j’étais tenté d’acheter une bouteille d’un Palo Cortado 100% Pedro Ximenez, vieilli 5 ans en barriques de chêne américain, le Palo Cortado Cruz Condé, DO Montilla Moriles; et j’ai cédé, bien entendu : robe brune aux reflets verdâtres, le nez n’est pas très expressif mais en bouche, on trouve cette fascinante combinaison entre concentration par l’oxydation, qui donne une  belle complexité aromatique des saveurs grillées et rôties, puis une finale presque sans trace perceptible de sucre, à part un lointain écho de miel de foret. Il est même assez austère. Un vin pour une méditation automnale en regardant la lumière baisser sur la Sierra Nevada.

img_7892Avant hier soir, les première neiges de l’année sont tombées sur les cimes de la Sierra Nevada. Les olives attendant leur récolte….

David (texte et photos)