Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Voir plus clair dans la roche : deuxième chapitre

Suite à mon article de la semaine dernière, je poursuis une sorte d’investigation de ce qui m’apparaît, nécessairement sceptique et sûrement ignorant que je suis, comme une zone d’ombre dans le monde du vin : je veux parler, une fois de plus, des sols et sous-sols. Cette partie invisible du grand ensemble qu’on appelle « terroir » et dont l’influence sur une vigne et le vin qu’il produit est si souvent vantée par certains. Je souligne aussi que, dans ces deux articles, je n’ai fait qu’adapter les pensées d’un géologue, le Professeur Maltman, car je serais incapable d’expliquer cela tout seul. Et je ne doute pas que mes errements (ou les différences d’opinion avec les avis de Maltman) seront corrigés en commentaires par Georges Truc.

Sol, sous-sol et minéraux et leurs effets sur un vin : mais de quoi parle-t-on ? (2/2)

La dureté des minéraux est très variable. Deux exemples: le gypse et le quartz. Le premier est un minéral tendre, car son composant calcium partage des électrons d’une manière assez lâche avec du soufre et de l’oxygène. On peut marquer le gypse avec ses ongles et on le trouve dans certains vignobles comme la Ribera del Duero. D’un autre côté, le quartz est très dur. Une lame de couteau ne le marque même pas. Silice et oxygène s’y trouvent fermement liés, et cette stabilité chimique fait que ces éléments sont pratiquement insolubles. Le quartz est très commun dans des vignobles, et bon nombre de cuvées  de vin utilisent son nom, mais il faut savoir qu’il n’a ni odeur, ni saveur.

sols

 

Une des difficultés en géologie est de distinguer la roche qui forme la croûte terrestre des morceaux de rocher détachés qui font partie de ce qu’on appelle généralement les sédiments. Ces morceaux peuvent être petits et on les appelle alors des cailloux, ou bien très grands et on les appelle toujours des roches. Quand ils sont encore plus fins, on les appelle, selon leur nature et origine, sables, ou bien argiles. Ces sédiments, qui ont diverses origines et tailles, sont presque toujours mélangés à de la matière organique pour former ce que nous appelons « terre ». Sans cette matière organique, rien, ou pas grand chose, ne pousse (regardez une plage, par exemple). Même si on y apportait de l’eau, il n’y aurait même pas de la vigne sur la lune car sa surface est composée uniquement de minéraux.

La plupart des sédiments bougent, par action du vent, des glaciers, de la pluie, des cours d’eau, de la gravité, et sans parler des actions de l’homme. Un sol n’est donc jamais un reflet exact de la roche sur laquelle il repose. Il peut même être assez différent, comme à Bordeaux, dans le sud de la vallée du Rhône, à Marlborough (en NZ) ou dans les vallées du Chili, car ces alluvions sont venus d’assez loin. On appelle loess les sols qui sont arrivés, il y a longtemps, par voie aérienne. On en trouve, par exemple, sur des parties de la rive droite du bordelais, en Autriche ou dans l’Etat de Washington. Il est évident que ces types de sols sont souvent assez différents de la base rocheuse sur laquelle ils reposent.

Maintenant, il faut parler de la nutrition de la vigne. Elle se fait principalement par voie aérienne, c’est à dire par le mécanisme que nous appelons photosynthèse et qui utilise de l’oxygène, du carbone et de l’hydrogène. Mais, pour faire fonctionner cette machine, il faut aussi des traces d’autres éléments qui viennent essentiellement du sol et qui sont des métaux: fer, zinc, calcium, magnésium. Ce sont effectivement des nutriments minéraux, mais la plante se fiche pas mal de leur origine: celle-ci peut se trouver dans le sédiment (la terre), dans la dégradation de certaines roches (un processus qui n’est pas systématique et qui nécessite beaucoup de temps et des conditions particulières) ou dans des apports faits par l’homme. La nature minérale d’une roche « mère » ne produit donc pas, nécessairement, un lien avec les minéraux qui se trouvent dans le sol. D’autre part, l’essentiel de ces nutriments se trouve près de la surface des sols. Les racines qui peuvent, parfois, descendre loin et même pénétrer dans des failles dans la roche, n’y vont que pour chercher de l’eau.

types de sol

 

Et puis une vigne n’absorbe pas tout ce qui se trouve dans un sol non plus. Ses racines n’agissent pas comme un papier buvard. D’abord il faut que la substance en question soit soluble dans l’eau. Puis il fait la présence de micro-organismes, d’humus et d’argiles d’un certain type, autrement dit un sol qu’on appelle « vivant ». Enfin, il faut que le porte-greffe soit capable de détecter et de laisser passer les nutriments minéraux. Et il y a d’autres facteurs qui rendent ce processus plus aléatoire encore. On parle beaucoup de types de sols qui sont favorables à certains cépages. Par exemple, on va dire que le chardonnay « aime » les sols calcaires, ou le riesling les sols schisteux. En réalité on ne fait que citer les types de sols ou chacun de ces cultivars est devenu célèbre (Bourgogne et Mosel, pour ces deux exemples). Mais une telle approche « historique » ignore la grande adaptabilité des cépages et, surtout, le rôle essentiel du porte-greffe qui, après tout, porte les racines.

