Les 5 du Vin

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2016 Vignes, Vins Randos + 53 YO Viña Sol

It is that time of year again – Vignes, Vins, Randos 2016 is on this coming weekend Saturday 3rd and Sunday 4th September. Full details here

Unfortunately I have never been in the Loire recently in time for Vignes, Vins, Randos, which is a pity as I have friends who speak highly of these events. Instead I tend to come to the Loire a week or so later for the harvest.  

 

This year’s Randos from West to East:
Muscadet Côtes de Grandlieu
Muscadet Sèvre et Maine La Haye-Fouassière
Coteaux d’Ancenis
Quarts de Chaume Grand Cru/Coteaux du Layon 1er Cru Chaume
Bonnezeaux
Anjou Villages Brissac
Coteaux de l’Aubance
Saumur Brut Fines Bulles
Saumur Champigny
Chinon
Touraine Azay-le-Rideaux
Vouvray
Touraine-Meland
Jasnières/Coteaux du Loir 


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53 Year Old – Viña Sol

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When it is not raining the Scottish Highlands are magnificent. We have spent all of August in Newtonmore, apart from a Noah’s ark expedition to saturated Islay. There is, however, one drawback here – a limited selection of wine available in the local villages with the Co-op supermarket being the nearest source.

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This isn’t entirely a drawback as it is an opportunity to try wines that we don’t often drink. The 2015 Viña Sol from Torres is a prime example. We have enjoyed several bottles of this Torres classic that was launched in 1962, so the 2015 is the 53rd vintage. Made from a blend of Parallada and Granacha Blanca, the 15 is an attractive combination of ripe fruit with clean fresh finish at 11.5% Very well made the Viña Sol is particularly good value at its current co-op price of £4.99 – £2 off the listed price.

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Plaimont, toujours Plaimont…

Je reprends le flambeau sur la pointe des pieds, comme promis, un dimanche matin quand l’aube ne blanchit pas encore tout à fait la campagne.

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En bon opportuniste, j’en profite pour revenir à Saint-Mont, sur le parvis de la cave coopérative de Plaimont, édifice magistral s’il en est (pur jus années 50/60), tant en terme de production que vu sous l’angle commercial, comme l’a si bien relevé David lequel, en deux parties (voir plus bas), nous a tout dit sur les qualités de ce groupe, qualités qui se marient à un état d’esprit « naturel » et non feint de ses adhérents, un fighting spirit gascon en diable plus optimiste que jamais, une entraide, des initiatives bien orchestrées, bien ciblées, une grande modestie aussi. Sans vouloir faire mon intéressant, j’avais exploré le sujet lors d’une virée jazzistique à Marciac qui remonte à quelques années, article que vous retrouverez ici-même.

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Joël Boueilh, le président, à l’oeuvre lors du Festival de Marciac

Or, il se trouve que j’étais, début août, de nouveau dans le Gers, convié par le groupe à venir profiter du JIM (Jazz In Marciac, pas notre Jim à nous !), festival que les viticulteurs de Plaimont encouragèrent dès ses débuts et qui va l’an prochain célébrer son quarantième anniversaire. Pour reprendre une vieille d’habitude, j’en ai profité pour rencontrer le jeune président de Plaimont, Joël Boueilh et réclamer une dégustation en bonne et due forme en compagnie de l’incomparable André Dubosc toujours coiffé de son béret.

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Participaient à la dégustation (de gauche à droite) : Diane Caillard (ex relations publiques), Noémie Carson-Lalanne (communication), André Dubosc (« mémoire » de Plairont, pour une fois sans béret) et Christine Cabri (oenologue).

Bien entendu, lorsque l’on sait que Plaimont c’est, en gros, 40 millions de bouteilles par an, dont 8 millions rien que pour le blanc « Colombelle » que je bois presque sans retenue lorsque je suis là-bas, en Gascogne, je connais quelques esprits soit disant libres qui ne manqueront pas de me dire que je fricote avec les gros metteurs en marché, les pisseurs de vignes, les faiseurs de fric. Comble de l’horreur, Plaimont est sur le point de mettre sur pieds un audacieux projet associant vin et vacances au sein de la grande abbaye de Saint-Mont qui leur appartient. Alors oui, je suis vendu au diable ! Et comme le souligne justement David dans ses articles (voir ICI et ICI aussi), les vins de Plaimont sont tellement bons que je ne me priverai pas d’en parler de nouveau en vous livrant mes notes de dégustation. Par chance, comme j’ai horreur des doublons, la plupart des vins ne furent pas goûtés par David ce qui me permet de ne pas le copier ! Et puis, j’ai ajouté quelques rosés et blancs moelleux, sans oublier le seigneur Madiran.

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Commençons donc par les blancs secs.

Côtes de Gascogne 2015, Colombelle « L’Original ». Ce best-seller a débuté en 1976, puis fut lancé officiellement en 1998 après un voyage technique en Allemagne. C’est du Colombard, avec aussi 20 % d’Ugni blanc, pour un vin techno en diable mais furieusement dans l’air du temps. Du gras, pas mal de longueur, un fruité judicieusement mêlé à l’amertume fraîche, moi j’aime, même sur les huîtres ! 5 € (cavistes).

Côtes de Gascogne 2015 « Caprice ». Un petit nouveau qui adopte l’élevage sur lies et tourne autour de 200.000 exemplaires. Le nez est fin et délicat, la bouche nettement plus souple que le premier blanc, légèrement épicée, mais un peu courte à mon goût. 6 €.

Côtes de Gascogne, Domaine de Cassaigne (secteur de Condom). Une seule mise récente pour ce blanc salin au nez, doté d’une certaine fermeté en bouche, mais assez simple dans sa configuration. Gros Manseng avec 30 % de Colombard. 7 €.

Saint-Mont 2014 « Les Vignes Retrouvées ». Je me souviens de l’enthousiasme provoqué par la dégustation à Paris du premier millésime, en 2001, je crois. Ce joyau blanc de l’appellation (depuis 2010 après avoir été VDQS en 1981), élevé sur lies en cuves de 150 hl, tient toujours ses promesses. Richesse, gras, épaisseur, longueur, c’est un vin que je réserve pour une belle fricassée d’anguilles. Gros Manseng en majorité, comme souvent ici, mais avec 20% de Petit Courbu et 10% d’Arrufiac. Le même, en 2007, a gardé toute sa longueur même s’il me semble un peu fatigué sur le plan aromatique. 7,50 €.

Saint-Mont 2014 « Cirque Nord ». Fermenté en cuves avant un élevage de 10 mois en barriques d’un, deux ou trois vins, on a dès l’attaque pas mal de rondeur, de volume, avec une très agréable finale sur la fraîcheur. Du beau travail sur le Gros Manseng qui représente 90% de l’encépagement complété par le Petit Courbu. 35 €.

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Quelques rosés assurent la liaison

Saint-Mont 2015 « Nature Secrète ». Un bio de coteaux, tiré à 7.000 exemplaires. Simple et facile avec une petite touche de fruit poivré, sans plus.

Saint-Mont 2015 « Le Rosé d’Enfer ». Le contraire du précédent : droit, vif, c’est à l’apéritif qu’il faut le boire. Même sur des magrets fumés !

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Des rouges, c’est inévitable

Côtes de Gascogne 2015 « Moonseng » (secteur de Condom). Merlot et Manseng noir (40%) pour 12.000 bouteilles, ce dernier cépage est replanté à raison de 10 ha dont 4 en production sur des sols argilo-calcaires. Cela donne un vin très intéressant, doté d’un beau volume, d’une certaine profondeur et de tannins légèrement sucrés. Agréable maintenant et d’ici 4 ans. 7 €.

Saint-Mont 2014 « Béret Noir ». Un de mes favoris sur le confit, la cuvée existe depuis 2009 et met en scène le Tannat (70%) complété par le Cabernet Sauvignon et le Pinenc avec un élevage (cuve uniquement) particulièrement soigné. Très joli nez, forte personnalité en bouche, amplitude et tannins assez marqués mais supportables. On peut commencer à le boire sans trop se presser. 7 €.

Saint-Mont 2012, Château du Bascou. Robe profonde, joliment boisé au nez avec un surplus de cuir et de fourrure pour un vin assez étriqué, très bordelais dans le style, long, puissant et chaleureux. Même encépagement que le précédent à partir de Tannat planté en 2001 à 8.000 pieds/hectare. 12 € (GMS).

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Saint-Mont 2014 « La Madeleine » (secteur de Marciac). Nez fin, discret, réservé pour cette cuvée issue d’une parcelle plantée en 1891. C’est le troisième millésime de cette bouteille haut de gamme (plus de 35 €) à la fois ferme, dense, bien structuré, plein d’ardeur aux tannins cachés, comme enfouis. Leur heure viendra probablement avant la fin de la décennie. Le mieux noté des rouges.

