Les 5 du Vin

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Vino e musica

Fin juin, deux professeurs de musique, Marie Haag (violon)Thomas Deprez (flûte) et moi-même organisions un concert mariant musique baroque et vins d’Italie.

Les grands compositeurs racontent dans leur musique un peu de leur origine, de la société dans laquelle ils vivent, tout comme un bon vigneron transmute le sol, le climat dans son vin. En agriculture, on appelle ça le terroir; ce mot évoque d’abord un milieu physique et pourtant, il ne faut pas oublier l’élément humain; comme c’est le travail du vigneron qui permet d’exprimer les qualités du cru, c’est la personnalité, la sensibilité du musicien qui exprime, qui sublime l’air du temps dans la musique.

L’histoire fourmille d’anecdotes à propos du vin et de la musique; Beethoven avait sa guinguette attitrée à Heiligenstadt, près de Vienne; Wagner a composé un opéra chez M. Chandon, élaborateur de Champagne et organiste amateur. Les bulles de son vin ont d’ailleurs accompagné les succès et les échecs de Wagner tout au long de sa carrière; que ce soit pour fêter le succès ou pour faire passer le goût de l’échec.

Mais venons en programme de l’événement, qui tournait autour du baroque italien.

Quelques mots d’abord sur la méthode pour assortir vins et musique. Il n’y a pas qu’une seule façon de faire; on peut se baser sur l’histoire des musiciens, ou sur le morceau lui même; cette-fois, nous avions choisi de faire les deux. Les musiciens sont italiens; nous nous sommes demandés ce qu’ils auraient pu boire; mais aussi, quels vins pourraient faire écho aux sentiments évoqués par leur musique.

La construction peut sembler un peu artificielle, mais elle ne l’est pas tant que ça; d’ailleurs, bon nombre de mots courants dans le vocabulaire musical sont également utilisés dans  les commentaires de vins – vivacité, richesse, structure, harmonie, force, longueur… Notre but, très modeste, était donc de créer une expérience globale où le vin vienne s’appuyer sur la musique.

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Le patchwork de l’Italie du 18ème siècle

Notons qu’au  18ème siècle, époque de création des œuvres qui vont être jouées aujourd’hui, l’Italie telle que nous la connaissons n’existe pas encore; elle est constituée de nombreuses principautés, duchés, républiques et il faut un passeport pour passer de Venise à Rome et de Rome à Naples ou à Florence. Grosso modo, le Sud est espagnol, le Nord est autrichien et le centre est au Pape. Des alliances se nouent et se défont, les puissances étrangères pèsent sur les relations entre les différents Etats, influencent le mode de vie, la culture. C’est dans ce monde compliqué et passablement agité que sont nés les trois musiciens dont les œuvres ont été jouées: Bonporti, Vivaldi et Corelli.

Un amateur éclairé

Le premier musicien que nous avons entendu, Bonporti, est originaire de Trente, ville d’expression italienne, mais qui appartenait à l’époque à l’Evêché du Tyrol, et plus largement, à l’Empire Romain Germanique. Bonporti fera d’ailleurs une partie de ses études à Innsbruck.

Son occupation principale étant la prêtrise, il se considérait lui-même comme un compositeur amateur. Amateur éclairé, alors!

Bonporti

J’ai choisi de lui associer un des vins les plus en vogue de sa région d’origine, le Prosecco. Mais pas n’importe lequel : un DOCG Asolo – une des deux sous-zones du Prosecco Superiore.

Avant d’être une dénomination, Asolo est d’abord un charmant village de la province de Trévise, qui fait partie de l’association des plus beaux villages d’Italie. Le lieu est réputé depuis des siècles pour la finesse de ses dentelles.

Des dentelles que l’on retrouve dans la musique de Bonporti, à la fois aérienne et pleine d’esprit.

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Et l’Asolo que nous vous proposons de déguster est lui aussi tout en dentelles ; il présente de jolies notes de pommes et de fleurs blanches. Il ne titre que 11° d’alcool, mais n’a rien de fuyant en bouche.

La zone viticole de collines argileuses dont il est issu est protégée des vents du Nord par les Préalpes de Trévise.

Anna Perenna n’est pas le nom de la productrice du vin, mais celui d’un ancien personnage de l’Antiquité – la sœur de la Reine Didon de Carthage. Il est produit par la maison Sartori, de Vérone, à partir du cépage Glera, anciennement appelé Prosecco. Ce n’est pas une méthode champenoise, mais une méthode Charmat, alias cuve close.

Importateur: Delhaize. Prix : 9,49 euros.

 

Les quatre saisons d’Antinori

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Beaucoup plus connu, le second musicien, Vivaldi, est né et a passé le plus clair de sa vie à Venise, où il fut ordonné prêtre, lui aussi.

Mais nous avons choisi de l’associer à une autre grande cité italienne: Florence. Et ce, pour plusieurs raisons; d’une part, Vivaldi a dédié une de ses oeuvres majeures, l’Estro Armonico, au Grand Duc de Toscane, doge de Florence. Une oeuvre dont Jean Sébastian Bach, qui l’admirait, a écrit plusieurs transcriptions pour clavier.

Autre raison de notre choix : Florence est la ville de la famille Antinori, dont nous avons choisi un vin, le Villa Antinori Chianti Riserva DOCG 2012.

C’est une maison dont Vivaldi aurait très bien pu savourer un des vins, quelle que soit la saison, car c’est la plus vieille maison de vin au monde.

Antinori

Mais il y a une dernière raison à ce choix : ce vin est à la fois joyeux, enlevé, et bien structuré. Comme un morceau de Vivaldi, toujours tellement bien construit qu’on se dit que tout s’enchaîne naturellement, de manière fluide et simple, tout en harmonie. Et pourtant, quel travail !

Ce 2012 assemble 90% de sangiovese – le cépage toscan par excellence – à 10% de cabernet-sauvignon. C’est un riserva, ce qui veut dire qu’il a été élevé au moins 27 mois avant d’être mis en marché. Dans le cas qui nous intéresse, il a passé plus d’un an et demi en foudres et en fûts de chêne hongrois et français.

Importateur: Deconinck. Prix: environ 23 euros.

 

by John Smith, after Hugh Howard, mezzotint, 1704

 

Opera Mia

Le troisième musicien, Corelli, est natif de Romagne, la région du Lambrusco – qui faisait alors partie des Etats Pontificaux. C’est d’ailleurs à Rome qu’il trouve ses principaux mécènes ; mais il séjourne aussi à Bologne, à Modène et à Naples, alors sous domination espagnole.

C’est dans cette dernière ville que furent retrouvés plusieurs manuscrits de sa main, qui ont permis de redécouvrir son œuvre.

