Les 5 du Vin

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Réflexions sur les vins de Centre Loire

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Un trop bref séjour récent à Sancerre pour animer une table ronde organisée par le CNAOC et portant sur des sujets de fond (le réchauffement climatique, les maladies de la vigne et la réduction des intrants, avec leurs conséquences sur l’encépagement et d’autres règles des appellations) m’a donné l’occasion de demander aux responsables de cette région de m’organiser une dégustation de quelques vins du Centre Loire. Le préavis que j’ai pu donner étant court, je les remercie d’avoir su bien organiser cette dégustation qui a réuni 68 échantillons de l’ensemble des appellations de la région. Je rajoute que cette inter-profession, bien conduite par Benoit Roumet, a l’intelligence de produire un dossier de presse factuel et riche, entièrement libre du bla-bla polluant qui sévit trop souvent dans ce genre de document.

300px-008_Sancerre_sur_sa_butteC’est l’époque, c’est bien Sancerre, mais cette photo je l’ai pioché sur Wikipedia mais je ne sais pas qui en est l’auteur

Voici les appellations de la région Centre Loire, par ordre alphabétique : Chateaumeillant (90 hectares : vins rouges et rosés avec gamay et pinot noir), Coteaux du Giennois (200 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir et gamay), Menetou Salon (550 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir), Pouilly Fumé (1320 hectares : blancs de sauvignon), Quincy (280 hectares : blancs de sauvignon), Reuilly (235 hectares : blancs de sauvignon, rouges et rosés de pinot noir, ainsi que « gris » de pinot gris), et enfin la plus grande et la plus connue, Sancerre (près de 3000 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir). Je sais bien que techniquement les 30 hectares de Pouilly-sur-Loire en font partie aussi mais il semble que le marché et les producteurs ont décidé d’un commun accord de laisser le chasselas aux suisses et il n’y avait aucun échantillon de cette appellation en voie probable de disparition.

carte Loire

La partie orientale du Val de Loire, là où le fleuve amorce son virage vers l’ouest, touche presque à la Bourgogne, ce qu’on voit à peu près sur la plus petite carte

Le premier constat est que cette région représente sur le plan géographique un point de rencontre entre la vallée de la Loire et la Bourgogne. Cela se confirme à la fois par son climat, plus nettement continental que les parties en aval sur la Loire, mais aussi par l’encépagement qui emprunte le gamay et pinot noir (et aussi, un tout petit peu, le pinot gris) de la bourgogne, et le sauvignon blanc, de la Loire. Il faut rappeler que le sauvignon blanc a su aussi traverser les frontières administratives faites par l’homme pour exister en Bourgogne, pas très loin de là dans l’appellation Saint Bris près de Chablis. Le cépage ne reconnaît pas les frontières que quelques imbéciles tentent de lui imposer par pur esprit de protectionnisme !

SANCERRE photo Bookinejpg autre image, plus estivale, du vignoble sancerrois où pentes et orientations varient pas mal (photo Bookine)

Le deuxième est que ces sept appellations connaissent des fortunes assez diverses, comme reflètent leur tailles relatives. Sancerre mène clairement la danse régionale, avec plus que le double de la surface de sa suivante, Pouilly Fumé. Si, historiquement, la proximité avec le fleuve aurait pu expliquer certains écarts de fortune, je pense qu’aujourd’hui c’est surtout la facilité avec laquelle on prononce les mots qui joue un rôle prépondérant, sans parler de la qualité perçue des vins (vrai ou faux : j’ai bien dit « perçue »). Si on regarde les pourcentages des ventes réalisées à l’export, appellation par appellation il est claire que la taille, ainsi que pour partie l’antériorité de l’appellation, jouent un rôle comme l’indique ce tableau :

 

appellation date création Superficie/ha % export
Sancerre 1936 3000 57%
Pouilly Fumé 1937 1320 53%
Menetou Salon 1959 550 13%
Quincy 1936 300 14%
Reuilly 1937 235 15%
Giennois 1998 200 17%
Chateaumeillant 2010 90 2%

 

Il me semble est assez évident que la taille et l’antériorité sont bien liées à la renommée d’une appellation. Les deux plus grosses sont, et de loin celles qui exportent le plus. Menetou-Salon, qui les suit de loin, a un nom plus difficile à prononcer et une date de création plus récente. Je ne m’explique pas bien pourquoi Quincy est resté si petite et peu connue, mais il y a surement d’autres facteurs que entrent en compte.

logo centre Loire

Maintenant, parlons de cette dégustation, qui donnera lieu à d’autres commentaires plus ou moins généraux. Je remercie les vignerons ayant accepté d’envoyer des échantillons avec si peu de préavis. Je sais bien que le résultat d’une telle dégustation ne peut pas donner une vision complète, et encore moins établir une sorte d’hiérarchie dans la qualité, vu le nombre de vins qui représentaient chaque appellation et couleur (j’en donne les chiffres ci-dessous). Mais, avec 68 vins dégustés, il me sera permis de faire quelques observations et de souligner mes vins préférés aussi.

 

Les vins étaient jeunes, et parfois trop jeunes. Je m’explique : ils devaient tous être en vente actuellement : la majorité provenait des millésimes 2012 et 2013, mais avec pas mal de 2014 aussi, dont une forte proportion de Sancerre et de Quincy. La plupart de ces blancs de 2014 méritaient au moins 6 mois de plus d’élevage. La pression des marchés explique probablement une telle précipitation à mettre en vente des vins trop jeunes, car encore fermés et manquant d’affinage dans leurs textures comme dans leurs saveurs. Les millésimes 2012 et 2014 (avec un jugement de potentiel pour ce dernier à cause de sa jeunesse) m’ont parus au-dessus du 2013, dont la méteo à rendu l’exercice difficile je crois.

 

Les vins dégustés

Vins rouges : 1 Châteaumeillant, 1 Coteaux du Giennois, 3 Menetou-Salon, 5 Sancerre

Vins rosés : 2 Reuilly, 1 Menetou-Salon, 2 Sancerre (et un vin de table dont je parlerai)

Vins blancs : 4 Coteaux du Giennois, 4 Reuilly, 14 Quincy, 4 Menetou-Salon, 8 Pouilly-Fumé, 17 Sancerre

 

Mes vins préférés

Vins rouges

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, Première Cuvée 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, l’Ecrit 2012

Sancerre, M et E Roblin, l’Origine 2013

Sancerre, Domaine Henri Bourgeois, La Bourgeoise 2012

Vins rosés

Reuilly, Jean Tatin, Demoiselle Tatin 2014

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, 2014

Vins blancs

Quincy, Jean Tatin, Succulus 2013

Quincy, Domaine Portier, Quincyte 2013

Quincy, Domaine de la Commanderie, Siam 2013

Quincy, Domaine Villalain, Grandes Vignes 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Le Carroir 2013

Menetou-Salon, Domaine Jean Teillier, Mademoiselle T 2013

Pouilly-Fumé, Château de Tracy, HD 2012

Pouilly-Fumé, Domaine Jaudrat Guyolot, Gemme Feu 2012

Pouilly-Fumé, Serge Dagueneau et Fille, Tradition 2014

Sancerre, Domaine Laporte, Le Grand Pachois 2012

Sancerre, Vincent Grall, 2014

Sancerre, Jean Reverdy et fils, La Reine Blanche 2014

 

Remarques sur ces résultats

D’abord le caveat habituel sur une dégustation, même à l’aveugle comme ici. Ce n’est jamais qu’une photo instantanée, et forcément une photo qui ne montre qu’un fragment du paysage vu la représentativité relative de cet échantillonnage. Seule une minorité des producteurs avaient proposé des échantillons. Mais on peut aussi constater que des producteurs dont j’ai déjà très bien dégusté des vins sont au rendez-vous. Je pense à Jean Tatin et au Domaine Portier à Reuilly et Quincy ; aux Domaines Pellé et Jean Teillier à Menetou-Salon ; au Château de Tracy à Pouilly et à Henri Bourgeois, au Domaine Laporte et à Vincent Grall à Sancerre.

Deux vins à part

J’ai mentionné un vin (rosé) produit sous la désignation « vin de table ». Il s’agit d’un cépage récemment sauvé de disparition et qui a été autorisé en plantation à titre expérimental, je crois (ou bien au titre de la sauvegarde de la bio-diversité, je ne sais plus !). Ce cultivar s’appelle le genouillet et le Domaine Villalain, de Quincy et de Reilly, a envoyé un échantillon de son millésime 2014. Je ne fus pas surpris d’apprendre qu’un des ses ancêtres est le gouais blanc, cette variété à la multiple descendance mais dont les vins peuvent aisément ressembler à de l’acide de batterie. Ce n’était pas franchement le cas pour ce vin, aux odeurs inhabituelles de paille et de sciure, avec une belle vivacité mais peu de fruit. Une curiosité, du moins pour l’instant.

Le pinot gris peut produire , sous l’appellation Reuilly, des vins qualifiés de rosé, mais dits « gris de gris » et en réalité blancs. J’ai beaucoup aimé celui de Jean Tatin, même si je dois le considérer comme un vin blanc. Le nez est très aromatique et la texture suave. Equilibre et longueur sont excellents, avec juste un pointe de tannicité à la fin qui trahit un travail de macération, peut-être.

