Semaine cabernet franc de Loire (1): généralités

Représentant aujourd’hui quelque 45.000 hectares de vignes, tous pays confondus, le cabernet franc est un des cépages rouges qui montent, au plan mondial. A la faveur des changements climatiques, il conquiert même des vignobles où on ne l’imaginait pas il y a encore quelques décennies, comme l’Etat de New-York, où il fait aujourd’hui figure de cépage de référence. On en trouve aussi de belles surfaces en Italie (5.700 hectares), et en Chine (3.000 hectares), notamment.

Le cabernet franc a trouvé sa place en Californie

Comment oublier, cependant, qu’il fait depuis des siècles le bonheur des vignerons du Val de Loire? Et s’y affirme sous bien des facettes: car au-delà des rouges (on pense à Saumur-Champigny ou Chinon, bien sûr), il faut évoquer les rosés de Cabernet d’Anjou, ou encore les fines bulles (car quand on parle de blancs de noir, du côté de Saumur, on parle le plus souvent de cabernet franc).

Un récent passage à Angers, pour l’opération Millésime en Val de Loire, nous l’a bien confirmé.

Avec le chenin, le cabernet franc est un des cépages emblématiques du Val de Loire

Cette variété, Les 5 du Vin ont décidé de vous la montrer, vins à l’appui.

Toute cette semaine, avec Marc et Nadine, nous passerons donc en revue les différents visages de ce cépage qui se trouve si bien chez lui en Loire.

Mais d’abord, quelques données historiques et chiffrées.

Basque, ou Breton?

Le cabernet franc fait partie de la famille des Carménets, dont il est un des plus anciens représentants – sans doute le père du cabernet sauvignon, mais peut être aussi un cousin ou un neveu du fer, alias braucol. Bon nombre d’ampélographes situent donc généralement ses origines soit dans le nord de l’Espagne, soit dans le sud-ouest de la France, dans ce qu’on désigne sous le nom de Piémont pyrénéen. 

Quoi qu’il en soit, son arrivée en Loire est relativement tardive: les premières mentions en Touraine du «breton» ou «berton» (c’est un de ses noms locaux) datent du 16e siècle, sous la plume de Rabelais: «Ce bon vin breton poinct ne croist en Bretaigne, mais en ce bon pays de Verron». Ce qui permet non seulement d’écarter toute confusion avec un vin qui aurait été produit en Bretagne, mais aussi de confirmer sa présence dès cette époque au confluent de la Loire et de la Vienne, près de Chinon.  

Notons que véron est un des synonymes de cabernet franc en Touraine. Mais comme la plupart des cépages, il change souvent de nom : acheria et ondarrabi beltza au Pays basque ; bouchy en Béarn, carménet ou messanges en Aquitaine, noir dur dans l’Orléanais…

Quant au nom de breton, lui aussi est entouré d’un certain flou ; d’aucuns l’associent à un certain abbé Breton qui l’aurait popularisé; d’autres au fait que les premiers plants seraient arrivés par des ports bretons (Nantes, notamment) ; à moins qu’il ne s’agisse de celui de Capbreton, à l’embouchure de l’Adour, voie de transport importante pour les marchandises du Piémont Pyrénéen. Capbreton est d’ailleurs le nom de ce cépage dans les Landes.

A coup sûr, Ligérien d’adoption!

Au-delà du mystère de ses origines (que nous ne lèverons pas aujourd’hui), constatons qu’il s’est bien développé en Val de Loire: avec 14.000 ha, il représente 25% de l’encépagement régional (et 56% de l’encépagement en rouge). Ou encore, 42% de la surface totale de ce cépage cultivée en France.

Les AOP à base de Cabernet du Val de Loire (manquent sur cette carte: Orléans-Cléry, Haut-Poitou et Cabernet d’Anjou)

Même si on le retrouve ailleurs (essentiellement dans le Bordelais), il est donc aujourd’hui indissolublement lié à la Loire.