Saint-Mont 2015 « Vignes Pré-phylloxériques » (secteur de Saint-Mont). Premier millésime de cette cuvée : 2011. Il s’agit d’un très vieux Tannat sur un sol de sable fauve dorloté par son propriétaire qui a redressé les vignes avec amour. Magnifique nez sur le fruit rouge sauvage mais bien mûr. Bouche puissante, chaleureuse, intense, mais étonnement tendre avec de superbes tannins souples et poivrés. Compter au moins 65 € départ cave, sachant qu’il n’y a que 1.500 bouteilles de ce vin.

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La vieille garde trinque à la nouvelle génération : André Dubosc (béret) et Loïc Dubourdieu, de la Cave Coopérative de Crouseilles.

Quelques Madiran en passant

Et quelques mots aussi. À force de goûter de bons Saint-Mont rouges, tous à base de Tannat, on est tenté de faire le rapprochement avec Madiran dont l’aire est voisine. Or, dans le giron de Plaimont, il ne faut pas oublier la cave de Crouseilles, la béarnaise, souvent citée dans les guides pour la régularité de ses vins de Madiran et leur accessibilité. Je pensais récemment que l’appellation Madiran était quelque peu endormie, comme en veilleuse. Serait-ce parce que les journalistes sont encore nombreux à ignorer ce coin du Sud-Ouest assez excentré et peu porté – pour l’instant – sur la communication à grande échelle ? Toujours est-il qu’en dehors des classiques (Berthoumieu, Brumont, Capmartin, Labranche-Laffont, Laplace, Barréjat, Crampilh, Sergent, Viella, etc), les jeunes de la cave de Crouseilles, fortement encouragés par l’équipe de Plaimont, sont en train de bouger, à l’image de Loïc Dubourdieu, le maître de chais (et œnologue) qui est venu me présenter quelques nouvelles cuvées mises en route depuis 2012 avec une demi-douzaine de viticulteurs passionnés et volontaires. De ce travail il résulte une série sensée montrer le meilleur de chacun des principaux terroirs de Madiran, le tout sous le nom générique de « Marie Maria » reprenant ainsi l’origine même du nom de Madiran, village connu jadis sous le nom de Maridan, du latin « Maria dona ». Le but évident est de rajeunir l’image que l’on a encore des vins d’ici, lourds, excessifs que ce soit en alcool ou en tannins. Hélas, cette gamme est pour l’instant réservée aux cavistes et à la restauration… Mais en allant sur place, je suis sûr que l’on peut se procurer la plupart des échantillons goûtés au prix que j’indique.

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Madiran 2012 « Novel ». Assemblage des trois « terroirs » qui suivent (nappe de Maucor, argilo-calcaire et argiles graveleuses), voilà une cuvée au nez abouti et aux tannins grillés avec une belle sensation de fermeté, une bonne longueur et une finale bien conduite. Tannat, bien sûr, mais aussi Cabernets, Franc et Sauvignon. 9 € départ.

Madiran 2013 « Veine ». De la précision dès l’attaque, fraîcheur, densité, tannins présents mais discrets et longueur rassurante. Par la suite un échantillon plus récent m’a été adresse, un 2014 tout aussi beau que le 2013, mais avec un peu plus de souplesse et de très agréables notes de fruits rouges chocolatés et toastés. On a des tannins tendres, bien épicés et poivrés. Tannat et Cabernet Sauvignon. 12 €.

Madiran 2014 « Argilo ». D’abord un échantillon prêt à la mise superbe de robe aux tannins bien fermes mais pas dérangeants et aux jolies notes boisées accompagnées d’une belle longueur. Le même vin reçu et goûté plus tard, après la mise : solide, épais, bien en chair, sur le fruit et généreusement épicé, il regorge de tannins laissant une légère amertume en finale. À garder au moins 5 ans. 12 €.

Madiran 2014 « Grèvière ». Un échantillon récemment mis en bouteilles et goûté (deux fois, avec 24 heures d’intervalle) chez moi : robe profonde, nez fin, boisé/épicé sans fausses notes, bouche juteuse et pleine, faisant ressortir des tannins fermes mais joliment fruités (coing) sur des notes corsées et très laurier en finale. Commence à bien se goûter après une mise en carafe, mais il serait préférable d’attendre au moins 3 ans que le vin se fonde un peu. 12 €.

Madiran 2001 « Bonificat ». Comme au début, il s’agit de l’assemblage des trois terroirs cités plus haut, mais avec un élevage plus poussé. Robe noire, très joli nez sur la finesse accentué par des notes de cerise noire et des touches boisées. Belle matière et tannins souples en bouche, le vin commence à être prêt à boire. Un pur Tannat, 25 €.

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Et des douceurs pour conclure

Pacherenc du Vic-Bilh 2014 « Novel ». Un sec tout en rondeur avec une jolie bouche faisant penser à une promenade forestière. Gros Manseng avec 20% de Petit Courbu, le tout élevé moitié cuve, moitié barriques (1 à 2 vins). 9 € départ.

Pacherenc du Vic-Bilh 2013 « Lutz ». Superbe douceur avec un nez très ensoleillé et des touches assez boisées en bouche où l’on devine aussi une pointe de truffe blanche. Un vin long et charnu que j’aime à l’apéritif sur de petits toasts de foie gras mi cuit. Les trois terroirs sont présents, mais c’est le Petit Manseng, associé au Gros Manseng, qui remplace de Petit Courbu. 13 €.

Pacherenc du Vic-Bilh 2012 « Bonificat L’Hivernal ». Magnifiquement soutenu par une belle structure, c’est un foisonnement d’arômes (caramel doux, fruits confits, agrumes, etc) que l’on a en bouche dans ce vin issu de raisins passerillés sur souches. Avec une sacrée belle longueur. Sur un Tatin de pêches ou de beaux fromages persillés. Les trois terroirs sont dans cet assemblage Petit Manseng et Gros Manseng. 32 €.

 

Michel Smith

(Photos : Brigitte Clément & Michel Smith)

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Le vignoble de l’abbaye de Saint-Mont

 


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Suite paysagère en Côtes du Rhône

Un vin n’est pas simplement le produit d’une fermentation maîtrisée, c’est avant tout la synthèse, ou mieux, la quintessence d’un ensemble de choses…

Chose !

Un terme vague pour parler de tout ce qui compose ce nectar culturel. Sol, vigne, vigneron, climat… se réfèrent à la terre, au palpable, au concret, à ce qui nourrit le raisin, l’élève, le transforme. Mais il manque pour être complet l’histoire, la culture de l’endroit, les influences proches ou lointaines, le savoir-faire… qui personnalisent la transformation du raisin. Cet ensemble de choses architecturent le paysage dans lequel se love le vignoble, le sertissent ici dans la roche, l’étalent ailleurs dans la plaine, le tapissent là-bas au creux d’une combe. Les paysages viticoles sont multiples et conditionnent en grande partie le style des vins produits dans chaque espace particulier.

L’étude

Le syndicat des Vignerons des Côtes du Rhône s’est penché sur cette architecture particulière et fédératrice qu’est un paysage viticole et en a identifié 16 tout au long de la Vallée. Une série d’entités qui sont autant d’endroits, à la fois proches et différents, qui se démultiplient et forment un véritable patchwork loin de l’uniformité que peut dans l’esprit commun suggérer un environnement viticole.

L’étude ne s’arrête au simple recensement des dits paysages, mais en fait un outil pour les valoriser, les protéger, les développer, les faire découvrir, … et puis, elle tisse le lien entre cette foule d’entités si différentes qui pourtant grâce au Rhône s’entrecroisent.

Un livre en est issu « Paysage et environnement des Côtes du Rhône »

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http://www.syndicat-cotesdurhone.com/paysage-et-environnement-des-cotes-du-rhone-donnez-votre-avis-484-page.html

Pas moins de 16 paysages différents, intitulés Vigne …,  y sont décrits, en voici deux exemples librement commentés…

Vigne héroïque et vigne à portée de main

 L’une à l’extrême nord de la Vallée, l’autre au sud d’Avignon, la vigne fait le grand écart, à la fois en distance et en perspective.

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Perspectives bien particulières qui engendrent une vision paradoxale de ces deux vignobles. Le premier, qui couvre les appellations Côte Rôtie et Condrieu, semble à portée de main, comme dessiné par la main d’un géant. Hachures vertes sur fond gris, les deux entités tapissent de leur patchwork une verticalité qui rapproche le paysage à la façon d’un zoom.

L’autre, avec ses grands aplats bordés de haies, semble s’éloigner à chaque pas. On n’en voit jamais l’ensemble, la vigne se cache comme une vaguelette balayée par le vent.

