Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Dans la famille Lurton, je m’arrête sur Marie-Laure

2 Commentaires

En juin dernier, à l’occasion de VINEXPO, j’ai séjourné comme à l’accoutumée chez Marie-Laure Lurton Roux. Mais, si les autres fois, je la voyais à peine, tant nos agendas respectifs étaient chargés, ce fût bien différent cette année, nous avons pu passer beaucoup de temps ensemble, ce qui m’a donné très envie de vous parler de cette « dame » du vignoble bordelais, et de vous la faire mieux connaitre !

Les Lurton

Une famille à la tête de 27 Châteaux, et de plus de 1300 hectares de vignes dont la majorité se situe dans le bordelais mais aussi dans le monde entier (Australie, Argentine). Une véritable dynastie qui en cinq générations a créé une marque mondialement connue. Ce sont les deux frères André et Lucien Lurton, qui ont engendré cet empire, dans le sillage de leur grand-père Léonce Récapet distillateur à Branne. Bérénice Lurton se plait à rappeler qu’il s’agit de « cinq générations de viticulteurs, nous sommes avant tout des gens de la terre ». Les Lurton sont très certainement la seule famille au monde avec autant de membres travaillant en même temps dans le monde du vin, produisant des vins de qualité dans différentes gammes et différents pays. Lucien Lurton, (92 ans aujourd’hui) celui qu’on appelle : l’Homme du Médoc, a constitué un petit empire de crus classés, ce qui a fait de lui le plus gros propriétaire de Margaux avec 240 ha de vignobles. Les Lurton du Médoc, ce sont aussi des négociants en vin :  ils ont créé  en 1999 « La Passion des Terroirs « C’est l’une des 10 plus importantes maisons de négoce de la place de Bordeaux avec 5 millions de bouteilles commercialisées.

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Qui est Marie-Laure ?

Je vais essayer de vous la raconter en restant le plus neutre possible car je lui voue une grande amitié. Née le 10 avril 1963, c’est l’une des filles de Lucien Lurton, elle a grandi à Brane-Cantenac dans une famille totalement dédiée au vin et qui avait acquis une grande notoriété. Marie-Laure me décrit son père, comme un homme simple qui a toujours fuit les mondanités et qui a une vraie passion pour les Terroirs, il a contribué à remembrer les vignobles de Margaux avec les viticulteurs du cru. Dans les années 60, quand la crise a mis sur le marché nombreux domaines, il en a profité, et a racheté, en 62 le Château Durfort Vivens (2è CC Margaux) puis Bouscaut(CC de Graves) et Desmirail (3è CC Margaux) qu’il a reconstitué parcelle par parcelle. En 1970, c’est le rachat de Climens 1er CC dans le Sauternais. En 1992, il a réglé la succession en transmettant ses 11 châteaux à ses 10 enfants, en faisant des lots de valeur équivalente. Elle m’a raconté que son papa, leur avait demandé ce qu’ils souhaiteraient recevoir en priorité, mais en réalité, il n’en a pas vraiment tenu compte. On ne peut s’empêcher de remarquer que les crus classés de Margaux sont allés aux garçons ! Denis a hérité de Desmirail, Henri de Brane-Cantenac, Gonzague de Durfort-Vivens, quant à Marie-Laure, elle a hérité de 3 crus Bourgeois : le Château de Villegeorge (Haut-médoc), le Château Duplessis (Moulis) et le Château La Tour de Bessan (Margaux). Je précise que nous n’avons jamais évoqué le sujet ensemble, elle est bien trop discrète et respectueuse des décisions de son père.

Le « je ne sais quoi » de Marie-Laure !

Mème si vous la connaissez-tous, je suis certaine que vous ignorez tout du « je ne sais quoi » de Marie-Laure qui fait tout son charme et sa personnalité. Sans doute tient-elle de son père, sa réserve naturelle, sa rigueur et l’aspect très technique, et exigeant de la profession. Comme lui, elle a suivi des études d’œnologie, elle est à ce jour l’une des rares femmes œnologue-propriétaire en Médoc. C’est une femme très déterminée, même si à première vue, elle ne donne pas cette impression, elle s’est formée auprès d’Emile Peynaud et a choisi sa propre voix. Le vin lui offre la possibilité d’exprimer sa personnalité singulière et d’être en accord avec elle-même. Ce qui la caractérise le plus et fait son talent, c’est sa recherche permanente de la qualité, son ouverture d’esprit, et sa convivialité. C’est une grande travailleuse, sensible aux détails et à la simplicité, elle façonne sa marque avec soin et fermeté, sans laisser rien au hasard et sans se contenter de profiter simplement de la marque Lurton. Son style, ses vins, ses propriétés, tout en elle respire la simplicité et l’authenticité. Ce que j’aime le plus chez elle: son côté naturel et sa jovialité, son dynamisme, et ce je ne sais quoi qui la rend si attachante. S’il s’agissait d’un vin je dirai qu’il a de la race!

