Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le bois, qu’est que ça me chauffe !

Provocation ? Sempiternel marronnier ? Serpent de mer éculé ? Sujet vieux comme le monde ? Ou simple envie de me lâcher, de buzzer tant le thème provoque de débats enflammés sur les réseaux sociaux ? On pourra penser ce que l’on veut sur la démolition en règle de cette mode boisée qui perdure depuis les années 80, c’est-à-dire depuis que je me suis senti attiré par la découverte du vin, toujours est-il que je m’étonne encore moi-même du rôle de l’éternel offusqué que je joue sans mal tant il m’arrive d’être révolté par ce sujet passe-plat ou passepartout qui relie le vin au bois. La cause de mon ire se nomme « Wine & Barrel », in French dans le texte comme toujours chez nous lorsque l’on veut faire un tant soit peu international, un rien amerloque, comme s’il s’agissait de copier Hollywood pour se faire entendre. Ce truc, sous-titré Alliances du Monde (à moins que ce ne soit le nom de la société qui l’organise, sise dans le Mâconnais) dont on m’annonce par communiqué interposé la prochaine troisième édition (en Octobre, on a donc le temps, mais avant il faut bien agiter le clan des pigeons…), se tiendra à l’Abbaye de Noirlac « au cœur des plus belles futaies de chêne d’Europe, en lisière de la Forêt de Tronçais ». Et ce machin, vous l’aurez deviné, n’est rien d’autre qu’un énième concours mettant en scène mon cher pinard !

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Entendons-nous bien : je ne suis pas contre l’usage de barriques, demi-muids et autres foudres de diverses contenances. Il se trouve que j’ai voyagé dans le monde du vin et que j’ai pu constater, de mes yeux vu, ainsi que de mon nez et de mon palais, que l’usage du bois plus ou moins modéré, surtout quand il est de noble origine, bien séché et bien utilisé par des orfèvres en tonnellerie, peut apporter un supplément d’âme au vin. Bien entretenue, bien nettoyée, bien utilisée parfois même sur une dizaine d’années, bien pensée, ajouterais-je, une pièce classique bourguignonne, ou bien une double barrique bordelaise ou encore une pipe portugaise peut offrir à certains vins le contenant idéal. Soit, là n’est pas la question et je ne cherche pas à vous imposer la ritournelle qui a bercé mon parcours journalistique dans le vin sur l’utilité du mariage d’essences forestières au jus de raisin fermenté ou pas. En abordant le thème, ce ne serait que cliché et déjà-vu.

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Et si je tentais malgré tout une nouvelle fois d’aborder un tel débat, il serait faussé à l’avance dans la mesure où je suis capable de tomber moi-même dans le panneau d’un cru élevé en fûts de chêne neufs 24 mois et plus, comme je suis capable de dégueuler en ingurgitant un vin élevé de pareille manière dans une cuve en plastique alimentaire. Bien entendu, il en va de même pour un vin non boisé, un vin sulfité ou pas, un vin bio, un vin rosé, un pet’nat, je ne sais quelle catégorie encore. Un jus de chaussette reste un jus de chaussette. Ce qui compte en priorité, c’est le vin avec tout ce qu’il peut avoir d’agréableet de sublime à me raconter. Le bon vin en somme.

©Tonnellerie Radoux

©Tonnellerie Radoux

Alors, pourquoi vais-je maudire un tel concours, un de plus ? C’est que quelques petites choses pouvant paraître par ailleurs insignifiantes me choquent dans la démarche de ces messieurs-dames d’Alliances du Monde, concours auquel je ne saurai participer même en étant payé. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

-D’abord, l’outrecuidance de la démarche, cette sorte de désinvolture à présenter une idée selon laquelle on voudrait laisser croire qu’il n’y a d’excellence qu’au travers d’une forêt de chênes bien dressés, fussent-ils centenaires ou pas. Cela me rappelle la remarque innocente d’un arriviste notoire – et catalan-mondain de surcroît – qui déclarait un jour à la télé que, si à 50 ans on n’avait pas sa Rolex, alors on avait en quelque sorte raté sa vie ou quelque chose du même acabit. Certes, le mec a reconnu plus tard sa connerie, mais c’était tellement péremptoire comme remarque que ç’en est resté longtemps inscrit dans la mémoire collective de la crétinerie estampillée vingt et unième siècle. Eh bien là, c’est un peu pareil : « Tu n’es pas grand cru mon gars si tu n’as pas ta barrique » !

Qu'est-ce qu'on s'ennuie avec le bois...Photo©MichelSmith

Qu’est-ce qu’on s’ennuie parfois avec le bois…Photo©MichelSmith

-Suite logique, que l’on soit journaliste, critique, vigneron, sommelier, caviste ou amateur, il est inévitable de penser que, puisque de tous les façons des vins vont se présenter pour concourir, je pense surtout aux nombreuses coopératives avides de médailles, cela ne va pas manquer d’inculquer dans l’esprit des gens mal pensants (ma pomme, par exemple) que l’on officialise l’idée qu’un vin, pour être jugé bon, doit être boisé, élevé sous bois pour faire plus hypocrite. En effet, je vois mal une médaille d’or remise à un vin qui aurait parfaitement intégré ou digéré son bois au point que l’on ne ressente pas la moindre effluve de vanille, d’eucalyptus, de clou de girofle, de goudron ou de noix de coco à son contact. Est-ce l’intensité de la présence du bois, son goût de sciure fraîche ou son toastage que l’on va juger en priorité dans le vin ? Ou, au contraire, sa discrétion plus ou moins totale ? Est-ce son élégance ou la fermeté de ses tannins boisés ? Rien que de lire les notes des membres du jury, cela va valoir son pesant de chips en sachets.

-Enfin, j’ai des doutes plus que sérieux sur l’organisation pratique d’un tel concours. Outre le fait qu’il va falloir payer une inscription de 180 € TTC par cuvée présentée, sans compter les frais d’expéditions (6 bouteilles) et les suppléments pour obtenir la « synthèse des commentaires de dégustation », le seul document exigé, hormis un bulletin d’analyse, sera une « attestation d’authenticité sur l’honneur de l’élevage traditionnel en fûts de chêne ». Cette simple idée d’élevage « traditionnel » en fûts me laisse perplexe. Qu’entends-t-on donc par là ? Du chêne américain ou du Limousin ? De la barrique de 225 litres ou double-barrique ? Un élevage de 6, 12 ou 24 mois ? Du chêne neuf ou d’occasion ? Et pourquoi pas du noisetier ou du châtaignier ? On peut avoir une idée (vague) de ce qu’il faudra faire pour gagner quelque chose en consultant ici le « Top 10 » des vainqueurs de l’an dernier. Vous n’avez pas d’idée ? Moi, si.

