Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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Millésime Bio 2016 (2ème volet) : Au top !

Après des années de bons et loyaux services où durant trois jours pleins (bien plus en comptant les autres salons) je risquais ma santé en m’adonnant à toutes les dégustations possibles et (in)imaginables, y compris les plus exécrables, ceci dans le seul but de découvrir des vins bios qui aujourd’hui connaissent la gloire, j’ai quand même consenti à consacrer une petite journée au Salon Millésimes Bio version 2016 qui attirait pléthore d’exposants rendant aujourd’hui l’efficacité de la visite de plus en plus aléatoire ainsi que le souligne ce court billet pêché dans Vitisphère. Je le déplore et pour ma part, cela fait quelques années que j’agite le chiffon rouge. N’ignorant pas que mon ressenti professionnel ne touche personne d’autre que moi-même, je m’autoriserai toutefois en fin d’article à suggérer quelques pistes forcément naïves qui permettraient peut-être de pimenter un peu plus l’intérêt d’un tel salon tout en ravivant la flamme organique.

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Toujours est-il qu’après mes rouspétances de l’an dernier à pareille époque, je me suis lancé dans la quête désespérée de salons dits off où, je dois l’avouer, les choses ne sont pas toujours faîtes pour que l’on puisse déguster au mieux. J’avais déjà donné (Verchant, Roots 66, Les Affranchis, etc) mais il faut croire que j’étais en manque. Cohues, bousculades, personnages suffisants en mal de grands discours sur le commerce du vin ou les bienfaits des vins sans intrants, seaux débordants de crachats, odeurs pestilentielles mélangeant parfums bradés et tabacs de contrebande, force est de constater une fois de plus que la plupart des gens qui viennent se frotter et se bousculer dans ce genre d’événements au rabais lancés à grands coups de buzz sur les réseaux sociaux, sont là non pour travailler, c’est-à-dire goûter chaque vin et prendre des notes, mais pour se battre et tenter d’arracher quelques goutes d’un précieux liquide-miroir-aux-alouettes dispensé par la main d’un gars qui se dit vigneron parce qu’il a plongé un jour dans la mode du sans soufre. Voilà, c’est dit. Certes, le vigneron paie moins cher qu’une exposition sur 3 jours au salon officiel – Millésime Bio, en l’occurrence -, mais que gagne-t-il au final hormis le plaisir que l’on éprouve (peut-être) à déboucher une trentaine de bouteilles pour des boit-sans-soifs que l’on sert à la chaîne et qui vous promettent au passage monts et merveilles ? La satisfaction d’attirer cent ou deux cent personnes dans des conditions parfois rocambolesques ?

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Bien sûr, face à ce tableau bien noir et forcément exagéré, il y avait des exceptions. Quelques rares moments de grâce, de paix et d’organisation qui suffisent à vous dire que vous ne vous êtes pas déplacés pour rien. À l’image des Outsiders de Louise Hurren ou du Salon Biotop lancé depuis quelques années déjà par Isabelle Jomain, laquelle a eu l’idée d’attirer les amateurs au sommet d’un phare-château-d’eau édifié dans la très hideuse (ou très kitch, selon les goûts) station balnéaire de Palavas-les-Flots, à quelques kilomètres à peine de l’aéroport et du centre des expositions de Montpellier où se tenait Millésime Bio. Justement, j’y suis allé.

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Photo©MichelSmith

Autant le dire tout de suite, sur la cinquantaine de domaines occupant le restaurant du Phare de la Méditerranée, je n’ai pu en goûter que quelques uns, ce qui prouve bien que ce n’est pas en une journée que l’on peut sérieusement faire le tour d’un salon de ce type. Je reprends donc pour vous mes notes les plus significatives en commençant, une fois n’est pas de coutume, par le Bordelais. J’ai renoué en effet avec le Côtes de Bourg du Château Falfas que je n’avais pas goûté depuis 10 ans au moins et si je n’ai pas été séduit par les cuvées Les Demoiselles, j’ai néanmoins aimé le rouge 2011 du château qui, fort de ses quatre cépages, était en plein épanouissement, à la fois complexe, au bord de l’évolution et relativement facile d’approche. Idem, en dépit des tannins marqués, avec le Château Gombaude-Guillot 2011 Clos Plince. Mais le plus beau sans conteste était le Pomerol 2008 en magnum de ce même domaine, un vin dense et fier.

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Photo©Brigitte Clément

Dans le Sud, j’ai aimé le très syrah rosé 2014 du Domaine Les Arabesques à Montner (Roussillon) déclaré en Vin de France que j’ai trouvé vif et élancé. Chez le sieur Padié (Jean-Phi pour les intimes), j’ai vécu une fois de plus la joie immense que procure son Calice 2015 également estampillé Vin de France, un rouge libre et sans complexe entièrement dédié au carignan de Calce. Joie aussi, exprimée non sans détermination au travers de toutes les cuvées du Domaine Rousselin, à Lesquerde. À commencer par un rouge Roc’n Rousselin (du nom des propriétaires), grenache, merlot, macabeu, qui se boit presque sans retenue. Tout comme leur Rendez-vous, une syrah bien en verve, dense, large, souriante. Sans oublier leur Côtes-du-Roussillon-Villages Lesquerde 2014 Les Orientales donnant un rouge envoûtant.

