Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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L’histoire bruxelloise du jour

Le gouvernement bruxellois vient d’approuver, en première lecture, un avant-projet d’ordonnance qui vise à interdire le gavage des animaux, a annoncé hier la Secrétaire d’Etat à la Région Bruxelloise en charge du Bien-Être des Animaux (oui, ça existe). Selon Bianca Debaets (c’est son nom), « On impose des quantités de nourriture telles que cela perturbe fortement leur système respiratoire et qu’un stress énorme est généré. Le foie des animaux engraissés peut atteindre un poids supérieur à un kilo pour à peine 100 grammes en temps normal. Nous devons interdire ces méthodes insupportables, même au détriment d’intérêts économiques ou d’habitudes de consommation que certains mettent régulièrement en avant ».

Seul hic: il n’y a aucun producteur sur le territoire régional (où les fermes sont rares). Peut-être le gouvernement bruxellois s’en avisera-t-il en deuxième lecture de l’avant-projet?

Vu la portée symbolique d’un tel texte, qu’il soit voté ou non, je ne devrais même pas  protester. Sauf qu’il me semble de mon devoir de citoyen (et de carnivore assumé), que d’invoquer à nouveau l’hypocrisie du concept de « bien-être animal » quand il est appliqué à des animaux qu’on élève pour être mangés. « Je vais te couper la gorge, mon canard; mais je ne t’ai jamais stressé« . A moins que Mme Debaets n’y voie un premier pas vers l’interdiction totale de la viande… Amaï-amaï!

Quoi qu’il en soit de cette bonne blague bruxelloise, je continuerai donc à acheter du foie gras alsacien ou gascon – je connais en Lomagne des éleveurs particulièrement scrupuleux.

detourePhoto (c) Foie Gras du Sud-Ouest (miam!) 

Sur ce, je m’envole pour Montefalco (Ombrie), d’où j’espère vous revenir avec de jolis commentaires de vins – c’est la région du Sagrantino, le cépage sacré… Et qui sait, goûter un peu de foie gras si cette liberté-là n’a pas encore été remise en cause en Italie.

Hervé


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Est-ce ainsi que les ceps vivent?

Depuis deux ans, des viticulteurs de Cognac achètent des vignes dans le Muscadet; non pour les exploiter, juste pour les arracher, afin de pouvoir replanter des surfaces équivalentes à Cognac.

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Un cep, c’est pour faire du vin, pas pour ouvrir un droit de replantation! (Photo (c) H. Lalau)

 

La chose est légale – il faut seulement avoir fait une récolte avant d’arracher. Et potentiellement rentable, puisque le prix des vignes est très bas en Muscadet, comme dans tous les vignobles en crise.

Mais n’y a-t-il pas là comme un détournement de la réglementation? Sans compter que les Cognaçais ne font pas dans la dentelle: certains brûlent les ceps arrachés à l’huile de vidange.

A quoi riment toutes ces règles biscornues – qu’elles soient françaises ou européennes; qui servent-elles, qui protègent-elles?  Et quid de la fameuse libéralisation des plantations?

Heureux les consommateurs qui consomment sans savoir tout ce qui se trame derrière le noble breuvage de Bacchus!

Hervé Lalau

 


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A first look at 2016 Loires + some ‘alternative facts’

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François Lieubeau of Famille Lieubeau in Muscadet Sèvre-et-Maine
producers of some very fine Muscadets

The annual Charles Sydney tasting in London last Thursday was my first opportunity to have a look at some of the Loire 2016s. Yes I tasted some 2016 juice and partially fermented wines back in late September/October of 2016 but nothing since.

The vast majority of the 2016s on show were white with a few rosés – almost no reds. Given that 2016 was a late vintage in today’s terms with much of the picking done during October it is hardly a surprise that there were few reds to try. A late vintage also means that the development overall of the 2016s is well behind that of say earlier vintages such as 2009 and 2011.

