Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Première Saignée de France

On a les polémiques qu’on peut: la semaine dernière, à l’occasion du Bicentenaire de la Bataille de Waterloo, de bonnes âmes belges se sont offusquées de l’absence de représentants de l’Etat français lors des commémorations.

Il est vrai qu’un passage aux festivités d’une telle défaite avait de quoi tenter quelques politiciens en mal d’image positive!

Nos amis belges s’appuyaient sur le précédent allemand: la présence de chanceliers ou chancelières aux cérémonies du débarquement.

Je ne vois pas bien le rapport; les autorités allemandes d’aujourd’hui  font tout ce qu’elles peuvent pour se désolidariser du passé nazi, et c’est là la raison de leur présence. En venant à Waterloo, François Hollande ou Manuel Valls auraient-ils dû expier une quelconque barbarie? Napoléon-Hitler, même combat?

Bien sûr, les officiels se sont fendus de beaux discours – Krieg gross malheur, plus jamais ça, l’Europe de demain… Les vieux grognards belges en pleuraient sous leur shako.

Quoi qu’il en soit, il y avait tout de même quelques Français à Waterloo la semaine dernière; ma fille, par exemple. Elle n’est pas restée très longtemps: on ne voyait pas grand chose derrière la fumée des canons, le champ de bataille était immense, et le commentateur lui-même avait du mal à suivre.  Il semble qu’on est voulu trop bien faire, trop grand, trop kolossal.

Et puis, on a fait les comptes. Si quelque 200.000 personnes ont assisté aux reconstitutions, les commerçants du centre de Waterloo se plaignent que les célébrations ne leur aient pas apporté le surcroît de clientèle espéré – les reconstitueurs ont bivouaqué et les spectateurs, débarqués des cars ou de la gare de Braine l’Alleud, sont surtout restés aux abords du champ de bataille. Ah, si seulement les Français n’étaient pas de si mauvais perdants!

Heureusement, il y a Delhaize.

Voila bien le plus européen des distributeurs belges, puisqu’il vient de convoler en justes noces avec le Néerlandais Ahold. Pour un peu, on croirait le royaume de Guillaume d’Orange reconstitué. Pour ceux qui connaissent mal ce « détail de l’histoire », je rappelle qu’en 1815, les Alliés – au premier rang desquels les Anglais, ont libéré les Belges de l’affreux joug napoléonien… pour les mettre sous la coupe des Néerlandais. Sujétion dont il ne sortiront que par une révolution, en 1831.

TAVEL

Mais ce n’est pas pour cela que je vous en parle; mais pour la Cuvée du Bicentenaire que l’enseigne au lion (ça ne s’invente pas) a créé pour l’événement.

En rosé, il s’agit d’un vin français, un Tavel. Mauvais esprit? Que nenni! Rien de plus naturel, en effet, que d’associer le Premier Rosé de France avec la Première Déculottée de France! Sans oublier une sacrée saignée

Hervé Lalau


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Cocorico ! Enfin, j’ai le tire-bouchon patriote !

Vous êtes fier de la renommée mondiale de notre production pinardière ? Je n’en doute pas une seconde et vous aurez certainement à cœur de célébrer le 14 Juillet à l’aide d’une bonne bouteille. Eh bien, puisque la fête nationale approche, ce tire-bouchon révolutionnaire tombe à pic !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Il m’a été adressé, hélas pas à temps pour le signaler à l’occasion de la fête des Pères, par Alexandre Chopine (ça ne s’invente pas !) de la société Id Logia qui l’a breveté et le commercialise depuis Maisons-Alfort. Sa particularité ? Sonore, il diffuse dès son ouverture, enfin trois secondes après, une tonitruante Marseillaise exécutée en une douzaine de secondes, ce qui ne laisse que peu de temps au sommelier pour opérer.

