Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Souverains poncifs 

C’est fou le nombre de bêtises qui circulent dans le domaine du vin, transmises de génération en génération, de sommelier en sommelier, de critique en critique, de buveur en buveur. Légendes urbaines, on-dits, souverains poncifs, ou simples conneries, parfois teintées de snobisme. Et l’âge ne fait rien à l’affaire. Une vieille bêtise reste une bêtise. En voici quelques unes, avec, quand c’est possible, le contre-exemple, en guise d’antidote…

 

Le Champagne fait moins mal à la tête que les autres bulles

Contre-exemples: innombrables (de migraines, aussi bien du côté du Champagne que des autres bulles); et pourtant, c’est vrai, on lit toujours ce genre d’affirmations mal étayées sur des sites de référence et même dans des sondages, preuve que la Champagne entretient bien son image de produit de luxe… et peut, parfois, faire preuve de mauvaise foi (l’histamine a bon  dos, pourquoi les Chardonnay-Pinot de Loire, du Jura ou de Bourgogne en auraient-ils moins que ceux de Champagne?).

Les blancs du Sud sont lourds

Les vins d’Espagne sont alcooleux

Contre-exemples: les vins de Galice (et bien d’autres).

Le Porto est un vin d’apéritif

Contre-exemple: le mode de consommation anglais du Porto, qu’on qualifiera de diversifié – cela va du foie gras au fromage, en passant par le chocolat, sans oublier le cigare. Dans sa nouvelle « The Choice of Amyntas », Somerset Maugham a d’ailleurs écrit de fort belles choses sur la façon de boire entre un et quatre verres de Porto, selon l’effet recherché, et en dehors des repas.

Le Málaga est un vin cuit

Contre exemple: tous les Málagas; Certains contiennent une réduction de vin, l’arrope, mais pas tous; et c’est loin d’être l’élément principal des vins.

Le Madère, c’est pour la cuisine

Contre-exemples: la plupart des Madères qui ne sont pas présentés dans des petites bouteilles moches en grande distribution.

Le rosé, ça se boit dans l’année

Contre-exemple: tout ce qui ne ressemble pas à du blanc taché, au goût de bonbon, de vernis ou de pamplemousse (et que vous aurez la patience d’attendre). Lancez notre ami Marc sur ce thème, il est intarissable. Et à propos de tari, voyez Guillaume, au Domaine de la Bégude.

Les vins allemands sont sucrés

Contre-exemples: innombrables. Mais quel est le pourcentage de Français qui dégustent régulièrement des vins allemands depuis la dernière mise à sac du Palatinat?

Le Prosecco, c’est pour faire un Spritz

Contre-exemple: voir ICI

Le vin Nature rend moins saoul

Contre-exemple: aucun – j’aurais trop peur de choquer les vrais croyants!

La Clairette de Die est issue principalement du cépage Clairette

Et bien non, même que la Clairette ne peut dépasser 25% des cuvées – c’est là un des grands mystères des AOC françaises; apparemment, cela ne choque personne, et pourtant, cela revient à vendre autre chose que ce qu’il y a sur l’étiquette. On se croirait dans la politique.

Les rosés de Loire sont sucrés

Contre-exemple: l’AOC Rosé de Loire, justement. Contrairement au Rosé d’Anjou ou au Cabernet d’Anjou, c’est un vin sec. Vous avez dit « confusing »?`

La capsule à vis, c’est bon pour les petits vins à boire jeunes, au pique-nique 

Erreur funeste! Plus vous payez cher un vin, plus vous avez envie de le garder, et moins vous avez envie de le voir se gâter du fait d’un mauvais bouchon. Et je ne parle pas seulement du goût de bouchon, mais du syndrome du vin fatigué, dont on ne sait plus trop si c’est l’obturation ou le vin qui en est responsable. Rien de plus désagréable que de se demander si c’est le vigneron qui est en faute, ou le bouchonnier… Faites « pop » avec la bouche, si le bruit du bouchon vous manque à ce point!

Les fromages s’accompagnent de préférence de vin rouge

Contre-exemples: la majorité des pâtes dures, type Comté, Gruyère, Appenzell, qui supportent mal les tannins. Mais il y a tellement de sortes de fromages, et tellement de sortes de rouges, plus ou moins tanniques, qu’on ne peut pas généraliser.
D’ailleurs, que ce soit dans le domaine du vin, de l’art, de la science… ou de la politique, la généralisation abusive n’est-elle pas la plus belle définition de la connerie?
J’arrêterai là pour cette fois. Si vous voulez une suite, vous pouvez me fournir d’autres exemples, je me ferai un plaisir de dégonfler d’autres baudruches…

Hervé


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Où Lalau évoque Maître Lao

Ils sont nombreux, ces temps-ci, les vignerons qui se déclarent «non-interventionnistes». Mais qu’est que ce ça veut dire, au juste ?