Les défauts de certains vins

Un vin bouchonné, quelques vins trop soufrés et un bon nombre de blancs mis en bouteille trop jeunes. En mettant ces vins blancs sur le marché si rapidement, on a tendance à les simplifier. Et, du moins dans le cas des sancerres, il n’y a pas d’excuse du côté de la rentabilité. Après il y a des questions de style. En ce qui concerne les vins de sauvignon blanc, je n’aime pas les odeurs agressifs de buis ou, pire, de pipi de chat. Je crois que les deux proviennent d’une forte présence de molécules de la famille des thiols. On rencontre cela plus facilement lorsque les raisins ne sont pas assez murs. Peut-être aussi quand l’élevage n’a pas encore calmé ce type d’odeur primaire (un avis d’expert sera le bienvenue sur ce sujet technique).

J’ai aussi l’impression que Sancerre vit un peu sur sa renommée. Cela semble être les cas si on regarde la proportion de vins que j’ai apprécié par rapport au nombre d’échantillons dégustés : cela n’est surement pas très fiable sur le plan des statistiques, mais enfin…

Je n’ai pas les prix de ces vins, mais le rapport qualité/prix d’un Menetou-Salon, par exemple, est sans doute plus favorable en moyenne, que celui d’un Sancerre.

David Cobbold


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Les Villages sur la voie du Cru : Signargues (IV)

Ce sera mon dernier morceau sur ce thème pas très populaire il est vrai – je m’en rends compte après coup – des nouveaux villages qui se donnent un air de cru. À ma demande, le Service de Presse d’Inter-Rhône, le gouvernement en quelque sorte des vins de la vallée, m’avait fixé un rendez-vous avec le Président de l’appellation Côtes du Rhône Villages Signargues afin de m’organiser, le lendemain du salon Découvertes en Vallée du Rhône, une dégustation des vins là où il le souhaiterait le plus pratique. Ce fut arrangé fissa dans les murs de la Cave Coopérative de Rochefort-du-Gard, plus connue sous le nom des Vignerons du Castelas. C’est dans une salle de cette dernière cave qu’une bonne douzaine d’échantillons furent rassemblés à l’invitation du Président Francis Fabre, lequel fut mon guide ce jour-là. Sur les quelques 25 domaines qui revendiquent cette appellation, y compris ceux qui adhèrent aux deux petites coopératives locales (trois si on ajoute un adhérent de la cave de Tavel), cela fait une bonne moyenne, même si l’on aurait pu s’attendre à plus. Il y avait aussi quelques échantillons du négoce local qui marque de plus en plus son intérêt pour le secteur.

En plein mistral sur le plateau de Signargues, le Président Francis Fabre. Photo©MichelSmith

En plein mistral sur le plateau de Signargues, le Président Francis Fabre. Photo©MichelSmith

Signargues ne correspond aucunement au nom d’une commune, mais bien à celui d’un lieu-dit qui empiète sur 4 communes gardoises, Rochefort-du-Gard, la plus importante, Domazan, Estézargues et Saze, le tout à 10 km d’Avignon, pas très loin non plus de Tavel. En choisissant ce lieu-dit, le tour était jouable pour envisager d’être dans la nouvelle fournée des villages, il y a 10 ans déjà. En effet, le site concerné par Signargues fait partie d’une série de trois vastes plateaux-promontoires qui se voisinent orientés nord-sud et rassemblent par la même occasion la grosse majorité des vignerons concernés par l’appellation.

Le village d'Estézargues. Photo©MichelSmith

Le village d’Estézargues. Photo©MichelSmith

Nous sommes ici dans la zone la plus précoce de la vallée du Rhône, la plus méridionale aussi. Recouvert de galets roulés rougis par l’oxyde de fer (parfois sur une couche de deux mètres), ce bel ensemble qui préfigure la garrigue gardoise est composé d’un socle argilo calcaire avec, en profondeur, d’importantes langues argileuses qui font que la zone ne souffre jamais en période de sécheresse. De ces terrasses planes et fort ventées appelées ici « plaines », on distingue à l’est le Rhône défiler vers son delta en une plaine alluviale très fertile surveillée par Châteauneuf-du-Pape, les Dentelles de Montmirail et le mont Ventoux. Cette disposition confère une réelle unité au « cru », parfaitement dans l’esprit de ces « villages avec indication géographique ».

Prêt pour la dégustation ! Photo©MichelSmith

Prêt pour la dégustation ! Photo©MichelSmith

Dans cet ancien lit du Rhône doté de grandes parcelles, la vigne est mécanisée à 80% pour ne pas dire plus, sur près de 500 ha en production avec presque autant en potentiel. Le cahier des charges de Signargues impose le Grenache noir à 50% minimum, lequel doit être complété par de la Syrah et/ou du Mourvèdre dans une proportion minimale de 20%. Il reste quelques vieux Carignans autorisés en cépage secondaire. Voici mes commentaires des Côtes du Rhône Villages Signargues dégustés ce matin-là, dans un ordre parfaitement aléatoire, tous du millésime 2013 et tous en bouteilles. Dans la mesure du possible, le prix de vente départ cave vous sera donné.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Domaine de Magalanne, Lou Biou. Pointe fine et agréable au nez, souple et facile en attaque, belle fraîcheur persistante sur une matière présente sans être imposante. À 40% Mourvèdre, 20% Carignan et 40% Syrah, ce Biou, qui désigne le taureau en provençal, ne m’apparaît pas conforme aux règles d’encépagement de l’appellation (à moins que j’aie mal compris) puisqu’il n’a pas de Grenache. En revanche, le raisin a été vendangé à la main et le vin a passé 10 mois en barriques. 9,50 €.

Domaine des Romarins. Simple, facile, chaleureux tout en étant vif, sans grande longueur, mais très agréable à boire maintenant. Grenache et Syrah à égalité, avec 10% de Mourvèdre. 7,50 €.

-Château des Coccinelles. Belle robe, nez sur la réserve, bouche pleine, sérieuse, mais non dénuée de fraîcheur, le vin est bien en place et se révèle finalement assez facile à boire sur une belle viande saignante. Avec de beaux tannins pour veilleurs, Syrah et Grenache à égalité, on peut attendre 2 à 3 ans. Une de mes meilleures notes. Certifié bio, 10 €.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Domaine du Fournier, Les Vignerons du Castelas. Nez fin de tabac et de garrigue, les 30.000 bouteilles de ce domaine adhérent à la coopérative de Rochefort-du-Gard, font montre d’une belle fraîcheur et de notes de réglisse. À ma demande, j’ai pu goûter à titre de curiosité le 2012 que j’ai trouvé bien bâti et armé d’une matière dense et solide. Majorité de Syrah et 30% de Grenache, c’est le meilleur rapport qualité-prix : 6,20 €.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Maison Chapoutier. Élevé en cuve béton sur une année, le vin livre de la fraîcheur en attaque, puis des sensations de vieux bois, laurier, épices. Bonne longueur et jolis tannins, plus dans l’élégance que dans la fermeté. À boire entre maintenant et 2017. Syrah et Grenache. 10,10 €.

Maison Bouachon, Les Bariannes. Sous la houlette du groupe Skalli, cette maison de Châteauneuf-du-Pape présente un Signargues facile d’approche au nez légèrement rustique. Heureusement, il se signale en bouche avec une belle fraîcheur et une longueur estimable. D’ici 2017, 7,50 €.

Pierre-Henri Morel-Ferraton. Basé à Tain-L’Hermitage, ce vigneron nous gratifie d’un vin assez élégant de prime abord qui semble assez marqué par la Syrah, même si on nous annonce aussi du Grenache. La bouche est ferme et dense, manquant un peu de charme si l’on se souvient du nez. 7,50 €.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Domaine Marie Blanche. Vinifié par Jean-Jacques Delorme, de Saze, cette cuvée au départ un poil rustique va terminer la dégustation avec ma meilleure note. Le vin fascine par sa plénitude, son épaisseur, sa densité, son fruité intense, sa longueur en bouche et ses beaux tannins assez solides qui vont le conduire au moins sur 5 ans de cave. Grenache, Syrah, Mourvèdre, 15.000 bouteilles, 7,50 €. Un bel achat.

Domaine de la Valériane, Les Cailloux. Très belle robe et nez composite de vieux bois, tabac, épices… On sent de l’épaisseur, du solide, des tannins assez marqués, un style très concentré. Un peu trop même. Pas de fiche technique.

Domaine des Boumianes. Joli nez, mais bouche assez étriquée, rustique, voire simplette. 60% Grenache, 30% Syrah et reste Mourvèdre. Très petite cuvée (2.000 bouteilles) élevée 11 mois en cuve béton. Certifié bio. 8 €.

Cave Coopérative d’Estézargues, Granacha. Pas de fiche technique pour ce vin non filtré qui doit, de par son nom, être très axé sur le Grenache. Un rouge jovial, ample, large, opulent, facile et généreux, doté d’une bonne longueur. Une de mes meilleures notes.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Château Terre Forte. Sans fiche technique, on arrive à savoir quand même que le vin est fait de Grenache, Syrah, Mourvèdre et Carignan et qu’il est élevé en barriques de trois vins. Les nez s’annonce complexe et fin, mais la bouche est excessivement parfumée (noix de coco ?) et de ce fait pratiquement ingoûtable.

