Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

La Géorgie: réflexions sur le poids et le rôle des traditions

23 Commentaires

Les querelles entre pays voisins sur l’origine précise des premières vinifications volontaires ne m’intéressent que très peu. Qu’est-ce que cela peut faire que les premiers vins aient vu le jour dans des pays que nous appelons aujourd’hui Géorgie, ou Arménie, ou bien autre chose encore, puisque les frontières n’existaient pas à cette époque vieille de quelque 8.000 ans. Peu de choses en effet. Dans cet article je vais plutôt me préoccuper des certains aspects de ce que nous appelons «traditions viticoles», car celles-ci sont régulièrement évoquées en Géorgie, pays que je viens de visiter pour la troisième fois en 12 mois afin d’y dispenser des formations.

Si les Géorgiens font appel assez souvent au mot tradition, et en différentes circonstances, ce n’est pas uniquement parce que ce petit pays de 3,5 millions d’habitants est ancien, ni parce qu’il est cerné par des voisins surpuissants qui se sont révélés régulièrement dangereux pour l’intégrité de leurs frontières, de leurs pratiques mais aussi de leurs vies Il est frappant pour un visiteur de constater à quel point les traditions culturelles de la Géorgie, dans lesquelles il faut inclure l’univers viticole, sont restées au cœur de l’identité de ce pays. Des signes de fierté dans ces traditions sont exprimés fortement et visiblement par la population, et ce malgré (ou à cause) des ravages occasionnées par 200 ans d’occupation russe, dont quarante sous le régime soviétique.

On peut proposer différentes définitions du terme « tradition » en matière viticole, selon son point de vue. Une version cynique consisterait à dire que la somme des traditions est égale à la somme des erreurs du passé. Une version passéiste tenue par ceux qui veulent tourner le dos à la science, par exemple, proposerait plutôt que seule la tradition est vraie et que le diable est dans la modernité. Je proposerais plutôt une vision intermédiaire que je dois à Jean Cocteau en la paraphrasant un peu : « la tradition est une chose vivante et celui qui la regarde en se retournant risque de se voir transformé en statue de sel ». En tout état de cause je crois qu’il est nécessaire de comprendre des choses du passé pour appréhender le présent, puis tenter d’anticiper le futur. En revanche, passer son temps à regarder dans le rétroviseur rend inéluctable une rencontre avec un mur ou autre obstacle bien plus solide que vous. Les adeptes du « Bréxit » ou, en France, du Front National, feraient bien de méditer cela ! L’espoir que le bon sens peut prévaloir pourrait sembler vain quand on regarde les excès et les outrances de la vie moderne, mais j’ai tendance à m’y fier quand-même, préférant la posture résumé par un « yes, we can » à celle d’un « no future ».

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos qvevris. Qu’est-ce que c’est ? Un qvevri est un récipient en terre cuite dans lequel on vinifie en Géorgie depuis probablement 8.000 ans. En France et ailleurs, on persiste à désigner ces vaisseaux sous le terme erroné d’amphore, car une amphore comporte deux anses de part et d’autre de son col allongé et servait, chez les Grecs et les Romains, à transporter puis à servir le vin (en gros, ce mot, utilisé aussi en latin, est dérivé du grec amphi = autour de, et phoros = porter : penser à « amphithéâtre » par exemple). Si on veut à tout prix utiliser un terme latin pour désigner ce qui fut, probablement, une invention de la région du Caucase, le mot dolia s’impose ! Cette méthode de vinification continue de nos jours en Géorgie et fait partie intégrale de l’image du vin géorgien, même si la proportion des vins géorgiens actuels qui sont vinifiés de cette manière est très faible : moins de 2% probablement, mais les estimations varient car beaucoup de ces vins sont destinés à une consommation domestique qui échappe aux statistiques.

