Syrah, son origine, fake ou vérité ?

Au symposium qui s’est déroulé au musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal-Vienne, à la mi-janvier dernier, on nous en a raconté de bien belles…

Si on résume, le ‘noble’ cépage de la Vallée du Rhône nord, qui a bien essaimé depuis sa naissance, serait issu de la Mondeuse blanche et du Dureza.

Adieu l’extraordinaire

La belle légende qu’on nous narrait naguère et qui emportait notre imagination vers des contrées bien plus exotiques que ce coin perdu des bords du Rhône, il nous faut l’oublier. Car la syrah est née de la relation presque incestueuse de la Mondeuse blanche (la noire n’a rien à voir) et du Dureza qui appartiennent tous deux au groupe familial pélorsien.

C’est faire peu de cas de l’Empereur Probus qui aurait fait transplanter cet étonnant cep de la ville de Syracuse aux portes de Vienna (Vienne); Syracuse, Syrah, c’est évident, on sait que le patelin d’origine d’un cépage lui donne son nom quand il migre dans d’autres régions. Et puis, moi j’aimais aussi beaucoup l’histoire de ces croisés le ramenant de la ville de Shiraz, en Perse, entre 1091 et 1291 – quand on a des dates aussi précises, on y croit! D’ailleurs, dans le Nouveau Monde, on dit Shiraz, quelle meilleure preuve?

Sans oublier le Chevalier Henri Gaspard de Sterimberg, dont on nous disait qu’il avait porté à bouts de bras (pas croisés, pour le coup) le merveilleux cep jusqu’au pied de la colline de l’Hermitage en 1224. Une telle précision demande le respect et notre foi absolue. Tout cela a perdu de sa substance, pourtant, que de belles démonstrations intellectuelles. Aujourd’hui, la science prime et nous affirme…

Mais, si on gratte un peu…

Certes, la Syrah est le rejeton de la Mondeuse Blanche et du Dureza, mais d’après l’ampélographe suisse José Vouillamoz, ces deux derniers seraient  les petits enfants du Pinot, nés de père et mère inconnus mais qui auraient aussi engendré le Teroldego qu’on trouve dans le Tyrol italien. Un tableau encore trop simple, car il manque un chaînon, en fait, on n’est pas certain de qui est parent ou enfant. Ainsi, la Mondeuse blanche pourrait être la fille de la Mondeuse Noire et la mère du Viognier ou inversement ou encore la mère des deux, quelle famille! Mais rappelons-nous le Pinot, d’où il vient celui-là ? On sait qu’il a eu des relations douteuses avec le Gouais Blanc et qu’à deux, ils ont donné naissance à une foule de cépages.

Quelle partouze, et on boit ça !

Ah, c’est beau la génétique, parfois, on préfèrerait ne rien savoir.

Bref, la Syrah est fille d’émigrés plus ou moins clandestins.

Mais est-ce que les Allobroges en buvaient avant l’arrivée des vins méditerranéens?

Ils se sont succédé

Commençons avec les Phéniciens (ou peut-être encore avant, les Peuples de la Mer?); ces commerçants nés entraient en relation avec les tribus des côtes de la Méditerranée pour y installer ports et comptoirs commerciaux. La côte marseillaise n’y a pas échappé. Mais elle est vite passée aux mains des Grecs tout aussi boutiquiers. Et n’oublions pas les Étrusques, qui, eux aussi avaient établi des comptoirs côtiers pour y faire, entre autres, le commerce du vin (et on ne sait pas vraiment dans quel sens, puisqu’il y aurait eu déjà de la vigne et peut-être bien du vin avant l’arrivée de tous ces mercanti.

La ville de Marseille fut certes fondée par les Phocéens qui lui donnèrent le nom de Phocéa; mais avant cette urbanisation, Phéniciens et Étrusques y avaient déjà installé comptoirs et entrepôts. Et puis, badaboum, les Romains débarquent après quelques centaines d’années de relation commerciale. Les Romains, c’est un peu les Américains de l’Antiquité. Pour eux, ce qui compte, c’est de pacifier pour après construire des routes et distribuer le loin possible et tout azimut leurs produits Made in Italy. S’installer aussi pour développer les ressources du pays conquis.

Et les Allobroges, dans tout ça ? Ils buvaient leurs productions fait de Vitis Allobrogica. Des vins qui avaient le goût de poix, curieusement appréciés à l’époque et vantés par Pline l’ancien dans son Histoire Naturelle, XIV, 17-18 «on a même découvert une vigne dont le vin a le goût naturel de la poix, elle fait la renommée de la Viennoise par ses crus, le Taburnum, le Sotanum et l’Ellincum».

