Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


1 commentaire

Les concours de vins : une affaire très ancienne

Andeli

Les concours de vin se sont multipliés ces dernières années, au point de devenir peut-être trop nombreux pour être tous crédibles. Et la proportion de médailles accordées dans certains concours frise le ridicule. Je ne vais pas passer en revue les concours actuels dans cet article, mais plutôt vous parler du premier concours dont nous avons trace : La Bataille de Vins d’Henri d’Andeli, un trouvère normand, qui date du début du 13ème siècle. En réalité, il semblerait que ce concours n’ait jamais réellement existé car il s’agirait plutôt d’un « fabliou », c’est à dire d’une figure de style de la littérature du Moyen Age. Mais peu importe, car ce texte est savoureux. Pour information, il est disponible in extenso dans l’excellente recueil de Sophie Guermès intitulé « Le Vin et l’Encre (Mollat 1997).

Le Vin et l'Encre

Si vous avez déjà participé à des concours en tant que juré, vous savez bien qu’on ne peux pas aimer tous les vins, et aussi que les désaccords entre jurés autour d’un même vin sont monnaie courante. Mais il est rare que toute une catégorie de vins se trouve condamnée comme étant indigne et inférieure. C’est pourtant ce qui est arrivé à l’ensemble des vins rouges dans ce récit. Reflet des goûts de l’époque, probablement, ou bien était-ce du à l’absence de soufre et d’hygiène dans les chais ?

jaibiaunez

Si aujourd’hui dans les concours codifiés on se contente de cochez des cases pour signifier ses impressions sur la netteté, l’intensité, la longueur en bouche ou l’équilibre générale du vin, les commentaires étaient nettement moins encadrés et plus imagés alors : par exemple un compliment adressé à un vin qui a particulièrement plu, le jury soulignait qu’il était capable de vous perdre un oeil ! Je trouve que cela a une toute autre allure que le style de descriptions aromatiques, largement répandu par de nombreux sommeliers et que je qualifie de « tendance salade de fruits » : cela consiste évidemment à énumérer des longues listes d’arômes, plus ou moins probables et totalement absconses pour la plupart des mortels. Même si on ne souhaite à personne de perdre un oeil lors d’une dégustation, je crois que je préfère cet image à « minéralité tendue, notes de craie au soleil après la pluie avec un soupçon de fleur de vigne ».

De nos jours, les producteurs ou consultants qui sont mécontents des critiques les traitent de tous les noms, individuellement ou collectivement, mais à cette époque lointaine, la balance de pouvoir semble avoir été de l’autre côté car un des juges a même menacé de mort un vigneron à l’origine d’une vin qui a du sérieusement le déplaire ! Je peux être sévère parfois, mais je n’irai pas si loin. Le terme « Bataille » utilisé dans le titre de ce poème est donc bien plus approprié que celui de « concours ».

gravure-vin-moyen-age

Chaque concours doit avoir un patron qui fait régner l’ordre dans la salle. Dans ce cas il s’agissait du roi de France, Philippe Auguste. Et, pour être crédible, il doit aussi être international dans sa conception. Mais si on pense que le 13ème siècle ne jurait que par le local ou le franco-français, on se trompe lourdement. A une époque ou les moyens de transport étaient toute autre que de nos jours, La Bataille des Vins comparait 70 vins dont certains venaient de la Moselle germanique, d’Espagne, d’Italie ou de Chypre. Pour la France, c’est le nord du pays qui dominait nettement l’échantillonnage, même si on trouve, curieusement, un vin de Moissac. On sait que l’absence de moyens de transport et la difficulté de faire tenir les vins au delà d’un an explique largement cela.

Deux personnages tiennent la vedette dans ce concours : le roi de France déjà mentionné et aussi un prêtre anglais qui était apparemment ivre du matin au soir. N’oublions pas que la guerre de Cent Ans était en cours et qu’il ne fallait pas louper une occasion pour tourner l’ennemi (de la France) en dérision. Mais on aussi là une indication de l’ancrage religieux de la culture du vin en Europe.

