Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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#Carignan Story # 287 : Mas Gabriel en verticales !

Même dans la vie d’un humble amateur de vins, il y a des invitations qui ne se refusent pas. En affirmant cela, je ne pense ni à une garden-party dans un grand cru pour l’inauguration de chais rutilants avec vue panoramique sur l’estuaire de la Gironde, encore moins à une soirée parisienne, monstre et branchouillarde, pour marquer la sortie du nouveau guide pinardier que le monde entier nous envie.

Ici, pas de petits fours clinquants, juste quelques chaises pliantes, des crachoirs à partager, des rires, le tout dans une cave décorée de photos en noir et blanc de jazzmen phénomènes. Cela ressemble plus à un garage. Un entrepôt fourre-tout dotée de l’équipement le plus pratique et le plus utile nécessaire à la surveillance du jus de raisin transformé en vin. Rien de sophistiqué. Que l’essentiel, c’est à dire tout ce qui peut servir quand on a décidé que « faire du vin » serait l’achèvement ultime d’une vie à deux.

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Un saxo bien en vue dans un coin, deux ou trois barriques dans un autre, une table légèrement branlante, elle aussi pliante, et quelques verres posés là en attente d’une dégustation estivale qui sera suivie d’un dîner champêtre où chacun refera son monde dans un anglais des plus purs ponctué de bons mots à la française. Une entente cordiale en miniature. Cela se passe dans le Languedoc, province qui, comme sa voisine roussillonnaise, attire depuis longtemps déjà des vignerons venus de partout avec une envie placardée aux tripes, celle de faire des vins différents. Deborah et Peter Core sont de ceux-là, qui plongent dans l’aventure tête baissée, tels des artistes en quête d’inspiration qui seraient soudainement saisis par la foi vigneronne. Fait suffisamment rate pour être souligné, en moins d’une décennie, ils sont arrivés à se faire une réputation. Pas mal…

Deborah Core dans sa cave présente les vins avant la dégustation. Photo©MichelSmith

Deborah Core dans sa cave présente les vins avant la dégustation. Photo©MichelSmith

C’est ainsi qu’une fois de plus je me retrouve à Caux, au Mas Gabriel, à portée de vue de la haute marche cévenole, dans ce qu’il est convenu d’appeler le secteur qualitatif de Pézenas. Avant d’aller plus loin, ce qui est intéressant de souligner dans cette double verticale à laquelle j’étais convié en compagnie de Catherine Roque, vigneronne de Faugères, l’appellation voisine, et d’une poignée de journalistes et dégustateurs anglais, parmi lesquels Andrew Jefford, Rosemary George et Alan March, c’est qu’elle permet de dresser un premier bilan sur le travail d’un domaine où le Carignan noir, gris ou blanc constitue l’élément clé, l’ossature de l’histoire. Un domaine de taille modeste (6 ha), mais dont la cote ne cesse de grimper. Certes, le domaine en question n’est pas planté qu’en Carignan – une autre cuvée en rouge met en avant la Syrah tandis qu’en blanc le Vermentino fait son entrée avec une autre cuvée -, mais les Core s’amusent avec les vieilles vignes de ce cépage Carignan qu’ils ont été ravi de trouver en constituant leur domaine bio où les replantations se font en sélections massales. Chaque année les vignes sont nourries avec du fumier de vache histoire d’avoir un peu plus de rendement.

Andrew Jefford connaît déjà bien la région, comme Rosemary George en arrière plan. Photo©MichelSmith

Andrew Jefford connaît déjà bien la région, comme Rosemary George en arrière plan. Photo©MichelSmith

Une autre qualité relevée chez Deborah et Peter, qui furent parmi les premiers à adhérer à l’association Carignan Renaissance, c’est que quelque soit leur besoin d’avoir un peu d’argent pour faire vivre les vignes et la cave, ils s’imposent de mettre de côté une petite part de la production de plusieurs millésimes de chaque cuvé afin de pouvoir suivre leur évolution. Ainsi, ils commencent à voir où ils vont et s’amusent de raconter les petites galères inhérentes à chaque campagne. Un moyen d’avoir une trace de ce qu’ils font avec pour objectif de progresser dans leurs visions du vin. Je note aussi que s’ils adorent faire la part belle à un cépage, ils aiment bien compléter leur travail par un assemblage final, un peu à la manière d’un cuisinier. Outre un rosé que j’adore et qui est devenu rare (une parcelle de 35 ares vinifiée en pressurage direct) que les amateurs perspicaces purent acheter à 8 € départ cave au point de ne plus être en vente, nous avons attaqué par les blancs de la cuvée Clos des Papillons laquelle a toujours été composée à 95% de Carignan blanc (une pointe Viognier) jusqu’à 2014 où ce pourcentage est tombé à 85% afin de laisser un peu de place au Vermentino. À noter que dans le Carignan blanc, se glissent aussi quelques grappes de Carignan gris. Les vins sont fermentés et élevés à peine quelques mois en barriques d’acacia. À ma grande surprise, ce bois ne vient pas perturber ma dégustation.