A priori, l’idée est séduisante. On se dit que s’il intervient moins, le vigneron est sans doute plus respectueux de son terroir et de la nature. Il s’agit quand même d’une grande évolution par rapport aux dernières décennies. Non seulement par rapport à la viticulture chimique, mais aussi par rapport à la viticulture dite «moderne», Peynaud, l’Ecole de Bordeaux, l’œnologie qui répare ou qui soigne.

Quand la vigne redevient sauvage (Photo (c) H. Lalau)

Tout et rien

Au tournant du  millénaire, déjà, certains vignerons s’en éloignaient ostensiblement ; conventionnels, bio ou biodynamiques, ces amoureux des terroirs nous disaient fièrement que «tout se fait à la vigne» (à commencer par de bons raisins). Aujourd’hui, ça va beaucoup plus loin: à les en croire, rien ne se fait à la cave.

Pas de levurage, pas de filtration, pas de soufre, rien. Voire pas de bâtonnage, ni remontage. Bon, on tolère quand même l’embouteillage, parce que sinon, il faudrait que chaque buveur vienne tirer son vin lui-même.

Vous trouvez ça un peu exagéré? Moi aussi. C’est un peu comme quand des buveurs de vins nature vous assurent qu’ils s’enivrent sans jamais être saouls. Mais c’est le lot de tous les grands courants de pensée: comme le courant, ils charrient toutes sortes de choses, toutes sortes de gens, y compris les plus caricaturaux.

Good practices

Et si l’on exclut les vignerons les plus caricaturaux du «non-interventionnisme», que reste-il ? Essentiellement des gens pratiques, et des «bonnes pratiques». Pour eux, moins, c’est mieux. Ils interviennent si c’est nécessaire, seulement si c’est nécessaire, en évitant les traitements à trop large spectre ou les manipulations justifiées par le fameux «principe de précaution».

Ces gens-là travaillent plus en amont: une vigne mieux conduite donne des raisins plus sains sur lesquels on aura moins besoin d’intervenir. Même si, soyons clairs : un vigneron digne de ce nom oriente la vinification, il fait des choix, depuis celui des dates de récolte à celui de la mise, en passant par les assemblages et le type d’élevage. Et puis, ne rien faire, c’est déjà un choix.

Lao-Tseu

Lao-Tseu, déjà…

Elevons le débat: ce non-interventionnisme a des bases philosophiques. Pour le démontrer, il nous faut en revenir à l’ami Lao-Tseu. A ceux qui ne connaîtraient ce grand penseur chinois que par Tintin («Il faut trouver la voie»), précisons que celui-ci avait justement défini une notion assez proche, le wúwéi (無爲), ou «non-agir».

Mais attention, le non-agir de Lao Tseu est on ne peut plus productif : comme l’écrit le philosophe «si l’on non-agit, la nature et ses dix mil êtres croissent et se multiplient».

Lao Tseu ne parlait évidemment pas des levures ou des bactéries susceptibles d’altérer le goût du vin. Ses «10.000 êtres» sont une allégorie.

 

Hervé 


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Cépages oubliés – et parfois, c’est tant mieux!

Voici quelques années, lors de Campania Stories, j’ai découvert à Naples deux cépages rouges que je ne connaissais pas: le Pallagrello Nero et la Casavecchia.
J’ai immédiatement pensé à ces gens dont on apprend la mort dans le journal, alors qu’on n’en soupçonnait ni l’existence, ni l’importance: « Décès de Meredith Moitout, pionnier de l’aéropostale et inventeur de la musique sphérique ». En plus, on l’oublie aussi sec.

Vous savez que comme mon ami Marc (qui a été une sorte de pionnier en la matière),  je milite pour les cépages minoritaires, oubliés, délaissés. Pour la diversité. Mais encore faut-il qu’ils soient aptes à produire de belles choses. Pour ces deux variétés, j’ai comme un doute.

L’histoire ne les a pas traitées de la même façon. Pour les Napolitains du XIXème siècle, le Pallagrello Nero était le vin des grandes occasions. Il était même, à ce qu’on dit, très prisé des Bourbons, sous le nom de Piedimonte. Sauf qu’on est pas sûr qu’il s’agisse du même cépage. Et je n’ai pas de Bourbon sous la main pour vérifier. Une chose est à peu près certaine, ce n’est pas une variante du Pallagrello Bianco – le seul point commun entre les deux viendrait du fait qu’à une époque, on les étendait sur des lits de paille (paglia) pour les faire sécher au soleil.