Une oeuvre qui a inspiré Handel, Bach et Bonporti, entre autres. Au point que bons nombre de musicologues considèrent que « tous les chemins des grands compositeurs de concertos du 18ème mènent à Corelli ».

Son séjour à Naples n’a pas été très favorable à Corelli : ayant rencontré plusieurs violonistes virtuoses, il en aurait été dégoûté d’écrire.

Quoi qu’il en soit, cet épisode napolitain nous a lancés à la recherche d’un vin de la région qui pourrait correspondre à son oeuvre.

Nous l’avons trouvé dans un Taurasi, le grand rouge de Campanie – sans doute un des seuls rouges du Sud de la Botte digne de se mesurer, en raffinement et en longévité, avec les grands vins de Toscane ou du Piémont.

Ce vin présentait aussi un lien avec notre assistance belge, puisqu’il est produit par une œnologue native de Bruxelles, Milena Pepe, qui officie à la Tenuta Cavalier Pepe, face au joli village de San Angelo d’Asca, près d’Irpina.

Bien que sa situation soit sudiste, n’allez pas imaginer un vin très solaire, souple et marqué par l’alcool ; nous sommes sur les contreforts des Appennins, les hivers sont rudes, les vents aussi, les raisins sont lents à murir, particulièrement l’Aglianico, héritage de l’Oenotria– ainsi s’appelait en effet le sud de l’Italie, colonisé par les Grecs.

Ce 2009  a du fruit (cerise, marasquin), de la fraîcheur, de la mesure, de la classe et de la charpente ; là encore, il s’agit d’un vin construit, d’une oeuvre.

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La cuvée porte d’ailleurs un nom très musical : Opera Mia. L’idée de Milena est de pouvoir offrir des Taurasi pouvant être consommés assez jeunes, comparativement à la plupart des autres vins de l’appellation, dont on se demande parfois s’il est possible de les apprécier du vivant des producteurs – notez que c’est le problème qu’on connu parfois certains compositeurs…

Importateur: Marcon Vini. Prix: 21 euros.

J’arrêterai là mes commentaires, car en musique comme en vin, le commentaire est secondaire. Le plus important, c’est que vous goûtiez et vous fassiez votre propre opinion.

Le plus beau, avec le vin, comme avec la musique, c’est que nous avons tous tous les outils nécessaires pour apprécier l’oeuvre : des oreilles, dans le cas de la musique ; un nez et une langue, pour le vin.

Il ne pas nécessaire d’avoir étudié la musique ou le vin pour pouvoir en écouter ou en goûter.

D’un autre côté, en savoir un peu plus sur l’origine, la technique employée, permet certainement de mieux comprendre ; de les re-situer dans leur contexte, voire de les marier, comme on peut le faire avec des mets.

Hervé Lalau


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Une soirée à Tudela de Duero

La semaine dernière, j’étais dans la Ribera del Duero, l’occasion pour moi de revoir des amis, de partager une soirée avec eux, et avec vous, les bons moments de dégustation. C’est Ange Garcia qui était derrière les fourneaux, un grand cuisinier qui a pas mal bourlingué depuis Perpignan, il est passé par Londres et enfin s’est posé à Madrid, où il a acquis une belle notoriété.  Sa cuisine est classique, très terroir et surtout très généreuse. Nous sommes tous les deux originaires de Perpignan, presque concurrents à l’époque où chacun de nous avait son restaurant, puis des années plus tard nous nous sommes retrouvés à LAVINIA, lui y exerçait ses talents au restaurant.

Avec nous, il y avait Jean-François Hébrard (Quinta de la Quietud), dont je vous ai déjà parlé – lui, je l’ai connu chez Jean-Luc Colombo. A l’heure actuelle, il est consultant pour plusieurs domaines et il avait amené quelques bouteilles qui ont accompagné avec plus ou moins de succès la cuisine d’Ange.

A l’apéritif, il nous a fait gouter un Rias Baixas rouge Attis Pedral 2013. Il faut déjà savoir que 2013 a été une année compliquée pour Rias Baixas, et encore plus difficile pour les rouges, dont la production est d’ailleurs très limitée, elle représentait 0,77% de la production totale en 2015, mais la tendance est nettement à la hausse.

Le Pedral est un cépage autochtone, c’est la première fois que j’en entends parler, d’après Jean François, il n’est présent que dans les Rias Baixas et un peu au Portugal, à vérifier. En cherchant, j’ai pu voir que les autres noms pour ce cépage seraient: alvarinho tinto, bairrada, baga, baga de Louro, dozal, penamacor, poeirinha, rufeta, rufete, tinta carvalha et tinta pinheira.

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La couleur n’est pas très prononcée, le nez m’étonne, très frais, entre le cabernet franc et le pinot noir, très floral, marqué par des notes de violettes et de roses de jardin fanées, d’herbes, très subtil. En bouche, il est tout aussi surprenant, c’est un vin atlantique, délicat, tout en rondeur, gourmand, frais, fruité et épicé, il n’est pas très long, mais tellement charmeur ! Un vrai régal.

Il titre 12º, il a été élevé 12 mois dans des foudres de chêne français de 500l de 2 ou 3 vins, mais le bois est parfaitement intégré, le vin n’est pas du tout marqué.

Seul hic, la production est très limitée : 800 bouteilles et donc le prix un peu élevé, dans les 28€ si on arrive à en trouver.

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A table, Ange nous avait préparé en entrée, un plats d’asperges de Tudela avec du foie gras. Jean-François nous a débouché un vin orange, le Sitta Laranxa 2014 du domaine Attis. Chez ce domaine, les vins qui sont en appellation s’appellent ATTIS et ceux qui n’y ont pas droit se dénomment SITTA (Attis à l’envers). Et Laranxa veut dire orange en galicien. J’étais assez étonnée que Jean-François nous propose un « orange wine », bien que très adepte du bio et pas du tout interventionniste, je ne le pensais pas versé dans les vins « naturels » et j’avais raison.

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C’est un 100% albariño, qui a supporté 15 jours de macération pelliculaire, malo faite, en fait travaillé comme un rouge en cuve inox pour le moment : un orange propre, et pas oxydatif. C’est orange, pour la couleur et dans le sens où le vin a été travaillé comme un rouge, élevé 6 mois sur lies fines, mais pas en oxydatif.

Production : 1800 bouteilles et c’est un Vino de España.

Le temps qu’il nous en parle, et le nez s’ouvre lentement et développe ses arômes de plantes comme la camomille, le miel jeune, très élégant. La bouche est franche, même si on perçoit une très légère volatile qui lui apporte du nerf et de la fraicheur.

