Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Carignan 292 : Tiens, voilà du boudin !

Parfois, j’ai l’impression de la ramener un peu trop… Ainsi, l’autre Samedi, alors que la troupe de vendangeurs amis rentrait de quelques heures passées à la vigne du Puch sous les bourrasques d’un vent du Sud qui, pour une fois, balayait le ciel chargé de lourds nuages, je découpais fébrilement quelques tranches d’un boudin noir et bien catalan acheté chez Marion Puig, à Thuir.

L'équipe de la vendange 2015 se retrouve chez François Douville, au Domaine des Conques. Photo©MichelSmith

L’équipe de la vendange 2015 se retrouve chez François Douville, au Domaine des Conques. Photo©MichelSmith

Fidèles à la coutume qui veut qu’à ce moment précis nous attaquions le repas des vendanges par le débouchage de quelques flacons du Carignan nouvellement mis en bouteilles (le 2014), je me suis laissé emporter par le suspense pas toujours très agréable que provoque la dégustation de son propre vin… enfin, celui que je fais en compagnie de mes camarades associés. On le mire, on le tournoie, on le fait se fondre en bouche, tout cela pour s’entendre dire qu’il est bien entendu différent de celui du précédant millésime, qu’il pétille encore un peu sur la langue, qu’il est dans le style 2011 mais bien meilleur que 2012, qu’il paraît léger, qu’il est chamboulé par la mise et que, finalement, il conviendra d’attendre la fin de l’hiver qui arrive pour se prononcer.

Vignes du Puch à Tresserre, Le Canigou en Majesté. Photo©MichelSmith

Vignes du Puch à Tresserre, Le Canigou en Majesté. Photo©MichelSmith

C’est à cet instant précis que je tiens mon verre d’une main et que je saisis une tranche de ce boudin noir si bien marbré de museau et de morceaux de langue. Je mange et je bois le plus classiquement du monde refusant de me prononcer si hâtivement sur un vin aussi jeunot. Mais bon, l’épicurien reprend vite le dessus car je remarque une chose d’une désarmante banalité : notre Puch 2014 marche du tonnerre de Zeus avec ce boudin de pays. L’accord est parfait. Un peu comme deux amants qui se trouveraient un goût commun à partager avec amour au beau milieu d’une foule où il y aurait quantité d’autres choses à grignoter.

Le boudin catalan et le Puch 2015 Photo©MichelSmith

Le boudin catalan et le Puch 2015 Photo©MichelSmith

Nul doute que ce commentaire même pas digne d’une page d’un bouquin de Philippe Delerm paraîtra d’une parfaite inutilité en ce Dimanche si spécial pour moi et si ordinaire pour d’autres, mais il y a parfois des constatations capitales qui se doivent d’être soulignées : mon jeune et modeste Carignan 2014 du Puch est un parfait vin de boudin !

C’est déjà ça, non ? Si seulement la Légion pouvait nous en commander quelques cartons, cela mettrait un peu de beurre dans nos épinards !

Michel Smith

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#Carignan Story # 275 : Retour sur trois, dont le plus grand !