La vigne héroïque

 Laurent Combier juillet 2013 081

 

Héroïque est bien le mot ! Mais il faut y marcher pour bien comprendre le pourquoi du terme. La pente y est raide et le travail ardu. À certains endroits, on se croit suspendu dans le ciel. Le massif du Pilat, fait de schiste et de granit, s’arrête net en bordure du Rhône. Pour encore amplifier l’escarpé, les coteaux se voient incisés par une multitude de petites rivières qui découpent en lanières comme une frange la bordure rocheuse. C’est là que l’homme a choisi de cultiver la vigne. Heureusement, la renommée du vignoble garantit le prix du labeur.

La structure paysagère

Les villages se lovent au pied des coteaux, comme Ampuis, ou parfois se sertissent dans l’angle d’un vallon ou s’accrochent à un éperon rocheux. Malleval en est un exemple remarquable. Petite cité médiévale, elle connut une certaine richesse durant l’essor de la soie lyonnaise. Elle offre aujourd’hui une balade agréable entre maisons moyenâgeuses et anciennes installations « soyeuses ».

Les échalas, le mode de conduite de la vigne, foisonnent. Ils zèbrent, aidés des murets de pierres sèches, le vignoble de traits noirs et gris.

Les actions locales

Laurent Combier juillet 2013 088 

Les vignerons sont les premiers acteurs du paysage. D’eux dépend sa sauvegarde, mais aussi son organisation, sa beauté. À la façon d’un peintre, ils peuvent colorer du vert de l’enherbement les rangs de vignes et trouver ainsi une alternative au désherbage qui dans ces pentes fulgurantes où la concurrence entre végétaux reste souvent l’unique solution. Plusieurs domaines participent à l’expérimentation qui recherche les meilleures variétés de graminées pour un enherbement définitif.

Assis entre deux échalas, un verre à la main

S’installer au sein du paysage pour déguster quelques flacons s’avère être une excellente façon pour découvrir la production locale. Mais quelle production ! Qui choisir, entre Ampuis et Limony. Quel vigneron de Côte Rôtie, de Condrieux, d’une partie de Saint Joseph ou encore le mythique Château Grillet, le choix paraît vraiment difficile…

Au hasard des rencontres… Le Domaine Clusel-Roch et sa cuvée Viallière 2014, pourpre sombre, elle hume la racine d’iris et la violette aux coroles maculées de jus de griotte et de framboise. En bouche la fraîcheur extasie, ample elle nous envahit et nous mène aux épices, poivre noir et cumin,  qui soulignent le fruité. La texture apparaît dense. Les tanins encore un rien hérissé renforcent structure et signent de leur grain le caractère du vin.

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Vendange manuelle partiellement égrappée, macération 3 à 4 semaines, élevage de 2 ans en pièces dont 30% neuves.

www.domaine-clusel-roch.fr

Un Condrieu avant de migrer vers le sud: l’incontournable Coteau de Vernon 2013 du Domaine Vernay. Tout doré aux nuances émeraude, il respire la rose et le mimosa teinté d’un rien de violette, fragrances florales qui mettent la bouche en d’excellentes dispositions. Délicate, cette dernière n’en oublie pas l’ampleur qui sied au grand vin. La voilà donc aérienne avec une accroche bien terrestre, ce minéral qui tend grâce à sa fraction cristalline la structure et compense finalement la carence acide. Sur cet équilibre viennent se poudrer les épices, s’enraciner les fleurs et se répartir les fruits, baies et charnus au croquant espiègle et succulent. Nous voici ravi de tant de raffinement.

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Les Viognier approchent les 80 ans et poussent, plantés à 10.000 pieds/ha, sur une terrasse granitique exposée au sud sud-est. La vinification se fait en barrique comme l’élevage de 18 mois dont un quart en pièces neuves.

www.domaine-georges-vernay.fr

 Grand écart

La vigne à portée de main

 À l’autre bout des Côtes du Rhône, au sud-est d’Avignon subsiste un large ruban de terrasse Villafranchienne, faite des mêmes galets roulés que les mythiques castels papaux.  Le plateau s’entrecoupe de haies vives et de bosquets, ce qui raccourcit la perspective. Seuls les coteaux en bordures offrent un large panorama sur la plaine potagère du Comtat, un vue imprenable d’Avignon et pointe au  loin les reliefs, Ventoux, Luberon, Monts du Vaucluse. Haute de 115 mètres, l’ancienne terrasse alterne paysages fermés et ouverts, ombre et lumière, à la façon bocagère.

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Un bon moyen de la parcourir

Certes le terrain souvent ombragé permet même au plus chaud de l’été de se balader parmi les vignes, mais la bicyclette apparaît comme le moyen le plus efficace et le plus ludique pour comprendre presque dans son entièreté l’entité. Deux parcours y sont balisés, un court de 6 Km et un plus long qui fait une boucle de 16 Km, du sommet jusqu’au bord de la Sorgue. Les circuits traversent parcelles, coupent les haies de cyprès, s’abritent derrière les récents talus enherbés, remontent les coteaux, …

www.provence-a-velo.fr/circuits-velos/VTC/offres-100-1.html

Une appellation phare… et toute neuve!

Si le sud-est d’Avignon offre un bel échantillonnage de Côtes du Rhône, il abrite également la dernière arrivée des Côtes du Rhône Villages avec nom de commune. C’est entre cyprès et feuillus brise-vent, le Mistral peut y être redoutable, que gisent les Côtes du Rhône Villages Gadagne. L’entité emprunte son nom au village de Châteauneuf de Gadagne.

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Assis à l’ombre d’une haie, un verre à la main

 Gadagne 2014 Domaine des Bois de Saint Jean

La robe grenat clair, il offre un nez grillé comme la tartine de pain que l’on couvre de  confiture de fruits rouges parfumée de cannelle et relevée de poivre. La bouche, suave et fruitée comme le nez, s’ouvre sans rechigner et offre d’emblée impressions de garrigue et léger fumé. Les tanins bien mûrs tissent le fond soyeux et la bonne longueur nous fait découvrir les épices qui bientôt souligneront le fruit.

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Assemblage de 85% de Syrah et 15% d’autres, vinifiés et élevés en cuve inox.

www.domaineduboisdesaintjean.fr

Fragment d’histoire

 Avant de quitter l’endroit, rappelons que c’est le lieu de naissance de la Coupo Santo le célèbre poème et chant écrit par Frédéric Mistral pour remercier la délégation d’écrivains et d’hommes politiques catalans venus encourager le mouvement de défense de la culture provençale au milieu du 19es.

Prouvençau, veici la Coupo
Que nous vèn di Catalan
A-de-rèng beguen en troupo
Lou vin pur de noste plan

= Provençaux, voici la coupe
Qui nous vient des Catalans.
Tour à tour buvons ensemble
Le vin pur de notre cru…

Ciao

 

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Marco

 

 

 

 


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Chardonnay week (4): les Chardonnays d’Espagne

Dans les années 80 et 90, l’Espagne ne s’est pas singularisée par rapport à la tendance mondiale, elle a introduit de manière significative le chardonnay et le cabernet sauvignon dans ses vignobles. Cette invasion s’est d’ailleurs faite bien souvent au détriment de cépages autochtones, qui ont été arrachés, et a beaucoup favorisé une certaine uniformité du vin. La Catalogne (Costers del Segre, Conca de Barbera, mais surtout Penedès), a été pionnière, dans cette implantation, à tel point que le chardonnay est maintenant considéré comme autochtone dans cette zone; la Navarre et le Somontano ont suivi. Ce furent les régions qui en plantèrent le plus, pensant que cela favoriserait une meilleure commercialisation internationale. Je pense que certains doivent le regretter à ce jour.  Mais on retrouve aussi le chardonnay en Castille, notamment dans la Mancha avec des rapports qualité/prix incroyables, à partir de 3€ la bouteille. Il n’en reste pas moins que la liste des DO espagnoles qui autorisent le chardonnay est énorme. En 2009, il y avait 6.542ha de Chardonnay en Espagne (contre 649 en 1990), 48% se trouvant en Catalogne, 21% en Castille la Mancha, et 13% en Aragon.

Tout comme dans le Nouveau Monde, les idées reçues sur les chardonnays espagnols sont tenaces chez la plupart des amateurs qui les considèrent comme des vins sans beaucoup de personnalité, ou excessivement riches et boisés. A vrai dire, bien souvent, ils n’ont pas tort.

Mais ici aussi, les choses ont évolué :

  • du coté du grand public d’abord, qui après avoir encensé ces vins, les rejette maintenant au profit de cépages autochtones comme le verdejo, l’albariño ou le godello.
  • du coté des domaines qui ont allégé leurs vins et maîtrisent beaucoup mieux le boisé.