Il fait 11º, donc il n’est pas très long, mais il se marie très bien avec le plat, il résiste à l’asperge et accompagne le Foie gras, le fait glisser, quel bon moment !

Le plat suivant, un classique de la cuisine, revisité par Ange, des Ris d’agneau accompagnés de petits pois frais et de fèves toujours de Tudela ; la couleur dominante de la soirée était le vert, ce qui généralement ne convient pas très bien au vin, mais on s’en était très bien sorti avec les asperges…

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Jean-François ne connaissant pas le menu avait apporté un grand Rioja, un Berberana Reserva 1964. Nous l’avons gouté avant le plat, au grand dam d’Ange; les mots nous ont manqué tellement le vin était beau, voluptueux, caressant, soyeux. Ce style de vin, on n’a pas vraiment envie de le décrire, juste de le boire, des vins comme ça on n’en trouve plus aujourd’hui, je me demande sans vouloir offenser personne, si on serait encore capable de les faire. Il est vrai que 1964 était une très grande année en Rioja. La couleur est très tuilée, mais le vin a encore du volume et de la mâche, et vous me croirez ou non, il a résisté au plat et ça n’a pas été un mariage de raison, mais un mariage d’amour. J’adore ces notes traditionnelles d’élevage qui étaient données par le bois américain, le nez est intense, le grenache amène les notes de fruits rouges à noyau, d’épices, on termine sur un fond balsamique très élégant, qui allaient si bien avec le plat. La bouche était grasse, concentrée, intense, enveloppé par une belle acidité, d’un grand classicisme d’avant les années 80. Un grand vin, authentique, unique, «insuperable, irrepetible», et à son apogée.  Nous étions si bien ensemble, le vin, le plat et nous !

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Il y avait un fromage, une sorte de bleu pas très fort, Ange m’a dit d’où il venait, mais je n’ai pas retenu. Jean-François nous a proposé un Sitta Pereiras blanc 2015, Pereiras, c’est le nom de la parcelle, située dans le Val Do Salnès, c’est un vin doux, 100% albariño, qui titre entre 7et 8º avec 80gr de sucre et 12g d’acidité naturelle !

Une acidité énorme, le nez est très pomme verte, fruits blancs, c’est un vin très désaltérant et très frais, aromatiquement un peu court. Très joli vin, mais mariage impossible avec le bleu, Ange a repris le Pedral du début, Jean-François le vin orange et moi, j’ai gardé par plaisir le Berberana.

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Sur les desserts au chocolat, c’est encore le Berberana qui se défendait le mieux, Ange et moi réclamions du Maury ou du Banyuls mais nous n’en avions pas…

Prix public de ce Pereiras 12,90€ la bouteille de 0,5L

Quelle magnifique soirée, merci mes amis!

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

 


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Que boire avec des petits pois à la Catalane ?

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La saison des petits pois tire à  sa fin, elle est courte: de mars à juin!

J’ai voulu en profiter une dernière fois cette fin de semaine, et comme d’habitude j’ai hésité sur le choix du vin qui allait les  accompagner.

Je ne sais pas si vous avez déjà gouté des petits pois du Maresme, ou «caviar du Maresme», comme on l’appelle ici, ils valent vraiment le détour. Il ne faut pas se fier à leur taille, ils sont gros c’est vrai, mais cuisinés juste fraichement cueillis ils sont tout simplement divins. Verts et croquants, les petit pois ont un goût légèrement sucré. Et pourtant, on ne les mange quasiment que dans des préparations salées.

Je vais vous donner ma recette (très facile) que je tiens de ma grand-mère qui était catalane.

Ingrédients pour 2 personnes:

1,2kg de petits pois

4 ails tendres

3 oignons nouveaux

1 boudin noir

Huile d’olive vierge

Sel, poivre, une feuille de laurier

Une cuillère à café de sucre

Menthe fraiche

1 petit verre de rancio ou si vous n’en avez pas, un verre de vin blanc

200 grammes de jambon ibérique taillé en morceaux

Fond de veau ou de volaille

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Dans une casserole faites revenir les oignons, l’ail tendre taillé en lamelles, et les dés de jambon ibérique avec un peu d’huile d’olive. Quand tout est doré, ajouter le verre de rancio ou de blanc, laisser évaporer l’alcool. C’est le moment d’y ajouter les petits pois et le boudin noir ainsi qu’un peu de fond de volaille ou veau. Sel, poivre, sucre et laurier. Laisser cuire 10/15 minutes et  couvrir  pour qu’ils terminent de cuire seuls. Quelques minutes avant la fin de la cuisson, rajouter les feuilles de menthe sur le dessus. C’est prêt !

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Que boire avec ? Ici, dans le Penedès, on aime bien les accompagner avec un cava rosé. Mais j’avais envie de changement !En regardant dans ma cave, j’ai repéré 4 vins, qui attendaient ma dégustation, et comme c’était dimanche, nous avons décidé de les tester tous les quatre, un brin de folie de temps à autre ne peut pas faire de mal.

Deux blancs, un rosé et un rouge.

Le premier blanc était un Châteauneuf du Pape Domaine des Sénéchaux 2010,  constitué de 33% de roussanne, 29,5% de grenache blanc et 8% de Bourboulenc. La couleur  était légèrement évoluée, le nez offrait des notes de poires, pommes légèrement oxydées, mais pas désagréables. En bouche un corps moyen, associé à une acidité moyenne et à une bonne « crémosité », ont rendu acceptable le mariage avec les petits pois. Le vin a résisté, le coté végétal n’a pas été amplifié et la légère oxydation a bien accompagné le jambon. Mariage de raison, mais pas totalement satisfaisant, j’attendais mieux de ce Châteauneuf.

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Nous sommes donc passés aux autres vins, du Roussillon cette fois-ci et plus précisément des Aspres : ceux de Julien Ditté et Olivier Cazenave, dont le joli nom AMISTAT, est déjà tout un programme. Des vins que je suis depuis leur premier millésime puisque je connais bien julien, nous avons eu le même employeur dans les années 91, Robert Pairot, bouchonnier, mais aussi propriétaire des Feuillants. Après un passage dans le Bordelais, où nous nous sommes retrouvés au même moment, j’ai suivi ses pas à son retour en Terre catalane. Les deux amis louent 4 parcelles, exclusivement des vieilles vignes, plantées entre 1947 et 1955, disséminées sur la commune de Tresserre. Choisir le Terroir des Aspres, en dit long sur le caractère de Julien, ici les vignes connaissent la tramontane et la marinade, elles ne sont pas très recherchées, mais pour qui c’est le comprendre, c’est un Terroir authentique, si catalan, et si prenant. Moi aussi, je crois à ce terroir , je l’aime, et je ne suis pas étonnée par les vins qu’il a su en tirer, proches de la nature,  différents et sincères! On ne peut pas dire qu’ils suivent le courant des vins naturels, mais c’est vrai que julien utilise le minimum de soufre nécessaire, pour garder aux vins le maximum d’authenticité et de pureté.

