Les 5 du Vin

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#Carignan Story # 267 : Les chaussettes rouges

Quand j’étais gosse nous avions les Chaussettes Noires qui braillaient dans le poste à peine sortis de leur banlieue de Créteil. Aujourd’hui, des contreforts des Albères, à porté de vue de la côte, nous viennent les Chaussettes RougesRed Socks in English – qui déferlent plus calmement chez nos cavistes catalans. Rouges les chaussettes ? Forcément, à force de fouler le raisin aux pieds… Les auteurs de ce Carignan de vieilles vignes, of course, Philippe Gard et Andy Cook, n’en sont pas à leurs premières armes. A travers des cuvées bien ficelées, en général de petits volumes, présentées sous l’ombrelle de deux sociétés, Tramontane Wines et Consolation, ces bons faiseurs de vins travaillent déjà le Grenache ou le Macabeu avec talent en y ajoutant des noms aussi inattendus que facétieux.

Réunion dominicale la fontaine de La Consolation. Photo©MichelSmith

Réunion dominicale la fontaine de La Consolation. Photo©MichelSmith

Sans exagérer, ils font sans doute partie des meilleurs vignerons que nous ayons dans cette partie du Roussillon et, depuis le temps que je le dis, j’ai franchement hâte de passer un moment avec eux histoire de mieux comprendre leur fonctionnement. Pour ce Carignan 2013, c’est plutôt la marque Consolation qui est mise à contribution. Un nom de circonstance puisqu’il évoque l’ermitage Maria de Consolacio caché dans une colline boisée au dessus de Collioure. Pardon à la Vierge gardienne des lieux (elle en a vu d’autres…), mais ce rouge prête à toutes les libations possibles et imaginables. Sauf qu’il vaut un peu mieux que l’accompagnement des traditionnelles grillades qui font la réputation de ce lieu de pèlerinage cher aux gens du pays lorsque les beaux jours arrivent.

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Philippe Gard, sert son blanc à La Consolation. Photo©MichelSmith

Je ne sais quelle mouche m’a piqué, mais dès le premier nez mis à hauteur du vin j’ai pensé d’abord à tous les abus – mais aussi et surtout à toutes les qualités – qu’un Carignan vendangé très mûr  et de forte extraction était capable d’offrir. Quel étrange paradoxe ! Par exemple, j’aurais aimé un peu moins de bois et un peu plus de fruit, mais que voulez-vous, je n’ai pas le goût universel, qui n’existe pas d’ailleurs sauf chez les prétentieux. Passons sur ces considérations et revenons sur le nez du vin : c’est fin, un brin sauvage mais propre, composé de bois sec, plantes éparses de la garrigue, notes grillées de laurier et de romarin. Tout de suite, est-ce la saison ?, je pense à un chevreau discrètement parfumé à l’aillée ou aux poireaux de vigne, en espérant qu’il en reste.

Photo©MichelSmith

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Évoquer l’accompagnement solide sans attendre prouve que ce vin, même s’il paraît un peu sophistiqué, pourrait bien profiter de 2 à 5 ans de cave. Pourtant, il pourrait aussi s’ouvrir plus tôt, un soir entre copains après un match de rugby… ou de cricket tant il a cette retenue toute britishe. Est-ce parce que derrière Red Socks il y a un anglais associé à un bordelais ? Je ne vous l’ai pas encore dit, mais Consolation, la maison qui vinifie ce vin avec d’autres, se fournie à la source, aux domaines menés par Philippe Gard, celui de La Coume del Mas,un des grands de Collioure, et du Mas Cristine, vignoble tout proche, mais en appellation Côtes du Roussillon. D’où le choix de l’IGP Côtes Catalanes revendiquée pour ce Carignan 2013.