L’importance des images et symboles, auxquels j’ajouterai l’imaginaire pur, est bien plus puissante dans le vin qu’un esprit rationnel peut l’admettre facilement. Il n’y a qu’évoquer la Géorgie auprès de quelques geeks du vin pour que la conversation s’oriente immédiatement et presqu’exclusivement aux vins faits dans ces qvevris. Peu importe qu’il soient ultra-minoritaires, et probablement très limités dans leur potentiel de vente dans des marchés hors de Géorgie ; ils possèdent une valeur symbolique très forte et tiennent une place dans le discours hors de toute proportion avec leur poids économique réel.

Mais mon propos n’est ni de les dénigrer, ni de les louer per se. Je veux juste les mettre à leur place et relater mes quelques expériences avec cette catégorie de vins qui se situe bien à part du reste, non seulement par sa rareté, mais à cause du profil gustatif qui est issu d’une technique d’une autre époque.

Expliquons d’abord le processus, pour les lecteurs qui ne le connaissent pas. Dans cette partie du monde, les récipients en terre cuite sont enterrés, qui n’est pas souvent les cas ailleurs. Cela a dû servir à l’origine à cacher cette ressource précieuse des intrus, mais la technique a aussi perduré car le fait d’entourer les qvevris de terre ou de sable permet de maintenir une température relativement fraîche et stable. La capacité de ces vaisseaux varie entre 800 et 3.200 litres. De nos jours, la question d’égrapper les raisins, totalement ou partiellement, se pose; mais historiquement on avait peu recours à cette technique, pas plus qu’à des outils de maîtrise des températures de fermentation par apport extérieur. Aujourd’hui, on peut introduire des drapeaux de froid dans les qvevris dont l’ouverture est large d’environ 50 centimètres. Ce qui est singulier, c’est la présence des peaux des raisins foulés aussi bien pour les vins blancs que pour les rouges. Le foulage se pratiquait traditionnellement dans des longs bacs qui furent creusés dans des troncs d’arbre. Certains chais actuels utilisent plutôt des bacs en acier inoxydable, plus faciles à nettoyer.

Quelques vins dégustés (sauf exception, tous chez leurs producteurs en Géorgie)

Je n’ai visité qu’une petite partie d’une unique région, la Kakhétie, qui se situe à l’est et qui est, de loin, le plus importante zone viticole du pays. Environ 70% des vins géorgiens en sont issus, dont tous les vins de qvevris mentionnés ci-dessous.

Alaverdi blanc, vin de monastère (dégusté récemment à la Cité du Vin à Bordeaux)

Fait au monastère éponyme fondée au 11ème siècle, voire plus tôt, et que j’ai visité sans y avoir pu déguster un vin. Robe intense, de couleur jaune paille aux reflets verts. On est loin du syndrome des vins « orange » : terme utilisé parfois abusivement pour décrire la catégorie, car nul besoin de laisser s’oxyder moûts ou vins dans le processus.

Parfaitement sec et assez tannique pour un blanc, ce qui donne une impression d’ultra-sècheresse. Ce n’est pas très aromatique : je pense que le tannins et la mode de vinification ont tendance à « bloquer » les arômes de ce type de vin. L’équilibre est bonne, même si on peut être surpris par la sensation de dureté au palais dans un vin blanc lorsqu’on n’a pas l’habitude. Pas d’impression d’acidité volatile comme dans certains.

Schuchmann Winery

Propriété depuis 2006 d’un investisseur allemand tombé amoureux du pays et qui a reconstruit les bâtiments avec goût, en y intégrant un hôtel, un spa et un restaurant. Le domaine annonce 120 hectares de vignes mais il y a aussi, comme très souvent, des achats de raisins  en complément. 12 cépages ont été plantés, dont 8 sont géorgiens. Seules quelques variétés locales sont utilisés pour leurs vins de qvevri

Ici les raisins sont égrappés et passent environ 15 jours avec leurs peaux en qvevri puis sont transférés par pompe dans un autre qvevri qui est scellé hermétiquement (plaque en lauze, avec l’étanchéité assurée par un joint en argile) pendant six mois environ. On recouvre ensuite cette plaque par quelques centimètres de sable propre que l’on peut humecter pour aider dans le maintien de la température par exemple. Après l’ouverture, et si tout va bien (il y a parfois de mauvaises surprises !), le vin est transféré dans des barriques anciennes pendant 6 à 12 mois. Un vieillissement supplémentaire en bouteilles (6 à 12 mois de nouveau) est imposé avant la vente. L’ensemble du processus prend donc entre 18 et 30 mois. La marque Vinoterra est utilisée pour leurs vins faits en qvervri.