Alan March est concentré. Photo©MichelSmith

Alan March est concentré. Photo©MichelSmith

Le 2014 m’offre un nez aérien porté sur l’élégance et la finesse, avec beaucoup de fermeté et de hauteur en bouche. Avec un tiers de bois neuf, beurré et grillé en bouche, le 2013 me semble moins marqué par l’acidité, mais cela ne l’empêche d’avoir une bonne longueur. S’il est souple en attaque, il termine sur la fraîcheur. Beaucoup de finesse au nez avec la venue du 2012 dont la robe est plus paillée. Pas de surprise avec le 2011 (grand millésime) qui impose son amplitude dès le nez marqué aussi par le bois. On a de l’éclat, une structure infaillible, de la densité, du sérieux et beaucoup de persistance. 2010, lui aussi est d’une grande beauté : nez fin délicatement fumé, saveurs salines et réglissées en bouche, gras et langoureux, bien accompli, il est lui aussi particulièrement long en bouche.

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La cuvée Les 3 Terrasses est dédiée au Carignan noir vinifié exclusivement en cuve ciment. Au départ Carignan pur, les vins sont désormais associés à 30% de Syrah et de Grenache, à l’instar de ce 2013. Encore marqué par sa mise très récente, je le trouve charnu, poivré, mais pas facile à disséquer. Plus à son aise le 2012 fait figure de premier de la classe : nez hyper fin, densité et fraîcheur, c’est un vin complet que l’on peut commencer à boire. D’une élégance plus affirmée au nez avec de jolies notes fumées, le 2011 joue sur le minéral. En dépit d’une certaine tendresse en bouche, son caractère entier, sa structure aussi, me font dire qu’il ira loin. Le 2010 a une telle belle robe et une telle finesse (20% de Syrah) que je l’ai baptisé en anglais The smiling Carignan. Grande finesse d’ensemble, notes de raisins confits, beaucoup de chair, lui aussi peut tenir. Pur Carignan, le 2009 est assez fermé mais laisse passer quelques touches viandées pour s’ouvrir en bouche grâce à une belle structure, des notes épicées, de la fraîcheur et de la longueur. Un peu poussiéreux au départ, terreux aussi, je lui accorde pourtant ma note la plus enthousiaste pour son acidité bien présente mais conférant à l’ensemble une grande fraîcheur.

Michel Smith

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#Carignan Story # 286 : Jour de Têt chez Rouaud

Si vous lisez cette rubrique dominicale depuis quelques années maintenant, vous savez que le Carignan blanc se bonifie avec le temps. « Soit. Rien de plus normal », allez-vous me rétorquer à juste titre, puisqu’il en va de même pour bien d’autres cépages comme le Chenin, le Melon de Bourgogne ou le Chardonnay… Oui, sauf qu’avec le Carignan blanc, le constat est plutôt inattendu. Pour la bonne raison que cela ne fait qu’une ou deux décennies à peine que l’on découvre ses qualités mises en avant le plus souvent d’ailleurs par des étrangers à la région, des vignerons curieux de voir si, à force d’être banalisé, ignoré, méprisé et rangé dans la case des blancs à tout faire, ce cépage au bord de l’éradication n’avait pas quelque chose de nouveau, de transcendant à nous transmettre.

