Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le poids des habitudes, le choc des étiquettes

La Sommelière en chef de l’Elysée, Virginie Routis, expliquait récemment à l’AFP que « Si on reçoit un chef d’Etat étranger, on va miser sur une valeur sûre, un grand bourgogne blanc, un grand bordeaux rouge; mais pour d’autres déjeuners on peut aller voyager en Alsace, Cahors, Corse… »

J’ai peur de comprendre: l’Alsace, Cahors et la Corse ne sont donc pas des valeurs sûres?

Au fait, à partir de quel niveau de prix est-on une valeur sûre? Ou bien faut-il être classé au Who’s Who de 1855?

Les vins d’Alsace, de Cahors et de Corse seraient-ils tout juste bons à abreuver les Sous-secrétaires d’Etat à la Ruralité Heureuse, les Chargés d’Affaires Non Urgentes, les Amicales de Pêcheurs de Voix, ou les Comités Théodule?

Ou bien encore, les réserve-t-on aux élus de leurs régions respectives, histoire de ne pas trop les dépayser?

L’exemple vient d’en haut, dit-on. Mais quel bonheur est-ce pour moi, petit journaleux apolitique, de ne pas avoir à choisir les vins que je mets sur ma table en fonction de leur tarif ou d’une notoriété plus ou moins méritée!

Je me priverais de tellement de bonnes surprises… Et mes invités aussi.

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Tiens, mardi, j’ai servi à mon beau père – digne médecin en retraite, plutôt adepte des grandes régions de tradition, le sparkling anglais de Coates & Seely (La Perfide 2009, un Blanc de Blancs Millésimé).

En le lui versant, je lui ai dit: « Docteur, vous n’ avez probablement jamais bu un vin de cette origine ».

Il a humé, il a goûté, il a avalé, puis il m’a dit en souriant: « J’aime beaucoup ». Moi aussi, d’ailleurs – plus creamy-crisp que ça, tu arrêtes de boire!

Je lui ai montré l’étiquette, je lui ai expliqué que l’Angleterre devenait une nation viticole respectable, les terroirs, le réchauffement climatique, les transferts de savoir-faire…

Il m’a écouté gentiment. Mais en définitive, plus que l’étiquette, c’était le vin qu’il appréciait. Alors je l’ai resservi.

N’est-ce pas là le plus important?

Hervé


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Trump, Clinton, Cher et Saturne

C’est la nouvelle du jour:  Cher déménage sur Saturne.

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L’actrice et chanteuse américaine avait en effet annoncé sa décision de s’installer sur la planète aux anneaux si Donald Trump était élu. Voila qui est fait, en dépit des sondeurs, des experts et des commentateurs-généralement-bien-informés (il faut croire que c’étaient les mêmes que pour le Brexit).

Une question me vient immédiatement à l’esprit: quid de l’expansion de la viticulture sur les marges du système solaire: Cher pourra-t-elle planter du Clinton sur une planète gazeuse?

A titre personnel, manquant cruellement de sens politique (surtout en matière américaine), je me bornerai à me féliciter de cette relance de la conquête spatiale. En attendant les premières missions, les amoureux de Saturne peuvent toujours écouter la superbe chanson de Stevie Wonder, sur l’album Songs in the Key of life. 

Hervé


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Ces vins qui ne sont pas un cadeau

Autres temps, autres mœurs. Rien de prétentieux de ma part en affirmant ce qui suit, mais lorsque j’étais « banquable », c’est-à-dire au zénith de mon activité professionnelle dans les années 80/90, il m’arrivait de recevoir ce qu’alors j’appelais des « colis vignerons » en provenance le plus souvent du producteur en personne. N’ayant ni le temps, ni les moyens de les renvoyer à leurs expéditeurs, ce qui eut été normal dans un élan logique de pure déontologie, ces bouteilles qui pouvaient au pire s’apparenter à des « cadeaux intéressés », au mieux à un légitime devoir d’information (ou de propagande ?) de la part du vigneron désireux de convaincre le journaliste de la qualité de ses vins, avaient trois destinations : soit elles étaient débouchées au cours d’amicales beuveries, soit elles étaient offertes à de courageux livreurs, soit en guise de mesures exceptionnelles, elles étaient enfouies en cave afin de constater leurs évolutions dix ans au moins après réception.