My impression remains that 2016 lies between 2015 and 2014 – not as round, opulent and crowd pleasing as 2015 but equally less marked by the attractive but noticeable acidity  of 2014. Despite the series of plagues – frost, mildew and sunburn –  nature sent in 2016 to flay producers in Northern France, there are good wines here. Unfortunately in some appellations quantities are very limited many due the frosts at the end of April 2016.

Although I was surprised that a number were quite lean and austere at this stage. However, I suspect that in a few months many of these will have put on more flesh.

It is really too early in the development of these wines to pick out favourites. The next opportunity to taste plenty of Loire 2016s will be in Marseille at Millésime Bio and BioTop at the beginning of next week. Rapidly followed by the Renaissance tasting (4th-5th Feb) and the Salon des Vins de Loire in Angers. After that there is the first edition of Vinovision in Paris, which may well be a Salon too far for me. We’ll see…..

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A few ‘alternative facts‘ regarding Les 5 du Vin

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Les 5 du Vin are thrilled and excited to learn that our daily audience is now truly global. Even on a quiet day we have an audience in excess of 367 million. It is equally pleasing to know that both Chancellor Angela Merkel and President François Hollande insist on reading the latest post on Les 5 du Vin first thing in the morning before turning to their official papers.

Although we have no independent evidence to support these remarkable figures, we are delighted and greatly reassured that the White House in Washington has declared that the above are 22-carat alternative facts.

Jim Budd


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Bordeaux, pfff…

Le journal Sud-Ouest l’a baptisé d’un nom bien franglais: le « Serial Creveur de pneus ». Celui-ci sévit en Gironde depuis deux ans, et tout particulièrement à Talence, ces derniers temps. On ne compte plus les voitures qu’il a vandalisées. Pour rappel, Talence, c’est ce quartier de Bordeaux qui abrite le Château Haut-Brion.

pneu

Ne vous méprenez pas : je ne crois pas un seul instant que Robert de Luxembourg puisse se livrer à de telles incivilités (oui, c’est le jargon moderne pour ce genre de déprédations – à défaut d’apaiser les victimes, un bon euphémisme permet aux autres de moins s’inquiéter). Mais mon esprit taquin a échafaudé un autre rapprochement.

Bien que je réprouve tout délit et tout dommage fait aux personnes ou aux biens, je me demande si le temps n’est pas venu de dégonfler… les tarifs de certains Bordeaux.

Comme bien souvent, en la matière, l’arbre cache la forêt: des milliers de domaines du Bordelais vivotent en pratiquant des prix très bas, dont une bonne part, en proposant une qualité tout à fait honnête, voire inespérée compte tenu de leur faible capacité d’investissement ; tandis qu’une trentaine de crus surmédiatisés, en vertu d’un classement datant du temps de la marine à voile, pratiquent des tarifs exorbitants. Au point que j’ai beaucoup de mal à estimer leur rapport qualité prix : un vin de 100 euros est-il deux fois meilleur qu’un vin à 50 ? Et 20 fois moins qu’une bouteille à 2.000 euros?

Mais il me faut être plus précis.

La preuve par Wine Searcher

Sur Wine-Searcher, ces jours-ci, le prix moyen hors taxes d’une bouteille du Château Haut-Brion – restons à Talence – est de 532 euros la bouteille (tous millésimes confondus) ; ceci, pour un «ranking» de 95/100 et un «rating» de 4 étoiles sur 5. La première note est donnée par tout un aréopage des critiques professionnels internationaux, parmi lesquels on trouve Jancis Robinson, James Suckling, la RVF, le Wine Enthusiast, le Wine Spectator et Robert Parker (rassurez-vous, je n’y suis pas); la seconde est donnée par les utilisateurs du site; en l’occurrence, pour Haut-Brion, 557 commentateurs.

Bien que subjectifs, ces indicateurs ont l’avantage d’être basés sur un assez grand nombre de commentaires, et sur plusieurs millésimes.

Quant au prix, il s’agit aussi d’une moyenne sur l’ensemble des pays couverts par Wine-searcher ; il n’est donc pas dit qu’on ne puisse pas trouver moins cher ici ou là… ou plus cher.