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Signe qui ne trompe pas, j’ai tout bu… en deux jours cela dit ! Par petites gorgées, car ils commencent tout juste à se goûter ces satanés 2013 ! Outre l’élégance du nez soulignée quelques lignes plus haut, la bouche est lisse, mais non dénuée d’assise. C’est plein et docile, sans débords, sans l’ombre d’un faux pli. Le fruit est là, confit, précis (cerise noire), savoureux quoique tout en retenue. Cela semble parfait, en dehors d’une légère amertume en finale, au point que si l’envie vous taraude de boire ce vin sans lui laisser le temps de se construire pleinement dans sa bouteille, il vous faudra le mettre en carafe en un lieu bien plus frais qu’une salle à manger. Vraiment un beau vin, au prix de 16 € le flacon chez mon caviste, carignaniste convaincu.

Michel Smith


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#Carignan Story # 266 : Et voilà t’y pas qu’ça mousse !

La carignanesque surprise est venue par le train (ou l’avion, je ne sais plus) de Bruxelles, grâce à notre ami et complice Marc Vanhellemont que je tiens à remercier ici publiquement. Débarqué à Perpignan pour un concours et une nuit autour du Grenache, il avait ce soir-là dans sa besace cette étrange bouteille à dégoupiller. N’étant pas un spécialiste de la chose brassicole, je me garderai bien de trop rentrer dans le domaine technique et j’invite d’ores et déjà Marc, comme Luc-Léon (private joke) d’ailleurs, à compléter ce que je vais publier ce Dimanche. Je leur demande aussi instamment de me corriger au cas où je publierais une grosse bourde. Une chose est sûre : Cantillon et Carignan font la paire : ce sont deux noms qui vont bien ensemble !

Photo©MichelSmith

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L’objet mousseux identifié provient donc de la Brasserie Cantillon, institution fondée en 1900 et devenue en quelques temps la championne des bières dites « naturelles » fermentées pour la plupart spontanément en fûts anciens (également en amphores !) à l’image d’une gueuze bio très appréciée des connaisseurs. Après avoir tâté du Riesling et du Chardonnay depuis pas mal d’années, après une bière au Pineau d’Aunis, voilà que la valeureuse brasserie Cantillon s’est essayée au Carignan dans le cadre d’une gamme dite Vigneronne. Ici, si j’ai bien compris, le moût est mis à macérer dans le lambic et cela donne une bière assez colorée à l’œil. Au départ, le nez est un peu dur, mais pas pour trop longtemps. Arrive alors une certaine touche de finesse qui se fait sentir avec l’apparition notamment de délicates notes de framboise. En bouche, l’attaque est douce, ronde et l’on est vite rassuré par une belle amertume que j’attribue naïvement au houblon (s’il y en a !), ce qui a pour effet d’ajouter une fraîcheur fruitée bienvenue assez persistante allant  jusqu’en finale.

Photo©MichelSmith

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Je ne sais trop comment marier cette bière au Carignan. Avec un jarret de veau ou de cochon ? Toujours est-il que dans l’ensemble, c’est une bien belle trouvaille qui me donne envie d’aller visiter la Brasserie Cantillon. Depuis le temps que je le dis, va falloir que je réserve mon train !

Michel Smith

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#Carignan Story # 265 : Une petite nature…

Persuadé, depuis le temps que l’on se fréquente, que vous commencez à croire sur parole chacune de mes sornettes, vous savez que, tout en étant d’une bonne nature je ne suis pas pour autant naturophile, encore moins naturophobe. Ce qui compte pour moi, c’est le vin dans son entièreté, le vin tel qu’il m’apparaît (la vue), tel qu’il se hume (le nez), tel qu’il se gobe (la bouche)… et, j’ajouterai pour finir en beauté, tel qu’il se pisse ! Un matin, cet hiver, je me pavanais en ville d’Alès pour faire mes courses en compagnie d’une charmante consœur, chef de rubrique à la dent dure mais juste, qui jadis, au temps où je gagnais ma vie en tentant d’écrire, corrigeait impitoyablement mes papiers, Adeline Brousse, pour ne pas la nommer, aujourd’hui retirée dans les Cévennes où elle loue deux gîtes de luxe. Alors que nous divaguions dans les travées des Halles de l’Abbaye, parmi les marchands de tripous et de farçous descendus de la Lozère et de l’Aveyron, je tombais en arrêt face à l’étal d’un caviste.

