Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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So who are the April fools?

Lafiteas

The en primeur carbon footprint: Château Lafite – below Château d’Yquem – then Cheval Blanc – all stops on the circuit of the mad en primeurs circus as hundreds of merchants and critics hare round the Bordeaux vineyards.

Chd'Yquems

ChevalBlancs
As this is the 1st April it is customary to attempt to spin some false tale. However, this year I decided that as Les 5 du Vin frequently eschews established custom – thinking outside the box or sometimes at night even thinking dans la boîte – it would be more interesting to attempt to seek and name some April Fools.

Initially the 2013 Bordeaux en primeur tastings appeared to be a prime candidate. Why would any sensible fine wine merchant opt to waste their time and money travelling to Bordeaux and spend four/five days tasting wines their clients are unlikely to buy before they are bottled and available in two years time? Surely reports of merchants and wine critics descending on Bordeaux to taste a vintage decried by leading wine consultant Stéphane Derenoncourt as ‘horrible’ and having no stars etc. must be a early April hoax.

Apparently this is for real, so no hoax, as the wine world is indeed going through the usual ritual, although some of the big hitters like Robert Parker, the American critic, and Jancis Robinson MW will not be present. Parker will visit Bordeaux in June. I assume he is currently too busy helping The Wine Advocate to conquer China as well as instructing his lawyers to fire off letters to pesky fellow wine writers like Tyler Colman – doubtless offering ‘amicable conversations aka LVMH. While Jancis has presumably decided that she has better things to do with her time and is sending one of her lieutenants  – Richard Hemmings – instead.

So not a hoax but are there any fools here?

‘It’s definitely not a great vintage,’ said consultant Michel Rolland. ‘These are drinking wines, they’re not for ageing. The game was to play with the ripeness of the grapes. We tried to make soft, fruity and elegant wines.’

Read more at http://www.decanter.com/news/wine-news/586739/bordeaux-2013-it-was-a-war-against-nature-says-stephane-derenoncourt#zM8jDFsQ7B2qwB9J.99

Will the April Fools be those consumers kind enough to extend a two-year interest free loan through buying 2013 Bordeaux en primeur when the world has a huge choice of pleasant drinking reds? Or is it perhaps the merchants who try to persuade their clients to buy 2013 en primeur when it probably makes sense to buy previous and possibly cheaper vintages.

And what of the carbon footprint of all of these critics, journalists and merchants rushing from château to château when in a world threatened with climate change it would be far more rational and green to taste all the en primeurs in a central location in Bordeaux?

Also I’m awaiting with considerable interest to read what the many critics gathered in Bordeaux this week say about buying 2013 en primeur. Will they urge people to buy or to abstain?

Can we find some other April fools?

 

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Largely lifeless, orange Spring in Touraine – Vignoble du Patrimoine Mondial!

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Last Friday afternoon in warm late March sunshine I had a very enjoyable bike ride on small tracks through the local vineyards. That was until I looked at the vines – almost all orange or yellow hued with a few with an unnatural vivid lime green colour. 100% weed killer treatment is very sadly and shamefully the norm here in the communes of Francueil and Saint-Georges-sur-Cher as well as around Oisly, where we were told last year during the Concours Mondial du Sauvignon that these vineyards were classed as a UNESCO World Heritage site. The controversial new Loire appellation map from Interloire also boasts – ‘Vignoble du Patrimoine Mondial’.

 Blitzing weeds with 100% weed killer treatment is the cheap option. Controlling weeds by cultivation or mowing is a much more expensive choice, so it is small wonder that you tend to see more cultivation and grassing over in appellations whose wines command a higher price than, for example, than can a straight Touraine appellation.

But do we have any fools here?

At first sight producers who earn little from their grapes and who opt to blitz their vineyards have made a sensible decision. However, the long-term effects on both their vineyards, their soils and on animal and human health remain open to considerable dispute.

 http://www.globalresearch.ca/monsanto-roundup-the-impacts-of-glyphosate-herbicide-on-human-health-pathways-to-modern-diseases/5342520

http://en.wikipedia.org/wiki/Glyphosate

http://www.greenmedinfo.com/toxic-ingredient/roundup-herbicide

Furthermore bulk wine prices have risen over the past three years by 65%, so could the producers now afford to spend more on their vineyards? http://www.harpers.co.uk/news/french-bulk-wine-prices-jump-by-up-to-65/356056.article. This increase, however, may not compensate for sharply reduced crops in 2012 and 2013.

What is not in dispute the absence of biodiversity in blitzed vineyards as well as being more prone to erosion than grassed over vineyards, though not necessarily those that have been over cultivated.

Fools? The producers who blitz their vineyards? Professional buyers who pay as little as possible for their wines? Us the consumers who want cheap wine without considering that there may well be a price to pay?

 

Jim Chinon1992det


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Le rancio, c’est pas un rigolo !

Cette fois, je vais vous la jouer cool. Vous pondre un truc sans esbroufe, sans phrases savantes. Quelque chose de pas trop docte, je l’espère, comme un papier que je voudrais utile, destiné aux vrais mordus du vin, aux passionnés, aux inconditionnels, à ceux qui savent s’abandonner, bref, aux honnêtes hommes.

