Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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Deux jours chez Nicole et John en Minervois… Pas plus !

Deux jours seulement. Quarante huit heures pour partager les fruits d’un amour. Dérisoire ! Ridicule ! Un affront fait à Cupidon ! Autant pisser sur un feu de forêt !

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C’est un peu ce que je me disais cet été lorsque je me trouvais face au flot d’invitations qui inondait au quotidien ma boîte mail, sans compter les réseaux sociaux auxquels j’ai eu la curiosité, ou la naïveté, de croire. Quand ce n’était pas via ma classique boîte aux lettres que m’arrivaient les suggestions de piques niques, découvertes tous frais compris (pas toujours remboursés d’ailleurs) d’un terroir, soirées débats sur les cépages autochtones, festivités en tous genres, feux de bois, fêtes à neuneu avec trucks gourmandes, lectures ou concerts au clair de lune, grillades, inaugurations de sentiers viticoles, salons du vin… Que faire d’un tel flot ? Choisir au hasard ? Tout refuser en bloc ? Y aller et s’emmerder ? Risquer sa vie entre les camping cars des juilletistes et aoutiens ? Ne favoriser que ceux dont on aime le vin à coup sûr ? Tirer l’heureux élu à la courte-paille ? Les initiatives pleuvent et le monde du vin me semble quelque peu détraqué tant il a soif de communication, de faire-boire et de faire-part.

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Tout mettre en œuvre pour attirer le chaland. Et pourtant, je ne vends pas de vin, je ne suis plus qu’un journaliste dit honoraire et je me plais à croire que je n’ai pas la science infuse, quand bien même je m’autorise à donner mon avis ici et là. Merchandising, affichettes, flyers comme on dit de nos jours, du vigneron au caviste en passant par l’attaché de presse, journaliste de pacotille ou écrivaillon de blogs, tout est fait pour t’attirer dans les mailles du filet jusqu’à l’overdose. Beaucoup penseront en me lisant que j’ai une chance inouïe d’être ainsi sollicité. Peut-être, mais qu’attendent tous ces gens de mon éventuelle participation ? Se posent-ils au moins la question de savoir ce qu’un pauvre type comme moi, désabusé et retraité, va pouvoir transmettre comme message efficace dans l’opinion ? En réalité, il n’y a plus d’opinion. Reste un dévidoir inépuisable d’idées mâchées à la sauce bobo, idées largement reprises par nos ténors médiatiques. À l’instar d’un amour de 48 heures à peine, le temps du vigneron est furtif.

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Que de certitude préfabriquée par ouïe dire, que de prétention affichée, que d’exhibition ! On veut du gratuit, du cheap, de l’esbroufe, du tape-à-l’œil ! Les cavistes ou prétendus tels vendent du pâté, des chips aromatisées et des biscuits à l’eau de rose aux côtés de leurs vins « naturels » ou similis. À l’inverse, les bouchers, charcutiers (quand il en reste…), pâtissiers, stations services, poissonniers, vendent du vin afin de compléter nos offres nous disent-ils en prenant le ton d’un diplômé en école de commerce. Et d’ailleurs, on n’achète plus du vin mais des quilles. On ne savoure plus, on boit – ou plutôt on glougloute – et on commente comme s’il s’agissait du son d’une vidéo porno.

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Fort de ces démoralisantes constatations, j’ai sorti le grand jeu l’autre jour. Je me suis dit : « Allez hop ! Je plaque tout pendant deux jours et je vais m’immerger dans un vignoble en implorant un vigneron pour lequel j’ai de l’estime de m’inviter chez lui ». Oui, je reconnais : de ma part, c’est ignoble ! Force est de reconnaître cependant que ça marche presque à tous les coups. En Angleterre, je me souviens que l’on faisait du gate crashing pour rentrer dans les boîtes ou les parties privées. C’est un peu pareil. Même si, comme je m’en épanchais au début, la chose a un aspect frustrant. À la manière d’une histoire d’amour qui ne durerait que deux jours, on repart le cœur gros en se disant que l’on aurait aimé en vivre plus. Donc, profitant lâchement d’une randonnée festive et estivale sur le sol tout blanc de Saint-Jean-de-Minervois, j’ai demandé à mon ami Jean-Luc Bonnin de lancer un SOS Vignerons, un appel au peuple de la vigne et du vin. Nicole et John, du Clos du Gravillas, comme je l’escomptais, n’ont pas refusé et ont répondu présents.