Vieux, c'est mieux ? Photo©MichelSmith

Vieux, c’est mieux ? Photo©MichelSmith

Il y a bien d’autres questions à poser sur ce genre d’événement. La principale serait de se demander ce que vient faire dans une telle galère la pourtant très sérieuse Revue des Œnologues où j’ai signé jadis plus d’un article ? À moins qu’elle ne soit partie prenante dans le fric qu’une telle manifestation est en droit de rapporter. Tout cela sur le dos de vignerons qui, une fois de plus, vont dépenser le peu d’argent qu’ils gagnent appâtés par le gain de quelques médailles en papier collant qui feront vendre les cuvées à d’autres gugusses dupés par l’or. Boisez, boisez, boisez donc, il en restera toujours quelque chose…

Michel Smith


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Le vin peut-il se complaire à jamais dans l’ignorance ?

Il n’y a qu’à lire l’article de notre Hervé national d’hier pour s’en rendre compte : de nos jours, ce n’est plus aussi évident de parler du vin. Du moins, c’est ce que je ressens aussi. Moi-même je suis confronté presque chaque jour à cette expérience qui fait que je doute de plus en plus de la manière dont j’écris sur le sujet. Ça ne passe plus. En dehors de quelques amoureux et professionnels, mis à part les érudits qui viennent sur notre site pour débattre entre gens de bonne famille et de bonne compagnie, entre connaisseurs, est-ce que nous avons nous un réel public, une audience ? Perso, je suis convaincu que non. Combien, parmi ceux qui nous lisent, ont-ils encore la volonté profonde d’apprendre, de découvrir, de nous accompagner dans nos dégustations, de partager notre enthousiasme comme nos déconvenues ? Entendons-nous bien, je ne suis pas en train de démissionner ni de pleurer sur notre sort. Le plaisir reste. Pourtant, à voir les rubriques vins réduites en peau de chagrin quand elles ne reproduisent pas carrément les dossiers de presse, à lire les revues spécialisées condamnées à la plus stricte confidentialité, quand ce n’est pas à la mendicité, il semble pour ma part que l’univers du vin se complait de plus en plus dans une forme de médiocrité ambiante et que l’on s’enfonce petit à petit dans l’ignorance.

Photo©MichelSmith

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Partout les mêmes flacons, les mêmes facilités, les mêmes complaisances… Oui, je sais, vous allez penser que c’est très dur d’énoncer de telles choses. Le problème, c’est que je le pense vraiment : à moins d’être bling-bling, à moins de faire dans le consensuel, le vin intéresse de moins en moins le grand public.

Soif de découverte, soif d’apprendre, soif de goûter, soif de comparer, soir de comprendre ? Tu parles, soif de rien ! Ces mots ont-ils encore du sens dès lors que tout est accessible par la voie rapide comme l’est l’éclair d’Internet. Tout afflue à grande vitesse au point que l’on veut goûter la nouveauté sans tarder pour l’oublier aussitôt sans prendre la peine de savoir ce qu’il peut y avoir derrière. On ne nous laisse même plus le temps de questionner, de discuter, d’analyser, d’enquêter, de remettre en cause. Il faut tout obtenir et tout de suite. Le vin vient du Chili, il est rouge, il est bio, c’est un Merlot, il est cher ou pas, point final, avec ça, on aura tout dit ! Vrai, quoi, qui connaît encore sa géographie vineuse ? Qui sait comment la Bourgogne est foutue ? Qui connaît l’histoire de Bordeaux ? On se fiche de la région, de l’âge des vignes comme du procédé de vinification. Oubliés climats, terroirs, cultures, au diable le personnage qui est derrière la bouteille, à moins qu’il ne s’agisse d’un « people ». Le vin est cher ou abordable, la tablée semble ravie, la soirée s’annonce bien et c’est tout ce qui compte ! Non mais, vous n’allez pas en plus nous faire chier avec le passé de la propriété, la température, le juste mariage avec le plat et tout le tintouin ! Vade retro ! Dépité, j’ai constaté il y a peu que moi aussi je me sentais impuissant face à cette marée humaine si prompte à broyer du vin dans l’ignorance la plus totale, l’inculture crasse, la beuverie ordinaire.

Photo©MichelSmith

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Envoyé spécial pour moi-même, comme d’habitude, j’étais l’autre jour dans la capitale du vin. Non pas dans les vignes de Vouvray ou de Beaune, ni même aux abords du Quai des Chartrons, mais dans les rues grouillantes de Londres, métropole polluante et bruyante composée de buildings à ne plus savoir qu’en faire et de millions de fourmis consuméristes qui ne pensent qu’à une chose : travailler pour gagner plein d’argent à dépenser au plus vite dans les boutiques qui foisonnent. Que de futiles prétentions ! Lâcher des billets à la moindre occasion comme, par exemple, se bourrer joyeusement la gueule entre collègues histoire de célébrer une victoire commerciale, un match de foot ou de rugby, le départ d’une collègue ou l’enterrement de vie de garçon d’un copain. Tout est bon pour se lâcher avec des vins dépourvus de personnalité, prendre un selfy de ces bacchanales modernes pour mieux repartir le lendemain et participer au rayonnement mondial de la perfide Albion. Plus que jamais l’Angleterre est mûre pour la gloire, elle a du succès et la manne qui va avec doit être remise en circulation au plus vite : d’où le pot-pourri incroyablement plus riche qu’ailleurs proposé à chaque coin de rue dans une métropole qui ne dort plus tant elle s’enivre de consommer veillée par des tours toujours plus audacieuses.

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Parmi ces futilités, la bouffe débridée et le pinard décomplexé occupent une place de choix. Dans les pubs, bien sûr, où le vin est confronté presque à égalité avec la bière, mais aussi dans les gares, les aérogares, les grandes surfaces et les petits commerces ouverts le dimanche, l’offre vins est pléthorique. Les hôtels, les restaurants, les bars débordent de formules soigneusement griffonnées sur des ardoises où, à partir de 10 personnes, par exemple, vous bénéficiez d’un plat (enfin, ce qui ressemble à un plat) et d’une bouteille de vin (on ne vous dit pas laquelle) pour une somme forfaitaire très avantageuse. Et pour une étrange raison que je ne m’explique pas, depuis un couple d’années c’est le Picpoul de Pinet qui a la cote parmi les blancs dans les pubs. Pourquoi lui et pas le Mâcon ou le Muscadet ? Pourquoi est-il devenu impossible de trouver un dry Sherry dans les mêmes pubs ? Partout, il y a une liste de vins consultable, pas forcément très longue, mais assez complète, avec toutes les couleurs, presque tous les genres, tous les pays, des noms sérieux et illustres côtoient des vins inconnus réservés à toutes les bourses. Le tout étant proposé dans la plus extrême des politesses et avec le sourire en plus, sans oublier le petit accent slave, ibère, rital ou frenchy qui va si bien avec. Oui, Londres reste la capitale mondiale du vin.