Alors qui a gagné cette bataille ? Ce fut un vin de Chypre qui remporta la dégustation, suivi du vin d’Aquilée (aujourd’hui en Italie) : tous deux des vins sucrés ce qui est aussi bien un reflet des goûts de l’époque que de la capacité du sucre à bien conserver le vin à cette époque d’avant les bouteilles (et le soufre). C’est aussi la preuve que les français du 13ème siècle étaient bien moins chauvins qu’aujourd’hui. Je reviendrai prochainement sur ce sujet car, dans 15 jours environ, il y aura une dégustation pour commémorer la 40ème anniversaire de l’événement connue sous le nom de « Jugement de Paris » et qui a vu des vins de Californie battre des noms très connues en Bourgogne et à Bordeaux.

 

David

20160418_121136_resized


12 Commentaires

VSIGP (4): Vin de France, ah la belle farce !

Volontairement provocateur, mon titre ? J’assume. Eh bien oui, quoi: pourquoi cacher l’origine d’un vin alors qu’il suffit de (bien) lire l’étiquette (ou la contre) dans ses détails les plus reclus pour tomber sur l’adresse quasi complète du vigneron metteur en bouteilles ? Pour peu que l’on ait quelques notions de géographie associées à une bonne connaissance de nos départements, et que l’on sache manipuler un instrument comme Google, on saura automatiquement la plupart du temps d’où vient le vin et l’on peut donc sans mal lui donner un semblant d’identité, voire même une origine réelle. Enfin, moi, c’est comme cela que je vois le problème Vin de France, si problème il y a.

WP_20151029_011

Dans l’exil de mon Midi, d’où j’exerce mes talents de dégustateur en herbe depuis pas mal d’années, les vignerons se servent de cette dénomination (non, ce n’est pas une appellation d’origine contrôlée ou protégée) pour deux raisons principales, même s’il y en a probablement d’autres comme ont su le souligner avec talent mes prédécesseurs qui se sont plus volontiers attardés sur les marques commerciales. Deux raisons donc. D’une part parce que ça permet à mes amis vignerons de faire ce qu’ils ont envie de faire, de s’éclater sans avoir – en dehors de l’État et de sa cohorte de fonctionnaires – de comptes à rendre à personne d’autre que le consommateur ; d’autre part parce que les initiateurs (viticulteurs) des IGP ou AOP qui sévissent sur leur territoire bien (ou pas trop mal) délimités sont trop cons ou trop absents pour avoir remarqué qu’un cépage, quand bien même fut-il local et de mauvaise réputation, pouvait avoir son mot à dire dans le territoire qui abrite les vignes. Qu’il pouvait aussi plaire à un certain public.

WP_20160419_003

Oui, je sais, je m’énerve inutilement. Et ce n’est pas bien à mon âge ! Vous savez que je ne pense pas une seconde ce que je couche sur écran. Tous les vignerons (ou viticulteurs) ne sont pas cons à ce point et j’en connais même qui, en coopérative, alimentent des cuvées Vin de France. Alors je vais enfoncer le clou de manière plus explicite. Pour aller plus encore dans le sens de la connerie ambiante, je vais vous sortir quelques vins de France, mais des vins bien chez moi, donc du Languedoc et du Roussillon réunis. Des vins qui, n’en déplaisent à certains, affichent leurs origines de manière discrète, mais des vins qui pourtant sentent bon leur pays.

Par ici, dans le Sud où l’on s’éclate en dehors des AOP, aucun problème pour  trouver un Vin de France : presque chaque vigneron digne de ce nom a le sien ! Par exemple, une appellation majeure est disponible près de chez moi, Côtes du Roussillon, idem à côté avec l’AOP Languedoc. Des ex Vin de Pays aussi comme les IGP Côtes Catalanes ou Pays d’Oc. Mais qu’à cela ne tienne, avec les mêmes cépages (ou presque) les vignerons autochtones ou expatriés qui ont quelque chose à démontrer préfèrent la liberté que leur offre la mention Vin de France. On peut rire, déconner ou faire dans le sérieux, mais beaucoup me disent qu’ils choisissent la facilité qu’offre cette mention. À l’instar de Stéphane Morin, ce vigneron nature découvert récemment pour alimenter ma défunte rubrique Carignan Story mais que vous pouvez retrouver ICI. Lui a choisi de ne vinifier qu’en Vin de France histoire de moins se compliquer la vie.