Wine-Searcher donne la même note critique (95/100) et la même évaluation des utilisateurs (4/5, pour 461 notes) à Petrus. Mais le prix moyen annoncé, lui, est de… 2.450 euros.

petrus

Moralité : les deux vins sont jugés comme excellents; ils sont tous deux très chers, certes, mais il y a une échelle dans la cherté: Petrus présente un rapport-qualité prix 5 fois inférieur à Haut-Brion. Si vous en avez ouvert une bouteille pour ce midi, vous pouvez toujours vous consoler en pensant que Le Pin (2.352 euros), n’obtient que 94/100.

J’ai voulu comparer les prix d’autres vins présentant la même notre critique de 95, et au minimum la même évaluation des utilisateurs.

Toujours à Bordeaux, j’ai ainsi trouvé Château Ausone, au prix moyen de 681 euros (toujours hors taxes), ou encore Latour, à 731. Mouton-Rothschild, lui, est à 568 euros.

Mais j’ai surtout trouvé, hors de Bordeaux, le Côte Rôtie La Turque de Guigal, à 358 euros (avec une évaluation des utilisateurs de 4,5/5), Egalement dans le Rhône Septentrional, il y a la Cuvée L’Ermite, l’Ermitage de Chapoutier, à 233 euros (évaluation des utilisateurs: 4,5/5). Encore plus fort, La Réserve des Deux Frères, l’excellent Châteauneuf-du-Pape de Raymond Usseglio (4,5/5 également), est à seulement 151 euros

usseglio

Pour sortir de France, notons que le fameux Unico de Vega Sicilia (95/100 du côté des critiques, 4,5/5 du côté des utilisateurs) affiche un prix moyen de 322 euros. Le Grange de Penfold’s (95/100, 4/5), lui,  est coté 495 euros.

Rares sont les rouges étrangers qui parviennent à dépasser les tarifs moyens des crus de Bordeaux en prix : j’ai noté l’Espagnol Pingus (95/100, 4/5), à 756 euros ; ou encore la cuvée Nacional de la Quinta do Noval (95/100, 1.000 euros). Mais il s’agit de petites productions, la rareté peut jouer (même si elle n’explique pas tout).

Et du côté des blancs liquoreux?

Le Château d’Yquem obtient une note de 96/100, une évaluation des utilisateurs de 3,5/5, pour un prix de 435 euros.

Le Riesling SGN de Hugel obtient la même note de 96/100, une évaluation des utilisateurs de 4,5/100, pour un prix de 118 euros.

Côté étranger, je n’ai guère trouvé que le Hongrois Oremus (95/100, 4,5/5), pour atteindre des niveaux de prix comparables aux GCC (426 euros), et encore s’agit-il de la qualité eszencia, très rare (et qui se mange autant qu’elle se boit, à ce degré de concentration!).

Bien sûr, il y a un biais dans cette comparaison; les domaines qui vendent le plus de vieux millésimes, cotés encore plus chers, sont défavorisés. Or les GCC sont les vins dont on trouve le plus de vieux millésimes à la vente.

J’ai donc établi un autre classement, dans lequel seul le prix le plus bas (quel que soit le millésime, primeurs exclus) entre en ligne de compte. Pour quelques uns des vins déjà cités (cotés au minimum 95/100 et 4/5, donc). Voici le résultat:

Usseglio Les Deux Frères: 81 euros (millésime 2015)

Hugel Riesling SGN: 122 euros (millésime 1995)

Chapoutier Ermitage L’Ermite: 169 euros (millésime 2006)

Guigal La Turque: 204 euros  (Millésime 2012)

Haut-Brion: 211 euros (millésime 2013)

Yquem: 266 euros (Millésime 2013)

Mouton-Rothschild: 286 euros (millésime 2013)

Ausone: 320 euros (millésime 2013)

Penfolds Grange Bin 95: 329 euros (millésime 2009)

Petrus: 1.449 euros (millésime 2013)

Du moment que les vins trouvent preneurs…

Ma conclusion : que l’on prenne en compte les millésimes les moins chers, ou bien la moyenne de tous les millésimes à la vente, les plus grands crus classés de Bordeaux sont presque systématiquement plus chers que les vins de qualité et de standing comparable. Même au plus haut niveau de qualité, telle qu’on peut l’appréhender au travers des commentaires des experts comme des oenophiles.

