Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Les intégristes m’emmerdent!

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Extrait d’une lettre d’Olivier De Moor à Michel Bettane, publiée récemment sur le blog de Jacques Berthomeau.

« J’ai été flatté de pouvoir figurer dans le guide Bettane et Dessauve suite à votre venue l’an passé. Après 20 ans de travail à notre propre compte. J’ai apprécié le temps consacré comme la précision que vous mettiez à écouter la façon que nous avons choisi pour faire nos vins.

 Cette année, je viens de lire que votre travail change et que faute de temps, ce que je comprends, vous réalisez votre dégustation, et votre sélection, après échantillonnage et collecte des bouteilles du 2013 au BIVB de Chablis.

 Je ne donnerai pas de bouteille au BIVB de Chablis, comme l’an passé je n’ai pas donné de bouteilles au BIVB pour le nouveau dégustateur du Wine Advocate en charge de la région, M. Neil Martin pour une dégustation similaire.

On peut considérer en effet que le vin parle par lui-même, et qu’il reflète le travail qui lui a donné naissance. Cette idée je l’espère. Mais elle reste à relativiser. Le vin au-delà de toute l’envie que nous lui transmettons demeure dans notre cas un produit vivant. Dépendant de sa propre humeur.

Plus important encore, je peux intégrer  ces variations, et son évolution normale que j’accepte en faisant déguster au domaine, en salon, mais je n’accepte plus de voir comparés nos vins à d’autres qui n’aient pas été fait dans la même éthique, et la même honnêteté. Vous pouvez considérer cette revendication comme incongrue; malheureusement elle ne l’est pas compte tenu des questions surtout environnementales.

 Je me permets de considérer que le vin doit autant être jugé sur son résultat que sur celui qui a conduit à le faire.

Je sais que M. Bettane aime beaucoup les Chablis. J’aime autant ma région que je maudis certaines pratiques. Je ne peux pas en conséquence, mettre nos vins au milieu d’une « compétition » à l’aveugle, sans règle du jeu. Je pense que cela avilie l’ensemble et finalement par mon choix je veux donner une chance à des pratiques plus vertueuses. »

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NIMBY

Il y a beaucoup de choses à dire en réponse à une telle prise de position, qui me semble avoir un petit côté « Not in My Back Yard« , alias NIMBY (voir ci-dessus quelques variantes de cet acronyme anglais, un syndrome de plus en plus courant).

La forme de la lettre de M. De Moor est polie et respectueuse. Mais le fond est incohérent et totalement inacceptable. Je reviendrais sur les incohérences de son argumentaire; mais ce qui est inacceptable, aussi bien pour un consommateur que pour un intermédiaire tel qu’un journaliste du vin, c’est le refus d’un producteur de voir ses vins comparés avec ceux d’autres vignerons, dans des conditions neutres et identiques pour tous.

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Et si on inversait les rôles?  Quelle serait la réaction de mes lecteurs si je refusais de déguster les vins de tel ou tel producteur parce que je ne suis pas d’accord avec ses méthodes de culture, par exemple?

Personnellement, je suis totalement contre toute ségrégation entre les vins, contre tous les clans. Ainsi,  je ne fréquente pas les salons exclusivement dédiés au vin biologique, par exemple. Mais tous les vins méritent d’être dégustés et  je ne refuserai jamais de déguster un vin parce que son producteur adopte les principes de Rudolf Steiner, même si j’ai très peu d’estime pour ce personnage aux relents racistes et anti-alcool.

Il faut dire que ce genre de refus de se soumettre à la comparaison par une dégustation à l’aveugle n’est pas un cas unique. Les premiers crus classés de Bordeaux le pratiquent depuis longtemps. Cela fait des années que je ne participe plus au grand cirque annuel des « Primeurs » à Bordeaux, mais déjà en 2006, qui fut ma dernière année de participation, quelques autres châteaux nous obligeaient à circuler inutilement sur les routes si on voulait déguster leurs échantillons et donc, par là, se soustraire à toute comparaison directe avec les vins de leurs pairs, tout en nous conditionnant par un environnement choisi et leur discours de circonstance. Je refusais cela à cette époque et donc ne parlais pas de ces vins-là. Faire le contraire serait, selon moi, une manière de cautionner cette pratique et de rendre à terme notre travail impossible. J’y reviendrai aussi.