Vinoterra, cépage Mtsvane (blanc) 2014

La phase de macération en qvevris a duré 6 mois, puis 6 mois en barriques anciennes et 2 ans en bouteille.

La robe est orange, brillante et intense.  Le vin ne m’a pas semblé totalement sec. L’acidité est moyenne, mais l’impression est augmentée par une bonne dose de volatile. Un goût un peu chimique à cause de cela.

Vinoterra, cépage Kisi (blanc) 2014

Cette variété est assez rare (on m’a annoncé environ 50 hectares plantés dans le pays), mais les vins qui en sont issus (vinification en qvevri ou moderne) m’ont souvent bien plu. Le vin a passé 3 ans en bouteille après son cycle qvevri puis barrique.

Encore une robe d’un orange intense. Une impression de volatilité encore dans l’acidité, mais une texture bien plus raffinée que pour le vin précédent. Tannins et une touche d’amertume en finale. La meilleur des trois dégusté à ce domaine.

Vinoterra, cépage Saperavi (rouge) 2014

La Saperavi est le grand cépage rouge de la Kakhétie, que l’on trouve aussi ailleurs en Géorgie – et qu’on commence à planter ailleurs, comme en Australie.  Il a un peu le profil d’un Cabernet Sauvignon, avec encore plus de couleur, car le jus n’est pas blanc. Ce vin a passé 6 mois en qvevri, puis 12 moins en barrique, puis du temps que j’ignore en bouteille.

Le nez est étrange, avec des notes de levure qui dominent le fruit. Il y a du fruit noir au fond, mais aussi une impression de faible maturité et même de champignon (géosmine ?) avec des notes moisies. Un peu de sucre résiduel n’arrive pas à masquer une amertume prononcée. Franchement pas bon du tout !

Schumi Winery

Un domaine de 60 hectares qui existe depuis 15 ans. L’apparence est un peu vieillotte, avec un hangar en tôle qui abrite bureaux et lieu de production et des bâtiments épars en cours de réfection. Une collection ampélographique devant les bâtiments réunit 400 variétés de vignes, dont 300 géorgiens, et une misée d’objets, essentiellement céramiques, démontre la culture très ancienne (largement avant JC et tout cas) du vin dans la région. J’y ai dégusté deux vins issus de qvevris.

Kisi 2015

Robe d’un or pâle, ce qui prouve encore que le vin de qvevri n’est pas nécessairement orange. Cette fois-ci le nez est assez aromatique et aussi floral que fruité, ce qui mets à mal mon hypothèse précédente à ce propos ! En bouche c’est très sec, aux saveurs complexes de raisins secs et de fruits exotiques. la matière est fine et les tannins légers. Bonne longueur. De loin le meilleur vin de qvervri dégusté à présent.

Mukuzani 2013

Mukuzani est une appellation de la région de Kakheti qui emploi le cépage Saperavi.

Robe rubis intense. Le nez, d’intensité moyenne, m’a rappelé le jambon fumé. C’est assez fruité en bouche mais aussi très tannique. Les tannins dominent la fin de bouche. Rustique.

Un des chanteurs déguste le Kisi 2016 après l’ouverture du qvevri

GWS winery

Un des plus grands producteurs de la région et même du pays, mais dont les vins sont, depuis quelques années, sur une pente qualitative nettement ascendante sous le direction d’un français, Philippe Lespy.  Certains qui sortent en ce moment sur le marché sous leurs différentes marques font partie des meilleurs vins que j’ai dégusté en Georgie. Le même propriétaire possède aussi le Château Mukhrani, pas très loin de Tbilisi. GWS possède quelques 400 hectares de vignes en Kakheti (qui sont tous cultivées !) et vend sa production sous plusieurs marques : Old Tbilissi (entrées de gamme) Tamada (milieu de gamme) et une marque récente et plus moderne, Vismino.