Ce n’est pas faire du Bordeaux-bashing que de le dire. C’est juste un constat.

On m’objectera que les riches Bordelais n’ont aucune raison de brader des vins qui trouvent preneur, même à des prix indécents. Ou que c’est pareil en Bourgogne.

Et on aura raison. Mais si la vocation d’un journaliste est d’informer le public, et celle d’un critique de le guider dans ses achats, alors je trouve qu’il est de mon devoir de faire remarquer qu’il y a de meilleurs rapports qualité-prix ailleurs. A Bordeaux même, dans des crus moins prestigieux, beaucoup moins onéreux mais pas forcément moins qualitatifs ; et dans d’autres régions de la planète vin.

Les notes des vins très chers sont-elles forcées?

Une remarque en passant : il est très difficile, à Bordeaux, de trouver un vin à plus de 94/100 dont le prix n’excède pas les 200 euros.

Faisant moi-même partie de la tribu des critiques professionnels, j’ai du mal à me l’expliquer. Ma pratique de la dégustation m’a amené à Bordeaux à maintes reprises, notamment à Saint Emilion. J’y ai dégusté quelques vins qui m’ont semblé meilleurs que certains dont j’ai cité les notes ici, et qui sont proposés pour beaucoup moins cher. Je pense à Guadet, par exemple. À Castelot. A Fonroque.

A contrario, j’ai été parfois déçu par certains grands crus classés (je pense à Mouton ou Yquem) lorsque l’occasion – plutôt rare – m’a été donnée d’en déguster.

Est-ce à dire que pour certains de mes confrères, seul un certain niveau de prix justifie que l’on saute la barrière des 94? Ou à l’inverse, qu’il est de mauvais goût de ne pas donner 95 à un vin de plus de 200 euros ?

Si c’est le cas, il nous faudrait intégrer cette variable dans le calcul: combien de points doit-on donner en plus par tranche de 50 euros, par exemple ?

Et sur quels paramètres du goût un prix plus élevé peut-il bien jouer? La concentration? La complexité? L’amertume du ridicule?

Pour que l’exercice soit probant, il faudrait bien sûr exclure de l’échantillon tous les buveurs d’étiquettes. J’en connais en effet qui sont capables de changer leurs notes si par malheur, lors d’une dégustation à l’aveugle, ils ne donnent pas une note maximale aux vins les plus cotés.

Le grand avantage d’un blog comme celui-ci, c’est de ne pas avoir de compte à rendre à un quelconque éditeur, à un quelconque chef de pub, et donc, de ne pas devoir arrondir trop d’angles. De pouvoir dégonfler quelques baudruches, à l’occasion. Pfff…

Hervé Lalau Young, confident woman, changing a flat tire on her car on a rural road with a wind mill in the backgrounc


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Un peu d’histoire biblique

« Or il y avait là six jarres de pierre, pour les purifications des Juifs, contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus dit aux serviteurs : « Remplissez d’eau ces jarres ». Ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Puisez maintenant et portez-en au maître d’hôtel ». Ils lui en portèrent. Quand le maître d’hôtel eut goûté l’eau devenue du vin – il en ignorait la provenance, mais les serveurs la savaient, eux qui avait puisé l’eau – il appelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, alors le moins bon ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent ».
« Tel fut le commencement des signes de Jésus ; c’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui ». (Évangile selon Jean, 2,1-11)3.

Heureusement, tout cela n’est plus possible aujourd’hui. La Répression des Fraudes veille.

Hervé

 


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Biodynamic bullshit : another one bites the dust

Mon titre est en anglais et fait référence à une chanson rock du groupe Queen (qui n’est pas parmi mes groupes préférés, mais voici la video quand même); mais je pense que tout le monde aura compris : une des théories issues de la croyance biodynamisante vient d’être démontée par une très sérieuse étude publiée par une équipe néo-zélandaise.