Pour la Casavecchia, c’est un peu plus confus encore: l’expert nous dit qu’elle a des origines mystérieuses. Qu’elle aurait été retrouvée dans la montagne, près d’une vieille maison romaine (d’où son nom), après le phylloxéra; et qu’elle donnait plutôt un vin charnu, de consommation familiale. Là, je pense à Ferrat et à son vin qui faisait des centenaires, « à ne plus savoir qu’en faire ».
S’il s’agit de deux variétés très différentes, elles ont été sauvées à peu près en même temps, dans les années 90, et à peu près dans le même coin, les alentours du fleuve Volturno. Les premières mentions sur les étiquettes remontent à 1997. Cette introduction pour vous situer le contexte local.

Dans la Campanie profonde (Photo (c) H. Lalau)

Mais ça ne change rien à un constat assez décourageant: sur la quinzaine de vins dégustés, issus exclusivement de ces deux cépages, « in purezza » (jusqu’à preuve du contraire), il n’y en a pas plus de deux que j’aimerais acheter – sans parler de vous les recommander.
Le problème, à mon sens: leur extrême rusticité, leur côté végétal et la verdeur de leurs tannins (même si le Pallagrello Nero me semble s’en tirer un peu mieux). Tout se passe comme si ces cépages n’avaient survécu dans quelques zones de l’arrière-pays de Caserte que parce que la polyculture de subsistance leur offrait un débouché local. Raccrochez-les aux Etrusques, aux Grecs, aux Romains ou à Garibaldi, peu importe, ils sont ce qu’ils sont. J’ai posé la question à un oenologue local: arrive-t-on souvent à une bonne maturité phénolique, avec ces deux variétés? La réponse a été très nette: « Non ».

Alors, vouloir développer une identité en s’appuyant sur eux, et en monocépage, en plus, pour conquérir des marchés à l’extérieur? Je crie casse-cou.

A titre d’exemple, je vous livre un des mes commentaires de dégustation, à propos d’un des meilleurs vins de l’après-midi, dans un style boisé:

Terre Del Principe Terre del Volturno Casavecchia Centomoggia 2005

Nez de moka, épices en attaque (poivre noir), la bouche est relativement ronde. Avec le bois et le temps, les tannins finissent enfin par se fondre un peu. Quant à dire d’où vient ce vin et quel est son cépage… 

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Une chose est sûre: pas vraiment besoin de Vitanil dans la Casavecchia

On me dit que la Casavecchia aura très bientôt sa DOP, « Casavecchia de Pontelatone » ou quelque chose du genre. J’ai envie de dire que c’est une « pontalonnade ». On me dit aussi que des Argentins en plantent dans la Vallée d’Uco. Je leur souhaite bonne chance.
Je n’ai heureusement aucun pouvoir de décision, et sans doute pas un grand pouvoir de nuisance non plus; mais je ne peux que conseiller aux honnêtes vignerons qui font de leur mieux pour subsister de ne pas mettre tous leurs oeufs dans ce panier-là.

Peut-être ces deux cépages ont-ils un intérêt en assemblage. J’ai parfois du mal à cerner l’obsession des Italiens pour le mono-cépage, qu’ils semblent vouloir vanter jusque dans le nom de leurs appellation. Mais définir des appellations autour du Pallagrello Nero et de la Casavecchia me paraît avoir à peu près autant de sens que de vouloir relancer le démarreur à manivelle ou le poste à galène. Bon, j’exagère un peu, les vins de Terre del Principe montrent qu’on peut en tirer quelque chose. Au prix de gros efforts pour les apprivoiser. Idem pour Vini Alois (tiens, leur oenologue n’est autre que Carmine Valentino, dont j’ai pu apprécier le travail chez Casa Setaro, sur le Vésuve); mais je ne peux m’empêcher de me demander ce que ces magiciens-là feraient avec des cépages qui mûrissent mieux!

Je note par ailleurs que Terre del Principe, encore lui, propose une cuvée assemblant les deux variétés. Et compte tenu de leur faible notoriété, c’est presque de la coquetterie que de mettre leurs noms sur l’étiquette; Terre del Principe est une maison de qualité, voila la vraie garantie pour le consommateur.

C’est mon avis, il n’engage que moi, mais au-delà du cas de ces deux cépages, je me permets d’émettre quelques réserves à propos d’une idée trop simple, selon laquelle tout ce qui est petit est forcément gentil, que tout ce qui est vieux est forcément mieux.