Je vous parlerai des chardonnays qui ont le plus de succès auprès du public.

-Enate Chardonnay Fermentado en Barrica 2014 Somontano

Domaine créé en 1991, Enate (500ha) fait figure de référence pour l’appellation Somontano . Ses étiquettes reproduisent des œuvres de grands maitres de la peinture, comme celles de jeunes artistes.

Ce vin a été élevé 6 mois en barriques de chêne français, puis 6 mois en bouteille. Un grand classique, un vin très apprécié et recherché, le style est celui de la plupart des chardonnays espagnols dans cette gamme de prix. Un nez très exubérant de fruits tropicaux comme l’ananas, le pamplemousse, associé à des notes toastées, fumées apportées par l’élevage. La bouche est dense, grasse et crémeuse, avec une acidité finale bien présente et toujours la touche de boisée. Le vin est équilibré malgré sa finale doucereuse.

Vol.: 14,5º

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Un vin technologique bien fait, le cépage disparait derrière les notes boisées, c’est certain, mais la tendance à confondre la typicité du chardonnay avec cette expression donnée par la barrique est très répandue. C’est un vin qui plaît à un large public, il est donc respectable.

PVP 15,50€

-Chivite Colección 125 Blanco 2012 Navarre

Si la fondation de la Maison Chivite remonte à 1647, la gamme Colección 125 a été commercialisée en 1985 en commémoration des 125 ans de la première exportation, en 1860. Ce sont des vins dont la production est limitée, issus des meilleurs vignobles. Le Chivite Colección 125 Blanc est considéré comme un  des meilleurs vins blancs d’Espagne. Je me rappelle encore de ma surprise, quand je suis arrivée à Barcelone, devant le succès de ce vin. C’était en 2001; le vin, sous allocation, était très attendu par les clients qui ne pouvaient disposer que de quelques bouteilles. Les choses ont bien changé aujourd’hui; s’il fait toujours partie des meilleurs blancs espagnols, il n’est plus aussi recherché. Beaucoup de concurrents sont arrivés sur le marché !

Elevé 10 mois sur lies en barriques de chêne français, il offre lui aussi le style très classique des chardonnays espagnols, mais avec plus d’intensité et de profondeur.

Le nez est très expressif et assez complexe, il développe un mélange de notes florales, de plantes comme l’acacia, la verveine, de notes citriques, de fruits tropicaux subtils, comme la mangue, et de fruits secs, noisettes, associées aux inévitables notes boisées, mais cette fois-ci bien intégrées. La bouche est riche, savoureuse et persistante, la finale est fraiche.

Vol.: 13,5º.

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Un vin élégant, harmonieux, vibrant, qui peut satisfaire bien des palais.

PVP : 49,90€

-Jean Leon Vinya Gigi 2014 Penedès

Domaine créé en 1964, Jean Léon,  appartient aujourd’hui à la Maison Torres qui respecte l’esprit et la philosophie de son créateur Jean Léon, un personnage très “glamour” rattaché au monde d’Hollywood des années 50 et 60. Au moment de sa création, le domaine était planté de cépages locaux qui furent remplacés par des variétés internationales, Jean Léon a été pionnier dans l’implantation de Cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot et chardonnay dans le Penedes.

Les pieds de chardonnay de Vinya Gigi, ainsi appelée en l’honneur de sa fille, sont originaires de Corton Charlemagne, et ils donnent naissance à un des vins les plus fameux de la bodega.

Vinya Gigi est décrit comme: « un blanc d’élaboration classique, c’est à dire de style bourguignon, mais avec un accent méditerranéen ». Pour une fois, je suis assez d’accord avec cette définition.

80% du vin fermente et vieillit en barriques de chêne français, 20% est élevé dans des œufs de béton, pendant 6 mois et toujours sur lies. Le vin reste ensuite 6 mois en bouteilles avant d’être commercialisé.

Vol : 13,5º

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Le résultat est abouti. L’intensité du nez est nez est attractive : belle présence de fruits jaunes comme la pêche, l’ananas, l’abricot, plus des touches florales, l’acacia, qui s’harmonisent bien avec un fond boisé bien dominé ; la bouche est puissante mais fraiche et savoureuse.

J’aime son équilibre, j’apprécie son acidité présente  du début à la fin, et enfin, qu’il soit sec.

Un vin « tendance », élégant.

PVP: 19,80 

MIGUEL TORRES SA – Milmanda 2014 Barrica  Conca de Barberà

Milmanda est le vin icone des Bodegas Torres, le 2012 a gagné la médaille d’Or au Concours des Chardonnay du Monde, il est issu des vignes que la famille Torres possède dans la DO Conca de Barberà, au pied du château du même nom. Milmanda est apparu pour la première fois sur le marché avec le millésime 1985, la Famille Torres le considère comme le petit bijou blanc de la Conca de Barbera.

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31 ans plus tard, il continue de figurer parmi les meilleurs chardonnays du monde, c’est dans tous les cas, l’emblème du chardonnay en Espagne et la grande référence, même s’il est vrai qu’il souffre lui aussi de la concurrence des blancs de Rueda et de Galice. Il est élevé 12 mois en barriques neuves de chêne français, dans le style des grands vins bourguignons.

Sa couleur or est profonde et brillante. Le nez est complexe, intense et harmonieux : arômes de fruits blancs et jaunes, notes de noisettes, élégante touches vanillées. La bouche grasse, ample, dégage une sensation de fraicheur accompagnée de saveurs fruitées qui rappellent celles du nez. La finale est marquée par des épices douces et développe une bonne longueur.

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Un vin complexe et élégant, d’une grande franchise, qui évoluera très bien en bouteille. A mon sens une belle réussite et un bel exemple de  l’adaptabilité du chardonnay en Catalogne.

.PVP: 49€

– Castell de Raimat Chardonnay 2015 Costers del Segre

L’histoire de la création Raimat remonte à 1914, la bodega appartient au Groupe Codorníu. Raimat est aujourd’hui le plus grand vignoble d’Europe, propriété d’une même famille, les 2.245 hectares sont divisés en parcelles individuelles ayant chacune un traitement adapté. Le domaine a été pionnier dans l’introduction des cépages internationaux comme le chardonnay, le merlot et le cabernet sauvignon.

Pour ce vin, les raisins sont récoltés la nuit en trois phases : la première on cherche un alcool potentiel de 12%, pour obtenir les saveurs citriques, la deuxième on grimpe de 1º, pour arriver à un 13% ce qui apportera les notes tropicales, et enfin, la troisième on atteindra un alcool potentiel de 14% pour des saveurs de fruits jaunes mûrs.

Le vin est conservé en cuves inox jusqu’à la mise en bouteille protégé de toute oxydation. Pas d’élevage barriques.

Le nez est très expressif, dominé par une palette variée de notes fruitées : fruits blancs, jaunes, mais surtout tropicaux avec les litchis. La bouche est ronde, franche, directe marquées par les mêmes notes fruitées tropicales et très citriques. Le tout est équilibré, gourmand et frais.

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Chardonnay es-tu-là ? C’est un autre style, une autre  expression, un vin sans beaucoup, même pas de personnalité du tout, mais facile à comprendre pour des palais débutants, en tout cas on ne lui enlever un bon rapport qualité/prix.

13º

PVP: 6,50€

-MARTÚE CHARDONNAY 2014 CAMPO DE LA GUARDIA

Ce Martue est un vin blanc élaboré sous l’appellation Pago Campo de la Guardia (Castilla La mancha). 79% du vin a fermenté dans des cuves d’acier inoxydable, le reste 21% a fermenté et a été élevé pendant 2 mois et demi dans des barriques neuves de chêne français, avec un batonnage quotidien. Les deux vins sont ensuite assemblés.

Il offre une bonne intensité aromatique dominée par les notes de fruits exotiques, surtout d’ananas, des notes de carmel et de pâtisserie, la bouche est crémeuse, fruitée et fraiche.

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Un vin bien élaboré, facile à boire, sans beaucoup de personnalité ; la même question se pose comme pour le précédent : Chardonnay es-tu là ?

Saluons le bon rapport qualité/prix

Vol : 14º

PVP: 9,90 €

-Clot de les Soleres Chardonnay 2013, Penedes

Et pour terminer, un vin naturel, qui mieux que lui pourrait exprimer le cépage ? un terroir qui semble adapté, pas de levures, pas d’enzymes artificiels, aucune substance qui puisse modifier les propriétés organoleptiques de ce vin ne sont ajoutées ; ni filtré ni clarifié, non boisé. Pourtant, je retrouve au nez les arômes, de fruits exotiques murs, de litchis et de miel.