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Les révélations en matière de Carignan blanc se sont multipliées ces derniers temps. Toutes se sont opérées à la suite de dégustations de vins vinifiés avec ce cépage lors de ces dix dernières années. Preuve, s’il en est, que j’ai eu raison de lancer cette rubrique. Mais je reviendrai là-dessus la semaine prochaine avec une magistrale et convaincante dégustation organisée à Caux, dans l’Hérault par des amis vignerons. Côté Roussillon, le Carignan blanc (parfois rose ou gris) ne semble pas trop se presser dans l’inscription au rang des volontaires à l’arrachage, c’est le moins qu’on puisse dire. Ils sont une vingtaine à en vinifier le plus souvent avec brio. Et j’ai pu le vérifier une fois de plus avec un Vin de France 2006, Têt Blanc, que Mireille Sauer, membre de Carignan Renaissance, a pu m’obtenir auprès de Jérôme et Sophie Rouaud, du domaine éponyme, deux adorables vignerons qui ont déjà fait l’objet d’une revue de détail dans les premiers mois de cette chronique, article que je n’arrive plus bien entendu à retrouver.

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Pourquoi Têt ? D’une part parce que les vignes sont réparties sur des terrasses de la vallée du même nom où le fleuve Têt descend du Carlit sur 120 kms, passant des Pyrénées à la mer via Perpignan, d’autre part parce que Sophie est d’origine vietnamienne et que ce mot lui rappelle certainement les célébrations du nouvel an. Le vin goûté, qui n’est plus en vente dans ce millésime 2006 (à titre d’exemple, le 2013 est à 16 € la bouteille prix départ) et qui n’a pas trop bougé malgré ses presque dix années, a conservé une robe blonde intacte, à peine dorée. Épicé au début, le nez capte des notes de fleurs des champs et de feuillus sur un fond d’essence de citrus. La bouche est ample, puissante, mais ronde, presque grassouillette, tout en conservant de l’équilibre et cette nécessaire fraîcheur altière qui distingue le vin d’un autre. En guise de conclusion, des touches de réglisse et de menthol apportent un peu de joie de vivre et contribue à mettre l’eau à la bouche. À ne surtout pas boire trop froid et à réserver pour un beau poisson paré pour le four.

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Chemin faisant, vient ensuite le Carignan rouge, du même domaine, entre temps certifié bio. Joliment intitulé Fleur de Carignan, ce Côtes Catalanes 2014 (7,50 € départ) est d’une tendresse affirmée. Finesse au nez, une certaine allégresse en bouche, il s’achève sur des notes d’amertume fraîche du plus bel effet. Je peux me tromper, mais il n’est pas fait pour la garde et on devrait pouvoir le boire à cheval sur 2015/2016 avant de se pencher sur le prochain millésime. Délicieux sur de classiques pâtes aux tomates fraîches et basilic.

Michel Smith

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#Carignan Story # 285 : La fierté de Dan !

La vie est pleine de surprises. En ce moment, je n’en ai que de bonnes. Par exemple, il faut que ce soit un Lorrain, Daniel Folz, restaurateur installé à deux enjambées du Massif des Baux, en Provence, qui lors de ses visites en Roussillon via les Corbières m’informe de l’existence d’un pur Carignan. Moi, le soi-disant expert, le spécialiste international, l’amoureux fou, l’inconditionnel, celui qui commence à être submergé par le nombre impressionnant de vins de Carignan qu’on lui propose de par le monde – j’exagère, bien sûr ! -, moi qui rejette désormais la moitié des échantillons goûtés par un magistral « non, ce n’est pas bon, pas digne de ma rubrique !», il me faut désormais faire appel à mes amis pour trier le bon grain de l’ivraie, débordé que je suis par le flot carignanesque… Bon, redevenons sérieux un instant.

Dan Folz et sa trouvaille... Photo©MichelSmith

Dan Folz et sa trouvaille… Photo©MichelSmith

Merci donc à mon pote Daniel, Dan pour les intimes. Car quand il se pose à Perpignan, non seulement il me fait plaisir en sollicitant une rencontre amicale autour d’un verre, mais en plus il ne débarque jamais les mains dans les poches. Ou alors si, mais toujours avec une bouteille – certains parlent de quilles alors qu’ils n’y ont jamais joué – sous le bras ou nichée dans la poche de son blouson. Tenez regardez donc vers la photo du dessus comme il à l’air fier de poser près de son dernier trésor qu’il doit me faire goûter. Aussi fier que Sébastien Agelet du Domaine De Mena lorsqu’il a vinifié ce vin pour la première fois dans sa cave de Paziols, dans l’Aude. Fier d’avoir cueilli ces grappes noires accrochées aux vignes plantées par son papi, le brave Augusti. Au bon vieux temps où le vin qu’il en tirait pouvait encore s’appeler Corbières ou Corbières du Roussillon sans avoir à s’abriter sous une autre dénomination.