En Bourgogne il en va de même pour des raisons différentes : la demande pour la production de certains domaines dépassant de très loin l’offre, il est devenu inutile pour ces heureux producteurs de fournir des échantillons à la presse ou aux éditeurs de guides. Il y a des exceptions, et ces gens-là sont à féliciter pour leur humilité et leur diligence. Ils jouent le jeu d’une manière exemplaire. Dans d’autres régions ont trouve aussi, ici ou là, des producteurs qui jouent les vierges effarés comme ce Chablisien : des « pas de ça chez nous » qui deviennent même des « pas de ça autour de chez nous ».

La posture qui nous concerne ici semble relever d’un cas de figure particulier. De Moor refuse de voir ses vins comparés à d’autres qui ne seraient pas (tous, une partie…? il ne le précise pas) produits selon la même approche agricole que la sienne (on imagine qu’il s’agit d’une variante de la mouvance bio). Je me souviens avoir déjà chroniqué sur le cas d’un producteur (aussi « bio », faut-il le rappeler) qui ne voulait pas que ses vins soient vendus à côté de vins non-bio dans des magasins ! Sectaire, vous avez dit sectaire?

Holier than thou

Qu’un producteur se soucie de l’environnement et d’une éthique qu’il conçoit comme étant indispensable aussi bien à sa propre vie qu’à l’identité de ses produits est évidemment respectable. Je dirai même que c’est vital. Mais qu’il se permette d’apporter un jugement globalisant et sans nuances sur l’ensemble de ses collègues d’appellation me semble très discutable. Cela relève de l’arrogance et d’une attitude que nous qualifions, dans mon pays d’origine, de « holier than thou » (plus catholique que le Pape, en bon français). Car nous sommes, à ne pas douter, dans le domaine de la croyance et d’un refus des différences. Je n’ai pas de sympathie pour des gens qui polluent massivement et qui se moquent d’une certaine éthique de production de produits agricoles, mais jeter l’anathème sur toute approche un tant soit peu différente de la sienne me semble joindre l’ignorance à l’intolérance. Et qui dit que tous les producteurs de Chablis qui acceptent d’envoyer des échantillons au BIVB pour des dégustations sont des vilains pollueurs qui vident des tonnes de désherbants sur leurs terres ?

 bagnoleAllons-y pour des visites de chaque domaine viticole en bagnole afin de nous rendre compte de leur « intégrité » et de commenter, et toute indépendance, de la qualité de leurs vins ! Cela va faire gagner le bilan carbone je pense.

Mais la lettre de M. De Moor pose un autre problème majeur . Si tous les producteurs de vin se comportaient de la sorte, le travail des journalistes/critiques/dégustateurs deviendrait totalement impossible ou, du moins, beaucoup plus coûteux et nettement moins honnête envers leur lecteurs. Car on ne peut pas douter qu’un vin doit se juger, avant tout, par ses qualités organoleptiques, et que la dégustation à l’aveugle est la meilleure manière de soustraire toute influence externe à ce travail d’analyse. Refuser une comparaison avec les produits de ses pairs signifie refuser le jeu de la concurrence, quel que soit le prétexte évoqué. C’est un refus de combat qui équivaut à une sorte de désertion. Je suis d’accord, bien évidemment, que la dégustation comparative n’est pas une science, qu’il s’agit bien d’une opinion à un moment donné par une ou plusieurs personnes et qu’il y a des aléas qui peuvent faire que tel ou tel vin soit moins bien jugé (ou l’inverse !) qu’il ne le mériterait lors d’une séance. Mais est-ce que cela veut dire qu’on ne peut faire aucune confiance à des gens qui dégustent des milliers de vin chaque année depuis longtemps, et qui en rendent compte avec honnêteté et un certain savoir-faire ? Et quelle est l’alternative ? Une série de portraits de vignerons, avec description de leur approche, incluant un compte-rendu de dégustation dans un cadre choisi par eux? Et le temps passé à visiter 20, 50, 100 ou parfois bien davantage de producteurs d’une appellation, on y pense ? C’est bien entendu hors de question pour nous, sur un simple plan économique. Et c’est aussi une curieuse contradiction de la part de quelqu’un censé se soucier d’écologie que d’encourager par son attitude égoïste un inutile gaspillage d’énergies fossiles et ainsi accroître la pollution !