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En dehors de telles généralités trop grossièrement brossées, quel choix propose-t-on réellement au Londonien lambda pour ne pas dire moyen ? Hormis les quelques valeurs sûres que nous connaissons tous, je ne sais pas moi, un Michon en Vendée par ci ou un Bizeul en Roussillon par là, l’offre est tellement vaste que l’on pourrait la qualifier sans mal de « riche et globale ». Avec des vins où la nationalité apparaît plus importante que le reste, ce qui semble normal tant les rues de Londres sont occupées par les étrangers du monde entier. Londres joue à fond le cosmopolitisme. Avec des vins estampillés « Bordeaux » ou « Burgundy » surtout, côté Hexagone. Ou encore des vins décrétés « regional France » et dûment bouchés vis à des prix décents entre 8 et 12 £ (je vous laisse le soin de convertir) que l’on trouve en boutiques genre Oddbins ou Nicolas. Gigantesque fourre-tout où le Beaujolais est mêlé au Muscadet pour être mixé à la sauce Bergerac en passant par le Malbec, le Grenache ou le Pinot. Songez que le rayon Géorgie d’une boutique palatiale comme Hedonism, sise au cœur du très chic Mayfair, à un jet de bouchon de Champagne du Claridge’s et de la cave à cigares de Dunhill, est aussi vaste que celui de la Touraine, du Roussillon ou du Languedoc, régions qui de toute façon ne sont pas répertoriées comme telles car risquant de compromettre la donne. Dans ce nouveau « temple » du vin fondé cela va sans dire par un milliardaire Russe, « the crème de la crème », comme ils disent (le magasin, pas le Russe), l’espace Australie et Tasmanie s’offrant à mes yeux écarquillés propose des vins aussi chers que certains Rhône ou Bourgogne. Tout ce qui brille, tout ce qui évoque le fric et l’opulence – Champagne, Toscane, Piémont, Latour, Yquem, Montrachet… – , tout ce qui est d’un format démesuré, tout symbole de luxe et de débauche sonnante et trébuchante, est mis en avant sans aucun état d’âme. On est là pour faire du fric, oui ou merde ?

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Ici, la connaissance du vin importe peu. Hormis quelques exceptions, on vient dans cette boutique – je n’appelle pas ça « caviste » – non pas pour découvrir, mais pour briller en société, pour s’extasier, pour épater, frimer, en mettre plein la vue et repartir avec une caisse de Cheval Blanc 1947 ou un petit vin de Hongrie de derrière les fagots. Confiant, l’acheteur s’en remet à une armada des vendeurs plus compétents que jamais, tous jeunes et propres sur eux. Bien éduqués, ouverts, plus aimables et serviables les uns que les autres, d’un chic nonchalant, rompus à toute négociation commerciale, ils viennent de tous les pays. Très larges d’esprits, ils s’adaptent aux situations les plus extravagantes et sont capables de livrer à votre hôtel la bouteille la plus rare, la plus grosse, la plus introuvable. Si vous venez en tribu, ils s’occuperont de garer la Rolls et conduiront vos enfants dans une salle qui leur est réservée afin que vous puissiez faire vos emplettes en paix. Ils peuvent même vous faire goûter des vins (50 bouteilles en machines Enomatic) de Grange, de Sassicaia ou de Haut-Brion. Alors pourquoi vous inquiéter ? Laissez-vous faire. Les livraisons ? Pas de problèmes puisque la maison dispose de quelques « eco-friendly vans »…

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Normal que le vieux journaliste spécialisé en choses du vin se fasse tout petit à côté d’une telle démesure. Pourquoi s’évertuer à vouloir fouiller dans les campagnes savoyardes ou catalanes à la recherche de trésors cachés quand ils sont connus avant presque de naître par les trois-quarts de la planète qui, même si elle n’a pas les moyens de se les procurer, rêve de les posséder un jour ? À quoi cela sert-il de déguster 50 vins de Carmenère ou 100 Bordeaux Sup’ et de les commenter quand c’est de la Syrah que tout le monde réclame ? Le vin s’est globalisé. Sournoisement, il s’est uniformisé à la manière d’un parfum de marque pour mieux rassurer une clientèle qui ne souhaite prendre aucun risque et s’en remettre, question culture, qu’aux commentaires de quelques experts patentés qui eux mêmes ont savamment rationalisé leurs discours afin de plaire au plus grand nombre à la fois. Le vin d’aujourd’hui ressemble à cette clientèle : il est inculte. On n’achète plus un Minervois ou un Madiran par souci d’entretenir je ne sais quelle flamme sentimentale, on paie un rouge ou un blanc par tranches de portefeuille : moins de 5 €, 10 €, moins de 20 €, 1.000 €, etc. Le vin n’est plus qu’un vulgaire prix. Standardisé, il est le reflet de notre société qui consomme sans chercher à savoir, un monde qui se nourrit de clichés et de trophées. Le pire dans tout cela, c’est que même bouchonné le public trouvera au vin quelques qualités.

Photo©MichelSmith

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Pour s’en remettre, il faudra attendre une ou deux générations. Attendre qu’une société s’écroule pour mieux se reconstruire sur de nouvelles bases. Le temps de reformer des générations d’amateurs rompus à l’érudition, à la curiosité. Le temps de redonner soif à un monde aveuglé par le paraître. Le temps de privilégier la connaissance face à l’ignorance. Quand je vous disais que j’étais un éternel optimiste…

Michel Smith


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Fizzical battle – Day One : CIVC takes on sole trader – Champagne Jayne

 facebook,jpgChampagne Jayne’s Facebook page  

Graeme Loft’s report on Day One of Jayne’s ‘trial’ Day 1: 15/12/14

‘Champagne Jayne’ on Trial

‘The final chapter in the year-long dispute between France’s protector of the exclusivity of the Champagne brand, the Comité Interprofessionnel  du Vin de Champagne (CIVC) and Australian wine educator Rachel Powell, better known as Champagne Jayne, began in the Federal Court of Australia today before Hon Justice Jonathan Beach.