Sans même me relire – promis, juré – pour voir ce que je pouvais écrire auparavant sur ces vins, je me suis amusé, grâce à une série de circonstances bienveillantes, à revoir quelques vins déjà décrits mais dans un millésime passé. À tout seigneur, tout honneur, j’ai d’abord mis la main sur « mon » Carignan du Puch, celui que nous réalisons à six individus pas toujours d’accord sur la méthode à suivre, mais faisant confiance finalement à l’un de nos associés que je ne citerai pas afin de ne pas le mettre mal à l’aise, un gars brillant qui a une grande expertise en matière de biodynamie, méthode de culture que nous ne revendiquons pas tout simplement parce nous ne la pratiquons pas vraiment. Et si nous le faisions, nous n’aurions pas de toute façon les moyens financiers nécessaires, sur un hectare, pour payer la certification.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Notre étiquette est Puch, un nom bien à nous pour désigner le sommet, pech en occitan, puig en catalan. Il faut dire que le Serrat d’El Puig est le nom du lieu-dit où se trouve notre vigne. Notre IGP est Côtes Catalanes. Notre « pays » est Tresserre, village de l’Aspres, entre l’Espagne et Perpignan. Pour nous amuser et pour casser les codes, nous changeons de couleur d’habillage chaque année avec, de préférence, un petit texte de présentation de plus en plus court, à mon grand regret vous vous en doutez. 2010, étiquette verte, est notre second millésime et sa robe paraît quelque peu évoluée, sachant que l’échantillon n’a pas connu d’autre cave que mon bureau parfois très chaud en été. Le nez n’est pas évident, tandis qu’une fois installé en bouche le vin a gardé son caractère acide, une franche et belle acidité sur une matière équilibrée et un fruité tendre aux notes confites. Pour moi, c’est un vin facile qu’il est grand temps de le boire – et nous avons vidé la bouteille sans mal avec des amis ce midi -, même si je sais qu’il peut tenir encore sans que je puisse me persuader de l’intérêt de le faire. Seule réserve : suis-je vraiment objectif pour en parler ? Pas vraiment, alors passons…

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

La dégustation n’étant pas à l’aveugle, je me réjouis par avance de venir à bout (facilement) du bouchon de verre qui coiffe ou décoiffe la haute bouteille de La Loute 2011, un Vin de France, enfanté sur les terres arides et sauvages des basses Fenouillèdes, là aussi à une vingtaine de kilomètres de Perpignan, dans ce que l’on peut qualifier l’arrière-pays. L’échantillon a été conservé (debout, c’est l’avantage) moins longtemps que le 2010 précédent, mais à l’abri de la lumière dans une pièce non climatisée. On change de registre car on a visiblement un vrai grand millésime estampillé de surcroît Cuvée du Jubilé. Le nez fonctionne à plein régime sur le registre de la garrigue, avec amplitude et finesse. La bouche est majestueuse, qui s’affirme sans hésitation. Le vin donne envie de s’incliner, de se recueillir, de s’isoler. Gelée de petits fruits noirs et rouges parfaitement murs en bouche, notes de ciste, laurier, thym, fenouil, matière fondue, tendre, pleine de sève, langoureuse, laissant apparaître des touches fumées, pierreuses, grillées. Grande longueur avec une pointe de fraîcheur délicatement parfumée (pinède) faisant de la finale un moment de contemplation, de ravissement, de bonheur. Tel un magistral Porto, c’est presque un vin religieux à boire seul dans un fauteuil en fermant les yeux et les oreilles pour se focaliser sur la musique du vent et les bruits de la nature. Je sais, ça doit vous fait marrer cette image, mais je vous assure avec force que c’est réellement ce que je ressens. Ou alors, choisissez un autre fond sonore, je ne sais pas moi, Mahler, par exemple !

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On peut difficilement faire mieux dans le registre du Carignan ! Pour info, il affiche une degré de 14,5°, contre 12,5° pour le vin précédent et le même degré d’alcool pour le troisième. Une seule question subsiste : faut-il le boire ? Pour ma part, c’est oui, on peut commencer. Mais uniquement sur des mets choisis (gigot d’agneau, par exemple) pour leur grande qualité et surtout, sans se précipiter car le vin, dans une bonne cave, peut à mon avis encore tenir bien au delà de 2020. Et c’est sans hésiter que je l’ai classé dans ma tête comme « Champion du monde des Carignans », toutes catégories !

