Les vins d’altitude de la Maison Albera

Voici quelques semaines, en marge d’une dégustation de blancs des Côtes Catalanes et des Côtes-du-Roussillon, j’ai eu la chance de visiter la Maison Albera. Je connaissais son patron, Fabrice Rieu, que j’avais rencontré lors du Mondial des Grenaches. Me restait à découvrir ses vins. Je me suis donc rendu à Argelès, où la Maison a son siège.

Ce qui ne devait prendre qu’un petit moment s’est mué en une véritable « master class », avec les explications du vigneron.

Fabrice et Alexandre Rieu

Un petit mot sur le nom de l’entreprise : Albera fait référence aux Albères, le massif qui sépare la France de l’Espagne, entre le col du Perthus et Port Bou. C’est là que les frères Rieu, Patrice et Alexandre, qui y faisaient de fréquentes excursions, enfants, sont tombés en amour de leur terre natale.

Roupidère, alias Ropidaria

Tout en versant les premiers vins dans nos verres, Fabrice nous a éclairés à propos de la présence en Roussillon de cépages rares, et particulièrement le plateau de Roupidère dont, à ma grande honte d’amoureux des vins de la région, je n’avais jamais entendu parler.

Ce plateau a servi de terrain d’expérimentation sur la résistance aux maladies de différents cépages, à partir des années 1960 ; situé à l’écart des grandes zones viticoles, au nord de la Têt, et en altitude (500 m) il en avait en effet été globalement préservé. Bénéficiant de plus de conditions climatiques très favorables (ensoleillement, précipitations régulières, forte amplitude diurne), qui permettent une maturation plus lente du raisin, moins d’oxydation et pas de stress hydrique

C’est donc ici qu’a eu lieu la renaissance du carignan blanc et du carignan gris notamment. Et c’est ce terroir singulier qui a donné l’idée aux Frères Rieu de l’axe principal autour duquel s’articule leur gamme, et qui leur sert de slogan : «vignes d’altitude». 

Une belle série de blancs

Côtes Catalanes Grenache blanc 2020 

Ce vin est issu d’un terroir d’arènes granitiques et de quartz situé à 534 mètres d’altitude. 

Il présente d’emblée de jolies notes de fleurs blanches ; sa bouche soyeuse évoque la cire d’abeille, et sa finale offre une belle tension saline. Un impression de légèreté, et pourtant, ce vin est loin d’être creux. Malo faite.

Prix (site du producteur) : 9,50 euros

Vermentino Sauvage « Altitude 530 m » 2020

Le vermentino est un cépage tardif qui a trouvé dans cette vigne d’altitude un terrain d’élection. Celui-ci n’est pas avare en arômes – agrumes, jasmin, zeste de pamplemousse ; la bouche, pleine d’épices douces (curcuma, poivre rose), n’est pas en reste. J’ai aussi apprécié, son acidité bien intégrée et sa salinité en finale.

Prix (site du producteur): 10 euros 

Côtes Catalanes Carignan gris « 547 » 2019

Encore un cépage tardif. Et très rare (34 ha recensés en France). Celui-ci, planté en 1962, a longtemps été quasi-abandonné.

J’avoue ne pas avoir de points de repère en ce qui concerne ce cépage, dont je crois bien que c’était là la première fois que j’en dégustais. Je l’ai trouvé intrigant, avec ses notes fumées, ses arômes de genêt, de troène et d’abricot, son côté tannique, aussi, sans pouvoir dire si cela était plutôt dû au cépage ou au terroir (granite et quartz). Fabrice Rieu précise que ce carignan gris a tendance à pétroler avec l’âge. Vaut le détour, en tout cas.

Elevage en demi-muid de châtaignier. 12,5°. Seulement 654 bouteilles produites!

13 euros.

Chardonnay d’altitude 2020

Je ne suis pas le plus grand fan des Chardonnay du sud, souvent un peu lourds à mon goût ; OK, il y a plein d’exceptions, et celui-ci en fait partie, sans doute à cause, là encore, de l’altitude (on pourrait en dire autant de pas mal de chardonnays de Limoux). Toujours est-il qu’il paraît plus floral que fruité (rose), plus élégant que beurré. 

Arènes granitiques et quartz. 12,5°. 

8,50 euros

Chardonnay Brut

La vigne de chardonnay utilisée pour la cuvée précédente est en deux passage fois, à trois semaines d’intervalle ; le premier, en légère sous-maturité, étant utilisé pour ceteffervescent. Il présente pas mal d’acidité, des notes assez exubérantes de pomme et de rhubarbe ; et par-dessus le marché (est-ce le granit qui nous l’offre ?), une note saline. 

Côtes-du-Roussillon Mas Talaïa «La Dona» 2020

Une cuvée qui assemble grenache blanc et grenache gris à parts égales– des jeunes parcelles plantées en 2012 et 2013 près d’une tour de guet (talaïa, en catalan).

Elle offre au nez d’étonnantes fragrances de jasmin ; la bouche est plutôt souple avec, tout en finale, l’amertume sapide d’un zeste d’agrume. 