In July 2012, Ms Powell’s trademark ‘Champagne Jayne’ was accepted by IP Australia, the Australian Government agency that administers intellectual property. The CIVC  wants the Federal Court to force Ms Powell to withdraw the trademark and its use on her website, Facebook, Twitterand other social media accounts.

The CIVC has accused Ms Powell of misleading or deceptive conduct by using the name Champagne Jayne while also promoting other sparkling wines.  It also accuses Ms Powell of profiting from the use of the name Champagne in her trademark Champagne Jayne and of tarnishing the Champagne brand.

The CIVC’s team of lawyers argued that Ms Powell had deliberately or inadvertently created the impression that some Australian and other sparkling wines were champagnes or were “as good as or better than” champagne. They also suggested that by using the name Champagne Jayne, she had presented herself as an approved representative of the Champagne industry. These accusations were strenuously denied by Ms Powell’s lawyer.

Video evidence from television broadcasts and social media was provided to demonstrate that since she registered Champagne Jayne as her business name in 2009 Ms Powell has passionately promoted champagne as a wine expert, broadcaster, journalist and presenter. (Jayne Powell started using Champagne Jayne for her business in 2003 and then in 2009 registered it as her business name.)

While the CIVC’s lawyers argued that Ms Powell’s presentation of other sparkling wines on television and social media was misleading and tarnished the Champagne brand, the videos showed that Ms Powell always made a clear distinction between champagne and other sparkling wines. There was no evidence of deception.  Ms Powell’s lawyer also provided evidence that her presentation of sparkling wines other than champagne was occasional.

Champagne Jayne’s apparent recognition in France itself as a promoter of Champagne was highlighted, including her title as Dame Chevalier, awarded in 2012 by the Ordre des Coteaux de Champagne, the official fraternity of the major champagne brands. In the same year she was awarded International Educator of the Year at the Champagne Summit in London and a Gourmand World Wine Book Award in Paris for her book ‘Champagnes, Behind the Bubbles’.

The trial will continue tomorrow (Tuesday 16th December 2014).’

My grateful thanks to Graeme for his report from the Federal Court in Melbourne. I look forward to receiving his report on Day Two, which will be on Jim’s Loire .

Jayne Powell (Champagne Jayne) videos on YouTube.

Jayne Powell (Champagne Jayne) videos on Vimeo.

Comment

Both sides appear to be playing for high stakes. If Champagne Jayne loses she will have to rebuild her business under another name, rebuild her social media presence and face likely bankruptcy paying her legal fees.  A win for Champagne would also presumably put on notice the number of people who use Champagne in their twitter handle whether they happen to be in the wine business or in a different sphere such as hi-hop.

Should the CIVC (Champagne) lose it will undoubtedly be embarrassing, although the court’s decision would presumably only apply to Australia. It would demonstrate how ruthless Champagne can be even prepared to pursue its supporters. It would probably make the pursuit of other people who use Champagne in their name on social media more difficult. While their pursuit of Champagne Jayne may lose some friends on the wine world, outside, with the possible exception of Australia it is unlikely to make any impact at all. Going after a hip-hop artist, on the other hand, could be quite different!


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#Carignan Story # 250 : Scrogneugneu, en voilà du boisé !

Tout excité que j’étais d’avoir découvert cette étiquette travaillée aux petits oignons, voilà que je m’apprêtais à dérouler le tapis de louanges. C’était au hasard d’une improbable halte, mais par ailleurs fort recommandable, en bordure d’ancienne nationale, à Lézignan-Corbières pour être précis, au Cdd Sud, sorte de vaste antre à souvenirs où le riz de Marseillette côtoie le cassoulet. En saisissant le flacon, je me faisais tout un cinoche dans ma tête : tiens, tiens… des négociants Bourguignons qui s’intéressent au Carignan et qui en plus le qualifient de « cépage rare » allant jusqu’à le commercialiser à un prix idéal (4,95 €) , semblable à ce Samso Catalan que je décrivais dans mon dernier article du Dimanche. Oui, j’avais vraiment hâte de goûter ça !

Photo©MichelSmith

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Au départ, tout m’a plu dans ce vin sorti d’une gamme étoffée sous la marque « Les Janelles » par des « Artisans des vins du sud de la France » comme le proclame fièrement leur site Internet. Bouteille haute et élégante, étiquetage précis et soigné, l’ensemble est presque endimanché avec la mise en avant, très nouveau monde, du nom du cépage. Impeccable bouchon synthétique facile à extraire, on était bien loin de l’idée d’un vin « low cost » qui, à cause du prix peut-être, tentait sournoisement de s’introduire dans mon esprit. J’étais tellement excité à l’idée que ce vin puisse me séduire que je suis allé voir sur la toile si son nom, « Jamelles » avait une quelconque signification. J’ai appris que, depuis 1946, sept filles en France, oui sept, avaient reçu le prénom de Jamelle. J’ai aussi appris que cette gamme de vins était l’œuvre d’un couple d’œnologues Bourguignons amoureux du Languedoc. Tout cela était de fort bonne augure…

Quelques semaines de repos, arrive le jour de la dégustation. En ouvrant le flacon, un lancinant parfum de noix de coco semble envahir la pièce. Au nez, j’ai l’impression de sniffer du Malibu ! En bouche, j’ai la désagréable sensation d’être pris par une odeur tenace venue d’ailleurs. Bora Bora peut-être ? Je mâche le vin, je le fais tourbillonner dans mon palais, je le crache enfin et je ressens quoi donc ? Du bois tendre à pleine bouche, puis rien ou pas grand chose derrière pour signer la finale, enfin rien de bien intéressant, pas même un brin de fruits rouges. Mon impression ? Une piètre macération carbonique de jus achetés à bas coût dans des coopératives-usines qui subsistent tant bien que mal dans le Languedoc et le Roussillon. Le temps d’une mauvaise pensée, j’imagine. Pourtant, là c’est bien écrit « Carignan ». Pour une fois le nom du cépage n’est pas caché, comme je l’ai dit plus haut, on a même rajouté « Cépage rare » au cas où il faille convaincre les hésitants. C’est en le humant une nouvelle fois histoire de m’assurer que je n’écrivais pas de conneries, que me vint alors une drôle de vision : un mec en blouse blanche penché au dessus d’une cuve pour y verser le contenu d’un sac en plastique, une grosse quantité de copeaux de bois aromatisés coconut. Je me suis déjà farci des vins aromatisés aux copeaux de bois et je suis en mesure de vous assurer qu’ils étaient bien au-dessus de celui-ci ! Ceux qui ont concocté ce vin le boivent-ils seulement ?