Domaine des Amariniers, Cave de Tavel. Un seul adhérent en Signargues à la coopérative de Tavel pour un vin passe-partout, assez bien équilibré, idéal sur une grillade. 6 €.

Michel Smith


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Aconcagua, vieux terroir du Nouveau Monde

Cette semaine, je vous emmène au Chili, à la découverte d’un vignoble qui prouve que les classifications sont souvent hasardeuses. Ou en tout cas, qu’il faut toujours compter avec quelques exceptions.

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L’Aconcagua vu de l’Ouest – au fond, les Andes (Photo Errazuriz)

Cette exception, ce vignoble a pour nom Aconcagua, et son prénom est Maximiano. Il démontre que certains Chiliens n’ont pas attendu le 21ème siècle pour partir à la recherche de leurs terroirs.

Mais revenons un peu en arrière.

Aconcagua

La vigne arrive au Chili avec les conquistadores, dès le 16ème siècle (pour rappel, à l’attention des chantres de la tradition française, le Médoc n’est encore qu’un marais, à l’époque). Mais son véritable essor est bien postérieur. Il faudra attendre les années 1870 pour que le vignoble sorte de la vallée centrale – zone chaude mais facile d’accès, et facile à irrigation (voire inonder l’hiver). Et c’est en grande partie grâce à la famille Errazuriz.

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Les vignobles d’Errazuriz dans l’Aconcagua

Héritier d’une grande famille de politiciens chiliens (il a été ambassadeur de son jeune pays en Belgique), Don Maximiano Errazuriz a eu l’intuition que l’Aconcagua, avec ses hivers bien arrosés et ses étés chauds mais humidifiés par la brise de mer, pouvait produire des vins d’un style plus raffiné. Il voyageait beaucoup en Europe, et il en rapporta les outils et techniques viticoles, les cépages (surtout bordelais), et même l’art de vivre.

Toujours à l’attention de nos amis de la grande tradition, je rappelle qu’à l’époque (avant le phylloxéra), le Malbec est toujours un des cépages principaux du Bordelais. On y trouve aussi encore pas mal de Carménère. Curieusement, ces deux cépages aujourd’hui pas loin d’avoir disparu de Gironde ont fait le bonheur de l’Argentine et du Chili.

Pour revenir dans l’Aconcagua, les premières plantations (on leur donne le nom de Max I, Max II, etc.) se situent à peu près au centre de la vallée (plus petite que celles du Maule ou du Maipo), à son point le plus étroit, d’où une très bonne ventilation. Mais depuis, d’autres vignobles ont été plantés en amont et en aval, jusqu’à l’embouchure du fleuve, cette zone plus fraîche se prêtant bien aux blancs aromatiques. La devise du Don: «Le meilleur vin vient toujours des meilleurs terroirs» (c’était bien avant qu’on en fasse un slogan éculé), trouve ici une nouvelle actualité.

Ayant eu la chance de visiter ce vignoble (merci Brandabout!), j’en garde le beau souvenir d’une sorte de grande oasis – au bas des pentes et en coteaux la vigne, au dessus la forêt – notamment des eucalyptus, si ma mémoire est bonne, et tout en haut, des avocatiers – pas de repas au Chili sans la palta, que ce soit entière, en morceaux, en tranches, en pâte ou en huile.

Avec ou sans avocat (je n’ai rien à me reprocher), c’est sans doute l’endroit du vignoble chilien où  je me suis senti le moins dépaysé – le vignoble, ici, est à taille européenne, les rangs ne se perdent pas vers l’infini, et de-ci de-là, une petite cabane de vignes vous ferait presque vous sentir quelque part entre le Mâconnais, la Provence ou le Limouxin.

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La parcelle Max I (photo (c) H. Lalau)

L’Aconcagua, aujourd’hui, c’est toujours un peu «Errazuriz Valley». Les vignobles (replantés, pour la plupart, à partir des années 1970) sont les «briques» dont se servent les œnologues maison pour bâtir les différentes cuvées. L’originalité, dans un pays où l’on assemble volontiers des raisins ou des vins de régions très distantes, c’est qu’ici, la palette est beaucoup plus ramassée. Au moins pour les hauts de gamme, ceux issus du domaine original: avec ces cuvées-là, Errazuriz ne cherche pas seulement à faire des vins qui plaisent, mais des vins qui marquent, des vins qui représentent quelque chose. De quoi étonner l’amateur exigeant.

Ces efforts sont payants, à en juger par les deux vins suivants.

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Carménère majoritaire, Petit Verdot et Syrah. Fruit rouge exubérant mais aussi notes fumées intéressantes, 18 mois de barriques neuves. Le grand cru par excellence, l’oeuvre d’art, un vin raffiné, très long, mais vivant. Comme si la Joconde souriait vraiment, et même, vous faisait un clin d’oeil.

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Maximiano Founder’s Reserve

Cette cuvée assemble quatre cépages (Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Petit Verdot, Syrah) de trois parcelles (Max 1, 2 et 5). Des sols volcaniques et des sols d’alluvions, une recette assez sophistiquée. C’est le plus ancien des hauts de gamme d’Errazuriz (au départ, il était uniquement à  base de Cabernet Sauvignon, planté en 1978). Très complexe, torréfiée, cette cuvée, c’est un peu le meilleur des deux mondes, un côté Grand Bordeaux dans la structure, mais en plus poivré et en plus mûr, sans excès ni trop de chaleur – les épices dynamisent la finale, ici, la comparaison avec un vin du Rhône Septentrional, toute saugrenue qu’elle puisse être, s’est imposée à moi.

Je n’ai pas mis de millésime, bien que j’en ai dégusté deux de l’un et trois de l’autre, car ces vins sont d’une grande régularité – comme le climat de l’endroit, dont les plus grandes variations dépendent moins de l’année que de la situation dans la vallée, selon un axe est-ouest, et de l’altitude.

A ce titre, il reste certainement pas mal de choses à explorer dans l’Aconcagua, « vieux terroir du nouveau monde ». Et pour nous, oenophiles, c’est peut-être une raison de s’intéresser au Chili pour autre chose que quelques entrées de gamme « sur le fruit ».

On dit souvent que le Chili est le pays où tous les vins sont bons, mais aucun n’est grand.

L’affirmation est fausse dans les des cas. A condition de fouiner un peu, de sortir des vallées battues et de mettre un peu plus d’argent que pour le petit vin de barbecue, l’alibi exotique pour dîner d’aventuriers du 7ème arrondissement.

Le Chili – correction, certains vins chiliens – méritent mieux que ça.

Hervé Lalau

PS. Pour ceux qui n’ont pas l’occasion d’aller sur place, certains vins d’Errazuriz sont vendus en France chez Vins du Monde, et en Belgique chez VPS (mais apparemment pas les deux cuvées ci-dessus, sans doute jugées trop chères). Au Québec, où l’on dispose d’une offre plus complète (sacré monopole!), leur agent est la maison Dandurand.


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Vouvray – Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud: Domaine Perrault-Jadaud

The house at Chançay with the cave set into the hillside.

The house at Chançay with the cave set into the hillside.

In the cellar

In the cellar

Anne-Cécile and Tanguy in their vineyard by Le Clos du Bourg, Vouvray.

Anne-Cécile and Tanguy in their vineyard by Le Clos du Bourg, Vouvray.

I was very pleased to discover a new Vouvray producer at the VinaViva tasting at Saint Etienne de Chigny a little to the west of Tours. I certainly can’t claim to be anything like the first to taste the wines of Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud as their first vintage was in 2008.

It is always good to find new producers who are making exciting wines and, in particular, in Vouvray. Particularly exciting in Vouvray as it has been less dynamic than its smaller but closely related cousin – Montlouis – on the south side of the Loire. Although Montlouis is substantially smaller than Vouvray over the past 30 years it has been much more dynamic and attracted a host of impressive newcomers. A major factor here has been the difference in the vineyard prices between the two appellations making Vouvray both much more unaffordable than Montlouis and so more difficult to find suitable vineyards to buy.

Nevertheless Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud, who had no background in wine, started out on their adventure in Vouvray in 2008 with just 0.8 hectares making a PetNat and some moelleux. 2009 was really their first vintage when the domaine had grown to all of a hectare. Gradually they built up their domaine until they now have 4.2 hectares with Tanguy keen to acquire more if possible. They are fortunate in having some parcels on the premières côtes both in Vouvray itself and further east in Noizay. One of their parcels in Vouvray is right by the Clos du Bourg. In 2011 they moved into their present premises in Chançay.

Tanguy, who hails from Brittany, is a trained viticulturist, while Anne-Cécile, whose parents live in Tours is an oenologist. Both have taught at the Lycée Agricole d’Amboise.

They farm organically and their wines are impressively pure from low yields. Although they try to use as little sulphur as possible, they feel that their wines need a little bit of protection so they are not part of the non-SO2 brigade.

When I tasted their wines both at VinaViva and when I went to visit them last week, I was very impressed with their Vouvray PetNat which spends 24 months sur latte giving it the complex, honeyed and toasty aromas and flavours. Equally impressive is the 2013 Les Grives Soûles Vouvray Sec – brilliantly precise, clean and long. Anne-Cécile explains that Grives-Soûles doesn’t mean drunken thrushes, rather thrushes wonderfully replete after plenty of corn to ready them for their migratory journey south at the end of the summer.