Brigitte Verdaguer, Domaine du Rancy. Photo©Michel Smith

Brigitte Verdaguer, Domaine du Rancy. Photo©Michel Smith

Pas d’explications trop ardues, juste un peu de rêverie, de poésie teintée de méditation. C’est le style du vin qui l’impose. Car celui dont je vais vous causer n’est pas fait pour les beuveries entre amis. Il s’agit plus, à mon avis, d’un vin de solitaire. Un vin à détacher du repas. Même s’il est difficilement contestable sur les fromages, parfois aussi au moment du dessert, ce type de vin que l’on sirote en fermant les yeux est plus pour moi un vin de réflexion à humer dans la pénombre d’un salon, dans la profondeur d’un fauteuil en cuir avec pour proximité le crépitement d’un feu de bois et, pour accompagner le tout, les volutes d’un havane qui se mêlent avec tendresse au piano d’un Samson François naviguant entre Liszt, Chopin et RavelOu d’une troublante Maria Callas dans la Norma de Bellini. Mieux encore, il a beau être fait pour des plaisirs solitaires, ce vin que l’on nomme « rancio », qu’il soit sec pur et dur, ou pas trop, n’exclut pas cependant qu’il soit présent dans les ébats érotiques tant il vous colle à la peau, tant il suinte en vous, tant il exhale des parfums mystérieux…

Collioure, oùl'on sait faire du rancio depuis des lustres. Photo©Michel Smith

Collioure, oùl’on sait faire du rancio depuis des lustres. Photo©Michel Smith

Parlons-en de son parfum. Il embaume dès qu’il entre dans le verre. Il marque d’emblée son territoire, montrant de manière flagrante qu’il ne s’agit pas d’un vin conventionnel. Car ce vin est tout bonnement l’ancêtre de nos grands Banyuls ou Maury, l’ancêtre de l’avant mutage, de l’avant législation. Il est sec et rancioté et c’est ce qui importe le plus. À moins d’avoir pigé dès le départ, je soupçonne que vous vous demandez où je veux en venir ? Rien de tortueux, rassurez-vous. Je souhaite simplement vous entraîner aujourd’hui au pays qui est devenu le mien par les hasards de la vie. C’est aussi le pays de Léon (Luc Charlier pour les petits nouveaux), de Gauby Père et Fils, d’Hervé Bizeul et d’une flopée d’hurluberlus tous aussi curieux et cinglés les uns que les autres. Ce pays est la Catalogne, du moins la partie française de la Catalogne. Certains préfèrent entendre le nom de Roussillon, d’autres ne parlent que de Pyrénées-Orientales. C’est moins poétique, je le concède, mais quelque part plus exotique. Révisez donc votre histoire, moi, cela ne me regarde pas puisque je vois mon pays d’adoption comme un magistral trou du cul de la France riche d’une culture vinique à faire pâlir d’envie bien des vignobles plus tonitruants, notamment ceux de l’autre versant des Pyrénées. Mais passons, car l’important ici est de souligner l’hypocrisie de certains d’entre nous qui s’affirment « connaisseurs » et qui, finalement n’y connaissent pas grand-chose, ou si peu, à moins qu’ils n’oublient leurs classiques et qu’ils ne savent plus laisser parler leur cœur pour mieux s’ouvrir aux différentes approches du vin.

L'incomparable Rancio sec de la Rectorie, à Banyuls-dur-Mer. Photo©MichelSmith

L’incomparable Rancio sec de la Rectorie, à Banyuls-sur-Mer. Photo©MichelSmith

Je pense par exemple aux incultes qui osent dire que le rosé n’est pas un vrai vin ou que le vrai rosé doit se faire d’une manière et pas d’une autre. Et aux couillons qui ne rêvent que de grands crus en caisse bois avec la même force qu’il m’est arrivé d’avoir – en vain – en pensant qu’un jour peut-être Claudia Cardinale finirait tôt ou tard dans mon plumard… Mais ces gens-là ont-ils seulement entendu parler des rancios secs du Roussillon ? Ont-ils trempé une fois dans leur vie, voire effleuré de leurs lèvres le gras de ce vin mordant au possible ? Ont-ils su saisir ces longs moments de grâce où le vin pénètre dans le corps jusque dans les entrailles ? Ont-ils compris la claque ? Ont-ils saisi la jouissance ? Face à de tels vins, on a vite fait de faire le ménage autour de soi, d’évacuer les importuns. Le plus souvent, ils se contentent de placer avec dédain leur nez au-dessus du verre ventru pour le repousser illico presto sur la table. Quelle bande d’ignares ! Incapables qu’ils sont de soulever la jupe de ces vins de bronze et de topaze vêtus du jeu subtil d’ombres et de lumières. La révélation du Sud, ils n’y voient que dalle.

Domaine Sire, un des rois du Rancio. Photo©Michel Smith

Domaine des Schistes, un des rois du Rancio. Photo©Michel Smith

Alors, voilà. La catégorie de vins dont je vais vous parler n’a rien à envier aux grands crus de Sauternes, du Jura ou d’ailleurs puisqu’ils sont résolument « à part ». Ce sont des vins « qui fouettent les papilles » comme le dit fort à propos l’ami Gérard Muteaud sur le site du Nouvel Obs dont je vous recommande la lecture.