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Nicole & John/Photo©MichelSmith

Je me retrouve donc chez les Bojanowski qui vivent en plein cœur du village, non loin de la distillerie artisanale. Ils m’ont installé dans l’ancien café qu’ils ont aménagé en gite. C’est peut-être mon côté voyeur, mais j’adore surprendre les vignerons ainsi, dans leur univers, simplement, en famille, les questionner plus intimement que si je le faisais pour une revue spécialisée. J’aime revivre leurs histoires qui, dans ma tête, deviennent matières à roman. Je me plais à les questionner sur tout et n’importe quoi. Toujours en dehors des repas, si possible tôt le matin, je demande à mes hôtes de me concocter une dégustation de tout ce qu’ils vendent… et plus si affinités. Le faire chez John et Nicole, tout juste 8 ha de vignes, rend l’exercice encore plus excitant car ces deux-là respirent le bonheur. Cela se remarque rien qu’en jetant un œil sur le croissant de lune qui chez eux devient symbole, ou sur la contre-étiquette : Nicole et John écrit en gros caractères, ou encore nous travaillons avec amour sur un terroir calcaire très caillouteux. J’aime cette spontanéité, cette décontraction et à la fois cette application, cette volonté affichée de bien faire.

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John Bojanwski/Photo©MichelSmith

J’attaque par les blancs…

IGP Côtes du Brian 2014. C’est du vieux Terret gris, copieux, opulent, vif, charnu (10 € départ cave). Emmenez-moi au bout… dit l’étiquette : je veux bien. Pas en deux jours cependant !

Minervois L’Inattendu 2014. Assez épicé au nez, ample, vivace, riche en matière et long, sur une finale très fraîche. Grenache blanc et Macabeu (17 € départ).

Côtes du Brian Mademoiselle Lilly 2013. De la vigne la plus haute du domaine, en souvenir d’un labrador décédé en 2007. Positionnement souple en attaque, puis dense et serré au point qu’il se goûtera mieux d’ici 2 à 3 ans (10 €). Roussanne et Viogner avec pointe de Grenache blanc, le tout vinifié et élevé en demi-muids autrichiens (Stockinger).

Muscat de Saint-Jean-de-Minervois 2013. Fin, dans la fraîcheur et la tendresse, c’est l’un des plus équilibrés et réguliers de l’appellation.

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Puis les rouges….

Côtes du Brian Sous les cailloux des grillons 2014. Notes de pain grillé, encore un peu bousculé par une mise récente, mais sympathique évolution en bouche avec de la fraîcheur en finale (9 €). Huit cépages, dont Syrah, Carignan, Terret noir, Cabernet Sauvignon, Cinsault, Mourvèdre

Minervois Rendez-vous sur la lune 2013. Carignan et Syrah réconciliés. Belle finesse au nez, fruité élancé en bouche, plaisir affirmé, droiture et structure, jolie finale (13 €). On est sur les cailloux, par sur la lune, et ça se boit frais !

Côtes du Brian Lo Vièlh 2013. C’est la cuvée spéciale du domaine, à partir de vignes centenaires. Un Carignan pur maintes fois évoqué dans mon Carignan Story, par exemple ici même en 2013, toujours assez fermé et austère au nez lors de sa prime jeunesse, que l’on sent dense et ferme en bouche en plus d’une fort jolie longueur sur une matière immense !