Serge, Caviste de Campagne... Photo©MichelSmith

Serge, Caviste de Campagne… Photo©MichelSmith

Serge Roussel, « caviste de campagne » (06 11 09 64 49) – c’est ainsi qu’il se présente sur sa carte de visite -, affable et bienveillant, y exposait quelques flacons de l’Hérault et du Gard dont quelques trouvailles du coin. Je lui ai acheté ce Carignan 2013, IGP Cévennes, pour une somme convenable (8,50 €). Avec en prime un jeu de mots de plus affiché sur l’étiquette  : NaturOphile. Il s’agit d’une cuvée bio vinifiée en macération carbonique au Mas Clément, un domaine qui décline aussi le genre en Syrah pure. En dehors du fait qu’il soit bio, nulle part sur le site du domaine est-il fait mention d’une particularité « nature » ou d’une cuvée exempte de soufre ajouté. Rien à dire sur cet aspect des choses, vu que je considère que tout bon vigneron qui se respecte a le droit de se revendiquer un peu de la nature qui l’entoure ou de celle qui le compose.

Photo©MichelSmith

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Ceci étant dit, le vin est d’une simplicité biblique. Un peu trop, même. Et si je me mets à jouer les sévères, c’est que je regrette presque une certaine absence de terroir, ou de caractère bien trempé. Ce Carignan a quelque chose de linéaire, sans grand relief, un aspect fluet, court en bouche, facile dans le sens où on ne cherchera pas à le garder pour une belle occasion, encore moins pour le repas du Dimanche. C’est propre, sans déviance, un brin enjoué, au point que je l’ai rebouché puis placé au réfrigérateur pour mon habituel test de confirmation. Le lendemain, ayant pris soin de sortir la bouteille du frigo une demi heure avant, le vin n’avait guère évolué, offrant juste une agréable touche fruitée teintée de notes boisées n’ayant rien à voir, me semble-t-il, avec un quelconque élevage sous bois. Un bon petit vin de grillades, en quelque sorte !

Michel Smith

 Photo©MichelSmith

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#Carignan Story # 264 : Un sacré bon Plan !

J’ai connu Rémi Duchemin au Mas de Mortiès il y a près de dix ans alors qu’il était associé dans une aventure viticole en plein cœur du Pic Saint-Loup. D’emblée, j’avais été conquis par son sérieux, sa vision simple et pragmatique des choses de la vigne et de la vinification. Je l’ai retrouvé toujours aussi passionné et enthousiaste il y a peu lors d’une réunion de Carignan Renaissance, association qui regroupe plusieurs carignanistes vignerons en compagnie d’amateurs et d’observateurs. Réservé, quelque peu timide, ce grand gaillard s’est installé à son compte dans le secteur très prisé des Terrasses du Larzac où fourmille une foule de talents. Comme d’autres, il se réjouit d’avoir pu mettre la main sur quelques vieilles parcelles de Carignan dans le cadre de sa propriété du Plan de L’Homme (Plan de l’Om – l’orme – en Occitan), à une trentaine de kilomètres au nord de Montpellier.

Rémi Duchemin. Photo©MichelSmith

Rémi Duchemin. Photo©MichelSmith

Au passage, je relève un détail qui vous paraîtra anodin mais qui pour moi est riche de sens : Rémi est le deuxième mes amis vignerons – le premier étant Luc Lapeyre dans le Minervois – ayant la chance d’avoir un siège social dans une rue Marcellin Albert, du nom de ce cafetier-vigneron d’entre Corbières et Minervois qui, il y a un peu plus d’un siècle, prit la tête de la révolte des Vignerons du Midi lors d’une mémorable crise viticole qui ébranla le Sud de la France. Est-ce pour cette raison que Rémi a attribué à son Carignan la consonne grecque « X » (« khi »), histoire de nous poser la question de savoir « qui » se cache derrière (ou dans) ce vin ?