Sire, Daguerre et Danjou, trois pontes du Rancio sec ! Photo©MichelSmith

Sire, Daguerre et Danjou, trois pontes du Rancio sec ! Photo©MichelSmith

D’abord, on pourrait dire d’eux que ce ne sont pas de vrais vins puisqu’ils vont à l’encontre de tout ce que l’on enseigne dans les cours d’œnologie. Depuis cent ans, on vous serine que l’air ambiant, l’oxygène, est l’ennemi du vin, les variations de températures aussi et la lumière pendant que vous y êtes. Or, reprenant une sorte de vieille tradition paysanne, le « vi ranci », comme l’ont dit ici, se faisait de manière empirique dans un vieux tonneau jamais rempli à ras bord dans lequel on rajoutait chaque année un peu de vin frais, celui que l’on ne vendait pas au négoce local et que l’on gardait pour soi. Il en résultait un vin pas toujours bon selon nos critères actuels, mais parfois miraculeusement fin, que l’on gardait pour les grandes occasions qu’offrait la vie familiale, mariages, communions, etc. Là, je vous parle d’une époque plutôt faste qui remonte aux années 1870 à 1970 où le vin ne connaissait pas trop la crise, en dehors le l’épisode du phylloxera qui dévasta le vignoble : 38.000 ha de vignes dans le Roussillon en 1820, 60.000 en 1907, 70.000 en 1931. Mais il paraît que la tradition est beaucoup plus ancienne, sachant que la vigne a toujours été présente dans le Roussillon en même temps que les cultures des céréales, là où c’était possible, et de l’olivier, bien sûr.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Souvent caché sous l’escalier ou dans une pièce non chauffée de l’habitation, ou bien encore dans un recoin du chai lorsqu’il y en avait un, parfois même dehors, sous un auvent – les caves étaient rares dans ce pays où le raisin se vendait à des sociétés comme Byrrh ou à des coopératives pour faire des vins mutés à l’eau-de-vie ou aromatisés – ce vin « perpétuel », quelque fois coiffé d’un voile microbien, prenait alors en s’oxydant et en vieillissant le goût étrange de la noix verte mêlé dans le meilleur des cas à quelques notes épicées et fruitées. Des goûts que l’on retrouve dans d’autres pays comme l’Andalousie où ce type d’élevage s’est sophistiqué au fil des temps pour devenir une industrie au service d’une appellation comme le Jerez, par exemple. En ce temps-là, on "éduquait" le vin plus qu’on ne le faisait.

Celui de Ferrer-Ribière. Photo©MichelSmith

Celui de Ferrer-Ribière. Photo©MichelSmith

Côté français, dans le Roussillon, ce goût particulier, celui qu’en Espagne on appelait le « rancio », n’était pas aussi apprécié, sauf dans les campagnes. Notre palais, surtout celui des villes, s’affinait et devait être plus sucré. Les industriels des apéros ont cherché à se débarrasser du sec et du rance en ajoutant de l’alcool afin de conserver les sucres du raisin. Ainsi naquirent les différentes appellations de Vins Doux Naturels qui  à l’époque réjouirent nos mémés et pépés, Rivesaltes, Banyuls et Maury en tête, suivis de toute la kyrielle des vins de marques destinés à l’apéritif, au « quatre heures » aussi. Précisons tout de même que la technique existait depuis le Moyen âge et qu’elle permettait tout simplement aux vins de voyager sans trop d’encombres.

Jean L'Hériritier et Marc Parcé, chevilles ouvrières du Rancio sec auprès de Slow Food. Photo©MichelSmith

Jean L’Hériritier et Marc Parcé, chevilles ouvrières du Rancio sec auprès de Slow Food. Photo©MichelSmith

Aujourd’hui,  il faut être fou et se casser la tête pour oser attendre 5 à 10 ans afin que le goût de rance, le fameux rancio, fasse surface et puisse être embouteillé pour être revendu à un prix conséquent. Il faut être cinglé pour exposer son fût à l’extérieur, lui infliger les variations de températures et les intempéries. Fou, parce qu’il y a de la perte (la fameuse part des anges) dans l’air et pas mal de risques à prendre : soit le rancio se développe de manière élégante et subtile afin de ne point trop heurter le palais des dégustateurs et c’est tant mieux, soit il imprime à un vin la limite repoussante, mais indélébile, quelque chose de vulgaire et de proprement imbuvable. L’autre gageure consiste à faire en sorte que la fermentation du jus de raisin se fasse totalement pour justifier le qualificatif de « sec », chose qui n’est pas évidente quand le taux d’alcool frise ou dépasse les 16°/17°. Pour ma part, il m’arrive de privilégier  certains types de rancios qui virent vers le demi-sec, donc pas tout à fait secs. Affaire de goût. Sur les roqueforts et certains desserts, ils sont incomparables, tandis que les secs peuvent jouer un rôle au moment de l’apéro sur des crustacés, des coquillages ou des anchois.

Le Rancio sec de la Préceptorie. Photo©MichelSmith

Le Rancio sec de la Préceptorie. Photo©MichelSmith

C’est pourquoi il convient de saluer l’initiative de Slow Food, association mondiale qui, sous l’égide de ses Sentinelles, et au début du millénaire, a remis au goût du jour cette production artisanale de qualité. Les cépages concernés sont les différentes variétés du Grenache (gris, blanc, noir), Carignan, Maccabeu. De là, une association de producteurs est née qui rassemble quelques domaines parmi les plus convaincus sous le nom de Rancios Secs du Roussillon. Peu ou prou, je rejoins mon ami Muteaud dans sa liste de favoris. Pour résumer, j’ai été impressionné ces derniers temps en priorité par les Frères Parcé, du Domaine de La Rectorie à Banyuls qui nous offrent un vin proprement divin, religieux, pur. Puis viennent le Domaine de La Tour Vieille à Collioure (« Mémoires », que je trouve d’un extraordinaire rapport qualité prix avec le « Cap Creus »). On remarquera ensuite des vins curieux comme ce « Ranfio Fino » (vin de voile) de Vial Magnères à Banyuls un temps vinifié par Bernard Sapéras, disparu l’an dernier et dont j’aime aussi la cuvée « Al Tragou ». Autre vin semblable quoique plus discret, celui du Domaine Ferrer-Ribière, dans les Aspres. À ne pas négliger, le « Al Padri » de la Cave l’Étoile, également de Banyuls, probablement le moins cher mais le plus rustique du lot. Avec le cépage blanc catalan Macabeu, il faut retenir les vins du Domaine de Rancy, à Latour de France, comme ceux de la Préceptorie, à Centernach, où Joseph Parcé s’affirme de plus en plus. Pour le côté « solera » élevage particulier où les vins jeunes sont éduqués par les vins vieux en même temps qu’ils viennent les renforcer, il faut aller au Domaine des SchistesJaques et Nadine Sire font des merveilles aidés de leur fils Michael. Pour compléter la collection, ne pas négliger non plus l’un des noms les plus en vue, celui du Domaine Danjou-Banessy, qui offre un 1980 d’enfer ! Je pourrais aller plus loin, fouiller le Roussillon des Aspres à la Vallée de l’Agly pour dénicher des vins, que dis-je, des trésors, à des prix défiant parfois l’entendement. Mais après tout, maintenant, c’est à vous de travailler !

