Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Au pays du Chasselas

4 Commentaires

Non il ne s’agit pas de Moissac, mais de la Suisse, bien sûr, et plus précisément du Pays de Vaud.

En marge du Mondial du Chasselas, qui se tenait le week-end dernier dans la jolie bourgade d’Aigle, j’ai eu la chance de pouvoir déguster quelques très beaux vins issus de ce cépage emblématique de la Romandie. Un cépage dont ce sera bientôt la fête, le 25 juin, toujours à Aigle.

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En Lavaux (Photo (c) H. Lalau 2016)

2015 a été une très bonne année pour lui, partout en Suisse; les bonnes notes attribuées par mon jury lors du concours en attestent; c’est donc le moment idéal pour le découvrir, si ce n’est déjà fait.

En avant-goût, voici trois vins qui, à mon sens, illustrent bien la richesse, et du Chasselas, et des vins vaudois.

Calamin Domaine de la Chenalettaz 2015 Réserve du Margis

Calamin est un des deux grands crus du Lavaux (avec Dézaley), entre Lausanne et Montreux.  C’est le plus petit des deux (18 ha). Il doit son originalité à ses molasses argileuses et à ses fortes pentes (le vignoble monte à l’assaut du coteau, depuis les rives du Léman, à 300m d’altitude, jusqu’à 600 m).

Le Domaine de la Chenalettaz est la propriété de la famille Chevalley, qui produit toute la gamme des beaux crus de Lavaux (Calamin Grand Cru, Dézaley Grand Cru, mais aussi Saint Saphorin et Epesses).

Ce vin m’a séduit par sa richesse en nez et en bouche; il présente des notes de prune et de tilleul, un beau gras et une superbe amertume (non, ce n’est pas péjoratif: c’est la marque d’un vin complet, et qui ne finit pas mou). Oui, on peut être sec et gourmand.

Le Calamin présente généralement un beau potentiel de vieillissement, et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Mais il est déjà tellement bon qu’il faudra avoir une sacrée force de caractère pour résister à la tentation de l’ouvrir dès maintenant!

Du même grand Cru Calamin, j’ai également beaucoup apprécié le 2015 de Claude et Alexandre Duboux, à Epesses

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Dézaley-Marsens De La Tour 2015 Domaine des Frères Dubois

Les Frères Dubois sont installés au lieu-dit du Petit Versailles, à Cully, depuis trois générations. Ils produisent – entre autres – une belle gamme de Chasselas de Lavaux, du Grand Cru Dézaley-Marsens De La Tour au Grand Cru Calamin (Cuvée Le Petit Versailles), en passant par Epesses (La Braise d’Enfer), Saint-Saphorin, Puidoux ou Villette…

Ce Dézaley-Marsens est un Chasselas puissant et bien mûr, avec de superbes notes de mirabelle au nez; dans la bouche, relativement vive, c’est plutôt le floral qui domine (chèvrefeuille, jasmin); à ces arômes délicats se superpose de la réglisse, et en finale, une belle pointe saline (pour ne pas dire minérale). Ce vin est encore très jeune, il ne sera embouteillé qu’en septembre prochain. En attendant, les Dubois proposent toute une gamme de millésimes plus anciens; le 2014, issu d’une année un peu moins généreuse, est cependant étonnamment mûr; en Dézaley (comme en Calamin), on dit que le vin voit trois soleils: celui du ciel, son reflet dans le lac, et celui qu’emmagasinent les innombrables murettes qui soutiennent les terrasses du Lavaux. De plus, les Dubois récoltent toujours le plus tard possible, pour profiter au maximum de l’été indien, parfois, vaudois…

A noter que ce cru présente une excellente aptitude à la garde: le 1995, dégusté un peu plus tard, est de toute beauté; ce qu’il a perdu en aromatique, il semble l’avoir gagné en matière.