M. De Moor nous dit tout de même qu’il consent à nous faire déguster ses produits lors de certains salons. Il est gentil, mais lesquels, où et quand? Et est-ce que nous pouvons y travailler sans avoir à jouer des coudes et à piétiner pendant des heures pour arriver à son stand bondé ? De toute façon, nous apporterons avec nous nos expériences passées de sa production, qu’elles soient positives ou négatives, ce qui constitue une sorte de filtre, de crible en contradiction avec la recherche d’objectivité qui doit nous animer.

Je ne crois pas que cela soit réaliste, et je suis convaincu qu’une telle approche nous empêcherait de révéler au public bon nombre de nouveaux talents.

A ce propos, j’ai le souvenir d’avoir découvert (et apprécié) les vins de M. De Moor lors d’une dégustation à l’aveugle au BIVB à Chablis, portant sur le millésime 1996 !

David Cobbold

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

26 réflexions sur “Les intégristes m’emmerdent!

  1. On nest pas très loin des arguments développés par Nicolas Joly au moment où il souhaitait quitter Interloire
    Je cite: «Ceux qui cultivent en bio ou biodynamie depuis des décennies et produisent de ce fait des goûts représentant toute l’expression de leurs terroirs, voient leurs cotisations utilisées pour vanter les charmes de vins totalement apatrides: des vins orphelins, sans racine, sans histoire».
    Bonjour la solidarité vigneronne…

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    • Bonjour à vous,

      Je lis , plutôt consulte votre blog. Je n’ai malheureusement pas le temps de répondre en détail à l’ensemble. Je le ferai si je peux ce soir.

      J’ai échangé avec M. Bettane. Je ne vous en donnerai pas le contenu parce que pour la suite je ne lui ai pas demandé le permission.

      Au début je voulais seulement lui faire savoir ainsi qu’à M. Puzzo. Puis j’ai transmit à deux amis. Vous savez lesquels.

      Vous pouvez qualifiez mon attitude d’intégrisme. Mais il est cependant des moments ou il faut mettre certaine limites. Ne les mettez -pas vous bien trop souvent dans des dégustations à l’aveugle entre niveau d’appellation ? On goutte les grands crus, puis les premiers crus, puis ici par exemple les Chablis; j’en invente une nouvelle comme d’autres de limite. Pourquoi ? Parce que de façon simple les réformes environnementales ne sont prises en compte. Tout est repoussé. A titre d’exemple l’OMS soulève de façon scientifique le problème du Glyphosate et je ne vois rien avancer. L’eau de mon village est polluée par l’atrazine, et depuis l’eau provient d’un autre point de captage. Et analytiquement nous retrouvons ce Roundup.

      Vous me direz c’est pas le PB. Oui, mais personne ne veut s’en charger. L’ODG ne peut le faire réglementairement, et le BIVB ne peut que faire des propositions. Et il n’y a pas de police environnementale. L’ONEMA de la DDT ne peut rien faire non plus.

      Donc l’Etat ne peut ou ne veut rien faire. Donc n’est-ce pas de votre rôle, à savoir les journalistes, d’investiguer de façon aussi pointue sur ces problèmes que de vous focaliser seulement sur la dégustation.

      Enfin ne tordez pas ce que j’ai écrit. Attention. Je n’ai jamais parlé de Bio, Biodyn et la suite. De problèmes environnementaux si.
      Et à tout vous dire dans chaque mode cultural il y a des limites et des zones d’ombre. Mai la non évolution (voire des blocages et des tabous) me parait désastreuse. Toujours sur le même sujet.