Michel Smith


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Le Muscadet donne le «la» au sol

Enfin, c’est ce que l’AOC Muscadet aimerait bien nous faire croire. Je ne dis pas cela pour abonder dans le sens coboldien, mais parce qu’en sept ans, le discours s’est transformé. Il est passé des conseils d’accords selon le type de sol à une déclinaison communale. Peut-être plus facile à faire passer à l’INAO, mais moins branché «roche nourricière».

Vignes Loire

Le premier jet était assez curieux, mais devait correspondre à une tentative de communiquer sur les variations typologiques bien réelles des Muscadet en évoquant le sol. Communication à la fois romantique et naïve. Certains l’indiquaient (et l’indiquent toujours) sur l’étiquette, comme les Schistes de Clisson ou le célèbre Amphibolite des frères Landron.

Bref, à l’époque, on parlait de la roche dans laquelle poussaient les vignes et ce qu’il convenait de manger avec un vin issu d’une parcelle sur orthogneiss ou gabbro. Compliqué !

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Je ne sais pas si indiquer que le vin vient de l’appellation communale Muscadet de Sèvre et Maine Goulaine (sur gneiss et micaschistes) ou du Château Thébaud (sur granit) ou d’autres parle plus aux consommateurs, mais l’expert (qu’il se lève pour qu’on voie à quoi ça ressemble, un expert) lui, aimera beaucoup. Moi aussi, sans l’être, mon expérience des dégustations selon le type de sol me titille déjà la langue rien qu’à y penser.

 

En 2007

En cette belle année, j’avais écrit dans In Vino Veritas n°128

En Muscadet, le Sol donne le «La»

Tu vois David, il suffit de changer de clé pour changer la musique, en Fa ou en Ut, on n’obtient pas le même résultat, de là à faire un parallèle avec le vin, il y a un pas qu’il me plaît de franchir.

Voici l’article dans son entier…

L’appellation fait en nous vibrer la fibre minérale

Le vignoble fait comme un gros jabot sous la ville de Nantes. Il s’étale de part et d’autre de la Loire côté E, mais s’étend uniquement sur la rive gauche du fleuve dans sa partie S. Le relief de faible altitude, quelques dizaines de mètres, se façonne essentiellement dans des terrains métamorphiques et éruptifs du Massif Armoricain. Ces terrains très anciens orientent grosso modo leur larges bandes de NW en SE.

La plus grande diversité de sols se discerne en amont de Nantes, nappe complexe de roches précambriennes (massif de gabbro du Pallet et affleurements de gneiss, amphibolite, micaschiste, …). En aval de la ville, les formations métamorphiques précambriennes à hercyniennes prennent le relais et installent le lac de Grand-Lieu au sein de leur dépression. Des dépôts éocènes y accentuent le relief par quelques buttes éparses, tandis qu’un placage marin du pliocène recouvre les larges parties déprimées.  

 Salon des Vins de Loire 2014 146

Courte histoire longue

Tout commence au précambrien, il y a 2,5 milliards d’années. Pendant longtemps rien ne se passe. Puis durant l’ère primaire, le socle rocheux va subir plusieurs transformations. Un cycle d’orogenèse (formation des montagnes) étalé sur 250 millions d’années le sculpte. La dernière, l’hercynienne, du Dévonien -400 MA au Permien -245 MA, modèle encore le paysage actuel. Entretemps, l’ère secondaire recouvre les massifs érodés d’une mer qui subsiste jusqu’à la fin du crétacé. L’ère tertiaire relève le massif armoricain durant l’orogenèse alpine et apporte les dépôts éocènes et pliocènes. Enfin, le quaternaire et sa suite de glaciations terminent l’ébauche géologique.

 

Bilan

Les vignes selon l’endroit tirent des minéraux, qui baignent leurs racines, leur substantifique nourriture. Les roches nourricières se divisent pour le Muscadet en quatre origines :

Les roches volcaniques, conséquentes aux phénomènes éruptifs liés aux orogenèses, ce sont ici les granits et les gabbros.

Les roches métamorphiques, transformées par les fortes pressions et les températures élevées survenues durant les phases de bouleversements, comme les gneiss, micaschistes, amphibolites et serpentinites.

Les roches sédimentaires, déposées et compactées avant et pendant l’ère primaire, schistes briovériens (-670 à -540 MA) et siluriens (-435 à -395 MA) et grès armoricains de l’ordovicien (-500 à -435 MA).

Les dépôts tertiaires de sable et sablo-graveleux, localement fossilifères.

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Riches de ce trésor géologique, le Muscadet nuance son accent en schisteux, granitique, gneissique, ….sans que cela soit spécifié sur l’étiquette, sauf exception.

 

La vibration minérale selon quelques domaines

Vibration qui trouve un écho certes différent selon la sensibilité de chacun, en voici mon interprétation. L’essentiel se résumant à : il y a-t-il ou non résonance minérale ?

 

Granite de Clisson 2001 Sylvain Paquereau Muscadet Sèvre et Maine 

FeldsparsGranite

Sol de Granite de Clisson : granites hercyniens de 300 millions d’années très résistants, mais dégradés en surface, de type porphyroïde, c à d présentant des cristaux de grande taille dispersés au sein de minéraux de taille plus petite.

Vert jaune pâle ; le nez floral qui rappelle l’eau de rose embaumée de violette et de guimauve ; en bouche, les notes florales se mélanges aux fruits, compote de pomme, poire cuite, amande et nèfle, la langue ensuite détaille le minéral et le ressent comme un agrégat à granulosité variable pris dans la gangue grasse du fluide, la fraîcheur modérée goûte la confiture de rhubarbe ; longueur sur la pomme un rien blette, les fruits secs et la fraîcheur.