Nous savons que les propriétés physiques d’un sol, et en particulier tout ce qui implique l’eau et sa circulation, affectent les vignes et, certainement, aussi les vins qui en sont issus après culture, récolte, fermentation et autres modifications apportées par l’homme. Mais le rôle d’une composition chimique spécifique d’un sous-sol dans le goût d’un vin, étant donné tout ce que je viens de dire, et sans parler en détail de la transformation chimique radicale produite par la fermentation et le vieillissement de chaque vin, me paraît plus qu’incertain, en tout cas impossible à prouver au delà d’un vague soupçon. Nous savons que les anecdotes sur ce sujet sont totalement variables et que les dégustations à l’aveugle n’ont jamais été capables de prouver ce type de lien.

Quant à dire que certains sols sont « riches en minéraux », il faudrait savoir ce que l’on veut dire par là. Tous les types de rochers sont riches en minéraux géologiques, et pas un plus qu’un autre. Veut-on dire que le sol en question est riche en minéraux nutritionnels ? Cela voudrait dire que ce sol est très fertile alors. Et un sol très fertile produit beaucoup de vigueur dans la vigne, mais n’est pas vraiment adapté à une viticulture de qualité. On se trompe donc aussi bien sur le fond que sur la forme.

Mais tout cela ne signifie pas que le mot « terroir » n’a pas de sens. Il a juste le sens qu’il doit avoir: c’est à dire qu’il désigne l’ensemble du milieu d’une vigne, et pas seulement le sol et le sous-sol. C’est plus complexe et moins facile à exploiter en communication que de dire que le terroir c’est la nature de la roche en dessous du sol. Mais c’est la réalité et non pas une fantasme romantico-mystérieux !

David Cobbold

 


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Voir plus clair dans le brouillard: une analyse de quelques mythes (ou réalités ?) du vin.

Je sais que je vais être taxé (une fois de plus) de sceptique incorrigible, de politiquement incorrect, ou d’inculte incapable de comprendre l’évidence même. Ou peut-être des trois ensemble ? Néanmoins, que voulez-vous, je demande des preuves de choses qui sont régulièrement avancées comme étant des vérités devant s’imposer à tous.

Prenons deux exemples ayant cours d’une manière récurrente dans notre petit monde du vin: primo, les effets supposés bénéfiques de la culture dite « biodynamique », et secundo, l’impact supposé conséquent sur un vin de la nature de la roche « mère » qui sous-tend son vignoble. Deux occasions récentes m’ont donné l’espoir de voir un peu plus clair derrière les écrans de brouillard qui entourent ces deux phénomènes de communication utilisés, de plus en plus, comme un point final à tout débat sur la réalité.

Vous trouvez que j’exagère ? Comptez le nombre de fois dans l’année qu’un producteur de vin, ou son attaché(e) de presse, ou sa documentation, vous disent, pratiquement en guise de tout argument sur la qualité des ses vins, « je suis (il est) en biodynamie ». En tout cas, cela m’arrive très souvent, et je ne sais toujours pas comment le prendre. Est-ce une profession de foi ? Dans ce cas, je ne suis pas croyant. Est-ce un argument commercial qui porte sur la qualité de la vigne et donc le vin ? Alors je demande des preuves pour étayer les affirmations.

Si on passe maintenant à mon autre exemple, celui d’un supposé lien, fort et indiscutable, entre la nature de la roche qui compose le sous-sol d’un vignoble et le caractère du vin qui est produit sur cette zone, il me semble évident que cette supposition est utilisée (du moins en France) par un nombre incalculable de producteurs et autre communicants pour expliquer et défendre le caractère voulu unique de tel ou tel vin.

Jusqu’à présent, et à ma connaissance, les rares tests comparatifs entre un terrain agricole cultivé selon les préceptes de la biodynamie et un autre comparable mais cultivé soit en bio « classique », soit en conventionnel, ont été mené par des gens qui avaient un intérêt dans la biodynamie, ou bien sur des patates. Cela ne suffit pas à répondre à mes interrogations. Mais j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Une telle comparaison, avec un protocole de contrôle qui me semble être sérieux, est en cours sur un vignoble en France. Cela se fait, depuis quelques mois, à Châteauneuf-du-Pape sur un domaine qui s’appelle L’Or de Line et que j’ai visité récemment pour voir comment le test est organisé.

Gérard Jacumin, qui a repris ce domaine de 9 hectares et 15 parcelles de son père après une carrière dans l’informatique, n’est pas un fantaisiste. Il se trouve aussi qu’il fait des vins dont j’ai beaucoup aimé la finesse, mais cela n’est pas mon sujet du jour. Jacumin a converti son vignoble en bio depuis 2009 et, devenu curieux devant le phénomène appelé « biodynamie », à décidé de tenter une véritable expérience pour y voir plus clair. Il a choisi, avec l’aide d’une équipe de la Chambre d’Agriculture du Vaucluse, une parcelle homogène d’un hectare plantée avec trois cépages rouges: grenache, syrah et mourvèdre, en proportions à peu près égales. La moitié de cette parcelle continue à être cultivée en bio, et l’autre en biodynamie en suivant les recommandations d’un des consultants spécialisé dans ce type d’agriculture et en utilisant les produits prescrits. Nous ne connaitrons pas les résultats de cette expérience avant environ trois ans, mais je vais suivre cela avec intérêt et je vous tiendrai au courant. Un protocole de suivie et de comparaison a été établi par la Chambre d’Agriculture citée, et c’est leur équipe qui va opérer les prélèvements de contrôle.