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Arrivé la veille par voie postale, le vin suivant, lui aussi, est bâti pour aller jusqu’à 2020, au moins. Il s’agit d’un autre Vin de France, mais d’un 2013, provenant du Vaucluse et du secteur de Vaison-la-Romainele danois Rune Elkjaer tâte du Carignan depuis quelques années déjà. Bien que trop jeune et quelque peu bouleversé par le transport, j’aime son Carignan. Il affiche son nom de cépage de manière ostentatoire sur l’étiquette : nez épicé, riche en matière, épais, savoureux, plein de notes de fruits rouges très mûrs en bouche, la garrigue en plus, et il se goûte sans mal sur la fraîcheur. Facile, dans le bon sens du terme s’entend (il titre 12,5°), sa texture est assez veloutée et portée sans retenue sur la longueur pour nous conduire sur une finale quasi parfaite. Manque plus qu’une fricassée de champignons des bois, trompettes de la mort si possible, pour aller au paradis !

                                                                                                Michel Smith


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#Carignan Story # 269 : la resucée de derrière les fagots.

Seuls quelques aventuriers facebookiens – dont Luc dit Léon, qui eut cru qu’un jour il commenterait sur Facebook ! – savent que je m’autorise crânement quelques vacances bien entendu méritées dans le paisible quartier de l’Oca (l’oie) en plein cœur de la médiévale cité de Sienne, Siena en italien. Soyez rassurés braves commentateurs, je ne vais pas me transformer en guide touristique et vous narrer mes itinéraires découvertes et mes lieux de perditions ou de rêveries : je me plais dans cette cité de Toscane et je savoure tout ce qui s’offre à moi, les plats de pasta, les églises, les paysages, les gens aussi, avec juste ce qu’il faut de retenue pour ne pas me transformer en touriste « de forte corpulence », comme on dit à mon endroit lorsque l’on tient à rester courtois. Si j’écris volontiers sur les vins de Rhône, j’ai du mal, je vous l’avoue, à me concentrer sur un de mes sujets de prédilection, le sieur Carignan. Pourtant, j’ai deux ou trois bouteilles en réserve qui m’attendent dans le coffre de ma petite caisse made in France miraculeusement garée sous les arbres qui enserrent la Fortezza di Santa Barbara connue aussi sous le nom de Medicina. Comme il s’agit pour partie (un sixième) de mon propre vin, le Puch, je ne tiens pas à donner du grain à moudre à certains lecteurs critiques qui, en cas d’article laudateur, n’y verraient qu’une forme de publicité déguisée. Et puis j’ai plutôt envie de Sangiovese, pour ne rien vous cacher.

"Mon" église San Domenico, à Sienne. Photo©MichelSmith

« Mon » église San Domenico, à Sienne. Photo©MichelSmith

Alors, tandis que les cloches de San Domenico se mettent à se balancer en des sons qui me rappellent les odeurs de la sacristie le dimanche mêlées à la mauvaise haleine du curé lorsque je servais la messe dans l’unique but de mater les filles du premier rang (aucun rapport, je sais, sauf que déjà je devais m’intéresser au sang du Christ), je me suis dit en songeant à mes quelques lecteurs dominicaux : « Pourquoi ne pas leur refiler une de tes premières chroniques ? » Sitôt dit, sitôt fait et j’ai retrouvé un texte qui j’espère devrait vous plaire. Si ce n’est pas le cas, tant pis ! Il s’agit en fait du premier article d’une série qui ne s’appelait pas encore Carignan Story publiée je ne sais même plus à quelle date précise, mais cela devait être en Février/Mars 2010 puisque, à l’époque, je sortais à peine d’un pénible souvenir : je fus en effet victime d’une ravageuse épidémie de gastro lors du Salon d’Angers ! J’avais intitulé mon article Gratifiant Carignan, ce cépage ayant contribué à sa façon à me remettre sur pieds. Allez, on y va !