Nous avons commencé par le Tatsima 2015 Vin de France

Un 80 % grenache gris, 20 % grenache blanc cueillis à la main à parfaite maturité sans élevage sous bois. J’avoue que j’ai commencé par aimer l’étiquette et ensuite la couleur rose orangé.  Si c’est un rosé, je n’en suis pas certaine, rien sur l’étiquette ne le confirme, mais c’est comme ça que je le perçois, il est taillé pour la garde. Le nez est franc et complexe, il évolue vers des notes moelleuses de fruits à noyaux et d’amandes, tandis que la bouche ample révèle une grande puissance aromatique, mais enveloppée d’une très grande  texture ronde et gourmande. Il s’est comporté merveilleusement bien avec les petits pois, d’abord sa couleur, elle rappelait celle de certains morceaux de jambons translucides, sa puissance lui permettait de résister à ce plat quand même fort en gout, n’oublions pas l’ail, l’oignon… et bizarrement sa fraicheur sublimait la menthe et une note légère de rancio que je n’avais pas relevé lors du premier verre, arrivait en finale pour enlever le plat.

Un grand rosé authentique, pas dans la modernité, ni dans la tradition, un rosé avec un caractère trempé aussi puissant et viril que notre Tramontane : il décoiffe « grave » comme diraient les jeunes.

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Du coup je n’avais plus envie d’ouvrir les deux autres bouteilles, devant l’insistance de mon compagnon, j’ai cédé.

Prix public TTC : 20 à 25 euros

J’ai donc débouché l’Amistat Blanc 2014, c’est un Vin de France 40 % grenache gris, 30 % macabeu, 20 % grenache blanc cueillis à la main à parfaite maturité.  Comme pour le rosé, Vignes plantées vendanges manuelles issues de vignes plantées entre 1950 et 1960.

Léger débourbage. Sulfitage : 2 à 4 g/hl. Fermentation alcoolique et malolactique en demi-muids de chêne français, élevage : 12 mois dans ces mêmes demi-muids avec bâtonnage des lies. Soutirage direct et mise en bouteilles par gravité.

Sa couleur est jaune paille, avec des reflets légèrement dorés, d’une belle intensité. Le nez est puissant, il offre de nombreux arômes, il y a de la pomme mûre type golden, des notes d’herbes fraiches, de fenouil, d’anis, de fruits à noyaux, comme la pêche et l’abricot. La bouche est une belle surprise, elle est dense, mais pas pesante, sa fraicheur, sa rondeur surprennent. Un vin gourmand et harmonieux.  Mais le mariage avec les petits pois ne nous a pas convaincu, aussi nous l’avons écarté.

Gouté le lendemain il nous a régalé, et son élégance méditerranéenne n’en est ressorti que davantage. Je n’avais pas vraiment perçu la longueur de sa finale aromatique et épicée. Très beau vin !

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Prix public TTC : 20 à 25 euros

Restait l’Amistat grenache Rouge 2011, son premier millésime qui était lui en Côtes Du Roussillon. Je me rappelle quand Julien m’a offert cette bouteille il m’a fièrement annoncé : «Ça y est, on l’a fait, le vin qui nous plaît».

La couleur prune est encore assez profonde,  propre et transparente. Nous partageons les sensations intenses du nez : les arômes sont puissants,  nous sentons les fruits mûrs mais pas confiturés, ni les raisins secs, le vin est dominé par des notes de fruits noirs confits, cerise à l’eau de vie, mêlées à celles épicées de cannelle, semblables à celles des meilleurs vins doux de Banyuls. Gouté avec les petits pois, il  nous séduit encore davantage, son côté sauvage, singulier, joue avec le boudin et les touches balsamiques, de romarin et d’herbes fraiches que nous y trouvons accompagnent la menthe et les petits pois. Comme le vin est puissant, (il vaut d’ailleurs mieux le boire un peu frais), et que le plat est gouteux, l’accord est divin. Le côté moelleux du plat associé au moelleux du vin remplissent la bouche de sensations fortes, gourmandes et complexes. Un vrai régal !

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Prix public TTC : 20 à 25 euros.

Conclusion : Une belle expérience, je ne regrette pas d’avoir ouvert 4 bouteilles. Elles ont d’ailleurs tenu le choc jusqu’à mercredi.

Vive les Aspres !

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Hasta Pronto,

 

Marie-Louise Banyols

 

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Barcelone andalouse : l’ange, le Jésus et le fino (2)

Résumé de l’épisode précédent : ce jour-là, nous avions deux anniversaires à célébrer : le mien et celui de Vincent Pousson, un copain expatrié en Catalogne ; il faisait beau et pour l’occasion nous nous étions donnés rendez-vous à Barcelone, histoire de vérifier ce que le sieur Pousson tenait pour info majeure, à savoir l’andalousiation de la capitale catalane et son ouverture au monde mystérieux du roi des vins, le Jerez et sa suite. Pour en savoir plus, commencez donc par lire ICI.

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C’est ainsi que le taxi jaune et noir nous jette fissa Passeig de Gracia, au beau milieu de la foule bigarrée, à quelques encablures de Catalunya, pile devant l’entrée du Mandarin (prononcez « mandarine ») Oriental. Passons sur le design quelque peu criard, mélange moderniste de bling bling et de kitsch, qui plaît à certains, mais pas à d’autres, un peu comme le décorum de son petit frère parisien où officie un chef fort bien médiatisé.

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Vincent nous conduit sans plus attendre dans une vaste et haute pièce lumineuse aux allures de cathédrale privée qui aurait été édifiée pour un président mégalo ou quelques nouveaux riches. Pourquoi les fauteuils doivent-ils ressembler à des trônes blancs pour mieux s’asseoir à la table du déjeuner ? Je ne trouve pas de réponse à cela, même si à l’usage, l’assise se révèlera hyper confortable. À dire vrai, le temps d’un bref instant, je ne me sens pas très rassuré jusqu’à l’arrivée heureuse d’un personnel en partie francophone qui nous installe avec force de gentillesse dans un angle de la pièce. À ce moment-là, je commence à avoir la sensation que je vais vivre un moment unique, assister à un spectacle étrange, peut-être, mais très particulier.