Hervé Lalau


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Bientôt l’eurofrançais

La Commission européenne est en passe de trancher: après le marché unique et la monnaie unique, l’Union européenne va se doter d’une langue unique. L’heureuse élue n’est autre que… le français.

Trois langues étaient en compétition:

– le français (parlé par le plus grand nombre de pays de l’Union)
– l’allemand (parlé par le plus grand nombre d’habitants de l’Union)
– et l’anglais (langue internationale par excellence)

L’anglais a vite été éliminé à cause du Brexit.
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Puis, entre l’allemand et le français, comme souvent en Europe, le choix a fait l’objet d’un compromis; en contrepartie du retrait de leur candidature, les Allemands ont obtenu que l’orthographe du français, particulièrement délicate à maîtriser, soit réformée, dans le cadre d’un plan de cinq ans, afin d’aboutir à l’eurofrançais.

1. La première année, tous les accents seront supprimes et les sons actuellement distribues entre ‘ s ‘, ‘z’, ‘c’, ‘k’ et ‘q’ seront repartis entre ‘ z ‘ et ‘ k ‘, ze ki permettra de zupprimer beaukoup de la konfuzion aktuelle.

2. La deuzieme annee, on remplazera le ‘ ph ‘ par ‘f ‘, ze ki aura pour effet de rakourzir un mot komme ‘fotograf ‘ de kelke vingt pourzent.

3. La troizieme annee, des modifikations plus draztikes zeront pozibles, notamment ne plus redoubler les lettres ki l’etai: touz ont auzi admi le prinzip de la zuprezion des ‘ e ‘ muets, zourz eternel de konfuzion, en efet, tou kom d’autr letr muet.

4. La katriem ane, les gens zeront devenus rezeptifs a des changements majeurs, tel ke remplazer ‘g’ zoi par ‘ ch ‘, zoi par ‘ j ‘, zoi par ‘k’, zelon les ka, ze ki zimplifira davantach l’ekritur de touz.

5. Duran la zinkiem ane, le ‘ b ‘ zera remplaze par le ‘ p ‘ et le’ v’ zera lui auzi apandone, au profi du ‘f’. Efidamen, on kagnera ainzi pluzieur touch zur le klafie. Une foi ze plan de zink an achefe, l’ortokraf zera defenu lojik, e tou le mond poura z komprendr et komunike. Le kran ref de l’Unite kulturel d l’Europ zra defnu realite!

Dan le domenn du fin, zertenz apelazion defron efidamen etr modifie en fonksion de cet novlang.

A titr d’ekzempl, foizi la noufel ortograf ofiziel pour kelk unn de cez apelation:

-Kot du Ronn

-Pordo

-Poyak

-Zin Emilion

-Zotern

-Pourgogn

-Pomar

-Kot de Provenz

-Loir

-Jikondaz

-Fakeraz

-Kot-Roti

-Chanpagn

-Lankedok

-Rouzion

-Kaor

-Alzaz

-Muskade Sefr e Menn

E pour la Chuiz:

-Fo

-Fale

-Jenef

-Krison

-Lafo

-Dezale

Otan s’i metr dez a prezen!

Erfelangues


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Juste « stylée », la Provence?

La nouvelle identité visuelle et surtout le nouveau slogan des vins de Provence me laissent sur ma soif.

« Vins de Provence, le Goût du Style ». Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire? En quoi le « style » est-il un attribut exclusif de la Provence? Et quel style, d’ailleurs?

Au fait, quel goût ça a, le style?

Je sais bien que les slogans ont pour but de fédérer, et que la contrepartie, c’est qu’ils ne peuvent pas être trop précis. Mais la Provence et ses vins manquent-ils à ce point de personnalité qu’ils en oublient leurs atouts propres – la Grande Bleue, le Soleil Majuscule, la Côte d’Azur, les calanques, les villages perchés, la langue des Félibres, Pagnol, Fernandel, Giono, les cigales, l’art de vivre, la cuisine à l’huile, ou que sais-je, il y a le choix, pour adopter un slogan qui pourrait tout aussi bien s’appliquer aux Côtes de Toul, au Muscadet, aux Champagnes de propriétaire, au vinaigre d’Orléans ou aux vins du Baron de Lestac?

Bref, avec tout le respect que je dois à cette belle région, peut mieux faire! Et surtout, plus provençal!

Surtout qu’on parle de vins AOP, censés présenter un lien au terroir, une identité…

Au vigneron, on dit, « tu dois faire des vins qui ont la gueule de l’endroit ». Et au consommateur, on dit, « bois, ça a du style! ». 