      Enfin pour clore ce message, je n’ai jamais sous-entendu ceci:  » Et qui dit que tous les producteurs de Chablis qui acceptent d’envoyer des échantillons au BIVB pour des dégustations sont des vilains pollueurs qui vident des tonnes de désherbants sur leurs terres ? » Je comprends que par nécessité on doive le faire: présenter ses vins au BIVB. Et beaucoup de personnes travaillant proprement, certains de mes amis le font: ça ne me gêne pas Cependant vous vous doutez bien qu’à me mettre en avant comme ceci j’ai plus à risquer qu’à gagner. Proprement, je n’ai ni parlé de bio, biodyn, intégré, ou l’euphémisme raisonné. Là ça va vous agacer.
      Je le fais parce que le problème n’est pas important: il est vital.

      Bonne journée,

      O de Moor

      Ps: pardon pour les fautes je n’ai plus le temps de relire.

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  2. Pingback: Les intégristes m’emmerdent! | Wine Planet

  3. Si on peut comprendre le point de vue de Monsieur O de Moor, une évidence doit rester prioritaire : on ne peut donner une évaluation d’un vin que par comparaison car c’est bien cela que recherche l’amateur en lisant un critique : quel cru acheter ?

    La réponse est facile : faire comme on a toujours fait au GJE : quand un producteur ne souhaitait pas que son vin soit mis à l’aveugle dans une de nos sessions, c’est ultra simple : on achète le vin.

    Tout le travail de la critique, appareils photo, téléphones, voitures, TV, audio, tout ce travail se fait par comparatif. Pourquoi en serait-il différent pour le vin ? Pourquoi telle ou telle méthode de culture ou d’élevage devrait-elle entrer en ligne de compte pour octroyer des points en plus (ou en moins) à tel ou tel cru ?

    Et, sopra tutto, il est évident que ce que souhaite Monsieur O de Moor est simplement hors de portée du temps et des budgets de la critique.

    Maintenant, rien n’empêche le critique d’aller plus loin pour comprendre un style, pour l’expliquer à ses lecteurs, et sous cet aspect, le travail de Michel Bettane est patent.

    On ne boit pas une méthode, on boit un vin.

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    • Tout comme on ne boit obligatoirement pas une note de critique, on boit un vin. A moins qu’à l’inverse on boive un peu en même temps l’avis de l’expert, comme la méthode, la démarche du vigneron en même temps que le vin.

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  4. Exact, François, c’est bien ce que je voulais dire, pour l’essentiel.
    Une remarque cependant : acheter les échantillons est une bonne solution, mais nécessite des moyens conséquents de tous ne possèdent pas. Les structures économiques de la presse sont trop faibles, et, pour ceux qui ont l’ambition de couvrir d’une manière large, les montants chaque année seraient gigantesques.

    Pour M De Moor, je suis bien d’accord que le problème des pollutions n’est pas abordé d’une manière assez ferme. Mais cela touche toute l’agriculture (et pas que…), même si je crois que la viticulture est sur-consommatrice de désherbants, par exemple, par rapport à sa surface. Mais je ne vois pas trop comment rendre le travail des journalistes sérieux presque impossible va régler ce problème-là. Notre poids, même collectif, est insignifiant.
    En regardant plus loin et autour de ce problème de pollution, je constate que rien n’indique qu’un produit labellisé « bio » (ou ses avatars) soit « bio » dans son contenu. Autrement dit, on ne labellise qu’un processus basé sur une charte et du déclaratif dans les réponses. Aucune analyse du produit n’est obligatoire, il me semble. Je pense qu’il y a un autre chantier à aborder là.

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  5. Imaginez un peu que nous refusions de participer à des manifestations parce que les autres journalistes qui y sont invités ne nous plaisent pas ou ne partagent pas nos vues sur le vin. Quel genre d’information ce serait là?!
    Pour affirmer leur engagement bio ou biodynamique, les vignerons disposent de certifications, il y a des mentions sur l’étiquette, c’est suffisant pour l’information du consommateur quant aux méthodes. Quant au résultat, qu’on nous laisse le soin d’en juger.
    Quant à la marginalisation des bios au sein de leurs AOP et interpros, c’est un autre problème qui mérite un plus large développement.

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    • Pardon Monsieur Cobbold, il y a bien analyses de résidus chez les vins » bios »; mais pas tout le temps. Il y a des limites admises et d’autres qui ne le sont pas. Vous soulevez un problème énorme, car comment expliquer que l’on retrouve des résidus un peu partout.