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Avant d’attaquer l’apéro, autant par nécessité que par curiosité, j’en profite pour faire une visite classique aux petits coins. Dans le domaine de l’avant-gardisme, et depuis le temps qu’elle concourt, Barcelone est à mes yeux en passe de décrocher le pompon de la ville offrant le plus de lieux d’aisances au futurisme outrancier ! Une fois de plus, je suis ébahi par cet endroit d’où je ne sais ni comment je suis entré, encore moins dans quoi j’ai pu pisser, ni par quel miracle j’ai eu la sensation fugace de me laver les mains. Je ne sais comment, mais toujours est-il que j’ai pu m’en sortir pour rejoindre enfin la tablée. En jurant bien que, même en cas d’envie pressante, j’éviterais ces lieux avec l’espoir d’en trouver d’autres… disons plus conventionnels.

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Nous sommes ici au Bistreau (bistro et bureau à la fois ?), le temple barcelonais de la cuisine andalouse. Un territoire géré avec maestria par « le chef de la mer », j’ai nommé Angel León et sa brillante équipe. Profitons-en pour présenter l’élément-clé, le major d’hommes de cette équipe, le très distingué manager Jesús Gomez.

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C’est lui qui, parfois à la manière d’un toréador, va nous orchestrer un joli menuet à caractère forcément andalou faisant de ce lieu inattendu un restaurant capable d’impressionner un auditoire exigeant qui demande tour à tour de la surprise, de la découverte et de l’extase, tout cela pour une somme assez raisonnable. Certes, j’ose avouer que je m’étais laissé inviter par ma compagne, mais j’ai pu par la suite lui arracher un secret : ce déjeuner de rêve lui avait coûté 250 € pour trois personnes. Et je peux ajouter que nous n’avons jamais manqué de quoi que ce soit dans le verre comme dans l’assiette !

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Le Bistreau est sans aucun doute le seul restaurant au monde à proposer à sa clientèle un menu découverte accompagné du début à la fin de vins de Jerez. Oui, je le confirme, ce Jesús-là en tout cas (avec son accent tonique sur le « u »), agit en véritable sauveur, je dirais même en libérateur. Disons le tout de go, alors que je ne suis pas très chaud pour ce genre de jeu très difficile à orchestrer, le gars est arrivé à m’éblouir avec son audacieux plan de mariages sur le mode un plat-un vin. En tout cas, à lui seul, il contribue largement à faire de Barcelone la dernière capitale andalouse à la mode. Je sais que je vais me faire houspiller par une foule d’aficionados, mais Cordoba, Sevilla, Jerez, Ronda, Cadiz peuvent toutes aller se rhabiller ! Car aucune de ces cités, jusqu’à plus ample informé, n’est capable de rivaliser avec Barcelone lorsqu’il s’agit d’aligner des flacons de Jerez de styles et de marques différentes sur des mets qui souvent relèvent de l’audace la plus osée.

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Je ne vais pas récapituler ni narrer les plats qui ont défilé devant nous. En outre, il faut savoir, je le pense, garder un peu de surprise pour ceux de mes éventuels lecteurs qui seront tentés de faire l’expérience du Bistreau. Mais, à titre d’exemple, celui qui m’a le plus charmé est cette tortillita proposée en entrée avec un premier fino en rama. Les saveurs marines accrochées à une dentelle à la fois fine, croustillante et craquante, elle-même délicatement posée sur du papier avec son ornement de bébés crevettes – on dirait des biquettes du côté de Royan – comme à jamais coincées (et figées) dans les mailles d’un épervier que l’on imagine jeté au petit matin d’une barque de pêcheur sur les eaux scintillantes du Guadalquivir rejoignant la mer en son estuaire.

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Oui, c’est bel et bien un voyage auquel nous participons. L’autre plat marquant mis au point par Angel est devenu mythique : il s’agit de son magistral et très photogénique riz au plancton d’un vert profond et éclatant qui, lui aussi, semble avoir été étudié pour épouser la fougue du Jerez. Tenez, regardez les photos et régalez-vous… A quoi bon en rajouter ? Jusqu’à l’après-dessert nous n’avions nulle envie de bouger tant nous étions sur notre nuage. En réalité, nous ne sommes sortis à l’air libre que par la volonté du cigare que de telles agapes nous avaient donné envie de savourer.

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Alors, que vous ayez quelqu’argent de côté au Luxembourg, à Trifouilly-les-Oies ou à Panama, ou tout simplement si votre tirelire déborde de petits billets, offrez-vous une fois dans votre existence le vol low cost jusqu’à Barcelone, réservez une très économique chambre d’hôtes en plein cœur de la ville, usez des transports en commun à volonté et offrez-vous ce traitement de faveur. Il est si particulier qu’il ne germe même pas dans le crâne des PDG de nos grosses entreprises dotés de salaires pourtant mirobolants. Envisagent-ils seulement la richesse et la beauté d’un tel moment tant ils sont submergés par leurs affaires? Alors oui, offrez vous un déjeuner andalou tout au Jerez dans l’un des hôtels les plus chics de Catalogne. Ce sera à n’en pas douter l’un des moments clés de votre vie !

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Michel Smith

PS Merci Brigitte pour cette délicieuse initiative…

 

 

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Variations sur l’agneau

Pardon si ce titre a déjà été utilisé chez nous ou ailleurs, mais Pâques, le printemps, les horaires d’été, cette somme d’incidences fait qu’invariablement l’agneau est comme qui dirait de saison. Avec le mien, qui n’était pas de Sisteron mais du Roussillon, je voulais à tout prix un rouge de garrigue qui évoque le thym frais ou le serpolet dont raffolent les jeunes ovins gambadeurs. Un cliché de plus trottinant dans ma tête, mais quoiqu’il en soit, j’adore les unions de pays. Tout cela, c’est à cause de Marie-Louise Banyols, notre Marie-Louise, qui en sommelière inspirée, n’avait de cesse de me tanner sur ce sujet alors que je fréquentais le samedi sa cantine du bonheur, à Céret, et que j’en profitais pour me rendre au marché de cette bonne sous-préfecture, probablement la plus au Sud de l’Hexagone. «Mariages régionaux, mariages garantis», assenait-elle en substance quand on daignait l’écouter. «À condition que cela fonctionne», devais-je lui marmonner en retour. Bien sûr, j’aurais dû me jeter sur le Roussillon corner de ma cave puisque mon agneau était, de sa naissance à son abattoir, Catalan du Roussillon.
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C’est vraiment un pur hasard si je suis tombé, en rangeant, sur cette cuvée Capitelles du Château Mourgues du Grès, un des meilleurs domaines de son appellation, Costières de Nîmes. Ce mariage agneau pyrénéen/rouge gardois, j’y croyais dur comme fer et en plus, j’ai toujours aimé le travail des Collard, à la fois dans l’accueil que ces vignerons réservent à leurs visiteurs, mais aussi dans la vraie personnalité qu’expriment leurs vins. Et puis, j’ai souvent pensé que les fameuses capitelles (cabanes en pierres sèches) avaient été construites dans la nature plus pour adoucir le confort des bergers qui accompagnaient les troupeaux, que pour les vignerons, bien que les hommes de la vigne devaient eux aussi les trouver fort utiles en cas d’orage, par exemple. De toutes les façons, et c’est ce que j’aime croire, vignerons et bergers devaient s’entendre à merveille puisque jusque dans les années 50/60, époque où tout a changé dans nos campagnes, les moutons des Cévennes de l’Aubrac, de la Margeride, du Larzac ou du Rouergue pratiquaient volontiers en hiver la transhumance en passant par les vignes encore enherbées du Languedoc.