P5240020.JPG

Afin de jouer le jeu, je vous livre ci-dessous mes préférés de la catégorie Vin de France du moment. Il y en a des tonnes d’autres. Vous tombez bien, car je déménage ma cave dans laquelle je fais de belles trouvailles. C’est utile parfois de revoir après quelques années un vin que l’on a aimé. Rassurez-vous, je les ai goûtés récemment et je vous les restitue avec non seulement le nom du domaine, de sa cuvée, son prix de vente, son site internet (lorsqu’il y en a) et le pays d’où il vient. Ben oui, car si on la cherche bien, on trouve l’origine ! Pour certains, ça évitera d’avoir à lire l’étiquette !

20160418_121136_resized

-Vin de Table de France (du Roussillon) 2005, Syrah, Domaine Sarda-Malet. 40 € le magnum départ cave. 

À l’époque, l’annonce du millésime étant interdite dans cette catégorie de vin devenue Vin de France, Jérôme Malet s’était contenté d’un mystérieux chiffre « 5 » pour informer les suiveurs de ce domaine qu’il mettait dans la confidence. Sans filtration ni collage, jovial au possible, chaleureux et exubérant, j’avais complètement oublié que ce vin était le fruit d’une syrah de sélection massale (prélevée si mes souvenirs sont bons chez Gérard Chave) choisie par Max, le père de Jérôme. Tellement joyeux qu’au départ je partais allégrement sur une parcelle de vaillants vieux grenaches comme le domaine en possède encore, du moins je l’espère. Un vin d’autant plus éblouissant si on prend la peine de le boire frais (15°) sur un petit gibier, par exemple. Hélas, il n’est plus vinifié par le domaine qui, sagement, a conservé quelques flacons en format magnum dans les millésimes 2004, 2005 et 2007. Téléphoner le matin au 04 68 56 47 60 pour avoir la chance d’en obtenir.

20160418_121156_resized

-Vin de France (des Corbières) 2014, Grenache gris, Domaine des 2 Ânes. 17 € départ cave.

À quoi ça sert un Vin de France ? À montrer par exemple qu’un cépage méprisé lors de mes premiers passages dans la région à la fin des années 80 a vraiment quelque chose à dire et qu’il est capable de revivre en beauté, notamment non loin du littoral. Et puisque à l’époque l’appellation n’en avait rien à cirer – ah, si elle avait pu mettre du Sauvignon ! – il reste un espoir aujourd’hui de montrer les capacités de ce cépage en le vinifiant pour lui-même en Vin de France (des Corbières). Immensément puissant, certes, dense aussi, et pourtant tout en structure avec une élégance non feinte, c’est un blanc de grande table. Cherchez vite des queues de lotte poêlées et quelques câpres pour l’accompagner !

Etiquette L'Aramon

-Vin de France (des Terrasses du Larzac) 2015, Aramon, Domaine de La Croix Chaptal. 5,50 €, départ cave.

De par sa robe claire et sa facilité à s’écluser (un flacon bu à deux en moins de 15 minutes !), voilà un vin qui ferait une forte concurrence au rosé, tant il fait des merveilles dans le registre de l’accessibilité. Peu cher, léger et fruité, désaltérant qui plus est tout en étant capable de tenir sur une entrée de légumes crus et de pâté de tête, cela n’a rien de déshonorant même si pour certains cela frise l’incongruité. Alors, foncez sans attendre ! On trouve encore de ces petits vins de récré dans le Midi (ici, bien au nord de Montpellier), parfois même vinifiés à partir d’un cépage emblématique de l’histoire du Languedoc tel que le sieur Aramon ici présent. Jadis occupant 150.00 ha et capable de production de masse, aujourd’hui honni et considéré comme roupie de sansonnet, il revient de temps en temps par la grâce de Charles-Walter Pacaud, un vigneron sage et avisé qui, appelant ses vieilles vignes à la rescousse (vendangées à la main), a compris tout l’intérêt de ce jus qui se boit sans soif. Bravo et merci Charles !

20160307_125226_resized

-Vin de France (du Minervois) 2011, Pinot Noir, Domaine Pierre Cros.  12 € départ cave.

Pierre Cros, prononcez « crosse », n’est pas du genre à écouter les injonctions des uns et des autres : Piquepoul, Alicante, Aramon, Carignan, Cinsault, il n’a gardé que les meilleurs pieds de son Minervois natal ajoutant une collection d’autres cépages plantés par curiosité et par amour. C’est le cas du Pinot noir (un peu plus d’un demi hectare) bu ici à température plutôt fraîche (15°) sur une pintade qui exprimait une sorte de gourmandise contenue avec des tannins souples et doucereux. Pour les curieux, il y a aussi du Merlot, du Nebbiolo et même du Touriga Nacional ! Plus en vente, c’était juste pour la forme. .. mais il reste du 2015 vinifié différemment et embouteillé en flûte alsacienne ! On a le droit de s’amuser, non ?