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Laurence Rousselin (Photo©Brigitte Clément)

Trop brève incursion en Touraine, au stand de mes amis Coralie et Damien Delécheneau du Domaine La Grange Tiphaine. À commencer par leur Bécarre, un Amboise de pur cabernet franc qui se lampe comme l’on respire ! Et sans oublier la Clef de Sol (cabernet-franc et côt) 2014 assez ferme en bouche mais dotée d’une belle longueur. Quant au Nouveau Nez, c’est un pet’nat pur et fin qui met une fois de plus Montlouis à l’honneur ! Toujours dans la Loire, quel plaisir de retrouver mes amis du Domaine de Veilloux, Michel et Arnaud Quenioux avec leur Cheverny blanc 2014 Les Veilleurs, toujours aussi vif et incisif, dense et salin. Leur Argilo blanc 2011 est un des plus beaux du secteur et il laisse ressortir de jolies notes évoquant le noyau de pêche et d’autres fruits blancs. Sans oublier le romorantin 2014 qui regorge de finesse et de notes fumées.

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Photo©Brigitte Clément

Les vins de Provence étaient en nombre, mais dans la cohue, je n’ai pu m’approcher que de ceux de l’ami Peter Fischer du Château Revelette. Deux surprises de taille : l’ugni blanc 2015 Pur et le rosé 2014 tout en carignan ! En passant, coup d’oeil vers le Beaujolais. Je me suis régalé du Petit Poquelin du Domaine des Côtes de la Molière, gamay 2015 étiqueté Vin de France. Mais leurs crus Moulin à Vent, Fleurie et Morgon ne m’ont guère enthousiasmé en 2015 bien que le fruité me semblait apparent sur les deux derniers. Un soupçon de déception aussi en Champagne, chez les Fleury, outre une excellente cuvée de pur pinot noir et un brut nature Cuvée de l’Europe (15 % de chardonnay) toujours aussi droit et prenant.

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Photo©MichelSmith

Restons donc dans les bulles avec une fascinante et très catalane maison familiale, Alta Alella Privat. Les Pujol-Busquets, qui vivent dans leurs vignes à portée de vue de la Méditerranée, au cœur de la discrète D.O. Alella, sont parmi les rares (les seuls ?) à produire du Cava au nord de Barcelone. J’ai bien aimé l’éclat fruité de leur brut nature AA Privat 2013 (xarel-lo, macabeu, parellada), leur Bruant 2014, un pur xarel-lo vinifié sans surlfites à la fois vineux et crémeux, ainsi que leur Laietà Gran Reserva, un brut nature 2012 affichant 36 mois de vieillissement sur lattes et présenté dans un très joli flacon, réplique de ce qui se faisait jadis lorsque les blancs du coin étaient envoyés à la cour d’Espagne. Cette dernière cuvée, xarel-lo pour l’essentiel, mais avec un peu de chardonnay et de pinot noir, se goûtait avec beaucoup de sève et de longueur.

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Photo©Brigitte Clément

Voilà pour la partie dégustation. Maintenant, revenons sur l’épineuse question du salon Millésime Bio. Pas question de remettre en cause ici le succès déclaré de cet événement. Mais, compte tenu de la multiplicité des manifestations annexes qui viennent se greffer au salon officiel, nous sommes en droit de nous poser des questions sur son avenir. Un questionnement qui rejoint ici même celui de notre ami Jim Budd à propos du Salon des Vins de Loire.

Morceler et communiquer juste, ne serait-ce que pour avancer mieux ?

Attention, je prends bien soin, n’étant ni expert ni donneur de leçons, de faire de mon intertitre un questionnement. Mais le problème a été tant de fois abordé ici comme ailleurs, par moi comme par d’autres, qu’il me paraît utile pour une fois de faire quelques suggestions aux organisateurs du salon Millésime Bio. L’une serait, par exemple, de diviser le salon en trois parties correspondantes à trois halls d’expositions bien distincts. Le hall principal, celui par lequel les visiteurs entrent, serait consacré aux novices, c’est-à-dire aux vignerons récemment concernés par la bio, ceux qui auraient entre trois et dix années d’expériences en prenant en compte la date de leur certification officielle. Le hall suivant pourrait être affecté aux anciens, aux domaines ayant plus de dix années de pratique de l’agriculture biologique. Un dernier hall pourrait être réservé à ceux des vignerons qui pensent aller plus loin que la simple revendication AB, je pense aux biodynamistes par exemple, ou aux tenants bio du sans soufre ajouté.