Mon deuxième sujet de questionnement, qui n’aboutira pas cette semaine (et peut-être jamais) est l’affaire des sous-sols et d’un supposé effet « minéral », qui serait engendré par la nature des roches du sous-sol ; cet effet étant perceptible sur le goût du vin dont les raisins proviennent de vignes situées au-dessus de la roche en question. Mes lecteurs sont peut-être familiers avec mes doutes sur l’importance d’un tel phénomène de transmission et qui serait capable d’affecter le goût d’un vin. Certains vont peut-être soupirer et tourner la page. Je demande leur indulgence car j’ai de nouvelles considérations à leur soumettre qui vont, je l’espère, retirer un peu du brouillard de suppositions qui entourent cette affaire.

Il y a quelques mois j’ai parlé d’une dégustation de rieslings d’Alsace qui démontrait que même trois dégustateurs expérimentés étaient incapables de distinguer des rieslings issus de sols calcaires de ceux issus de sols granitiques. Il ne s’agit pas de cela aujourd’hui, mais d’un long et très intéressant article publié dans le dernier numéro de The World of Fine Wine et écrit par un spécialiste des sols, le Professor Alex Maltman. Je crois avoir déjà fait référence à des travaux de ce Monsieur, mais c’est la première fois que j’ai lu quelque chose d’aussi long et clair de sa part sur le sujet.

Dans son article, Maltman prend la peine d’expliquer des choses d’une manière limpide pour des non-scientifiques comme moi. Je vais essayer d’en extirper quelques points qui me paraissent essentiels, car je conseille à mes lecteurs dont le niveau en anglais est suffisant de se procurer le numéro 45 de cette revue en tous points remarquable. Si le diable peut parfois se loger dans les détails, l’incompréhension nait souvent d’une mauvaise définition des mots. Maltman prend donc la peine de faire la distinction entre éléments chimiques, minéraux et roches. C’est très utile pour un ignare comme moi, et peut-être aussi pour une bonne compréhension de la suite. On y va, Professor Maltman ?

Earth_Eastern_Hemisphere

La terre se compose  d’éléments chimiques, dont 8 dominent la croûte de notre planète : oxygène, silicium, aluminium, magnésium, calcium, potassium et sodium (dans l’ordre de leur importance). Et les deux premiers se trouvent fatalement en quantités importantes dans chaque vignoble. Mais on ne trouve que rarement ces éléments de manière isolée. Ils se combinent entre eux pour former des amalgames rigides que nous appelons minéraux. Le sol d’un vignoble, comme tous les sols, est donc composé de « minéraux ». Le seul problème avec ce dernier mot est qu’il a plein d’acceptions, comme nous allons le voir.

Le soufre, par exemple est un élément minéral que l’on peut trouver naturellement dans des vignes sur sols volcaniques, mais il est aussi présent dans la plupart des vignobles parce qu’il a été aspergé sur les vignes pendant des décennies pour lutter contre des maladies. Mais la très grande majorité des minéraux que nous trouvons dans les vignobles sont des combinaisons entre le silice et l’oxygène, généralement associant d’autres éléments. On les appelle des silicates. Parmi eux, le quartz, le feldspath, le mica et les minéraux argileux. Même si nous connaissons des centaines de minéraux, dans la nature on retrouve presque toujours les mêmes, agglomérés solidement et dans des proportions à peu près équivalents pour former ce que nous appelons rochers. Et notre planète est constitué de rocher. Donc, pour résumer, les minéraux sont des combinaison d’éléments, et les rochers sont des combinaisons de minéraux.

periodic-table-elements

Il est difficile de classifier les roches. On a tendance à procéder par la manière dont ils ont été constitués : sédimentation, fusion, transformation, etc. Comme personne n’a été témoin des ces évènements, il y a une part de subjectivité dans de tels classifications. Et une roche donnée peut aussi adopter une variété d’apparences, sans parler des mélanges. Dire qu’un sous-sol est fait de schiste ou de marnes ignore toutes les subtilités et variations de la réalité géologique. Lorsque des éléments se combinent pour former un minéral, les liaisons impliquent leur électrons et sont donc très fortes. Cela donne de la rigidité au minéral et emprisonne les éléments. Sauf évènement particulier, ces éléments ne seront plus disponibles pour nourrir une plante, comme une vigne par exemple. La quasi-totalité de minéraux ont donc une forme cristalline, qui est le terme pour l’arrangement méthodique des leurs éléments.

cristal de quartz

La suite sera pour la semaine prochaine, si vous avez de la patience. Mais, rassurez-vous, le « terroir » existera toujours ! C’est juste l’acception trop souvent impliquée par ce mot qui va se déplacer un peu, comme des plaques tectoniques.

 

David Cobbold

 


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#Carignan Story # 236 : Questions sur Boutenac

Sur dix communes, dont celle de Boutenac, et depuis 2005, contrairement à d’autres appellations sudistes, ce n’est pas l’altitude qui fait le cru. Ici, bien que l’on soit au cœur du massif des Corbières, les vignes ne dépassent pas cent mètres d’altitude… Qu’on le veuille ou non, ce qui fait Boutenac, c’est sa spécificité Carignan en plus de son terroir qui est plus complexe qu’on ne le croit, ne se limitant pas à la seule présence des galets roulés. L’A.O.P. Corbières Boutenac existe bel et bien et se porte plutôt pas mal si on écoute ses principaux acteurs. Certains la déclinent même en plusieurs cuvées. Pourtant, elle ne concerne pour l’instant que 150 ha de terres et 25 vignerons menés par Pierre Bories, un gars formidablement ambitieux pour son pays. Et malgré tout le respect que je dois à mes amis vignerons de la région, malgré la jeunesse et l’enthousiasme des uns et des autres, elle reste une appellation quelque peu bâtarde, sans grande âme, sans grande logique. Une appellation qui pourtant, lorsque je l’explorais pour la première fois dans les années 90, avait toutes les chances de réussir. Mais je le répète une fois de plus : une appellation, ça se mérite !