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Michel Smith


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Quand le Mourvèdre se fait caressant… du côté du Minervois

Le cépage Mourvèdre engendre souvent des vins assez austères, tanniques et droits. Mais de temps à autre, il se laisse aller à plus de facilité. Il enchante alors les papilles par des fragrances inattendues, multiples, du moins dans sa prime jeunesse.

le Vin de Plume 2014 Minervois Domaine du Somail

Domaine du Somail 001

Violet pourpre presque noir, cette cuvée s’exprime presque dans la seconde, proposant sans retenue ses parfums fruités et floraux. Prunelle, griotte, amande, violette et iris se retrouvent en bouche avec la même générosité. La fraîcheur, la fermeté soyeuse des tanins, les épices douces, le charnu des fruits et l’élégance des fleurs en font un vin de plaisir gourmand.

Domaine du Somail (1)
Vinification: assemblage de 80% de Mourvèdre et 20% de Syrah sur éboulis calcaires. Vendangés à la main, les raisins sont vinifiés délicatement de manière à extraire des jus équilibrés et aromatiques. Fermentations finies, le vin est ensuite tiré en cuves pour être élevé pendant 10 mois.

On aime ce vin friand quant à l’apéro, il remplace blancs ou bulles avec aplomb. Servi, frais, pas froid, il accompagne les plats du sud des tians au couscous, du lapin au thym aux succulents pieds et paquets. Les carpaccios et les légumes grillés lui font de l’œil.

Le domaine

Ils sont quatre, venus d’horizons différents mais animés par la même passion, la vigne. Quant au vignoble de 15 ha, il escalade les premiers coteaux qui mènent au village de Minerve, au nord-est de l’appellation Minervois. «Recherchant l’authenticité, l’élégance et la finesse dans nos cuvées, nous avons fait le choix de la biodynamie. Le respect des rythmes cosmiques et de la vie des sols est pour nous fondamental dans nos pratiques et nos gestes. La vigne révèle en retour le potentiel de nos terroirs» explique François Fabre.

Domaine du Somail (2)

 

http://www.domainedusomail.com

Ciao

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Marco

 


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Un peu d’Oregon en Minervois…

Dans la vie que je mène en plein Midi de l’Hexagone, j’ai un très bon camarade du nom de Russell Raney. Un gars tout ce qu’il y a de plus américain mais qui semble pourtant de plus en plus porté par notre Sud à nous, je veux dire le Languedoc et le Roussillon réunis, comme j’aime à le préciser tant on a parfois l’impression que ces deux-là sont de faux-frères. Russell, en bon Narbonnais, résident épisodique qu’il est devenu – son épouse Mary et lui se sont achetés un appartement dans cette riante sous-préfecture de l’Aude -, se met à importer dans son état de l’Oregon les vins de quelques vinerons sudistes qu’il aime bien. Lorsqu’il revient chez nous, il ramène toujours dans ses valises quelques flacons de Pinot Noir qu’il nous invite ensuite à déguster. Sachez au passage qu’avant de vendre sa propriété viticole en Oregon, Russell était un vigneron respecté.

Russell Raney nous présente les vins. Photo©MichelSmith

Russell Raney nous présente les vins. Photo©MichelSmith

Cette fois, notre séance Pinot noir, c’est ainsi que je l’appelle, s’est déroulée en présence d’une brochette d’amis au Domaine Borie de Maurel, chez le vigneron Michel Escande, victime chaque année des polissonneries culinaires intempestives de l’ami Vincent Pousson qui investit dans son Charivari les cuisines du lieu pour quelques soirées gastronomiques parfois délirantes où les bons vins de Michel côtoient d’autres perles dénichées par Vincent, le plus souvent dans la région, mais aussi ailleurs. Ce soir-là, en guise d’apéritif, il y avait à titre d’exemple une décoiffante Manzanilla en rama à ma connaissance introuvable en France. Le dîner a pu ensuite s’orchestrer entre nos restes de dégustation et quelques millésimes anciens des Minervois signés Michel Escande.