De quelle théorie s’agit-il ? Celle qui voudrait que les phases du calendrier inventé par Maria Thun, disciple de l’affreux Steiner (je dis affreux pour son racisme avéré, notamment), et qui se traduisent dans des termes qui font allusion à de la matière végétale (jours racine, jour fruit, etc.), aient une influence sur la manière dont on peut apprécier un vin.

On ne parle pas ici de l’éventuelle influence de ce calendrier sur la plante elle-même, car cette étude s’est confinée à l’aspect gustatif du vin fini, avec un protocole très complet que je vais décrire plus tard. La croyance qui vient donc d’être totalement démontée est celle d’une influence supposée de ce calendrier sur la dégustation d’un vin, en fonction de jours spécifiques. Car j’ai entendu dire, par quelques adeptes de ce dogme ésotérique, que le fait que leur vin ne se goûtait pas bien tel jour était causé par le fait que le jour en question se trouvait dans la phase « racine » ou « feuille » du calendrier, alors qu’il valait mieux attendre un jour « fruit » ou « fleur » pour bien l’apprécier. Et moi qui pensais juste que le vin était terne ou bourré de bretts ou bien d’autres choses encore !

biodynamic-calendar

Voilà un schéma de ce calendrier pour le mois présent. On peut même acheter un petit livre ou une application qui propagent cette croyance débile (When Wine Tastes Best). Selon ce schéma, on ne devrait même pas déguster un vin la moitié du temps ! Heureusement que Steiner était anti-alcool ! Vous me direz peut-être que personne ne tient compte de telles fadaises ? Et bien détrompez vous, car plusieurs enseignes de la GD en Grande-Bretagne le font lorsqu’ils programment leurs journées de presse!

Au vu des résultats de l’étude qui suit, il est à espérer qu’ils ne continuent pas dans cette voie.

Wendy Parr et Dominique Valentin, assistés par Phil Reedman MW, Claire Grose et James A. Green ont recruté 19 professionnels du vin en Nouvelle-Zélande pour déguster, à l’aveugle, 12 vins issus du cépage Pinot Noir à des moments qu’ils (les chercheurs) ont déterminé en fonction du calendrier de Mme Thun.  Les vins étaient issus de différentes approches agricoles: conventionnelle, biologique et biodynamique, mais tous fermés avec des capsules à vis pour éviter des variations dues au liège. Chaque participant a donc dégusté et commenté les mêmes vins 4 fois, 2 fois dans un jour supposé favorable (Jour Fruit) et 2 fois dans un jour supposé défavorable (Jour Racine). Les organisateurs ont fourni une liste de 20 descripteurs, choisis pour couvrir les champs des arômes, des saveurs et des textures aussi bien sur les plans quantitatifs que qualitatifs, en prenant en compte structure, qualité perçue et préférence personnelle. Bien entendu, le but de l’expérience n’était pas connu par les dégustateurs. Après la phase de l’expérience concernée par la dégustation, un questionnaire fut complété par chaque participant afin de déterminer leur niveau de connaissance de la théorie biodynamique de la dégustation de vin. La majorité l’ignorait et les autres ne savaient pas la signification thunienne des jours des séances de dégustation.

Les résultats ont démontré que, bien que les vins aient été jugés d’une manière un peu différente à chaque occasion, ces différences ne correspondaient pas du tout aux présupposés établis par le calendrier biodynamique. Les vins avaient chacun leurs qualités et leurs défauts, comme toujours dans des séries, mais le jour de la dégustation n’avait aucune influence sur ces impressions. Il est donc plus que probable que des anecdotes qui soutiennent cette théorie d’une influence du jour du calendrier sur sa perception soient dues à un effet d’induction: on veut y croire, donc on y croit, un peu comme avec le « goût du schiste » ou le « goût du granit ». Nous savons bien, après l’expérience menée par Frédéric Brochet et d’autres, qu’il suffit de colorer un vin blanc en rouge par des anthocyanes (sans odeur ni saveur) pour voir les descripteurs utilisés par les participants se modifier radicalement. Nous sommes ainsi faits: influencés par tout ce qui nous entoure.

