Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

#AOC Mesquinerie

8 Commentaires

L’AOC Clairette de Die voudrait commercialiser une clairette rosée à base de gamay. Pourquoi pas, me direz-vous? Charbonnier maître chez lui, il y a du gamay dans l’aire d’appellation (vendu sous le nom de Châtillon en Diois, pour les vins tranquilles), et il est plutôt qualitatif; il y a aussi un savoir-faire pour la méthode ancestrale. Alors, on voit mal ce que l’INAO, institut de l’origine et de la qualité, pourrait avoir à y redire.

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Le rosé de Gamay n’est pas inconnu en Diois, comme le montre cette bonne bouteille de Châtillon-en-Diois…

Oui, mais ce n’est pas comme cela que ça se passe!

En France, chacun défend son pré carré, aussi petit soit-il: une région voisine, le Bugey, se bat bec et ongles contre ce projet, arguant du fait qu’il s’agirait là d’une concurrence à son Cerdon.

Plus précisément, l’AOC Bugey « conteste l’existence d’une tradition historique de vinification d’une Clairette rosée en méthode ancestrale ». 

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Et la méthode ancestrale non plus…

On croit rêver: s’il l’on devrait appliquer cette règle à tous les terroirs de France, alors, la syrah ne serait jamais sortie du Nord de la Vallée du Rhône, le Grenache ne serait jamais sorti d’Aragon – ils n’avaient pas de tradition historique hors de leurs berceaux respectifs; et puis le Bordeaux n’aurait jamais eu de Crémant, ni le Champagne de bulles – la Blanquette de Limoux s’y serait opposée!

D’ailleurs, rappelons que le Cerdon – aucun personne ne songe, surtout pas moi, à enlever ses mérites, n’est AOC que depuis 2009, sous le nom de Bugey-Cerdon. Jusque là, ce n’était qu’un simple VDQS (depuis 1958). Notons par ailleurs qu’il n’est pas issu du seul gamay, mais aussi du poulsard.

On voit mal la justification que pourrait donner l’INAO à un refus d’un Clairette rosé, à moins que les experts du vénérable institut veulent jouer à « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

L’INAO n’a pas son siège à Clochemerle, tout de même! Et sa vocation n’est pas de barrer toute innovation, surtout dans le contexte de concurrence mondiale que nous connaissons.

C’est la même mesquinerie qui est à l’oeuvre du côté des Crémants pour empêcher l’IGP de pouvoir produire des bulles – on en trouve pourtant de belles en Pays d’Oc, par exemple. C’est à la fois lamentable, rétrograde et contre-productif. Et ça fait rire les étrangers.

Que chacun s’occupe de produire mieux, de satisfaire sa clientèle, de justifier ses mentions, plutôt que de se mêler des affaires du voisin!

Hervé

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “#AOC Mesquinerie

  1. Et si seulement ce n’était que le seul exemple de ce genre de pratique pathétique. Riesling, Gewurztraminer, Jacquère, et même Aligoté souffrent des mêmes maux protectionnistes mesquines, et il y en a probablement d’autres. C’est franchement ridicule et je ne vois pas pourquoi l’INAO accepte cela.