Élevage deux ans avant mise.

 

Vieilles Vignes 2005 Sèvre et Maine sur lie Domaine Poiron Dabin

granit altéré

Sol de Granite de Château Thébaud : roche d’argile siliceuse issue du sous-sol de granits très altérés.

Jaune d’une luminosité fluo ; nez anisé comme une souris noire (gomme à l’anis), embellis de pétales de fleurs, aubépine et guimauve ; le léger dégagement carbonique éveille les pailles qui détaillent le minéral hérissé, les grains paraissent oblongs, reliés entre eux par un ciment gras, un fil amer passé dans chacun, une pointe d’iode et de sel relève la vivacité et prolonge la finale.

Fermenté à 18°C, élevé 14 mois sur lie.

 

L’Audigène Vieilles Vignes 2005 Muscadet Sèvre et Maine sur lie  Jean Aubron

Gabbro

Sol de Gabbro : roche magmatique de couleur foncée qui content au moins 55% de silice.

Jaune aux reflets  verts; un nez de citron confit; une entrée de bouche assez grasse et un minéral qui résonne d’un timbre mat, cela se traduit par une trame au tactile épais, comme une étoffe lourde qui de sa masse structure le vin. La fraîcheur met en exergue les agrumes et les épices, dessins élégants aux contours amers qui viennent embellir le tissu minéral.

Fermenté à basse température, élevé sur lie.

 

Terroir des Cossardières 2001 Sèvre et Maine sur lie Jean Claude Couillaud

gneiss

Sol de Gneiss sur schistes de Goulaine : roche d’aspect grossier composée de lits sombres de minéraux ferromagnésiens (micas, amphiboles) et de lits clairs de quartz et de feldspaths. Le Pain de Sucre qui domine Rio de Janeiro en est fait. Le schiste présente une structure feuilletée due au compactage des argiles de formation.

Jaune pâle aux entournures vertes ; de l’iode au nez irisé de verveine et de tilleul ; un gras d’entrée buccale, puis le minéral déboule sans attendre, grains hyper fins, très acérés, ils s’étirent souples et serrés comme le fil d’une lame. Une fleur de fenouil et un pétale de fleur d’amandier viennent se déposer sur la lame minérale. Quelques signes d’évolution se remarquent par les traces de fruits secs et le confit des agrumes qui se mêlent aux nuances cristallines. 

Pas de levurage, fermentation à 18°C. Élevé 30 mois sur lie. Récolté le 18 septembre 2001, mise le 2 avril 2004.

 

Haute Carizière 2006 Sèvre et Maine sur lie Domaine Bid’Gi

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Sol de Micaschiste : roche feuilletée, entièrement cristalline, où les lits de mica alternent avec ceux de quartz ; le feldspath est absent. Elle se reconnaît facilement à son aspect feuilleté et brillant dû à l’abondance de mica.

Jaune citron ; un nez de camomille romaine, de racine de réglisse ; une structure établie sur le minéral tactile, grains assez gros, au modelé croquant, sur lesquels poussent les arômes floraux de violette et d’églantine, et fruités de groseille blanche et citron vert, ces derniers parfument la fraîcheur assez vive du vin.

Fermentation thermo régulée à 18°. Elevage sur lie, bâtonné 6 mois, non collé.

 

Amphibolite Nature 2006 Jo Landron  Muscadet Sèvre et Maine sur Lie

Amphibolit

Sol d’Amphibolite : roche métamorphiques pauvres en silice de couleur verdâtre, elles résultent de la cristallisation de roches magmatiques et se composent principalement d’Amphibole (silicate de fer, de calcium ou de magnésium) et de feldspath.

Jaune à reflets verts ; le nez légèrement anisé, poivré, viennent rapidement des parfums de fleurs séchées, de feuilles de tomate soutenu par une note iodée ; minéral tranchant en bouche, accentué encore par la vivacité du milieu fruité qui allie agrumes et groseille à maquereau, de l’amande adoucit le transport acidulé et met comme un baume sur le rasoir cristallin, la longueur retrouve les fruits et y ajoute de la pomme râpée très légèrement teintée de fève de tonka (ça, ça le fait !).

Fermentation sur lie, mise non filtrée.

 

Le Vigneau 2006 Muscadet Sèvre et Maine sur lie  Domaine De Guérande

Serpentinite

Sol de Serpentinite : roche tendre de couleur jaune à vert foncé, son aspect écailleux fait penser à la peau de serpent, elle se compose à plus de 75% de serpentine. 

 

 

2. 2 l’ère secondaire

Blanc jaune ; le nez floral avec un rien de poire et de pierre à fusil ; minéral en bouche, mais qui se différencie en minéral tactile, texture en léger relief, aux grains fins maintenu dans une matrice grasse, presque onctueuse. Et en minéral aromatique, arôme d’anis et d’ail léger relevé de silex frottés. Le floral habituel du Melon vient enrichir les nuances cristallines. Le dégagement carbonique amplifie les perceptions et renforce la fraîcheur.

Fermentation à basse température, élevage sur lie.

 

Les Granges 2006 Muscadet Côtes de Grandlieu sur lie Serge Batard

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Sol de sables argileux sur micaschiste : dépôts marins de sables éocènes mêlés d’argiles sur lit de micaschistes.

Jaune paille ; nez en zestes d’agrume, pamplemousse, citron et orange amère ; élégant, aérien, le minéral devient ici cristallin, comme transparent, sa résonance se répercute en vagues successives et fait l’effet d’un frôlement sur les papilles. La légère amertume délie la structure, la rend encore plus légère, juste reliée à la terre par un lacis de fraîcheur au goût de citron vert.    

Fermentation thermo régulée, élevage sur lie.

 Le Pallet

 

Pour tenter de convaincre David et autres sceptiques (à raison), il faudrait sans doute se concocter une dégustation qui limite les paramètres. Vins de cuve, même millésime, même type de vinification et de temps d’élevage, et au moins une demi-douzaine d’échantillons par type de sol (c’est à dire de commune), histoire de voir si on peut dégager des traits communs aux vins issus d’un sol identique.