Photo©MichelSmith

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Goûté récemment une première fois un peu à la va-vite, je le confesse, le 2012, un Vin de France, m’est apparu superbe de fraîcheur, éclatant en bouche, complet, bien en chair et fort élégant. Pas plus tard qu’hier, une autre bouteille du même millésime ouverte entre copains fut accueillie à bras ouverts et jugée magnifique à l’unanimité par une tablée toute entière. À vrai dire, j’étais assez fier de la servir car, parmi les convives se trouvait mon ami Étienne Montès du Domaine La Casenove, un des premiers vignerons rencontré peu de temps après mon arrivée en Roussillon à l’époque où le Carignan était encore mal vu, mal compris aussi. Nous avions dans nos verres l’illustration parfaite de ce que le Carignan peut livrer en émotions. Nous étions nombreux à ressentir des notes de café, de truffe pour certains, un vin harmonieux s’appuyant sur une belle rondeur en bouche, des accents de cerise cœur de pigeon, une structure épatante et des tannins fondus, tendres et grumeleux menant à une finale gracieuse.

Photo©MichelSmith

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J’estime que ce vin peut attendre 3 à 4 ans avant une ouverture et un service en carafe sur un pigeonneau cuit à la goutte de sang. Mais on peut aussi l’attendre pour aborder 2020 en beauté !

Michel Smith


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#Carignan Story # 263 : Zoé, à la rencontre de Fernand.

Zoé, c’est un prénom bien sympathique. Venu du grec, il désigne la vie, tout simplement. Mais c’est aussi le nom donné à la cuvée du (petit) négoce des frères Parcé. Elle existe depuis 5 ou 6 ans, peut-être un peu plus, et elle m’a toujours enchanté pour son approche directe, sans fioritures, son sens bien alerte du plaisir simple. Jusque-là, elle était plus ou moins dominée par le Grenache noir, le Carignan venant en appui avec probablement d’autres bricoles occasionnelles. Tirée la plupart du temps de raisins de la Vallée de l’Agly, côté Maury, elle a fait sensation dans les bistrots où l’on pouvait la siffler à moins de 20 € ou chez les cavistes où elle se situait autour de 6 €. Un vin à boire, quoi.

Photo©MichelSmith

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L’autre jour, j’ai croisé Marc Parcé, devenu depuis longtemps son propre commercial, toujours aussi pressé au point qu’il m’a klaxonné pour que j’aille plus vite. Rien de plus normal, nous allions au même endroit, à son dépôt de Rivesaltes où, comme lui, mes amis et moi stockons les cartons de notre maigre récolte du Puch. C’est ainsi que j’ai échangé une bouteille de Puch 2013 contre une Zoé 2013. « Tu vas voir, me lance-t-il, grand seigneur… Cette fois, c’est du Carignan, un vin que j’ai dédié à Fernand Vaquer ». Fernand est un vigneron exigeant et légendaire natif du village de Tresserre, dans les Aspres, où sa belle-fille, la bourguignonne et volubile Frédérique continue l’œuvre lancée à la fin des années 80 par son mari, Bernard, le fils de Fernand. Un personnage que ce Fernand, toujours méticuleux, un peu râleur, aimant le travail bien fait à l’image de son père, Fernand 1er, rugbyman bien connu des années 1920, longtemps dirigeant émérite de l’USAP, l’équipe de Perpignan. Aujourd’hui au repos (il a bien plus de 80 ans), Fernand Vaquer fils a toujours été frotté au Carignan au point d’en faire le cépage emblématique de son domaine, préférant vendre ses bouteilles en Vin de Table plutôt que de respecter le règlement des Côtes du Roussillon qui imposait que l’on se détache du Carignan au profit de dame Syrah. Quand j’ai débarqué dans sa cave la première fois je m’étais fait copieusement engueuler parce que je manifestais l’envie de griller une cigarette. J’ai dû user de beaucoup de diplomatie pour continuer ma dégustation.