Arènes granitiques. Le domaine de 7 ha, tout jeune (2019) a été créé par les frères Rieu et Lucia Zanella, ex-directrice d’un grand réseau de distribution de vin.  12,5°. 

11,50 euros.

Côtes Catalanes Roussanne 2020

«Pas facile de cultiver la roussanne en altitude» souligne Fabrice. «Un des secrets de la réussite c’est de bien effeuiller.» Il s’agit d’une parcelle assez ancienne, mais totalement remise en état ; 

Et le jeu en valait la chandelle : quel nez ! Du fruit mur (pêche, poire, abricot), du floral (fleur d’oranger, buis, iris, en veux-tu en voilà), beaucoup de volume en bouche et pourtant une impression d’élégance grâce à un retour des notes florales, un poil de gaz.

Arènes granitiques, 514 mètres. 14°. 

13 euros.

La Plage « Vinya Unica » 2020

C’est le projet de Xavi, un sommelier espagnol qui s’est assuré la complicité de 7 viticulteurs pour célébrer avec des vins la mémoire de son grand-père ayant dû faire retraite après la déroute des troupes républicaines espagnoles, en 1939, depuis l’Aragon jusqu’en Roussillon. Des vins à valeur émotionnelle ajoutée, donc, des vins de mémoire qui matérialisent les étapes de cette «retira del Abuelo » ; les dernières sont situées en Roussillon à la fin du parcours, dont ce « La Plage »  qui assemble grenache gris et noir de Roupidère et un litre de rancio de 1939. Elevage en fut de châtaignier. C’est gras, c’est souple, riche mais pas mou, c’est gourmand et floral et aussi, émouvant.

29 euros.

Trois rouges pour terminer

Carignan Noir d’Altitude « 525 » Côtes Catalanes 2019

Le fruit rouge bien mûr (cerise, framboise) se donne d’emblée, accompagné de notes de pinède, la bouche est ample mais fraîche, les tannins bien ciselés. C’est poivré, bien sec, et pourtant, le fruit mûr dégage comme une impression de douceur.  

Arènes granitique et quartz. 

10 euros.

Côtes-du-Roussillon Villages Emoció n°3 2017

Fraîcheur et gourmandise. Les tannins très fins et les belles épices ne masquent pas la texture crayeuse, qui tapisse la bouche. Belle acidité, sans doute apportée par le Carignan. 

Avec ce vin, nous avons quitté le plateau de Roupidère pour Tautavel et Vingrau, dont cette cuvée assemble une sélection de vignes grenache, de carignan et de syrah, situées entre 120 et 350m, sur sols à dominante calcaire. Vinification en cuves béton. 

Vieilles vignes exposées au nord.

14,50 euros.

Côtes-du-Roussillon Talaïa « Zanskar » 2019

Baies de genévrier, violette, absinthe, réglisse, c’est très séduisant au nez ; la bouche joue dans un registre plus épicé, voire giboyeux, sanguin pour finir sur une pointe de sel.  

Carignan, syrah et grenache sur granite. Le nom de Zanskar ne vient pas de zan, mais d’une rivière du Cachemire – sans doute une référence à un autre terroir d’altitude, puisque la région s’élève de 3500 à 7000 mètres !  

13 euros.

En résumé

Une maison qui vaut le détour. Le choix des vignes d’altitude est payant, et en faire un axe de communication est non seulement malin, mais judicieux, car reposant sur des faits. Et le tout pour des prix intéressants, au vu de la qualité des cuvées.

Hervé Lalau

6 réflexions sur “Les vins d’altitude de la Maison Albera

  1. Je voulais y consacrer un papier moi aussi tellement je suis convaincue par la qualité de leur travail, tu m’as devancée et c’est tant mieux car, je suis bien trop proche d’eux et on pourrait m’accuser de manque d’objectivité. Marie-Louise Banyols

    Aimé par 1 personne

    1. Je pense qu’ici on peut aussi, parfois, refuser d’être dans l’objectivité journalistique, parler des vins que l’on aime, de nos vignerons favoris, sans retenue d’aucune sorte et sans rien cacher à nos rares lecteurs. Ne pas être objectif permet aussi des débats et ouvre la porte à bien des découvertes.

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  2. Le Conte des Floris Daniel

    Bonjour Hervé
    Je croyais être le premier à avoir fait un pur « carignan blanc », en 2001… et être un peu à l’origine du renouveau du carignan blanc!… J’apprend donc que non…mais je ne vois pas même un carignan blanc dans leur gamme, donc je m’interroge?…. Pour le carignan gris peut-être, pour le carignan blanc tu es sur?…
    Amicalement

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai noté Carignan blanc mais comme vous, je n’en vois pas la trace dans les cuvées. Ou bien je me suis trompé, ou bien ces vignes du plateau ont été planté à l’époque en expérimentation et ne sont pas utilisés .
      Fabrice, tu peux me fixer sur ce point?

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  3. Souvenirs de bouteilles exceptionnelles de Carignan blanc, celui des Fenouillèdes où se trouve probablement la plus grande concentration de Carignan blanc, mais aussi le tien, Daniel, un mémorable 2004. À quand la prochaine verticale ?

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  4. Ping : Quand la vigne s’installe en Cerdagne ! – Les 5 du Vin

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