Il eut été souhaitable en effet que notre hymne national se déclenchât au moment même où le liège sort triomphalement de son logement, mais bon, on ne peut pas tout demander d’un coup à nos chères têtes pensantes du marketinge et de la technique à la française. D’autant que je ne suis pas certain que l’objet en question, pratique au demeurant puisqu’il assure une bonne prise en mains, soit made in France. Confirmation sur le site Id Logia où l’on m’explique sur un mode navré que le gadget est made in China.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Équipé de 3 piles, le tire-bouchon La Marseillaise est doté d’une lame et d’un décapsuleur, mais ces dernières fonctions ne sont pas liées, selon mon expérience, au déclenchement de la musique.

Son prix ? 12 €, en le commandant sur le site (voir plus haut). Existe aussi en version rugby ou foot. Et non, ce que vous venez de lire n’est pas une pub, mais bel et bien une info !

Michel Smith


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Ne dîtes plus Val d’Orbieu

Ne dîtes plus Val d’Orbieu, ni UCCOAR, dites Vinadeis.

L’ancrage languedocien, la coopération avé l’accent, les portraits en noir et blanc des viticulteurs du Midi profond laissent donc la place à un logo légèrement abscons (une coquille qu’on espère pleine), et un nom qu’on croirait tiré des aventures d’Astérix.

C’est fou: le latin n’a jamais eu autant de succès dans les bureaux de publicité que depuis qu’on ne l’étudie plus en classe – témoins Vinci, Aventis, Fluxis, Vivendi, Foncia, In Vivo ou Adeis assurances.

Il est vrai que le nouveau groupe entend mettre l’accent sur le vrac et les beverages autant que sur le vinum.

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Quant au « baiseuline » (je crois que ‘est comme ça qu’on dit à Narbonne), « The pioneer’s footprint », il fait sans doute référence à l’empreinte du coquillage – la spirale évoquant l’éternel retour des saisons, des millésimes, à moins qu’il ne s’agisse d’une allusion au retour… sur investissement.

Hervéis

 


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Attendu que… (la Loi Evin ou le syndrome de Stockholm de la presse française)

Attendu que les députés et sénateurs ont voté la semaine dernière un amendement de loi visant à rendre plus aisée la communication autour du vin; et notamment à séparer les articles de presse de la publicité, alors que plusieurs décisions de justice se basant sur la loi Evin avaient contribué à entretenir le flou à ce sujet.

Attendu que la Ministre de la Santé entendait faire supprimer cet amendement « pour en revenir à l’équilibre de la Loi Evin » – qui est aussi équilibrée qu’un hippopotame sur le fil d’un funambule, puisqu’elle ne fait aucune différence entre alcool et vin.

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Attendu que le Gouvernement a réécrit cet amendement mais sans en changer véritablement la teneur et l’a incorporé à la Loi Macron.

Attendu que le Gouvernement a adopté la procédure du vote bloqué et que l’amendement sera voté.

Attendu qu’il s’agit là d’une première et petite éclaircie dans une longue période sombre pour la communication sur les vins en France.

Attendu que les hygiénistes (qui sont loin de constituer la majorité des professions médicales, quoi que puisse en dire l’ANPAA et ses affidés) parlent eux-mêmes de défaite, ce qui me donne l’envie de lever mon verre à leur santé.

Attendu que la consommation de vin en France n’a pas cessé de baisser ces vins dernières années.

Attendu que l’Italie et l’Espagne enregistrent les mêmes tendances (et même plus fortes en Espagne), bien que la loi Evin n’y existe pas.

Attendu que le marché du vin est à ce point atomisé qu’aucune marque n’a vraiment les moyens d’influencer de manière significative la consommation.

Attendu que l’alcoolisation des jeunes n’est pas essentiellement liée au vin, produit cher et moins rapide que les alcools forts pour l’effet recherché.

Attendu que les études liant consommation d’alcool (dont le vin, mais dans des proportions inconnues) et le cancer sont à la fois partielles et partiales et que leurs chiffres semblent tirés d’un chapeau.

Attendu, à l’inverse, que plus de 80 ans de recherches ont permis d’isoler dans le vin des molécules positives pour la santé – même si ce n’est pas là ma principale raison d’en consommer, ce que je fais avec modération.