L'actuel Fernand, carignaniste convaincu. Photo©MichelSmith

L’actuel Fernand, carignaniste convaincu. Photo©MichelSmith

Ce Côtes du Roussillon Villages Zoé 2013 est irrévérencieux au possible pour la bonne raison qu’avec 80 %, il dépasse largement la dose tolérée par l’AOP. On le trouve notamment en vente sur le site des Caves du Roussillon. Comme souvent avec ce millésime, du moins c’est l’analyse que j’en tire, le vin issu du Carignan n’a pas la souplesse qu’on lui trouve d’habitude. Que l’on se rassure, il est toujours très frais et prometteur ce qui ne m’empêche pas de lui trouver un poil de dureté. Non pas une réelle verdeur, mais une forme d’âpreté que l’on pourrait attribuer aux tannins parfois végétaux du Carignan. Mais j’arrête-là car on pourrait croire à me lire que ce vin n’est pas intéressant. Or, c’est tout le contraire car le fruit tant désiré, le côté charmeur du Carignan, pointe le bout de son nez et ce vin devient bien plus souriant que la première impression pouvait le laisser penser. Tout cela s’atténue encore au bout de 48 heures, ce qui me rassure et me pousse à recommander de ne pas ouvrir cette bouteille – comme d’autres – avant que le vin ne fasse ses pâques en bouteille, c’est-à-dire d’ici Avril. Et puisque Avril est un peu proche, je conseillerai d’attendre le mois de Juin pour être sûr d’avoir un vin au top de sa forme.

Question solides, on restera sur de la viande (canard et agneau inclus) bien saignante, mais on pourra aussi ouvrir le flacon pas trop chaud ni trop froid (16°) sur une escalivade de légumes, façon Pierre-Louis Marin !

Michel Smith


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#Carignan Story # 261 : Karolina, presque ou pas tout à fait ?

Le Carignan vit une période faste et c’est bon signe car, dans les assemblages, on rencontre de plus en plus de vins marqués à 50, 60, voire même à 70 % par ce bel hidalgo venu chercher fortune dans le sud de la France en traversant les Pyrénées dès le Moyen Âge. Ces proportions, prises entre de bonnes mains, bien sûr, donnent de forts beaux résultats sur un rayon de 300 km allant du Priorat au cœur de la Narbonnaise avec quelques bons points à distribuer sur les meilleurs terroirs du Minervois, des Corbières et du Roussillon. Lorsque le cépage est présent à 75 % dans un encépagement où le Grenache noir joue un rôle essentiel de « liant », parfois même avec un peu de Syrah, voire de Mourvèdre, la perspective d’avoir un vin original reste très forte. C’est encore plus vrai lorsque l’alchimie de l’assemblage résulte d’un choix formidablement qualitatif qui s’offre au vigneron quand celui-ci a pris l’initiative de s’installer dans le cadre d’un terroir majestueux avec de multiples parcelles de toutes compositions et expositions. Jusque là, je m’imposais de ne parler que des cuvées à 90/100 % Carignan, du moins c’est ce que j’ai essayé de faire. Mais cette fois-ci, je vais vous louer les mérites d’un vin carignanisé autour de 70 %. Si je le fais, faut croire que je traverse une semaine plutôt cool. Aussi parce que le vin est bon, pardi !

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La vallée du Maury. Photo©MichelSmith

Ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai sorti un livre ces derniers mois sur les vignerons rattachés à l’aire d’appellation Maury, un fief Occitan au cœur d’une région Catalane. Un livre dont personne ne parle, bien entendu, dès lors qu’il vante un pays oublié par 95 % de nos compatriotes. Je vous passe les détails à la fois géologiques, géographiques, historiques et politiques, puisque tout cela est fort bien raconté par mon co-auteur, Jacques Paloc, en poste depuis des lustres dans la région pour le compte de l’INAO. Or, en réalisant cet ouvrage l’an dernier, j’ai rencontré un par un une quarantaine de vignerons pour voir ce qu’ils cachaient dans leurs caves. J’en ai cité quelques uns ici l’an dernier et même beaucoup plus si l’on reprend cette chronique dès ses débuts. Car le fait est là : si les officiels vantent en premier les qualités indéniables du Grenache noir dans cette Vallée des Merveilles (c’est le titre du livre), ce couloir naturel sur le flanc occidental des Corbières cache aussi de formidables poches de résistance sous la forme de parcelles d’antiques Carignans qui sont autant de pièces de musée.

