Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Minervois-La Livinière

360px-Aude_(flume)Minervois, au nord de Carcassonne, et Corbières, au sud, se regardent à travers de la basse vallée de l’Aude qui les sépare. La première zone se situant sur les contreforts de la Montagne Noir, et le deuxième sur une partie du piémont des Pyrénées Orientales.

Environ quinze jours après avoir exploré, rapidement, l’appellation Corbières-Boutenac, j’ai visité son pendant de l’autre côté de la basse vallée de l’Aude, Minervois-La Lavinière. De part et d’autre de l’axe Carcassonne-Narbonne, qui se situe dans le sillon tectonique qui sépare les Pyrénées du Massif Central, deux zones de piémont servent de socle aux appellations languedociennes jumelles, Corbières et Minervois. A l’intérieur de ces deux zones assez étendues, et forcément hétéroclites sur le plan de la qualité des vins qui y sont produits, un groupe de producteurs dans chaque zone a mené une opération dont le but était de sortir leur production, ou du moins une partie, d’un problème d’image et de prix qui les handicapait sur le plan de la reconnaissance de la qualité, et donc de la rentabilité.

DSC_0154Cabanon de vigneron (il lui manque la couverture en lauzes) à côté du chai de Château Maris, avec la Montagne Noire au fond.

Le premier à dégainer, après les longueurs habituelles imposées par les rigidités du système d’appellations en France, fut Minervois-La Lavinière, qui sera le sujet de cet article. L’appellation existe officiellement depuis 1999. Corbières Boutenac, dont j’ai déjà parlé ici, lui a emboîté le pas quelques années plus tard, en 1985. L’approche dans les deux cas fut très comparable : délimiter une aire d’appellation restreinte avec des désignations parcellaires précises selon les critères habituels (climat local, exposition, altitude et types de sols), mais aussi imposer des règles de production (encépagement, rendement, vieillissement avant vente, etc.). Pour mener à bien un tel projet, puis pour le faire durer dans le temps en portant des résultats à la hauteur des espérances, il fallait aussi un petit groupe d’hommes et de femmes ayant conviction et ténacité.

DSC_0149Murs de pierres plates ponctuent le paysages et forment terrasses, comme ici au Clos d’Ora de Gérard Bertrand. La pose verticale est la plus résistante, mais la plus difficile à exécuter.

Minervois-La Lavinière, ou La Lavinière tout court comme les brochures de l’appellation aiment à la présenter, concerne actuellement un petit nombre d’hectares mais dont le nombre varie considérablement selon les sources: 350 hectares selon les documents de l’appellation, ou bien 200 hectares selon le site officiel des vins du Languedoc. Faudrait peut-être se mettre d’accord ! Comme à Boutenac, le potentiel classé est bien au-dessus de ce modeste chiffre, car l’aire comporte 2.700 hectares et touche 6 communes, et les producteurs utilisent tous (ou presque) les deux appellations dans leurs gammes. Encore une fois comme à Boutenac, l’appellation La Lavinière ne s’applique qu’aux seuls vins rouges. Les blancs ou les rosés sont nécessairement sous l’appellation de base, Minervois.

DSC_0129A La Lavinière on s’occupe aussi de retrouver les variétés de vigne rares, et même non-identifiées comme ici, en les plantant dans un conservatoire ampélographique

Les règles de l’appellation ont cru bon de limiter l’altitude maximale des parcelles acceptées à 330 mètres, et ceci d’une manière qui me semble assez arbitraire, surtout à la lumière du réchauffement climatique et de la nécessité de réduire les taux d’alcool dans les vins du sud. A part cela, je n’ai pas les moyens de trop chipoter sur la logique de ces règles qui, après tout, ont été établis par les producteurs eux-mêmes, même si je trouve certaines inutilement compliquées et restrictives. Des petits arrangements permettent parfois de simplifier un peu les choses ! La Lavinière et Boutenac font appel au même quatuor de cépages principaux (syrah, grenache, carignan et mourvèdre), mais avec des priorités différentes. Alors que Boutenac impose entre 30 et 50% de Carignan (attention: à la vigne, pas dans les vins !), La Lavinière impose que les trois autres constituent au moins 60% de l’encépagement. Dans les faits c’est la Syrah qui domine dans la plupart des vins de La Lavinière, ce qui n’est pas le cas à Boutenac. La Lavinière a aussi eu la sagesse de laisser en place quelques variétés plus rares : Lledoner Pelut, Cinsault, Aspiran Noir, Picpoul Noir et Terret Noir.

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Les contraintes techniques d’une appellation, qu’elle soient géographiques, végétales ou autres, sont une chose mais le vin se fait par les hommes et femmes, et c’est là où la volonté, la sensibilité, le talent et les techniques jouent des rôles qui font l’essentiel de le différence entre un vin et un autre dans la même appellation. A La Lavinière des personnalités fortes ont joué, je dirais nécessairement, des rôles clés dans la genèse et la promotion/défense de l’appellation. Cela a commencé avec ses fondateurs Maurice Piccinini et Roger Piquet, respectivement en charge de la cave coopérative La Lavinière et propriétaire du domaine privé Château de Gourgazaud. Cela s’est poursuivi avec Michel Escande, de Borie de Maurel, suivi par Patricia Domergue, du Clos Centeilles. Et la présidente actuelle est aussi une femme, Isabelle Coustal, propriétaire de Château Sainte Eulalie (en photo).

ETIC-OCA0007Comme les Cazes, de Bordeaux, bon nombre de producteurs ou d’investisseurs d’autres pays ou régions de France sont venus s’installer dans le Minervois, en apportant savoir-faire et faire-savoir.

A la différence de Boutenac, des investisseurs venus d’ailleurs, parfois de loin, parfois de plus près, pèsent aussi dans l’appellation La Lavinière et y apportent à la fois leur regard, leur savoir-faire, leur capacité à faire connaître, et leur réseaux commerciaux. Deux producteurs importants de la région languedocienne, Gérard Bertrand et la famille de Lorgeril, y côtoient les Cazes (de Bordeaux), les Grands Chais de France (de partout mais d’origine alsacienne), ou l’anglais Robert Eden et l’écossais Guy Crawford. Est-ce cela, ou l’ancienneté un peu plus importante qui expliquerait l’impact plus grand de La Lavinère (50% de plus de surfaces exploitées aujourd’hui) ? Je n’est sais rien mais je pense que cela joue.