Michel Smith


8 Commentaires

Le jour où JPC est parti, je découvre la premiumisation !

Pas possible ! Ils l’on fait ! Ils ont osé !

Évidemment, ils ne pouvaient savoir.

Alors, comment leur en vouloir ? Et pourquoi les accabler ?

WP_20160401_003

Leur truc – car ce n’est autre qu’un vulgaire truc de marketing  que l’on doit apprendre dans les écoles de commerce -, leur dossier de presse qui n’en est pas un, est probablement parti quelques heures avant que l’on apprenne la triste nouvelle. Et si j’ai choisi d’en parler, ce n’est pas parce que j’en veux aux viticulteurs dont le travail consiste à s’occuper de leurs vignes, mais parce que les stratèges de leur agence de pub (ou de markétinge) font une fois de plus dans tout ce que je déteste. En outre, je reçois ça à travers la gueule le jour où j’apprends la mort d’un homme bon, un gueulard, un comique, mais un bon gars, un gentil, un généreux. Je sais, leur entreprise, plutôt leur démarche, est symbolique d’une époque. Époque où la com de mauvais goût, celle des années 80, continue de nous saouler avec du n’importe quoi revu à la sauce 2016 : du vin placé dans des cases, des icônes, des premiums (oui, avec un « s »), des authentiques, des incontournables, des étiquettes à la fois drôles, classiques, fleuries, bio, innovantes, j’en passe et des pires.

WP_20160331_004

Fallait juste que je vous le dise : le jour où Jean-Pierre est mort, cette communication d’arrière-boutique et de marchand de tapis, cette réclame même pas digne d’un Marcel Bleustein-Blanchet, cette pub d’un autre temps colle toujours à la peau des agences dites spécialisées. Faut dire que le pépère JPC que j’ai fréquenté peu de fois, mais que je respectais et que j’aimais pour son rôle fétiche de trublion de la bouffe, de la bonne bouffe, ce gars qui me faisait sourire à chacune de nos rencontres, faut dire qu’il en a fait des tonnes de son côté en s’alliant pour le pognon avec des gros tiroirs-caisses de la grande distribution. Mais voilà, je savais que le fric récolté était réemployé pour faire du bien autour de lui, et aussi pour faire travailler des jardiniers ou des artisans, alors je ne lui en voulais pas. D’ailleurs, comment en vouloir à un homme libre ?

WP_20160331_005

Oui, on peut dire qu’ils ont choisi le jour ! Je n’avais pourtant rien demandé. Le matin où j’apprends que ce gourmand-partageur-marchand-de-bonheur est parti rejoindre son pote Jean, le gars de Bourgueil, voilà que le colis débarque alors que je m’apprête à célébrer dignement le grand voyage. Un coffret du plus mauvais goût arrive à ma porte, imitation Gucci ou Vuitton, le skaï luisant en remplacement du cuir fin, un coffret renfermant deux premiums (toujours avec un « s ») prétentieux. Dedans, deux bouteilles et une bougie sensée reproduire durant ma dégustation les parfums qui embaument les chais de Buzet. Bref, tout pour me plaire… Certes, je ne sais plus quand au juste le grand pourfendeur de la malbouffe nous a quitté – ce devait être durant le week-end précédent dans sa grande maison proche de son marché favori, celui de Châteaudun – mais choisir ce jour où j’apprends la nouvelle, ils manquent pas d’air les gars de Buzet !

WP_20160406_001

J’ai ouvert le rouge par la suite pour le taster (du bout des lèvres) : c’est un vin de 2012 taillé dans la barrique, parfait pour arroser les marchés où l’on se soucie plus du bois que du vin. J’ai donc compris une fois goûté que le mot premium désignait une qualité de vin fortement boisé, ce qui pour moi revient à dire qu’il est imbuvable. Je sais, il ne s’agit là que de mon goût de vieux con. Reste que la montée en gamme à laquelle nous assistons, la conquête des parts de marché tous azimuts, le haut de gamme, le relèvement des prix, tout cela m’inquiète. La premiumisation est en mouvement et cela n’entraîne que la surenchère. De quoi faire travailler toute une nouvelle génération de communiquants.