Caroline Blonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

Caroline Bonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

À ce stade, vous êtes bien avancés, vous qui venez de vous coltinez deux paragraphes d’introduction… Et de vous dire une fois de plus : « Où diable veut-il nous mener en bateau ? » Voilà pourquoi je propose d’assembler les deux sujets – le Carignan et la vallée du Maury – pour en déduire qu’il y a dans ce secteur, pas forcément revendiquées au sein de l’appellation Maury, de magnifiques cuvées où le Carignan est mis à l’honneur dans des proportions inégales, parfois en IGP, souvent en Vin de France. Parmi les fans de Carignan dans le secteur, nombreux sont étrangers à la région. C’est le cas de Caroline Bonville, une fille de viticulteur Bordelais qui s’est retrouvée propriétaire du Mas Karolina, à Saint-Paul-de-Fenouillet, un bourg jadis très animé à 5 ou 6 km de Maury dans cette vallée qui s’enfonce vers l’Aude et l’Ariège, à une quarantaine de bornes de Perpignan.

Photo©MichelSmith

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En bonne vigneronne, Caroline - elle vinifie par ailleurs un remarquable Maury « traditionnel », c’est-à-dire doux (en VDN, l’appellation remonte à 1936 et je vous parlerais un jour de la nouvelle AOP Maury sec) -, la dame ne cache pas qu’elle a un faible pour le Carignan des coteaux alentours. Elle ne cache pas non plus qu’elle ne lui accorde pas la totalité de la place qui lui revient dans sa cuvée « L’Enverre », son vin « haut de gamme » revendiqué sous l’ombrelle IGP Côtes Catalanes. Avec 70 ou 75 % de Carignan, selon le millésime, j’estime qu’elle met cependant assez de force et de générosité dans son assemblage pour que la cuvée trouve sa personnalité. Depuis 2007, les raisins proviennent d’une vigne sur schistes du côté de Rasiguères et d’une autre vigne sur marnes rouges, à Maury. Trois mille bouteilles sont proposées chaque année au bout d’un élevage d’un an en pièces de 500 litres suivant une vinification dans les mêmes pièces avec pigeage (au début) et environ quatre semaines de macération.

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Carignan aux trois quarts, le 2011 embaume la garrigue et quantité d’herbes sèches, dont le fenouil. Bien concentré en bouche, le vin se fait tendre et vif, le fruit est cuit, équilibré, les tannins sont souples, mais bien en place, sans pour autant donner suite à une grande longueur. Très bonne impression sur de belles côtelettes d’agneau grillées. Goûtée un an auparavant, la version 2012 (70 % Carignan, 25 % Grenache et 5 % Syrah) s’annonçait joliment au nez, avec en bouche des notes fruitées plus éclatantes et une belle fraîcheur étalée jusqu’en finale. Sur les deux vins, l’impression est légère (13° d’alcool affichés) et la matière très agréable, sans aucune lourdeur ou notes excessives de boisé. Une durée optimale de garde ne devrait pas dépasser 6 ans, jusqu’à 10 ans dans une très bonne cave. La cuvée est commercialisée 19 € départ cave, ce qui est un peu élevé à mon sens. Mais il est vrai par ailleurs que la bouteille a beaucoup d’allure. Et les rendements de ces vignes est tellement bas qu’il tau bien trouver le juste prix !