Je sais le reproche que l’on ne manquera pas de me faire : cette partition risque de semer la zizanie dans le monde du bio. Mais après 40 ans d’observation, je constate 1) qu’il faut du temps pour être vraiment dans l’esprit bio et que la terre comme la plante ont aussi besoin de ce temps d’adaptation ; 2) que la biodynamie est véritablement un exercice à part, un courant qui, par moment et, selon les cas, s’éloigne vraiment de la simple culture bio ; 3) que les jeunes (ou les nouveaux) qui démarrent en bio n’ont pas toujours réalisé les efforts à fournir, mais qu’ils ont en revanche une besoin d’aide médiatique pour se faire connaître puisqu’ils viennent après leurs aînés qui, certes ont essuyé les plâtres bien avant eux, mais qui ont en revanche bénéficié à fond de la curiosité des médias face à ce qui, à l’époque, apparaissait alors comme étant une tendance novatrice dans le monde viticole. Pour le reste, Millésime Bio doit garder son esprit d’origine qui fait que l’on peut voisiner un grand nom de Bourgogne alors que l’on vient de Croatie ou de Cahors, et que l’année d’après, la place qui vous sera attribuée ne sera pas la même que celle d’avant.

Sur le plan de la communication, il me paraît essentiel d’accorder plus d’impact à l’événement, de lui donner plus d’éclat (mais sans esbroufe), que ce soit avec ou sans l’aide de la région Languedoc/Roussilon, de la mairie de Montpellier et de Sud de France. Plutôt que d’offrir le transport et une nuit d’hôtel à des prescripteurs que l’on invite en masse en misant sur une large participation d’ensemble, sans trop savoir d’où viennent les invités ni ce qu’ils font réellement, il me paraîtrait plus judicieux de sélectionner chaque année au sein de la presse en général (blogueurs, journalistes étrangers ou nationaux) une dizaine d’entre eux (voire plus) pour une semaine tous frais payés afin de les faire participer – un peu à l’instar de Vinitaly – à des jurys de dégustation ou à des projets de visites dans des appellations régionales, projets impliquant bien entendu la publication d’articles. Évidemment, ce groupe de journalistes changerait d’année en année et cela n’empêcherait nullement par ailleurs d’accueillir dignement d’autres prescripteurs, comme ceux de la presse régionale par exemple, ni de réinviter des journalistes ayant bénéficié quelques années avant des avantages précités.

Autre aspect régulièrement mis de côté : la quantité de vins présentés. Certains abusent et débarquent sur le salon avec une dizaine, parfois plus, d’échantillons de vins, dont beaucoup souvent imbuvables en cours d’élevage, tirés de la cuve ou de la barrique. Ainsi, il arrive que l’on passe près d’une heure sur un domaine en passant du blanc très sec au jus de raisin muté, sans oublier les rosés, les pétillants et les vins rouges. Certes, je sais que c’est un salon d’affaires et qu’il vaut mieux, pour un vigneron ou un négociant, avoir le maximum de bouteilles pour avoir une chance de décrocher le marché miraculeux, mais enfin… Je pense qu’en limitant la présentation à 5 ou 6 vins par exposant on arriverait à plus de fluidité et de variété d’échantillons à goûter dans la journée.

Enfin, il est grand temps – et il me semble que c’est le cas, même si je n’ai pas lu les statuts – que les organisateurs de Millésime Bio refusent clairement l’inscription de domaines qui participent par ailleurs à une manifestation off. Grand temps aussi que les dits organisateurs mettent sur pieds une grande table ronde à laquelle serait conviée les représentants du salon officiel et ceux des dégustations off afin d’avoir une discussion sur l’éventualité d’un regroupement au sein de l’enceinte du centre des expositions de Montpellier. Grand temps enfin que les journalistes et acheteurs invités par Millésime Bio signent l’engagement de ne pas participer aux autres salons organisés en parallèle durant cette période dans et autour de Montpellier.

Michel Smith


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Contre étiquette, l’envers du décor

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L’Envers du Décor est le nom d’un célèbre et excellent bistrot à vin, situé à Saint Emilion et propriété de François de Ligneris, pour qui j’ai beaucoup d’affection. Mais cela n’est pas du tout le sujet de ma chronique d’aujourd’hui !

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La contre-étiquette est de plus en plus utilisée sur des bouteilles de vin, et contient de plus en plus de mots et de signes. C’est un outil de communication et d’information qui peut être très utile, voire nécessaire. Pour une bonne partie, comme dans l’exemple ci-dessus, venu des USA, il est fortement chargé de mentions légales. Mais est-il toujours bien utilisé par les producteurs ?

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Je veux d’abord souligner l’écart, parfois frappant et redoutable, entre la vérité telle que nous le percevons et le discours des producteurs de vin et leurs diverses antennes « communicantes ». Ce qui a déclenché mon envie d’évoquer cette distorsion entre réalité et discours a été notre dégustation d’un vin d’Ardèche, mis en parallèle avec le texte imprimé sur son contre-étiquette. Un collègue a perçu exactement la même chose dans cette instance, alors il s’agit peut-être d’autre chose qu’une simple lubie personnelle. Cela aurait très bien pu arriver avec un vin d’ailleurs : là n’est pas la question, car je n’ai rien contre les vins d’Ardèche en particulier.