Il faut bien entendu garder à l’esprit que le facteur sol n’est qu’un petit fragment du spectre aromatique ou structurel d’un vin et que sa mise en évidence demande une recherche spécifique.

  

Kenavo

Loire 

Marco

 


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Le Schlossberg des Faller, ou le Riesling en majesté…

Parfois, il me semble que je suis pris à mon propre piège. J’y songe subitement tandis que je rumine cette dégustation inattendue et pourtant ô combien désirée : comment peut-on parler de vins de plusieurs millésimes mais d’une même région, de vins d’un cépage identique, implanté sur un même terroir et vinifié par une même personne ? D’où, je l’avoue, ce titre à la con. Et de me revoir dans un musée face à un magistral tableau. Comment effectivement ne pas sombrer dans les répétitions, dans les clichés, les maladresses de langage, les imprécisions, le déjà vu, le dithyrambe, l’exagération, le ridicule, lorsque l’on se trouve face à une œuvre d’art ? Oui, je me suis une fois de plus posé cette question : que dire lorsqu’un vin vous laisse sans voix ? Vous en connaissez, vous, des vins qui vous captivent au point que vous arrêtez tout, que vous passez près d’une heure sur un seul d’entre eux alors qu’il y en a quatorze à décortiquer ? Que déjà dans votre pauvre tête ratatinée le doute vient se mêler à l’indécision : "comment diable vais-je m’en sortir" ? Comment vais-je arriver à décrire ce qui semble être une perfection ? Ne rien dire serait encore le mieux, ne pensez-vous pas ?

Photo©MichelSmith

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Que dire en effet de ce 2003 savouré quatre jours après l’ouverture pour une dégustation que je n’hésite pas, faute de mieux, à qualifier de magistrale ? Une dégustation provoquée sur un coup de tête. Le gras décrit dans mes notes est encore bien présent qui frappe au premier touché de bouche comme on dit désormais comme si l’on commentait un revers de tennis à la radio. Mais sans attendre, la précision jaillit, une giclée de pureté minérale, cette sorte de fulgurance saline qui s’impose au point que l’on se dit que l’on a dans le fond du verre un vin non seulement d’un jaune semblable à un champ de blé mûr couvert de soleil, mais un vin parfaitement sec, d’une incomparable précision, un suc superbement enrobé d’un mystérieux voile exquis dont on ne se lasse pas de mesurer l’impact qu’il a sur notre ressenti. Faut-il alors se concentrer sur le nez ? Un fumet terreux, enveloppant pour ne pas dire envoûtant, sorte de foyer composé de sous-bois, d’épices légèrement portées sur l’amertume, avec un filet de fumée, de la cire, du métal rouillé, du cuir, de l’iris, de la truffe, de la mirabelle, que sais-je encore. Faudrait-il être un sorcier pour trouver le moyen d’emprisonner pareil élixir ?

Tenez, quelques jours plus tard, je prends au hasard le 2007, comme j’ai saisi de la même façon le 2003. Le vin est encore plus pointu, plus fin et frais au nez comme en bouche, avec toujours cette trame épicée (cumin, muscade ?), cette allure nonchalante mais aussi élégante qu’une photo de Coco Chanel prise derrière le Ritz dans les années 50, l’excès de perles et le fume-cigarette en moins. Ce n’est plus un vent, mais une brise du nord qui traverse la crête des Vosges pour vous saisir au collet, vous réveiller, faire bondir et rebondir. La fumée est remplacée par le pain grillé, le minéral se matérialise plus encore, le citron légèrement confit tel un pickle fait une apparition, ça sent aussi le potager, le navet, le céleri rave. En bouche, c’est l’envolée, avec la jupe qui se soulève largement. Mais aussi un rappel à l’ordre pour qui serait tenté de grivoiserie : il y a un côté poignant, beaucoup de sérieux, le vin ne donnant de lui qu’une image passagère, laissant entrevoir quelque chose d’inaccessible tant il est engoncé dans son carrosse. Ce n’est que vers 2020, et sur un coq – au riesling, cela va de soi – qu’il se réveillera en vous, faisant la roue comme le roi des paons. On le verrait bien aussi sur un jambon de Pâques avec force gelée (au riesling ?) pour le retenir.

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Je le disais la semaine dernière sur le ton quelque peu ironique de la confession : une poignée de vignerons émérites me font parvenir chaque année des échantillons de vins. Parmi eux, ces dames Faller chez lesquelles j’ai passé des heures et des heures à déguster au temps où je crapahutais avec bonheur dans le vignoble alsacien. Attaché à la présentation de leurs vins, une quantité impressionnante de cuvées, il y avait chez elles une sorte de cérémonial orchestré par Colette, la maman, dans le cadre feutré et bourgeois d’un salon de notable de village. Cela pouvait en énerver plus d’un, pressé d’en découdre, pris par je ne sais quelle pulsion de mâle dominateur, agacé par cette lenteur provinciale d’une autre époque et déstabilisé par cette façon de faire qui donnait l’impression d’être dans l’antichambre d’une démonstratrice en parfumerie. Pour ma part, je sortais de ces dégustations l’esprit ébloui par la force des vins, impressionné par la description que m’en faisait Colette Faller. Au fil des trop rares visites, je rencontrais ses filles, Laurence, la cadette et Catherine, l’aînée. Avec une remarquable discrétion, Catherine prenait petit à petit sa place dans la gestion et le commercial tandis que Laurence s’affirmait dans la compréhension de ses vignes et la magie des vinifications. Mais Colette était – et elle l’est encore – l’infaillible patronne. Et la biodynamie faisait son oeuvre…