Alors vive les vins premium !

WP_20160406_003

Et puis est venu un autre élément : la lecture d’un article usant dans son titre d’un nouveau mot hideux, la premiumisation. Non, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, mais Michel Chapoutier en personne, à moins que ce ne soit quelqu’un d’autre. Si vous voulez prendre une leçon de marketing, lisez donc l’article de Vitisphère. À mon sens, il en dit long sur ce que sera la segmentation du vin en France. Cette époque qui me révulse a commencé à semer ses graines bassement mercantiles au début du millénaire et si vous voulez mon avis, on n’est pas sorti de l’auberge !

WP_20160401_005

Heureusement, il me reste des vins de vignerons, des vins que l’on boit à la régalade, des vins de sourires et de baisers, des vins d’amitié. Comme ce Côtes du Frontonnais 2002, du Château de Plaisance, cuvée depuis devenue Fronton tout court. Un vin du Sud-Ouest (comme Buzet) que JPC n’aurait pas renié.

Michel Smith

PS À propos du camarade Jean-Pierre Coffe, je vous conseille de lire ce que Hervé Bizeul a ressenti en apprenant sa mort. C’est ici et je n’ai rien à ajouter.

WP_20160401_008

 


2 Commentaires

NZ Flag Special

Appelés à voter sur un changement de drapeau, nos amis néo-zélandais ont finalement choisi de garder l’actuel.

De nombreux projets avaient été soumis, pourtant, qui voulaient mettre l’accent sur l’héritage maori, ou encore, sur plusieurs symboles nationaux, comme le kiwi (l’oiseau), le mouton… ou le rugby.

A ma grande surprise, je n’ai rien vu sur le sauvignon.

Pour réparer cet oubli, et bien que le vote soit clos, je propose ceci.


NEW NZ FLAG

 

Hervé;-)


5 Commentaires

Valses-hésitations… en bouteilles

J’hésitais entre plusieurs titres. Un très vin correct : « La Pape est mort ! » à propos du décès récent d’Henri Bonneau, l’un des papes de Chatô9, ou encore « Je n’ai jamais aussi bien prononcé Molenbeek que depuis quelques jours», en référence au nom de la ville belge que certains voient comme un sanctuaire de terroristes. J’en avais d’autres comme ça. Mais a-t-on vraiment, en ce début de printemps, le cœur à sourire ? Voire même à être trop sérieux ? Pourtant, comme mon Pépé disait lorsqu’un drame survenait, « la vie continue ». Ce qui ne m’empêche pas d’invoquer de nouveau ces fameuses valses-hésitations. Que dire face à l’événement qui enflamme quotidiennement notre cerveau ? Détourner la face devant les reportages amateurs filmés au portable ? Que faire face à l’actualité ? Que penser des corps déchiquetés que l’on ne connaissait pas et qui jonchent le macadam de nos rues ?

WP_20160323_003
Franchement, je n’ai jamais d’opinion franche lorsque survient la dégueulasserie, sinon le goût de sortir des conneries, des immondices parfois, des invectives bêtes à pleurer. Alors je m’éclipse et me recroqueville. Puis comme d’habitude, j’en appelle au vin. Lui seul peut trancher dans une telle situation. Lui seul peut me ramener à la réalité. À l’instar de cette Manzanilla de Barbadillo achetée pour des clopinettes de l’autre côté de la frontière où, heureusement, tout le monde peut encore se faufiler sans avoir l’impression de passer d’un pays à l’autre tant l’idée d’Europe – une Europe si fragile – fait son chemin vaille que vaille et quoiqu’en coûte le sang. Bon dieu que j’aime ! Ça se boit avec une telle facilité qu’à quatre personnes, tandis que la conversation monte, la bouteille se vide avec tout et rien à grignoter : olives, fricandeaux, tapenades, chorizo, etc. Frais et délicat, plutôt léger en plus, juste ce qu’il nous faut par les temps qui courent. La conversation se libère.