Une Manzanilla du feu de dieu ! Photo©MichelSmith

Une Manzanilla du feu de dieu ! Photo©MichelSmith

Ceux qui me connaissent savent combien est fort mon amour pour le Pinot noir. Quelle que soit son origine, ils savent aussi que je ne lui pardonne aucun écart. Je considère en effet qu’il est plus difficile à vinifier que d’autres cépages et que de ce fait il est réservé à une élite vigneronne. L’homme (ou la femme) qui l’accompagne jusqu’à sa mise en bouteilles se doit de lui être totalement dévoué. Il lui faut privilégier à la fois son équilibre entre l’alcool et l’acidité, mettre en avant sa finesse, faire apparaître sa délicate note fruitée et imposer une puissance maîtrisée, sans oublier la persistance que l’on attend d’un grand vin. Ma connaissance en matière d’Oregon étant quasi nulle, je vais vous épargner tout le blabla habituel que vous trouverez d’ailleurs facilement en épluchant les livres savants et les sites internet. Tout ce que je peux préciser c’est que nous nous sommes penchés ce jour-là sur une demi-douzaine de bouteilles de la Willamette Valley, région qui me paraît assez influencée par le climat océanique. Tous arboraient le millésime 2012, sauf une bouteille en extra, plus jeune, histoire de nous faire la bouche. Provenant de différents terroirs (ou zones), les wineries représentées sont toutes membres d’une association Deep Roots Coalition, laquelle prône une culture soignée, sans irrigation.

Vincent Pousson, dégustateur et orchestrateur du dîner. Photo©MichelSmith

Vincent Pousson, dégustateur et orchestrateur du dîner. Photo©MichelSmith

Je ne parlerai pas de la robe des vins pour la bonne raison qu’aucune ne m’a choqué, que ce soit par un manque ou un surcroît d’intensité de couleur. Elles me sont apparues correctes, point. Démarrage avec un 2013 de Walter Scott, des Eola-Amity Hills au nez pointu, légèrement beurré, assez expressif en bouche, doté d’une puissance évidente tout en étant contenue. Du même domaine, il y avait dans la foulée un 2012 au nez un peu plus sévère. Bouche vivace, assez fraîche, joliment marqué par des notes de fruits noirs sauvages, touche de cassis, longueur savoureuse. Je lui ai attribué une de mes meilleures notes.

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Les vins en question… Photo©MichelSmith

Le 2012 d’Evesham Wood (Eola-Amity Hills), baptisé Le puits sec, présente un nez un peu séveux manquant quelque peu de netteté et de complexité. Puissant en bouche, je l’ai trouvé dur (tannins rêches) et lui ai accordé une de mes plus mauvaises notes. Toujours 2012, mais de Dundee Hills, le Cameron Arley’s Leap offre un nez sérieux et fin qui semble être sur la réserve. La bouche s’offre avec facilité et souplesse, l’ensemble paraissant assez brillant de par son originalité et ses beaux tannins. Pour moi, c’est ma seconde meilleure note : 3 étoiles sur une échelle de 5. Le Crowley 2012 La Colina Vineyard, de Chehalem Mountain est assez moyen au nez avec une bouche très difficile, ordinaire et dure. Je ne l’ai pas noté.

Intermède de clowneries où les têtes de pintades sont présentées en public ! Photo©MichelSmith

Intermède de clowneries où les têtes de pintades sont présentées en public ! Photo©MichelSmith

Le 2012 Illahe, qui affiche bien en vue la Willamette Valley (Coast Range) offre une matière assez riche et volumineuse. En plus d’un boisé présent mais discret, il est bien typé pinot noir. Il s’achève malheureusement sur un peu de dureté qui pourrait bien s’estomper au bout d’une garde de 5 ans. Je lui accorde 2 étoiles. Le Belle Pente 2012, du secteur de Yamhill-Carlton est assez élégant au nez, agréable en attaque, armé d’une belle acidité, mais il me paraît un peu maquillé. Deux étoiles tout de même.