 

Cette fois-ci je n’ai pas demandé à procéder d’abord à une dégustation extensive de tous les vins de l’appellation. C’était un tort de ma part que je regrette maintenant car cela ne m’a pas permis pas d’avoir une idée du niveau générale des vins de La Lavinière comme j’ai pu le faire avec ceux de Boutenac. Le voyage de presse, très bien organisé et encadré, à permis pas mal de visites et de dégustations assez détaillées dans sept domaines, puis des rencontres avec d’autres producteurs et quelques-uns de leurs vins lors de repas. Les domaines visités étaient Clos Centeilles, Borie de Maurel, Ostal Cazes, Clos d’Ora, Château de Fauzan, Château Maris et La Borie Blanche. Pour ma part, les dégustations les plus marquantes étaient celles des vins de Clos Centeilles, d’Ostal Cazes et de Château Maris, avec de bons ou très bons vins parmi ceux dégustés ailleurs ou lors des repas.

 

Le cas de Clos d’Ora est un peu à part dans cet ensemble. Il ne s’agit pas d’un clos au sens de clôturé, mais de 9 hectares faisant partie du vignoble de Laville Bertrou, géré comme une entité spécifique avec son petit chai très moderne et dépouillé et son lieu de réception au dessus. Le point qui frappe beaucoup d’observateurs, moi compris, est le prix de vente de ce vin. Un peu à la californienne, il vise un public très différent du reste de l’appellation et qui considère que plus un vin est cher, plus il est désirable ; car le Clos d’Ora se vend aux alentours de 200 euros la bouteille (le domaine annonce 185), alors que le prix moyen des très bonnes cuvées dans l’appellation est plutôt autour des 25/30 euros. J’ai dégusté ce vin en trois millésimes et il est très bon, pas surpuissant mais finement équilibré. Mais rien ne justifie objectivement un tel prix hormis une volonté de se positionner d’une manière symboliquement très forte, ce que Gérard Bertrand a osé faire. On pourrait penser que cela ferait sourire ou grincer des dents les autres producteurs de l’appellation, mais on aurait tort. En tout cas l’écho que j’ai eu était qu’ils sont heureux que leur appellation ait été choisie pour une opération de communication de ce type. Car il y a beaucoup de «comm» autour du projet, avec toute la panoplie du discours appuyé sur la biodynamie et du mulet qui tire la herse entre les rangs (comme par hasard en action au moment de notre visite), sur le terroir d’exception, etc., etc.

Je vous parlerai maintenant des vins plus abordables que j’ai aussi beaucoup aimé et qui donne un peu une idée des styles qu’on peut trouve à La Lavinière, tout en situant un peu les domaines qui sont à leur origine.

DSC_0140Patricia Domergue dans ses vignes au Clos Centeilles, près du village de Siran. Elle s’est bien battu pour son appellation et fait des vins formidables

 

Clos Centeilles

La maison et le chai se trouvent ensemble et tout près du petit village triste de Siran, ou nous logions dans l’hôtel de charme Château de Siran, qui est réellement charmant et qui doit être un des rares bâtiments de ce village ayant un peu de cachet. Patricia Boyer Domergue (qui n’est pas «du pays») a acheté ce domaine en 1990 et a longtemps présidé avec énergie la jeune appellation. Le clos est réel et ancien, et part de la petite église du 13ème siècle, Notre Dame des Centeilles. Patricia ne s’est pas contenté de suivre les règles des appellations mais a aussi beaucoup œuvré pour préserver et expérimenter la richesse ampélographique locale, devenue malheureusement historique en grande partie. Elle cultive, entre une vingtaine d’autres variétés, Rivayrenc (de différentes couleurs), Œillade et Araignan. Un des ses beaux vins blancs est issu de 15 variétés différentes en s’appelant Mosaïque de Centeilles. Le 2015, sous une désignation vin de pays, est complexe, un peu gras, de belle texture et long. La gamme est de ses vins est large car, sur ses 12 hectares de vignoble, Centeilles produit 9 vins différents à partir de 23 cépages., et dans à peu près tous les types (sauf bulles). Mais un seul est de l’appellation Minervois La Lavinère, et il est magnifique, alors je vais m’y limiter.

DSC_0143Magnifique calade au Clos Centeilles. J’aime tant le beau travail de pierre.

Verticale de Clos Centeilles (la plupart des ces vins fut dégusté à la découverte et au domaine)

chose rare : certains de ces vins sont encore disponibles à la vente au domaine, et seront plus faciles à trouver sur commande quand la nouvelle cave/oenothèque sera terminée.

1992

L’année de naissance de sa fille Cécile, qui commence à travailler à temps partiel sur le domaine tout en poursuivant ses études. Ce vin est encore un peu austère, donc resté très jeune, avec de la mâche causée par des tannins fermes, beaucoup de fond et de densité. Long et vibrant.

2001

(dégusté à l’aveugle mais à un autre moment, lors de la présentation de « La Collection de La Lavinière 2016)

Beau nez, évolué mais complet et accompli, avec une grande complexité. C’est raffiné et vibrant en bouche et l’ensemble est d’une grande finesse. Un vin toute en élégance qui a vieilli remarquablement.

2003

On dirait un Barolo de bel âge, tant les arômes de vieux cuir sautent au nez. D’une grande complexité, ce vin formidable est un des meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage.

2007

Le nez est fabuleux et se révèle progressivement, couche par couche, avec une part de truffes généreusement servies, de la réglisse et de la prune en abondance. C’est aussi charmeur qu’intense et très long. Un autre vin splendide.

2009

La composition est donnée pour un tiers de chaque cépage, entre Syrah, Grenache et Mourvèdre. Je ne sais pas s’il en va de même pour les autres millésimes mais je soupçonne que cela varie selon le millésime et la matière.

Encore un nez formidable. Des tannins fins, presque fondus. Vin dynamique qui conserve une expression marquée par le fruit.