Photo©MichelSmith

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Figurez-vous qu’un simple Carignan a fait l’affaire et a su réchauffer mon corps ô combien meurtri. Sa dénomination ? Vin de Pays des Coteaux du Littoral Audois (oui, oui, ça existe !). Son nom ? La Mauvaise Réputation. Son vigneron ? Alban Michel, un gars fou de Brassens au point qu’il a baptisé son domaine Les Sabots d’Hélène. Au passage, Hélène est aussi le prénom de sa compagne qui participe activement à la création d’étiquettes iconoclastes pour des vins qui ne le sont pas moins. Descendu de Lorraine (avec ses gros sabots) via la vallée du Rhône il y a quelques années pour s’établir enfin non loin de Perpignan dans les Corbières maritimes, le type s’est vite imposé dans le PVL, le Paysage Viticole Local, si vous préférez. badreputation-copie-1 Son millésime 2007 donne un vin au nez de garrigue et de fruits rouges cuits avec, en bouche, des accents de figue, de pruneau et de café. En cela, il est très Corbières. Le Carignan, l’un de mes cépages favoris soit dit au passage, ne se livre pas tout de suite. Il faut deux ou trois gorgées avant qu’il ne vous refile un gentil coup de poing (« Qu’est-ce qui te prend pour oser me réveiller ainsi ? »), comme pour mieux vous faire prendre conscience de la force de sa chaleur (près de 15° d’alcool), de son grain, mais aussi parfois, et, c’est le cas ici même, de sa grâce. Oui, c’est un vin baraqué mais fin, sensible. Ce Carignan-là a aussi des tannins, certes un peu secs, j’en conviens, mais qui font office de colonne vertébrale venant s’ajouter à une structure déjà bien construite basée sur l’acidité naturelle du cépage. C’est dans ces moments, lorsque l’on constate, contre toute attente, que le vin n’est ni lourd ni empoté, qu’on se dit que le sieur Carignan est vraiment un cépage bien adapté au Midi. Bref, malgré sa puissance, le vin a de l’élan en plus d’un bâti solide qui va lui assurer une bonne garde, de l’ordre de 10 ans tellement il est bien vinifié. Je vide, que dis-je, je sirote le même flacon depuis quatre jours par petites gorgées, à 14° de température, et, à chaque fois, il me réserve des surprises différentes. Et je m’auto congratule en me disant que j’ai eu raison de préconiser une petite garde à mes lecteurs quand, en son temps, je fus bien inspiré de leur recommander ce bougre de vigneron voyageur qui, comme beaucoup d’autres, a choisi de refaire sa vie entre Roussillon et Languedoc.

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Voilà, c’était un peu court, j’en conviens, pas très palpitant comme description, mais c’est de là que m’est venue l’idée de « chroniquer » sur le Carignan. Alors… Et surtout, cela me permet de vous refiler au passage une affichette annonçant une manifestation qui se tiendra à Rivesaltes l’autre dimanche, un salon qui vous donnera l’occasion de découvrir, parmi d’autres, les vins de l’ami Alban Michel et de sa belle Hélène.

Buona domenica a tutti ! Michel Smith


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Alerte ! On manque de raisins !

Tandis que je ramassais avec mes camarades associés les belles grappes de Carignan 2014 qui font la renommée internationale (je blague) de notre micro vignoble du Puch, à Tresserre, alors que je méditais sur le peu de production de certains de nos pieds, je ressassais dans ma tête le film d’une conversation passée ce printemps avec l’ami Hervé Bizeul dans sa pimpante cave-bureau d’une zone artisanale coincée entre Rivesaltes et l’entrée (ou la sortie) Perpignan-nord de l’autoroute La Catalane.

Hervé Bizeul songeur au Clos des Fées. Photo©MichelSmith

Hervé Bizeul songeur au Clos des Fées. Photo©MichelSmith

Serions-nous en train de manquer de raisins, m’étais-je alors demandé ? Quand on voit que les vols de vendages se multiplient ici et ailleurs, on est en droit de se poser des questions. C’est si vite fait, la nuit, avec une machine à vendanger… ou avec lampes frontales. Vous ne me croyez pas ? Voyez donc ici… Ou là. Ou encore là. La chose commence à être flagrante dans le Sud où nous manquons désespérément de raisin. Paradoxal, n’est-ce pas, dans une région qui débordait de vignes il y a 40 ans. Pas très étonnant quand on a incité pendant des années à l’aide de primes à arracher la vigne sans remplacements, sans aucune vision d’avenir. Résultat, faute de vignerons, c’est la jachère pour une bonne partie du vignoble.