Après, tout s’est un peu compliqué, les vins italiens ont perdu leur hégémonie commerciale au profit des vins gaulois, et inversement selon les arrachages et les replantations…

On ne s’y trompait pas

Ce qui est amusant, c’est qu’à l’époque déjà, chaque produit avait son emballage spécifique comme le montre la photo.

Et puis, chaque région viticole possédait son amphore (contenant à usage unique, le jetable de l’époque).

Et chaque amphore portait le nom de son expéditeur et du client à qui elle était destinée.

Je remercie les conférenciers Mathieux Poux, professeur d’archéologie à l’Université Lyon II, spécialiste des vins de l’antiquité, Olivier Yobrergat, ingénieur agronome-œnologue à l’Institut Français de la Vigne et du Vin, Laurent Bouby, ingénieur, ISEM, Université de Montpellier et Christophe Caillaud du Service Scientifique du Musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal-Vienne. Ils nous ont apporté un nouvel éclairage sur le monde antique du vin et le cépage Syrah.

Un bon moment dont j’ai tiré cette synthèse à l’interprétation assez libre, mais pas forcément inexacte.

Ciao

 

Marco   

9 réflexions sur “Syrah, son origine, fake ou vérité ?

  1. Merci Marc de nous faire profiter de ces recherches.
    Est-ce que les découvertes génétiques sur l’origine de la syrah annulent les interprétations historiques précédentes? Est-on certain de l’origine géographique de la mondeuse blanche et du dureza? Est-ce qu’elle exclut un développement dans d’autres contrées plus lointaines comme la Sicile ou la Perse?

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  2. georgestruc

    En allant de plus en plus loin dans les recherches génétiques, on arrive de façon obligatoire à des « souches » (au sens originel) qui sont celles des vignes sauvages, lentement apprivoisées par l’homme sous la forme d’une sélection des plants ou sujets qui portaient de beaux raisins, capables de murir et de posséder des qualités alimentaires ; chose première et essentielle ; le vin est venu après le besoin alimentaire, pro parte satisfait grâce à des fruits. Et ceci a été réalisé de façon concomitante (à une échelle qui est celle du millénaire) dans plusieurs contrées du bassin méditerranéen. D’où la multiplicité des  » souches-sources » qui ont donné des cépages locaux.
    Le Dureza fait partie de cette cohorte de cépages dits « autochtones » qui sont nés de sélections locales ou régionales longuement réalisées par l’homme. Façon de procéder actualisée : lorsqu’un vignerons souhaite faire de la sélection massale, il recherche un cep vigoureux, exempt de maladies du bois, pour en cueillir les rameaux qu’il va transformer en greffons. Il s’agit bien un acte sélectif destiné à préserver et/ou à améliorer les qualités du patrimoine génétique.
    Le brave chevalier de Sterimberg n’a pas pu apporter à son Hermitage des plants de Syrah étant donné que sa dernière croisade était celle contre les albigeois et les troupes du Comte de Toulouse, épisode pendant lequel il a été blessé. Ce serait marrant que la Syrah soit venue du Languedoc avec lui…quel bouleversement dans nos concepts !!

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  3. Très bien ton article Marc.

    Georges a raison de souligner la difficulté de pointer une origine spacio-temporelle d’un cépage donné, sauf exception. En tous cas pour les parents lorsqu’ils sont connus. En effet, le vignoble d’autrefois, essentiellement en complantation, était un grand « baisodrôme » pour les variétés.

    Il faut quand-même insister auprès de tous ces ignorants actuels que personne n’a jamais pu vinifier dans une amphore, vu la forme et le contenu de ces trucs.

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  4. Décidément l’origine des cépages inspire des métaphores grivoises.

    A propos des cuve-amphores, il est tout à fait possible de vinifier dans des amphores « ouvertes » et leur « souder » un chapeau avec goulot ensuite. Dans le même matériau.

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  5. Admirable article, Marc. Il montre à quel point on peut faire « long » et intéressant néanmoins. Et il s’agit d’une excellente critique de l’histoire et des historiens.
    Il ne faut effectivement rien croire, ni personne, sauf une maman juive sépharade bien sûr: Sarah (pas syrah) a toujours raison. Pardon au sympathique Finkelkraut si je blasphème.
    La prochaine fois, tu nous fais un topo sur le … Marselan, riche en possibilités de quiproquo.

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  6. Ping : revue de presse de la vigne et du vin

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