Photo©MichelSmith

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Désolé, mais cette chose me fait perdre la raison. Elle me fait sortir de mes gonds au point de me mettre un court instant dans la situation d’un de ces faiseurs de vins qui, du nord au sud et d’est en ouest, veulent notre bien c’est entendu. Ici, techniquement, on nous parle de « caractériser » un vin. Et pour cela, on a des techniciens qui proposent une palette d’artifices comme le bois, les essences de bois devrais-je dire. Tout une panoplie de saveurs boisées pour beaucoup étrangères au raisin qui laissent un goût de vanille, de fumé ou de clou de girofle, que sais-je encore. Problème, on veut donner une personnalité à un vin qui, dès le départ, n’en a peut-être aucune. Ben oui quoi, s’il en avait du caractère, de la personnalité, on ne ferait rien, n’est-ce pas ? Ou alors, ce serait pour le masquer parce qu’il en a trop ? Dans ce cas, pourquoi l’a-t-on acheté pour ensuite mieux le revendre ? Cela s’appelle du négoce et j’en connais, moi, des négociants formidables qui, sans chercher à faire des miracles, travaillent très bien dans le sens de la mise en valeur d’un vin au moyen d’assemblages, par exemple. Mais là, ce Carignan, comme on le sent frêle, acide et peu sexy, on va vous le maquiller, le remodeler, l’arranger. Normal, c’est aussi le boulot du négociant, quoiqu’on en dise. C’est vrai que vu le prix qu’on l’a payé au départ… et vu le prix de vente souhaité en magasin… Bref, l’habillage va arranger tout ça, le marketing bien pensé aussi, les fiches techniques données à la presse où l’on ne manquera pas de souligner cet élevage si particulier en barriques neuves, de préférence en chêne américain (Chut ! N’en dîtes rien ! Vous comprenez, c’est beaucoup moins onéreux que le chêne de l’Allier ou du Limousin) destiné à « complexifier » le vin. Pour aller plus vite, on pourra même mettre des copeaux en sachets, des morceaux de bois à infuser dans la cuve. Ce sera encore moins cher et cela réclamera moins de manipulations. Et c’est ainsi que ce goût étrange venu d’ailleurs devrait masquer celui du vin pour être au minimum vendable et buvable dans des boutiques peu regardantes. Voilà le travail tel que je me l’imagine. Bien sûr je peux me tromper. Rassurez-vous, je révise mon mea culpa.

Eh bien non, je ne suis pas d’accord ! Au risque de déplaire, de me répéter, de passer une fois de plus pour un malotru, pour un imbécile de journaliste donneur de leçons, comme tant d’autres cépages, le Carignan est capable de faire sans le bois pour s’exprimer. Nul besoin de grandes études pour le savoir. Il suffit de rencontrer quelques bons vignerons des Corbières ou du Minervois pour s’en rendre compte. Le Carignan, messieurs-dames, c’est pas un frimer. Il est à l’aise dans sa terre de garrigue caillouteuse, enraciné dans sa roche, coiffé comme un plumeau mais confié à de bonnes mains vigneronnes. Nul besoin de le maquiller. Et si son propriétaire le souhaite, en insistant un peu mon Carignan peut aussi parfois nous dire des choses encore plus intéressantes. Surtout lorsqu’il est élevé dans une belle pièce bourguignonne d’occasion aux douelles de bonne origine, séchées lentement à l’air libre et pas trop toastées s’il vous plaît. Non, je ne cherche pas à donner une leçon de Carignan. Ce n’est d’ailleurs pas mon rôle. Mais enfin, tout de même, messieurs et dames du négoce, donnez-vous la peine de regarder autour de vous, allez salir vos souliers de temps en temps en marchant entre les vieilles souches.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Je ne sais pas vous, mais moi ce que je viens de goûter, j’appellerais ça de la mauvaise cuisine. Honnêtement, je ne sais pas si les nombreux autres vins de cette marque (il y a également une gamme bio) jouent sur le même registre, mais si tel était le cas, en tant qu’amateur cela me foutrait une trouille bleue. Et la rage au sang. Bien sûr, la vanilline combinée au whisky lactone comme on dit chez les chimistes-parfumeurs pourrait bien s’estomper au bout de quelques heures dans le verre. Mon oeil ! Pour faire place à quelque chose qui ressemblerait à une bouillie de sciure fraîche ? Pour ma part, j’ai beau boire du thé Sencha Fukuyu pour tenter de m’en débarrasser, au bout de la troisième tasse j’ai encore le parfum Tahiti douche en bouche ! Oui, d’accord, j’entends vos remarques : « T’es plus dans le coup papy, tu charries. Tiens, j’ai l’adresse d’une bonne maison de retraite. T’as rien compris au commerce, c’est une façon d’attirer un public jeune, c’est tendance. Ma foi, tu dois être allergique à la pina colada ».

Fort bien. Moi, j’veux bien passer pour un has been aux yeux de vous tous. Sauf que mes enfants et petits enfants, je préfère les former au goût du vin pur et à celui de la délicatesse. Pas au goût de ces sottises que certains chauffeurs cachent sous le volant de leur caisse ou accrochent à leur rétroviseur intérieur pour parfumer leur « ambiance environnementale ». Pour avoir la conscience tranquille, j’ai entrepris de goûter ce vin une seconde fois, 24 heures après rebouchage. Mal m’en a pris : c’était moins envahissant, certes, moins dur en bouche, mais toujours là, bien présent. Non, non et non, le goût du Carignan n’a définitivement rien à voir avec celui de la noix de coco. Le chanvre indien à la rigueur, je veux bien, mais surtout pas ce goût là ! Au fait, il s’agit d’un Vin de France 2013. Tout le reste de la gamme (Grenache, Sauvignon, Merlot, etc), si j’ai bien saisi, est en Pays d’Oc, puisque le Carignan est refusé à l’état pur par les géniaux concepteurs de cette dénomination qui n’est rien d’autre qu’une vulgaire mais très efficace marque commerciale sur le terrain de la mondialisation et de l’uniformisation. Ce n’est pas pour rien que le Wine Spectator a accordé une note de 87 au Cinsault (rosé) Les Jamelles. Et puis, à l’export, ces vins semblent d’ailleurs bien fonctionner. Tant mieux, car nul n’est prophète en son pays. Et puis surtout, je n’oubliez pas que tous les goûts sont dans la nature… Fort heureusement.