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Le très volubile et facétieux Michel Chapoutier, que j’avais connu à ses débuts au garde à vous à la gauche du bureau empire de son père, Max, m’a gratifié pendant plusieurs années d’une caisse de six flacons livrée généralement au moment des fêtes. Très intelligemment, les vins envoyés variaient d’une année à l’autre, passant d’un fringant viognier de l’Ardèche à un Côtes du Roussillon de belle facture, sans oublier un flacon un peu plus « noble » de Côte-Rôtie, de Châteauneuf-du-Pape ou d’ailleurs. Candide, mais intéressé par la démarche, je jouais le jeu en ouvrant certains de ces flacons au gré de mes intérêts et de ma curiosité journalistiques. Tout en prenant soin de mettre de côté les crus qui me paraissaient les plus aptes à la garde histoire de vérifier le plus tard possible si la réputation de tel ou tel vin était justifiée.

L’autre dimanche, je suis tombé sur l’une de ces prestigieuses bouteilles perdues dans des cartons en attendant une cave décente. Il s’agissait justement d’un Hermitage (ou Ermitage) « Le Méal » 2005 de la Maison Chapoutier. Afin de corser ma dégustation, je me suis livré à un petit jeu classique consistant à comparer l’illustre vin dans des verres autrichiens à la hauteur, l’un Riedel, l’autre Zalto : le premier a fait ressortir des tannins et un boisé pas spécialement élégants, tandis que le second tempérait, arrondissait et enjolivait quelque peu ce rouge qui, vous vous en doutez, n’est pas donné puisque le millésime 2013 du même Méal est proposé sur le site du négociant à près de 300 € départ cave !

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Quoiqu’il en soit, dans les deux cas, j’ai pu constater que par manque de finesse, d’âme, de hauteur et de longueur, ce Méal de pure syrah, pourtant vinifié et élevé dans une très estimée maison de Tain, n’était pas vraiment digne de ce que j’attends d’une appellation-phare de la Vallée du Rhône. D’autant plus que Le Méal est un cru qui, s’il y avait un classement à la bourguignonne, se retrouverait certainement catalogué parmi les « grands ».

Vous voulez savoir la suite ? Eh bien, autres temps, autres mœurs, ce vin bodybuildé par le bois ou (et) l’excès d’élevage, manquant de sincérité, de sève et de profondeur, on se l’est enfilé quand-même car, ô miracle, il n’avait pas l’once d’un goût de bouchon !

Reste la morale de cette histoire qui conduit au but inverse recherché par le négociant, vigneron vivificateur et éleveur. Car si j’avais demain un papier à écrire sur l’Hermitage, je ne suis pas sûr que je penserais immédiatement à Chapoutier. Autre réflexion : on dit souvent que les producteurs envoient aux journalistes des mises « arrangées », voire « magnifiées ». Si c’était le cas, ce que je ne crois pas car Michel Chapoutier n’est pas du genre à se livrer à ce petit jeu-là, surtout dans le cas de ce vin qui « hermitageait » jadis bien des vins déficients de Bourgogne et de Bordeaux, dixit la légende, point n’était besoin de céder aux sirènes de l’élevage poussé dans sa caricature. Enfin, c’est un avis que je partage avec d’autres. N’est-ce pas Vincent ?

Michel Smith

PS. La photo du vignoble Chapoutier est signée Daniel Wilk et elle a été prise sur le site de la ville de Tain-L’Hermitage.

 


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Loire 2016 –the agony and the ecstasy

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The last of the 2016 Pinot Noir arriving at
Domaine Vincent Delaporte, Chavignol (AC Sancerre)

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Carefully tipping the Pinot Noir onto the sorting table
@Domaine Vincent Delaporte 

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Cabernet Franc on Mi-Pente,
Domaine de la Butte, Bourgueil 

The universal refrain throughout the Loire is that 2016 is ‘a very complicated year’ – late April frost, poor flowering for some varieties, lot of mildew and then drought and heat in July and August. 2016 has been a natural lottery with clear winners and losers. There are those who have had the good luck to have escaped nature’s ravages and those who have lost and been left with nothing.

I do not recall another Loire vintage where there has been such a stark contrast between those who have ended up with an excellent harvest both in quality and quantity and those who have nothing at all or virtually nothing. It is not a question of one part of the Loire that has suffered more than others. Instead it is really a mixture.