      Cela correspond à ce qui est appelé « le bruit de fond » de certaines molécules qui proviennent directement du choix de l’emploi de certaines molécules, et de la technique d’application. Et on doit se questionner d’où vient l’origine de ces résidus. Géographique, de proximité, de durée dans le temps, de trop forte stabilité.

      En outre au delà de ces doses infinitésimales, on peut se poser la question des résidus dans les vins autres que bios. Et cela est régulièrement fait. Associations comme le MDGRF. répression des fraudes.

      De plus certains pays font désormais des analyses de tout les résidus des vins qu’ils importent. Je pense à titre d’exemple l’Ontario.
      Imaginons la généralisation de cette pratique et ses conséquences. A qui serait-elle la plus favorable ?

      Au final j’aime bien ces échanges, et j’aime assez que soit posés les problèmes: la différence entre le rêve et la réalité.

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  6. Un ami alsacien dont je tairai le nom pour ne pas lui valoir d’ennuis me précise: « Des intégristes qui se croient au-dessus ou au-delà des règles ou encore se (prés)sentent meilleurs et qui ne jugent « pas utile » de soumettre des échantillons, nous en avons également en Alsace et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les «écolos-bios-naturistes ou nudistes» ne sont pas les pires ».

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  7. ‘je ne fréquente pas les salons exclusivement dédiés au vin biologique’, nous dit David.
    Qui est sectaire dans cette histoire?

    ‘Imaginez un peu que nous refusions de participer à des manifestations parce que les autres journalistes qui y sont invités ne nous plaisent pas ou ne partagent pas nos vues sur le vin’ nous dit Herve. Mais n’avez vous pas de probleme a ne selectionner que des vins qui partagent les vues des interprofessions?

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    • Ne renversez pas les choses, Denis: les interpros et ODG se doivent de présenter les vins de tous – ou au moins de ceux qui cotisent; c’est leur mission et leur devoir. Au cas où elles ne le feraient pas, elles n’auraient certainement pas mon soutien. Mais si certains vignerons s’excluent d’eux-mêmes, c’est leur choix. Globalement, je le regrette. J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire ici à propos de gens qui estimaient que s’était se prostituer que de présenter leurs vins à côté de ceux des autres.
      A tout prendre, je préfère encore ceux qui claquent totalement la porte de l’AOP et font le vin qui leur plaît, sans comparaison possible, peut-être, mais surtout sans confusion possible.

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  8. De Olivier de Moor :

    « Tout comme on ne boit obligatoirement pas une note de critique, on boit un vin. A moins qu’à l’inverse on boive un peu en même temps l’avis de l’expert, comme la méthode, la démarche du vigneron en même temps que le vin. »

    Croyez bien, Monsieur, que les amateurs tiennent beaucoup a en savoir plus, sur les vins qu’ils achètent, que la simple énumération de qualités ou défauts. En fait, – et une longue expérience en est témoin – on aime par-dessus tout discuter de l’environnement du vin dégusté : son vigneron, sa philosophie (ainsi, un Charlopin tout en rondeur sera bien différent dans son approche qu’un Méo ou qu’un Pitiot), sa façon de travailler (un Coche-Dury est bien différent d’un Comte Lafon), et son engagement vers un type de culture : bio, nature, etc.

    Et oui, parfois, on rajoute dans la discussion des points de vue de critiques ou plutôt des choses qu’ils nous apprennent sur le Domaine… et on rejoint là votre souci exprimé ici. Comme quoi…

    En d’autres termes, l’amateur est souvent prêt à pondérer son jugement exclusivement qualitatif pour défendre d’autres aspects auxquels il attache une certaine importance. Bref : on a nos chouchous… et je défendrai toujours ainsi les sans soufre de Marionnet quand bien même tel ou tel critique me dirait qu’il y a mieux ailleurs.

    Merci d’avoir lancé ce sujet en répondant ainsi à David Cobbold.