Mon dieu que j’ai aimé ces moments-là. On pouvait passer des heures en compagnie de ces dames tant elles avaient de choses à nous dire, à nous apprendre. Prises séparément, elles ont chacune un réelle personnalité et de fort belles idées sur ce que doivent être les vins du domaine familial. Avant d’aller plus loin, il faut savoir qu’avant que Colette ne prenne les choses en main, son mari, Théo Faller, décédé en 1979, tenait avec fermeté les rênes du Domaine Weinbach. Il semble d’ailleurs que son ombre plane toujours au dessus de ce « ruisseau du vin », de son Clos des Capucins et de son Grand Cru Schlossberg, parfaite illustration de l’idée que l’on se fait d’un vrai terroir : fortes pentes, terrasses granitiques rehaussées de sols sableux, idéalement adapté au cépage Riesling, il fut le premier à faire l’objet d’un classement en 1975. J’ai commencé vers la fin des années 90 à mettre de côté quelques flacons de ce cru dans leur version Cuvée Sainte Catherine (pentes à mi-côte, vieilles vignes vendangées courant Novembre) en me disant qu’un jour ou l’autre il serait intéressant de les confronter en une sorte de verticale. Ce jour est venu entre Noël et le Jour de l’An, lorsque j’ai décidé d’ouvrir ma table à deux jeunes participants - Anne Serres, journaliste, et Emmanuel Cazes, vinificateur – les premiers ayant répondu à mon offre publique (et gratuite) de participation à la dégustation faite sur Facebook. Je ne le regrette pas, car ce fut pour moi une lumineuse leçon de choses allant de 1999 à 2012 et entrecoupée de trois millésimes de cette même cuvée éditée en version L’Inédit, une sélection des plus belles parcelles dans les grandes années où le Riesling se laisse glisser vers des maturités exceptionnelles.

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Pas peu fières de leurs vins, et comme je les comprends, les Faller mère et filles invoquent volontiers le homard et les coquilles saint-jacques en présentant leurs divins Rieslings. Or, pour ma part, en les goûtant un à un et en revenant dessus durant plusieurs jours de suite, je n’ai jamais cessé de penser poule au pot, poulet à la crème et aux champignons, coq au vin blanc, poularde aux truffes ou en pot au feu. Pas de logique dans cet exercice, hormis le fait d’aller du plus jeune au plus vieux et de revenir vers les vins les plus jeunes. C’est bien, de temps en temps, d’établir des règles peu strictes et pas forcément dans la norme. Les vins avaient été débouchés par mes soins la veille, puis rebouchés avec le liège d’origine enfoncé face vin, puis de nouveau débouchés 3 heures avant dégustation, le tout dans une pièce non chauffée. Les plus courageux liront mes notes de dégustation. Que l’on se rassure : elles n’ont d’autres valeurs que des impressions personnelles et sont parfois proches du registre de l’intime.

Par goût du risque, nous avons attaqué par L’Inédit 2012 : fine touche de lychee et mandarine douce, lourdeur, pointe sucrée, mais grande finesse par la suite avec quelques vagues de fraîcheur. 2012 « normal » plus sec, bien fermé, droit, vaillant, quetsche, sève, longueur. 2011 définitivement minéral (et merde à ceux que ce terme exaspère !), dense, rose ancienne, gras, lumière et fraîcheur en finale. L’Inédit 2011 : tendre, délicat, zest de mandarine douce, à fleur de peau, tactile, infiniment long, un trésor. 2010 : puissant, bien mûr, pointe d’évolution, fougères et sous-bois, allant sur la moelle et la truffe blanche, structure minérale assez imposante, grande profondeur, sensation presque tannique et finale sur des touches salines. 2009 : approche quasi religieuse tant le vin semble profond et serré, un poil lourdingue, un côté massif au départ, mais vite transcendant, de plus en plus tendu, magnifique d’amplitude, essences d’agrumes en finale, notes de cédrat, long. 2008 tendre d’approche, mais vite majestueux, du pur gothique sur fond de fraîcheur, mais avec une finale un poil décevante. 2007 : profondeur, amertume, notes de pamplemousse. 2006 à la robe éclatante, un peu champignon des prés au nez, furtive fraîcheur d’agrumes, gras, épaisseur, densité et toujours cette trame minérale, cette pureté épicée qui porte le vin. 2005 : robe vieil or, linéaire au nez comme en bouche, du moins au début, savoureux, mais l’éclat se déroule tel un tapis d’orient et des touches de clémentines viennent à la charge. L’Inédit 2004 : robe soutenue, beaucoup d’épices, notes délicates, mais manque un peu de nerf. 2003 très spécial : un mélange de tout au nez avec une dominante épices douces, lourdeur au départ, corrigée par la suite par une impression de gras, d’opulence avec une finale concentrée sur les peaux d’agrumes, kumquats en particulier. 2002 à la robe splendide d’or antique, jolies notes de mirabelle confite, puis de compote de poires à la cannelle, touches de rhubarbe, très profond et très complexe avec une sacrée fraîcheur en finale. Pour finir, 1999 à la robe soutenue, tout en puissance et gras en attaque, fumée, hydrocarbures, iris, clou de girofle, tannins, finale sur la fraîcheur.

Voilà, tout ceci est retranscrit tel quel afin de prouver à certains lecteurs qui en douteraient encore que les cadeaux reçus servent un jour à quelque chose. Ils sont "utiles", comme je le titrais la semaine dernière, et sont aussi le fruit d’un long suivi, d’une longue amitié. Une chose est sûre, mais je le savais déjà : le Riesling du Scholssberg vu par les Faller est l’un des plus beaux vins du monde. Il arrive même à m’émouvoir. Mais il est vrai que je suis une petite nature !

Michel Smith


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Terroir : un éclairage différent

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Les racines de la vigne ne touchent pas toujours la roche qui se trouve à des distances très variables en dessous du sol, mais celle-ci est constamment évoquée pour expliquer des facteurs du goût d’un vin. Mais est-ce que cette hypothèse est justifiable ?