Bourgueil and Chinon were badly hit by the frost and then by the other plagues that nature inflicted this year. Many on the gravel vineyards are harvesting perhaps 4 hl/ha sometimes less. Whereas walking up through the vines of Domaine de la Butte on Friday the Cab Franc looked good and if not plentiful and decent crop by volume. I gather there is an abundance of grapes in the vineyards of Pierre-Jacques Druet – now controlled by Ampelidae. This has been down to good fortune as Ampelidae didn’t take control until the 1st April, so the vines were pruned late and budding was delayed so missed the destructive frost at the end of April.

The difference in the Central Vineyards, where we are making a brief visit, is extraordinarily stark. In Sancerre many of the vignerons are ecstatic over the quality of the 2016 vintage. « The Sancerre reds are exceptional » said Alphonse Mellot Jr. « 28 hl/ha (normal for the Mellot reds) and around 14% potential and 4.5 acidity. I’m not sure at the moment about the exact yield for the whites but around 50-55 hl/ha with potential degrees varying between 12%-14%. However, at Les Pénitents (Côtes de la Charité) that was hit by frost we have only made 6 hl/ha for the whites (100% Chardonnay) and just 4 hl/ha for the Pinot Noir. »

We saw several Sancerre producers yesterday – Henry Natter, Benoît and Paul Fouassier, Adélaïde and Vincent Grall and Jean-Yves Delaporte, Natalie (his wife) and Matthieu – they were all very pleased with 2016. In contrast the Fouassier cousins reported that Philippe Gilbert, an excellent producer in  Menetou-Salon, which was hit badly by the April frost has only harvested between 4/5 hl/ha.

Truly the agony and the ecstasy!

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2016 Sauvignon Blanc at Henry Natter, Montigny (AC Sancerre)

ChevereJm 


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Pragmatisme, optimisme, les deux mamelles du vin

D’accord avec la plupart d’entre vous sans doute pour dire que ces mots en «isme» il conviendrait de les fuir. Panurgisme, puritanisme, intégrisme, dogmatisme, évangélisme, laïcisme, bouddhisme, chauvinisme, paganisme…et tant d’autres encore. Parfois, quand je les entend j’ai envie de mettre ma veste par dessus la tête. Alors, me direz-vous, à quoi bon s’en servir dès le titre, revenir dessus en accroche et tout le long d’un article ? Toute la question est là, merci de la poser aussi clairement. Je pourrais dire que c’est pour faire travailler vos méninges, en particulier celles de nos chers Truc & Charlier, célèbres duettistes commentateurs de la Toile, mais ce serait trop facile.

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Trève de taquineries, commençons donc par le début.

Des deux explications livrées par mon Larousse virtuel concernant le pragmatisme – « doctrine qui prend pour critère de vérité le fait de fonctionner réellement, de réussir pratiquement » et « Attitude de quelqu’un qui s’adapte à toute situation, qui est orienté vers l’action pratique » -, je préfère la dernière qui évoque le mouvement, une prise de conscience qui va si bien avec le fait de se bouger, de se remuer, de ne pas en rester en l’état actuel des choses, de voir quelque chose de positif même dans l’échec. Là, je retrouve avec bonheur la sagesse vigneronne, son bon sens paysan (je sais, ça fait un peu pétainiste, mais c’est tellement vrai…), sa conscience humaine qui le guide vers la sage prise de décision, vers le passage à l’acte, vers l’avenir aussi. Votre vigne est attaquée par plus fort qu’elle, de façon massive qui plus est, point n’est besoin de rester là planté, comme désarmé. Votre sens du pragmatisme vous dicte l’action. La même vigne vous a livré de magnifiques raisins et c’est l’optimisme qui pointe le bout de son nez vous redonnant une sacrée dose d’espoir.