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Michel Smith

 


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#Carignan Story # 260 : Millésime Bio 2015, une crème des crèmes

Petit intermède dans le traintrain de ma chronique dominicale, je vais profiter de mon dernier passage à Millésime Bio, à Montpellier, fin Janvier, pour informer sans trop attendre les amoureux du Carignan des dernières avancées de leur cépage chéri. J’ai profité de ce rassemblement pour aller goûter les dernières cuvées de quelques vignerons émérites, la plupart ayant déjà connu les honneurs de Carignan Story, certains depuis fort longtemps. J’aurais aimé en voir plus, mais l’éparpillement des uns et des autres a rendu ma tâche difficile. J’espère que l’on me pardonnera ce manque d’efficacité, mais c’est l’occasion de faire un point avec vous. En outre, je me suis procuré un petit plaisir en signalant, à titre d’information, ceux des vignerons présents qui appartiennent à Carignan Renaissance, une association que je soutiens et qui est ouverte à tous les amateurs de Carignan. N’oubliez pas à ce propos d’inscrire sur votre agenda la date du prochain Carignan Day initié par cette association sans grands moyens : ce sera le Lundi 8 Juin prochain. Chaque amateur carignophile, chaque vigneron dans le monde entier pourra célébrer cette journée à sa façon. Dernière chose : n’hésitez pas à intervenir en rajoutant votre grain de sel si vous avez des choses à dire… Et sans langue de bois SVP !

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-À tout seigneur, tout honneur, commençons par le Domaine d’Aupilhac qui, comme chacun sait, a toujours symboliquement tenu à commercialiser son Carignan à un tarif plus élevé que son Montpeyroux pourtant excellent. Juste hommage, selon son auteur Sylvain Fadat, au bon et fidèle vieux Carignan qui l’a aidé à se faire connaître sur l’échiquier mondial. Au début, le Vin de Pays du Mont Baudile était proposé à 1 Franc symbolique de plus que le vin d’appellation. Maintenant l’IGP se positionne à 3 € plus cher que l’AOP ! Le Carignan de Sylvain a gagné en finesse et il atteint une telle notoriété qu’il se commercialise autour de 18 € départ cave, le prix du grand vin qu’il est devenu. Et une leçon pour nos intégristes des AOP qui s’évertuent encore à le marginaliser. « Ce vin vieillira plus longtemps que nous », m’a assuré Sylvain après que j’eus goûté son 2013 intense et noir de robe, doté d’une superbe matière en bouche. De beaux tannins, mais surtout une fraîcheur étale pour soutenir l’édifice. Avis aux inconditionnels : il est prévu plusieurs magnum et jéroboams !

-Autre fan du Carignan, l’Alsacien Marc Kreydenweiss, biodynamiste de la première heure et ami de 30 ans, a sauvé les ceps centenaires de sa propriété des Costières-de-Nîmes, à Manduel, où il coule des jours heureux avec son épouse Emmanuelle. Le résultat, entre autres beaux vins, donne un KA (25 €) élevé en demi-muids pour une production de 3.000 bouteilles d’un Carignan 2012 au nez hyper fin, bien structuré en bouche, armé d’une formidable fraîcheur et d’une grande longueur.

-Au Domaine Les Eminades, sous la conduite de Patricia et Luc Bettoni, le bon vieux Carignan a aussi droit de cité et on le met en bouteilles sous le joli nom de Vieilles Canailles. Après un 2011 à l’opulent nez de garrigue, rond en bouche, soyeux et fort long, le Saint-Chinian 2012 est encore plus dense tout en gardant cette tonicité qui fait sa force. À boire de préférence avant la fin de la décennie, mêmes je suis prêt à parier que le vin tiendra plus longtemps. Membre de Carignan Renaissance.

Photo©MichelSmith

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-Présenté l’an dernier au salon de l’an dernier, le 2011 Quid Novi de l’inénarrable Philippe Richy (Domaine Stella Nova) est toujours à la vente (16 €), et il est loin de laisser indifférent ceux qui le goûtent ! Je reviendrai sur ce personnage dans ma rubrique dominicale. Également une surprenante cuvée Polaris en cours d’élevage à 70 % Carignan complétée par le Grenache. Philippe est membre éminent de Carignan Renaissance.