La bouche rappelle le nez, elle est riche, savoureuse et persistante. La finale est à la fois citrique et doucereuse.

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J’ai pourtant été séduite par ce vin, je dirai même que je l’ai aimé. Quelle mauvaise foi, allez-vous penser, rassurez-vous, à la question Chardonnay es-tu là, je crois que je répondrai non.

PVP: 10,40€

En guise de conclusion

Il existe bien deux styles de chardonnay sur le marché espagnol:

 

  • Des blancs jeunes à boire rapidement, mais qui peuvent se garder très bien jusqu’à 3 ans, des vins technologiques, ceci dit sans mépris, c’est juste que la notion de terroir est absente, et qu’il faut considérer dans ces cas là, la technologie comme un gage de qualité, même si des levures sont peut-être présentes pour donner certains arômes (pamplemousse, ananas, litchis, melon…). Ces vins qui sont fruités et séducteurs, présentent une relative complexité par rapport à leur prix,  plaisent aux jeunes consommateurs et s’adaptent bien à la consommation alimentaire quotidienne (poulet, pizzas…). Ils se voient cependant détrônés par les Rueda, et son cépage le Verdejo, devenu incontournable. A mon sens, pour la majorité, ils sont surtout technologiques, mais leurs prix de vente sont très compétitifs et convaincants. A la question « chardonnay est-tu là? », que posait David, pour ces vins là, je répondrai non, ce sont des vins de cépage, certes, mais dépourvus de personnalité et bien souvent, du caractère du chardonnay tel que nous l’entendons.
  • Des blancs de garde, dans un style plus bourguignon, la Catalogne en est un bon exemple, le chardonnay y révèle un excellent potentiel. Le bois est bien mieux dominé, les vins ont acquis de la finesse et de l’élégance, mais là aussi, ils sont maintenant boudés par les consommateurs qui leur préfèrent des blancs de Galice, les rares Verdejo qualitatifs qui existent sur le marché comme Belondrade ou Ossian, Barco del Corneta… ou encore les Priorat blancs ou les Rioja blancs qui deviennent très recherchés après avoir été ignorés. Dommage que les consommateurs se détournent des chardonnays, car maintenant quelques uns méritent le détour. Enfin, à la question Chardonnay es-tu là?, dans bien des cas, pour ce style de vins là, je n’hésiterai pas à répondre oui.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

 


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Chardonnay week (2) – Internationally planted but internationally adapted?

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The steep, westward facing Le Montaillant, Côtes de la Charité
planted with Chardonnay 

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Les Pénitents 

I am increasingly convinced that as a general rule grape varieties show their best when the local climate means that in most years they are picked in the middle/latter part of September or early October in the Northern Hemisphere. In the Southern this would be March/April.

Most fruits are most flavoursome towards the limits of where they can be successfully ripened. The longer hang time allows the full flavours to develop.Scottish raspberries are a good example. Grown at the northern limits they are rightly famous for their quality. This is, of course, a fine line – go beyond the climatic limits and your fruit will not ripen or only in exceptional years.

In the last quarter of the 20th century there was a widespread belief that the way to raise quality and to please the consumer was to plant the fashionable varietals –  including Chardonnay but also Sauvignon Blanc, Cabernet Sauvignon, Merlot and Pinot Noir.

This is not, of course, an anti-Chardonnay post nor an anti-fashionable varieties.  No grape variety is ideally suited to all climatic conditions. Furthermore ‘native’ grape varieties tend to be better adapted to the local climatic conditions. In the heat of Sicily and Calabria, for instance, Chardonnay tends to be picked in early August whereas the local varieties aren’t ready until September giving them substantially longer hang time. I’ll admit to never having understood the attraction – apart from commercial recognition – of planting Chardonnay or indeed other cooler climate grapes in hotter climes. Perhaps over many years a Sicilian version of Chardonnay, adapted to the island’s climate will emerge.

Since Chardonnay is a cool climate variety it is hardly surprising that it is is most successful outside Burgundy in similar conditions such as Limoux, especially from Haute Vallée, or The Casablanca Valley or other similar sites close to the Chilean coast or alternatively grown at altitude. There are many other examples aorund the wine-making world.

It is good to see that there has been a move away – a welcome rebalancing – from the panacea of planting international varieties towards valuing indigenous grape varieties. What would be good is to have a balance and a diversity of flavours, although many consumers may well prefer the security of a grape variety, such as Chardonnay or Sauvignon Blanc, that they know rather than wonder whether they are likely to enjoy Arinto, Antao Vaz, Minella Bianca or Carricante. Consumers, however, appear to welcome the explosion of different craft beers and rapidly increasing selection of gins.

Chardonnay in the Loire plays a minor role beside Chenin Blanc and Sauvignon Blanc. I can well understand the pre-eminence of Chenin Blanc – the long established local variety – in the Western part of the Loire. What I need to explore is why it was that Sauvignon Blanc replaced Gamay and Pinot Noir in the early part of the 20th century after the ravages of phylloxera and not Chardonnay. After all Chablis is only around 100 kilometres from Sancerre – probably slightly less for a GPS savvy pigeon….

Apart from significant plantings of Chardonnay in the Pays Nantais where it used to make IGP Val de Loire whites, the majority of Loire Chardonnay is used in the production of Crémant de Loire and Saumur Mousseux. The best Loire Chardonnay I know is Les Pénitents from the Côtes de la Charité, previously called Coteaux Charitois,  made by Alphonse Mellot in Sancerre. I first came across these wines when the vineyard and winery was owned by a group of keen amateurs in La Charité-sur-Loire. The domaine was then called Caves des Hauts de Seyr.

It is possible that our distinguished editor will object that the Côtes de la Charité is administratively in Burgundy – thus outside the scope of this series. However, Côtes de la Charité gets its name from La Charité-sur-Loire, so I can cite its Loire connections.

 

 

Jim Budd


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A Vrazon to continue?

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Spectacular Porto 

This weekend we were in Porto for the first Vrazon Meetup. Despite a heat wave with temperatures into the mid-30s, it was a very enjoyable weekend. Meeting up with old friends and making new ones, sharing good bottles and some excellent food.

We had two good visits. One on Saturday to Poças’ Port Wine Lodge new visitors’ centre on Rua Visconde dos Devesos 186, Vila Nova da Gaia. Then on Sunday we went up the Douro to Quevedo.

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On Saturday afternoon there was a valedictory discussion over the rise, history and demise of EWBC/DWCC (European Wine Bloggers’ Conference/ Digital Wine Communicators Conference). It is clear that these conferences, which initially sailed under the colours of the European Wine Bloggers Conference, have now run its course. Put together by Robert McIntosh and Ryan and Gabriella Opaz (Catavino/Vrazon) eight successive conferences in seven different countries is a very considerable achievement. These EWBC/DWCC conferences facilitated great networking opportunities, which I think will be their most lasting legacy followed by the Born Digital Awards (www.digital-awards.eu/) with the revived version now in its second year.

If Vrazon do organize further conferences the format will be changed. They are likely to be held in one place and to feature marketing with a perspective from outside the wine industry.

Will this weekend’s meet up prove to be a one-off – a fine wake for DWCC – or will there be future get-togethers of EWBC/DWCC alumni? Certainly there is a clear wish from the weekend’s participants to meet again to talk and share wine etc. but as yet there are no definite plans.

It is unfortunate that to date the Vrazon and the #winelovers group, which grew out of contacts made at these conferences, have yet to find a way to be complementary. Hopefully in the future there will be opportunities to explore how the two groups can work together.

The programme
Friday night – BYOB at Prova
On Monday at the Mercado da Ribeira, Cais do Sodre, Lisboa we noticed that the Garrafeira Nacional had a bin-end sale of assorted bottles from the last century. Each was offered at 5.95€ and if you bought three the fourth was free. We decided that this was definitely worth a punt, especially with the BYO coming up. So it proved as we took along a 1974 from Lisbon – a ‘revolutionary wine – and a 1987 100% Baga from Bairrada. The 1987 was fine with nicely balanced fruit and acidity. Although the 1974 was initially rather stinky putting off anyone who comes to an immediate judgment on a old wine, the stink fairly rapidly declined revealing still quite concentrated prune and fig fruit. Still certainly drinkable at least in my probably not very discerning book….

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1974 – a ‘revolutionary’ wine from Lisbon


Saturday daytime
Poças Port (http://www.pocas.pt/en/) is a family Port house founded in 1918. They have just opened their visitors’ centre, which is friendly, relaxed and far removed from the glitz of some of the larger Port houses. We enjoyed a short visit and then lunch with a chance to taste their wines. On a very hot day their crisp, unoaked Coroa d’Ouro 2014 Douro white hit the spot.