Parcel by Le Clos du Bourg

Parcel by Le Clos du Bourg

J-Elvis1

 


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Rhône-sud: le Plan et le Massif sur la voie du Cru (III)

Voilà deux Côtes du Rhône Villages – avec mentions géographiques, faut-il le préciser – déjà bien en place, deux Villages qui font le bonheur des explorateurs de bons vins en même temps qu’ils font honneur à leurs terroirs. Pour continuer ma série en beauté, nous avons là, avec le Plan de Dieu et le Massif d’Uchaux, deux appellations qui à mon humble avis sont en train de se forger une belle réputation parmi les amateurs de vins du Rhône méridional. Ce que je dis est purement gratuit et n’enlève rien à la valeur des Gadagne ou autres Puyméras mentionnés dans mon précédent article. Sans oublier Signargues, que j’explorerai pour vous jeudi prochain,  lors de mon dernier article sur le sujet des nouveaux villages qui se donnent des airs de crus.

Sont ils faux ou sincères ces villages-crus ? Les prétentions de leurs vignerons sont-elles justifiés ou abusent-ils bassement de la situation ? Usent-ils de leurs réelles valeurs ou de leurs bonnes relations politiques ? Comme toujours, ce seront les consommateurs qui auront les derniers mots : ils diront plus tard si, comme Vacqueyras ou Vinsobres avant eux, ils ont vu justes. Pour ma part, j’ai goûté ces vins non pas à l’aveugle, mais en allant de stand en stand et en priant à chaque fois le vigneron pour qu’il ne me récite pas sa fiche technique avant que je puisse tremper mon nez et mes lèvres dans son vin. Il va sans dire que tous les producteurs n’étaient pas exposants à Découvertes en Vallée du Rhône. Il y aura donc des absents dans ce qui suit… Dans la plupart des cas en cliquant sur le nom du domaine, vous aurez accès à son site Internet.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Plan de Dieu, j’y crois !

Une ancienne et vaste garrigue aujourd’hui colonisée par la vigne mais autrefois de si mauvaise réputation que, pour la traverser, il fallait s’en remettre à Dieu ! Du moins, c’est ce que dit la légende. Ce plateau uniforme et plat de 1.500 ha survolé de temps à autre par les jets de la base aérienne d’Orange, a pour originalité d’être recouvert d’un amas de gros galets roulés sur une épaisseur de 10 mètres. Ils reposent tantôt sur une couche d’argile bleue, tantôt sur des safres gréseux, socles qui heureusement maintiennent la fraîcheur et attire de ce fait les radicelles de la vigne qui sans cela auraient du mal à produire tant ce lieu peut devenir fournaise en été. Outre le Grenache, on y trouve aussi le Mourvèdre attiré par la chaleur des lieux, mais aussi la Syrah, le Carignan, la Counoise, le Picpoul, le Terret… L’appellation célèbre tout juste ses 10 ans et le secteur a toujours attiré les négociants les plus exigeants. Le Plan de Dieu concerne les communes de Jonquières, Camaret-sur-Aigues, Violès, Travaillan, toutes du Vaucluse. Décrétée en 2004, avec effet rétroactif pour le millésime 2003, elle rassemble une trentaine de domaines, dont certains assez importants. Autre originalité : elle est dirigée par un binôme de présidents enthousiastes, Alain Aubert et Hugues Meffre. Seuls huit domaines s’exposaient à Découvertes en Vallée du Rhône.

Domaine Le Grand Retour

Repris en 1999 par les Domaines André Aubert, cette vaste propriété de 150 ha nous donne un 2012 (60% Grenache, 30% Syrah et reste Mourvèdre) au nez fin et sans grande manifestation en bouche en dehors d’une structure d’apparence légère et des tannins souples. Le 2013 est un peu plus frais et long confirmant un bon « niveau villages » pour un prix qui va avec : 6,50 € départ cave.

Cave Les Coteaux du Rhône

Crée en 1926 et basée à Sérignan-du-Comtat, la cave regroupe 180 viticulteurs dont quelques uns sur le Plan de Dieu. Leur cuvée Panicaut 2012 pourrait aussi bien revendiquer la simple appellation Côtes-du-Rhône tant elle manque de précision et de définition. L’acidité se fait sentir et l’intensité du fruit est très moyenne. Grenache à 60% et Mourvèdre pour compléter.

Domaine Rose-Dieu

Damien Rozier, jeune vigneron de Travaillan, fait honneur à son appellation avec un 2012 à la fois plein, dense et épais, capable de tenir encore en cave 4 à 5 ans. Tannins présents mais fins. Grenache en majorité, puis Syrah et Mourvèdre avec un élevage en barriques. Le domaine ne compte qu’une dizaine d’hectares. Un bel investissement pour un peu moins de 7 € la bouteille départ cave.

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Domaine des Pasquier

Basé à Sablet, ce domaine de 85 ha en travaille près de la moitié sur le Plan de Dieu. Leur 2012, prêt à boire, se présente sous de bons auspices (joli nez complexe de gibier à plumes, de truffe et d’épices), avec une attaque plutôt souple et aimable et une petite fraîcheur qui tient jusqu’en finale. Majorité de Grenache avec 35% de Syrah et 10% de Mourvèdre. 8,50 € départ cave.

Château La Courançonne

Ce domaine de Violès couvre 70 ha de vignes dont 50 % sur le Plan de Dieu et une bonne part (85%) acheté par le négoce local, ce qui est loin d’être un mauvais signe quand on connaît les noms des acheteurs. Le 2012 Gratitude s’intéresse aux plus vieux Grenaches (40%) mais se partage le reste à égalité entre Mourvèdre et Syrah. Le nez est encore sur la réserve et l’on ressent une présence affirmée en bouche avec une nette fermeté. Plénitude et harmonie en dépit d’une légère amertume qui ne choquera pas certains palais. 8,70 € départ cave.

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Domaine de l’Arnesque

Propriétaire aussi en Châteauneuf-du-Pape au lieu-dit de L’Arnesque, le domaine possède un vignoble sur le Plan de Dieu avec des vignes que l’on peut qualifier de « vieilles ». Le seul domaine à présenter un 2011, j’avoue le trouver très évolué et sans grand intérêt. Prêt à la mise, on me présente le 2012 plus frais, d’une certaine densité s’achevant sur une finale peu enthousiaste. Proposé à 8,50 €, le vin est très Grenache (65%), complété par 20% de Syrah, 10% de Mourvèdre et 5% de Carignan.

Duvernay Vins Millésimes

Négociant à Châteauneuf-du-Pape, cette maison centenaire propose des vins sur presque tous les crus rhodaniens. Un seul Villages est sur la liste et c’est le très Grenache (75 %) Plan de Dieu que je goûte dans sa version 2012. Dès le nez on sent l’amour du travail bien fait. C’est copieux, dense et tannique avec des notes de cuir un peu « vert » qui réclame que ce vin séjourne encore quelques années en cave.

Domaine Lucien Tramier

Le plus beau 2012 goûté sur cette appellation : superbe éclat en bouche, beaucoup de densité, de fraîcheur et de gourmandise sans parler de tannins fort civilisés. Ce domaine de Jonquières privilégie les vieilles vignes de Grenache (70%) et de Syrah avec de longues macérations et un élevage de 10 mois en barriques. À 7 € départ cave, voilà une belle affaire !

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Massif d’Uchaux, c’est chaud !

Les amateurs bien informés fondent beaucoup d’espoir dans cette appellation désormais bien établie depuis son décret paru en 2005. Situé au nord d’Orange et de Châteauneuf-du-Pape, le massif est en fait un îlot rocheux assez boisé composé de grès et de sables siliceux où la vigne s’étage jusqu’à 250 mètres d’altitude ce qui tempère un peu mon titre. Disons pour résumer que les vins sont souvent assez chaleureux, mais qu’heureusement l’altitude vient renforcer la matière en fraîcheur et en fruit. «Ici, le système racinaire est obligé de se frayer un passage, d’où une montée de sève très longue favorable à la concentration et à la minéralité», explique notre géologue Georges Truc, fervent lecteur des 5 du Vin.

Une vingtaine de domaines, dont certains très connus, occupe le territoire viticole en compagnie de trois caves coopératives, celles de Sérignan-du-Comtat, de Sainte-Cécile-les-Vignes et de Rochegude qui comptent pour un tiers de la production. Entre 250 et 300 ha de vignes sont concernées par l’appellation, mais le potentiel est estimé au double sur les communes vauclusiennes de Lagarde-Paréol, Mondragon, Piolenc, Sérignan-du-Comtat et Uchaux. Comme pour le Plan de Dieu, deux présidents veillent au grain, Arnaud Guichard et Éric Plumet.

Georges Truc et les deux présidents du Massif d'Uchaux. Photo©MichelSmith

Georges Truc et les deux présidents du Massif d’Uchaux. Photo©MichelSmith

Domaine Vincent et Dominique Baumet

Basé à Rochegude, les Baumet exploitent 35 ha dont la moitié va à la coopérative. Ils ne vinifient que 10 % de leur production en Massif d’Uchaux. Équilibré, un 2010 (55% Grenache, 40% Syrah, reste Carignan) se goûte sans difficulté associant fraîcheur discrète et souplesse de bon aloi. Un 2012 goûté en magnum se boit facilement et n’affiche pas réellement une grande idée de ce que l’on pourrait atteindre au sein d’un cru. Environ 14 € départ cave, 47 € pour le magnum, une cuvée spéciale.

