Oups, c’était le « Jour du Chardonnay »!

Il y a quelques années, la Bourgogne, berceau du chardonnay (jusqu’à preuve du contraire) est montée dans le train du « Chardonnay Day », une opération lancée par les Californiens en 2011.

Cette année, la journée tombait ce jeudi; elle s’est traduite par une activité assez intense sur les réseaux sociaux, paraît-il.

Je ne suis pas sûr que beaucoup de consommateurs potentiels, en Bourgogne ou ailleurs, l’aient remarquée.

Il me semble donc que ce genre d’opération gagnerait à avoir une traduction « physique », chez les producteurs, les cavistes, dans les rayons des grandes surfaces, avec des mises en avant, des promos, des explicatifs, une contextualisation. On pourrait aussi prévoir un peu d’affichage dans les rues et les transports, des échantillonnages aux journalistes, que sais-je? Ne serait-ce que parce que certains consommateurs, ces ringards, ne sont pas connectés 100% de leur temps aux réseaux.

En 2019, il y avait eu une mise en avant à Chardonnay – le village censé devoir son nom au cépage, à moins que ce ne soit le contraire. Mais le Covid a balayé cette activité, semble-t-il. De toutes façons, elle était bien trop locale pour pouvoir toucher le grand public, à mon humble avis.

Un vieux dicton dit que « tout ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait ».

Je ne suis pas totalement convaincu que des journées de ce type méritent d’être organisées. Surtout si l’on pense que le concept devrait idéalement être décliné pour tous les cépages. Ce qui diluerait inévitablement l’intérêt du public. Par ailleurs, bon nombre de consommateurs français connaissent mal les cépages; ils se repèrent plutôt à l’origine, aux lieux, aux appellations.

Mais si des appellations, justement, décident d’y participer, je pense que cela demande plus d’investissement. Ceci dit en toute amitié pour mes copains bourguignons, notamment ceux qui produisent du chardonnay, un cépage qui me semble celui qui y donne le plus de grands vins, ou au moins, avec le plus de régularité.

Hervé Lalau

5 réflexions sur “Oups, c’était le « Jour du Chardonnay »!

  1. Nadine Franjus

    J’ai recherché sur le Net « jour du chardonnay 2021 » et je n’ai pas eu d’autres réponses que « le meilleur chardonnay du Monde » est un vin de Savoie, suivi d’un Pays d’Oc et un Champagne. Ensuite il y a une grande diversité de Pays. Je comprends que les bourguignons ne participent pas à ce genre de représentation plutôt réservée aux gros marchés mais je n’ai pas trouvé d’autre communication que la tienne sur cette fameuse journée.
    J’en conclus que tu es un acteur majeur dans la promotion du Chardonnay sur les réseaux sociaux. Félicitations.