J’ai déjà parlé, à plusieurs reprises, de mon scepticisme quant au rôle déterminant, tangible et perceptible par le palais humain, du sous-sol dans le goût d’un vin. Une des raisons pour mon questionnement face à ce qui semble être devenu un argument massif de communication et une idée reçue distillée un peu partout est que je n’arrive pas à comprendre comment des molécules issues de la roche peuvent migrer à travers l’écorce des racines de la vigne, puis le long de ces racines et la partie hors-sol de la plante, contournant la greffe et arrivant jusqu’au fruit.

Pourquoi ? Parce que ces molécules semblent être trop grosses, mais il y a bien d’autres raisons. Une deuxième est que la transformation du jus de raisin en vin modifie radicalement la chimie de celui-ci.

Une troisième est que le palais humain n’est pas capable de détecter le goût des ces «minéraux» censés provenir directement de la nature chimiques des roches qui se trouvent, de surcroît, à des distances très variables sous le sol, du moins dans les quantités recensées dans un vin. Il y a des minéraux dans un vin, mais je ne pense pas que leur source soit nécessairement la nature rocheuse du sous-sol des vignobles.  

Une quatrième est qu’il y a tellement d’autres facteurs qui jouent un rôle avéré dans les différences de goût entre deux vins comparables que cela me paraît relever de l’entêtement à vouloir tout (ou presque) attribuer à des natures de roches parfois (et pas toujours) présentes à proximité d’une partie des racines.

Je sais que le diable est dans le détail, mais il faut aussi mettre les détails à leur place. Or auteurs, vignerons, et communicants de tous bords insistent pour restreindre l’acception du mot terroir à cette nature du sol, et particulièrement au sous-sol. On entend parler à longueur de journée de "terroir calcaire", par exemple. On devrait au moins dire "sous-sol calcaire", cela prêterait moins à confusion !

ExpoVignobles

typique de l’actuelle doxa de communication sur le vin 

Pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur ma position, j’accepte totalement l’influence du terroir sur le goût d’un vin. Mais c’est la définition restrictive et trop souvent utilisée de ce concept qui me semble erronée. Une récente étude menée aux Etats-Unis (voir note 1) apporte une nouvelle lumière sur un ingrédient qui pourrait expliquer, en partie, des différences entre les goûts de raisins d’une même variété, mais issus de lieux différents. Et cet ingrédient du concept de terroir, qui est, faut-il le rappeler, l’ensemble de l’environnement d’une vigne, comportant sol, sous-sol, climat et méso-climat, topographie et autre facteurs du milieu plus ou moins « naturel », semble enfin être quantifiable.

De qui s’agit-il ? Des bactéries et des champignons qui se trouvent sur la surface des raisins. Ces microbes ont de toute façon une influence sur la santé des raisins, parfois d’une manière négative d’ailleurs. Mais ils sont aussi incorporés dans le moût de raisin, au moment du foulage, de pressurage, ou de la mise en cuve dans le cas de vinification par grappes entières. Quelques-uns de ces organismes ont des propriétés semblables eux levures et peuvent donc jouer un rôle dans le processus fermentaire. Les bactéries qui causent la dégradation d’acide malique en acide lactique en sont un exemple.

acetobacter

Il faut espérer que cet individu ne soit pas trop présent sur vos raisins : l’acetobacter. Heureusement tous ne sont pas aussi méchants !

La question posée par les scientifiques américains était de savoir si ces populations, transmises d’un vignoble à un autre par le vent, les insectes, les hommes ou les machines, étaient identifiables, mesurables et différentes d’un endroit à un autre. Leur population varie aussi en fonction de méthodes de culture. Une autre question est: sont-ils suffisamment stables pour affecter le goût d’un vin et donc faire partie de concept de terroir ?

Deux évolutions techniques récentes ont rendu possible cette recherche : le codage génétique et la disponibilité de machines capables d’analyser des grandes masses d’information sur les séquences ADN pour une coût raisonnable. Les professeurs Mills et Bokulich, de l’Université de Davis, California, ont prélevé des échantillons de moûts de raisins destinés à la vinification dans différentes parties de l’Etat. Leurs conclusions, après analyses, sont que ces populations diffèrent d’une manière significative d’une région à une autre.

Par exemple, la gamme de microbes présentes sur des moûts de chardonnay de la Napa Valley est différente de celle trouvés dans la Central Valley ou de Sonoma. Pareil pour le cabernet sauvignon, entre les régions de San Joaquim, Central Coast, Sonoma et Napa. En plus d’être un marqueur de territoire, les chercheurs considèrent aussi qu’il pourrait y avoir une corrélation entre variété de vigne et espèces de microbes.

Potentiellement, tout cela pourrait signifier (au conditionnel, car l’expérience se poursuit) qu’on peut attribuer une partie de la différence entre les goûts de vins, d’un même cépage mais différentes régions, voire parcelles, à ces populations de microbes et pas seulement au méso-climats. Nous savons déjà que les variétés de levures actives en fermentation ont une influence sur les arômes et saveurs d’un vin. Pourquoi pas les microbes aussi ?

Mais j’attends toujours une étude sérieuse qui prouverait que la nature géologique du sous-sol fasse partie des facteurs significatifs du concept de terroir, outre son rôle (essentiel) dans la régulation de l’hygrométrie de la vigne. En attendant, j’ai bien peur de ne pas avoir fini d’entendre parler, comme seul facteur explicatif d’un goût singulier, de sous-sols de granite, de schiste, de calcaire ou autre. Ni de "tension minérale" d’ailleurs.

David

(1) Bokulich, N. A., J. H. Thorngate, P. M. Richardson and D. A. Mills. 2013. Microbial biogeography of wine grapes is conditioned by cultivar, vintage, and climate.  Proceedings of the National Academy of Sciences (Early Edition).
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