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Château Maison Blanche Yvorne Grand Cru 2014

Nous voici à Yvorne, en Chablais; ici, plus de lac pour refléter le soleil, mais un effet de foehn comparable à celui qu’on constate en Valais. C’est là que depuis 1673, se dresse la Maison Blanche, avec sa tour au toit pointu.

Autour de l’édifice, 7,5 ha de vignes de forte pente, aménagées en terrasses, composent une marqueterie de sols, du plus caillouteux aux alluvions les plus riches; c’est la conséquence d’un éboulement intervenu en 1584, qui a mélangé les calcaires du vieux socle du trias aux sols plus récents, décomposition des roches alpines.

Même les plus sceptiques en termes d’effet-terroir devront admettre que ce vin présente une grande complexité.

Ayant eu la chance de déguster ce même 2014 à deux reprises, en juin 2015 et en juin 2016, j’ai pu constater que cette année de plus lui a permis de mieux se fondre; le citron s’est un peu confit, de jolies notes de miel sont apparues; le côté fermentaire a disparu, par contre, pour laisser toute la place à des notes iodées; ce qui est remarquable, dans ce vin, c’est sa structure, son amplitude; une texture presque tannique, un côté solide.

Qui a dit que le Chasselas était aussi neutre que la Confédération Helvétique, qu’il produisait des vins fluets et inodores? OK, c’est moi, dans une autre vie… Comme quoi l’on peut évoluer, voire se bonifier…

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Depuis les années 1930, Maison Blanche est dans le giron de la famille Schenk. De quoi nous faire espérer en voir un jour les vins plus dignement représentés hors de Suisse.

Car voilà bien des produits dignes de figurer sur les plus belles tables de la gastronomie; si j’étais un homme d’affaires suisse venu signer un contrat en Belgique, et que j’invitais mon client à déjeuner dans un bel établissement, je serais fier de lui proposer ce bel ambassadeur du savoir-faire de mon pays… Et qu’on ne me dise pas que c’est trop cher quand c’est le prix de l’émotion!

Hervé Chasse-Lalau  IMG_9411

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

4 réflexions sur “Au pays du Chasselas

  1. Belle sélection !! J’avoue que c’est un cépage surprenant. Avec une forme de paresse un peu négligée dans sa jeunesse. Il goûte volontiers le fermentaire et s’accommode de gazs résiduels. Pas facile dans un jeune millésime de trouver ce qui fait la grandeur des plus vieux. Pourtant, dans le temps, ce chasselas est puissant, racé, complexe et fondant. La preuve avec les vieux millésimes des Frères Dubois. Je pense encore avec émotion au 2001, millésime frais, dont les vins gardent une acidité minérale, des notes de safran, de miel et de citron confit et en une belle texture réglissée. Eh oui, j’y étais aussi. Nadine Jus Franc

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  2. A la fin des années ’80, profitant d’une réunion scientifique à Montreux, un moment ludique avait eu lieu dans un château dédié au vin, à sa vente et à sa promotion (oublié le nom). Tous les participants avaient été ébahis de la qualité des vins (blancs pour la plupart). Nous sommes 25 ans plus tard et, ton article le prouve, le monde des amateurs n’a toujours pas réalisé le potentiel réel de ces vins. Or, ce n’est pas: ils progressent, on verra etc … Non, ils existent, et en grand nombre! Et la capsule à vis les protège le plus souvent.
    Feu Colette Faller s’ingéniait à glisser incognito son Chasselas dans les dégustations aussi.
    Pour le prix, en Suisse, les travailleurs agricoles touchent un salaire décent et les horaires sont très règlementés. Ce poste-là est donc très élevé.

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  3. J’ai également été agréablement surpris par la capacité de garde de certains chasselas de ce beau coin lors d’une précédente édition. Mais pourquoi leurs étiquettes sont-elles si moches/ringardes ?

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  4. Bon nombre de coquilles s’étaient glissées dans ce texte, que j’avais de toute évidence insuffisamment relu. Veuillez m’en excuser. Elles sont à présent corrigées.

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