2010

(dégusté à l’aveugle mais à un autre moment, lors de la présentation de « La Collection de La Lavinière 2016)

Un jeunot selon les canons de ce producteur, car les millésimes postérieurs ne sont pas encore à la vente. Le nez est plus chaleureux que pour les autres, avec des notes de cacao et de torréfaction. C’est aussi plus robuste par sa matière, avec une pointe de sécheresse en finale qui montre que les tannins ne sont pas encore fondus. C’est un très bon vin mais qui mériterait un peu de patience.

DSC_0148Fabrice Darmaillacq, le Directeur Technique de l’Ostal Cazes, avec les bouteilles de la dégustation verticale

Domaine L’Ostal Cazes

Basé à l’ancienne Tuilerie Saint Joseph, qui fut d’abord restauré et derrière laquelle un chai moderne fut construit par Robert Eden (dont je parlerai plus tard), ce domaine fut crée par Jean-Michel Cazes et sa famille en 2002 après l’acquisition de deux propriétés puis le bâtiment. Il occupe maintenant 60 hectares de vignes et 25 d’oliviers sur un ensemble de 150 hectares. Il est géré sur place Fabrice Darmaillacq, le Directeur Technique, qui nous a rejoint à plusieurs reprises pendant le voyage et dont les commentaires furent toujours très intéressants. Les vins partent en tiré bouché à Bordeaux pour intégrer le réseau de distribution de la famille Cazes.

Verticale de l’Ostal Cazes

2003

Année de canicule et de vendanges précoces. Le vignoble venait d’être acquis et donc les replantations qui allait le modifier en profondeur n’avaient pas encore eu lieu. Les bords de la robe dense sont bien brunis. Le nez m’a semble assez bordelais, avec des notes de cèdre et de mine de plomb (mais est-ce imaginaire, connaissant le propriétaire ?) Les arômes me semblent par ailleurs un peu brouillés. En bouche c’est d’abord charnu, puis avec une touche de vivacité et un peu d’amertume en finale.

2004

Une année très contrastée avec la précédente, ayant été frais et pluvieux. La robe est similaire au 2003. Le nez est plus frais et plus tenu dans son expression. Ferme et « minéral », un peu monolithique dans son expression.

2005

La robe semble nettement plus jeune et le beau nez à encore la fragrance des fruits rouges frais. C’est un vin au stylé élancé et fin qui évite l’amertume des deux précédents et possède une belle longueur.

2007

La robe est encore plus juvénile que celle du 2005. Le nez combine notes épicées et de fruit confits dans un registre aussi jeune et frais. L’amertume est bien maitrisée et la texture soyeuse. Ce vin a gardé une jeunesse étonnante et reste parfaitement équilibré. Il était mon préféré de cette dégustation.

2009

Robe dense et nez chaleureux, aussi fumé qu’épicé. Je sens du fruit en confiture en bouche avec une finale trop chaleureuse à mon goût. N’a pas l’élégance des 2005 et 2007.

2010

L’année fut sèche. Beaucoup d’intensité de couleur et un nez dense, et peu expressif encore. Cet aspect massif est aussi évident en bouche. Les tannins sont bien présents mais l’équilibre tient bien. Vin long et bien structuré qu’il convient d’attendre quelques années.

2011

L’été fut pluvieux puis la période avant les vendanges fur sèche. Rendement généreux. Le nez est sur le versant de fruits confits et de la cuisson. Ce vin semble plus austère et ses composants (acidité/tannins/fruit) ne sont pas encore bien fondus. Vibrant de jeunesse, je pense qu’il fait mentir, comme d’autres bons vins de cette appellation, la tendance du marché à consommer ces vins jeunes. Il leur faut, au contraire, entre 7 et 12 and pour se révéler, après une phase de jeunesse ou leur fruité s’exprime pleinement.

2012

Un année très sèche, malgré des pluies vers le 15 août. La robe semble un peu moins dense. Le nez est délicieusement friand et offre toute la gourmandise de son fruit. Doté d’une jolie fraîcheur, moins tannique et concentré que le 2011 qui sera potentiellement plus complexe peut-être, on peut boire ce vin aujourd’hui.

Le domaine n’a pas mis en bouteille le millésime 2013

2014

Nez très frais et un vin carré, clair et net. Les saveurs en bouche sont précises et dynamiques, la qualité du fruit excellente et l’ensemble est bien équilibré malgré une pointe d’amertume en finale (mais qui pourrait être un atout dans le temps). N’a pas le charme du 2012 pour l’instant et finit sur une note chaleureuse.

En tout une belle dégustation qui prouve encore une fois la bonne capacité de garde de ces vins.

DSC_0169Robert Eden, de Château Maris, en pleine explication des ses vins

Château Maris

Celui qui a construit le chai d’Ostal Cazes et qui l’occupait alors s’appelle Robert Eden, un anglais qui a roulé sa bosse en Australie et ailleurs avant d’atterrir dans ce coin du Languedoc. Il a maintenant un nouveau chai, construit selon des principes très écologiques pour vinifier et faire murir les vins de son domaine, appelé Château Maris. On connaît encore peu ces vins en France car ils étaient surtout exportés un peu partout, mais cela commence à évoluer et on peut en trouver dans des réseaux « bio », ou chez Metro. Eden a acquis le domaine en 1997 et l’a rapidement converti en viticulture bio et biodynamique. On trouve dans le chai la panoplie du genre avec des cuves en béton et en bois, des œufs en béton, une climatisation naturelle et, pour le visiteur, des odeurs très agréables et une sonorité apaisante. Vous me direz « et alors ? » Je vous répondrai que c’est bien agréable lorsqu’on y passe une heure à déguster et à écouter.

Nous avons dégusté une bonne série de vins et je ne suis pas certain que tous revendiquent l’appellation Minervois-La Lavinière. Tant pis, ils sont bons quand-même, mais pas donnés. Pourquoi est-ce que les vins « bio » sont souvent vendus si chers ?

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Les Anciens 2014

Un pur Carignan, ce vin est un délice avec une belle intensité de fruit et beaucoup de fraîcheur. Long, pur et très bon. (Prix dans les 19 euros).

Las Combes 2013

Un pur Grenache, très juteux aussi et qui a su rester frais. (Même prix).