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Attendu que la baisse de consommation du vin ne se traduit pas par une baisse de la fréquence des cancers, bien au contraire (hélas).

Attendu que la valeur culturelle du vin a été reconnue par une loi, même si d’aucuns, parmi nos élites progressistes, libertaires et liberticides confondues, jugent le produit « ringard » (ça ne se fume même pas!).

Attendu que le journalisme viticole ne consiste pas à inciter à boire plus, mais à proposer meilleur à boire.

Attendu que la modération est une vertu qui s’applique aussi bien aux ministres dans leurs déclarations qu’aux journalistes dans leurs écrits ou aux buveurs dans leur consommation.

Attendu que l’Etat gagnera en cohérence à protéger un secteur pourvoyeur d’emploi et de rentrées fiscales, plutôt que de lui mettre des bâtons dans les roues.

Attendu qu’en pratiquant, jusqu’ici, l’amalgame entre vin et alcools forts, l’Etat a favorisé ces derniers, qui disposent de marques déjà puissantes et qui se satisfont très bien des limitations sur la publicité et la communication, n’ayant quasiment rien à dire au consommateur en ce qui concerne la composition, le mode d’élaboration, ou l’origine de leur produit, sans parler de l’élaborateur).

Attendu que le principe de précaution est trop facilement invoqué pour les sujets où l’éducation est le meilleur outil pour la protection des masses.

Attendu qu’aujourd’hui, 17 juin, c’est la Saint Hervé, saint breton et aveugle mais ayant tout de même réussi à tirer des larmes d’un loup qui venait de lui dévorer son âne… et à lui faire remplacer ce précieux compagnon (se non e vero, e bene trovato).

Attendu que j’ai déjà beaucoup attendu, beaucoup entendu, des gouvernements de gauche comme de droite, en matière de vin, et que c’est bien la première fois que je vois quelque chose se réaliser (Flamby 1, Hyperprésident 0).

Je déclare donc qu’il est du devoir de tout journaliste de mener une enquête honnête sur le sujet plutôt que de continuer à relayer les campagnes d’intoxication des lobbyistes hygiénistes soutenues par le Ministère de la Santé.

Ce qui n’a pas été fait, hélas, dans la plupart des cas: à l’annonce du dépôt du texte définitif de l’amendement du gouvernement, nombreux sont les médias qui ont évoqué « la victoire du lobby du vin » contre « le monde de la santé », sans se poser plus de questions.

C’est pitoyable.

Malgré l’échec des hygiénistes, dont je me félicite, j’ai dans la bouche le goût amer d’avoir dû assister à un étalage d’ignorance et de paresse intellectuelle.

Je le regrette, non seulement pour le vin, qui est ma petite sphère de compétence, mais pour l’information en général. Car si la vérification des sources, la confrontation des points de vue, la recherche de l’objectivité sont aux abonnés absents pour un sujet comme le vin, je me demande ce qu’il en est de la couverture des grands problèmes mondiaux. Et c’est beaucoup plus grave.

Pour finir, je ne peux m’empêcher de comparer avec quelle retenue (pour ne pas dire de dégoût) certains médias évoquent le vin – serait-ce du mépris? un manque d’intérêt financier? la peur du gendarme? une nouvelle variante du syndrome de Stockholm qui voit la victimes de la censure sympathiser avec leurs oppresseurs?   – et avec quelle audace ils militent parfois pour la libéralisation de substances illégales.

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Hervé Lalau


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Vive les bulles… libres!

Je rentre d’un court voyage de presse à Amboise, pour le Concours National des Crémants, auquel j’ai apporté ma toute petite pierre en sélectionnant deux Prix des Journalistes (le Crémant de Luxembourg Poll Fabaire et le Crémant d’Alsace Cuvée Calixte de la Cave de Hunawihr).

Je rentre satisfait du petit devoir accompli, des belles rencontres, des jolies vues (le Cher à Montrichard, le Château de Chambord, le Château de Jallanges, sans oublier les moustaches de l’ami Jim) et de quelques belles découvertes ou confirmations (Louis de Grenelle, Ackerman, Michaud)…

J’ai aussi craqué pour la joyeuse Veuve Amiot (Cuvée Elisabeth). En tout bien tout honneur.