Les vins de qvevris que j’ai dégusté ici sont en cours d’élevage donc je ne peux donner que les origines (cépage/parcelle/ appellation etc.) car ils ne sont pas encore en bouteille. Tous sont issus du millésime 2015 et dégustés en phase d’élevage, plus un blanc sorti du qvevri sous mes yeux et donc du millésime 2016. Ces vins passent, ou passeront, 5 à 6 moins en qvevris, puis 12 mois dans des barriques de plusieurs vins.

Saperavi, Tavkveri 2015

Arômes de violette, très parfumé. Encore un peu âpre à ce stade mais on décèle de la finesse dans les beaux tannins. Belle longueur et jolies amertumes.

Saperavi, Maghrani 2015

Cet autre lieu-dit est singulier car il comporte un lot de cépage rouge inséré dans un bloc essentiellement planté de blanc. Autrefois, pour un vin « traditionnel » tous aurait été vendange ensemble. Ici les rouges ont été séparés. Vin très intéressant par sa finesse, son joli fruité et sa longueur. On finit sur des notes amères qui semblent assez typique dans ce style de vinification.

Saperavi, Akura 2015

Nez intense et complexe autour de baies noires, d’épices et une touche de verdeur qui relève l’ensemble.

Kisi 2016 (blanc)

Ce qvevri était ouvert devant moi, avec une cérémonie de toute beauté rendu très spéciale grâce aux chants polyphoniques.

Peu d’arômes au début : il fallait beaucoup l’aérer pour le libérer se son prison enterre cuite et ce milieu réducteur. je comprends la nécessité de mettre ces vins en milieu oxydatif pendant un bout de temps avant la mise en bouteille. Ferme, avec une texture tannique et une acidité raisonnable. Des arômes mi-tendres commencent à s’apercevoir à l’aération (fruits blancs et estragon). Sa structure lui a permis de tenir tête à un chevreau rôti (je dirais plutôt cramé, car les géorgiens aiment leur viande très cuite !)

Un feu de hêtre réchauffe les corps dans le Marani (le bâtiment qui abrite les qvervris) chez GWS, tandis que les chants traditionnels réchauffent les coeurs

Conclusion

Je ne peux pas conclure cet article sans parler de la beauté exceptionnelle d’une autre tradition de ce pays : le chant polyphonique. On trouve cela aussi en France, au Pays Basque ou en Corse bien entendu. Les chanteurs géorgiens que j’ai eu le privilège d’entendre sont largement à la hauteur de tout ce que j’ai pu entendre de ces deux autres exemples de chant avec lesquels il partagent bien des choses : un mélange du sacré et du profane, des voix essentiellement masculines, un sens du cérémonial, et, surtout, la capacité de m’émouvoir aux larmes par la beauté des sons et des harmonies.

En ce qui concerne la tradition et le vin, je ne crois pas en la tradition per se. Autrement dit, il ne sert à rien de dire que c’est une pratique « traditionnelle » (ce qui, en général, ne veut rien dire de précis, d’ailleurs) sans démontrer que le résultat est non seulement singulier et intéressant, mais qu’il peut apporter du plaisir au consommateur. Les vins issus de qvevris sont comme tous les autres, dans le sens ou il y a des bons et des pas bons. Il ne faut pas qu’ils deviennent une sorte de fantasme fétichiste, bons pour bobos ou hipsters. Un mélange de techniques traditionnelles et modernes leur est clairement bénéfique. J’ai dégusté, dans un restaurant, un vin blanc de qvevri que l’on pourrait qualifier de « très traditionnel » mais assez ignoble, transporté dans un bidon en plastique et qui était servi pour une fête dans la salle voisine. C’est un exemple typique du vin que tout un chacun fait à la campagne en Géorgie avec son vignoble qui, d’après ce que j’ai vu, est souvent très mal entretenu. Pas buvable en tout cas !