Le Minervois de Michel Escande. Photo©MichelSmith

Le Minervois de Michel Escande. Photo©MichelSmith

Et pour finir, un Minervois 1999 Borie de Maurel bien en chair et long en bouche va nous ramener non loin de La Livinière, au moment où la pintade de Vincent arrive sur la table.

Michel Smith


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# Carignan Story # 258 : tendre Monolithe

Ils sont du village de Villespy, sur le territoire de La Livinière, l’un des plus en vue du Minervois. Julien, le jeune fils, et Henri Deveyer, le père, ne possèdent qu’une dizaine d’hectares et sont à la tête d’un domaine au nom délicieusement romantique, Les Jeanneterres. Malheureusement pour leur appellation qui en aurait bien besoin, les vignerons qui osent vinifier à part leurs vieux Carignans plutôt que de les mettre dans la soupe communale ou domaniale, laquelle peut au demeurant être fort goûteuse, sont obligés de passer outre l’appellation et de se rabattre sur la mention passe-partout, Vin de France. Bizarrement, le Cinsault qu’ils vinifient aussi, a lui droit de cité et peut même se revendiquer Pays d’Oc ! C’est fou ce que les choses sont bien faîtes en ce bas monde…

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La cour de l’Hôtel d’Alibert. Photo©MichelSmith

C’est l’espiègle Frédéric Guiraud, patron du délicieux hôtel (et restaurant) d’Alibert, à Caunes-Minervois, qui me l’a fait découvrir un jour où nous étions chez lui à digresser autour d’un bon plat sur le cépage-maudit du Sud avec Didier Viguier qui, au sein de la Chambre d’Agriculture de l’Aude, passe pour un protecteur du Carignan. Ce Vin de France, vinifié seulement quand il en vaut la peine car il est « capricieux » selon ses auteurs, s’appelle donc « Monolithe ». Il est du millésime 2011, provient d’une petite parcelle centenaire au-dessus de La Livinière et il est commercialisé modestement au prix de 9 € départ cave ce qui, à mes yeux, constitue une affaire vue la taille de cette propriété.

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De ce coin-là, on connaissait déjà le Boulevard Napoléon déjà décrit ici. Contrairement à ce que son nom laisse penser, le vin de ce jour, du moins à mes yeux, n’a rien de monolithique. C’est un rouge avenant, bien dans son jus, souple mais équilibré malgré l’alcool affiché (15°), doté d’une certaine finesse et d’un fruité tendre et délicat en dépit d’une très légère amertume en finale. Perso, je le vois servi frais (14°) sur un cassoulet, mais je sens qu’il irait bien sur un chaud plat de tripes avec de belles pommes de terre et carottes. Je n’ai pas de conseils à donner, mais je pense que si les Deveyer se donnaient la peine d’en vinifier tous les ans, sans forcément attendre d’hasardeuses sur-maturités, ils auraient un rouge encore plus frais et subtil qui ne manquerait pas d’intérêt.

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Pour joindre Julien Deveyer, envoyez un mail à cette adresse : julien.deveyer11@laposte.net

Michel Smith


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#Carignan Story # 251 : Merci pour le pied !

Merci à Guillaume, l’un de mes cavistes de Perpignan, de m’avoir autorisé à croquer ce Carignan tout droit venu de l’Hérault. Cela me change de ceux des PO et de l’Aude ! J’utilise le verbe croquer à bon escient tant il est vrai que l’on a tendance, vue son épaisseur, à croquer dans ce Vin de France 2013 « sans sulfites ajoutés » à propos duquel son auteur, visiblement frondeur, a eut la bonne idée d’ajouter cet avertissement « Peut contenir des traces de pieds » ! Moi, j’aime ces affirmations (informations) gratuites qui mettent de l’humour dans la dégustation non aveugle que je pratique de temps à autres. Car on ne sait jamais, dans ces vins-là, un parfum de pied est vite arrivé…