Vieilles vignes traditionnelles du côté de Tautavel. Photo©MichelSmith

Vieilles vignes traditionnelles du côté de Tautavel. Photo©MichelSmith

Et puis, l’autre jour, lors de mon petit déjeuner pris sur le pouce comme d’habitude tout en feuilletant le dernier numéro de La Vigne (N° 267), après avoir zappé sur le dossier «Souches à malo» (dédicace spéciale à mon ami David…), je suis tombé sur un papier instructif et pertinent où il était question de matière première, le raisin.

En bonne journaliste spécialisée, Chantal Sarrazin nous narrait l’histoire d’un négociant de Violès (Vaucluse), la maison Lavau, article qui mettait en exergue, à mon sens, toute la difficulté qu’ont les opérateurs actuels, qu’ils soient gros, moyens ou petits, à s’assurer de pouvoir trouver une denrée de base – le raisin – lequel se raréfie par les temps qui courent, notamment depuis les petites récoltes cumulées de 2012 et 2013 dans la Vallée du Rhône. Il en résulte que désormais, cette maison s’est sentie obligée de signer bien avant la récolte, sans en connaître la qualité, des premiers contrats d’achats de raisins en offrant aux vignerons (coopérateurs, par ailleurs) un premier paiement. À ma connaissance, même en Champagne où le raisin vaut de l’or, je n’ai pas d’autres exemples où cela se produit aussi tôt. À moins que le négociant ne tienne pas à ce que cela se sache, évidemment. Avant, on pouvait faire une promesse d’achat «sur pieds» en allant constater l’état des grappes une ou deux semaines avant les vendanges, mais là, un mois ou deux avant la récolte, cela me semble relever d’un nouvel état d’esprit, d’autant que les vignerons en question sont coopérateurs.

Nouvelles vignes sur échalas du côté de Saint-Chinian. Photo©MichelSmith

Nouvelles vignes sur échalas du côté de Saint-Chinian. Photo©MichelSmith

Entendons-nous, il ne s’agit pas là d’évoquer la qualité, mais de s’attarder pour une fois sur la quantité. Dans la tête des amateurs purs et durs, les faibles rendements sont synonymes de qualité, soit. Mais cette réflexion, valable pour les petits domaines producteurs de vins pour esthètes commercialisés à un prix conséquent, ne s’applique pas dès lors que l’on parle du vin en général, de vins à boire, de vins festifs, de vins de tous les jours et même de vins d’exportation pour les gros marchés où il reste encore une forte demande. Chez nous, en Languedoc, les conséquences des épisodes de grêle et de sécheresse font que la récolte 2014 sera faible alors que les stocks sont au point zéro et que certaines caves n’ont déjà plus de 2013 à la vente en rosé comme en blanc depuis le début de cet été. Dans l’Hérault et l’Aude, on estime que la baisse tournera autour de 30 % par rapport à 2013 qui était une année correcte, sans plus (en faisant toujours abstraction de la qualité), et le plus grave c’est que cette baisse perdure depuis le tout début des années 2000. Or, si nous ne pouvons vendre du vin aux opérateurs mondiaux, d’autres pays ne se priveront pas de le faire. Et ils sont déjà fort actifs.