WP_20160323_005

Est-ce vraiment le moment pour un grand classique en bouteille ? Pas vraiment. Alors, j’hésite, je tergiverse, je saute du coq à l’âne et je me souviens d’un Gigondas (de négoce, si mes souvenirs sont bons) qui, sans m’émerveiller, avait le don de m’esbaudir. Frais et volontaire, il m’avait frappé au coin du bon sens par son allure espiègle et quelque peu fraîche dans un millésime aussi chaud que 2009. Frappé au point d’en piquer un exemplaire au Syndicat du cru afin de mieux le revoir plus tard. J’explique tout de suite aux mauvais coucheurs que la pratique est courante chez moi et qu’elle me permet (de moins en moins maintenant) au fil des ans de me conforter dans l’idée que je me faisais d’un vin, qu’il soit bon ou mauvais d’ailleurs.

WP_20160323_007

Celui-là, visiblement vendangé à bonne maturité, c’est-à-dire pas trop tard, est toujours frais et dispos, s’exprimant avec brio, équilibre et légèreté, non sans structure et matière. Au point qu’il paraît même un peu trop « light » pour certains buveurs. Pensez-vous ! Pour ma part, il est dans le ton de ce que j’aime, puisque je le bois sans retenue et avec plaisir. Un autre rouge s’impose, histoire de marquer le coup, histoire de penser encore un peu plus à nos amis belges. Ce sera le très grenache Collioure d’un certain Pierrot Gaillard, vigneron à Malleval (Côte-Rôtie) « et autres pentes », comme il le précise lui-même puisqu’il aime les vignes de schistes cultivant quelques parcelles à Faugères et Banyuls-sur-Mer.

WP_20160323_009

Le 2007 que je viens d’ouvrir, cuvée « Serral », est un des premiers millésimes d’un domaine assemblé en 2002 par Pierre, et c’est probablement le plus abouti, sous réserve de goûter d’ici quelques années les autres millésimes de cette cuvée. D’ailleurs, au passage, Pierre, si tu nous lis, une verticale (mon sport favori) serait la bienvenue ! J’ouvre grandes mes papilles et je sens que le vin a du mal, qu’il aimerait bien mais qu’il ne peut point. Alors, je lui laisse un peu de temps tout en touillant le verre pour le goûter finalement sur le tard, bien après les premiers commentaires. Et il est sacrément bon, s’ouvrant qui plus est magnifiquement dans le verre, chaleureux et velouté, parfaitement à l’aise dans sa température imposée (15°), aimable, gracieux et ouvert. Un vin qui sent bon l’amitié.

Aucune conclusion à apporter après ces expériences quasi quotidiennes et d’une grande banalité pour le Lecteur. Si ce n’est que le vin est libre. Libre comme nous le sommes. Libre de s’exprimer sans tabous, libre de se déshabiller, de se montrer, de parader, de manifester, de se moquer. Comme nous, libre comme l’air. Alors, respirons-le et, par les temps qui courent, buvons-le jusqu’à la lie ! Continuons de vivre.

Michel Smith

(Photos©MichelSmith)


2 Commentaires

Très Grands Vins contre Très Grande Vitesse

Franchement, je ne savais pas trop jusqu’à hier, quel sujet choisir pour ma chronique du jour. J’avais quelques idées, mais rien de vraiment nouveau ni d’excitant, faut bien le dire. Lorsque j’ai reçu le numéro 107 de la Lettre de mon Jardin de l’ami Jean-Christophe Estève, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai pensé tout de suite au combat que mène notre Jim contre les Goliaths de tous poils, vous savez, ces puissants qui s’estiment propriétaires exclusifs de quelque chose qu’ils pensent avoir inventé et qu’ils ne veulent surtout pas partager.

Jean-Christophe est Bordelais, c’est donc à la fois un monsieur sérieux, bien éduqué. Poli, élégant, ce gars que je qualifierai de Français type, pratique l’humour avec retenue, consulte de temps en temps le Canard Enchaîné et ne manque ni punch ni de panache, à la manière de certains gentlemen de notre rugby national passé. En outre, il aime le vin, tous les vins, mais aussi les plantes, les bons plats, les tablées d’amis, la bonne vie en quelque sorte. Il fut, à l’époque où je démarrais dans le vin à Paris, l’un de mes cavistes préférés, toujours prêt à me faire découvrir les vins qu’il partageait avec ses clients. Un type super, en résumé. Depuis quelques années, il s’est retiré sur ses terres proches de Bordeaux et fait fructifier son savoir pour le compte d’un modeste club d’achat de vins, Sovinat, offrant des vins choisis par lui pour le plus grand bonheur de ses suiveurs-amateurs lesquels, je n’en doute pas une seconde, sont comme lui, des gens fort respectables.