Les Planels 2014, Minervois La Lavinière

80% Syrah, 20% Grenache. Vibrant et très juteux. Excellent. (prix inconnu)

Les Amandiers 2014

Un pur Syrah, élevé en barriques neuves. Soyeux de texture avec une superbe qualité de fruit et très long. (prix 35 euros)

Brama 2014 (blanc)

Grenache gris à 100% vinifié à la bourguignonne (je crois). Long et gras, mais avec une vivacité extraordinaire. J’ai beaucoup aime ce vin. (prix dans les 30 euros)

Mirren de LorgerilMirren de Lorgeril

Vignobles de Lorgeril, Borie Blanche (verticale de la cuvée La Croix)

Les Lorgeril sont propriétaires d’une demie douzaine de domaines en Languedoc et en Roussillon. Borie Blanche fut acquis il y a 20 ans en le chai actuel est occupé depuis 2002. La vinification fait appel à un fonctionnement par gravité et un système de pigeage aménagé dans un chai ancien qui reste naturellement frais grâce à se construction en hauteur et partiellement enterré. On voit ici une combinaison intéressante entre techniques anciennes, bien aidés par des choses très modernes car la suivie de la vigne est aidé par de l’imagerie satellite. Grenache et Syrah dominent les plantations, dont les nouvelles reviennent au système du gobelet.

Des deux millésimes de la cuvée appelée Borie Blanche, terroirs d’Altitude, j’ai bien aimé le 2012, frais et délicat, mais j’ai trouvé le 2013 anguleux et simple. Ce vin vaut dans les 10 euros, ce qui constitue une entrée de gamme pour l’appellation. S’en est suivie une bonne verticale de la cuvée haute de gamme, appelée La Croix. Son prix de vente se situe entre 25 et 30 euros.

La Croix 2008

Le nez reste marqué par le bois. En bouche on trouve une matière splendide, vibrante et juteuse. Sa tenue dans le temps est remarquable, le vin semblant encore jeune et vivace.

La Croix 2009

La matière est très belle, charnu et longue en bouche. Les tannins semblent plus fermes, ou bien plus extraits. J’ai préféré le 2008 sur le plan du style.

La Croix 2010

Nez magnifique, aussi frais que profond. Très intense et long en bouche, il semble très complet mais aura besoin de temps car sa densité est encore un peu chargée.

La Croix 2011

On trouve peut-être davantage de précision dans ce vin hyper juteux avec un équilibre parfait. C’est aussi fin que gourmand. Excellent vin.

La Croix 2012

Précis mais plus austère que les deux précédents. Les tannins semblent déjà fondus et l’équilibre est bonne.

Comme chez l’Ostal Cazes, il n’y a pas eu de 2013

La Croix 2014

Prometteur, forcément très serrée encore. Patience….

 

D’autres vins que j’ai bien aimés, lors de divers dégustations ou repas :

Château de Fauzan, la Balme 2008 (environ 15 euros, je crois : distribué en France par Grands Chais de France)

Encore un vin qui a su conservé une belle qualité de fruit après 8 ans. Je commence à croire dans la capacité de garde des meilleurs vins de cette appellation. Structuré et équilibré aussi. J’ai dégusté d’autres vins prometteurs de ce domaine. L’approche de ce jeune vigneron, qui est aussi très intéressant à écouter sur l’histoire et la géographie de sa région, laisse penser que ce domaine va très bien évoluer dans les années à venir.

Clos des Roques, Mal Pas 2008 (16 euros)

Un vin dans lequel domine le mourvèdre (avec du syrah) et qui a subit une vinification intégrale. Excellent.

Domaine de Tholomies 2011

Ce domaine a été acquis par Grands Chais de France, le plus grand producteur de vin dans ce pays et qui amorce un virage remarqué vers des produits haute de gamme en complément à ses activité de base. Dans la Languedoc, cette société a aussi rachetée Les Belles Eaux (ex-Axa millésime) et l’ancien domaine de Chantal Comte, la Tuilerie. Vin très juteux autour d’une superbe qualité de fruit. C’est peut-être encore un peu massif mais sa longueur et son équilibre indiquent un beau potentiel. Le millésime 2011 sort souvent très bien dans les dégustations que j’ai pu faire dans cette région, bien que je n’aime pas trop généraliser sur les millésimes.

Château de Cesseras 2012 (environ 15 euros)

Faisant partie de la sélection « Collection 2016 » qui a été faite par un jury de sommeliers et de journalistes, ce vin a un nez splendide, aussi élégant que complexe. Son caractère m’a semble presque bourguignon, entre autres par sa finale en dentelle. Cela semble aussi une bonne affaire.

Domaine La Syranière 2013 (23 euros)

Peut-être un peu marqué par son élevage encore mais une belle réussite dans une année qui semble avoir été difficile. Dans la gamme « vin de garde », avec beaucoup de matière et une belle précision. Je l’ai gouté deux fois, dont une à l’aveugle avec la série « Collection 2016 ».

Borie de Maurel, La Féline 2014 (environ 15 euros)

La touche laissée par la macération carbonique m’a un peu gêné au nez, mais la suite est charnue, riche et long en bouche.

 

Conclusion

Une bien belle appellation, aussi bien sur le plan physique (topographie, paysages et lieux) que pour la qualité de ses meilleurs vins. Nul besoin de payer 200 euros, ni même 50, pour se faire très plaisir avec un Minervois-La Lavinière. Une trentaine euros suffiront pour acheter les meilleurs cuvées et on peut aussi trouver de belles choses autour de 15 euros, du moins en France.

Une de mes bonnes surprises a été la très bonne tenue dans le temps de certains vins. Peut-être que la part relativement forte du syrah y est pour quelque chose ?

Je suis personnellement rétif aux arômes gazeuses induits par une macération carbonique mal maitrisée et je trouve que cette technique fait se ressembler les vins les uns aux autres, tout en durcissant les tannins. Mais peu de vins dégustés souffraient de cela et plusieurs domaines n’ont pas, ou de moins en moins, recours à cette technique.

C’est aussi une région ou les fortes personnalités sont bien présents, ce qui rend les visites souvent passionnantes.