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  9. @ David :

    C’est vrai qu’acheter les vins est, de nos jours, une tâche simplement impossible pour tous les critiques. Même le B+D a ainsi des vins « oubliés » du fait de vignerons n’acceptant pas l’envoi d’échantillons :

    – soit par crainte de manipulations hasardeuses
    – soit tout simplement parce qu’ils n’ont pas besoin de la presse pour vendre

    Il nous reste à espérer qu’un jour, à l’instar de ce qui se passe aux USA, un nom arrivera à vendre l’inscription à son blog. Posons nous la question : pourquoi diantre cela semble un rêve totalement irréalisable en Europe ?

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    • Rien d’alarmant : ceux qui volontairement refusent de se laisser déguster en dégustations communautaires peuvent rester ancrés à leur position. Certains ont raison et pourquoi pas ? Pas besoin dans ce cas d’aller dépenser de l’argent pour acheter leurs vins. Ne pas parler d’eux n’empêchera pas leur succès. S’auto exclure du « système » peut avoir des conséquences intéressantes : c’est parfois un moyen stratégique et médiatique pour faire buzzer autour de son vin. Vivons heureux, vivons cachés, non ?

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  10. Denis, je crains que vous vous trompez sur mes raisons en ce qui concerne les salons que je qualifierais de « sectaires ». Je ne refuse pas de déguster un vin parce que’il est fait de telle ou telle manière. Au contraire, je veux juger le goût des vins sur un pied d’égalité : dans ce sens, seul le résultat compte. Ce que je n’aime pas, et qui me fait éviter des salons qui excluent d’autres vins (hormis, bien entendu, les salons qui ont pour thème un pays ou une région), c’est le biais qui est introduit avec les préjugés auxiliaires qui viennent filtrer nos jugements.
    Au niveau de la dégustation, je me moque de savoir comment un vin a été produit. Après, pour l’expliquer, on peut creuser ce sujet-là et bien d’autres. Je n’ai rien contre les « bios ». Il font leur choix et cela est respectable, du moment ou ils ne trichent pas. Il peuvent être bons, moyens ou mauvais, comme les non-bios. Cultiver en « bio » n’a jamais constitué une preuve quant à la qualité du vin. Je rajouterais qu’il y a bon nombre de vignerons qui travaillent d’une manière très propre, respectueux de l’environnement, de la vie des sols et des gens qui y vivent, mais qui refusent l’absolutisme des ces agréments bio, avec leur côte parfois arbitraire et qui laisse quand même la porte ouverte à quelques tricheries, sans parler des résidus de cuivre dans certaines régions. Je suis contre cette forme de dictature pseudo-morale qui s’installe progressivement et qui dit, en substance  » si vous n’êtes pas bio, vous ne méritez pas notre considération » (voir pire).

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    • Donc après intégrisme, absolutisme des  » bios ». Du cuivre bien entendu c’est un pis-aller ce qui est aveu d’auto-critique. Aucun système agronomique n’est indemne vis à vis de l’écosystème. Cependant on peut discuter de la graduation et des parades, des recherches pour être avec le moins d’impacts possible.

      J’opposerai quand même un système avec limite, la bio, donc un contrôle et un cahier des charges. En opposition au reste, ou il n’y en a pas et ou tout est permis. Vous me rétorquerez qu’il y a l’agrément des produits phytosanitaires. On peut aussi en discuter et surtout on doit en discuter. Car le un peu de chimie, ne veut rien dire; il n’est pas quantifiable, et n’est pas quantifié; pas de contrôle donc.

      « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit »
      C’est de Lacordaire.
      En terme de rapport de force, le chiffre que je connaissais était 6 % de Bio dans l’Yonne. A vérifier.

      Rentrons dans les détails techniques: Le cuivre il n’y a pas que sa nuisibilité sur les sols, mais aussi les mines de Cuivre. Si ce n’est que bien trop souvent les conventionnels en utilisent autant que les bios. Avec tout le reste…

      Donc comment avançons-nous ? Déjà il a différents produits sans classement toxicologique. Cela pourrait être un minimum. Et
      Pourquoi les bios seraient-ils les seuls à être contrôles en payant ce contrôle.

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  11. David, merci de cette reponse sur les salons bio. Moi j’y vais car je veux tout gouter (et sans m’empoisonner aux pesticides, pourquoi pas?). Je n’y ai jamais rencontre ni subit de dictature morale sur le sujet du bio ou non-bio. Je vous encourage a y aller pour voir.