A preuve, c’est le principal cépage rouge d’une dizaine d’appellations, qui s’égrainent sur plus de 200 kilomètres au fil de la Loire, depuis Orléans, à l’Est (il laisse ensuite la place au pinot noir), jusqu’aux abords d’Ancenis, à l’Ouest.

Ces appellations, les voici.

Pour l’Anjou : Anjou, Anjou-Villages, Anjou-Brissac, Cabernet-d’Anjou, Saumur, Saumur-Champigny, Saumur-Puy-Notre-Dame.

Pour la Touraine : Chinon, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Bourgueil.

Et pour l’Orléanais : Orléans-Cléry.

Sans oublier une appellation régionale, pour les fines bulles: Crémant-de-Loire.

Mais cette liste n’est pas limitative, car on trouve aussi quelques belles cuvées 100% cabernet franc en Haut-Poitou ou en Touraine-Chenonceaux, par exemple. D’autres AOC l’utilisent également dans des proportions plus ou moins importantes, comme Rosé d’Anjou (où il vient épauler le grolleau) ou Cheverny (où il seconde le gamay et le pinot noir), ou encore Coteaux-du-Loir et Coteaux-du-Vendômois (loin derrière le pineau d’Aunis, cependant). On trouve aussi quelques cuvées bien marquées par le cabernet franc dans les AOP Touraine, dans l’IGP Val-de-Loire et jusque dans les Fiefs-Vendéens. Et si j’ai oublié quelqu’un, qu’il se fasse connaître !

Au vu de cette énumération, sa bonne adaptation en Val de Loire est manifeste; de même que son aptitude à interpréter des terroirs différents, dans des tonalités différentes, et même dans des couleurs différentes, puisque le cabernet franc produit aussi bien des rouges que des rosés, tendres ou secs (le fameux Cabernet d’Anjou, notamment, en version tendre) et même des blancs (surtout des fines bulles, en blanc de noir).

Côtés sols, on le trouve aussi bien sur les schistes que sur le tuffeau, mais aussi les limons, les graviers et les sables.

Un des porte-drapeaux du cabernet franc: Saumur-Champigny

Illustrer la diversité du cabernet franc

Autant de paramètres dans la matrice des vins de cabernet franc en Val de Loire, qui aident à comprendre la diversité que nous allons aborder au fil de cette semaine.

Attention, nous n’avons pas conçu cette série comme un guide de vins, les vins ont été choisis à titre d’illustration; ils ne sont pas les seuls vins de valeur à porter leurs couleurs. Ils sont d’abord là pour représenter un type de vin, une adaptation à un terroir, un style ou un procédé de vinification donné. Et quand cela est pertinent, nous mettrons l’accent sur l’aptitude à la garde des vins.

Pour terminer cette introduction, nous tenions à remercier ici les responsables d’Interloire, et notamment Claire Duchêne, Anne-Sophie Lerouge et Sylvain Naulin, pour leur aide dans la constitution d’un échantillonnage représentatif dans lequel nous avons pu puiser, ainsi que les vignerons et responsables d’appellation qui ont bien voulu nous aider dans ce travail.

Rendez-vous demain avec Nadine pour un aperçu plus œnologique du caractère et des aptitudes de ce cépage qui fleure bon la Loire…

Hervé Lalau

2 réflexions sur “Semaine cabernet franc de Loire (1): généralités

  1. Monnier Jean-Michel

    Merci pour ce 1er article, je tenais juste à vous préciser que le CF est aussi beaucoup utilisé dans les fines bulles rosées (voir blanches) des AOP Anjou Mousseux, Saumur fines bulles et bien évidemment CRL comme vous l’avez précisé.
    à demain pour la suite et aujourd’hui c’est bien à Saumur dans son célèbre château la Paulée de l’Anjou qui rassemble les vignerons Bio et en Biodynamie pour présenter leur Chenin et Cabernet franc… grande journée et soirée en perspective!

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.