Bon, à part ça, les visuels, dans une ambiance Riviera années 50, sont très sympas, à défaut d’éclairer le consommateur sur le « style » des vins.

Suffit-il de lui dire qu’il peut les boire le midi à la plage, à 6 heures au jardin ou la nuit en terrasse? Surtout avec des tables vides, sans un seul personnage sur l’affiche (ça, il paraît que c’est par crainte de la loi Evin)?

Une chose est sûre, avec ce type de marketing, ce nouveau slogan et ce genre d’affiche, les vins de Provence ont tout sauf le goût du risque…

Hervé


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Les viticulteurs audois se trompent de cible

Au cours d’une manifestation, ce samedi, à Narbonne, des viticulteurs audois s’en sont pris à nouveau à la concurrence des vins espagnols, qualifiée de « déloyale ». Et exigent la fin des importations.

Voici les arguments entendus:

-Les caves de l’Aude sont pleines.

-Des marques comme Leclerc vendent des vins espagnols et font croire qu’ils sont français en mettant un clocher et un béret sur l’étiquette.

-Les Espagnols et les Italiens sont exonérés de taxe foncière sur les terres agricoles

-Leurs charges sont moins importantes sur leurs salariés.

Olé!

Deux commentaires.

-Le premier, persifleur: l’Espagne possède également des églises; et pas mal d’Espagnols portent des bérets (les Basques, notamment).

-Le second, plus sérieux. Si les vignerons français paient trop de taxes sur le foncier et sur le travail (même sur la main d’oeuvre importée), n’est-ce pas plutôt au gouvernement français, à Bercy, qu’ils doivent s’en prendre, plutôt qu’aux Espagnols? Aux candidats à la présidence, c’est un allégement fiscal qu’ils doivent demander; et non une interdiction des importations qui, les viticulteurs audois le savent bien, est impossible dans le cadre européen, avec le principe de la libre circulation des marchandises.

Et au fait, comment se fait-il que le consommateur français ne détecte pas la supercherie que les viticulteurs audois dénoncent? Comment se peut-que le vin espagnol premier prix lui plaise tout autant que celui proposé par les viticulteurs audois?

Et si, en attendant que le fisc français lâche son étreinte sur les viticulteurs audois (ce qui pourrait prendre un peu de temps), ceux-ci se focalisaient plutôt sur une production à valeur ajoutée? Une production qui leur permette de vivre de leur travail sans être en concurrence frontale avec les entrées de gamme, qu’ils viennent d’Espagne ou d’ailleurs? S’ils faisaient en sorte que leurs caves soient un peu moins pleines, mais que les vins dans les cuves aient une véritable raison d’exister? Des chances de plaire, en France et ailleurs? De se différencier?

C’est généralement le cas des vins dont je vous parle ici; il n’y a pas si longtemps, j’évoquais ceux de Gayda, d’Anne de Joyeuse, de Mas, de Lorgeril et de Serrat de Goundy, en IGP Oc. Ou encore, le Fitou du Clos Padulis et le Corbières du Clos Canos. La cause est entendue: l’Aude possède de beaux terroirs; et de bons vignerons, qu’il s’agisse de caves particulières, de coopératives ou en négoces. Mais il y en a d’autres, moins bons.

Je sais, c’est plus facile de commenter que de tailler la vigne et de vendre le vin. L’Aude a toute ma sympathie. Mais la voie du protectionnisme franco-français est un cul-de-sac, d’autant que le marché hexagonal est en perte de vitesse.

Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de citer un commentaire de soutien aux manifestants, déposé sur le site du Figaro, et signé « Haralde 37 »

« Soutien aux vignerons qui font rayonner la France à l’international. »

Donc, si je comprends bien, il est normal que la France exporte des vins pour rayonner à l’international, mais il n’est pas normal qu’elle en importe?

Les vignerons espagnols n’ont pas le droit de rayonner à l’international?

Her Lalau


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Mon Vin Officiel du Bonheur

Pour l’ONU, hier, lundi 20 mars, était la Journée Mondiale du Bonheur.

Et qu’est-ce qu’on boit pour fêter ça? Quel serait votre Vin du Bonheur, à vous?

Pour moi, le hasard a voulu que je débouche hier l’excellent Viognier 2015 du Domaine Gayda (IGP Pays d’Oc), alors, pourquoi pas lui?

Avec lui, mon bonheur a été riche, parfumé, fruité; mais aussi, légèrement acide, dynamique, et très long en bouche.

C’est bien le moins, car pour moi, autant la joie est une sensation fugace, le Bonheur est censé durer plus d’une journée, même officielle, même mondiale.

Hervé Lalau