Cave Les Coteaux du Rhône

Déjà cité plus haut pour son Plan de Dieu, la version Massif d’Uchaux de cette cave coopérative me déçoit une fois de plus. Il s’agit d’un 2013 Arbouse qui affiche pas mal de dureté en bouche ainsi qu’un manque de fond. La cave revendique la plus grosse production du Massif d’Uchaux avec 29 ha que se partagent ses adhérents.

Domaine Saint-Michel

Magali et Bertrand Nicolas sont entourés de pins, de chênes verts et de genêts sur un domaine planté de 20 ha de vignes, dont 4 ha consacrés au Massif d’Uchaux. Leur cuvée générique 2011, un tantinet rustique, se présente dans un registre simple et facile, sans charme particulier.

Domaine de la Guicharde

Sur Mondragon, ce domaine est certifié en biodynamie à partir du millésime 2013. En attendant, le 2012 Genest (2 ans d’élevage en cuve), 60% Grenache, Syrah pour le reste, offre une belle vivacité, de la densité et une matière chaleureuse. Ouvert la veille, le 2011 se fait plus facile d’approche. Environ 13 € départ cave.

Château Simian

Propriétaire à Câteauneuf-duPape, la famille Serguier possède 26 ha de vignes dont 4 ha en Massif d’Uchaux, sur Piolenc. Leur cuvée Jocundaz 2013, 70% Grenache complété par la Syrah, offre une belle densité en attaque, une puissance chaleureuse avec heureusement un fruité qui vient rafraîchir l’atmosphère et une impression de minéralité en finale. Un bel achat à 10 € la bouteille départ cave. Un autre 2013, cuvée La Louronne, vinifiée à partir de vieux Grenaches, est plus sur la complexité avec un nez composite (herbes sèches, tabac, menthe sauvage…), de la souplesse en bouche, beaucoup de chaleur, un beau développement et une finale sur le fruit cuit (15 €). Une valeur sûre.

Domaine La Cabotte

En biodynamie (certifié en 2007), également propriétaires en Châteauneuf-du-Pape, Marie-Pierre Plumet et son mari, Éric, vinifient 3 cuvées en Massif d’Uchaux. Goûtée en 2013, la cuvée Garance (50% Grenache, le reste partagé à égalité entre Syrah et Mourvèdre) annonce un grand vin. Nez poivré et truffé, bouche droite tout en étant envoûtante et chaleureuse, joli fond de fruit, harmonie, élégance et longueur, tout y est au prix de 12 € départ cave. Un peu plus chère (15 €), la cuvée Gabriel 2012, moitié Grenache, moitié Syrah (cette dernière éraflée), propose un nez sur la finesse et une bouche plus arrondie, plus grasse, avec une belle présence fruitée. On sent le vin bien assis sur son socle (ici de la lauze blanche calcaire) après un élevage de 16 mois dont un tiers en demi-muids d’occasion.

Photo©MichelSmith

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Domaine des 5 Sens

Basé à Rochegude, ce domaine de 50 ha met la totalité de son vin en bouteilles et ce qui est déclaré en Massif d’Uchaux représente 15% de sa production. La cuvée 2012 La Vue offre un assez joli nez épicé, mais le vin en bouche, en dépit de quelques tannins sympathiques et d’un fruité affirmé, n’en reste pas moins plutôt légère , voire simplette. Un peu plus de 10 € départ cave.

Château d’Hugues

Avec 6 ha en culture dite « raisonnée », la cuvée 2012 présentée par le chef de culture Grégory Payan affiche un nez assez minéral sur une robe pas très soutenue. Mais le vin est dense, serré, très puissant, très long en bouche aussi, avec des tannins bien présents. Le 2009, nez fin et légèrement fumé, offre de l’amplitude en bouche, de la fraîcheur, mais des tannins un peu secs en finale. Le 2004 est tendre, toujours bien marqué par le fruit et élégant sur toute la ligne !

Domaine Crôs de la Mûre

Entre Uchaux et Mondragon, Éric Michel, rejoint par sa sœur Myriam, cultive son domaine de 17 ha en biologie. Près de la moitié de la superficie est classée en Villages Massif d’Uchaux, donnant notamment un 2011 au nez fin et accrocheur, un peu austère en bouche, mais tout de même bien équilibré avec une finale en douceur où le fruit mûr ressort très bien. Élevé en cuve béton, il s’agit d’un assemblage aux trois quarts Grenache associé au Mourvèdre avec un peu de Syrah. 15 € départ cave.

Château Saint Estève d’Uchaux

En biologie depuis 2006, ce domaine s’étend sur 45 ha de vignes, dont près de la moitié classée en Massif d’Uchaux. Une cuvée « générique » à 60% Grenache (le reste en Syrah), se goûte bien en 2012 avec un joli nez fin de garrigue, une certaine souplesse et de petits tannins légers, sans oublier de la fraîcheur en finale et une bonne longueur (8,50 €). Une Grande Réserve 2011 (9,70 €), majorité Grenache avec 40% de Syrah est toujours dans le registre de la finesse au nez, de la densité et de la structure en bouche, un côté imposant contrecarré par une belle fraîcheur et de la longueur. Une autre cuvée Vieilles Vignes goûtée en 2011 et 2012, ne manque pas d’intérêt.

Domaine de la Renjarde

Propriété sœur du Château La Nerthe à Châteauneuf avec le Prieuré de Montezargues à Tavel, La Renjarde s’étend sur 54 hectares travaillés en bio. Le Villages Massif d’Uchaux 2012, commercialisé entre 8 et 9 € selon les sources, a été tirée à 120.000 exemplaires. La bouche est élancée, bien droite, laissant place à une superbe matière ponctuée de notes salines avec une légère amertume en finale et des tannins grillés.

Michel Smith

 

 

 

 

 

 

 

 


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Rhône-sud : les Villages sur la voie du Cru (II)

Je ne sais pas ce qui nous prend à tous, aux 5 du Vin, mais depuis quelques mois nous sommes, semble-t-il, abonnés aux feuilletons, aux reportages fractionnés. Une chose est sûre, ce n’est pas par fainéantise : pour ne parler que de ma pomme (oui, même en vacances, je bosse…), que ce soit au retour d’une dégustation, d’un salon professionnel ou d’un reportage organisé, je m’aperçois que j’ai souvent énormément de choses à raconter. Bon signe, n’est-ce pas ? Signe que mon cerveau tourne rond (enfin, cela reste à voir…), que mon imagination bouillonne et que ma curiosité est loin de m’abandonner. Ce n’est pas pour dire du mal, mais j’ai quelques difficultés à trouver sur la sacro sainte blogosphère pinardière des blogs aussi riches et variés que le nôtre ! Espérons aussi au passage que le site officiel Vins-Rhône.com que je vous recommandais la semaine dernière et qui, à y regarder de plus près, consacre un article aux blogs « influenceurs » du vin, daignera rajouter les 5 parmi sa liste !

Sun un pont d'Avignon... Photo©MichelSmith

Sur un pont d’Avignon… Photo©MichelSmith

À titre d’exemple, je me souviens que lorsque j’étais allé faire une excursion en Toscane, l’an dernier, je m’étais fixé comme règle de ne m’intéresser qu’au seul cépage Sangiovese. Il se trouve que j’ai ramené dans ma besace de quoi alimenter ma part de blog sur 4 jeudis de suite ! Si vous en avez le courage, ça commençait ici. Avec les Côtes du Rhône Villages « suivis d’une mention géographique » (rappelez-vous, je vous briefais sur le sujet jeudi dernier), je compte bien vous tenir en haleine un bon moment, même si, dans l’ensemble, il s’agira de dégustations qui, je l’espère, ne seront pas trop barbantes à lire. Avant d’aller plus loin, il est bon de savoir que, pour l’heure, ces appellations récentes ne concernent que des vins rouges.

Châteauneuf-de-Gadagne. Photo©DanielMariotte

Châteauneuf-de-Gadagne. Photo©DanielMariotte

Commençons ce tour d’horizon par Gadagne, entre Rhône et Durance

Sur la rive gauche du Rhône, Gadagne est la plus récente et la plus modeste de ces nouvelles appellations dont certaines ont 10 ans. Tout part d’un village perché au sud-est d’Avignon, territoire historique que celui des félibres, qui fut d’abord classée Côtes du Rhône en 1937, puis Côtes du Rhône Villages en 1997 avant d’être consacré « presque cru » (appellation dont j’ai la primeur) en 2012. Pour la petite histoire, il eut été logique de lui donner le nom de Châteauneuf-de-Gadagne, puisque tel est son nom en réalité. Or, c’était sans compter sur la réticence des vignerons de Châteauneuf-du-Pape qui firent pression – du moins c’est ce que l’on raconte – pour que cette mention de Châteauneuf soit abandonnée au profit du simple nom de Gadagne. Il en allait de la confusion que le consommateur forcément tête en l’air aurait pu ne pas manquer de faire avec le célébrissime cru papal ! En plus de Châteauneuf-de-Gadagne, quatre communes vauclusiennes peuvent revendiquer l’AOP : Caumont-sur-Durance, Morères-lès-Avignon, Saint-Saturnin-lès-Avignon et Vedène. Les vignes sont situées sur un plateau couvert de galets roulés sur une superficie assez modeste : 34 ha. Ce qui explique qu’il n’y avait que trois exposants de ce cru lors du dernier salon Découvertes en Vallée du Rhône. Or, par étourderie, et je m’en excuse auprès d’eux, quelque peu dérouté par la diversité des lieux préposés à la dégustation, je n’ai finalement dégusté qu’un seul domaine.