Commençons par les commentaires de dégustation tels qu’ils apparaissent sur la contre-étiquette de ce vin, nommé Chatus, Monnaie d’Or 2012. Le chatus est une variété rouge, rare et plutôt tannique, ancienne car mentionnée par Olivier de Serres et qu’on trouve dans l’Ardèche, mais aussi dans le Piémont sous le nom de Neiret.  Je prends encore mes précautions en soulignant que  ceci n’est pas une critique de cette variété, mais juste du lien défectueux entre ce vin (honnête, par ailleurs) et sa contre-étiquette.

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Le commentaire imprimé sur la contre-étiquette :

« arômes de cassis, de pâte de coing, de figues sèches et de réglisse » Et c’est tout, car rien n’est dit sur les impressions tactiles ou gustatives en bouche du vin : tout semble se passer au pif ou bien en rétro-olfaction.

Mon commentaire sur le même vin (uniquement olfactif) :

« arômes de terre humide et de sous-bois, notes de fruits rouges frais et cuits avec un léger accent boisé et animal. »

Je sais bien que l’appréciation des arômes est une affaire individuelle, mais quand-même !

Mieux encore, cette même contre-étiquette conseille de servir le vin à 20° et d’ouvrir la bouteille 6 heures avant le service ! Servir n’importe quel vin rouge à une telle température me semble une aberration qui a pour résultats principaux de déséquilibrer les sensations vers l’alcool et de détruire la finesse des saveurs. Conseiller au consommateurs d’ouvrir un vin 6 heures avant le service, surtout pour un vin qui ne sera jamais (je pense) mis sur une table en grande cérémonie, ne relève pas d’un sens aigu du réalisme. Ce vin est vendu autour de 8 euros, donc je doute que beaucoup de consommateurs aillent le préparer à la dégustation 6 heures avant. Il faut être plus terre à terre dans les usages !

Quand aux conseils d’accompagnement pour ce vin, la contre-étiquette brasse large : « ce vin charpenté accompagne à merveille daube de sanglier, cuisine provençale et fromages typés ». Pas facile à trouver, le sanglier, dans nos villes ou la plupart des habitants de ce pays vivent ! La cuisine provençale est assez diversifiée, faisant un usage important de légumes et, proche de la méditerranée, elle est souvent très poissonneuse. De quels mets parle-t-on exactement ? Quant aux fromages « typés », je ne sais pas trop ce que cela voudrait dire. Supposons qu’il s’agit de fromages aux goûts forts. Dans ce cas, le consommateur curieux pourra courir chez son fromager chercher un camembert, un époisses, un roquefort ou un banon, par exemple. Avec chacun des ces fromages, l’accord avec le vin en question, qui est plutôt tannique, serait catastrophique !

Quittons ce mauvais exemple pour regarder d’autres options. Il y a plusieurs catégories parmi les contre-étiquettes. D’abord la minimaliste. Dans celle-ci on trouve bon nombre de vins dépourvus de tout contre-étiquette.  Cette option est surtout réservée aux producteurs qui s’en foutent parce qu’ils vendent leurs vins à des gens qui les achètent pour leur étiquette faciale, ou bien qui ne savent pas lire.

La catégorie qui est sûrement la plus remplie est celle du « bla-bla enflé », dite aussi « pompe-à-vélo ». Ce type de texte va chanter les louages de la « noblesse du terroir », du « grand raffinement » ou de la « finale magistrale » du vin en question (tous ces exemples sont réels).

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Mais quelques producteurs honnêtes, et j’espère qu’ils seront de plus en plus nombreux, adoptent une approche purement factuelle et informative. Je trouve l’étiquette ci-dessus d’un vin de Loire (Château de Fesles, Bonnezeaux) exemplaire. J’en ai aussi rencontré plusieurs lors de mon récent voyage en Champagne. Ceux-ci se contentent d’indiquer sur leurs contre-étiquettes les origines parcellaires ou communales des raisins, de mentionner éventuellement l’approche culturelle dans leur vignoble, de nommer le ou les cépages et leur proportions, de préciser la durée de mise en cave ou la date du tirage et de dégorgement du vin, etc. La seule critique qu’on pourrait émettre à ce méthode « carte de visite » est qu’il s’adresse exclusivement à des professionnels ou à des amateurs avertis qui savent déduire de ces informations techniques ce qu’il convient de déduire, sans préjuger de leur avis sur le vin en question. Il s’agit de l’information pure et précise.

vin de merde


levrette

fine grapes

Boire tue

J’aime bien aussi une dernière catégorie, rare mais avec de beaux exemples que je montre ci-dessus, qui relève de l’humour ou de la dérision. Elle existe souvent dans un contexte particulier, et souvent en réaction à des législations perçues comme excessives, ou bien à des excès de la catégorie « bla-bla enflé » déjà mentionnée.

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Donc il faut se battre, non seulement contre les cougars (autre nom du mountain lion, ou puma), mais aussi contre une mauvaise communication sur les contre-étiquettes.