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Celui-ci est un 2014, la deuxième vinification en Carignan de ce jeune vigneron barbu qui fait aussi un Cinsault fort remarqué. Et son prix départ cave avoisine les 10 €. Il arbore les couleurs de l’IGP Côtes Catalanes car les vignes se trouvent juste derrière la frontière qui sépare l’Aude des Pyrénées-Orientales, un endroit où l’on se sent encore ancré dans le massif des Corbières. Le nez est discret, mais fin, avec une pointe de tabac blond. Le jus est droit, dense, fruité, acidulé même, dans un registre plutôt bien ciselé. La finale est gentiment marquée par les tannins et l’on devine que le vin a encore besoin de passer un ou deux ans en bouteilles avant d’offrir ce qu’il a de meilleur. Mieux, je reste persuadé qu’il sera encore bien debout lorsque l’on attaquera la prochaine décennie.

Michel Smith

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L'escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith


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#Carignan Story # 284 : de cargolade en escalivade…

Prenez un vigneron sympa comme le Sud en produit des tonnes. Philippe Modat, par exemple, sur lequel j’ai déjà écrit tout le bien que je pensais ici. Dans son vignoble enchanteur de Cassagnes, en plein Fenouillèdes, il recevait cet été ses amis parisiens parmi lesquels je m’étais incrusté sachant d’une part que Philippe est le roi de la cargolade et d’autre part que sa maman passe pour être la madone de la cuisine catalane ! Comme d’habitude, il y avait son copain, le vigneron Jean Gardiès, ténor du Roussillon, accompagné de son épouse, Christine. Leur Carignan rouge 2010 Les vignes de mon Père a déjà fait l’objet d’un article dans ces lignes, article que je n’ai pas retrouvé dans les archives de notre ancien hébergeur, mais dont j’ai heureusement gardé une trace sur mon ordinateur…

Vue sur le Domaine Modat à Cassagnes. Photo©MichelSmith

Vue sur le Domaine Modat à Cassagnes. Photo©MichelSmith

Voici ce que m’inspirait ce rouge, il y a 2 ou 3 ans : Cette cuvée, je l’ai goûtée l’autre jour à Perpignan chez Jean-Pierre Rudelle, marchand de vins de son état. C’était dans sa version 2010, en vente à l’heure actuelle au prix, certes conséquent, de 20 € (au Domaine Gardiès, on a toujours considéré à juste titre que les vins, fussent-ils du Roussillon ne devaient pas être bradés), et je dois dire que j’ai été véritablement impressionné. Élevé en demi-muids, le Carignan sur argilo-calcaire des coteaux de Vingrau, sur la route de Tautavel, étonne à la fois par sa densité, sa profondeur, sa structure bien ferme, sa longueur et sa pureté de fruit. Pas de doute, même si mon observation fait un peu cliché, ce vin fait partie de ces Carignans de légendes qui commencent à fleurir chez quelques maîtres vignerons. Mieux, je dirai que c’est un vin d’intelligence, la conséquence plus d’une réflexion que d’une précipitation.

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Lors de cette belle journée estivale, tandis que se préparait la cargolade, Jean Gardiès, que je n’avais pas revu depuis un bout de temps et dont les vignes sont désormais certifiées bio, nous a fait la surprise d’ouvrir une de ses nouvelles cuvées, un rare Carignan blanc. Je dis rare, or ce n’est pas tout à fait le cas puisque de plus en plus de vignerons mettent en avant ce cépage que l’on croyait relégué aux oubliettes il y a seulement 20 ans, mais qui revient pourtant en force ces temps-ci dans pas mal d’assemblages ou dans les cuvées où il est vinifié seul.

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C’est le cas ici avec ce Côtes Catalanes 2014 qui ne figure même pas sur le site Internet du domaine et dont le prix de vente se situe autour de 20 €. Il offre du charnu, un semblant de rondeur charmeuse en attaque, mais aussi et surtout une magistrale structure empreinte de fraîcheur laquelle maintient le palais en éveil tout en encadrant la bouche de sa persistance. Bien sûr qu’il allait bien sur les escargots farcis d’aïoli et cuits aux sarments !