Basé à Jonquerettes, présent sur Vacqueyras et Châteauneuf-du-Pape, le domaine qui vinifie des nombreuses cuvées en Côtes du Rhône, dont un excellent pur Grenache, n’en dédie qu’une seule au Gadagne : un Villages 2013 élevé un an en cuve, très marqué par la Syrah âgée de 45 ans (85 %), le reste étant composé d’autres cépages (un peu de Viognier…), franc mais rond en attaque, riche en matière et assez persistant en bouche. Une valeur sûre à 8,10 € la bouteille départ cave.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Puis par le prometteur Puyméras, au pied du Ventoux

Le plus à l’est des « villages crus », dans un paysage accidenté, Puyméras, un village attachant un peu à l’écart des grands circuits touristiques, prête son nom pour la cause du vin à quatre autres communes voisines posées à cheval sur deux départements, la Drôme et le Vaucluse : Faucon, Mérindol-les-Oliviers, Mollans-sur-Ouvèze, Saint-Romain. Les vignes qui se partagent le paysage avec les oliveraies et les champs de lavande occupent des terrasses assez sableuses et caillouteuses sur des terres rouges où l’on note la présence du calcaire. Classées Villages depuis 1979, puis Villages avec mention en 2005, les vignes (majorité de Grenache noir, entre 220 et 600 mètres d’altitude), profitent pleinement des températures nocturnes fraîches qui sont les bienvenues en été et qui donnent des vins très équilibrés. Pour le moment, environ 130 ha sont concernés par l’appellation et seuls deux domaines avaient fait le déplacement sur Avignon.

La cave coopérative de Puyméras compte 235 adhérents qui travaillent sur 1200 ha de vignes dont 120 sur la commune. Tout n’est pas encore déclaré en Puyméras, mais on trouve tout de même trois cuvées de bons rapports qualité-prix arborant l’appellation. La cuvée Comtesse (60% Grenache, le reste en Syrah) offre simplicité et souplesse avec juste ce qu’il faut de corpulence pour une viande grillée (5,60 €) ; pour 20 centimes de plus, la cuvée Chasseur, dominée par la Syrah (90 %), est dense et structurée, marquée par d’aimables tannins ; entre les deux (5,70 €), ma préférence va à la cuvée bio (10% des vins de la cave sont certifiés bio) au joli nez de garrigue (Grenache à 60%, reste en Syrah), à la fois dense et souple en bouche, ce qui n’empêche pas une certaine structure et des tannins agréablement frais.

  • Domaine Bernard

Basé à Saint-Romain, à 3 km de Vaison-la-Romaine sur la route de Nyons ce domaine livre la production de 35 ha à la cave précédemment citée. Sur les 5 ha restant, Ludovic Bernard travaille deux cuvées en Puyméras : l’une en 2012 (80% Grenache) livre un nez fin de garrigue et d’épices sur une bouche ronde et gracieuse, souple mais copieuse, marqués par de sympathiques et fins tannins en finale (7 €) ; l’autre en 2010, baptisée Augustin (le grand-père de Ludovic), est toujours majoritairement Grenache, mais elle est agrémentée par 20% de Syrah et 15% de Carignan. Une grosse partie de l’assemblage passe un an en barrique de deux vins. Cela donne un nez chaleureux au possible, très garrigue (laurier, romarin), une belle densité, beaucoup de précision aussi avec une finale marquée par le fruit rouge (cerise), le tout pour un prix délicieux : 9 €.

La semaine prochaine, nous irons du côté du Plan de Dieu et du Massif d’Uchaux pour finir, par un dernier article, sur les galets roulés de Signargues, dans le Gard.

Michel Smith


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Voyage en Styrie (3/3)

Après une interlude pour évoquer les gros méfaits du bouchon en liège massif, je retourne avec plaisir sur mes pas en Styrie, cette partie sud-est de l’Autriche qui produit (c’est mon avis et je le partage, selon le titre d’un bouquin d’André Santini !) parmi les plus beaux sauvignons blancs du monde. Le style n’est ni celui de la Nouvelle Zélande, hyper aromatique et parfois un peu stéréotypé dans cette moule thiolée, ni celui, plus retreint et parfois un brin sévère, du Centre Loire. Une texture suave et une certaine séduction aromatique sont bien là, mais on est plus proche des meilleurs sancerres et pouilly-fumés que des modèles extrêmes du Nouveau Monde qu’adore notre Marco. Après, comme toujours, c’est chaque vigneron qui forge son style, car le climat, c’est à dire le terroir, est globalement identique sur toute la région, à quelques nuances près. L’exposition des parcelles, en revanche, peut jouer un rôle essentiel en modifiant le méso-climat.

Erwin_Sabathi_Pössnitzberg Cette vue sur la Grosslage Possniztberg d’Erwin Sabathi illustre bien la topographie et disposition ondulante sud-est/sud/sud-ouest des meilleurs vignobles de Styrie (photo Sabathi)

Le lien avec mon sujet de la semaine dernière est le fait que 9 des producteurs sur les 10 que j’ai visité en deux jours et demie n’utilisent plus du tout le liège pour fermer leurs flacons : c’est soit la capsule à vis, soit le vinoloc (bouchon en verre). No bullshit with bloody corks pourrait être leur slogan, et ils vont au bout en mettant toute leur gamme, y compris les grands crus, sous capsule ou sous bouchon en verre.  Seul ombre à ce tableau,  Neumeister, au demeurent un des bons producteurs de ma tournée, avait un vin bouchonné dans la série des 66 sauvignons que j’ai dégusté à l’aveugle ! J’espère qu’il ne restera pas longtemps attaché au liège car Christoph Neumeister me semble être un garçon très pragmatique et ouvert.

Après Gross et Wolfgang Maitz (mon deuxième article d’il y a deux semaines), je me suis rendu chez Hannes Sabathi (à ne pas confondre avec Erwin Sabathi, à voir plus loin). Sa plus grande parcelle, nommée Kranachberg, est maintenant plantée à 80% de sauvignon blanc, signe de l’engagement progressif des producteurs du coin envers ce cultivar. Les deux meilleurs vins de sauvignon blanc dégustés chez lui furent le Kranachberg 2013 (en échantillon avant mise), fermenté et élevé en foudres de 1500 litres, à l’acidité vive mais vibrante et avec une concentration impressionnante ; puis son Kranachberg Reserve 2006, encore austère mais très fin et long.

SattlerWilli Sattler devant chez lui (photo DC)

Sattlerhof est probablement, avec Tement, le producteur styrien le mieux connu en dehors de son pays natal. En tout cas j’ai rencontré ses vins dans plusieurs marchés. Il partage la parcelle Kranachberg avec Hannes Sabathi. Willi Sattler conduit sur les routes tortueuses autour du village de Gamlitz à une vitesse de rallyman tout en expliquant les nuances de son domaine. Il soutient que le sauvignon blanc est une variété au caractère de caméléon (et je suis d’accord avec cela). Les vignobles très pentus nécessitent entre 500 et 600 heurs de travail par an et, en raison de ces pentes, les vendanges coûtent environ 1,70 euros par kilo de raisin. J’ai trouvé la plupart de ses vins jeunes de sauvignon assez austères, peut-être un peu réduits. Mais son erste lage (premier cru) Sernauberg 2013 et le grosse lage Kranachberg 2010 sont des vins splendides, spécialement ce dernier qui est d’une grande complexité et possèdent des odeurs et saveurs de fruits exotiques d’une grande gourmandise. Curieux de connaître d’autres aspects de la production de ce domaine de référence j’ai aussi dégusté un magnifique chardonnay (on l’appelle morillon ici), le Pfarrweingarten 2007, qui ne fut mise en bouteille qu’en 2011 : finesse et grande ampleur, avec une très belle texture et une longueur admirable. Puis, pour finir, un Weissburgunder (Pinot Blanc) de la même parcelle et aussi du millésime 2007. ce vin a séjourné 7 ans en barriques dont 30% de barriques neuves mais il ne sent nullement le bois. Très long et un peu salin, délicat au toucher et vibrant par son acidité bien intégré. Des vins admirables !

Kranachberg_1Le Kranachberg, parcelle classé grosse lage, exploité en partie par Sattler (photo Sattlerhof)

Dans un autre secteur, le Weingut Lachner Tinnacher, d’origine ancienne à juger par les beaux bâtiments classiques, qui ont été modernisés intérieurement avec soin et goût comme partout ici, est maintenant dirigé par la fille de la famille, Katharina, diplômé en oenologie. Elle a converti son vignoble en bio et produit des vins intéressants, précis et élégants, assez tactiles mais avec, pour certains vins, une pointe herbacé et d’amertume qui m’a un peu gêné : de bons vins mais pas encore au sommet pour la région à mon avis. Ce sont des vins qui auront probablement besoin d’un peu de temps. Cela dit, je sent que ce domaine serait sur une pente ascendante, car son vin « de base » dans l’hiérarchie STK, le Steierische Klassik 2013 a obtenu ma meilleur note (15/20) dans sa série lors de la dégustation à l’aveugle, grâce à son nez ample et tendre, sa jolie texture soyeuse et ses saveurs gourmandes de fruits à noyau finissantes sur une belle longueur vibrante. ses vins sont importés en France par Valade et Tansandine.