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  2. Toute l’ambiguité de l’économie française est illustrée par le fait que l’INAO ait refusé la déclinaison de la Clairette de Die en rosé. Rappelons que cette décision se prépare dans une assemblée où sont présents ou représentées la plupart des appellations françaises, donc un grand nombre de producteurs, que l’on voit d’ailleurs plus souvent dans les réunions que dans leurs vignes. Ceci-dit, c’est probablement nécessaire mais ça explique aussi le caractère conservateur et protectionniste de nombre de décisions. Un chef d’entreprise qui passe beaucoup de temps en dehors de ses affaires sera davantage tenté de s’accrocher à ses acquis plutôt que de promouvoir des idées neuves.
    En France, nous oscillons ainsi, comme sur une corde raide, entre une économie administrée par l’état et une économie où on laisse faire le marché.
    Dans une économie administrée, toute innovation est forcément suspecte. Celle-ci va perturber l’ordre établi. Il vaut mieux que tout le monde passe sous les fourches caudines de l’état qui délègue volontiers une partie de son pouvoir à des collèges de producteurs, des interprofessions ou même à des SAFER quand il s’agit d’opération immobilière sur des terrains agricoles. Et l’état a le beau rôle car les français adorent ces labels et autres marques d’origine, je pense bien sûr aux AOC/AOP et autres signes de qualité pour le vin mais aussi au label rouge, à la mention AB, sans oublier bien sûr ces très nombreux concours de vin.
    En économie plus libérale, on est effectivement plus libre mais il ne faut alors pas demander à bénéficier de la protection d’une appellation d’origine. Le produit, ici le vin, doit se défendre tout seul sans l’aide de la collectivité.
    D’un autre côté, en administrant les AOC, est-il légitime ou même simplement démocratique que l’état accorde à tels ou tels opérateurs économiques des rentes de situation. Deux exemples parmi d’autres qui m’ont touché de près.
    Au milieu des années 90, certains vins du Médoc ont demandé la protection de l’état pour la mention « cru bourgeois ». J’ai la faiblesse de penser qu’ils espéraient ainsi fermer définitivement la liste des prétendants, un peu à l’image de ce qui existe pour les grands crus classés de Bordeaux. Il s’en est suivi une longue, très longue période d’incertitude juridique (pendant plusieurs années, plus aucune bouteille ne pouvait porte la mention en question), puis une décision finale plus démocratique avec un concours périodique pour renouveler ceux qui sont autorisé à utiliser cette mention.
    Plus près de nous, à environ quatre kilomètres de chez moi, le nouveau cru des Côtes du Rhône dénommé Vinsobres. Depuis le passage en cru, la valeur d’un hectare de vigne Vinsobres a augmenté d’environ 50 %. Nous sommes des voisins directs et nous arrivons à commercialiser nos Côtes du Rhône ( en bouteille, pas en vrac) pratiquement au même prix que les Vinsobres.
    Ca ne me gène pas que mes voisins puissent vendre leurs vignes plus cher que moi, d’autant plus que je ne suis pas vendeur. Mais
    est-il juste et légitime qu’une simple décision administrative augmente ainsi la valeur du patrimoine d’un français, fut-il vigneron ou producteur de raisin ?

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    • Je lis avec plaisir toutes vos interventions, cher « presque voisin » …La question de la déclinaison de la Clairette de Die en rosé représente un cas très significatif de chicane. Cependant, le refus qui s’en est suivi a du être fondé sur certains critères, et argumenté (à tort ou à raison, je ne sais pas). Quels sont ces critères ? Quels sont ces arguments ? Avant de taper sur ceux qui ont pris cette décision, examinons ce qu’il en est de leur opinion. Ou bien ce sont des fumistes, ou bien ils ont développé un argumentaire qui tient la route, comme on dit. Toujours aller aux sources avant de juger.
      L’augmentation du prix de terres qui se trouvent à l’intérieur de l’AOP cru Vinsobres ne relève pas d’une simple décision administrative. Si l’AOP cru des Côtes du Rhône a été accordée à ce village c’est en raison d’une reconnaissance qualitative portant sur les terroirs et les vins, et l’aire précédente en village avec nom de commune a fait l’objet d’un redécoupage limitatif. Heureusement, sans quoi, on travaillerait sur des cartes, loin du site, après le dessert et le pousse café, et le tour serait joué…. Dans l’espace de cette commune, les terres en cru Vinsobres ont bénéficié d’un accroissement du prix à l’hectare, ce qui me paraît logique, mais celles en Côtes du Rhône régional (le repli en village est impossible si une parcelle n’est pas retenue en cru) sont restées à une prix normal pour des CdR. Si vous vendez votre CdR aussi cher qu’un cru Vinsobres, alors, félicitations ; cela veut dire que les consommateurs auront apprécié les vins que vous élaborez et qu’il ont été prêts à vous accorder le bénéfice de les acheter aussi chers que ceux de Vinsobres ; c’est tout à votre honneur.
      Enfin, ces cadres réglementaires sensu lato, si critiqués, sont pourtant à l’origine d’une formidable expansion de nos vins et de notre vignoble depuis un demi-siècle. Un quelconque régime libéral aurait conduit à de désastreuses dérives et je ne suis pas certain que cela aurait permis l’enrichissement mérité de nos viticulteurs et de nos vignerons. Vous nous voyez privés d’un système d’AOC pour être parvenus au niveau où nous nous trouvons actuellement ? Impossible. Un peu de recul me paraît nécessaire. Les rentes de situation existent, certes, et elles sont déroutantes. Autre thème : les degrés de liberté dont disposent les vignerons pour introduire de nouveaux cépages dans les décrets de leurs AOC paraissent aujourd’hui insuffisants et il faudra bien que cela évolue, je le concède volontiers. Mais ce n’est pas dramatique de ne pas pouvoir entrer le Riesling dans l’AOC Rasteau ou Vacqueyras, non ?…
      En parfait accord avec Nadine Franjus-Adenis, il n’est pas du tout certain que le mérite et la qualité soient capables de gouverner le marché de l’agro-alimentaire et du vin en particulier. Il s’agit d’une vue idéaliste. Et pour conclure à propos de cadres, on se trompe : le pb ne vient pas des fonctionnaires et de l’administration, étant donné que c’est la profession qui demande l’existence d’un cadre ; c’est très différent.