 

David


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Le Québec blanc

Pardon de vous faire ainsi entrer de force dans ma vie privée, mais je séjourne présentement au Québec. Et lorsque ma compagne québécoise n’est pas vissée sur son cellulaire ou en train de me préparer de bons petits plats, elle magasine allègrement bravant neige et verglas. C’est lors d’une de ses sorties que, dans le froid polaire, je l’ai suivie pour un shopping vineux d’entre les fêtes, tout en me disant qu’il serait intéressant d’en profiter pour tester l’un des vins de son pays. Car on a beau être positionné entre le Labrador et les Etats-Unis, dans la neige et la glace, il ne faut jamais oublier que le Québec compte autour de 130 domaines viticoles, dont 74 font partie de l’Association des Vignerons du Québec. D’ailleurs, pour commencer, je vous invite à visiter le lien de cette association qui est aussi à l’origine d’une Route des vins très inattendue sous ces climats, route qui fait la joie des cyclotouristes en été. Notez au passage que les vignerons adhérents émettent tous le voeu de n’utiliser dans leurs vins que des raisins (très majoritairement blancs) en provenance du Québec et non d’une province voisine, l’Ontario pour ne pas la nommer.

Photo©MichelSmith

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M’étant mis en quête d’un bon Champagne, j’ai donc profité d’une visite dans le magasin SAQ « sélection » du Centropolis de Laval, en périphérie de Montréal pour me glisser vers le rayonnage dédié aux vins du Québec. Ici, comme dans chaque autre province du Canada où une société de l’état gère le monopole sur les alcools, la Société des Alcools du Québec monopolise le commerce des vins qu’elle diffuse au travers de différents magasins (SAQ Express, Classique, Sélection, Signature, Dépôt) répartis dans la Belle Province. Autant de bannières comme on dit ici adaptées pour un type de clientèle et de consommation, sans compter l’inévitable vente par Internet. Cette étatisation de facto rend, il faut bien le dire, la consommation du vin un peu terne car, s’il est assez large, le choix des œnologues et acheteurs fonctionnaires n’est jamais aussi varié qu’un amateur digne de ce nom serait en droit d’attendre. En fonction des boutiques, des bannières, il est même carrément tristounet.

Pour autant, il existe bel et bien des importateurs privés qui comblent une partie du vide en permettant aux amateurs de se procurer un vin plus original non retenu par la SAQ. Mais ces sociétés n’ont pas le droit de diffuser des vins qui seraient déjà inscrits au catalogue officiel, bien que la SAQ, en grand seigneur, leur accorde de plus en plus la possibilité de mettre en avant dans ses propres boutiques des vins introduits par les sociétés privées au Québec en achetant leurs vins et en allant même jusqu’à mentionner leur nom sur le flacon tel que le montre cette photo.

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Des vins d’agences privées en vente exclusive à la SAQ. Photo©MichelSmith

Mais ça se complique. Imaginez que ma Brigitte, en bonne amoureuse du vin français qu’elle est, repère chez l’agence Smith un délicieux Côtes du Marmandais, elle peut en commander un carton à la-dite agence qui lui dira – telle est la règle – d’aller en prendre livraison à la SAQ de son quartier et de payer la facture à la SAQ. Et encore plus compliqué : l’agence en question lui adressera de son côté une facture dite de frais d’agence de l’ordre de quelques dollars par bouteille vendue. Cela peut se monter à une cinquantaine de dollars canadiens pour un carton de douze ! Bien entendu le grand public non averti ne connaît pas ces subtilités procédurières qui imposent en plus à l’amateur averti à n’acheter que par cartons de 6 ou de 12. On le voit, bien boire au Québec peut ressembler à un magistral jeu de piste, un vrai casse-tête parfois.

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Incomparable ! Photo©MichelSmith

Après avoir déniché mon Drappier Brut Nature à 47,75 $Ca la bouteille, un prix finalement assez proche que ce que nous le payerions en France, je me suis arrêté à la zone Origine Québec réservée aux vins locaux. Par manque de connaissance, sans trop m’attarder devant chacune des nombreuses bouteilles en exposition, j’ai saisi l’une d’elle un peu au hasard, un blanc pas trop lourd en alcool (11,5°) provenant d’un vignoble pionnier assez connu, celui de l’Orpailleur, au sud-est de Montréal, à Dunham, dans une région, celle des Cantons de l’Est qui, à première vue, me paraît être également assez cidricole. Créé en 1982 par deux français associés à deux québécois, largement ouvert aux visites (restaurant, musée, visites guidées), le domaine produit autour de 165.000 bouteilles chaque année ce qui n’est pas si mal, avec entre autres spécialités un inévitable vin de glace et un effervescent.