Katherina TinnacherKatharina Tinnacher vinifie maintenant les vins de son domaine familial (photo DC)

Erwin Sabathi est un autre fou du volant, et vit manifestement à 100 à l’heure. Il travaille en famille avec ses frères, et ils ont construit un winery exemplaire de modernité et d’efficacité en face de la maison familiale. C’est un des points qui m’a impressionné dans cette région : la capacité d’innover en vin comme en architecture, tout en gardant une continuité avec le fil de cette région. Les vins d’Erwin Sabathi sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage. Sur place j’ai commencé par une magnifique série de vins de chardonnay/morillon : Pössnitzberg 2013 et Pössnitzberg Alte Reben (vielles vignes) 2013, suivi par le même vin en 2012. Des vins intenses mais fins, ayant beaucoup d’ampleur sans sembler gras. Des vins qu’on pourra garder 5 ans si on est patient mais délicieux maintenant. On n’est pas loin du niveau des meilleurs bourgognes blancs avec de tels vins, mais ils restent bien plus abordables ! La série de sauvignon blancs dégusté chez lui ou, plus tard, dans la grande dégustation anonyme, sont d’une régularité et d’une qualité exemplaire. Je pense en avoir dégusté une demi-douzaine en tout, entre les villages, les premiers et grands crus, les cuvées de vielles vignes et les autres, dans trois millésimes successives. Mes notes pour tous ces vins vont de 14,5/20 à 16,5/20, avec aucune fausse note. Un chef d’orchestre remarquable avec des musiciens de qualité.

Cette première journée fut dense, avec 6 visites qui se sont bien enchaînées après un vol très matinal de Paris à Graz, via Vienne. Les lendemain sera un peu plus relax, avec deux visites le matin puis la grande dégustation à l’aveugle l’après-midi. Les choses sont bien organisées en Autriche !

PolzLes générations se succèdent chez Polz, mais les vins grandissent, gagnant en finesse et en longueur. Christoph Polz en fait la démonstration (photo DC)

Ma première visite du lendemain fut chez Erich & Walter Polz, dont le domaine jouxte celui des Tement. Encore un jeune fils qui a pris la relève de ce domaine qui totalise maintenant 70 hectares. Le fait que le vignoble Polz n’avait de 4 hectares il y a 25 ans symbolise la réussite aussi rapide que récente de la viticulture de qualité dans cette région. Les meilleurs parcelles s’appellent Grassenitzberg (erste lage) et Hochgrassnitzberg (grosslage). Le sauvignon blanc est le plus planté des cépages chez Polz, couvrant 50% des surfaces. J’ai commencé par déguster d’autres vins, dont un très bon méthode traditionnelle rosé fait à partir de zweigelt et de pinot noir du millésime 2010. Ce vin délicieux, très faiblement dosé mais issu de raisins murs, a une excellent qualité de fruit et une très bonne équilibre. Il se vend sur place au prix d’un bon champagne de vigneron, c’est à dire 17 euros la bouteille et la qualité est comparable. J’ai aussi dégusté une série de 3 chardonnays/morillons. Pour ces vins, comme pour d’autres, la tendance chez Polz est d’aller vers des récipients vinaires de 500 litres, en gardant une proportion de barriques aussi, mais l’approche est pragmatique, jamais systématique, sauf pour la fermeture des bouteilles, car 100% de la production est sous capsule à vis depuis 2007, et, selon Polz, c’est sa clientèle qui a décidé (une petit leçon ici pour nos chers français rétrogrades !).  La parcelle Obegg dans le millésime 2011 a produit un vin au nez magnifique, puissant avec beaucoup de fond et de complexité. En bouche on ressent un peu de chaleur et sa texture légèrement crayeuse le destine à accompagner de la nourriture plutôt qu’à être bu seul, du moins pour l’instant. Le Morillon 2007 de la même parcelle montre plus de présence de bois. C’est riche et intense, et on sent l’évolution stylistique vers plus de finesse opéré par la jeune garde en comparaison avec ce vin élaboré par son père. Le Morillon Grassnitzberg 2012 n’a utilisé que de grands récipients. C’est plus fin et précis, aux saveurs succulentes. Les parfums d’estragon et de tilleul dansent sur le palais autour d’un centre plus ferme. Finale très délicate et style admirable.

IMG_6619La pureté des vins chez Polz trouve un écho dans le décor de la devanture de leur salle de dégustation qui laisse passer la lumière à travers des piles de bouteilles blanches (photo DC)

Quant aux sauvignons blancs de Polz, j’a dégusté sur place un échantillon avant mise du grosse lage Hochgrassnitzberg 2013, avant toute filtration. 50% du volume provient d’un pressurage de grappes entières, tandis que le reste à subit une macération préfermentaire de 6 à 8 heures. Des levures locales ont opéré la fermentation dans des foudres de 1500 litres. Ni bâtonnage, ni sulfitage, ni soutirage n’a eu lieu pendant les 12 mois d’élevage de ce vin qui sera mis en bouteille en avril après filtration. Ce vin a une très belle texture, un nez puissant et un fruité en parfait équilibre avec le reste. Juteux, fin et long, c’est un vin admirable. Le prix ? Environ 25 euros. Un des tout meilleurs vins de sauvignon que j’ai dégusté mors de ce voyage a suivi. Le 2012 « Jubilee Edition » (son nom n’est pas définitif) a été élaboré pour célébrer le centenaire du domaine Polz. Il provient du grand cru Hochgrassnitzberg et d’une vigne en terrasses. La fermentation fut très lente puis le vin a passé 28 mois dans des tonneaux de 500 litres, sans intervention. La qualité du fuit est exceptionnel et l’équilibre m’a semblé idéal pour un sauvignon blanc. Plein de fraîcheur, séduisant et complexe. Une pure délice ! J’ignore le prix de ce vin mais c’est très bon.

Dégusté à l’aveugle parmi la longue série de sauvignons blancs des 10 membres se l’association STK le Steirische Klassik 2013 de Polz était un des meilleurs de cette catégorie pour moi, dans un style raffiné, au bon fruit tendre et gourmand. Idem pour son vin de village 2019, curieusement nommé Spielfeld 84/88 ; avec son nez attrayant, son l’acidité modérée et à sa belle matière expressive sans aucun excès. Le erste lage Therese 2013 était encore parmi les meilleurs de sa catégorie avec un nez splendide qui mêle odeurs subtiles, aussi bien de fruits que de plantes aromatiques. Ce morceau de bonheur se poursuit avec une matière de belle densité, très savoureuse et salivante. La cuvée Czamilla, dans la même catégorie, était un cran en dessous. Enfin deux vins de Polz de la catégorie grosse lage m’ont fait très forte impression: le Hochgrassnitzberg 2012 (16,5/20) et le même vin en 2010 (17/20). Ces deux vins se placent parmi les meilleurs de leurs groupes respectifs. Oui, je recommande fortement les vins de ce domaine. Ils sont admirables de finesse et de subtilité de toucher !

Tement brothersComme si souvent lors de ce voyage, la jeune génération semble prend la relève partout en Styrie, comme ici chez Tement (photo Tement)

Tement est certainement le domaine phare de la région et de ce groupe. J’avais rencontré leurs vins pour la première fois il y a une douzaine d’années en France, lors de la préparation du premier guide qui a existé sur les vins importé en France (Le Guide Fleurus des Vins d’Ailleurs, publié en 2003). Ils m’avaient bien impressionnés à cette époque mais ils ont fait de beaux progrès depuis sur le chemin de la finesse, comme d’autres de leurs collègues. L’ensemble de ce domaine donne une impression de beauté et de maîtrise tranquille. Manfred Tement, toujours bien présent, donne de plus en plus de champ à la jeune génération, dont son fils Armin. Le domaine comporte 80 hectares en Autriche plus 20 de plus en Slovénie (vinifiés dans un chai à part). En effet, la frontière passe juste en dessous des bâtiments construits ou restaurés avec un goût impeccable. Tout (restaurant, maisons, chai, boutique et chambres d’hôte) est chauffé avec du bois récolté sur le domaine dont les parcelles ont des noms comme Grassnitzberg, Sernau ou Zieregg.