Mais il y a quand même un caillou dans ma chaussure: la polémique qui oppose les Crémants et les IGP.

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Ceci est un Crémant de Loire AOP, de la marque Monmousseau

Nous avons appris de la bouche du Président de la Fédération des Crémants que cette dernière avait déposé pas moins d’une trentaine de recours au Conseil d’Etat, visant à interdire aux Indications Géographiques de Provenance de produire des bulles; la plupart de ces recours, s’est-il félicité, ont été couronnés de succès.

Si j’en crois M. le Président, ces actions sont fondées sur le fait que les cahiers de charges des IGP ne respectent pas le fameux « lien au terroir ».

J’hallucine! Le « lien au terroir », en effet, c’est ce que la réglementation européenne exige en théorie… des AOP. Pas des IGP, auxquelles elle ne demande qu’un « lien au territoire ». Attention, il ne s’agit pas que d’un point de sémantique: cela permet aux IGP de revendiquer une aire de production, certes, mais d’utiliser une palette de cépages plus large, de recourir à des procédés d’élaboration moins contraignants, et de bénéficier de plafonds de rendements plus élevés, en un mot, une plus grande latitude.

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Ceci n’est pas un Crémant, mais une Méthode Traditionnelle composée de chenin et de « différents cépages exogènes ». Elle ne revendique aucun lien au terroir.

Cette catégorie a été expressément fondée pour permettre aux producteurs de produire autrement; on pouvait même espérer que, le succès aidant, elle contribuerait à désengorger les AOP des vins qui n’ont rien à y faire.

Et voici qu’une fédération de producteurs de vins AOP réclament des IGP qu’elles adoptent des règles plus strictes – en gros, les leurs.

Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si Mercedes se mêlait des normes de production de Dacia. Comme si la Logan devait adopter un moteur de 2,2 litres, l’ABS, les phares au xénon, et peut-être même la ronce de noyer au tableau de bord.

A ce compte-là, notez que les AOP de vins tranquilles pourraient tout aussi bien faire annuler tous les décrets des IGP!

Un autre argument a été évoqué: l’antériorité de la production de bulles.

Là encore, les bras m’en tombent.

Cette règle a certainement du sens en ce qui concerne les Crémants; j’aurais d’ailleurs préféré qu’on l’applique plus strictement – quelle était l’antériorité de la bulle à Bordeaux en 1991, et celle du Crémant de Wallonie en 2008?

Mais elle est tout à fait incongrue dans le cadre des IGP.

Parlons clair: cette histoire sent le protectionnisme à plein nez.

Par ailleurs, il s’agit d’un combat d’arrière garde; une visite chez Monmousseau, producteur de Crémant de Loire,  permet de constater que cet élaborateur produit déjà, sous la même marque, des méthodes traditionnelles sans mention de provenance; c’est aussi le cas, par exemple, chez Bernard Massard, au Luxembourg, dont le Crémant de Luxembourg est très minoritaire dans la production totale. C’est qu’il n’y a pas qu’une seule façon de faire des fines bulles; on peut bien sûr choisir de les produire dans une zone déterminée avec des cépages limités; on peut aussi choisir les meilleurs raisins dans différentes régions où ils sont les mieux adaptés, et les champagniser – pardon, les crémantiser – pardon, les assembler et leur faire prendre la mousse ailleurs.

Une bonne bulle, à mon sens, c’est tout autant une question de savoir-faire au chai que de région de culture.

C’est sans doute pourquoi même les plus gros élaborateurs de Crémant peuvent avoir envie de sortir de ce moule. Comme de grandes maisons de Champagne ont pu le faire en s’installant, qui en Argentine, qui en Californie, souvent sans dénomination d’origine. S’appuyant sur leur marque et sur leur maîtrise de la technologie, elles sont les preuves vivantes qu’il y a une vie pour la bulle au-delà des appellations. Pour autant que le consommateur ne puisse prendre un produit pour un autre (et c’est à ça que servent les dénominations et appellations d’origine, ou leur absence sur l’étiquette), je ne vois pas le problème.