    Et comme vous aimez les chroniques qui declenchent le debat, je vous propose une sujet pour un prochain post: les salons thematiques sont-ils legitimes?
    Vous admetez le critere regional. Soit. Et pas le critere des modes de culture. Ah bon?
    Mais quid du salons des lycees viticoles? des salons de vins faits par des femmes (Vinifilles), des salons de vins de Polytechniciens, et j’en passe et de plus farfelus.
    Plus serieusement: les innombrables salons (souvent des offs de gros salons) qui ne regroupent des viticulteurs que par affinites seraient-ils sans interet?
    Serait-il interessant de faire des salons de vins par cepages? Michel un commentaire sur l’interet qu’aurait un salon des vins a base de carignan?

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  12. J’ai été Chroniqueur (pendant 20 ans). Je suis producteur. Je reste grand amateur. Il y a des arguments recevables dans toutes les parties (je considère Denis comme un amateur avant tout, et un client, même si son expertise est supérieure à celle de bien des « journalistes »). En vrac: un producteur reste libre de ne PAS soumettre ses vins au jugement de la presse, et de ne rien en attendre en retour, bien sûr. La presse elle-même a-t-elle encore réellement de l’influence? Dans certains secteurs certainement, dans d’autres, j’en doute vraiment. Si tel est le cas, pourquoi n’est-elle plus payée (je veux dire par l’éditeur ou le magazine) au juste prix et pourquoi doit-elle « mendier » voyages et échantillons? Enfin, a contrario, pourquoi certains vignerons ne font-ils pas TOUT ce qui est possible pour fournir matière à travailler aux journalistes qui les sollcitent. In medio virtus.
    Récemment, un magazine de renom, avec lequel je n’entretenais jusqu’alors AUCUNE relation, m’a contacté, avec beaucouyp d’amabilité et à ma surprise, au sujet d’une cuvée en particulier. J’ai fourni tous les renseignements possibles, ai OFFERT quelques bouteilles mais leur facture le port. Ils ont été surpris mais ont accepté. Voilà ce que je veux dire: ils peuvent travailler, si cela leur dit.
    Maintenant, si j’avais été Trevallon ou Simone ou Tempier ou Grange des Pères, je ne crois pas que j’aurais offert les bouteilles. A quoi bon? Mais je continuerais à ouvrir ma porte en grand à ceux qui font l’effort de passer.
    Sortons du vin: pourquoi les restaurateurs devraient-ils faire cadeau du repas aux pique-assiettes des guides gastronomiques (réels ou imaginaires)? Et pourquoi Porsche, ou Peugeot, ou Mazda mettent-ils des trésors d’ingéniosité à « satisfaire » les essayeurs des magazines? Parce qu’ils les ACHETENT, tout simplement.

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  13. Permettez-moi d’entrer dans le débat. Je comprends l’amertume et la colère rentrée de M. de Moor ; lui qui s’efforce d’avoir un comportement éthique dans sa façon de cultiver sa vigne et d’élever son vin ne souhaite pas que son vin soit comparé à d’autres vins de l’Appellation dont les vignerons n’appliquent pas ses principes rigoureux. On est tenté de le croire et cela renforce sa réputation d’intégrité. En fait, je crois qu’il exprime autre chose en s’adressant aux journalistes-dégusteurs: il leur dit « ne vous limiter pas à nous dire si le vin est bon, dites nous aussi si le vin est sain ».
    Là, clairement, ce n’est pas le rôle du journaliste-dégusteur de s’aventurer sur ce terrain; David Cobbold a parfaitement redéfini les règles et l’éthique du métier: échantillons et dégustation à l’aveugle sont les garanties pour le consommateur des conditions d’une dégustation loyale.
    Je crois que l’attente confuse du consommateur est différente aujourd’hui. Il nous dit: « MM les dégustateurs, indiquez-nous les vins bons au goût et sains pour mon corps ». Là, évidemment les outils de mesure et d’évaluation n’existent pas (encore). Les certifications AB ou Demeter constituent certes une avancée, mais M. de Moor montre bien que l’on ne peut décrêter « sain » un vin à la vue de ses seules certifications. Avant dégustation, faudrait-il tester les échantillons au moyen des technologies d’Eurofins, pour déterminer les teneurs en cuivre et autres résidus ?
    J’ai l’intuition qu’il s’agit là de la question essentielle d’aujourd’hui qui interpelle notre civilisation du vin : « Messieurs les dégustateurs, indiquez-nous les vins bons au goût et sains pour mon corps ».