 Itinéraire d’une vigneronne discrète:

Elle est discrète mais dotée d’une très forte personnalité qu’elle s’est elle-même forgée, ce qui lui a sans doute permis de rester dans ce monde, tout en cassant le cordon ombilical. Au fil des ans, elle s’est affirmée, elle a lutté pour faire prospérer les 3 châteaux hérités ; elle ne s’en sort pas vraiment, alors elle décide en 2015 de vendre Duplessis pour mieux se concentrer sur La Tour de Bessan et Villegeorge pour lequel, elle a un faible. Un peu plus tard, elle a quitté l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc. Pourquoi ? « J’ai envie de faire les vins que j’aime en me libérant des carcans et des cahiers des charges ». Elle me disait souvent, qu’elle était consciente que les Bordeaux ne figuraient plus sur les cartes de Restaurants « Le diktat bordelais n’est plus en accord avec le marché. » Elle préfère lutter seule !

En dehors du vin, c’est une grande sportive, elle court les marathons avec son mari, et elle a élevé 3 enfants.

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Marie-Laure sur la ligne d’arrivée du Marathon du Médoc 9 septembre dernier! 1 577 ème sur 7 913 !

Le style Marie-Laure

« Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit » et c’est tout à fait elle!

C’est une passionnée des Terroirs, ce qu’elle traduit dans ses vinifications parcellaires, elle aime ses vignes, il m’est arrivé de l’accompagner dans ses visites à Bressan, elle en parle avec conviction : « Quand on goûte nos vins, il faut qu’on retrouve ce sol de Graves de Margaux ». Elle explique son travail, et ne cache rien, ni le levurage ni parfois quand c’est nécessaire le recours à des vendanges mécaniques. Une chose est certaine, elle ne cherche pas à être à la mode, elle s’est finalement arrêtée sur une vinification traditionnelle. Toute sa doctrine est basée sur la qualité du raisin et un bon rapport qualité/prix ! Elle travaille en permanence à l’amélioration de la qualité de ses vins, elle s’est engagée dans la culture raisonnée des vignobles qui permet la diminution des intrants, l’abandon de certains produits phytosanitaires, ses deux domaines sont certifiés « Terra Vitis », label reconnaissant un travail de la vigne respectueux de l’environnement depuis 2003. Mais, elle cherche avant tout à produire des vins à boire ! Elle n’a que très peu recours aux barriques neuves pour éviter des vins trop boisés. « Pour moi la barrique, l’intérêt, c’est l’oxygénation ménagée des tanins, le but c’est d’assouplir les tanins au cours de l’élevage et pas de donner un goût de bois. Donc je ne mets jamais plus de 20 % de bois neufs dans mes vins. Parce qu’autrement on tue le fruit ; le bois neuf est l’ennemi du fruit. » Les vins sont à son image « chaleureux », libres, ils laissent s’exprimer au mieux le potentiel du millésime et le fruit.

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Comment elle conçoit l’œnotourisme à La Tour de Bessan:

« L’œnotourisme permet d’établir un puissant échange avec l’amateur de vin », explique Marie-Laure Lurton. Elle propose donc, de nombreuses activités au Château La Tour de Bessan comme des : visites, ateliers d’assemblage et découverte des cépages, cours de cuisine et dégustations axées sur les accords mets-vins. « A travers le vin, il y a l’idée de culture, mais aussi de partage, c’est ce que nous voulons recréer dans nos « ateliers ». Nous voulons leur donner quelques clés pour se faire leur propre palais, et choisir par eux-mêmes. »  J’ai assisté à l’atelier 100% Cépages, en compagnie d’un couple d’américains et en quelques mots très simples, elle leur a donné le sésame pour comprendre les cépages et former leur gout.

Et le millésime 2017 ?

Je lui ai demandé ce lundi, où elle en était des vendanges? Réponse de ML« Je viens de les commencer aujourd’hui. Difficile de donner un avis maintenant…il faut voir ce que l’on rentre et ce que l’on en sort : fin de macération. Je serai fixée dans une quinzaine de jours sur la tendance… »

 

A chaque propriété, son style !

Elle a su donner à chacun de ses vins une personnalité propre: le classicisme de Villegeorge, l’élégance et le soyeux de La Tour de Bessan, se complètent harmonieusement.

Je vous en parle la semaine prochaine.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

2 réflexions sur “Dans la famille Lurton, je m’arrête sur Marie-Laure

  1. Très beau portrait, Marie-Louise. Il y a deux ans, les Lurton étaient venus, en groupe, présenter leur saga et leurs vins à Bruxelles. Un grand moment qui m’a permis d’apprécier le Tour de Bessan 2012, que j’avais trouvé à la fois sophistiqué et gourmand.

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  2. Merci Hervé, je suis d’accord avec toi, le 2012 est superbe. je vais parler des vins la semaine prochaine.
    MLB

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