Les vins de qvevris, comme les chants polyphoniques, sont une sorte de trésor national qu’il convient non seulement de conserver, mais aussi de faire évoluer. La Géorgie est un beau pays mais que j’aimerais voir un peu mieux respecté sur le plan de son environnement par certains de ces citoyens.

Les vins géorgiens prennent ce chemin du respect et de la modernisation, doucement et sûrement, et ils auront un avenir dans des marchés internationaux en dehors des pays de l’ancien bloc soviétique s’ils sont bien menés, individuellement et collectivement.

David

 

PS. Je n’ai pas encore le résultat du match de rugby qui opposait la Géorgie à la Russie dimanche à Tbilisi, mais on peut prévoir un score important en faveur de la Géorgie, fierté nationale oblige. Good game !

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

23 réflexions sur “La Géorgie: réflexions sur le poids et le rôle des traditions

  1. Michel Dovaz donne une assez bonne définition de la tradition : « La tradition c’est de l’actualité qui a réussi ». Ca me semble pertinent.

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  2. Belle définition, Alain.
    Les latinistes se rappelleront que tradition vient du verbe trado (via traditum): donner, abandonner, laisser, enseigner.
    La tradition, c’est ce que l’on (aban)donne aux nouvelles générations, en quelque sorte.
    Curieusement, ce même verbe a aussi donné trahir.

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  3. Il ne faut pas confondre « tradition » et « archaïsme », il serait idiot de jeter la première aux orties, on peut en garder le bon et la faire évoluer, contrairement au second…
    Marco

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  4. Marco, c’est exactement ce que j’essaie de dire.

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  5. Quel plaisir de lire votre papier sur la Géorgie, cher David ! Des beaux souvenirs qui remontent à la surface et notamment l’émotion intense que procurent ces merveilleux chants polyphoniques, comme vous l’exprimez si bien. J’y étais il y a deux ans avec notre ami commun Claude Samson, malheureusement décédé depuis. http://generationvignerons.com/?s=georgie. Je retrouve les mêmes Domaines, Schuchmann, Vinoterra, Gws. Avez-vous des nouvelles de Jacques Fleury du Château Mukhrani ? De John Wurderman de Pheasant’s Tears, le seul bio de Géorgie, je crois; je retrouve les mêmes grimaces liées à la dégustation des vins élevés en Qvervris….J’avais ramené quelques bouteilles ici et ma dégustation tourna au fiasco. Le vin géorgien reste sacralisé, il est associé au fameux repas géorgien, aux fêtes ritualisées d’un pays chrétien orthodoxe, extrêmement religieux. Le vin Qvervris s’apprécie sur place, chargé de l’émotion que procurent les chants polyphoniques et les discours du Tamada; pour celui qui est en quête d’authenticité, la Géorgie est une destination prioritaire. Quant au débat sur la tradition, la question est relative; Tbilissi est une capitale qui associé parfaitement tradition et modernité. Je ne doute pas que les jeunes et talentueux oenologues géorgiens, souvent formés à Dijon, trouvent la parade au goût végétal marqué du vin Qvervri.

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  6. De belles découvertes à faire en Géorgie.

    Je me permets en petit cr en ligne, montrant des blancs et des rouges finalement variés :

    Vins géorgiens – 14 juin 2015 – Dégustation organisée par Anna Alexeeva

    1. Nikoladzeebis Marani (Ramaz Nikoladze) Tsolikouri 2014 Nakhshirgele/Terjola (Imereti)
    14/14,5
    Fermentaire, citronné, acide. Manque de densité et de longueur.

    2. Iago’s Wine Chinuri 2013 Chardakhi (Kartli)
    15/15,5
    Du caractère, un peu d’oxydation, une sensation de macération des peaux. Bonne complexité aromatique (noix, herbes, zestes d’agrumes, eau de vie de prune). Plus gras et plus long que le premier vin. Touche alcoolique.