Sur la route du château. Photo©MichelSmith

Sur la route du château. Photo©MichelSmith

Quelques points positifs

-Le Carignan doit être ramassé manuellement dit la règle. Je suppose que c’est pour satisfaire les habitudes de macérations carboniques qui perdurent ici sur le Carignan depuis les années 60/70/80 grâce aux conseils de l’œnologue narbonnais Marc Dubernet, en particulier. À moins que ce ne soit dans un souci fort légitime de protéger les vieilles vignes cultivées en taille basse (taille gobelet), en liaison étroite avec le sol, et donc très fragiles lorsque les engins agricoles se faufilent entre les rangs.

-Dans les documents officiels, le Carignan est cité en premier… mais avec la Syrah… puis après le Grenache et le Mourvèdre. Selon les textes, il arrive même que le Mourvèdre prenne le devant sur la Syrah. Allez comprendre… Sauf qu’à mes yeux de petit observateur de seconde zone, qui plus est Parisien de naissance et d’éducation, il me semble qu’en dehors de la conception de vins de cépages, la Syrah n’a rien à faire sous la cagnasse de Boutenac. Voilà, c’est dit ! Cela n’empêche pas que l’on puisse en mettre dans les assemblages, mais le moins possible SVP !

Le clocher de Boutenac. Photo©MichelSmith

Le clocher de Boutenac. Photo©MichelSmith

Quelques questions et quelques (modestes) conseils amicaux.

-La charge maximum autorisée est de huit tonnes de raisins par hectare… De prime abord, ça a l’air positif plutôt que de s’en tenir aux sempiternels rendements plafonds que l’on dépasse allègrement par dérogation. Sauf que, qu’est-ce que l’on fait si l’on dépasse la limite ? On déclasse en quoi ? Et que fait-on à l’inverse si les vignes ne sont pas très productives ? On charge en engrais chimiques pour donner un coup de fouet ?

-Quelle est la mesure phare, la mesure choc, prise par les pousseurs de crus pour mettre en avant la singularité de l’appellation Boutenac ? Désolé, je n’en vois point.

-Le cru, c’est bien. Corbières-Boutenac c’est pas mal. Mais si on avait vraiment voulut marquer les esprits, appuyer là où il faut, ne faillait-il pas simplement s’en tenir au nom Boutenac ? Pourquoi rajouter Corbières alors que le monde entier ne situe pas cette zone hormis quelques occitanistes patentés dans le triangle Perpignan-Carcassonne-Narbonne ? Pourquoi, à l’heure de la mondialisation, ne pas s’en tenir à la mention plus explicite à mon sens : Boutenac, Grand Vin du Languedoc ? Il paraît qu’un dossier dans ce sens est en cours depuis 2012. Il serait temps de l’activer.

-Enfin, revenons sur le Carignan. Après avoir laissé entendre au monde entier que l’on allait voir ce que l’on allait voir, que le Carignan de Boutenac était le cépage du coin, celui qui est adapté au climat, au sol et qui confère de la grandeur d’âme au vin, pourquoi diable le limiter ? Dire qu’il ne doit pas dépasser 50 % de l’encépagement (ou 60 %, ou 70% peu importe), cela signifie en quelque sorte qu’il n’est pas jugé assez bon en solo, qu’il doit obligatoirement être associé au Grenache ou au Mouvèdre et, le plus souvent hélas, à la Syrah. Ne serait-il pas un poil plus logique, plus judicieux de dire : « Faîtes ce que vous voulez avec lui, l’important étant qu’il doit être présent dans l’assemblage, à fond la caisse ou à minima, avec les trois autres cépages » ? Combien de vignerons passent à côté de grandissimes Carignans afin de rester dans la logique stupide d’un texte de technocrates assistés de vignerons aveugles ? Combien sont-ils de femmes et d’hommes qui éprouvent le besoin – nécessaire à mon sens – de vinifier leur plus grand vin avec leurs meilleurs Carignans sans avoir à le polluer par l’apport vulgaire de raisins passe-partout ? Combien se sentent dans l’obligation morale de « tricher » pour réaliser leur plus belle cuvée, celle que l’on réserve à l’appellation Corbières-Boutenac ?