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Navré pour vous, mais ce vin à l’étiquette-tableau ne pue pas. Il sent même bon la violette, la mûre aussi, se goûte sans anicroche sur la souplesse, avec un brin de légèreté et, osons le dire, de facilité même. C’est le propre du Carignan heureux dans sa terre que de se comporter de la sorte. Si j’ai bien compris, il provient de deux vignes assez âgées cédées par Nicole et John Bojanowski, que mes rares et chers Lecteurs connaissent bien (ils sont l’auteur d’un Carignan du tonnerre, Lo Vielh), sur le secteur de Saint-Jean-de-Minervois, l’une plantée sur des marnes gréseuses et l’autre sur du calcaire plutôt tendre comme c’est courant dans le secteur. Son prix ? Guère plus de 10 € chez un caviste.

Michel Smith

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Plaisirs simples et, parfois, une touche de luxe

Très honnêtement, j’ai autant de plaisir avec des choses simples qu’avec des produits souvent qualifiés dans la catégorie « luxe ». Mais que veut dire ce mot bizarre ? Je crois qu’il ne s’agit pas simplement l’aspect factice et « bling-bling » du luxe qui envahit de plus en plus la plupart des médias, comme des boutiques des centres villes. Pour moi, ce sont surtout des choses peu accessibles, soit par leur prix (si possible lié à leur qualité), soit par leur rareté, soit par la difficulté d’en jouir aussi souvent qu’on le souhaiterait. Le temps, par exemple, est une denrée qui, pour des individus très (trop ?) pris par l’intensité du quotidien peut sembler relever du luxe.

Si j’applique cette définition au monde du vin, je suis amené à inclure dans la catégorie « luxe » des vins rares, mais pas nécessairement très chers, des vins d’ailleurs auxquels je n’ai pas facilement accès en France, et aussi, bien entendu, des flacons très prisés par des amateurs fortunés et dont les prix se sont envolés dans le stratosphère. Ce qui est la cas maintenant pour à peu près tous les vins de Bourgogne hors les régions maconnaise et chablisienne. Ensuite il faut déterminer, chacun en fonction de ses moyens, ce qui est inaccessible (ou pas « raisonnable ») et ce qui l’est moins. Dans mon cas, je refuse de dépenser plus de 50 euros sur une bouteille de vin, sauf de très rares exceptions et dans un moment de folie ou de richesse très passagère. Et, en générale, je ne dépasse que très rarement la moitié de cette somme là. Je parle là d’un achat « vente à emporter », mais j’essaie aussi de m’en tenir là dans les restaurants, ce qui est une exercice difficile ! Mais, de temps en temps, je découvre un flacon ayant sommeillé dans ma cave, ou m’ayant été donné par quelqu’un d’aussi généreux qu’attentionné, et qui me procure un plaisir immense, à la hauteur (peut-être) de la valeur monétaire du flacon en question qui dépasse mes propres limites budgétaires.

IMG_6386Une belle étiquette qui a un peu soufferte dans ma cave, mais peu importe, la bouteille est vide. Oui, le shiraz australien peut être d’une finesse aussi remarquable qu’un très bon Côte Rôtie.