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Pour mon plus grand plaisir, ce blanc faisait encore plus l’affaire sur l’escalivada de légumes, un plat typiquement catalan, qu’un enfant de 12 ans serait capable de réaliser tant il paraît facile. Ce qui compte pourtant, du moins tel est mon avis, c’est d’avoir à sa disposition un beau plat en terre pouvant aller au four, mais aussi du thym frais de la garrigue, un ou deux feuilles de laurier, une bonne huile d’olive, des poivrons rouges bien épluchés, de l’ail, des oignons de Toulouges, des aubergines et des courgettes du potager coupées en longues lamelles… sans oublier une grand mère cuisinière pour bien surveiller le plat afin qu’il ne brûle point. Cependant, chacun a sa recette, son petit plus, son truc.

L'escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith

L’escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith

Pour vous aider, je vous invite à visionner ici la recette que propose Pierre-Louis Marin, le chef de Montner. Ces légumes confits et croquants se mangent froids l’été. Bien entendu, pour bien l’accompagner, un blanc du pays s’impose dans sa jeunesse, à l’instar des Lucioles du Domaine Modat où je me trouvais ce jour-là et avec lequel je me suis régalé au début. Mais sans faire offense à Philippe, le plat préparé par sa maman (merci Madame !) était comme magnifié par le Carignan blanc de Jean. Sacrés vignerons !

Michel Smith


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#Carignan Story # 283 : Trilla, la nouvelle Mecque des vieux cépages !

On peut dire ce que l’on voudra, mais ce sont parfois les idées les plus simples qui sont les plus efficaces. Lorsque mon ami André Dominé, journaliste du vin d’origine allemande résidant à Trilla, bled improbable perdu dans les Hautes-Fenouillèdes, département des Pyrénées-Orientales, a eu l’idée d’organiser pendant le fête de son  village un mini salon du vin autour du thème des vieux cépages, nombreux furent ceux qui riaient sous cape. Moi le premier, qui ne voyait pas en quoi de vulgaires vieux cépages pouvaient intéresser le peuple du vin.

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La fête au village… Photo©MichelSmith

Première vague de Carignans... Photo©MichelSmith

Première vague de Carignans en dégustation libre au Carignan Corner… Photo©MichelSmith

A dire vrai, je n’en menais pas large, songeant que, oui, c’était peut-être possible, mais qu’il ne fallait pas s’attendre à une déferlante. Et ce fut bel et bien le cas au début : une poignée de vignerons locaux convoqués à exposer leurs vins, votre serviteur tentant timidement de faire goûter ses échantillons de Carignan récoltés au cours de ses pérégrinations et quelques rares visiteurs déambulant sans trop savoir où ils mettaient les pieds.

Depuis deux ans, tout change : la mayonnaise prend, les vignerons affluent – ils étaient 25 hier, venus de l’Aude, de l’Hérault et même d’Alsace -, tandis que mon Carignan Corner, offrant une vingtaine d’échantillons en dégustation libre, attirait aussi bien les simples leveurs de coudes que les amateurs sincères.

Dans ce mini-reportage, on trouvera des portraits de vignerons présents, tous carignanistes convaincus auteurs de mémorables vins issus du cépage Carignan largement décrits par le passé dans cette rubrique dominicale.

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Rémi Jaillet Photo©MichelSmith

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Christine Civale et Luc Charlier Photo©MichelSmith

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Benoît Danjou Photo©MichelSmith

Depuis deux ans, tout change : la mayonnaise prend, les vignerons affluent – ils étaient 25 hier, venus de l’Aude, de l’Hérault et même d’Alsace -, tandis que mon Carignan Corner, offrant une vingtaine d’échantillons en dégustation libre, attire aussi bien les simples leveurs de coudes et les amateurs sincères.

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Carolin Bantlin Photo©MichelSmith

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Raymond Manchon Photo©MichelSmith

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Jean-Marie Rimbert Photo©MichelSmith

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Elizabeth et Jon Bowen Photo©MichelSmith

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France Crispeels Photo©MichelSmith

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Yvon Soto Photo©MichelSmith

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Jacques et Mikael Sire Photo©MichelSmith

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Patricia Boyer-Domergue Photo©MichelSmith

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John Bojanowski Photo©MichelSmith

Ils sont beaux, n’est-ce pas ? Comment ne pas les aimer ?

Attention ! La semaine prochaine, Dimanche, revenez sur nos ondes… Vous aurez droit au descriptif d’un Carignan exceptionnel vinifié par un anglais tout aussi exceptionnel et présenté en demi-bouteille : âmes sensibles ne surtout pas s’abstenir !