    3. Kortava Mtsvane 2014 Gremi-Shilda/Sabue (Kakheti)
    13/20
    Robe foncée. Notes de mirabelle, de zeste d’orange (Sauternes, pour mon voisin de table). Autant le nez est agréable, autant la bouche est dévalorisée par un goût terreux féroce (et des tannins extrêmement volontaires).

    4. Alaverdi monastery cellar Khikhvi 2011 Akhmeta (Kakheti)
    14,5/20
    Robe très foncée/orangée. Volatile soutenue pour un vin éthéré, difficile à déchiffrer tant il est rugueux et acide. Il suffira de trouver le plat idoine.

    5. Junior’s Marani Rkatsiteli 2014 Shilda (Kakheti)
    Les raisins sont achetés en Tsinandali microzone.
    15,5/20
    Ce qui frappe ici (et dans ce contexte de vins virils), c’est la délicatesse d’approche. Notes douces de coing, d’abricot, de Cointreau. Bouche à l’avenant, domptant magistralement ses tannins.

    6. Kortava Rkatsiteli 2014 Gremi-Shilda/Sabue (Kakheti)
    Les raisins sont achetés en Akhmeta microzone.
    13/20
    Senteur marquée de moût de raisin. Trame acariâtre (d’une macération appuyée ?) et encore ce fâcheux (volontaire ?) goût terreux.

    7. Tsikhelishvili Wines Rkatsiteli 2010 Zemo Alvani/ Akhmeta (Kakheti)
    14,5/20
    Robe soutenue. Olfaction ranciotée, tannins puncheurs. Ingrat, ultra rustique, à l’opposé du vin n°5.

    8. Iberieli Wine Seller (Zurab Topuridze) Saperavi 2014 Chokhatauri (Guria)
    Les raisins sont achetés en Kakheti.
    15/20
    Robe claire (de poulsard ?). Léger, élégant, retenu en tannins. Me fait penser à un Passetoutgrains, avec un gentil goût de grenadine.

    9. Kortava Saperavi 2014 Gremi-Shilda/Sabue (Kakheti)
    14/20
    Nez amylique, lacté. Le vin me rappelle un pinot et le goût caractéristique terreux des blancs affuble aussi ce rouge.

    10. Kerovani Saperavi 2014 Sighnaghi (Kakheti)
    14,5/20
    Détection de volatile, un aspect sudiste (grenache ?). Le vin est intéressant, avec son fond tannique décidé.

    11. Kakhaber Berishvili Saperavi 2013 Artana/ Napareuli microzone (Kakheti)
    15/15,5
    On change de registre avec une robe saturée (les suivantes le seront également), un nez animal puissant (épices, graphite, réglisse). Bouche coriace, acide et tannique (mais sans agressivité). S’accordera bien aux plats géorgiens qui suivront.

    12. Malkhaz Jakeli Wines Saperavi 2013 Khashmi (Kakheti)
    14,5/20
    Gelée de cassis dans une bouche contenant un peu de gaz et du sucre. Forte acidité. Originalement gourmand (me rappelle la Tannat passerillé Maydie, qui est lui fortifié).

    13. Friend’s Celler Saperavi 2010 Nekreci / Kinzmarauli microzone (Kakheti)
    14,5/15
    Bonne matière, terrienne, austère, tannique. Tenue et longueur (et moins d’acidité que dans le vin n°11). Goût simplifié de clafoutis. Rusticité assumée.

    14. Winery Nika (Nika Bakhia) Saperavi Amor 2012 Tsaraphi vignoble/Anaga village/ Sighnaghi (Kakheti)
    15,5/16
    Très beaux arômes : épices, herbes infusées, terre humide (mais ici, un « goût de jarre » au service du vin). Construction joviale, avec du tonus, dans un style plus facile/charmeur/enrobé que celui du vin n°11.

    15. Alaverdi monastery cellar Saperavi 2011 Akhmeta (Kakheti)
    13,5/20
    Un vin malheureusement fané/éteint, aux parfums tristes, marqué qui plus est par l’alcool.