Photo©MichelSmith

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Le blanc choisi m’a coûté 16,25 $Ca, soit un peu plus d’un dollar en plus du prix indiqué sur le site de l’Orpailleur, ce qui ferait un peu moins de 12 € chez nous. Comme annoncé de manière bien visible sur l’étiquette, il est composé à parts égales de raisins de cépages hybrides Vidal et Seyval. On pourrait presque dire que c’est un vin historique, car il fut le premier vinifié et commercialisé en 1985, soit trois ans après la plantation du vignoble. Oh, ce n’est pas un vin bien compliqué: robe blonde, nez bien affirmé de poire et pamplemousse, je le trouve assez lisse en bouche, lustrée et sans charme particulier, légèrement poivré en finale sur un fond d’agrumes et une longueur somme toute honnête. Je ne dis pas que j’en rachèterai une bouteille, mais si je n’avais que ce vin-là à consommer dans ma cabane au Canada, j’en ferais un vin d’apéro à boire sans trop réfléchir sur un croque-monsieur, des gougères ou des pizzas. Rien de plus. Heureusement, caché dans le frigo de Brigitte se trouvait une bouteille de Cauhapé, un Jurançon sec acheté lui aussi à un prix très raisonnable.

Michel Smith

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Où va le vin?

En ce tout début d’année, il est pertinent de se poser une question fondamentale: où va le vin ?
Certes, nous pourrions envisager un débat philosophique, joindre quelques grands penseurs à nos débats, imaginer une certaine mystique autour du sujet, faire des recherches historiques…
Mais chacun ne doit-il pas trouver la réponse au fond de lui-même, après quelques instants d’introspection ou de méditation?
L’imagination n’est-elle pas plus importante, comme le disait (presque) Albert Einstein?
Je me suis penché sur le sujet, prenant parfois le risque de trébucher, voire de chuter. Mais il me fallait une réponse concrète, l’imagination m’entraînait trop loin, vers ces horizons qui parfois s’avèrent funeste pour la raison. Raison de plus pour demeurer pragmatique et procéder par petites touches. C’est ce que j’ai fait. À chaque déplacement, quand l’occasion se présentait, je prenais un cliché des possibilités.
Il fallait bien entendu envisager tous types de vins, des basiques aux hauts de gamme, des rustiques aux sophistiqués, des collectifs aux particuliers, des techniques aux paysans, des technos au natures, des étrangers aux bien français, …
Voici un aperçu de mes longues recherches.

Beaujolais 3 salons (3)Des basiques aux hauts de gamme

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Laurent Combier juillet 2013 030Des rustiques aux sophistiqués

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Millésime bio 2013                                                                                                                                                             des collectifs aux particuliers

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Concours Bruxelles 2012 149Des techniques aux paysans

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IMG_1506Des technos aux « nature »

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25344_379760889339_8254203_nDes étrangers (qui trient sélectif) aux bien français

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Si le vin part au caniveau, que cela ne nous empêche pas d’en rêver, d’en déguster, d’en boire, et profitons-en pour tous ensemble à l’an 2016 trinquer à l’an neuf.
Que 2016 vous soit à tous des plus profitables, des plus jouissifs, des plus ce que vous voulez.
Bonne et heureuse nouvelle année!

Ciao

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Marco


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Des nouvelles de Marc

En ce lendemain de Noël, je ne résiste pas au plaisir de publier la photo de notre ami Marc, au moment où, touché par la grâce, il abjura sa foi dans le sauvignon précoce pour s’engager fièrement sur la voie – ardue, certes, mais ô combien lumineuse – du grenache-syrah-carignan-mourvèdre bien mûr.

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C’était en novembre dernier.

Aux dernières nouvelles, Marc coule des jours heureux (mais bien arrosés) dans un prieuré de Pézenas, dont nous tairons le nom afin de préserver sa toute nouvelle sérénité.

Hervé

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Mes 10 clichés-vins de 2015

Des clichés, certes il y en a, des idées reçues aussi. Dix choix arbitraires, dix affirmations tenaces qui s’incrustent encore trop dans l’imaginaire du vin après des décennies d’errances médiatiques à force de répétitions erronées dans les guides et les articles sur le vin. Clichés aimablement répandus au fil des ans par une cohorte de suiveurs zélés, et accentués par les journalistes (ma pomme en premier !), des sommeliers, des cavistes, dont le seul but est de démontrer qu’ils possèdent la clef de l’antichambre conduisant aux mystères du vin. Et des mystères, le vin en garde encore plus d’un que seuls les meilleurs vignerons découvriront dans les années qui viennent comme ils ont su le faire depuis que, dans les années 1960, leurs vins ont entrepris le grand virage de l’ère moderne.

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Dix clichés ? Oui, mais à y regarder de près, il y en a certainement beaucoup plus… J’en avais plein d’autres sous la main, alors je vous en prie, n’hésitez pas : rajoutez les vôtres !

1) La capsule à vis, c’est pour les petits vins !

Foutaise !, répond en substance le professeur-vigneron-latiniste Luc (Léon) Charlier dans cette excellente interview filmée. Le problème avec les goûts déviants des vins, – encore un vieux débat -, c’est que trop souvent le liège apparaît comme l’accusé principal, même lorsque sa présence au nez n’est que difficilement perceptible par le commun des mortels. Les puristes – ou traditionnalistes -, de leurs côtés, souhaitent protéger le liège comme un élément faisant partie intégrante de leur conception « historique » du vin. En réalité, ce sont de fieffés passéistes qui ne supportent pas l’idée que l’on puisse voir plus loin que le bout de leur nez. La vis en métal, le bouchon synthétique, et dans une moindre mesure le bouchon en verre, sont appelés à un grand avenir car ils protègent réellement le vin ! Je sais, j’enfonce une porte ouverte !