Vignes irriguées du côté de Maury. Photo©MichelSmith

Vignes irriguées du côté de Maury. Photo©MichelSmith

Je n’ai pas le temps de m’y pencher plus à fond, mais il y a fort à parier que cette situation qui conduit à une forte baisse de production, en gros à un manque de plus en plus flagrant de raisins, affecte peu ou prou les départements voisins comme les Pyrénées-Orientales, le Gard et probablement l’Ardèche, la Drôme et le Vaucluse. Si le lecteur à quelques informations sur ce sujet, je le remercie par avance d’éclairer notre lanterne.

Hervé Bizeul, quant à lui, en plus d’être un excellent vigneron, possède des talents d’analyste. Il ajoute quelques éléments de réflexion sur l’état actuel de notre vignoble. J’espère ne pas trop dénaturer ses propos que je résume ci-après.

  • Le vieillissement de la population viticole fait que, hélas, les vignerons qui partent à la retraite ou qui décèdent ne sont que très rarement remplacés par des jeunes.
  • Les vignes elles aussi vieillissent. La plupart, remarquablement bien plantées et bien entretenues par une génération de viticulteurs durs à la tâche et consciencieux, ont été capables de tenir plus de 60/80 ans, et certaines bien au-delà. Les nouvelles vignes sont à quelques exceptions près mal plantées et peu entretenues au point qu’il faut les remplacer plus souvent tant leur durée de vie est écourtée.
  • Le désinvestissement viticole en général, corolaire de ce qui est dit précédemment, vient s’ajouter au marasme. Par exemple, par manque de bras qualifiés, par manque de motivation aussi, très souvent on ne remplace plus la vigne mal taillée et malade. En gros, on délaisse son vignoble. Une fois ces paramètres pris en compte on pourrait se préoccuper de l’aménagement rationnel et moderne du vignoble. Conduire la vigne de manière à laisser passer le tracteur et la machine à vendanger sans abîmer les ceps et, dans les zones touchées par la sécheresse, opter pour une irrigation qualitative très limitée dans la saison. Cela permettrait au moins d’assurer une bonne production de raisins destinés à la production de bons vins quotidiens.

Hervé Bizeul dit encore plein de choses intéressantes sur le jeu collectif d’une appellation, par exemple, sur la représentativité de nos vins sur le marché mondial, sur la grande distribution, les cavistes, etc. Si seulement on pouvait le filmer et en faire un documentaire instructif ! Je lui conseille d’ailleurs, le jour où il en aura le temps, de pondre un rapport sur les perspectives de la viticulture dans le Sud à la manière d’un Jacques BerthomeauToujours est-il que dans le Roussillon, comme dans le Languedoc, les courtiers sont plus que jamais à l’affût, tandis que des négociants tel le Bordelais François Lurton bichonnent leurs vignes du Sud et y ajoutent l’irrigation afin d’assurer l’avenir. Quant à notre récolte, celle du Puch, elle ne dépassera pas 15 hl/ha.

Michel Smith

PS – Notre intrépide et courageux  cycliste à la moustache argentée, j’ai nommé Jim Budd, vient d’achever sa descente de Loire à vélo pour la cause du cancer. Après plus de mille kilomètres, il s’est posé à La Baule et si vous allez sur son site, j’espère que vous ferez preuve d’un peu – de beaucoup – de générosité pour mieux soigner ces enfants qui parfois meurent du cancer.

Cheers Jim ! Avec un coup de Muscadet, of course. Et bises aux Luneau !


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#Carignan # 193 : L’Anatole de « L’Happyculteur »…

Rêve-t-il de se tourner vers l’apiculture ? Cela fait partie des questions qu’il me faudra aborder avec lui lors de notre prochaine rencontre. Au Domaine Les Conques, le Parisien François Douville, ses parents, ses enfants et son épouse Magalie, qui elle vient du Gers, ont formé tribu. Ce sont des gens formidables. Ils se sont tous pliés en quatre cette année pour nous aider dans la récolte de notre très estimable Carignan 2013 qui arborera l’an prochain la nouvelle étiquette du Puch. C’est lui qui, en outre, héberge notre vin et contribue à soigner notre vigne des Aspres.