logo_violet

C’est en général sur ce genre de personnage qui ne fait de l’argent que pour vivre sans artifice tout en faisant honnêtement profiter ses clients de son expérience longue d’une vie, que tombent les emmerdes financières fomentées le plus souvent par des gratte-papiers qui ne connaissent comme unique univers que leur bureau bien rangé idéalement situé au sommet d’une tour, pas bien loin du big boss. Des chiens à la solde de cabinets juridiques jouant, non sans un certain sadisme, sur la menace et les sueurs froides que celles-ci devraient déclencher au moindre aboiement transcrit sur papier officiel. Pourquoi se lancent-ils aux trousses de JCE ? Cela fait belle lurette que notre ami Jean-Christophe, comme il m’est arrivé de le faire aussi, se sert des trois lettres TGV pour qualifier ses offres de Très Grands Vins. C’était sans compter sur la vigilance des sbires de la très respectable SNCF qui, pour rester au goût du jour, lui ont adressé une de ces belles lettres dont ils ont la maîtrise, le secret et l’assurance, une lettre de menaces en bonne et due forme.

preuves_hp_tgv1_v1

En ce jeudi où je n’ai rien de particulier à vous dire, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager la réponse que mon camarade amoureux déclaré de Très Grands Vins s’est empressé de leur adresser. Espérons que la farce s’arrêtera là. En attendant, je suis de tout coeur avec toi, Jean-Christophe. Ne nous laissons pas abattre par la connerie humaine !

« Le mois dernier, j’avais fait parvenir aux membres du Club Privilège de Sovinat un mail (tout à fait privé), que j’avais titré  «Priv. T. G. V.» – dans le sens de  Très Grands Vins – dont le but était de faire une offre personnelle (et pas du tout publique) au Club Privilège pour un petit nombre de bouteilles du château cru classé de Pauillac Ch. Pontet Canet 2006.

Voici que je reçois une lettre recommandée avec AR, signée d’une Madame Eve Monot, Directrice Juridique de la SNCF (mazette !) – une dame que je ne connais pas et qui ne fait pas partie du Club Privilège: cette lettre fort circonstanciée nous menace pas moins que de procès avec dommages et intérêts si  le Club utilise encore la marque TGV dans ses courriels…

Je peux comprendre qu’une marque déposée ait besoin de défendre son acronyme contre les malfaçons…..J’ai du mal à imaginer que  le Club Privilège puisse représenter un quelconque risque pour la SNCF!

Mais d’abord j’ignore comment cette dame a pu recevoir un courrier privé qui ne lui était pas destiné, le lire (ce qui n’est pas, entre nous, d’une grande correction ni d’ailleurs d’un parfaite courtoisie) et y répondre d’une manière aussi officiellement agressive. 

Je suis surpris que la formidable organisation SNCF, avec ses milliers de personnels, ait pu, par l’intermédiaire de son service juridique, dépenser du temps- et de l’argent- pour proférer des menaces sévères  à un petit club strictement privé de quelques centaines  de personnes, qui vend du vin… et pas des voyages en trains…C’est en quelque sorte utiliser un bulldozer pour déblayer un mini tricycle ! 

Ne croyez pas, Madame Monot, (qui allez, peut-être, recevoir ce courrier – par le même biais que celui qui vous a permis d’avoir connaissance du mail sur Pontet Canet), que le « David » Sovinat va prendre le risque de défier le « Goliath » SNCF !  Nous oublions tout à fait, dès ce jour, et définitivement l’existence de l’acronyme TGV que nous n’utiliserons plus jamais, vous le pensez bien,  même pour proposer nos Très Grands Vins, afin que cela ne prête plus à confusion dans l’esprit des consommateurs Français, avec les TGV,  comme vous le signifiez dans votre courrier R.A.R !

Par ailleurs, puis-je profiter de l’occasion pour vous présenter une requête, Madame, si vous avez une quelconque influence sur l’organisme dont vous êtes la Directrice Juridique:  ne pourriez vous pas, s’il vous plaît, utiliser votre dynamisme pour quelque chose de bien plus utile que vos courriers recommandés,  comme par exemple transmettre à qui de droit, chez vous, cette demande :  nous autres, utilisateurs réguliers des TGV (je veux dire par là non pas seulement les très grands vins, mais en l’occurrence les  Trains à Grande Vitesse) nous serions heureux  que l’on consacre, à la SNCF,  un peu de temps et d’argent à les faire arriver simplement à l’heure. »

Michel Smith (…avec l’appui non sollicité de Jean-Christophe Estève)

 

 

 

 

 

Gérard Gauby et ses Vieilles Vignes !