Mais il est peu probable, comme le conclut notre confrère Jamie Goode, que cela fasse abandonner le calendrier biodynamique par ses adeptes; comme l’écrit Jamie, « Quand nous modifions nos croyances, c’est rarement sur la base des faits qui les contredisent ».

Et si vous voulez vous rassurer sur le sérieux de cette étude, voici un lien vers sa version publiée : ICI

 

 

David Cobbold


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Des bulles en Méditerrannée

C’est officiel: le Conseil d’Etat français vient de rejeter le recours des Crémants de France contre la production de vins mousseux dans l’IGP Méditerranée. Dans le même temps, cependant, il a refusé ce droit à l’IGP Oc. 

Il paraît que cette décision se base sur l’antériorité de la production de bulles dans la zone; vu l’étendue et le côté disparate de l’IGP Méditerranée, qui s’étend de la Corse au Département du Rhône, je me demande bien en quoi la demande est plus légitime à l’Est qu’à l’Ouest du Rhône… Et en quoi le consommateur (à qui, en définitive, sont destinées ces dénominations) sera-t-il mieux protégé.

Lyon, sa sécheresse, son ensoleillement, son vent marin..

Je ne résiste pas au plaisir de publier ici l’article du cahier des charges de l’IGP intitulé: « 7.1 – Spécificité de la zone géographique »

« La zone géographique de l’indication géographique protégée «Méditerranée» recouvre le quart sud-est de la France. Ce territoire est constitué de reliefs variés, encadrés par des sommets élevés tant sur le continent que sur la Corse. Vallées, plateaux et coteaux se côtoient dans une ambiance toujours méditerranéenne. L’architecture, les paysages, la culture, les usages, témoignent de cette histoire commune.climats

Cherchez l’erreur: le climat méditerranéen ne monte pas jusqu’à Lyon… mais s’étend bien au Languedoc

La mer Méditerranée est à l’origine de cette histoire, que ce soit au plan géologique (différentes incursions de la mer sur le continent actuel), au plan historique et culturel (influence des Grecs puis des Romains et des Génois en Corse), et surtout au niveau climatique. La culture méditerranéenne se traduit aujourd’hui dans des modes de vie (alimentation, région de l’huile d’olive) et dans des paysages marqués par une végétation résistante à la sécheresse et des reliefs toujours présents encadrant les vallées où l’agriculture a pu se développer en optimisant les faibles ressources en eau. Au sein de cette zone géographique, le vignoble est installé sous l’influence climatique méditerranéenne, sur des zones soumises à des précipitations irrégulièrement réparties au cours des saisons (concentration en période hivernale, et épisodes orageux parfois très violent aux périodes d’équinoxe et d’intersaison). Ceci entraîne une alternance de périodes de sécheresse plus ou moins longues et de séquences humides. Le climat méditerranéen comprend un régime de vents spécifiques marqué par le « marin », vent de secteur sud chargé d’humidité qui souffle sur le golfe du Lion et la Provence en modérant les excès de température et par le Mistral, vent sec parfois très violent, qui ventile l’axe Rhodanien du Nord vers le Sud en contribuant au maintien d’un bon état sanitaire du vignoble. Sur l’ensemble de la zone, l’ensoleillement et les températures sont exceptionnellement élevés ».

Parler d’ensoleillement et de températures élevés, de végétation résistance à la sécheresse, de vent marin, d’histoire commune et d’huile d’olive, à propos des producteurs situés dans les départements du Rhône, de la Loire et de l’Isère ou même, en ce qui concerne la « zone de proximité immédiate », dans l’Ain, la Savoie ou la Haute-Loire, voila qui ne manque pas de sel!

A ce compte-là, le vignoble (belge) des Agaises (entre Binche et Maubeuge) a toute sa place dans l’appellation Champagne!

J’en sourirais si cela ne me faisait pas sortir de mes gonds, scrogneugneu.

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Et si chacun s’occupait de de sa chapelle?