Ce fut les cas l’autre jour, en extrayant de ma cave une belle bouteille à partager avec des amis à la maison. Clonakilla est un domaine familiale situé au nord du capital d’Australie (Canberra, pour ceux qui cherchent). Ce n’est pas une zone viticole célèbre comme Coonawarra ou Barossa, mais John Kirk, qui est arrivé en Australie en 1968  d’Ireland après des études de biochimie en Angleterre, a décidé d’y acheter du terrain puis d’y planter de la vigne à partir de 1971. Dans cette zone appelé Murrumbateman, le climat est relativement frais et la viticulture fut d’abord un « hobby » pour John Kirk. Après avoir été rejoint par son fils Tim, cette activité s’est développé au point de devenir un des domaines de référence du pays, surtout pour son vin phare, un shiraz/viognier. Cette cuvée fut produite pour la première fois en 1992, inspiré par une dégustation faite par Tim chez Marcel Guigal. Pour ceux ou celles qui doute de la capacité de ce pays-continent à produire des vins ayant autant de finesse que d’intensité, ce vin devrait les convaincre pleinement. Ce Clonakilla Shiraz viognier 2001 que j’ai dégusté dans sa 13ème année était vibrant, raffiné, soyeux, fruité, complexe, long, équilibré et, finalement, assez exceptionnel pour m’émouvoir. Que demander de plus ? Une caisse dans ma cave, là, tout de suite ! Difficile pour moi car le prix de ce millésime (si on peut encore en trouver en Australie) dépasse les 100 euros. Un millésime récent peut peut-être se procurer pour un peu plus de 50 euros. Une folie drôlement tentante et merci à l’ami qui me l’a offert !

IMG_6400Scène du marché de samedi à Valence d’Agen : potirons, raisins et chataignes. Après on déjeune…

Maintenant revenons sur terre pour d’autres plaisirs simples et infiniment plus abordables. Ja passe une semaine en Gascogne afin de profiter de l’automne qui alterne les rayonnement des couleurs de feu avec le gris/brun humide et les brumes matinales. Après des courses au marché de samedi, quoi de mieux qu’un déjeuner dans la partie bistrot du restaurant l’Horloge, à Auvillar.

IMG_6397La façade du restaurant l’Horloge, à Auvillar (82). Havre de paix, de bonne nourriture, vin et musique. En été dehors sous les platanes, maintenant dedans

C’est mon restaurant préféré du secteur, et, autre cause essentiel à mon bon plaisir, la carte de vins est très bien choisie et les prix y sont abordables. A chaque visite je prends plaisir à laisser Jérome, le sommelier; me servir à l’aveugle des vins au verre issus de ses récentes découvertes. Voilà une autre forme de luxe, ne pas avoir à choisir ! Je me trompe plus souvent que je ne devrais sur leur origine, mais on s’en fout ! L’essentiel est dans le verre et pas dans le « savoir » qu’on mettra autour.

IMG_6388Les deux vins qui m’ont été servis au verre ce jour-là

Le blanc vient de Limoux mais ne bénéfice par de cette appellation. Peut-être contient-il trop de chenin, ou pas assez de chardonnay. J’ignore la raison, et ces règles absurdes des AOP je commence à m’en moquer et de m’en méfier, car cela ne conduit pas toujours vers une qualité accrue.  Le vin était parfait, droit, fin, gourmand, pleinement satisfaisant avec une soupe laiteuse (la crème était délayée comme il faut et pas épaisse) de chataîgnes, délicate et réchauffante. Je ne connaissais pas ce Domaine de Hautes Terres, mais il sait faire du bon vin. Idem pour le rouge, un Minervois ayant beaucoup de fraîcheur (merci la part de carignan) et juste ce qu’il fallait de fruit et de structure pour accompagner la lapin. La cuvée est parfaitement nommé et ces deux vins prouvent, une fois de plus, que le Languedoc évolue vers de plus en plus de finesse dans sa meilleur production.

Deux vins parfaits, pas chers, bien servis et le tout (repas pour deux avec trois verres de vin et un café) pour 50 euros. Ma limite pour l’achat d’une seule bouteille d’exception. La beauté des plaisirs (relativement) simples. Je ne vais pas si souvent au restaurant, mais j’aimerais bien que cela soit toujours comme cela !

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David


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#Carignan Story # 235 : Charivari bis… chez les Escande.