2) Un vin léger, ce n’est pas du vin !

En tout cas, ce ne serait pas un « vrai » vin, selon les doctes buveurs tenants de la vérité bachique qui en profitent pour vous certifier que le rosé, lui non plus, n’est pas un vrai vin. Navrant ! Laissons leur cette analyse rétrograde et rappelons-leur simplement cette lapalissade : tout jus de raisin fermenté est du vin, qu’on le veuille ou non. Or, depuis le changement de millénaire, il est clair que l’on retourne vers une notion de légèreté, du moins dans la consommation quotidienne du vin si tant est qu’elle existe encore de manière significative. J’impute cela au rajeunissement et au renouvellement des consommateurs. En effet, on se demande de plus en plus si les hautes autorités jusqu’au-boutistes qui ont décrété à partir des années 80 que le vin devait provenir de raisins entre très mûrs et archi mûrs, n’ont pas atteints des sommets difficilement supportables pour l’organisme avec des degrés excessifs, tant à Bordeaux qu’à Châteauneuf-du-Pape. Mangeriez-vous de bon cœur une pomme blette ou une prune au bord de la déliquescence ? Une orange sans acidité ou une cerise toute ridée ? La surenchère et la compétition aidant, on a vu des cuvées dépasser allègrement les 16° d’alcool, donnant parfois, il est vrai, mais dans de rares cas, des vins miraculeusement équilibrés œuvres des meilleurs vignerons. Maintenant, on revient à plus de sagesse avec des vins d’entrées de gammes titrant entre 11,5° et 12,5°. Cerise sur le gâteau, on a accusé à tort le dérèglement climatique, personnellement je ne pense pas qu’il soit la cause de cette course aux degrés, dans un sens comme dans l’autre. Et paradoxalement, ce sont les vins du Midi qui sont les principaux gagnants dans cette démarche salutaire rendant les vins beaucoup plus accessibles et ouvrant la porte à de nouveaux consommateurs.

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Du côté de Daumas Gassac. Photo©MichelSmith

3) Si c’est gros, ce n’est pas bon !

Gros négociant, grosse coopérative, gros domaine viticole… pas de doute, c’est forcément suspect et dégueulasse à la fois ! Ce ne sont que des balivernes. Car sans les gros, les petits n’existeraient pas. Dans de nombreux cas, des noms comme Wolfberger, Perrin, Georges Duboeuf, Gérard Bertrand, Cazes et tant d’autres brillent par leur production qui, si elle n’est pas parfois exempte de reproches, donne la plupart du temps d’excellentes surprises.

4) Pastille effervescente pour le Champagne !

Là aussi c’était trop gros pour y croire : une pastille effervescente pour un vin effervescent, et en plus chez Veuve Clicquot, c’est tellement con que certains y ont cru sans que l’on ait besoin de les prier !

5) Le vin en canette, ça pollue !

Pas certain. Ce contenant déjà utilisé dans plusieurs pays et lancé en France sans succès dans les années 80 est au contraire très écologique : comme le souligne le site de la RVF, « le contenant est léger – la moitié du poids d’un verre – idéal pour partir en excursion ou en bateau, totalement recyclable et non dangereux donc autorisé lors de manifestations sportives ou de concerts ». Pas la peine d’en rajouter !

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Photo©MichelSmith

6) Le rosé pamplemousse, quel scandale !

Certes, c’est un clin d’œil que je vous adresse. Mais essayez donc d’en faire un vous même et vous risquez fort de changer d’avis : un grand verre, quelques glaçons, 50% d’un bon rosé pas trop cher pas forcément de Provence et 50% d’un jus de pamplemousse fraîchement pressé. Une rondelle de citron, une autre d’orange et quelques chiffonnades de menthe fraîche. Plus quelques rajouts en fonction de votre fantaisie et de votre inspiration et vous verrez que ça n’a rien de répréhensible. On peut aussi s’amuser à prendre pour base un crémant rosé.

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Photo©MichelSmith

7) Tariquet, c’est trafiqué !

Le sujet qui fâche le plus en ce moment sur les réseaux sociaux, en dehors de débats animés sur le vin dit « nature », touche le Domaine Tariquet, estimable maison familiale dont les vins (lire leur histoire ici même), pourtant sans défauts, sont sans cesse raillés par les puristes qui en rajoutent des tonnes en se prenant des allures de sauveurs de l’humanité. Entre autres méfaits, on reproche à l’entreprenante famille Grassa de ré-acidifier ses cuvées. Or, si cette opération peut être légalement et parfaitement bien réalisée dans un vin qui en contient déjà naturellement, il reste à prouver que cet important domaine (900 ha) du Gers l’utilise. Personnellement j’en doute. Bien sûr, on a le droit de ne pas aimer, mais pour ma part je raffole de leur « Classic » (ugni blanc, colombard, sauvignon et gros manseng) qui fait partie des leurs meilleures ventes et que je déguste sans retenue sur des huîtres quand je vais au marché et qu’il y a un bistrot dans les parages.