-Le Carignan du Mas des Quernes, un vignoble franco-allemand, se présente sous l’étiquette Le Blaireau. Après un millésime 2012 remarqué ici même en son temps, le domaine continue sur sa lancée avec un IGP Saint-Guilhem-le-Désert 2014 de toute beauté, frais, dense et bien structuré qu’il convient d’apprécier dans les cinq années qui viennent si l’on veut profiter de son enthousiasme.

-Au Mas Gabriel, un très rare rosé 2014 m’a été présenté. Il est issu d’une seule parcelle de Carignan (35 a) et vinifié en pressurage direct. C’est dense, très pur et d’un fruit exquis (8 €), mais il va falloir foncer pour en acheter ! Sous l’étiquette Clos des Papillons 2014, un fort beau Carignan blanc généralement pur, mais ici complété par du Terret et fait pour une certaine garde, tandis qu’en rouge Les Trois Terrasses (70 % Carignan, le reste Grenache et Syrah, ferme, long, aux tannins soyeux commence juste à se goûter avec plaisir, prêt à attendre plus longtemps si l’on veut. Deborah et Peter Core, d’aimables britanniques, sont membres de Carignan Renaissance.

-Rémi Duchemin, au Plan de l’Homme, en Terrasses du Larzac, a vinifié un magnifique Vin de France 2013 (13 € par 6 bouteilles) tout en éclat et fraîcheur sur lequel je reviendrai prochainement dans cette rubrique. Un domaine hors pair, membre de Carignan Renaissance.

-Au Domaine des 2 Ânes, comme toujours, un Corbières Premiers Pas 2013 de macération carbonique très logiquement Carignan (80 %) ample, souple, épicé et bigrement sympathique (7,20 €). Mais une fois de plus, c’est l’autre Corbières 2013 Fontanilles (8,90 €), à 70 % Carignan égrappé, qui offre un nez envoûtant de garrigue, une fermeté à toute épreuve, avec en signature de jolies notes de cuir et d’épices. Idéal sur un petit gibier.

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-Toujours dans les Corbières, aux pieds de la Montagne d’Alaric, le Château La Baronne, conseillé par un œnologue toscan, sort régulièrement des cuvées qui forcent le respect. À partir de la parcelle Pièce de Roche, plantée en 1892 pour moitié en Carignans de clone Riparia Gloire, clone Rupestris pour l’autre, elle produit régulièrement un Carignan de haute-volée généralement tirée à 10.000 exemplaires. La version 2011 (IGP Hauterive) donne un vin épais, puissant et massif, comme à l’accoutumée, mais le 2012 (autour de 26 €, si j’ai bien noté) séduit déjà par la fraîcheur de son fruit et sa grande longueur. Il sera bientôt prêt à boire d’ici 2020.

-Comme je l’ai déjà dit ici même, le Château La Liquière est le plus actif défenseur des Carignans de schiste. J’ai goûté au salon le Faugères 2012 Racines (environ 13 €) qui est probablement le plus bel exemple de ce type : on a de la fermeté, certes, du fruit en pagaille aussi, mais surtout une harmonie rare qui fait que l’on a envie de mettre ce vin en cave pour célébrer d’ici dix ans des retrouvailles autour d’un bon repas. Membre de Carignan Renaissance.

-Un Languedoc 2013 (8,50 €) du Domaine Vallat D’Ezort, entre Sommière et Uzès, m’a fait forte impression même si la présence du Carignan ne porte que sur les deux tiers de la cuvée, le reste étant l’apanage du Grenache, les deux cépages étant vinifiés ensembles. La bouche est droite et le vin joue sur la jovialité, avec ce qu’il faut de fraîcheur pour animer les repas d’été.

-Autre terroir, plus argilo calcaire et très caillouteux, plus caussenard, le Clos du Gravillas, dans la zone où le Minervois tutoie Saint-Chinian, défend lui aussi depuis ses débuts le Carignan, notamment dans une cuvée Lo Vièlh qui concerne des vignes centenaires en très bon état. Le 2013, un Côtes du Brian, est conforme à la règle, associant puissance, rythme et finesse. Désormais un grand classique, membre de Carignan Renaissance.

Michel Smith

 

 

 

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