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  7. Voilà le genre de papier qu’un blog permet, alors que la presse spécialisée de jadis (tradition?) n’aurait jamais consacré autant de lignes à un sujet aussi anecdotique, même pas le Rouge et le Blanc. Et tu sais que j’adore l’anecdotique, David.
    En même temps, il est normal que le Géorgie fasse appel à un … Anglais (même tenté par l’apostasie) pour ses formations. Mais on n’est pas encore le 23 avril.
    J’ai beau scruter et décortiquer ton texte, pas un seul émerveillement vinique, quand même, alors que, du temps des empereurs français, allemands et des tsars, le vin de Géorgie (et de Constantia, un peu plus au sud) faisait les beaux jours des tables de l’aristocratie. Tout change, comme tu le fais remarquer.
    J’ai aussi été surpris, mais Hervé Lalau, par osmose avec sa fille, est plus compétent que moi sur le sujet, d’apprendre que Schumann est impliqué dans le chant polyphonique. Ici aussi, tradition, il ne faut pas confondre chant géorgien, qui t’émeut aux larmes tant il est chargé d’émotion et d’harmonie, et chant grégorien, dans lequel, si je suis bien renseigné, tous les accords doivent être majeurs car le mode mineur serait trop chargé de sensualité pour les besoins lithurgiques.
    Et pour finir, heureusement que votre fidèle Laurent ne publie qu’un PETIT cr car vous auriez des problèmes de stockage chez votre hébergeur!
    Plus sérieusement, David, voici le mini dossier qu’il fait bon lire, merci. Comme on dit en géorgien de l’est: « Dolia glouglou, bonbon staumak! ».

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    • Les polyphonies qui ont ému David contrastent se façon déterminante avec le grégorien, caractérisé par une rigueur monodique propice à la prière. Un important virage a été pris en faveur de la polyphonie avec Philippe de Vitry qui a su convaincre le pape avignonnais Jean XXII d’accepter « l’ars nova » (et donc la polyphonie), si différent de « l’ars antiqua ». Sous le pontificat de Clément VI, de magnifiques motets ont été écrits en Avignon et réunis dans un recueil appelé « Messe de Barcelone » ; en effet, des chanteurs de la chapelle pontificale d’Avignon fréquentaient la chapelle royale de Barcelone et transmettaient ainsi les oeuvres écrites à la cour du Pape. Il s’agit d’un cycle polyphonique complet qui est devenu emblématique de l’ars nova et de la polyphonie.

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      • Grand amateur de jazz moi-même, et donc d’intervalles parfois assez surprenants, j’ai pu « profiter » néanmoins d’un réveil au chant grégorien (si si). J’effectuais une petite croisière de plaisance sur une péniche fluviale de 11 m de long, parcourant un tronçon de la Sarthe et de la Mayenne. Un soir, nous avions planté notre piquet au pied de la muraille de l’abbaye de Solesmes, où l’amarrage est autorisé. Au petit matin, ce sont les voix des pères – des Bénédictins, je crois – qui nous ont fait ouvrir un oeil. Magique.
        Il faut dire que, comme beaucoup de jazzmen actifs (je ne suis qu’auditeur, moi, hélas), j’apprécie la musique de la renaissance, et puis le baroque à sa suite. Un ami, qu’Hervé connaît bien (Herwig Van Hove), excellent joueur (amateur) de flûte baroque, m’a dit un jour: « Tu sais, Lucske, le disco commence avec Telemann! ». Il m’a bien fait rire. Et on reste en phase avec la Georg … ie!

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  8. Schuchmann et non Schumann.

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  9. Luc,

    J’en ai bavé pour noter les intitulés des vins avec précision … (et je n’ai pas, désolé, de lien web disponible).
    On dit que la France travaille 200 cépages, l’Italie 300 et la Géorgie 600 …

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    • Tu a saisi l’admiration dans mon commentaire. Le tien sent d’ailleurs la salive …
      Pour les chiffres: on parle de Peugeot 204 de légende, de la Ferrari 330 (la fameuse P4) tandis que le camion emblématique de la Kutaisi Automotive Plant est le KAZ … 608. Le parallélisme est respecté.