David Cobbold

(texte et photos)


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Un assortiment – la fête des vins, Born Digital Awards, crappy Lozère aire

Boulevard Napoléon: Fêtes des Vins, La Lavinière, Minervois 

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2011 Grenache Gris, VDP de l’Herault, Boulevard Napoléon 

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The Boulevard Napoléon plaque on the winery’s
street that lends the wine its name  

We have just spent a very enjoyable weekend in the Minervois guests of Fergus Henderson and Trevor Gulliver for their fifth annual Fête des Vins at their winery in La Lavinière. Gulliver and Henderson run St John, the well known London restaurant group, which includes their flagship restaurant – St John in Clerkenwell. They are famous for their robust cooking with an accent on offal and pigs’ extremities.

Gulliver has had a house by the Canal du Midi in Homps for 16 years and he and Fergus started their wine venture in 2011 buying grapes from the local co-operative. Last year they bought some parcels of vines way up in the Minervois hills that can only be reached by rough tracks.

The white Boulevard Napoléon is made from Grenache Gris, while the three reds are single varietal – Carignan, Cinsault and Grenache. These juicy attractive wines are very much ones to enjoy rather than analyse.

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Benji – the winemaker

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Trevor Gulliver

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Fergus Henderson


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BD

The 2016 Born Digital Wine Awards, brought to you by Wine in Moderation:

  • focus is on the content the audience experience when they are reading
  • are decided by an international panel of respected judges representing    the diverse world of wine and publishing
  • value great content in 6 different languages
  • believes that quality and responsible content contributes to a shared Culture of Wine

2016 Key Dates

  • Submissions Open: 1st June
  • Submissions Close: 7th July
  • Shortlist Announced: October
  • Winners Announced: November

Categories:

Best Investigative / Journalistic Wine Story

Best Editorial / Opinion Wine Writing

Best Tourism Content with a Focus on Wine

Best Wine Themed Video

Best Wine Photo

Responsibility Prize

A prize for the entry in ANY category that best promotes the Culture of Wine and demonstrates the message of Responsibility & Moderation

More details: http://borndigitalwineawards.com/

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A75: Aire de Lozère – worth a detour to avoid

Driving back from the Minervois today we made the grievous mistake of stopping for a quick casse croute at the Aire de Lozère. Although the scenery is lovely the food offer is sadly dreary – a tiny selection of unambitious sandwiches, a sad attempt at a croque monsieur plus a few other bits and pieces that will only appeal in desperation. There is a also a shop called Lozère Authentique – a claim that is somewhat undermined by stocking Mars Bars….

There was a time when UK service station were rightly derided. Fortunately in recent times they have improved with outlets offering food from Marks & Spencer and Waitrose. However, the very best service station I know is in the Lake District in Cumbrian where there is a farm shop offering local meat, cheese and vegetables in addition to a interesting and tasty range of snacks.  

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Photo©MichelSmith


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#Carignan Story # 295 : le patience des Pères

Ce que j’aime à Narbonne, chez Xavier Plégades, outre l’accent et la gouaille du personnage, c’est le malin plaisir qu’il éprouve à me sortir de ses casiers un Carignan inconnu, ce goût qu’il a pour le partage et cette cuisine d’instinct qui semble partir d’un coin de plaque de feu, cette simple disposition des produits sur l’ardoise, ce jaillissement d’idées à partir de quelques anchois ou de coquillages qu’il s’est procuré avec d’autres trouvailles aux Halles toutes proches. Pas de science ni d’école, encore moins de chichi. Même quand ce n’est pas son jour officiel d’ouverture, le bougre arrive à me délecter sur le pouce ne serait-ce qu’avec une salade ou de simples croquettes. Pour vous faire une idée, relisez ce que j’ai pu écrire sur Xavier par le passé en suivant ce lien.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Ne vous méprenez pas, mais le Célestin que je cite si souvent dans cette série de chroniques n’est en rien un restaurant branché ou un énième bar pour noctambules épris de boissons à la mode, de bières et d’artifices liés à la mixologie ambiante. Mis à part le fait que le gars se range sans ambiguïté dans le camp des naturistes, ce lieu particulier n’est qu’une enseigne gourmande de plus, une adresse de base à rajouter à la liste déjà bien fournie en bonnes tables qu’offre le registre gourmand de la sous-préfecture de l’Aude.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Que l’on emporte le flacon ou qu’on le boive sur place, nous sommes ici dans un lieu dédié au vin dans un cadre presque minimaliste fait de murs blancs, de quelques affiches cinématographiques et de belles tables en bois blond. Mais surtout, si je reviens toujours et encore au Célestin, c’est parce que son patron, Xavier, est un suiveur de cépages rares et que son goût avéré pour le jus de la treille le pousse, comme en cuisine, à sortir des sentiers battus, à aiguiser sa curiosité, à fouiner dans sa région pour accueillir dans ses murs des vins peu habituels et si peu conventionnels.

Photo©MichelSmith

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J’en ai eu l’exemple encore l’autre midi avec ce pur Carignan 2014 venu de La Livinière, en Minervois, mais estampillé Vin de France, Les Clos des Pères, une cuvée La Borio qu’il m’a conseillé de goûter pour une somme raisonnable, 14 € à emporter (départ propriété, la bouteille est à 9 €). Les raisins de cette vieille vigne sauvée par un tout jeune couple Anne-Laure et Julien Gieules sont cueillis à la main, puis rangés en cagettes avant d’être vidés et vinifiés dans une cuve en inox.

Photo©MichelSmith

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Ce qui séduit d’abord ici, c’est l’étiquette qui est du meilleur goût. Elle sied parfaitement au style du vin. Visiblement les raisins sont assez concentrés en maturité et l’extraction est bien poussée si l’on se fie à l’intensité pourpre de la robe. Et le vin a besoin d’un décantage en règle si j’en juge par la retenue du nez où l’on devine quand bien même toutes sortes de parfums d’épices, de laurier, de fruits noirs et de garrigue. Cette élégante concentration se ressent nettement en bouche avec des accents de fruits chocolatés et des notes de café. Pourtant, on ressent que ce vin n’est pas tout à fait prêt, qu’il a besoin de patience. D’ici deux ans, à mon avis, il sera parfaitement apte à servir une pintade aux champignons ou pour un petit gibier à plumes.

Michel Smith

Photo©MichelSmith


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Deux jours chez Nicole et John en Minervois… Pas plus !