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Pourquoi je vous entretiens de ça ? Encore un sujet qui n’a ni queue ni tête, me reprocherez-vous à juste titre peut-être ! Or, l’actualité récente, les épisodes de grêle, par exemple qui furent nombreux sur le vignoble de la Champagne au Pic Saint-Loup en passant par le Beaujolais et la Charente, ont cette année comme les années précédentes joué beaucoup sur la conscience vigneronne, sur son moral. Certains refusent d’envisager ne serait-ce qu’un étude sérieuse sur le coût d’une assurance alors qu’il y a à portée de la main des experts dans les chambres d’agriculture ou les interprofessions capables de les conseiller, qu’il est possible d’obtenir de l’aide, de se grouper, d’intervenir parcelle par parcelle. Puis on remet à plus tard la réflexion. Pendant ce temps, une viticultrice de mes amies, du côté de Saint-Chinian, probablement plus pragmatique que les autres, ne s’est pas posée trente six mille questions : plutôt que de se réveiller un jour au bord de la ruine – il n’y a rien de plus désolant qu’une vigne hachée par la grêle -, elle est assurée depuis des années, en paie certes le prix assez élevé (il y a moyen de négocier, dit-elle), mais peut ainsi dormir sur ses deux oreilles. Et quid de la perte de récolte due à la sécheresse ? Au moins 30 % en moins en moyenne dans nos vignobles sudistes, sans parler des autres. Là aussi il doit y avoir moyen d’exercer son sens du pragmatisme. Comme ces vignerons qui depuis des années ont installé un réseau de goutte à goutte dans leurs rangées de vignes. En respectant à la lettre la législation, en prenant le sujet à bras le corps, en entrecoupant des informations entre eux, en dialoguant avec les techniciens, ils sont arrivés à équiper les parcelles qui souffrent le plus souvent et à garantir une vraie régularité dans leur production.

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Beaucoup de ces chefs d’entreprises (n’oublions jamais que les vignerons sont des patrons) ne tergiversent plus lorsqu’il faut aller à un salon en Allemagne ou au Brésil pour ouvrir un marché auquel on croit dur comme fer. Pas question d’hésiter, il faut foncer. N’est-ce pas Hervé Bizeul, fierté du Roussillon qui naviguez par monts et par vaux pour faire connaître de grands vins par avance dépréciés simplement parce qu’ils sont rattachés au Sud, autrement dit au trou du cul de ce bas monde ? Regardez le succès commercial de cette coopérative du Gers dont David, moi-même et nos camarades vantons ici même l’enthousiasme. Si c’est pas du pragmatisme et de l’optimisme (certes gascon) ça, alors je me damne ! La Chine ne leur fait pas peur, le monde entier non plus. On pourrait dire la même chose sur la famille Grassa dans leur vaste Domaine du Tarriquet qui, plutôt que de rester le cul sur leur chaise à critiquer les autres, plutôt que d’accuser notre bureaucratie et de taper sur l’incompétence légendaire de nos politiciens, ont préféré se lancer dans un modèle de production qui fait aujourd’hui école.

wp_20160823_006Alors que tout va mal si l’on s’en tient aux vicissitudes de l’actualité, des gens déterminés, des vignerons décidés à faire de très bons vins tout en restant originaux nous en connaissons une flopée aux 5duVin que ce soit en Provence, dans le Roussillon ou ailleurs. Comme au Domaine la Casa Blanca sis à Banyuls-sur-Mer où, après avoir labouré péniblement à l’aide d’une mule – efficace sur du plat, la traction animale ne l’est plus du tout en zone de montagne -, les trois propriétaires de ce domaine de 8 ha se sont inspirés de méthodes plus pragmatiques pratiquées en Suisse, en Italie et dans le nord de la Vallée du Rhône, à savoir le treuil mobile qui se déplace horizontalement en haut du coteau et qui aide le laboureur à remonter chaque rang en tirant sa charrue. Résultats : c’est plus rapide, moins épuisant, moins cher, moins compliqué, plus efficace ! Quitte à se débarrasser des murettes qui font le charme des anciennes vignes. Et que dire encore de ce vigneron génial du Mâconnais, Marc Guillemot, véritable touche-à-tout qui n’hésite pas à faire des pieds et des mains pour retrouver les données techniques d’un vieux tracteur récupéré dans une vente ? Ben oui, un vieux tracteur sauvé de la casse c’est toujours utile par les temps qui courent. Et le gars ne s’arrête pas là : système de récupération de l’eau de pluie pour ses préparations en biodynamie, distillerie, jardinage, rien ne lui échappe !