9 Commentaires

Et si le vin est bon… le vigneron l’est aussi

J’avais prévu un bon kilomètre de prétentieuses réflexions et dégustations sur le grand Riesling. Les circonstances de la vie me font remettre cette chose à plus tard. En échange de votre patience – à moins qu’il n’y ait une sorte de « ouf ! » de soulagement de votre part -, je vais vous servir en titre une lapalissade.P9120025.JPG

En effet, je vais évoquer un problème maintes fois abordé (trop à mon goût) sur les réseaux sociaux. Sur Facebook comme ailleurs, il est de bon ton de déblatérer sur les méthodes culturales des vignerons. Parfois, cela ressemble même à un combat de coqs. En voilà un qui y va de son commentaire forcément pertinent sur tel ou tel maléfique produit de synthèse, tandis que d’autres batifolent sur les avantages et les inconvénients du soufre en poudre ou du cuivre qu’il serait logique d’appliquer avec une extrême modération. Quand ce ne sont pas des conseils distillés plus ou moins amicalement, on diabolise tel vigneron parce qu’une photo montre un sol dénudé ou, à l’inverse, un travail de labours trop prononcé. Un tracteur sur sa parcelle et c’est une cata écolo, une jument et sa charrue  devient nettement plus politiquement correcte.

WP_20160122_009

Sans compter bien entendu sur les éventuelles remarques désobligeantes concernant l’élevage, le vigneron est ainsi rhabillé pour toujours, accusé de telle ou telle déviance, voire de négligence. Il est constamment surveillé par les chiens de garde, exposé à la vindicte des pseudo critiques ou livré à la prétendue expertise de consommateurs débutants à peine capables de surveiller leur orthographe. Il se trouve que je commence à en avoir ras la casquette de ce flot de platitudes, de redites, de leçons passéistes ou de conseils péremptoires. Et si j’en ai l’occasion – ou le temps -, je ne me gène pas pour le dire.

P8200023.JPG

Depuis longtemps, j’ai un principe bien chevillé en moi, celui du respect. Tout vin qui à répétition se révèle être bon, voire excellent, quelque soit son millésime, ne peut être que l’œuvre d’un vigneron exemplaire. Qu’est-ce qu’un vigneron exemplaire, me direz-vous ? Pour moi, c’est un gars ou une fille qui cherche à comprendre mais qui en apprend chaque année sur le mystère du vin. Un gars ou une fille qui respecte sa terre et qui vit presque en osmose avec elle, qui fait corps avec ses parcelles, qui s’y promène régulièrement. C’est aussi un gars ou une fille qui doute mais qui n’a pas peur de travailler et qui sait ce qu’il y a à faire sur un domaine pour obtenir le meilleur des vins.

P9120029.JPG

Bien sûr qu’il y a des chances pour que je me pose des questions sur sa façon de traiter son vignoble, sa philosophie de travail. Évidemment que sa vision du pressurage, que sa conduite des vinifications et de l’élevage sont des éléments qui m’intéressent. Mais là n’est pas le principal dans un vin. On doit avant toute chose se poser la simple question de savoir si le vin que l’on goûte est bon ou pas. Évidemment que c’est son goût à soi et non celui de son voisin ou des propagateurs de ragots qui va déterminer la qualité du vin. Si le vin est bon, c’est que le vigneron est bon et que ce dernier a compris l’essentiel du rapport intime qu’il y a entre lui, l’homme, son environnement, sa terre, son cépage, son climat. Peu importe ce qu’il y a dans l’assiette : si c’est bon, c’est bon et je le mange. Avec le verre de vin c’est un peu pareil, non ?

Gérard Gauby et ses Vieilles Vignes !

Alors vous comprenez que les censeurs, les experts, les doctes commentateurs, les critiques patentés et les messieurs je-sais-tout-car-j’ai-tout-vu-et-compris, ces gens-là, je les renvois volontiers à leur chères études. Suffit de trouver que le vin est bon (ou mauvais), et c’est bien là l’essentiel !

Michel Smith

©Photos MichelSmith

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 15 693 autres abonnés