Deux jours seulement. Quarante huit heures pour partager les fruits d’un amour. Dérisoire ! Ridicule ! Un affront fait à Cupidon ! Autant pisser sur un feu de forêt !

Photo©MichelSmith

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C’est un peu ce que je me disais cet été lorsque je me trouvais face au flot d’invitations qui inondait au quotidien ma boîte mail, sans compter les réseaux sociaux auxquels j’ai eu la curiosité, ou la naïveté, de croire. Quand ce n’était pas via ma classique boîte aux lettres que m’arrivaient les suggestions de piques niques, découvertes tous frais compris (pas toujours remboursés d’ailleurs) d’un terroir, soirées débats sur les cépages autochtones, festivités en tous genres, feux de bois, fêtes à neuneu avec trucks gourmandes, lectures ou concerts au clair de lune, grillades, inaugurations de sentiers viticoles, salons du vin… Que faire d’un tel flot ? Choisir au hasard ? Tout refuser en bloc ? Y aller et s’emmerder ? Risquer sa vie entre les camping cars des juilletistes et aoutiens ? Ne favoriser que ceux dont on aime le vin à coup sûr ? Tirer l’heureux élu à la courte-paille ? Les initiatives pleuvent et le monde du vin me semble quelque peu détraqué tant il a soif de communication, de faire-boire et de faire-part.

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Tout mettre en œuvre pour attirer le chaland. Et pourtant, je ne vends pas de vin, je ne suis plus qu’un journaliste dit honoraire et je me plais à croire que je n’ai pas la science infuse, quand bien même je m’autorise à donner mon avis ici et là. Merchandising, affichettes, flyers comme on dit de nos jours, du vigneron au caviste en passant par l’attaché de presse, journaliste de pacotille ou écrivaillon de blogs, tout est fait pour t’attirer dans les mailles du filet jusqu’à l’overdose. Beaucoup penseront en me lisant que j’ai une chance inouïe d’être ainsi sollicité. Peut-être, mais qu’attendent tous ces gens de mon éventuelle participation ? Se posent-ils au moins la question de savoir ce qu’un pauvre type comme moi, désabusé et retraité, va pouvoir transmettre comme message efficace dans l’opinion ? En réalité, il n’y a plus d’opinion. Reste un dévidoir inépuisable d’idées mâchées à la sauce bobo, idées largement reprises par nos ténors médiatiques. À l’instar d’un amour de 48 heures à peine, le temps du vigneron est furtif.

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Que de certitude préfabriquée par ouïe dire, que de prétention affichée, que d’exhibition ! On veut du gratuit, du cheap, de l’esbroufe, du tape-à-l’œil ! Les cavistes ou prétendus tels vendent du pâté, des chips aromatisées et des biscuits à l’eau de rose aux côtés de leurs vins « naturels » ou similis. À l’inverse, les bouchers, charcutiers (quand il en reste…), pâtissiers, stations services, poissonniers, vendent du vin afin de compléter nos offres nous disent-ils en prenant le ton d’un diplômé en école de commerce. Et d’ailleurs, on n’achète plus du vin mais des quilles. On ne savoure plus, on boit – ou plutôt on glougloute – et on commente comme s’il s’agissait du son d’une vidéo porno.

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Fort de ces démoralisantes constatations, j’ai sorti le grand jeu l’autre jour. Je me suis dit : « Allez hop ! Je plaque tout pendant deux jours et je vais m’immerger dans un vignoble en implorant un vigneron pour lequel j’ai de l’estime de m’inviter chez lui ». Oui, je reconnais : de ma part, c’est ignoble ! Force est de reconnaître cependant que ça marche presque à tous les coups. En Angleterre, je me souviens que l’on faisait du gate crashing pour rentrer dans les boîtes ou les parties privées. C’est un peu pareil. Même si, comme je m’en épanchais au début, la chose a un aspect frustrant. À la manière d’une histoire d’amour qui ne durerait que deux jours, on repart le cœur gros en se disant que l’on aurait aimé en vivre plus. Donc, profitant lâchement d’une randonnée festive et estivale sur le sol tout blanc de Saint-Jean-de-Minervois, j’ai demandé à mon ami Jean-Luc Bonnin de lancer un SOS Vignerons, un appel au peuple de la vigne et du vin. Nicole et John, du Clos du Gravillas, comme je l’escomptais, n’ont pas refusé et ont répondu présents.

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Nicole & John/Photo©MichelSmith

Je me retrouve donc chez les Bojanowski qui vivent en plein cœur du village, non loin de la distillerie artisanale. Ils m’ont installé dans l’ancien café qu’ils ont aménagé en gite. C’est peut-être mon côté voyeur, mais j’adore surprendre les vignerons ainsi, dans leur univers, simplement, en famille, les questionner plus intimement que si je le faisais pour une revue spécialisée. J’aime revivre leurs histoires qui, dans ma tête, deviennent matières à roman. Je me plais à les questionner sur tout et n’importe quoi. Toujours en dehors des repas, si possible tôt le matin, je demande à mes hôtes de me concocter une dégustation de tout ce qu’ils vendent… et plus si affinités. Le faire chez John et Nicole, tout juste 8 ha de vignes, rend l’exercice encore plus excitant car ces deux-là respirent le bonheur. Cela se remarque rien qu’en jetant un œil sur le croissant de lune qui chez eux devient symbole, ou sur la contre-étiquette : Nicole et John écrit en gros caractères, ou encore nous travaillons avec amour sur un terroir calcaire très caillouteux. J’aime cette spontanéité, cette décontraction et à la fois cette application, cette volonté affichée de bien faire.

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John Bojanwski/Photo©MichelSmith

J’attaque par les blancs…

IGP Côtes du Brian 2014. C’est du vieux Terret gris, copieux, opulent, vif, charnu (10 € départ cave). Emmenez-moi au bout… dit l’étiquette : je veux bien. Pas en deux jours cependant !

Minervois L’Inattendu 2014. Assez épicé au nez, ample, vivace, riche en matière et long, sur une finale très fraîche. Grenache blanc et Macabeu (17 € départ).