Notre vigne du Puch, à Tresserre, dans les Aspres. Photo©MichelSmith

Notre vigne du Puch, à Tresserre, dans le paysage typique des Aspres. Photo©MichelSmith

Avec une dizaine d’hectares de vignes enherbées et un couple de chevaux de trait, François est un gars qui aime la rigolade et respire la joie de vivre. Pour preuve, il se dit « Happyculteur » et lorsqu’on lui demande si par hasard on peut le trouver sur Facebook, il répond qu’il est dans les vignes. C’est pourquoi je ne me suis pas gêné lors de mon passage dans leur cave de Villemolaque, où trône notre cuve à demi pleine de 17 hl de vin, pour lui piquer, non sans son consentement, un flacon de son Carignan 2011 (certifié bio) afin de le comparer avec le nôtre. J’ai eu raison car je l’ai croqué, sucé et bu jusqu’au bout !

Photo©MichelSmith

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Le premier de ce type que j’avais goûté l’an dernier, un 2010, s’appelait Toine, si je me souviens bien. À moins qu’il ne s’agisse d’un 2009 nommé Vitis qui, lui, était bien plus marqué par le Carignan. Je ne me souviens plus très bien, mais toujours est-il que j’avais aimé le côté sincère de ce vin. Tout comme cet Anatole 2011 qui hurle sa carignanité à pleine bouche.

Photo©MichelSmith

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Nez tendre, acidité franche, belles relances fruitées voguant entre myrtille et mûre, un soupçon de verdeur herbacée et de garrigue, il résiste bien 3 ou 4 jours à l’oxydation une fois la moitié de la bouteille vidée ce qui, pour moi, est plutôt bon signe. Son prix est honnête, entre 7 et 9 euros. Mais dépêchez-vous, car il n’en reste plus beaucoup. Et ne partez pas de la cave sans goûter le nouveau blanc 2012 !

Michel Smith


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Voyage éclair au pays de la Bête

L’autre jour, j’ai pris mes jambes à mon cou pour filer droit sur la route du Massif Central (A 75) en passant par le Viaduc de Millau et en fonçant un peu trop vite puisqu’au retour je me suis pris une prune en plus d’un beau retrait de points. Faut dire que, lorsque la route est dégagée, j’y vais ! Du coup je compte bien lâcher mon petit bolide pour revenir à la 4L ou au C15, comme ça je garderais mes points. Bref, je ne sais toujours pas ce qui m’a pris d’appuyer ainsi sur le champignon. Ou plutôt si, je sais. J’avais bien profité de mon court voyage et souhaitais arriver vite pour cause de deadline, de bouclage si vous préférez…

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Le Viaduc de Millau… un peu trop vite. Photo©MichelSmith

Tout cela c’est la faute à la Cad, celle qui signe Mémé Cad, ou PiCador, EmbusCade, Cadastrophe ou encore Cad tout court dans nos commentaires ici-même ou chez Jacques Berthomeau, ainsi que sur d’autres blogs amis.

Son prénom est Sylvie, patronyme qu’elle fait suivre du nom de Cadio, rapport au titre d’une pièce de George Sand publiée en 1868 que vous pouvez lire sur cette bibliothèque numérique, Gallicia. Ne comptez pas sur moi pour vous détailler le personnage benêt de Cadio. Bien que j’adore l’écriture de Sand, je n’ai pas encore trouvé le temps de lire la pièce. Toujours est-il que Sylvie, qui aurait voulu être sculpteur, s’est attribuée ce nom… Mais à ce stade, j’en dis trop (ou pas assez) car la dame n’a peut-être pas envie que l’on parle d’elle.

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La Bête, au coeur d’Aumont-Aubrac.  Photo©MichelSmith

Avec le cuisinier Pierre Roudgé, un Gascon jadis double «macaronné» à Toulouse, Sylvie dirige le Grand Hôtel Prouhèze face à la gare d’Aumont-Aubrac, à quelques encablures de la sortie d’autoroute, sur l’ancienne N 9, aux fins fonds de la Lozère, non loin du Cantal.