Le charivari, c’est une sorte d’énorme tintamarre, un joyeux bordel où le bruit des casseroles se fait entendre. Sauf que pour moi, c’est le nom d’un Carignan du Roussillon dont il était question ici dimanche dernier. Enfin, et surtout, c’est aussi le nom de cet éphémère restaurant d’été que le blogueur Vincent Pousson et sa compagne sommelière Isabelle Brunet ont ouvert chez Michel Escande, à La Borie de Maurel, juste au-dessus de Félines, dans le Minervois. Tout compte fait, le nom n’est que la reprise de ce qui était à l’origine un bar à vins vigneron à une époque bénie où l’on ignorait encore le mot barbare d’œnotourisme. Décidément, je n’en fini pas avec le charivari… J’y étais Dimanche et j’y retourne aujourd’hui pour un stage en sommellerie !

Photo©MichelSmith

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Comme je vous l’avais laissé entendre dimanche dernier, le dîner du Charivari était entièrement consacré à notre cépage fétiche. Vous voulez savoir comment c’était ? Pas de surprises : je me suis éclaté. D’abord avec deux carignans blancs, l’un jeune des frangins Xavier et Mathieu Ledogar, dans les Corbières, et l’autre plus âgé de Daniel Lecomte des Floris dans l’arrière-pays de Pézenas.

Isabelle s'occupe du Carignan... Photo©MichelSmith

Isabelle s’occupe du Carignan… Photo©MichelSmith

...et Vincent se charge du Cochon. Photo©MichelSmith

…et Vincent se charge du Cochon. Photo©MichelSmith

Parmi les carignans du soir, il y avait celui de Tonton Raymond, nom affectueux donné au sieur Raymond Julien, du Minervois lui aussi. Véritable fan du Carignan, il est venu en presque voisin avec quelques vieux millésimes sous le bras (dont un remarquable 2003) en plus de son superbe 2011. Un autre revenant, toujours du Minervois, le fameux Boulevard Napoléon, un parfait carignan pour gentlemen britanniques vinifié dans le village tout proche de La Livinière par l’ami Benjamin Darnault. Comment, vous ne vous souvenez pas de ce vin décrit ici même l’an dernier  ?

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Photo©MichelSmith

Bon, j’ai goûté deux autres vins, dont un somptueux Font Sanatis 2010 de Benoît Braujou, mais je n’ai pu écrire quoique ce soit compte tenu de l’ambiance festive du dîner, surtout vers la fin. En revanche, j’ai pu me pencher plus sérieusement sur le Vin de France Rêve de Carignan 2011 vinifié de mains de maître par Gabriel, ici on préfère employer le diminutif de Gaby, l’un des deux fils de Michel Escande, le patron des lieux. Michel, qui est plutôt syraphile (sa cuvée Sylla est devenue une légende du Languedoc) ne pipe pas un mot sur le vin de son fils et quelque chose me dit que Gaby lui-même n’est pas du genre à se mettre à table. Bref, on réglera ça plus tard. Il ne me reste plus qu’à lui dire bravo pour ce rêve éveillé bu avec délectation, une cuvée tirée à moins de mille exemplaires, si j’ai bien compris, au point qu’il ne figure même pas sur le tarif. D’ailleurs, le mystère total plane sur ce rouge que j’avais goûté il y a quelques années lors d’un Vinisud bien arrosé. On jurerait qu’il y a du bois, mais on en n’est pas certain. A-t-il été éraflé ou pas ? That is the question… Très vieilles vignes ? Oui, sans nul doute. Que dire de plus ? Eh bien qu’il commence tout juste à s’épanouir, à se libérer. Doté d’une remarquable intensité, riche en matière, solide mais pas lourd, tonique mais sans dureté aucune, il a été d’une incroyable précision sur la daube de cochon sauvage cuite dans les lies du même Carignan. Un rêve éveillé, vous dis-je !

Mon petit doigt me dit que si l’on arrive à mettre la main sur ce 2011, par exemple – il paraît qu’il n’est pas si onéreux que ça -, on aura fait au moins une belle affaire dans sa vie ! D’autant que l’habillage du vin est très soigné. Mais il semblerait que Gaby ne souhaite pas faire cette cuvée tous les ans… Allez savoir ! Quoiqu’il en soit, faîtes de beaux rêves.

Michel Smith

 

 

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