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Michel Smith


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#Carignan Story # 282 : parmi de vieux flacons…

Cela m’arrive de temps en temps : à force de collectionner, je suis tombé l’autre soir sur un lot de vieilleries pas si antiques que ça. Des vins divers et variés tirés d’un fond de cave. Mon œil fut attiré immédiatement par le gros flacon (tant pis pour toi, mon cher Hervé…) oublié du Château de Gaure, bouteille lourde d’un vert antique quelque peu grisé, joliment illustrée et estampillée Carignan. En relisant la contre-étiquette que tout le monde néglige de parcourir de peur d’y lire un discours banal et sans intérêt, j’en déduisis qu’il s’agissait d’un tri particulier effectué lors de la vendange 2008 au sein d’une parcelle ancienne plantée de rouge, du côté de Latour-de-France, dans le Roussillon. Le but ? Cueillir les grappes des carignans blancs disséminés – complantés si vous préférez – dans cette parcelle. Le mélange de cépages était classique dans la région où il arrive encore aujourd’hui, dans une vigne que l’on croit être majoritairement plantée de grenache rouge, par exemple, de trouver de ci de là quelques pieds de grenache blanc ou gris, parfois même du macabeu ou du muscat. Ce fut pour moi comme un rappel que la vigne n’a qu’une vie dès lors qu’on s’en occupe, et que si l’on veut que nos enfants en profitent, on se doit de l’entretenir en renouvelant ce qui est sans vie.

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Signes d’un temps révolu où le vigneron – pauvre, la plupart du temps – remplaçait ses manquants au fur et à mesure avec les plants dont il disposait sans trop se soucier du cultivar en question. « Je ne sais plus ce que c’est, devait-il penser, mais je n’ai pas d’argent ni de temps pour aller chez le pépiniériste donc, je plante et on verra bien ce que ça donne » ! Pas de je m’enfoutisme à voir là-dedans, mais plutôt une grande logique paysanne, un simple raison pratique et financière dans un pays souvent reculé où les communications n’étaient en rien semblables à celles dont nous jouissons de nos jours. En outre, peut-être par simple effet de mode, peut-être aussi pour remplir les cuves, mais de la Côte Rôtie au Bordelais il était courant en ce temps-là d’ajouter jusqu’à 20 ou 30 % de vin blanc dans son rouge. L’essentiel étant de le vendre au courtier qui le trouvait franc et marchand. Car il fallait bien que l’argent rentre.

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Mais revenons à nos vieilles vignes. La zone du Fenouillèdes, maintes fois évoquée ici pour ses paysages de toute beauté et ses nombreux vignerons de talent intéressés dès le départ par la valeur de nos carignans, la plupart plantés sur schiste, a évité semble-t-il plus qu’ailleurs de sombrer dans la frénésie des arrachages massifs qui eurent lieu dans les années 80 au profit de la Syrah, certes élégante, mais légèrement putassière. Dans ce coin des Pyrénées-Orientales, on maintient en vie avec respect pas mal de vieilles vignes de Carignan, ou de Grenache. Certains vont jusqu’à les vénérer. Non par excès de conservatisme, mais parce que l’on sait que ces plants donnent des vins de haute volée et de très faibles rendements, tout en sachant pertinemment que, faute de pouvoir partir en Côtes du Roussillon, appellation où le cépage Carignan n’est guère en odeur de sainteté (jusqu’à récemment, car le vent tourne, fort heureusement…), ces vins seront étiquetés Côtes Catalanes – ex Vin de Pays, pour ceux qui suivent – ou Vin de France, soit ex Vin de Table.

C’est le cas de cette belle bouteille, Vin de Table (à l’époque) 2008, issu de raisins de Carignan blanc achetés sur place, donc un horrible vin de négoce (pardon pour le sarcasme), vinifié dans une seule barrique comme l’explique fort bien la contre-étiquette. Pour être honnête, je m’attendais au pire. Non pas que le Château de Gaure soit des plus mauvais, bien au contraire, mais parce que je suis encore aux prises avec ces horribles clichés et préjugés que je m’attache pourtant avec l’âge à combattre avec acharnement : le blanc du Sud ne vieillit pas, le négoce c’est de la merde, le vin est celui d’un riche propriétaire, ma cave n’est pas climatisée, etc.