Mercedes et Dacia ne portent pas le même sigle. Ça suffit pour que je ne les confonde pas.

Avec tout le respect que je lui dois, pour son oeuvre passée ou à venir, je crois donc que la Fédération des Crémants de France a mieux à faire que de s’occuper des normes des IGP.

En Belgique, par exemple, je trouve que les Crémants n’ont guère profité de l’engouement manifeste de la population pour les bulles, ces dix dernières années; le Cava et le Prosecco, sans oublier les bulles de marques avec ou sans appellation (Martini, ou même Jacob’s Creek), ont réduit la place des Crémants à la portion congrue, en distribution comme chez les cavistes; un ou deux Crémants de Loire, un ou deux Crémants d’Alsace, et dans le meilleur des cas, un Crémant de Bourgogne ou un Crémant de Die ou de Limoux. C’est sans doute à rapprocher de la faible notoriété de la « marque » Crémant auprès des jeunes générations. Pour les moins de 25 ans, elle semble aussi évocatrice que Panhard et Simca dans l’automobile. Sans pour autant avoir l’attrait de Bugatti. Les choses vont vite, dans l’univers impitoyable de la consommation de masse; or je n’ai pas le souvenir, ces 10 dernières années, d’une grande action concertée des Crémants de France au Plat Pays, ni même d’un Crémant en particulier.

Non seulement on trouve aujourd’hui beaucoup plus de Cavas et Proseccos que de n’importe quel Crémant dans la distribution ou la restauration belge, mais ce n’est plus seulement une question de prix: si certains Cavas sont vendu à des tarifs plancher, d’autres (des cuvées plus prestigieuses) sont plus chers que n’importe quel Crémant.

Il y a tout un travail à faire pour justifier l’excellent rapport qualité-prix de Crémants autour de 12 à 15 euros, qui sont virtuellement absents de la distribution généraliste ou spécialisée, comme si les Crémants devaient se contenter de se situer au ventre mou de la bulle accessible mais sans complexité.

J’en ai bu, de ces belles cuvées. Les promouvoir sur les grands marchés d’exportation serait, à mon sens, bien plus utile que de tenter de barrer la concurrence potentielle en France.

Hervé Lalau

 


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Pour une fois que Le Monde s’intéresse au vin…

Le Monde n’évoque habituellement le vin qu’au titre « des alcools et autres drogues ». C’est Sandrine Blanchard qui s’en charge, avec le sens des nuances qu’on lui connaît.

Cette fois-ci, et c’est déjà un progrès, Le Monde a commissionné un autre journaliste, JP Gené (ne pas confondre avec JP Chenet), pour s’attaquer à la problématique de la certification bio.

C’est ici: Le vin bio sent le soufre

Evidemment, ça reste assez polémique. Si vous espériez que le journal de référence de l’intelligentsia que la planète nous envie allait vanter les mérites du vin, même bio, sans distiller un peu de doute; si vous pensiez que la description du vin conventionnel allait être moins manichéenne, vous vous trompiez grave. Et même Pessac.

Spécialiste des pages gastronomiques, M. Gené est un ancien militant gauchiste. Le voici militant alternatif et vinonaturiste. Chassez le naturel…

J’ai particulièrement goûté la partie de son article consacrée aux réfractaires du traitement contre la flavescence. Aux insoumis de la Bourgogne. A croire que M. Gené est un porteur de valises du Front de Libération de la Cicadelle!

Le Monde est un journal tellement libertaire qu’il approuve la relaxe des vignerons ayant refusé d’appliquer un arrêté préfectoral. Mais d’un autre côté, il juge les règlements du bio comme trop laxistes. J’aurais pensé qu’il plaiderait pour la levée de tous les règlements!

J’ai du mal à comprendre en quoi le soufre (utilisé en vinification depuis le 17ème siècle) est plus dangereux que la flavescence dorée.