Salomé Besancenot surveille la température des vins de son papa. Photo©MichelSmith

Salomé Besancenot surveille la température des vins de son papa. Photo©MichelSmith

J’ai goûté tous les Boutenac (remarquez que je dis « Boutenac » et non « Corbières Boutenac ») lors d’une mémorable soirée au château de Boutenac où se trouve le siège des vins de Corbières. Outre le fait que la majorité des vins proposés à la dégustation par les vignerons eux-mêmes étaient chauds, que de nombre d’entre eux étaient outrageusement boisés, bâclés par un élevage superficiel sans style et sans finesse (« Eh oui, faut faire une cuvée spéciale coco ! »), j’ai eu l’occasion de relever – mais ce n’était pas à l’aveugle – que les meilleures vins avaient une part carignanesque majoritaire en eux. Ce fut le cas des châteaux Aiguilloux, Caraghuilhes, Villemajou, Fonsainte, La Voulte Gasparets, Ollieux-Romanis, de vieux classiques des Corbières en quelque sorte. J’ai d’ailleurs terminé la soirée avec une parfaite Échappée Belle (de Caraguilhes) que j’avais encensé ici même en Mars dernier et que la toute jeune Salomé, la fille du vigneron, maintenait régulièrement à température comme on peut le voir sur ces photos. Sinon, une curiosité – une petite bombre, devrais-je dire – dont on attendra la sortie d’ici peu : la saisissante cuvée « Côte de Pierre » 2012 que Louis Fabre (Château Fabre Gasparets) réalise avec la complicité Didier Barral (de Faugères). Tiré à 3.000 exemplaires, ce « très majoritaire » Carignan sera en vente cet automne autour de 30 € !

Ce nouveau Carignan sera-t-il Boutenac ? Corbières ? Ou rien du tout... Photo©MichelSmith

Ce nouveau Carignan sera-t-il Boutenac ? Corbières ? Ou rien du tout… Photo©MichelSmith

Michel Smith


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Triguedina, côté parcelles

J’ai un lien particulier, historique, si l’on veut, avec le Clos Triguedina.

C’est un des premiers vins qu’il m’ait été donné de déguster régulièrement, à la fin des années 1970. C’était juste après les Bourgogne que mes parents m’emmenaient goûter au fût, lors de leurs descentes de cave. Vous voyez, j’ai eu une enfance malheureuse! C’est sans doute pour l’exorciser que j’occupe ce petit bout de toile, quitte à exaspérer les abstinents.

Mais revenons à Triguedina – le Clos portait le titre de Château, à l’époque, si je ne m’abuse.

Château ou pas, ce Cahors était un sacré changement, pour le dégustateur novice que j’étais, qui plus est habitué aux robes claires du Pommard. Côté tannins, aussi, c’était une autre paire de manches. Mais la cuvée Prince Probus, le haut de gamme de M. Baldès – le père du propriétaire actuel – était toujours très bien élevée, pour autant que je m’en souvienne. J’ai retrouvé une bouteille de 1982, au fond de la cave de mes parents, début 2000; elle était parfaite.

Les décennies ont passé. Jean-Luc Baldès a repris le flambeau, après avoir fait ses classes – je vous le donne en mille – en Bourgogne! Mais aussi à Bordeaux.

Sans rien renier, il a imprimé sa marque sur le domaine – le New Black Wine, c’est lui. Avec cette cuvée, il fait revivre une tradition cadurcienne, le « Cahors de chauffe ». Le Vin de Lune, le Pétillant Rosé, c’est lui aussi. On peut être résolument Cadurcien, les pieds dans la terre, avoir l’esprit de famille… et l’esprit créatif. Sans oublier l’ambition, sans laquelle il ne se créée pas grand chose en ce monde.

Ses vins, il les signe: Jean-Luc Baldès en grand, Triguedina en plus petit. C’est même à cette adresse que vous le trouvez.

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Vous trouvez ça vaniteux? Moi pas. Jean-Luc assume l’héritage, mais revendique son apport. Le droit de suivre une autre voie, ou la même; le droit d’avoir raison, et de se tromper. Le droit d’avoir du caractère et des convictions. Le droit de vous dire « Pensez de moi ce que vous voulez; mais goûtez, s’il vous plaît ».

Côté héritage, notons tout de même qu’il perpétue la cuvée Probus (le Prince est parti, reste le vin, et c’est l’essentiel).

Chaque année, pour moi, cette cuvée reste un marqueur, un jalon de la qualité du millésime à Cahors, dans un style travaillé – le style grand cru, pour autant que ce ne soit pas un gros mot à Cahors. Car vous le savez, c’est une des rares grandes appellations de France sans hiérarchie autre que celle de la réputation, du nom du domaine. Difficile de dire si c’est mieux ou moins bien. On vit avec. Crus ou pas, il y a de grands vins à Cahors.

Le terroir, un gros mot?

Ca n’empêche pas certains producteurs de Cahors de faire de louables efforts pour mieux identifier leurs terroirs (non, ce n’est pas un gros mot non plus!). Jean-Luc Baldès fait partie de ceux-là. On peut même dire qu’il est en pointe.

Quand je parle d’identifier, je ne veux pas dire qu’il les découvre. Bien sûr qu’il a toujours su que toutes ses parcelles ne se ressemblaient pas – c’est le B A Ba du métier du vigneron, et son père, comme son grand père,  le savaient avant lui.
Mais Jean-Luc, lui, avait envie de le montrer aux consommateurs. Alors il en a fait des cuvées séparées, une trilogie de parcellaires qui ont pour noms Au Coin du Bois, Petites Cailles et Les Galets.

J’en avais entendu parler. Ces derniers jours, j’ai pu les goûter.
Trois nouvelles pierres à l’édifice de la connaissance, ou en tout cas, à celui de mon éducation personnelle.

Vous dire que je les reconnaîtrais entre mille, peut-être pas. Vous dire que c’est le minéral qui parle, que j’ai croqué les cailloux, sucé la craie, non, bien sûr. Mais des différences, oui, j’en ai notées, aussi bien dans deux grands millésimes comme 2009 et 2011 que dans une année plus jalouse comme 2010 – car j’ai pu déguster trois millésimes de chaque.