coteduroussillon

Quelques mots sur le propriétaire de Gaure, Pierre Fabre. Ses ancêtres vignerons viennent du Gard, tandis que de son côté il a fait sa vie en Belgique. Amoureux du Sud, il s’est entiché d’un domaine de 200 ha de bois et de vignes à proximité de Limoux et de Carcassonne où il vient régulièrement se ressourcer et pratiquer son hobby, la peinture, celle-là même que l’on retrouve sur ses étiquettes. N’ayant que des vignes blanches sur le secteur de Limoux, il a acquis d’autres vignes rouges, Grenache surtout, mais aussi Carignan et Mourvèdre, dans la vallée de l’Agly à une cinquantaine de kilomètres de chez lui. Heureusement qu’il y a encore en France des gens comme lui, des gars qui prennent la peine d’investir dans une propriété de taille non seulement pour y vivre des heures de bonheur avec leurs enfants, mais aussi pour entretenir la terre, la cultiver (en bio), la faire vivre et en récolter des fruits. Oui, tout cela est heureux.

Si j’en crois les caciques, ceux qui clamaient jadis que le Sud était incapable de produire du bon vin blanc, ce dernier aurait du être sifflé dans sa première ou seconde année. N’allez surtout pas les écouter dans le cas où vous tomberiez sur un beau blanc comme celui-là ! Il me rappelle l’exceptionnelle droiture d’un autre Carignan blanc, celui de Daniel Le Conte des Floris, un 2004 de la région de Pézenas (Hérault) goûté il y a deux ans grâce à la générosité de son géniteur. La légère blondeur habituelle de la robe a pris une tonalité certes un peu plus foncée, mais sans aucun excès. Le nez n’est guère expressif, un peu strict peut-être, mais il est pourtant bien là, on le sent, on le devine. Avec ce 2008, tout se passe en bouche. Servi pas trop froid, comme il se doit, on a quelque chose de ténu, comme une sensation de puissance mêlée d’opulence. Voilà un vin qui marque le palais, qui s’impose avec force et noblesse. Aucun boisé hormis une très légère touche pain d’épices, des notes de pêche compotée, de pinède et de cédrat. Et en finale, cette bienveillante acidité qui vous émoustille le palais en faisant durer le plaisir. Pour ma part, j’aimerais le tester sur un poulet au citron ou sur un gros poisson, genre baudroie. Je suis ravi car il me reste un flacon du même vin que je vais attendre encore un peu !

Michel Smith

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# Carignan Story # 281 : quand l’été pointe son nez…

Vous souvenez-vous – je m’adresse là aux rares habitués, aux vieux de la vieille – du Ça se boit bien (piqûre de rappel, pour ceux que ça intéresse) de l’autre dimanche ? Le Carignan d’un Anglais égaré aux Clos Perdus était certes facile à boire mais ne manquait pas pour autant de complexité ni de finesse. Xavier Plégades, qui me l’avait fait découvrir dans son antre de Narbonne, Le Célestin, m’a conseillé aussi de goûter un autre Carignan, bien plus abordable puisqu’il ne m’a coûté 8 euros à emporter. Alors, puisque l’été est bien installé et que les températures pointent au plus élevé…

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C’est tendre, sans sulfites ajoutés, enjoué, souple, aimablement épicé, fruité, léger. Rien de plus ? Un peu plus quand même, car j’oubliais un petit grain accrocheur, un air de revenez-y. Et si ça se boit bien aussi, ce style de Carignan sans prétention est un parfait vin de saison, un vrai rouge d’été à boire, frais bien entendu, entouré d’une ribambelle de copains avec ce qu’il faut de petits légumes farcis, d’olives gentiment parfumées aux herbes, d’escargots de mer, de brochettes savoureuses et de poissons frits.

La Pointe, puisque c’est son nom, tout comme La Prairie (un pur Aramon), sont issus du Domaine de la Banjoulière, sur les terres de Corneilhan, dans l’Hérault. Si j’en crois ceux qui connaissent un peu le vigneron, Sébastien Benoit-Poujad, c’est lui qui dessine ses étiquettes de Vin de France. Seul hic, à moins qu’une contre-étiquette se soit envolée, notre vigneron ne semble pas savoir que l’on peut désormais indiquer le millésime sur le flacon. J’opte pour un 2014. Mais ce pourrait être du 2013… Allez savoir ! À méditer en tout cas pendant la sieste sous un pin parasol !

Michel Smith

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