Pour finir, on peut mettre bien des choses positives sur le compte du pragmatisme. Ainsi, il est de notoriété publique que dans mon devoir d’informer, je soutiens becs et ongles les initiatives locales, très souvent bénévoles, destinées à rassembler du monde autour du vin. Bien loin de ces déjeuners de presse huppés ou ces dégustations mondaines organisées à grands frais dans un hôtel de luxe de Londres, Milan ou Paris, bien éloigné aussi des coûts démentiels soulevés par de vastes campagnes de pub, il n’y a rien de tel que l’union entre vignerons d’un même courant, d’une même appellation, dans un projet festif et promotionnel destiné à rehausser le moral des troupes tout en attirant les amateurs, les vrais, c’est-à-dire ceux qui achètent du vin plutôt que ceux qui goûtent du bout de la langue en se plaignant sans cesse de ne pas être traité comme des stars.

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Un parfait et très inattendu exemple de cette unité pour la cause commune m’en a encore été donné l’autre jour par l’équipe du Minervois. Cela se passait sur les bords du Canal du Midi, à Homps plus précisément, là où s’arrêtent de nombreux adeptes du tourisme fluvial, à deux pas de la Maison des Vins du Minervois où l’on trouve de réelles pépites à prix départ propriété. En cette période de chaleur intense qui a marqué le début du mois de Septembre, il y avait foule pour participer, sur deux jours, à la seconde édition de Tastes en Minervois. Plus de quatre vingt vignerons, la plupart en vendanges ou en passe de l’être, avaient accepté de donner de leur temps, de se mélanger grands ou petits confondus et de jouer la règle du jeu qu’ils ont eux même élaborée qui consistait à présenter et faire déguster une cuvée (seulement) de leur choix à un public payant venu là en famille ou en bande d’amis.

Une organisation du tonnerre (parkings balisés, sanitaires, espace pour « pitchounets », orchestres, animations, température des vins) mobilisée pour recevoir environ 7.000 visiteurs, dont beaucoup d’étrangers, venus goûter les mini plats concoctés selon des thèmes précis par quatre chefs émérites qui, eux aussi, ont fait un boulot remarquable. Ce moment festif était bien entendu payant (15 €) avec les vins « à discrétion » comme on disait jadis, et il faut souligner que les vignerons présents n’étaient pas là pour vendre, mais plus pour partager l’événement et communiquer le plus possible sur leur métier. Le but final étant de montrer qu’une appellation aussi vaste et variée que celle du Minervois pouvait se rassembler, faire corps et donner l’image d’une réelle unité, l’image d’une appellation dans l’action.

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Vous en conclurez peut-être sournoisement que je me suis laissé embarquer par je ne sais quel enthousiasme à propos d’un communiqué de presse bien rédigé et vous aurez grand tort. Peut-être aussi trouverez-vous que je suis d’une naïveté décidément déconcertante, voire incorrigible. Pourtant, je ne puis m’empêcher de constater que pour exister dans la masse (j’allais écrire la nasse !) du Languedoc viticole ou d’une autre région, il faut non seulement se distinguer, aller vers le public, festoyer avec les amateurs et montrer cet aspect positif, enthousiaste, inventif, jeune et moderne du vin, sans pour autant faire dans le blingbling. Le Languedoc le fait en précurseur depuis longtemps avec ses randonnées dégustations inspirées par Slow Food dans différents terroirs qui rencontrent chaque été un succès franc et massif. Pour en arriver là, vous pouvez me croire, surtout dans un monde qui noircit tout, il faut une bonne dose de pragmatisme. Et d’optimisme  !

Michel Smith


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Vin nature: Charlotte, de Carrefour, me rassure

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Carrefour France me propose de devenir expert en vin avec Paolo Baolo Basso, meilleur sommelier du monde 2013 et meilleure égérie des Foires aux Vins Carrefour 2016.

En attendant, je peux  « chatter » avec des experts en vin Carrefour – là, ce n’est pas toujours Paolo qui s’y colle. Même le père Noël doit parfois recourir à ses aides.

Moi, jeudi, j’avais une question sur un vin nature en promotion, alors je l’ai posée, et c’est Charlotte, de Floirac, qui m’a répondu.

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Ce fut court, mais je n’ai pas dû attendre. A croire que Charlotte est rivée à son ordi.