La cuvée Au Coin du Bois m’a semblé la plus robuste des trois, la plus complète, la plus opulente aussi. Le 2009 a pour lui la richesse; le 2011 un fruit éclatant sur une trame solide.
Les Petites Cailles, qu’on imagine plutôt replètes, ont fait mentir leur nom: pour moi, c’est la cuvée la plus serrée, la plus dynamique – pas maigre, non, mais plutôt bâtie sur sa charpente acide que sur la chair – c’est particulièrement sensible sur le 2010, très élégant. Et complexe.
Les Galets, quant à eux, me semblent conjuguer le velours des tannins et la pureté d’un fruit rouge très direct; c’est aussi la cuvée la plus saline – on retrouve ce trait dans les trois millésimes, indépendamment de la matière, plus ou moins charnue. Comme un petit côté pointu sur la langue, bien agréable.

C’est mon ressenti, en tout cas.

Je me suis volontairement abstenu de m’intéresser aux sols avant de commenter pour ne pas me focaliser, même inconsciemment, sur la recherche d’éléments censés venir d’un terroir, même micro. Et je n’ai pas voulu non plus trop réfléchir. Je me suis laisser aller. J’ai mis mon nez dans le verre, le vin dans ma bouche, j’ai fermé les yeux, je me suis laissé guider par mes sens.

Je ne peux vous dire dans quelle mesure je me suis fait influencer, tout de même, par la recherche de la différence, d’écarts que je n’aurais peut être pas remarqués sinon.

Mais en dégustant les trois verres en parallèles, il était évident pour moi que j’avais bien affaire à trois expressions différentes du Malbec, tantôt séduisant, tantôt solennel, tantôt primesautier. J’aurais pu pousser plus avant, oui, mais ce n’était pas mon propos. Pas envie, cette fois, de relancer notre vieux débat sur le sol qui se boit ou pas. Je cherchais le plaisir, pas la prise de tête. Je l’ai trouvé. Bravo et merci au vigneron.

Les trois parcelles

Bien sûr, pour ne pas influencer la comparaison, les vinifications sont identiques pour les trois cuvées (macération de 20 à 25 jours, malo faite, 12 mois d’élevage en barrique française). Il n’y a que la provenance et les sols qui diffèrent.
Les Galets, ce sont des dépôts de sidérolithiques en troisième terrasse du Lot, riches en silice et en fer.
Au Coin du Bois, ce sont les secondes terrasses du Lot, à Puy l’Evêque – argiles rouges, limons, cailloux en profondeur, le tout sur une couche de calcaire en profondeur.
Les Petites Cailles, ce sont des sols du Causse, à Floressac. Calcaire kimmeridgien, argiles violettes, fer.

Sans pouvoir établir précisément les connexions « minérales », j’ai aimé les vins – les trois; comme on aimerait trois soeurs ou trois cousins. Pour leurs différences et pour leur air de famille. J’ai aimé aussi l’exercice intellectuel.

A vous de le reproduire, cet exercice, si ça vous intéresse. C’est tout le sens de cette trilogie, née avec le millésime 2007.

Triguedina

Ce trio, Jean-Luc Baldès le vend ensemble, dans un coffret. Une belle idée de cadeau pour Noël. Ou à n’importe quel autre moment de l’année, si affinités.

Attention: il n’y en a que 3.000 bouteilles de chaque, chaque année que le raisin veut bien nous donner.

Et maintenant, vous m’excuserez. Non seulement il me tarde de dîner (triguedina, en cadurcien); mais il me tarde surtout de reprendre mes dégustations comparatives, ne serait-ce que pour faire avancer la science… ;-))

Hervé Lalau


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Le goût du terroir, vu de Cahors – et d’ailleurs

Lors de mon dernier passage à Cahors, j’ai eu l’occasion de voir Lydia et Claude Bourguignon descendre dans la fosse. Non pas la fosse aux lions, mais une fosse creusée au milieu des vignes, ou plutôt deux. L’une sur une terrasse du Lot, l’autre sur le Causse calcaire.

Armés d’un poignard et de beaucoup de patience, ces spécialistes du sol ont suivi le cours des racines, émietté les différentes couches de terre. J’ai vu, de mes yeux vu, qu’il y avait deux types de racines, celles qui plongent en profondeur, et celles qui s’étalent juste sous la surface – le désherbage et le tassement du sol en seraient les causes. Les Bourguignon avancent que pour faire un bon vin, les plus importantes, de racines,  sont les premières. No sé.

J’ai aussi lu le contraire (les jeunes racines seraient celles qui vont à la chasse aux ions). Les racines profondes ont en tout cas l’avantage de mieux alimenter la vigne en eau dans les zones sèches – et pour autant qu’il y ait de l’humidité en profondeur.

J’ai aussi vu quelques galets, que les racines contournent – elles n’en extraient sans doute pas grand chose, mais cela rallonge le chemin de la sève, ce qui, d’après les Bourguignon, favorise la concentration du raisin. Ik weet het niet.

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Claude Bourguignon dans la fosse aux ions (Photo © H. Lalau 2014)

Je les ai aussi entendu évoquer la « solubilisation de la roche par les acides exsudés par les radicelles ». Le fait que cette décomposition créée une sorte de gangue d’argile de décomposition autour des racines. Ich weiss nicht.