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  14. Je crois qu’il est fondamental pour le prescripteur (qu’il soit journaliste ou pas) de donner un maximum d’informations . Pas seulement sur le gout du vin.
    La qualite sanitaire du vin est l’une des infos de plus en plus demandees par le consommateur (au passage: le cuivre est un probleme pour les sols, mais jamais en tant que residu dans le vin). Et de plus en plus souvent aussi des questions sur la gestion durable de la production…bref si les journalistes refusent d’integrer ces parametres dans leurs degustations ils ne font pas le boulot.

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  15. On y est, on nous fait le coup de la qualité sanitaire, c’est-à dire relative à la santé humaine, du vin à ne pas confondre avec celle du produit! Un médecin un peu partial et probablement subventionné par l’ANPAA vous dira que la première goutte de vin bio ou pas bio c’est de l’alcool et donc de toute façon une goutte cancérigène (même le bon bon docteur Javaux de LPV l’affirmait récemment), comprenez susceptible de donner le cancer . J’espère et je veux croire qu’elle n’est pas la plus importante des causes croisées (mais rarement dénoncées et mises au pilori ) de la chose. Mais à l’alcool le vin bio pourrait ajouter des facteurs de danger bien plus graves que les résidus de cuivre et de pesticide des vins dénoncés par les intégristes, comme la présence de molécules aussi cancérigènes que certaines amines biogènes issues des lies trop eu protégées comme des histamines, putretiscine et autre cadavérine au nom si sympathique……allons on mourra tous de quelque chose……..

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  16. Pas d’accord avec vous Denis; je pense que ce n’est pas notre boulot de faire un tri avant de déguster. Si le vigneron veut rassurer son consommateur sur les méthodes qu’il emploie, il y a les étiquettes pour ça, les certifications ou toute mention facultative qu’il juge utile (pour autant qu’elles soient vraies). Ce qui pose d’ailleurs un autre problème, les certifications n’étant pais infaillibles.

    Ceci dit, cela ne m’empêche pas de respecter, et même, d’approuver l’engagement bio véritable des producteurs – mais plus au titre de citoyen que de journaliste spécialisé.
    Vous penserez peut-être que c’est spécieux. Mais si j’étais journaliste politique, il me semble que je m’efforcerais de la même façon que mes opinions politiques n’envahissent pas mes articles.
    C’est que je suis de la vieille école où l’on ne voulait pas mélanger faits et commentaires.
    Bref, si un vin me semble bon, je l’écris, et ce n’est qu’après que je m’occupe des méthodes de production.

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  17. Il me parait hasardeux de considérer que les lies seraient moins bien protégées chez les bios. Il ne faut pas négliger que le potentiel redox, et réducteur de protection, vient justement de la lie. Si on la surprotège il y a problème.

    Mais je vais consulter tout cela avant de trop m’avancer.

    Il est un autre paramètre de protection du vin dans son ensemble il me semble, à savoir le glutathion. Pas celui qu’on rajoute, mais naturel du vin et devinez ce qui le détruit ? C’est aussi pourquoi les vins bios ont certainement plus de résistance à ce sujet en terme de résistance.

    Cela est de mémoire. Donc des avis plus pointus seraient bienvenus.

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  18. http://www.vignevin-sudouest.com/publications/fiches-pratiques/glutathion.php

    Cela n’est que pour le vin; vous pouvez consulter les effets sur la santé humaine. Sinon on pourrait résumer que c’est un effet de la trophobiose chère à Chaboussou. Je résume responsable de la détoxification de la plante par diverses applications, sa quantité est moindre dans certains vins, et le vin certainement plus sensible à l’oxydation. Et potentiellement moins bon à la santé. Mais devinons quel vin ?

    Bonne soirée.

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