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Poças

Saturday evening – O Gaveto (http://www.ogaveto.com/home)

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What a great seafood restaurant! Hugely generous portions of a seafood – platter featuring oysters, shrimps, prawns, crabs etc. This was followed by very good Amêijoas à Bulhão Pato and then sea bass and rice. They also have a great wine list and wine service. We chose a couple of top Alvarinho Vinho Verdes from Anselmo Mendes – the stunning single vineyard Alvarinho as well as the Curtimenta Alvarinho.

Several of our group expressed surprise at the quality now available from Vinho Verde. From my experience this is not that new, it is just that the UK doesn’t always see the best.

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Due to the generosity of one of the group we had a 1990 Riserva Bondi-Santi and a 2000 Emidio Pepe Montepulciano d’Abruzzo.

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Sunday – into the Douro cauldron and a lovely visit to Quevedo (http://quevedoportwine.com/)



I have long wanted to visit Oscar Quevedo at his family winery in the Upper Douro in the small town of São João da Pesqueira high up above the Douro with spectacular views. Our visit was a fine introduction but I must go back for a more detailed visit. Vitor Mendes of Covela was also there, so this was a good opportunity to taste these wines again.

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Well over 30˚C with swimming in Douro for some


Sunday evening – return to Prova
Recently Porto has become very popular, so finding a unreserved table for eight – all that remained of our group of just over 30 – proved to be challenge. After finding several recommended restaurants full we returned to Prova, which were able to accommodate us. Here we enjoyed a series of wines and snacks and talked further about future meet-ups.

 

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Another fine Vinho Verde Alvarinho

JimVitLoire-Benoît Gautier


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Minervois-La Livinière

360px-Aude_(flume)Minervois, au nord de Carcassonne, et Corbières, au sud, se regardent à travers de la basse vallée de l’Aude qui les sépare. La première zone se situant sur les contreforts de la Montagne Noir, et le deuxième sur une partie du piémont des Pyrénées Orientales.

Environ quinze jours après avoir exploré, rapidement, l’appellation Corbières-Boutenac, j’ai visité son pendant de l’autre côté de la basse vallée de l’Aude, Minervois-La Lavinière. De part et d’autre de l’axe Carcassonne-Narbonne, qui se situe dans le sillon tectonique qui sépare les Pyrénées du Massif Central, deux zones de piémont servent de socle aux appellations languedociennes jumelles, Corbières et Minervois. A l’intérieur de ces deux zones assez étendues, et forcément hétéroclites sur le plan de la qualité des vins qui y sont produits, un groupe de producteurs dans chaque zone a mené une opération dont le but était de sortir leur production, ou du moins une partie, d’un problème d’image et de prix qui les handicapait sur le plan de la reconnaissance de la qualité, et donc de la rentabilité.

DSC_0154Cabanon de vigneron (il lui manque la couverture en lauzes) à côté du chai de Château Maris, avec la Montagne Noire au fond.

Le premier à dégainer, après les longueurs habituelles imposées par les rigidités du système d’appellations en France, fut Minervois-La Lavinière, qui sera le sujet de cet article. L’appellation existe officiellement depuis 1999. Corbières Boutenac, dont j’ai déjà parlé ici, lui a emboîté le pas quelques années plus tard, en 1985. L’approche dans les deux cas fut très comparable : délimiter une aire d’appellation restreinte avec des désignations parcellaires précises selon les critères habituels (climat local, exposition, altitude et types de sols), mais aussi imposer des règles de production (encépagement, rendement, vieillissement avant vente, etc.). Pour mener à bien un tel projet, puis pour le faire durer dans le temps en portant des résultats à la hauteur des espérances, il fallait aussi un petit groupe d’hommes et de femmes ayant conviction et ténacité.

DSC_0149Murs de pierres plates ponctuent le paysages et forment terrasses, comme ici au Clos d’Ora de Gérard Bertrand. La pose verticale est la plus résistante, mais la plus difficile à exécuter.

Minervois-La Lavinière, ou La Lavinière tout court comme les brochures de l’appellation aiment à la présenter, concerne actuellement un petit nombre d’hectares mais dont le nombre varie considérablement selon les sources: 350 hectares selon les documents de l’appellation, ou bien 200 hectares selon le site officiel des vins du Languedoc. Faudrait peut-être se mettre d’accord ! Comme à Boutenac, le potentiel classé est bien au-dessus de ce modeste chiffre, car l’aire comporte 2.700 hectares et touche 6 communes, et les producteurs utilisent tous (ou presque) les deux appellations dans leurs gammes. Encore une fois comme à Boutenac, l’appellation La Lavinière ne s’applique qu’aux seuls vins rouges. Les blancs ou les rosés sont nécessairement sous l’appellation de base, Minervois.

DSC_0129A La Lavinière on s’occupe aussi de retrouver les variétés de vigne rares, et même non-identifiées comme ici, en les plantant dans un conservatoire ampélographique

Les règles de l’appellation ont cru bon de limiter l’altitude maximale des parcelles acceptées à 330 mètres, et ceci d’une manière qui me semble assez arbitraire, surtout à la lumière du réchauffement climatique et de la nécessité de réduire les taux d’alcool dans les vins du sud. A part cela, je n’ai pas les moyens de trop chipoter sur la logique de ces règles qui, après tout, ont été établis par les producteurs eux-mêmes, même si je trouve certaines inutilement compliquées et restrictives. Des petits arrangements permettent parfois de simplifier un peu les choses ! La Lavinière et Boutenac font appel au même quatuor de cépages principaux (syrah, grenache, carignan et mourvèdre), mais avec des priorités différentes. Alors que Boutenac impose entre 30 et 50% de Carignan (attention: à la vigne, pas dans les vins !), La Lavinière impose que les trois autres constituent au moins 60% de l’encépagement. Dans les faits c’est la Syrah qui domine dans la plupart des vins de La Lavinière, ce qui n’est pas le cas à Boutenac. La Lavinière a aussi eu la sagesse de laisser en place quelques variétés plus rares : Lledoner Pelut, Cinsault, Aspiran Noir, Picpoul Noir et Terret Noir.

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Les contraintes techniques d’une appellation, qu’elle soient géographiques, végétales ou autres, sont une chose mais le vin se fait par les hommes et femmes, et c’est là où la volonté, la sensibilité, le talent et les techniques jouent des rôles qui font l’essentiel de le différence entre un vin et un autre dans la même appellation. A La Lavinière des personnalités fortes ont joué, je dirais nécessairement, des rôles clés dans la genèse et la promotion/défense de l’appellation. Cela a commencé avec ses fondateurs Maurice Piccinini et Roger Piquet, respectivement en charge de la cave coopérative La Lavinière et propriétaire du domaine privé Château de Gourgazaud. Cela s’est poursuivi avec Michel Escande, de Borie de Maurel, suivi par Patricia Domergue, du Clos Centeilles. Et la présidente actuelle est aussi une femme, Isabelle Coustal, propriétaire de Château Sainte Eulalie (en photo).

ETIC-OCA0007Comme les Cazes, de Bordeaux, bon nombre de producteurs ou d’investisseurs d’autres pays ou régions de France sont venus s’installer dans le Minervois, en apportant savoir-faire et faire-savoir.

A la différence de Boutenac, des investisseurs venus d’ailleurs, parfois de loin, parfois de plus près, pèsent aussi dans l’appellation La Lavinière et y apportent à la fois leur regard, leur savoir-faire, leur capacité à faire connaître, et leur réseaux commerciaux. Deux producteurs importants de la région languedocienne, Gérard Bertrand et la famille de Lorgeril, y côtoient les Cazes (de Bordeaux), les Grands Chais de France (de partout mais d’origine alsacienne), ou l’anglais Robert Eden et l’écossais Guy Crawford. Est-ce cela, ou l’ancienneté un peu plus importante qui expliquerait l’impact plus grand de La Lavinère (50% de plus de surfaces exploitées aujourd’hui) ? Je n’est sais rien mais je pense que cela joue.

 

Cette fois-ci je n’ai pas demandé à procéder d’abord à une dégustation extensive de tous les vins de l’appellation. C’était un tort de ma part que je regrette maintenant car cela ne m’a pas permis pas d’avoir une idée du niveau générale des vins de La Lavinière comme j’ai pu le faire avec ceux de Boutenac. Le voyage de presse, très bien organisé et encadré, à permis pas mal de visites et de dégustations assez détaillées dans sept domaines, puis des rencontres avec d’autres producteurs et quelques-uns de leurs vins lors de repas. Les domaines visités étaient Clos Centeilles, Borie de Maurel, Ostal Cazes, Clos d’Ora, Château de Fauzan, Château Maris et La Borie Blanche. Pour ma part, les dégustations les plus marquantes étaient celles des vins de Clos Centeilles, d’Ostal Cazes et de Château Maris, avec de bons ou très bons vins parmi ceux dégustés ailleurs ou lors des repas.