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Toujours est-il que me voilà donc bien perplexe lorsque que je tente de confronter mon agneau roussillonnais et mon rouge presque provençal. Si, en promenant son nez au dessus du verre, on a bien le sentiment d’un vol printanier au dessus de la garrigue, où qu’elle soit, ce sont surtout les tannins qui marquent le vin. Ils paraissent un peu fermes et anguleux malgré l’âge – ce Capitelles est du millésime 2004 – et ils ont à vrai dire un peu de mal à communier avec mon tendre agneau pourtant docile et, je me répète, catalan. Le vin est bon, l’agneau aussi, mais le mariage n’y est pas alors qu’il me paraissait évident. « J’aurais dû faire ci, ajouter ça, insister sur la cuisson du gras, insister sur le thym, mettre une pointe d’ail… » Il y a des moments où l’on se dit que l’on devrait tous avoir un sommelier chez soi pour suggérer au bon moment le mariage juste ! Le Costières est un vin formidable, mais il lui faudrait plutôt un ragoût de mouton pour le goûter à table. Or, mes belles premières côtes d’agneau sont simplement poêlées.

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Pas d’autre choix que celui d’ouvrir une autre bouteille. J’avais un vin un peu jeune, un 2013, de mon copain Luc Lapeyre sous la main. Profitons-en pour voir. Je vous ai déjà parlé du vigneron, de sa verve, de sa rondeur, de son carignan et de son adresse postale qui porte le nom de l’instigateur du soulèvement vigneron dans les Midi des années 1900, un certain Marcellin Albert, mais je n’ai encore rien dit me semble-t-il de sa cuvée l’Amourier (mûrier in french) dont il m’avait laissé un exemplaire lors d’une de nos dernières agapes. D’ordinaire, l’Amourier est majoritairement composée de Syrah, sauf que cette fois-ci cette cuvée porte le sous-titre Autrement. Avant d’aller plus loin, je consulte le vin : rondeurs toutes fruitées, accent sudiste indéniable, croquant, épices, une forme de légèreté, nous partons volontiers sur un grenache/carignan de belle facture adapté à l’été qui viendra se glisser bientôt sous nos draps. Son comportement en bouche est des plus simples et, oh miracle, il marche mieux sur mon agneau pascal que le vin précédent. Quand je dis il marche, en réalité, il glisse à merveille et s’accorde délicatement aux essences de thym frais qui accompagnent le plat.

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Oui, je sais, c’eût été encore mieux si mon agneau avait été grillé au-dessus d’une braise de sarments de vigne. Et pour certain, le mariage eût été encore plus convaincant s’il s’agissait d’un gigot de Pauillac accompagné d’un mouton 1985… J’aurais même pu, moi qui en connais quelques uns, tenter un bon rosé de Bandol. J’aurais pu aussi vous parler de la mort de Paul Pontallier (Margaux), de celle de Jacques Couly (Couly-Dutheil), du départ de Jean-Pierre (Coffe), ou de bien d’autres choses encore, tout cela en moins d’une semaine post-pascale. Mais une fois de temps en temps, le dilemme causé par les associations mets et vins doit ressurgir comme ça chez moi, sans prévenir. On croit que ça va marcher, puis tout se casse la gueule car c’est le vin ou le produit qu’il rencontre qui décide, deux caractères, deux personnages. Dans cette confrontation, je ne suis qu’un pion. Et quand je vous dis que le vin est une personne, vous pouvez me croire.

Michel Smith

(Photos Brigitte Clément et Michel Smith)

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Entre deux fêtes, un peu de mixologie pinardière

L’art du cocktail… Pour peu que je puisse avoir une quelconque autorité en la matière, je précise toutefois que ce qui suit marque, à mon humble avis, une nouvelle tendance revenue par effraction dans ma vie. D’aucuns m’objecteront qu’il était temps que je m’aperçoive que la mode change depuis une dizaine d’année, du moins chez les jeunes, et que la mixologie (quel horrible mot au passage…) est aujourd’hui bien installée dans nos habitudes de consommation.

Sachez que je n’ai aucune prétention au regard du métier de barman, métier que je respecte au plus haut point d’autant que je l’ai exercé moi-même pour quelques mois. J’admire le barman, le vrai, celui qui se pique d’inventer à l’instant une boisson à la hauteur de la joie ou du désespoir de son client. Depuis le bon vieux kyr de mon enfance (au Bourgogne Aligoté bien sûr) et jusqu’au désastreux et plus récent mélange Sautertnes/Perrrier – non encore essayé, je l’avoue -, sans oublier le fameux spritz (Aperol, Prosecco, eau gazeuse, glaçons à profusion et deux tranches au moins d’une belle orange sanguine de Sicile) qui fait fureur et égaie mes séjours dans les villes italiennes, j’avoue de plus en plus me laisser entraîner dans le jeu du cocktail. À mes yeux, ce temps passé à les concocter, puis à les siroter, permet de faire un break, de sortir du train-train habituel qui veut qu’entre deux fêtes on s’emploierait obligatoirement à déboucher ses plus belles et plus onéreuses bouteilles pour prolonger un état quasi comateux.

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Cet été, le spritz d’un prince dans un grand hôtel cannois…

Et c’est là j’en conviens toute l’ambiguïté de cet article un peu vaseux. Je reste convaincu en effet que de toutes les vacheries que l’on inflige au vin en général, en plus de celles qu’on nous impose à nous pauvres buveurs par la force des choses, les queues de coqs (cocktails) à base de vin peuvent faire partie des pires saloperies. Mais ces petits jeux peuvent aussi révéler de vrais moments de bonheur. Cela étant dit, je n’irai pas jusqu’à affirmer que c’est une raison pour imposer aux cocktails vineux des vins de second ordre, des piquettes de supermarchés. Bien au contraire : sans forcément chercher ce que l’on a de meilleur dans sa cave pour composer un mélange des plus judicieux, il faut être capable de trouver en magasin un bon vin, le meilleur possible dans une gamme de prix que je qualifierais d’abordables, c’est à dire entre 8 et 12 €. Lorsqu’on y arrive, avec l’ardeur de celui qui cherche à faire plaisir (ou à se faire plaisir), on rassemble toutes les chances d’obtenir des résultats réjouissants, en particulier avec les vins à bulles, tel le Crémant.