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  3. Voilà, Dominique, un sujet vaste ! Sur le plan du sens des mots, c’est légitime, car ils en ont le pouvoir officiel, mais ce n’est surement pas juste. Personnellement je suis pour un système bien plus libéral dans lequel les rentes di situation n’existeraient pas et seul le mérite compterait. Mais je crains que nous ne sommes pas près de voir cela en France !

    Aimé par 1 personne

    • Et pas vraiment ailleurs David, l’administration reste l’administration ici ou ailleurs, avec des fonctionnaires qui aiment le train train et pas du tout les changements, c’est comme ça. Mais cela ne nous empêche pas de râler et d’essayer de faire changer les choses. Et même quand on se dit que dans tel ou tel pays, comme en Autriche actuellement, le vent du renouveau souffle, en général il s’apaise assez vite.
      Marco

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  4. J’ai entendu sur France Inter ce midi dans l’émission « On va déguster » une remarque acerbe de Dominique Hutin à propos des « imitations » du Bugey Cerdon dont il présentait l’AOC et ses vins, avec le rosé méthode ancestrale comme une sorte de spécialité . Il disait que l’association de: « rosé + fruité + bulles » était très tendance et que certains cherchaient à en profiter. Je n’ai pas compris sur le moment. Merci Hervé de m’avoir éclairée.
    Je comprends Dominique Thouroude qui fait un rapprochement entre les appellations et la politique. Mais je ne pense pas qu’on puisse parler d’économie libérale quand on enlève le cadre réglementaire des appellations et de l’industrie agro-alimentaire en général. David Cobbold est plus subtil en parlant de « système libéral ». Mais imaginez-vous ce que deviendrait l’agro-alimentaire et le vin sans système réglementé?
    David, croyez-vous que ce serait le mérite qui deviendrait le moteur de la production?

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    • Jeune vigneron de 62 ans, j’ai baigné pendant 23 ans dans le marketing au sens américain du terme, cad l’organisation de la vente. Je reste intimement persuadé que le moteur de la production doit être le client, le client et toujours le client, enfin dans la cas du vin le consommateur. Le juge de paix doit être le client. Voyez la réussite proprement « scandaleuse » de certains winemakers qui préfèrent vendre leurs bouteilles en vin de France alors qu’ils se trouvent dans le cadre d’une AOC.
      Bien sûr, je crois au mérite, qu’il s’agisse des efforts consentis pour produire un vin de qualité. Je crois aussi aux efforts commerciaux qu’il s’agisse d’éduquer, de promouvoir, de publiciser, enfin d’aider le client les clés pour mieux utiliser son cerveau et ses sens, autrement-dit de l’aider à se faire sa propre opinion et j’aurais réussi à faire une partie du chemin. Que faisons-nous quotidiennement dans nos caveaux ou sur les salons ? Présenter, discuter, expliquer autour d’une dégustation. L’AOC, pourquoi pas. Mais qui se préoccupe de promouvoir l’AOC et suprême complication la fameuse échelle d’une appellation ? Même en y passant un peu de temps, il m’est trop difficile de faire passer le message, d’autant que je suis en bas de l’échelle. Je préfère parler de mes vins et de mon terroir.

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