Côtes du Brian Mademoiselle Lilly 2013. De la vigne la plus haute du domaine, en souvenir d’un labrador décédé en 2007. Positionnement souple en attaque, puis dense et serré au point qu’il se goûtera mieux d’ici 2 à 3 ans (10 €). Roussanne et Viogner avec pointe de Grenache blanc, le tout vinifié et élevé en demi-muids autrichiens (Stockinger).

Muscat de Saint-Jean-de-Minervois 2013. Fin, dans la fraîcheur et la tendresse, c’est l’un des plus équilibrés et réguliers de l’appellation.

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Puis les rouges….

Côtes du Brian Sous les cailloux des grillons 2014. Notes de pain grillé, encore un peu bousculé par une mise récente, mais sympathique évolution en bouche avec de la fraîcheur en finale (9 €). Huit cépages, dont Syrah, Carignan, Terret noir, Cabernet Sauvignon, Cinsault, Mourvèdre

Minervois Rendez-vous sur la lune 2013. Carignan et Syrah réconciliés. Belle finesse au nez, fruité élancé en bouche, plaisir affirmé, droiture et structure, jolie finale (13 €). On est sur les cailloux, par sur la lune, et ça se boit frais !

Côtes du Brian Lo Vièlh 2013. C’est la cuvée spéciale du domaine, à partir de vignes centenaires. Un Carignan pur maintes fois évoqué dans mon Carignan Story, par exemple ici même en 2013, toujours assez fermé et austère au nez lors de sa prime jeunesse, que l’on sent dense et ferme en bouche en plus d’une fort jolie longueur sur une matière immense !

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Michel Smith


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Quand le Mourvèdre se fait caressant… du côté du Minervois

Le cépage Mourvèdre engendre souvent des vins assez austères, tanniques et droits. Mais de temps à autre, il se laisse aller à plus de facilité. Il enchante alors les papilles par des fragrances inattendues, multiples, du moins dans sa prime jeunesse.

le Vin de Plume 2014 Minervois Domaine du Somail

Domaine du Somail 001

Violet pourpre presque noir, cette cuvée s’exprime presque dans la seconde, proposant sans retenue ses parfums fruités et floraux. Prunelle, griotte, amande, violette et iris se retrouvent en bouche avec la même générosité. La fraîcheur, la fermeté soyeuse des tanins, les épices douces, le charnu des fruits et l’élégance des fleurs en font un vin de plaisir gourmand.

Domaine du Somail (1)
Vinification: assemblage de 80% de Mourvèdre et 20% de Syrah sur éboulis calcaires. Vendangés à la main, les raisins sont vinifiés délicatement de manière à extraire des jus équilibrés et aromatiques. Fermentations finies, le vin est ensuite tiré en cuves pour être élevé pendant 10 mois.

On aime ce vin friand quant à l’apéro, il remplace blancs ou bulles avec aplomb. Servi, frais, pas froid, il accompagne les plats du sud des tians au couscous, du lapin au thym aux succulents pieds et paquets. Les carpaccios et les légumes grillés lui font de l’œil.

Le domaine

Ils sont quatre, venus d’horizons différents mais animés par la même passion, la vigne. Quant au vignoble de 15 ha, il escalade les premiers coteaux qui mènent au village de Minerve, au nord-est de l’appellation Minervois. «Recherchant l’authenticité, l’élégance et la finesse dans nos cuvées, nous avons fait le choix de la biodynamie. Le respect des rythmes cosmiques et de la vie des sols est pour nous fondamental dans nos pratiques et nos gestes. La vigne révèle en retour le potentiel de nos terroirs» explique François Fabre.

Domaine du Somail (2)

 

http://www.domainedusomail.com

Ciao

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Marco

 


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Un peu d’Oregon en Minervois…

Dans la vie que je mène en plein Midi de l’Hexagone, j’ai un très bon camarade du nom de Russell Raney. Un gars tout ce qu’il y a de plus américain mais qui semble pourtant de plus en plus porté par notre Sud à nous, je veux dire le Languedoc et le Roussillon réunis, comme j’aime à le préciser tant on a parfois l’impression que ces deux-là sont de faux-frères. Russell, en bon Narbonnais, résident épisodique qu’il est devenu – son épouse Mary et lui se sont achetés un appartement dans cette riante sous-préfecture de l’Aude -, se met à importer dans son état de l’Oregon les vins de quelques vinerons sudistes qu’il aime bien. Lorsqu’il revient chez nous, il ramène toujours dans ses valises quelques flacons de Pinot Noir qu’il nous invite ensuite à déguster. Sachez au passage qu’avant de vendre sa propriété viticole en Oregon, Russell était un vigneron respecté.

Russell Raney nous présente les vins. Photo©MichelSmith

Russell Raney nous présente les vins. Photo©MichelSmith

Cette fois, notre séance Pinot noir, c’est ainsi que je l’appelle, s’est déroulée en présence d’une brochette d’amis au Domaine Borie de Maurel, chez le vigneron Michel Escande, victime chaque année des polissonneries culinaires intempestives de l’ami Vincent Pousson qui investit dans son Charivari les cuisines du lieu pour quelques soirées gastronomiques parfois délirantes où les bons vins de Michel côtoient d’autres perles dénichées par Vincent, le plus souvent dans la région, mais aussi ailleurs. Ce soir-là, en guise d’apéritif, il y avait à titre d’exemple une décoiffante Manzanilla en rama à ma connaissance introuvable en France. Le dîner a pu ensuite s’orchestrer entre nos restes de dégustation et quelques millésimes anciens des Minervois signés Michel Escande.

Une Manzanilla du feu de dieu ! Photo©MichelSmith

Une Manzanilla du feu de dieu ! Photo©MichelSmith

Ceux qui me connaissent savent combien est fort mon amour pour le Pinot noir. Quelle que soit son origine, ils savent aussi que je ne lui pardonne aucun écart. Je considère en effet qu’il est plus difficile à vinifier que d’autres cépages et que de ce fait il est réservé à une élite vigneronne. L’homme (ou la femme) qui l’accompagne jusqu’à sa mise en bouteilles se doit de lui être totalement dévoué. Il lui faut privilégier à la fois son équilibre entre l’alcool et l’acidité, mettre en avant sa finesse, faire apparaître sa délicate note fruitée et imposer une puissance maîtrisée, sans oublier la persistance que l’on attend d’un grand vin. Ma connaissance en matière d’Oregon étant quasi nulle, je vais vous épargner tout le blabla habituel que vous trouverez d’ailleurs facilement en épluchant les livres savants et les sites internet. Tout ce que je peux préciser c’est que nous nous sommes penchés ce jour-là sur une demi-douzaine de bouteilles de la Willamette Valley, région qui me paraît assez influencée par le climat océanique. Tous arboraient le millésime 2012, sauf une bouteille en extra, plus jeune, histoire de nous faire la bouche. Provenant de différents terroirs (ou zones), les wineries représentées sont toutes membres d’une association Deep Roots Coalition, laquelle prône une culture soignée, sans irrigation.