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Le Pimm’s raté et trop chargé du Savoy

Dans l’art du cocktail où le vin joue un rôle, les pros ne sont pas toujours les mieux placés comme en témoigne ce désastreux Pimm’s au Champagne testé récemment à Londres en compagnie de mon fils dans le bar américain du Savoy. Le vin était nul et le barman pourtant archi titré et médaillé avait oublié le traditionnel ruban de peau de concombre qui fait toute la différence. Après les vendanges, pour remercier une amie chère venue me rendre visite dans mon gourbi sudiste, j’ai tout naturellement pensé aux vins de Limoux pour servir de base à mes élucubrations cocktailistiques. Cela tombait bien, car en plus de quelques bouteilles de Crémant de Limoux rosé Domaine J.Laurens achetées chez mon caviste, je venais de recevoir six échantillons du même domaine, propriété que j’ai l’honneur de suivre depuis quelques années et qui, soit-dit en passant, ne cesse de progresser.

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Mon spritz façon Blanquette de Limoux

Le spectacle allait pouvoir commencer ! D’abord avec la Blanquette (méthode ancestrale) du même domaine venue telle le messie en lieu et place d’un Prosecco peu amène disponible sur la place de Perpignan, j’ai pu réaliser sans me vanter l’un des plus beaux spritz de ma carrière ! Très légèrement sucrée, dotée d’une effervescence et d’une mousse des plus fines, élément qui manque parfois dans les vins best-sellers de notre sœur transalpine, cette Blanquette de Limoux à 90% Mauzac, cépage qui perd hélas du terrain en terre limouxine, a su revigorer mon spritz devenu ces temps-ci quelque peu morose faute de bulles adéquates pour étayer sa construction. Afin de ne pas trop noyer le vin, j’en ai profité pour tricher un peu en réduisant le nombre de glaçons et en limitant l’apport en eau gazeuse.

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Non content de ce résultat encourageant, j’en ai profité une seconde fois pour mettre le rosé à l’épreuve en lui offrant un mariage avec quelques cuillérées à café de fruits frais de saison, en l’occurence les derniers brugnons et pêches de vignes. C’était satisfaisant, certes, mais décevant en même temps sachant que ce Crémant de Limoux à majorité chardonnay (25% de chenin et 15% de pinot noir) est tellement agréable à boire seul… La même idée allait me servir à prolonger mes expériences. Quelques jours plus tard, je me procurais au marché une rare confiture de pêche que j’affectionne particulièrement et tandis que que j’ouvrai une bouteille du Crémant, devenu le classique du domaine (60% chardonnay), me vint l’envie de glisser dans la flûte une ou deux cuillerées de cette confiture.

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Mon Crémant se transformait subitement en un divin Bellini, bien meilleur que celui du très touristique Harry’s bar, haut-lieu du Venise touristique. Grisé par ce succès, lors d’une seconde tentative, j’ai même essayé de glisser deux ou trois gouttes d’Angostura à l’orange amère, juste pour voir : j’avais là une sorte de quintessence où chaque élément, le sucré, l’acide et l’amer avait sa part, son rôle à jouer. Si j’avais opté pour la traditionnelle Blanquette, le mariage eut été plus sucré et probablement plus décevant.

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Toujours est-il que je crois bien que ce soir-là nous avons vidé plus de deux bouteilles – ainsi qu’un pot de confiture – sans nous faire prier ! Y’a pas de mal à se faire du bien… Et mon amie est devenue illico accro au Domaine J.Laurens

Michel Smith

(Toutes les photos sont de Michel Smith)


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Novembre, un mois pour se régaler !

Quelques mots en préambule à l’article qui suit.
C’est mon amie, la sommelière catalane Marie-Louise Banyols, qui en est l’auteur. Elle a déjà chez nous signé un excellent papier la semaine dernière que vous pouvez relire ici. Et si je m’immisce ainsi dans le texte de celle que j’appelle Marie-Lou, depuis 30 ans que nous nous connaissons, c’est pour vous préciser qu’elle interviendra désormais les dimanches (à partir du 29 novembre) dans ce blog qui nous est commun. Elle le fera donc en lieu et place de ma rubrique Carignan Story qui se saborde en quelque sorte et s’arrêtera à 301 numéros pour des raisons que je vous expliquerai demain.
En attendant, Marie-Lou, c’est à toi de jouer… et surtout de nous trouver un titre de rubrique. Amuse-toi bien, et fais profiter nos chers Lecteurs de tes nombreux savoirs et idées en matière de service du vin et de mariages solides/liquides…
Mais voilà que j’en fais trop. Chers Lecteurs, je vous laisse en bonne compagnie !                                                      Michel Smith

 

J’aime l’automne, c’est pour moi un des meilleurs moments de l’année, le plus propice pour se régaler des vins. Et tout spécialement le mois de novembre avec l’arrivée du Beaujolais Nouveau!

C’est vrai, que c’est le temps où les journées commencent à être plus froides et que le soir tombe chaque jour plus tôt, mais avec les premières pluies de l’automne, apparaissent les champignons, et même si le manque de temps ou mon inévitable paresse, ne m’incitent pas à participer à cette chasse, je ne laisse pas passer l’opportunité de déboucher quelques belles bouteilles qui accompagnent si bien les menus mycologiques.

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Quand je veux faire plaisir à mes amis, je leur prépare un savoureux risotto aux cèpes que j’accompagne d’un Amarone de La valpolicella, de préférence un Allegrini 2008, ou si je trouve un Dal Forno 2003 et c’est toute une symphonie d’arômes qui envahit la pièce ! Ou si je manque de temps, une bonne côte de bœuf ou un «Coq du Pendes» – c’est aussi l’époque, servi avec une poêlée de champignons des bois (girolles, trompettes des morts, chanterelles) avec un Saint-Julien un peu mûr, un 1982, 90, 95 ou 96 ça peut-être un Léoville las Cases, un Ducru-Beaucaillou ou encore un Branaire Ducru, eh, oui, j’aime les Saint-Julien, ou une épaule d’agneau croustillante et là, je choisis un Gran Reserva de la Ribera del Duero, un 2001 ou 2004 de préférence, les bons domaines ne manquent pas… Alión, Viña Pedrosa, ou Hacienda Monasterio Reserva especial 2010…