Michel Smith

PS Je sais que cette colère passagère du vieux ronchonneur que je suis risque de faire de la peine aux auteurs de ce vin et je m’en excuse à l’avance auprès d’eux. Ceux-ci m’ont envoyé des échantillons d’une autre cuvée de Carignan, si j’ai bien compris quelque chose de plus « haut de gamme ». Qu’ils soient rassurés : pour ne pas être influencé, je goûterais ces vins à l’aveugle et avec des amis bons dégustateurs. Comme cela, je serai parfaitement objectif.


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Champagne Quiz: who are they taking to court?

The Champenois are famous for being litigious, so here is a fun quiz in the lead up to Christmas.

Question 1: Who are the CIVC (Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne) taking to court over a Twitter handle? Is it A or B

A

Alma

Champagne Escorts: ‘Alma is waiting for you!’
@ChampagneEscort

profile

B

TV appearances

Champagne Jayne’s TV appearances

Jayne-Tom Jones

Jayne Powell (aka Champagne Jayne)
@champagnejayne

 Question 2Who did Veuve Clicquot threaten to take to court over label confusion?

A

VC-CiroCiropicariello: small Italian producer

B

IMG_8280

Prosecco producers: Valdo, Canti, Cadoro (Maschio)

IMG_8282

Canti with Veuve Clicquot

Question 3: which of these Australian trademarks is the CIVC opposing?

A: Canada Dry 

Canada Dry – the Champagne of Dry Ginger

Canada Dry: The Champagne of Ginger Ales

B: Diamonds in Champagne 

Diamonds in Champagne

Diamonds in Champagne: Retail sales – clothing, headgear, handbags etc
Also blogs, on-line publications of diaries

Diamonds in Champagne-dets


C: Shelley’ s Snowcap Champagne  
Shelleys Snowcap Champagne pic
Answers:

1: B –  The CIVC’s case against Champagne Jayne (Jayne Powell) for sowing confusion and profiting from the image of Champagne while also mentioning sparkling wines other than Champagne with start at the Federal Court of Australia on Monday 15th December 2014 and is estimated to last for four days. It would appear that the CIVC prefer their defendants to be fully clothed!

2: A –ciropicariello:  Veuve Clicquot threatened to take this 7-ha Southern Italian estate to court in Avellino in the interior of southern Italy to the east of Naples – appropriately VC explained that they had entered into ‘amicable conversations with ciropicariello. Veuve Clicquot appear to have less appetite to take on the profusion of Proseccos with yellow/orange labels, which lead consumers to believe that any sparkling wine with a yellowy-orange label must be Prosecco.

3: Bit of a trick question as none of these Australian trademarks has been opposed by the CIVC. They have, however, objected to Champagne Jayne, a trademark approved in July 2012 which they have opposed since November 2012.


C-Jayne trademarkChampagne Jayne trademark approved 26th July 2014

Jayne Powell - oppositionOpposition by CIVC (Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne)
lodged 1st November 2012

JiM


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20 novembre 2014 – journée noire pour l’e-commerce du vin en France

EMericSautya

Emeric Sauty de Chalon: a great magician whose renowned speciality is changing cases of First Growth Bordeaux into bottles of Bordeaux Supérieur that can be purchased from Cora supermarkets for 5.50€. « Emetic is a rare talent! » Charles Ponzi.

FabienHyon

Fabien Hyon: another great magician

’20 novembre 2014 – Validation du plan de continuation d’Héraclès – COMMUNIQUE DE PRESSE

Héraclès annonce aujourd’hui que le Tribunal de commerce de Paris a homologué son plan de continuation, entraînant la clôture de la procédure de redressement judiciaire de la société faîtière du groupe. Ce plan a été présenté avec le soutien du partenaire financier historique du groupe. En octobre 2013, Héraclès s’était placée sous la protection du Tribunal de Commerce de Paris afin de mettre en place un plan de traitement global et équitable des derniers clients attendant des Bordeaux Primeurs.

Au cours des douze derniers mois, il a été possible de construire une solution permettant à tous les clients concernés d’obtenir soit le remboursement intégral et progressif du montant de leur commande, soit une livraison garantie d’une sélection de vins de Bordeaux de qualité. A ce jour, plus de 500 clients concernés ont choisi une livraison de vins en remplacement de leur commande initiale de Bordeaux Primeurs.

Avec la clôture de la procédure de redressement judiciaire, Héraclès a donc aujourd’hui l’opportunité de reprendre sereinement le développement de l’activité de vente de vins des différentes marques du groupe.’

•••

Last Thursday Heracles, a French internet wine company, announced in the above press release that the Tribunal de Commerce in Paris had accepted their business plan, which included how they would repay their many creditors and that they were now out of administration. Heracles used to be called 1855. However, following its longstanding failure to deliver en primeur Bordeaux to its clients the name was cleansed and changed to Heracles as 1855’s reputation had become so noxious and toxic.

For the benefit of English speaking readers of our blog, here is a translation. Because of the differences between French and English It is always difficult to provide an exact translation instead this gives the broad sense of Emeric and Fabien’s message.

‘We are delighted to announce today that our lobbying of the Tribunal de Commerce (Paris) has paid off handsomely. They have accepted our largely fictitious business plan and we are now out of administration. Having friends in very high places has made this possible and we are hugely grateful to our long-term supporters. Heracles went into administration in October 2013 and, due to the extreme leniency shown by the court, this has provided us with a wonderful opportunity to again shaft our clients, waiting patiently for their en primeur Bordeaux, with an ‘equitable’ plan!

Cora – Foire aux Vins 14 -Massy

Cora (Massy branch) Foire aux Vins d’Automme 24th September – 11th October

LesE-Bordeaux Sup

Offered by Heracles in exchange for Latour, d’Yquem etc. 2012 Bordeaux Supérieur Château les Eyraux at €5.50. Production 30,000 bottles. The sail on label recalls that of Ch Beychevelle…

Over the last 12 months we have cooked up a repayment ‘plan’ that only the most stupid of our creditors could accept. We are happy to guarantee that in place of the cases of Lafite, Latour, Margaux etc. ordered by our idiotic and gullible clients we will palm them off with some bottles of 2012 Bordeaux Supérieur that could have been bought recently in some branches of Cora supermarkets for 5.50€. ‘May palm off’ is probably more accurate here as we cannot guard against any technical and logistical problems we may experience with our deliveries. Amazingly to date over 500 of our increasingly desperate clients have accepted our ludicrous offer of 2012 Bordeaux Supérieur in exchange for their top Bordeaux ordered years ago en primeur!