Je les ai entendu parler de Kimmeridgien et de Bathonien. Les calcaires de Cahors sont bien du Kimmeridgien, mais comme le climat est plus chaud qu’en Bourgogne, les éléments carbonés se sont décomposés plus vite, ce qui fait que le sol ressemble plus à du Bathonien (Ça, c’est bath!).

Les Bourguignon ont expliqué que les arômes du raisin étaient liés aux enzymes, et que pour les extraire, les enzymes ont besoin d’un cofacteur métallique. I don’t know.

Tout cela, et d’autres choses que je n’ai pas retenues ou comprises, étaient versées au dossier pour expliquer que oui, toutes choses étant égales par ailleurs (et elles le sont rarement), un Cahors de terrasse argileuse est différent d’un Cahors du Causse calcaire; et même, que les zones ferrugineuses ont leur spécificité. Ce qui fut vérifié à la dégustation, avec les (très jolis) vins du Château Ponzac. Sauf que bien sûr, la vinification agit comme un filtre.

J’ai aussi entendu de mes oreilles un Américain affirmer que tout ça n’était que foutaise. Je n’ai pas vu les racines de ses vignes californiennes – je suppose qu’elles en ont aussi! Ni ses sols. Mais je suis sûr qu’en cherchant bien, on doit y trouver aussi du calcaire et de l’argile. D’ailleurs, je crois me souvenir qu’on en tient compte pour planter des cépages rouges ou blancs.

Peu importe, en définitive, si l’Amérique identifie des terroirs, les revendique, ou préfère les assembler.On peut aussi faire de bons vins, de cette façon. Moi qui vous parle, j’ai eu l’occasion de déguster d’excellents pinots noirs et chardonnays chiliens assemblant des raisins issus de différentes vallées distantes de près de 400 km (San Antonio, Casablanca et Limari, notamment) et qui étaient diablement expressifs. Pas d’un terroir, non, mais du travail très qualitatif d’oenologues inspirés. C’est ce que permet de faire aussi notre Vin de France, et soyons justes, cela peut-être très bon, pour autant que les raisins de l’assemblage soient bons.

Mais ce n’est pas la question. Je vous avoue humblement que je n’ai pas tout compris de la démonstration des Bourguignon. Par contre, je me souviens d’une dégustation assez probante, à l’aveugle, réalisée chez moi en compagnie de l’ami Marc Vanhellemont. Nous avions reçu trois cuvées de Coteaux du Giennois – Marne, Caillotte, Silex, du même producteur, Berthier, du même domaine (Montbenoît), du même village (Pougny), du même millésime (2012), du même cépage (sauvignon) et vinifiées en cuve.

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Chez les frères Berthier, le sol est… sur la bouteille (Photo © H. Lalau 2014)

A la dégustation, nous avons bel et bien noté de grosses différences. La cuvée Terre de Silex était très aromatique, très fumée aussi; la cuvée Terre de Caillottes présentait un profil très particulier, vif et souple à la fois, avec un fruit assez mûr; la cuvée Terre de Marne, enfin, était florale et fruitée, sa bouche veloutée, c’était le vin le plus complet. Et non, ce n’était pas seulement parce que nous cherchions à trouver des différences: nous sommes revenus plusieurs fois sur les vins, dans tous les ordres possibles, les différences étaient toujours les mêmes.

J’avais déjà fait une expérience assez comparable à Sancerre, chez les frères Riffault, ou encore en Suisse, en Lavaux. Cahors n’a fait que confirmer mes impressions.

Notre ami David a raison de douter – je lui laisse le bénéfice de ce doute. Quant à moi, je ne sais pas bien comment ça marche; comment le sol peut donner un goût au vin à travers l’homme et la vinification. Je pense qu’il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte, que l’on ne maîtrise pas encore tous les paramètres, que la science a encore du chemin à faire dans la connaissance de l’effet sol. Même si, comme Michel, je suis convaincu que l’homme est un des facteurs essentiels.

Malgré tout, sans pouvoir expliquer, je le répète, je constate que pour bon nombre de vins, lorsqu’on a pu réduire le nombre d’éléments de comparaison au minimum, on constate bel et bien, au nez comme en bouche, une différence entre les vins obtenus sur un tel sol et ceux obtenus sur un autre sol.

Cela ne démontre sans doute pas grand chose, en termes scientifiques; et cela n’autorise certainement pas certains à se rengorger de leur « terroir d’exception » – surtout quand dans ce prétendu terroir, ils agglomèrent des sols très divers. Ainsi, parler des terroirs de Sancerre peut avoir un sens. Parler du terroir de Sancerre, aucun. Mais ce n’est pas parce que l’on abuse du terroir dans le marketing que son effet n’existe pas.

Je ne sais pas si j’ai fait beaucoup avancer le schmilblick. Je n’ai pas l’esprit scientifique. Mais si j’ai pu susciter votre curiosité, c’est déjà ça.

Essayez donc par vous-mêmes de reproduire l’expérience. Si vous passez par Saint-Chinan, cet été, par exemple, demandez à déguster un vin de schistes et un vin de cailloutis calcaires. Et faites moi part de vos conclusions.

Hervé Lalau


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Echoes of Bourgueil

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Vincent Simon – left his restaurant in Belgium last year with his wife Olivia to set up a small restaurant in Ingrandes-de-Touraine next to Domaine Lamé Delisle Boucard. Vincent raises chickens and geese in his vineyard which is looked after by LDB.

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Café de la Promenade: you don’t mess with Dorothée!!