Pour moi, primo, l’IGP Méditerranée n’aurait jamais dû être acceptée sous ce nom (quid de la Méditerranée italienne, espagnole, marocaine, algérienne, tunisienne, turque, chypriote, croate, slovène, bosniaque, albanaise, grecque, maltaise, libanaise, syrienne, israélienne, égyptienne et libyenne?), ni avec un territoire si hétérogène. Je ne comprends même pas que l’Union européenne ait pu entériner un tel choix de nom, ni une telle étendue. Peut-être faudrait-il que M. Juncker et son équipe engagent de nouveaux géographes, climatologues ou géologues… Ou bien qu’ils changent de lunettes.

Secundo, toutes les IGP devraient avoir le droit de produire des vins mousseux. Comment peut-on refuser au Pays d’Oc de produire des bulles sous prétexte d’un manque d’antériorité, quand son territoire englobe celui de Limoux (AOC pour la Blanquette depuis 1938)?  D’ailleurs, certains élaborateurs de Limoux produisent déjà d’excellents mousseux hors appellation – je pense au Piquepoul Frisant de la maison Mas, notamment.

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Et puisqu’on parle d’antériorité: faut-il exclure le Chardonnay de la liste des cépages du Crémant de Limoux, au prétexte qu’il s’agit d’un cépage bourguignon dont l’arrivée dans la zone ne date que des années 1970? On le voit, la tradition est un concept à géométrie très variable!

Tertio, chacun devrait se mêler de ses propres affaires: libre aux Crémants de réglementer leur production, de se fixer des contraintes, mais qu’ils laissent les IGP, censées offrir plus de liberté aux producteurs, exercer cette liberté! 

Le Conseil d’Etat doit-il devenir le Conseil du Protectionnisme d’Etat? En quoi une AOP est-elle fondée à s’opposer aux règles du cahier des charges d’une IGP? C’est un peu comme si votre voisin allait en justice pour vous interdire de rouler avec une voiture de telle couleur, de telle marque ou de telle cylindrée. 

Festung Appellation

Et quid des offres concurrentes, qui se moquent bien du Conseil d’Etat français? Je pense au Cava, au Prosecco, mais aussi aux jolies bulles chiliennes de Torres, aux sparklings de Gallo ou de Jacob’s Creek, au spumante de Martini. En Belgique, on les voit de plus en plus. Alors que l’offre de Crémants s’est plutôt contractée, ces dernières années. J’ai vérifié au Carrefour Market de Waterloo, cette semaine: pour 6 Proseccos et deux Asti, je n’ai vu qu’un Saumur, un Crémant de Loire, deux Crémants d’Alsace et un Crémant de Bourgogne.

Pour lutter contre cette déferlante, la production de mousseux IGP pourrait être une arme précieuse. Elle permettrait de développer une offre plus large, à des coûts inférieurs, avec un plus grand choix de cépages; elle permettrait aussi aux élaborateurs d’assembler des jus issus d’une zone plus large; et donc, au final, de disposer d’une plus grande réactivité face aux demandes des marchés, tout en gardant une accroche géographique.

Sauf que les ODG des bulles d’appellation, en forteresses assiégées, ont le pied sur le frein. On croirait que la peur de voir des volumes de raisins – et des cotisations – leur échapper est plus importante à leurs yeux que d’assister, quasiment impuissants, à l’effritement de leurs parts de marché. J’aimerais bien savoir combien de Belges, de Danois, d’Anglais ou de Canadiens, par exemple, citent spontanément le Crémant de Die, ou de Limoux, ou de Bourgogne, dans la liste des fines bulles? Combien en achètent régulièrement? Combien leur attribuent une qualité substantiellement supérieure à un Cava, à un Prosecco ou même, à un sparkling chilien ou australien sans AOP?

Et nous, professionnels de la profession, journalistes spécialisés, devrions continuer à raisonner uniquement en termes d’appellations!? A relayer sans broncher des décisions marquées par un colbertisme quasi-maladif. Laissez-moi rire! Et boire l’excellent brut de sauvignon du Domaine Lalaurie (potentiellement, IGP Oc). Ben oui, il faut bien que Lalau rie, de temps en temps…

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