Parmi les plaisirs du mois de novembre, comment oublier la chasse (sanglier, cerf ou petit gibier –lapin, lièvre, faisan…), sans parler des volatiles les plus rares comme la caille ou la bécasse, l’ortolan, peut-être l’un des mets les plus recherchés à travers l’Europe. Pour vraiment profiter de tout cela, le plus compliqué est d’avoir des amis qui chassent et qui ramènent quelques belles pièces ! Quant aux vins, il ya de quoi choisir largement: Châteauneuf-du-Pape de Bonneau 1976, 2003 d’un, un gevrey chambertin de Rousseau 2008, une Côte-Rôtie, un Hermitage, un Rioja, Ribera… Sans aucun doute, le mois de novembre est le meilleur pour se régaler avec des GRANDS VINS (oui, en majuscules). Cette année, j’ai l’intention de déboucher enfin ce Vega Sicilia Único 1970 (année de naissance de mon fils) qui repose à la cave, pour accompagner des bécasses dorées et toasts de foie gras, que nous avons encore la chance de pouvoir trouver en Espagne.

Autre magnifique cadeau automnal, plus abordable celui-là, les châtaignes …les rues regorgent de vendeurs ambulants, dont le cornet bien chaud réchauffe souvent les doigts engourdis par le froid, je les apprécie aussi, préparées autour d’un bon feu de cheminée, elles excitent nos papilles avec leur délicieux arômes de grillés. Elles invitent à déboucher un bon vin doux, si on les mange en dessert, ou un rouge jeune si on les déguste seules, je préfère de la syrah jeune, mais je les aime aussi avec un Beaujolais Nouveau, malgré sa mauvaise réputation.

Je fais partie moi aussi de ceux qui critiquent la médiocrité de la plus grande partie des Beaujolais, les goûts de fraise, bonbon, banane bien sûr, vernis à ongles; mais ils sont devenus plus rares à l’heure actuelle. C’étaient des arômes très répandus dans les Beaujolais Nouveaux des années 1990/2000, ils étaient dûs à une levure, la 71B, rajoutée lors de la fermentation alcoolique. Elle n’est plus que rarement utilisée, vous pouvez trouver plein de bonnes bouteilles; évidemment, si vous allez les chercher dans un rayon de supermarché, vous risquez d’être déçus, allez plutôt chez votre caviste préféré amoureux des vins et du terroir, vous verrez alors, que bien choisis, vous ne resterez pas insensible à la fraîcheur spontanée et intense qu’offre la jeunesse de ces vins, ils sont agréables et joyeux ! Ou encore, passez la soirée dans un vrai bar à vins, ne soyez pas pédant, ne boudez pas cette occasion de faire la fête, et ne me rétorquez pas que vous n’aimez pas les fêtes programmées !

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Je ne vais pas non plus, vous faire croire que je suis une fan irréductible du Beaujolais Nouveau, mais, oui, je le bois avec joie, (pour ne pas en supporter les effets secondaires le jour suivant, il faut évidemment bien choisir le domaine), je ne boude pas le plaisir de me régaler de ce vin léger, quand le millésime s’y prête et qu’il est bien fait, il me séduit. Il sait être soyeux, docile, fruité avec ses arômes de fraises, framboises, ou groseilles, sans aucune agressivité.

Chaque année j’attends donc avec plaisir le troisième jeudi de novembre, pour réveiller ma fatigue, vivifier mes papilles, sourire à la tombée de la nuit, rafraichir les morsures de mon esprit en compagnie d’amis autour d’un verre de Beaujolais Nouveau. J’aime fêter chaque nouvelle récolte de ce vin “magique”, oui, je n’ai pas peur du mot, puis qu’il est capable de mobiliser le monde entier, pendant quelques semaines, parce qu’il incite à la convivialité, qu’il est multiculturel !

Il mérite donc que nous débouchions quelques bouteilles pour les partager entre amis.

Bien que qu’au moment où j’écris cette chronique, je ne l’ai pas encore gouté, mais, d’après ce que je peux en lire, « Ce sera bien une grande année pour le Beaujolais », la production est prévue en baisse de 25% par rapport à l’an dernier, mais l’état sanitaire a été très bon. Certes, c’est l’interprofession qui le dit, mais jusqu’à preuve du contraire, il faut la croire! (Nous aurons le temps de vérifier). Toujours selon des sources officielles, la vendange a permis de conserver toute sa fraîcheur. Sur les premières cuvées ayant terminé la fermentation alcoolique, on retrouve des arômes de fruits mûrs mais jamais cuits. En bouche, la richesse du millésime 2015 explose, tout en rondeur et en générosité mais sans jamais perdre l’équilibre”. Martine et Pierre-Marie CHERMETTE, Domaine du Vissoux, annoncent un millésime de garde. Equilibre – Opulence – Générosité. La qualité du millésime est exceptionnelle et peut être comparée à 2005 avec davantage de richesse, voire à la mythique année 1947 ! S’il en est ainsi, ça va être la fête !

Sans compter que c’est un vin parfait pour de multiples occasions, il s’adapte à bien des cuisines, à bien des moments. N’oubliez pas de le consommer à la bonne température 13º.

Quel plat pour accompagner le Beaujolais Nouveau ? Ils sont multiples. Il n’y a pas que l’incontournable charcuterie lyonnaise, les œufs pochés en meurette conviendront délicieusement, le tablier de sapeur, une spécialité lyonnaise concoctée avec des tripes, est une autre idée à succès, le gratin de queues d’écrevisses tout comme l’incontournable salade lyonnaise, à base de foie de volaille, de pied de mouton, d’œufs durs et de harengs; mais aussi, tout simplement, il sera idéal sur des fruits de mer, un tartare de poisson, des huîtres ou des sushis, des châtaignes grillées, un cochon de lait, un pot-au-feu de canard… Ne pas oublier qu’il peut accompagner, un fromage, un Comté qu’il faudra choisir jeune, mais l’idéal se trouverait plutôt du côté d’un fromage consistant, crémeux, mais pas trop complexe, à l’instar d’un Brillat-Savarin.

La fraîcheur du vin vient contrebalancer le côté gras de ces mets réconfortants.

Cette année encore, je vais devoir convaincre beaucoup de mes amis, qui font la grimace à la seule vue de la bouteille, ça me fait penser que, comme l’indépendantisme en Catalogne, c’est une cuvée qui divise : il faut choisir son camp ! Mais je saurai bousculer ceux qui se montrent si radicaux, qui refusent de le goûter par principe, par snobisme, ou parce que trop souvent déçus, pour qu’ils fassent l’effort de le goûter – il ne faut pas se montrer si partisan !

Marie-Louise Banyols

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