 

Le cas de Clos d’Ora est un peu à part dans cet ensemble. Il ne s’agit pas d’un clos au sens de clôturé, mais de 9 hectares faisant partie du vignoble de Laville Bertrou, géré comme une entité spécifique avec son petit chai très moderne et dépouillé et son lieu de réception au dessus. Le point qui frappe beaucoup d’observateurs, moi compris, est le prix de vente de ce vin. Un peu à la californienne, il vise un public très différent du reste de l’appellation et qui considère que plus un vin est cher, plus il est désirable ; car le Clos d’Ora se vend aux alentours de 200 euros la bouteille (le domaine annonce 185), alors que le prix moyen des très bonnes cuvées dans l’appellation est plutôt autour des 25/30 euros. J’ai dégusté ce vin en trois millésimes et il est très bon, pas surpuissant mais finement équilibré. Mais rien ne justifie objectivement un tel prix hormis une volonté de se positionner d’une manière symboliquement très forte, ce que Gérard Bertrand a osé faire. On pourrait penser que cela ferait sourire ou grincer des dents les autres producteurs de l’appellation, mais on aurait tort. En tout cas l’écho que j’ai eu était qu’ils sont heureux que leur appellation ait été choisie pour une opération de communication de ce type. Car il y a beaucoup de «comm» autour du projet, avec toute la panoplie du discours appuyé sur la biodynamie et du mulet qui tire la herse entre les rangs (comme par hasard en action au moment de notre visite), sur le terroir d’exception, etc., etc.

Je vous parlerai maintenant des vins plus abordables que j’ai aussi beaucoup aimé et qui donne un peu une idée des styles qu’on peut trouve à La Lavinière, tout en situant un peu les domaines qui sont à leur origine.

DSC_0140Patricia Domergue dans ses vignes au Clos Centeilles, près du village de Siran. Elle s’est bien battu pour son appellation et fait des vins formidables

 

Clos Centeilles

La maison et le chai se trouvent ensemble et tout près du petit village triste de Siran, ou nous logions dans l’hôtel de charme Château de Siran, qui est réellement charmant et qui doit être un des rares bâtiments de ce village ayant un peu de cachet. Patricia Boyer Domergue (qui n’est pas «du pays») a acheté ce domaine en 1990 et a longtemps présidé avec énergie la jeune appellation. Le clos est réel et ancien, et part de la petite église du 13ème siècle, Notre Dame des Centeilles. Patricia ne s’est pas contenté de suivre les règles des appellations mais a aussi beaucoup œuvré pour préserver et expérimenter la richesse ampélographique locale, devenue malheureusement historique en grande partie. Elle cultive, entre une vingtaine d’autres variétés, Rivayrenc (de différentes couleurs), Œillade et Araignan. Un des ses beaux vins blancs est issu de 15 variétés différentes en s’appelant Mosaïque de Centeilles. Le 2015, sous une désignation vin de pays, est complexe, un peu gras, de belle texture et long. La gamme est de ses vins est large car, sur ses 12 hectares de vignoble, Centeilles produit 9 vins différents à partir de 23 cépages., et dans à peu près tous les types (sauf bulles). Mais un seul est de l’appellation Minervois La Lavinère, et il est magnifique, alors je vais m’y limiter.

DSC_0143Magnifique calade au Clos Centeilles. J’aime tant le beau travail de pierre.

Verticale de Clos Centeilles (la plupart des ces vins fut dégusté à la découverte et au domaine)

chose rare : certains de ces vins sont encore disponibles à la vente au domaine, et seront plus faciles à trouver sur commande quand la nouvelle cave/oenothèque sera terminée.

1992

L’année de naissance de sa fille Cécile, qui commence à travailler à temps partiel sur le domaine tout en poursuivant ses études. Ce vin est encore un peu austère, donc resté très jeune, avec de la mâche causée par des tannins fermes, beaucoup de fond et de densité. Long et vibrant.

2001

(dégusté à l’aveugle mais à un autre moment, lors de la présentation de « La Collection de La Lavinière 2016)

Beau nez, évolué mais complet et accompli, avec une grande complexité. C’est raffiné et vibrant en bouche et l’ensemble est d’une grande finesse. Un vin toute en élégance qui a vieilli remarquablement.

2003

On dirait un Barolo de bel âge, tant les arômes de vieux cuir sautent au nez. D’une grande complexité, ce vin formidable est un des meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage.

2007

Le nez est fabuleux et se révèle progressivement, couche par couche, avec une part de truffes généreusement servies, de la réglisse et de la prune en abondance. C’est aussi charmeur qu’intense et très long. Un autre vin splendide.

2009

La composition est donnée pour un tiers de chaque cépage, entre Syrah, Grenache et Mourvèdre. Je ne sais pas s’il en va de même pour les autres millésimes mais je soupçonne que cela varie selon le millésime et la matière.

Encore un nez formidable. Des tannins fins, presque fondus. Vin dynamique qui conserve une expression marquée par le fruit.

2010

(dégusté à l’aveugle mais à un autre moment, lors de la présentation de « La Collection de La Lavinière 2016)

Un jeunot selon les canons de ce producteur, car les millésimes postérieurs ne sont pas encore à la vente. Le nez est plus chaleureux que pour les autres, avec des notes de cacao et de torréfaction. C’est aussi plus robuste par sa matière, avec une pointe de sécheresse en finale qui montre que les tannins ne sont pas encore fondus. C’est un très bon vin mais qui mériterait un peu de patience.

DSC_0148Fabrice Darmaillacq, le Directeur Technique de l’Ostal Cazes, avec les bouteilles de la dégustation verticale

Domaine L’Ostal Cazes

Basé à l’ancienne Tuilerie Saint Joseph, qui fut d’abord restauré et derrière laquelle un chai moderne fut construit par Robert Eden (dont je parlerai plus tard), ce domaine fut crée par Jean-Michel Cazes et sa famille en 2002 après l’acquisition de deux propriétés puis le bâtiment. Il occupe maintenant 60 hectares de vignes et 25 d’oliviers sur un ensemble de 150 hectares. Il est géré sur place Fabrice Darmaillacq, le Directeur Technique, qui nous a rejoint à plusieurs reprises pendant le voyage et dont les commentaires furent toujours très intéressants. Les vins partent en tiré bouché à Bordeaux pour intégrer le réseau de distribution de la famille Cazes.

Verticale de l’Ostal Cazes

2003

Année de canicule et de vendanges précoces. Le vignoble venait d’être acquis et donc les replantations qui allait le modifier en profondeur n’avaient pas encore eu lieu. Les bords de la robe dense sont bien brunis. Le nez m’a semble assez bordelais, avec des notes de cèdre et de mine de plomb (mais est-ce imaginaire, connaissant le propriétaire ?) Les arômes me semblent par ailleurs un peu brouillés. En bouche c’est d’abord charnu, puis avec une touche de vivacité et un peu d’amertume en finale.

2004

Une année très contrastée avec la précédente, ayant été frais et pluvieux. La robe est similaire au 2003. Le nez est plus frais et plus tenu dans son expression. Ferme et « minéral », un peu monolithique dans son expression.

2005

La robe semble nettement plus jeune et le beau nez à encore la fragrance des fruits rouges frais. C’est un vin au stylé élancé et fin qui évite l’amertume des deux précédents et possède une belle longueur.

2007

La robe est encore plus juvénile que celle du 2005. Le nez combine notes épicées et de fruit confits dans un registre aussi jeune et frais. L’amertume est bien maitrisée et la texture soyeuse. Ce vin a gardé une jeunesse étonnante et reste parfaitement équilibré. Il était mon préféré de cette dégustation.

2009

Robe dense et nez chaleureux, aussi fumé qu’épicé. Je sens du fruit en confiture en bouche avec une finale trop chaleureuse à mon goût. N’a pas l’élégance des 2005 et 2007.

2010

L’année fut sèche. Beaucoup d’intensité de couleur et un nez dense, et peu expressif encore. Cet aspect massif est aussi évident en bouche. Les tannins sont bien présents mais l’équilibre tient bien. Vin long et bien structuré qu’il convient d’attendre quelques années.

2011

L’été fut pluvieux puis la période avant les vendanges fur sèche. Rendement généreux. Le nez est sur le versant de fruits confits et de la cuisson. Ce vin semble plus austère et ses composants (acidité/tannins/fruit) ne sont pas encore bien fondus. Vibrant de jeunesse, je pense qu’il fait mentir, comme d’autres bons vins de cette appellation, la tendance du marché à consommer ces vins jeunes. Il leur faut, au contraire, entre 7 et 12 and pour se révéler, après une phase de jeunesse ou leur fruité s’exprime pleinement.