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  10. Une question bête (mais c’est à ça qu’on sert): où peut-on trouver ces vins en France, en Belgique ou en Suisse? Les producteurs géorgiens s’intéressent-ils à nos importateurs, et réciproquement?

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    • http://www.vins-etonnants.com/ voilà un lien que donnait un certain D. Cobbold sur votre blog en 2015.
      Un curieux virus me fait des jambes de plomb depuis hier soir, ce qui me donne le loisir de flâner sur le net et de tenter de te renseigner, ô Hervé. En même temps, les importateurs européens ont déjà beaucoup de mal à vendre les vins qu’ils ont en stock pour le moment, même s’ils sont connus. Alors, des flacons si exotiques …

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  11. Hervé,

    Les vins que je décris avaient été sélectionnés par une amie biélorusse.
    Je pense qu’elle avait fait ses emplettes sur place.

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  12. Merci, David et commentateurs. Ce délicieux billet me fait penser à un voyage d’expertise réalisé en 2006, en compagnie d’amis professionnels de la vigne et du vin, en Russie, à 250 km au nord-ouest de l’Abkhazie, à Anapa, dans un domaine de 1500 hectares. Tout était resté sur le modèle kolkhozien : les vignes étaient dans un état pitoyable, mal taillées, avec des allures de buissons ; la cave sale, les cuves en béton revêtues de carreaux émaillés dont la moitié étaient tombés ; le matériel agricole : un tas de ferrailles. Nous avons été étonnés par la largeur importante de l’inter-rang ; réponse : cette largeur est calée sur celle des bennes à vendanges (effectivement très larges) !!
    Les vins : blancs imbuvables et rouges tous hyper-oxydés ou cassés. Peu importe, nous a-t-il été dit : les volumes produits sont automatiquement pris par le marché ; entendre par là que le « système » n’accorde aucune importance à la qualité du produit et trouve le moyen de l’écouler…ou de le distiller, nous ne l’avons pas su.
    Nous étions à des années lumières de la situation décrite par David, et pourtant à une distance, « géographiquement parlant », relativement faible, dans un contexte climatique presque identique… des expositions remarquables et de beaux terroirs.
    La tradition de cette belle Géorgie viticole, attachée à des valeurs culturelles et sociales fortes, permet de sauver et de faire vivre des manières de faire, des cépages et des produits singuliers, ce qui est tout à fait passionnant.

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    • Anapa se situe à 1500 km de Tchernobyl (à peu près, n’ergotons pas). Et « l’accident » avait eu lieu vingt ans plus tôt. Calculez l’exposition d’un géologue de corpulence moyenne qui touche une benne à vendange métallique de la largeur de l’inter-rang soviétique, sachant que Svetlana Alexievitch lui avait donné l’assurance de sa protection.

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  13. Je vous remercie tous de vos commentaires et rajouts. Vous vous donnez la peine de lire et d’écrire et cela donne une belle polyphonie à la fin.

    Ce pays (la Géorgie) est passionnante et il est vrai aussi que Tbilisi combine très bien modernité avec histoire. Les vins sont malheureusement très peu disponibles en France, mais je pense, honnêtement, que ce sont les vins « modernes » qui ont le plus d’avenir, et non pas ces reliquats d’une tradition millénaire que sont les vins issus de qvevris, aussi respectable qu’elle soit.

    La Géorgie a battu la Russie 28-14 hier à Tbilisi, ce qui démontre que la Russie résiste à la plus forte équipe. Cela inverse la donne habituelle !

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  14. C’est la 14ème victoire consécutive de la Géorgie, qui mène actuellement au classement du Championnat d’Europe de Rugby, devant la Roumanie et l’Espagne, la Russie étant avant dernière, juste devant la Belgique (où il faut dire que le rugby n’est pas un sport de masse).

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