En résumé, voici un article à lire avec modération. Vous l’avez compris, il y a un monde entre Le Monde et moi.

Hervé Lalau


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Il est gentil, mon vin nature!

Contrairement à ce que j’entends ou lis çà et là, il n’est pas si méchant que ça le vin dit nature… Il est gentil, ni plus ni moins. Gentil dans le sens qu’il ne casse pas trois pattes à un canard, fut-il en provenance directe de Challans. Mais en titrant ainsi, n’allez surtout pas croire que je me range béat du côté des bobos parisiens ou toulousains, la bedaine avancée, fraîchement convertis aux bienfaits du « zéro intrant » comme ils disent si poétiquement, satisfaits d’avoir, pensent-ils, découvert je ne sais quel graal du vin. Ni que je fustige les plus actifs des gladiateurs appartenant au clan de la réaction pinardière, critiques auxquels je pardonne d’être parfois par trop sectaires dans leurs arguments aussi conventionnels que traditionnels. Ou encore que je me transforme ici en adorateur du Gentil, ce vin blond alsacien tendre et facile jadis populaire dans les bistros haut et bas-rhinois, remis (gentiment) au goût du jour par la maison Hugel ou par mes amis les Klur. N’allez pas supputer non plus qu’avec le GV (rien à voir avec le Gévéor…), le Gentil Vin personnifié  par le vin nature, je cherche à me positionner en GO du vin histoire de célébrer les 65 ans du Club Méditerranée. Ne tirez pas de ces conclusions hâtives qui laisseraient croire, en mauvais français et en plagiant Jean Yanne, que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Non, tout cela serait trop injuste, tandis que je cherche simplement à remettre les pendules à l’heure. Et si j’essaie de vous attirer dans ma nasse, ce n’est pas dans le but de piéger qui que ce soit. Il se trouve que je reste observateur, toujours curieux, en alerte, et que je suis dans une période médiane, entre révolte et lassitude. C’est pourquoi, même si mon opinion est faite, j’attends la lecture d’un petit livre rouge que j’ai commandé, un ouvrage qui se veut « manifeste » commandé il y a plusieurs jours déjà aux Éditions de l’Épure, ouvrage (voir ci-dessous) signé Antonin Iommi-Amunategui, un brûlot (peut-être) que je meurs d’impatience de le lire puisque tout le monde se l’arrache chez quelques cavistes branchés que l’on dit désormais alternatifs, comme le courant qui passe.

