Illustration (et défense) du chasselas

L’association Pour la promotion du chasselas, qui organise le concours Mondial du Chasselas à Aigle, chaque année, publie une BD de 48 pages sur le plus important des cépages blancs suisses, et plus particulièrement lémanique et vaudois (Editions Monographic). 

Il s’agit du «storytelling» de deux études scientifiques sur la notoriété du chasselas, proposées par Pascale Deneulin, professeur à Changins. L’histoire, scénarisée par Claude-Alain Mayor, cheville ouvrière du Mondial du Chasselas (à qui succédera Nathalie Favre à la fin 2023) et complétée par Alexandre Truffer (ex-journaliste, devenu directeur de la communication des paysans vaudois, et président du même Mondial…), débute à Zurich.

C’est précisément là que le chasselas a mal à la patte (ci-dessous, un dessin signé Siné): car les Suisses alémaniques s’en détournent pour de multiples raisons…

Et principalement pour une cause générationnelle, et non de goût, voit-on dans cette BD dessinée de manière à la fois talentueuse et réaliste par Christian Moreillon, un «communicateur» par le dessin.

C’est donc une fille qui amènera grand’père et père sur leur chemin de Damas, pardon «Sur la piste du chasselas», pour reconnaître – enfin ! – les vertus du cépage blanc romand, délicat de goût, éponge à terroir, sensible au climat et même apte à un long vieillissement…

Le tout situé sous le soleil éternel des plus sublimes paysages de Suisse romande, où aucun cliché ne manque : Neuchâtel, son lac et les Alpes bernoises ; Lavaux, dominant le Léman, ses bateaux à vapeur et son Dézaley, La Côte vaudoise et ses châteaux crénelés ; le Valais, Sion et ses deux collines ; ou Sierre, Genève et le curieux panache de son jet d’eau, avec une incursion dans le Pays de Bade allemand, voisin de Bâle… Grâce à trente parrainages de communes viticoles et autres institutions, 4.000 des 5.000 exemplaires en français sont déjà assurés d’être largement diffusés.

Vu de Paris…

Fort bien ! Mais il faut se méfier des beaux paysages…

C’est Pascaline Lepeltier, la favorite du concours du meilleur sommelier du monde, à Paris, en février prochain, qui l’écrit dans sa formidable encyclopédie «Mille vignes», qui vient de paraître chez Hachette. Un pavé de 350 grandes pages, sans la moindre photo, juste des schémas (comme cette astucieuse roue des arômes… défectueux du vin !) et des cartes. Un livre qui se découvre par le texte suivi, mais qui se picore encore mieux par ses encadrés, ses chapitres de la fin au début, et inversement, du milieu aux ailes…

On pardonnera à cette littéraire, titulaire d’une maîtrise de philosophie (sur Bergson), d’avoir écrit «Le» Lavaux (l’article défini est déjà inclus dans le nom Lavaux et la faute est hélas courante…).

Pour elle, ce terroir est « victime de sa reconnaissance ». Elle affirme en effet que dans la région viticole classée au Patrimoine mondial de l’Unesco il y a exactement quinze ans (en 2007), «malgré une augmentation de la fréquentation touristique de 30%, les ventes de vin sont en baisse de 10 à 15%». Sans préciser que Lavaux pratique la monoculture du chasselas, mal aimé a-t-on vu en début de cette chronique, mais aussi que la Suisse n’exporte qu’un pour cent de ses vins, donc par définition mal connus; sans oublier les difficultés, quand on se balade à pied dans ce merveilleux paysage, de transporter un carton de six bouteilles…

Pascaline Lepeltier cite aussi l’ethnologue ruraliste Isac Chiva (1925-2012) : «De surcroît, la protection patrimoniale excessive a un impact sur l’activité du site. On est passé d’une conception du patrimoine, somme de patrimoines du passé, beaux, exceptionnels et irremplaçables, à celle d’une collection d’artefacts quotidiens, représentatifs de genres de vie qui ont disparu ou qui disparaissent.»

Les vignerons vaudois de Lavaux qui pratiquent la viticulture héroïque apprécieront!

Mais outre les références au généticien de la vigne José Vouillamoz (et sa contribution aux recherches sur l’origine du zinfandel) et à l’œno-parfumeur Richard Pfister, l’honneur de l’Helvétie est sauf, grâce à cet hommage à la «capsule à vis» : «En Europe, seuls les producteurs suisses lui trouvent un intérêt: son étanchéité protège les arômes discrets du chasselas, un de leurs cépages emblématiques» (p. 296). Ouf!

Pierre Thomas

7 réflexions sur “Illustration (et défense) du chasselas

  1. Nadine Franjus

    Comme quoi l’exercice de communication sur un cépage, son terroir et son vin, est bien difficile. Il se pourrait même qu’il n’y ait pas d’objectivité possible. Encore moins quand on fait référence à l’Histoire.
    Le désamour du chasselas par les jeunes suisses est-il avéré?

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    1. pthomas1954

      Mais ça n’est pas ce que j’ai écrit! Les jeunes sont à reconquérir et ont les moyens de comprendre le chasselas. Sauf qu’actuellement, comme vient de le montrer une étude appliquée à la France, la moitié des consommateurs de vin ont plus de 50 ans et que les jeunes commencent à boire du vin toujours plus tard… à près de 30 ans.

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  2. Sévérac Alain

    C’est toujours compliqué de comprendre les SUISSES
    Par contre allez faire un tour du côté de BEAUNE et
    vous saurez où ils achètent leurs vins ..et pourtant
    leur chasselas est excellent peut-être pas assez
    Reconnu ou bling bling merci Pierre pour cet article

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    1. pthomas1954

      Mais oui, les Suisses sont proches de la Bourgogne, du Beaujolais, de l’Alsace, du Piémont , de l’Allemagne et de l’Autriche! Et sont moins chauvins que les ressortissants de ces pays voisins. Quelle concurrence pour les crus indigènes!

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