Autre point positif, me voici totalement rassuré sur le transport et la conservation du vin nature (normal, me direz-vous, pour une cuvée « Résistance »).

J’espère quand même que Carrefour ne sature pas ses magasins de SO2 pour compenser!

Hervé

PS. La Résistance du vigneron, je le constate, ne va pas jusqu’à s’interdire de vendre en GD. Mais c’est un autre débat.


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Pourquoi il y a-t-il toujours autant de vins défectueux sur le marché?

Notre confrère et ami du Québec, Marc André Gagnon (Vin Québec), se penche sur le délicat problème des vins à défaut… et du peu d’écho qu’il semble avoir de la part de la critique viticole… Nonchalance? Complaisance? Et vous, qu’en pensez-vous?

Il y a des vins qui sentent le moisi, le carton, le linge salle, les sandales mouillées, l’écurie, la ferme, les légumes bouillis, le liège, la cave humide, les saucisses et même les égouts!

Et ça continue, ça ne semble pas s’améliorer, tout au contraire, on en trouve de plus en plus.

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T’as goûté mon Saint-Emilion 2006?

La preuve par l’exemple

Lors d’une dégustation récente de trois vins de trois millésimes, il y avait un vin défectueux dans chacune des séries!

On commence par trois vins de Saint-Emilion du domaine Château Fonbel des millésimes 2006, 2008 et 2009. Le premier présente des odeurs d’écurie et est très amer.

Puis on continue avec trois Saint-Julien du Château Léoville-Poyferré, les 1990, 1995 et 2000. Les deux premiers sont délicieux, le 2000 sent la cave humide, le liège et a un goût de petit vin. Donc attaqué par les TCA.

La troisième série nous emmène en Espagne avec le fameux Mas la Plana, des millésimes 2000, 2001 et 2006. À l’aveugle, la plupart des 16 dégustateurs présents ont pris le dernier pour le plus vieux. Il sent les légumes bouillis, la viande faisandée, il n’a plus de fruit en bouche. Il est visiblement oxydé. Son bouchon n’était donc pas étanche.

Ces neuf vins proviennent de la même cave.

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Du brocoli bouilli? Non, du Penedès.

Pourquoi un taux de défaut aussi élevé? Pourquoi un si pauvre contrôle de la qualité chez ces grands et gros producteurs?

Imaginez si on trouvait la même chose dans les laits, les yogourts, les confitures, ou autres produits! On en entendrait parler et les fournisseurs amélioreraient le contrôle de la qualité de leurs produits vendus.

Toutefois, dans le domaine du vin, c’est le silence, c’est l’angélisme, c’est l’omerta. On ne parle pas de cela, on ne mentionne pas les produits défectueux. Donc, il n’y a pas de correction, pas d’amélioration et il n’y en aura pas tant que cela est maintenu secret.

Il faudrait que les consommateurs se rebiffent, se plaignent. Ils ne peuvent pas compter sur les critiques de vin – il n’y en a pas; au contraire des critiques de restaurants, de livres, de cinéma…, les chroniqueurs vins ne font que louanger les vins.

Au Québec, la SAQ elle non plus ne fait rien, d’autant plus que peu de consommateurs font l’effort de retourner les mauvaises bouteilles.

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Et ça venait du bouchon?

La plupart des défauts des vins sont dus à des bouchons défectueux. Soit qu’ils contaminent le vin, soit qu’ils laissent passer trop d’air. Le liège est-il le pire ennemi du vin? Il y a aussi les bactéries et les levures de type brettanomyces.

Mais si on n’en parle pas, si on ne dénonce pas, il n’y aura jamais d’amélioration. Tout ce qu’on lit au sujet du vin, ce sont des louanges, alors quoi changer et pourquoi?

Consommateurs de vins, sommes-nous condamnés à être les dindons de la farce? À quand une association de défense des intérêts des consommateurs de vin?

Plan d’action

Que faut-il faire? Les chroniqueurs vin devraient mentionner à chaque foi un vin défectueux et le publier. Les blogueurs aussi.

Au Québec, les consommateurs devraient retourner systématiquement les vins défectueux à la SAQ, la Loi de protection du consommateur l’oblige à reprendre ses produits défectueux.

Ainsi, en travaillant tous ensemble, nous pourrions améliorer la distribution, la régularité et la constance des vins de qualité sur notre marché.

 

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