 Manfred TementManfred Tement dans sa salle de dégustation (photo DC)

Le sauvignon blanc entrée de gamme s’appelle Tomato Green (millésime 2014) et il est le seul fermé avec une capsule à vis, les autres ayant des vinolocs. Ce vin est vif est directe, léger et frais : un bon vin de soif. Puis le Steirische Klassik 2014 qui résulte d’un assemblage de parcelles en premier cru et d’autres au niveau village. Il a de la profondeur et de la complexité et une excellente longueur pour sa catégorie. J’ai aussi bien aimé un échantillon pas encore embouteillé de son domaine en Slovénie, appelle Ciringa Foslin Berge 2014 : très vif et salivant, avec une belle sensation de pureté et d’intensité. Prometteur. J’ai moins aimé son vin du niveau village, le Berghausener 2013, qui m’a semblé un peu réduit et manquant de fruit et d’harmonie. Je l’avais aussi dégusté à l’aveugle plus tard et je le trouvais un peu crayeux de texture et marqué par son élevage. Le Grassnitzberg erste lage 2013 qui m’a semblé un peu dissocié à ce stade. Les vins de grosse lage (grands crus) chez Tement passent leur premiers 12 mois d’élevage sans soutirage ni sulfitage, puis sont soutirés et légèrement sulfités avant la mise. Le Sernau 2013 a un très beau nez, bien expressif avec une excellente qualité de fruit. La texture est tendre, très fine et le vin développe en ampleur sans perdre de sa finesse. J’ai aussi dégusté le Sernau 2012 (à l’aveugle) a le caractère beurré et suave du nez ressortait, puis beaucoup de longueur en bouche et juste une petite impression de chaleur. Le Zieregg 2013 donne des odeurs plus pointues et épicées. En bouche c’est aussi plus dense en concentré, avec un épi-centre d’une belle intensité. Alliant grande finesse et une certaine puissance, il mérite une garde de quelques années je pense. Grand vin. Dans la dégustation à l’aveugle c’était au tour du Zieregg 2012 qui partage avec son voisin d’écurie un beau caractère crémeux. C’est un vin splendide, fin et vibrant aussi. Quant à la capacité de garde des sauvignon blancs de Tement, j’ai dégusté aussi le Zieregg 2007 et elle est pleinement avérée : encore un excellent vin !

IMG_6669Ce site du vignoble Neumeister, qui s’appelle, je crois, Saziani, domine l’église qui en est encore propriétaire (photo DC)

Ma dernière matinée était consacré aux visites des deux derniers domaines de l’association STK, qui se trouvent à l’est des autres, dans la sous-région appellée Südoststeirmark ou on trouve, dans certains secteurs, des sols d’origine volcanique. Le domaine Neumeister se trouve aux abords du village perché de Straden, dominé par le clocher de son église. D’ailleurs la meilleure parcelle des Neumeister appartient toujours à l’église : il est leur est loué sur un bail de 50 ans. Christoph Neumeister, qui cultive ses 30 hectares selon une approche que je qualifierai de « bio pragmatique » m’a amené en haut de la colline qui fait face à l’église, de manière à constater les différences d’exposition des vignes qui tournent autour de cette colline pointue, sauf évidemment sur les parties orientées vers le nord.

IMG_6646L’intérieur du chai/magasin/salle de dégustation de Neumeister est comme un tableau constructiviste : bois, acier, verre et béton alternent pour produire de la beauté formelle (photo DC)

Le chai du Weingut Neumeister est très moderne et d’une grande beauté esthétique. Je suis béat d’admiration devant le soin apporté à l’architecture, externe comme interne, dans cette région, du moins pour les domaines que j’ai visité. C’est aussi créatif que respectueux des matériaux et cela rehausse l’expérience du visiteur d’une manière remarquable. Ce visiteur, qui a peut-être fait un long chemin pour y parvenir, est très bien soigné ici car le domaine inclut un restaurant, géré par les parents de Christoph, et dont la cuisine a obtenu 3 toques et 17/20 au guide GaultMillau. Il s’appelle Saziani (c’est le nom d’une de leurs meilleurs parcelles de vigne) et, pour compléter l’expérience, il y a aussi sept chambres /appartements à loueur sur place dans le bien nommé Schlafgut Saziani. Je n’ai pas testé mais, si ces deux établissements sont au niveau des vins et du winery, cela doit être une très belle expérience !

Quid de ses vins du cépage sauvignon blanc alors ? On peut dire que le bilan est globalement très positif, mais sans tomber dans une langue de bois néo-stalinien ! Le erste lage Klausen Sauvignon Blanc 2013 est un vin délicat, au toucher fin, vendu au prix de 18 euros. Dégusté deux fois, dont une fois à l’aveugle ou il faisait partie des meilleurs de sa série. Ensuite, sur place, on m’a fait déguster une série de trois millésimes issus de vielles vignes. En l’occurrence ces vignes étaient plantées en 1937, 1951 et 1967 : donc ils ont entre 48 et 78 ans. Ce vignoble est en location et Christophe ne sait pas quel porte-greffes ont été utilisés, mais les baies sont toutes petites et les acidités se situent autour de 6,2/6,3. Ces vins ont passé 30 moins en barriques avant la mise en bouteilles. Il s’agit de vignobles ayant le statut « village » sur l’échelle du STK. Le Stradener Alte Reben 2011 a une intensité incroyable qui s’expriment toute en finesse. Il m’a semblé même légèrement tannique et d’une grande complexité. Se très grande fraîceur/acidité est totalement intégré dans le corps du vin. Magnifique ! Le millésime 2012 du même vin est plus puissant et expressif au nez, mais partage cette grande finesse de texture. C’est vibrant, long et élancé. A l’aveugle je le rapprocherais d’un riesling ou d’un chenin blanc de très belle qualité. Le 2013, qui n’est pas encore en bouteille, est également très beau. La texture me semble plus suave et ronde. Toujours intense mais d’un grand raffinement et longueur. Le prix de ces vins d’exception se situe autour des 50 euros. C’est beaucoup, mais c’est bien moins cher que les vins d’un Didier Dagueneau, par exemple, et c’est du même niveau.

Pendant le dégustation à l’aveugle, d’autres vins de Neumeister ont également fait très bonne figure, mis à part un (le grosse lage Moarfeitl 2012) qui était bien bouchonné. Je pense que ce seul membre de l’association STK qui utilise encore le liège devrait réfléchir à ce problème récurrent qui entache la qualité de ses vins. Son Steierische Klassik 2013, seul vin de sa gamme à utiliser la capsule à vis, était un des meilleurs de sa série, au nez chaleureux mais discret en fruit (poire), puis en bouche une belle intensité et longueur et une texture légèrement crayeuse. J’ai déjà parlé du erste lage Klausen 2013, comme du Stradener Alter Reben 2011, assimilable à un grand cru. Deux vins au top !

Schloss KappensteinL’entrée au Schloss Kapfenstein, centre du domaine Winkler-Hermaden, devenu un hotel-restaurant qui vous permettra un voyage dans le temps avec vue sur le présent (photo DC)

Ma dernière visite a incorporé une escale dans l’histoire de cette région, avec le domaine Winkler-Hermaden dont le symbole et couronnement physique est un château historique, devenu un remarquable hôtel et restaurant, ce Schloss Kapfenstein qui pointe ses murs blancs au sommet d’une colline escarpée à l’extrémité sud-est du pays, proche à la fois de l’Hongrie et et la Slovénie. L’attraction touristique constitué par le château/hotel et telle que 50% des ventes se font à la propriété.

détail Winkler (1)

Propriété familiale depuis 1898. Les vins sont maintenant vinifiés par Christoph, un jeune homme qui termine ses études de micro-biologie et qui est plein d’idées pour l’avenir du domaine. Certifié bio depuis 2012, le domaine et ses 40 hectares de vignes se divise en deux parties, dont une, autour de Klöch, produit surtout des traminers sur des sols volcaniques. En tout 13 variétés sont cultivés, dont pas mal de cépages rouges. J’ai dégusté un très beau pinot gris, le Ried Schlosskogel Grauburgunder 2013, joliment parfumé, délicieusement fruité et plein d’élégance. Un style admirable qui n’a aucune lourdeur. Puis trois gerwurztraminers, une des spécialités de la maison.  Le Gewurztraminer Klücher Oldberg 2013  est délicatement parfumé par des odeurs qui évoquent certaines roses anciennes. Belle acidité qui équilibre, plus ou moins, le sucre résiduel. Il y avait aussi un Gewurztraminer « orange » qui suit la mode qui sévit en Slovénie et ailleurs pour cette approche. C’est un vin étrange, tannique et à la finale dure, qui ne m’a procuré aucun plaisir. Un vin pour masochistes peut-être ?  Enfin un Traminer Kirchleiten 2008 très convaincante dont j’ai beaucoup aimé la belle matière suave, l’élagance du toucher et la longueur succulente. Il paraît que ce vin est analytiquement sec (4,2 gr/litre) mais cela ne semble pas le cas. En tout cas un équilibre parfaitement réussi. Je fus moins convaincu par leur Pinot Noir Winzerkogel 2012, un peu austère. Un autre rouge, peut-être plus intéressant et original, est Olivin Blauersweigelt 2011, à la texture certes  un peu rugueuse mais au bel caractère affirmé. Un vin issu de la méthode traditionelle et du pinot noir (dosage brut) m’a beaucoup plu en revanche, comme un étonnant Strowein fait avec du Merlot. Les sauvignons blancs de ce domaine, lors de la dégustation du groupe conduite à l’aveugle, m’ont tous semblé un cran ou deux en dessous des meilleurs, à l’exception du grosse lage Kirchleiten 2007, très parfumé, riche et épicé, aux très belles saveurs qui donnent beaucoup de plaisir.

dégustation Styrie

Ma petite conclusion à tout cela, je l’ai déjà formulée dans les précédents articles. Pour résumer, cette région est non seulement belle, elle est accueillante et ses meilleurs vignerons, représentés ici, travaillent intelligemment à la fois individuellement et collectivement. Ils produisent des vins exemplaires en respectant la nature et le consommateur. Allez voir par vous-mêmes !

David Cobbold

 

 

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