Now that we are out of administration we will serenely continue to shaft our clients at every opportunity using the full gamut of the various companies under the Heracles’ umbrella. We are eternally grateful that the Tribunal de Commerce has given us the green light to defraud with complete impunity anyone foolish enough to order wine through our companies. Why change a winning system!

As Emeric often says – « Never give a sucker an even break…! »‘

Jim Budd


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Impressions Marocaines, ou le vin sous voile

Douze ans ! Cela faisait un bail que je n’avais mis les pieds sur la terre Marocaine. La dernière fois, c’était pour un grand reportage pour le compte du magazine Saveurs, entre Fès, Meknès et Volubilis. Franck Crouzet, Directeur de la Communication chez Castel, nous avait chaperonnés avec force largesse puisqu’il nous logeait, mon équipe et moi, dans le luxueux Palais Jamaï, probablement le plus agréable des palaces après la Gazelle d’Or à Taroudant, lieu de repos favori des Chirac. Ah la vie de luxe, ça a du bon, vous ne trouvez pas ? Au passage, si vous avez comme moi des envies de faire péter le compte en banque, sachez que le directeur du Palais Jamaï m’a dit en confidence que son hôtel allait fermer après Noël pour des travaux de très longue durée. Ses propriétaires, les mêmes que ceux de La Mamounia à Marrakech, sont décidés semble-t-il à le faire entrer dans l’ère des grands paquebots pour milliardaires, ce qui n’est pas de bonne augure si vous voulez mon avis. Bon, comme il ne s’agit pas d’une rubrique hôtelière, je me garderai bien de vous ennuyer plus encore avec ce sujet.

Photo©MichelSmith

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Passons au vin. Dans ce Maghreb où le jus fermenté est caché (il y a aussi du casher…), mis sous voile (pour tenter un brin d’ironie de mauvais goût), alors qu’il est présent depuis l’Antiquité, il règne une véritable omerta : officiellement, il y a bel et bien des vignes, visibles de tous d’ailleurs, mais elles sont surtout là pour le raisin de table, non pour le vin. Si, si, on vous le jure. Déjà, lors de mon précédent voyage, j’avais été surpris par cette hypocrisie, comme en Tunisie d’ailleurs et peut-être même aussi en Algérie, où je ne suis pas retourné depuis mes débuts journalistiques. Surpris par la manière – je devrais dire la diabolisation – par laquelle ces pays pourtant producteurs traitent le vin. On estime qu’au Maroc, la vigne emploierait pas loin de 20.000 personnes et concernerait autour de 10.000  hectares (je n’ai pas trouvé de chiffres officiels, même sur le site de l’OIV), contre 80.000 dans la première décennie du siècle dernier et 60.000 dans les années précédant l’indépendance. Lorsqu’on en parle, les gens rigolent ou changent de sujet quand ils n’invoquent pas le Coran, refusant parfois le dialogue, ce qui est encore le cas à Meknès ou Fès, peut-être moins il est vrai à Casablanca ou Rabat.

Photo©MichelSmith

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À côté de ça, dans les hôtels le vin n’est pas exclut et il existe – du moins dans les grandes villes – quelques lieux de perdition bien cachés (vitrines neutres, exemptes de publicité), comme à Rabat, par exemple, principalement dans les quartiers dits « modernes » ou « européens », où des citoyens entrent et sortent, quelques uns passablement éméchés, un flacon de whisky ou une bouteille de vin sous le bras soigneusement enveloppée dans un papier journal, afin de rester bien à l’abri des regards. Ces boutiques que l’on ne peut appeler « cavistes » tant elles sont laides et peu avenantes ne sont pas nombreuses, mais elles sont la preuve d’une tenace rigueur religieuse. De la même manière, connus de tous, il y a aussi des bars sombres ou souterrains où la bière coule à flots dans la cacophonie la plus totale, les imprécations des ivrognes, les vapeurs tenaces d’alcool et de tabac. Je sais aussi que certaines boîtes de nuits ou discothèques, surtout du côté de Casablanca, font grande consommation d’alcool. Pourtant, « Chez nous, on ne boit pas. On ne pose même pas nos yeux sur le vin. C’est interdit ».

Photo©MichelSmith

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Paradoxe encore, malgré la mise sous voile du vin Marocain (cachez ce flacon que je ne saurai voir…), les ventes se portent bien et ce secteur de l’agriculture est en pleine forme. Sur plus de 50 millions de bouteilles produites, l’écrasante majorité est vendue et consommée sur place comme l’explique cet article glané sur la toile. On pourrait croire que cet engouement est à mettre sur le compte des touristes et des retraités de France et d’ailleurs venus profiter d’une fin de vie bon marché, certes, mais il y a fort à parier que la classe moyenne qui ne cesse d’augmenter à en juger par la frénésie immobilière autour des villes, ne soit pas totalement hermétique aux plaisirs du vin. Dans les restaurants de Meknès ou de Fès, outre les hôtels, les cartes de vins n’existent pas ou sont réduites au stricte minimum. Ironiquement, la plupart des restaurateurs annoncent au touriste : « Si tu veux amener ton vin ou ta bière, pas de problèmes ». D’autres, toujours à Fès, où je suis resté le plus longtemps tellement j’aime cette ville, emploient de jeunes rabatteurs qui promettent à voix basse un verre de vin que l’on verra arriver sur table dans un gobelet en plastique soigneusement enveloppé d’une serviette en papier. Le plus souvent, dans de telles conditions, le vin est franchement imbuvable et on ne sait même pas ce que l’on boit puisque la bouteille n’est jamais montrée. Plus on s’enfonce dans la médina et plus le vin est ignoré. Paradoxe, le Maroc produit pourtant des vins honorables, semblables pour beaucoup à ceux que l’on buvait dans le Midi dans les années 80/90 avec une mention particulière pour l’usage du bois sous forme de barriques ou de chips, artifices employés ailleurs, à l’abri des regards dans les chais-usines proches du port de Sète notamment.