Vincent Pousson, dégustateur et orchestrateur du dîner. Photo©MichelSmith

Vincent Pousson, dégustateur et orchestrateur du dîner. Photo©MichelSmith

Je ne parlerai pas de la robe des vins pour la bonne raison qu’aucune ne m’a choqué, que ce soit par un manque ou un surcroît d’intensité de couleur. Elles me sont apparues correctes, point. Démarrage avec un 2013 de Walter Scott, des Eola-Amity Hills au nez pointu, légèrement beurré, assez expressif en bouche, doté d’une puissance évidente tout en étant contenue. Du même domaine, il y avait dans la foulée un 2012 au nez un peu plus sévère. Bouche vivace, assez fraîche, joliment marqué par des notes de fruits noirs sauvages, touche de cassis, longueur savoureuse. Je lui ai attribué une de mes meilleures notes.

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Les vins en question… Photo©MichelSmith

Le 2012 d’Evesham Wood (Eola-Amity Hills), baptisé Le puits sec, présente un nez un peu séveux manquant quelque peu de netteté et de complexité. Puissant en bouche, je l’ai trouvé dur (tannins rêches) et lui ai accordé une de mes plus mauvaises notes. Toujours 2012, mais de Dundee Hills, le Cameron Arley’s Leap offre un nez sérieux et fin qui semble être sur la réserve. La bouche s’offre avec facilité et souplesse, l’ensemble paraissant assez brillant de par son originalité et ses beaux tannins. Pour moi, c’est ma seconde meilleure note : 3 étoiles sur une échelle de 5. Le Crowley 2012 La Colina Vineyard, de Chehalem Mountain est assez moyen au nez avec une bouche très difficile, ordinaire et dure. Je ne l’ai pas noté.

Intermède de clowneries où les têtes de pintades sont présentées en public ! Photo©MichelSmith

Intermède de clowneries où les têtes de pintades sont présentées en public ! Photo©MichelSmith

Le 2012 Illahe, qui affiche bien en vue la Willamette Valley (Coast Range) offre une matière assez riche et volumineuse. En plus d’un boisé présent mais discret, il est bien typé pinot noir. Il s’achève malheureusement sur un peu de dureté qui pourrait bien s’estomper au bout d’une garde de 5 ans. Je lui accorde 2 étoiles. Le Belle Pente 2012, du secteur de Yamhill-Carlton est assez élégant au nez, agréable en attaque, armé d’une belle acidité, mais il me paraît un peu maquillé. Deux étoiles tout de même.

Le Minervois de Michel Escande. Photo©MichelSmith

Le Minervois de Michel Escande. Photo©MichelSmith

Et pour finir, un Minervois 1999 Borie de Maurel bien en chair et long en bouche va nous ramener non loin de La Livinière, au moment où la pintade de Vincent arrive sur la table.

Michel Smith


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# Carignan Story # 258 : tendre Monolithe

Ils sont du village de Villespy, sur le territoire de La Livinière, l’un des plus en vue du Minervois. Julien, le jeune fils, et Henri Deveyer, le père, ne possèdent qu’une dizaine d’hectares et sont à la tête d’un domaine au nom délicieusement romantique, Les Jeanneterres. Malheureusement pour leur appellation qui en aurait bien besoin, les vignerons qui osent vinifier à part leurs vieux Carignans plutôt que de les mettre dans la soupe communale ou domaniale, laquelle peut au demeurant être fort goûteuse, sont obligés de passer outre l’appellation et de se rabattre sur la mention passe-partout, Vin de France. Bizarrement, le Cinsault qu’ils vinifient aussi, a lui droit de cité et peut même se revendiquer Pays d’Oc ! C’est fou ce que les choses sont bien faîtes en ce bas monde…

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La cour de l’Hôtel d’Alibert. Photo©MichelSmith

C’est l’espiègle Frédéric Guiraud, patron du délicieux hôtel (et restaurant) d’Alibert, à Caunes-Minervois, qui me l’a fait découvrir un jour où nous étions chez lui à digresser autour d’un bon plat sur le cépage-maudit du Sud avec Didier Viguier qui, au sein de la Chambre d’Agriculture de l’Aude, passe pour un protecteur du Carignan. Ce Vin de France, vinifié seulement quand il en vaut la peine car il est « capricieux » selon ses auteurs, s’appelle donc « Monolithe ». Il est du millésime 2011, provient d’une petite parcelle centenaire au-dessus de La Livinière et il est commercialisé modestement au prix de 9 € départ cave ce qui, à mes yeux, constitue une affaire vue la taille de cette propriété.

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De ce coin-là, on connaissait déjà le Boulevard Napoléon déjà décrit ici. Contrairement à ce que son nom laisse penser, le vin de ce jour, du moins à mes yeux, n’a rien de monolithique. C’est un rouge avenant, bien dans son jus, souple mais équilibré malgré l’alcool affiché (15°), doté d’une certaine finesse et d’un fruité tendre et délicat en dépit d’une très légère amertume en finale. Perso, je le vois servi frais (14°) sur un cassoulet, mais je sens qu’il irait bien sur un chaud plat de tripes avec de belles pommes de terre et carottes. Je n’ai pas de conseils à donner, mais je pense que si les Deveyer se donnaient la peine d’en vinifier tous les ans, sans forcément attendre d’hasardeuses sur-maturités, ils auraient un rouge encore plus frais et subtil qui ne manquerait pas d’intérêt.

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Pour joindre Julien Deveyer, envoyez un mail à cette adresse : julien.deveyer11@laposte.net

Michel Smith

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