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  2. Jacky RIGAUX

    Toujours source d’inspiration et de réflexions tes propos, cher Hervé.
    Je participe actuellement à la préparation d’un colloque sur la thématique « Le cépage au service de la construction d’un goût/ le cépage expression d’un lieu », donc ce que tu écris est totalement en écho à mon travail en cours. Au tournant du XXème et du XXIème siècle, se sont imposés les vins internationaux de cépage et de marque. La note sur 100 introduite par Robert Parker et le Jugement de Paris de 1976, qui a bouleversé les positions installées, ont sorti le vin de sa dimension culturelle et de son lieu pour en faire un objet de consommation comme un autre à évaluer, compare, noter, juger… Le puissant marketing a mis cela sur orbite. On a même fait appel à des chercheurs à la fin du XXème siècle pour expliquer que le terroir n’existe pas, qu’il est une simple invention française, bourguignonne en particulier, pour faire croire à la supériorité « naturelle » des vins français.
    Du coup, de nos jours, sous l’impulsion de Robert Parker, qui a fait école, les plus grands vins sont les vins qui dépassent les 95 sur 100. Tous les vins ont droit d’office à 50 points, en dessous de 60 ils sont inacceptables, ils sont moyens de 70 à 80, bons jusqu’à 90, exceptionnels entre 90 et 95, extraordinaires de 96 à 100. Il n’y a plus de positions acquises, la remise en cause des ordres établis est la règle. N’oublions pas que Robert Parker, étudiant, s’est passionné pour les batailles menées, avec succès, contre les grands firmes industrielles par l’avocat Ralph Nader à la tête d’un réseau d’associations de consommateurs. On est dans le consumérisme, avec la quête d’une éthique au sein du commerce international. Très intéressant bien sûr, car c’est une forme de démocratie qui remet en cause tous les ordres établis.
    Du coup, il a fallu résister à la déferlante des vins internationaux de cépage et de marque, il a fallu sortir la viticulture de terroir du tout chimique en vigne et au chai, « réveiller les terroirs », comme l’ont fait en Loire les frères Foucault, Didier Dagueneau, Nicolas Joly et quelques autres, en Alsace Léonard Humbrecht, Jean-Michel Deiss, André Ostertag… Et comme l’a rappelé Léonard Humbrecht, « le cépage est le prénom du vin, son nom de famille, c’est le terroir ».
    Et n’oublions pas, qu’avec « le réveil des terroirs », consacré par le classement à l’UNESCO, le 4 juillet 2015, des « climats » des vignobles de Bourgogne comme « archétype de la viticulture de terroir dans le monde », on ne fait que renouer avec les principes fondateurs de l’INAO. L’INAO est un organisme qui garantit non pas la qualité d’un produit, mais son origine. Merci aux parlementaires français qui, en 1913, n’ont pas voulu de l’introduction des  » qualités substantielles » dans la loi pour éviter de s’engager « dans la voie compliquée et tortueuse de la garantie des qualités substantielles ».
    C’est l’origine qui est protégée, pas la qualité.
    Du coup, ce qui compte en Bourgogne, c’est l’origine du vin. Les « climats » de Chablis ne se « tastent » pas comme ceux de Meursault. Leur dimension tactile, en particulier, est très différente. Pas les mêmes argiles, pas les mêmes marnes, pas les mêmes calcaires, pas les mêmes micro-climats, pas la même climatologie d’ensemble, etc…
    Donc il est heureux qu’on ne célèbre pas le cépage en Bourgogne, comme dans tous les « vrais » terroirs du monde, mais le lieu !

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  3. Cher Jacky, tu sais que je suis un amoureux des terroirs et je te rejoins en bonne partie: ne lâchons pas nos spécificités, nos « unique selling propositions » pour l’ombre du « tout-cépage ».

    Mais comme tu le sais, dans de nombreux pays étrangers, le cépage est la clef d’entrée du vin, les bouteilles sont classées par cépages dans les magasins, et les chardonnays californiens, sud-africains, chiliens et australiens y voisinent avec le Meursault, le Chablis et le Montagny. Ces derniers sont même parfois un peu défavorisés (au moins vis-à-vis du grand public), vu qu’ils ne mettent pas en avant ce que le consommateur de ces pays attend: la mention en grand du cépage.

    En France, et en Belgique aussi, c’est assez différent – l’origine reste une référence. Mais en Belgique, bon nombre de vins non-français, qui occupent une place grandissante, se réfèrent aux cépages français; et c’est pourquoi il peut être intéressant pour des appellations françaises, même prestigieuses comme celles déjà citées, de mentionner chardonnay sur l’étiquette, ne serait-ce que pour ne pas laisser aux autres l’exclusivité de la mention. Mais ce n’est pas qu’un problème bourguignon; les Angevins ont à peu près le même avec « leur » chenin, les Cardurciens avec « leur » malbec, etc.

    Par ailleurs, même en France, communiquer sur le chardonnay pourrait avoir un avantage, pour la Bourgogne: il permettrait de mettre sous la même bannière tous les vins blancs, ou presque (mettons de côté l’aligoté et le sauvignon de Saint-Bris), toutes les sous-régions, du Chablisien au Mâconnais en passant par la Côte châlonnaise, la Côte de Beaune et la Côte de Nuits, pour un événement fédérateur.
    Ce serait sans doute réducteur pour l’amateur éclairé, mais efficace pour le consommateur moyen. Car en volume, je pense qu’on vend bien plus de Bourgogne Chardonnay, de Mâcon Chardonnay (ce sont des mentions que l’on trouve fréquemment sur des étiquettes en GD), ou même de Pays d’Oc Chardonnay que de Puligny-Montrachet, ce qui est normal vu les volumes produits et les prix.