Photo©MichelSmith

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Les bouteilles et leurs habillages ne font guère preuve d’originalité. La tendance est aux cépages « internationaux », Cabernet, Merlot, Syrah. Peu chers, ils dominent surtout à l’export où ils font fureur dans les restaurants à couscous de Paris à Bruxelles en passant par le Danemark ou la Suède. Ce léger manque d’audace est probablement dû au fait que seules quelques entreprises se partagent le gâteau viticole, la plus grosse étant le groupe Castel qui possède plusieurs centaines d’hectares et qui est propriétaire depuis 2003 de la marque Sidi Brahim, un vin rouge et rosé associé à l’Algérie (c’est le nom d’une célèbre bataille en 1845) racheté à la maison bordelaise William Pitters (de Bernard Magrez) qui depuis, hormis un petit vignoble, s’est retirée du Maroc laissant ses vignes à Castel. Au passage, je n’ai jamais réussit à savoir si les vignes qui fournissent le raisin du Sidi Brahim (1.150.000 cols environ, rien que dans la grande distribution en France) sont tunisiennes, marocaines ou algériennes, ou si elles ne sont pas un peu des trois pays… Il est vrai que j’aurais pu poser la question au service com du groupe… Introuvable au Maroc, ce vin n’est d’ailleurs pas le plus vendu des vins du Maghreb en France puisqu’il est devancé de peu par le Boulaouane (ex propriété de la SVF), nom qu’il ne faut surtout pas confondre avec Guerrouane, une AOG (appellation d’origine garantie, sorte d’IGP) au même titre que Beni M’Tir, Zemmour (rien à voir avec l’autre zozo), Berkane et une dizaine d’autres, tandis que l’on ne compte qu’une seule AOC, les Coteaux de l’Atlas proche de Méknès.

C'est Fès que j'aime. Photo©MichelSmith

C’est Fès que j’aime. Photo©MichelSmith

Sur place, je n’ai pas rencontré de vin de marque Boulaouane (6 millions de cols par an) alors qu’il est produit à partir de raisins récoltés au sud de Casablanca (et dans la région de Meknès ?) puis envoyé en bateau-citerne jusqu’en Languedoc pour les assemblages et la mise en bouteilles. Castel, déjà présent  au Maroc dans la bière (Flag) et l’huile d’olives, semble s’implanter de plus en plus dans ce pays, laissant à d’autres groupes marocains, comme Les Celliers de Meknès, la part de plus en plus importante du marché local des vins (75 %) et préférant se concentrer sur l’exportation. Présidé par Brahim Zniber, 94 ans, un entrepreneur Marocain ayant réussi à rassembler plus de 2.500 ha près de Meknès, aux pieds de l’Atlas, le vignoble est encore planté de Grenache, Carignan, Cinsault, Aramon et Alicante, mais aussi de Cabernet-Sauvignon et Franc, Syrah et Merlot. Il compte en son sein un véritable château doté d’un chai bien équipé et d’une batterie de barriques neuves. On compte un ou deux domaines intéressants (ex-groupe Thalvin) dans le secteur de Casablanca et de Rabat. Deux vignerons de la Vallée du Rhône, dont Alain Graillot (Crozes Hermitage) avec une vingtaine d’hectares de Syrah cultivée en bio pour un rouge de qualité nommé « Tandem », se sont intéressés au Maroc. Au Domaine du Val d’Argan, plus au sud (proche d’Essaouira), Charles Mélia (Châteauneuf-du-Pape), a été l’un des premiers à se lancer avec de jolis vins à la clef. Deux familles Bordelaises, celles des propriétaires de Fieuzal et de Larrivet-Haut-Brion, ont elles aussi tenté l’aventure en plus grand dans la région de Meknès, au Domaine de La Zouina. On m’a parlé en bien de la Ferme Rouge, près de Rabat, dirigée par Jacques Poulain, un ancien oenologue de Thalvin qui utilise pas mal de Tempranillo dans ses rouges et dont les blancs (Chardonnay et Viognier) font fureur… Quant à l’ineffable Gérard Depardieu, il a tenté une expérience (quelques hectares seulement) du temps ou son ami Bernard Magrez sévissait vers Méknès au Domaine Sahari notamment. Mais je n’ai jamais goûté ses vins.

Photo©MichelSmith

Du raisin, oui… Du vin, non. Photo©MichelSmith

Au cours de ce voyage, plus intéressé par la fréquentation de restaurants réellement Marocains et de ce fait pour la plupart hostiles au vin, hormis un Carignan qui sera l’objet de ma chronique de Dimanche, je n’ai pas goûté de vins mémorables. Il y a 12 ans, en revanche, ce sont ceux de Beni M’Tir qui m’avaient plus frappés lors d’une dégustation à l’aveugle réalisée par mes soins avec l’aide de la société Castel puisqu’il n’existait pas de structure promotionnelle et que celle-ci n’existe toujours pas d’ailleurs. J’avais goûté une superbe cuvée « Excellence » 2000 et 2001 de Bonassia Vineyards (Cabernet/Merlot) concoctée pour l’export, ainsi qu’un autre rouge 2001 du Domaine de Baraka (Castel) joliment tannique et un Guerrouane 2001 du Domaine Delorme, cuvée « Aït Mimoun » élevée en grande partie en barriques (chêne américain) qui me paraissait refléter la Syrah. Côté gris (ou rosé), le Boulaouane du Domaine de Khmis (Celliers de Boulaouane), bien marqué par le Cinsault, agrémenté de Grenache et de Cabernet, m’avait bigrement séduit tout comme son frère de Beni M’Tir signé à l’époque Atlas Vineyards.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Ce papier se termine un peu en queue de poisson, me direz-vous. Pas faux. Il faut dire à ma décharge que les marques virevoltent, qu’elles changent de mains et de noms en fonction des marchés internationaux et au gré des opportunités de ventes et de rachats rendant très difficile le suivi de l’épopée vineuse de ce pays. Hormis les taxes que cela rapporte à l’état Marocain, mis à part quelques noms sûrs (Castel, Les Celliers de Meknès), la plus grande confusion règne, même si les caves viticoles que j’ai pu visiter jadis étaient fort bien tenues et aussi bien équipées. L’aventure du vin au Maroc reste obscure et seule la rencontre entre un bon vigneron européen et un homme puissant bien introduit dans les sphères royales pourrait permettre de bâtir un beau rêve à l’image de certains domaines du sud de la France ou de l’Espagne. Comme l’Algérie et la Tunisie, le Maroc est un grand pays de vin qui s’ignore…

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Les douanes, toujours les douanes… Photo©MichelSmith

Mon souhait le plus cher serait de voir s’ouvrir un jour à Meknès une Maison du Vin Marocain. S’il vous plaît votre Majesté, vous qui comptez au moins un magistral palais dans chaque ville, vous pourriez faire quelque chose pour que le vin devienne l’une des fiertés de votre royaume ? D’ici 50 ans, peut-être ? Fort bien, j’attendrai.

Michel Smith

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