Antonin, l'auteur du petit Manifeste rouge. Photod©DR

Antonin, l’auteur du petit Manifeste rouge. Photod©DR

En attendant l’ouvrage, je me suis autorisé, en une sorte de préambule, à vous faire partager ma modeste opinion sur le sujet. Un sujet ô combien capital qui gravite autour du vin dit nature ou encore libre, naturel, vivant, gai, voire nu que sais-je encore. Ce faisant, j’espère que je ne me ferais pas crêper le chignon (que je n’ai pas) et que dans le petit monde qui s’écharpe autour du vin sur les ondes d’internet on ne me cherchera pas plus de noises encore moins de poux. Car si je m’autorise à donner mon avis, c’est que celui-ci est non seulement autorisé, mais qu’il est quasiment définitif vu mon grand âge. 169_1Premièrement, contrairement à beaucoup de mes confrères, je n’ai rien contre les vins sans soufre. La planète œno offre de telles libertés de choix et de pensées qu’il me semble normal que toutes sortes de pratiques et de philosophies coexistent en la matière pour le meilleur, pour le moins bon aussi. Je l’ai déjà dit ici : ayant essuyé tant de débats allant du non dosé en Champagne et au non chaptalisé en Beaujolais, je suis curieux de goûter tous les vins qui se présentent à moi. Je suis ravi de pouvoir en aimer beaucoup et je n’ai nulle honte à en détester certains plus que de raison. Je tiens tellement à ma liberté de penser, de juger et d’écrire que j’en ai fait mon métier. Si cela ne plaît pas à certains ayatollahs qu’ils le disent et l’écrivent, cela ne me dérange nullement dès lors que cela ne vire pas trop à la chasse aux sorcières. Et puis, les choix en matière de vins sont tels qu’il doit y en avoir pour tous les goûts, y compris pour les plus étranges, pour les plus vinaigrés, les plus pourris, les plus boisés et, pourquoi pas pendant qu’on y est, les plus bouchonnés. –Deuxièmement, et c’est le privilège du vieux con que je suis (d’un naturel très nature, quand même), il me semble que, goûtant les vins dits natures depuis près de 30 ans, je suis en droit d’établir une sorte de bilan les concernant. Non pas un bilan définitif, mais une opinion modeste au bout d’années de dégustations diverses et variées pendant lesquelles, à de multiples occasions, ces vins se sont présentés à mon jugement. En effet, ce qu’ignorent les gringalets, mais aussi les grands penseurs d’un âge mûr qui se hasardent à me vendre l’aspect novateur de la chose, voire son côté révolutionnaire, c’est que la volonté de se passer du soufre qu’ont certains vignerons chercheurs dans l’âme et audacieux dans leurs conceptions du vin, remonte à l’époque des années 1980/1990 lorsque le vin de pépé laissait de plus en plus la place aux vins modernes que nous buvons et apprécions aujourd’hui, un vin issus d’une plante moins chargée en pesticides, d’un raisin plus sain et d’une terre moins dénaturée par les engrais chimiques. Tous les buveurs d’aujourd’hui ne le savent pas ou feignent de l’ignorer. Leur attitude est normale à leur âge : ils croient tout inventer, tout créer sous la baguette magique de leur enthousiasme, tout remettre en question. Je le croyais aussi à leur âge alors, comment leur en vouloir ? Or, lorsque du haut de leurs certitudes ils cherchent parfois – je dis bien, parfois – à nous endoctriner sur ce qu’il faudrait boire et ne pas boire, démarche qui m’insupporte, il est normal que je cherche aussi à mettre les points sur les « i ». Non, les gars, vous n’avez rien inventé : fut un temps où les Pierre Frick, Marcel Richaud, Pierre Overnoy, Marcel Lapierre, Olivier Cousin et autres Henry Marionnet, nous abreuvaient de leurs discours et de leurs expériences sur le sujet, n’hésitant pas parfois à mettre un certain bémol à leur enthousiasme et à répéter, par exemple, que l’aspect sanitaire du raisin ainsi que la propreté en cave étaient parties prenantes dans la réussite aléatoire de leurs rares cuvées élaborées sans soufre, cuvées que l’on était quelques fois tenté de qualifier de « sans souffle » tant elles avaient du plomb dans l’aile. L’un d’eux me disait en ce temps-là qu’il vinifiait sur un fil, tel un funambule. Et que le risque qu’il prenait l’excitait au plus haut point.

Photo©MichelSmith

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Troisièmement, surtout à l’adresse des sceptiques qui ont toujours du mal à admettre qu’un vin dit nature puisse être buvable, il me paraît impératif d’affirmer que, les expériences aidant sur tous les sols, tous les cépages et dans toutes les régions, alors que ce millénaire est déjà bien entamé, les progrès en matière de vins natures ont été considérables ces dernières années. Les échecs sont moins nombreux, même s’il existe quelques zozos capables de vinifier des horreurs, chose également possible chez les vignerons dits conventionnels. Mais la technique, l’inventivité, la témérité et l’utilisation entre autre du dioxyde de carbone dans la protection des jus, ont permis des avancées considérables. Les grands vignerons et les négociants bien établis tels François Lurton et Gérard Bertrand, pour ne citer que ceux-là, prouvent que le sans soufre ajouté peut sortir de son ghetto et entrer de plain-pied dans la grande distribution qui, quoiqu’on en pense, est actuellement le nerf mondial de la guerre commerciale du vin. Récupération ? Sans doute. Conséquence, ce type de vin ne peut plus, à mon avis, être moqué, vilipendé, diabolisé comme il l’est trop souvent encore. Il faut savoir vivre avec notre époque et accepter les progrès œnologiques en même temps que l’évolution de la consommation. D’ailleurs, le vin nature s’écoule en Italie, au Portugal, en Suisse, en Espagne, en Australie… Et ce n’est pas cette expansion qui va empêcher nos vins d’avoir du goût et de séduire le consommateur. Le premier bénéifice que nous ait apporté cette mode qui pourrait n’être que passagère, c’est cette formidable prise de conscience qu’ont les plus talentueux vinificateurs du moment : on peut enfanter de grands vins en limitant très fortement les doses d’apports en soufre. Boire du vin, même en excès, devient alors beaucoup plus digeste, beaucoup plus confortable, plus moderne et plus agréable.