    Mais c’est bien sûr aux Bourguignons de décider de ce qu’ils doivent faire.

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    1. Jacky RIGAUX

      Bien sûr cher Hervé, tout se discute en ce monde du vin en pleine effervescence ! Comme tu le sais, je ne fais pas profession de journaliste du vin, et je reste un indécrottable militant de la cause du terroir et de la dégustation géo-sensorielle qui lui est « consubstantiellement » associée selon la belle formule d’Aubert de Villaine. Cela me permet donc de ne pas être d’accord avec la promotion du cépage en vignobles de vins de terroirs. Je ne sais plus si je t’ai fait envoyer mon récent livre, « Le monde du vin aujourd’hui » (Terre en Vues, 2020) ? Reprise d’un cours (enrichi de réflexions actuelles) que je faisais à l’Université des Sciences du Goût de Polenzo, j’essaie de caractériser le monde du vin aujourd’hui. J’y écris, en particulier, que la France ferait bien de retirer au moins 100 000 ha de ses AOC. Je décris combien l’industrie du vin est puissante, l’utilisation de tous les procédés oenologiques imaginables permis, dont l’utilisation massive des fameuses « staves ». En écrivant qu’à partir du moment où on utilise les levures sélectionnées, on commence à sortir du terroir, je sais que je me fais beaucoup d’ennemis, par exemple… Mais comme je le dis souvent, le vin n’est pas un produit de première nécessité, mais d’abord un produit culturel à haute valeur esthétique, donc il nous permet de nous confronter, de nous chamailler, de défendre nos causes, sans problème ! Même si ce n’est pas toujours agréable de me faire traiter de cuistre par mon meilleur ennemi bordelais Andé Fuster, je reçois le compliment avec le sourire. Et je serai toujours en opposition frontale avec David, sans pour autant le considérer comme un ennemi. Je comprends sa position et la place qu’il occupe dans le monde du vin aujourd’hui.
      Je suis en revanche très déçu par la position qu’à prise l’INAO. Et j’aime à citer le plus souvent possible le commentaire de Périco Légasse dans son magistral « Dictionnaire Impertinent de la Gastronomie » : « Dès lors que l’on introduit le concept qualitatif dans la définition d’une origine, on fait entrer les lois du marché, donc des intérêts financiers, dans un processus où ce concept n’a pas sa place. Ceux qui ont imposé cette réforme, entendez le négoce et le lobby agroalimentaire, savaient très bien ce qu’ils faisaient. Jusqu’en 2009, l’INAO avait une éthique. Il a désormais des objectifs. Autrement dit, il a pour mission de promouvoir les produits français dans le commerce, en totale négation, voire trahison, de ses principes fondateurs. Une honte. »
      Heureusement il y a eu un président de l’INAO en osmose totale avec les principes fondateurs de la loi sur les Appellations d’Origine Contrôlée, René Renou, malheureusement décédé brutalement après une crise cardiaque. J’attends l’arrivée d’un prochain président de cette trempe qui fera supprimer la mention « Qualité ». Ce qui est dommage, c’est que les bourguignons, avec leurs parlementaires, avaient su éviter, en 1913,  » la voie compliquée et tortueuse de la garantie des qualités substantielles », et qu’ils n’ont rien fait pour s’opposer à la réforme de l’INAO en 2009. Les affaires vont sans doute trop bien…

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  4. nicole vachey jean luc vachey

    Je suis tout à fait en phase avec Jacky, les vins de cépage ne doivent pas être surestimés dès lors qu’ils ne proviennent pas de grands terroirs, je travaille beaucoup sur la notion de profilage d’un cru donné et sur le respect du terroir sous jacent. Je me suis souvent opposé dans des jurys à des défenseurs de vins industriels qui cherchent à être adoubés afin de pouvoir pratiquer des prix prohibitifs, sur des produits secondaires. Dans les concours, il conviendrait de revoir le contenu des grilles de notation souvent spartiates et obsolètes pour mettre en valeur l’authenticité des terroirs.

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