2012

Un année très sèche, malgré des pluies vers le 15 août. La robe semble un peu moins dense. Le nez est délicieusement friand et offre toute la gourmandise de son fruit. Doté d’une jolie fraîcheur, moins tannique et concentré que le 2011 qui sera potentiellement plus complexe peut-être, on peut boire ce vin aujourd’hui.

Le domaine n’a pas mis en bouteille le millésime 2013

2014

Nez très frais et un vin carré, clair et net. Les saveurs en bouche sont précises et dynamiques, la qualité du fruit excellente et l’ensemble est bien équilibré malgré une pointe d’amertume en finale (mais qui pourrait être un atout dans le temps). N’a pas le charme du 2012 pour l’instant et finit sur une note chaleureuse.

En tout une belle dégustation qui prouve encore une fois la bonne capacité de garde de ces vins.

DSC_0169Robert Eden, de Château Maris, en pleine explication des ses vins

Château Maris

Celui qui a construit le chai d’Ostal Cazes et qui l’occupait alors s’appelle Robert Eden, un anglais qui a roulé sa bosse en Australie et ailleurs avant d’atterrir dans ce coin du Languedoc. Il a maintenant un nouveau chai, construit selon des principes très écologiques pour vinifier et faire murir les vins de son domaine, appelé Château Maris. On connaît encore peu ces vins en France car ils étaient surtout exportés un peu partout, mais cela commence à évoluer et on peut en trouver dans des réseaux « bio », ou chez Metro. Eden a acquis le domaine en 1997 et l’a rapidement converti en viticulture bio et biodynamique. On trouve dans le chai la panoplie du genre avec des cuves en béton et en bois, des œufs en béton, une climatisation naturelle et, pour le visiteur, des odeurs très agréables et une sonorité apaisante. Vous me direz « et alors ? » Je vous répondrai que c’est bien agréable lorsqu’on y passe une heure à déguster et à écouter.

Nous avons dégusté une bonne série de vins et je ne suis pas certain que tous revendiquent l’appellation Minervois-La Lavinière. Tant pis, ils sont bons quand-même, mais pas donnés. Pourquoi est-ce que les vins « bio » sont souvent vendus si chers ?

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Les Anciens 2014

Un pur Carignan, ce vin est un délice avec une belle intensité de fruit et beaucoup de fraîcheur. Long, pur et très bon. (Prix dans les 19 euros).

Las Combes 2013

Un pur Grenache, très juteux aussi et qui a su rester frais. (Même prix).

Les Planels 2014, Minervois La Lavinière

80% Syrah, 20% Grenache. Vibrant et très juteux. Excellent. (prix inconnu)

Les Amandiers 2014

Un pur Syrah, élevé en barriques neuves. Soyeux de texture avec une superbe qualité de fruit et très long. (prix 35 euros)

Brama 2014 (blanc)

Grenache gris à 100% vinifié à la bourguignonne (je crois). Long et gras, mais avec une vivacité extraordinaire. J’ai beaucoup aime ce vin. (prix dans les 30 euros)

Mirren de LorgerilMirren de Lorgeril

Vignobles de Lorgeril, Borie Blanche (verticale de la cuvée La Croix)

Les Lorgeril sont propriétaires d’une demie douzaine de domaines en Languedoc et en Roussillon. Borie Blanche fut acquis il y a 20 ans en le chai actuel est occupé depuis 2002. La vinification fait appel à un fonctionnement par gravité et un système de pigeage aménagé dans un chai ancien qui reste naturellement frais grâce à se construction en hauteur et partiellement enterré. On voit ici une combinaison intéressante entre techniques anciennes, bien aidés par des choses très modernes car la suivie de la vigne est aidé par de l’imagerie satellite. Grenache et Syrah dominent les plantations, dont les nouvelles reviennent au système du gobelet.

Des deux millésimes de la cuvée appelée Borie Blanche, terroirs d’Altitude, j’ai bien aimé le 2012, frais et délicat, mais j’ai trouvé le 2013 anguleux et simple. Ce vin vaut dans les 10 euros, ce qui constitue une entrée de gamme pour l’appellation. S’en est suivie une bonne verticale de la cuvée haute de gamme, appelée La Croix. Son prix de vente se situe entre 25 et 30 euros.

La Croix 2008

Le nez reste marqué par le bois. En bouche on trouve une matière splendide, vibrante et juteuse. Sa tenue dans le temps est remarquable, le vin semblant encore jeune et vivace.

La Croix 2009

La matière est très belle, charnu et longue en bouche. Les tannins semblent plus fermes, ou bien plus extraits. J’ai préféré le 2008 sur le plan du style.

La Croix 2010

Nez magnifique, aussi frais que profond. Très intense et long en bouche, il semble très complet mais aura besoin de temps car sa densité est encore un peu chargée.

La Croix 2011

On trouve peut-être davantage de précision dans ce vin hyper juteux avec un équilibre parfait. C’est aussi fin que gourmand. Excellent vin.

La Croix 2012

Précis mais plus austère que les deux précédents. Les tannins semblent déjà fondus et l’équilibre est bonne.

Comme chez l’Ostal Cazes, il n’y a pas eu de 2013

La Croix 2014

Prometteur, forcément très serrée encore. Patience….

 

D’autres vins que j’ai bien aimés, lors de divers dégustations ou repas :

Château de Fauzan, la Balme 2008 (environ 15 euros, je crois : distribué en France par Grands Chais de France)

Encore un vin qui a su conservé une belle qualité de fruit après 8 ans. Je commence à croire dans la capacité de garde des meilleurs vins de cette appellation. Structuré et équilibré aussi. J’ai dégusté d’autres vins prometteurs de ce domaine. L’approche de ce jeune vigneron, qui est aussi très intéressant à écouter sur l’histoire et la géographie de sa région, laisse penser que ce domaine va très bien évoluer dans les années à venir.

Clos des Roques, Mal Pas 2008 (16 euros)

Un vin dans lequel domine le mourvèdre (avec du syrah) et qui a subit une vinification intégrale. Excellent.

Domaine de Tholomies 2011

Ce domaine a été acquis par Grands Chais de France, le plus grand producteur de vin dans ce pays et qui amorce un virage remarqué vers des produits haute de gamme en complément à ses activité de base. Dans la Languedoc, cette société a aussi rachetée Les Belles Eaux (ex-Axa millésime) et l’ancien domaine de Chantal Comte, la Tuilerie. Vin très juteux autour d’une superbe qualité de fruit. C’est peut-être encore un peu massif mais sa longueur et son équilibre indiquent un beau potentiel. Le millésime 2011 sort souvent très bien dans les dégustations que j’ai pu faire dans cette région, bien que je n’aime pas trop généraliser sur les millésimes.

Château de Cesseras 2012 (environ 15 euros)

Faisant partie de la sélection « Collection 2016 » qui a été faite par un jury de sommeliers et de journalistes, ce vin a un nez splendide, aussi élégant que complexe. Son caractère m’a semble presque bourguignon, entre autres par sa finale en dentelle. Cela semble aussi une bonne affaire.

Domaine La Syranière 2013 (23 euros)

Peut-être un peu marqué par son élevage encore mais une belle réussite dans une année qui semble avoir été difficile. Dans la gamme « vin de garde », avec beaucoup de matière et une belle précision. Je l’ai gouté deux fois, dont une à l’aveugle avec la série « Collection 2016 ».

Borie de Maurel, La Féline 2014 (environ 15 euros)

La touche laissée par la macération carbonique m’a un peu gêné au nez, mais la suite est charnue, riche et long en bouche.

 

Conclusion

Une bien belle appellation, aussi bien sur le plan physique (topographie, paysages et lieux) que pour la qualité de ses meilleurs vins. Nul besoin de payer 200 euros, ni même 50, pour se faire très plaisir avec un Minervois-La Lavinière. Une trentaine euros suffiront pour acheter les meilleurs cuvées et on peut aussi trouver de belles choses autour de 15 euros, du moins en France.

Une de mes bonnes surprises a été la très bonne tenue dans le temps de certains vins. Peut-être que la part relativement forte du syrah y est pour quelque chose ?

Je suis personnellement rétif aux arômes gazeuses induits par une macération carbonique mal maitrisée et je trouve que cette technique fait se ressembler les vins les uns aux autres, tout en durcissant les tannins. Mais peu de vins dégustés souffraient de cela et plusieurs domaines n’ont pas, ou de moins en moins, recours à cette technique.

C’est aussi une région ou les fortes personnalités sont bien présents, ce qui rend les visites souvent passionnantes.

David Cobbold

(texte et photos)

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