Pays froid, austère et pelé que j’ai jadis fréquenté avec des hauts et des bas du temps où j’écrivais des guides touristiques avant de me laisser piquer par la vinasse fermière. Oui, c’est en goûtant les vins chez les agriculteurs que j’ai appris à trier le bon grain de l’ivraie.

Alors, pourquoi retourner dans ce pays plus connu pour son Chemin de Saint-Jacques, ses randonnées, ses forêts de myrtilles, ses fromages, ses viandes et ses charcuteries ? Pourquoi aller me perdre entre Margeride et Aubrac dans ce Gévaudan figé plus connu pour sa Bête ? D’abord par pure curiosité, l’envie de rencontrer de visu, non pas La Bête, mais des personnes cultivées. Et aussi pour y livrer «mon» Carignan que Sylvie, qui s’occupe aussi de la cave, a eu la gentillesse de me commander en même temps que quelques cuvées de l’ami Léon. Dans mon coffre de livreur improvisé, en provenance directe du pays Catalan, il y avait d’ailleurs des cartons des deux domaines, Léon ayant eu la bonté, plusieurs semaines auparavant de livrer un premier lot de Puch. Faut s’entraider, dans la vie.

Smith-ter-3575   La carte de vins de Sylvie Cadio.  Photo©MichelSmith

Vous qui naviguez peut-être dans le va et vient quasi quotidien des départs et des retours, vous qui – luxe suprême – sillonnez la France verte plutôt que les plages souillées d’huiles solaires et de mégots, je vous intime l’ordre de régler vos GPS sur la gare SNCF d’Aumont-Aubrac.

Allez-y en voiture (le plus rapide), à vélo (le plus sportif), à moins que vous ne préfériez la très pépère et menacée ligne de train au départ de Béziers qui vous déposera aux portes de l’hôtel Prouhèze. Vous profiterez de chambres que vous jugerez peut-être un peu désuètes mais qui sont confortables et calmes.

Sur place également, deux restaurants axés sur le sens généreux et complice de la cuisine. Je ne vais pas vous brosser un panégyrique de la cuisine version Roudgé, mais rester sur le vin avec, dans le registre des prix «raisonnables» essentiellement Languedoc et Roussillon, des vins judicieusement choisis par Ma Cad, comme je l’appelle désormais.

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Pierre Roudgé, cuisinier, dans son restaurant gastronomique du Prouhèze.  Photo©MichelSmith

Un Coteaux-du-Languedoc blanc 2009 pour commencer, cuvée Sainte Agnès de l’Ermitage du Pic Saint-Loup. Vif et charnu, proche de la pêche et de l’abricot, j’ai cru y déceler du viognier. Mais il n’en est rien. C’est la bonne vieille clairette (30 %), aussi décriée que le carignan, qui apporte ici une dimension particulière, cépage associé à la roussanne (50 %), au grenache blanc (15 %) et à la marsanne.

Puis un Vin de Pays du Gard rouge 2009 du Roc d’Anglade, domaine que je n’avais pas goûté depuis longtemps. Carignan surtout (40 %), puis grenache, mourvèdre, syrah à égalité, c’est un vin de régal, à la fois presque huppé mais aussi très languedocien, complet, équilibré, servi, ô miracle !, à la bonne température.

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À Malzieu-Ville, la Bête se trouve à l’entrée du bourg.  Photo©MichelSmith

Au bar, n’hésitez pas à discuter avec Cad, ne serait-ce que pour récolter de bonnes adresses locales: le village à ne pas manquer, Laurent Daudet, l’excellent boucher de Malzieu, la fromagerie locale d’Aumont-Aubrac… de quoi repartir avec un coffre rempli de victuailles.

Michel Smith