It is now two years since Les 5 du Vin spent a truly memorable weekend in Bourgueil and Saint-Nicolas-de-Bourgueil. Sadly to date due to the pressing nature of our diaries this is the last occasion that we have managed to organise trip involving all of Les 5. Last week I was in Bourgueil mainly to take photos for an upcoming exhibition called ‘Aspects of Bourgueil’ which will be starting at the same time as the 2014 Bourgueillothérapie (www.bourgueillothérapie.com). The exhibition will open on Friday 12th September @Café de la Promenade with the proceeds going to this year’s charity. It will close on the 21st October by which time the 2014 vintage here should be well finished.

Here are a few recent photos that may make the selection.

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Pierre, Stéphanie and Emmanuel Caslot (Domaine de la Chevalerie) star in Les journées binette.

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Unlike last year the 2014 flowering here and elsewhere in the Loire has benefitted from ideal weather. The vignerons are smiling – no frost, no serious hail (so far), the flowering is nearly finished and grapes (Cabernet Franc) should ripen evenly for a harvest from around 20th September. Long way to go yet, of course, but some serious hurdles have already been cleared.

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The fence at Vincent’s restaurant in Ingrandes has a triple purpose – keep the chickens in, the foxes out and imprison journalists who push their luck!

Jim Budd


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Olivier Cousin and who owns brand ‘Anjou’

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Olivier Cousin soon after he had been ordered to pay €1 to the Fédération Viticole.

At the time it must have seemed a rather good idea to get the local fraud boys to call in on Olivier Cousin, finger his collar and to bang him to rights over various infringements of the vin de table rules, in particular the use of Anjou. A chance to put a provocative and outspoken vigneron in his place.

Whether the Fédération Viticole d’Anjou-Saumur and the INAO still think, after the conclusion of a legal action that has run for at least three years, that it was such a brilliant idea is an interesting question. True the Fédération did release an upbeat press statement following the verdict claiming victory. But the reality is surely rather different.

Although he has been ordered to pay a symbolic €1 to the Fédération and a similar sum to the INAO it is Olivier Cousin, who is the clear victor. After all the public prosecutor had asked for a fine of €5000. Clearly the judges decided that given the changes made to the Cousin labels since 2011 such a fine would be excessive and they listened instead to Eric Morain, Olivier’s impressive Parisian lawyer.

It didn’t help that the avocat, Alain Fouquet, representing the Federation and the INAO made a right pig’s ear putting their case and brought well deserved mockery on his head during the 5th March 2014 hearing.

If the Fédération effectively lost in court, it certainly lost by default in a larger forum – the world-wide web. They failed to realise that nowadays these cases can easily become a global cause célèbre and they made no attempt to put their case to a wider audience. Equally, as far as I am aware, there was no-one from the Fédération or the INAO to brief the press at any of the hearings before the Angers court.

In contrast Olivier and his supporters understood how to use the new social networks as well as the traditional media. This case has brought amazing and priceless worldwide publicity for Cousin and his wines. It has enabled him to contrast his biodynamic viticulture with the ‘industrial’ approach allegedly adopted by many AC Anjou producers as well as provoking questions over why the ingredients in wine are not listed as they are for many other drinks and foodstuffs.

Most importantly it has highlighted the debate over who owns brand ‘Anjou’, which is a debate that stretches way beyond Olivier Cousin. During the 5th March 2014 hearing Eric Morain claimed that ‘Anjou’ had been expropriated by appellation Anjou for their exclusive use and he challenged their right to this monopoly.

I suspect that French senator, Christian Béchu, who used to be the president of the Conseil Général de Maine-et-Loire and who is now the Maire of Angers, would agree with Morain as he has been keen to promote the idea of Produit d’Anjou’ for a number of locally made products in the face of opposition from the Fédération Viticole.

Béchu: “Je ne vois pas en quoi notre marque pourrait concurrencer l’AOC Anjou, réagit Christophe Béchu qui continue le dialogue avec les vignerons. Notre marque locale aura une résonance locale. L’idée est avant tout de favoriser les emplois locaux.” (9th January 2013)

The debate has already been running a number of years:

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Utilisation du mot Anjou : différent entre vignerons et Conseil Général, bientôt le tribunal ?
Les vignerons tiennent à leurs appellations d’Origines Contrôlées Anjou et protègent leur « marque » comme la prunelle de leurs yeux. Anjou Cola par exemple ne les fait pas rire du tout. Viticulture et Conseil Général ont une vision de la notion de marque. Le tribunal devra-t-il trancher ?
http://www.saumur-kiosque.com/infos_article.php?id_actu=13860

Polémique. La marque « Produit d’Anjou » se heurte au veto des vignerons
‘Le conseil général, qui souhaite étendre sa marque « Produit d’Anjou » aux métiers de bouche ainsi qu’aux boissons, est en discussion tendue avec la fédération viticole du Maine-et-Loire qui craint une concurrence avec l’AOC « Anjou ». Un bras de fer « musclé » s’est engagé.’

La première initiative a été lancée en novembre 2011, en s’appuyant sur l’expérience menée par des horticulteurs angevins.
http://www.ouest-france.fr/polemique-la-marque-produit-danjou-se-heurte-au-veto-des-vignerons-346534

The conflict may well end up in court. Cousin’s symbolic single euro payment to the Fédération could certainly indicate that the judges are not very sympathetic their claim to an exclusive right to brand ‘Anjou’.

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