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La roche, du côté des Gorges de Galamus. Photo©MichelSmith

8) La minéralité, encore elle !

L’autre débat quelque peu enfiévré – on l’a vu une fois de plus Lundi dernier sur nos lignes -, concerne l’abus de certains mots dans le vocabulaire servant à la description d’un vin. Cela fait bien 30 ans que ce débat dure et il commence à m’échauffer les oreilles ! Au début, certains dégustateurs professionnels, sommeliers et journalistes entre autres, parlaient de l’aspect minéral que pouvaient afficher certains vins, blancs en particulier. Un avis que je partageais en toute bonne foi (après tout, je suis le seul récepteur de l’effet que procure sur moi un vin…), et que j’approuve aujourd’hui en toute logique quand je dis d’un Reuilly, par exemple, qu’il peut avoir un petit goût de silex, goût sur lequel on pourrait disserter des heures vu que l’on n’a pas tous la même sensibilité, encore moins la même perception. De minéral, les dégustateurs ignorants que nous sommes tous un peu ont inventé le mot « minéralité » qui n’est pas encore entré dans le dictionnaire mais qui, prenons-en le pari, le sera bel et bien un jour tôt ou tard tant notre langue évolue fort heureusement. Je suis le premier à dénigrer les emplois abusifs de mots se terminant en « ité » (sapidité, salinité, digestibilité, buvabilité, pissabilité, j’en passe…), mais de là à nous empêcher de nous exprimer sur le vin chacun à notre manière, il y a un pas que je ne me vois pas franchir. Sachez pourtant que désormais, pour être dans une ligne bien-pensante dans vos commentaires de dégustation, il conviendra à l’avenir d’être de plus en plus précis, moins pédant et moins scientifique. Lorsque vous vous adressez au peuple, vous pouvez à la rigueur vous autoriser quelques lignes sur le minéral décelé dans un vin : mieux, vous pouvez relever comme je l’ai fait avec d’autres depuis belle lurette, l’aspect granuleux d’un vin qui ferait penser au granit, la rondeur d’un jus qui évoquerait le schiste, la finesse du sable, la lourdeur de l’argile ou la droiture du calcaire, que sais-je encore. L’essentiel étant de se laisser aller et de se lâcher, tout en esquivant le débat. Dans la mesure où l’on se fait bien comprendre. C’est clair ? Prière de ne pas répondre « clair comme de l’eau de roche » !

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Dans les Corbières… Photo©MichelSmith

9) Nature, c’est aussi du soufre !

Il en aura fallu des guéguerres, des insultes et des débats stériles pour admettre finalement cette année que le vin dit « nature » (on préfère désormais le qualificatif de « naturel ») n’a rien à voir avec le vin dit « sans soufre » (on devrait dire « sans soufre ajouté »), que c’est un vin bio à la base, ce qui me paraît logique, traité par des vignerons dont la philosophie est d’exclure tout (ou presque…) intrant autre que du jus de raisin. Parmi eux, il y a de grands talents. Reste que l’ambiguïté demeure puisque la phrase « Il n’y a pas d’ajout de sulfites, ni de quelque autre intrant » demeure toujours en bonne place d’un « engagement » que je vous propose de lire en accédant directement au site de l’AVN (Association des Vins Naturels), engagement résumé assez clairement jusqu’à cette phrase citée plus haut. Agriculture biologique (ou biodynamique), vendanges manuelles, levures indigènes, pas de techniques brutales pendant les vinifications sont quelques unes des actions clairement revendiquées, mais l’emploi du soufre reste une question sulfureuse. J’en déduis qu’un vigneron adhérant à l’association pourra mettre du soufre dans la majorité de ses vins afin de le protéger, mais que les bouteilles qui porteront sur l’étiquette la mention AVN seront garanties sans ajout de soufre. Bref, si tout cela est naturel, ce n’est pas encore d’une grande limpidité. Et il est vrai que si l’on excluait tous les vignerons qui peu ou prou mettent du soufre dans leurs vins, l’association ne compterait plus beaucoup d’adhérents !

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Rafraîchir, et non glacer… Photo©MichelSmith

10) Le rosé se boit glacé !

Peut-être, mais pas trop pour moi ! « S’il vous plaît, juste un seau avec beaucoup d’eau et un peu de glace » est le leitmotiv que je ne cesse de répéter lorsque je suis attablé au restaurant. Idem pour le blanc qu’il est coutumier de servir trop glacé. Pareil pour le rouge qui lui est encore servi trop chaud malgré toute la technologie du contrôle de la température offerte aux restaurateurs. A l’approche de 2016, la lutte contre l’attitude bornée de la plupart des établissements, y compris ceux spécialisés dans le jus de la treille, continue !

Michel Smith

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Ne pas se prendre au sérieux : le journaliste belge, Patrick Fiévez imitant Dali. Photo©MichelSmith

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