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Quatrièmement, évoquons pendant qu’on y est ce qu’il y a de plus important, finalement, dans cette histoire où l’on ne cesse de se mordre la queue : le goût, le corps et la structure du vin. En m’excusant par avance sur le caractère un peu trop généralisateur de ce qui va suivre, je peux dire sans honte que j’adore les vins libres lorsque je les cueille dans leur prime jeunesse surtout, en plein sur leur fruit, plus rarement lorsqu’ils sont plus âgés, sauf à les prendre dans une cave, chez eux à priori, où ils n’ont pas subi les excès de variations de températures et encore moins les affres du transport. Par précaution, certains cavistes vont même jusqu’à les ranger au froid pour les stocker plus sûrement. Donc, je ne les repousse pas systématiquement, on l’aura compris. Mais je dois avouer qu’en dehors d’une dégustation récréative, ce type de vin qui, on le voit, mérite pleinement qu’on le qualifie de vin gentil, ne va rarement plus loin que ce que j’attends d’un vrai vin, un vin de table, par exemple. Où veux-je en venir ? Eh bien, après m’être rincé le gosier en bonne compagnie avec des vins de nature aimable, tels les vins sans soufre ajouté, pourvu qu’ils ne soient pas déviants et marqués par d’horribles saveurs (il y en a aussi dans les vins dits conventionnels), il me faut d’autres boissons autrement plus sérieuses pour m’accompagner à table et parfois jusqu’au bout de la nuit. J’ai eu la chance (pas qu’une fois) de comparer à l’aveugle le vin d’une même cuvée sans soufre ajouté d’un côté et avec un minimum de soufre de l’autre. C’est toujours la cuvée soufrée qui m’impressionnait le plus. N’ayant qu’une matière moyennement expressive et peu persistante, les vins sans soufre ajouté, les gentils, même ceux qui concèdent un trait de génie, manquent de profondeur, de longueur, de complexité. Une fois bus, ils vous tombent des bras et vous quittent sans même avoir la politesse de dire au revoir. Je n’ai pas le souvenir non plus d’avoir apprécié une bouteilles de vin nature laissée en vidange un jour ou deux. Pour ce qui me concerne en tout cas, ils n’ont pas cette allonge indispensable, cette prolongation miraculeuse qui vous marque l’esprit, vous pénètre le corps et vous fait apprécier les mariages les plus complexes, les plus subtils. En d’autres termes, ils n’ont pas grand-chose d’efficaces et de vibrant à me proposer vu, qu’en plus, ils ne s’épanouissent guère trop après une garde, même moyenne. Sauf exception, bien entendu.

Photo©MichelSmith

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En définitive, je ne les écarte de ma bouche que s’ils sont franchement mauvais, à l’instar de n’importe quel autre vin. Et je qualifierai volontiers ces vins d’aventureux tant il peut y avoir de différences d’une bouteille à l’autre sur le vin d’une même cuvée. Et puisque je ne crache jamais sur les aventures, que je suis ouvert d’esprit, je les goûte volontiers… tout en ne me privant pas de les critiquer comme je le ferais avec n’importe quel autre vin. Pour l’instant, je n’ai toujours pas bu de très grand vin qui se revendique du mouvement vin nature.

Michel Smith

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